Issu des tomes 9 (Livre I et II) et 10 (Livres III et IV) des Oeuvres complètes de l'abbé Bareille COMMENTAIRES SUR SAINT MATTHIEU PRÉFACE Nous voici maintenant en présence de la partie des crits de saint Jérôme où ce savant commentateur des saintes Écritures me semble se surpasser lui-même. Serai-je victime de mon admiration pour ce grand docteur, si j’affirme qu’il résulte, pour moi, de ma longue étude de ses œuvres, la conviction profonde que jamais homme n’a porté plus loin la connais¬ sance des saintes Lettres, ne les a mieux pénétrées et n’en a exposé les sens élevés avec plus de méthode et de clarté. Si déjà ses Commentaires sur l’Ancien Testament lui ont valu tant de gloire, qu’en sera-t-il de ses travaux sur le Nouveau, quand il est manifeste qu’il s’est donné, pour chacune des parties qu’il en a parcourues, quelques jours à peine ; quand il déclare lui-même, dans son Prologue de la Lettre aux Ephésiens, qu’il lui arrivait parfois d’en expliquer jusqu’à mille versets dans la même, journée ? Un copiste eut à peine suffi à cette tâche, et le saint Docteur a su de plus être élégant, judicieux, plein d’onction et de profondeur. Si dans ce nouveau travail, le grand commentateur n’embrasse pas le Nouveau Testament en entier, il en parcourt au moins des parties remarquables ; ce sont l’Évangile selon saint Matthieu, quelques chapitres choisis de saint Luc, trente-neuf homélies tra¬ duites en latin du grec d’Origène, et quatre Épîtres de saint Paul, aux Galates, aux Ephé- siens, à Tite et à Philémon. C’est à la prière d’Eusèbe, de Crémone, partant pour Rome, et en quinze jours, que le saint Docteur a écrit les quatre livres de ses Commentaires sur saint Matthieu. Ces circon¬ stances, que saint Jérôme lui-même nous fait remarquer dans le Prologue du premier livre sur saint Matthieu, nous permettent de préciser l’année et l’époque même de l’année qui lui vit composer ce travail. « C’est, dit-il à Eusèbe, en deux semaines, quand les fêtes de Pâques « sont là, quand déjà le vent enfle vos voiles, que vous voulez que je prenne la plume? Où « trouverons-nous le temps nécessaire pour les copistes, pour les transcriptions, pour les « corrections, pour mettre le tout au net, surtout quand vous n’ignorez pas que j’ai été si « souffrant pendant trois mois et que je commence à me remettre à peine. » D’autre part, écrit-il à Lucinius : « Après avoir été aux prises avec une longue indisposition, c’est à l’époque « de la Quadragésime que j’ai commencé à respirer; » et à Évangélius : « Après une longue « maladie, c’est à peine pendant la Quadragésime que j’ai pu être débarrassé de la fièvre, « et quoique je me préparasse à un autre travail, j’ai consacré à expliquer saint Matthieu le « peu de jours qui me restaient encore. » En rapprochant les dates de ces lettres, on peut conclure, avec certitude, que ces trois mois de maladie commencent avec l’année trois cent quatre-vingt-dix-huit, ou, tout au plus, au mois de décembre précédent, et que ce fut en mars que la convalescence lui permit de retrouver ces chères études interrompues. Or, si la fête de Pâques, qui dit-il le menaçait, s’est rencontrée cette année-là le dix-huitième jour d’avril, cela ressort manifestement de plusieurs de ses lettres et de circonstances diverses indiquées dans ses écrits , qu’il n’est point dans notre but de relater ici , pour ne pas donner PRÉFACE DES COMMENTAIRES SUR SAINT MATTHIEU. 525 à un court aperçu les proportions d’une dissertation savante, nous connaissons l’année, le mois, et pour ainsi dire le jour et l’heure où furent produits les Commentaires sur S. Matthieu. Viennent à la suite de saint Matthieu, trente-neuf homélies sur l’Évangile de saint Luc, traduites en latin par notre saint Docteur du texte grec d’Origène. Nous les joignons à la collection complète de ses œuvres. Quant à l’original grec, on avait cru longtemps qu’il n’avait point résisté à l’action destructrice du temps, quand, tout-à-coup, fut signalée la découverte de ce manuscrit par le dernier éditeur des œuvres d’Origène. Ces homélies, dites pour les jours du dimanche, sont regardées par notre interprète comme l’amusement d’un esprit jeune encore, et ne semblent point de la même facture. Les six dernières paraissent même avoir été extraites d’un autre recueil des œuvres d’Origène. N’en a-t-il pas existé beau¬ coup d’autres ? Cela est plus que probable ; seulement elles n’ont pas survécu aux ravages du temps. Ruffin, qui souvent dans le cours de son travail est qualifié d’hydre, de Sardanapale, et qui, à coup sûr, n’était point le panégyriste de saint Jérôme, ose lui reprocher d’avoir, dans la traduction de ces homélies, retranché, ajouté ou changé à son gré dans le texte. Il cite à cet égard le premier verset du Magnificat . Il est difficile d’en juger, attendu que le texte grec nous manque complètement et que, d’autre part, nous ne voyons rien dans saint Jérôme qui soit une réponse directe aux perfides allégations de son détracteur. Nous croirions à une calomnie insigne de la part de ce dernier, si nous n’aimions mieux charitablement supposer dans l’original une erreur de copiste. En quelle année le saint Docteur a-t-il élaboré cette traduction? Toutes les conjectures les plus probables semblent indiquer que c’est en trois cent quatre-vingt-neuf. L’auteur lui-même l’insinue dans le Prologue de cette même traduction. Nous passons ensuite aux Commentaires sur les Épîtres déjà nommées du Docteur des Nations, et les seules sur lesquelles il ait écrit. On n’a pas été sans croire que c’était toutes les Épîtres de saint Paul qu’il avait exposées. C’était une erreur, et les recherches les plus minutieuses n’ont amené aucune découverte qui confirmât cette opinion. Ce qui avait donné lieu à cette persuasion, c’est le mot de saint Jérôme même dans le Prologue de la Lettre aux Ephésiens : « Nous nous efforçons, dit-il, d’expliquer les Épîtres de Paul. » On crut qu’il parlait de toutes, tandis que le commentateur n’avait en vue que celle qu’il expliquait dans le moment; de là l’erreur. Sans doute, il a paru, comme attribué à saint Jérôme, un Com¬ mentaire sur toutes les Épîtres de saint Paul, celle aux Hébreux exceptée. Mais cette œuvre est si peu de saint Jérôme qu’elle est, au contraire, de son contradicteur le plus acharné, le néfaste hérésiarque Pélage; et si elle fut attribuée à saint Jérôme, ce ne fut que menson¬ gèrement et dans une pensée toute mercantile d’exploitation. La fraude est depuis longtemps découverte, et cet écrit est mis aujourd’hui au rang des ouvrages supposés. Les déclarations du saint Docteur lui-même établissent qu’il n’a expliqué que les quatre Épîtres mentionnées plus haut. Sa Lettre à Philémon, quoique placée la dernière, est celle dont il s’est d’abord occupé, mais il paraît qu’elles sont toutes le travail d’une même année, et que cette année serait celle qui aurait précédé son étude sur les Questions hébraïques , c’est-à-dire trois cent quatre-vingt-sept. Puisse ce travail trouver auprès du lecteur toute la faveur qu’il mérite, et développer en nous le goût pour l’étude de ces livres sacrés, qui ne devraient jamais s’éloigner de nos mains. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU A EUSÈBE QUATRE LIVRES PROLOGUE ils sontnombreux ceux qui ont écritdes évan¬ giles, comme l'atteste saint Luc quand il dit : « Gomme beaucoup, à la vérité, ont entrepris de mettre par ordre le récit des choses accom¬ plies parmi nous, sur le témoignage de ceux-là même qui ont tous vu dès le commencement et qui ont été les ministres de la parole, » Lîic i, 1, 2, et comme le déclarent les monuments qui se sont perpétués jusqu'au temps présent, qui édités par divers auteurs ont été le principe de diverses hérésies ; tels sont des évangiles selon les Egyptiens, et Thomas, et Matthias et Barthé¬ lemy et les douze apôtres, et Basilide et Appelle et tous les autres qu’il serait trop long d’énu¬ mérer. Il suffît, pour le présent, de dire qu'il s'en est trouvé quelques-uns qui, dépourvus de l'esprit et de la grâce divine, se sont efforcés plutôt d'en arranger le récit que d’en présenter la véridique histoire. C/est à eux qu'on peut, à bon droit, appliquer cette parole du prophète : COMMENTARIOKUM IN EVANGELIUM MATTHÆI AD EÜSEBIUM IjÏ BKI QUATÜO R PROLOGUS. Plures fuisse qui Evangelia scripseruut, et Lucas evangelista testatur, dicens : « Quouiam cjuidem multi conati sunt ordinare uarrationem rerum, quæ in nobis complétai sunt, sicut tradiderunt nobis, qui ab initio ipsi viderunt sermoncin , et minislraverunt ei; » et perseverantia usque ad pnæsens tempus mo- nimenta déclarant, quæ a diversis auctoribus édita, diversaruru ïiæreseon fuere principia, ut est illud juxta Ægyptios, et Thomam, et Matthiam, et Bartho- lomæum, duodecim quoque apostolorom (a), et Basil i- dis atqueApeUis, uc reliquorum, quos enumerarelon- gissimum est; cum boc tantum in præsentiarum ne- cesse sit dicere, exstitisse quosdam, qui sine spiritu et gratiaDei conati sunt magis ordinare nurrationem» cjuaui b.îstoriæ texere veritatem. Quibus jure potest illud prophétie um coaptari : « Væ qui propb étant de cordo jsuo , qui ambulant post spiritum suum, qui (a) Hoc nimirum pseudo-Evangelio Encratitæ, Julius Cassianus, Valentiniani at Sabclliani passim usi sunt. Quædam ex eo laudat exponitquc loca Clcmens Alexandrin. Stroraat. ni. Mcmorat et Origcnes Homil. 1 in Lucam, et Epiphanius Hœres. 62, ut rcccntinres prætereara. Conferendus tainen est S. Am b rosi us Proœmio in Lucam, qui et Evangelium juxta Thomam memorat. Hoc perro idem videtur esse, quod Evangelium infantiœ Salvataris apud alios audit, puta lrenœum, Epiphanium, A thanasium, Eusebium, Chrysos- tomum, Cyrilluin, pluresquo alios, cxstatque bodienum Arabice ; in Græco autem fragmenta. Thomæ apostolo ascribitur. Aliud Evangelium juxta Matthiam , idem Ambrosius loco laudato novit, quamqunm ex Origene delibasse testimonium videri possit. Jam et Evangelium Bartholomm aliis Patribus memoratur, Gelasio in decreto de Apocryphis libris, et Bedæ Commentario in Lucam. At non temere docti viri suspicantur, illud pro Bartholomcei babitum Evangelio, quod Mattbœi Hebraicum fuisse, a Bartholomæo in Indiam delatum, rbique a PanUeno iuventum, narrant Eusebius lib. V Uist. c. 10, et Niccphorus lib. IV, e. 32. Denique et Evange¬ lium duodecim Apostolorum sœpe laudatus Ambrosius, Theophylaetus atque alii noverunt. Ubi vero ejus ilerurn meminit noster Hicronymus Dialogo 3 advers. Pelagian. initio, illud ipsum, quod vulgo juxta Hebræos dieebatur, et quo utebenhir lum tempori Nazoreni, ipse secmdum Apostolos vocat. Rceole quæ in hune nos locum pridem observavinuis. (Edit. Miÿn.) 527 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. « Malheur à ceux qui prophétisent de leur pro¬ pre cœur, qui marchent après leur esprit, qui disent : voici ce que dit le Seigneur, et le Sei¬ gneur ne les a nullement envoyés. » Ezcch. xiu, 3. C’est d’eux aussi que parle le Sauveur dans l’évangile de saint Jean : « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des larrons. » Joan. x, 8.. Ceux qui sont venus, non ceux qui ont été envoyés. Le Seigneur dit lui-même : « Ils venaient et je ne les envoyais point. » Jerern. xiv, 14 et xxui, 21. Dans ceux qui viennent, c’est la présomption de la témérité ; dans ceux qui sont envoyés, le dévouement de l’obéissance. Mais l’Église qui, par la voix du Seigneur, a ôté fondée sur la pierre, l’Église que le Roi céleste a introduite dans son tabernacle,' 'Canth et n, et vers laquelle il est descendu par la voie du plus mystérieux chemin, semblable au daim et au faon de la biche, » Gant, u, 9, cette Église, où coulent comme les quatre fleuves du paradis, qui a quatre angles et quatre anneaux, pareille à l’arche du Testament, gardienne aussi de la loi du Seigneur, n’est portée que sur des bâtons immobiles. Exod. xxv, 10 et seqq. Le premier de tous est Matthieu, le publicain, surnomméLévi.Ilécrivitrévangile,danslaJudée, en langue hébraïque, en faveur surtout de ceux d’entre les Juifs qui avaient cru en Jésus, et qui dicunt : hæc dicit Dominus ; et Dominus non misit eos. » Ezech. xm, 3. Do quibus et Salvator in Evan- gelio Joannis loquitur : « Omnes qui ante mo vene- runt fures ftierunt et latrones. » Joan. x, 8. Qui ve- nerunt, non qui missi sunt. Ipse enim ait : « Venic- bant, et ego non mittebam eos. « Jer. xiv, 14; et xxm,21. in venientibus, præsuinptio temeritatis ; in missis, obsequium servitutis est. Ecclesia autem, quæ supra petram Domini voce fundata est, quam introduxit rex in cubiculum suurn , Cant. i et îr, et ad quam per foramen descensionis occultæ misit manum suara, Cant. v, similis damulæ binnuloque cervorum, Cant . u, 9, quatuor flumina paradisi ins¬ tar eructans, Gen. n, quatuor et angulos et annulos babet [al. kabens], per quos quasi area Testament! et custos Legis Dornini, lignis (a) immobilibus vehi- tur, Exod. xxv, 10 seqq. Primus omnium Mattbæus est Publicanus, cogno- mento Levi, qui Evangelium in Judæa Hebræo ser- mone edidit, ob eorum vel maxime causam , qui in Jesum credidcrant ex Judæis , et nequaquam Legis ne s’inquiétaient plus de l’ombre de cette loi â laquelle succédait la vérité de l’évangile. Le se¬ cond est Marc, interprète de l’apôtre Pierre et premier évêque de l’Église d’Alexandrie, qui, à la vérité, n’avait pas vu lui-même le -Sauveur, mais qui a raconté, dans toute la vérité des faits plutôt que dans leur ordre, cc qu’il avait entendu prêcher par son maître. Le troisième est Luc, médecin syrien de nation et de la ville d’An¬ tioche ; l’évangile en fait l’éloge. 11 fut aussi lui- même disciple de l’apôtre Paul. C’est en Achaïc et en Béotrie, Il Corin. vui, qu’il écrivit son livre, reprenant de plus haut certains faits, et, comme il le confesse lui-même dans sa préface, rap¬ portant moins ce qu’il a vu que ce qu’il a ap¬ pris. Le dernier c’est Jean, apôtre et évangéliste, que Jésus aima beaucoup, qui, reposant sur Ja poitrine du Seigneur, s’abreuva au courant des plus pures doctrines et qui séul mérita d’en¬ tendre tomber .de la croix cette parole : « Voilà votre mère. » Joan. xix, 27. C’est pendant qu’il était en Asie et que déjà, à cette époque, pul¬ lulaient les semences hérétiques de Gérinthe d’Ebion et de tous ces autres qui nient que le Christ soit venu dans la chair, audacieux qu’il traite d’antechrists dans sa lettre, 1 Joan. U, 18, et que l’apôtre Paul anathématise à chaque instant ; il fut pressé, par presque tous les évê- umbram, succedente Evangelii veritafe , servabant. Secundus Marcus, interpres apostolr Pétri, et Alexan¬ drin® ecclesiæ primus episcopus, qui Dominum qui- dem Salvatorem ipse non vidit, sed ea quæ magis- trum audierat prædicantem, juxta fidem magis ges- torum narravit quam ordinem. Tertius Lucas medicus, natione Syrus Antiocheusis (cujus laus in Evangeiio), qui et ipse discipulus apostoli Pauli, in Achaiæ Bœo- tiæque partibus volumen condidit, I[ Cor. viii, quæ- dam altius repetens, et ut ipse in proœmio confite- tur, audita magis, quam visa describens. Ultimus Joannes apostolus et evangelistn, quem Jésus amavit plurimum, qui supra pectus Dornini recumbens , Joan. xm et xxi , purissima doctrinarum fluenta po- tavit, et qui solus de cruce meruit audire : « Ecce mater tua. » Joan. xix, 27. Is cum esset in Asia, et jam tune hæreticorum semina pullularent, Cerinthi, Ebionis, et cæterorum qui negant Cbristum in carne venisse (quos et ipse in epistola sua antiebristos vocat, IJoan. u, 18, et apostolus Paulus fréquenter percutit, Rom. m; II Cor. v, coaetus est ab omnibus (a) In præstantissimo codicc monasterii nos tri S. Andrææ secus Avenionem, lignis mobilibus vekvtur ; in altero codice mouasterii, item nostri S. Remigii. italcgimus: lignis imputribilibus vehilur. Quæ varia leutio vera esse potuisset propler vectes do lignis Setim, Exod. xxv, 13 , n ïsi versu consequenti 15 diceretur : Qjtd semper erunt in circuits, ncc umquam extrahentur ab eis. Hioc error prioris codicis ms. redarguitur. Yectes i laque immobiles ligna immobilia dixit ïlieronymus. ftlinr. — Très c nostris mss. mobilibus ^ duo imputribilibus ^ seeunda manu pro immùbilibus , quod probe notatum Martianæo est retinere debere ex eo, quem S. Doetor alludit, versieulo exod. xxv, 15, de hisce lignis, quæ semper eruut in circuits t nec umquam extrahentur ab eis. {Edit. Mign.) 528 SAINT JÉROME ques, en Asie alors, et des députations d'un grand nombre d’Églises, d'écrire d'une façon élevée sur la divinité du Sauveur et de s’élancer, pour ainsi dire, jusqu'au Verbe de Dieu lui- inème, d'un vol plus heureux que téméraire. L'histoire ecclésiastique raconte qu’en réponse à leurs instances, il dit qu’il écrirait, si unis¬ sant le jeûne à la prière, l'Église entière invo¬ quait le Seigneur. G’estalors que, l'Ame inondée d'inspiration divine, il laisse échapper de sa plume ce préambule venu du ciel : « Au com- commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu : c'est lui qui au commencement était en Dieu. » Jo:tn. i. Ce sont donc ces quatre évangiles annoncés longtemps, à l'avance que désigne le volume d’Ezéchiel, où il expose ainsi la première vision : « Et au mi¬ lieu, il y avait comme la ressemblance de quatre animaux, et leur visage était la face d’un homme et la face d'un lion, et la face d'un tau¬ reau et la face d'un aigle. » Ezech. i, 5 et 10. La première face, celle de l'homme désigne S. Mat¬ thieu, qui a commencé à écrire comme d’un homme : « Livre de la généalogie de Jésus- Christ, fils de David, fils d’Àbraham. » Matth. i. La seconde représente Marc, qui fait entendre la voix du Sion rugissant dans le désert : a Voix de celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Marc i, 3. La troisième, du taureau, figure pene tune Asiœ episcopis, et multarum Ecclesiarum legationibus, de divinitate Salvatoris altius scribere, et ad ipsum (ut ita dicam) Dei Verbum,, uou tam audaci, quaru felici temeritate prorumpere (a). Et Ecclesiastica uarrat historia, cum a fratribus cogere- tur ut scribcret, ita facturum se respondisse, si in- dicto jejunio iu commune omnes Deum præcarentur [al. deprecarentur] ; quo expleto , revelalione satura- tus, in illud proœmium cœlo veniens cructavit : « In priucipio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum ; hoc erat in principio apud Deum. » Joan. î. Hæcigitur quatuor Evangelia multo ante prædicta, Ezechielis quoque volumeu probat, in quo prima Visio ita contexitur : « Et in medio si- cut similifoido quatuor aninialiuim; et vultus eorum faciès homiuis, et faciès leonis, et facie9 vituli, et faciès aquilæ. » Ezech. t, 5 et 10. Prima hominis faciès Matthæum significat , qui quasi de bomine exorsus est scribere : « Liber generationis Jesu Christi, fila David, fila Abraham. » Matth. î. Secunda Marcum , in quo [al. qua] vox leonis in cremo ru- gientis anditur : « Vox clamantis in deserto [al. ere- mo], parate viam Domini, rectasfacite semitas ejus.» l’avance que l'évangéliste Luc commence son évangile au sacerdoce de Zacharie. La quatrième, c’est Jean l’évangéliste qui, empruntant les ailes de l’aigle, et s’élevant aux plus sublimes hau¬ teurs, traite du Verbe de Dieu. Ce qui suit abonde dans le même sens. Leurs jambes étaient droites et leurs pieds ailés ; et partout où allait l’esprit, ils y allaient et ne revenaient point. Leurs dos étaient pleins d’yeux, des étincelles et des lampes couraient au milieu, c'était une roue dans une roue et chacun d'eux avait quatre faces. C’est pourquoi l’Apocalypse de Jean, après avoir représenté vingt-quatre vieillards qui tiennent, dans leurs mains, des harpes et des fioles et adorent l'agneau de Dieu, fait pa¬ raître des éclairs et des tonnerres et sept esprits qui courent et une mer de verre et quatre ani¬ maux pleins d'yeux, et dit : « Le premier ani¬ mal est semblable h un lion, le second est semblable à un taureau, le troisième A un homme, et le quatrième à un aigle qui vole, » et peu après, il ajoute : « Ils étaient pleins d'yeux et ne cessaient ni jour ni nuit de dire : Saint saint, saint est le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, qui est, et qui doit venir. » Apoc. îv, 7, 8. Par tout cela, il est démontré clairement qu’on ne doit recevoir que quatre évangiles, et que tous les apocryphes ne sont que des chants de mort à laisser aux hérétiques et non point aux fils vivants de l’Église . Marc, i, 3. Ter lia vituli, qnæ cvangelistaoi Lucam a Zacharia saccrdote sumpsisse initium præfigurat. Quarta Joannem evangelistam, qui assumptis permis aquilæ, et ad altiora festiuaus, de Verbo Dei dispu¬ tât. Cætera quæ sequuutur in eumdem sensum pro- ficiunt. Crura eorum recta, et pennati pedes, et quo- cumque ibat spiritus, ibant, et non revertebantur ; et dorsa eorum plena oculis, et scintillæ ac lampa- des iu medio discurrentes, et rota iu rota, et in singulis quatuor faciès. Unde et Apocalypsis Joannis, post expositiouem viginti quatuor seuiorum qui , tenon tes citharas et pliiûlas, adorabaut [al. adorant] Aguum Dei, iutroducit fulgura, et tonitrua, et sep- tem spiritus discurrentes, et mare viLreum, et quatuor animalia plena oculis , Apoc. iv et v, dicens : « Ani¬ mal priuium oimile leoui, et secundum siuiile vitulo, et tertimn simile bomiui, et quartum simile aquilæ volanti. » Et post paululum : « Plena erant, » inquit, « oculis, et requiem non babebant die ac nocte, di- centia : Sanctus, Sonctus , Sanctus Domiuus Deus omnipotens, qui erat, et qui est, et qui venturus est. » Apoc. îv, 7, 8. Quibus cunctis perspicue osten- ditur, quatuor tantum Evangelia debere suscipi, et (a) Edi ti legunt : Unde et Ecclesiastica narrai , etc. In aliquot mss. codicibus post vocem prorumpere, sequitur : ut Ecclesias- tioa narrai, etc. Alii retinent quod edidimus. Maut. — Continent! serio duo Palatini vetustiores mss. legunt, prorumpere ut Ecclesiastica narrai historia , Alii cum pridem vulgatis libris : Unde et Ecclesiastica-, etc. {Edit. Mign.) 329 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. Je suis assez étonné, cher Eusèbe, que devant promptement faire voile vers Rome , vous m’ayez demandé de vous servir, comme une provision de voyage, une brève exposition de saint Matthieu, et qu’avec peut de paroles, je vous en donne les sens profonds. Si vous vous souveniez de ma réponse, vous ne me deman¬ deriez point de vous donner en peu de jours ce qui demanderait des années. D’abord, s’il est difficile de lire tous ceux qui ont écrit sur l’ɬ vangile, il l’est encore beaucoup plus de faire un judicieux discernement de ce qui a été écrit de mieux. J’ai lu, je l'avoue, il y a plusieurs années, les vingt-cinq volumes d'Origène sur saint Matthieu, et tout autant de ses homélies, et une interprétation pressée et concise. J’ai, lu aussi les commentaires de Théophile, évêque de la ville d’Antioche, d’Hippolyte le martyr, de Théodore d’Héraclée, d’Àpolinairc de Laodi- cée et de Didyinc d’Alexandrie; ajoutez-y en¬ core les opuscules des latins Hilaire, Victoria Fortunatien; en ne glanant même que peu dans tout cela, on pourrait produire quelque chose de remarquable. Mais c’est en deux semaines, quand les fêtes de Pâques sont là, quand déjà omnes apocryphorum nænias mortuis magis liæretb cis, quam Eeclesiasticis vivis caneudas. Satisque miror («)> Euscbi dileclissime, cur Romam subito navigaturns, hanc tibi a' me quasi sitarciam clari vo- lueris, ut Matthæum breviter exponeus, verbis strin-, gerem, sensibus dilatarero. Simeminisses responsio- nis. meæ, numquam in paucis diebus rem annorum peteres. Primum enim difficile est omnes legere qui in Evangelia scripserunt. Deindc multo difficilius, adbibito judicio, quæ opftma sunt recipere. Legisse me f aie or ante annos pLUrimos in Matthæum Orige- nis viginti quinque volumina, et totidem ejus Homi- lias , commaticumque intevpretatiouis gémis ; et Thcopbili Antiocbenæ urbis episcopi Commentarios, Hippolyti qnoque murtyris, et Théo do ri Heracleotæ, Apollinarisque Laodiceni, ac Didymi ÀJexandrini ; et Latinorum, Hilarii, Victorini, Fortunatiani Opuscula, e quibus, etiamsi parva carperem , dignum aliquid memoria scriberetur. Attu, in du abus hebdomadibus, imminente jam Pascba, et spirantibus ventis, dictare le vent enfle vos voiles, que vous voulez que je prenne la plume. Où trouverons-nous le temps pour les copistes, pour les transcriptions, pour les corrections, pour mettre le tout au net, sur¬ tout quand vous n’ignorez pas que j'ai été si souffrant pendant trois mois et que je com¬ mence à me relever à peine? Puis-je accomplir en peu de temps un si grand ouvrage? Aussi, né¬ gligeant l’autorité des anciens que je n'ai le loisir ni de lire ni de suivre, j’ai rédigé briève¬ ment l’interprétation historique que vous m'a¬ viez principalement demandée. J'y ai mêlé de temps à autre, pour l’âme, quelques fleurs spi- tu elles, me réservant de perfectionner ce tra¬ vail plus tard. Si la vie m’est prolongée en¬ core , et qu’en nous revenant vous réalisiez votre promesse, je m’efforcerai d'ajouter cequ manque ; bien plus, après avoir jeté les fonde¬ ments, et construit en partie les murailles, je couronnai magnifiquement l'édifice, afin que vous voyez quelle différence il y a entre une téméraire improvisation et un écrit soigneuse¬ ment élaboré. Vous le savez assurément, et je rougirais de vous rendre témoin de mon men¬ songe, j'ai dicté le présent opuscule avec tant me cogis ; ut quando notarii excipiant, quando scri- bantur schedulæ, quando emendentur, quo spatio dîgerantur ad pururn (b), maxime cum scias me ita tribus mensibus languisse, ut vix nunc ingredi inci- piam , nec possim laboris magnitudinem brevitate temporis compeusare. Igitur, omissa auctoritate Veteruin, quos nec legendi nec sequendi milii facul- tas data est, historicam interpretationem, quam præ- cipue posfculasti, digessi breviter; et interdum spi- ritualis intelligentise flores miscui, perfectum opns reservans inposterum. Siautem inihi (c) vita longior fuerit, aut tu in redeundo tua promissa compleveris, tune uitar implero qnod rcliquum. est, immo jadis fundarnentis, et ex parte constructis parie tibus, pul- cherrimum culmen imponan), ut scias quid intersit inter subitam dictandi audaciam, et elucubratam scribcndi diligentiam. Certe nosti, et mendacii mei erubescerem te testem vocare, quod præsens opus- culum tanta celeritate dictaverim , ut aliéna magis legere, quam mea condere me putares. Nec hoc de (a) Kusebius istc Cremoncnsis est, cui ctiam in Jcrcmiam Commentarios dcdicavit nieronymus. Porro non fuit Hieronymo longior vita ad pcrficiendos Commentarios in Matthæum, uti se facturum speraverat, ncque scripsit in Canticum canticorum, quia ab his operjbus ægrotationc diulurna ne tandem morte ipsa exelusus est. Mm. (ô) Salis commoda duo Palatini mss. addunt, minime a tlendas . Cælerum hue sunt omnino referenda, quæ de ægra valeludinc, deque ipso Matthæi Conmn en târio paria liis ipse memorat Hicronymus in fine Epist. 73 ad Evangelium : « Ego, ait, post longam ægro- tationem vix in Quadragesima diebus febri carcre potui ; et, cum altcri me operi præpararcm, paucos dies qui supererant, in Matthæi expositione consunipsi ; tantaque aviditatc studia omissa repetivi, ut quod exercitationi linguæ profuit, nocuerit eorporis valetudini. » (c) Pênes Yictorium, VUa largior, id est, quæ non ægra subindc lahorct valetudine : placetque adeo magis hæc lectio. Nimirum Hieronymus viginti plus minus annos ab bac elucubratione in vivis superfuit ; satisque imperite notatum est Martîanæo, non fuisse in posterum, S. Doctori longiorcm viiam ad porficiendos Commentarios in Matthæum, uti se facturuni speraverat, neque scripsisse in Canticum canticorum, quia ab his operibus mgrotatione diulurna ac tandem morte ipsa exelusus fuerit. Liquet enim vero ex rerum nieronyminnarum série aliis eum de causis tam abistorecognoscendo, quam ab illo inehoando Commentario abslinuisse. (Edit. Mign . TOME IX. 34 530 SAINT JÉROME de célérité que je vous eusse paru plutôt lire le travail d’autrui que composer de moi-même. Ne pensez pas que je le dise par arrogance ou par trop de confiance en moi, c’est en vue de vous montrer combien je vous considère, ai¬ mant mieux m’exposer à la mésestime des sa¬ vants que de refuser quelque chose à votre pressante prière. De grâce donc, si ma parole manque d’art, si mon style n’est ni harmo¬ nieux ni cadencé, ne l’imputez qu’à la précipi¬ tation et non à l’ignorance. Quand vous serez à Rome, donnez-en un exemplaire à la vierge du Christ, Principia, qui m’a prié d’écrire sur le Cantique des cantiques; mais une longue ma' ladie m’en ayant empêché, je lui laisse l’espoir de l’écrire plus tard. Je vous en fais une con¬ dition, car si vous lui dérobez ce que j'ai écrit pour vous, elle, à son tour, pourra serrer dans sa bibliothèque ce qui aura été composé pour elle. LIVRE PREMIER « Livre de la Généalogie de Jésus-Christ. » Matth. i, d. Nous lisons dans Isaïe : « Qui ra¬ contera sa génération? » Isat lui, 8. N’allons pas croire que l’évangéliste soit en opposition avec le prophète, en sorte que l’un entreprenne de raconter ce que l’autre déclare impossible à dire. Là il est question de la génération divine et ici il s’agit de l’incarnation. Il a commencé par la chair, afin que par l’homme nous com¬ mencions à parler de Dieu. « Fils de David, fils d’Àbraham. Abraham engendra Isaac. Isaac engendra Jacob. Jacob engendra Juda et ses frères. » Ibid. 2. L’ordre est renversé, mais il était nécessaire de le chan¬ ger. S’il eût mentionné d’abord Abraham et ensuite David, il aurait dû reprendre à Abra¬ ham pour indiquer toute la suite des ancêtres. Voilà pourquoi il omet tous les autres pour arrogantia et fiducia ingeoii dictum putes, sed quod osfendere tibi cupiam quantum apud me valeas, qui périclitai! magis apud doctos voluerim, quam tibi sedule postulauti quidquam negare. Unde obsecro, ut si incomptior sermo est, et non solito lapsu fertur oratio, festiuationi hoc tribuas, non imperitiæ, et des cxempîaria, cum Romain veneris, Virgini Christi Prmcipiæ, quæ me rogavit, ut iu Canticum cantico- rum scriberem, a quo opéré exclusus ægrotalione diuturna, spem in futurum distuli; hac te lege con- stringens, ut si tu ei ad te scripta subtraxeris, ilia quoquc armariolo sibi postea scribenda concludat. LIBER PRIMUS. « Liber generationis Jesu Christi. » Matth. i, 1. In Isaia legimus : « Generationem ejus quis enarra- bit. » Izai . lui, 8. Non ergo putemus Evangelistam [Al. Evangelium ] prophetæ esse contrarium, ut quod ille impossibile dixit effatu, hic narrare incipiat ; quia ibi de generatione divinitatis, hic de incarua- tione est dictum. À carualibus autem ccepit, ut per hominem Deum dicere incipiamus. « Filii David, filii Abraham. Abraham genuit l’appeler fils de ceux-là seuls à qui en fut faite la promesse. A Abraham il fut dit : « Toutes les nations seront bénies dans votre race, » Genes. xxn, 18, c’est-à-dire dans le Christ; et à David : « J’établirai sur votre trône un fds issu de vous. » Ps. cxxxi, 1-1. « Juda engendra, deThamar, Pharès et Zara. Pharès engendra Esron. Esron engendra Àram. Àram engendra Àminadab, Àminadab engen¬ dra Naasson. » Ibid. 3. Il est à remarquer que, dans la généalogie du Sauveur, il n’est fait mention d’aucune sainte femme, mais de celles-là seulement que blâme l’Écriture, afin que celui qni était venu pour les pécheurs, en naissant de pécheurs, effaçât tous les pêchés. Aussi, dans les versets suivants, cite-t-on Ruth la moabite, et Bethsabée, épouse d’Urie. « Naasson engendra Salmon. Salmon engon- Isaac. Isaac autem gemiit Jacob. Jacob autem ge¬ nuit Judam et fVaLres ejus. » Ordo præposterus, sed uecessario commuiatus. Si enïin primum posuisset Abraham, et postea David, ruvsus ei repetendus fue- rat Abraham, ut generationis sériés texeretur. ldeô autem cæteris prætermissis, horum filium nimcupa- vit , quia ad lios tantum est facta de Christo repro- missio, ad Abraham : « In semine, » iuquit, « tuo beuediceutur omnes gentes, » Gen. xxn, 18, quod est Christus. Ad David : « De fructu ventris lui po- nam super sedem tuam. » Ps. cxxxi, 11. « Judas autem genuit Phares et Zaram de Tlia- mar. Phares autem genuit Esron. Esron autem genuit Àram. Aram autem genuit Aminadab. Ami- nadab autem genuit Naasson. » Ibid. 3. Notandum iu geuealogia Salvatoris nullam sanctarum assumi mulierum , sed eas quas Scriplura reprehendit, ut qui propter peccatores venerat , de peccatoribus nascens, omnium peccata deleret. Unde et in con- seqnentibus Ruth Moabitis ponitur, et Bethsabee uxor Uriæ. « Naasson autem genuit Salmon. Salmon autem genuit Booz de Rahab. Booz autem genuit Obed ex COMMENTAIRES SUR I/ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. dra Booz de Rahab. Booz engendra Obed de Ruth. Obed engendra Jesse. Jesse engendra David qui fut roi. Le roi David engendra Salo¬ mon de celle qui avait été l’épouse d'Urie. Sa¬ lomon engendra Roboam. Roboam engendra Abias. Abias engendra Asa. Asa engendra Jo- saphat. Josaphat engendra Jorara. » Ibid. 4 et seqq. Ce Naasson est ce prince de la tribu de Juda dont il est question dans les Nombres. Num. 1 et n. « Joram engendra Ozias. Ozias engendra Joathan. Joathan engendra Achaz. Achaz en¬ gendra Ezechias. Ezechias engendra Manassès. Manassès engendra Amon. Amon engendra Jo- sias. Josias engendra Jochonias et ses frères, vers la transmigration à Babylone. » Ibid. 8 et scqq . Dans le quatrième livre des Rois, Cap. m, vin et seqq , nous lisons que Joram engendra Ochozias, après la mort duquel Josabeth, fille du roi Joram et sœur d’Ochozias, enleva Joas, fils de son frère, et le déroba au massacre com¬ mandé par Atbalie. 11 eut pour successeur au trône son fils Amasias, après lequel régna son fils Azarias, qui est appelé aussi Ozias. A ce der¬ nier succéda Joathan, son fils. Vous voyez donc qu’au témoignage de l'histoire, il y a eu, dans l’intervalle, trois rois dont notre évangéliste ne fait point mention ; car Joram n’engendra pas Ozias, mais Ochozias, et ainsi des autres que nous avons énumérés. C’est parce que l’évan- Ruth. Obed auteui genuit Jesse. Jesse autem gê¬ nait David regem. David autem rex genuit Salomo- nem ex ea quæ fuit Uriæ. Salomon autem genuit Roboam. Roboam autem genuit Abiarn. Abia autem genuit Asa. Asa autem genuit Josaphat. Josaphat autem geuuit Joram. » Ibid. 4, et seqq. Iste est Naasson princeps tribus Judæ, sicut in Numéris legi- mus. Num. 1 et 11. « Joram autem genuit Oziam. Ozias autem genuit Joathan. Joathan autem genuit Achaz. Achaz autem genuit Ezechiam. Ezechias autem genuit Mannssen. Menasses autem genuit Amon. Amon autem genuit Josiam. Josias autem genuit Jechoniam et fratres ejus in trausmigratione Babylonis. » In quarto Re- gum volumine, Cap. 111 , viu et seqq , legimus de Joram Och oziam fuisse generatum, quo mortuo, Jo¬ sabeth fiiia regis Joram, soror Ochoziæ tulit Joas filium fratris sni, et eum iuternecioni, qu ne leur vient pas par un ange, mais par le Seigneur lui-même, pour que cela pût témoigner des mérites privilégiés de Joseph. Ils s’en retournent par un autre chemin, parce qu’ils devaient rester totalement étrangers à l’infidélité des Juifs. « Voilé, qu’un ange du Seigneur apparut A Joseph pendant son sommeil et lui dit : Lève- toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Egypte et reste-là jusqu’à ce que je te parle ; car il idcirco scribitur, quia est et ali a Bethleem in Gali- læa. Lege librum Jesu filii Nave. Jos, 19. Denique et in ipso testimonio, quod de Michææ prophetia sump- tum est, itahabelur « Et tu, Bethleem terra Juda. » Mich. v, 2. « Et apertis thesauris suis, obtulerunt ei mimera, aurum, thus et myrrliam. » Ibid. 11, Pulcherrine munerum sacramenta Juvencus presbyter uno ver- siculo comprebendit : Thus, aurum, myrrham, régi que, homimque, Dcoquc Dona ferunt. « Et responso accepto in soumis, ne redirent ad J-Ierodem, per aliam viam revers i sunt in regionem suam.» Ibid. 12 Qui muneraobtulerant Domino, con- sequenter responsum accipiunt. Responsum autem (quod Græce dicitur ^prjga-aoO^vTEç) non per ange-, lum fit, sed per ipsum (a) Dominum, ut meritorum Joseph privilegium démon straretur. Revertuntur autem per aliam viam, qniainfidelitali miscendi non eran.l Judæorum. (a) Ferme persuasum fuit ohm mihi, cubarc Aocum istum in mendo, et pro ipsum Dominum rescribi dchere uno verbo insomniimt, ut sensus ait, magos quideni per insomnium, S. vero Josephum responsum acccpisse per an gel uni. fîempc ut seeum ipse S. Hierony- mus constet, qui liane visionis prærogativam præ ilia, quæ magis fxieta est, S. Joscpbo tribuit, et prædicat, hac nimirum de causa, ut meritorum Joseph privilegium demonstraretur. Nam secus longe haberet, si magos dixit per ipsum Dominum , Josephum vero per angelum admonitum fuisse, cum Dei admonentis sequior esset conditio, contra qnam veritas clamât, et S. ipse Pater conceptis verbis con tendit. Qnamobrem errore factum antiquariorum videatur ob aliquam inter se verborum ipsum Dominum et insomnium simjlitudinem, quæ facile potuerit criticus non nemo divisim quasi duo verba aceipere, puta iu som , et nium, quæ cum per se iiihd significent, emendanda crediderit insom in ipsum i et nium in Dominum. Cætera enim et sacer textus Ieclioni insomnium fidem fa«it, et suffragatur rei veritag, denique ipsa Latinæ vocis proprietas ac vis, qua insomnium dicilur visio id quod postea aceidit portendens. Sed si mentem S. Doctoris probe ass«quimur, nihil esse quod hic loci emendemu3, r« paulo altius expensa constabit. Scntieb&t COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 539 arrivera qiTHérode cherchera l’enfant pour le faire mourir. Jos-eph, s’étant levé, prit l'enfant et sa mère pendant la nuit, et se retira en Egypte et il y resta jusqu'à la mort d'Hérode. » Ibid. 13, 14. Quand il prit l’enfant et sa mère pour passer en Egypte, c’était la nuit et pen¬ dant les ténèbres ; mais quand il revint dans la Judée, fut-ce la nuit et pendant leé ténèbres ? L’Évangile ne le marque point. « Afin que fût accomplie cette parole que le Seigneur a dite par le prophète : « J'ai appelé mon Fils de F Égypte. » Alors Hérode, voyant qu’il avait été trompépar les mages, entradansune grande co¬ lère, et il envoya tuer tous les enfants qui étaient dans Bethléem et dans tous ses environs, depuis deux ans et au-dessous, selon le temps dont il s’était enquis des Mages. »Ibid. 15, 16. Que ceux qui nient la vérité des livres hébreux disent en quel endroit des LXX on lit cela ; mais, comme ils ne l’y trouveront pas, nous leur dirons que cela est écrit dans le prophète Osée, comme nous l’attestent les exemplaires que nous en avons tout récemment publiés. Ce passage cFail- leurs.peut être établi d’une autre manière encore, et cela à l’occasion de ces esprits inquiets dont saint Paul déclare que ni lui ni l’Eglise n’aiment la mante querelleuse, I Cor. ii, et nous produi¬ sons le témoignage de Balaam au livre des Nombres : « Dieu l’a rappelé de l'Égypte, et sa gloire est comme celle de la licorne. » Num. xxm, 22. « Ce fut alors que s’accomplit la parole du prophète Jérémie, disant : Une voix a été en¬ tendue dans Rama, des pleurs et des gémisse¬ ments répétés ; c’était Rachel pleurant ses fils et ne voulant point se consoler parce qu'ils ne sont plus. Jerem. xxxi, 15. Hérode étant mort, voilà qu’un ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil, en Egypte, disant : Lève- toi, prends l’enfant et sa mère et va dans la terre d’Israël.» Id. 17 et seqq. De Rachel était né Benjamin, dans la tribu duquel ne se trouve pas Bethléem. Gen. xxxv. On demande donc pour¬ quoi Rachel pleure les enfants de Juda, c’est-à- « Eccc Angélus Domini apparuit in soumis Joseph, dicens : Surge et accipepuerum et matrem ejus, et fuge in Ægyptum ; et esto ibi usque duui dicam tibi. Fiitunuu est enim ut Herodes quærat puerum ad perdendum emn. Qui consurgens, accepit puerum et matrem ejus nocte, et secessit in Ægyptum; et erat ibi usque ad obitum Herodis. » Ibid. 15, 14. Quand o tollit [Al. tulit] puerum et matrem ejus, ut iu Ægyp¬ tum transeat, nocte tollit et tenebris ; quando vero revertitur in Judæam, uec uox, ucc tenebræ ponun- tur iu Evangelio. « Ut adimpleretur quod dicturn est a Domino per prophetam, diccntem : Ex Ægypto vocavi filium meum. Tuuc Herodes vident quoniam illusus esset a magis, iratus est valde ; et mittens, occidit omnes pueros qui eraut iu Bethleem, et iu omnibus fiuibus ejus, a birnatu et infra, secundum tempus quod exquisierat a magis. » Ibid-. 15, 16, Respondeant qui Hebræorum voluminum denegaut veritatem , ubi hoc in LXX legatur interpretibus. Quod cum non iuvenerint, uos eis dicemus irfOsee proplieta scrip- tum, Cap. 11, sicut et exemplaria probare possimt qurc uuper edidimus. Possumus autem locum istum et aliter {a) couciliare [Al. consolari ] propter couteu- tiosos, quorum consuetudinem Paulus apostolus haberc se deuegat, et Ecclesiàm Cliristi, 1 Cor. 11, et testimouium proferimus ex Numéris, dicente Ôa- laam : « Deus ex Ægypto vocavit emu ; gloria ejus sicut uuicornis, » Num. xxm, 22. « Tune adimpletum est quod dictum est per Jere- miam prophetam, diceutem : Vox in Rama audita est, ploratus et ululatus multus, Rachel ploransülios suos, et uoluit consolari, quia non sunt.» Jerem. xxxi. 15. « Defuncto autem Herode, ecceaugelus Domini ap¬ paruit in soumis Joseph inÆgyplo, dicens : Surge, et accipe puerum et matrem ejus, et vade in terram Israël. » Ibid. 17 et seqq. De Rachel natus est Ben¬ jamin, in cujus tribu uon est Bethleem. Genes. xxxv. Quæritur ergo quomodo Rachel filios Judæ, id est, Bethleem, quasi suos ploret? Respondebimus bre- viter, quia sepulta sit juxta Bethleem in Eplirata, et ex materno corpusculi liospitîo matris uomen acce- quippc ille, responsa quæ in somnis, ' ovap, hnbcrcnlur, quœ y û7)Œ[AOÙ; Græci vocant, per ipsum Deum ficri, et yp7]ap.ôv dici, quotics Deus per scipsum respondet. Passim liane ejus sententiam dignoscerc est in Commentariis in Prophctas, alque alibi ; nam et de Hieronymi ipsius nomine, utpote reconditioris doclrinæ placitum ab ipsis Græcis lcxicographis ad voeem yp7]ap.oç refertur. Sacer itaque textus hic ubi de Magis scrmo est, verbo utitur y prjefp.qjôsa), quod a y p/)ap.o; nomine derivatum, ejusdem plane est cum illo signiAcationis ; deque adeo ilia S. Patris Græcorumque doctrine factum intelligetur responsum per ipsum Domi- num ; et si per angelum saccr idem lextus factum Joscpho rcspotisum notât, cum utrumque tnmen xa? ôvao sivc in somnis tnm ipsi factum quam Magis deelaret, utrumque sanc divirutus, sivc per ipsum Dominum factum testatur ; in co autem plus haberc hono¬ ris ac laudLa istud Joscphi, quod ab ipso Domino prælcrca angélus mitütur ad denuntiandum, ut meritorum Joseph privilégiant dc- monst3'aretfUi\ Salva sententia, salve res est ; nec profccto temere injicicudæ sunt manus in S. Patris textum, quem libri omnos, mss. eeque atque edi t. qnot sunt, quotquc fuerc, pari consensu, quin et liturgici ipsi scriptorcsque omnes tuentur ac probant. (Edit. Miqn.) (a) Impcritissima hic Icctio est in libris editis, scilicct, Possumus autem locum istum et aliter consolari propten' contontiosos „ Lcgendum îlaquc, Possumus:. autem locum istum et aliter conciliax'c, vcl et aliter confirmare... et testimonium proferimus ex Nu¬ méris', etc.; u bique cnim legimus, in singulari, vocavi filium, sivc vocavi cum. et non ut habent LXX in plurnli, vocavi filios meos, Maut. 53rt SAINT JEROME dire de Bethléem, comme si c’étaient ses propres enfants ? Nous répondrons brièvement que Rachel avait été ensevelie prés de Bethléem, en Ephrata, et que c'est à cause de l’hospitalité même donnée à sa dépouille que ce lieu avait gardé le nom de la mère. Juda et Benjamin étaient deux tribus limitrophes, et Hérode ayant or¬ donné de tuer les enfants, non -seulement dans Bethléem, mais encore dans tous ses alentours, nous croyons qu'il en fut immolé, à cette occa¬ sion, un grand nombre et de Bethléem et de Ben¬ jamin. Elle pleure ses enfants et n'accepte point de consolation ; cela peut avoir un double sens, soit qu’elle les regarde comme à jamais perdus pour elle, soit qu’elle n’ait pas à être consolée au sujet de ceux qu'elle sait devoir revivre un jour. Quant au mot Rama, nous ne pensons point qu'il y ait un lieu de ce nom près de Gabaa, mais Rama veut dire élevé ; le sens est donc : une voix a été entendue bien haut, c'est- à-dire que ses gémissements ont retenti au loin et rempli l'espace. « Car ils sont morts ceux qui cherchaient la vie de l'enfant. » ïd. 20. Ce passage nous fait entendre que ce n'est pas seulement Ilérode, mais les prêtres et les scribes qui méditaient, en même temps, la perte du Seigneur. c< Lequel, se levant, prit l’enfant et sa mère et il vint dans la terre d’Israël. » Id. 21. Il n'a point dit, il prit son fils et son épouse, mais l’enfant et sa mère, parce qu’il est le nourricier, non le mari. « Mais ayant appris qu’Archélaüs régnait en périt. Sivo quoniam Juda et Benjamin duæ tribus junctæ erant, et Herodes prœceperat non solum in Bethleem interfici pueros, sed et in omnibus finibus ejus. Per occisionem [Al. occasionem] Bethleem intelligimus multos etiam de Benjamin fuisse cæsos. Plorat autem filios suos, et non recipit consolatio- nem, secundum duplicem intelligentiam : Sive quod cos in æternum raortuos æstimaret, sivc quod conso- lari se nollet de bis quos sciret esse victuros. Quod autem dicitur « in Rama » non putemus loci nornen esse juxta Gabaa, sed « rama excelsum » interpreta- tur, ut eit sensus : « Yox in excelso audita est, » id est, longe lateque dispersa. « Defuncti sunt enim qui quærebant aniinam pueri. » îbid. 20. Ex hoc loco inLelligimus non solum Herodem, sed et sacerdotes et scribas eodem tem- pore necem Domini fuisse meditatos. « Qui surgens accepit pnerum et matrem ejus, et venit in terrain Israël. » Ibid. 21. Non dixit, accepit filium suum et uxorern suarn, sed puerum et ma¬ trem ejus, quasi nutritius, non maritus. « Audiens autem quod Archelaus regnaret in Ju- Judée, à la place d'Hérode, son père, il appré¬ henda d’y aller, et, averti pendant son sommeil, il se relira dans le pays de la Galilée. » ïd. 22. Beaucoup ici font erreur par ignorance de l'his¬ toire. Ils croient que cet Hérode dont on an¬ nonce la mort, est celui par qui fut raillé lo Sauveur, au temps dosa passion ; or, cet Hérode qui, à cette occasion, se lia d’amitié avec Pilate, est le fils de celui-là et le frère d’Archêlaiis. C’est celui-ci que Tibère César exila à Lyon, ville des Gaules, et à qui succéda un autre Hérode, son frère. Lisez l’histoire de Josèphe. « Et étant donc venu, il habita une ville qui est appelée Nazareth, afin que s’accomplit ce qui a été dit par les prophètes. : J1 sera appelé Naza¬ réen. » Id. 23. Si l’évangéliste avait eu en vue un passage précis des Écritures, il n’eût point dit : par les prophètes ; il dirait simplement : comme il a été dit par le prophète. En parlant donc au pluriel, il indique qu’il prend non les paroles, mais le sens des Écritures. Nazaréen si¬ gnifie saint ; que le Seigneur doive être saint, c’est ce que rappelle toute l’Écriture. Nous pou¬ vons encore dire autrement et nous servir des termes mêmes dont, selon le texte hébreu, se sert Isaïe : « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et le Nazaréen s’élèvera de cette tige. » Isa. xi, « Faites penitence, car le royaume des cieux approche.» Matth. m, i . Jean-Baptiste le premier annonce le royaume des cieux, afin que le pré¬ curseur du Messie fût honoré de ce privilège. 44 « Si le sel perd sa vertu, avec quoi salera-t- on ? » Si le docteur se trompe, par quel autre docteur sera-t-il redressé? « Il n’est bon à plus rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes. » C’est un exemple tiré de l’agriculture. De même, en effet, que le sel sert pour assaisonner les aliments et pour sécher les viandes, de même n’a-t-il pas un autre usage. Ne lisons-nous pas dans l'Écriture que des conquérants , dans leur colère, avaient fait jeter du sel sur la place des villes rasées pour empêcher à jamais toute germination? Judith. îx. Que les docteurs donc et les évêques pren¬ nent garde et considèrent ; «que les puissants seront puissamment tourmentés ; » Sap. vi, 7 ; qu’il n’y a point de rêmèdo, mais que les ruines des grands conduisent aux enfers. « Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne peut être cachée, quand elle est placée sur une montagne; et on n’allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un chandelier, aün qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Qu’ainsi donc luise votre lumière devant les hommes, aûn qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Id . 14, 15, 16. Il ensei¬ gne qu’on doit avoir confiance en prêchant, pour que la crainte ne fasse point se cacher les apôtres et qu’ils ne soient comme des lumières sons le boisseau, mais qu’ils se montrent en « Vos estis sal terne. » Ibid. 13. Sal appellantur apostoli, quia per ilJos universuui hominum condi- tur genus. » Quod si sal evanuerit, in quo salietur. » Si doc- Lor erraverit, a quo alïo doctore emendahitur? h Ad nihilum valet ultra, nisi ut mittatur foras, et conculcetur ad ho minibus. » Exemplum de agricul- tura sumptuin est. Sal eteuim sicut in ciborum condiinentum, et ad siccandas carnes necessarium est, itn alium usum non habet. Certc legiuius in S cri p taris, urbes quasdam ira [Al. ita] victorum salé seminatas, ut nulluin in ipsis germen oriretur. Ju¬ dith. Gaveantergo doctores et episcopi, et videant: « Potentes potenter tormenta sustinerc, » Sap. vj, 7, nihilque esse remedii : sed majorum ruinas ad tar- tarum ducere. « Vos estis lux mundi. Non potestcivitas abscondi supra juontem posita; neque accendunt lucernam, et ponunt eam sub modio, sed super candelabrum, ut lnceat omnibus qui iu domo siint. Sic luceat lux vestra coram liominibus, ut videant opéra vestra bona, et glorificent patrem vestrum qui in cœlis est. » Ibid. 14 et seqq . Docet fiduciam prædicandi» no apostoli abscondantur ob metuin, et sint similes lucernœ sub modio, sed tota libertate se prodant, ut toute liberté et qu’ils annoncent sur les toits ce qu’ils ont entendu dans le secret. Matth. x, 27. « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je ne suis pas venu les abolir, mais les accomplir. » Id. 17. Soit qu’il ait accom¬ pli ce qui avait été prophétisé de lui par d’au¬ tres, soit qu’il ait complété, par sa prédication, ce qui avait été laissé incomplet et grossier à cause de la faiblesse même des auditeurs, Matth. y, c’est ainsi qu’il repousse toute colère, qu’il condamne la peine du talion, et la concupis¬ cence secrète du cœur. « Jusqu’à ce que le ciel et la terre passent. » Id. 18. Il nous est promis des cieux nouveaux et une terre nouvelle que doit faire le Seigneur. Si donc il doit être créé de nouvelles choses, c’est que les anciennes passeront. « Un seuliota ou un seul point delaloi ne passera pas que tout ne soit accompli. » Id. 18. Il mon¬ tre, par la comparaison d’une lettre, que ce qui semble de peu d’importance dans la loi se trouve rempli de significations spirituelles et que rien n’en est négligé dans l’Évangile. « Celui doue qui violera l’un de ces moindres commandements, et enseignera ainsi aux hom¬ mes, sera appelé très petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui fera et enseignera, celui- là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Car je vous dis que si votre justice n’est plus abondante que celle des scribes et des phari- quod audierunt in cubiculis pncdicent in toctis. Matth. x, 27. « Nolite putare quoniam veui solvero legem, au! prophetas. Non veui solvere, sed adimplere. » Ibid. 17. Sive qnod de se per alios prophetuta compleve- rit, sive quia oa quis ante propter infirmitatem audientium rudia et imperfecta fnerant, sua prædi- eatione complcverit, Matth. v, irarn tollens, ctvicem talionis excludens, et occultam in mente concupis¬ cent! a m. « Donec transeat cœlum et terra. » Ibid. 18. Pro- unittuntur nobis cœli novi, et terra nova, quae fac¬ turas est Dominus Deus. Si ergo nova creanda sunt, consequenter vetera transitura. Quod autem sequitur : « Iota unum, aut un us apex non præteribit a Lege, donec omnia fiant. » Ex figura litteræ osten- ditur, quod etiam quæ minima putantur in Loge, sacramentis spiritualibus plena sint, et omnia reca- pîtulentur in Evangclio. Oujus ergo eruditionis est, cujusque doctrinae, etiam diversa sacrificia, et quæ superstitiosa videntur, in vicLimis quotidie démons- trare compleri ? « Qui ergo solverit unum de mandatis istis mini- mis, et docuerit sic hommes, minimus vocabitur in COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 545 siens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point; car ceJui qui tuera sera passible de jugement. Mais moi, je vous dis. » Id. 49 et seqq. Ce passage fait suite au précédent, dans le¬ quel il avait dit : « Un seul iota ou un seul point de la loi ne passera pas que tout ne soit accompli. » 11 insinue donc à T adresse des pha¬ risiens, qui, peu soucieux des préceptes divins, prônaient leurs propres traditions, que leur doc¬ trine leur profite peu chez les peuples, pour peu quJils détruisent ce qui est prescrit dans la loi. Nous pouvons encore y voir ce sens, que malgré son érudition, le maître, sujet au moin¬ dre péché, descend de sa hauteur, et qu’il sert peu d’enseigner une justice qu’on désavoue par ses fautes, même les plus légères. La parfaite béatitude est de pratiquer ce que vous ensei¬ gnez. « Que celui qui s’irrite contre son frère sera soumis au jugement. » Id. 22. Dans quelques exemplaires, on ajoute « sans motif, » mais dans les vrais, c’est sans restriction aucune, et toute colère est entièrement réprouvée, l'Ecriture por¬ tant : « qui s’irrite contre son frère. » S’il nous est prescrit de présenter l’autre joue à celui qui nous frappe, d’aimer nos ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent, Luc. vi, c’est reguo cœlorum : qui autem fecerit et docuerit, liic magnus vocal) Un r iu regno cœlorum. Dico autem vobis, quia ni si abundaverit justitia vestra plus quam Scribarum et Pharisæorum, non intrabitis in regnum cœlorum. Audistis quiadictum est antiquis : Non occides ; Qni autem occident, reus erit judicio. Ego autem dico vobis. » Mail h. v, 19-21. Hoc capi- tuliun cuin superiori bæret testimonio, in quo dixe- rat : « Iota unum, aut unus apex non præteribit a Lege, donec omnia fiant. » Sugillat ergo Pharisæos, qui, contemptis mandatis Dei, statuebant proprias traditiones, quod non eis prosit doctriua in populis, si vel parvum, quod in Lege præceptum est, des- truaut. Possumus autem et aliter iutclligere, quod magistri cruditio, etiamsi parvo peccato obnoxius sit, deducat eum de gradu maximo, nec prosit docere justitiam, quam miiiima culpa destruit. Et beatitndo perfecta sit, quæ sermone docueris, opéré complere. « Quia omnis qui irascitur fratri suo, reus erit judicio. » Ibid. 22. In quibusdam codicibus addilur, « sine causa : » cæterum iu veris definita sententia est, et ira penitus t.ollitur, dicente Scriptura : « Qui irascitur fratri suo. » Si enim jubé mur verberanti qu’on écarte toute occasion de colère. Il faut donc effacer tout motif, parce que la colère de l’homme ne produit jamais la justice de Dieu. Jacob, i. <( Celui qui dira à son frère : Raca, sera sou¬ mis au conseil. » Cette expression est toute hé¬ braïque et veut dire vain ou vide, que nous pouvons rendre par l’injure vulgaire : sans cer¬ velle. Si nous devons rendre compte d’une pa¬ role oiseuse, quel compte h rendre d’uneinjure? Malach. xr. Mais il ajoute expressément : « Qui dira à son frère : Paca. » Nous n’avons de frère que celui qui a le même Père que nous. Puis¬ que donc il croit comme nous en Dieu, et qu’il connaît celui qui est la sagesse de Dieu, Jésus- Christ, I Cor. r, pourquoi lui infliger l'épithète de la folie ? « Mais celui qui lui dira : fou, sera soumis à la géhenne du feu. » Ce qui précède fait entendre, à son frère : « Qui dira à son frère : fou, sera soumis à la géhenne du feu; » dire à celui qui croit pareillement en Dieu : fou, n’est- ce pas manquer à la religion ? « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton don devant Tante} et va d’abord te réconcilier avec ton frère, et alors, revenant, tu offriras ton présent. » Ici. 23, 24. 11 n’a pas dit : Si tu as quelque chose contre ton frère, mais : si ton frère a quelque chose al te ram præbere maxillam, et inimicos nostros amu¬ re, et orare pro persequeutibus, Luc. vi , omnis iræ occasio tollitur. Radendum est ergo, « sin& causa, » quia ira viri justitiam Dei uou operatur. Jacob, i. » Qni autem dix erit fratri suo raca («), reus erit concilio. » Hoc verbum proprie Hehræorum est : raca euim dicitur xevôç, id est, « inanis » aut « vacuus; » quem nos possumus vulgata injuria, « absque cere- bro,» nuucupare. Si pro otioso sermone reddituri su- mus rationem, quauto magis de coutumelial Matth. xi. Sed et signanter additur : « Qni dixerit fratri suo : raca. » Frater enim noster nullus est, uisi qui cumdem nobiscum habet Patrcm. Cum ergo simili- lcr credat ia Deuin, et Ch ri s tu m Dei noverit sapien- tiam, I Cor. 7, qua ratione stultitiae elogio denotari potest? « Qui autem dixerit: fatue, rens eritgehennæ iguis.» ’At:o xotvou ex superioribus subauditur: « Qui dixerit fratri suo : fatuc, reus erit geliemiæ. » Qui enim ©que in Deum crcclenti dicit : fatuc, impius est in religione. « Si ergo ofïers uni nus tuum ad altare, et ibi re- cordatus fucris, quia frater Unis habet aliquid ad- versum te, rclinque ibi muuus tuum ante altare, et (a) S. Gregorius lib, xxi Moralium cap. 5 : Raca qidppe, iuquit, in Hebræo eloquio vox indigna» lis est; qux quideun animum irascentis os tendit t nec tamen plénum verbum iracitndix exprimit. TOME ÏX. 35 SAINT JÉROME S40 contre toi, afin que la nécessité de la réconcilia¬ tion nous paraisse plus impérieuse. Je ne sais donc si, avant que nous ayons pu fapaiser, nous pouvons offrir nos dons au Seigneur. « Accorde-toi au plus tôt avec ton adversaire pendant que tu chemines avec lui, de peur qu'il ne te livre au juge, et le juge au ministre, et que tu ne sois jeté en prison. En vérité, je te le dis, tu ne sortiras point de là que tu n’aies payé jusqu'au dernier quart d'un as. Vous avez en¬ tendu qu'il a été dit aux anciens : Tu ne com¬ mettra point d'adultère, mais moi, je vous dis, que quiconque. » Matth. 25 et seqq. Ce que dans nos exemplaires latins nous ex¬ primons par, d’accord, le grec le rend par bien¬ veillant ou favorable. De ce qui précède comme de ce qui suit, il résulte manifestement que notre Seigneur et Sauveur nous exhorte à nous tenir dans la concorde et la paix, durant tout le cours de notre pèlerinage en cette vie, selon cette pa¬ role de saint Paul : « Si cela se peut, autant qu'il est en vous, soyez en paix avec tous les hommes. » Rom. xir, 18. Dans le paragraphe précédent, il avait dit : « Si tu présentes ton of¬ frande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère à quelque chose contre toi, » et, cela dit, il ajoute à l'instant : <• Sois d'accord ou bienveillant avec ton adversaire, » et le reste. En poursuivant, il dira encore : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïs- vado prius réconciliai'! fratri tuo : et tune venions offeres ni un us tuum. » Ibid. 23, 24. Non dixit, si tu habes aliquid adversus fratrem tuum, sed si feater tuus habet aliquid adverÿuiu te, ut durior reconcilia- tionis tibi imponatur nécessitas. Quamdiu ilium pla- care non possumus, nescio an consequenter munera nostra offeramns Deo. « Esto consensiens adversario tuo cito , dum es cum eo in via; ne forte tradat te adversarius judici, et judex tradat te ministro, et in carcerem mittaris. Amen dico tibi, non exies inde, douée reddas novis- simum quadrantem.Audistisquiadictum est antiquis : Non mcechaberis. Ego autem dico vobis, quia otn- nis. » Matth. v, 25. Pro eo quod nos habemus in Latinis codicibus^ « consentons, » in Grcecis scriptum est Euvowv, quod inlerpretatur « benevolus, » aut « benignus. » Ex præcedentibus autem et conse- quentibus manifestus estsensus, quod nos Dominus atque Salvator noster, dum in is tins sæculi via cur- rimus, ad pacem et ad concordiam cohortetur, juxta Apostolum, dicentem : « Si fieri potest, quantum ex vobis est, cum omnibus hominibns pacem habentes.» Rom. xn, 18. Nam et in præcedenti capitulo dixerat : « Si offers ni un us tuum ad al tare , et ibi record alu s fuerie, quia frater tuus habet aliquid adversum te, » sent, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient. » Bien que cela soit ma¬ nifeste et le sens si logique, il n'y en a pas peu qui croient que c'est dit de la chair et de l’âme ou de l’âme et de l’esprit ; ce qui ne peut être absolument; car, ou il faudra jeter la chair en prison si l'âme n’est point d’accord, quand il fau-- cirait y jeter Tune et l’autre, puisque la chair ne peut jamais faire que ce que commande l’esprit, . ou il faut que l'Esprit-Saint, qui habite en nous, livre au juge soit la chair soit l’âme en révolte, quand il est lui-môme le juge. D’autres, d’après ce texte de l’épître de Pierre: «Votre adversaire, le démon, comme un lion rugissantrôde autour,» Petr. v, 8, et ce qui suit, voient dans l’adver¬ saire, le démon, et veulent qu’il nous est pres¬ crit par le Sauveur que, pendant qu’il est en notre pouvoir, nous soyons bienveillants pour le diable, -l’ennemi et le vengeur, et nous t⬠chions de ne lui point occasionner plus de tour¬ ments. Comme c’est lui qui excite et éveille nos passions, quand nous péchons, même le voulant bien, en acquiesçant à ses suggestions coupa¬ bles, il sera tourmenté à notre occasion. Aussi ils disent que tout fidèle est bienveillant pour son adversaire, s’il évite de lui ménager des supplices. D’autres, pressant les sens plus encore, prétendent qu’au baptême chacun fait un pacte avec le diable, et dit : Je renonce â toi, Sa¬ tan, à ta pompe, à les vices, et à ton monde, et hoc hnito, statim iafert : « Esto consentons » aut « benignus adversario tuo, u et reliqua. Et in consc- quentibus jubet : « Diligite iniuiicos vestros : bene- facite bis qui oderunt vos, et orate pro persequenti- bus et calumniantibus vos. » Cum hæc manifesta sit [al. sint ] et consequens intelligentia , plerique arbi- trantur de carne dictum et anima, vel de anima et spiritu : quod penitus non stat, Quomodo enim aut caro mittenda erit in carcerem, si anima non consen- serit; cnm et anima et caro pari ter recludendæ sint, nec quidquam possit caro facere nisi quod animus imperarit, aut Spiritus sanclus habitans in nobis vel carnem vel animam répugnantes judici tradere, cum ipse sit juclex. Alii juxta Epistolam Pétri dicentis ; « Adversarius vesler diabolns quasi leo rugiens cir¬ cuit, » 1 P et. v, 8, et reliqua, advevsarium diabolum interpretantur, et voluut a Salvatore præcipi, ut dum iu potestate nostra est, simus benevoli erga diabo¬ lum, qui est inimicus et ultor, nec faciamns eum pcenas sustinere pro uobis. Cum ouim ipse vitiorum iucentiva suppeditet, et nobis etiam voluntate pec- cantibus, si consenserimus ei vitia suggerenti, pro nobis quoque esse torquendum. Et dicunt benevolum esse unumquemque sanctorum adversario suo, si eum non faciat pro se sustinere tormenta. Quidam 547 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. qui est tout entier sous l'empire dii mal. Uoan. v, 19. Si donc nous tenons ce pacte, nous som¬ mes bienveillants et d'accord avec notre adver- versaire, et jamais nous ne devons êtrejetés en prison; au contraire, si nous transgressons en quelque chose la promesse faite au diable, nous serons livrés au juge, à son ministre, puis jeté en prison, et nous n’en sortirons point avant d'avoir payé jusqu’au dernier quart. Le quart est une espèce de monnaie qui a deux as. Voilà pourquoi, dans un évangile, nous lisons qu’une pauvre femme veuve a déposé dans le bassin un quart, Marc, xu, et dans un autre nous lisons : deux as. Luc. xxi. Ce n'est point désaccord dans les évangiles, mais c'est que le quart vaut deux pièces d'une plus petite monnaie. Ce qu’il veut donc dire : c’est que tu ne sortiras pas de pri¬ son avant d'avoir expié jusqu'aux plus petits péchés. a Quiconque aura regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère dans son cœur. » Id. 28. Entre la passion et la propension, il y a cette différence que la passion est re¬ gardée comme un vice, tandis que la propen¬ sion, quoiqu'elle contienne un commencement de faute, n’est point taxée de crime. Celui donc qui, voyant une femme, sent son Ame sollicitée, se trouve sous l’action de la propension. S'il coactius disserunt, in Baptismate singulos ptictum inire cum diabolo, et dicere : Rcmmtio tibi, diabole, et pornpæ tuæ, et vitiis tuis, et rnundo tuo, qui in maligno positus est. I Joan. v, 19. Si ergo servavé- rimus pactum, benevoli et consentientes sumus ad- versario nostro, et nequaquam ( a ) in carcerem reclu- dendi. Sin vero quidquam trangressi fuerimus eorum quæ diabolo spoponderamus , trademur judici ac ministro, et mittemur in carcerem, et non exibimus ex eo , douée reddamus novissimum (|uadrantem. Quadrans gémis est ntmimi, qui h abc t duo minuta. Undc et in alio Evangelio, mulier ilia pan per et vidua dicitur misisse quadrantem incovbonam, Marc, xu, et in alio, duo minuta. Luc. xxt. Non quod dissonent Evangelia, sed qnod unus quadrans duos minutos nummos liabent. Hoc est ergo quod dicit : Non egrc- dieris de carccrc, donec ctiam minima peccata per- solvas. « Qui viderit mulierem ad concupiscendum eam, jam mœchatus est eam in corde suo. » Ibid. 28. Inter TiaOoç et Kpoîcateiav, id est, inter « passionem , » et « propassionem, » hoc inlercst, quod passio reputa- tur in vitium : propassio, licet initii [al. vitii] culpaui habeat, tamen non tenetur in criminc. Ergo qui vi¬ dent mulierem, et anima cjus fuerit titillata , hic consent alors et que de la pensée il passe à l'af¬ fection, selon qu’il est écrit par David : « Ils en sont venus à l’affection du cœur, » Ps. lxxii, 7, c’est que de la propension il est passé à la pas¬ sion, et ce n'est plus la volonté de pécher qui lui manque, mais l’occasion. Quiconque donc aura regardé une femme avec convoitise, c’est- à-dire l’aura regardée pour la convoiter et la posséder, celui-là est considéré,, avec raison, comme ayant déjà commis l’adultère dans son cœur. « Que si ton œil droit te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il vaut mieux pour toi qu’un de tes membres périsse, que si tout ton corps était jeté dans la géhenne. Et si ta main droite te scandalise, coupe-la et jette-la loin de toi, car il vaut mieux pour toi qu’un de tes membres périsse, que si tout ton corps était jeté dans la géhenne. » Matth. v, 29. 11 vient de parler delà convoitise, c’est bien judicieusement que maintenant il appelle œil la pensée et ce sens capricieux qui va d’un objet à l’autre. Par la droite et les autres parties du corps, il désigne les commencements de la volonté et de l’affec¬ tion ; c’est ce que l’esprit a conçu que nous met¬ tons en œuvre. Prenons donc garde que ce que nous avons de meilleur en nous ne tombe aisé¬ ment dans le mal. Si Tœil droit, en effet, et la main propassionc percussus est. Si vero consenserit, et de cogitatione affectum fecerit , sicut scriptum est iu David : « Transierunt in affectum cordis, » Psalm. izxi i, 7, de propassione transivit ad passjo- nem, et liuic non voluntas peccandi deest, sed occa- sio. Quicumque igitur viderit mulierem ad concupi¬ scendum, id est, si aspexerit ut coucupiscat, ut facere disponat , istc recte dicitur eam mœchari in corde suo. « Quod si oculus tuus dexter scandalizat te, erue eum, et projicc abs te. Expedit cnim tibi, ut pereat unum mombrorum tuorunqquam to tu m corpus tu um uii t ta tu r in gehennam. Et si dextera manus tua scandalizat te, nbscinde eam, et projice abs te. Ex¬ pedit enim tibi ut perçât unum membrorum tuorum, quam totum corpus tuum mittatur in gehennam. » Ibid. 29, 30. Quia supra de coucupisccntia mulieris dixerat, recte mme cogitatiouem et sensumin diversa volitantem, « oculum » nuncupavit. Per des tram autem et cæteras corporis partes, voluntatis et afîec- tus initia demonstrantur, utquod mente concipimus, opéré complcamus. Cavendum est igitur, ne quod in nobis optimum est, cito labatur in vitium. Si enim dexter oculus et dextera manus scandai izant, quanto magis ea quæ in nobis sinistra suntl Si enim anima (a) Ex hoc loco arguendus imperitus Joanncs Clericus, qui putabat Hicronymum nou uti jsolitum voce recludere. sensu claudendi Supra ctiam dicitur, quod anima et caro pariler recludendæ sint. Yidcsis JDefensioncm nostram crudilionis Hicronymianæ. Mart, 548 SAINT JEROME droite nous scandalisent, combien plus nous scandalisera ce qu’il y a en nous de pervers 1 Si l'àme tombe, combien plus tombera ce corps si enclin au péché I Autre sens : Dans l’œil droit et la main droite serait désigné l’attachement des frères, des epoux, des enfants, des parents et des proches, en ce sens que s'ils nous parais¬ sent des obstacles pour arriver a contempler la vraie lumière, nous devons nous en séparer, de peur qu’en voulant les gagner au bien, nous nous perdions éternellement nous-mêmes. Voilà pourquoi il est dit du grand-prêtre dont l’àme est consacrée au culte de Dieu : * line se souil¬ lera à l’occasion ni de son père, ni de sa mère, ni de son fils ; » Lev. xxi, M ; c’est-à-dire, il ne sentira en lui d’autre attachement que pour celui au culte duquel il est voué. « 11 a été dit aussi : Quiconque renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Et moi je vous dis que quiconque renvoie sa femme hors le cas d’adultère, la rend adultère, et quiconque épouse une femme renvoyée de¬ vient adultère. Vous avez encore entendu dire qu’il a été dit aux anciens :Tu ne te parjureras point, mais tu tiendras au Seigneur tes ser¬ in ont s.» Ma WA. v, 3 1-33. Dans la suite, le Seigneur expose plus complètement que Moïse a prescrit de donner l’acte de répudiation à cause de la dureté du cœur des maris, n’approuvant nulle¬ ment la séparation, mais voulant empêcher un labitur, quanto plus corpus quod ad peccata procli- vius cstl Aliter : In dextero oculo, et in dextera mauu, frntrum, uxorum, et liberorum, atque affmium et propinquorum monstratur affectus , quos si ad contemplandam veram lucem nobis impedimento esse cernimus , debemus tnmoaro itiusmodi porLio- nes, ne dum vol um us lu cri cæteros facere, i psi in æternum pereamus. XJnde dicitur et de sacerdote magno, cujus anima Dei cultui dedicataest: « Super pâtre et matre et filiis non polluetur, » Levit. xxi, il, id csl, nulluni affectum sciet, nisi ejus , cujus cultui dedicaLus est. « Dictum estautem: Quicumque dimiserituxorcm suam, det ei libellum repudii. Ego autem dico vobis : quia ornais qui dimiserit uxorcm suam , excepta fornicationis causa, facit eam mœchari ; et qui d inus- sam duxerit, adultérât. ïlerum audistis, quia dictum est antiquis : Non perjurabis, reddes autem Domino juramenta tua. » Matth . v, 31-33. In posteriori parte locum isl’um pleuius Snlvntor exponit, quocl Moses libellum repudii dari jusserit propter duritiam cordis maritorum, non dissidium concedens, sed auferens homicidium. Dent. xxiv. Multo enim melius est, licet meurtre. Deut. xxiv. Mieux vaut en effet en venir à la désunion, quoique déplorable, qu'à la haine et l’effusion du sang. « Et moi je vous dis de ne jurer en aucune fa¬ çon, ni parle ciel, parce que c’est le trône de Dieu; ni par la terre, parce que c’est l’escabeau de ses pieds; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, parce que tu ne peux rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre langage soit : oui, oui; non, non ; car ce qui est déplus vient du mal. » Matth. v, 34 et seqq. Les Juifs sont connus pour avoir toujours eu cette détestable habitude de jurer par les élé¬ ments, et les prophètes les blâment fréquem¬ ment dans leurs discours. » Isa. lxv. Celui qui jure, vénère ou aime celui par lequel il jure, il est prescrit dans la loi de ne jurer que par le Sei¬ gneur notre Dieu. Les Juifs, en jurant donc par les anges, par la ville de Jérusalem, le temple et les éléments, rendaient à ces créatures et aux choses matérielles l’honneur et l’hommage dus à Dieu. Remarquez de plus que le Sauveur ne défend point, ici, de jurer par Dieu, mais de jurer par le ciel et la terre, et Jérusalem et notre tète. Cotte concession, laloi la leur faisait, comme on en fait aux petits enfants, et de même qu’ils pouvaient immoler des victimes à Dieu pour qu’ils n’en offrissent point aux idoles. Ainsi, il leur était permis de jurer par Dieu, non que ce lugubrem, eveuire cliscordiam, quam per odium san¬ guine m fundi. « Ego autem dico vobis, non jurare omnino; ne- que per ccelum , quia Ihronus Dei est; neque per terrain, quia scabellnm est pedum ejus ; neque per Jcrosolymam, quia civitas est magni regis. Neque per caput tuum juraveris ; quia non potes unum capillum album facere, aut nigrum. Sit autem sermo vesLer, est est, non non ; quod autem bis abundantius est, a malo esL. » Matth . v, 34. Hanc per elementa jurandi pessimam consuetudinem semper habuere Judæi noscuntur, sicut propbetalis eos fréquenter argnit sermo. Isai. lxv. Qui jurât, aut veneratur, aut diligit eum, per quetu jurât. In lege præceptum est, ut non juremus, niai per Dominum Deum no3- trum . Deut. vx et vu. Judæi (a) per angclos, et urbem Jérusalem, et Lemplum, et elementa jurantes, crea- turas resque carnalcs venerabantur honore, et obse- Cfuio Dei. Dcnique considéra quod hic Salvator non per Deum jurare proliibnerit ; sed per cœlum:, et terrain, et Jerosolymam, et per caput Luum. Et hoc quasi parvulis fuerat lege concessum, ut quomodo victimas immolabant Deo, ne eas idolis immolarent : (a) Accédât fidejussor S. Hihirius in hune locmn : elementorum nominibus Jiulxis erat religio jurare, et cœli et terræ , et Jérusalem, sed et capilis sui, quibus in contumeliam Dei saeramento vénérai ionem deferebant. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. fi\t bien, mais parce qu’il était mieux de rendre hommage à Dieu qu’aux démons. Quant à l’Evangile de vérité, il repousse ie serment, car toute parole véridique vaut un serment. « Vous avez entendu qu’il a été dit : OEil pour œil et dent pour dent, et moi je vous dis de ne point résister aux mauvais traitements. nid. 38. Celui qui dit : œil pour œil, ne veut point qu’on enlève l’autre, mais qu’on les garde tous deux. Notre Seigneur enlève toute alternative et ôte tout commencement de péché. Dans la loi, c'est la punition; dans l’Evangile, le pardon; là, on châtie la faute; ici, on la prévient. « Mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente- lui encore l’autre. Et à celui qui veut t’appe¬ ler en justice pour t'enlever ta tunique, aban¬ donne lui encore ton manteau. Et quiconque te contraindra de faire avec lui mille pas, fais-en deux autres mille. » Maith. y, 39. L’enfant de l’Église est appelé l’imitateur de celui qui dit : » Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Maith . xr, 29. Et cette leçon il la confirme quand, frappé sur la joue : « Si j’ai mal parlé, dit-il, prouvez que j’ai mal dit; si c’est le contraire, pourquoi me frappez vous? y Joan. xvm, 23. C'est ainsi que parlait aussi Da¬ vid dans un psaume : « Ai-je rendu le mal à ceux qui m’en faisaient. »Ps. vu, 5. Et Jérémie également dans ses lamentations : « il est bon à l’homme d’avoir porté le joug dès sa jeunesse. 11 tendra la joue à. celui qui le frappera; il sera sic et jurarc permitterentor in Deum : non quod recte hoc facerent, sed quod melius esset Deo id exhibere, quaui dæinonibus. Evungelica autem ve¬ ritas non recipit juramentum, cum omnis senuo fidelis pro jurejurando sit. « Audistis quia dicturn e^t : OcuUnn pro oculo, dentem pro dente. Ego autem dico vobis, non résis¬ ter e malo. » Ibid, 38. Qui dicit oculum pro oculo, non alterum vult anferre, sed utruniquc servare. Dominns noster vicissitudinem tollens, truncafc initia peccatorum. Et i-u Lege retribntio est, in Evangelio gratia. ïbi culpa cmendatur, hic peccatorum aufe- runtnr exordia. « Sed si quis te perçussent in dexteram maxillam tuam, et præbe illi et alteram. Et ci qui vnlttecum in judicio contendcre, et timicam tnam tollere, di- mitte ei et pallium. Et quLcumquc te angariaverit mille passus , vade cnm Ulo et alia duo. » Ibid. 30. Ecclesiasticus vir descrihitur imitator ejns qui dicit. : « Discite a me, quia milis sum, et humilia corde. » Infra 20. Et pollicitatiouem snam, perçus su s alapa, comprobat. « Si male locutus sum, argue de malo ; sin autem bene, quid me cœdis. » Joan. xviu, 23’ Taie cpaid et David loquebatur in Psalmo : « Si red- 549 rassasié d’opprobres. » Thren. m, 27, 30. Qu’ils voient par là ceux qui pensent qu’autre est le Dieu de la Loi et autre celui de l’Evangile, qu’ici comme là on prêche la douceur. Au sens mystique, entendons que lorsqu’on nons frappe sur la droite, il ne faut point présenter la gau¬ che, mais il est dit : l’autre, c'est-à-dire l’autre droite; le juste, en effet, n’a pas de gauche. Si, dans la discussion, l’hérétique nous frappe, et veut porter atteinte à un dogme, qu’il lui soit opposé un autre témoignage de l’Ecriture, et qu’à tous ses coups soient opposées nos vérités divines jusqu’à ce que tombe sa colère épuisée. « Donne à qui te demande et ne te détourne point de celui qui veut t'emprunter. Vous avez entendu qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.» Maith. v, 42, 43. Si nous l’entendons uniquement de l'aumône, ceci ne peut point s’appliquer àla plupart des pauvres^ et si les riches donnaient sans cesse, ils n’au¬ raient point pour donner toujours. En dehors donc du bien de l’aumône, il donne aux apôtres ou aux docteurs le précepte de départir gratui¬ tement ce qu’ils ont reçu gratuitement. Maith. x. Ce genre de richesse ne manque jamais et plus on la répand, plus on la voit s'accroître, et ce n’est pas quand elle baigne les champs au- dessous d’elle que la fontaine voit tarir son onde. « Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez didi retribuentibus rnibi rntda. » Psalm . vu, 5. Et Je- remias in Lamenlationibus : « Bomim est bomini cum portaverit [al. sederit ah, etc.] jugum ab ado¬ lescente sua. Dabit persecutienli se maxillam; sa- turabitur opprobriis.» Thren. ni. 27, 30. Hoc adversum cos qui puiant alterum Deum Legis, alterum Evau- gelii; quod et ibi, et hic mansuetudo dooeatur. Se¬ cond um mysticos iutellectus : perçu ssa dextera nos- tra non jubeinur sinistram præbcre, sed alteram, hoc est, alteram dextram. Justus enim sinistiaui non babel. Si nos hærelicus in disputatione perçus¬ sent, et dextrum dogma voUierit vulncrave , oppo- natur ei ahud de Script uri s tes tim onium, et tamdin verberaati succcdentcs sibi dexteras prafbeaums . douce iuimici ira lassescat. « Qui petit a te, da ci, et volenti muluari a le, ne aver taris. Audistis quia dicturn est : Diiigcs proxi- uium lunm, et odio babebis inimiemu tmun . » Maith. x, 42,43. Si de elcemosyna tautum dicturn iutcîÜgimus, iu plerisquc pauperibus hoc stare non potest. Sed et divites si semper dederint, semper darc non poternnt. Post bommi ergo eleemosynæ apostolis, id est, doctoribus prœcepta tribnunLur, ul qui gratis acceperuut, gratia tribuaut. Islatth . x. 550 SAINT JEROME pour ceux qui vous persécutent et vous calom¬ nient. » Id. 44. Il y en a beaucoup qui mesu¬ rant les commandements de Dieu à leur propre faiblesse et non à la vertu des saints, en esti¬ ment l’observation impossible et disent qu’il suffit à la vertu de ne point haïr leurs ennemis, et que commander de les aimer c'est prescrire plus que ne peut la nature. Qu’on sache que le Christ veut non des choses impossibles mais des choses parfaites ; c’cst ce que fît David à l’é¬ gard de Saül et d’Absalon.IRe#. xxrvet xxvi ; n, Reg . xvm. Le martyr Etienne pria aussi pour ses ennemis qui le lapidaient ; Aci. vu ; et Paul souhaita d’être anathème pour ses persécuteurs. Rom. îx. Tout cela, Jésus l’a enseigné et fait en disant : « Mon Père , pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » Luc. xxru, 34. « Afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et pleu¬ voir sur les justes et les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous? Les publicains ne le font-ils pas aussi ? Et si vous saluez vos frères seulement, que fai tes- vous de surcroît ? Les païens ne le font-ils pas aussi? Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Matth. 45 et seqq . Si c’est en gardant les préceptes de Dieu qu’on Istius modi pccunia numquam déficit ; sed quanto plus data fuerit, tanto amplius duplicatur. Et cum subjeota sibi avva riget , numquam , fontis unda siccatur. « Ego autem dico vobis, diligite mirai cos vestros, benefacite bis qui oclerunt vos, et orate pro perse- quentibus et calumniantibus vos . » Matth. v, 44 . Multi præcepta Dei imbeciilitate sua , non sanctorum viribus æsfciraantes, putant esse impossibilia quæ præcepta sunt, et dicunt sufficerc virtutibus, non odisse inimicos : cæterura diligere plus præcipi, quam lmmana natura patiatur. Sciendum est ergo Cliristum non impossibilia præcipere, sed perfecta : quæ fecit David in Saul et in Absalou. I Reg, xxiv et xxvi, et II Reg. xvm. Stephanus quoque martyr pro inimicis îlapidantibus deprecatus est. Aci. vu. Et Paulus auatlicma cupit esse pro persecutoribus suis. Rom . ix. Hæc autem Jésus et docuit et fecit, dicens : « Pater, ignosce illis : quod enim faciunt, nesciunt.» Luc. xxui, 34. « Ut sitis filii Patris vestri qui in cœlis est ; qui solum suum oriri facit super bonos et malos, et pluit super justos et injustos. Si enim diligitis eos qui vos diligunt, quam mercedem liabebitis ? Nonne et publicani hoc faciunt? Et si salutaveritis fratres ves¬ tros tantum, quid amplius facitis? Nonne et ethnici hoc faciunt? Estote ergo vos perfecti, sicut et Pater vesfccr ccelestis perfectus est , » Matth. v, 45. Si Dei devient enfant de Dieu, on ne l’est donc point par nature, mais, par sa volonté. a Prenez garde à ne pas faire votre justice devant les hommes, pour être vus d’eux; au¬ trement, vous n’aurez point de récompense do votre Père qui est dans les cieux. « Matth. yi, l. Celui qui, on faisant l’aumône, sonne de la trom¬ pette , est un hypocrite. Celui qui, quand il jeûne, décompose .son visage pour qu’on voie sur ses traits la faim de son estomac, celui-là aussi est un hypocrite; Celui qui prie dans les synagogues et au coin de grandes rues pour être vu des hommes est un hypocrite. De tout cela, concluez que c’est être hypocrite que de faire quoi que ce soit, en vue d’ètrc glorifié par les hommes. Il me semble aussi que celui qui dit à son frère: «Laisse-moi enlever la paille de ton œil, » Matth. vu, 4, le fait aussi dans une vue d’orgueil, afin de paraître juste lui-mème. Voilà pourquoi il lui est dit par le Seigneur : « Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil. » Ainsi, ce n’est pas la vertu, mais le motif de la vertu qui recevra de Dieu sa récompense. Si donc vous déviez de votre route, il importe peu que vous tourniez à droite ou à gauche, quand vous n’ètes plus dans le vrai chemin. « Pour toi quand, tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite præcepta custodiens, films quis efficitur Dei : ergo non est natura films, sed arbitrio suo. « Attendite ne justitiain vestram faciatis coram homiuibus, ut videamini ab eis : alioquin mercedem non habebitis apud Patrem vestrum qui in cœlis est. » Matth. vï, 1. Qui tuba canit, eleemosynam fa- ciens, hypocrita est. Qui jejunans demolitur faciem suam, ut venlris inanitatera raonstret in vultu, et hic hypocrita est. Qui in synagogis et in angulis platearum oral, ut videatur ab hominibus, hypocrita est. Ex quibus omnibus cobigitur hypocritas esse, qui quodlibet faciunt, ut ab hominibus glorificentur [AL honorificentu)' j. Milii videtur et ille qui dicit fratri suo : « Dimitte ut tollam festucam de oculo tuo, » Matth. vu, 4, pr opter gloriam hoc facere, ut ipse justus esse videatur. Un de dicitur ei a Domi¬ no : « Hypocrita, ejice prumun trabem de oculo tuo. » Nou itaque virtus, sed causa virtutis apud Deum mercedem habet. Etsi a recta via paululum declinavcris, non interest utrum ad dexteram vadas, an ad sinistram, cum verum i ter amiseris. « Te autem faciente eleemosynam, nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua, ut sit eleemosyna tua in abscondifco : et pater tuus qui videt in abscondi- to, reddel tibi. Et cum oratis, non eritis sicut hypo- critæ, qui amant in synagogis, et in angulis platea- runi s tantes orare, ut videantur ab hominibus. » Matth. vr, 3, 4. Non solum eleemosynam, sed quod- COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 55i afin que tou aumône soit dans le secret; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. Et lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment à prier debout dans les synagogues et au coin des grandes rues, afin d’être vus des hommes.» JM 3, 4. Votre gauche doit Ignorer non pas seulement votre aumône, mais tout ce que vous ferez de bien. Si elle en est instruite, aussitôt les œuvres de votre droite sont entachées. « En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. » Non la récompense de Dieu, mais la leur; ils sont en effet loués par les hommes en vue desquels ils ont pratiqué leurs vertus. « Mais toi, quand tu pries, entre dans ta cham¬ bre, et, la porte fermée, prie ton Père en secret; ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.» ïd . 6. Ceci entendu simplement enseigne à l’audi¬ teur de fuir la vaine gloire de la prière. Mais il me semble qu'il nous est beaucoup plus indi¬ qué de prier dans notre cime et de parler au Seigneur sans mouvement de lèvres; c’est ainsi qu’Anne a prié, lisons-nous, au livre des rois : « À peine elle remuait ses lèvres. » I Reg. i, 13. « Or, priant, ne parlez pas beaucoup comme le fontles païens ; ils s’imaginent qu’a force de pa¬ roles, ils seront exaucés. Ne leur ressemblez donc pas. » JM 7. Si donc le païen parle beaucoup en priant, celui qui est chrétien doit parler peu. » Ce n’est point les paroles, c'est le cœur que Dieu écoute. » Sap. i, 6. cumque feceritis boni operis, debet siuistra nescire ; si euim ilia scierit, statim dextera; opéra commacu- lantor. « Amen dico vobis, receperunt mercedem suam. » Non Dei mercedem, sed suam. Laudati sunt enim ab bominibus, quorum causa cxercuere virtutes. « Tu autem cum oraveris, intra in cubicuhmi tuiun : et clauso ostio, ora Patrem tuum in abscon- dito, et Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi.» Matth. yi, 6. Iïoc simpliciter intellectuel, érudit auditorem, ut vanam orandi gloriam fugiat. Sed mihi videtur hoc magis esse prœceptum, ut inclusa pectoris cogitatione, labiisque compressé oremus Dominum, quod et Annam in Regum volumiue fe- cisse legimus : « Labia, » inquit, « ejus tantum mo- vebantur. » 1 Reg. ï, 13. « Orantes autem nolite multuin loqui, sicut ethnici faciunt. Putant enim quod in multiloquio suo exandiantur. Nolite ergoassimilari eis. » Matth. vr, 7. Si ettinicus in oratione multum loquitur, ergo qui Christianus est, debet parum loqui. « Deus emw non verborum, sed cordis auditor est. » Sap. i, 6. « Sicut enim Pater vestev quid opus sit vobis, antequam petatis eum. Sic ergo Yobis orabitis. » » Car votre Père céleste sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. C’est ainsi donc que vous prierez.» îd. 8. A cette occasion' arrive une certaine hérésie et la doc¬ trine perverse de ces philosophes qui disent : Si Dieu connaît ce que nous demandons et avant que nous le demandions , il sait ce dont nous avons besoin ; inutile donc de le dire à qui n’i¬ gnore rien. En peu de mots, rép on do ns-leur que nous ne sommes pas des narrateurs, mais des solliciteurs. Autre chose est raconter à celui qui ignore, autre chose est implorer celui qui est instruit. Le premier renseigne, le second se sou¬ met. Là nous exposons avec fidélité; ici, nous supplions dans notre misèrè. «Notre Père, qui êtes danslescieux.» En le nom¬ mant notre Père, nous nous disons ses enfants. « Que votre nom soit sanctifié » non en vous, mais en nous. Si, à cause des pécheurs, le nom de Dieu est blasphémé dans les nations, par contre, il est sanctifié à cause des justes. « Que votre règne arrive. » Id. 10, Ou c’est pour le monde en général qu’il demande le règne de Dieu, afin que le démon cesse d’y ré¬ gner, ou bien pour que ce soit en chacun de nous qu’il établisse son règne, et le péché ne do¬ mine plus dans nos corps mortels. Dans les deux cas, il est à remarquer que c'est faire preuve d’une grande hardiesse et d’une grande pureté de cœur que de. demander le règne de Dieu, et de ne pas redouter son jugement. Matth. vi, 8. Gonsurgit in hoc loco quædam hæresis, philosophorum quoque perversum dogma, rîicen- tium : Si novit Deus quid ovemus, et antequam petamus, scit quibus iudigeamus, frustra scicnti loquimur. Quibus breviter respondeDdum est, nos non narratores esse, sed rogatores. Aliud est enim narrare ignoranti, aliud scientem petere. ïn ilio indi- cinm est, hic ohsequium. ïbi ûdeliter indicamus, hic miserabiliter obsecramus. « Pater noster, qui es in cœlis. » Ibid, vi, 9. Patrem dieendo, se filios coüfïtentur. « Sanctificetur nomen tuum. » Non in te, sed in nobis. Si enim propter peccatores nomen Dei blas- phematur in gentibus, Rom. vm, e contrario propter justos sanctificatur. « Adveniat regnumtunm. » Matth. vi, 10. Vel gene¬ ral i ter pro totius mundi petit regno, ut diabolos in mundo regnaret désistât , vel ut in unoquoque regnet Deus, et non regnet peccatum in mortali hominum corpore. Rom. vi. Simulque et hoc atten- dendum, quod grandis audacise sit, et pnræ cons- cicntiæ , regnum Dei postulare et judicium non timere. « Fiat volunta3 tua, sicut in cœlo et in terra. » Ut 552 SAINT JÉROME. a Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » C'est-à-dire, de même que dans le ciel vous êtes servi des anges, en toute perfection, vous le soyez aussi des hommes, sur la terre. Qu’ils.rougissent donc après cela ceux qui prétendent que le ciel est chaque jour le thé⬠tre de désordres. A quoi bon cette ressemblance avec le ciel, si dans le ciel aussi règne le péché? « Donnez-nous aujourd’hui le pain nécessaire à notre subsistance; et remettez-nons nos dettes, comme nous les remettons nous-mêmes à ceux qui nous doivent; et ne nous induisez pas en tentation, mais délivrez-nous damai. »Id. rf, 13. Ce que le latin exprime par supersubstantiel, le grec le rend par l’expression nécessaire à la subsistance de chaque jour, et c’est ainsi que l’ont rendu les Septante en une multitude d'en¬ droits. En rapprochant le texte hébreu, nous trouvons un terme que Symmachus a traduit par principal, excellent, quoiqu’on un endroit il le traduise par : particulier. Quand nous de¬ mandons que Dieu nous donne le pain princi¬ pal ou particulier, nous implorons celui qui dit: « Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel. » Joan. yi, 5t. Dans l’Evangile dit scion les Hébreux, j’ai trouvé à la place du mot super¬ substantiel l’expression mahajr, qui veut dire de demain, c’est-à-dire : Donnez-nous le pain de demain ou de l’avenir. On peut entendre par le pain supersubstantiel, celui qui est au-dessus de toutes les substances, et qui est supérieur à quomodo Àngeli tibi inculpate serviunt in cceüs, i La in terra serviant hommes. Ernbescant ex hac sen- tentia, qui quotidie in cœlo ruinas fieri inentiimtur. Nam quid nobis prodest cœlorum similitudo, si et in cœlo peccatum est? « Panem nostrum supersubstantialom da nobis hodie. Et dimitte nobis débita nostra, s: eut et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducas in tentationem. Sed libéra nos a malo. » Matth. vi, 11, '13. Quod nos supersubstanlialcm expressimus, in Græco habetur ètciouo-lov : quod verbum Soptua- g in ta interprétés Twepio'jrriov frequentissime transfé¬ rant. Considéra vi mus ergo in Hebræo, et ubic unique illi ïî-oiouçtov expresscrunt, nos invenimus sgom.a, quod Symmacbus sÇodpsxov, id est, « præcipuum, » vcl « egregium, » transtulit, licet in quodam loco « peculiare» interprétâtes sit. Quando ergo potimus ut peenliarem vel præcipuum nobis Dons tvibuat panem, ilium petimus qui dicit : « Ego sum panis vivus qui de cœlo desceudi. » Joan, vi, 5d. ïn Evan- gelio quod appellatur seicundiun Ilebrceos , pro « supérsubstauüali » pane, reperi maiiar, quod dici- tur « crastiuum ; » ut sit sensu s : « Panem nostrum crastinum, » id est, « futurum da nodis hodie. » toutes les créatures. D’autres estiment tout sim¬ plement, d’après cette parole de l’apôtre : « Ayant donc la nourriture et le vêtement, contentons- nous-en, » I Tim. vi, 3, qu’il vise uniquement le pain de chaque jour. Aussiest-il recommandé plu s b as: «Soyez sans inquiétude dn lendemain.» «Ainsi -soit-ib), c’est le mot qui clôt l’oraison dominicale. Aquila le rend par : fidèlement ; nous, nous le pouvons traduire par : en vérité. « Car si vous remettez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous remettra à vous aussi vos péchés.)) Ibid. -14. Cette parole du Psalmiste : « Je l’ai dit, vous êtes des dieux, et tous les enfants du Très-Haut, mais vous mour¬ rez comme des hommes et vous tomberez comme celui qui était parmi les princes, » JP.?. lxxxi, 07, s’adresse à ceux que le péché a pré¬ cipités du rang des dieux. C’est donc avec rai¬ son que sont appelés hommes ceux à qui on pardonne les péchés. « Car ils exténuent leur visage, pour que leurs jeûnes paraissent devant les hommes. En vérité, je vous dis qu'ils ont reçu leur récom¬ pense. » Ibid. 10. Le mot « exterminant, » qui par erreur est rendu par «ils brisent, » dans les écrivains ecclésiastiques, renferme un autre sens que celui qu’on lui attribue communément. SonL exterminés les exilés qui sont chassés au- delà de leurs frontières. Sur cette expression donc, c’est « ils démolissent » que nous devons toujours entendre ; les Grecs l’expriment par Possutnus supersubstantiaiem panem et aliter intel- ligere, qui super omnes subslantias sit, et universas superet creaturas. Alii simpliciler putant, secundum Àpostoli sermonem dieentis : I Tim. vi, 8 : « Haben- tes victum et vestitum, bis contenti sumus, » de præsonti tantum cibo sa ne tos eu ram agerc. Unde et in posterioribus sit præceptum : » Nolite cogitare de crastino. » « Amen. » Signaculum orationis Dominicæ est : quod Aquila interprotatur, « fïdeliter : » nos, « vere, » possmnus dicere. « Si enim dimiseritis hominibus peccata eoruirt, dimittet et vobis Pater vester cœlestis delicta ves- tra. » Matth . vi, 14. Hoc quod Scriptuæ est : « Ego dixi, dii estis, et fîlii excelsi omnes ; vos vero ut boulines moricmini, et tamquam unus cle principi- biis cadetis, » Ps. lxxxi, 6, 7, ad eos dicitur qui propter peccata boni in em ex dii s esse meruerunt. Recte ergo et lu qui bu s peccata dimittuntur, bomi- nes appellati snnt. « Exterminant enim faciès suas, ut appareant hominibus jejunautes. Amen dico vobis, quia rece- perunt mercedem suam. » Matth. vi, 16. Verbum « exterminant, » quod in Ecclesiasticis Scripturis COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 553 a Ibid. 7, 8. Ainsilame paralysée, si elle est ranimée, si elle recouvre son ancienne vigueur, emporte le lit où elle gisait inerte, et le porte dans la maison de ses vertus. « Lorsqu'il fut sorti de là, Jésus vit un homme appelé Matthieu, assis au bureau des impôts, et et il lui dit : Suis-moi. Et se levant, il le suivit. » Ibid. 7, 8. Les autres évangélistes, par respect et honneur pour Matthieu, n’ont pas' voulu le dé¬ signer par son nom populaire et ils l’ont appelé Lévi ; il eut en effet deux noms. C’est Matthieu lui-même qui, selon ce précepte de Salomon : « Le juste commence par s'accuser lui-même, » et encore en un autre endroit : « Confesse tes péchés, afin que tu sois justifié, » Isa . xliii, 21, 26, se nomme Matthieu et se dit publicain, montrant ainsi à tous que nul ne doit désespérer de son salut, s’il revient à de meilleurs senti¬ ments, quand lui-même fut tout-à-coup changé de publicain en apôtre. A cette occasion, Por¬ phyre et Julien-Auguste critiquent ou la mala¬ dresse d'un récit mensonger ou la folie de ceux qui suivirent aussi promptement le Sauveur, comme si c’était inconsidérément suivre un pre¬ mier venu qui appelle , quand il n'est point douteux que les Apôtres, avant de croire, avaient été témoins de beaucoup de merveilles tuam. Et surrexit, et abiit in domum suam. Videntes autem turbæ, timuerunt et gloriâcavevunt Deum, qui dédit potestatem talem bominibus. » Et anima paralytica si surrexerit, sipristinum roburrecnpera- verit, portât lectum sunm in quo jacebat antea dis- soluta, et portât ilium in domum virtutum suarum. « Et cum transiret inde Jésus , vidit kominem se- dentem in telonio, Matthæum nomine. Et ait illi : Sequere me. Et surgens secutus est eum. » Ibid. 9. Cæteri evangelistæ propter verecundiam et honorem Matthæi, noluerunt eum nomine appellare vulgato, sed dixerunt, Levi : duplici quippe vocabulo fuit. Ipse autem Matthæus, secundum illud quod a Salomone præcipitur [al. dicitur ] : « Justus accusator est sui in principio sermonis. » Prov. xvm , 17. Et in alio loco : « Die tu peccata tua, ut justificeris. » Isa. xuir, 26. Matthæum se et publicanum uominat, ut osten- dat legentibus, nullum debere salutem desperare, si ad meliora conversus sit; cum ipse de publicano in apostolum sit repente mutatus. Arguit in hoc loco Porphyrius et Julianus Augustus, vel imperitiam his- torici mentientis, vel stultitiam eorum qui statim secuti sint Salvatorem, quasi irrationabiliter quemli- bet vocantem hominem sint secuti , cum lantæ vir- tutes, tantaque signa præcesserint, quæ Apostolos et de miracles accomplis à leurs yeux . L’éclat lui-même et la majesté de la Divinité cachée qui rejaillissaient en toute sa personne, pouvaient bien , certes , au premier aspect, attirer à lui ceux qui le voyaient. Si l’aimant, en effet, et le bitume ont la vertu de s’attacher les anneaux, les pailles et le chaume, combien plus le Seigneur de toutes choses pouvait atti¬ rer à lui ceux qu’il voulait. « Or, il arriva que, Jésus étant à table dans la maison, beaucoup depublicains et de pécheurs vinrent s’y asseoir avec Jésus et ses disciples. Les pharisiens voyant cela disaient aux disci¬ ples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? Mais J ésus l’enten¬ dant dit : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les ma¬ lades. Allez donc et apprenez ce qui en est. » Malth. îx, 10-13. Us voyaient un publicain passé d’un, état de péché à une vie meilleure et venu à la pénitence ; c’est pour cela qu'ils ne déses¬ pèrent pas de leur salut et qu’ils viennent à Jésus, non pas en persévérant dans leurs anciens dé¬ sordres, selon que le murmurent les pharisiens et les scribes, mais en faisant pénitence, comme le témoigne la parole suivante du Seigneur : « J’aime mieux la miséricorde que le sacrifice. Je ne suis point venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Ibid 13. Le Seigneur assistait aux repas des pécheurs, antequam crederint, vidisse non dubium est. Certe fulgor ipse , et majestas Dâvinitatis occultæ, quæ etiam in bumana facie relucebat, ex primo ad se videntes trahere poterat aspectu. Si enim in magnete lapide et succinis hæc esse vis dicitur, ut anuulos, et, stipulam, et festucas sibi copulent, quanto inagis Dominus omnium creaturarum ad se trahere pote¬ rat, quos volebat ? « Et factum est, discumbentc eo in domo, ecce multi publicani et peccatores venientes, discumbe- bant cum Jesu ot discipulis ejus. Et videntes Phari- sæi, dicebant discipulis ejus : Quare cum publicanis et peccatoribus manducat magister vester? At Jésus audient. ait : Non est opus medico valentibus, sed male habentibus. Euntes autem discite quid est. » Matth. îx, 10 et seqq. Videbant publicanum a pec- catis ad meliora conversum, locum invenisse poeni- tenliæ; et ob id etiam ipsi non desperant salutem, neque vero iu pristinis vitiis permanentes, veniunt ad Jesum, ut Pkarisæi et Scribæ murmurant ; sed pœnitentiam agentes, ut sequens Domini sermo si- gniôcat, dicens : >i Misericordiam volo, et non sacriflcium. Non enim veni vocare justos, sed peccatores. » Ibid. 13. Ibat autem Dominus ad convivia peccatorum, ut 507 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. pour avoir l’occasion de les instruire et de servir ses mets spirituels à ceux qui Tinvitaient. Au reste, des fréquents repas où il nous est dit qu'il est venu, il n’en est rien rapporté, si ce n’est ce qu'il y a fait, ce qu’il y a enseigné, afin qu’ap¬ paraisse et son humilité à descendre jusqu’aux pécheurs et la puissance de sa doctrine pour la conversion de leur cœur. Le témoignage suivant, emprunté au prophète : « Je veuxlami- séricorde et non le sacrifice, » Osée, yi, 6, et, «Je ne suis point venu appeler lès justes, mais les pécheurs,» est pour railler les scribes et les pha¬ risiens qui, s’estimant justes, évitaient la société des publicains et des pécheurs. « Alors les disciples de Jean s’approchèrent de lui, en disant : Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous fréquemment et vos disciples ne jeûnent-ils point?» IbidM-. ïnterrogation superbe et pleine de hauteur pharisaïque !. Certainement, pour ne point dire davantage, voilà un jeune d'une répréhensible ostentation I Ils ne peuvent qu’être coupables, ces disciples de Jean, quand ils calomnient ainsi celui qu’ils savent bien avoir été loué par leur Maître, et quand ils s’allient à ces pharisiens qu’ils savent très bien avoir été condamnés par cette sanglante parole de leur Maître : « Génération de vipères, qui vous a montré à fuir devant la colère qui va venir ? » Joan. m, 7. « Et Jésus leur répondit : Les fils de l’époux occasionem liaberet docendi, et spirituales iilvitato- ribus suis præberet cibos. Oeuique cum fréquenter pergere ad convivia describatur, uihil refertur aliud, nisi quid ibi fecerit, quid docuerit, ut et humilitas Domini euudo ad peccatores , et potentia doctrinæ ejus in conversione pœnitentium demonstravetur. Quod autem sequitur « Misericordiam volo, et non sacrificium. » Osee vi, 6. Et : « Non veni vocare jus- tos, sed peccatores, de propbeta profcrens testimo^ nium, sugillat Scribas et Pharisums, qui justos sc æstimnntes, pcccatomm et publicanorum consortia declinabant. « Tune accesserunt ad eum discipuli Joannis, di- centes : Qnarenos et Pharisæi jejunamus frequenter, discipuli autem tui nonjejunant? Matth. 14. Superba interrogatio, et plcna supercilio Pharisæorum. Certe, utalind non dicamns, reprehendenda jejunii jactan- tia. Nec poterant discipuli Joannis non esse sub vitio, qui calumniabantur eum, quem sciebant magistri vocibus prædicatum, et jungebantur Pbarisæis, quos a Joanne novevant condemnatos , cum ait (Sup-a m, 7 : « Generatio viperarum , quis ostendit vobis fugere ab ira ventura? » « Et ait illis Jésus : Numquid possunt fîlii sponsi lugere quamdiu cum illis est sponsus ? Venient peuvent-ils s’attrister pendant que l’époux est avec eux? le temps viendra où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. » Ibid. 15, L’époux c’est le Christ, et l’épouse c'est l’Église; de cette sainte et spirituelle alliance sont nés les Apôtres, qui ne peuvent être en deuil tant qu’ils voient et savent l’époux avec l’épouse. Mais quand le temps des noces sera passé et que seront venus les jours de la passsion et de la résurrection, alors les fils de l'époux jeûne¬ ront. De là quelques-uns pensent qu’après les quarante jours de la passion, il faut se mettre aux jeûnes, quoique cependant le jour de Pen¬ tecôte et l’arrivée du Saint-Esprit nous invitent à l’allégresse. C’est à l’occasion de cette parole que Montanus, Prisca et Maximilla placent la QuadragésimeaprèsPentecôte,parcequerépoux ayant disparu, les fils de l’épouse doivent jeû¬ ner. Mais l’habitude de l’Église est d'arriver à la passion et à la résurrection du Seigneur en hu¬ miliant la chair, afin de nous préparer par le jeûne du corps au festin de l’àme. Au sens figuré, sachons que tant que l’époux est avec nous et que nous sommes dans la joie, il n’y a lieu ni au jeûne ni à la tristesse ; mais lorsque, à cause de nos péchés, il s’est éloigné de nous, alors c’est le cas de retrouver le jeûne et de reprendre le deuil. « Personne ne met une pièce d'étoffe neuve à un vieux vêtement, car elle emporte du vête_ autem dies cum auferetur ab eis spousus, et tuuc jejimabunt. » Matth. 15. Sponsus Christus : spousa Ecclesia est. De hoc sancto spïritualique connubio, Àpostoli sont procreati , qui lugere non possimt quamdiu sponsam in thakimo vident, et sciunt spon- sum esse cum sponsa. Quando vero transierint nuptiæ, et passionis ac resurrcctionis tempus adve- nerit, tune sponsi fîlii jejimabunt. Nonnulli puLant idcirco post dies quadraginta Passionis, jejunia debere committi : licet statim dies Pentecostes et Spiritus sanctus adveniens, indicant nobis festivita- tem. Et exbujus occasione testimonii , Montanus, Prisca, et Maximilla etiam post Pentecosten faciunt quadragesimam : quod ablato sponso, fîlii sponsi debeant jejunarc. Ecclesiæ autem consnetudo ad passionem Domini etresurrectionem perhumilitatem carnis venit, ut spirituali saginæ jejuuio corporis præparemur. Juxta tropologiam autem sciendum, quod quamdiu sponsus nobiscum est, et iu lætiLia sumus, nec jejunare possumus, nec lugere. Cum autem illc propter peccata a nobis recessent, tune indicendum jejuuium esse, tune luctus recipiendus. « Nemo autem immittit commissnram panni rudis in vestimentum vêtus [Al. vestimento veteri], Tollit enim plenitudinem ejus a vestimento, etpejor scis- 36S SAINT JEROME ment tout ce qu’elle recouvre, et la déchirure devient plus grande. Et l’on ne met point de vin nouveau dans des outres vieilles, autre¬ ment les outres se rompent, le vin se répand et les outres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et tous les deux se conservent. Comme il leur disait ces choses. » Matth. ix, 16, 17. Voici ce qu’il entend nous dire : Tant que vous ne serez pas nés de nouveau, et qu'ayant dépouillé le vieil homme vous n’aurez pas revêtu l’homme nouveau par le moyen de ma passion, vous ne pouvez obser¬ ver les graves préceptes du jeûne et de la con¬ tinence. Il serait à craindre que leur trop grande rigueur vous fit perdre le commence¬ ment de foi qui paraît être en vous. Il apporte la double comparaison des outres vieilles et des outres neuves et du vêtement. Les outres vieilles désignent les scribes et les pharisiens. Par la pan du vêtement neuf et le vin nouveau, il faut entendre les préceptes évangéliques que les Juifs ne peuvent observer sans danger de plus de déchirures. C’est ce que désiraient faire les Galates, quand ils voulaient allier les préceptes de la loi à ceux de l’Évangile ; c’était mettre le vin nouveau dans les outres vieilles ; aussi l'Apôtre leur dit-il : oc 0 Galates insensés I qui vous a fascinés pour ne point obéir à la vérité?)) Galat. ni, d. C’est donc aux apôtres que s’adresse la parole évangélique, plutôt qu'aux scribes et aux pharisiens qui, imbus de leurs vieilles traditions, étaient hors, d’état de sura fit. Neque mittunt vinum novum in utres vote- res : alioquin rumpuntur utres, et vinum effunditur, et utres pereunt. Sed vinum novum in utres novos mittunt, et ambo conservantur. Hæc illo loquente ad eos. » Ibid, 16, 17. Quod dicit, hoc est : Donec renatus quis fuerit, et veteri homine deposito, per passionem meam, novum hominem induerit, non potest severiora jejunii et continentiæ sustinere præcepta, ne per austeritatem nimiam, ctiam credu- litatem quam nunc habere videtur, amittat. Duo autem exempla posuit, et utrium veterum et novo- rum, et vestimcnti. Veteres utres debemus intelli- gere Scribas et Pharisæos. Plagula vestimenti novi, et vinum novum, præcepta Evangelica sentienda, quæ non possunt sustinere Judæi, ne major scissura fiat. Taie qnid et Galatæ facere cupiebant, ut cum Evangelio Legis præcepta miscerent, et in utribus veteribus mitterent vinum novum ; sed Apostolus ad eos Joquitur : « O insensati [Al. insipientes] Ga¬ latæ ! qui vos fascinavit veritati non obedire. » Ga¬ lat. ui,d ? Sermo igitur Evangelicus apostolis potius, quam Scribis et Pharisæis est infundendus, qui ma¬ jora m- traditionibus depravati, sinceritatem præcep- garder dans toute leur vérité les préceptes du Christ. Autre est en effet la pureté d’une âme virginale qu’aucun souffle de vice ne ternit ja¬ mais et autre l’état d’une âme qu’ont souillée toutes les passions. « Voilà qu’un chef de synagogue , s’appro¬ chant de lui, l’adora et lui dit : Ma fille vient de mourir, mais venez imposer sur elle votre main et elle vivra. Et se levant, Jésus le suivait avec ses disciples. » Ibid. 18. C’est le huitième mi¬ racle par lequel ce chef demande de ressusciter sa fille, ne voulant point qu’elle soit exclue du mys¬ tère de la vraie circoncision. Mais à cet instant se présente une femme affligée d’une perte de sang, et c’est pour elle que s’opère le huitième prodige, de telle sorte que la fille du chef ne se trouve guérie que la neuvième, selon ce qui est dit dans les psaumes : « L’Ethiopie devancera la main d’Israël devant Dieu. » Ps. lxvii, 32. Et encore : «Quand l’universalité des nations sera venue, alors Israël sera sauvé. » Rom. xï,25,26. « Et voilà qu'une femme affligée depuis douze ans d'un flux de sang s’avança derrière lui et toucha la frange de son vêtement. » Ibid. 20. 11 est marqué dans l’Évangile selon S. Luc que la fille du prince de la synagogue avait aussi douze ans. Remarquez que la maladie de cette femme, c’est-à-dire le peuple des nations, date de la naissance même de la foi du peuple juif; car c’est surtout en le rapprochant des ver¬ tus qu'appàrait le vice. Aussi ce n’est point dans une maison ni dans une ville, d’où les torum Christi non poterant custodire. Alia est enim puritas virginalis animæ, et nulla prioris vitii con* tagione pollutæ, et alise sordes ejus quæ multorum libidini subjacuerit. « Eccc princeps unus accessit, et adorabat enm, dicens : Filia mea modo defuncta est : sed veni, impone manum tuam [Al. tacet tuam] super eam, et vivet. Et surgens Jésus, sequebatur eum, et disci- puli ejus.» Matth. îx, 18, 19. Octavum signum est, in quo princeps suscitari postulat filiam suam, nolens de mysterio veræ circumcisionis excludi ; sed subin- trat mulier sanguine fluens, et octavo sanatur loco, ut principis filia de hoc exclusa numéro veniat ad nonum, juxta illud quod in Psalmis dicitur: « Æthio- pia [Al. de Æthiopia] præveniet mauus ejus Deo. » Ps. Lxvir, 32. Et: « Cum intraverit plenitudo gen- tium, tune omnis Israël salvus fiet. » Rom. xi, 25, 26. « Et ecce mulier quæ sanguinis fiuxum patiebatur duodeçim annis, accessit rétro, et tetigit fimbrium vestimenti ejus. » Matt. 20. In Evangelio secundum Lucam scribitur, quod principis filia duodeçim an- nos haberet ætatis. Luc . vin. Nota ergo quod eo tempore hæc mulier, id est, gentium populus cœ- 5 .COMMENTAIRES 'SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU. lois la bannissent, que l’hémorroïse aborde le Seigneur, mais. sur le chemin, pendant qu'il est en route, afin que tandis qu’il court vers une, une antre soit guérie. Les Apôtres aussi disent : « C'était à vous d’abord qu’il fallait porter la parole do Dieu, mais parce que vous vous jugez indignes de la vie éternelle , nous allons vers les Gentils. » Act. xni, 46. « Car elle disait en elle-même : Si je touche seulement son vêtement, je serai guérie. Mais Jésus s’étant retourné et la voyant, dit. » Ibid. 21, 22. D’après la loi, c’était se souiller que de toucher une femme en état de menstrue ou de flux de sang. Levit. xxy. Aussi est-ce elle-même qui touche le Seigneur pour être délivrée de la souillure qui l’afflige. « Ayez confiance, ma fille, votre foi vous a guérie; et cette femme fut guérie à l’heure même. » Ibid. 22. Il ne dit point : votre foi va vous guérir, mais vous a guérie. C’est par là même que vous avez cru que. vous êtes déjà guérie. « Et lorsque Jésus fut arrivé à la maison du chef et qu’il eût vu les joueurs de flûte et la foule tumultueuse, il disait. » Ibid. 23. Jusqu’en nos jours encore, la jeune fille est gisante et morte dans la maison du chef, et ceux qui pa¬ raissent être les docteurs ne sont que des joueurs de flûte, répétant leur refrain lugubre. La. foule des Juifs n’est pas un peuple croyant, mais une foule tumultueuse. périt ægrotare, quo gens [Al. gênas] Judæorum crediderat. Nisi eniui ex comparatione virtutum vî- tium non ostenditur. Hæc auleui millier sanguine fluens, non in domo, non in urhe accedit ad Domi- nuin, quia juxta Legem nrbibus excludebatur. Levit. xv, Num . v , sed in itinere, ambulante Domino, ut dura pergit ad aliam, alia curaretur. Unde dicunt et apostoli : « Vobis quidem oportebat præclicari verbum Dei ; sed quoniam vos judicastis indignos salute, trausgredimur ad gentes. » Act. xm, 46, « Dicebat enim intra se : Si tetigero tantum vesti- mentum ejus, salva ero. At Jésus conversus, et videns eam, dixit.» Matth. 21. Juxta Legem, (qui mu- lierem menstruatam aut fluentem sanguine tetigerit, immundus est. Levit. xxv. Ista ideo tangifc Domiuum, ut sanguinis vitio etiam ipsa curaretur. « Confide, filia, fides tua salvam te fecit ; et salva facta est mulier ex ilia hora. » Matth. 22. Ideo filia, quia fides tua te salvam fecit. Nec dixit, fides tua te salvam factura est, sed salvam te fecit. In eo enim quod credidisti, jam salva facta es. « Et cum venisset Jésus in domum principes , et vidissettibicines, ctturbam tumultuantem, dicèbat.» Ibid. 23. Usque hodie puella jacet in domo priucipis mortua, et qui videntnr magistri tibicincs sunt, car- « Retirez-vous, car la jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui. » Ibid. 24. Pour Dieu, qu’est-ce qui est mort? « Et après qu’on eut renvoyé la foule, il entra.» Ibid. 25. Ils n’étaient point dignes de contempler le merveilleux mystère d’un homme qui revit, quand ils raillaient indignement Celui qui fait revivre. « Il prit sa main. Et la jeune fille se leva. Et le bruit s’en répandit dans tout le pays. » Ibid. 26. Ce n’est pas avant que les Juifs aient lavé leurs mains pleines de sang que leur syna¬ gogue morte ressuscitera. « Comme Jésus sortait de là, deux aveugles le suivirent en criant et disant.» Ibid. 27. C’est pendant qu’il passe par la demeure du chef et se rend dans sa maison, comme nous le lisons plus haut : « Montant sur la barque, il alla à l’autre bord et vint dans sa ville, » que les deux aveugles criaient en disant : « Ayez pitié de nous, fils de David;» et cependant ce n’est point sur la route, ce n’est point en passant qu’ils sont guéris comme ils le pensaient; mais quand il est dans sa maison, ils s’avancent, ils entrent et là d’abord leur foi est mise en ques¬ tion, pour qu’ils reçoivent ainsi la lumière de la foi véritable. Au précédent miracle raconté de la fille du chef de synagogue et de l’hémorroïse, s’ajoute celui-ci comme conséquence ; ce qui s’était affirmé à l’occasion de la mort et de la faiblesse, se manifeste à l’occasion de la cécité. men lugubre canentes. Turba [quoque Judæorum, non est turba credentium, sed turba tumulluan- tium. « Recedite,’non est enim mortua puella, sed dor¬ mit. Et deridebant eum. » Ibid. 24. Quia Deo vivunt omnio. « Et cum cjecta esset turba, intravit. » Ibid. 25. Non enim erant digni, ut videreut mysterium resur- gentis, qui re.suscitantem indiguis contumeliis deri¬ debant. « Et tenuit mamim ejus. Et surrexit puella : Et exiit fama hæc in universam terram illam. » Ibid. 26. Nisi prius mundatæ fuerint manus Judæorum, quæ sauguine :plenæ sunt, synagoga eorum mortna non resurget. « EL transeunte inde Jesu, secuti sunt eum duo cæci, clamantes, et dicentes. » Ibid. 27. Transeunte per domum principis Domino Jesu, et pergenLe ad domum suam, sicut supra legiinus : « Ascendens naviculam, transfretavîtet venit in civitatem suam, » clamabant duo cæci, dicentes : « Miserere nostri, fili David ; » et tamen non curanlur in itinere, non transitorie , ut putabant ; sed postquam yenit in domum suam, acccdunt ad eum, et introeunt : et primum eorum discutitur fides, ut sic veræ fidei 570 SAINT JEROME L’un et l’autre peuple était aveugle, tandis que le Seigneur, passant par ce monde, s’en retour¬ nait dans sa maison. Ceux-là seuls qui l’auront confessé et auront dit : « Ayez pitié de nous, Fils de David, » et qui à l’interrogation de Jésus : « Croyez-vous que je puisse le faire? » auront répondu : « Oui, Seigneur,» recouvreront la première lumière. Dans un autre Évangéliste, c’est un seul aveugle qui est présenté, assis, les vêtements déchirés, près de Jéricho. Les Apôtres lui interdisentde crier, mais sapersistance lui vaut la guérison. Marc. x. Ce passage est proprement à l’adresse des nations, il sera exposé en son lieu. « Ayez pitié de nous, Fils de David ! Mais quand il fut venu dans la maison, les aveugles s’approchèrent de lui. Et Jésus leur dit : Croyez- vous que je puisse faire cela? Ils lui dirent : Oui, Seigneur. Alors il toucha leurs yeux, disant : Qu’il vous soit fait selon votre foi. Et leurs yeux furent ouverts. »Matth. îx, 28,29. Qu’ils entendent donc, Marcion et Mânes et les autres hérétiques qui déchirent l'Ancien Testament , et qu’ils ap¬ prennent que le Sauveur est appelé Fils de David. S’il n’est point né dans la chair, com¬ ment est-il appelé Fils de David? « Et Jésus les menaça en disant : Prenez garde que personne ne le sache. Mais eux s’en allant répandirent sa renommée dans tout cepa}rs-là.» Ibid. 30, 31. Par humilité et pour éviter toute Uuneu accipiant. Priori signo quod exposuimus de principis filia , et de hæmorrhousa [AL. morbosa] muliere, consequentor hoc jungitur : ut quod ibi mors et débilitas, hic cæcitas demonstraret. .Uterque enim populus cæcus crat, Domino per hoc sæculum transeunte, et cupientc reverti ad dornum suam. Qui nisi confessi fuerint, et dixerint : « Miserere nostri, Fili David;» et interrogante Jesu, « Creditis quia possum hoc facere ? responderint ei : « Utique, Domine, » lumen pristinum non récipient. In alio Evangelista, unus cæcus scribitur, scissis vestibus, et in Jéricho sedens, qui ab apostolis probibelur clamare ; sed per impudentiam recipit sanitatem. Marc. x. Qui locus proprie ad gentium populum per- tinet, et in suo exponendus est volumine. « Miserere nostri, Fili David. Cum autem venisset in domum, accesserunt ad eum cæci, et dixit eis Jésus : Creditis, quia hoc passum facere vobis ? Di- cunt ei : Utique , “Domine. Tune tetigit oculos eorum, dicens : Secundum fidem vestram fiat vobis. Et aperti sunt oculi eorum. » Matth . 28, 29. Audiant Marcion et Manichæus, et cæteri hæretici, qui vêtus laniant lnstrumentum : et discant Salvatorem appel- lari filium David ; si enim non est natus in carne, quomodo vocatur fi!ius David? « Et comminatus est illis Jésus, dicens : Videte ne quis sciât. ïlli autem exeuntes, diffamaverunt eum ostentation, le Seigneur a recommandé le si¬ lence, mais eux, le cœur plein de reconnais¬ sance, ne peuvent taire le bienfait. Remarquez qu'il y a ici quelque opposition entre leur sen¬ timent et l’ordre qu’ils reçoivent. Ces aveugles sont guéris les dixièmes. « Ceux-ci ôtant sortis, voilà qu’on lui présente un homme muet, possédé du démon ; le démon chassé, le muet parla. » Ibid. 32. C’est par le onzième miracle qu’est rendu à ce muet l’usage de la langue. Il est passé en usage de rendre par et sourd» plus que par « muet» ce que le grec exprime par *w Matth . x,i. Benignus et clemens Dominus ac magis- ter, non invidet servis atque discipulis virtutes suas. Et sicut ipse curaverat omnem languorem et omnem inûrmitatem, apostolis quoque suis tribuit potesta¬ tem, ut curarent omnem languorem, et omnem infir- mitatem in plebe. Sed multa distantia est iuter ha- bero et tribuere, donaro et accipere Iste quodeum- que agit, potestate Domini agit : illi, si quid fuciunt, imbeciUitatem suam et virtutem Domini conllten- tur, dicentes : « In nomine Jesu surge, et ambula. » 572 SAINT JÉROME m, 6. Remarquons que c'est en douzième lieu qu'est conférée aux apôtres la puissance des miracles. « Voici les noms des douze apôtres. » Ibid.H. On donne la liste des douze Apôtres, pour que soient exclus de leur rang tous les faux Apôtres de l’avenir. « Le premier est Simon, qui est appelé'Pierre, et André son frère; Jacques de Zébédée et Jean son frère ; Philippe et Barthélemy, Thomas et Matthieu le- publicain et Jacques d’Alphée et Thaddée. » Ibid. 3. Il appartenait à celui quj connaît les secrets du cœur d’assigner le rang des Apôtres et le mérite de chacun d’eux. Le premier inscrit est Simon, surnommé Pierre) nom qui le distingue de l’autre Simon appelé le chananéen, du bourg de Cliana, de Galilée, où le Seigneur changea l’eau en vin. Joan. Il ap¬ pelle Jacques de Zébédée, parce qtfaprès il y a Jacques d’Alphée. Il les groupe par deux ; Pierre et André, frères, moins encore par le sang que par l’esprit ; Jacques et Jean, qui ont abandonné leur père selon la chair pour suivre le véritable Père ; Philippe et Barthélemy, Thomas enfin et Matthieu le publicain. Les autres évangélistes placent, dans le groupage des noms, Matthieu le premier et Thomas ensuite, sans lui donner la qualification de publicain, pour ne point pa- Act. m, 6. Notandnm autem quod ia duodecimo loco, poteslas signorum apostolis concedatur. « Duodecim autem apostolorum uomina sunt hæc. » Mattli. x, 2. Catalogus apostolorum ponitur, ut ex¬ tra hos qui pseudoapostoli futuri sunt, excludantur. « Primes Simon, qui dicitur Pelrus, et. Andréas frater ejus; Jacobus Zebedæi, et Joannes frater ejus ; Philippus et Bartholomæus, Thomas et Mattliæus puhlicanus, et Jacobus Alphæi, et Tbaddæus. » Ibid- 3. Ordinem apostolorum et meritum uniuscujusque, illius fuit distribuere, qui cordis arcaua rimatur. Primus scrihitur Simon, cognomento Petrus ; ad di- stincbionem alterius Simonis, qui appellatur Chana- næus, de vico Chana Galilææ, ubi aquam Dominus vertit in vinuni. Joan. n. Jacobum quoque appellat Zebedæi, quia et alius sequitur Jacobus Alphæi. Et apostolorum paria juga consociat. Jungit Petrum et Andream fratres, non tam carne quam spiritu. Ja¬ cobum et Joannem, qui patrem corporisrelinquentes, verum Patrem secuti sunt. Philippum et Bartbolo- mæum, Tbomam quoque et Matthæum publicanum. Geeteri evangelistæ in conjunctione nominum , pri- mum ponunt Matthæum ; et postea Thomam , nec raître reprocher à un évangéliste son premier genre de vie. Lui, au contraire, comme nous l’avons dit plus haut, se place après Thomas et se nomme publicain, afin que « là où abonda l’iniquité surabonde aussi la grâce.» Joan. y, 20. « Simon chananéen. » Celui qui est appelé « zélé » par un autre évangéliste. Luc , vi. « Chana, » en effet, veut dire « zèle. » L’his¬ toire ecclésiastique rapporte quel’apôtre Thaddée fut envoyé à Edesse auprès d’Abgarus, roi d’Ôs- roène ; c’est celui que l'évangéliste Luc nomme Judas de Jacques ; il est aussi ailleurs appelé « Lébée, » qui signifie « petit cœur. » Il est à croire qu’il eut trois noms, comme Simon fut appelé Pierre, et les üls de Zébédée, Boanerges, en raison de l’énergie et de la grandeur de leur foi. gui dicuntur Bachnionit se (al. cod. Bactroperitæ) gui ôiHnid mundi prô nihilo ducentes cellaria secum ferebant. (Edit, Mign.) 574 SAINT JÉROME. niques, il me parait indiquer un double vête¬ ment, non que dans les plaines de la Scythie et les froids pays de neige et de glace, chacun doive se contenter d’une seule tunique, mais voyons dans cette tunique un vêtement en ce sens que, vêtus d’un habit, nous en gardions un autre en prévoyance de l’avenir. « Ni chaus¬ sure. » Platon aussi a recommandé de ne point couvrir les deux extrémités du corps et de ne point prendre garde à la sensibilité de la tête et des pieds ; quand ces membres sont vigou¬ reux, tous les autres sont plus robustes. « Ni bâton. » Quand nous avons le secours du Sei¬ gneur, pourquoi chercherions nous l’appui d’un bâton ? Mais parce qu’il avait envoyé les apô¬ tres prêcher, comme nus et dépourvus, et que la condition des maîtres paraissait être dure, il tempère la rigueur du précepte par la maxime qui suit : « L’ouvrier est digne de sa nour¬ riture. » Acceptez seulement, dit-il, tout ce qui est nécessaire à votre nourriture et à votre vête¬ ment. Voilà pourquoi l’apôtre répète : « Ayant la nourriture et le vêtement, soyons satisfaits ; » I Tim. vi, 8 ; et dans un autre endroit : « Mais que celui qu’on catéchise par la parole commu¬ nique tous ses biens a celui qui le catéchise, » Galat. vi, 6, afin que les disciples fassent par¬ ticiper à leurs biens temporels ceux dont ils reçoivent les biens spirituels, et cela non par avarice, mais par nécessité. Après avoir parlé selon l’histoire, disons, d’après l’anagogie, qu’il que duas tunicas. » In duabus tunicis videtur mihi duplex ostendere vestimentum. Non quo in locis Scythiæ et glaciali nive rigentibus una quis tunica debeat esse contentus: sed quo in tunica vestimen- tum intelligamus : ne alio vestiti, aliud nobis futu- rorum timoré servemus. « Neque calciamenta. » Et Plato præcepit duas corporis summitates non esse velandas, nec assuefieri debere moUitiei capitis e^, pedum. Cum hæc enim habuerint firmitatem, cætera robustiora sunt. « Neque virgam : » Qui Domini ha- bemns auxilium, baculi præsidium cur quæramus ? Et quia quodammodo nudos et expeditos ad prædi- caridum apostolos miserai, et dura videbatur esse conditio magistrorum, severitatem præcepti sequenti sententia temperavit, dicens : « Dignus est opera- rius cibo suo. » Tantum, inquit, accipite, quantum in victu et vestitn vobis necessarium est. Unde et Apostolus replicat : « Habentes victum et vestitum, bis contenti simus. » I Tim. vi, 8. Et in alio loco : « Communicot autem is qui catechizatur verbo ei qui se catecliizat in omni bono ; » Galat . vi, 6; ut quorum discipuli metunt spiritualia, consortes eos faciant carnalium suorum : non in avaritia, sed in necessitate. Hæc historiée diximus. Cæterum secun- n'est point permis aux maîtres de posséder l'or, l’argent ou la monnaie qui est dans leurs cein¬ tures. L’or, avons-nous lu souvent, c’est le jugement, l’argent est la parole, la monnaie la voix ; c’est ce qu’il ne nous est pas permis de recevoir des autres, mais de les tenir et de les avoir du Seigneur ; pas plus que d'accepter les pratiques des hérétiques, des philosophes et de toute doctrine perverse, de nous embarrasserdes sollicitudes du siècle, de n’être point simple de cœur, de laisser enlacer nos pieds dans des liens mortels, mais d’ètre dégagés en entrant dans la terre sainte ; ni d’avoir le bâton qui se change en serpent, ni de se reposer sur le secours d’un bras de chair, car un bâton de cette espèce n’est qu’un bâton de roseau qui, si peu pressé qu’il soit, se brise et transperce la main de celui qui s’eù sert. « En quelque ville ou village que vous entriez, demandez qui y en est digne, et de¬ meurez chez lui jusqu’à votre départ. » Matth. x, 11. A propos du choix de l’évêque et du diacre, Paul dit : « Il faut qu’il leur soit rendu bon témoignage par ceux qui sont dehors. » 1 Tim. ui, 7. Les apôtres ne pouvaient pas, en entrant dans une ville nouvelle, connaître ce que chacun était. C’est donc sur l’opinion du peuple et l’estime des voisins qu’on doit faire choix de son hôte, pour que l’honneur de la pa¬ role apostolique ne souffre point du déshonneur de celui qui la recevrait. Tandis qu'ils doivent dum anagogen, non lieel magistris aurmn et argen- tum, et pecuniam quæ in zonis est, possidere. Aurum sæpe legimus, pro sensu ; argenlum, pro sermone ; æs, pro voce ; hæc nobis non licet ab aliis accipere, sed data a Domino possidere. Neque hæreticorum et philosophorum perversæque doctrinæ suscipere disciplinas, non sæculi pondéré premi, neque duplici. esse animo, neque pedes nostros mortiferis vinculis alligari, sed sanctam terrain ingredientes, esse nu- dos ; neque habere virgam quæ vertatur in colubrum, neque in aliquo præsidio carnis inniti, Exod. îv, 7 ; IV Reg. xvm, quiaistius modi virga et baculus arun- dineus est, Isai. xxvi, quem si paululnm pressens, frangitur et m,anum transforat iu cum ben lis. « In quameumque enim oivitatem, aut caslellmn intraverilis, interrqgale quis in ea dignus sit, elibi manete, donec exeatis. » Matth. x, 11. Super ordi- nalione episcopi etdiaconi Paulusloquitur: «Oportet autem eos et teslimonium habere bonum ab bis qui foris sunt. » 1 Tim. m, 7. Apostoli novnm introeuntes urbem , scire non poterant quis qualis esset. Ergo hospes fama eligendus est populi, et judicio vicino- rum, ne prædicationis dignitas suscipientis infamia deturpetur. Cum universis debeantprædicare, hospes COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. prêcher à tous* c’est un seul hôte qu’on choisit, rendant moins service à celui qui vient rester chez lui que le recevant lui-même ; et s'il est dit qui y en est digne, c'est afin qu'il connaisse qu'il reçoit plus de faveur qu'il. n'en donne. « En entrant donc dans une maison, saluez- la. Si, en effet, cette maison eu est digne, votre paix viendra sur elle; mais, si elle n’en était pas digne, votre paix vous reviendra. » Matth. x, 12, 13. 11 emploie tacitement le salut de la lan¬ gue hébraïque et syrienne. Ce qui se dit en grec yk^s, et en latin, « Ave, » s’exprime en hébreu et en syriaque salom lach ou salom ismmach, c'est-à-dire « paix avec toi. » Ce qu’il commande donc c’est ceci : En entrant dans la maison, souhaitez la paix à votre hôte, et au¬ tant qu'il est en vous, apaisez tout sujet de dis¬ corde. Si, au contraire, la contradiction s’élève, vous aurez la récompense de la paix que vous avez offerte ; ceux-là, par contre, qui l'auront .voulue, auront la guerre. « Lorsque quelqu'un ne vous aura point re¬ çus, ni écouté vos discours, en sortant de la maison ou de la ville, secouez la poussière de vos pieds. » Ibid, 14. On secoue la poussière de ses pieds pour témoigner de son travail , qu’on est entré dans la ville et que la prédica¬ tion apostolique est arrivée jusqu'à ce peuple; on en secoue la poussière en signe qu'on ne reçoit rien, pas même ce qui est nécessaire unus eligitur, non tribuens beneficium ni qui apucl se mansurus est, sed accipiens, hoc enim dicitur, quis in ea dignus est [al. fit] , ut magis se noverit accipere gratiam, quam dare. « Intrantes autem dormira, salutate eam. Et siqui- dera fuerit domus ilia digna, veniet pax vestra su¬ per eam ; s in autem non fuerit digna, pax vestra ad vos revertetur. » Matth. x, 12, 13. Occulte salutatio- nem Hebræi ac Syri sermonis expressit. Quod enim Grœce dicitur, xaîpe, et Latine, « ave, » boc Hebraico Syroque sermone appellatur salom lach, sive (a) salom emmach, id est , « pax tecum. » Quod autem praecipit, laie est: Introeuntes domum, pacem im- precamini hospiti, et quantum in vobis est, discordiæ bella sedate.^ Sin autem orta fuerit contradictio, vos merccdem habebitis de oblata pace : illi bellum, qui [al. quod] liabere voluerint, possidebunt. « Et quicumque non receperit vos, neque audierit sermones vestros, exeuntes foras de domo, vcl civi- tate, excutite pulverem de pedibus vestris. » Ibid. 14. Pulvis excutilur de pedibus, in testimonium la- boris sui, quod ingressi sintcivitatem, etprædicatio apostolica ad illos usque pervenerit. Sive excutitur o75 pour vivre, de la part de ceux qui ont fait mé¬ pris de l'Evangile. « En vérité, je vous le dis : il y aura moins à souffrir pour Sodome et pour Gomorrhe, au jour du jugement, que pour cette ville. » Ibid. 15. S'il doit y avoir moins à souffrir pour a terre des Sodomistes et des Gomorrhôens que pour cette ville qui n'aura point reçu l’Evangile, et moins à souffrir pour cela même qu’il n’a point été prêché aux Sodomistes et aux Gomorrhéens, tandis qu’il a été prêché à cette ville et qu’elle ne l’aura pas reçu; donc, il y a pour les pécheurs diversité de supplices. « Voilà que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » Ibid. 16. 11 appelle loups, les scribes et les pharisiens qui sont les clercs chez les Juifs. « Soyez donc prudents commeles serpents, et simples commeles colombes. Gardez-vous néan¬ moins des hommes ; car ils vous traduiront dans les conseils, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez conduits aux présidents et aux rois à cause de moi, en témoi¬ gnage pour eux et pour les nations. » Matth x, 17, 18. Prudents pour éviter les pièges, simples pour ne point faire le mal. Il donne en exem¬ ple la ruse du serpent, qui couvre sa tête de tout son corps pour protéger ce en quoi la vie réside. Ainsi nous-mêmes, au péril de tout hotre corps, gardons notre tête, qui est le Christ. pulvis, ut nihil ab eis recipiant, ne ad victum quidem necessarium, qui Evangelium spreverint. « Amen dico vobis, tolerabilius erit terræ Sodo- morum et Gomorrhæorum in die judicii, quam illi civitati. » Ibid. 15. Si tolerabilius erit terræ Sodomo- rum et Gomorrhæorum [al. Gomorrheis] quam illi civitati quæ non receperit Evangelium ,■ et idcirco tolerabilius, quia Sodomis et Gomorrhis non fuit prredicatum, huic autem prædicatum sit, et tamen non receperit Evangelium : ergo inter peccatores diversa supplicia sunt. « Ecce ego mitto vos sicut oves in medio lupo- rum. » Ibid. 16. Lupos, Scribas et Pharisæos vocat, qui sunt clerici Judæorum. « Estote ergo prudentes sicut serpentes, et sim- plïces sicut columbæ. Cavete autem ab hominibus ; tradent enim vos in conciliis, et in synagogis suis flagellabunt vos, et ad præsides et reges ducemiui propter me, in testimonium illis et gentibus. » Ibid. 17, 18. Ut per prudentiam devitent insidias, per simplicitatem non faciant mnlurn. Serpentis astutia ponitnr in exemplum : quia toto corpore occultât caput, et illad in quo vita est, protegit. Ita et nos {b) Non improbarim, quod nostrî prœforunt mss. Salamalach , quemadmodum et in nno Regio 240, Latinis itidem scriptum littcris Cotelcrius invenit. 57G SAINT JÉttOME La simplicité des colombes est démontrée en ce que le Saint-Esprit en a pris l'apparence. Aussi Paul dit-il : « Soyez de petits enfants par la malice. » I Cor . xiv, 20. « Lorsqu’ils vous livreront, ne pensez ni com¬ ment, ni ce que vous devez dire. Il vous sera donné, en effet, à l’heure même, ce que vous devez dire. Car ce n'est pas vous qui parlez, mais l’Esprit de votre Père qui parle en vous. » Ibid. 19, 20. Il venait de dire : «car ils vous traduiront dans leurs conseils et ils vous fla¬ gelleront dans leurs synagogues, et vous serez conduits' aux gouverneurs et aux rois à cause de moi. » Lorsque donc, à cause du Christ, nous sommes conduits en présence des juges, c’est notre volonté seulement que nous devons offrir pour le Christ. Quant au reste, le Christ qui habite en nous, parlera lui-même pour lui et il sera servi dans ses réponses par la grâce du Saint-Esprit. Car le frère livrera son frère à la mort, le père son fils, et les fils s'élèveront contre leurs parents et les mettront à mort. Et vous serez en haine à tous à cause de mon nom. » Matth. x, 21 . C’est ce que nous voyons arriver fréquem¬ ment dans les persécutions, car il n'y a aucun lien de cœur entre ceux qui sont divisés de croyance. « Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » Ibid. 22. Ce n’es pas à commencer, mais à bien finir qu’est le courage. toto periculo corporis caput nostrum, qui Christus est, custodiamus. Simplicitas columbarum ex Spiri- tus sancti specie demonstralur. Unde dicit et Apos- tolus : « Malitia parvuli estote. » I Cor . xiv, 20. « Cumautem tradent vos, nolite cogitarequomodo aut quid loquamini. Dabitur enim vobis in ilia boni quid loquamini. Non enim estisvos qui loquimini, sed Spiritus Patris vestri qui loquitur in vobis. » Ibid. 19, 20. Supra dixerat : « Tradent enim vos in conciliis, et in synagogis suis üagellabunt vos, et ad præsides et reges ducemini propter me. » Cum ergo propter Christum ducamur ad jndices, voluntatem tantum nostram pro Christo debemus offerre. Cæterum ipse Christus qui in nobis habitat, loquetur pro se, et Spiritus sancti gratia in responden.do ministrabitur. « Tradet autem frater fratrem in mortem, et pater filium, et insurgent filii in parentes, et morte eos afficient. Et eritis odio omnibus propter nomen me ura. » Ibid. 21. Hoc in persecutionibus fieri cre- bro videmus : nec ullus est inter eos lîdus affectus, quorum diversa fidesiest. « Qui autem perseveraverit usque in finem, hic salvus erit.» Matth. 22. Non enim ccepisse, sed perfe- cisse virtutis est. Quand donc on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. En vérité je vous dis :vous n'aurezpoint fini danstoutes les villes d’Israël jusqu’à ce que vienne le Fils de l’homme. Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur. Il suffit au disciple qu’il soit comme son maître et au serviteur qu'il soit comme son Seigneur. » Matth. x, 23, 24. Cela se rapporte à ce temps où étaient envoyés prêcher ces Apôtres aux quels il est spécialement dit : « N’allez pas vers les gentils et n’entrez pas dans les villes des Samaritains.» C’est-à-dire qu’ils ne doivent pas craindre la persécution, mais la fuir. C’est ce qu’au début ont fait les fidèles, voyons-nous, lorsque, la persécution s’étant élevée dans Jéru¬ salem, ils se dispersèrent dans toute la Judée pour que l’occasion de la tourmente devint celle de semer l’Évangile. Au sens spirituel, nous pouvons dire : lorsque nous serons pour¬ suivis dans une ville, c’est-à-dire dans un livre ou un témoignage des Écritures, recourons à d’autres villes, à d’autres volumes. Quelque entêté que soit le jpersécuteur, le secours du Sauveur viendra avant que la victoire ne passe aux adversaires. « S'ils ont appelé le père de famille Béelzébut, combien plus ceux de sa maison 1 Ne les crai¬ gnez donc point. » Matth. 25. Béelzébut est une idole d’Acaron qui est appelée dans le livre des Rois «idole de la mouche.» YVReg. ï. Béel est le « Cum autem persequentur vos iu civitate ista, fogite in aliam. Amen dico vobis, non consumixiabi- tis civitates Israël, donec veniat filius hominis. Non est discipulus supra magistrum, nec servus super do mi nu un sunm. Sufficit discipulo ut sit sicut ma- gister ejus ; et servo, sicut dominus ejus. » Ibid. 23, 24. Hoc ad illud tempus referendum est, cum ad prædicationem apostoli mittebantur, quibus et pro¬ prie dicitur : « In viam gentium ne abieritis, et in civitates Samaritanorum ne iutraveritis » (Supra, eod.)} quod persecutionem timere non debeant [Al. et debeant\ , sed declinare. Quod quidem videmus [Al. vidimus] in principio fecisse credentes : quand o orta Jerosolymis persecutione, diepersi sunt in uni- versam Judæam , ut tribulationis occasio fieret Evangelii seminarium. Spiritualiter autem possumus dicere : Cum persecuti nos fuerint in una civitate, - hoc est, in uno Scripturarum libro vel testimonio, nos fugiamus ad alias civitates, id est, ad alia volu- mina. Quamvis contentiosus fuerit persecutor, ante præsidium Salvatoris adveniet, quam adversariis Victoria concedatur. « Si patrem familias Beelzebub vocaverunt, quanto magis domesticos ejus 1 Ne ergo timueritis eos: » COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 577 même que Bel ouBaal ;zébut veut dire mouche. Ils appelaient donc le prince des démons du nom de la plus dégoûtante idole qualifiée de mouche, qui par sa puanteur infecte le parfum le plus suave. Eccl. x. « Car il n'y a rien de caché qui ne soit révélé, rien de secret qui ne soit connu. » Ibid. 26. Et comment donc ignore-t-on dans ce siècle les vices de tant de monde? C'est qu'il vise ici le temps à venir où Dieu jugera les choses cachées des hommes, où il éclairera les profondeurs ténébreuses, et manifestera les conseils des cœurs. Et voici le sens : Ne craignez pas la cruauté des persécuteurs ni la rage des blas¬ phémateurs, parce que viendra le jour du juge¬ ment où apparaîtra et votre vertu et leur per¬ versité. « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dités- le à la lumière, et ce que je vous dis à l’oreille, publiez -le sur les toits. » Ibid . 27. Ce que vous avez entendu dans le mystère, publiez-le ouver¬ tement; ce que vous avez appris à l'écart, pro- clamez-le en public; ce que je vous ai enseigné dans un petit coin de la Judée, allez avec au¬ dace le répandre dans toutes les villes et dans le monde entier. « Et ne craignez nullement ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’àme. » Ibid. 28. Si ceux qui tuent le corps ne peuvent tuer l’âme, c’est que l'âme est donc invisible et incorpo- Ibib. 25. Beolzebub, idolum est Àcarou, quod voca- tur iu Kegum volumine « idolum muscæ. » IV Reg. i. Beel, ipse est « Bel, » sive « Baal : Zebub » autem « imisca » dicitur. Priucipem ergo dæmoniorum ex spurcissimi idoli appellabant vocabulo, qui musca dicitur, propter imcuunditiam, quæ exterminât sua- vitatem olei. Eccl. x. « Nibil euim opertum est quod uoû revelabitur, et occultum quod uon scietur. » Matth. x, 26. Et quomodo iu præseuti sæculo multorum vitia nes- ciuntur ? Sed de futuro tempore [Al. sæculo] scribi- tur, quando judicabit Deus occulta [Al. abscondita] hominum, et illuminabit lalobras tenebrarum, et manifesta faciet consilia cordium. Et est sensus : Nolite timere persecutorum sævitiam, et blaspbe- mantium rabiem, quia veniet dies judicii, in quo et vestra virtus, et eorum nequitia demonstrabitur. « Quod dico vobis in tenebris, dicite in lumine ; et quod in aure auditis, prædicate super tecta. » Ibid. 27. Quod audistis in mysterio, apertius prædi¬ cate : quod dedicistis abscondite [Al. absconse] pu¬ bliée loquimini : quod vos erudivi in parvulo Judææ loco, in universis urbibus, et in loto mundo audacter edicite [Al. dicite J. « Et nolite timere eos qui oecidunt corpus, animnm autem non possuut occidere. » Ibid. 28. Si qui cor- TOME IX. relie, dirai-je, par rapport à l’épaisse substance de notre corps... Néanmoins, elle sera punie et ressentira les supplicec à cette heure où elle re¬ trouvera. son ancien corps, afin qu’elle soit châtiée en compagnie de celui avec lequel elle pécha. « Mais craignez plutôt celui qui peut précipi¬ ter l’âme et le corps dans la géhenne. Ce mot géhenne ne se trouve point dans livres anciens, et le Sauveur l'emploie le premier. Cherchons donc quelle peut être son origine. Nous avons lu maintes fois qu’il y avait une idole de Baal auprès de Jérusalem, au pied du mont Moria, où se trouve la fontaine de Siloe. Il se trouve-là une vallée et une petite plaine arrosée, pleine, d’ombrages et de charmes, et un bois consacré â cette idole. Le peuple d’Israël en était venu à ce degré de démence, qu’abandonnant le temple voisin de là, il y venait immoler des viclimes, et pervertis dans leurs sentiments par la mollesse même, ils brillaient leurs enfants en l’honneur des démons ou les consacraient à leurs mystères. On appelait ce lieu Jéhennon, ou vallée des fils d'Hénnon. Les livres des Rois, les Paralipomènes, et Jérémie en parlent longuement. C’est ce lieu que Dieu menace de remplir des cadavres des morts, pour qu’il ne s'appelle plus vallée de Tophet et de Baal, mais qu’il soit nommé Poly- drianum, c’est-à-dire tombeau des morts. C’est donc sous ce nom que sont désignés les sup- pus occiduut, animam non possu-nt occidere : ergo anima invisibilis et incorporalis est , secundum crassiorem dico nostri corporis substantiam. Vel eo certe tempore punietur, et supplicia sentiet, quando pristinum corpus receperit, ut cum quo peccavit, cum ipso et puuiatur. « Sed potins timete eum qui potest et animam, et corpus perdere in gehennam. » Nomen « gehen- næ, » iu veteribus libris non invenitur, sed primum a Salvatore ponitur. Quæramus ergo quæ sit sermo- nis hujus occasio. Idolum Baal fuisse juxta Jérusa¬ lem ad radices montis Moria, in quibus Siloe Huit ; non seine! legimus. III Reg. xi. Hæc vnllis et parvi c.ampi planifies, irrigua erat et nemorosa, plenaque : deliciis, et lucus in ea idolo consecratus. In tantam autem dementiam populus Israël veuerat, nt déser¬ ta ternpli vicinia ibi hostias immolaret, et rigorem religionis deliciæ vincerent, filiosque suos dæmoniis incenderent vel initiarent. Et appellabatur locus ille « gehennom, » id est, « vallis » filiorum [Al. filii] a Hennora. » Hoc Regum volumen, IV Reg. xxirr, et Paralipomenon, Il Par. xxvm, et Jeremias, 1er. vil, xix et xxxii, scribimt plenissime. Et comminatur Deus se locum ipsum impleturum cadaveribus mor- tuorum, ut nequaquam vocctur Tophet et Baal ; sed vocetur « Polyandrium, » id est, « tumulus mortuo- 37 578 SAINT 1 plices et les éternels châtiments que doivent endurer les pécheurs. Mais il y aune double géhenne, lisons-nous parfaitement dans Job, celle d’un feu excessif, et d’un horrible froid. Job . xxiv. « Deux passeraux ne se vendent-ils pas un as ? et néanmoins pas un d'entre eux ne tombe- t-il sur la terre sans votre Père? Les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. Ne éraignez donc pas, vous valez beaucoup plus que bien des passeraux. Quiconque donc me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux.» Mcitih. x,29 etseqq. C’est de lui-même que le Seigneur parle et ce qui suit est amené par ce qui précède. Prudent lecteur, évite toute interprétation superstitieuse, ce n’est point les Écritures que tu dois accommo¬ der à ton sens, mais ton sens aux Écritures, pour entendre ce qui va suivre. Il vient de dire : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme; » maintenant il ajoute comme conséquence : « Deux passereaux ne se vendent-ils pas un as et un seul d’entre eux tombe-t-il par terre sans votre Père? » Et voici le sens : Si de petits et vils animaux ne tombent point sans votre Père et si sa Providence est en eux tous, de sorte que ceux qui parmi eux doivent périr ne périssent point en dehors de rum. » Futura ergo supplicia et pœnæ perpeluæ, quibus peccatores cruciandi sunt, hujus loci voca- bulo denotantur. Duplicem aulem esse gehennam, nimii ignis et frigoris, in Job plenissime legimus. Job . xxiv. « Norme duo passeres asse veneunt, et unus ex illis non cadet super terrain sine Pâtre vestro ? Vestri autem et capilli capitis omnes numerati sunt. Nollte ergo timere, multis passeribus meliorcs estis vos. Omnis ergo qui confitebitur me coram liomini- bus, confitebor et ego eum coram Pâtre meo qui in cœlis est. Qui autem negaverit me coram homini- bus, negabo et ego eum coram Pâtre meo qui in cœlis est. » Matth. x, 29 et seqq. Hæret sibi serrno Dominions, et sequentia pendent ex superioribus. Prndens lector, cave semper superstitiosam intelli- gentiaro ; ut non tuo sensui attemperes Scripturas, sed Scripturis jungas sensum tuum, et intelligas quid sequatur. Supra dixerat : « Nolite timere eos qui occidunt corpus, animam autem non possunt occidere : » nunc loquitur consequenter, « Nonne duo passeres asse veneunt, et unus ex illis non cadet super terram sine Pâtre vestro ? » Et est sensus : Si parva animalia et vilia absque Deo auctore non JÉROME la volonté divine, vous, qui êtes éternels, vous ne devez pas avoir la crainte que vous aviez en dehors de la Providence de Dieu. Ce sens, au reste, est indiqué plus haut : « Considérez que les oiseaux du ciel ne sèment ni ne moisson¬ nent, ni ne ramassent dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit ; ne valez-vous pas plus qu'eux?» Et ensuite : Considérez com¬ ment croissent les lis des champs, » et le reste. « Si donc l’herbe du champ qui est aujourd’hui et qui demain sera jetée dans le four, Dieu la revêt ainsi, combien plus vous, hommes de peu de foi I » 11 y en a qui, forçant les choses, voient dans ces deux passereaux l’âme et le corps, et ils rapportent à ce sens les cinq passeraux qui sont vendus deux as, selon Luc. Luc xu. Mais comment ce sens s’adapte-t-il â tout le dis¬ cours évangélique? Ce n’est pas d’une petite difficulté. « Les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. N’ayez donc pas de crainte; vous êtes meilleurs que beaucoup de passe¬ reaux. » C’est faire ressortir plus clairement encore le premier sens de notre explication, qu’ils ne doivent pas craindre ceux qui peu¬ vent tuer le corps et ne peuvent tuerl'âine, parce que, si de petits animaux ue tombent point sans que Dieu le sache, à combien plus forte raison l’homme qui est revêtu de la dignité apostolique! Quand il dit : «Les cheveux de votre tête sont tous comptés, » il montre la pro¬ vidence infinie et l'affection ineffable de Dieu, à decidunt, et in omnibus est providentiel, et quæ in bis peritura sunl, sine Dei voluntate non pereunt : vos qui æterni estis, non debetis timere quod absque Dei vivatis providentia. Iste sensus et supra dictus est : « Respicite volatilia coeli, quoniam non serunt, neque metunt, neque congregant in horrea -t et Pater vester cœlestis pascit ilia. Nonne vos pluris estis illis? » Ac deinceps : Considerate lilia agri quomodo crescunt, » et reliqua. « Si autem fenum agri quod Uodie est, et cras in clibanum mittitur, Dcus sic vestit, quanto magis vos, modicæ fidei ! » Quidam coacte duos passeres, animam et corpus interpré¬ tante. Quinque quoque passeres, secundum Lucam, Luc. xu, qui duohus assibns veneunt, ad sensus referunt. Sed quomodo ilia intelligentia toto Evan- gelici sermonis corpori coaptetur, non parvæ diffi- cultatis est. « Vestri autem et capilli capitis omnes numerati sunt. Nolite ergo timere ; multis passeribus meliores estis vos. » Manifestius superior nostræ expositionis sensus expressus est : quod timere non debeant cos qui possunt occidere corpus, et animam non possunt, quoniam si sine Dei scientia parva quoque animalia non decidunt, quanto magis homo, qui apostolica fultus sit dignitato I Quod autem ait : COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. qui rien n’est caché de ce qui nous touche et à la connaissance de qui n'échappent point même nos oiseux et menus propos. A ce sujet, ils railleront l’interprétation de l’Église, ceux qui nient la résurrection de la chair, comme si nous disions que nous devons ressuciter avec tous ces cheveux qui ont été comptés et taillés par le ciseau. Le Sauveur n’a point dit : Tous les cheveux de votre tête doivent être conservés, mais sont comptés. Quand on dit nombre, on parle de la connaissance du nombre, mais nul¬ lement de sa conservation. « Gardez-vous de penser que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » Matth. x, 34. Il avait dit avant : « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le à la lumière, et ce que vous entendez à l’oreille, publiez-le sur les toits. » Il insinue ce qui doit suivre la prédica¬ tion. A l’occasion de la foi du Christ, le monde entier fut divisé ; chaque maison eut ses incro¬ yants et ses fidèles, et c’est ainsi que la bonne guerre fut déclarée pour troubler une paix mauvaise. C’est quelque chose de pareil, lisons- nous dans le Génèse, que fit Dieu contre ces rebelles qui étaient venus de l’Orient, et qui se hâtaient d’élever latourpar laquelle ils devaient pénétrer les hauteurs du ciel; il divisa leurs langues. C’est pourquoi David demande dans « vestri autem et capilli capitis omnes numerati sunt, » immensam Dei erga domines ostendit provi- dentiam, et ineffabilem signât aiîectum, quod nihil noslrum lateat Deum, et etiam parva et otiose dicta ejus scienliam non fugiant. Dérident intelligentiam ecclesiasticam in hoc loco, qui carnis resurrectioneua negunt, quasi nos et capillos qui numerati sunt, et a tonsore decisi, omnes dicamus resurgere, cum Salvator non dixerit : Vestri autem et capilli capitis omnes salvandi sunt, sed numerati sunt. Ubi nume- rus est, scientia numeri demonstratur, non ejusdem numeri conservatio. « Nolite arbitrari, quia veni pacem mi Itéré in ter- ram : Non veni pacem mi Itéré, sed gladium. » Matth. x, 34. Supra dixerat : « Quod dico vobis in tenebris, dicite in lumine ; et quod in aure auditis, prædicate super tecta. » Nunc infert quid post prædicationem sequatur. Ad fidem Chcisti, totus orbis contra se divisus est : unaquæque domus et infidèles habuit et credentes, et propterea bellum missum est bo- num, ut rumperetur pax mala. Taie quid et in Ge- nesi adversus rebelles homines, qui moti fuerant de Oriente, et turrem exstruere festinabant, Genes. xi, per quam cœli alla penetrarent, fecisse scribitur Deus, ut divideret linguas eorum."Unde et in psal- mo David precatur : Dissipa, Domine, gentes quæ bel la volunt. » Ps. 1 Vvn, 32. 579 un psaume : « Dissipez, Seigneur, les nations qui veulent la guerre. » Psalm . lxyii, 32. « Je suis venu, en effet, séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère; et les ennemis de l’homme sont ceux de sa maison. » Matth. x, 35- Ce passage se trouve dans le prophète Michée presque dans ' les mêmes termes. « Mich. vu. Il faut remar¬ quer aussi, lorsqu'on invoque quelque passage de l'Ancien Testament , si c'est quant au sens seulement, ou en propres termes qu’on le cite. « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Et qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. » Ibid. 37. Celui qui avait dit : « Je ne viens pas apporter la paix, mais le glaive, » et sou¬ lever les hommes contre leur père et leur mère et leur belle mère, ajoute, pour que personne ne sacrifie la, religion à son cœur : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi. » Nous lisons dans le Cantique des cantiques : « Réglez en moi la charité, » cet ordre est nécessaire dans toute affection. Aimez, après Dieu, votre père, aimez votre mère, aimez vos enfants. Mais s’il advient qu’il soit nécessaire de mettre en balance l'amour des parents et des enfants avec l’amour pour Dieu, de telle sorte que ces deux amours ne puissent aller ensemble, haïssez les vôtres, et aimez Dieu. Il n’a donc pas défendu d’aimer « Veüi enim separare hominona adversus patrem suum, et filiam adversus matrem suam, et nurum adversus socruna suam ; et inimici hominis, domes- tici ejus. » Matth. x, 35. Hic locus prope eisdem verbis in Michæa propheta scribitur. Mich. vu. Et notandum ubicuoaque de veteri TesLamento testimo- nium ponitur, utrum sensus tantum, an et sermo consentiat. « Qui amat patrem aut matrem plus quam me, non est me dignus. Et qui amat filium aut filiam super me, non est me dignus. » Matth. x, 37. Qui ante præmiserat : « Non veni pacem mittere, sed gladium ; » et dividere homines adversum patrem et matrem, et socrum, ne quis pietatem reli^oni ante- ferret, subjecit dicens, « Qui amat patreui aut ma¬ trem plus quam me. » Et in Canlico legimus Canti- corum : « Ordinale in me charitateui. » Cant. n, 4. Hic ordo in omni affectu necessarius est. Âma post Deum patrem, ama matrem, ama filios. Si autem nécessitas venerit, ut amor parentum ac filiornm Dei amori comparetur, et non possil utrumque ser- vari, odium in suos, pietas in Deum sit [Al. Ibid. 30. Comment l'Évangile est-il plus léger que la loi, puisque la loi ne condamne que l'homicide, tandis que l’Evangile va jusqu’à condamner la colère? Par quelle raison la grâce de l’Evangile est-elle plus facile, puisque la loi ne punit que l’adultère, tandis que l’Evangile punit encore la concupiscence ? Dans la loi, il y a un grand nombre de préceptes que l'Apôtre enseigne très clairement ne pouvoir pas être accomplis ; Act. xv ; dans la loi sont requises un grand nombre d’œuvres qui donnent la vie à ceux qui les auront faites. Dans l’Evangile est exigée la volonté, laquelle ne perd pas sa ré¬ compense, lors même que l’effet ne s’en suit pas. L'Evangile commande ce qui est en notre pouvoir, par exemple, ne pas convoiter ce qui ne nous appartient pas ; cela dépend de nous. Le loi punit l’effet, tandis qu’elle ne punit pas la volonté. Ne commets pas l’adultère, dit-elle. Imaginez que dans la persécution une vierge a été prostituée ; comme cela s’est fait contre sa volonté, aux yeux de l’Evangile, parce qu’elle ne pèche pas par la volonté, elle ne cesse pas d’être vierge, au lieu que, dans la loi, elle serait répudiée comme ayant été cor¬ rompue. « En ce temps-là Jésus passait le long des « Iniquitates raeae aggravatæ sunt super me. » Psal. xxxvn, 5. Vel certe eos qui gravissimo Legis jugo premebantur, ad Evangelii invitât gratiam. « Jugum enim meum suave est, et onus meum leve est. » Ibid. 30. Quomodo levius Lege Evange¬ lium, cum in Lege homicidium, in Evangelio ira damnetur? Qua ratione Evangelii gratia facilior, cum in Lege adulterium, in Evaugelio coucupiscen- tia puniatur? In Lege multa præcepta suut, quæ Apostolus non posse compleri plenissime docet. Act. xv. In Lege opéra requiruntur, quæ qui fecerit, vivet in eis. In Evaugelio voluntas quæritur : quæ etiarasi effectum non habuerit, tamen præmium non amittit. Evangelium ea præcipU quæ possumus : ne scilicet concupiscamus : hoc in arbitrio nostro est. Lex cum voluntatem non puniat, punit cffectum, ne adulterium facias. Finge in pcrsecutione aliquam virginem prostitutam. Ilæc apud Evangelium, quia voluntatenon peccat, virgo suscipitur: in Lege quasi corrupta repucliatur. « In illo tempore abiit Jésus sabbato per sata : discipuii autem ejus esurientes coeperunt evellere spicas, et mandpcare, » Ibid, xn, 1, In alio quoque 589 COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. blés un jour de sabbat, et ses disciples ayant faim se mirent à rompre des épis et à en man¬ ger. » Matth. xii, 1. Nous lisons aussi dans un autre évangéliste, qu'à cause d’une impor¬ tunité excessive, ils n’avaient pas même le temps de manger, et c’est pour cela qu’ils avaient faim comme hommes. Marc, n et Luc . vi. Or, en ce qu'ils frottent dans leurs mains l'un contre l’autre des épis de blé, pour soulager leur faim, c’est l’indice de la vie plus austère de personnes qui cherchent non des mets (soigneu¬ sement) préparés, mais une nourriture simple. u Les pharisiens voyant cela, lui dirent : Voilà que vos disciples font ce qu'il n’est, pas permis de faire aux jours du sabbat.» Ibid. 2. Notez que les premiers Apôtres détruisent la lettre du sabbat contre les Ebionites qui, rece¬ vant les autres Apôtres, rejetaient Paul comme transgresseur de la loi. « Mais il leur dit : N’avez-vous point lu ce que fit David, lorsque lui et ceux qui l’accom¬ pagnaient furent pressés de la faim? Comment il entra dans la maison de Dieu, et mangea les pains de proposition, dont il n’était permis de manger ni à lui, ni à ceux qui ôtaient avec lui, mais aux prêtres seuls ? » Ibid. 3,4. Pour réfuter la calomnie des pharisiens, il rappelle une his¬ toire des temps passés, alors que David, fuyant Saül, vint à Nobé, et qu’ayant ôté reçu par le grand-prêtre Achimélech, il lui demanda à manger; le grand-prêtre n’ayant pas des pains pour le peuple, lui donna des pains consacrés, evangelista legimus, quod propter nimiam importu- nitaten), nec vescendi quidem habehaut locum, et ideo quasi hommes esuriebant. Marc, n, et Luc. vu Quod autem spicas segelum manibus confricant, et inediam consolanlur, vitæ austerioris indicium est ; non præparatas epulas, sed cibos simplices quæren- tium. « Pharisæi autem videntes, dixeruut ei : Ecce discipuli tui faciunt, quod non licet eis facere sabba- tis.. » Ibid. 2. Nota quod primi apostoJi Salvatoris litteram sabbati destruunt, adversus Eblonitas, qui cuin cæteros recipiant apostolos, Paulum quasi transgressorem legis répudiant. a Atille dixit eis : Non legistis quid fecerit David, quando esuriit, et qui cum eo erant : quomodo intravit in dornum Dei, et panes propositionis co- rnedit, quos non licebat ei comedere, neque bis qui cum eo erant, ni si solis sacerdotibus ? » Ibid. 3, 4. Ad confutandam calumniam Pharisæorum, veteris recorduLur liistoriæ, quando David fugiens Saulem, venit in Nobe, et ab Achimelech sacerdote suscep- tus, postulavit cibos , qui cum panes laicos non haberet, dédit ei consecratos, quibus non licebat quoiqu'il ne fût pas permis d'en manger qu’aux prêtres et aux lévites. 11 se contenta de lui de¬ mander s’ils étaient purs à l’égard des femmes; et David lui ayant répondu qu’ils ne s'en étaient pas approchés depuis la veille et l’avant- veille, il ne fit pas difficulté de lui donner ces pains, croyant qu’il valait mieux, selon la parole d'un prophète qui dit : « Je veux le. miséricorde, et non le sacrifice, » Osée , vi, 6, délivrer des hom¬ mes du danger de la faim, que d’offrir à Dieu un sacrifice ; car le salut des hommes est une hostie qui appaise Dieu. Le Seigneur opposant; donc cet exemple, leur dit : Si David aussi est saint, et si vous ne blâmez pas la conduite du grand -prêtre Achimélech , en reconnaissant qu’ils ont eu l’un et l’autre une excuse légitime pour transgresser un commandement de la loi, puisque la faim était en cause, pourquoi n'ap¬ prouvez-vous pas dans les Apôtres la même faim que vous approuvez dans les autres, quoi que en cela même il y ait une grande différence, puique les apôtres ne font que frotter dans leurs mains, l'un contre l’autre, des épis, lejour du sabbat, tandis que David et ses compagnons : mangeaient des pains destinés aux lévites, dans une circonstance où, à la solennité du sabbat, s’ajoutaient les jours de fêtes de la nouvelle lune, dans lesquels David, ayant été réclamé au festin par Saül, s’était enfui de la cour de ce: roi? Observez que ni David, ni ses serviteurs ne reçurent les pains de proposition qu’après avoir répondu qu’ils étaient purs à l'égard des femmes. vesci nisi solis sacerdotibus et levitis.Et hoc tantum interrogavit si esseut mundi pueri a mulieribus : et illo respondente, ab heri et uudiustertius, non du- bitavit panes dare , melins arbitratus , propbeta dicente : « Misericordiam volo, et non sacrificium, » Osee. xi, G, de fanais periculo homiues liberare, quam Deo offerre sacrificium. Hostia enim placabilis Deo, hominum sains est. Opponit ergo Dominus, et dicit : Si et David sanctus est, et Achimelech ponti¬ fe x a vobis non reprehenditur, sed Legis uterque mandatum probabili excusatioue transgressi sunt, et famés in causa est, cur eamdem famem non pro- batis in apostoiis, quam probalis in cœteris ? Quam- quam et in hoc magna distantia sit. isti spicas in sabbato manu confricant , illi panes comederunt Leviticos, et ad sabbati solemnitatem accedebant Neomeniarum dies , quibus in convivio requisitus fugit ex aularegia. Observa quod panes propositio¬ nis nec David, nec pueri ejus acceperint, antequam se a mulieribus mundos esse responderent. «Àut non legistis in Lege,quia sabbatis sacerdotes in templo sabbatum violant, et sine crimine sunt. » Ibid . 5. Calumniamini* inquitj discipulos meos, cur 590 SAINT JÉROME « Ou n’avez-vous point lu dans la loi que les prêtres, au jour du sabbat, violent le sabbat dans le temple, et ne sont pas néanmoins cou¬ pables?» Ibid. 5. Vous calomniez, dit-il, mes disciples de ce que, passant le long des blés, ils ont rompu des épis, et cela dans un moment où ils étaient pressés vivement par la faim, et vous ne faites pas attention que vous-mêmes vous violez le sabbat dans le temple, en immo¬ lant des victimes, en tuant des taureaux, et brûlant des holocaustes sur un tas de bois ; et, selon la foi d'un autre évangéliste, en donnant la circoncision aux petits enfants le jour du sabbat, et vous ne considérez pas qu’en dési¬ rant observer une autre loi, vous détruisez le sabbat. Cependant les lois de Dieu ne sont ja¬ mais en opposition ; et c’est dans sa prudence que le Seigneur dit que ses disciples n’avaient fait que suivre les exemples de David et d’Achi- mélech, dans une circonstance où on aurait pu leur reprocher d’avoir transgressé la loi de Dieu; et il met au compte des auteurs mêmes de la calomnie le vrai manquement à la loi du sabbat, sans que même ils fussent excusés par la nécessité. « Or, je vous déclare qu’il y a ici quelqu'un plus grand que le temple. » Ibid. 6. Le mot latin hic, n’est pas un pronon, mais un adverbe de lieu ; car le lieu qui contient le Seigneur du temple est plus grand que le temple. « Mais si vous saviez ce que veut dire cette parole : Je veux la miséricorde et non le sacri¬ fice, Osée , vi, 6, vous n’auriez jamais condam- per segetes transeuntes, spicas triverint, et hoc fe- cerint famis necessitate cogente, cum et ipsi sabba- tum violetis in Templo, immolantes victimas, cæden- tes tauros,holocausta6uperlignorom struemincendio concremantes : et juxta alterius Evangelii fidem) Joan. vi, circumcidenlesparvulosin sabbato, ut dum . aliam Legem servare cupitis, sabbatum destruatis. Numquam autem Leges Dei sibi contrariæ sunt. Et prudenterubi transgression^ discipuli sui argui po- terant, David et Acbimelech dicit exempla sectatos : veram autem etabsque necessitatis obtentu, sabbati prævaricationem in ipsos refert, qui calumniam fe- cerant. « Dico autem vobis, quia templo major est hic. » Ibid. 6. Hic, non pronomen, sed adverbium loci est ; quod major templo sit locus, qui Dominum templi teneat. « Si autem sciretis quid est : Misericordiam volo, et non sacrificium ; Osee vi, 6 ; numquam condem- nassetis innocentes. » Ibid. 7. Quid sit, volo miseri¬ cordiam, et non sacrificium, supra diximus. Quod autem sequitur : « Numquam condemnassetis inno- né des innocents. » Ibid. 7. Nous avons dit plus haut ce que signifient ces paroles : Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Pour ce qui suit : « Vous n’auriez jamais condamné des innocents, » il faut l’entendre des Apôtres. Et en voici le sens : Si vous avez approuvé la mi¬ séricorde d’Achimélech, en ce qu’il répara les forces de David et de ses serviteurs qui étaient en danger de mourir de faim, pourquoi con¬ damnez-vous mes disciples, qui n’ont rien fait de tel ? « Etant parti de là, il vint dans leur synago¬ gue, où il se trouva un homme qui avait une main sèche. » Ibid. 8. C’est le treizième malade qui est guéri dans la synagogue ; et il faut noter que ce n’est ni en chemin, ni dehors, mais dans l’assemblée des Juifs qu'une main desséchée est guérie. « Et ils l’interrogeaient en disant : Est-il per¬ mis de guérir le jour du sabbat? Ils disaient cela pour avoir un sujet de l'accuser. » Ibid. 9. Parce qu’il avait excusé, par un exemple digne d’approbation, ses disciples de la violation du sabbat, qui leur était reprochée par les phari¬ siens, ceux-ci veulent le calomnier lui-même ; et ils interrogent s’il est permis de guérir aux jours du sabbat, afin de l’accuser de cruauté ou d'impuissance, s’il ne guérit pas, et dans le cas contraire, de transgression. « Mais Lui leur dit : Quel sera l’homme parmi vous qui, ayant une brebis qui vienne à tom¬ ber dans une fosse, le jour du sabbat, ne la prendra pas pour l’en retirer? Combien un centes, » de apostolis intelligendum est. Et est sen- sus : Si misericordiam comprobastis Achimelech, eo quod famé periclitantem refocillaverit David et pue- ros ejus ; quare discipulos meos condemnatis, qui nihil taie fecerunt ? « Et cum inde transisset, venit in synagogam eo- rum. Et ecce homo manum habens aridam. » Ibid . 8. Tertius decimus iste est, qui curatur in synagoga. Et notandum , quod non in itinere et foris, sed in conciliabulo Judæorum mauus arida fuerit sanata. « Et interrogabant eum, dicentes : Si licet sabbatis curare; ut accusarent eum. » Ibid . 9. Quia destruc- tionem sabbati, quam [al. qua et discipulos] Pharisæi in discipulis arguebant, probabili exemplo excusa- verat, ipsum calumniari volunt; et interrogant utrum liceat curare in sabbatis; ut si non curaverit, crude- litatis aut imbecillitatis; si curaverit, transgression^ accusarent [al. accusent ]. « ïpse autem dixit illis : Quis erit ex vobis homo qui habeat ovem unam, et si ceciderit hæc sabbatis in foveam, nonne tenebit et levabit [al. allevabit] eam ? Quantô magis melior est homo ove l ltaque 501 COMMENTAIRES SUR L’ËYANGILE DE SAINT MATTHIEU. homme ne vaut-il pas mieux qu’une brebis I 11 est donc permis de faire du bien les jours du sabbat.» Ibid. 10 et seqq. Il résout la question proposée, en condamnant d’avarice ceux qui l’interrogeaient. Si vous, dit-il, vous vous hâtez de délivrer une brébis ou un autre animal, quel qu’il soit, qui est tombé dans une fosse, le jour du sabbat, faisant cela, non par amour pour la bête, mais par avarice, combien je suis obligé moi-même de délivrer un homme, qui est bien meilleur qu’une brebis? « Alors il dit à cet homme : Etendez votre main. Il l’étendit, et elle devint saine comme l’autre.); Ibid. 13. Dans l’évangile dont se ser¬ vent les Nazaréens et les Ebionites, et que nous avons traduit récemment de l’hébreu en grec, et que plusieurs appellent l’Evangile authen¬ tique de saint Mathieu, il est écrit que cet homme qui a une main desséchée est un ma¬ çon, demandant du secours en ces termes : J’étais maçon; je gagnais ma vie du travail de mes mains ; je vous supplie, ô Jésus, de me rendre la santé, de peur que je ne mendie hon¬ teusement ma nourriture. Jusqu’à la venue du Sauveur, il y eut dans la synagogue des Juifs une main desséché, et les œuvres de Dieu ne s’y faisaient pas; mais quand il fut venu sur la terre, la main droite fut rendue dans la per¬ sonne des Apôtres, qui croyaient, et elle fut res¬ tituée au travail d’autrefois. « Mais les pharisiens, étant sortis, tenaient conseil contre Lui , pour savoir de quelle licet sabbatis benefacere.» Matth. xu, 10-13. Sic sol- vit propositam quæstionem, ut interrogautes avari- tiæ condemuaret. Si vos, inquit, ia sabbato ovem et aliud quodlibet auimal in foveam decidens, eripere festinatis, non animali, sed vestræ avaritiæ consu- lentes, quanto magis ego hominem, qui multo melior est ove, debeo liberare ! « Tune ait homini : Extende manum tuam. Et extendit, et restituta est sanitati sicut altéra. » Ibid. 13. In Evangelio, quo utuntur Nazaræni et Ebionitæ (quod nuper in Græcum de Hebræo sermone transtu- limus, et quod vocatur a plerieque Matthæi authen- ticum), homo iste, qui aridam habet manum, cæ- mentavius scribitur ; istius modi vocibus auxilium precans : Cæmentarius eram , manibus victum quæ- ritans ; precor te, Jesu, ut mihi restituas sanitatem, ne turpiter mendicem cibos. Usque ad adventum Salvatoris arida manus in synagoga fuit Judæorum, et Dei opéra non fiebant in ea ; postquam ille venit in terras, reddita est in apostolis credentibus dex- tera, et operi pristino restituta. « Exeuntes autem Pharisæi, consilium faciebant adversus eum, quomodo perderaat eum. » Ibid. 14. manière ils le perdraient. » Ibid. 14. C’est . l’envie qui est cause qu’ils dressent des em¬ bûches au Seigneur; car qu’avait-il fait qui fût de nature à exciter les pharisiens à le faire mourir? Y avait-il quelqu'un parmi les phari¬ siens qui n’eût pas étendu sa main le jour du sabbat, soit pour porter des aliments, soit pour présenter un vase à boire, soit pour faire les autres choses qui sont nécessaires pour se nourrir? S’il n’y a donc point de crime d’éten¬ dre sa main et de soulever les aliments et le breuvage le jour du sabbat, pourquoi blâment- ils dans autrui ce qu’ils sont convaincus de faire eux-mêmes, alors surtout que ce maçon n’a rien porté de tel, mais n'a fait qu’étendre sa main, au commandement du Seigneur? « Jésus, le sachant, s’éloigna de là; et beau¬ coup de personnes l’ayant suivi, il les guérit toutes ; et il leur ordonna de ne point le décou¬ vrir', afin que cette parole du prophète Isaïe fût accomplie. » Matth. xn, 15-17. Connaissant les embûches que lui dressaient les pharisiens, parce qu’ils avaient résolu de perdre leur Sau¬ veur, il s’éloigna de ce lieu, pour enlever aux pharisiens une occasion d’impiété à son égard. « Voici mon serviteur que j’ai élu, mon bien- aimé dans lequel j’ai mis toute mon affection. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, et il annon¬ cera la justice aux nations. Il ne disputera point, et il ne criera point. » Ibid. 18. Par le prophète Isaïe, il est dit, en la personne de Dieu le Père : « Je ferai reposer sur lui mon Esprit. Quod Domino moliuntur insidias, livor in causa est. Quid enim fecerat, ut Pharisæos interfectionem sui provocaret ? nempe quod homo extenderat manum. Quis enim Pharisæorum in die sabbati non extendit manum, portans cibos, calicemque porrigens, et cætera quæ victui necessaria sunt? Si ergo manum extendere et alimenta sublevare vel potum in sabbato, non est criminis ; cur hoc in alio arguunt quod ipsi facere coarguuntur, præsertim cum iste cæmentarius nibil taie portaverit, sed ad præceptum Domini so- lam extenderit manum ? « Jésus autem sciens, recessit inde, et secuti sunt eum multi, et curavit eos omnes. Et præcipit eis, ne manifestum eum facereut, ut adimpleretur quod dictum est per Isaiam prophetam, dicentem. » Ibid . 15 et seqq. Sciens insidias eorum,quod vellent per- dere Salvatorem suum, recessit inde, ut Pharisæis contra se occasionem impietatis auferret. « Ecce puer meus, quem elegi ; dilectus meus, in. quo bene complacuit animæ meæ. Ponam spiritum meum super eum, et judicium geutibus nuntiabit. Non contendet, neque clamabit.» Ibid. 18. Per Isaiam prophetam ex persona Patria hoc dieitur : « Ponam 592 SAINT JEROME Isa. xlit, 4 . L’Esprit se repose non sur le Verbe de Dieu et sur le Fils unique qui est sorti du sein de son Père, mais sur celui de qui il a été dit : « Voici mon serviteur. » Ibid. ot Personne n’entendra sa voix dans les places publiques.» Ibid. 49. Car est large et spacieux le chemin qui conduit à la perdition, et il y en beaucoup qui y entrent. Supra vu. Ce grand nombre de gens n’écoutent pas la voix du Sau¬ veur, parce qu’ils ne sont pas dans le chemin étroit, mais dans le chemin spacieux. a II ne brisera point le roseau cassé, et il n’é¬ teindra pas la mèche qui fume encore, jusqu’à ce qu’il fasse triompher la justice; et les nations espéreront en son nom. » Ibid. 20, 24. Celui qui ne tend pas la main au pécheur, et ne porte pas le fardeau de son frère, celui-là brise le roseau cassé ; et celui qui méprise dans les pe¬ tits une modique étincelle de foi, éteint la mèche qui fume encore. Le Christ n’a fait ni l’une ni l’autre de ces choses, car il était venu pour sauver ce qui avait péri. «Alors on lui présenta un possédé, aveugle et muet, et il le guérit, en sorte qu’il parlait et voyait. Tout le peuple était dans la stupéfaction et disait : N'est-ce point là le fils de David ? Mais les pharisiens entendant cela, disaient : Cet homme ne chasse les démons que par la vertu de Béelzébud, prince des démons. » Ibid. 22 et seqq. Trois prodiges sont opérés à la fois dans un seul homme : l’aveugle voü, le muet spiritum meum super eum. » Isai. xm, 4. Spiritus poniturnon super Dei verbum, et super unigeuitura, qui de sinu processit Patris, sed super eum, de quo dictum est: « Ecce puer meus. » Ibidem. « Neque audiet aliq.uis in plateis vocem ejus. » Matth. xn, 49. Lala enim est et spatiosa via, quæ ducit ad perditionem, et multi ingrediuntur per eam. Supra vu. Qui multi vocem non audiunt Sal- vatoris, quia non sunt in arcta via, sed in spatiosa. « Arundinem quassatam non confringet, et linum fumigans non exstinguet, donec ejiciat ad victoriam judicium; et in nomine ejus gentes sperabunt. » Ibid. 20, 24. Qui peccatori non porrigit manum, nec portât onns fratris sni, iste calamum quassatum confringit. Et qui modicam scintillam fidei contemnit in parvulis, hic linum exstinguit fumigans. Quorum neutrum Christus fecit ; ad hoc enim venerat, ut salvuni faceret quod perierat. « Tune oblatus est ei dæmonium liahens , cæcus et mutus, et curavit eum, itaut loqueretur et videret. Et stupebant omnes turbæ, et dicebant : Numquid hic. est fîlius David ? Pharisæi autem audientes, dixe- runt : Hic non ejicit dæmones , nisi in Beelzebub principe dæmoniorum. » Ibid. 22 et seqq. Tria signa parle, le possédé du démon est délivré. Ce qui, à . la. vérité, fut fait alors charnellement, est accompli chaque jour dans la conversion des croyants, en sorte qu’après l’expulsion du dé¬ mon, ils voient d’abord la lumière de la foi, et ensuite leur bouche, auparavant muette, s’ouvre pour célébrer les louanges de Dieu. « Or, Jésus connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera désolé, et toute ville ou maison divisée contre elle-mémo ne subsistera pas, » Ibid. 2 ü. Les foules étaient dans la stupéfaction, et confes¬ saient que celui qui faisait de si grands pro¬ diges était Je Fils de Dieu; mais les pharisiens attribuaient les œuvres de Dieu au prince des démons. Le Seigneur répond, non à leurs pa¬ roles, mais à leurs pensées, afin qu’ainsi ils fussent du moins forcés de croire à la puissance de Celui qui voyait ce qu’il y a de caché dans le cœur. « Si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-méme; comment donc son royaume sub¬ sistera-t-il? » Ibid. 26. Un royaume et une ville en état de division ne peuvent pas de¬ meurer fermes ; mais de môme que les petites choses croissent par la concorde, ainsi les plus grandes se ruinent par la discorde. Si donc Satan combat contre lui-même, et si le démon est ennemi du démon, la consommation du monde devrait être déjà venue, en sorte que les puissances opposées n’auraient pas de lieu simul in uno homine perpetrata sunt : Cæcus videt, mutus loquitur, possessus a dæmone liberatur. Quod et tune quidem carnaliter factum est, sed et quotidie complétai’ in conversione credentium, ut expulso dæmone, primum fidei lumen aspiciant, deinde in la,udes Dei tacentia prius ora laxentur. « Jésus autem sciens cogitationes eorum, dixit eis : Omne regnum in se divisum desolabitur, et omnis civitas vel domus divisa contra se, non stabit. » Ibid. 21b Turbæ stupebant et eonütebantur eum, qui tanta signa faciebat, esse filium David : Pharisæi vero opéra Dei principi dæmoniorum deputabant. Quibns Do- minus non ad dicta, sed ad cogitata respondit : ut vel sic compellerentur credere potentiæ ejus, qui cordis videhat occulta. « Et si Satanas Satanam ejicit, adversus se divisus est; quomodo ergo stabit regnum ejus. » Ibid . 26. Non potest regnum et civitas contra se divisa per- stare; sed quomodo concordia parvæ res crescunt, ita discordia maximæ dilahuntur. Si ergo Satanas pugnat contra se, et dæmon inimicus est dæmonis, deberet jam mundi venisse consummatio ; ut non haberent in eo locum adversariæ potestates, quarum inter se bellum, paxhominum est. Si autem putatis, 593 COMMENTAMES SUR L’ÉVANGILE. DE SAINT MATTHIEU. en lui, attendu que la guerre de ces puissances entre elles est la paix pour les hommes. Que si vous pensez, ô scribes et pharisiens, que l'é¬ loignement des démons est un effet de leur obéis¬ sance pour leur prince, afin do se jouer, par une simulation trompeuse, des hommes igno¬ rants, que pouvez-vous dire des guérisons que le Seigneur a opérées dans les corps? C’est autre chose, si vous attribuez également aux démons les faiblesses des membres et les insignes des vertus spirituelles. « Et si moi, je chasse les démons par Béelzé- bud, par qui vos enfants les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mômes vos juges. » Ibid. *27. Par enfants des Juifs, il fait entendre, selon la coutume, ou les exorcistes de la nation juive, ou bien les Apôtres, engendrés de leur race. S’il fait entendre les exorcistes qui chas¬ saient les démons par l’invocation de Dieu, dans ce cas, il presse les Juifs par une interro¬ gation prudente, afin qu’ils avouent que e’est l’œuvre du Saint-Esprit. Que si l’expulsion des démons par vos enfants, dit-il, est attribuée A Dieu, non aux démons, pourquoi la même œu¬ vre n’aurait- elle pas aussi en moi la même cause? Donc, ils seront eux-mêmes vos juges, non par puissance, mais par comparaison, puisqu’ils attribuent à Dieu l’expulsion des dé¬ mons, tandis que vous l’attribuez à Béelzébud, prince des démons. Mais si cela a été dit des Apôtres, comme nous devons plutôt l’entendre, ils seront eux-mômes vos juges, puisqu’ils se- o Scribæ et Pharisæi, quod recessio dæmonum obe- dientia sit in principem suum, ut bomines ignoran¬ tes fraudulenta simulation e d éludant, quid potestis dicere de corporum sauitatibus, quas Dominus per- petravit? Aliud est si membrorum quoque débilitâtes et spiritualium virtutum insignia dæmonibus assi- gnatis. «Et si ego in Beelzebub cjicio dæmones, filii vestri in quo ejiciunt? Idco ipsi judices vestri orunt. » Ibid. 27. Filios Judæoruin, vel exorcistas gentis illius, ex more signifient , vel apostolos , ex eorum stirpe generatos. Si exorcistas, qui ad invocationem Dei ejiciebant dæmones , coarctat iuterrogatione prudenti, ut confiteantur Spiritus sancti esse opus. Quod si expulsio dæmonum, inquit, in ftliis vestris, Deo, non dæmonibus depntatnr; quare in me idem opu9 non eamdem habcat etcausam? Ergo ipsi ju¬ dices vestri erunt, non potestate, sed comparationc ; dum illi cxpulsionem dæmonum Deo assignant ; vos Beelzebub principi dæmoniorum. Sia autem de apo- stolis dictum est, quod et ni agis intelligere debemus, ipsi erunt judices eorum ; quia sedebunt in duodeoim TOME IX. ront assis sur douze trônes et jugeront les douze tribus d’Israël. Matth. xix et Luc. xxii. ce Mais si je chasse les démons par l’Esprit de Dieu. '> Ibid. 38. Dans Luc, nous lisons ce passage, écrit ainsi : «Mais si je chasse les démons par le doigt de Dieu. » Luc. xi. 20. C’est ce doigt que les mages, qui faisaient des prodiges contre Moïse et Aaron, avouent en disant : « C’est le doigt do Dieu qui agit ici, » Exod. vin, 19, ce doigt avec lequel furent écrites les tables de pierre sur le mont Sinaï. Deut. iv. Si donc le Fils est la main et le bras de Dieu, et l’Esprit saint, son doigt, le Père, le Fils et le Saint Esprit n’ont qu’une seule substance ; ne soyez pas scandalisés par l’inégalité des membres, alors que l’unité du corps vous édifie. « Le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu’à vous. » Ou il veut parler de lui -même, dont il est écrit dans un autre endroit : » Le royaume de Dieu est au-dedans de vous; » Luc. xvi-i, 21 ; et : « 11 y a quelqu’un au milieu de vous que vous ne connaissez pas; » Joan. i, 26; ou du moins ce royaume c’est celui que Jean et le Seigneur lui-même avaient prêché, lors¬ qu’ils avaient dit : « Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche. » Suprà. ni. Il y a aussi un troisième royaume, celui de l’Ecri¬ ture sainte, lequel sera enlevé aux Juifs, et donné à un peuple qui en produira les fruits. » Infrà. xxi. « Ou, comment quelqu’un peut-il entrer dans la maison du fort et piller ses armes et ce qu’il soliis, judicantes ckiodecim tribus Israël. Matth. xix, et Luc . xxii. « Si autem ego in spiritu Dei ejicio dæmones. » Ibid. 26. lu Luca istum locum ita scriptum legimus : « Si autem ego iu digito Dei ejicio dæmones. » Luc. xi, 20. ïste est digitus quem confitentur et Magi, qui contra Moysen et Aaron signa faciebant, dicentes : « Digitus Dei est iste; Exod. vm, 9 ; quo iabulæ la- pideæ scriptæ sunt in monte Sina. Dcut. îx. Si igitur manus et brachium Dei , Filins est; et digitus cjus Spiritus sanotus, Patris, et Filii , et Spiritus sancti una suhstantia est; non te scandaüzet membrorum inæqualitas, cum ædificet unitas corporis. « Igitur pervenit in vos regnu m Dei. » Vel seipsum signifleat, de quo in alio loco scriptum est : «Regnum Dei intra vos est. » Luc. xvii. 21. Et : « Médius stat inter vos, quem nescitis; » Joan. i, 26; vel certe illud regnum quod et Joannes et ipso Dominus præ- dicaverant : « Pcenitentiam agite, appropinyuabit enim regnum cœlorum. » Supra ni, 2. Est et tertium regnum S cri p tune sanctæ, quod aufertur a Judæis, et tradetur genti facienti fructus cjus. Infra xçi. 38 ■ 894 SAINT JEROME possède, s’il n'a lié auparavant le fort, pour pouvoir ensuite piller 3a maison. » Ibid. 29. Nous ne devons pas être en assurance : Les cris même de victoire que fait entendre le vainqueur prouvent la force de notre adversaire. Sa mai¬ son, c'est le monde qui est tou t-û-fait établi dans le mal, I Joan. v, non par la dignité du Créa¬ teur, mais par la grandeur du délinquant. Ses vases, c'est nous, qui les avons été autrefois. Le fort a été lié et relégué dans letartare et écrasé par le pied du Seigneur ; l'empire du tyran ayant été détruit, la captivité a été emmenée captive. « Celui qui n'cst point avec moi est contre moi ; et celui qui n'amasse point avec moi, dissipe. C’est pourquoi je vous déclare que tout péché et tout blasphème sera remis aux hom¬ mes, mais l’esprit de blasphème ne sera point remis. » Ibid. 30, 31. Qu'on n'aille pas croire que cela a ôté dit des hérétiques et des schis¬ matiques, quoiqu'on pût au surplus l'entendre ainsi ; mais, d'après les conséquents et le texte même du discours , cela se rapporte au dia¬ ble, parce que les œuvres du Sauveur ne peu¬ vent pas être comparées à celles de Bôelzèbud. Celui-ci désire tenir les âmes dans la captivité, et le Seigneur a â cœur de les délivrer. Béelzc- bud prône les idoles , et le Seigneur prêche la connaissance d’un seul Dieu. Le démon entraîne aux vices , le Seigneur rappelle aux vertus. Comment donc pourraient être d'accord entre eux ceux dont les œuvres sontopposées? « Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, elle lui sera remise ; mais si quelqu’un en dit une contre le Saint-Esprit , elle ne lui sera remise ni dans ce siècle, ni dans le siècle â venir. » Ibid . 32. Et comment quelques-uns des nôtres rétablissent-ils dans leur dignité des évêques et des prêtres qui ont blasphémé contre le Saint-Esprit , alors que le Sauveur déclare que tout péché et tout blas¬ phème est remis aux hommes ; mais que le pé¬ ché de blasphème contre le Saint-Esprit ne sera remis ni dans le temps présent, ni dans le siècle futur ? A moins peut-être que nous pre¬ nions cet exemple de l'évangéliste Marc, qui a exprimé plus clairement les causes d’une si grande colère, en disant : Qu'ils prétendaient qu’il était possédé d'un esprit impur. Donc quiconque aura attribué les œuvres du Sau¬ veur à Béeizébud, prince des démons, et aura dit que le Fils de Dieu est possédé d’un esprit impur, n’obtiendra en aucun temps le pardon de son blasphème. Marc, m, 30. Ou bien voici comment il faut entendre ce passage : Celui qui, scandalisé par ma chair, aura parlé contre le Fils de l’homme, et croyant que je ne suis qu’homme, parcoque j'ai pour père un artisan, et pour frères Jacques et Joseph etJude, m'aura traité de gourmand et d’ivrogne, sera pardon - « Aut quomodo potestquisquam intrare in domum fortis, et vasa ejus diripere , nisi prius alligaverit fortem, et tune domum illius diripiet. » Matth. xu, 29. Non debemus esse securi : Adversarius noster fortis, victoris quoqae vocibus comprobatur. Domus illius mundus, qui in maligno positus est, I Joan. v, non creatoris dignitate, sed magnitudine delinquen- tis. Vasa ejus nos quondam fuiinus. Alligatus est fortis, et religatus in tartarum , et Domini contritus pede; et direptis sedibus tyranni, captiva ducta est captivitas. a Qui non est mecum, contra me est; et qui non congregat mecum, spargit. ldeo dico vobis : omne peccatum et blasphemia remittetur hominibus; spi- ritus autem blasphemiæ non remittetur. » Ibid. 30, 31. Non putet hoc quisquam de ktereticis dictum et scbismaticis (quamquam et ita ex superfluo possit inteiligi), sed ex consequentibus textuque sermonis ad diabolum refertur; eo quod non possint opéra Salvatoris Beelzebub operibus comparari. Il le cupit animas hominum tenerc captivas ; Dominus liberare. Ille prædicat idola ; hic unius Dei notitiam. ïllc trahit ad vitia; hic ad virtutes revocat. Quomodo ergo possunt inter se habere concordiam, quorum opéra divisa [al. diversa] sunt? « Et quicumquc dixerit verbum contra Filium homiuis, remittetur ci : qui autem dixerit contra Spiritum sanctum, non remittetur ei, neque in hoc sæculo, neque in futuro. » Ibid. 32. Et quomodo quidam nostrorum episcopos utque presbyteros post blasphemiam Spiritus sancti, in suum recipiunt gradum, cum Salvator dicat, omne peccatum et blasphemiam dimitti hominibus : qui autem in Spi¬ ritum sanctum blasphéma verit, non dimitti ei neque in præsenti tempore, neque in futuro ? Nisi forte illud de Marco evaugelista sumamus exemplum, qui causas tant® iræ manifestius expressit , dicens : Quia dicebant, spiritum immundum habet. Ergo quicumque opéra Salvatoris Beelzebub principi dæmoniorum deputarit ; et dixerit Filium Dei ha¬ bere spiritum immundum, huic nullo tempore blas¬ phemia remittetur. Marc, ni, 30. Yel ita locus iste intelligendus est : Qui verbum dixerit contra Filium hominis, scaudalizatus carne mea, et me hominem tantum arbitrans, quod filius sim fabri, etfratresha- beam, Jacobum^ et Joseph, et Judam ; et homo vo- rator, et viui potator sim, talis opinio atque blas¬ phemia, quamquam culpa non careat erroris, tamen habeat veniam propter corporis vilitatem. Marc, vi, Luc . in, Maith. xi. Qui autem manifeste intelligens COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU, 593 né pour son blasphème, à cause de mon exté¬ rieur humble et chétif, quoique pourtant une telle opinion et un semblable blasphème ne soient pas exempts d’une faute d’erreur. Marc. vi, Luc. in, Mattk.x i. Mais celui qui, comprenant clairement les œuvres de Dieu, dont il ne peut nier la puissance , et stimulé par la môme envie, calomnie et le Christ et le Verbe de Dieu, et attribue les œuvres du . Saint-Esprit à Béel- zébud, celui-là ne sera pardonné ni dans le siècle présent, ni dans le futur. « Ou dites que l’arbre est bon, et que le fruit en est bon ; ou dites que l’arbre étant mauvais, le fruit aussi en est mauvais ; car par le fruit on connaît l’arbre. » Il les lie étroitement par un syllogisme que les Grecs appellent inévita¬ ble, et que nous pouvons qualifier de la même épithète. Par cette interrogation syllogistique, le Seigneur les presse à droite et à gauche et les enveloppe de tous côtés. Si, dit-il, le diable est mauvais, il ne saurait faire des œuvres bonnes. Mais si les actes dont vous ôtes témoins sont bons, il s’ensuit que ce n’est pas le diable qui les fait. Car il est impossible que le bien soit produit par le mal, ou que le mal naisse du bien. Mais ce qui suit : a Race de vipères, comment pouvez-vous dire de bonnes choses, puisque vous êtes mé¬ chants ; car la bouche parle de l’abondance du cœur. » Ibid. 34'. 11 montre qu’eux sont ce mau¬ vais arbre, et qu'ils portent des fruits très abon¬ dants de blasphème , comme en produisent les semences du diable. opéra Dei, cum de virtute negare non posait, eadem stimulatus invidia, calumniatar ; et Ghristuoa Dei- que Verbum, et opéra Spiritus sancti dicit esse Beel- zehub : istinon dimittetur neque in præsenti sæculo, neque in futuro. a Aut facite arborem bonam, et fructum ejus bo- num : aut facite arborem malarn, et fructum ejus malum. Siquidem ex fructu arbor agnoscitur.» Ibid. 33. Constringit eos syllogismo, quem Græci vocant acpuxTov, nos « inevitabilem » possumus appellare : qui interrogatos liinc inde concludit , et utroque cornu premit. Si inquit, diabolus malus est, bona opéra sfacere non potest. Si autem bona sunt quæ facta cernitis, sequitur ut non sit diabolus qui ea facit. Neque enim fieri potest, ut ex malo bomun, aut ex bono oriatur malum. Quod autem sequitur : « Progenies viperarum, quomodo potestis bona loqui cum sitis mali ? Ex abundautia enim cordis os loquitur. ;» Ibid . 34. Os tendit illos urborem ma- lam, et talcs ufferre fructus blaspbemiæ redundantes [Al. redundantis] , qualia babeant semina diaboli. « Bonus homo de bono thesauro prolert bona. Et « L’homme qui est bon tire de bonnes choses d'un bon trésor , et l’homme méchant tire de mauvaises choses du mauvais trésor de son cœur. >> Ibid. 35. Le sens de ce passage fait voir de quel trésor tiraient eux-mêmes leurs blasphèmes les Juifs qui blasphémaient le Sei¬ gneur*; ou bien il se joint avec la question précédente, où il est dit que de môme qu’un homme de bien ne peut pas produire de mau¬ vaises choses, et qu’un homme méchant ne sau¬ rait en produire de bonnes , ainsi le Christ ne peut pas faire des œuvres mauvaises , ni le diable, de bonnes. « Or, je vous déclare que les hommes ren¬ dront compte, au jour du jugement, de toute parole inutile qu'ils auront dite. Car vous serez justifiés par vos paroles, et vous serez condam¬ nés par vos paroles. » Ibid. 36, 37. Ceci aussi se lie avec ce qui précède, et en voici le sens : Si une parole inutile , qui n’édifie nullement - ceux qui l’entendent , n’est pas sans danger pour ceux qui la disent, et si chacun doit ren¬ dre compte de ses discours, au jour du juge¬ ment, combien plus, vous qui calomniez les œuvres du Saint-Esprit, et qui dites que je chasse les démons dans Béelzébud, prince des démons, vous aurez à rendre compte de votre calomnie? Une parole inutile est celle qui est dite sans utilité pour celui qui la prononce et pour celui qui l’écoute, ce qui arrive lorsque, mettant de côté les choses sérieuses, nous nous entretenons de frivolités, et que nous racontons d'anciennes fables. Au reste, celui qui ne dit malus homo de malo thesauro profert mala. » Ibid. 35. Yel ipsos Judæos Dominum blasphémantes osten- dit de quali thesauro blasphemias proférant, vel cum superiori quæstîone lueret sententia, quod quomodo non possit bonus homo proferre mala, nec malus bona : sic non possit Ghrislus mala, et diabolus bona opéra facere. « Dico autem vobis, quoniàm omne verbum otio- sum, quod locuti fuerint homiues, reddent rationem de eo in die judicii. Ex vertus enim tuis justificabe- ris, et ex verbis tuis condemnaberis. » Ibid. 36, 37. Hoc quoque hæret cum superioribus. Et est sensus: Si otiosum verbum, quod nequaquam ædificat au- dientes, non est absque periculo ejus qui loquitur, et in die judicii redditurus est unusquisque ratio¬ nem sermonum suorum : quanto magis vos, qui opéra Spiritus saucti calumniamini, et dicitis me in Beelzebub principe dæmoniorum ejicere dæmonia, reddituri estis rationem calumniæ vestræ l Otiosum verbum est, quod sine utilitate loquentis dicitur et audientis : si omissis seriis, de rebus frivolis loqua- mur, et fabulas narremus antiquas. Cæterum qui SAINT JÉROME. 596 que des bouffonneries, qui excitent des éclats de rire à décomposer le visage et qui tient des propos infâmes, celui-là sera convaincu d'ètre coupable, non d'une parole inutile, mais d'une parole criminelle. « Alors quelques-uns des scribes et des pha¬ risiens lui dirent : « Maître, nous voulons voir quelque prodige de vous. » Ibid. 38. Ils deman¬ dent un prodige, comme si ce qu'ils avaient vu n'en étaient pas. Mais dans un autre évangé¬ liste est expliqué plus explicitement ce qu’ils demandent : « Nous voulons voir de vous un prodige du ciel. » Marc, vin, 11. Ou ils désiraient que le feu descendît du ciel, à la manière dont le prophète Élie le fit descendre, ou, comme cela arriva du temps de Samuel, entendre retentir en été le tonnerre, malgré la nature du lieu, voir briller les éclairs, les nuages fondre tout en pluie, comme s’ils n’eussent point pu aussi calomnier tout cela, et l'attribuer aux causes occultes et diverses des variations de l'air. Car si vous calomniez ce que vous voyez de vos yeux, que vous touchez de la main et que futilité vous rend sensible, que ne ferez vous pas à l'égard de ce qui sera venu du ciel? Cer¬ tainement, vous répondrez que les mages fi¬ rent en Égypte beaucoup de prodiges du ciel. Exod. vrr. (( Le Seigneur répondant, leur dit : Cette génération méchante et adultère. » Ibid. 39. 11 fa très bien qualifiée d'adultère, parce qu'elle avait quitté son mari, et que, selon Ezêchiel, elle s'était prostituée à beaucoup d’amants. Ezech xvr. « Cette génération demande un prodige, et il ne lui en sera pas donné d'autre que celui du prophète Jonas ; car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’une ba¬ leine, ainsi le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre. » ïbid. 40. Nous avons traité plus amplement ce pas¬ sage dans les Commentaires sur le prophète Jonas : nous le recommandons à l’attention du lecteur, nous contentant, pour le moment, de dire en peu de mots que, selon la figure qu’on appelle synecdoque, le tout est entendu de la partie ; non que le Seigneur soit resté trois jours entiers et trois nuits dans les limbes ; mais nous entendons pas trois jours entiers et autant de nuits, une partie du jour de la Préparation, une partie du dimanche et le jour complet du sabbat. « Les Ninivites s'élèveront au jour du juge¬ ment contre cette race, et la condamneront, parce qu’ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas. » Ibid. 41. Non par pouvoir de sen¬ tence, mais par l’exemple de la comparaison. « Et cependant il y a ici plus que Jonas. » Il ne faut pas prendre le mot : hù pour un pro¬ nom, mais pour un adverbe de lieu. Jonas, d'après les Septante interprètes, prêcha trois jours ; moi, dit le Seigneur, je fai fait autant scurrilia replicat, et cachinnis ora dissolvit et aliquicl profert turpitudinis, hic non otiosi verhi, sed crimi- nosi tenebitur reus. « Tune responderuüt ei quidam de Scribis et Pba- risæis, dicentes : Magister, volunms a te signum videre. » Ibid . 38. Sic signum postulant, quasi quæ viderant, signa non fuerint, Sed in alio Evangelista quid pétant plenius explicalur : « Volnmus a te signum videre de ccelo. » Marc, vm, 11. Vel iu mo- rem Eliæ ignem de sublimi venire cupiehant, vel in simiiitudinem Samuelis, tempore æstivo contra na- turam loci mugire tonitrua, coruscare fulgura, im- bres ruere, quasi non possint et ilia calumniari, et dicerc ex occultis et variis aeris passionibus acci- disse : ad iilum ergo locum lectores diligentiam re- mittimus. Nam qui calumniaris ea quæ oculis vides, manu tenes, utilitate sentis : quid factum s es de bis quæ de cœlo venerint ? Utique respondebis, et magos in Ægypto multa signa fecisse de ccelo. Exod. vu. « Qui respondens, ait illis : Generatio mala et adultéra. » Ibid. 39. Egregie dixit adultéra : quia di- miserat virum, et juxla Ezechielem, multis se ama- toribus copulaverat. Ezech. xvi. « Siguum quaerit, et signum non dabitur ei, nisi signum Jonæ prophetæ. Joan. n. Sicut enim fuit Jonas in ventre ceti tribus cliebns et tribus nocti- bus : sic erit Filius hominis in corde terræ tribus diebus et tribus noctibus. » Ibid. 40. De hoc loco plenius in Commentariis Jonæ prophetæ disputavi- mus. Hoc breviter nunc dixisse contenti , quod synecdochice tolum intelligatur ex parte : non quod omnes très dies et très noctes in inferno Dominus steterit; sed quod in parte Parasceves, et Dominicæ, et tota die sabhati, très dies et totidem intelligantur. « Viri Ninivitæ surgent in judicio cum geueratione ista , et condemnabunt eam : quia pcenitentiam egerunt in prædicatione Jonæ. » Ibid. 41. Non sen- tentiæ potestate, sed comparationis exemplo. « Et ecce plus quam Jonas bic. » Hic, adverbium loci, non pronomen intelligas. Jonas, secundum Septuaginta Interprètes , Induo prædicavit : ego tanto tempore. 111e Assyriis genti increclulæ : ego Judæis populo Dci. 111e peregrlnis : ego civibus. Hle voce locutus est simplici, nihil signorum facieus : ego tanta faciens signa, Beelzebub calumuiam susti- neo. Plus ergo est Jona hic, id est, in præsentiarum inter vos. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 597 de temps. Jonas prêcha aux Assyriens, nation incrédule, et moi aux Juifs, le peuple de Dieu; Jonas, aux étrangers; moi, à mes concitoyens. Jonas ne fit simplement que parler, sans opérer aucun prodige, et moi, en faisant de si grands miracles, je suis traité injurieusement de Béel- zébud. « La reine du Midi s'élèvera au jour du jugement contre cette génération, et la con¬ damnera, parce qu'elle est venue des extrémi¬ tés de la terre entendre la sagesse Salomon ; et ici il y a plus que Salomon. » Ibid. 42. Le peu¬ ple juif sera condamné par la reine du Midi de la même manière que les Ninivites condam¬ neront Israël incrédule. C'est cette reine de Saba au sujet de laquelle noüs lisons dans un livre des Rois et des Paralipomènes, ïllfteg.x, II Parai. îx , qu’après avoir quitté sa nation et son em¬ pire, elle vint, au prix des plus grandes difficul¬ tés, dans la Judée, entendre la sagesse de Salo¬ mon, et lui apporta beaucoup de présents. Mais dans Ninive et la reine de Saba la foi des na¬ tions est secrètement préférée à Israël. « Mais lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va errer dans des lieux arides, cher¬ chant du repos, et il n'en trouve pas. Alors il dit : » Il en est qui pensent que ce passage concerne les hérétiques, parce que l'esprit impur qui avait habité eux , lorsqu’ils étaient païens, est chassé par la confession de la vraie foi ; mais ensuite, quand ils se sont jetés dans l'hé¬ résie, et qu'ils ont orné leur maison de vertus « Regina Auatri surget in juclicio cum genera- tione ista, et condemnabit eam quia venit a finibus terras audire sapientiam Salomonis. Et ecce plus quaïû Salomon hic. » îbicl. 42. Eodem modo con¬ demnabit regina Àustri populum Judæorum, quo condemnabunt viri Ninivitæ Israelem incredulum. Ista autem est regina Saba, de qua in Regum volu- mine et in Paralipomcnon legiirms : III Reg. x, Il Par. ix : quæ per tantas difficiiltates, gente sua et imperio derelictis, venit in Judæam audire sapientiam Salomonis, et ei multa mimera detulit. In Ninive autem et in regina Saba, occulte [AL occulta] fides nationum præfertur Israël. u Cum autem immuudus spiritns exierit ab homi- ne, ambulat per loca arida, quærens requiem et non in venit. Tune dicit. » Ibid. 43. Quidam istuin locum dohæretieis dictum putaat, quod immundus spiritas, qui in eis antea liabitaverat quaiulo gentiles eranl, ad confessionem ycræ fidei ejieiatur : postea vero simulées, le diable retourne à eux avec sept autres méchants esprits qu'il s’est adjoints, et il habite en eux , et leur dernier état devient pire que le premier. Car les hérétiques sont d’une condition pire que les païens, parce que, dans ces derniers, il y a espoir qu’ils embras¬ seront la vraie foi, tandis que, dans les premiers, c’est le combat de la discorde. Quoique cette manière d’entendre ce passage présente une ■ couleur de doctrine qui lui attire, un certain nombre d'approbateurs, je ne sais pas pour¬ tant si elle a pour elle la vérité ; car, parce qu'après s'ètre terminée par une parabole et par un exemple, suivant ces paroles : « Ainsi en sera-t-il pour cette génération perverse , » nous sommes forcés de rapporter cette parabole non aux hérétiques ou à des hommes quelcon¬ ques, mais au peuple juif, pour que le contexte de ce passage ne flotte pas de côté et d’autre, subissant des interprétations vagues et forcées; mais que, dégagé de la confusion où le jettent d’ordinaire les insensés, il ait de la cohésion dans toutes ses parties, et réponde ou au com¬ mencement ou à ce qui vient après. L'esprit impur sortit des Juifs lorsqu'ils reçurent la loi, et il erra dans des lieux arides, cherchant du repos. Ayant donc été chassé des Juifs, il erra dans les solitudes des nations ; celles-ci ayant ensuite cru au Seigneur, ne lui laissèrent pas de place au milieu d’elles ; c'est pourquoi il dit : « Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti; » Ibid. 44; c'est-ù-dire, j'irai retrou- cum se ad hæresim traustulerint et simulatis virtuti- bus ornaveriat domum snarn, tune aliis septem ne- qu am spiritibns adjunctis, revertatur ad eos cl i aboi us et habitet in illis : iiantque novissima eorum pejora prioribus. Mnlto ;quippe pejori condilione sunt bæ- retici quam gentiles : quia in illis spes fidei est, et in istis pugna discordiæ. Cum hæc inteHigentia plau- sum qnemdarn et colorem cloctrinæ proférât, nescio an habeat veritatem. Ex eo enim quod fini ta vel pa- rabola, vel exemplo, sequitnr : « Sic erit et génération! huic pessimæ : » compellimur non ad hæreticos et quoslibet homines : sed ad Judæorum populum re¬ ferre parabolam, ut contextus loci non (a) passivus et vagus in diversion fluctuct, atquc insipientium more turbetur ; sed hærens sibi, vel acl priora, vel ad posteriora respondeat. Immundus spiritns exivlt a Judæie, quando accepcrunt Legcm, et aoibulavit per loca arida, quærens sibi requiem. Expulsas vi- delicet a Judæis, ambulavit per gentiuui s oli incline s : (a) Editi lcgunt, ut contextus loci non passim et vagus in dive*'sum fluctue t : quia cch tores antiqui nescierunt Hiorouymum appcllare contextum. j)assivumt cum qui patitur libéras, violentas et coactas inlcrpretationes ; cpias etiam supra appellat passivam interprétât! onem , diccns : Non ergo nobis tribuitur libéra intclligcntiu, et allcyorix interpretati o passiva. ÏÏart. — Victor- passim. Recolc quæ de vocabulo paulo superius in cap. xi observamus. SAINT JEROME 598 ver les Juifs que j’avais auparavant laissés. « Et revenant, il la trouve vide, nettoyée et ornée. En même temps, il va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant dans cette maison, ils y demeurent, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il pour cette géné¬ ration perverse.» Ibid . 45. Le temple des Juifs était vide, n’ayant pas pour hôte le Christ, qui disait : « Levez- vous, sortons d’ici. » Joan. xiv, 31. Et dans un autre endroit : «Votre maison vous sera laissée déserte. » Luc. xnr, 35. Donc, parce qu’ils n’étaient pas sous la sauvegarde de Dieu et des Anges, et qu’ils se paraient des observances superflues de la loi et des tradi¬ tions des pharisiens, le diable revient à sa pre¬ mière habitation, et s’étant adjoint sept autres démons, il habite son ancienne maison ; et le dernier état de ce peuple devient pire que le premier. Car maintenant ils sont possédés par un bien plus grand nombre de démons, en blasphémant dans leurs synagogues contre Jésus-Christ, qu’ils ne l'étaient en Egypte avant la connaissance de la loi; paixe qu’autre chose est de ne pas croire à la venue de quelqu’un, autre chose de ne l’avoir pas reçu, lorsqu’il est venu. Entendez que le nombre de sept a été adjoint au diable, ou à cause du sabbat, ou à cause des sept dons du Saint-Esprit, afin que de même qu’il est rapporté dans Isaïe que les sept quæ cum postea Domino credidissent, ille, non in- vento loco in nationibus, dixit : « Revertar in domum meam, uude exivi. » Ibid. 44. Hoc est, abibo ad Judæos, quos ante demiseram. « Et veniens, invenit vacantem, scopis mundatam, et ornatam. Tune vadit et assumit septem alios spiritus secum nequiores se, et intrantes habitant ibi : et fiunt novissima hominis illius pejora priori- ribus. Sic erit et generalioni hnic pessimee. Ibid . 45. Vacabat enim templum Jiidæorum, et Chiùstum liospitem non habebat , dicentem : « Surgite, et abeamns bine. » Joan. xiv, 31. Et in alio loco : « Dimittetur vobis doinus vestra deserta. » Luc. xnr, 35. Quia igitur et Dei et angelorum præsidia non habebant, et ornati erant superfiais observationi- bus Legis, et traditionibus Pharisæorum, revertitur diabolos ad sedem suam pristinam : et septenario sibi numéro dæmonum addito, habitat pristinam domum, et üunt illius populi novissima pejora prio- ribus. Multo enim nunc major! dæmonum numéro possidentur, blasphémantes in synagogis suis Chris- tum Jesum, quam in Ægypto possessi fuerant ante Legis notitiam : quia aliud est veuturum non cre- dere, aliud eum non snscepisse qui venerit. Septe- narium autem numerum adjunctum diabolo, vel esprits des vertus étaient descendus sur le reje¬ ton de la tige de Jessé, et sur la fleur qui s’est élevée de sa racine, Isa. xr, ainsi, au contraire, un nombre égal de vices a été consacré dans le diable. « Comme il parlait encore au peuple, sa mère et ses frères, se tenant dehors, deman¬ daient à lui parler. Et quelqu’un lui dit : Voilà votre mère et vos frères qui sont dehors et qui vous demandent. Mais il répondit à celui qui lui parlait : Qui est ma mère et qui sont mes frères? Et étendant la main sur ses disciples, il dit. » Ibid. 46 et se qq. Tandis que le Seigneur était occupé à parler, à instruire les peuples et à remplir l'office de la prédication, surviennent sa mère et ses frères, qui se tiennent dehors et désirent lui parler. Alors quelqu’un annonce au Sauveur que sa mère et ses frères sont dehors et le demandent. Celui qui annonce ainsi ne me semble pas le faire par hasard et simple¬ ment, mais tendre des embûches au Sauveur, pour voir s’il préfère la chair et le sang à l’œuvre spirituelle. C’est pour cela que le Sei¬ gneur dédaigna de sortir, non qu’il niât sa mère et ses frères; mais, pour répondre à celui qui lui dresse des pièges, il étend sa main sur ses disciples, en disant : « Voilà ma mère et mes frères ; car quiconque aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et propter sabbatuin intellige, vel propter numerum Spiritus sancti : ut quoinodo in Isaia super virgam de radice Jesse, et florem qui de radice conscendit, septem spiritus virtutum descendisse narrantur. ïsai. xi ; i ta econtrario vitiorum numerus in diabolo consecratus sit. « Adhuc eo loquente ad turbas, ecce mater ejus et fratres stabant foris quærentes loqui ci. Dixit autem ei quidam : Ecce mater tua, et fratres tui foris tant quærentes te. At ipse respondens dicenti sibi, ait : Quæ est mater mea, et qui sunt fratres mei? Et extendens manum in diseipulos suos , dixit. » îbid. 46 etseqq. Occupatus erat Dominus in opéré sermonis, in doctrina populorum, in officio prædicandi, mater et fratres veniunt, et foris stant, et ei desiderant loqui. Tune quidam nuntiat Salva- tori, quod mater sua et fratres stent foris, quærentes eum. Videtur mibi iste qui nuntiat, non fortuito et simpliciter nuntiare : sed insidias tendere Salvatori, utrum spirituali operi carnem et sanguinem præfe- rat. Unde et Dominus, non quod negaret matrem et fratres , exire contempsit ; sed quod responderet insidianti, extendens manum in diseipulos, ait : « Ecce mater £mea, et fratres mei. Quicumque enim fecerit voluntatem Patris inei, qui in cœlis est, COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 599 ma mère. » Ibid. 49, 50. Ceux-là sont ma mère, qui m'engendrent chaque jour dans l'àme des croyants ; ceux-là sont mes frères, qui font les œuvres de mon Père. Il ne nia donc pas sa mère, comme le prétendent Marcion et les Ma¬ nichéens, en sorte qu’on pût le croire né d’un fantôme, mais il préféra à la parenté les Apôtres, afin que, nous aussi, nous préférions l'esprit à la chair, quand il nous faut opter entre l’un et l'autre. « Voilà votre mère et vos frères qui sont dehors et qui vous demandent. » 11 en est qui, s’en rapportant aux rêveries de livres apocryphes, soupçonnent que Joseph eut des enfants d'une autre épouse, qu’ils imaginent être une femme nommée Melchaou Escha. Pour nous, selon que nous l’avons dit dans notre ouvrage contre Helvidius, nous entendons par frères du Seigneur, non les fils de Joseph, mais les cousins-germains du Sauveur qui avaient pour mère Marie, tante maternelle du Seigneur, et que l’on dit être mère de Jacques le mineur, de Joseph et de Jude, qui sont appelés, dans un autre Évangile, frères du Seigneur. Toute l’Écri- ipsc meus fratcr, et soror, et mater est. » Ibid. 49, 50. Isti sunt mater mea, qui me quotidie in creden- tium animis générant. Isti sunt fratres mei, jqni faciunt opéra Patris mei. Non ergo juxta Marcionem et Manicliæum matrem negavit, ut .natus de phan- tasmate putaretnr ; sed apostolos cognationi prætu- lit, ut et nos in comparatione dilectionis carni spiritum præferamus. « Ecce mater tua, et fratres tui foris stant, quærentes te. » Quidam fratres Do- mini de alia uxore Joseph filios suspicantur sequen- tes deliramenta apoeryphorum, et quamdam (a) Melcham vel Escham mulierculam contingentes. Nos autein sicut in libro, quem contra Helvidium scrip- simus, continetur, fratres Domini, non filios Joseph, sed consobrinos Salvatoris (b), Marias liberos intel- ligimus materterae Domini quæ esse dicitur mater Jacobi Minoris et Joseph et Jndæ, quos in alio Evangelii loco fratres Domini lcgimus appellatos. turc démontre que les cousins-germains sont appelés frères. Disons aussi, d'une autre ma¬ nière : Le Sauveur parle aux foules ; il instruit dedans les nations. Sa mère et ses frères, c’est- à-dire la synagogue et le peuple des Juifs sont dehors, et désirent entrer, mais ils sont indignes de la parole du Seigneur. Après qu’ils ont prié et cherché et envoyé un messager, on leur ré¬ pond qu’ils ont leur libre arbitre et qu’eux aussi s’ils veulent croire ils peuvent entrer ; néanmoins, ils ne pourront entrer qu’ après avoir prié d’autres personnes. « Ce même jour, Jésus étant sorti do la mai¬ son, s’assit surlebord de la mer. Et une grande foule de peuple s'assembla auprès de lui ; en sorte qu’il monta sur une barque où il s'assit, et toute la foule se tenait sur le rivage. » Matth. xm, 4, 2. Le peuple ne pouvait pas entrer. dans la maison de Jésus, ni être là où les Apôtres écoutaient les mystères : c’est pour cela que le Seigneur, plein de bonté et de miséricorde, sort de sa maison et s’assied sur le bord de la mer de ce siècle, afin qu'une grande foule de peuple Eratres autem consobrinos dici, omnis Scriptura dcmonstrat. Dicamus efc aliter : Salvator loquitur ad turbas, intrinsecus érudit nationes. Mater ejus et fratres, Uoc est, synagoga et popnlus Judæorum foris stant, et intrare desiderant, et sermone ejus indigni fiunt. Cumqne rogaverint, et quæsierint, et nuntium miserint, responsum accipient [Al. accipiunt], liberi eos esse arbitrii, et intrare posse, si velint et ipsi crcdere : qui tamen intrare non poteruut [AL potue - runi]j nisi alios rogaverint. « In illo die exiens Jésus de domo, sedebat secus mare. Et congregatæ sunt ad eum turbæ multse : ita ut in naviculam ascendens sccleret, et omnis turba stabat in littore. » Ibid . xm, 1, 2, Populus do- mum Jesu non poterat intrare, necesse ibi ubi apos- toli audiebant mysteria : idcirco miserator et mise- ricors Dominus egrcclitur de domo sua, et sedet [Al. sedit ] juxta hujus ?æculi mare, ut turbæ multæ (a) Hanc c pluribus mss. codicibus lcclioneni reslitutio. Marianus legebat in aliquot cxeiwplaribus Mouchant, et non Melcham, Alteri ergo Joseph uxori confictœ nomen filiarum Aran tribuobant libri apocryphi; nam prioris filiæ Aran, quæ nu psi t Piachor, nomen fuit Meicha; cum altéra, uxor Abraham, dicta ait Jescha et Sarai Maut. — Quidcm mss., Méchant; duo Palatini, Escham tantum memorant, quemadoioduni cb vulgati ante Martianæum; Victorius in aliis reperit, Mœcham. Filiarum Aran, Melcbæ seilicct, Jesehæ, quarum altéra Nachor, altéra Abvahamo nupsit, nomina hæc sunt. At vero sunt Proto- Evangelii Jacobi cap. xvn et seq. et Eaangclii infantiæ Domini ridenda apoeryphorum librorura somnia. Ncc tamen inficior veterem esse, tametsi incertam, traditioncm Josephum viduum, atquc c% priorc uxorc sex libcrorum patrem exsti tisse, cum Maria sibi desponsarctur. Eam sccutus ferme est Epiphanius Hærcs. 51, § 10. Hippolytus Thebauus, nec non alii ex veteribus quatuor Josephî filios, duasquç filias fuisse traduut : Jacobum, Simonem, Judam, Joseten : lias 'vero Estherem et Xhamar uomiimnt, quam sæpius alii Martliam , transposais litteris, vocant. Atque ipsi quidam uxorcm ejus Escham, vel Salomcu, filiam Anchæi fratris Zachariæ faciunt, qui Joannis Baptistœ pater fuit. Sophronius in Fragmento, quod L^rnbecius vulgavit, tertiam addidit cognominem matri filiam Salomon, Zebedæi postea uxorem, ex qua Jacobus et Evangclista Joanncs orti sint. Piget vero apoeryphorum deliramenta hæc persequi. Rhabb., tantum Escham legit (ô) ïn Palat. ms., consobrinos Salvatoris, sororis Mariai liberos , etc. Victorius ait, tolerabiliores hi sunt quam Helvidius, qui ex ipsa Maria Vivginc et Joseph post Cliristum eos natos hlasphcmabat ; quippc cum ex alia uxore Joseph fratres Domini dictes, ali qu i ctiam c nostratibus natos asseverent: licct verior sit Hieronymi sententia, ex sorore Mariæ Virginis, quæ Chris ti ni alertera fuit, illos progenitos. Videndus S. Thomas tum alibi, cum præcipue in in Smmæ, quœst. 58, art. 3, et in hoc Evangelii capilc, Vide quæ infra ad eap. 1 Combien tarii ad Galat. p. 306 fusius disputonuis. ( Edit Mign.) SAINT JÉROME (500 s'assemble auprès de lui, et qu’elle entende sur le rivage ce qu’elle ne méritait pas d’entendre dedans, en sorte que, quoique le Sauveur fût assis dans une barque où il était monté, toute la foule néanmoins se tenait sur le rivage. Jé¬ sus est au milieu des flots de la mer qui le battent de tous côtés ; et étant en assurance dans sa majesté, il fait approcher de la terre la bar¬ que. Mais le peuple, ne courant aucun danger, et n’étant pas environné de tentations qu’il était incapable de soutenir, se tient d’un pas ferme sur le rivage, pour entendre ce qui est dit. « Et il leur dit beaucoup de choses en para¬ boles, en ces termes : » Ibid. 3. La foule n’est pas d’un seul sentiment, mais il y a en elle au¬ tant de volontés différentes qu'elle contient d’individus ; c’est pour cela qu’il lui parle en beaucoup de paraboles, afin que l’on reçût des instructions diverses, selon les volontés diffé¬ rentes. Et il faut noter qu’il ne dit pas tout en paraboles, mais beaucoup de choses; car s’il eût dit tout en paraboles, les peuples se seraient retirés sans profit. U mêle des choses claires aux obscures, afin que, par ce qu’ils compren¬ nent, ils soient provoqués à la connaissance de ce qu'ils ne comprennent pas. « Voilà que celui qui sème est sorti pour se¬ mer, et pendant qu’il sème.» Ibid. 4. Il était dedans, il restait à la maison, il parlait des mystères aux disciples. Celui qui sème la parole de Dieu sort pour la semer dans les foules. Par congregentur ad cum, et audiaut inlittore quæ intus non merebantur audire, ita ut in naviculam ascen- dens sederet, et oinnis turba staret in littore. Jésus in mediis fluctibus est, hinc inde mari tunditnr, et in sua majestate securus, appropin quare facit terne naviculam suam. At populus nequaquam periculuui sustinens, nec tentationihus circumdatus, quas ferre non poterat, stat in littore fixo gradu, ut audiat quæ dicuntur. « Et locutus est eis multa in parabolis, dicens . » Ibid. 3. Turba non unius sententiæ est, sed diversa- rum in singulis vohmtatem. Uude loquitur ad eam in multis parabolis, ut juxta varias voluutates, diver- sas reciperent disciplinas. Et notandum quod non omnia locutus sit eis in parabolis ; sed multa. Si onim dixisset omnia in parabolis, absque emolumento populi recessissent. Perspicua rniscet obscuris, ut per ea qnæ intelligunt, provocentur ad eomm noti- tiam quæ non intelligunt. « Ecce exiit qui seminat, seminare. Et dum semi- nat. » Ibid. 4. Intus erat, dorni versabatur, loqueba- tur discipulis sacramenta. Exivit ergo de domo sua qui seminat verbum Dei, ut seminaret in turbis. Significatur autem sator iste qui seminat, esse Filins ce semeur qui répand la semence est signifié le Fils de Dieu, qui sème dans les peuples la parole de Dieu. Observez en même temps que c’est la première parabole qui ait été proposée avec son interprétation ; et il faut prendre garde, toutes les fois que le Seigneur expose ses pa¬ roles, et qu’il fait dedans une dissertation, après en avoir été prié par ses disciples, il faut pren¬ dre garde, dis-je, de n’entendre ni plus ni moins que ce qui a été exposé. a Quelques grains tombèrent le long du che¬ min, et les oiseaux du ciel vinrent et les man¬ gèrent. D’autres tombèrent dans des endroits pierreux, où il n’avaient pas beaucoup de terre; ils levèrent aussitôt, parce qu’ils n’étaient pas dans une terre profonde. Mais, le soleil s’étant levé, ils furent brûlés, et comme ils n’avaient pas de racine, il séchèrent. D’autres tombèrent au milieu des épines, et les épines, venant à croître, les étouffèrent. D’autres, enfin, tom¬ bèrent dans la bonne terre, et ils donnèrent du fruit; un, cent pour un; un autre, soixante; un autre, trente. » Mattk. vrn , 5-9. Valentin, pour justifier son hérésie, invoque cette parabole, en introduisant trois natures : la spirituelle, la na¬ turelle et l’animale et terrestre, quoiqu’il y en ait ici quatre : une le long du chemin, une autre pierreuse, une troisième remplie d’épines, la quatrième qui est la bonne terre. Nous diffé¬ rons un peu de parler de l’interprétation que le Seigneur donna de cette parabole à ses dis- Dei, et Patris in populis seminare sermonem. Et simul observa banc esse primam parabolam, quæ cum interpretatione sua posita sit. Et cavendum est ubicumque Domiuus exponit sermones suos, et rogatus a discipulis intrinsecus dissent, ne vel aliud, nec plus quid vol minus velimus intelligere, quam ab eo expositum est. « Quædam ceciderunt secus viam : et venerunt volucres cceli, et comederunt ea. Alia autem ccci- derunt in petrosa [Al. petrosis], ubi non babebant terrain multam : et continuo exorta sunL, quia non babebant altitudinem terne. Sole autem orto, æstua- verunt : et quia non lmbebant radicem, aruerunt. Alia autem ceciderunt in spiuas : et crevemnt spi- me, et sufTocaverunt ea. Alia autem ceciderunt in terrain bonam, et dabant fructum : aliud centesi- mum, aliud sexagesimum, aliud tricesimuin. » Ibid. 5 et segq. Iîauc parabolam ad comprobandam bæ- resim snam Valentinus assumit, très introducens naturas : spiritualem , naturalem vol animalem , atque terrenam ; cum hic quatuor sint : ima, juxta viain : alia petrosa, tertia plena spinis : quarta terne bonæ. Differiinus parumper interpretationem ejus cum discipulis, volentes secrete audire quoddicitur. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. ciples, désireux que nous sommes d’entendre en secret ce qui est dit. « Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre. » Ibid. 9. Nous sommes provoqués à l’intelligence de ce qui a été dit, toutes les fois que nous sommes avertis par de semblables paroles. « Ses disciples, s’approchant, lui dirent ‘.Pour¬ quoi leur parlez-vous en paraboles? Et il leur répondit : C'est parce que, pour vous, il vous a ôté donné de connaître les mystères du royaume des cieux ; mais, pour eux, cela ne leur a pas ôté donné. » Ibid. 10, 11. On pourrait se demander pourquoi les disciples s’approchent de Jésus, puisqu’il est assis dans la barque, à moins que peut-être il ne soit donné d’entendre qu’il y avait longtemps qu’ils étaient montés avec lui dans la nacelle, et que c’est là qu’ils interro¬ gèrent sur l’interprétation de la parabole. «Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance ; mais, pour celui qui n’a pas, on lui ôtera même ce qu’il a. » Ibid. 12. Ce n’est pas dans l’égalité de la justice qu’on augmente les biens de ceux qui possèdent, et qu’on enlève à ceux qui n'ont pas ce qu’ils semblent posséder; mais c’est qu'il est accordé aux Apôtres qui ont la foi au Christ, ce qui leur manque de vertus ; mais pour les Juifs qui n’ont pas cru au Fils de Dieu, il leur est enlevé même ce qu’ils possè¬ dent par le bien de la nature ; car ils ne peu¬ vent pas comprendre sagement quelque chose, ceux qui n'ont pas la tête de la sagesse. « C’est pourquoi je Jeur parle en paraboles, « Qui habet aures audiendi audiat. » Ibid. 9. Pro-' vocamuc ad dictorum intclligentiam, quoties bis ser- monibus coin mon emur [Al. commovemur). « Et accedentes discipulî, dixerunt ei : Qunre in pnrabolis loqueris eis ? Qui respondens, ait illis : Quia vobis dation estnosse mysteria regni cœiorum: illis auteui non est datnm. » Ibid. 10, 11. Quæren- dum est quomodo accédant ad cum discipuli, cum Jésus in navi sedeat ; nisi forte intelligi datur, quod du dura cum ipso navem consccnderint, et ibi stantes super interpretatioue parabolæ sciscitati sint. « Qui enim habet, dabitur ei, et abundabit : qui autem uon habet, et quocl habet, aufertur ab eo. » Ibid. 12. Non in æqunlitalc judicii habentibus uddi- tur, et non habentibus id quod habere video tur, aufcrtnr : sed quod apostojis in Chris to habentibus fidem, etiamsi quid minus virtutum babeant, conce- ditnr : Judœis autem, qui non crediderunt in Filin ra Dei, etiamsi quid per naturæ bonum possident, tolli- tur. Nequc enim possuut aliquid sapienter intellige- rc, qui caput non habent sapientiæ. « Idco in parabolis loquor ois : quia videntes, non vident : et auclientes , uon audiunt, neque 604 parce qu’en voyant ils ne voient, et qu'en écoutant, ils n’entendent, ni ne comprennent point; afin que soit accomplie en eux la pro¬ phétie d’Isaïe, lorsqu’il dit : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point; vous regarderez de vos yeux et vous ne verrez point.» Ibid. 13, 14. Ïb4it cela de ceux qui sont sur le rivage, et qui sont séparés de Jésus, et que le bruit des flots empêche d’entendre clairement ce qui est dit; et c’est en eux qu’est accomplie cette prophétie d’Isaïe : « Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regar¬ derez de vos yeux, et vous ne verrez point. » Isai. vi, 9. Gela a été prophétisé des foules qui sont sur le rivage, et qui ne méritent point d’entendre la parole de Dieu. Approchons donc, nous aussi, de Jésus, et prions-lede nous expli¬ quer la parabole, de peur que nous ne parais¬ sions avoir inutilement, comme les foules, des oreilles et des yeux. « Car le cœur de ce peuple s'est appesanti ; leurs oreilles se sont endurcies. » Ibid. 15. Il donne la raison de ce que, quoiqu’ils regardent de leurs yeux, ils ne voient pas, et de ce que ils n’entendent pas, quoiqu’ils écoutent de leurs oreilles : c’est, dit-il, parce que le cœur de ce peuple s’est appesanti, et que leurs oreilles se sont endurcies ; et de peur que peut-être nous ne pensions que cette pesanteur du cœur et cet endurcissement des oreilles viennent de la na¬ ture et non de la volonté, il joint avec cela la faute du libre arbitre, et dit : intclligunt : ut adimplcatur in eis prophetia Isaiæ dicentio : Auditu audietis, et non intelligetis ; et videntes videbitis, et uon videbitis. » Ibid. 13, 14. Hæc de bis Iocjuitur qui stant in littore, et dividuntur ab Jesu, et sonilu fluctuum perstrepente, non au¬ diunt ad liquidmn quæ dicuntur : impleturquc in eis prophetia Isaiæ : « Auditu audietis, et non intel- ligetis: et videntes videbitis, et non videbitis.» Isai. vi, 9. Hæc de turbis prophetata sunt, quæ stant in littore, et Dei non merentur au dire sermonem. Acce- damus ergo et nos cum discipulis ad Jesum, et roge- mns eum dissertionem parabolæ, ne cum turbis frustra aures et oculos habere videamur. « Incrassatum est enim cor populi hujus, et auri- bus graviter audierunt, » Ibid. 15. Keddit causas quare videntes non videant, et audientes non au- diant : quia iucrassatum est, inquit, cor populi lui jus, et au ri b u s suis graviter audierunt. Ac ne forte arbitre unir crassitudinem cordis et gravi tatem aurium naturæ esse, non voluntatis, subjungit cul- pam arbitrii, et dicit : « Et oculos suos clauserunt : nequando videant oculis, et auribus audiant, et corde intelligant. et 602 SAINT JEROME « Et ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur cœur ne comprenne, et qu'ils ne se convertissent et que je ne les guérisse. » Ils entendent donc en paraboles et en énigme, . ceux qui se sont fermés les yeux pour ne pas voir la vérité. « Mais heureux vos yeux, parce qu’ils voient, et heureuses vos oreilles, parce qu’elles enten¬ dent. » Ibid. 16. Si nous n’avions lu plus haut que les auditeurs ont été provoqués à l’intelli¬ gence par ces paroles du Sauveur : « Que celui quia des oreilles pour entendre, entende, » nous penserions que ce sont les yeux et les oreilles du corps qui sont maintenant déclarés bienheu¬ reux. Maisàmoi me semblent heureux ces yeux qui peuvent connaître les mystères du Christ, et que Jésus ordonne de lever en haut, pour voiries moissons qui sont blanches; elles me semblent heureuses aussi, ces oreilles dont Isaïe dit : « Le Seigneur m'a ouvert l'oreille.» Isai. l, 5. « Car je vous le dis, en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, et entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. Ecoutez donc, vous autres, la parabole de celui qui- sème. » Ibid. J 7, 18. de passage semble être en opposition avec ce qui est dit ailleurs ; « Abraham a désiré avec ardeur voir mon jour; il l'a vu, et il en a été ravi de joie. » Jocm. vm, 56. Aussi n'est-il pas dit : Tous les prophètes et tous les justes, mais : Un grand nombre d'entre eux ont désiré ardemment voir ce que vous convertantur, et sanem eos . » In parabohs ergo audiuilt et in ænigmate, qui, clausis oeulis, nolunt cernere veritateui. « Vestri autein beati oculi, quia vident : et aures vestræ, quia audiuut. » Ibid. 16. Nisi supra legïsse- mus auditores ad intelligentiam provocatos, Salva- tore dicente : « Qui habet aures audiendi, audiat, » putaremus nunc oeulos cl aures quæ beatitucliuem accipiunt, carnis [Al. corporales ] intelligi. Scd mihi videutur illi beati ôculi, qui possuut Christi cognos- cere sacramenta, et quos levari Jésus iu. sublime præcepit, ut candentes segetes aspiciaut ; Joan. iv, 9 ; et illæ aures beatæ, de quibus Isaias loquitur : « Dominus opposuit mihi auriculaui. » Isai. l, 5. « Amen quippe dïco vobis, quia multi prophetæ et justi cupierunt videre quæ videtis, et non videruut : et audire quæ auditis, et non audierunt. Vos ergo audite parabolaui seminantis. » Ibid. 17, 18. Videtur buic loco illud esse contrarium quod alibi dicitur ; « Abraham cupivit dicm meum videre, et vidit, et lætatus est. » Joan. vm. 56. Non aulem dixit, omuos prophetæ et justi cupierunt videre quæ videtis, scd voyez. Parmi ce grand nombre, il peut se faire que les uns aient vu, et que les autres n’aient pas vu, quoique môme en cela l'interprétation soit dangereuse, car elle pourrait donner à penser que nous faisons un discernement quel¬ conque entre les mérites des saints. Abraham vit donc en énigme et non dans l'apparence ; mais, pour vous, vous avez en votre présence votre Seigneur, avec qui vous mangez, et que vous interrogez quand vous voulez. « Quiconque écoute la parole du royaume, et ne la comprend pas. » Ibid. 19. Par ces paroles préliminaires, il nous exhorte à écouter avec plus de soin ce qui est dit. a L'esprit malin vient et enlève ce 1 qui a ôté semé dans son cœur : c’est le grain qui a été semé le long du chemin. Legrain qui a été semé au milieu des pierres, c'est celui qui écoute la parole, et qui la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n'a point en soi de racine, et il n'est que pour un temps. » Ibid. 20, 21. Le malin esprit enlève la bonne semence. Comprenez en même temps que c’estdans le cœur que la semence a ôtéjetée, et que la différence de la terre, ce sont les âmes des croyants. « Mais lorsqu'il survient des traverses et des persécutions, à cause delà parole, il est aussitôt scandalisé. » Considérez ce qui est dit : il est aussitôt scandalisé. 11 y a donc quelque dis¬ tance entre celui qui est pressé par beaucoup de tribulations et de supplices à renier le Christ, et celui qui, à la première persécution, est scan¬ dalisé. multi. Inter multos potest fieri, ut alii viderint, alii non viderint : licet et in hoc periculosa sit interprotatio, ut inter sanctorum mérita, discre- tionem quamlibot facerc videamur. Ergo Abraham vidit in ænigmate, non vidit in specie : vos autem iri præsentia eum tenetis, et habetis Domini ves- trum, et ad voluntatem interrogatis, et convosci- mini ei. « Omnis qui audit verbumregni, et non intelligi t. » Ibid. 19, Hoc præmitteus hortatur nos, ut quæ dicuntur, diligentius audiamus. « Venit malus et rapit quod seminatum est iu corde ejus : hic est qui secus viarn seminatus est. Qui autem super petrosa seminatus est, liic est qui verbuui audit, et contiuuo cum gaudio accipit illud, non habet autem in ae.radicem, sed esttemporalis. » Ibid. 20, 21. Malus bonum semen rapit. Et simul intellige quod in corde fuerit seminatum, et diver- sitas terne auimæ sint credentium. « Facta autem tribulatione et pcrsecutione, propter verbum contiuuo ' scandalizatur. » Attente quod dietnm sit, continuo scaudalizatur. Est ergo aliqua 603 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. (( Mais celui qui reçoit la semence parmi les épines, c’est celui qui entend la parole ; mais ensuite les sollicitudes de ce siècle et l’illusion des richesses étouffent la parole et la rendent infructueuse. » Ibid. 22. Il me semble que ce qui est dit selon la lettre à Adam : « Tu man¬ geras des ronces et des épines, » Genes. m, 18, signifie mystiquement que quiconque se sera adonné aux plaisirs et aux soins du siècle, mangera au milieu des épines le pain céleste et la vraie nourriture. Et il a ajouté élégamment; « L’illusion des richesses étouffe la parole. » En effet, les richesses sont flatteuses ; elles promet¬ tent une chose, et en font une autre. Leur pos¬ session échappe des mains ; elles se portent d’un pas inconstant d’un côté et d’un autre, aban¬ donnant ceux qui les possédaient et comblant de biens ceux qui en étaient dépourvus. C’est pour cela que le Seigneur assure que les riches entrent difficilement dans le royaume des cieux, les richesses étouffant la parole de Dieu et éner¬ vant la rigidité des vertus. « Mais celui qui reçoit la semence dans une bonne terre, c'est celui qui écoute la parole et la comprend, et qui porte du fruit, et rend cent, ou soixante ou trente pour un. « Ibid 23. De même que dans la mauvaise terre il y eut trois variétés de lieux : le long du chemin, les pierreux, les épineux, ainsi dans la bonne terre il y a trois diversités : une qui rapporte cent distantia inter eum qui multis tribulationibus pœ- nisque compellitur CUristum negare, et eum qui ad p rimam persecutionem statim scandalizatur , et corruit. « Qui autem seminatus est in spinis, hic est qui verbum audit, et sollicitudo sæculi istius et fallacia divitiarum suffocat verbum, et sine fructu efficitur. » Ibid. 22. Mihi videtur et illud quod juxta litteram ad Adam dicitnr ; « Inter spinas et tribulos panern tuurn manducabis, » Gen . ni, 18, hoc significare mystice, quod quicumque dederit se sæculi volupta- tibus curisque istius mundi, panem cœlestem et cibuin verum inter spinas comedat. Et eleganter adjuuxit ; « fallacia divitiarum suffocat verbum. » Blandæ enim snnt divitiæ, et aliud agentes, et aliud pollicentes. Lubrica est earmn possessio, dura bue illucque Gireumferuntur. et instabili gradu vel ha- bentes cleserunt, vel non babentes referciunt. Unde et Domiuus divites asserit difficulter intrare in regnum cœlorum, suffocantibus divitiis verbum Dei et rigorem virtutum emollientibus. « Qui vero in terram bonam seminatus est, bic est qui audit verbum, et intelligit, et fructu m facit : et aliud quidem ceutesimum, aliud sexagesimum, aliud vero tricesimum. » Ibid. 23. Sicut in terra mala très fuere diversitates : i-ecus viam, etpetrosa, et spinosa pour un, une seconde, soixante, une troisième, trente ; et dans l’une et l’autre, ce n’est pas la substance qui est changée, mais la volonté ; et la semence est reçue également par les cœurs des incrédules et par les cœurs des croyants. « Vient, dit-il, le malin esprit, et il enlève cequi a été semé dans son cœur. » La seconde et la troisième fois il est dit : C’est celui qui écoute la parole de Dieu. Egalement dans l’exposition de la bonne terre, il est dit : C’est celui qui écoute la parole de Dieu. Nous devons donc premièrement écouter, ensuite comprendre, et après l'intelligence rendre les fruits des doctrines, et produire ou cent, ou soi¬ xante ou trente pour un, comme nous l’avons dit avec plus de développement dans le livre contre Jovinien ; mais, pour le moment, nous touchons ce sujet en peu de mots, en attribuant le cent pour un aux vierges, le soixante pour un aux veuves et aux continents, et le trente pour un an mariage chaste. « Que le mariage soit traité par tous, avec honnêteté, et que le lit nup¬ tial soit sans tache. » Ilebr. xm, 4. Quelques- uns des nôtres rapportent le centième fruit aux martyrs ; s’il en est ainsi, la sainte société des noces est exclue du bon fruit. « Il leur propose une autre parabole, en di¬ sant : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé du bon grain dans son champ. Mais, pendant que les hommes dor- loca: sic in terra bonatrina diversitas est: centesimi, sexagesimi et tricesimi frnetus. Et in ilia autem et in ista non mutatur substantia, sed voluntas : et tam incredulorum, quam credentium corda sunt quæ semen recipiunt. « Venit, » inquit , malus, et rapit quod seininatum est in corde ejus ; » et secundo ac tertio, hic est, ait, qui verbum audit. In exposi- tione quoqne terræ houae, iste est, qui audit verbum. Primum ergo debemus audire, deinde intelligere, et post intelligentiam fruetns reddere doeferinarum, et facere vel centesimum, fructum, vel sexagesimum, vel tricesimum, de quibns plenius in libro contra Jovinianum diximus, et nunebreviter perstringimus : Centesimum fructum virginibns, sexagesimum viduis et coutineutibus, tricesimum casto matrimonio dépu¬ tantes. « Honorabiles enim unptiæ, et cubile irama- culatum. » Ileb. xm, 4. Quidam nostrorum ceutesi- mum fructum ad martyres referunt : quod si ita est, saucta cous or ti a nuptiarum exclu d un tu r a fructu bono. « Aliam parabolam proposuit illis, dicens : Simile est regu um cœlorum horaini qui semiuavit bonum semen in agro suo. Cum autem dormirent hommes, veuit inimicus ejns, et superseminavit zizauia iu medio tritici, établit. Cum autem crevisset herba, et fructum fecisset, tnne apparueruut et zizania. Acce- 604- SAINT JEROME maient, son ennemi vint, et sema par dessus de l'ivraie au milieu du blé, et s'en alla. L’herbe ayant donc poussé et étant montée en épi, l’ivraie commença alors à paraître. Alors les serviteurs du père de famille s'approchèrent et lui dirent : Seigneur, n'avez-vous pas semé du bon grain dans votre champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? Et il leur répondit : C'est un homme ennemi qui a fait cela. Et ses servi¬ teurs lui dirent : Voulez-vous que nous allions l'amasser ? Non, leur répondit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en môme temps le bon grain. Laissez croître l’un et l’autre jusqu'à la moisson ; et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Amassez première¬ ment l'ivraie etliez-la en gerbes pour la brûler , mais quant au blé, ram assez-le, pour le serrer dans mon grenier. » Ibid, 24 et seqq. Cette se¬ conde parabole n’a pas été posée aussitôt avec son interprétation, mais elle n a été expliquée qu'après la proposition d’autres paraboles ; car ici elle est proposée. Après cela le Seigneur renvoie les foules, vient à la maison et ses dis¬ ciples s'approchant de lui le prient de leur in¬ terpréter la parabole, en disant : « Expliquez- nous la, parabole de l'ivraie semée dans le champ, » et le reste. Nous ne devons donc pas, par un désir trop précipité de comprendre, chercher la connaissance d'une parabole avant que le Seigneur l’ait expliquée. « 11 leur proposa une autre parabole, en di¬ sant : » Ibid. 3t. Le Seigneur était assis dans la barque, et la foule était sur le rivage ; elleécou- dentes autem servi patrisfamilias, dixerunt ei : Do¬ mine, nonne bonum semen seminasti in agro tuo ? IJnde ergo babct zizania ? Et ait illis : Inimicus homo hoc fecit. Servi nutem dixerunt ei : Vis, imus, et coHigimus ea ? Et ait : Non, ne forte colligenLes ziza¬ nia, eradicetis simul cum eis et triticum. Sinite utra- quecrescere usquead messem, et in teinpore messis dicam messoribns : Colligite primum zizania, et alli- gate ea in fasciculos ad comburendum ; triticum autem congregate in horreum meum. » Ibid. 24 et seqq. Hæc secunda parabola est cum interpretatione sua non statim posita, sed interjectis aliis parabolis cdisserta. Hic eniin proponitur, et postea dimissis turbis venitur domurn et accedunt ad emn discipuli ejus rogantes : « Dissere nobis parabolam zizaniorum agri, » et reliqua. Non ergo debemus præpropero intelligendi desidcrio ante ejus notitiam qiuerere, quam a Domino disseratur. « Aliam parabolam proposait eis, dicens : » Ibid. 31. Sedebat Dominus innavi, etturba stabat in littore : illi procul, discipuli vicinius audiebant : proponit eis et aliam parabolam, quasi dives paterfamilias invi¬ tait de loin, et les^disciples, de plus près ; il leur propose encore une autre parabole, comme un père de famille qui sert à ses invités des mets divers, afin que, dans cette variété d'ali¬ ments, chacun puisse prendre celui qui est en rapport avec la nature de son estomac. Aussi dans la première parabole, il n’a pas dit : une autre parabole, mais : une parabole différente ; car s’il eût mis avant le mot parabole l’adjectif autre, nous ne pourrions pas en attendre une troisième ; il l’a fait précédé de : différente, afin qu’elle soient suivie de plusieurs paraboles. « Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son champ. Ce grain est la plus petite de toute les semences ; mais lorsqu’il a crû, il est plus grand que tous les autres légu¬ mes, et il devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches. » Ibid. 32. Que le lecteur ne trouve pas incommode et ennuyeux que nous propo¬ sions les paraboles tout entières ; car ce qui est obscur doit être traité avec plus d'étendue, de peur que par une trop grande brièveté, le sens des choses devienne plus embrouillé, au lieu d'ôtre exposé. Le royaume des cieux, c'est la prédication de l’Evangile et la connaissance des Ecritures qui conduit à la vie, et au sujet de laquelle il est dit aux Juifs : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé, et ii sera donné à une nation qui en produira les fruits. » Infra xxi, Ce royaume est donc semblable à un grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son tatos diversis reficiens cibis, ut unusquisque secun- dum naturam stomaclii sui varia alimenta susciperet. IJade et in priori parabola non dixiL alteram, sed aliam. Si enim præmisisset alteram, exspectare ter- tiam non poteramus, præmisit aliam, ut plures se- quantur, « Simile est regnum cœlorum grano sinapis, quod accipiens liomo seminavit in agro suo, quod mini¬ mum quidem est omnibus seminibns. Cum autem creverit, majus est omnibus oleribus, et fit arbor : i ta ut volucres cœli veniant et habitent in ramis ejus. » Ibid 32. Non sit molestum lectori, si totas parabolas proponimus, Quæ euim obscura sunt, plenius disse- renda sunt, ne brevitate nimia involvantur magis sensu9, .quam exponantur. Regnum cœlorum, prædi- catio Evangclii est, etnotilia Scripturarum quæ ducit ad vitam ; et de qua dicitur ad Judæos : « Auferetur avobis regnum Dei, et dabitur genti facienti fructus ejus » Infra xxi, 43. Simile est ergo hujuscemodi regnum grano sinapis, quod accipiens homo semina- vit in agro suo. Homo qui se minât in agro suo^ a plerisquc Salvator intelligitùr, quod in animis cre- COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. G 05 champ. Par l'homme qui sème, la plupart en¬ tendent le Sauveur, parce qu'il sème dans les âmes des croyants. D'après d'autres, c'est l'homme lui-même qui sème dans son propre champ, c’est-à-dire dans lui-même et dans son cœur. Qui est celui qui sème, si ce n'est notre sens et notre esprit, qui recevant le grain de la prédication et nourrissant la semence avec l’eau de la foi, la fait pulluler dans le champ de son cçeur. La prédication de l’Evangile est la plus petite de toutes les disciplines ; car, au premier abord, elle n'a pas l’accent de la vérité, prê¬ chant un homme Dieu, un Dieu mort et le scandale de la croix. Comparez une telle doc¬ trine aux dogmes des philosophes et à leurs livres, à la splendeur de l’éloquence et à la composition de leurs discours, et vous verrez combien est moindre que les autres semences le grain de l’Evangile. Car lorsque celles-là ont poussé, elles ne montrent rien de piquant, rien de vif, rien de vital ; mais tout en elles est flasque, flétri et énervé, nG produisant . que des légumes et des herbes qui se sè¬ chent vite et tombent. Mais la prédication de l’Evangile, qui paraissait petite au commen¬ cement, quand elle fut semée ou dans l’àine du croyant, ou dans le monde entier, ne pousse pas en légumes, mais elle croît en arbre, en sorte que les oiseaux du ciel (par lesquels nous devons entendre ou les âmes des croyants, ou les forces assujetties au service de Dieu) vien¬ nent se reposer sur ses branches. Je pense que les rameaux de l’arbre évangélique, qui a crû dentium seminet. Ab aliis, ipse homo seminans in agro suo, hoc est, in semetipso et in corde suo. Quis est iste qui seminat, nisi sensus noster et animus, qui suscipiens granum prædicationis, et fovens se- mentemkumore fidei, faci tin agro sui pectoris pullu- lare ? Predicatio Evangelii minima est omnibus disci- plinis. Ad pvimam quippe doctrinam fidem nou kabet veritatis, hominem Deum, Deum mortuum, et scan- dalntn crucis prædicans. Confer kujuscemodi doctri¬ nam dogmatibus philosophorum, et libris eorum, splendori eloquentiæ, et composition! sermonum, et videbis quauto minor sit cæteris seminibus semeutis Evangelii. Sed illacum creveriüt, nihil morclax, nihil vividum, nihil vitale demonstrant, sed totum flacci- dum marcidumque et mollitum ebullit iù olera, et in herbas, quæ cito drescunt et corruunt. Hacautem prædicatio, quæ parva, vjdebatur iu principio, cum vel in anima credentis, vel in toto mundo sata fuerit, non exsurgit in oleva, sed crescit in arborera: ita ut volucres cœli quas vel animas credentium, vel forti- tudines Dei servitio mancipatas, sentire debemus veniantet habitent in ramis ejus. Ramos puto Evan- du grain de sénevé, ce sont les diversités des dogmes sur lesquels chacun des oiseaux susdits se repose. Prenons, nous aussi, les ailes de la colombe, Psalm. liy, afin que, volant plus haut, nous puissions habiter dans les rameaux de cet arbre, et nous y faire des nids de doctrines, et que, fuyant les choses de la terre, nous nous portions avec empressement vers les biens cé¬ lestes. Plusieurs lisant que le grain de sénevé est la plus petite de toutes les semences, et ces paroles que les disciples disent dans l’Evangile : « Seigneur, augmentez la foi en nous, » Luc. XYir, 6, et à quoi le Sauveur répond : « En vé¬ rité, je vous le dis, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette mon¬ tagne : Ote-toi de ce lieu, et elle vous obéirait, » pensent que les Apôtres ou demandent une pe¬ tite foi, ou que le Seigneur hésite touchant une petite foi, alors que l’apôtre Paul juge très grande la foi comparée au grain de sénevé. Que dit-il en effet ? « Lors même que j’aurais la foi tout entière, jusqu'à transporter des mon¬ tagnes, si je n’ai point la charité, cela ne me sert de rien. » 1 Cor. xnr, 2. Donc, ce que le Sei¬ gneur a dit être fait par la foi, qui est comparée à un grain de sénevé, peut être fait, selon que l'enseigne l'Apôtre, par la foi tout entière. « 11 leur dit une autre parabole : Le royaume des ci eux est semblable au levain qu’une femme prend et mêle dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit levée. » Ibid. 33. L’estomac des hommes est différent : les uns aiment les aliments amers; d'autres, les doux; gelicæ arboris, quæ de grano sinapis creverit, dog- matum esse diversitates, in quibus supradictarum volucrum unaquæque requiescit. Àssumamus et nos pennas columbæ, Ps. uv, ut voûtantes ad alticwa, possimus kabitare in ramis hujus arboris, etnidulos nobis facerc doctrinarum, terrenaque fugientes, ad coelestia festinare. Multi legentes granum sinapis minimum omnibus seminibus, etillud quod in Evan- gelio a discipulis dicitur: «Domine, adauge nobis fidem » Luc. xvn, G, et respondetur eis a Salvatore : « Amen dico vobis, si habueritis fidem quasi granum sinapis, et dixeritis monti huic, migra de loco isto, migrabit, » putant apostolos vel parvam fidem peterc, vel Dominum de parva fide dubitare ; cum apostolus Paulus fidem grano sinapis comparatam maximam judicet. Quid enim dicit « Si kabuero totam fidem, ita ut montes transferam ; charitatem autem non habeam, nihil mihi prodest, » I Cor. xur, 2. Ergo quod Dominus dixit fide fieri, quæ grano sinapis comparetur, hoc Aqostolus docet tota fide posse fieri. « Àliam parabolam looutus est eis. Simile est 606 SAINT JÉROME d’autres, de plus âpres, et d’autres, ceux qui ne sont point rudes. Le Seigneur propose donc, comme nous l’avous dit plus haut, diverses pa¬ raboles, afin que, selonles variétés desblessures, la médecine aussi soit différente. Cette femme qui prit un levain et le mêla dans trois mesures de farine, jusqu’à cc que la pâte fût toute levée, me paraît être la prédication apostolique, ou l'Église, rassemblée de diverses nations. Elle a pris le levain, c’est-à-dire la connaissance et l’intelligence des Ecritures, elle l’a mêlé dans trois mesures de farine, afin que l’esprit, l’âme et le corps, ramenés à une seule chose, ne soient pas en désaccord entre eux ; mais que, s’accor¬ dant deux et trois ensemble, ils obtiennent du Père céleste ce qu’ils auront demandé. Matth. xYiii. Ce passage est encore expliqué d’une autre manière. Platon et les philosophes ensei¬ gnent qu’on croit communément qu’il y a dans l’âmehuinaine trois passions, exprimées par trois mots grecs dont nous pouvons interpréter le premier par : «le raisonnable ; » le second par : « le plein de colère » ou « l’irascible ; » et le troisième que nous appelons « le concupisciblo. » Le premier de ces philosophes pense que le raisonnable a son siège dans le cerveau ; la colère, dans le fiel ; et le désir, dans le foie. Nous donc, si nous prenons le levain des saintes Écritures duquel il a été parlé plus haut, les trois passions de l'âme humaine seront réduites en une seule chose, en sorte que dans la raison nous regnum ccelorum fermento, quod acceptum mulier abscondit in farinæ satis tribus, donec fermentutum est totum. » Diversus est hominum stomachus : alii dulcibus, alii [al, austerioribus, alii lenibus delectantur cibis. Proponit itaque Dominas, ut jam supra diximus, diversas parabolas, ut juxla vulnerum varietates et medicina diversa sit. Mulier ista, quæ fermentum accepit, et abscondit illud in farinæ satis tribus, donec fermentaretur toturn, vel prædicatio mihi videtur apostolica vel Ecclesia, quæ de diversis gentibus congregata est. Hæc tollit fermentum, noti- tiam scillicet et intelligentiam Scripturarum, et abscondit illud in farinæ satis tribus, ut spiritus, anima, et corpus in unum redacta, non discrepent inter se ; sed cum duobus et tribus convenerint, im¬ pet r en t a Pâtre quodeumque postulaverint. Matth . xvin. Disseritur locus iste, et aliter. Legimus in Platone, et philosophorum dogma [al. clogmate ] vul- gatum est, très esse in humana anima passiones, tô Xoytxov quod nos possumus interpretari «rationa- bile » : to Üupixàv quod dicamus1, « plénum iræ, » vel « irascibile » : tô £3nÔup)Tix6v quod appellamus, con- cupiscibilc: et putat ille philosophus rationabile nostrum in cerebro, iram in felle, desiderium in posséderons la prudence ; dans la colère, la haine contre les vices ; dans la cupidité, le désir ardent des vertus ; et cela s’accomplira entière¬ ment par la doctrine évangélique que nous a donnée l’Éghse notre mère. J’ajouterai encore une troisième manière dont quelques-uns en¬ tendent cette parabole, afin que le lecteur cu¬ rieux choisisse entre plusieurs interprétations celle qui lui plaira. Ils interprètent eux aussi cette femme par l’Église, qui a mêlé dans trois mesures de farine la foi de l’homme à la croyance au Père, au Eils et au Saint-Esprit ; et lorsque tout cela a fermenté et ne fait qu’une seule pâte, nous sommes amenés à la con¬ naissance non de trois dieux, mais d’une seule divinité. Egalement les trois satum de farine étant chacun de la même nature, attirent à l’unité de substance. Si un sens pieux peut être utile pour l’autorité des dogmes, on ne peut pas en dire autant des paraboles et de l’intelli¬ gence douteuse des figures. Quant au satum, c’est un genre de mesure en usage dans la pro¬ vince de Palestine, et qui contient un muid et demi. On dit encore d’autres choses touchant cette parabole ; mais la matière présente ne com¬ porte pas de traiter intégralement tous les points. « Jésus dit toutes ces choses au peuple en pa¬ raboles, et il ne leur parlait pas sans paraboles. » Ibid. 34. Ce n’est pas aux disciples, mais aux foules qu’il parle en paraboles, et jusqu’à au- jecore commorari. Et nos erg o si acceperimus fer¬ mentum Evangelicum sanctarum Scripturarum, de quo supra dictum est, tresliumanæ aniinæ passiones in unum redigentur, ut in ratione possideamus pru- dentiam ; iD ira, odium contra vicia : in desiderio, cnpiditatem virtutum ; et hoc totum fiet per doctri- nam Evangelicam, quam nobis mater Ecclesia præs- titit. Dicam et tertiam quorumdam intelligentiam, ut curiosus lector e pluribus quod placuerit, eligat : Mulierem istam et i psi Ecclesiam interpretantur, quai fidern hominis farinæ satis tribus commis- cuerit credulilati Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Cumque in unum fuerit fermentata, non nos ad triplicem Deum, sed ad unius divinitatis perducit notitiam. Farinæ quoque [al quippe] sata tria, dum non est in singulis diversa natura, et ad unitatem trahunt substantiæ. Pius quidem sensus, sed num- quarn parabolæ et dubia ænigmatum intelligentia, potest ad auctoritatem dogmatum proficere. Satum . autem genus est raensuræ, juxta morem provinciæ Palestinæ, unum et dimidium modiuui capiens. Dicuntnr et alia de bac parabola, sed non est præ- sentis materiæ totum de omnibus dicere. « Hæc omnia locutus est Jésus in parabolis ad 607 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. jourd'hui le peuple écoute en paraboles ; mais les disciples interrogent le Sauveur à la maison. « Afin que fût accompli ce qui a été dit par le prophète : J'ouvrirai ma bouche pour parler en paraboles ; je publierai des choses cachées depuis la création du monde. » Ibid. 35. Ce témoignage a été pris du second verset du septante-septième psaume. J'ai lu dans quelques livres, et le lecteur studieux Je trouvera peut- être comme mob que dans le passage où nous avons mis avec la Vulgate : « Afin que fût ac¬ compli cc qui a été dit par le prophète en ces termes ; » il est écrit : « Par le prophète Isaïe, disant : » Comme. cela ne se trouve pas du tout dans Isaïe, je pense que, dans la suite, des hom¬ mes prudents le firent disparaître. A mon avis, il fut édité ainsi dans le principe : « Ce qui a été écrit par le prophète Asaph, disant :■» En effet, le septante-septième psaume, d'où a été pifis le témoignage en question, est inscrit sous le titre du prophète Asaph. (Il est à croire que le pre¬ mier scribe ne comprit pas le mot Asaph, et, le prenant pour une faute de copiste, il le corrigea en lui substituant le nom d’Isaïe, nom qui était plus connu. Il faut donc savoir que dans les psaumes et les hymmes et les cantiques de Dieu, on doit appeler prophètes non seulement David et les autres dont les noms sont écrits en tête, mais, par exemple, Asaph, Idithum, Eman Esraïte, Ethan et les enfants de Coré et les autres dont l'Écriture fait mention. Et ce qui est dit en la personne du Seigneur : « J'ouvrirai ma bouche pour parler en paraboles ; je pu¬ blierai des choses cachées depuis la création du monde, » si on le considère avec plus d’atten¬ tion, on 3' trouvera la description de la sortie d’Israël de l’Egypte, et le récit de tous les pro¬ diges qui sont rapportés dans l’histoire de l’Exode. Ce qui nous fait comprendre qu’il faut entendre allégoriquement tout ce qui a été écrit, et que, sans s'arrêter à l’écorce de la lettre, il faut pénétrer les mystères cachés qu’elle renferme. Car c’est ce que le Sauveur promet de faire connaître, en ouvrant sa bouche pour parler en paraboles, et en publiant des choses cachées dès l’origine du monde. « Alors Jésus ayant renvoyé le peuple, vint dans la maison, et ses disciples s’approchant lurbas, et sine parabolis non loquebatur eis. » Ibid. 34. Non ciiscipulis, sed turbis per parabolas loquitur ; et usque hodie tnrbæ in parabolis audiunt : discipuli domi interrogant Salvatorem. « Ut implerotur quod dictum est per prophetam dicentem : Aperium in parabolis os meam, eruclabo abscondita a constitutione mundi. » Ibid. 35. Hoc testimoniaux de septuagesimo septimo psalmo (Vers 2) sumptum est. JLegi in nonnullis codicibus, et stu- diosus lector forte reperiet idipsum, in eo loco ubi nos posuimus, et Vulgata habet editio : Ut implere- tur quod dictum est per prophetam dicentem, ibi scriptum (a), per Isaiain prophetam dicentem. Quod quia minime inveniebatur in Isaia, arbitror postea a prudentibus viris esse sublatum. Sed mihi vi- detur in principio ita editum : Quod scriptum est per Asaph prophetam, dicentem. Septuagesimus enirn septimus psalmua, de quo hoc sumptum est testimonium, Asaph prophetæ titulo inscribitur. Et primum scriptorem non intell exiss e Asaph, et putasse scriptoris vitium, atque emendasse nomen Isaiæ, cujus vocabulum manifestius erat. Sciendum est itaque, quod in psalmis et hymnis et canticis Dei, non solum David, sed et cæteri, quorum præscripta sunt nomina, prophetæ sint appellandi ; Asaph vide- licet et Idithum, et Eman Ezraites, et Æthan, et filii Chore, et reliquiquos Scriptur.a commémorât; Quod- que ex personna Domini dicitur : Aperiam in pura- bolis os meum ; eructabo abscondita a constitu¬ tione mundi, considerandum attentiùs et mve- niendum describi egressum Israelis ex Ægypto, et omnia signa narrari, quæ in Exodi continentur bis- toria. Ex qno intelligimus universa ilia quæ scripta sunt, parabolice sentienda : nec manifestant tantum sonare littéraux, sed et abscondia sacramenta; hoc enim se Salvator edicturum esse promittit, aperiens os suum in parabolis, et eructans abscondita a cons¬ titutione mundi. « Tune dimissis turbis venit in domuin, et accesse- runt ad eum discipuli ejus, dicentes : Edisserenobis parabolam zizaniorum agri. » Ibid. 36. Dimittit tur- bas Jésus, et domum revertitur, ut accédant ad eum (a) Idipsum alibi notatum est nobis, utque hic Vcterum alia congeramus testimonia, auctor Homil. xviii sub nominc démentis papæ legit tper fsaiam. Auctor Brcviarii in Psalterium sub nomine S. Hieronymi p. 310 : « Dicitur ergo in Matthæo : Hæc, inquit( focta sunt, ut implerctur quod scriptum est in Asaph propheta. Sic invenitur in omnibus veteribus codicibus, sed hommes ignorantes tulerunt illud, id ost, abstulerunt Asaph.. Denique milita Evangelia usque hodie ita haheat : ut impleretur quod scriptum est per Isaiam prophetam. » Aperiam in Parabolis, etc. « Hoc lsaias non loquitur, sed Asaph. Denique et impius Porphyrius proponit adver- suiri nos hoc ipsum, et dicit : Evangelista Tester Matthæus tam imperitus fuit, ut diceret quod scriptum est per Isaiam prophetam. » Quibus adde Anonymum relatum in Expositione Græcorum Patrum in psalmos, psal. txxvn. Hæc animadvertisset Sabaterius, qui Vulgatam atque eam quidem Italarn sectionem ex Colbertino nescio quo ms. nobis obtrudit, deque hoc Hieronymi loco cum in prœ- fatione, tum in notis otiose disputât. Annotare præstabat, quod S. Pater Vulgatam Editionem nominat, quæ, ut ex vocabulo notât, præ cœteris aliis oütincbat. Nam cum hos Cominentarios scriberet, jamduduui ante annos cire, quindecim jussu Damasi, Evangclia ad Græcos codices reeognoverat, neo eerte aliam quam Vulgatam editionem sibi sumpserat recognoscendam. Sedulo itaque notanda sunt, quæ de ista Vulgata significat : scilicet omnium fuisse interpretationum antiquissimam, in qua primum scriptum fuisset per Asapky tum repositum per Isaiam, denique pobtba a prudentibus viris hoc quoque nomen sublûtuai. {Edit. Mign.) SAINT JEROME .008 de lui lui dirent : Expliquez-nous la parabole de l’ivraie semée dans le champ. » Ibid. 36. Le Seigneur renvoie le peuple, et retourne à la maison, afin que ses disciples s’approchent de lui, et qu’ils demandent en secret ce que le peuple était indigne et incapable d’entendre. «. Expliquez-nous la parabole de l’ivraie semée dans le champ. » « Et leur répondant il leur dit : Celui qui sème le bon grain, c’est le Filsdel’Homme. Le champ est le monde; le bon grain, ce sont les enfants du royaume, et l’ivraie, ce sont les enfants d’iniquité. L’ennemi qui l'a semée, c’est le dia¬ ble ; le temps de la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, sont les anges. De môme qu’on ramasse l’ivraie et qu’on la brûle, ainsi en sera-t-il à la consommation du siècle. Le Fils de l’Homme enverra donc ses anges qui ramasseront et enlèveront hors de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’i¬ niquité, et ils les précipiteront dans la fournaise du feu. C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Ibid. 37 et seqcj. Il a ex¬ posé nettement que le champ, c’est le monde ; le semeur, le Fils de l’Homme ; le bon grain, les enfants du royaume ; l’ivraie, les enfants de perdition ; celui qui a semé l’ivraie, le diable ; la moisson, la consommation du monde ; les moisonneurs, les anges. Tous les scandales se rapportent à l’ivraie, et les justes sont réputés enfants du royaume. Donc, comme je l’ai dit plus haut, nous devons accommoder notre foi à cette exposition du Seigneur. Mais quant aux discipuli, et secreto interrogent quæ populus nec me- rebatur audire, nec poterat. « Edissere nobis parabo- lam zizaniorum agri. » « Qui respondens, ait : Qui seminat bonurn se- men, est Filius bominis. Àger uutem est mundus. Bonurn vero semen, hi sunt filii regni : zizania autem filii sunt nequam. ïnimicus autem qui seminavit ea, est diabolus. Messis vero, consummatio sæculi est. Messores autem Angeli sunt. Sicut ergo colliguntur zizania, et igni combnruntnr : sic erit in consumma- tione sæculi. Mittetergo Filius hominis augelos suos, et colligent de regno ejus omnia scandala, et eos qui faciuntiniquitatem, et mittenteos in caminum ignis, ibi erit fie tus et stridor denlium. » Ibid . 37 et seqq. Perspicue exposuit quod ager mundus sit : sator, Filius hominis; bonurn semen, filii regni; zizania, filii pessini; zizaniorum sator, diabolus; messio, con¬ summatio mundi ; messores, angeli. Omnia scandala referuntur ad zizania; justi repulantur in filios regni. Ergo, ut supra dixi, quæ expo si la sunt a Domino, bis debemus accommodare fidem. Quæantem tacita, et nostræ intelligenticc derelicta, perstringenda sunt choses sur lesquelles le Seigneur a gardé le si¬ lence et qu’il a laissées à notre interprétation, elles doivent être touchées en peu de mots. En¬ tendez par les hommes qui dorment les maîtres des Églises ; par les serviteurs du père de fa¬ mille, les anges qui voient chaque jour la face du Père céleste. Matth. xvm. I/homme ennemi, c’est le diable qui est appelé ainsi, parce qu’il a cessé d'ètre un dieu ; et il est écrit de lui dans le psaume neuvième : « Levez-vous, Seigneur; que l’homme ne s’affermisse pas dans sa puis¬ sance. » Psalm. ix, 20. Qu'il ne dorme donc pas celui qui est préposé au gouvernement de l'Église , de crainte que, par sa négligence, l’homme ennemi ne sème par dessus le blé l’ivraie, c’est-à-dire les dogmes des hérétiques. Mais par ces paroles : « De peur qu’en cueillant l'ivraie, vous ne déraciniez en môme temps le bon grain, »il est donné lieu à la pénitence, et nous sommes avertis de no pas nous presser de retrancher un frère, car il peut arriver que celui qui aujourd'hui est dépravé par un dogme criminel, vienne demain à résipiscense, et com¬ mence à défendre la vérité. Egalement ce qui suit : « Laissez croître fun et l’autre jusqu'à la moisson, » semble être en opposition à ce pré¬ cepte : « Otez le mal du milieu de vous, » Deut. xm, 5. Isa. i ; et à celui qui défend d’avoir au¬ cune société avec ceux qui portent le nom de frères, et qui sont des adultères et des forni- cateurs. Car s’il est défendu de déraciner l’ivraie , et s’il faut prendre patience jusqu’à la moisson, comment doivent être chassés du mi- breviter. Homines qui dormiunt, magistros Eccle- siarumintcllige. Servos patrisfamilias, ne alios acci- pias quam angelos, qui quotidie vident faciem Pa- tris. Matth. xvm. Diabolus autem propterea inimi- eus bomo appellatur; quia Deus esse desivit. Et in nono psalrno scriptum estde eo: « Exsurge, Domine, non confortetur bomo. » Psal. tx, 20. Quamobrem non dormiat, qui Ecclesiæ præpositus est, ne per il lins negligentiam inimicus bomo superseminet zi¬ zania, hoc est, hæreticorum dogmata. Quod autem d ici tu r : » Ne forte colligentes zizania, eradicetis si- mul etfrumentum, » datur locus pœnitentiæ, et mo- nemur ne cito amputemus fratrem : quiafieri potest, ut ille qui hodie noxio depravatus est dogmate, iras resipiscat et defendere incipiat veritatem. ïllud quo- que quod sequitur : ocrites de la foi, seront brûlés par les feux de la géhenne, tandis que les saints, qui sont appelés le blé, sont reçus dans les greniers, c’est-à-dire dans les demeures célestes. u Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. » ïbid. 43. Dans le siècle présent, la lumière des saints brille devant les hommes ; à la fin du monde, les justes eux-mêmes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. « Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ qu’un homme trouve et qu’il cache, et dans la joie qu'il en sunt quidam de medio nostrum? Inter triticum et zizania, quod nos appcllamus «IoUum,« quamdiu herba est, et nondum culmus venit ad spicam, gran¬ dis similitude) est, et in discernendo aut nuïla, aut perdifficilis distontia [al. substantiel], Præmonet er- go Dominas, ne nbi quid ambigu mn est, cito sen- tentiam proferamus ; sed Deo judicii terminum re- servemus : ut cum dies judicii venerit, ille non suspicionem criminis, sed mamfestmn reatum de sanctorum çœtu ejiciat. Quod autem dixit, zizanio- rum fascieulos ignibus tradi, et triticum congregari in horrea, manifestum est luereticos quosque et hy- pocritas fidei gehenæ ignibus concrcmandos ; sanc- tos vero qui appellantur triticum, horreis, id est, mansionibus cœlestibus suscipi. (( Time justi fulgebunt si eut sol in regno Patris eorum [al. swi]. Qui lmbet a lires audiendi, audiat. » îbid. 43. In præseuti sæculo fnlget lux sanctovum coram hominibus ; post consummationem autem mundi ipsi justi fulgebunt sicut sol in regno Patris sui. « Similc estregnum cœlorum thesauro abscondito in agro, qnem qui inveiiit honio abscondit ; et prse gandio illius vadit, et vendit universa quœ habet, et TOME IX. ressent, il va vendre tout ce qu’il a et achète ce champ. » Ibid. 44. Retardés par des obscu¬ rités fréquentes, nous excédons une exposition concise, en sorte que nous paraissons être pas¬ sés d'un genre d’interprétation à un autre. Ce trésor dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science, c’est ou le Verbe Dieu, qui est caché dans la chair du Christ, Coloss. h, ou les saintes Écritures, dans lesquelles est placée la connaissance du Sauveur ; lorsque quelqu’un l’y a trouvé, il doit mépriser tous les biens de ce monde, afin de pouvoir posséder le trésor qu’il a trouvé. Mais par ces paroles : Cet homme ayant trouvé le trésor, le cache, » on ne veut pas dire qu'il fasse cela par envie ; mais, après l’avoir préféré à ses anciennes richesses, il le cache dans son cœur, par crainte de le perdre et par le désir qu’il a de le conserver. « Le royaume des cieux est semblable encore à un homme qui est dans le trafic, et qui cher¬ che de bonnes perles, et qui, en ayant trouvé une de grand prix, s'en alla vendre tout ce qu’il avait et l'acheta. » Ibid. 45, 46. C’est la même chose que ce qui est dit ci-dessus, mais en d’autres termes. Les bonnes perles que ce mar¬ chand trouve, c’est la loi et les prophètes. En¬ tends-tu, Marcion ; entends-tu, manichéen : les bonnes perles sont la loi et les prophètes et la connaissance de l’ancien Testament. Il n’y a qu'une perle très précieuse, qui est la connais¬ sance du Sauveur et le mystère de sa Passion émit agrum ilium. » Ibid. 44. Crebris parabolarum obscuritatibus retardati, commaticam iuterpretatio- nem 'cxcedimus, ut pr.ope cle alio iuterpretationis geuei'e ad aliud transisse videamur. Thésaurus iste in quo snut omnes thesauri sapieuliæ et scientiæ absconditi, aut Deus Yerburn est, qui in carne Christi videtur absconditus, Coloss. n, ant sancUe ScripLuræ, in quibus rçposita est notitia Salvatoris : quem cum quis in eis invenerit, debet omnia istius mundi emolumenta coutemnere, ut ilium possit lia. bere quem reperit. Quod autem sequitur : « Quem cum invenerit homo abscondit : » idirco dicitur, non quod hoc de invidia faciat, sed quod timoré servan¬ te, et uolentis perdere, abscondat in corde sno, qnem pristinis prætulit faeultatibus. «Itcrura simile est regnum cœlornm homiui nego- tiatori, quærenti bonas magaritas. [Inventa autem un a pretiosa [al. pretiosissima] margarita, abiit et vendiclit omnia ;cpiæ habuit, et émit eam. » Ibid 45, 46. Aliis verbis idipsum quod supra dicitur. Bonæ margaritæ, quas quœrit instiLor, Lex et prophè¬ tes sunt. Audi, Marcion, audi, Manichæe: bonté margaritæ sunt Lex et prophetae, et notitia veteris Instrumenti. Uiium autem est pretiosissimum mar- 39 610 SAINT JEROME et de sa Résurrection. Après avoir trouvé cette perle, cet homme qui est dans le trafic, sem¬ blable à l'apôtre Paul, méprise comme des or¬ dures et du fumier tous les mystères de la loi et des prophètes et les cérémonies anciennes dans lesquelles il avait vécu d’une manière irré¬ préhensible ; il les méprise afin de gagner Jésus- Christ. Philipp. ni. Non que la découverte d’une nouvelle perle soit la condamnation des anciennes perles, mais c’est qu'en comparaison de cette nouvelle perle toute autre pierre pré¬ cieuse a moins de prix. « Le royaume des deux est semblable encore à un filet jeté dans la mer, et qui prend toutes sortes de poissons; et lorsqu'il est plein, les pêcheurs le tirent sur le bord, où, s’étant assis, ils choisissent les bons dans des vases et jet¬ tent dehors les mauvais. Il en sera ainsi à la fin du monde : les anges viendront, et sépareront les méchants du milieu des justes, et ils les jet¬ teront dans la fournaise du feu. Là il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Ibid. 47 et seqq. C'est l’accomplissement de cette pro¬ phétie de Jérémie, qui dit : « Voilà que je vous enverrai un grand nombre de pêcheurs. » Jérém. xyi, 16. En effet, après qu'il eut été dit à Pierre et à André, à Jacques et à Jean, fils deZébédée : « Suivez-moi, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes, » Matth. îv, 19, ils se tissèrent un filet avec les dogmes évangéliques de l’ancien et du nouveau Testament, et ils le jetèrent dans garitnm, scientia Salvatoris. et sacramentum passio- nis illius, et rcsurrectionis arcanura. Quod cum invenerit liomo negotiator, similis Pauli apostoli, omnia legis prophetarumque mysteria, et observa- tiones pristinas, in quibns inculpate vixerat, quasi purgamenta contemnit et quisquilias, ut Christum lucrifaciat. Philipp. ni. Non quo inventio novæ mar- garitæ condemnatio sit veterum magaritarum : sed quo compavatione ejus omnis alia gemma vilior sit. „ k Iterum simile estregnum cœlorum sagenæ missæ in mare, et ex omui généré piscium congregauti. Quam cum impleta esset, educentes,. et secus littus sedentes, elegerunt bonos in vasa; malos autem fo¬ ras miserunt : Sic erit in consummatione seculi exi- bunt angeli, etseparabuut malos de medio justorum, et mittent eos in caminum ignis, ibi erit fletus et stridor dentium.» Ibid. 47 et seqq. lmplcto Jeremiæ vaticinio, dicentis : « Ecce ego mittam ad vos pisca- tores multos ; » J erem xvi, 16 ; postquam audierunt Petrus et Andréas, Jacobus et Joarines, fîlii Zebedæi: « Sequiuiini me, et faciam vos piscatores hominum» Matth . îv, 19, contexucrunt sibi ex veteri et novo testamento sagenam Evaugelicorum dogmatum; et miserunt eam in mare hujus sæculi : quæ usque lio- la mer de ce siècle. Ce filet, étendu jusqu’à au¬ jourd’hui au milieu des flots, prend tout ce qu’il rencontre dans les gouffres salés et amers, c’est- à-dire les hommes bons et les hommes mé¬ chants, les poissons les meilleurs et ceux de la pire espèce; mais lorsque sera arrivée la fin et la consommation du monde, comme le Sei¬ gneur le dit lui-même plus ouvertement un peu plus bas, alors le filet sera tiré sur le bord de la mer : alors paraîtra la véritable marque des poissons qui doivent être séparés, et, comme dans un port très tranquille, les bons seront mis dans les vases des demeures célestes, tandis que les méchants serontjetés dans la géhenne, pour y être brûlés et séchés. « Avez-vous compris tout cela ? Oui Sei¬ gneur, répondirent-ils. » Ibid. 51 . Le discours s’adresse proprement aux Apôtres, et il leur est dit : « Avez-vous compris tout cela ? » Le Sei¬ gneur ne veut pas qu’ils entendent seulement comme peuple , mais qu’ils comprennent comme des maîtres futurs. « Et il ajouta : C’est pourquoi tout docteur instruit en ce qui regarde le royaume des deux est semblable à un père de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. » Ibid. 52. Les apôtres, secrétaires et notaires du Sauveur et qui gravaient dans les tables de chair de leur cœur ses paroles et ses préceptes, étaient instruits des mystères des royaumes célestes, et étant puissants par les die in raediis fhictibus tenditur, capieus de saisis et amaris gurgitibus quidquid incident, ’ÿi est, et bo¬ nos hommes et malos, et optimos pisces et pessi- mos. Cum autem vcneritconsummatio ci finis mundi, ut ipse infra manifestais dissent, tune sagena extru- hetur ad littus : tune verum secernendorùm piscium judicium [al. signum ] demonstrabitur, et quasi in quodam quietissimo portu, boni mittentur in vasa cœlestium mansionum : malos autem torrendos et exsiccanaos gehennæ flamrna suscipiet. « Intellexistis liœc omnia? Dicunt ei : Etiam. Ait illis. » Ibid. 51. Ad apostolos proprie sermo est; et illis dicitur : « Intellexistis hæc omnia: » Quoa non vult audire tantum lit populum, sed intelligere ut magistros futuros. « Ideo omnis Scriba aoctus in regno cœlorum similis est homini patvifamilias, qui profert de the- sauro suo nova et votera. » Ibid. 52. Instructi erant apostoli , Seribæ et notavii Salvatoris , qui verba illius et præcepta signabant in tabulis cordis carna- libus, regnorum cœlestium sacramentis, et pollebaut opibus patrisfamiliæ, ejicientes de thesauro doctvi- narum suarum nova et vetera : ut quidquid in Evangeho prædicabant, legis et prophetarum vocibus COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. richesses du Père de famille, ils tiraient du trésor de leurs doctrines des choses nouvelles et des choses anciennes, en sorte que tout ce qu'ils prêchaient dans l'évangile, ils le prouvaient par le témoignage de la loi et des prophètes. C’est ce qui fait dire à l'Épouse dans le Cantique des cantiques : « Je vous ai gardé, mon bien- aimé frère, les nouveaux et les anciens fruits. » Cant. vu, 13. « Lorsque Jésus eut achevé ces paraboles, il partit delà; et venant dans sa patrie, il les instruisait dans leurs synagogues, de sorte qu’étant saisis d’étonnement, ils disaient : ». Ibid. 53, 54. Après avoir dit au peuple ces para¬ boles que seuls les apôtres comprennent, il passe dans sa patrie, afin d'y enseigner plus ouvertement. « D’où vient à celui-ci cette sagesse et ces miracles ? » Prodigieuse folie des Nazaréens I Ils sont saisis d'étonnement que la Sagesse ait de la sagesse, que la Puissance môme opère des prodiges ; mais leur erreur est facile à ex¬ pliquer, en ce qu’ils conjecturent qu'il est fils d'un charpentier. « N'est-ce pas le fils d’un charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs, ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D’où vien¬ nent donc à celui-ci toutes ces choses ? Et ils étaient scandalisés à son sujet. » Ibid. 55, 56. L'erreur des Juifs est noire salut et la condam¬ nation des hérétiques. Ils prenaient Jésus-Christ tellement pour un homme, qu’ils le croyaient comprobarent. Unde et sponsa dicit in Cantico can- ticorum : « Nova et vestra, fratruelis meus, servavi tibi. » Cant. vii, 13. « Et factum est cum cousu mmasset Jésus para- bolas istas, transiit inde. Et venions in patriam [Al. terrain] suaui, docebat eos in synagoga eorura, ita ut mirarentur et dicerent. » Ibid . 53, 44. Post parabolas, quas locutus est ad populum, et quas soli apostoli intelligunt, transit in patriam suam, ut ibi apertiua doceat. « Unde huic sapientia hæc, et virtutes ? » Mira stultitia Nazarænorum : mirantur unde habeat sa- pientiam sapientia, et virtutes virtus ; sed error in promptu est, quod fabri filium suspicantur. « Nonne hic est fabri filius? nonne mater ejus dicitur Maria, et fratres ejus Jacobus et Joseph et Simon et Judas ? et sorores ejus norme omnes apud nos sunt? Unde ergo huic omnia ista? Et scandalizabantur in eo. » Ibid. 55, 56. Error Judœorum salus nostra est, et hæreticorum condemnatio. Jntantum enim cer- nebant hominem Jesum Chrislum, ut fabri putarent fUium : « Nonne hic est fabri filius ? » Miraris si m fils d'un charpentier. « N’est-il pas le fils d'un artisan ? » Eaut-il s'étonner qu'ils se trompent au sujet des frères, alors qu’ils se méprennent sur le père ? Ce passage a été exposé plus am¬ plement dans le susdit opuscule contre Helvi- dius. « Mais Jésus leur dit : Un prophète n’est sans honneur que dans sa patrie et dans sa maison. » Ibid. 57. C’est presque naturel que les habitants d’une ville soient toujours jaloux de leurs con¬ citoyens; car ils ne considèrent pas les œuvres actuelles d'un homme, mais ils se souviennent delà faiblesse de l’enfance, comme si eux-mêmes n’étaient pas arrivés à l’âge mûr par la même gradation des âges. « Et il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité. » Ibid. 58. Non qu’il ne pût faire pour ces incrédules un grand nombre de prodiges, mais de peur qu’en fai¬ sant beaucoup de miracles, il ne condamnât ses compatriotes. Cependant on peut aussi ex¬ pliquer d'une autre manière pourquoi Jésus est méprisé dans sa maison et dans sa patrie, c'est-à-dire par le peuple juif, et par suite pourquoi il fit parmi eux peu de miracles : ce fut pour qu’ils ne devinssent pas tout à fait inex¬ cusables. Mais il se fait chaque jour parmi les nations déplus grands prodiges par les Apôtres, non pas tant pour la guérison des corps que pour le salut des âmes. « En ce temps-là Hérode le Tétrarque apprit ce que la renommée publiait de Jésus, et il dit à ses serviteurs : C'est Jean-Baptiste qui est res¬ errent in fratrihus, cum errent in pâtre? Locus iste plenius in supradicto contra Helvedium lihello expo- situs est. « Jésus autem dixit eis : Non est Propheta sine honore, nisi in pa tria sua et in domo sua. » Ibid. 57. Propemodum naturale est cives semper civibus in- videro. Non enim considérant præsentia viri opéra, sed fragilis recordantur infantiæ, quasi non et ipsi per eosdem ætatum gradus ad maturam ætatem venerint. « Et non fecit ibi virtutes multas propter incredu- litatem eorum. Ibid. 5S. Non quod etiam illis incre- dulis facere non potuerit virtutes multas ; sed quod se multas faciens virtutes, cives incredulos condem- naret. Potest autem et aliter intelJigi, quod Jésus dospiciatur in domo ot in patria sua, hoc est, in populo Judæorum. Et ideo ibi pauca signa fecerit : ne penitus inexcusabiles fièrent. Majora autem signa quotidie in gentibus per apostolos facit, non tam in sanatione corporum, quam in nnimarum salute. « In illo tempore audivit Herodes Tetravcha famam Jesu, et ait pueris suis : Hic est Joannes m SAINT JÉROME. suscité d’entre les morts ; et c’est pour cela qu’il se fait par lui tant de miracles .» Matth. c. xiy, 1 , 2. IJn des . interprètes ecclésiastiques cherche à découvrir la cause pour laquelle Hé¬ rode fît des conjectures, au point de croire que Jean étaitressuscité d’entre les morts, et que pour cette raison, il se faisait par lui tant de miracles, comme si nous avions à rendre compte de l’er¬ reur d’autrui, et comme si ces paroles pouvaient fournir une occasion de soutenu1 la métempsy¬ cose , puisqu’il est certain qu’à l’époque où Jean fut décollé, le Seigneur était âgé de trente ans. Or, selon la métempsycose, les âmes n’entrent dans différents corps qu’après plu¬ sieurs périodes d'années. « Car H érode avait fait prendre Jean ; il l’a¬ vait fait lier et jeter en prison, à cause d’Héro- diade, femme de son frère Philippe ; car Jean lui disait : 11 ne vous est pas permis d’avoir cette femme. » Une vieille histoire raconte que Philippe, fils d'Hérode le grand, sous qui le Sei¬ gneur fuit en Égypte, et frère de cetHérode sous qui le Christ souffrit, épousa Hérodiade, fille du roiArètas ; mais plus tard le beau-père, ayant conçu contre son gendre une haine secrète, enleva sa fille, en dépit du premier mari, et la donna en mariage à Hérode, son ennemi. Mais qui est ce Philippe, c’est cc que nous apprend plus explicitement l’évangéliste Luc : « L’an quinzième , dit-il, de l’empire de Tibère Cé¬ sar, Ponce-Pilate étant gouverneur de la Judée ; Baptista, ipse snrrexit a mortuis : et icleo virtutes operantur in eo. Ibid, xiv, v, 1, 2. Quidam Ecclesias- ticorum interpretum causas cjuauit, quare Herodes ista sit suspicatus, ut putet a mortuis Joannem resur- rexisse, et ideo virtutes operari in eo, quasi erroris alieni nobis reddenda sit ratio, aut peTep.ÿu/yfcswç facta ex his verbis habeat occasionem, cum utique eo tempore quo Joannes decollatus est, Dominus tringinta esset annorum : aut,em post multos annorum circulos, in diversa corpora dicat animas insinuari. « Herodes enim tenuit Joannem, et alligavit eum, et posuit in carcerem propter Ilerodiadem, uxorem Philippi fratris sui. Dicebat enim illi Joannes : Non licet tibi babere eam. » Ibid. 3, 4. Vêtus narrat his- toria, Philip pu m Herqdis majoris filin m (sub quo Dominus fugit in Ægyptum), fratre m lin jus Herodis, sub quo passns est Christus, duxisse uxorem Hero- diadem filiam Arelee regis ; postea vero socerum ejns, exortis quibusdam contra generum simultati- bns, tulisse filiam suam, et in dolorem prioris ma- riti, Herodis inimici ejus nnptiis copulasse. Quis sit autem bic Philippus , evangelista Lucas plenius do- cet : « Anno quintodecimo imperii Tiberii Cæsaris, Hérode, tétrarque de la Galilée ; Philippe, son frère, de Biturée et de la province de Traoho- nite. a Luc. m, 1. Donc, Jean-Baptiste, qui était venu dans l’esprit et la vertu d'Élie, avec la 'même autorité avec laquelle le prophète avait repris Achab et Jézabel, m Reg. xxxi, reprochait à I-lérode et A Hérodiade d’avoir fait un ma¬ riage illicite, leur représentant qu'il n’est pas permis d’épouser la femme de son frère ger¬ main pendant qu’il vit encore ; il aimait mieux, en agissant ainsi, encourir la colère du roi, que d’oublier, pour la flatterie, les commandements de Dieu. « Hérode voulait donc le faire mourir, mais il craignait le peuple, parce que Jean en était re¬ gardé comme un prophète. » Ibid. 5. 11 crai¬ gnait, à la vérité, un soulèvement du peuple en faveur de Jean, qu’il savait avoir baptisé dans le Jourdain de nombreuses multitudes ; mais sa passion pour Hérodiade était si grande qu’il en était venu jusqu’à ne pas tenir compte des or¬ dres de Dieu. « Mais le jour de la naissance d'Hérode, la hile d'Hérodiade dansa devant tous les conviés , et elle plut à Hérode. » Ibid. 6. Nous ne trou¬ vons pas que personne ait célébré le jour de sa naissance, si ce n’est Hérode et Pharaon, n’y ayant rien d’étonnant que ceux dont l’impiété était égale eussent une môme solennité. « En sorte qu’il lui promit avec serment de lui donner tout ce qu'elle lui demanderait. procurante Pontio Pilato Judæam; tetrarclia autem Galilææ Ilerode ; Philippe vero fratre ejus tetrarclia lturœæ et Traconitidis regionis. » Luc. m, 1. Ergo Joannes Baptista qui venerat in spiritu et virtute Eliæ, eadem auctoritate qua ille Achab corripnernt, et Jezabel, III Reg. xxr, arguit Herodem et Hcrodia- dem, quod illicitas nuptias feccrint , et non liceat, fratre viventc gérai ano, uxorem illi us dueere : ma- lens périclitai1! apud regem, quam propter adulatïo- nem esse immemor præceptorum Dei. « Et volens ilium occidere, timuit populum : quia sicut propbetam eum habebant. » Ibid. 5. Seditionem quidem [al. guippé] populi verebatur propter Joan¬ nem, a quo sciebat turbas iu Jordane plurimas bap- tizatas; sed amore vincebatur uxoris , ob cujus ar- dorem etiam Dei præcepta neglexerat. Genes. xl. «Die autem natalis Herodis saltavit fil ia Herodia- dis in rnedio ; et placuit Herodi. » Ibid. 6. NulLum alium invenimns observasse diem natalis sui , nisi Herodem, etPharaoncm, ut quorum erat par impie- tas, esset et una solemnitas. « Unde cum juramento pollicitus est ei dare quod- cumque postulasset ab eo. At ilia præmonita a matre sua. » Ibid. 7. Ego non excuso Herodem , quod in- 613 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE. DE SAINT MATTHIEU. Cette fille, avertie auparavant par sa mère. » Ibid. 7. Je me garderai bien d'excuser Ilérode de s'ètre rendu coupable d'un homicide, à cause du serment qu'ilava.itfait; il le commit à regret et malgré lui ; peut-être jura-t-il pour préparer des machines au meurtre futur. Autrement, s'il pré¬ tend l’avoir commis h cause de son serment, je lui demanderai s’il aurait fait mourir son père ou sa mère dans le cas où cette fille aurait demandé leur mort. Il aurait donc dû ne pas tenir compte pour le prophète de ce qu'il aurait rejeté pour lui-même. « Donnez-moi présentement, dans un bassin, la tête de Jean-Baptiste. » Ibid. 8. Hérodiade, craignant qu/Hérode ne vînt un jour à résipis¬ cence, ou qu'il se réconciliât avec Philippe, son frère, et qu’ainsi fussent rompus par le divorce les liens d'un mariage illicite, avertit sa fille de demander sans retard, dans le festin même la tête de Jean-Baptiste, une danse ne pouvant être si dignement récompensée que par le sang. « Et le roi fut contristé. » Il est dans l’usage des Écritures que l'historien rapporte l’opinion d'un grand nombre conformément à ce qui était cru par tous à cette époque. De même que Joseph était appelé père de Jésus par Marie elle- même, ainsi il est dit maintenant qu’Hérode est attristé , parce que ceux qui étaient à table avec lui le pensaient. Luc. n. Car cet artisan d'homicide dissimulait la méchanceté de son âme en faisant paraître la tristesse sur son vi¬ sage, pendant qu’il ressentait de la joie dans son cœur. vitus et uolens, propter juramentum homicidium fecorit, qui ad hoc forte juravit, ut futuræ occisioni machinas præpararet. Alioquin si ob jusjurandum fecisse se dicit, si patris, si matris postuiasset inte- ritum, facturas fucrat, on non ? Quod in se ergo re- pudiaturus [al. repudiatus] fuit, contemnere debuit et in propheta. « Da mihi, inquit, hic in disco caput Joannis Bap- tisUc. » Ibid. 8. Herodias timons ne Herodes ali qu an do resipiscerct, vel Philippe fratri amicus fieret, atque illicitæ nuptiæ repudio solverentur, monet filiam, ut in ipso statim convivio, caput Joannis postulet : digno operi saltationis, dignum sanguinis præmium. « EL contristatus est rex. » Consuetudinis Scriptu- rarum est, ut opiniouem multorum sic narret liisto- rieus, quomodo eo tempore [ab omnibus credebatur. Si eut Joseph ab ipsa quoqne Maria appellabotur pater Jesu, ita et mine Herodes dicitur contristatus, quia hoc discumbentes putabant. Luc. u. Dissimula¬ tor enim mentis suæ et artifex homicidii , trislitiam præferebat in facic, cum lætitiam haberet in mente. « Propter jusjurandum autem et propter eos qui « Mais à cause du serment et de ceux qui étaient à table avec lui, il commanda qu'on la lui donnât. Il envoya trancher la tète de Jean dans la prison. » Ibid. 9, 10. ll excuse son crime par le serment, et c'est ainsi que, sous prétexte de piété, il devient impie. Mais ce qui est ajouté : « Et à cause de ceux qui étaient à table avec lui, » nous fait entendre qu’Hérode veut que tous participent à son crime, en sorte qu'on porte un plat sanglant dans un festin où régnent la luxure et l'impureté. « Et sa tête fut apportée dans un bassin, et donnée à la jeune hile, quila porta à sa mère.» Ibid. 14. Nous lisons dans l’histoire romaine que Flaminius, général romain, étant à table â côté d’une courtisane qui disait n’avoir jamais vu un homme décollé, consentit à ce qu'un cri¬ minel coupable de la peine capitale fût déca¬ pité dans le festin. Mais ce général fut chassé du Sénat par les censeurs, parce qu’il avait mêlé le sang à un repas, que pour le plaisir d’autrui il avait fait mourir un homme quoique coupable , alliant ainsi ensemble la débauche et l’homicide. Combien plus criminels sont H6- rode, Hérodiade et la jeune fille qui dansa et demanda pour récompense la tète sanglante du prophète, afin que fût en son pouvoir cette langue qui reprochait un mariage illicite. Voilà ce qui est arrivé quant à la lettre ; mais, pour nous, les Juifs ont perdu le Christ, qui est la tête des .prophètes. « Après cela ses disciples vinrent prendre son corps et l'ensevelirent. » Au rapport de Josèphe, pariter discumbobant, j assit dari. Misitque, et de- collayit Joaniiem in carcere. » Ibid. 9, 10. Scelus ex¬ cusât juramento, ut sub occasione pietatis impius fieret. Quod autem subjecit : « Et propter eos qui pariter discumbebant, » vult omues sceleris sui esse consortes, ut iu luxnrioso iinpuroque convivio cruen- tæ cpulæ deferrentur. v Et allatum est caput cjus iu disco, et datnm est puellæ, et attulit matri su®. » Ibid. 14. Legimus iu Rom ana historia, Flamimum duccmRomanum, quod accmnbcDti [al. accubanti ] juxta merctriculæ latus quæ numquam se vidisse diceret homiuem décolla¬ tion, as s en s us sit ut reus quidam capitalis cri mini s in convivio truucaretur, a ceusoribus pulsum curia, quod epnlns sanguiui misenerit, et mortem, quamvis noxii homiuis, in ulterius delicias præstiterit, ut libido et liomicidium pariter miscereutur. Qu auto sceleratior Herodes et Herodias ac pnella, quæ sal- tavit, iu pretium sanguinis caput postulat prophetæ, ut habeat in potestato liuguam, quæ illicitas miptias arguebat. Hoc juxta litteram factum sit; nos autem usque bodic cernimus iu capite Joauuis prophetæ, 6U SAINT JÉROME Jean fut décollé dans un bourg d'Arabie ; et par ce qui suit : « Ses disciples vinrent prendre son corps, » nous pouvons entendre et les dis¬ ciples de Jean lui-même et ceux du Sauveur. Et ils vinrent l'annoncer à Jésus. Jésus l’ayant appris , partit de là dans une barque, pour se retirer à l’écart dans un lieu désert. » Ibid. 13. On annonce la mort de Jean-Baptiste au Sauveur qui, à cette nouvelle, se retira dans un lieu désert ; non par crainte de la mort , comme il y en a qui le pensent, mais pour épargner ses ennemis, de peur qu’ils ajoutas¬ sent homicide à homicide ; bu bien il retarde sa mort jusqu’au jour de Pâques, où doit être immolé mystiquement un agneau dont le sang doit rougir les bois des portes des maisons des croyants ; JExod. xn ; ou bien encore il s’é¬ loigna pour nous apprendre, par son exemple, à éviter de nous exposer de nous-mêmes témé¬ rairement à la persécution, parce que tous ne persévèrent pas dans les tourments avec la même constance qu'ils ont montrée à les af¬ fronter. C’est pour cette raison que, dans un autre endroit, il fait ce commandement : « Lors¬ qu’on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. » Matth. x, 23. Aussi l’évangé¬ liste fait-il observer délicatement que le Sei¬ gneur ne fuit pas dans un lieu désert, mais qu’il s’y retira plutôt pour éviter les persécuteurs que pour les craindre. On peut encore inter¬ préter ce passage de cette manière : Après que Judæos Christum, qui caput est proplictarum, perdi- disse. « Et acceclentes discipuli ejus, t nier un t corpus ejus, et sepelierunt illud. » Refert Joseph us iu quo- dam Arabiæ oppido Joannem capite truncatum. Et quod sequitur : « Accedentes discipuli ejus, tulerunt corpus, » et ipsius Joannis , et Salvatoris discipulos possumus intelligere. « Et venientes nuntiaveruut Jesu. Quod cura au- disset Jésus, secessit inde in naviculam in locum desertum seorsum. >* Ibid. 13. Necern BaptisUe nun- tiant Salvatori', qua audita, secessit in locum deser¬ tum ; non, ut quidam arbitrante, timoré mortis, sed parcens inimicis suis , ne homicidio homicidium jungerent. Vel in dicra Paschæ suum interitum dif- ferens, in quo propter sacramentuui immolandus est agnus, et postes credentium sanguine respergendi. Exod. xu. Sive ideo recessit, ut nobis præberet exem- plum vitandæ ultro tradentium se temeritatis : quia non omnes cadem constantia persévérant in tormen- tis, qua se torquendos offerunt. Ob banc eau sam et in alio loco præcipit : « Gum vos persecuti fuerint in ista civitate, fugite in aliam. » Matth. x, 23. Ele- ganter quoque evangclista non ait, fugit in locum les Juifs et leur roi eurent tranché là tète du prophète, et que la prophétie eut perdu chez eux et la langue et la voix, Jésus passe dans le lieu désert de l’Église, qui auparavant n’avait pas eu d epoux. « Et le peuple, qui le sut, le suivit à pied de diverses villes. » 11 peut se faire aussi que le Seigneur, après avoir appris la mort de Jean, se relira pour une autre raison dans un lieu désert, alin d'éprouver la foi de oeux qui croyaient en lui. Enlin, le peuple le suivit à pied, non sur des montures ou sur des véhicules de diverses sortes, mais il souffrit la fatigue de sa propre marche, afin de montrer l’ardeur de son âme. Si nous voulons découvrir les raisons de chaque parole, nous outre-passons la brièveté du tra¬ vail que nous nous sommes proposé. Néan¬ moins, il faut dire transitoirement qu’ après que le Seigneur fut venu dans le désert, une grande multitude le suivit ; car avant qu'il vînt dans les lieux déserts des nations, il ne recevait de culte que de la part d'un seul peuple. » Et lorsqu’il sortait de la barque, il vit une foule nombreuse ; il en eut compassion, et gué¬ rit leurs malades. » Ibid. 14. Dans les paroles de l’Évangile, toujours l’esprit est joint à la lettre ; et tout ce qui, â la première vue, semble froid, s’échauffe, si on le touche. Le Seigneur était dans un lieu désert; la multitude le suivit, abandonnant ses propres villes, c’est-à-dire son ancienne manière de vivre et les variétés des desertum, sed secessit, ut persccutores vitaverit ma- gis quam timuerit. Aliter : Postquam a Judæis et rege Judæorum propbctæ truncatum est caput, et linguam ac voeem apud eos perdiditprophetia, Jésus transit in desertum Ecclesiæ locum, quæ virum ante non habuerat. « Et cum audissent turbæ, secutæ sunt eum pédes¬ tres de civitatibus. » Potest et aliam ob causam, au- dito Joannis iuteritu, secessisse in desertum locum, ut credentium probarct fidem. Denique turbæ secutæ sunt eum pedestres, non in jumentis, non in diversis vebiculis, sed proprio labore pedum , ut ardorem mentis ostendereut. Si voîumus singulonun verbo- rum aperire rationes, propositi operis brevitatem cxcedimus [al. excedemus]. Àttamon dicendum est transitoric, quod postquam Dominus venevit in de¬ sertum, secutæ sunt cum turbæ plurimæ. Nam ante- quam venirct in solitudines gentium, ab uno tantum populo colebatur. « Et ex ic ns vidit turbam multam, et miser tus est ejus, et curavit languidos covum. » Ibid. 14. In evan- gelicis sermonibus semper litteræ junctus est spiri- tus, et quidquid primo frigere videtur aspectu, si tetigeris, calot. In loco deserto erat Dominus; seen- 615 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE. DE SAINT MATTHIEU. dogmes. Mais en ce que Jésus sort, il fait enten¬ dre que la foule eut, à la vérité, la volonté de venir à lui, mais les forces lui manquèrent pour y parvenir; c’est pour cela que le Sauveur sort du lieu où il était, et va au-devant de la multi¬ tude, comme il fit aussi à l’égard d’un fils re¬ pentant dont il est parlé dans une autre para¬ bole. Luc xv. Après avoir vu la foule, il en a compassion et guérit leurs malades, afin que la foi pleine obtienne aussitôt sa récompense. « Le soir étant venu, ses disciples s’appro¬ chèrent et lui dirent : Ce lieu est désert et l’heure est déjà avancée; renvoyez le peuple, afin qu’il aille dans les villages acheter de quoi manger.» Ibid. 15. Tout ici est plein de mystère. Le Sei¬ gneur s'éloigne de la Judée; il vient dans un lieu désert, et le peuple quitte ses vüles pour le suivre; Jésus va à sa rencontre; il a compas¬ sion de lui, et guérit ses malades; et il fait cela non le matin, ni à une heure plus avancée du jour, ni à midi, mais le soir, lorsque le soleil de justice est couché. « Mais Jésus leur dit : 11 n’est pas nécessaire qu’ils y aillent. » Ibid. 16. Ils n’ont pas besoin de chercher des aliments de diverses sortes, ni de s’acheter des pains inconnus, puisqu’ils ont avec eux le Pain céleste. «Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Il pro¬ voque les Apôtres à rompre du pain au peuple, afin que, par la déclaration qu'ils feront que cela n’est pas en leur pouvoir, la grandeur du miracle devienne plus manifeste. tæ sunt cum turhæ, relinquentes civitates suas, hoc est, pristinas conversationes et veritates dogmatum. Egressus autem Jésus, siguificat quod turhæ habue- riutquidem euudi voluntatem, sed vires perveniendi non habuerint : ideo Salvator egreditur de ïoeo suo, et pergit obviam : sicut et iu alia parabola fil io pœ- nitenti occurrerat. Luc.xv. Visaque turba, miscretur et curât Jauguores eorum, ut fides plena statim præ- tnium cousequatur. «Vespere autem facto, accesserunt ad cum disci- puli ejus, dicentes : Desertus est locus, et hora jam præleriit : dimitte turbas, ut euntes iu castella, einaut sibi escas. » Ibid . 15. Omnia plena mysteciis snnt. Recedit de Judæa* venit in desertum locum : se- quuntur eum turbæ, relictis civitatibus suis : egre¬ ditur ad eos Jésus, miseretur turbis, curât languidos eorum : et hoc facit non mane, non crcscente die, non meridie, sed vespere, quando sol justitiæ oceu- buit. « Jésus autem dixit eis : Non habent necesseire. » Ibid. IG. Non habent neccsse diversos cibos quærere, et emere sibi ignotos panes, cnm secum hnbeant. ccelestem panem. « Ils lui répondirent : Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons. » Ibid. 17. Nous lisons dans un autre Évangéliste : « Il y a ici un enfant qui a cinq pains. » Joan. vi, 9. Cet enfant me semble signifier Moïse ; quant aux deux poissons qui forment un nombre pair, ou ils nous font entendre l'un et l’autre Testament, ou bien ils se rapportent à la loi et aux pro¬ phètes. Aussi les Apôtres, avant la passion du Sauveur etle splendide rayonnement de l’Évan¬ gile, n’avaient que cinq pains et lès deux petits poissons, qui étaient dans des flots salés et amers. « Apportez-les moi ici, leur dit-il.» Ibid. 18. Entends-tu, Marcion ; entends-tu, manichéen, Jésus se fait apporter les cinq pains et les deux petits poissons, afin de les sanctifier et de les multiplier. « Et après avoir commandé au peuple de s'asseoir sur l’herbe. » Ibid. 19. Selon la lettre, le sens est clair; donnons de ces paroles l’inter¬ prétation spirituelle qui nous en dévoilera les mystères. On commande au peuple de s'asseoir sur l’herbe, et, d'après un autre Évangéliste, Luc ix, sur la terre, par troupes de cinquante ou de cent, afin qu’après avoir foulé aux pieds leur chair et ses fleurs, et s’être assujetti les voluptés du siècle, en n’en faisant -pas plus de cas que de l’herbe desséchée, ils s’élèvent alors par la pénitence, qui se rapporte au nombre cinquante, au comble de la perfection, symbo¬ lisé par le nombre cent. « Date illis vos manducarc. » Provocat aposkolos ad fractionem panis, ut illis se non Iiabere testantr bus, magnitudo signi notior fiat. « Responderunt ei : Non habemus hic nisi quinque panes et duos pisccs. » Ibid. 17. In alio evnngelista legimus : « Est hic quidam puer, qui habet quinque panes; » Joan. vi, 9; qui mihi videtur significare Mo- sen: Duos autem pisces, vel utrumque intelligimua Testameutum, vel quia par numerus refertur ad Le- gem. Igitur apostoli ante passionem Salvatoris et coruscationem Evangelii fulgurantis, non hahebant nisi quinque panes et duos pisciculos, qui in saisis aquis et iu inaris fuctibus versabantur. « Qui ait eis: Àfferte mihi iilos hue. » Ibid. 18. Audi, Marcion, audi, Manichæc, quinque panes et duos pisciculos ad se afferri jubet Jésus, ut eos san- clificet atque multiphcet. « Et cum jussisset turbam discumbere super fe- mim. » Ibid. 19. Juxta litteram manifestas est sen- sus : spiritualis interprétations sacramenla panda- mus. Discumbere jnbentur supra fenum, et sccuu- dum aliurn Evangelistam, Luc. îx, supra terrain, per quinquagenos aut centenos,ut postquam calcaverint SAINT JÉROME 610 « 11 prit les cinq pains et les deux poissons ; et levant les yeux au ciel, il les bénit, les rom¬ pit et donna les pains à ses disciples. » 11 lève les yeux au ciel pour nous apprendre que c’est là que doivent être dirigés les regards. Il prit dans ses mains les cinq pains et les deux petits poissons, et il les rompit, et les donna à ses disciples. Il coule des mains du Seigneur, pen¬ dant qu’il rompt les pains, une source d’ali¬ ments. Car si ces pains fussent restés entiers, et n’eussent pas été coupés en morceaux, ni divisés en grains multiples, ils n’auraient pas pu nourrir le peuple, etles enfants etles femmes, et une si grande multitude. La loi est donc rompue avec les prophètes, et divisée en mor¬ ceaux; ses mystères sont proposés, afin que ce qui, restant ferme et entier, ne fournissait pas des aliments dans son ancien état, nourrît, en étant divisé en parties, la multitude des nations. « Et les disciples les donnèrent au peuple. Et tous mangèrent et furent rassasiés. » Ibid. 20. Le peuple reçoit du Seigneur les aliments par l’entremise des Apôtres. « Et on emporta douze corbeilles pleines des morceaux qui étaient restés.» Chacun des Apôtres remplit sa corbeille des restes du Sau¬ veur, afin ou d'avoir de quoi nourrir plus tard les nations, ou d'avoir le moyen, avec ces restes, d’apprendre que les pains, qui furent ensuite multipliés, étaient de véritables pains. On se carnem suam, et omues flores illius, et sæculi vo- luptates quasi arens feuùm sibi subjecerint, lune per quinquagenarii nu mer i poeniteutiam acl perfcctum centesimi numeri culrnen ascendant. « Acceptis quinque pauibus et duobus piscibus, aspiciens in cœlum, benedixit et fregit, et dédit dis- cipulis panes. » Aspicit in cœlum, ut illic oculos dirigendos doceat. Quinque panes et duos pisciculos sumpsit in tnanus, et fregit eos, tradiditque discipu- lis. Frangcnte Domino, seminarium fit ciborum. Si enim fuissent integri, et non in frustra discerpti, nec divisi in multiplicem segetem, turbas , et pueros, et femiuas, tantam multitudinem alere non poterant. Eraugitur ergo lex cum prophetis, et in Trusta clis- cerpitur, et ejus in medium mysteria proferuntur, ut quod integi’um et permanéns ht statu pristîno non alebat, divisum in partes alatgentium multitudinem. u Discipnli autem dederunt turbis. Et manducave- runt omnes, et saturati sunt. » Ibid. 20. Turbæ a Domino per apostolos alimenta suscipiunt. « Et tulernnt reliquias duodecim cophinos frag- mentorum pleuos. » Unnsquisque apostolorum de reliquiis Salvatoris iinplet copliinum suum, ut vel habeat unde postea gentibus cibum præbeat, vel ex reliquiis doceat veros fuisse paues, qui postea mul- demande eu même temps comment, dans un dé¬ sert et dans une solitude si vaste, on ne trouve que cinq pains et deux petits poissons, tandis qu’on rencontre si facilement douze corbeilles. « Or ceux qui mangèrent étaient au nombre de cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.» Ibid. 21. Selon le nombre des cinq pains, il se trouvait une multitude de cinq mille hommes qui mangeaient; car, d’après ce qui est rapporté dans un autre passage, elle n’était pas encore arrivée au nombre septénaire; là figurent quatre mille seulement, encore un nombre mystérieux qui rappelle celui des Evangiles. Ces cinq mille hommes qui mangent sont ceux qui étaient arrivés à l’état d’hommes parfaits, et qui suivaient Celui dont Zacharie dit : « Voilà l’homme qui a pour nom Orient. » Zach. yï, 12. Quant aux femmes et aux enfants, qui composent le sexe fragile et l’âge mineur, ils ne sont pas dignes d’être comptés. .Aussi, toutes les fois que dans le livre des Nombres on fait le recensement des prêtres, des lévites et de la multitude des hommes qui doiventmar- cher au combat, on ne fait mention ni des femmes, ni des enfants, ni du menu peuple, comme ne valant pas la peine d’être dénom¬ brés. « Et aussitôt Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque, et à passer avant lui de l’autre côté de la mer, pendant qu’il ren- tiplicati suut. Et simul quære, quoniodo in eremo et in tam vasta solitudine panes non inveniantur, nisi quinque tantum, et duo pisciculi, et tam facile duodecim cophini reperiantur. « Alanducantium autem fuit numerus quinque millia virorum, exccptis mulieribus et parvnlis. » Ibid, 21. Juxta numerum quiuque panum, et comc- dentium virorum quinque millium multitudo est. Necdum euim secundum alterius locl narrationem ad septenarium numerum veuerat, quem qui come- dunt, quatuor millia sunt, vicina Evaugeliorum numéro. Comedunt autem quinque millia virorum qui in perfectum virum creverant, et sequabantur eum, de quo dicit Zacharias : « Ecce vir, Oriens nom eu ojus. » Zach. vr, 12. Mulieres, autem et par- vuli, sexus fragilis et æstas minor, numéro iudigni s tint. Dnde et in Numerorum libro cjuoties sacerdo- tes atque Levitæ, et exercitus yel turbæ pugnantium dcscribuutur, servi et mulieres, et pavvuli, et vulgus ignobile absque numéro pvætermittitur. « Et stalim compulit Jésus discipulos suos ascen- dere in naviculam, et præcederc cum trans fretum, . douce dimitteret turbas. » Ibid. 22. Discipulis præce- pit trunsfretore, et compulit ut asceuderent navicu¬ lam : quo sermonc ostenditur invitos eos a Domino COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 617 verrait le peuple. » Ibid. 22. 11 ordonna aux dis¬ ciples de passer de l’autre côté de l'eau, et les obligea A monter dans la barque ; ce qui fait voir que les disciples s’étaient éloignés à regret du Seigneur, ne voulant pas, par amour pour leur Maître, être séparés de Lui, même un seul instant. « Après avoir renvoyé la foule, il monta seul sur une montagne pour prier; et le soir étant venu, il se trouva seul en ce lieu. » Ibid. 23. Si les disciples Pierre, Jacques et Jean, qui avaient vu la gloire de sa transfiguration, se fussent trouvés avec Lui, peut-être seraient-ils montés avec lui sur la montagne ; mais la foule est inca¬ pable de suivre le Seigneur sur des lieux élevés, s’il ne l'a enseignée sur le bord de la mer, et nourrie dans le désert. Or, en cc qu'il monta seul sur une montagne pour prier, ne rappor¬ tez pas cela A celui qui, avec cinq pains nour¬ rit cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, mais A celui qui, ayant appris la mort de Jean, se retira dans un lieu désert, non que nous admettions deux personnes dans le Seigneur, mais nous distinguons les œuvres qui doivent être attribuées A sa divinité de celles qui procèdent de son humanité. « Cependant la barque était battue par les flots au milieu de la mer, car le vent était con¬ traire. » Ibid. 24. Les Apôtres s’étaient éloignés du Seigneur bien A regret et comme malgré eux ; car ils craignaient de faire naufrage en son absence. Enfin, tandis que le Seigneur reste recessisse : dum amore præceptoris ne punctum quidem temporis ab eo vohmt separari. « Et dimissa turba, ascendit ia montera solus orare. Vespere au tem facto solus crat ibi. » Ibid. 23. Si fuissent cum eo discipnli Petrus, et Jacobus et Joannes, qui viderant gloriam transformai1/ forsi- tau asceodissent in montera cum eo ; sed turba ad sublimia sequi non potest, nisi docuerit eam juxta marc in littore, et aluevit in deserto. Quod autom ascendit solus orare, non ad eum referas qui do quioque pauibus quinque millia saturavit homiuum, exceptis parvulis et mulierîbus ; sed ad eum qui, audita morte Joannis, secessit in solitudiuem, non quod perso nam Donnai séparera us, sed quod opéra ejus inter Deum et homincm divisa sint. « Navicula autem in medio mari jactabatur fiucti- bns : erat en ira contrarias voatus. » Ibid . 24. ïtecte quasi iaviti, et rétractantes apostoli a Domino rc- cesserant, ne illo absente/ nanfragia sustincrent. Denique Domino in montis cacumiue.commorante, stalim ventus contrarius oritur, et turba t mare, et périclitante apostoli, et tamdiu im minons naufra gium persévérât, quamdiu Jésus vernat. sur le sommet de la montagne, il sc lève sou¬ dain un vent contraire qui trouble la mer et met en danger les Apôtres, et le naufrage per¬ siste. A être imminent, juqu’A ce que Jésus vienne. v vfiï'ceaOa'. yeîpocç, etc. Juxla rectum rationem nostras actioncs purgare conemuv ; et sic animorum manus lavarc, etc. 620 SAINT JEROME pour garder la tradition des hommes vous né¬ gligez les préceptes clu Seigneur, osez-vous accuser mes disciples de faire peu de cas des prescriptions des anciens pour observer les ordres de Dieu ? « Car Dieu a dit : Honore ton père et ta mère, et quiconque maudira son père ou sa mère mourra de mort. Mais vous, vous dites : Qui¬ conque dit à son père ou sa mère : tout don que j'offre tournera à votre profit, et cepen¬ dant il n’honorera point son père ou sa mère, et ainsi vous avez détruit le commandement du Seigneur pour votre tradition. Hypocrites, c’est bien justement qu’Isaïe a prophétisé de vous, en disant : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est bien loin de moi. Exod. xx ; Levit xx ; et vain est le culte qu’ils me rendent, quand ils enseignent des doctrines et des or¬ donnances humaines. u Et ayant appelé à lui le peuple, il leur dit : Écoutez et comprenez. » Matth. xv, 4 et seqq. L’honneur, dans l’Écriture, ne consiste pas tant à saluer et à rendre les devoirs qu'à secourir et à assister de ses aumônes. Exod. xx, xxi ; Lev . xx. « Honorez, » dit l’Apôtre, «les veuves, celles qui le sont véritablement. » I Tim. v, 3 ; loi, honneur s’entend pour assistance. Et en un autre endroit : « Les prêtres doivent être dou¬ blement honorés, surtout ceux qui s'emploient dans la parole et renseignement divin. » Ibid, il. Et par ce précepte nous sommes avisés de ne point fermer la bouche au bœuf qui tra¬ vaille, et que l’ouvrier mérite sa récompense. Dent, xxv ; Luç. x. En vue de l’affaiblissement, du grand âge ou de l’indigence des parents, le Seigneur avait commandé aux fils d’honorer leurs parents, môme en subvenant aux besoins de leur existence. Cette sage prévoyance de la loi du Seigneur, les scribes et les pharisiens la voulant éluder et établir l’impiété sous les de¬ hors d’une piété coupable, apprirent aux mé¬ chants iils à offrir à Dieu, qui est le vrai Père, « Ipse autem respoadens, ait illis : Quare et vos trangTedimiui mandatant Dei, propter traditionem vestram ? » Falsam calumniam vera responsioue con- futat. Cuin, inquit, vos propter traditionem horni- num præcepta Doininim negligatis, quare discipulos tneos arguendos putatis, quod seniorum jussa parvi- pendant, ut Dei scita custodiaut? « Nam De us dixit : Houora patrom et matrem, et qui maleclixerit patrï vel matri, morte moriatur. Vos autem dicitis : Quicumque dixerit patri vel matri : rnunus quodeumque est ex me, tibi proderit, etuou houorificabit patrem suum, ant matrem suam, ctirri- tum fecistis mandatnm Dei propter traditionem ves¬ tram. Hypocritæ, beue prophetavit de vobis Isaias, dicens : Populus hic labiis me honorât; cor autem eorum louge est a me. Exod. xx, Levit. xx. Siue causa autem coluut me, doceutes doctrinas et man¬ data bominum. Et convocatis ad se tnrbis, dixit eis : Audite et intelligite. « Matth. xv, 4 et seqq. ïïonor in Scripturis non tantum in salutationibus et officiis deferendis, quantum in eleemosynis ac munerum oblatione senti tnr. Exod. xx et xxi, et Lev. xx. « Ho¬ nora, » inquit Apostolus, « viduas, quæ vere viduæ sunt; » 1 Tim. v, 3 ; hic honor donum intelligitur. Et in alio loco : « Presbyteri duplici honore honorandi, maxime qui laborant iu verbo et doctrina Dei. » Ibid, i 7. Et per hoc . manclatum jubemur, ut bovi triturnnti os uou claudamus. Deut.xxv. Et dignus sit operariusmercede sua. Luc. x. Præceperat Deminus, vel imbecillitates, vel œLates, vel pemiriao parentum considerans, ut fdii honorarent, etiam in vitæ neces- sariis ministrandis, parentes snos. Hanc proviclen- tissimam Dei logem (a) volentes Scribæ et Pharisæi subvertere, ut impietatem su b nomine pietatis indu- cerent, docueruut pessimos fiLios, ut si quis ea quæ parentibus offerencla sunt, Deo vovere (voluerit qui verus est Pater), oblatio Dommi præponatur paren¬ tum mtmeribus : vel certe ipsi parentes, quæ Deo (a) Stricte nicronymus adhæret Adnmantio, quem in crudîtissima loci perquam obscuri, varieque ab interpretibus acccpti exposi- tione operæ pretium sit Latine saltcm contulissc. « Pharisæi, » inquit, « et scribæ talcm Lcgi contrariam traditionem prodiderunt, obscurius in Evangclio expressam, quani ne nos qnidem fuissemus assccuti, nisi aliqnis ex llebræis tradklissct nobis ea quæ ad hune locum pertinent, sic se lmbentia. Contingit nonnumqunm, » inquit, « ut fcneratorcs cuni iu difficiles debi tores incidunt, qui possunt quidem, sed uolunt debitum reddere, debitum in pauperum rationcm consccrcnt, quibus in gafcophylacium pccunia mittebatuv pvo viribus, a b unoquoque ^orum qui volcbanfc cum illis bona communicavc. Dicebant autem nomuimquani debitoribus sua lingua, Cor ban est id quod mihi debcs, hoc est, donum ; dedicavi cnim illud pauperibus in rationcm pietatis erga Bcum. Deindc debitor tamquam non hominibus ampliuf,sed Deo debens, suæquc erga ilium pietati, veluti illuc concludebatur, ut etiam uolens debitum referret, non amplius feneratori, sed jam Deo in rationcm pauperum, nomine feneratoris. Quod igitur fcncrator facicbat creditovi, illud idem noimulli quaudoquo filii faciebant parentibus, diccbantque illis : Illud quod a me adjutus fuisses, pater vel mater, scito te acccpturum c.Corban, de rationc pauperum Deo consecratovum. Deindc audientes parentes Corban esse Deo consecratum, id quod sibi dandum crat, non amplius a filiis accipcre volebant, ctiamsi rébus necessariis magnopere indigerent. Talem ergo traditionem scniorcs apnd plcbcios proferebaut; quicumque dixerit patri -vel matri. id quod alicui eorum daudum evat, Corban esse, et donum, cum non amplius debitorem esse patri vol matri ad suppeditauda illi vitæ ncccssaria. Hanc igitur traditionem Servator reprclicudit, non velutsanam, sed Dei maudato advcvsantem. Nam si Dcus client : JJo'nora patrem, et matrem, dicebat autem traditio : Non débet lionorarc patrem et matrem largitioue, qui id quod daturus erut parentibus, Deo, ut Corban consceravit : manifestum est fuisse vescissum præceptum Dei de honore parentum, Pharisæorum et Scribarum traditionc, diccnte non amplius cum d obère patrem lionorarc et matrem, qui Deo semel eonsecraveri t id quod acccpissent parentes. Et Pharisæi, utpote avari, ea doccbant, ut sub pau¬ perum specie ea etiam accipercnt, quæ parentibus alicujus danda erant. « (Edit. Miyn.) COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. ce qu’ils auraient à donner aux parents, l’obla¬ tion à Dieu primant toute autre offrande ; de sorte que, pour ne point devenir criminels et sacrilèges, les parents renonçaient a ce qu’ils savaient être donné a Dieu, et se consumaient de faim' et de misère ; et ainsi il arrivait qu’à l’oc¬ casion du temple du Seigneur, ces offrandes des fils allaient grossir le trésor de ses prêtres. Cette déplorable tradition des pharisiens avait encore une autre origine, beaucoup de créan¬ ciers chargés de dettes et ne voulant pas resti¬ tuer ce qui leur avait été prêté, confiaient aux prêtres la somme exigée, pour qu’elle fut em¬ ployée dans les divers offices du temple ou à leur usage. Cette parole peut encore avoir ce sens : « Le don que j’offrirai tournera à votre profit : » Vous invitez, dit- il, les fils à dire à leurs parents : Tout ce que je devais offrir de présents au Seigneur, je l’emploie en aliments pour vous, cela vous profite, ô mon Père, ô ma mère; de telle sorte que ceux-ci, craignant de recevoir ce qu’ils croient être la part du Sei¬ gneur , aimaient mieux passer leur vie dans l’indigence que se nourrir de biens consacrés. «Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais ce qui sort de la bouche ; voilà ce qui souille l’homme. » Matth. xv, 1 1 . Le mot communication semble être spé¬ cial aux saintes Écritures et n’est point passé dans la langue vulgaire. Le peuple juif, orgueil¬ leux de se dire l’héritage de Dieu, appelle ali- consecrata cemebant, ne sacrilegii crimen incurre- rent, déclinantes , egestate conficiebantur. Atque ita fiebat ni oblatio liberornm, sub occasione templi Dei, in sacerdotmn 1 liera cederet. Ilæc pessima Plia- risæorum traditio, de alia veniebat occasione. Multi habentes obligatos ære alieno, et nolentes sibi cre- ditum reddere, delegabant saccrdotibus, ut exacta pecunia ministeriis templi et eorum usibus deservi- ret. Potestautem et hune breviter liabere sensurn. (CM un u s quod ex me est, tibi proderit : » Compelli- tis, inquit, filios, ut dicant paventibus suis : quod- curnque donum oblaturus eram Deo, in tuos consu- mo cibos, tibique prodest, o pater, mater, ut illi timentes accipore quod Deo mancipatum videant, inopem magis velint vitam ducere, qnam comedere de consecratis. « Non quod intrat in os communicat hominem : sed quod procedit ex ore, hoc communicat homi¬ nem. » Ibid. H. Verbuin « communicat, » pvoprie Scriptu raruni est, et publico sermon e non {a) teritur. Populus Judaeorum partem Dei esse se jactitans ments communs ceux dont use la généralité des hommes, ainsi sont la chair du porc , l’huître, le lièvre et tous animaux de ce genre, dont l’ongle n’est point fendu, et les non. ru¬ minants; les coquillages ne comptent point non plus parmi les poissons. Voilà pourquoi il est dit dans les Actes des Apôtres : « Ne regarde pas comme commun ce que Dieu a sanctifié.» Act. x, 15. Ce qui est donc commun et en usage parmi les hommes, et partant comme retranché de l’héritage de Dieu, est regardé comme im¬ monde. « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais c’est ce qui sort de sa bouche qui souille l’homme. » Le lecteur avisé dira donc : Si ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, pour¬ quoi n’usons-nous pas des viandes offertes aux idoles? Mais l’Apôtre dit : «Vous ne pouvez participer à la fois au calice du Seigneur et à celui des démons. » ï Cor. x, 20. Sachons, par conséquent, qae ce ne sont point les aliments eux-mêmes, ni rien de ce que le Seigneur a fait qui est impur, mais qu’ils sont rendus tels par l’invocation des démons et des idoles. « Alors ses disciples s’approchant lui dirent : Savez-vous que les pharisiens, en entendant votre discours, ont été scandalisés? » Matth. xv, 12. Par cette parole se trouvait condamnée toute cette superstition des Juifs, qui faisaient entière¬ ment consister leur religion dans le choix et la distinction des viandes. Mais parce qu’il est très communes cibos vocat, quibus omnes utuntur homi- nes. Verbi gratia, snillam carnem, ostreas, lepores, et istiusmodi animantia quæ ungulam non findunt ; nec ruminant, nec squamosa in piscibus sunt. Unde et in Actibus Apostolorum scriptum est : « Quod Deus sanctificavit, tu ne commune dixeris. » Act. x, 15. Commune ergo, quod cæteris hominibus palet, et quasi non est de parte Dei, pro immundo appel- latur. « Non quod intrat in os communicat liomi- nem : sed quod procedit ex ore hoc coinquinat ho_ miuem. » Opponat prudens Jector, et dicat : Si quod intrat in os non coinquinat hominem, quare idolo- thytis non vescimur ? Et Àp os toi us scribit : « Non potestis calicem Domini bibere, etcalicem dæmonio- rum. » I Cor. x, 20. Sciendum igitur quod ipsi qui- dem cibi, et Dei creatnra per se omnis munda sit : sed idolorum ac dæmonum invocatio ea faciat im- munda. « Time accedentes discipuli ejus, dixernnt ei : Scis quia Pharisæi, audito verbo hoc, scundalizati sunt?» Ibid. 12. Ex uno sermone omnis superstitio observa- {a) Alibi tenetur. Porro iu veteri Evangelior. Ycroncnsi ms. pro communicat altero tantum loco est, inquinat : \ice Yersa inferius, ubi le x tus iste reeurrit, coinquinat primo loco est in uno Palatino. in altero communicat. SAINT JÉROME 622 souvent question dans les saintes Écritures de scandale, disons un mot de sa signification. cxwXov et scandale, que nous rendons par « pierre d'achoppement, » c’est tout choc, tout embarras pour notre pied. Lorsque donc nous lisons : Quiconque aura scandalisé quel qu'il soit de tous ces plus petits, nous entendons celui qui, par parole ou par action, aura été à quelqu’un une occasion de chute. « Mais il répond en disant : Toute plantation que mon Père céleste n’a point faite sera arra¬ chée. » Matth, xv, 12. Les choses mêmes qui pa¬ raissent claires dans les Écritures sont pleines de difficultés. « Toute plantation, » dit-il, « que n’a point faite mon Père céleste sera arrachée.» Elle sera donc arrachée aussi celle dont l'Apôtre dit : « J’ai planté, Apollon a arrosé. » I Cor. m, 6. Mais Ta question est résolue par ce qui suit : « Mais Dieu a donné l’accroissement. » Ibid. 9. 11 dit encorç lui-même : « Vous êtes le champ que Dieu cultive, l’édifice que Dieu bâtit.» \ Cor. iii, 9. Et encore : « Nous sommes les coopéra¬ teurs de Dieu. » S'ils sont les coopérateurs, c’est donc Dieu qui plante et qui arrose avec Paul qui plante, et avec Apollon qui arrose. Abusant de ce passage, quelques-uns insinuent qu’il y a des plantations de diverses natures : Si la plante, tionum Judaicarum fuerat elisa; qui iu cibis sumen- dis abominandisque, religionem suam sitam arbilra- bantur [al. arbitmntur], Et quia crebro teritur in Ecclesiasticis Scripturis, «scandalum,» breviter di- camus quid significet (a). SxûXov et scandalum, nos « offendiculum, » vel ruinam et impactionem pedis possumus dicere. Quando ergo legimus : Quicum- que de minimis istis scandalizaverit querapiam, hoc intelligimus, qui dicto factove occasionem ruinæ cuiquam dederit. « At ille respondens, ait : Omnis plantatio quam non plantavit Pater meus ccelis, eradicabitnr. » Matth. xv, 13.Etiam quæ plana videntur in Scripturis, plena sunt quæstionibus.«Omnis, » inquit, « plantatio quam non plantavit Pater meus cœlestis, eradicabitur. » Ergo eradicabitur et ilia plantatio, de qua Apostolus ait : « Ego plantavi, Apollo rigavit. » I Cor. in, 6. Sed solvitur quæstio ex ea quod (b) sequitur : « Deus nutem incrementum dédit. » Ibid. 0. Dicit et ipse : disent-ils, que le Père n’a point plantée doit être arrachée, celle donc qu’il a plantée lui-même ne peut être arrachée. Mais qu’ils écoutent cette parole de Jérémie : «Je vous ai plantés comme une vigne véritable, comment vous êtes- vous changés en une vigne étrangère et amère? » Jérém. n, 21. Oui, Dieu a planté, et ce qu’il a planté personne ne peut l’arracher; mais comme la stabilité du plant est laissée au pouvoir de son libre arbitre, il n’y a personne qui puisse l’arracher, à moins qu’il n’y consente lui-même. « Laissez -les, ce sont des aveugles et des con¬ ducteurs d’aveugles. Or, si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse. » Ibid. 14. C’est aussi ce qu’a recomman¬ dé l’Apôtre : « Evite l’homme hérétique après une première et une seconde admonition, sa¬ chant qu’un tel homme est perverti et con¬ damné par son propre jugement. » TU. iii, 10. C’est en ce sens que le Sauveur même a pres¬ crit d’abandonner â eux-mêmes ces docteurs iniques, sachant combien difficilement ils peu¬ vent être amenés à la vérité; ils sont aveugles, et ils entraînent dans l'erreur le peuple aveuglé. « Or, Pierre répondant lui dit : Expliquez-nous cette parabole. Mais il dit : Et vous aussi , êtes- vous encore sans intelligence ? » Matth. xv, 1 B, 1 6. «Dei agricultnra, Dei ædificatio estis. » ï Cor . m, 9. Et : « Cooperatores Dei sumiis. » Si autem coopera¬ tores : igitur plantante Paulo, et rig’ante Apollo, Deus cum cooperatoribus [al. opéra toribus] suis plantât et rigat. Abutuntur boc loco qui di versas natures intro- ducunt, dicentes : Si plantatio quam non plantavit Pater, eradicabitur ; ergo quam plantavit ille, non potest eradicari. Sed audiant illud Jeremiæ: «Ego vos plantavi vineam veram, quomodo versi estis in amaritudinem vitis alienæ?» Jerem. u, 21. Plantavit quidem Deus, et nemo potest eradicare plantatio- nem ejus. Sed quoniam ista plautatio in voluntate proprii arbilrii est, nullus alius eam eradicare poterit, nisi ipsa præbuerit assensum, « Sinite illos, cæci sunt, duces cæcorum. Cæcus aulem si cæco ducatum præstet, ambo in foveam cadunt, » Ibid A b. Hoc est quod Apostolus præceperat : « Hæreticum liomiuem postunam et altéra tn correp- tionem devita, sciens quod perversus sit hujuscemo- (а) Nostri omnes mss. Scolon præfernnt Latînis litteris, ad quorum fidem et copulam pro est verbo substituimus, ipso fidejussorc S, Pâtre lib. n Dialog. contra Pelagianos n. 15. Nisi, inquit, fallor, crzwXov et ar.avùaXov apud Gi'æcos ex offeneione et ruina nomen accepit. MarLianæus a/.oXov, aut az-oX^ov cum aecentu in penultima ’vitiose prætcrea legit. — Ausus est Marianus Yictorius hune locum mutarc absque suffragio coxlicum manuscriptorum; et pro crxoXov yc! oxoX'.ûv substitucrc Tipoo/oppa et axavSaXov. Infra quoque mutât edilione sua contcxtum Yulgatum Üieronymi diccntis : Quamvis enim tenuis humor et liguons esca ; cum in venis , etc. Quid sit autem scolon , quod legitur io mss. Codicibus, sive o/.oX^ov cum accentu in penultima, scire possumus ex \erbo axoXuko, quod signifient intorguea , tortuosum et pramtm reddo. Quæ enim sunt pravnta et tortuosa, ofiendiculnm præbcnt atque ruinam, sive pedis impactionem, secundum Hicronymi annotationem. Apud Isaiani, enmt prava in dirccta, etc. Mart. (б) Antea orat ex eo guod scribitur, et paulo post rigante Apolline, pro Apollo , quod nomen est indeclinabile in nostris mss. Yictorius prætcrea mox et in eodem loco legit pro alio, quod hæc mutuo inter se juncta putarit testimonia I Cor. m 623 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. Ce qui avait été dit clairement et paraissait à dé¬ couvert, semble à l’apôtre Pierre émis en pa¬ rabole, et il cherche une interprétation cachée dans une chose manifeste. Aussi il est repris par le Seigneur de ce qu’il prend pour une pa¬ rabole ce qu’il vient d’exposer sans obscurité. Voyons en cela l’imperfection de l’auditeur qui prétend voir à découvert ce qui est obscur, ou trouve plein d’obscurités ce qui est transparent et manifeste. « Ne comprenez- vous pas qqe tout ce qui est entré dans la bouche va a q ventre et est rejeté en un lieu secret? mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et voilà ce qui souille l’homme. « Ibid. 17, 18. Il n’est pas de passage des Évangiles qui ne soit plein de scandale pour les yeux des hérétiques et des méchants. Par¬ tant de cette proposition, quelques-uns sou¬ tiennent à tort que le Seigneur, dans l’igno¬ rance de l'organisme physique, pense que tous les aliments vont dans le ventre et se dirigent au dehors, quand aussitôt ils se répandent et se distribuent à travers les membres, les veines, les nerfs et jusque dans la moelle des os. di, et a semeptipso damnatus. » Tit. ni, 10. In hune sensum et Salvator præcepit doctores pessimos di- mittendos arbitrio suo, sciens eo3 difficulté)’ ad veri- tatem posse trahi, et cæcos esse, et cæcum populum in errorem trahere. « Respondens autem Petrus, dixit ei : Edissere nobisparabolam istam. At illedixit: Adhuc etvossine intellectuesti? » léûL15, lG.Quodaperte dicLumfuerat, et patebat auditui, apostoJus Petrus per parabolam dictum putat, et in re manifesta mysticani quærit intelligentiam. Corripitnrque a Domino, qnarc para- bolice dictum putet, quod perspicue locutus est. Ex quo animadvertimus vitiosum esse auditorem, qui aut obscura manifeste, aut manifeste dicta obscure velit intelligere. « Non iutclligitis, quia onme quod in os intrat, in ventrem vadit, et in secessum emittitur ? Quæ au8em procedunt de ore, de corde excunt, et ea coinqui- nanthominem? Matth. xv, 17, 18. Omnia Evange- liorum loca apud haereticos et perversos plena sunt scandalis. Et ex hac sententiola quidam calumnian- tur, quod Dominns physicæ disputationis ignarus, Aussi n’en voit-on pas en nombre dont l'estomac malade, et ne pouvant rien supporter, rejettent, aussitôt après leur repas, tout ce qu’ils ont pris et qui cependant sont d’un embonpoint sen¬ sible ; c'est parce qu’au premier contact, le boire et le manger, rendus liquides, se sont por¬ tés dans les membres. C'est ainsi quecette sorte d’hommes révèlent leur ignorance en voulant démontrer celle d’autrui... Quand donc, quoi¬ que légère et liquide, la nourriture est réduite et digérée dans les veines et les membres, elle trouve ces passages secrets du corps que les Grecs appellent pores, pour descendre aux par¬ ties intérieures et être rejetée. « C’est du cœur, en effet, que sortent les pen¬ sées mauvaises, les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes ; c’est là ce qui souille l’homme ; mais manger sans avoir lavé ses mains, cela ne souille pas l’homme. » Matth. xv, 19, 20. Les pensées mauvaises, dit-il, viennent du cœur. Le chef de l’àme n’est donc pas dans le cerveau, comme le veut Platon, mais d’après le Christ, if est dans le cœur. Ce passage donc doit confondre putet omnes cibos in ventrem ire, et in secessum digeri [al. dirigi] : cum statim infusæ escæ per artus et venas ac medullas, nervosque fundantur. Unde et multos, qui vitio stomaolii perpetem sustinent vomi- tum, post cœnas et prandia, statim evomere quod ingesserinf, et tamen corpulentos esse : quia ad pri- mum tactum liquidior cibns et potus per membra fundantur. Sed istiusmodi bomiues dum volunt alte- rius imperitiam reprehendere, ostendunt suam. Quamvis enim tenuis humoret liquens esca(û), eum in venis et artubus concocta fuerit et digesta, per occultos meatus c.orporis, quos Græci 7oîpouç vocant, ad inferiora dilabitur, et in secessum vadit. « De corde enim exeunt cogitationes malæ, homi- cidia, aduiteria,fornicationes, farta, falsa testimonia, blasphemiæ : hæc sunt quæ coinquinant hominem. Non lotis autem manibus mauducare, non coinquinat hominem. » Matth. xv, 19, 20. De corde, inquit, ex¬ eunt cogitationes malæ. Ergo animæ (b) principale non secunclum Platonem in cerebro, sed juxta Chris- tum in corde est : et arguendi ex hac sententia sunt, qui cogitationes a diabolo immitti putant, et non ex (a) Supplet Yictorius, i?i corpus fundatur tamen, si ne quibus sibi visus est sensus laborare. A_t neque mss. suffragantuv, neque rêvera sensus dispendiuni est. (ô) JDiximus hac de re ad cpïst, Gi ad Pabiolam initio : quibus paria babet Hieronymus lib. I contra Jovioianum ad Cantici versic. Fratruelis meus mihi, et ego illi, in medio uberum mcorum commo^abitur : in principali , inquit, cor dis, ubi sej'mo Dei habet hospiiium. Concimmt porro ex Ecclcsiasticis auctoribus pleriquc. Origenes Homil. 9 in Exodum : Potest intra se agere pontifie atum pars ilia, quæ in eo estpretiosissima omnium, quod quidam Principale cordis appe liant, alii rationalem sensum, aut intellectua- lem substantium , vel quôcumque modo appellari potest in nobis porlio nostri ilia, per quam capaces esse possüntus Dei . Tertul- lianus passim, ut Iibro de Resurrectionc carnis cap. 15, Hegemonicon (sic Grœcc ^y-p.OVC/.ov dicitur Principale) animæ in corde conseeratum esse, multis Scrîpturæ testimoniis probat. His ad de Phi Ion em in Opusc. de eo quod deierius potim'i insidietur; Nisse- num.Orat- 1 de Resurrect. Chrisii ; Theodoritum, acrm. 3 de Providcntia, aliosque. Contra Lactantius, lib. i de Opific. Dei cap. 16, in ancipiti reliquit, utrum in corde, an in cerebro stet. Plato autem, quem Hieronymus réfutât, proprie constitucbat in capitc, sive in summo corporis nostri : undo animam vocabat Èyx^paXov. (Edit. Mign.) 624 SAINT JÉROME ceux qui pensent que les mauvaises pensées viennent du diable, et non du fond de la vo¬ lonté propre. Le diable peut être l'auxiliaire et le fauteur des pensées mauvaises, il ne peut en être l'inspirateur. Quoiqu'il soit toujours aux aguets et à tendre des pièges, et que, par ses exci¬ tations, il active à leur naissance toutes nos pensées, nous ne devons pas conclure qu'il pé¬ nètre dans les secrets du cœur, mais que c'est par l'état du corps et son attitude qu'il juge de ce qui se passe en nous; ainsi, s'il nous voit regarder fréquemment une belle femme, il com¬ prend que notre cœur est blessé par le trait de l’amour. « Jésus étant parti de là, s’en alla du côté de Tyr et dé Sidon. Et voilà qu’une femme cha- nanêenne, sortie de ces contrées, s'écria en lui disant. » Matth. xy, 21, 22. Ayant laissé les scribes et les pharisiens calomniateurs, il passe dans les terres de Tyr et de Sidon, afin de gué¬ rir les Ty riens et les Sidoniens. Or, une femme chananéenne sort de ces contrées, jadis les siennes , afin d’obtenir par ses cris la santé de sa fille. Remarquez que la fille de la chana- nôenne est guérie la quinzième. «Ayez pitié de moi, Seigneur, Fils de David.» Si elle a appris à l’ appeler Fils de David, c’est parce que déjà sortie de ses frontières , elle avait déposé l’erreur des Tyriens et des Sido¬ niens, en changeant do lieu et de foi. propria nasci voluntate. Diabolus adjutor et incenlor malarnm cogitationum potest esse, an cto r esse non potest. Sin autern semper in însidiis positus, levem cogitationum nostrarum scintillam suis fomitibus in- bammarit, non debemus opinari eum cordis quoque occulta rimari, sed ex corporis habitu, et gestibus æstimare quid versemus intrinsecus. Verbi gratia : Si pulchram vnulierem nos crebro viderit inspiccre, intellcgit cor arnoris jaculo vulneratum. « Et egressus inde Jésus, secessit in partes Tyri et Sidonis. Et ecce mulier Cbananæa a fînibus illis egressa clamavit, dicens ei. » Ibid. 21, 22. Scribis et Pharisæis calumniatoribus derelictis, transgreditur in partes Tyri et Sidonis, ut Tyrios, Sidoniosque eu- raret. Mulier autem Cbananæa egreditur de fînibus pristinis, ut clamans filiæ impetret sauitatem. Ob¬ serva quod in quinto decimo loco filia Cliananææ sanetur. a Miserere mei, Domine, fili David. »lndenovitvocare fdium David, quia egressa jam fuerai de fiuibus suis, et errorem Tyriorum ac Sidoniorum loci ac fîdei commutatione dimiserat. « Ma fille est cruellement tourmentée parle démon. » Je vois en cette fille de la chana- nèenne les âmes des croyants, âmes cruellement tourmentées par le démon, tant qu’elles mé¬ connaissaient leur créateur et adoraient la pierre. « 11 ne lui répondit pas une parole; » non point par fierté pharisaïquenipar sotte hauteur, comme chez les scribes, mais pour ne point paraître contrevenir lui-même à la règle posée par lui : « Vous n’irez pas vers les gentils et vous n’entrerez pas dans les villes des Samari¬ tains. » Matth. x, 5. Il ne voulait pas fournir des prétextes à ses calomniateurs et réservait pour l'époque de sa passion et de sa résurrection la plénitude du salut aux gentils. « Et, s’avançant, ses disciples le priaient en disant : Renvoyez-la, car elle crie après' nous. » Les disciples, non initiés encore en ce temps-là aux mystères du Seigneur ou touchés de com¬ passion, intercédaient en faveur de la femme chananéenne, qu’un autre Évangéliste appelle syrophénicienne. )>Marc. vu. Ils désiraient peut- être se débarrasser de son importunité, car elle criait fréquemment comme après un médecin insensible et dur. « Mais lui, répondant, dit : Je no suis envoj'é qu’auxbrebis delà maison d’Israël qui ont péri. » Non pas qu’il ne fût pas envoyé aussi pour les nations, mais parce qu’il avait été envoyé d’abord « Filia mea male a dæmonio vexalor. » Ego filiam Cliananææ («), puto animas esse .credentium, quæ male a dæmonio vexabanlur, ignorantes Creatorem, et adorantes lapidem. « Qui non respondit ei verbum. » Non de superbia Pharisaica, nec de Scribarum supcrcilio; sed ne ipse sententiæ suæ videretur esse conlrarius, per quam jusserat : « In viam gentium ne abieritis, et in civi- tates Samaritanorum ne intraveritis. » Supra, x, 5. Nolcbat enim occasionem calumniatoribus, dare per- fectamquæ salutem gentium, passionis et resurrec- tionis tempori reservubat. « Et accedentes discipuli ejus rogabant enm, di- ceutes : Dimitte eam, quia clamat post nos. » Discipuli illo adhuc tempore mysteria Domini nes- cientes, vel misericordia commoti, rogabant pro Cbananæa muliere, quam alterEvangelista Syrophœ- nissam appellat, Marc, vu, yel importunitate ejus carere cupi entes ; quia non ut clementem, sed ut durum medieum crebrius inclamaret. k Ipse autem respondens ait : Non sum missus nisi ad oves, quæ perierunt [al. perditas ] domus Israël.» (a) Très Palatini codd, Eeclesiæ, pro Chananæa. Cœtcrum heee quoque ex Origcnc translata sententiaest : Existimo autem , cum proportione ad illam¥ quæ sursum est Jérusalem, liberam Pauli matrem, ejusdem similium, inielligendam esse Ckananæam matrem puelliï a dæmonio vexatæ, quæ mains cjusmodi animæ symbolum est. (Edit. Mign.) COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE’ DE SAINT MATTHIEU. 825 pour Israël, de façon qu’à son refus de le recevoir, l'Evangile fût justement transporté aux nations. Et il dit expressément : « Aux brebis perdues de la maison d’Israël, » afinque, par ce pas sage, nous saisissions le sens de cette brebis unique égarée dont parle une autre parabole. « Or elle vint et l'adora en disant : Seigneur, venez à mon aide. Il répondit et dit : Il n’est pas bon de prendre le pain des' enfants et de le jeter aux chiens. » Combien ressortent dans cette femme de Ghanaanla foi, la patience, rhu- milité admirables de l’Église I la foi, par laquelle, elle croit que sa fille peut être guérie ; sa pa¬ tience, en ce que, si souvent dédaignée, elle per¬ sévère dans la prière; son humilité qui la fait se comparer non aux chiens, mais aux petits des chiens. C'est à cause de l’idolâtrie que les païens sont appelés chiens, parce que, adonnés, à l’usage du sang et des cadavres des morts, ils sont emportés parla rage. Remarquez que. notre chananéenne l'appelle par gradation, d’abord fils de David, ensuite Seigneur, et £enfin elle l’adore comme Dieu. « Mais reprend-elle : il est vrai, Seigneur ; or, les petits chiens mangent les miettes qui tom¬ bent de la table de leurs maîtres. Alors Jésus reprenant lui dit : O femme, grande est votre foi ; qu'il vous soit fait comme vous désirez. Et sa fille fut guérie dès cette heure là. » Maîth. xv, 27, 28. Je sais, dit-elle, que je ne mérite pas le pain des enfants, que je ne puis partager Non quo et ad gentes non missus sit ; Ibid. 24 ; sed quo primum missus sit ad Israël, ut, illis non recipientibus Evangelium, justa fieret ad gentes trans- migratio. Et significunter dixit, « ad oves perditas domus Israël ; » ut ex hoc loco etiam imam evro- neam ovem de alia parabola intelligarnus. « At illavcnit ,et adoravit eum, dicens : Domine, adjuva me. Qui respondens ait : Non est bouum su- mere panem fdiorum, et mittere canibus. » Mira sub persona mulieris Cbananitidis Ecclesiæ ûdes, pa- tientia et liumilitas prædicatuv. Fides, qua'credidit sanari posse filiam suam. Patientia, qua toties con- tempta, in precibus persévérât. Humilitas, qua se non canibus, sed catulis, comparât. Canes autem ethnici proptcr idololatriam dicuutur, qui esui san- guinis dediti, et cadaveribus mortnorum, feruntur in rabiem. Nota quod ista Chananitis perse ver an ter primnm filium David, deinde Dominum vocet, et ad extremum adoret ut Deum. « At ilia dixit : Etiam, Domine. Nam et catclli edunt de micis quæ cadunt de mensa dominorum suorum. Tune respondens Jésus, ait illi : O mulier, magna est fides tua : fiat tibi sicut vis. Et sanata est filia ejus ex ilia hora. » Scio me, inquit, filionim pa¬ nem non mereri, nec integros posse capere cibos ; TOME IX. leur nourriture ni m’asseoir avec le père à leur table, mais je suis contente des restes des pe¬ tits chiens, afin que, par l’humble acceptation des miettes, je sois admise à l’honneur du repas entier.. O étonnant renversement des choses 1 Israël était le fils autrefois et nous étions les chiens. Avec la foi qui change, changent les désignations. D’eux il est dit plus tard : «Des chiens nombreux m’ont environné ; » et : « Gar¬ dez-vous des chiens, gardez-vous des mauvais ouvriers, gardez-vous de la mutilation. » Philip, ni, Nous avons entendu, avec la syrophéni- cienne et l'hémoroïsse, cette parole : « Grande est votre foi, qu’il vous soit fait comme vous désirez ; » et « Ma fille, votre foi vous a guérie.» « Et lorsqu’il fut sorti de là, Jésus vint près de la mer de Gallilée, et montant sur une mon¬ tagne, il s’y assit. Alors s'approcha de lui une foule nombreuse, ayant avec elle des muets, des aveugles, des boiteux, des infirmes et beau¬ coup d’autres; et on les déposa à ses pieds. » Ibid. 29, 30. Là où l’interprète latin a traduit a infirmes, » le grec porte xuXXoùç, qui ne veut point dire infirmité en général, mais qui dé¬ signe une infirmité particulière ; ainsi, comme boiteux veut dire qu’on boite d’un pied, de même on appelle xuXXo; celui qui a une main hors d’usage. Nous manquons, nous, d’un mot équivalent. Aussi, dans ce qui suit, l’évangeliste signala la guérison des autres malades sans faire mention de ceux-ci ; suit en effet : nec sedere ad mensam curn pâtre ; sed contenta sum reliquiis catulorum.; ut per humititatem micarum, ad panis integri veuiam magnitudinem. O mira reru ni conversio I Israël quondam fîlius, nos canes. Pro di- versitate fidei, ovdo nominum commutatur. De illis postea dicitur. « Circumdederimt me canes multi. » Psal. xxi, 17. Et : « Yidete canes, videte malos ope- rarios, videte concisiouem. » Philip p. nr. Nos audivi- mus cum Syrophœnissa, et muliere quæ sanguine Üuxerat : « Magna est fides tua, fiat tibi sicut vis.» Et : « Filia, fides tua. te salvam fecit. » « Et cum trunsisset lude Jésus, venit secus mare Galilææ ; et ascendeus in montem, sedebat ibi. Et accessernnt ad eum turbæ multæ, habentes secum mutos, cæcos, claudos, debiles, et alios multos. Et projecerunt eos ad pedes ejus. » Matth. xv, 29, 30. In eo loco ubiLatiuus interpres transtulit, «debiles,» in Græco scriptum est, y.uXXoùç, quod non generale debilitatis, sed unius infirmitatis est nomen : ut quomodo claudus dicitur, qui uuo claudicat pede : sic y.uXXoç appelletur qui unam manuin debilem lia- bet. Nos proprietatem hujus verbi non habemus. Unde et in consequentibus evangelista cætcrorum debilium exposuit sanitates, horum tacuit. Quid enim s e qui tu r. 40 SAINT JÉROME 626 « Et il les guérit, de sorte que la foule était dans Tadmi ration, en voyant les muets parler, les boiteux marcher, les aveugles voir, et elle glo¬ rifiait le Dieu d’Israël. » Ibid. 31. 11 ne dit rien des xuXXoïç, parce qu’il n’avait pas de terme op¬ posé à employer, soit dit à propos de ce mot. Mais considérons-le, après la guérison de la fille delà chananéenno, retourner dans la Judée, à la mer de Galilée, gravir la montagne, et, comme l’oiseau, inviter à voler sa couvée jeune encore. Là il se tient assis, et les peuples accourent vers lui, amenant ou portant avec eux des ma¬ lades atteints d’infirmités diverses, auxquels il donne à manger après les avoir guéris. Cette œuvre achevée, il monte dans la barque et il vient aux confins de Magédan; et montant sur la montagne, il s’y assit et la multitude s’ap¬ procha de lui. Observez que muets, boiteux et aveugles sont conduits à la montagne, pour qu’ils y soient guéris par le Seigneur. « Mais Jésus ayant appelé ses disciples leur dit : J’ai pitié de ce peuple ; voilà déjà trois jours qu’ils sont constamment avec moi et ils n’ont rien à manger ; et je ne veux pas les ren¬ voyer à jeun, de peur qu’ils ne défaillent en route. » Ibid. 32. Il veut nourrir ceux qu’ils a guéris ; il ôte d’abord leurs faiblesses, pour offrir à manger aux bien portants. Il appelle ses disciples, et dit ce qu’il va faire, soit pour montrer par Tcxemple aux maîtres qu’il faut se concerter avec les petits et les disciples, soit u Et curavit eos : ita ut turbæ mirarentur, videntes mutos loquentes, claudos ambulantes, cæcos vi- denfces : et magnificabant Deum Israël. » De y.uXXof; tacuit, quia quid econtrario diceret, non habebat. Hoc de imo verbo. lntueamur autem quod, sanata Cliananææ fi lia, rovertatur ad Judæam, et ad mare GalHææ,, et ascendat in montem : et quasi avis te- neros fétus provocet ad volanduin ; ibique sedeat, et turbæ coucurrant ad eum, deducentes sivo portantes secum variis oppressos infirmitatibus : quos post- . quanti curavit, dédit eis cibos ; et boc opéré com- pleto, ascendit in naviculam, et venit in fines Ma- gedan. Et ascendens in montem, sedebat ibi : et accesserunt ad eum turbæ. Observa quod muti, clnudi, et cæci ducuutur ad moutem, ut ibi cu- rentur a Domino. « Jesu autem convocatis discipulis suis, dixit : Misereor turbæ, quia triduo jam persévérant mecum, et non babent quod manducent. Et dimittere eos jejunos nolo, ne deficiant in via. » Ibid. 32. Vult pascere quos curavit, prius au fer t débilitâtes, ut poste a sanis offerat cibos. Gonvocat quoque disci- pulos suos, et quod facturas est, loquitur, ut vel ma- gistris e&emplum tribuat, cum minoribus atque dis- pour que, de la conversation môme, ressorte pour eux la grandeur du miracle , puisqu’ils répondent qu'ils sont sans pain dans le désert. « J’ai pitié delà foule, » dit-il; «voilà déjà trois jours qu’ils restent avec moi. » Il a pitié de la foule, parce que, dansle nombre des troisjours, ils croyaient au Père, au Fils et au Saint-Esprit. « Et ils n’ont rien à manger. » La foule est tou¬ jours dans la détresse et dans le besoin d’ali¬ ments, à moins qu’elle ne soit rassasiée parle Seigneur. « Et je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu’ils défaillent en chemin. » Après un long épuisement, ils avaient faim et ils attendaient dansla patience l’aliment de l’avenir. Jésus ne veut point les renvoyer à jeun, de peur qu’ils ne défaillent en chemin. Il est donc en péril celui qui, sans le secours du pain céleste, se hâte d’atteindre la demeure désirée. Voilà pourquoi l’ange aussi dit à Elie : « Lève-toi et mange, parce que tu dois parcourir une longue route. » Reg. xix, 7. « Et les disciples lui dirent : Où donc trouver dans le désert assez de pains pour rassasier tant de peuple ? Et Jésus leur dit : Combien avez- vous de pains ? Et ils dirent : Sept et quel¬ ques petits poissons, et il commanda à la mul¬ titude de s’asseoir par terre. Et prenant les sept pai ns et les poissons , et rendant grâces, les rompit et les donna à ses disciples, et les disciples les donnèrent au peuple. Et tous mangèrent et fu¬ rent rassasiés, et ils emportèrent sept pleines cipulis connu unicanda esse consilia, vel ex confabii- latione intelligant signi magnitudinem, respondentes se panes in eremo non liabere. -< Misereor, » inquit, « turbæ quia triduo jam persévérant mecum.» Mise- rotur turbæ, quia in trium dierum numéro, Patri, Filio, Spirituique sancto credebant. » Et non habent quod manducent. » Turba semper esurit, et cibis in- diget, nisi saturetur a Domino. « Et dimittere eos jejunos nolo, ne deficiant in via. » Esuriebant post magnas débilitâtes, etper paticnLiam futuros exspec- tabant cibos. Non vult eos Jésus dimittere jejunos, ne deficiant in via. Periclitatur ergo, qui sine cœlesti pane ad optatam mansionem pervenire festinat. Unde et angélus loquitur ad Eliam : « Surge, et manduca, quia grandem viam ambulaturus es. » III Reg. xix, 7. « Et dicunt ei discipnli : unde ergo nobis in de- serto panes tantos, ut saturemus tnrbam tantam-?Et ait illis Jésus : Quothabetis panes? At illi dixerunt : Septem, et paucos piscicnlos, et præcepit turbæ ut discumberent super terrain. Et accipiens septem panes et pisces, et gratias agens fregifc, et dédit dis¬ cipulis suis : et discipuli dederunt populo. Et come- fierunt omnes, et saturati sunt. Et quod superfuit de fragments, tulerunt septem sportas plenas. Erant COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. corbeilles des morceaux qui restèrent. Or, ceux qui avaient mangé étaient au nombre de quatre mille hommes, outre les enfants et les femmes. Et ayant renvoyé la foule, il monta dans la barque et vint aux confins de Magédan. » Nous avons parlé de ce miracle, et il est oiseux de se répéter, arrêtons-nous seulement sur les diffé¬ rences. Nous avons lu plus haut : « Mais le soir étant venu, les disciples s’approchèrent de lui en disant : Le lieu est désert. » Matth. xiv, i5, et le reste. Ici, les disciples sont appelés et le Seigneur lui-même parle : « J'ai pitié de la foule, parce que, depuis déjà trois jours, ils sont persévéramment avec moi. » Là, il se trouve cinq pains et deux poissons ; ici, sept pains et quelques petits poissons. Là, ils s'assoient sur l’herbe; ici, sur la terre. Là, ceux qui mangent sont cinq mille, selon le nombre cinq de pains qu’ils ont à manger ; ici ils sont quatre mille. Là, c’est douze paniers remplis des débris et des restes ; ici, sept corbeilles. En premier lieu donc, parce qu’ils n’étaient pas encore dé- pouilés et affranchis des cinq sens, ce n’est point le Seigneur qui se souvient d’eux, mais les disciples, et c’est le soir quJils se souviennent, à l’approche de la nuit et quand déjà le soleil baisse. Cette fois, c’est le Seigneur lui-même autem qui manducaveruut quatuor mi Ilia liominum, extra parvulos et mulieres. Et dimissa turba, as- cendit in naviculam, et veuit in fines Magedan [MaySaX^]. Matth. xv, 33 et seqq. De hoc signo jain supra diximus, et eadem repeterc otiosi est : tantum in his quæ discrepant, immoremur. Supra legimus : « Vespere autem facto, accesserunt ad eum discipuli, dicentes : Desertus est locus, » Supra , xiv, 15, et rc- liqua. Hic discipulis convocatis, ipse Domiuus lo- quitur : « Misereor turbæ, quia tri duo jam persévé¬ rant mecum. » Ibi quinque panes erant.etduopisces: hic septem panes etpauci pisciculi. Ibi super fenum discumbunt : hic super terrram . Ibi qui comedunt quinque millia sunt, juxta panum numerum quos comedunt; hic quatuor millia. Ibi duodecim copliiui replentur de reliquiis fragmentorum : bic septem Bportæ. In superiori ergo signo, quia propinqui erant et vicini quinque seusuum, non ipse Dominas eorum recordatur, sed discipuli : et recordantur ves¬ pere vicina nocte, et inclinante jam sole. Hic autem ipse Dominus recordatur, et misereri se dicit. et cau- sam miseratioais exponit : quia triduo jam perseve- 827 qui se souvient, qui se dit ému de pitié et as¬ signe la cause de sa compassion ; « parce que déjà depuis trois jours ils sont constamment avec moi, » et il ne veut point les renvoyer sans qu'ils aient mangé, pour qu’ils ne tombent point de défaillance en chemin. Ceux qui sont nourris de sept pains, c'est-à-dire du nombre sacré et parfait, ne sont pas cinq mille, mais quatre mille, c’est le nombre toujours signalé dans l'éloge ; c'est la pierre quadrangulaire qui n’est ni mou¬ vante ni instable, et c’est pour ce motif aussi que les évangiles sont fixés et comme sacrés dans ce nombre. « Et pour le tenter s’approchèrent de lui des pharisiens et des sadducéens, en le priant de leur montrer un signe du ciel. Mais en réponse il leur dit : Quand le soir est venu vous dites, il fera beau, car le ciel est rouge ; et le matin, aujourd’hui il y aura tempête, car le ciel est rougeâtre et triste. Vous savez donc juger l’as¬ pect du ciel et vous ne savez pas reconnaître les signes des temps? Une génération méchante et adultère demande un prodige, et il ne lui sera donné d’autre prodige que celui du prophète Jonas. » Matth. xvi, \ et seqq. Cela ne se trouve pas dans la plupart des recueils, et le sens clair est qu’on peut prévoir, d’après l’ordre et l’ac- rant mecum [ai. cum eo} et secum ], et dimittere eos jejunos non vult, ne deficiant in via. Isti qui de sep¬ tem p an i bu s, hoc est, in sacrato alun tu r numéro atque perfecto, non sunt quinque millia, sed quatuor millia : qui numerus sctnper in laude ponitur, et quadrangulus lapis non fluctuât, et non est insta- bilïs : et ob banc causam etiam Evangelia in eo nu¬ méro consecrata sunt. « Et accesserunt ad eum Pharisæi etSadducæi ten¬ tantes, etrogaverunt eum, ut signum de cœlo osten- deret eis. At illc respondens, ait illis : Facto vespere, dicitis, serenum erit : rubicundum est enim cœlum : et mane, hodie tempestas ; rutilât euim triste cœlum. Faciem ergo cœli dijudicarc nostis, signa autem tem- porum non potestis scire. Generatio malaet adultéra signum qnœrit, et signum non dabitnr ei, nisi signum Jomc prophetæ (a) ». Matth. xvi, i et seqq. Hoc in plerisque codicibus non habetur ; sensus- que maoifestus est, quod ex elementorum ordine atque constantia, possint et sereni, et pluviæ dies prænosci. S cri b æ autem et Pharisæi, qui videbantur logis esse doc tores, ex prophetarum vaticinio non (a) Non tota hœc est quæ proponîtur, qnam docet Hicronyrmis in plerisque codicibus pcricopcn non baberi , sedsccimdus ac tcrtius dumtaxat vcrsiculus a yerbis, Facto vespere, dicitis, usque ad, signa autem temporum von potestis scire. Vérins adeo 1res PnlaLiui mss. hic réticent primum -vcrsiculuni , Et accesserunt ad eum, etc., et quartum, Generatio muta et adultéra, etc., quos ncutiquam Hicronymus comprcbcndit, quique omnino præcidcndi ab bac série sunt, ne fnlsus ipse Vidcatur. Cætcruni \ctusliorex ijsdem Pala- tinis codex non nbsolulc, atque indermite, sed, apud Grxr.os, nddit hoc. in plerisque codicibus desiderari. Estque forlasse fncilius Grœcos cjusmodi codiccs, aut qui sallcm ningnam eorum rersuum partem prælcrruütant, hwenire, quam Latinos. Ccrtc ariliquissiinns noster Vc'roncnsis, quem passiru laudanms, cos babet, quanupiani vérins aliq nantis lcr a Vulgala nbludat. {Edit. Mign.) 628 SAINT JÉROME cord des éléments, les jours beaux et les jours pluvieux. Quant aux scribes et aux pharisiens, qui paraissaient être les docteurs de la loi, ils n'ont pas su tirer des oracles des prophètes la connaissance de la venue du Sauveur. « Et les ayant laissés, il s’en alla. Or quand les disciples ôtaient venus de l’autre côté de la mer, ils avaient oublié de prendre des pains. Jésus leur dit. » Matth. xiv, S. Après avoir laissé les scribes et les pharisiens, ceux-là mêmes auxquels il avait dit : « Une génération mé¬ chante et adultère demande un signe et il ne leur en sera donné d’autre que le signe du pro¬ phète Jonas, » il passa directement de l’autre côté de la mer, et vint aux peuples des nations. Quant àla signification, à son sujet, du signe de Jonas, nous l’avons exposée plus haut. « Faites attention et gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducêens. Mais eux pen¬ saient, se disant en eux-mêmes : C’est parce que nous n'avons pas pris de pains. » Ibid. 6, 7. Celui qui se garde du levain des pharisiens et des sadducêens n’observe pas les prescriptions de la loi et de la lettre, et néglige les traditions des hommes pour accomplir le commandement de Dieu. « Or, Jésus le sachant dit : Pourquoi pensez - vous en vous-mêmes, hommes de peu de foi, à ce que vous n’avez pas de pains ? Ne comprenez- vous pas encore, et ne vous souvenez.-vous pas des cinq pains, des cinq mille hommes et du nombre de paniers que vous avez emportés ? Ni des sept pains et des quatre mille hommes, potuerunt intelligero Salvatoris adventum. « Et relictis illis, abiit, et cum venissent discipuli ejus trans fretum, obliti sunt panes accipere. Qui dixit illis. » Ibid. 5. Relictis Scribis et Pharisæis, quibus dixerat: « Generatio mala et adultéra signum quærit, et signum non dabitur ei, nisi signum Jonæ prophetæ, » recte abiit trans fretum, et gentium sccutus est populos. Quid au Leni sibi velit signum Jonæ, jam supra dictum est. « Intucmini, et cavete a fermento Pharisæorum et Sadducæorum. Àt illi cogitabant inter se, diccntes : Quia panes non accepimus. » Ibid. 6, 7. Qui cavet a fermento Pharisæorum et Sacldncæorum, Legis ac littoræ præcepta non servat, traditiones hominum uegligit, ut faciat mandatum Dei- « Sciens autom Jésus, dixit eis : Quid cogitatis inter vos, modicæ ficlei, quia panes non liabetis ? Nondum intelligilis , ncqne recordumini quinque panum, et quinque miUium hominum, et quod co¬ phinos suiupsistis? Ncque septem panum, quatuor millium hominum , cl quoi sportas snmpsistis ? Quare non intelligitis, quia non de pane cüxi vobis : ni du nombre de corbeilles remportées ? Com¬ ment ne comprenez-vous pas que ce n'est pas à propos de pain que je vous ai dit : Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducêens ? Alors ils comprirent qu’il ne leur avait pas dit de se garder du levain des pains, mais de la doctrine des pharisiens et des sadducêens. » Matth. xvi, 8 et seqq. À l’occasion du précepte qu’il leur avait donné, en disant : « Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducêens, il leur montre ce que signifient les cinq et les sept pains, les cinq mille hommes et les quatre mille nourris au désert, et que, quoique la grandeur du miracle soit bien apparente, ils contiennent encore, au sens spirituel, une autre démons¬ tration. Si le levain des pharisiens et des sad- ducéens, en effet, désigne non le pain matériel» mais les traditions perverses et les enseigne¬ ments hérétiques, pourquoi les aliments aussi dont a été nourri le peuple de Dieu ne repré¬ senteraient-ils pas la vraie et pure doctrine? Quel¬ qu’un demandera-t-il et dira-t-il : Comment n'a¬ vaient-ils pointde pain pu isqu' aussi tôt après avoir rempli les sept corbeilles, ils sont montés dans la barque et venus aux confins de Magédan, et que c’est pendant le trajet qu’ils entendent qu’ils doivent se garder du levain des pharisiens e* des sadducêens ? Justement l’Écriture atteste qu’ils ont oublié de les emporter avec eux. Voilà le ferment dont l’Apôtre parle aussi : « Un peu de levain corrompt toute la masse. » I Cor. v, 6. C’est ce levain, à éviter de toute manière, qui se trouva chez Marcion, Valentin et tous les Cavete a fermento Pharisæorum, et Sadducæorum. Tune inteHexerunt, quia non dixerit, cavendum a fermento panum, sed a doctrina Pharisæorum et Sadducaeorum. » Matth. xvi, 8 et seqq. Per occasio- nem præcepti , quod Salvator jusserat, dicens : a Cavete a fermento Pharisæorum et Sudducæorum, » docet eos quid significent quinque panes, et septem : quinque millia hominum, et qüatuor millia, quæ pasta sunt in eremo ; quod licet signoruui magnitudo p ers pi eu a sit, tamen et aliud in spiritual i in tell i- gentia demonstretur. Si enim fermentum Pharisæo¬ rum et Sadducæorum non corporalcm panem, sed traditiones perversas, ethæreticu significat dogmata: quare et cibi, quibus nu tri tus est populus Dei, non veram doctrinam integrauiquc significent ? Quserat aliquis et dicat : Quomodo panes non liabebant* qui sLatim implctis septem sportis, ascenderunt in na- viculam, et venerunt in Unes Magedan : ibique au- diunt navigantes, quod eavere debeant a fermento Pharisæorum et Sadducæorum ? Sed Scriptura tes¬ tateur quod obliti sint eos secum tollere. Hoc est fer- mentum, de quo et Apostolus loquitur : « Modicum COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAliNT MATTHIEU. 629 autres hérétiques. Telle est la force de ce levain que, s’il est mêlé é la farine, pour si petit qu’il soit, il grandit, se développe et communique son aigreur au mélange tout entier : ainsi il en est de la doctrine hérétique ; si petite qu’en soit l’étincelle cachée dans le cœur, il s’en élève fernientum totam massam eorrumpit. " Co)-. v, 6. Isliusmodi fernientum, quod omni ratione vilandum est, liabuit Marcion, et Val en tiens, et omnes huere- tici. Fermentum banc vim liabet, nt si farinæ mix- tuoi l'uerit, qnqd parvum videbatuv , crescat in ma jus, et ad sa pore m siuim uni versa m conspersio- uent [Al. conversionem] trahat : ita et doctrina bientôt une flamme intense et tout l’homme en est possédé et pénétré. Enfin, il suit : « Alors ils comprirent qu’il ne leur avait pas dit de se garder du ferment des pains, mais de la doc¬ trine des pharisiens et des sadducéens. » hæretica, si vel modicam scintillam in luurn pectus jecerit, in brevi ingens flarnma succrescit, et totam hominis possessionem ad se trahit. Denique sequi- tur : « Tune intellexerunt, quia non dixisset caven- dnm a fermente punum, sed adoctrinaPharisaeorum et oaddueæorum. » FIN DU TOME IX. 5ÀINT-BHÏEUC, IMPRIMERIE FRANCISQUE GUYON. COMMENTAIRES DE SAINT JÉROME TABLE DU VOLUME IX PAGES. Commentaires sur le prophète Michôe. . . . . . . 1 kl. ld. Naüm . . . . . . ; .... 92 Id. Id. Habacuc . 139 Id. Id. Sophonie . 21 4 Id. Id. Aggée . 272 Id. Id. Zacharie . 303 ld. Id. Malachie . 431 Defensio ad versus J. Clericum a Domno Joanne Martianæo, elucubrata et Cominentariis in propheta subjuncta . . . ’ . . . 493 Commentaires sur l'Évangile de saint Matthieu, Livres I et II . 526 ■W- « — ïS2i — ========================================== OEUVRES COMPLÈTES »B S SAINT JÉROME PRÊTRE ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE TRADUITES EN FRANÇAIS ET ANNOTÉES PAR L’ABBÉ BAREILLE AUTEUR DE LA TRADUCTION DES ŒUVRES DE S. JEAN CHRYSOSTOMS COURONNÉE PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE RENFERMANT le texte latin soigneusement revu et les meilleures notes des diverses éditions TOME DIXIÈME COMMENTAIRES SUR l’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU (SUITE ET FIN) TRADUCTION PAR SAINT JÉROME DE XXIX HOMÉLIES d’ORIGÈNE SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES. — COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS PARIS LOUIS VIVES, LIBRAIRE-EDITEUR 13, RUE DELAMBRE, 13 1884 COMMENTAIRES DE SAINT JÉROME SUR L’ÉVANGTIÆ DE SAINT MATTHIEU LIVRE TROISIÈME « Jésus vint aux environs de Gésarée de Phi¬ lippe >> Matth. xvi, 13. Le Philippe dont il est, ici question est le frère d’Hérode, dont nous avons parlé plus haut. Tétrarque de l’Iturée et de la Province de Trachonite, il avait construit en l’honneur de Tibère César la ville qui s’appelle . aujourd’hui Panéas, et qu’il avait alors en d’honneur de l’empereur, nommée Gésaréé, et, en y ajoutant son propre nom, Gésarée de Phi¬ lippe; elle fait partie de la province de Phénicie. En cela, Philippe no faisait qu’imiter Hérodô, son père, qui,, pour faire sa cour à Auguste, avait changé le mom de la ville appelée Tour de Straton en celui de Gésarée, et bâti, au delà du Jourdain, une ville appelée Juliade, du nom de la fille de ce prince. Ç’est en cette partie du territoire de Gésarée de Philippe que le, Jourdain prend nais¬ sance ; il sort au pied du Liban par deux sources, * dont l’une s’appelle « Jor » et l’autre « Dan » deux noms qui réunis ensemble ont formé le mot Jourdain. « Venit autem Jésus in partes Cæsareæ Philippi. » Philippus iste est frater Herodis, de quo supra diximus, tetrarcha ' Iturææ et Trachonitidis regionis, qui in honorem Tiberii Cæsaris Cæsaream, quæ nunc Paeeas dicitur, construxit, et in honorem Cæsàris, pariterque sui hominis appellavit eam Cæsaream Philippi, et est in -prov incia Phœnicis : imitatus Herodem patrem, qui in honorem Augusti Cæsaris appellavit Cæsaream, quæ prius turris Strâtonis vocabatur, et ex nomme filiæ. ejus Juliadem trans Jordanem exstruxit, Iste [AL ilia] locus est Cæsareæ Philippi,- ubi Jordanis ori- Cur ad radices Libani, et habet dhos fontes, unüm nomine « Jor, » et alterum « Dan, » qui simul mixti, Jordanis nomen efficiunt. Tom. x. « Et il interrogea ses disciples et leur dit : que disent les hommes qu’est le Fils de l’homme?» Il ne dit point : que disent les hommes de moi ; mais que disent les hommes qu’est le « Fils de l’homme », de peur qu’on attribue sa question à un sentiment de vanité. Remarquez en passantque dans tous les endroits où l’Ancien Testament porte ces expressions « Fils de l’homme », l’hébreu, lui, porte « Fils d’Adam. » Ainsi ce passage des psaumes : « Enfants des hommes jusqu’à quand aurez-vous le cœur appesanti? » Psalm. iv, 3, est rendu dans l’hébreu par : « enfants d’Adam. » Pour en revenir maintenant à la question posée par le Sauveur, admirons la justesse des termes dont il se sert : « Que disent les hommes qu’est le Fils, de l’homme? » Ceux en effet qui parlent de lui comme du Fils de l’homme, ne sont que des hommes, tandis que ceux qui reconnaissent sa divinité, ne s’appellent plus des hommes, mais des dieux. « Ils lui répondirent : Les uns disent, Jean- « Et interrogabat discipulos suos, dicens : Quem dicunt hommes esse Filium hominis? » Non. dixit, quem me dicunt esse homines, sed « Filium hominis : » ne jactanter de se quærere videretur. Et nota, quod ubi- cuinque scriptuin est in Veteri Testamento, « filius hominis, » in Hebræo positum sit, « filius Adam. » Ut æst illud. [AL illud quoque], quod in psalmo legimus : « Filii hominum usquequo gravi corde » Psalm, iy, 3, quod in Hebræo dicitur, « filii Adam. » Pulchre autem interrogat : « Quem dicunt homines esse Filium hominis? >vquia qui de Filio hominis loquuntur, homi¬ nes sunt'; qui vero divinitatem ejus intelligunt, non homines, sed dii appèllantur. « At illi dixerunt : Alii Joannem Baptistam, alii i 1 2 - SAINT JEROME Baptiste, les autres, Élie, d’autres, Jérémie, ou quel¬ qu’un des prophètes. Jésus leur dit. » Ibid. 14. Je m’étonne que certains interprètes se soient mis en frais pour trouver la cause de ces erreurs et discuter les motifs qui faisaient voir en Notre- Seigneur Jésus-Christ, aux uns Jean-Baptiste, aux autres Élie, à d’autres Jérémie ou quelqu’un des prophètes. Bien d’étonnant qu’on se soit trompé sur Élie et Jérémie, de la même manière qu’Hérode s’est trompé sur Jean, lorsqu’il dit .* « C’est Jean à qui j’ai fait couper la tête, qui est ressuscité; et c’est pour cela qu’il se fait par lui tant de mi¬ racles. » Marc, vi, 16. «. Et vous, qui dites-vous que je suis? Simon Pierre prenant la parole, lui dit : Vous êtes le Christ, Fils. du Dieu vivant. » Ibid. 15, 16. Tout lecteur attentif remarquera dans le contexte que Notre-Seigneur distingue les apôtres des.hommes en général, et les appelle non pas des hommes, mais des dieux ; car après avoir dit : « Que disent . les hommes qu’est le Fils de l’homme? » il ajoute : « Et vous, qui dites-vous que je suis? » Ceux-là sont des hommes et jugent humainement, mais vous, qui êtes des dieux, comment me jugez- vous? Pierre, au nom de tous les apôtres, fait cette profession de foi : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. » Il donne à Dieu l’épithète de vivant, pour le distinguer de ces faux dieux que les hommes regardent comme des dieux, mais qui en réalité sont morts ; les Saturne, les autem Eliam, alii vero Jeremiam, aut unum ex prophe- tis. Dicit illis Jésus. » Miror quosdam interprètes causas errorum inquirere singulorum, et disputationem longissimam texere, quare Dominum nostrum Jesum Christum alii Joannem putaverint, alii Eliam, alii Jere¬ miam, aut unum ex prophetis; cum sic potuerint errare in Elia et Jeremia, quomoclo Herodes erravit in Joanne, dicens : «'Quem ego decollavi Joannem, ipse surrexit a mortuis, et vir tûtes opérant ur in eo » Marc . vi, 16. . ' « Vos autem quém me esse dicitis? Respondens Simon Petrus, dixit : Tu es Christus Filius Dei vivi. » Prudens lector, attende, quod ex consequentibus textu- que sermonis, apostoli nequaquam hoinines, sed dii ap- pellantur. Cum enim dixisset : « Quem dicunt homines esse Filium hominis, » subjecit : « Vos autem quem me esse dicitis? » Illis quia homines sunt, humana opi- nantibus; vos qui estis dii, quem me esse existimatis? Petrus ex persona omnium apostolornm profitetur : « Tu es Christus Filius Dei vivi. » Deum vivum appellat, ad distihctionem eorum deorum, qui putantür dii, sed Jupiter, les Vénus, les Minerve, les Bacchus, les Hercule, en un mot tout le personnel de l’ido¬ lâtrie. « Jésus lui répartit : Vous êtes bienheureux, Simon Barjona, car ce n’est point la chair et le sang qui vous ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans le ciel. » Ibid. 17. Le Sauveur répond ainsi au témoignage que l’Apôtre avait rendu de lui. Pierre avait dit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. « Cette profession de foi sincère reçoit immédiatement sa récompense : « Vous êtes bienheureux, Simon Barjona. » Pour¬ quoi? parce que ce n’est ni la chair ni le sang, mais mon Père qui vous l’a révélé. Ce que ni la chair ni le sang ne peuvent révéler, la grâce du Saint-Esprit l’a fait. Ainsi, la profession de foi de l’apôtre est le résultat d’une révélation du Saint- Esprit, dont il serait appelé le fils. Car « Barjona » veut dire « fils de la colombe ». D’autres com¬ mentateurs ne voient simplement dans cette expression que Simon, c’est-à-dire, Pierre, est fils de Jean, et ils fondent leur opinion sur un autre passage où il est dit : « Simon, fils de Jean, m’ai¬ mez-vous? » Joan. xxi, 15; question à laquelle Pierre répond : « Seigneur, vous le savez. » Par suitè, ils prétendent que les copistes ont altéré le texte, et retranchant une syllabe, ont écrit « Barjona,» au lieu de « Bar-Joanna,» c’est-à-dire, fils de Jean. « Joanna » Jean, signifie « grâce. du Seigneur. » Toutefois, chacun de ces noms com- mortui sunt : Saturnum, Jovem, Venerem, Minervam [ Al. Cererem], Liberum, Herculem, et cætera idolorum portenta signifi ans. « Respondens autem Jésus, dixït ei : Beatus es, Simon Barjona, quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus, qui in cœlis est. » Testimonio de se Apostoli reddit vicem. Petrus dixerat : « Tu es Chris¬ tus Filius Dei vivi ; » mercedem recepit vera confessio : « Beatus es, Simon Barjona. » Quare? 'quia non révéla-, vit tibi caro et sang.uis, sed revelavit Pater. Quod caro et sanguis revelare non potuit, Spiritus sancti gratia revelatum est. Érgo ex confessio ne sortitur vocabulum, qnod revelationem ex Spiritu sancto habeat, cujus et filius appelJandus sit. Si qu idem « Barjona » in nostra lingua sonat, « filius columbæ. » Alii simpliciter acci- piunt, quod Simon, id est, Petrus, sit filius Joannis, juxta alterius loci interrogationem : « Simon Joannis, diligis me » Joan . xxi, 15? Qui respondit : « Domine, tu scis. » Et volunt Scriptorum vitio depravatum, ut pro « Bar Joanna, » hoc est, << filius Joannis, Barjona » scriptum sit, una detracta syllaba. « Joanna » autem 3 COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU porte un sens mystique : la colombe désignant le Saint-Esprit, la grâce de Pieu, un don spirituel. Quant à ces autres paroles : « Car ce n’est ni la chair ni le sang qui vous ont révélé ceci, » elles correspondent exactement à ces expressions de l’Apôtre : « Je n’ai point pris conseil de la chair et du sang, » Galat . 1, 16. Dans la pensée de l’Apôtre, la chair et le sang désignent les Juifs, et il veut indiquer que c’est la grâce de Dieu qui lui a révélé le Christ Fils de Dieu, et non la doctrine des Pharisiens. « Et moi je vous dis » Ibid . 18. Que veut dire cette parole? « Et moi je vous dis? » Vous m’avez dit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant et moi je vous dis, » non pas une parole creuse et sans effet,; mais je vous dis; car pour moi, dire et faire, c’est tout un. « Que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Comme c’était du Seigneur que les apôtres avaient reçu la lumière, ce qui les ht appeler lumière du monde, et leurs autres noms, c’est aussi de lui, que, pour avoir cru en la pierre Jésus-Christ, Simon reçoit le nom de Pierre; et dans cette métaphore, il est juste qu’il lui dise : « C’est sur vous que je bâtirai 'mon Église. » « Et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » Pour moi, les portes de l’enfer sont les vices et les péchés, ou du moins interpretatur, « Domini gratia. » Utrumque autem nomen mystice intelligi potest, quod et columba, Spiri¬ tual sanctum; et gratia Dei, douum significet spirituale. Illud quoque quod ait : « Quia caro et sanguis non révéla vit tibi^Àpostolicæ narrationi çomparatur, in qua ait : « Continuo non àcquievi car ni et sanguin i » Galat. i, 16, carnem ibi etsanguinem, Judæos signifî- cans, ut hic quoque sab alio sensu démons tretm*, quod ei bon per doctrinam Pharisæôrum, sed per Dei gra- tiam Christus Dei Films revelatus sit. « Et ego dico t ibi. » Quid est quod ait : « Et ego dico tibi? » Quia tu mihi dixisti : « Tu es Christus Films Dei vivi; et ego dico tibi, » non sermone casso, et nullum habente opus, sed dico tibi : quia meum dixisse, tecisse est. « Quia tu es Petrus, et super hanc petram sedificabo Ecclesiaxn meam. » Sicut ipse lumen apostolis donavit, ut lumen mundi appeliarentur, cæteraque ex Domino sortiti sunt vocabula, ita et Simoni, qui credebat in petram Christum, Pétri largitus est nomen. At secun- dum metaphoram petræ, recte dicitur ei : « Ædiflcabo Ecclesiam meam super te, » les enseignements de l’hérésie, lesquels sédui¬ sent les hommes et les conduisent à l’enfer. Mais en tout cas, que personne n’aille s’imaginer que les portes de l’enfer désignent la mort et que les apôtres devaient échapper à cette loi inexorable de la mort, puisque leur martyre témoigne du contraire. « Et je vous donnerai les clefs du royaume des deux, et tout ce que vous lierez sur la terre, 1 sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel. » Ibid. 19. Des prêtres et des évêques ne comprenant pas ce passage, ou l’interprétant dans un sens phari- saïque,. s’imaginent qu’ils peuvent condamner des innocents ou absoudre des coupables, tandis que Dieu fait plus d’attention à la vie des accu¬ sés qu’à la sentence des prêtres. On lit au Lévitique, cap. xiv, qu’ordre est donné aux lépreux de se montrer aux prêtres, et que s’ils sont vraiment atteints de la lèpre, le prêtre les déclare impurs. Mais il ne s’en suit pas que ce soit le prêtre, qui' fasse à sa guise les hommes lépreux et impurs. Cela veut dire uniquement que ce sont les prêtres qui ont la connaissance, de la lèpre, non le lépreux lui-même, et peuvent discerner qui est pur et qui est impur. . Les évêques et les prêtres de la loi nouvelle ont par rapport aux pécheurs le même pouvoir que les 1 prêtres de l’ancienne loi par rapport aux « Et portæ inferi non prpevalebunt adversus eam. » Ego portas inferi reor vitia atque peccata; vel certe hæreticorum doctrinas, per quas illecti homines ducun- tur ad tartarum. Nemo itaque putet de morte dici, quod apostoli conditioni mortis subjecti non fueriut, quorum martyria videat coruscare. « Et dabo tibi claves regni cœlorum. Et quodcumque ïigaveris super terram, erit ligatum in cœlis; et quod¬ cumque solveris super terram, erit solirtum in cœlis. » Istum Iocum episcopi et presbyteri non intelligentes, aïiquid sibi de Pharisæôrum assnmunt super cilio, ut vel damnent innocentes, vel solvere se noxios arbitrentur ; cum apud Deum non sententia sacerdotum, sed reorum vita q usera tur. Legimus in Levitico Gap. xiv de leprosis, ubi jubentur, ut ostendant se sacerdotibus, et si lepram habuerint, tuuc a sacerdote inpnundi fiant : non quo sacerdotes leprosos iaciant et immundos; sed quo , ha béant notitiam leprosi, et non leprosi, et possint discernere qui mundus, quive immundus sit. Quomodo ergo ibi leprosum sacerdos mundum vel immundum facit ; sic et hic alligat, vel sojvit episcopus et presby- ter, non eos qui insontes sunt, vel noxii; sed, pro offioio 4 SAINT JEROME épreux. Ceux-ci pouvaient déclarer le lépreux pur ou impur, suivant qu'ils le voyaient atteint ou non de la lèpre. Ceux-là ont pouvoir de lier et de délier, non, de lier l'innocent et de délier le coupable; c'est-à-dire, qu’après avoir entendu la confession du pécheur, ils savent qui mérite d’être lié, qui d’être délié. « Alors il défendit à ses disciples de dire à personne qu’il lût Jésus-Christ. » Ibid . 20. Lorsque plus haut, le Sauveur envoyait prêcher .ses apôtres, il leur ordonnait d’annoncer sa venue; voici maintenant qu’il leur défend de dire qu’il est Jésus-Christ. A mon avis, tout autre est prêcher le Christ, et tout autre prêcher Jésus-Christ. Le Christ est un qualificatif qui exprime une dignité et peut convenir à plusieurs. Jésus au contraire est le nom propre du Sauveur. Or il peut se faire que le Sauveur n’ait pas voulu être personnellement prêché avant sa passion et sa résurrection, afin de pou¬ voir plus tard, après l’accomplissement du mystère sanglant, dire plus opportunément à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, » Matth. Cap. ult. 19, etc. Et c<$mme pour prouver au lecteur que cette interprétation n’est pas le produit de notre imagination, mais ressort de l’Évangile même, le verset suivant nous donne les raisons de cette prohibition. « Dès lors Jésus commença à découvrir à ses disciples qu’il lui fallait aller à Jérusalem et y souffrir beaucoup de la part des anciens, des scribes, des princes des prêtres, y être mis à suo, cum peccatorum audierit varietates, soit qui ligan- dus sit, quive solvendus. « Tune prsecepit discipulis suis ut nemini dicerent, quia ipse esset Jésus Christus. » Supra mittens discipu- los ad prsedicandum, jusserat eis ut annuntiarent adventum suum; hic prsecepit, ne se dicant esse Jesum Christum. Mihi videtur aliud esse Christum prsedicare, aliud Jesum Christum. Christus commune dignitatis est nomen, Jésus proprium vocabulum Salva- toris. Potest autem fieri, ut idcirco ante passionem et resurrectionem se noluerit prædicari ; ut completo postea sanguinis sacramento, opportunius apostolis diceret : « Euntes docete omnes gentes » Matth. ult . 19, etc. Quod ne quis putet nostræ tantum esse intelli¬ gent, et non sensus Evangelici, qnæ sequuntur, causas prohibitæ tune prædicationis exponunt. « Exinde cœpit Jésus ostendere discipulis suis, quia oporteret eum ire JerosoJymam, et multa pati a senio- mort et ressusciter le troisième jour. » Ibid. 21. Voici le sens de ce verset : Ne prêchez le Christ que lorsqu’il aura subi tous ces supplices. L’annoncer ouvertement, faire briller sa majesté divine aux yeux des foules, qui tout à l’heure le verront exposé aux coups des fouets et aux ignominies de la croix, en butte à toutes les dérisions et à toutes les souffrances de la part des anciens, des scribes, et des princes des prêtres, serait perdre inutilement votre temps et vos peines. Aujourd’hui encore Jésus-Christ souffre beaucoup de la part des hommes qui crucifient en eux-mêmes le Fils de Dieu, Hebr. vi; et il ne manque point dans l’Église d’anciens et de princes des prêtres qui font uniquement consister la religion dans le respect de la lettre et tuent ainsi le Fils de Dieu dont le culte est tout esprit. « Et Pierre, l’ayant pris à part, commença à le reprendre en lui disant : Loin de vous, Seigneur, cela ne vous arrivera pas; mais Jésus se retournant dit à Pierre : Allez derrière moi, Satan, vous m’êtes un sujet de scandale, parce que vous ne goûtez point les choses de Dieu, mais celles des hommes. » Ibid . 22. 23. Nous avons eu souvent l’occasion de signaler l'excès de zèle et d’amour que Pierre ressentait pour le Sauveur. En voici une nouvelle preuve : L’apôtre qui tout à l’heure disait dans sa profes¬ sion de foi : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant » et en recevait immédiatement la récom¬ pense du Sauveur ; « Vous êtes bienheureux, ribus et scribis, et principibus sacerdotum, et occidi, et tertia die resurgere. » Et est sensus : Tune me prsedi- cate, cum ista passus fuero, quia non prodest Christum publiée prsedicare, et ej us vulgare in populis majesta- tem, quem post paululum flagellatum visuri sint et crucifixum, et multa pati a senioribus, et scribis, et principibus sacerdotum. Et n une Jésus multa patitur ab his, qui rursum sibi crucifigunt Filium Dei Hebr . vi : et cum seniores putentur in Ecclesia, et principes sacerdotum, simplicem sequentes litteram, occidunt Filium Dei, qui totus sentitur in spiritu. « Et assumens eum Petrus, cœpit increpare ilium, dicens : Absit a te, Domine, non erit tibi hoc. Qui conversus dixit Petro : Vade post me, Satana, scanda- lum es mihi, quia non sapis ea quæ Dei sunt, sed ea quæ hominum. » Ssepe diximus nimii ardoris amoris- que quam maximi fuisse Petrum in Dominum Salvato- rem. Quia ergo post confessionem suam, qua dixerat : COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 5 Simon Barjona, car ce n’est point la chair ni le sang qui vous ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans le ciel, » entend tout à coup le Seigneur déclarer qu’il lui faut aller à Jérusalem, y souf¬ frir beaucoup de la part des anciens, des scribes et des princes des prêtres, y être mis à mort et ressusciter le troisième jour; il ne veut point perdre le bénéfice de sa profession de foi ; il ne s’imagine point que le Fils de Dieu puisse être mis à mort; il le prend dans son affection, l’en- traîne( à l’écart ne voulant point paraître devant ses collègues réprimander le maître, et se met à le reprendre avec ces paroles que lui dicte son . ardent amour : « Loin de vous Seigneur, , » ou plutôt comme s’exprime le grec : « Épargnez- vous, Seigneur, cela ne vous arrivera pas, » il n’est pas possible, et mes oreilles n’orit pas enten¬ du que le Fils de Dieu puisse être mis à mort. A ces paroles, le Seigneur se retourne et lui dit : « Allez derrière moi, Satan, vous m’êtes un sujet de scandale. » « Satan » veut dire « adver¬ saire, contraire. » Puisque, dit-il, vous tenez un langage . contraire à ma volonté, vous devez être regardé comme un adversaire. 'D’après un grand nombre de commentateurs, ce ne serait pas Pierre que le Sauveur aurait repris, mais l’esprit adversaire qui lui suggérait ce langage. Il me semble à moi, qu’on ne peut en aucune façon attribuer aux suggestions du démon cette ^erreur de l’apôtre, et qu’elle est uniquement la « Tu es Christus Filius Dei vivi; » et præmium Salva- toris, quod audierat : .« Beatus es, Simon Barjona, quia .caro et sanguis non revelavit tibi; sed Pater meus qui in cœlis est, î> repente audit a Domino, oporteçe se ire Jerosolÿinam, ibique multa pati a senioribus et scribis, et principibus sacerdotum, et occidi, et tertia die* resurgere, non [ Vict. tacet non] vult destrui confessionem suam ; nec putat fieri posse ut Filius Dei occidatur : assumitque eum in affectum suum, vel separatim ducit, ne pressenti bus cæteris condiscipulis magistrum videatur arguer^, et cœpit increpare ilium amantis affectu, et optantis dicere : « Absit a te,' . Domine : » vel ut melius habetur in Græco,-ÏAetoç aot, Kupie, ou p.7] ecrat coi tqütq, hoc est, « propitius sis tibi, Domine, non erit tibi hoc.' : » non potest fieri, nec recipiunt aures meæ, ut Dei Filius occidendus sit. Ad quem Dominus convçrsus, ait : « Vade rétro » [Vict. addit me], « Satana, scandalum mihi es. » Satanas inter prêtât ur, « adversarius, » sive « contrarius. » Quia contraria, inquit, loqueris voluntati meæ, debes adversarius appellari. Multi putant quod non Petrus conséquence de son excessive affection : « Allez derrière moi, Satan. » Le Sauveur parle autre¬ ment au diable. Il lui dit : « Arrière, Satan. >v Mais il dit à Pierre : « Allez derrière moi, » c’est- à dire, suivez mes avis; «parce que vous ne goûtez point les choses de Dieu, mais celles des hommes. » Ma volonté et celle de mon Père (dont je suis venu faire la volonté) Joan. vi, est de mourir pour le salut des hommes; et vous qui ne considérez que votre volonté propre, vous ne voulez pas que le grain de froment tombe dans la terre pour produire des fruits en abondance. Joan. xii. J’entends le lecteur demander comment il se fait qu’après avoir eu le bonheur - d’entendre : « Vous êtes bienheureux, Simon Barjona; » et : « Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle; » et : « Je vous donnerai les clefs du royaume des Cieux, » et encore : « Tout co que vous lierez ou délierez sur la terre, sera lié ou délié dans le ciel, » Pierre s’entend dire : « Allez derrière moi, Satan, vous m’êtes un sujet de scandale? » Quel changement si subit a pu se produire chez l’apôtre, pour qu’immédia- tement après l’avoir comblé d’insignes faveurs, le Sauveur lui donne le nom de Satan? La ques¬ tion est facile à résoudre. En y faisant quel- qu’attention, on remarquera que ces bénédictions, cette béatitude, ce pouvoir^ ce privilège de correptus sit, sed adversarius spiritus, qui hæc dicere Apostolo [Al. Apôstolum] suggerebat. Sed mihi hic error Apostolicus, et de pietatis affectu veniens, num- quam incentivum diaboli videbitur : « Vade rétro me, - Satana. » Diabolo dicitur : « Vade rétro. » Petrus audit : « Vade rétro me, » hoc est, sequere sententiam meam : « quia non sapis ea quæ Dei sunt, sed quæ homi- num. » Meæ voluntatis est, et Patris cujus veni facere voluntatem Joan. vi ut pro hominum salute moriar, tu tuam tantum considerans voluntatem, non vis granum tritici in terram cadere, ut multos fructus afferat Joan. xn. Prudens lector inquirat quomodo post tantam beatitudinem : « Beatus es, Simon Barjona ; » et : « Tu es Petrus ; et super ha ne petram ædificabo Ecclesiara meam; et portæ inferi non prævalebunt adversus eam; » et : « Tibi dabo claves regni cœlorum; » et : « Quod Ugaveris vel solveris super terram, erit ligatum vel solutum in cœlo; » nunc audiat : « Vade rétro me, Satana, scandalum mihi es? » Aut quæ sit tam repen- tina conversio, ut post tanta præmia, Satanas appelle- tur? Sed si consideret qui hoc quærit, Petro illam 6 SAINT JEROME servir de fondement à l’Église, ne sont pas con¬ férés actuellement à Pierre; il n’en reçoit que la promesse pour l’avenir. « Je bâtirai, dit-il, sur vous mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contré elle; » et : « Je vous donnerai les clefs du royaume des Gieux; » tout cela regarde l’avenir. Et si l’apôtre avait été immédiatement mis en possession de ces privi¬ lèges, il est sûr que l’erreur n’aurait jamais eu prise sur lui. « Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il porte sa Croix, et qu’il me suive ; car celui qui voudra sauver sa vie la perdra; et celui qui l’aura perdue pour moi, la retrouvera. Car que servirait à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme; par quel échange pourra-t-il la racheter? » Ibid. 24 seqq. Celui qui se dépouille du vieil homme et de Ses œuvres, Coloss. in, se renonce lui-même et dit : « Ce n’est plus maintenant moi qui vis, c’est Jésus- Christ qui vit en moi, » Galat. n, 20, et, il porte sa croix pour être crucifié au monde; et celui pour qui le monde est crucifié, suit le Seigneur crucifié. « Par quel échange pourra-t-il la racheter? » Pour Israël, le Seigneur donnait en échange l’Égypte, l’Éthiopie, et Syène; /sa. xliii 3. 4. Une seule chose peut racheter l’âme humaine, beuedictionem et beatitudinem, ac potestatem, et ædificationein super eum Ecclesiæ, iu futuro promisse m, ' non in pvæsenti datam intelliget. « Ædificabo, » inquit, « super te Ecclesiam rneam et portæ inferi.non præva- lebunt adversus eam. » Et : « Dabo tibi claves regni cœlorum. » Omnia de futuro, quæ si statim dedisset ei, numquam in eo praVee opinionis error invenisset locum. « Tune Jésus dixit disdpulis suis : Si qhis vult post me venire, abneget semetipsum; et tollat crucem suam, et sequatur me. Qui enim voluerit animam suam saïvam iacere, perdet eam. Qui autem perdiderit animam suam propter me, inveniet eam. Quid enim prodest homini si universum mundum lucretur, animæ vero suse detrimentum patiatur? » Qui deponit veterem :hominem cum operibus suis Coloss . ni, denegat semet¬ ipsum diceiis : « Vivo autem jain non ego, vivit vero in me Christus » Galat . u, 20; toliitque crucem suam, et mundo crucifigitur. Cui autem mundus cruciflxus est, seqnitur Dominum crucifixum. « Aut quam dabit homo commutationem pro anima sua? » Pro Israël datur comin utatio Ægyptus et celle que chante le Psalmiste : « Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné? Je prendrai le calice du Salut et j’invoquerai le nom du Seigneur. » Psalm. cxv, 3. « Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. » Ibid. 27. Pierre scandalisé par l’annonce de la mort du Sauveur venait d’en être sévèrement répri¬ mandé. Les disciples venaient d’apprendre qu’ils devaient se reponcer eux-mêmes, porter leur croix et suivre leur maître, en mourant chaque jour en esprit. Ce langage jetait l’épouvante dans les cœurs, et la crainte qui s’était emparée du chef des apôtres pouvait également saisir les autres disciples; aussi le Sauveur s’empresse^ t-il de faire suivre les tableaux lugubres de perspectives plus riantes; il leur dit : « Le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son. Père, avec ses anges. » La mort vous effraie, voyez la gloire du triomphateur. Vous avez peur de la croix, voici le cortège des légions angéliques. « Et alors, continue-t-il, il rendra à chacun selon ses œuvres. » Rom. x. 12. Plus de distinction entre le Juif et le Gentil, entre l’homme et la femme, entre le pauvre et le riche, dès lors queœe n’est plus sur les personnes, mais sur les œuvres que se porte l’examen. « Je vous le dis en vérité, il y en a quelques- Æthiopia, et Syeue Isai. xliii, 3, 4 : pro anima humana ilia sola est retvibutio, quam Psalmista canit : « Quid retribuam Domino pro omnibus quee retribuit mihi? Calicem salutaris accipiam,. et nomen Domini invocabo » Ps. cxv, 3. , _ « Filius enim hominis venturus est in gloria Patris suî cum angelis suis; et tune reddet unicuique secundum opus ejus. » Petrus ad prædicationem Dominicæ mortis scandalizatus, sententia Domini fuerat increpatus; pro- vocati discipnli, ut abnegarent se, ,et tollerent crucem suam, et morientium animo sequerentur magistrum. Grandis terror audientium, et qui possit, principe apos- tolorum perterrito, etiam aliis metum injicere idcirco tristibus lseta succédant, et dicit : « Filius hominis ven¬ turus est in gloria Patris sui cum angelis suis. » Times mortem, audi gloriam vtriumphantis. Vereris crucem, ausculta angelorum ministeria. « Et tune, inquit, reddet unicuique secundum opéra ejus » Rom . x, 12. Non est distinctio Judæi et ethnici, viri et mulieris, pauperum et divitum, ubi non personæ, sed opéra considerantur. « Amen dico vobis, su nt quidam de hic stantibus, qui non gustabunt mortem, donec videant Filium. hominis COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU uns de ceux qui sont ici, qui ne mourront point, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir en son règne. » Ibid. 28. Jésus avait voulu contre¬ balancer la crainte chez les apôtres par l’espé¬ rance des biens futurs : « Le Fils de l’homme doit venir dans, la gloire de son Père avec ses anges, » en y ajoutant l’autorité du juge : « Et il rendra à chacun selon ses œuvres » : Néanmoins les apôtres pouvaient conserver quelque hésitation et se dire intérieurement : Vous affirmez que vos souffrances et votre mort sont proches; et quant à vos promesses de venir dans la gloire de votre Père, escorté par les Anges, avec tout l’appareil d’un juge tout-puissant, elles ne doivent s’accom¬ plir que plus tard, après de longs siècles. Celui qui lit les plus secrètes pensées des cœurs a prévu cette objection et il y répond en plaçant en. face de la crainte actuelle une récompense actuelle : « ïl y en a quelques-uns de ceux qui sont ici qui ne mourront point qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir en son règne ; » à cause de votre incrédulité, le Fils de l’homme se manifestera à vous présentement tel qu’il doit venir plus tard. ' « Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère. » Matth. xu. 1. Pour¬ quoi voyons-nous en certains endroits des Évan¬ giles Pierre, Jacques et Jean séparés des autres apôtres; de quels privilèges particuliers jouis¬ saient-ils à l’exclusion des autres ; nous l’avons dit plus d’une fois et nous ne le redirons pas venientem in regno suo. » Terrorem apostolorum spe medicari voluerat promissorum, dicens : « Filius homi- nis venturus est in gloria Patris sui cum angelis suis. » ’fnsuper auctoritate judicis addita : « et reddet unicui- que secundum opéra sua. » Poterat apostolorum tacita cogitatio, istiusmodi scandalum sustinere; oceisionem et mortem nunc dicis esse venturam; quod autem peomit- tis te affuturum in gloria Patris cum angelorum minis- teriis, et judicis potes.tàte, hoc in dies erit, et in tem¬ pera longa differetur [Al. differtur,] Prævidens ergo oc- cultorum cognitor quid possent objicere, præsentem timorem præsenti compensât præmio. Quid enim dicit : « Sunt quidam de hic stantibus, qui non gustabunt mortem, donec videant Filium hominis venientem in regno suo ; » ut qualis est postea venturus, ob incredu- litatem vestram præsenti tempore demonstretur. « Et post dies sex, assumons Jésus Petrum, et Jaco- bum, et Joannem fratrem ejus. .» Quare Petrus, et Jaco- bus, et Joànnes in quibusdam Evangeliorum locis sepa- rentur a cæteris; aut quid privilegii habeant extra aîios aujourd’hui. Une autre question se pose : Com¬ ment expliquer que Jésus, d’après saint Matthieu, prit ses apôtres six jours après, pour les mener à l’écart sur une haute montagne, quand il est parlé de huit jours dans l’Évangile de saint Luc. Luc. ix. La solution en est facile. Les six jours de saint Matthieu sont les jours intermédiaires; le premier et le dernier ne sont pas compris dans ce chiffre, tandis que saint Luc les y comprend ; aussi ne dit-il point : « Huit jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, » mais : le huitième jour. « Et il les mena à l’écart sut* une haute monta¬ gne. » Mener ses disciples sur les hauteurs, est un des privilèges de la royauté. On les mène à l’écart séparément des autres, parce qu’il y en a beaucoup d’appelés, mais peu cl’élus. Matth. xv. 16 et xxu. 14. « Et il fut transfiguré devant eux. » Ibid . 2. Tel il doit apparaître, quand il viendra pour juger lé: monde, tel il se montra aux apôtres. Quant à ces paroles :»Et il fut transfiguré devant eux,» il n’en faudrait pas conclure qu’il se soit dépouillé de sa forme et de son visage primitifs, ni qu’il ait quitté son corps réel, pour revêtir un corps spi¬ rituel ou aérien. Cette transformation va nous . être expliquée par l’Évangéliste. . « Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements blancs comme la neige. » Du moment qu’on parle de l’éclat de son visage et de la blancheur de ses vêtements, il est clair que apostolos, crebro diximus. Nuac quæritur quomodo post dies sex assurapserit eos, et duxerit in montem excelsum seorsum, cum Lucas evangelista octonarium numerum ponat Luc. ix. Sed facilis responsio est, quia hic medii ponuntur dies, ibi primus additur et extremus. Non enim dicitur : « Post dies octo assumpsit Jésus Petrum, et Jaeobum, et Joannem; » sed die octavo. , « Ducit illos in montera excelsum seorsum. » Ducere ad montana discipulos, pars regni est. Ducuntur seor¬ sum, quia raulti vocati, pauci vero electi Matth. xx, 16, et xxii, 14. « Et transfigurais est ante eos. » Qualis futurus est temp jre judicandi, talis apparuit apostolis. Quod autem dicit : « Transfigurais est ante eos, » nerao putet pris- tinam eum formam et faciem perdidisse, vel amisisse corporis veritatem, et assumpsisse corpus vel spirituale, vel aereum; sed quomodo transforma tus sit, evangelista deraonstrat, dicens : « Et resplenduit faciès ejus sicut sol, vestimenta au¬ tem ejus facta sunt alba sicnt nix. » Ubi splendor faciei 8 SAINT JEROME la substance n’a point disparu; il n’y a de changé que la gloire qui s’y ajoute. « Son visage devint brillant comme le soleil. » Une chose certaine, c’est que le Seigneur parut environné de cette gloire dont il resplendira au jour où il viendra dans son règne; mais cette transformation en lui donnant un éclat qu’il n’avait point habituelle¬ ment, ne lui enleva point son visage ordinaire. Et en admettant que son corps se fût spiritualisé, le seul changement qui s’opéra dans ses vête¬ ments, c’est qu’ils devinrent si blancs, qu’au témoignage d’un autre évangéliste, « le foulon n’en peut faire de pareils sur la terre. » Marc, ix, 2. Ce que le foulon peut faire sur la terre est quelque chose de corporel, qui ' reste soumis au sens du toucher, et non quelque chose de spirituel, d’aérien, qui fasse illusion aux yeux, et n’ait qu’une apparence sbns réalité. « En même temps ils virent paraître Moïse et Élie qui s’entretenaient avec lui. » ïbid. 3. Quand les Scribes et les Pharisiens viennent pour le ten¬ ter, et lui demandent un prodige dans le Ciel, il se refuse à le donner et oppose une réponse liabile à leur demande insidieuse. Aujourd’hui pour accroître la foi de ses apôtres, il opère ce prodige du ciel ; Élie descend d’où il était monté. Moïse remonte des profondeurs. Ainsi Isaïe don¬ nait autrefois à Achaz l’ordre de demander un prodige ou du fond de la terre ou des hauteurs du çiel. Isai. vii et iv. Reg . n. Saint Matthieu se ostenditur, et candor describitur vestium, non substantia tollitur, Sed gloria commutatur. « Resplenduit faciès ejus sicutsol. » Certe transformatus est Dominus in eam glo- riam, qua venturus est postea in regno suo. Transfor- matio splendorem addidit, faciem non subtraxit. Esto corpus spirituale fuerit, num et vestimenta mutata sunt, quse intantum fuere candida, ut alius evangelista dixe- rit : « Qualia fullo super terram non potest facere Marc. ix, 2. Quod autem fullo super terram potest facere, cor- porale est, et tactui subjacet, et non spirituale et aere- um, quod illudat oculis, et tantum in phantasmate conspiciatur. « Et ecce apparuerunt illis Moyses et Elias, cum eo loquentes. » Scribis et pharisæis tentantibus se, et de eœlo signa poscentibus, dare noluit, sed pravam postu- lationem confutavit respOnsione prudenti. Hic vero, ut apostolorum augeat fidem, dat signum de cœlo, Elia inde descendente quo conscenderat ; et Moyse ab inferis résurgente; quod et Achaz per Isaiam præcipitur, ut pe- tat sibi signum de excelso, aut de inferno Isai. vu, et IV Reg. n. Nain quod dietum est : « Apparuerunt illis contente de mentionner la présence de Moïse et d’Élie : « Ils virent paraître Moïse et Élie qui s’entretenaient avec lui; » mais un autre évangé¬ liste ajoute qu’ils annoncèrent à Jésus tout ce qu’il devait souffrir à Jérusalem. Lue. ix. Ainsi en leur personne apparaissent la Loi et les Pro¬ phètes qui annoncèrent si fréquemment la Passion du Sauveur et sa résurrection. « Alors Pierre prenant la parole dit à Jésus : Seigneur nous sommes bien ici. » Ibid. 4. Lors¬ qu’une fois on a gravi les hauteurs, on voudrait y rester toujours et ne plus s’abaisser aux peti¬ tesses de la terre. « Si vous voulez, faisons-y trois tentes : une pour Vous, une pour Moïse, et une pour Élie. » Vous vous trompez, Pierre, et comme le déclare un autre évangéliste, vous ne savez ce que vous dites. Luc. ix. A quoi bon trois tentes? Il n’y en a qu’une, celle de l’Évangile qui abrite la Loi et les Prophètes. Si vous demandez trois tentes, vous ne mettez pas les serviteurs avec le Maître; faites donc trois tentes ou plutôt n’en faites qu’une pour le Père, le Fils et le Saint-Esprit; qu’il n’y ait pour ces trois personnes, puisque leur divinité est une, qu’une tente dans votre cœur. « Lorsqu’il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit, et de la nuée sortit une voix qui dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, dans lequel j’ai mis toute mon affection : écoutez-le » Ibid. 5. Par Moyses et Elias, cum eo loquentes; » et in alio refertur Evangelio, nuntiasse ei quæ Jerosolymis passurus esset Imc. ix : Lex ostenditur et prophetæ, qui et passionem Domini, et resurrectionem crebris vocibus nuntiarunt. « Respondens autem Petrus, dixit ad Jesum : Domine, bonum est nos hic esse. » Qui ad montana conscende¬ rat, non vult ad terrena descendere; sed semper in su- blimibus perseverare. « Si vis, faciamus hic tria tabernacula : Tibi unum, Moysi unum, et Eliæ unum. » Erras, Petre, sicut et alius evangelista testatur; nescis quid dicas Lue. ix. Nolitria tabernacula quærere, cum unum sit tabernaculum Evan- gelii, in quo Lex et Prophetæ recapitulanda sunt. Si autem quæris tria tabernacula, nequaquam servos cum Domino conféras, sed fac tria tabernacula; immo unum Patri, et Filio, et Spiritùi sancto ; ut quorum est una divinitas, unum sit et in pectore tuo tabernaculum. « Adhue eo loquente, ecce nubes lucida obumbravit eos. Et ecce vox de nube, dicens : Hic est Filius meus dilec- tus, in quo mihi bene complacui, ipsum audite. » Quia imprudenter interrogaverat, propterea responsionem COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 9 suite de sa demande inconsidérée, il ne mérite ront été vos aspirations, plus profondes seront pas d’obtenir une réponse directe du Sauveur. ‘ vos chutes, si vous avez méconnu la mesure de C’est le Père qui va répondre pour le Fils, afin vos forces. > que cette parole du Seigneur soit accomplie : « Jésus s’approcha et les toucha. » Ibid. 7. « Je ne me rends pas témoignage à moi-même; Comme ils étaient étendus à terre et ne pou- mais c?est mon Père qui m’a envoyé, qui rend vaient se relever, Jésus s’approcha avec bonté et /lui-même témoignage pour moi. >x Jean. v. 37. les toucha pour dissiper leur frayeur par son et vin. 18. Une nuée lumineuse apparaît et les attouchement, et rendre à leurs membres la couvre ; ils demandaient une tente matérielle faite vigueur qu’ils avaient perdue, de feuillages ou d’étoffes, les voici ombragés par « Et il leur dit : Levez-vous et ne craignez une nuée lumineuse. Puis la voix du Père se fait point; » après les avoir guéris par le toucher, entendre du, ciel pour rendre témoignage à son il les guérit par la parole; « Ne craignez point. » Fils, dissiper l’erreur de Pierre, lui apprendre la II faut d’abord dissiper la frayeur, pour que la vérité, et par lui, la faire connaître aux autres leçon puisse être comprise, apôtres. ». Celui-ci, dit-il, est mon Fils bien-aimé,» « Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que c’est à lui qu’il faut dresser une tente, à lui qu’il Jésus seul. » Ibid. 8. La raison voulait qu’après ■ faut obéir. Il est le Fils, eux, ne sont que des s’être relevés, ils ne vissent plus que Jésus seul ; serviteurs; comme vous, Moïse et Élie doivent car si Moïse et Élie étaient restés avec le. Sauveur, aussi préparer dans le plus intime de leùr coeur les apôtres auraient pu concevoir des doutes sur une tente au Seigneur. la voix du Père qui était le principal témoignage « Les disciples l’ayant entendu, tombèrent le rendu au Fils. Ils voient donc Jésus debout ; la visage contre terre, et furent saisis d’une nuée s’est dissipée, Moïse et Élie ont disparu; extrême frayeur. » Ibid. 6. Cette frayeur a trois et en effet, quand aura disparu l’ombre de la loi causes : la connaissance de leur erreur, la nuée et des prophètes qui recouvrait les apôtres, leur lumineuse qui les couvre subitement, la voix de double lumière se retrouvera dans l’Évangile. Dieu le Père qui frappe leurs oreilles; l’homme « Lorsqu’ils' descendaient de la montagne, est en effet si faible qu’il ne peut supporter Jésus leur fit ce commandement et leur dit : Ne l’éclat d’une pareille gloire, et que sous l’empire parlez à personne de ce que vous venez de voir, du tremblement qui s’empare de lui tout entier jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité corps et âme, il tombe à terre. Plus hautes au- d’entre les morts. » Ibid. 9. Les avant-coureurs Domini non meretur, sed Pater respondet pro Filio, ut quæsierit, tantomagis ad inferiora collabitur, si igno- verbum Doraini compleretur : « Ego testimonium non raverit mensuram suam. dico pro me, Sed Pater qui me misit, ipse pro me dicit « Et accessit Jésus, et tetigit eos. » Quia illi jacebant testimonium Joan. v, 37, et vin, 18. Nubes autem vi- et surgere non poterant, ipse clem enter accedit, et tan- detur lucida, et’ obumbrat eos, ut qui carnale e fron- git eos, ut tactu timorem fuget, et debiljtata membra so- dibus, a ut tentoriis quærebant tabernaculum, nubis lidentur. ducidæ operirentur umbraculo. Vox quoque de cœlo Pa- « Dixitque eis : Surgite, et nolite timere. » Quos tris loquentis auditur, quæ et testimonium perhibeat manu sànaverat, sanat imperio. « Nolite timere. » Pri- Filio; etPétrum [Aï. Pétri,] errore sublato, doceat véri- mum timor expellitur, ut postea doctrina tribuatur. tatem; immo per Petrum çæteros apostolos. « Hic est, » « Levantes autem oculos suos, neminem viderunt, nisi ait,' « Filius meus dilectus ; » Kuic figendum est taber- solum Jesum. » Rationabiliter postquam surrexerunt, naculum, huic obtemperanclum. Hic est filius, illi. servi non viderunt nisi solum Jesum; ne si Moyses et Elias sunt; Moyses et Elias debent et ipsi vobiscum in pene- \ persévérassent cum I)omino, Patris vox videretur incér- tralibus cordis sui Doûiino tabernaculum præparare. -ta, cui potissimum daret testimonium. Vident ergo « Et audientes discipuli, cedderunt in faciem suam, Jesum stantem, ablata riube, et Moysen et Eliam eva- et timuerunt vafde. » Triplicem ob eau sam pavore ter- nuiçse : quia postquam Legïs et prophetarum uinb^a rentur, vel quia se errasse cognoverant, vel quia nubes discesserit, quæ velamento suo apostolos texerat^, utrum- lucida.operuerat pos, àut quia Dei Patris vocem loquen- que lumen in Evangelio reperitur. tis audierant ; quia humana fragilitas conspectumimajo- « Et descenclentibus îllis de monte præcepit Jésus, ris gloriæ ferre non sustinet, àC toto animo et corpore dicens : Nemini dixeritis visionem, donec Filius hominis contremiscens, ad terram cadit. Quanto quis ampliora a mortuis resurgat. » Futur i regni præmeditatio, et glo- 10 SAINT JEROME du royaume à venir et la gloire du triomphateur avaient apparus sur la montagne. Le Christ ne veut pas que cette manifestation soit révélée aux peuples, dans la crainte qu’elle ne rencontre qu’incrédulité, tant la chose est inouïe, ou que les ignominies de la croix venant après une gloire si éclatante, ne soulèvent un plus grand scandale dans ces esprits grossiers. « Ses disciples l’interrogèrent et lui dirent : Pourquoi donc les Scribes disent-ils qu’il faut qu’Élie vienne auparavant? » Ibid. 10. Si nous ne connaissions le motif qui pousse les disciples à interroger leur maître sur Élie, leur question nous semblerait extraordinaire et déplacée. Quel rapport en effet y a-t-il entre les faits racontés plus haut et cette question sur la venue d’Élie? C’est une tradition des Pharisiens, basée sur le prophète Malachie, (le dernier des douze prophètes) qu’ÉJie viendra avant l’avènement du Sauveur, qu’il réunira le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères, et qu’il établira toutes choses dans leur état primi¬ tif. Malach . iv. Les disciples donc, pensant que ce passage du Christ à la gloire, est celui dont ils ont été témoins sur la montagne, disent : Puisque vous êtes déjà venu dans la gloire, pourquoi votre précurseur n’apparaît-il pas? question d’autant plus naturelle dé leur part, qu’ils avaient vu Élie disparaître. Et lorsqu’ils ajoutent: « Les ria triumphantis demonstrata fuerat in monte. Non ergo vult hoc in populos prædicari, ne et incredibile esse t pi1 o rei magnitudine, et post tan ta m gîoriam apud rudes aniraos sequens crux scandaluin faceret. « Et interrogaveruut eum discipuli, dicentes : Quid ergo Scribæ dicunt, quod Eliam oporteat primum veni- re? » Nisi causas noverimus, quare interrogaverint dis¬ cipuli super Eliæ nomine, stulta videtur, et extraordi- naria eoïum interrogatio. Quid enim pertinet ad ea, quæ supra scripta sunt, de Eliæ adveritu quærere? Traditio Pharisæorum est, juxta Malachiam prophetam (qui est novissimus in duodecim) quod Elias veniat ante adven- tuin Salvatoris, et reducat cor patrum ad ûlios, et filio- rum ad patres, et restituât omnia in antiquum statum Malach . îv. Æstimant ergo discipuli transfovmationem gloriæ hanc esse, qnam in monte videant, et dicunt : Si jom venisti in gloria, quomodo præcursor tuus non appa- ret, maxime quia Eliam viderant recessisse. Quando au- tein adjiciunt :: « Scribæ dicunt quod Eliam oporteat primum venir© : » Primum dicendo, cstendunt quod nisi Elias venerit, non sit secundum Scriptnras Salvato¬ ris adventus. scribes disent qu’il faut qu’Élie vienne aupara* vant. » Par le mot « auparavant » ils montrent que si Élie n’est pas venu, l’avènement du Sau¬ veur ne se fait pas conformément aux Écritures. « Jésus leur répondit: Il est vrai qu’Élie doit venir et qu’il rétablira toutes choses. Mais je vous déclare qu’Élie est déjà venu. » Ibid. 11. 12. Le même Élie qui viendra corporellement au second avènement du Sauveur, est venu en es¬ prit et en vertu dans la personne de Jean. « Et ils ne l’ont point connu, mais ils l’ont traité comme il leur à plu. » C’est-à-dire, ils l’ont méprisé et lui ont tranché la tête. » Ils feront souffrir de même le Fils de l’homme. Alors les disciples comprirent que c’était de Jean-Baptiste qu’il leur avait parlé. » Ibid. 13. Jean-Baptiste a été mis à mort par Hérode et Hérodias; pour¬ quoi donc les accuser d’avoir fait également cru¬ cifier Jésus, quand nous lisons que les Scribes et les Pharisiens ont été les auteurs de son supplice? Nous répondons en deux mots que la secte dès Pharisiens s’est rendue complice du meurtre de Jean en y acquiesçant, et qu’Hérode prit une part volontaire à la mort du Sauveur, car c’est lui qui, après l’avoir accablé de railleries et de mépris, l’a renvoyé à Pilate, pour que les Juifs le crucifiassent. « Seigneur, ayez pitié ' de mon fils qui est lunatique et qui souffre beaucoup, car il tombe « At ille respondons, ait illis : Elias quidem venturus est, et restituet omnia. Dico auteur vobis, quia Elias jom venit. » Ipse qui venturus est in secundo Salvatoris ad- ventu, juxta corporîs fidem, nunc per Joannem venit in virtute et spiritu. « Et non cognovevunt eum; sed fecerunt in eo quæ- cumque voluerunt. » Hoc est, spreverunt, et decollave- runt eum. »Marc. xn. 14. « Et étant entré dans la maison, Jésus le pré-, vint et dit. » Les gens qui percevaient les deux drachmes avaient pris Pierre à part. Le Seigneur étant entré dans la maison, ne laisse, pas à Pierre le temps de lui raconter l’affaire, il l’inter¬ roge lui-même ; et de cette façon, en montrant à ses disciples qu’il est au courant de ce qui s’est passé hors de sa présence, il les empêchera de se scandaliser de la demande du tribut. « Simon, que vous en semble? De qui les rois de la terre reçoivent-ils les tributs et les impôts, de leurs propres enfants ou des étrangers? Des étrangers, répondit Pierre. Jésus lui dit : Les enfants sont donc etempts. » Ibid . 25. Selon la chair et selon l’esprit, Notre-Seigneur était dou¬ blement fils de roi, d’un côté,; issu de la famille de David; de l’autre, Verbe du Père tout-puis¬ sant; fils des rois, il n’était donc pas soumis au tribut; mais lui qui avait épousé' la chair et ses ex more poscunt tributa ; et pro signorum magnitudine hi qui exigebant, non audent ipsum repetere, sed dis- çipulum conveniunt, sive malitiose interrogant : utrum reddat tributa, an contradicat Cæsaris voluntati; juxta quod in alio loco legimus : « Licet Cæsaris tributa sol- vere, an non. » Marc, xn, 14? « Et cum intrasset in domum, prævenit eum Jésus, dicens. » Qui didrachma exigebant, seorsum convenerant Petrum. Cumque intrasset domum, antequam Petrus suggereret, interrogat Dominus, ne scandalizentur dis- cipuli ad postulationem tributi ; cum videant eum nosse quæ absente se gesta sunt. ' « Quid tibi videtur, Simon? Reges terræ a quibus accipiunt tributum vel censum, a filiis suis, an ab alienis? Et ille dixit : Ab alienis. Dixit illi Jésus : Ergo liberi sunt filiii » Dominus noster, et secundum carnem, et secundum spiritum filius regis erat, vel ex David stirpe generatus, vel omnipotentis Verbum Patris. Ergo tributa quasi regum filius non debebat, sed qui humilitatem car¬ nés assumpserat, debuit adimplere omnem justitiam. Nos- que infèlices qui Christi censemur nomine, et nihil dignum abaissements voulut accomplir toute justice. Malheureux que nous sommes, nous portons le nom du Christ, et nous ne faisons rien qui soit digne d’une si auguste majesté; pour nous, il a porté la croix, il a payé le tribut, et nous ne payons pas le tribut en son honneur, et comme des fils de roi nous sommes exempts des impôts. « Mais afin que nous ne les scandalisions point, allez-vous-en à la mer et jetez votre ligne; et le premier poisson que vous tirerez .de L’eau, pre- nez-le, ouvrez-lui la bouche; vous y trouverez un statère que vous prendrez et que vous leur donnerez pour moi et pour vous. » Ibid . 26. Je ne sais ce qu’il faut admirer ici davantage, la prescience du Sauveur ou sa grandeur d’âme. Sa prescience : il savait qu’un poisson portait un statère dans la bouche, et que ce serait lui qui se ferait prendre le premier. Sa grandeur d’âme et sa puissance, si c’est en vertu de sa parole que le statère a été créé dans la bouche du poisson, et. si elle a produit instantanément ce que l’apôtre devait y trouver plus tard. Dans le sens mystique, il me semble que le Sauveur est ce poisson qui fut pris le premier, qui se trouvait dans les profondeurs de la mer, et habitait les abîmes amers, afin que le premier Adapi fût délivré par le second, et que ce qui se trouva dans sa bouche, c’est>à-dire, son hom¬ mage, fût donné pour Pierre et le Seigneur. Et ce prix est parfaitement choisi; il est partagé, tanta facimus majestate; ille pro nobis et crucem susti- nuit, et tributa reddidit, nos pro illius honore tributa non reddimus, et quasi filii regis a vectigalibus immunes sumus. « Ut autem non scandalizemus eos, vade ad mare, et mitte hamum, et eum piscem qui primus ascenderit, toile. Et aperto ore ejus, invenies staterem;. ilium sumens, da eis pro me et te. » Quid primum mirer in hoc loco, nescio, utrum præscientiam, an magnitudinem Salvatoris. Præscientiam quod noverat piscem trnbere in ore staterem, et quod. primus ipse capiendus esset. Magnitudinem atque virtutem, si ad vèrbum ejus statim stater in ore p'iscis creatus est, et quod futùrum erat, ipse loquendo fecerit. Videtur autem mihi secundum mysticos intellectus, iste esse piscis qui primus captus est, qui in profundo maris erat, et in saisis amarisque gurgitibus morabatur, ut per secundum Adain liberaretur primus Adam; et id quod in ore ejus, hoc est in con- fessione fuerat inventum, pro Petro et Domino reddere- tur. Et pulchre idipsum quidem datur pretium, sed divisum est, quia pro Petro quasi prô peccatore pretium 14 SAINT JEROME puisqu'il sert à payer pour les deux; mais il est un, car si Pierre en sa qualité de pécheur avait besoin d’une rançon, Notre-Seigneur, lui, n’avait pas commis le péché, et le mensonge ne s’était pas trouvé dans sa bouche. Isai.L. ni. Le statère , est une pièce de monnaie qui vaut deux doubles drachmes ; l’égalité de prix donné pour la déli¬ vrance du serviteur et du maître, témoigne la similitude de leur nature. Entendu simplement, ce verset est bien propre à édifier le lecteur, en lui montrant le Seigneur tellement dénué de tout, qu’il ne possède pas même de quoi payer le tribut pour lui et pour l’apôtre. Que si l’on objecte : Pourquoi alors Judas portait-il de l’argent dans une bourse? nous répondrons que Jésus ne voulut pas employer pour ses besoins personnels le bien des pauvres, et en cela il nous a donné un exemple à suivre. « En ce même temps, les disciples s’appro¬ chèrent de Jésus et lui dirent : Qui est, à votre avis, le plus grand dans le royaume des cieux? » Matth. xviii. 1. Je renouvelle ici une observa¬ tion faite plusieurs fois déjà : 11 faut rechercher avec soin les motifs de chacune des paroles et des actions du Sauveur. Après Ja découverte du statère, après le paiement du tribut, que vient faire ici cette question inopinée des apôtres, et quel rapport y a-t-il entre toutes ces choses? « En ce même temps les disciples s’approchè¬ rent de Jésus et lui dirent : Qui est, à votre avis, le plus grand dans le royaume des cieux? » Ils reddebatur ; Dominus autem noster peccatum non fecerat nec dolus inventus est in ore ejus. Isai^ un. Stater dicitur, qui duo habet didrachmata, ut ostenderetur similitudo carnis, dum eodem et servus et dominus pretio liberan- tur. Sed et simpliciter intellectum ædificat auditorem : dum tantæ Dominus fuerit paupertatis, ut un de tributa pro se et apostolo redderet, non habuerit. Quod si quis objicere voluerit : et quomodo Judas in loculis portabat pecuniam? Respondebimus, rem pauperum in isus suos convertere nefas putavit, nobisqueideratribuitexemplum. « In ilia hora accesserunt discipuli ad Jesum, dicentes : Quis pu tas major est in regno cœlorum? » Quod sæpe monui, etiam nunc observandum est. Gausæ quærendæ sunt singulorum Domini dictorum atque facto rum. Post inventum staterern, post tributa reddita, quid sibi vult apostolorum repentina mterrogatio ? « In ilia hora acces- serùnt discipuli ad Jesum dicentes, Quis putas major est in regno cœlorum? » Quia viderant pro Petro et Domino idem trîbutum redditum, ex æqualitate pretii, arbitrât! venaient de voir que le même tribut avait été payé pour Pierre et le Seigneur, et de cette éga¬ lité dans l’impôt, ils Conclurent que Pierre pour avoir payé autant que le Sauveur était élevé au- dessus de tous les apôtres; et c’est pour cette raison qu’ils demandent qui est le plus grand dans le royaume des cieux. Jésus connaissant leurs pensées et comprenant ce qui cause leur erreur, veut guérir cette soif de vaine gloire, en faisant naître dans leurs cœurs une généreuse émulation pour l’humilité. , « Jésus ayant appelé un petit enfant, le mit au milieu d’eux, et dit. » ïbid . 2. Ou bien il appela simplement le premier venu pour lui demander son âge, et leur présenter en lui un modèle d’innocence; ou bien il se mit lui-même comme un petit enfant au milieu d’eux, lui qui était venu, non pour être servi, mais pour ser¬ vir, afin de leur donner un exemple d’humilité. D’autres voient dans ce petit enfant le Saint- Esprit qu’il devait faire pénétrer au cœur de ses disciples, pour convertir leur orgueil en humilité. « Je vous dis en vérité, que si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez point .dans le royaume des cieux. » ïbid. 3. Il est prescrit aux apôtres, non pas d’avoir l’âge des petits enfants, mais d’avoir leur innocence, d’acquérir par le travail ce qu’ils tiennent des années, d’être petits enfants sous le rapport de la malice et non sous celui de la sagesse. sunt Petrum omnibus apostolis esse prælatum, qui in reddiiione tributi Domino fuerat comparatus, ideo inter- rogant, quis major sit in regno cœlorum? Vidensque Jésus cogitationes eorum, et causas errons intelligens, vult desiderium gloriæ humilitatis çontentione sanare. « Et advocans Jésus parvulum, statuit eum in inedio,. et dixit. » Vel simpliciter qnemlibet parvulum, ut æta- tem quæreret, et similitudinem innocentiæ demonstraret Vel certe parvulum statuit in inedio eorum seipsum, qui non ministrari, sed ministrare vénérât, ut eis humililahs tribueret exemplum. Alii parvulum mterpretantur Spiri- tum sanctum, quem posuerit in cordibus discipulorum, ut superbiam in humilitatem mutaret. -J « Amen dico vobis, nisi conversi fueritis et effteiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cœlorum, » Non præcipitur apostolis, ut ætatem hab.eant parvulorum, sed ut innocentiam, et quod illi per annos possident, bi pos- sideant per industriam; ut malitia, non sapentia parvuli sint. COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 15 « Quiconque donc s’humiliera comme ce petit enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux. » Ibid. 4. Cet enfant que je vous donne comme un exemple à suivre, ne persévère pas dans la colère, ne se souvient pas des injures qu’il a reçues, n’éprouve aucune délectation charnelle à la vue d’une belle femme, ne pense pas autrement qu’il ne parle. 11 faut qu’il en soit ainsi de vous; car si vous ne pos¬ sédez une semblable innocence et une égale pureté de cœur, vous ne pourrez pas entrer dans le royaume des cieux. Autre sens : « Qui¬ conque s’humiliera comme cet enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux. » Celui qui m’aura imité, et qui se sera humilié à mon exemple, au point de s’abaisser comme je me suis abaissé en prenant la forme de servi¬ teur, celui-là entrera dans le royaume des cieux. Philip. 2. « Quiconque reçoit en mon nom un tel enfant, c’est moi-même qu’il reçoit. » Ibid. 5. Celui qui s’est fait l’imitateur de l’humilité et de l’inno¬ cence du Christ, reçoit le Christ en lui-même. Et dans la crainte, que lorsque cela leur arrivera, les apôtres n’en tirent une gloire personnelle, il ajoute sagement que lorsqu’ils seront reçus ainsi, ce ne sera pas à cause de leurs mérites, mais par honneur pour leur maître. « Mais celui qui scandalisera un de ces petits qui croient en moi. » Ibid. 6. Remarquez que « Quicumque ergo humiliaverit . se sicut parvulus iste hic est major inreg.no cœlorum. » Sicut iste parvulus cujus vobis exémplum trjbuo, non persévérât in iracun- dia, non læsus meminit, non videns puJchram mulierem delectatur, non aliud cogitât, et aliud loquitur;sic et vos nisi talem habueritis innocentiam, et animi purita- tem, non p'oteritis régna cœlorum intrare. Sive aliter : « Qüicumque humiliaverit se sicut parvulus iste, hic est major in.regjao cœlorum. » Qui imitatus fuerit me, et se in exeniplum mei humiliaverit, ut tantum se dejiciat, quantum ego dejeci [&wpp. me] formam servi accipiens, hic intrabit in regrîum cœlorum Philipp. n. « Et qui susceperit unum parvulum talem in nomine meo, me suscipit. » Qui talis fuerit, ut Christr imitetur humilitatem et innocentiam, ineo Christus suscipitur. Et prudenter, ne . cum delatum fuerit apostolis, se putent honoratos, adjecit, non illos sui [Al. suo] merito, sed magistrf honore suscipiendos. « Qui autem scandalizaverit unum de pusillis istis qui in me credunt. Nota quod qui scandalisa tur, parvulus est ; majores enim scandala non recipiunt. ce sont les petits qui sont scandalisés ; les grands ne le sont pas. « Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attachât au cou une meule de moulin, et qu’on le plon¬ geât au fond de la mer. » Bien que cette con¬ damnation soit générale et tombe sur tous ceux qui donnent du scandale, on peut néanmoins conclure des précédents qu’elle a surtout été prononcée contre les apôtres, dont la question : qui est le plus grand dans le royaume des cieux, pouvait faire supposer qu’ils se disputaient les honneurs et les dignités. Qu’ils persévérassent dans ce défaut, le scandale qui en résultait, pou¬ vait causer la perte des hommes qu’ils appelaient à la foi, en leur donnant le triste spectacle de leurs compétitions ambitieuses. Quant à ces pa¬ roles : « Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui ' attachât au cou une meule de moulin, » ce n’est pas autre chose qu’une locution en usage dans le pays. Les anciens Juifs châtiaient les grands criminels en les plongeant dans la mer avec une pierre au cou. Il vaudrait mieux pour lui, car il est bien préférable d’expier sa faute par un supplice de peu de durée, que d’être réservé à d éternels tourments, le Seigneur ne punissant pas deux fois le même crime. Nahum. i. « Malheur au monde à cause des scandales, car il est nécessaire qu’il arrive des scandales; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive. » Ibid . 7. Gela ne veut pas dire qu’il y a « Expedit ei ut suspendatur mola asinaria in rollo ejus, et demergatur in profundum maris. » Quamquam heec generalis possit esse sententia adversus omnes qui aliquem scandalisant, tamen juxta consequentiam ser- monis etiam contra apostolos dictum intelligi potest, qui interrogando, quis major esset in regno cœlorum, videbantur inter se de dignitate contendere, et si in hoc vitio permansissent, poterant eos quos ad fidenï vocabant, per suum scandalum perderé, dum apostolos vidèrent inter se de honore pugnare. Quod autem dixit : « Exper dit ei ut suspendatur mola asinaria in collo ejus, » secundum ritum pro vinciœ loquitur, quo majorum criminum ista apud veteres Judæos pœna fuerit, ut in profundum ligato saxo demergerentur. Expedit autem ei, quia muito melius est pro culpa brevem recipere pœnam, quam æterriis servari cruciatibus. Non enim vindicabit [Al. judicabitj Dominus bis iri idipsum Nahum. i. « Væ mundo a scandalis. Necesse est enim ut veniant scandala. Verumtamen væ homini per quem scandalum venit. » Non quod necesse sit venir e .scandala, alioquin sine 16 SAINT JEROME nécessité que le scandale arrive, autrement ceux qui le donnent seraient exempts de péché; mais puisqu’il est nécessaire que des scandales se produisent dans ce monde, chacun est exposé à en donner par sa faute. Par cette condamnation générale, le Sauveur atteint en même temps Judas, qui avait déjà ouvert son cœur à la tra¬ hison. « Si donc votre main ou votre pied vous est un sujet de scandale, coupez-le, et jetez-le loin de vous; il vaut mieux pour vous que vous entriez dans la vie n’ayant qu’un pied ou qu’une main, que d’en avoir deux et être précipité dans le feu éternel. .Et si votre œil vous est un sujet de scandale, arrachez-le, et jetez-le loin de vous; il vaut mieux pour vous que vous entriez dans la vie n’ayant qu’un œil que d’en avoiç deux et être précipité dans le feu de l'enfer. >> Ibid . 8. 9. A la vérité, il est nécessaire qu’il arrive des scandales; mais malheur à l’homme qui se fait volontairement l’instrument du mal, bien qu’il soit nécessaire que ce mal se produise dans le monde. En conséquence, toute affection doit être brisée, toute parenté rompue, si les rapports dont elles sont l’occasion scandalisent les fidèles. Supposons, dit-il, que quelqu’un vous soit aussi étroitement uni que le sont la main, le pied, l’œil; qu’il vous soit utile; qu’il prenne vos intérêts; que vous ne puissiez vous passer de lui; il est pour vous un sujet de scandale, sa conduite toute différente de la vôtre vous en- culpa essent, qui scandalum faciunt, sed cura necesse sit in isto mundo fieri scandala, unusquisquè suo vitio scandalis patet. Simulque per generalem sententiam percutitur Judas, qui proditioni animum præparaverat. « Si autem manus tua, vel pes tuus scandalizat te, abscinde eum et projice abs te. Bonum est tibi ad vitam ingredi debilem vel claudum, quam duas manus vel duos pedes habentem mitti in ignera æternum. Et si oculus scandalizat te, erue eum, et projice abs te. Bonum est tibi cum uno oculo in vitam intrare, quam duos oculos habentem mitti in gebennam ignis. » Necesse est quidem venire scandala, væ tamen ei est homini, qui quôd necesse est ut fiat in mundo, vitio suo facit, ut per se fiat. Igitur omnis truncatur affectus, et universa propin- quitas amputatur, ne per occasionem pietatis unusquisquè credentiuin scandalis pateat. Si, inquit, ita est quis tibi cônjunctus, ut manus, pes, oculus, et est utilis atque sollicitus, etacutus ad perspiciendum ; scandalum autem tibi facit, et propter dissonantiam morum te pertrahit in gehonnam; n\elius est, ut et propinquitate ejus, et traîne au mal et à l’enfer; il vaut mieux vous priver de sa parenté et des avantages temporels qui en résultent; de peur qu’en voulant gagner vos proches et vos amis, vous ne trouviez en eux une- occasion de ruine. Ainsi ni frère, * ni épouse, ni enfants, ni amis, en un mot, nulle affection capable de vous exclure du royaume des deux, ne doit passer avant l’amour du Sei¬ gneur. Chacun sait ce qui lui est nuisible, con¬ naît les tendances de son propre cœur, et le côté par lequel il est le plus exposé à la tentation. Il vaut mieux vivre dans la solitude que de perdre la vie éternelle, pour avoir cédé aux exigences de la vie présente. « Prenez bien garde de mépriser aucun de ces petits; car je vous déclare que dans le ciel, leurs anges voient sans cesse la face de mon père qui est dans les deux. Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. » Ibid . 10. 11. Il avait dit un peu plus haut qu’il fallait rompre avec les parentés et les relations de tout genre, figurées par la main, le pied et l’œil, si elles étaient une occasion de scandale; il va main¬ tenant adoucir la sévérité de cette prescription : « Prenez garde de mépriser aucun de ces petits. » Mes commandements, dit-il, sont d’une sévérité telle cependant qu’il y a en eux place encore pour la clémence. Autant qu’il est en vous, né méprisez pas; mais en faisant votre salut, cher¬ chez aussi à procurer la guérison des autres. Mais si vous les voyez persévérer malgré tout- émoluments carnalibus careas, ne dum vis lucrifacere cognatos et necessarios, causam habeas ruinarum. Itaque non frater, non uxor, non filii, non amici, non omnis affectas qui nos excludere potest a regno cœlorum, amori Domini præponatur. Novit unusquisquè creden- tium, quid sibi noceat, vel in quo sollicitetur animus, ac sæpe tentetur. Melius est vitam solitariam ducere, quam ob vitæ præsentis necessaria, æternam vitam perdere. « Videte ne conteinnatis unum ex his pusillis. Dico enim vobis, quia angeli eorum in cœlis semper vident faciem Patrie mei qui in cœlis est. Venit enim Filius hominis salvare quod perierat. » Supra dixeratper ma- num, et pedem, et oculum, omnes propinquitates et nescessitudines, quæ scandalum facere poterant, amputandas; austeritatem itaque sententiæ, subjecto præcepto temperat, dicens : << Videte ne contemnatis unum ex pusillis istis. » Sic, inquit, præcjpio severitatem, ut commiscêri elementiam dôçeam. Quantum in vobis est, nolite contemnere, sed per vestram salutem etiam illorum quærite sanitatem. Sin autem persévérantes in COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU dans le péché, continuer à vivre dans l’esclavage du vice, il vaut mieux vous sauver seuls que périr en nombreuse compagnie. « Car leurs anges dans le ciel voient sans cesse la face de mon père. » Grandeur incomparable des âmes, dignes d’avoir chacune, dès son entrée dans la vie, un ange préposé à sa garde. De là ce que nous , lisons dans l’Apocalypse de saint Jean : Écrivez ceci à l’ange d’Éphèse, à l’ange de Thya- tire, à l’ange de Philadelphie, aux anges des quatre autres églises. Apoc. 1.2. 3. De là éga¬ lement cette prescription de l’Apôtre : que les femmes se voilent la tête dans les églises à cause des anges. 1 Corinth,. xi. « Que vous en semble? Si un homme a cent brebis et qu’une seule vienne à s’égarer, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour aller chercher celle qui s’est égarée? Et s’il arrive qu’il la trouve, je vous dis en vérité qu’elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont point égarées. » Ibid . 12. 13. Les prémisses posées plus haut : « Prenez garde de mépriser aucun de ces petits, » ont pour conséquence une exhortation à la clémence. Qu’est-ce autre chose en effet que cette parabole des quatre- vingt-dix-neuf brebis laissées sur la montagne, et de cette brebis égarée que le bon pasteur rap¬ porte au bercail sur ses épaules parce que sa faiblesse et sa fatigue l’empêchent de marcher. peccatis videritis, et vitiis servientes, melius est vos solos salvôs fieri, quam perire cum pluribus, « Quia angeli eorum in cœlis vident semper faciem Patris. » Magna dignitas animarum, ut unaquæque habeat ab ortu nativi- tatis in custodiam sui angelum delegatum. Unde legimus in Apocalypsi Joannis : Àngelo Ephesi, Thyatiræ, et angelo Philadelphiæ, et angelis quatuor reliquarum Ecclesiarum scribe hæc Apoc. i, 2, 3. Apostolus quoque præcipit velari capita ecclesiis feminarum, propter an- gelos I Cor. xi. « Quid vobis videtur? Si fuerint alicui Centura oves, et evraverit una ex eis ; nonne reJinquit nonaginta novem in inontibus, et vadit quærere eam quæ. erra vit? Et si contigerit ut inveniat eam, amen dico vobis, quia gaude- bit super ea magis quam super nonaginta novem, quæ non erraverunt. » Consequenter ad clemeptiam provocat, qui præmiserat, dicens : « Vide te ne contemnatis unum ex pusilJis istis, » et subjungit parabolam nonaginta novem ovium in montibus reJictarum, et unius errantis, quam pastor bonus, quia propter nimiam infirmitatem ambulare nond oterat, humeris suis ad roliquum gregem Tom. x. 17 Les uns voient dans ce pasteur, celui qui, ayant la forme et la nature de Dieu, n’a point crq que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu, mais s’est anéanti lui-même en prenant la forme et la nature de serviteur, se rendant obéissant jusqu’à la mort, jusqu’à la mort de la croix, Philipp. rr, 6 seqq. et qui n’est descendu sur la terre que pour sauver une pauvre petite brebis qui s’était perdue, c’est-à-dire le genre humain. D’autres pensent qu’il faut entendre par les quatre-vingt-dix-neuf brebis, le nombre des justes, et. par la seule brebis égarée, le pé¬ cheur; selon ce que le Sauveur dit dans un autre endroit : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs; car ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal. » Lyic. v. 32. Cette parabole est rapportée dans l’Évangile selon saint Luc, avec celle des dix drachmes et des deux fils. Luc. xv. « Ainsi votre Père qui est dans les cieux ne veut pas qu’aucun de ces petits périsse. » ïbid. 14. Ceci se rattache à l’avertissement donné plus haut : « Prenez bien garde de mépri¬ ser aucun de ces petits. » La parabole qui sépare ces deux versets, a pour but de montrer qu’il ne faut pas mépriser les petits. Et maintenant de ces paroles : « Votre Père qui est dans les cieux ne veut pas qu’aucun de ces petits pé¬ risse, » il ressort que si l’un de ces petits vient reportavit. Quidam putant istum esse pastorem, qui cum in forma Dei esset, non rapinam arbitratus est se esse Eçqualem Deo; sed exiuanivit se, forrnam servi accipiens, factus obediens Patri usque ad mortem, mortern autem crucis Philipp. n, 6, et seqq. : et ob id ad terrena descendent, ut salvaru faceret unam ovicuiam quæ perierat, hoc est humanum genus. Alii vero in nonaginta novem ovibus, justjrum putant numerum intelligi; et in uua ovicula, peccatorem secundum quod in alio loco dixerat : « Non veni justos vocare, sed peccatores : non enim opus habent sani medico, sed hi qui se male ha- bent. » Luc. v, 32, Ista parabofo in Evangelio secundum Lucam cum aliis duabus parabolis decem dracbmarum et duorum flliorum scripta est Luc. xv. « Sic non est voluntas ante Patrem vestrum qui in cœlis est, ut pereat. uims de pusilJis istis. » Refert ad superius propositum, de quo dixerat : « Videte ne contemnatis unum ex pusillis istis; » et docet idcirco parabolam positam, ut pusilli non contemnantur. In eo autejn quod cl ici t : << Non est voluntas ante Pa¬ trem vestrum, ut pereat unus de pusillis i^tis; » quoties ■JB SAINT JÉROME 18 à périr, c’est contrairement à la volonté du Père* « Si donc votre frère a péché contre vous, allez, reprenez-le entre vous et lui seul; s’il vous écoute, vous aurez gagné votre frère; mais s’il ne vous écoute pas, prenez encore avec vous une, ou deux personnes, afin que tout soit confirmé par l’autorité de deux ou trois témoins. S’il ne les écoute' pas, dites-le à l’Église ; et s’il n’écoute pas l’Église même, qu’il soit pour vous comme un païen et un publicain. » Ibid. 15. Seqq. Si votre frère a péché contre nous, s’il nous a blessé en quelque chose, nous avons le pouvoir, que dis-je! le devoir de lui pardonner, car il nous est commandé de pardonner à, ceux qui nous ont offensé. Si c?est contre Dieu qu’il a péché, ceci ne nous regarde plus. L’Écriture dit en effet ; « Si un homme pèche contre un autre homme, le prêtre priera pour lui. Mais s’il pèche contre Dieu, qui priera pour lui ? » Nous agis¬ sons, nous, autrement; très cléments pour les offenses faites à Dieu, nous vengeons sévère¬ ment nos propres injures. C’est en particulier qu’il nous faut 'd’abord reprendre notre frère, de peur qu’ayant dépouillé une fois toute pudeur et toute honte, il. ne persévère dans le péché. S’il nous écoute, nous gagnons son âme, et en procurant son , salut, nous assurons aussi le nôtre. Mais s’il refuse de nous écouter, appelons un autre de nos frères. Refuse-t-il également aliquis perierit de pusillis istis, ostenditur quod non voluntate Patris perierit. « Si autem peccaverit in te frater tuus, vade, et corripe eum inter te et ipsum solum. Si te audierit, lucratus eris fratrem tuum. Si autem te non audierit, adhibe tecum adbuc unum vel duos, ut in ore duorum ■ vehtrium testium stet omne verbum. Quod si non audie¬ rit eos, die Ecclesiæ. Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus. » Si peccaverit in nos frater noster, et in qualibet causa nos læserit, dimit- tendi babemus potestatem, immo hecessitatem, qua [Al. quia] præcipitur, ut debitoribus nostris débita dimit- tamus. Si autem in Deum quis peccaverit, non est nostri arbitrii. Dicit enim Scriptura divina : « Si peccaverit bomo in hominem, rogabit pro eo sacerdos. Si autem in Deum peccaverit, quis rogabit pro eo? » Nos econtrario in Dei injuria benigni sumus, in nostris contumeliis exercemus odia. . Corripiendus est autem frater seorsum, ne si semel pudorem, ac verecundiam amiserit, réma¬ nent in peccato. Et siquidem audierit, lucrifacimus .animam ejus, et per alterius salutem, nobis quoque de l’écouter, appelons-en un troisième, dans le double dessein, ou de l’amener plus facilement au repentir, ou d’être témoin de son obstination. Et si tout cela ne suffit pas, alors nous avons le devoir de le signaler à tout le mande, pour qu’on s'éloigne de lui, et que le mépris public . fasse ce que n’a pu la honte, et l’amène au salut. En disant : « Qu’il soit pour vous comme . un païen et un publicain, » le Seigneur montre qu’il faut avoir en plus grande horreur celui qui portant le nom de fidèle, fait œuvre d’infidèle, que ceux qui sont ouvertement païens. Dans le sens tropologique, on appelle publicain ceux qui poursuivent les biens temporels, et travaillent à s’enrichir par tous moyens, par la ruse, la fraude, le vol et le parjure, « Je vous le dis en vérité : tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel, » Ibid . 18. Prévoyant qu’à cette sentence : « S’il n’écoute pas l’Église môme, qu’il soit pour vous comme un païen et un publi¬ cain, » le. frère contempteur des avis de l’Église aurait pu répondre tout au moins, dans son esprit: si vous me méprisez, je vous méprise également; et si vous me condamnez, moi aussi je vous condamne, il communique à ses apôtres un pouvoir sans égal, afin que ceux qu’ils condamneront sachent que cette condamnation, quoique prononcée par un homme, sera ratifiée acquiritur salus. Sin autem audire noluerit, adbibeatur frater. Quod si nec ilium audierit, adbibeatur et tertius, vel corrigendi studio, vel conveniendi sub testibus. Porro si nec illas audire voluerit, tune multis dicen- dum est, ut detestationi eum babeant, et qui non potuit pudore salvari, salvetur opprobriis. Quando autem dicitur, « Sit tibi sicut ethnicus et publicanus, » ostenditur majoris esse detestationi s, qui sub nominë fidelis agit opéra infidelium, quam hi qui aperte Gentiles sunt. Publicani enim vocantur secundum tropologiam, qui sæculi sectantur lucra, et exigunt vectigalia per negociationes et fraudes, ac furta, .scelerataque perjuria. « Amen dico vobis, quæcumque alligaveritis super terrain, erunt ligata et in cœlo ; et quæcumque solvéritis supei; terrain, erunt soluta et in cœlo. » Quia dixerat : « Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus, » et poterat contemptoris fratris hæc occulta esse responsio,* vel tacita cogitatio ; si me despicis. et ego te despicio, si tu me condemnas, et mea sententia condemnaberis, potestatem tribuit apostolis, ut sciant qui a talibus condemnantur, humanam senten- COMMENTAIRES SUR L'EVANGILE. DE SAINT MATTHIEU 19 par la sentence divine, et que tout ce qui aura n’est pas douteux que l’objet de la demande ne été lié sur la terre, sera pareillement lié dans le ciel. « Je vous dis encore que si deux d’entre vous s’unissent ensemble sur la terre, quelque chose qu’ils demandent, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les deux. Car en quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assem¬ blées en mon nom, je m’y trouve au milieu d’elles. » Ibid . 19. 20. Tout ce qui a été dit plus haut était une exhortation à la concorde. Pour nous faire rechercher plus soigneusement la paix, voici qu’il nous promet une récompense, en nous disant qu’il se trouvera au milieu de deux ou trois personnes, Réunies. Vous connaissez l’his¬ toire de ce tyran, qui retenait en prison deux amis. L’un d’eux ayant obtenu de sortir pour aller voir sa mère, et l’autre s’étant porté garant de sa parole, le tyran voulut éprouver leur amitié et offrit à l’un d’qux la liberté, en retenant l’autre dans les fers! L’absent étant de retour au jour fixé, ce prince plein d’admiration pour leur fidélité, les supplia de l’admettre dans leur intimité. . Nous pouvons donner à ce trait un sens spirituel, et dire que, lorsque l’esprit, l’âme et le corps sont en parfait accord, et que leurs diverses volontés ne se font pas la guerre, car l’esprit combat contre la chair, et la chair com¬ bat contre l’esprit, quelque chose qu’ils deman¬ dent elle leur sera accordée par le Père. Et il soit bon, du moment que le corps veut avoir ce que veut l’esprit. « Alors Pierre s’approchant de Jésus [lui dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il aura péché contre moi? Jusqu’à sept fois? Jésus lui répondit : Je ne vous dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois.» Ibid. 21.22. Les enseignements du Sauveur s’enchaînent parfaitement, et il est aussi impos¬ sible de les rompre qu’un triple cordon. Il avait dit plus haut: « Prenez bjen garde de mépriser un de ces petits; » un peu après il ajoutait : « Si votre frère a péché contre vous, reprenez-le entre vous et lui seul; » enfin il promettait la récompense en disant: « Si deux dentre vous s’unissent ensemble sur la terre, ils obtiendront tout ce qu’ils demanderont, » et je serai au milieu d’eux. L’apôtre Pierre demande combien de fois il doit pardonner à son frère, lorsqu’il aura péché contre lui, et tout en inter¬ rogeant il exprime un avis : « Est-ce jusqu’à sept fois? » Jésus lui répond: « Non pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois, » c’est- à-dire, jusqu’à quatre cent quatre-vingt-dix fois, pardonnez à votre frère en un jour plus d’offen¬ ses qu’il ne vous en pourrait faire. « C’est pourquoi le royaume des cieux est comparé à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. » Ibid . 23. Les peuples de tiam divina sententia roborari, et quodcumque ligatum fuerit in terra, ligari pariter et in cœlo. « Iterum dico vobis : quia si duo ex vobis consenserint super terram, de omni re quamcumque petierint, lîet il lis a Pâtre meo qui in cœlijs est. Ubi enim sunt duo vel très congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum. » Omni^ supra sermo nos ad concordiam provocarat. Igitur et præmium pollicetur, ut sollicitius festinemus ad pacem, cum se dicat inter duos et très medium fore. Juxta illud exemplum tyrarini, qui duos amicos captos (cum unus ad visendaai matrem revertisset, et amicum pro se vadem de disset) sic probare voluit, ut uno tento, alterum dimitteret. Gumque revertisset ad condictam diem, admirans amborum fidem, rogavit ut se baberent tertium. Possumus et hoc spiritualiter intelligere, quod ubi spiritus et anima corp.usque consenserint, et non inter se bellum diveraarum habuerint vôluntatum [Al, vo- luptatumj ; carne concupiscente adversus spiritum, et spiritn adversus carnem, de omni re quam petierint, impetrentaPatre. Nullique dubium quin bonarum rerum postulatio sit, ubi corpus ea vult habere quæ spiritus. « Tune accédons Petrus ad eum dixit, : Domine, quoties peccabit in me frater meus, et dimittam ei ? usque sep lies ? Dicit illi Jésus : Non dico tibi usque seplies? sed usque septuagies septies. » Hæret sibi sermo Dominicus, et in modum funiculi triplicis rumpi non potest. Supra dixerat : « Videte ne contemnatis unum ex pusillis istis ; » et adjecerat : « Si peccaverit in te frater tuus, vade, et corripe eum inter te et ipsum solura; » et præmium repromiserat, dicens : « Si duo ex vobis consenserint super terram, de omni re impe- trabunt quam petierint ; » et ego ero in medio eorum. Provocatus apostolus Petrus interrogat, quoties fratri'in se peccanti dimittere debeat, et cum interrogatione profert sententiam, « usque septies? » Cui respondit Jésus « Non usque septies, sed usque septuagies septies, id est, quadragentis nonaginta vicibus, ut toties peccanti frati’i dimitteret in die, quoties ille peccare non posait. « Ideo assimilatum est regnum cœlorum homini régi, qui voluit rationem ponere cum servis suis. » Familiare 20 SAINT tSyrie et plus encore ceux de Palestine ne parlent jamais sans mêler à ce qu’ils disent quelque parabole, de manière à graver dans l’esprit de leurs auditeurs par des comparaisons et des exemples ce que le langage ordinaire ne leur aurait pas fait entendre et retenir. Ainsi, sous cette parabole du roi et du serviteur, lequel étant débiteur de dix mille talents, implore son maître et en obtient son pardon, le Seigneur prescrit à Pierre de remettre à seS compagnons les fautes bien plus légères dont ils sont coupables envers lui. Si en effet ce roi et ce maître a remis si facilement à un serviteur les dix mille talents qu’il lui devait, à combien plus forte raison, les serviteurs doivent-ils remettre à leurs compa¬ gnons des dettes moindres? Pour rendre notre pensée plus claire, prenons un exemple. Quel¬ qu’un de nous a-t-il commis l’adultère, l’homi- cide, le sacrilège, de plus grands crimes encore équivalant à dix mille talents, ils lui seront pardonnés à sa prière, pourvu que de son côté, il pardonne à ceux qui en auront commis de moindres. Mais au contraire, nous montrer implacables pour une injure reçue et refuser toute ^ réconciliation pour une parole amère, n’est-ce pas nous juger nous-mêmes dignes de la prison, et notre manière d’agir n’a-t-elle pas pour effet d’empêcher que nos fautes bien plus graves nous soient pardonnées? « Et lorsqu’il eut commencé à le faire, on lui JÉROME en présenta un qui lui devait dix mille talents. Mais comme il n’avait pas le moyen de les lui rendre, son maître commanda qu’on le vendît, lui, sa femme et ses enfants et tout ce qu’il avait pour satisfaire à cette dette. Ce serviteur se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : Ayez patience, et je vous rendrai tout. Alors le maître de ce. serviteur touché de compassion le laissa aller et lui remit sa dette. Mais ce servi¬ teur ne fut pas plus tôt sorti, que trouvant un de ses compagnons qui lui devait cent deniers il le prit à la gorge, et l’étouffait presque en lui disant : Rends-moi ce que tu me dois. Son com¬ pagnon se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : Ayez un peu dè patience et je vous rendrai tout. Mais l’autre refusa; il s’en alla et le fit mettre en prison, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il lui devait. Les autres serviteurs, ses compagnons, voyant cela en furent extrême¬ ment affligés et vinrent avertir leur maître de tout ce qui s’était passé. Alors son maître l’ayant fait venir lui dit : méchant serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m’en aviez prié. Ne fallait-il donc pas que vous eussiez aussi pitié de votre compagnon, comme j’avais eu pitié de vous? Et son maître tout en colère, le livra entre les mains des bourreaux jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il lui devait. » Ibid . 24 seqq. Je connais certains interprètes qui voient le diable dans le serviteur est Syris et maxime Palæstinis ad omnem sermonem suum parabolas jungere, ut quod per simplex præceptum teneri ab rauditoribus non potest, per similitudinem exemplaque teneatur. Præcepit itaque Petro sub compa- ratione regis et domini, et servi, qui debitor decem millium talentorum, a domino rogans, veniam impetra- verat; ut ipse quoque dimittat conservis suis minora peccantibus. Si enim ille rex et dominus servo debitori decem milÜa talentorum tam facile dimisit, quanto magis servi conservis suis debent minora dimittere? Quod ut manifestius fiat, dicamus sub exemplo : Si quis nostrum commiserit adulterium, homicidium, sacrilegium, majora crimina decem millium talentorum, rogantibus dimit- tuntur, si et ipsi dimittant minora peccantibus. Sin autem ob factam contumeliam simul implaçabiles, et propter amarum verbum perpetes habeamus discordias, nonne nobis videmur recte redigendi in carcerem; et sub exemplo operis nostri hoc agere, ut majorum nobis delictorum venia non relaxetur? « Et cum ccepisset rationem ponere, oblatus est ei uiius qui debebat decem millia talenta. Cum autem non haberet unde redderet, jussit eum dominus venundari, et uxorem ejus, et filios, et. omnia quse habebat, et reddi. Procidens autem servus. ille, rogabat eum, dicens : Patientiam habe in me, et omnia reddam tibi. Misertus autem dominus servi illius, dimisit eum, et debitum dimisit ei. Egressus autem servus ille, invenit unum de conservis suis, qui debebat ei centum dena- rios, et tenens suffocabat eum, dicens : Redde quod debes. Et procidens conservus ejus rogabat eum, dicens : Patientiam. habe in me, et omnia < reddam tibi. Ille autem noluit, sed abiit, et misit eum in carçerem, donec redderet debitum. Videntes autem conservi ejus quæ fiebant, contristati sunt valde, et venerunt, et narraverunt domino suo omnia quse facta fuerant. Tune vocavit ilium dominus suus, et ait illi : Serve nequam, omne debitum dimisi tibi, quoniam rogasti me. Nonne ergo oportuit et te misereri conservi tui, sicut et ego tui misertus sum ? Et iratus dominus ejus, tradidit eum tortoribus quoadusque redderet universum debitum. » Scio quosdam istum qui debebat decem millia talenta, diabolum interpretari, cujus uxorem et COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 21 débiteur de dix mille talents, Tépouse et les enfants destinés à être vendus, dans la folie du cœur et les pensées mauvaises. Car de même que l’épouse du juste s’appelle la sagesse, de même selon eux, l’épouse du pécheur et du méchant doit s’appeler la folie. Mais alors, comment ' expliquer que le ipaître lui remette dix mille talents, et que lui ne consente pas à nous remettre cent deniers, à nous ses compagnons? Grave difficulté,; aussi ni l’Église ni les hommes judicieux n’admettent-ils cette interprétation. « C’est ainsi que vous traitera mon Père qui est dans le ciel, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur. » Ibid. 35. Sentence effrayante : Dieu nous traite suivant les disposi¬ tions de notre cœur, si nous ne pardonnons pas à nos frères des offenses toujours petites, Dieu ne nous pardonnera pas les grandes. Et comme chacun pourrait dire : je n’ai rien contre lui, il le sait; que Dieu le.juge, je. ne m’inquiète pas de ce qu’il prétend faire; pour moi je lui pardonne; le Sauveur insiste et renverse tout cet échafau¬ dage basé sur un pardon purement extérieur et par conséquent fictif, en disant : « Si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur. » « Jésus ayant achevé ces discours, partit de Galilée et vint aux confins de la Judée au delà du Jourdaim Et de grandes foules de peuple le suivirent, et il guérit leurs malades au même lieu. Et des pharisiens s’approchèrent de lui pour filios venundandos perseverante illo in malitia, insipien- tiara et malas cogitationes intelligi volunt. Sicut enim justi uxor, dicitur sapientia, sic uxorem injusti et pec- catoris, appellari stultitiam. Sed quomodo ei dimittat doriiinus deçem millia talenta ; et ille nobis conservis suis centum denarios non dimiserit, nec Ecclesiasticæ interpretationis est, nec a prudentibus vins recipiendæ. « Sic et Pater meus cœlestis faciet vobis, si non remisent unusquisque fratri suo de cordibus vestris. » Formidolosa sententia, sijuxta nostram mentem senten- tia Dei flectitur atque mutatur. Si parva fra tribus non dimittimus, magna nobis a Deo non dimittentur. Et quia potest unusquisque dicere : nihil habeo contra eum, ipse novit; habet Deum judicem, non mihi curæ est, quid velit agere, ego ignovi ei; confirmât senlen- tiam suam, et omnem simulationom fictse pacia evertit, dicens : « Si non remiseritis unusquisque fratri suo de cordibus vestris. « Et factum est cum consummasset Jésus sermones istos, migravit a Galilæa ; et venit in fines Judææ trans Jordanem, et secutæ sunt eum turbœ multæ et curavit le tenter, et ils lui dirent : Est-il permis à un homme de 'renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit? » Matth. xix, 1 seqq. Jésus arrivant de Galilée en Judée, la secte des Phari¬ siens et des Scribes, se met aussitôt à l’interro¬ ger; ils lui demandent : S’il est permis à un homme de renvoyer. sa femme pour quelque cause que ce soit. Ils cherchent à renfermer dans un dilemne, de manière à avoir prise sur lui quelle que soit sa réponse. S’il répond qu’on peut renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit, et en prendre une autre, ce prédicateur de la chasteté sera en contradiction avec lui- même; si au contraire il répond qu’on ne peut pas la renvoyer pour toutes sortes de motifs, on le regardera comme coupable de sacrilège; on l’accusera de s’élever contre la doctrine de Moïse, et par conséquent de Dieu même, dont Moïse n’a été que l’instrument. Le Seigneur combine donc sa réponse de manière à éviter le piège qu’ils lui tendent; il fait appel au témoi¬ gnage de la Sainte Écriture et de la loi natu¬ relle; il oppose la loi primitive de Dieu à la loi postérieure qui est moins l’expression de la volonté divine, qu’une concession aux pécheurs, arrachée par la nécessité. « Il leur répondit : N’avez-vous point lu que Celui qui créa l’homme, au commencement, créa un seul homme et une seule femme. » Ibid. 4. Ceci est écrit au commencement de la Genèse. eos ibi. Et accesserunt ad eum Pharisæi tentantes eum, et dicentes : Si licet homini dimittere uxorem suam quacumque ex causa ? » De Galilæa venerat ad Judæam, idcirco Pharisæorum Scribaruînque factio interrogat eum : utrum liceat homini dimittere uxorem suam qualibet causa, ut quasi cornuto. teneant eum syllogismo, et quodcumque responderit, captioni pateat. Si dixerit, dimittendas esse uxores qualibet ex causa, et ducendas alias, pudicitiæ prædicator sibi videbitur docere contraria. Si autem responderit, non omnem ob causam debere dimitti, quasi sacrilegii reua tenebitur; et adversus doctrinam Moysi ac per Moysen Dei, f'acere judicabitur. Igitur Dominus sic responsio- nem temperat, ut decipulam eorum transéat, Scripturam sanctam adducens in testimoniuro, et naturalem legem, primamque Dei sententiam secundse opponens; quæ non voluntate Dei, sed peccantium necessitate concessa est. « Qui respondens ait eis : Non legistis, quia qui fecit ab initio, masculum et feminam fecit eos? » Hoc in exordio Geneseos scriptum est. Diçendo autem, « mas- 22. SAINT JEROME Or en disant : « Un homme et une femme, » il montre qu’il faut éviter les secondes noces. Car . il ne dit point : « Un homme -et des femmes, » ce qui supposerait qu’on pût répudier les premières; mais « un homme et une femme» pour montrer que le lien du mariage ne com¬ porte qu’une seule épouse. « Et il dit : pour cette raison, l’homme quittera son père et sa mère et il demeurera attaché à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. » Ibid . 5. 6. Il dit de même : il s’attachera à sa femme et non à ses femmes. « Et ils seront deux dans une seule chair. » Résultat du mariage : de deux chairs n’en faire qu’une. La chasteté jointe à l’esprit ne fait qu’un seul esprit. « Que l’homme donc ne sépare point ce que Dieu a joint. » C’est Dieu qui a joint en ne faisant de l’homme et de la femme qu’une seule chair; cette union, ou plutôt cette unité de chair, l’homme ne peut' pas la disjoindre; Dieu seul en a le pouvoir. L’homme la disjoint quand il renvoie sa première épouse, dans le désir d’en prendre une seconde. C’est Dieu qui sépare, lui qui avait joint, quand en vertu d’un consentement mutuel et pour mieux servir Dieu (parce que le temps est court,) ceux qui ont des femmes sont comme s’ils n’en avaient point. 1 Corinth . vir. <& Us lui dirent : Pourquoi donc Moïse a-t-il ciilum et feminam, » ostendit secunda vitanda conjugia. Non enim ait, « masculum et feminas, » quod ex priorum repudio quærebatur : sed « masculum et feminam, » ut unius conjugis consortia necterentur. « Et dixit : propter hoc dimittet homo patrem et matrem, et adhærebit uxori suæ, et erunt duo in carne una. Itaque jam non sunt duo, sed una caro. » Similiter ait, adhærebit uxori suæ, non uxoribus. « Et erunt duo in carne una. » Præmium nuptiarum, e duabus unam carnem fieri. Castitas juncta spiritui, unus efficitur spiritus. ¥. Quod ergo Deus conjunxit, homo non separet. » Deus conjunxit, unam faciendo carnem viri et feminæ; hanc homo non potest separare, nisi forsitan solus Deus. Homo separat, quando propter desiderium se- cundee uxoris, primam dimittit. Deus separat, qui et conjunxerat, quando ex consensu propter servitutem Dei (eo quod tempus in arcto sit) sic habemus uxores, quasi non habentes I Cor. vu. « Dicunt illi : Quid ergo Moyses mandavit dari libel— commandé de donner un billet de répudiation et ■ de. renvoyer? » Ibid. 7. Ils découvrent le piège qu’ils avaient tendu. Et cependant jusque-là, le Seigneur n’avait point exposé son propre senti¬ ment; il s’était contenté de rappeler l’histoire des temps anciens et les commandements de Dieu. « 11 leur répondit : C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes; mais cela n’a pas été ainsi dès le commencement. » Ibid. 8. C’est comme s’il disait : Dieu peut-il ainsi se contre¬ dire, qu’après avoir posé une loi, il la détruise par une nouvelle; on ne doit pas le penser. Seulement Moïse, sachant que par suite du désir de posséder d’autres femmes ou'plus riches, ou plus jeunes, ou plus belles, les premières couraient risque d’être tuées ou maltraitées, a , mieux aimé consentir à une séparation, que voir s’éterniser des haines ou des meurtres. Deuter . xxiv. Remarquez également que le, Sauveur ne dit point : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Dieu vous a permis » mais « que Moïse vous a permis; » ainsi d’après l’Apôtre, I Corinth , vir, cette faculté ôst due uniquement à l’indulgence d’un homme et non à un ordre de Dieu. « Mais moi je vous dis que quiconque renvoie sa femme, si ce n’est à cause d’adultère, et en épouse une autre, commet un adultère; et que celui qui épouse la femme renvoyée, commet luna repudii, et dimittere? Aperiunt calumniam quam paraverant. Et certe Dominus non propriam sententiam protulerat, sed veteris historiæ et mandatopum Dei fuerat recorda tus. « Ait iUis : quoniam Moyses ad duritiam cordis vestri permisit vobis dimittere uxores vestras : ab initio autem non fuit sic. » Quod dicit istiusmodi est : Numquid potest Deus sibi esse ccntrarius, ut aliud ante jusserit, et sententiam suam novo. frangat imperio? Non ita sentiendum est, sed Moyses cum videret, propter desiderium secundarum conjugum, quæ vel ditiores, vel junii res, vel pulchriores essent, primas uxores interfici, aut malam vitam ducere, maluit indulgere discordiam, quam odia et homicidia perseverare . Veut xxiv. Simulque considéra, quod non dixit : « Propter duri¬ tiam cordis vestri permisit vobis Deus, sed Moyses, » ut juxta Apostolum I Cor . vu consilium sit hominis, non imperium Dei. « Dico autem vobis, quia quicumque dimiserit uxorem suam, hisi ob fornicationem, et aliam duxerit, mœcha- 23 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU aussi un adultère. » Ibid . 9. L’adultère seul brise le lien du mariage; je vais plus loin, la femme qui a disjoint cette unité de chair en la partageant, et par l’adultère s’est séparée de son mari, ne doit pas .être gardée ; car alors le mari serait sous le coup de cette malédiction des Saintes Écritures : « Celui qui garde une femme adultère est un fou et un impie. » Donc, dès lors qu’il y a adultère et soupçon d’adultère, on est libre de renvoyer sa femme. Mais comme il se pourrait faire qu’un mari calomniât sa femme innocente, et, pour en épouser une autre, imputât faussement un crime à la première, il a le droit et le devoir de la renvoyer, mais sans pouvoir en prendre une seconde du vivant de la première. Voici en effet la pensée du Sauveur : Si ce n’est point pour satisfaire votre passion, mais à cause de l’injure qui vous a été faite, que vous renvoyez votre épouse, pourquoi après avoir éprouvé de telles afflictions dans un premier mariage, vous exposer au même danger en en contractant un second? Et comme la loi accordait également à la femme la faculté de donner à son mari le billet de répudiation, même défense lui est faite de prendre un second mari. Et de plu?, parce qu’il ôtait à craindre que la femme débauchée et celle qui se serait rendue une fois coupable d’adultère, se souciât fort peu de son ignominie, on prévient l’homme qui voudrait l’épouser, qu’il commet en l’épou¬ sant un adultère. tur, Et qui dimissam duxerit, mœchatur. » Sola forni- catio est quæ uxoris vincat affectum, immo cum ilia unam carnem in aliam divisent, et se fornicatione se- paraverit a marito, non debet teneri, ne virum quoque sub maledicto faciat, dicente Scriptura : « Qui adülte- ram lenet, stultüs et impius est. » Ubicumque est igituv fornicatio, et fornicationis suspicio, libéré uxor dimitti- tur. Et quia poterat accidere, ut aliquis calumniam faceret innocenti, et ob secundam copulam nuptiarum, veteri crimen impingeret, sic priorem dimittere jubetur uxorem,' ut secundam, prima vivente, non habeat. Quod enim dicit, taie est : Si non propter libidinem, sed propter injuriam dimittis uxorem, quare expertus infelices priores nuptias, novarum te immittis periculo? Necnon quia poterat evenire, ut juxta eamdem legem uxor quoque marito dàret repudium, eadem cautela præcipitur, ne secundum accipiat virum. Et quia mere- trix, et quse semel fuerat adultéra, opprobrium non timebat, secundo præcipitur viro, quod si talem duxe¬ rit, sub adulterii Bit crimine. « Ses disciples lui dirent : Si telle est la con¬ dition d’un homme uni à une femme, il n’est pas avantageux do se marier. » Ibid. 10. C’est un lourd fardeau qu’une épouse, si on ne peut pas la renvoyer, excepté pour cause d’adultère. Quoi doncl Cetera une femme adonnée à l’ivro- gnerie, irascible, de mauvaises mœurs, de vie licencieuse, gourmande, aimant à sortir, aca¬ riâtre, de mauvaise langue, et il faudra la garder? Bon gré, malgré, il la faut supporter; car nous étions libres, et c’est volontairement, que nous nous sommes enchaînés. Frappés de toute la pesanteur du joug du ménage, les apôtres laissent échapper ce cri de leur âme : « Si telle est la condition de l’homme uni à une femme, il n’est pas avantageux de se marier. » « Il leur dit : Tous ne sont pas capables de prendre cette résolution, mais ceux-là seulement qui en ont reçu le don. » Ibid., 11. N’allez pas croire que sous cette expression, il y ait quelquo chose qui sente le destin ou le hasard; que, par exemple, ceux-là seuls sont vierges à qui Dieu ait donné de l’être, ou qui le seraient devenus par quelque hasard; mais que ceux-là ont reçu le don qui l’ont demandé, qui l’ont voulu et, ont travaillé pour le recevoir. Car celui qui demande recevra, celui qui cherche Trouvera, et il sera ouvert à celui qui frappe. Matth. vu. 8 et Luc. xr, 10. « Car il y a des eunuques qui sont nés tels dès le ventre de leur mère ; il y en a qui. ont « Dicunt ei discipuli ejus Si ita est causa homini cum uxore, non expedit nubere. » Grave pondus uxorum est, si excepta causa fornicationis, eas dimittere non licet. Quid enim si temulenta fuerit, si iracunda, si malis moribus, si luxuriosa, si gulosa, si vaga, si jurga- trix, si maledica, tenenda erit istiusmodi? Volumus nolumus \ Al. nolimus velimusj, sustiùenda est. Cum enim essemus liberi, voluntarie nos subjecimus servituti . Videntes ergo apostoli grave uxorum jugum, proferunt motum animi sui, ei dicunt : « si ita est causa homini cum uxore non expedit nubere. » « Qui dixit illis : Non omnes capiunt verbum istud, sed quibus datum est. » Nemo putet sub hoc verbo, vel fatum, vel fortunam introduci : quod hi sunt virgines, quibus a Deo datum ait, aut quos quidam ad hoc casus adduxerit, sed his datum est qui petierunt, qui voluerunt, qui ut acciperent, laboraverunt. Omni enim petenti dabitur, et quærens inveniet, et pulsanti aperietur Matth. vu, 8, et Luc. xi, 10. « Sunt enim eunuchi, qui de matris utero sic n$ti 24 SAINT JEROME été fait êunuques par les hommes, et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes pour le royaume des cieu-x. Qui peut comprendre ceci le comprenne. » Ibicl. 12. Il y a trois sortes d’eunuques; deux comprennent des eunuques selon la chair, la troisième des eunu¬ ques par l’esprit. Les premiers sont ceux qui naissent ainsi du sein de leur mère; les seconds sont ceux que la captivité ou les exigeantes du plaisir ont rendus tels. Les troisièmes sont ceux qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour gagner le royaume du ciel, et qui pouvant être des hommes ordinaires, renoncent pour l’amour de Jésus-Christ aux jouissances sensuelles. C’est à ces derniers qu’est promise la récompense. Quant aux autres, pour qui la chasteté est affaire de nécessité et non de volonté, on ne leur doit absolument rien. Autre interprétation : Les eunuques dès le sein de leur mère, sont les hommes d’un tempérament plus froid qui ne ressentent aucun penchant pour les plaisirs charnels. Les eunuques rendus tels par les hommes, sont ceux que les doctrines, des philo¬ sophes amènent à garder la continence, ou qui se rendent semblables à des femmes pour le culte des idoles; ou bien encore, ceux qui séduits par l’hérésie, font semblant de garder la chasteté, afin de donner à leur secte une appa¬ rence de vraie religion. Mais aucun d’eux ne gagné le royaume du ciel réservé uniquement à celui qui s’est fait eunuque pour Jésus-Christ. Delà cette parole : « Qui peut comprendre ceci, sunt; et sunt eunuchi, qui facti sunt ab hominibus : et suut eunuchi, qui seipsos castraverunt propter regnum cœlorum. Qui potest capere, capiat. » Triplex genus est eunuchorum : duorum carnalium, et tertii spiritualis. Alii sunt qui de matris utero sic nascuntur. Alii quos vel captivitas facit, vel deliciæ matronales. Tertii sunt qui seipsos castravèrimt propter regnum cœlorum; et qui cum possint esse viri, propter Christum eunuchi fiunt. Istis promittitur præmium : superioribus autem quibus castimonise nécessitas, non voluntas est, nihil omnino debetur. Possumus et aliter dicere. Eunuchi sunt ex matris utero, qui frigidioris naturæ sunt, nec libidinem appetentes. Et alii, qui ab hominibus fiunt, quos aut philosophi faciunt, a ut propter idolorum cul- tum emolliuntur in feminas; vel persuasione hæretica simulant castitatem, ut mentiantur religionis veritatem. Sed nullus eorum consequitur régna cœlorum, nisi qui se castraverit propter Ghristum. IJnde et infert : « Qui potest capere capiat; » ut unusquisque consideret vires le comprenne; » c’est-à-dire, que chacun me¬ sure ses forces pour savoir s’il est capable d’ac¬ complir les préceptes de la virginité et de la chasteté. Car la chasteté a un aspect souriant et attrayant; mais il faut tenir compte de ses forces, de telle sorte qu’il n’y ait pour compren¬ dre que celui qui peut comprendre. Ne dirait-on pas la voix du Seigneur encoura¬ geant et excitant ses soldats à remporter le prix de la chasteté : « Que celui qui peut saisir ceci, le saisisse, » que celui qui peut combattre, combatte, l’emporte et triomphe. « Alors on lui présenta des petits enfants afin qu’illeur imposâtles mains et qu’il priât pour eux. Or ses disciples les repoussaient avec des paroles rudes; mais Jésus leur dit . » Ibid. 13, 14. Ce n’est pas qu’ils s’opposassent à ce que le Sauveur les bénît de la main et de la voix; 'mais c’est qu’ils s’imaginaient, dans leur foi encore faible, que le Sauveur pouvait comme les autres hommes être lassé de toutes ces importunités. « Laissez ces enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi, car Le royaume du ciel est pour ceux qui leur ressemblent. Et lorsqu’il leur eut imposé les mains, il partit de là. » Ibid. 15. C’est intentionnellement qu’il dit : « Pour ceux qui leur ressemblent, » et non « pour eux, » afin de montrer que c’est la conduite et non l’âge qui le mérite, et que la récompense est destinée à tous ceux qui partageront leur innocence et leur simplicité. L’Apôtre exprime la même pensée : « Mes frères, ne soyez point enfants sous le suas, utrum possit virginalia et pudicitise implere præ- cepta. Per se enim castitas blanda est, et quemlibet ad se alliciens. Sed considerandæ sunt vires, ut qui potest capere, capiat. Quasi hortantis vox Domini est, et mili¬ tes suos ad pudicitiæ præmium concitantis. « Qui potest capere, capiat; » qui potest pugnare, pugnet, superet ac triumphet. « Tune oblati sunt ei parvuli, ut l 'simponeret et oraret. Discipuli autem increpabant Jésus vero ait eis. » Non quo nollent eis Salvatoris et manu et voce benedici; sed quo needum habentes plenissimam fidem, putarent eum in similitudinem hominum offerentium importunitate lassari. « Sinite parvulos, et nolite prohibera eos ad me venire; talium est enim regnum cœlorum. Et cum im- posuisseteis manus, abiit inde. Significanter dixit, « ta¬ lium, » non « istorum, » ut ostenderet non setatem regna- ,'re sed mores; ethis qui similem haberent innohentiam et simplicitatem, præmium repromitti. Apostolo quoque 25 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU rapport clés sentiments; mais soyez enfants sous le rapport de la malice. Quant aux, sentiments, soyez parfaits. » . Corinth. Xiv. 20. « Alors un homme s’approcha et lui dit : Bon maître, quel bien dois-je faire pour avoir la vie éternelle? Jésus lui répondit. » Ibid. 16. iLe personnage qui demande comment il pourra acquérir la vie éternelle, est à la fois jeune, riche et fier; et d’après un autre évangéliste, ce n’est point pour s’instruire, mais pour tenter Jésus qu’il l’interroge. Marc. x. « Pourquoi me questionnez-vous sur ce qui est bon? il n’y a que Dieu seul qui soit bon. » Ibid . 17. Parce qu’il qualifiait le maître de bon et qu’il ne reconnaissait en lui ni Dieu ni le Fils de Dieu, il lui est répondu, que l’homme même le plus saint n’est rien moins que bon, si on le compare à Dieu dont il est dit : « Louez le Seigneur parce qu’il est bon. » Psahn. cxvii.- 1. Toutefois n’allez pas croire, que par là même qu’on dit que Dieu seul est bon, le Fils de Dieu ne possède pas la bonté; car nous lisons en un autre endroit que, « le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » Joan.. x., et dans le pro¬ phète que l’Esprit est bon et la terre est bonne. En parlant ainsi, le Sauveur ne repoussait donc pas le témoignage rendu à sa bonté, mais il frappait l’erreur qui voyait en lui le maître, sans y voir le Dieu. « Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les in eamdem sententiam congruente : « Fratres nolite pueri effici sensibus, sed malitia parvuli estote; sensu autem ut perfecti sitis. I Cor xiv, 20. » « Et ecee unus accedens ait ilii ; Magister bone, quid boni faciam, ut habeam vitam æternam? Qui dicit ei. » Iste qui interrogat quomodo vitam consequatur æter- nam, et adolescens, et dives est [AI. erat], et super¬ bus; et juxta alium evangelistam, non voto discentis, sed tentantis interrogat Marc, x. « Quid me iuterrogas de bono. Unus est bonus Deus. » Quia [Al. Qui] magistrum vocaverat bonum, et non Deum, vel Dei Filium confessus erat, discit quamvis sanctum hominem comparatioue Dei non esse bonum, de quo dicitur : « Gonfitemini Domino, quoniam bonus » Ps. cxvii, 1. » Ne quis autem putet in eo* quod bonus Deus dicitur, excludi a bonitate Filium Dei, legimus in alio loco : « Pastor bonus poriit animam suam pro ovibus suis » Jpan* x. Et in Propheta, Spiritum bonum terra m que bonam. Igitur et Salvator non bonitafcis tes- timonium renuit. Sed magistri absque Deo exclusit errorem., ' . . commandements. Quels commandements, lui dit- il ? Jésus lui répartit : Vous ne tuerez point, vous ne commettrez point d’adultère, vous ne déroberez point, vous ne porterez point de faux témoignage. Honorez votre père et votre mère, et aimez votre prochain comme vous-même. » Ibid. 18. 19. Que ce jeune homme soit, venu dans l’intention de tenter le Sauveur, nous en avons une preuve suffisante, dans la conversa¬ tion qu’il tient avec lui. Celui-ci lui ayant dit : « Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements, » il lui demande de nouveau hypocritement quels sont çes commandements, comme s’il ne les avait jamais lus, ou comme si le Seigneur pouvait faire des commandements contraires à ceux de Dieu. « Ce jeune homme répondit : J’ai gardé tous ces commandements dès ma jeunesse, que me reste-t-il encore à faire? Jésus lui dit. » Ibid . 20. Ce jeune homme ment; car s’il eût pratiquement fait ce qui est compris dans ces commande¬ ments : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même, » pourquoi, après avoir entendu cette parole: « Allez, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres, » s’est-il éloigné tout triste parce qu’il avait de grands biens ? « Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel, puis venez et sui- vez-moi. » Ibid. 21. Il est en notre pouvoir « Si autem vis ad vitam ingredi, serva mandata. Dicit illi : Quæ? Jésus autem dixit : Non homicidium faciès. Non adulterabis. Non faciès furtum. Non falsum testi- monium dices. Honora patrem tuum et matrem, et dÜiges proximum tuum sicut teipsum. » Adolescentera istum tentatorem esse, et ex eo probare possumus, quod dicente sibi Domino : « Si vis ad vitam ingredi, sërva mandata, » rursum fraudulenter interrogat quæ sint ilia mandata ; quasi aut non ipse legerit, aut Dominus pos- sit Deojubere contraria. « Dicit illi adolescens : Omni a hæc custodivi a juven- tute mea, quid ndhuc mihi deest? Ait illi Jésus. » Menti- tur adolescens. Si enim hoc quod positum est in man- datis : « Diliges proximum tuum sicut teipsum, » opéré complesset, quomodo postea audiens : « Vade, et vende quæ liabes, et da pauperibus, » tristis recessit, quia habebat possessiones multas? « Si vis perfectus esse, vade, vende quæ habes, et da pauperibus, et habebis thesaurum in cœlo, et veni, sequere me. ». In potestate nostra est utrum velimus esse perfecti. Tamen quicumque perfectus esse voluerit, 26 SAINT JEROME d’être parfaits, si nous le voulons. Toutefois quiconque veut être parfait, doit vendre ce qu’il possède, en totalité, et non en partie comme le firent Ananie et Saphyre, AcL v. et après l’avoir vendu, tout donner aux pauvres, et se préparer ainsi un trésor dans le royaume des cieux. Et cela ne suffirait pas encore pour la perfection, si après avoir donné cette marque du mépris des richesses, l’on ne suivait le Sauveur; c’est-à-dire, si après avoir quitté le mal, on ne faisait le bien. Car il est plus facile de renoncer à sa bourse qu’à sa volonté. Beaucoup se dé¬ pouillent des richesses, sans suivre le Seigneur. Suivre le Seigneur, c’est l’imiter et marcher sur ses traces. « Celui qui fait profession de croire en Jésus-Christ, doit lui-même marcher comme Jésus-Christ a marché. 1. Joan. n. 6. « Il s’en alla tout triste, parce qu’il avait de grands biens. » Ibid. 22. Voilà la tristesse qui conduit à la mort. Le motif de cette tristesse, c’est qu’il avait de grands biens, c’est-à-dire, des épines et des ronces qui étouffèrent le grain du Seigneur. « Alors Jésus-Christ dit à ses disciples : Je vous dis en vérité qu’un riche entrera difficile¬ ment dans le/ royaume des cieux. » Ibid . 23. Mais alors, comment Abraham, Isaac et Jacob, personnages riches, sont-ils entrés dans le royaume des cieux? Genes. xiii et xxxvi; et comment dans l’Évangile, Matthieu et Zachée debet vendere quse hahet, et non ex parte vendere, sicut Ananias fecit et Sapphyra « Act. v »; sed totum vendere, et cum vendiderit, omne dare panperibus, et sic sibi præparare thesaurum in regno cœlorum. Et hoc ad perfectionem non sufftcit, nisi post contemptas divi- tias Salvatorem sequatur, id est, reliçtis malis, faciat bona. Facilius enim sacculus contemnitur, quam vo- luntas. Multi divitias relinqu ntes, Dominum non sequuntur, Sequitur autem Dominum, qui imit'ator ejus est, et per vestigia illius graditur. « Qui enim dicit se in Cbristo credere, debet quomodo ille ambulavit, et ipse ambulare » 1 Joan. II, 6. ■ « Abiit tristis, erat enim habens multas possessiones. » Hæc est tristitia quæ ducit ad mortem. Causaque tristi- tiæ redditur, quod habuerit multas possessiones, id est, spinas et tribu los, quæ sementem Dominicain suffo- caverint. « Jésus autem dixit discipulis suis : Amen dico vobis, quia dives difficile intrabit in regno cœlorum. » Et quomodo Abraham, Isaac * et Jacob divites intrarunt in regnum cœlorum, Genes. xm et xxxvi, et in Evangelio ayant abandonné leurs richesses, sont-ils l’objet des éloges du Seigneur ? Il faut savoir qu’au moment où ils y entrèrent, ils avaient cessé d’être riches. On n’y entrera donc point tant qu’on sera riche. Néanmoins comme il est singulière¬ ment difficile de mépriser les richesses, le Sau¬ veur ne dit point : Il est impossible, ridais il est difficile aux riches d’entrer dans le royaume des cieux. Où il y a difficulté, il n’y a pas impossi¬ bilité; la difficulté suppose seulement que rares sont ceux qui la surmontent. « Je vous le dis encore une fois : Il est plus facile à un chameau de passer par le trou de l’aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. Ses disciples entendant cette parole en furent fort étonnés, et ils disaient : Qui pourra donc être sauvé? Mais Jésus les regar¬ dant leur dit cela est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu. » Ibid. 24. Seqq. Il résulterait de cette parole au premier abord, que ce n’est pas seulement difficile, mais, impos¬ sible; car si ce fiche ne peut pas plus pénétrer dans le royaume des cieux que le chameau passer par le trou de l’aiguille, aucun riche ne sera sauvé. Mais si nous ouvrons le prophète Isaïe, nous y lirons que les chameaux de Madian et d’Épha venaient à Jérusalem chargés de présents. Isai . lx, que ces chameaux, auparavant tombés sous leur charge, tout déformés par le vice et la dépravation entraient néanmoins par les Matthæus et Zachseus, divitiis derelictis, Domini testi- monio prædicantur? Sed considera-ndum, quod eo tem- pore quo intraverunt, divites esse desierunt. Tamdiu ergo non intrabunt, quamdiu divites fuerint. Et tainen quia difficulter divitiæ contemnuntui’, non dixit : Im- possibile est divites intrare in regnum cœlorum, sed difficile. Ubi difficile ponitur, non impossibilitas præ- tenditur, sed raritas demonstratur. « Et iterum dico vobis : Facilius est camelum per foramen a eu s transire, quam divitem intrare in regnum cœlorum. Auditis autem his, discipuli mirabantur valde, dicentes : Quis ergo poterit salvus esse? Aspiciens autem Jésus, dixit illis : Apud homines hoc impossibile est, apud Deum autem omnia possibilia sunt. » Hoc dicto ostenditur non difficile esse, sed impossibile. Si enim quomodo camelus non potest intrare per foramen acus, sic dives intrare non potest in régna cœlorum, nullus divitum salvus erifc. Sed si legamus Isaiam, quomodo cameli Madian et Epha veniant Jérusalem cum donis atque muneribus Isa . lx; et qui prius curvi erant, et vitiorum pravitate distorti, jngrediantur portas Jerusa- COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 27 portes do Jérusalem, et nous verrons que ces chameaux auxquels les riches , sont comparés, après s’être déchargés du lourd fardeau de leurs péchés, et dépouillés de leur laideur corporelle, pouvaient pénétrer par la porte resserrée et la voie étroite qui conduit à la vie, Supra vu. Mais à la question de ses disciples et à l’étonne¬ ment que leur cause la dureté de ces paroles : « Qui pourra donc être sauvé? » le Sauveur fait cette réponse où la clémence tempère la sévérité de sa maxime : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » « Alors Pierre prenant la parole lui dit : Vous voyez .que nous avons tout quitté et que nous vous avons suivi, que nous en adviendra-t-il? » Ibid . 27. Confiance admirable. Pierre était pêcheur, il était loin d’être riche, il gagnait sa' vie par le travail de ses mains, et cependant il dit avec la plus grande assurance : « Nous avons tout quitté. » Et comme tout quitter rie suffit pas, il ajoute ce qui est parfait : « Et nous vous avons suivi. » Nous avons fait ce que vous avez commandé, que nous donnerez-vous donc en récompense? « Jésus leur répondit : Je vous dis en vérité que pour vous qui m’avez suivi, lorsqu’au temps de la régénération le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez aussi assis sur , douze trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël. » Ibid . 28. Le Sauveur ne lem, videbimus quomodo et ïsti cameli, quibus divites comparantur, cum deposueriut gravem sarçinam pec- catorum, et totius corporis pravitatem intrare. possint per angustam portain, et arctam viain, quæ ducit ad vitam Supra vu. Interrogantibus autem discipulis, et admirantibus austeritatem dicti, « Quis ergo salvus fiet? » demanda sua severitatem sententiæ temperavit, dicens : « Quæ apud homines impossibilia, apud Deum pôssibilia sunt. » « Tune respondens Petrus, dixit ei : Ecce nos reliqui- mus omnia, et secuti sumus te : Quid ergo erit nobis? » Grandis fiducia : Petrus piscator erat, dives non fuerat, cibos manu et arte quærebat; et tamen loquitur con- fîdenter, « Reliquimus omma. » Et quia non .sufficit tantum relinquere, jungit quod perfectum est : « et secuti sumus te. » Fecimus quod jussisti, quid igitur nobis dabis præmii? « Jesus'autem dixit illis : Amen dico vobis, quod vos qui. secuti estis me in regeneratione, cum sederit Filius hominis in sede majestatis suæ, sedebitis et vos super sedes duodecim, judicantes duodecim- tribus Israël. » dit pas.: vous qui avez tout quitté; car cela le philosophe Cratès l’a fait, et une foule d’autres ont fait mépris des richesses, mais : vous qui m’avez suivi, ce qui est le propre des apôtres et des croyants. Lorsqu’au temps de la régéné¬ ration le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, quand les morts sortiront incorrup¬ tibles désormais de la corruption du tombeau, vous serez, vous aussi, assis sur des trônes de juges et vous condamnerez les douze tribus d’Israël, parce que, tandis que vous embrassiez la foi, elles l’ont repoussée. « Et quiconque aura quitté pour moi sa maison ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, recevra le centuple et possédera la vie éternelle. Mais beaucoup seront les derniers qui étaient les premiers, et les premiers, qui étaient les derniers. » Ibid . 29. 30. Ce passage concorde avec cette autre déclaration du Sauveur : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive; car je suis venu séparer le fils d’avec le père, la fille d’avec la mère, la belle- fille d’avec la belle-mère, et l’homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison. » Supra x, 34. Ceux donc qui pour la foi de Jésus-Christ et la prédication de l’Évangile, auront sacrifié toutes les affections, renoncé aux richesses et aux plai¬ sirs du monde, recevront le centuple et posséde¬ ront la vie éternelle. Certains esprits s’appuient Non dixit : qui reliquistis omnia, hoc enim et Crates fecit philosophus, et multi alii divitias contempserunt; sed qui secuti estis me : quod proprie apostolorum est atque credentium. In regeneratione, cum sederit Filius hominis in sede majestatis suæ, quando ex mortuis de corruptione résurgent incorruptï, sedebitis et vos in soliis judicantium, condemnantes duodecim tribus Israël : quia vobis credentibus, illi credere noluerunt. « Et omnis qui reliquerit domum, vel fratres, aut sorores, aut pattern, aut matrem, aut uxorem, aut filios, aut agros propter nomen meum, centuplum accipiet, et vitam æternam possidèblt. Multi autem erunt primi novissimi; et' novissimi, primi. » Locus iste-cum ilia sententia congruit, in qua Salvator 1 quitur : « Non veni pacem mittere, sed gladium. Veni enim separare homi- nem a pâtre suo.. et matrem a filia, et nurum a socru : et inimici hominis domestici ejus Supra x, 34 » Qui ergo propter fidem Cbristi, et prædicationem Evangelii, omnes affectus contempserint, atque divitias et sæculi voluptates, isti centuplum récipient, et vitam æternam possidebunt. Ex occasione hujus sententiæ, quidam in- SAINT JEROME 28 sur cette promesse pour imaginer une période de mille ans après la résurrection, pendant laquelle nous recevrons le centuple de ce que nous avons quitté et la vie éternelle; cerveaux rêveurs qui ne réfléchissent pas que si cela est convenable pour la plupart des biens, il serait honteux, sous le rapport des femmes, que celui qui aurait quitté son épouse pour le Seigneur, en reçoive cent dans la vie future. Tel est donc le sens : celui qui pour l'amour du Sauveur aura quitté les biens charnels, recevra les biens spirituels, lesquels par leur valeur propre et comparés aux premiers leur sont aussi supé¬ rieurs que le nombre cent l’est à un petit nom¬ bre. De là cette parole de l’Apôtre, qui cependant n’avait quitté qu’une maison et quelques pauvres petits coins de terre situés dans une seule province : « Gomme n’ayant rien, et possédant tout. » Il'Connf/i.-vi, 10. Le royaume des deux est semblable à un pè¬ re de famille qui sortit de grand matin, afin de louer des ouvriers pour sa. vigne. Et, conven¬ tion faite avec les ouvriers qu’ils auraient un denier pour leur journée, il les envoya à sa vigne. Étant sorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient oisifs dans la place et il leur dit : Allez aussi vous autres à ma vigne et je vous donnerai ce qui sera raisonnable. Ils s’y en allèrent. Il sortit encore vers la sixième et la neuvième heure, et fit la môme chose. Enfin il sortit vers la onzième heure, et en ayant troducunt mille annos post resurrectionem, dicentes tune nobis centuplum omnium rerum quas dimisimus, et vitam æternam esse reddendam ; non intelligentes quod si in cæteris digna sit repromissio, in uxoribus appareat turpitudo; ut qui unam pro Domino dimiserit, et centum recipiat in futuro. Sensus ergo iste est : Qui carnalia pro Salvatore dimiserit, spiritualia re ipiet : quae comparatione et merito sui ita erunt, quasi si parvo numéro centenarius numerus comparetur. Unde dicit et Apostolus, qui unam tantum domura, et unius provincial parvos agros dimiserat : « Quasi nihil habentes, et omnia possidetes » H Cor. vi 10. « Simile est regnum coelorum homini patrifamilias, qui exiit primo mane conducere operarios in vineam suam. Conventione autem facta cum operariis ex denario diurno, misit eos in vineam suam. Et egressus circa horam tertiam, vidit alios stantes in foro otiosos, et dixit illis : Ite et vos in vineam meam, et quod justum fuerit dabo vobis. Jlli autem abierunt. Iterum autem exiit circa sextam et nonam horam, et fecit similiter. trouvé d’autres à rien faire, il leur dit : Pour¬ quoi restez-vous là tout le jour sans travailler? Parce que lui dirent-ils, personne ne nous a loués. Et il leur dit : Allez aussi à ma vigne. Or le soir étant venu, le maître de la vigne dit à son in¬ tendant : Appelez les ouvriers et payez-les, en commençant par les derniers jusqu’aux premiers. Ceux donc qui n’étaient venus travailler que vers la onzième heure s’étant approchés reçu¬ rent chacun un denier. Mais les premiers venant à leur tour, s’imaginèrent qu’ils recevraient davan¬ tage, mais ils ne reçurent néanmoins, eux aussi, que chacun un denier. Et en le recevant, ils mur¬ muraient contre le Père de famille en disant : Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et vous leur avez donné autant qu’à nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur. Mais il répondit à l’un d’eux. » Matth. xx, 1 Seqq . Cette parabole ou comparaison du royaume des cieux s’explique par ce qui la précède. Immédia¬ tement avant de la commencer, le Sauveur disait : « Beaucoup qui étaient les premiers se¬ ront les derniers, et beaucoup qui étaient les derniers seront les premiers. » Le Sauveur parlait au. point de vue non du temps, mais de la foi. Il met maintenant en scène un père de famille qui sort de grand matin, afin de louer des ouvriers pour travailler à sa vigne, et fixe leur salaire à un denier. Sorti ensuite vers la troisième heure, il en trouve d’autres oisifs dans la place publique, et à ceux-là il ne pro- Circa undecimara vevo exiit, et invenit alios stantes, et dicit illis : Quid hic statis tota die otiosi? Dicunt ei : Quia nemo nos conduxit. Dicit illis : Ite et vos in vine- am meam. Cum sero autem factum esset, dicit dominus vineæ procuratori suo : Voca operarios, et redde illis mercedem; incipiens a novissimis usque ad primos, Cum venisseut ergo qui circa undecimam horam véné¬ rant, acceperunt singulos denarios. Venientes autem et primi, arbitrati sunt quod plus essent accepturi : aece- perunt autem et ipsi singulos denarios. Et accipientes, murmurabanl adversus patremfamilias, dicentes : Hi novissimi una hora fecerunt, et pares iilos nobis feojsti, qui portavimus pondus diei et æstus ? At ille respondens uni eorum, dixit. » Parabola ista, vel similitudo regni coelorum, ex his quæ præmissa sunt, intelligitur. Scrip- tum est enim ante eam : « Multi erunt primi novissimi, et novissimi primi. » Non tempori deferente Domino, sed fidei. Dicitque patremfamilias primo mane exisse, ut concluceret operarios in vineam suam, et pretium operis constituisse denarium. Deinde egressum circa COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU met pas un denier mais un salaire raisonnable. Il agit de la même façon à la sixième et à la neuvième heure. A la onzième, il en trouve en¬ core d’autres, qui avaient passé toute la journée sans rien faire et il les envoie également à sa vigne. Le soir arrivé, il commande à son in¬ tendant de payer les ouvriers en commençait par les derniers, c’est-à-dire, par les ouvriers de la onzième heure, pour finir par les ouvriers de la première heure; et alors tous également jaloux contre les derniers venus au travail, accusent d’injustice le père de famille; non pas qu’ils eussent reçu moins qu’il n’était convenu ; mais parce qu’ils auraient voulu recevoir plus que ceux qui étaient l’objet de la générosité du maître. A mon avis, les ouvriers de la première heure, ce sont Samuel, Jérémie et Jean-Baptiste qui peuvent dire avec le Psalmiste : « Dès les en¬ trailles de ma mère, vous êtes mon Dieu. »Psalm . xx I, 11. Les ouvriers de la troisième heure sont' ceux qui ont commencé à servir Dieu dans leur jeunesse. Les ouvriers de la sixième heure, ceux qui se sont courbés sous le joug du Christ dans leur âge mûr; de la neuvième heure, ceux qui ont attendu pour le faire, les premières atteintes de la vieillesse; de la onzième heure, ceux qui ne se sont soumis à lui qu’aux derniers jours de leur vie; et néanmoins tous, malgré la diffé¬ rence de leur labeur, reçoivent une égale récom¬ pense. D’autres ont interprété cette parabole tout horam tertiam, vidisse alios stantes in platea otiosos : et iJlis nequaquam denarium, sed quod justum est fuisse pollicitum. Sexta quoque hora et noua fecisse simili- ter. Undecima autem invenisse alios stantes, qui tota die otiosi fuerant, et misisse eos in vineam. Cum autem sero factum esset, præcepisse procuratori çuo, ut a novissimis inciperet reddere, hoc est ab operariis horæ undecimæ usque ad operarios horæ primæ, omnesque pariter contra novissimos invidia concitatos, iniquitatem arguisse patrisfamiüas. Non quod minus acceperint quam fuerat constitutum, sed quod plus accipere volue- rint his, in quos se clementia conductoris elfuderat. Mihi videntur primæ horæ esse operarii Samuel, et Jereinias, et Baptista Joannes, qui possunt cum Psal- mista dicere : « Ex utero matris meæ Deus meus es tu » Ps. XXI, , 11. Tertiæ vero horæ operarii sunt, qui a pubertate servira, Deo cceperunt. Sextæ horæ, qui ma- tura ætate susceperunt jugum Christi,. Nonæ, qui jam déclinante [ Al. déclinant] ad senium. Porrô undecimæ, qui ultima seuectute, et tamen omnes pariter accipiunt præmium, licet diversus labor sit. Sunt qui hanc para- 29 autrement. D’après eux, les ouvriers envoyés à la vigne dès la première heure seraient Adam et les autres patriarches jusqu’à Noé ; la troisième heure s’étend de Noé à Abraham et à la circon¬ cision ; la sixième d’Abraham à Moïse, quand la loi fut donnée; les ouvriers de la neuvième heure sont Moïse et les prophètes; ceux de la onzième, les apôtres et les gentils, objets de l’envie géné¬ rale. C’était la pensée dé saint Jean l’évangéliste, lorsque parvenu au delà de la onzième heure, près du coucher du soleil et du soir de sa vie, il disait : « Mes petits enfants, c’est ici la dernière heure. » I. Joan. n, 18. Remarquez que ces ou¬ vriers, qui tous sans exception, accusent le père de famille d’injustice à l’égard de ceux de la on¬ zième heure, ne veulent pas voir que cette injus¬ tice s’étend également à eux-mêmes; car si le père de famille est injuste, il ne l’est pas seule¬ ment pour une catégorie, il l’est pour toutes. En effet, l’ouvrier de la troisième heure n’a point travaillé autant que l’ouvrier qui partit pour la vigne dès la première heure; pareille¬ ment, l’ouvrier de la sixième heure autant que l’ouvrier de la troisième, et enfin l’ouvrier de la neuvième heure autant que l’ouvrier de la sixiè¬ me. Ainsi, tous ceux qui ont été appelés avant la onzième heure, c’est-à-dire, avant Jésus-Christ, sont jaloux des Gentils; la grâce de l’Évangile fait leur tourment. Aussi le Sauveur conclut-il la parabole en disant : « Les derniers seront les \ bolam aliter edisserant. Prima hora volunt missum esse in vineam Adam et reliquos patriarchas usque ad Noe ; tertia, ipsum Noe usque ad Abraham et circumcisionem ei datam; sexta ab Abraham usque ad Moysen, quando Lex data est; nona, ipsum Moysen, et prophetas; undecima, apostolos et gentium populum, quibus omnes invident. Unde hoc ipsum intelligens post horam jam undecimam, cum esset' prope solis occasum et ad vespe- ram, Joannes Evangelista loquitur : « Filioli mei, novissima hora est» I. Joan n, 13. Et simul considéra quod injustitiam patrisfamilias, quam in undecimæ horæ operariis omnes pariter accusant, in seipsis non intelligunt. Si enim iniquus est paterfamilias, non in uno iniquus est, sed in omnibus; quia non sic labo- ravit tertiæ horæ, operarius, quomodo ille qui a prima hora est missus in vineam. Siiniliter et sextæ horæ operarius minus laboravit tertiæ horæ operario; et nonæ, sextæ horæ operario. Omnis itaque rétro vocatio gentibus invidet, et in Evangelii torquetur gratia. Unde et Salvator concludens parabolam, « Erunt, » inquit « primi novissimi, et novissimiprimi, » Quod Judæi de / 80 SAINT JEROME premiers, et les premiers seront les derniers. » Les Juifs qui étaient la tête deviendront la queue, et nous qui étions la queue nous deviendrons lalête. « Mon ami, je ne vous fais point de tort. » Ibid. A3. J’ai lu . quelque part que cet ami, ouvrier de la première heure, auquel s’adresse le reproche du père de famille, était notre pre¬ mier père et ceux qui crurent en ce temps-là. N’êtes-vous pas convenu avec moi d’un denier? » Le denier porte l’effigie du roi. Vous avez donc reçu la récompense promise, c’est-à- dire, mon image et ma ressemblance, que deman¬ dez-vous de plus? mais je comprends ce que vous voulez; ce n’est pas de recevoir davantage, c’est qu’un autre ne reçoive rien; comme si la récom¬ pense perdait de sa valeur, parce qu’un autre la reçoit également. « Prenez ce qui vous appartient et allez-vous en; pour moi je veux donner à ce dernier autant qu’à vous. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux? » Ibid. 14, 15. Sous la Loi, le Juif n’est pas sauvé par la grâce, mais par les oeuvres; car qui observe la Loi y trouvera la vie. Et c’est à lui que s’adressent ces paroles : « Et votre' œil est-il mauvais parce que je' suis bon? Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. Car il y en a beaucoup .d’appelés; mais peu d’élus. » Ibid. 16. L’objet de cette parabole est le même que celle de saint Luc où nous voyons le fils aîné jaloux de capite vertantur in caudam : et nos de cauda mutemur in caput. « Amice, non facio tibi injuriant. » Legi in cujusdam libro, amicum istum qui increpatur a pâtre familias, pri- mæ horæ operarium, protoplastum intelligi, et eos qui illo temppre crediderunt. « Nonne ex denario convenisti mecum? » Denarius figuram regis habet. Jtecepisti ergo mercedem quam tibi promiseram, hoc est, imaginem et simili tudinem meam, quid quæris amplius; et non tain ipse plus acci- pere, quam alium nihil accipere desideras, quasi alterius consortio minuatur præmii meritum? « Toile quod tuum est, et vade. Volo autem et huic novissimo dare sicut et tibi. Aut non licet mihi quod volo, facere? % Judæus iri Lege non gratia,1 sed opéré salvatur. Qui enim fecerit eam, vivet in ea. Unde dicitur ad eum : « An qcuIus tups nequam est, quia ego bonus surn? sic erunt novissimi primi, et primi novissimi, Multi enim sunt vocati, pauci vero electi. » Idipsum sonat et son frère cadet, ne pas vouloir qu’on accueille son repentir, et accuser son père d’injustice. Et pour nous convaincre que tel est bien le sens que nous lui avons donné, le titre et la conclusion de la parabole sont parfaitement d’accord :« Ainsi, dit-il, les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. Car il y en beau¬ coup d’appelés, mais peu d’élus. « Et Jésus montant à Jérusalem, prit 'en par¬ ticulier ses douze disciples, et leur dit : Voilà que nous montons à Jérusalem, et le Fils de. l’Jiomme y sera livré aux princes des prêtres et aux scribes qui le condamneront à mort et le livreront aux gentils, pour être traité avec dérision, fouetté et crucifié, et il ressuscitera le troisième jour. » Ibid. 17, seqq. Plusieurs fois déjà, il avait tenu ce langage à ses apôtres; mais comme depuis, il avait été question de bien d’autres choses, et que le souvenir, de ses pré¬ dictions pouvait s’être effacé de leur mémoire, il prend occasion de son voyage à Jérusalem en compagnie de ses apôtres, pour les prémunir contre la tentation, dans la crainte qu’ils ne se scandalisent lorsque viendra la persécution, et qu’il sera en butte aux ignominies de la croix. - « Alors la mère des enfants de Zébédée s’approcha de lui avec ses fils, et l’adora en témoignant qu’elle voulait lui demander quelque chose. Il lui dit': Que voulez-vous? Ordonnez, lui dit-elle, que mes deux fils que voici soient . assis dans votre royaume, l’un à votre droite et ilia Lucee parabola, ubi major filius minori invidet, et non vult eum recipi pœnitentem, et patrem accusât injustitiee. Et ut sciamus hune esse sensum quem dixi- mus, titulus parabolse hujus finisque consentiunt. « Sic erunt, » inquit, « novissimi primi, et primi novissimi. Multi enim sunt vocati, pauci vero electi. » « Et ascendens Jésus Jerosolymam, assumpsit duode- cim discipulos suos secreto, et ait illis : Ecce ascendimus Jerosolymam, et Filius hominis tradetyr principibus sa- cerdotum et Scribis, et condemnabunt eum morte, et tradent eum gentibus ad illudendum, et flagellandum, et crucifigendum, et. tertia die resurget. » Grebro hoc ipsum discipulis dixerat, sed quia multis in medio disputatis, poterat labi de memoria quod audierant, iturus Jeroso¬ lymam, et secuin ducturus apostolos, ad tentationem eos parat, ne cum venerit persecutio et crucis ignomi- nia, scandalizentur. « Tune accessit ad eum mater filiroum Zebedæi cuin filiis suis, adorans et petens aliquid ab eo. Qui dixit ei : Quid vis? Ait illi : Die ut sedeant hi duo filii mei, unus COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU l'autre à votre gauche. » Ibid. 20, 21. Où la mère des fils de Zébédée puise-t-elle une pareille idée de ce royaume, pour demander en faveur de ses enfants la gloire du triomphe, quand le Seigneur déclare hautement que « le Fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes qui le condamneront à mort, et le livreront aux gentils pour être traité avec dérision, fouetté et crucifié, » quand il révèle à ses disciples épou¬ vantés les ignominies de sa passion? C’est, je pense, parce que le Seigneur ajoute : « Et il ressuscitera le troisième jour. » Cette femme s’imagine alors qu’il commencera à régner aussitôt après sa résurrection, que les prédictions concernant le second avènement vont s’accom¬ plir dans le premier, et avec cette impatience qui est le propre de la femme, oubliant l’avenir, elle veut s’assurer du présent. Pour ce qui est de la question que lui pose le Sauveur, lorsqu’elle s’avance pour faire sa demande : « Que voulez- vous? » il ne faut pas la mettre sur le compte de l’ignorance; le Sauveur parle ici au nom de l’homme qui sera fouetté et crucifié; de même par rapport à l’hémorroïsse : « Qui m’a touché? » Luc vin, 15. Et à Lazare : « Où l’avez-vous mis? » Joan. xi, 34. Et dans l’Ancien Testament : << Adam, où êtes-v(ous? » Genes. ni, 9. Et : « Je descendrai et je verrai si leurs œuvres répon¬ dent à ce cri qui est venu jusqu’à moi, pour voir si cela est ainsi, ou non. » Genes . xviii, 21. Mais ad cfexteram tuam, et unus ad sinistram in pegno tuo. » Unde opinionera regni habet mater filiorum Zebedæi, ut cum Domimis dixerit : « Filius hominis tradetur prin- cipibus sacerdotum et Scribis, et condemnabunt eum morte, et tradent gentibus ad illudendum, et flagellan- duin, et crucifigendum ; » et ignominiam passionis ti- mentibus discipulis annuntiaret, ilia postulet gloriam triumphantis? hac, ut reor, ex causa, quia post omnia dixerat Dominus : « et tertia die resurget, » putavit eum mulier post resurrectionem illico regnaturum, et hoc quod in secundo adventu promittitur, in primo esse com- plendum, et aviditate feminea præsentia cupit, imme- mor futurorum. Quod autem interrogat Dominus, et, ilia petente,respondit ; « Quid vis?» Don venit de ignorantia, sed ex ejus persona dicitur, qui flagellandus et crucifi-/ gendus erat : quomodo et in Hemorrhousa : « Quis me tetigit1 » Luo . vin, 15? Et de Lazaro : « Ubi posuistis eum» ./oon. xi, 34? In veteri quoque Testamento : «Adam ubi es » Gent in, 9? Et: « Descendens videbô sijuxta cla- morem, qui venit ad me, perficiant, sin autem non est, ut Bciam » Gen . xviii, 21. Postulat autem mater filiorum 31 pour en revenir à la mère des enfants de Zébé¬ dée, sa demande est inspirée par une erreur de femme et par l’amour maternel, et elle ne sait ce qu’elle demande. Quoi d’étonnant qu’on la taxe de maladresse, quand l’Évangéliste dit de Pierre qui voulait faire trois tentes : « Il ne savait ce qu’il disait, » Marc ix; « Mais Jésus répondit : Vous ne savez ce que vous demandez. » Ibid . 22. C’est la mère qui demande, c’est aux enfants que le Seigneur répond; car il comprend que la mère n’a de¬ mandé qu’à l’instigation de ses enfants. « Pouvez-vous boire le calice que je dois boire? Nous le pouvons, lui dirent-ils. » Dans les Saintes Écritures, le mot, calice a le sens de passion, selon cette parole : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi; » Mattht. xxvi, 39, et celle du Psalmiste .* « Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné? Je pren¬ drai le calice du salut, et j’invoquerai le nom du Seigneur. » Psalm . cxv, 3 Seqq. et il indique aussitôt après quel est ce calice : « La mort des saints est précieuse aux yeux du Seigneur. » « Il leur dit : Il est vrai que vous boirez mon calice, mais quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi à vous le don¬ ner; mais cela est réservé à ceux à qui mon Père l’a préparé. » Ibid . 23. On se demande comment les enfants de Zébédée, Jacques et Jean, ont bu le calice du martyre. L’apôtre Zebedæi errore muliebri et pietatis affectu, nesciens quid peteret. Nec mirum si ista arguatur iæperitiæ; cum de Petro dicatur, quando tria vult facere.tabernacula, « nes¬ ciens quid diceret » Maro . ix. / « Respondens autem Jésus, dixit : Nescitis quid peta- tis. » Mater postulat, et Dominus discipulis loquitur, in- intelligens preces ejus ex filiorum descendere volun- tate. « Potestis bibere calicem, quem ego bibiturus sum? Dicunt ei : Possumus. » Calicem in Scripturis divinis passionem intelJigimus, juxta illud : « Pater, si possibi- le est, transeat a me calix iste » Matt. xxvi, 39. Et in psalmo : « Quid retribuam Domino pro omnibus quæ re- tribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et nomen Do- mini invocabo » Ps. cxv, 3 et seqqt\ stathnque infert quis iste sit calix : « Pretiosa in conspectu Domini m rs Sanctorum ejus. » « Ait illis : Calicem quidem meum bibetis : sedere autem ad dexteram meam et sinistram, non est meum dare vobis, sed quibus paratum est a Pâtre meo. » Quæ- ritur quomod'o calicem martyrii filii Zebedæi, Jacobus 32 SAINT saint Jacques seul ayant eu, d’après l’Écriture, la tête tranchée par Hérode, A et. xii, et saint Jean étant mort d’une mort naturelle. Mais si nous ouvrons l’histoire ecclésiastique, nous trouverons que saint Jean rendit lui aussi témoignage au Christ, qu’il fut pour cela plongé dans une chaudière d’huile bouillante, que ce vaillant athlète du Christ, en sortit pour rece¬ voir la couronne, et fut aussitôt après exilé dans l’île de Pathmos ; et nous en conclurons que ni le courage ni la volonté ne lui manquèrent pour le martyre, et qu’il a bu lui aussi le calice de la souffrance que les trois jeunes gens burent dans la fournaise ardente. Dan. m, bien que le bour¬ reau n’ait point répandu leur sang. Pour ces paroles : « Quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi à vous le donner; cela est réservé à ceux à qui mon Père l’a pré¬ paré, » il faut les entendre ainsi : Le royaume des cieux n’est pas à la disposition de celui qui le donne, mais de celui qui le reçoit; car Dieu ne fait pas acception des personnes. Act. x, 34; mais quiconque se sera rendu digne du royaume des cieux, le recevra; car il est pré¬ paré moins pour la personne que pour ses vertus. Si donc vous méritez par vos œuvres d’obtenir ce royaume des cieux que mon Père a préparé pour les victorieux et les triomphants, vous aussi vous le recevrez. D’autres pensent que ces expressions s’appliquent à Moïse et à Élie, que, peu de temps auparavant, les apôtres videlicet et Joannes biberint, cum Scriptura narret Ja- cobuin tantum apostolum ab Herode capite truncatum Act. xii ; Joannes autein propria morte vitam finierit. Sed si legamus ecciesiasticas historias, in quibus fertur, quod et ipse propter martyrium sit missus in ferventis olei dolium, et inde ad suscipiendam coronam Christi athleta processerit, statimque relegatus in Pathmos insu- lam sit, videbimus martyrio animum non defuisse, et bi- bisse Joannem caJicem confessionis : quem et très pueri in camino ignis biberunt Dan. m, licet persecutor non fuderit sanguinem. Quod autem dicit : « sedere ad dex- tram meam et sinistram, non est meum dare vobis, sed quibus paratum est a Pâtre meo, » sic intelügendum est : Regnum cœlorum non est dantis, sed accipientis. Non est enim acceptio personarum apud Deum Act. x, 34 ; sed quicumque talem se præbuerit ut regno cœlo- rum dignus fiat, hic accipiet, quod non personæ, sed vitæ paratum est. Si itaque taies estis qui consequamini regnum cœlorum, quod Pater meus triumphantibus et vic- toribus prseparavit, vos quoque accipietis illud, Alii de JÉROME avaient vus converser avec Jésus sur la mon¬ tagne : ce n’est nullement mon avis. Le Sauveur ne nomme pas ceux qui seront assis dans le royaume des cieux : en nommer quelques-uns, ce serait paraître en exclure les autres. « Les dix autres ayant entendu ceci, furent indignés contre les deux frères. » Ibid . 24. Les dix autres apôtres ne témoignent aucune irritation contre la mère des enfants deZébédée; ils ne s’en prennent pas à elle de la hardiesse de sa demande, mais à ses enfants, et s’indignent des désirs ambitieux et de la soif des grandeurs qu’ils ont laissé percer. C’était aussi à eux que le Sauveur disait : « Vous ne savez ce que vous demandez. » Cette réponse du Seigneur d’un côté, et de l’autre, l’indignation des Apôtres laissent clairement entendre que c’étaient les enfants qui avaient poussé leur mère à pos¬ tuler ces dignités. « Mais Jésus les appela à lui et leur dit : /Vous savez que les princes des nations dominent sur elles, et que ceux qui sont les plus puissants parmi eux les traitent avec empire. Il n’en sera pas ainsi parmi vous. Mais que celui qui voudra être le plus grand parmi vous, soit votre serviteur, et que celui qui voudra être le premier parmi vous, soit votre esclave. » Ibid. 25 seqq. Ce maître, modèle de douceur et d’humilité, ne reproche pas aux. deux solliciteurs, leurs désirs immodérés, ne réprimande pas les dix autres de l’indignation Qt de l’envie qu’ils laissent paraître; Moyse et Elia dictum volunt, quos paulo ante in monte cum eo viderant loquentes; sed mihi nequaquam vide- tur. Ideo enim sedentium in regno cœlorum vocabula non dicuntur; ne paucis nominatis, cæteri putarentur exclusi. « Et audientes decem, indignati sunt de duobus fratri- bus. » Decem apostoli non indignantur matri filiorum Zebedæi, nec ad mulieris audaciam referunt postulantis; sed ad filios, quod igorates mensuram su'am, immodica cupiditate exarserent, quibus etDominus dixerat : « Nes- citis quid petatis. » Subintelligitur autem vel ex respon- sione Domini, vel ex indignatione apostolorum, quod filii matrem immiserint ad grandia postulanda. « Jésus , autem vocavit eos ad se et ait : Scit'is quia principes gentium dominantur eorum; et qui majores sunt, potestatem exercent in eos. Non ita erit inter vos, sed quicumque voluerit inter vos major fieri, sit vester minister. Et qui voluerit inter vos primus esse, erit ves¬ ter servus. » Humilis magister et mitis, nec cupiditatis immodicæ duos [Al. suos] arguit postulantes, nec decem 33 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU il se contente de leur apprendre par un exemple que celui-là sera le plus grand qui se sera fait le plus petit; que celui-là sera le maître qui se sera fait le serviteur de tous. C’est donc inuti¬ lement que, les lins ont brigué les honneurs, inu¬ tilement aussi que les autres se sont révoltés contre leur ambition, puisqu’on ne parvient pas aux plus hauts sommets des vertus par la puis¬ sance, mais par l’humilité. Enfin, il se donne lui-même en exemple, pour que sa manière d’agir les fasse rougir, si ses paroles ne suffisent pas à les convaincre, et il leur dit : « Comme le Fils de l’homme qui n’est pas venu pour êtreWvi, mais pour servir. » Ibid, .28. Remarquez, -et nous l’avons répété bien souvent, que celui qui vient pour servir, s’appelle le Fils de l’homme. « Et donner sa vie pour la rédemption d’un grand nombre. » Quand il prit la forme et la nature de serviteur, afin de verser son sang pour le salut du monde. Phüipp n. Il ne dit pas : donner sa vie pour la rédemption de tous, mais d’un grand nombre, c’est-à-dire, de ceux qui voudront croire en lui. « Lorsqu’ils sortaient de Jéricho, une grande troupe de peuple les suivit. Et doux aveugles, assis le long du chemin, ayant entendu dire que Jésus passait, se mirent à crier : « Seigneur, fils de David, ayez pitié de nous .Et comme le peuple les reprenait pour les faire taire, ils criaient reliquos indignationis increpat et livoris, sed taie point exemplum, quo doceat eum majorem esse, qui minor fuerit et ilium dominum fieri, qui omnium servus slt. Frustra igitur aut illi immoderata quæsierant : aut isti dolent super majorum desiderio : cum ad summitatem virtutum non potentia, sed humilitate veniatur. Denique sui proponit exemplum, ut si dicta parvipenderent, eru- bescerent ad opéra, et dicit : « Sicut Filius homiuis non venit ministrari, sed minis- trare. » Nota, quod crebro diximus, eum qui ministrat, appellari Filum bominis. « Et dare animam suam redemptionem pro multis. ». Quando formam servi accepit, ut pro mundo sanguinein fundôret Phüipp. u. Non dixit animam suam redemp¬ tionem dare pro omnibus, sed pro multis, id est, pro his qui credere voluerunt. « Et egredientibus illis ab Jéricho, secuta est eum turba multa. Et ecce duo cæci sedentes secus viam, au- dierunt quia Jésus transiret; et clamaverunt, dicentes : Domine miserere nostri, fili David. Turba autem incre- pabat eos ut tacerent. At illi magis clamabant, dicentes : Tom. x. encore plus haut, disant : Seigneur, fils de David, ayez pitié de nous. » Ibid . 29. Seqq> 11 y avait à Jéricho beaucoup de voleurs qui tuaient , ou blessaient les voyageurs descendant de Jérusa-. lem. Le Seigneur vient donc à Jéricho avec ses disciples, pour guérir les blessés, et entraîner avec lui une grande foule de peuple. Puis, lorsqu’ils veulent sortir de cette ville, voilà qu’une grande foule les suit. S’il était resté à Jérusalem, s’il n’était pas descendu à tous les abaissements, la foule serait encore aujourd’hui assise dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Mais il y avait deux aveugles le long du chemin. 11 appelle aveugles ceux qui ne pouvaient pas encore dire avec le Psalmiste : « En votre lumière, . nous verrons la lumière. » Psalm. XXXV, 10. Le long du chemin, parce qu’ils semblaient avoir la connaissance de la Loi ; mais ils ignoraient la voie qui est Jésus-Christ. Dans ces deux aveu¬ gles, la plupart des commentateurs voient les. Pharisiens et les Sadducéens; d’autres, les deux peuples, le peuple de l’Ancien Testament, et celui du Nouveau; et tous deux, celui qui obéissait à la loi écrite, comme celui qui suivait la loi naturelle, étaient aveugles sans le Christ. Incapables de voir par eux-mêmes, ils entendi¬ rent faire l’éloge du Sauveur, et ils confessèrent le Fils de David. Mais si l’on veut voir dans les deux aveugles le peuple juif, ce qui suit : « La foule les reprenait » doit s’appliquer aux gentils, Domine, miserere nostri, fili David. » Multi latrones erant in Jéricho, qui egredientes et descendentes de Jérusalem, interficere et vulnerare consueverant : idcir- co Dominus venit Jéricho cum discipulis suis, ut liberet vnlneratos, et multam turbam secum trahat. Denique postquam egredi volunt ab Jéricho, secuta est eum turba multa. Si mansissot Jerosolymis, et numquam ad humi¬ lia descendisse^ turba usque hodie sederet in tenebris, et in umbra mortis. Sed et duo cæci erant juxta viam. Cæcos appellat qui necdum dicere poterant : « In lumi- ne tuo videbimus lumen » Ps. xxxv, 10. Secus viam, quia videbantur quidem Legis habere notitiam ; sed viam, quæ Ghristus est, ignorabant, quos plerique Pharisæos intelligunt et Sadducæos, abi vero utrumque populum, et veteris Testanienti et novi; quod alter scriptam Legem alter naturalem sequens, sine Ghristo cæcus erat. Hi quia per se videre non poterant, audierunt præconia Salvatoris, et confessi sunt filium David. Sin autem uterque cæcus refertur ad populum Judæorum, hoc quod sequitur, « Increpabat eos turba, » super ethnicis intelligendum est, quos Apostolus monet ne glorientur, 3 SAINT JÉROME leur rend ce que le péché leur avait enlevé. Et 84 auxquels l’Apôtre conseille de ne pas se glorifier, de ne pas s’élever contre la racine dont ils sont sortis. Rom. xr. Transportés de l’olivier sauvage sur l’olivier franc, par suito de l’erreur et de la désertion du peuple choisi il ne leur appartient en aucune façon de se montrer envieux du salut de ceux qui les ont précédés dans l’amitié de Dieu. « Eils de David, ayez pitié de nous. » La foule les reprend, ils ne se taisent pas pour cela ; loin de là, ils crient avec plus de force, pour montrer leur ardent désir de la vraie lumière. « Alors Jésus les appela et leur dit: Que vou¬ lez-vous que je vous fasse ? Seigneur, lui dirent- ils, que vous nous ouvriez les yeux. » Ibid. 32, 32. Ils étaient aveugles, ne savaient où ils allaient, et ne pouvaient suivre le Sauveur. Il y a dans les environs de Jéricho, un grand nombre de trous, de rochers escarpés, et de précipices fort profonds. Le Seigneur s’arrête donc, afin qu’ils puissent venir à lui, et les fait appeler de peur que le peuple les empêche d’avancer. Et, comme s’il ignorait ce qu’ils désirent, il les interroge pour faire mieux connaître par leur réponse l’infirmité dont ils souffrent, et manifes¬ ter sa puissance par leur guérison. « Jésus ayant donc pitié d’eux, leur toucha les yeux, et au même moment ils virent et le suivirent. » Ibid.3L Il touche leurs yeux, et artiste incomparable, leur donne ce que la nature leur avait refusé; ou bien encore, la miséricorde et superbiant contra radicem suam Rom. xi; sed cum ipsi errore priorum inserti fuerint ex oleastro in bonam olivam, nequaquam debeant invidere priorum saluti. « Miserere nostri, fili David. » Increpantur a turbis, et nihilominus non tacent : sed crebrius idipsum ingeminant, ut desiderium plénum verse lucis ostendant. « Et stetit Jésus, et vocavit eos, et ait : Quid vultis ut faciam vobis? Dicunt illi : Domine, ut aperiantur oculi nostri. » Gseci erant, quo pergerent ignorabant, et sequi non poterant Salvatorem. Multæ fovese in Jéricho, multæ rupes et prærupta in prôfundum vergentia ; id- circo Dominus stat, ut venire possint et vocari jubet, ne turbæ prohibeant; et interrogat quasi ignorons quid ve- lint, ut ex responsione cœcorum manifesta débilitas pa- teat, et virtus ex remedio cognoscatur. «.Misertus autem eorum Jésus, tetigit oculos eorum, et confestim viderunt, et secuti sunt eum. »'Tangit ocu¬ los et præstat artifex quod natura non dederat. Aut certe quod débilitas tulerat, donat misericordia. Statimque viderunt, et secuti sunt eum. Qui ante in Jéricho con- aussitôt ils virent et le suivirent. Eux qui auparavant restaient assis à Jéricho, efc ne savaient que crier, les voilà maintenant qui suivent Jésus, moins 'encore des pieds que par leurs vertus. ■ > « Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem, et qu’ils furent arrivés à Bethphagé, près de la montagne des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples en leur disant : Allez à ce village qui est en face de vous, et vous y trouverez en arrivant une ânesse attachée' et son ânon avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si quel¬ qu’un vous dit quelque chose, dites que le Seigneur en a besoin, et aussitôt il les laissera emmenef. » Matth. xxr, 1. Seqq.he Sauveur sort de Jéricho, entraînant à sa suite une foule considérable; et après avoir rendu la vue aux aveugles, il s’approche de Jérusalem, chargé de biens. Le salut des croyants assuré, il a hâte de rentrer dans la cité de lâ paix, le lieu de la vision deDieu, etla citadelle de l’observation. Etlorsqu’il approcha de Jérusalem, et fut arrivé à Beth¬ phagé, « à la maison des mâchoires », ( C’était un petit village appartenant aux prêtres; il était situé au pied du mont des Oliviers- ou se- trouvent la lumière de la science, le repos du travail et la cessation de la doulour ). Il envoya au village deux de ses disciples, ÔscopTyrocdv xca èpyacmxJv, c’est-à-dire, la théorie et la pratique, « la science et l’action. » Et il leur tracti sedebant, et clamare tantum noverant, postea sequuntur Jesum, non tam pedibus quam virtutibus. « Et cum appropinquasset Jerosolymis, et venisset Bethphage ad montem Oliveti, tune Jésus misi-t duos discipulos, dicens eis : Ite in castefium quod contra vos est, et statim invenietis asinam alligatam, et pullum cum ea; solvite et adducite mihi. Et si quis vobis aliquid dixerit, dicite : Quia Dominus bis opus babet, et con¬ festim dimittet eos. » Egrediturde Jéricho, turbis educ- tis inde quamplurimis, et cæcis reddita sanitate, appro- pinquat Jerosolymis, magnis ditatus mercibus; salute credentium reddita, ingredi cupit urbem pacis, et locum visionisDei, et arcem speculatorii. Cumque appropinqua- ret JerOsolymis, et venisset Bethphage ad « domum maxillarum » qui sacerdotum viculus erat, et con- fessionis portabat typum ; et erat situs in monte Oliveti, ubi lumen scientiæ, ubi laborum et dolo- rum requies), misit duos discipulos suos, 0£cop7]Totbv xat £pya Kupte, COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 37 Au lieu des expressions employées par les Septante. > Ibid . 17. 11 laissa là les incrédules, sortit de la ville des contradicteurs, s’en alla à « Béthanie, » qui signifie : « maison de l’obéissance, » comme s’il voulait dès lors annoncer la vocation des gen¬ tils, et il y demeura, car il ne put demeurer en Israël. Ce que nous pouvons encore tirer de ce texte, c’est qu’il était si pauvre, si peu courti¬ san, que dans cette grande ville il n’aurait pu trouver ni un hôte ni une maison qui consentît à le recevoir; et qu’il dut chercher l’hospitalité dans la petite maison habitée par Lazare et ses sœurs. Car ils demeuraient à Béthanie. « Le matin, en retournant à la ville, il eut faim. Et voyant un figuier sur le chemin, il s’en approcha, mais n’y ayant trouvé que des feuil- . les, il lui dit : « Qu’à jamais il ne naisse de toi aucun fruit. Et au même moment le figuier devint sec. Les disciples voyant cela, furent sai¬ sis d’étonnement et dirent : Gomment ce figuier est-il devenu sec en un moment ? » Ibid. 18 seqq. les ténèbres de la nuit étant dissipées, le soleil du matin étant dans tout son éclat, à cette testimonium perhibeant, nec rursum errant ; pueri. sunt, debetis ætati ignoscere; sed profert exemplum de octavo psalmo, ut, tacente Domino Scripturarum testimonium puerorum dicta firmaret. « Et relictis illis, abiit foras extra civitatem in Bethaniara, ibique mansit. » Reliquit incrednlos, et urbem egressus contradicentium, ivit «Bethaniam,» quod interpretatur «domus obedientiæ, ».jamtunc vocationem gentium præfiguraus, ibique mansit, quia in Israël permanere non potuit. Hoc quoque inteUigendum est, quod tantæ fuerit paupertatis, et. ita nulli adulatus sit, ut in urbe maxima nullura hospitem, nullam invenerit mansionem, sed in agro parvulo apud Lazarum sorores- que ejus habitaret : eorum quippe vicus Be.thania est. « Mane autem revertens in civitatem, esuriit. Et videns fici arborem unam secus viam, venit ad eam, et nihil invenit in ea, nisi folia tantum. Et ait illi : Numquam ex te fructus nascatur in sempiternum, et arefacta est continuo ficulnea. Et videntes discipuli mirati sunt, dicentes : Quomodo continuo aruit? » Dis- COMMENTAIRES SUR L'EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 41 heure vqisine du midi, où le Seigneur devait un peu plus tard faire resplendir sur le monde la lumière de sa passion, Jésus retournant à Jéru¬ salem eut faim. Il eut faim pour montrer la réa¬ lité de sa nature humaine, ou bien il eut faim du salut des croyants, souffrant qu’il était de l’incrédulité d’Israël. Et apercevant un arbro (dans lequel nous voyons la Synagogue et le peuple Juif) près du chemin, (la Synagogue en effet, possédait la Loi, et elle était près du che¬ min, puisqu’elle ne croyait pas en la voie) il s’approcha de cet arbre qui restait immobile bien entendu, n’ayant point les pieds de l’Évan¬ gile, et il n’y trouva que des feuilles, que le bruit des promesses, les traditions pharisaïques, l’arrogance de la Loi, l’éclat des mots, sans aucun fruit de vérité. Aussi un autre Évan¬ géliste dit-il : « Car ce n’était pas encore le temps. » Marc. si. 13, c’est-à-dire, le temps du salut d’Israël n’était pas encore arrivé, puisque le peuple des gentilsn’étaitpas encore entré dans l’Église; ou bien le temps de croire était passé, le Christ qui était venu d’abord au peuple Juif, étant sur son refus passé aux nations. Et il lui dit : « Qu’il ne naisse de toi aucun fruit à jamais, » ou « dans les siècles, » le mot grec alwv a les deux sens. Et le figuier qui n’avait point les fruits que le Sauveur y cherchait pour apaiser sa faim, devint sec. Mais bien que les feuilles se fussent désséchées, le tronc devait cussis noctis tenebris, matutina luce radiante, et vicina meridie, in qua Dominus passione sua illustraturus erat orbem, cum in civitatera reverteretur, esuriit, vel veritatem humanæ carnis ostendens, vel esuriens salutem credentium, et æstuans ad incredulitatem Israelis. Cumque vidisset arborem unam (quam intebigimus Synagogam, et conciliabulum Judæorum) juxta viam : habebat enim Legem, et ideo juxta viam erat, quia non credebat in viam, venit ad eam, stantem scilicet et immobilem, et non habentem Evangelii pedes; nihilque invenit in ea, nisi folia tantum, promissionum strepitum, traditiones Pbarisaicas, et jactationem Legis, et orna- menta verborum absque ullis fructibus veritatis. Unde et alius evangelista dicit : « Nondum enim erat tempus » Marc x. 13. sive quod tempus nondum venerat salvatiortis Israël, eo quod nondum Gentibum populus subintrasset, sive quod præterisset tempus fidei, quia ad ilium primum venions, et spretus, transisse! ad nationes. « Et ait illi : Numquara ex te fructus nascatur, « vel » in sempiternum, « vel » in sæculum; >> utrumque enim cdwv [AL atwva] Græcus sermo significat. Et arefacta est néanmoins rester, et la racine vivre, quoique dépouillée de ses rameaux, afin que dans les derniers temps, si elle veut croire, il en puisse sortir le rejeton de la foi, et que cette parole de l’Écriture soit accomplie : « L’arbre n’est point sans espérance. » Job. xiv, 7. Dans le sens lit¬ téral, le Seigneur qui allait souffrir aux yeux du peuple, et porter le scandale 'de la croix, devait auparavant affermir par un prodige l’esprit de ses disciples. De là leur étonnement qu’ils tra¬ duisent ainsi : « Comment ce figuier est-il devenu sec en un instant?.» Le Seigneur aurait donc pu, en vertu de la même puissance, dessécher ainsi ses ennemis, s’il n’eût préféré attendre que leur repentir les amenât au salut. « Jésus leur répondit : « Je vons le dis en vérité : Si vous aviez de la foi, et si vous n’hési¬ tiez point, non seulement vous ferez ce que ;je viens de faire à l’égard de ce figuier, mais quand même vous diriez à cette montagne, ôte-toi, et jette-toi dans la mer, cela se ferait. Et toutes les choses que vous demanderez dans la prière avec la foi, vous les recevrez. » Ibid. 21, 22. Les chiens des gentils aboient contre nous dans leurs écrits, qui sont restés comme preuve de leur impiété, et prétendent que les apôtres n’avaient pas la foi, parce qu’ils n’ont pu trans¬ porter les montagnes. Nous leur répondrons que le Seigneur a fait un si grand nombre de mira¬ cles que, s’ils étaient écrits, le monde, au ficulnea, quse esuriente Domino, cibos quos ille cupierat, non habebat. Sic autem aruerunt folia, ut truncus ipse remaneret, et fractis ramis, vireret [Al. viveret] radix, quæ in novissimo tempore si creclere voluerit, virgulta fidei pullulet, impleaturque Scriptura, tlicens : « Est arbori spes » Job xiv, 7. Juxta litteram autem Dominus passurus in populis, et bajulaturus scandalum crucis, debuit discipulorum animos signi anticipatione firmare. Unde et discipuli mirantur, dicentes : « Quo- modo continuo aruit? » Potuit ergo SalvatOr eadém virtute etiam inimicos siccare suos, nisi eorum per pœnitentiam exspectasset salutem. « Respondens autem Jésus ait eis : Amen dico vobis, si habueritis fidem, et non hæsitaveritis, non solum de ficulnea facietis; sed et si monti buic dixeritis : Toile et jacta te in mare, fiet. Et omnia quæcumque petieritis in oratione creclentes, accipietis. » Latrant contra nos Gentilium canes in suis voluminibus, quæ in impietatis propriæ memoriam reliqueruntj asserentes apostolos non habuisse fidem, quia montes transferre non polnerint. Quibus nos respondebimus, multa facta esse - signa a 42 SAINT JEROME témoignage de saint Jean l’évangéliste,' Joan. sxr, 25, ne pourrait les contenir. Non pas en ce sens que le monde ne puisse contenir des volu¬ mes qui tiennent très bien, quelque soit leur nombre, dans une armoire ou dans une biblio¬ thèque, mais en ce sens qu’il ne pourrait pas, vu son incrédulitëÿltft les miracles eux-mêmes, en supporter l’éclatjNous croyons donc que les apô¬ tres en ont fait de pareils, mais qu’ils n'ont pas été écrits, pour ne pas donner aux infidèles un prétexte plus spécieux de s’élever contre nous. D’ailleurs demandons-leur s’ils croient ou non aux prodiges' que racontent nos livres. Et puis¬ que nous les y trouverons incrédules, nous en. conclurons que, ne croyant pas à ceux qu’ils regardent comme moins grands, ils ne croiraient pas davantage aux plus grands. Voilà la réponse que nous avions à leur faire. Pour en revenir à l’explication, nous voyons dans cette montagne, comme nous l’avons déjà dit, le diable s’élevant dans son orgueil contré son Créateur, le diable qui est appelé par le prophète : montagne de corruption. Et lorsqu’il s’est emparé d’une âme et y a pris racine, il peut' être transporté par les apôtres et ceux qui jouissent du même pou¬ voir, dans la' mer, dans les lieux salés, agités, amers, privés entièrement de la douceur de : Dieu. La même pensée se retrouve dans les Psaumes : « Nous ne serons point saisis de crainte, quand la terre sera bouleversée, et que Domino, juxta Joannis Evangelistæ testimonium, quæ scripta essent, mundus caperenon poaset Joan .. xxi 25. Non quo mundus voïumiua capere non potuerit, quæ potest, quamvis multiplicia sint, unum armariolum, vel unum capere scrinium; sed quod magnitudinem signorum præ m ira cul i s et incredulitate ferre non possit. ïgitur et hæc credimus fecisse apostolos, sed ideo scripta non esse, ne infidelibus contradicendi major . daretur occasio. Alioquin interroge mus eos, utrum credant his signis, quæ scripta narrantur, an non. Et cum incredu- los viderimus, consequenter probabimus, nec majoribus eos credituros fuisse, qui minoribus non crediderint. Hoc adversum illos. Gæterum . nos, ut ante jam diximus, montem diabolum intelligamus superbientem et jactantem se contra Greatorem suum, qui a propheta mons corruptus appellatur. Et cum animam hominis possederit, et in ea fuerit radicatus, ab apostolis, et his qui similes apostolorum sunt, transferri potest in mare, hoc est, in loca salsa, et fluctuantia, et amara, quæ nullam habent dulcedineih Dei. Idipsum et in Psalmis les montagnes seront transportées dans le fond de la mer. » Psalm . xlv. 3. « Lorsqu’il fut arrivé dans le temple, les princes des prêtres et les anciens du peuple vinrent le trouvef comme il enseignait, et lui dirent : En vertu de quel pouvoir faites- vous ces choses?' et qui vous a donné ce pouvoir? » Ibid . 23. C’est toujours en d’autres termes la même calomnie que lorsqu’ils disaient : « C’est au nom de Béelzé- bud, prince des démons, qu’il chasse les démons.» En disant maintenant : « En vertu de quel pouvoir faites- vous ces choses? » Ils mettent en doute que ce soit par la puissance de Dieu, et veulent faire sous-entendre que c’est en vertu d’un pou¬ voir diabolique qu’il opère ces prodiges. Ils vont plus loin, et en ajoutant : « Qui vous a donné ce pouvoir? » ils nient formellement qu’il soit le Fils de Dieu, puisqu’ils attribuent ses miracles non pas à sa propre puissance, mais à une puissance étrangère. « Jésus leur répondit : J’ai aussi une question à vous faire, et si vous y répondez, je vous dirai en vortu de quelle puissance jefais ceci. D’où était le baptême de Jean; du Ciel ou des hommes? Mais eux raisonnaient ainsi en eux-mêmes : Si nous répondons : du Ciel, il nous dira : Pourquoi donc n’y avez-vous pas cru? Et si nous répon¬ dons : des hommes, nous avons à craindre le peuple. Car tout le monde tenait Jean pour un prophète. Ils répondirent donc à Jésus : Nous ne legitui* : « Non timebimiis dum turbabitür terra, et transferentur montes in cor maris. » Ps\ xlv, 2. « Et cum venisset in templum, accesserunt ad eum docentem principes sacerdotum et seniores populi, dicentes : In qua potestate hæc facis? Et quis tibi ded.it hanc potestatem? » Diversis verbis eamdem quam supra calumniam struunt, quando dixerunt : « In Beelzebub principe dæmoniorum ejicithic dæmonia. » Quando enim dicunt : « In qua potestate hæc facis? » de Dei du bi tant potestate, et subintelligi vôlunt diaboli esse quod fanat. Addentes quoque : « Quis tiûi dédit hanc potestatem? » manifestissime Dei Filium negant, quemputant non suis^ viribus, sod alienis signo facere. « Respondens autem Jésus, dixit eis : Interrogabo vos et ego unum sermonem, quem si dixeritis mihi, et ego vobis dicam in qua potestate hæcfacio. Baptismus Joan¬ nis unde erat, e cœlo an ex hominibus? At illi ôogitabant inter se, dicentes : Si dixerimus, E cœlo, dicet nobis ; Quare ergo non credidistis üli ? Si autem dixerimus, Ex hominibus, timemus turbam. Omnes enim' habebant COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 43 savons pas. » Ibid. 24. Seqq. C’est l’application du dicton populaire : Dans un mauvais nœud d’arbre il faut enfoncer un mauvais clou . ou un mauvais coin. Le Seigneur pouvait faire une réponse qui confondît la calomnie de ces tentateurs ; il préfère au moyen d’une question habile, les amener à se confondre eux-mêmes, ou par leur silence, ou par leur propre aveu. Si en effet ils avaient dit que le baptême de Jean était du ciel, (et .leur malice l’avait prévu), la question allait de soi : Pour¬ quoi n’avez-vous pas reçu le baptême de Jean ? S’ils avaient dit que ce baptême de Jean était purement l’œuvre d’un homme, et n’avait rien de divin, ils s’exposaient à soulever une sédition populaire. Car la multitude en général avait reçu le baptême de Jean, et tout le monde le regardait comme un. prophète. Pour éviter le piège qui lui était tendu, la secte impie fit une réponse très humiliante et dit qu’elle n’en savait rien. « Jésus leur répondit à son tour : Je ne vous dirai pas non plus (en vertu de quel pouvoir je fais ceci. » Ibid. 27. En disant qu’ils ne le savaient point, les princes dos prêtres avaient menti. Le Seigneur , aurait donc pu conformer sa réponse à la leur et dire aussi : je ne le sais point; mais la vérité même ne peut mentir, et il répond : « Je ne vous dirai pas non plus. » Et par là il leur, montre qu’ils savent parfaitement, mais ne veu¬ lent pas répondre; tandis que lui sait, mais refuse Joannem sicut prophetam. Et respondentes Jesu, dixerunt : Nescimus. » Hoc est quod vulgo dicitur : Malo arboris nodo, malus clavus aut cuneus inûgendus est. Poterat Dominus aperta responsione tentatorum calumniam çonfutare, sed prudenter interrogat, ut suo ipsi, vel silentio, vel sententia condemnentur. Si enim respoudissent baptisma Joannis esse de cœlo (ut ipsi sapientes in malitia pertractarunt), consequens erat respousio1: Quare ergo non estis baptizati a Joanne? Si dicere voluissent, humana deceptione esse compositum, et nihil habuisse divinum, seditionem populi formidabant. Omnes enim gregatim multitudines Joannis receperant baptisma, et sic eum habebant ut prophetam. Kespondit itàque impiissima factio, et humilitatis verbo, quo nescire se diceret, usa est ad insidias coaptandas. « Ait illis et ipse : Nec ego dicot vobis in qua potes- tate hæc facio. » ïlli in eo quod nescire se responderant, mentiti sunt, consequens ergo erat juxta responsionem eorum Dominum quoque dicere : Nec ego scio ; sed mentiri Veritas non potest, et ait : « Nec ego dico yobis. » Ex quo ostendit et illos scire, sed respondere nolle, et se nosse, et ideo non , dicere, quia illi quod de répondre, parce qu’ils ont, eux, refusé de dire ce qu’ils savaient bien ; et aussitôt il raconte une parabole qui les convaincra d’impiété et leur apprendra que le royaume de Dieu doit être transporté aux gentils. «Mais que vous en semble ? Un homme avait deux fils, et s’adressant au premier il lui dit : Mon fils, allez aujourd’hui travailler à ma vigne; mais il lui répondit : Je ne veux pas. Cependant, touché de repentir, il y alla. S’adressant ensuite à l’autre, il lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : J’y vais, Seigneur, et il n’y alla point. Lequel des deux a fait la volonté ,de son père? Le pre¬ mier, lui dirent-ils. » Ibid. 28 Seqq. Lite. xv. Ces deux fils sont ceux que nous retrouvons dans la parabole de saint Luc, l’un réglé dans sa vie, l’autre débauché, et dont parle le prophète Zacha¬ rie : « Je pris deux vergés dont j’appelai l’une là beauté et l’autre le cordon et je menai paître le troupeau, » Zach. xr. 7. Il est dit au premier peuple, le peuple des gentils, par l’intermédiaire de la loi naturelle : Allez et travaillez à ma vigne, » c’est-à-dire, ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fit T obi. xv. Et il répond fièrement : « Je ne veux pas. » Mais plus tard, à l’avènement du Sauveur, ayant fait pénitence, il a travaillé dans la vigne de Dieu et expié par son labeur la révolte de s g parole. Le second fils est le peuple juif qui répond à Moïse : sciunt taceant, et statim infert parabolam, quæ et illos impietatis arguat, et ad gentes reguum Dei doceat transferendum. « Quid autem vobis videtur? Homo quidam hàbebat duos filios; et accedens ad priraum, dixit : Fili, vade hodie operare in viuea mea. 311e autem respondens, ait : Nolo. Postea autem pœnitentia motus, abiit. Accedëns autem ad alterum, dixit? similiter. At ille respondens, ait : Eo, domine, et non ivit. Quis ex duobus fecit voluntatem patris? Et dicunt ei : Primus. Dicit illis Jésus » Licc. xv. Hi sunt duo fïlii,. qui et in Lucæ parabola describuntur, frugi et luxuriosns, et de quibus Zacharias proplieta loquitur : « Assumpsi mihi duas virgas; unam vocavi decorem, et olteram vocavi funi- culum, et pavi gregem » Zaoh. xi, 7. Primo dicitur Gentilium populo per naturalis legis notitiam : « Vade, et operare in vinea mea : » hoc est, quod tibi non vis fieri, alteri ne feceris » Tob. iv. Qui superbe resp on- dit : « Nolo. » Postea vero in adventu Salvatoris, acta pœnitentia, operatus est in vinea Dei, et sermonis contumaciam labore correxit. Secundus autem filius, populus Judeeorum est, qui respondit Moysi ; « Omnia 44 I SAINT JÉROME « Tout ce que dira le Seigneur, nous le ferons. » ExofL. xxvi, et qui n’est pas allé à la vigne; car après avoir tué le fils du père de famille, il s’est cru l’héritier. D’autres commentateurs font l’appli¬ cation de cette parabole, non pas aux Gentils ni aux Juifs, mais simplement aux pécheurs et aux justes, le Seigneur en indiquant lui-même le sens plus loin. « Je vous dis en vérité que les publicains et les courtisans vous précéderont dans le royaume de Dieu, » parce que après avoir, en commettant le mal, refusé de servir Dieu, ils ont ensuite reçu de Jean le baptême de pénitence. Quant aux Pharisiens qui affectaient d’être justes, et se vantaient d’accomplir la loi de Dieu, ils ont méprisé le baptême de Jean, et n’ont pas obéi aux ordres de Dieu. De là ces paroles : « Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice et vous ne l’avez point cru, et vous qui avez vu$ vous n’avez point été touchés de repen¬ tir, ni portés à le croire. » Ibid. 32. A cette question : « Lequel des deux a fait la volonté de son Père? » ils répondent : « Le dernier ». Il faut savoir que dans les anciens manuscrits on lit, non « le dernier » mais « le premier, » de sorte qu’ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement. Si nous voulons accepter : le dernier, l’explication en est facile. Nous dirons alors que les Juifs comprennent la vérité, mais quæcumque dixerit Dominus faciemus Eccod. xxiv. et non ivit in vineam, quia, interfecto patrisfamilias fUio, se putavit hæredem. Alii vero non putant Genti- liinn et Judæorum esse parabolam, sed simpliciter peccatorum et justorum; ipso quoque Domino proposi- tionem suam postea disserente. « Amen dico vobis, quia publicani et meretrices præcedent vos in regno Dei. » Eo quod illi qui per mala opéra Deo se servire negaverant, postea pœnitentiæ baptismum acceperint a Joanne. Pharisæi autem, qui justitiam præterebant, et legem se Dei facere jactabant, Joannis contempto baptismate,' Dei preecepta non fecerunt. Unde dicit : « Venit enim ad vos Joannes in via justitiæ, et non credidistis ei; publicani autem et meretrices. credide- runt ei'; vos autem 'viclentes, nec pœnitentiam habuistis postea ut crederetis ei. » Porro quod dicitur : « Quis ex duobns fecit voluntatem patris? » Et illi dicunt : « No- vissimus. » Sciendum est in veris exemplaribus non ha- beri « novissimum, » sed « primum, » ut proprio judicio condemnentur. Si autem novissimum voluerimus legere, manifesta est interpretatio ; dicamus intelligere ut qu’ils tergiversent et ne veulent pas dire ce qu’ils pensent, agissant comme pour le baptême de Jean, dont ils n’ont voulu rien dire, quoique sachant qu’il était du ciel, « Écoutez une autre parabole : 11 y avait un père de famille qui planta une vigne, l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir, et y bâtit une tour; puis il la loua à des vignerons et s’en alla bien loin. » Ibid. 33. Le Seigneur fait ici l’appli¬ cation du proverbe : « Il est dur de regimber contre l’aiguillon. » Act. ix, 5. Les princes des prêtres et les anciens du peuple qui l’avaient interrogé : « En vertu de quel pouvoir faites-vous ceci, et qui vous a donné ce pouvoir? » et qui avaient tenté de prendre la sagesse même dans ses paroles, sont pris dans leurs propres filets, et ils entendent en paraboles ce qu’ils ne méri¬ taient pas d’entendre en langage clair. Ce père de famille est le même que celui qui avait deux fils, le même que celui qui, dans une autre parabole, loua des ouvriers pour travailler à sa vigne; il planta une vigne, cette vigne dont Isaïe parle abondamment dans son cantique à la fin duquel il dit : « La vigne du Seigneur des armées est la maison d’Israël » Isai. v, 7, cette vigne dont il est question dans les psaumes : « Vous avez transporté votre, vigne de l’Égypte, vous avez chassé les nations, et vous l’avez plantée à leur place. » Psal. lxxix, 9. « Et il l’entoura quidem veritaterd Judæos; sed tergiversai1!, et nolle dicere quod sentiunt; sicut et baptismum Joannis scientes esse de cœlo, dicere noluerunt. « Aliam parabolam audite : Homo erat paterfamilias, qui plantavit vineam, et sepem circumdedit ei, et fodit in ea torcular, et ædificavit turrim, et locavit eam ngricolis, et peregre profectus est. » Hoc est, quod Dominus sumptum de proverbio siguificavit : « Durum est ad versus stimulum calcitrare » Aot. ix, 5. Principes sacerdotum, et seniores populi, qui interregaverant Dominura, « In qua potestate hæc facis : et quis tibi dédit hanc potestatem? » et voluerant in verbo. capere sapientiam, sua arte superantur; et audiunt. in parnbolis, quod aperta fncie non merebantur audire. Homo iste paterfamilias, ipse est qui habebat duos filios; et qui in alia parabola conduxit operarios in vineam suam, qui plantavit vineam, de qua et Isaias plenissime per Canti- cum loquitur, ad extremum inferens : « Vinea Domini sabaoth, domus Israël est » Isai. v, 7. Et in Psalmo : « Vineam de Ægypto, inquit, transtulisti ; ejecisti gentes, et plantasti eam » Ps. lxxix, 9. « Et sepem circumdedit ei, » vdl murum urbis, vel angèlorum auxilia, « et fodit 45 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU d’une haie, » la muraille de la ville, le secours des anges; « il y creusa un pressoir, » ou un aütel, ou ces pressoirs qui servent de titres à trois psaumes, au psaume huit, quatre-vingt et quatre-vingt-trois. « Et il y bâtit une tour ; » il n’est pas douteux que cette tour ne soit le temple dont Michée dit : « Et vous, tour envi¬ ronnée de nuages, fille de Sion. » Mich. rv, 8. « Puis il la loua à des vignerons, » qu’il a appelés ailleurs ouvriers de la vigne, loués à la première, à la troisième, à la sixième, à la neuvième et à la onzième heure. Matth. xx. « Et s’en alla bien loin, » sans changer de lieu, car où Dieu pourrait-il ne pas être, lui qui remplit tout? et qui dit par la bouche du prophète Jérémie : « Ne suis-je Dieu que de près, et ne le suis-je pas aussi de loin, dit le Seigneur. »Jèrèm. xxni,23. S’il semble donc se retirer loin de sa vigne, c’est pour laisser aux vignerons la liberté d’y tra¬ vailler à leur gré. « Lorsque le temps des vendanges fut proche, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir les fruits de la vigne. Mais les vigne¬ rons s’étant saisis de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, et en lapidèrent un autre. Il leur envoya de nouveau d’autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers, et ils les trai¬ tèrent de même. » Ibid . 34, seqq. Il leur avait donné , la Loi, et leur avait commandé de tra¬ vailler à cette vigne, pour faire paraître dans in ea torcular, » aut al tare, a ut ilia torcularia, quorum et très Psalmi titulo prænotantur : octavus et octogesi- mus, et octogesimus tertius. « Et ædificavit turrim : » haud dubium quin templum, de quo dicitur per Michæam : « Et tu, turris nebulosa, filia Sion » Midi, vi, 8. Et locavit eam agricolis, » quos alibi vineæ operarios appellavit : qui conducti fuerant hora prima, tertia, sexta, noua et undecima Matth. x. « Et peregre pro- fectus est : » non loci mutatione; nam Deus unde abesse potest, quo complentur omnia? et qui dicit per Jeremiam : « Ego Deus appropinquans et non de longinquo, dicit ' Dominus » Jerem. xxiii, 23. Sed abire videtur a vinea ut vinitoribus Jiberum operandi arbilrium derelinquat. « Cum autem tempus fructuum appropinquasset, misit servos sues ad agricolas, ut acciperent fructus ejus. Et agricolæ apprehensis servis ejus, alium ceciderunt, alium occiderunt, alium vero lapidaverunt. Iterum misit alios servôs plures prioribus, et fecerunt illis similiter. » Dede- rat eis Legem, et in hac eos vinea operari jusserat, ut iruetum Legis in operibus exhiberont. Postea misit ad leurs oeuvres le fruit de la Loi. Plus tard, il leur envoya des serviteurs qu’ils saisirent, et battirent comme Jérémie, ou mirent à mort comme Isaïe, ou. lapidèrent comme Naboth, III Reg. xxi, et Zacharie qu’il tuèrent entre le temple et l’autel. II Parai xxiv. Lisons l’épître de saint Paul aux Hébreux. Hebr. xi; elle nous apprendra surabondamment ce qu’ont enduré certains serviteurs de Dieu. « Enfin il leur envoya son propre fils, disant : Ils respecteront mon fils. Mais les vignerons voyant le fils dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage. » Ibid. 37, 38. Par les paroles que nous lisons plus haut « Il leur envoya de nouveau d’autres serviteurs en plus grandnombre que les premiers, et ils les traitèrent de même, » le Sauveur nous montre toute la patience du père de famille qui envoie plusieurs fois, pour exciter les mauvais vignerons au repentir ; mais eux s’amassèrent des trésors de colère pour le jour de la colère, Rom. n. S’il ajoute : « Ils respecteront mon fils, » ce n’est point par ignorance de ce qui arrivera. Car que pourrait ignorer le père de famille, quand ce père de famille, est, comme dans cet endroit, Dieu le Père lui-même. Si l’on dit toujours que Dieu est dans l’incertitude, c’est pour ne point peser sur la libre volonté de l’homme. Interrogeons Arius et Eunomius. La parabole dit que le Père ignore ; elle adoucit les eos servos, quos illi apprehensos vel ceciderunt, ut Jere- miam ; vel occiderunt, ut Isaiam; vel lapidaverunt, ,ut Na¬ both III Reg . xxi, et Zachariam, quem interfecerünt inter templum et altare II Par. xxiv. Legamus epistolam Pauli ad Hebræos Hebr. xi; et ex ea plemssime discemus qui servorum Domiui quanta perpessi sint. «Novissime autem misit ad eos filium suum, diceus : Verebuntur filium meum. Agrico.se autem videntes filium, dixerunt intra se : hic est hæres; venite, occida- mus eum, et habebimus hæreditatem ejus. » lu eo quod supra legimus : « Iterum misit alios servos plures prio¬ ribus, et fecerunt illis siiniliter, » patientiam ostendit patrisfamilias, quod frequentius miserit, ut malos colo- nos ad pœnitentiam provocaret; illi autem thesauriza- verunt sibi iram in die iræ Rom. n. Porro quod jungi- tnr : « Verebuntur filium meum, » non de ignorantia venit. Quid enim nesciat paterfamilias, qui hoc loco Deus Pater intelligitur ? Sed semper ambigere dicitur Deus, ut libéra volqntas homini reservetur. Interroge- mus Arium et Eunomium. Ecce pater dicitur ignorare, et sentent iam temperat, et quantum in vobis est, proba- 46 SAINT JEROME termes, car elle prouve à vos yeux qu’il a menti. Eh bien, tout ce qu’ils répondront au sujet du Père, qu’ils l’appliquent au Fils, lequel déclare ignorer le jour de la fin du monde. « Et l’ayant saisi, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. » Ibid. 39. L’Apôtre dit aussi que Jésus fut crucifié en dehors de la porte. Ilèbr. xiii. Nous pouvons encore l’entendre dans un autre sens, et dire qu’il a été jeté hors de la vigne et tué, pour que, les gentils l’ayant re¬ cueilli, la vigne fût louée à d’autres vignerons. « Lors donc que le maître de la vigne sera venu, que fera-t-il à ces vignerons? Ils lui répondirent : Il fera périr misérablement ces misérables, et il louera sa vigne à d’autres vignerons qui lui en rendront les fruits en leur saison. » Ibid. 40, 41. Le Sauveur les interroge, non par ignorance de ce qu’ils répondront, mais pour tirer leur condamnation de leur propre réponse. La vigne nous a été louée à nous aussi, et louée à la condition d’en rendre au Seigneur les fruits en leur saison; et de savoir ce qu’il faut ou dire, ou taire, en temps opportun. « Jésus leur dit : N’gvez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre que ceux qui bâtis¬ saient avaient rejetée, est devenue la principale pierre de l’angle; c’est ce que le Seigneur a fait, et nos yéüx le voient avec admiration. » Ibid. 42. Psalm . cxvn. 22, 23. Ces différentes paraboles, et ces différents termes reproduisent les mêmes tur esse mentitùs. Quitlquid pvo Pâtre responderint, hoc intelligant pro Filio, qui se dicit ignorare consumma- tionis diem. « Et apprêt ensum eum, ejecerunt extra vineam, et occiderunt. » -Et Apostolus loquitur, quod extra portain Jésus crucifixus sit JBeb. xm. Possumus et aliter intel- ligere; quod ejectus sit extra vineam, et ibi occisus, ut suscipientibuis se gentibus, aliis vinea locavetur. « Cura ergo venerit Doininus vineæ, quid faciet agri¬ coles illis ? Àiunt illi : Malos male perdet, et vineam suam locabit aliis-agricolis qui reddent ei fructum tein- poribus suis. » Interrogat eos Dominus non quod ignoret quid responsuri sint, sed ut propria responsione dam- nentur. Locata est autem nobis vinea, et locata ea con- ditione, ut reddamus Domino fructum temporibus suis, et sciamus unoquoque tempore quid oporteat nos vel loqui, vel facere. « Dicit illis Jésus : Numquam legistis in Scripturis : Lapidem quem reprobaverunt eediûcantes, liée factus est in caput anguli. À Domino factum est ihud, et est mi- rabile in oculis nostris » P$. cxvn, 22, 23. Variis para- vérités. Ceux que nous avons vus plus haut désignés sous le nom d’ouvriers, de vignerons, d’agriculteurs, le Seigneur les appelle mainte¬ nant des bâtisseurs, c’est-à-dire, des maçons. De là, cette parabole de l’Apôtre : « Vous êtes le champ que Dieu cultive, l’édifice que Dieu bâtit. » I Corinth. ni, 9. Ainsi, de. même que les vignerons recevaient une vigne, ces maçons reçoivent une pierre qu’ils doivent placer, ou dans les fondements, au dire de l’architecte Paul, ibid.y ou dans d’angle, afin d’unir les deux murs, c’est-à-dire, les deux peuples. Ephes. n; et cette pierre, rejetée par eux, est devenue la principale pierre angulaire. Et c’est le Seigneur qui a fait cela, non par le moyen des forces humaines, mais par la toute-puissance de Dieu. L’apôtre saint Pierre tient aussi par rapport à cette pierre un langage plein de fermeté : « Cette pierre que vous avez rejetée, vous qu* bâtissiez, est devenue la principale pierre de l’angle. » I Petr. n. 7. Isaïe également : « Voici que je placerai dans les fondements de Sion, une pierre choisie, précieuse, angulaire, et celui qui croira en elle, ne sera pas confondu. » Isa. n, 16. « C’est pourquoi je vous déclare que le royaume de Dieu vous sera ôté et sera donné au peuple qui en fera les fruits. » Ibid. 43. J’ai quelquefois dit que par le royaume de Dieu il fallait entendre les saintes Écritures, que le bolis diversisqüe seivnonibus res eædem contexuntur. Quos enim supra operarios, et vinitores, et agricolas ap- pellarat, nunc œdiâcatores, id est cæmentarios vocat. Un- de dicit Apostolus : « Dei agricultura, Dei œdiâcatio es- tis » 1 Cor ni, 9.Hi ergo cœmentarii quomodo et vinitores accipiunt vineam, sic acceperunt lapidem, quem vel in fundamentis ponant, juxta architectum Paulum Ibid.', vel in angulo, ut duos parietes, id est, populum utrum- que consociet Ephes. n, qui reprobatus ab eis, factus est in caput anguli, Et hoc a Domino factum est, non humanis viribus, sed Dei potentia. De hoc lapide adju- torii Petrus quoque loquitur conâdenter : « Iste lapis qui reprobatus est a vobis ædificantibus, hic factus est in caput anguli » I Petr. n. 7. Et Isaias : « Ecce, » ait immittam in fundamenta Sion lapidem electum, prètio- sum, angularem : et qui crediderit in eum, non confnn- detur »Isai. ii, 16. « Ideo dico vobis, quia auferetur a vobis regnum Dei, et dabitur genti facienti fructus ejus. » Àliquoties dixi, regnum Dçi Scripturas sanctas intelligi, quas Dominus abstulit a Judeeïs, et nobis tradidit, uf faciamus fructus 47 COMMENTAIRES SUR L'EVANGILE DE SAINT MATTHIEU Seigneur, enleva aux Juifs et qu’il nous donna pour que nous en fissions les fruits. C’est là la vigne livrée aux agriculteurs et aux vignerons; et ceux qui n’y auront pas travaillé, ne gardant plus que le nom des Écritures, en perdront les fruits. « Et celui qui tombera sur cette pierre, s’y brisera : et elle écrasera celui sur qui elle viendra à tomber. » Ibid. 44. Autre chose est d’ofi;enser le Christ par des œuvres mauvaises, autre chose est de le renoncer. . Celui qui pèche et qui croit néanmoins en Jésus-Christ, tombe, il est vrai, sur la pierre et s’y brise, mais il n’est pas entièrement écrasé ; le repentir lui est encore une ressource pour le salut. Mais celui sur qui elle tombera, c’ost-à-dire, sur qui cette pierre se sera elle-même jetée, celui qui aura renoncé totalement le Christ, elle l’écrasera sans en laisser même un morceau suffisant pour puiser quelques gouttes d'eau. « Les princes des prêtres et les pharisiens ayant entendu ces paraboles de Jésus, compri¬ rent que c’était d’eux qu’il parlait. Et voulant se saisir de lui, ils craignirent le peuple, parce qu’il regardait Jésus comme un prophète. » Ibid. 45, 46. Quelle que fut la dureté de leur cœur, et l’aveuglement produit en eux par leur incré¬ dulité et leur impiété à l’égard du Fils de Dieu, ils ne pouvaient cependant nier des raisonne¬ ments si clairs et si solides; et ils comprenaient que toutes les condamnations du Sauveur les earum. Ista est vinea quæ traditur agricolis etvinitori- bus, in qua qui operati non fuerint, nomen tantum ha- bentes Scripturarum, fructus vineæ perditui'i sunt. « Et qui ceciderit super lapidem istum, confringetur : super quem vero ceciderit, conteret eum. » Aliud est offendere Chris tu m per maïa opéra, aliud negare. Qui peccator est ,et tamen in ilium crédit, cadit quidem super lapidem et confringitur, sed non omnino conteritur : reservatur enim per pœnitentiam ad salutem. Super quem vero ille ceciderit, hoc est, cui lapis ipse irruerit, et qui Çliristum penitus negaverit, sic conteret eum, ut mec testa quidem remaneat, in qua hauriatur aqnse pu- sülum, « Et cum audissent principes sacerdotum et Pharisæi parabolas. ejus, cognoverunt quod de ipsis diceret. Et quærentes eum tenere, timuerunt turbas, quoniam sicut prophetam eum'habebant. » Quamvisduro corde essent, et propter incredulitatem, et impietatem in Fî- liqm Dei hebetes, tamen apertas propositiones, negire bon poterant : et intelligebant contra se omues Qomini visaient directement. C’est pour cette raison qu’ils voulaient le mettre à mort. Mais ils avaient peur du peuple, car le peuple regardait Jésus comme un prophète. Le peuple est tou¬ jours versatile, inconstant dans ses affections, peu stable dans ses résolutions, et comme les flots de la mer, il va et vient aux divers caprices du vent. Le même Jésus qu’ils vénèrent aujour¬ d’hui comme un prophète, ils le poursuivront dans quelque temps de leurs clameurs : « Cru¬ cifiez, crucifiez cet homme. » Joan. xix, 6. « Pour réponse, Jésus leur parla encore en paraboles et leur dit : Le royaume des cieux est semblable à un homme roi, qui fit les noces de son fils. » Matth. xxir, 1, 2. Comprenant que ces paraboles les visaient spécialement, les Pharisiens cherchaient à saisir Jésus, et à le mettre à' mort. Bien que connaissant leurs des¬ seins, le Seigneur ne laisse pas pour cela de flageller ces hommes pervers; la crainte n’a pas assez d’empire sur lui, pour l’empêcher de reprendre les pécheurs. Ce roi qui fait les noces do son fils, c’est le Dieu tout-puissant. Il fait les noces de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de l’Église composée tant des Juifs que des Gentils. « Il envoya son serviteur appeler aux noces les conviés, mais ils refusèrent d’y venir. Ibid. 3. Il n’est pas douteux que ce serviteur ne soit Moïse, par l’entremise duquel il a donné la loi aux conviés. Mais si, au lieu de son serviteur, nous lisons : Ses serviteurs, comme portent la sententias dirigi. Unde volebant quidem eum interficere, sed timebant turbas; quia sicut prophetam eum habe- bant. Semper turba mobilis est, nec in proposita volun- tate persistens; atque in morem fluctuum, diversorum ventorum impetu hue illucque trahitur. Quem nunc quasi prophetam venerantur et colunt; postea contra eum cla¬ mant : « Crucifige, crucifige talem » Joam. xix, 6. « Et respondens Jésus dixit iterum in pavabolis eis, dicens : Simile factum est regnum cœlonun homini régi, qui fecit nuptias fdio suo. » Pharisæi intelligentes de se dici parabolas, quærebant eym tenere et occidere. Hanc , eorum sciens Dominus vohmtatem, nihilominus increpat sævientes, nec tim -re superatur, quo minus arguat pec- catores. Rex iste qui fecit nuptias filio suo, Deus om- nipotens est. Facit autem nuptias Domino Nostro Jesu Christo et Ecclesiæ, quæ tam ex Judæis, quam ex gen- tibus, congregata est. « Et misit servum suum vocare invitatos ad nuptias, et nolebant venire. » Haud dubium quin Moysen, per quem Legem invitatis dédit. Si autem servos legerimus, / SAINT JEROME ■48 plupart des manuscrits, ses serviteurs désigne¬ raient les prophètes, et ce sont les invités par les prophètes qui refuseraient de venir. « Il envoya de nouveau d’autres serviteurs, avec ordre de dire de sa part aux conviés : J’ai fait apprêter mon diner, j’ai fait tuer mes hœufs et tout ce qui était engraissé; tout est prêt, venez aux noces. Mais eux ne s’en mirent point en peine. » Ibid . 45. Il vaut mieux voir dans les serviteurs qui furent envoyés en second lieu, les prophètes que les apôtres, en supposant que l’on admette dans le verset précédent « servi¬ teur » au singulier. Si au contraire on admet le pluriel « serviteurs, » il faut alors voir les apôtres dans ces serviteurs envoyés pour la seconde fois. Le dîner préparé, les hœufs et les autres animaux tués, ou bien désignent par métaphore, l’opulence royale, afin de nous donner, au moyen d’images charnelles, l’intelligence des biens spirituels; ou bien nous représentent la gran¬ deur des dogmes, et une doctrine toute remplie de la loi de Dieu. « Et ils s’en allèrent, l’un à sa maison de campagne, et l’autre à son trafic. Les autres se saisirent des serviteurs, et après les avoir acca¬ blés d’outrages, ils les tuèrent. » Ibid. 6. Il y a une immense différence entre ceux qui rejettent la vérité de l’Évangile. Ceux qui refusent de venir sous le prétexte d’autres occupations sont assurément] moins coupables que ceux. qui, après avoir fait mépris de l’affection que le roi leur ut pleraque habent exemplaria, ad prophetas referendum est, quod invitati per eos venire contempsorint. « Iterum misit alios servos, dicens : Dicite invitatis : Ecce prandium meum paravi, tauri mei, etaltilia occisa sunt, et omnia parata ; venite ad nuptias. Illi autem neglexerunt. » Servi qui secundo missi sunt, melius est ut prophetæ intelligantur, quam apostoli ; ita tamen si supra, « servus, » scriptus fuerit. Sin autein «servos, » ibidem legas, hic secundi servi, apostoli intelligendi sunt. Prandium paratum, et tauri, et altilia occisa, vel per me- taphoram opes regiæ desmbuntur, ut ex carnalibus intelligantur spirilualia; vel certo dogmatum magnitudo et doctrina Dei lege plenissima senliri potest. « Et abierunt, alius in villam suani, alius vero ad negotiationem suam. Reliqui vero tenue runt servos ejus, et contumeliis affectos, occiderunt. » Inter eos qui non reeipiunt Evangelii veri tâtera, mu Ita di ver si tas est. Mi- noris enim criminis sunt qui, occupati aliis rebus venire noluerunt, his qui, contempto invitantis affectu, verte- runt humahitatem in crudelitatem, et tentos servos regis, témoignait par son invitation, répondent à ses politesses par la cruauté, et retenant ses servi¬ teurs, ou bien les accablent d’outrages, ou bien leur donnent la mort. Dans cette parabole, il n’est pas question de la mort de l’époux, et le mépris qu’on fait des noces se témoigne par la mort des serviteurs. « Le roi l’ayant appris, entra en colère. » Ibid . 7. On disait plus haut : « Le royaume des cieux est semblable à un homme roi; » ou lui donnait la qualité d’homme, quand il invitait aux noces, et laissait agir sa clémence ; mainte¬ nant qu’il vient pour se venge**, il n’est plus question de l’homme, on ne parle plus que du roi. 1 « Et ayant envoyé ses armées, il extermina ces meurtriers et brûla leur ville. » Ses armées sont : ou les anges exécuteurs de ses vengeances dont il est écrit dans les Psaumes ; « Les fléaux envoyés par les mauvais anges. »P$a/, Lxxvn, 49, ou les Romains qui, sous la conduite de Vespasien et de Titus, exterminèrent les populations de la Judée, et brûlèrent la ville prévaricatrice. « Alors il dit à ses serviteurs : Le festin 'des noces est tout prêt, mais ceux qui y avaient été appelés n’en ont pas été dignes. Allez donc dans les carrefours et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. Les serviteurs s’en allant aussitôt par les rues, assemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent bons et mauvais, et la salle des noces fut remplie de personnes qui se mirent à vel contumeliis affeçerunt, vel occiderunt. In bac parabola sponsi siletur occisio; et per servorum mortes, contem- ptus ostenditur nuptiarum. « Rex autem cum audisset, ira tus est. » De quo dic- lum supra fuerat : « Si mile factum est regnum côelorum horaini régi, » quando invitabat ad nuptias, et agebat opéra clementiæ, hominis nomen appositum est, mine quando ad ultionem venit, homo siletur, et rex tantum dicitur. « Et missis exercitibus suis, perdidit homicidas illos,- et civitatem îllorum succendit. » Exercitus, seu ultores angelos, de quibus in Psalmis scribitur : « Immissiones per angelos pessimos [AL malos] » Psal . lxxvii, 49; seu Romanos intelligamus, sub duce Vespasiano et Tito, qui occisis Judæra populis, prævaricatriceba succenderint civitatem. « Tune ait servis suis : Nnptiæ quidem paratæ sunt; sed qui invitati erant non fnerunt digni. Ite ergo ad exitus viarum, et qaoscumque invenentis, vocale ad nuptias. Et egressi servi ejus in vias, congregaverunt COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 49 table. » Ibid . 8 Seqq. Le peuple des Gentils n’était pas sur les chemins, mais dans les carre¬ fours. On demande comment, parmi ceux qui étaient au dehors, au milieu des méchants, il .s’en est trouvé quelques bons? L’Apôtre dans son Épître aux Romains, Rom . rr. 14, traite ce sujet; et dit que les Gentils faisant naturellement les choses que commande, la loi, condamnent les Juifs infidèles à l’observation de la loi écrite. Et parmi les païens eux-mêmes quelle, variété ! Les uns sont tournés au mal et adonnés au vice, tandis que les autres plus purs dans leur vie, s’attachent à la pratique de la vertu. «Le roi entra ensuite pour voir ceux qui étaient à table, et il y aperçut un hommo qui n'était point revêtu de la robe nuptiale, et il lui ■dit: Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale. Mais cet homme demeura muet. » Ibid . il. 12. Ceux qui avaient été invités aux noces, venus de derrière les haies, de tous les coins, des places et de divers endroits, remplissaient la table du roi. Mais le roi étant ensuite entré pour voir les convives assis à la table ; ( c’est-à-dire, se reposant en quelque sorte dans sa foi; ainsi au jour du juge¬ ment il viendra visiter ses convives, pour examiner les mérites de chacun ; ) il en trouva un qui n’était point revêtu de la robe nuptiale. Cet hommo personnifie dans, son unité, l’univer- omnes quos invenerunt, malos et bonos, et impletæ sunt nuptiæ discumbentium. » Gentilium populus non erat in viis, sed in exitibus viarum. Quæritur antem quomodo in his qui foris erant inter malos, et boni aliqui sint repenti? Hune locum plenius tractat Apostolus ad Ro- manos [Ai. additur dicens] Rom. ii, 14 : quod gentes naturaliter facientes ea quæ legis sunt, condemnent Judæos, qui scriptam legem non fecerint. Inter ipsos quoque ethnicos est diversitas infinita ; cum sciamus alios esse proclives ad vitia et ruentes ad mala; alios ob honestatem morum virtutibus deditos. « Intravit autem rex, ut videret discumbentes : et vidit ibi hominem non vestitum veste nuptiali, et ait illi : Amice, quomodo hue intrasti non babens vestem nuptia- lem? At ilLe obmutuit. » Hi qui invitati fuerant ad nuptias, de sepibus et angulis, et plateis, et diversis locis, cœnam regis impleverant. Sed postea cum venissetrex, ut videret discumbentes in convivio suo (hoc est, in sua quasi fide requiescentes; ut in diè judicii visitare convi- vas, et discerneret mérita singulorum), invenit unum qui veste indutus non erat nuptiali. Unus iste, omnes qui Tom. x. salité de ceux qui lui ressemblent en malice. La robe nuptiale, ce sont les commandements du Seigneur, et les œuvres faites conformément à la Loi et à l’Évangile, lesquelles forment le vête¬ ment de l’homme nouveau. Si donc, au moment du jugemeut, quelqu’homme portant le nom de chrétien, est trouvé sans avoir la robe nuptiale, c’est-à-dire, la robe de l’homme surnaturel, et n’ayant qu’une robe souillée, c’est-à-dire le vête¬ ment du vieil homme, celui-là est aussitôt saisi, et il lui est dit : « Mon ami, comment êtes-vous entré ici ? » Il l’appelle son ami, parce qu’il a été invité aux noces ; et il le taxe d’imprudence, pour avoir terni, en y apportant un vêtement sordide, la pureté du repas nuptial. « Mais cet homme demeura muet. » Car à ce moment, il n’y aura plus, ni moyen de se repentir, ni possibilité de nier, puisque, tous lqs anges et le monde lui- même porteront témoignage contre les pécheurs. « Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et jetëz-le dans les ténèbres extérieures; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents : » Ibid . 13. Ces pieds et ces mains liés, les pleurs des yeux et les grincements de dents déposent en faveur de la vérité de la résurrection. Dans un autre sens, les mains et les pieds sont liés pour les empêcher de faire le mal et de courir à l’ho¬ micide. Dé plus les pleurs des yeux et les grince- sociati sunt malitia intelliguntur. Vestis autem nuptialis præcepta sunt Domini, et opéra quæ complentur ex lege et Evangelio, novique hominis efficiunt vestimentum. Si quis igitur in tempore judicii inventus fuerit sub nomine Christiano non habere vestem nuptialem, hoc est, vestem supercoelestis [Aï, cœlestis] hominis; sed vestem pollutam, id est, veteris hominis exuvias, hic statim corripitur, et dicitur ei : « Amice, quomodo hue intrasti? » Amicum vocat, quod invitatus ad nuptias est : arguit impudentiæ, qiiod veste sordida munditias polluent nuptiales. « At ille obmutuit. » In tempore enim illo non erit locus poenitentiae, nec negandi facul- tas, cum omnes angeli et inundus ipse testis sit pecca- torum. « Tune dixit rex ministris : Ligatis pedibus et manibus ejus, mittite eum in tenebras exteriores; ibi erit fletus et stridôr dentium. » Manus ligatas et pedes, fletumque oculôrum, et stridorem dentium, vel ad comprobandam resurrectionis intellige veritatem. Vel certe ideo ligantur manus et pedes, ut male operari, et currere désistant ad' effundendum sanguinem* In fletu 4 50 SAINT JEROME ments des dents indiquent d’une manière métaphorique la grandeur des tourments aux¬ quels les corps seront soumis. « Car il y en a beaucoup d’appelés, mais , peu d’élus. »Ibid. 14. Le Sauveur résume toutes ses paraboles dans une courte sentence; ainsi, dans le travail de la vigne, dans la construction de la maison, et dans le banquet nuptial, ce n’est pas sur le ■ commencement, mais sur la fin que l’on doit porter l’attention. « Après cela, les Pharisiens s’en allèrent, et formèrent le projet de le surprendre dans ses paroles. Et ils lui envoyèrent leurs disciples avec des Hérodiens qui lui dirent, » Ibid. 15. La Judée déjà soumise aux Romains sous l’empe¬ reur Auguste, à l’époque où l'ut ordonné le fameux recensement, en était devenue depuis peu de temps tributaire, ce qui avait excité un gpand soulèvement parmi le peuple. Les uns en effet étaient d’avis que l’on devait, pour conserver la paix et la sécurité, payer le tribut aux Romains, alléguant que les Romains combat¬ taient pour la défense de tous. Les Pharisiens qui s’attribuaient toute justice, disaient au con¬ traire que le peuple do Dieu ( payant déjà la dîme, donnant les prémices, et accomplissant toutes les prescriptions de la Loi), ne devait pas se soumettre au joug des lois humaines. Pour veiller au prélèvement du tribut et maintenir quôque oculorum, et stridore dentium, per metaphoram membrorum corporalium, magnitude) ostenditur tor- mentorum. « Multi . autem sunt vocati, pauci vero electi. » Oiiines parabolas brevi sententia comprehendit, quod et in opéré vineæ, et in sedificatione domus, et in con- yivio nuptiali, non initia, sed finis quæratur. « Tune :.beuntes Pharissei, consilium inierunt, ut caperent eum in sermone. Et mittunt ei discipulos buos cum Herodianis, dicentes. » Nuper sub Gæsare Auguste Judsea subjecta Romanis, quando in toto orbe est celebrata descriptio, stipendiaria facta fuerat, et erat in populo magna seditio, dicentibus aliis pro aecuritate et quiete, qua \Rhabb. quia] Romani pro omnibus mililarent, debere tribu ta persolvi : Pharisseis yero, qui sibi applaudebant de justifia, econtrario dicentibus, non debere populum Dei (qui décimas solve- ret, et primitiva daret, et cætera quæ in Lege scripta eunt, faceret) humanis legibus ^ubjacere. Gæsar Augus- tus Herodem. filium Ànfipatris alienigenam et prosely- l’obéissance à l’empire romain, César Auguste avait établi roi des Juifs, un étranger et un prosélyte, Hérode fils d’ Antipas. Les Pharisiens envoient donc leurs disciples, avec des Héro¬ diens, c’est-à-dire, des soldats d’Hérode, ou des gens que les Pharisiens appelaient dérisoirement Hérodiens, parce qu’ils payaient le tribut aux Romains, et n’étaient pas partisans du culte divin. Quelques Latins se sont ridiculement imaginé qu’on nommait Hérodiens ceux qui croyaient qu’Hérode était le Christ. Nous n’avons lu nulle part rien de pareil. « Maître, nous savons que vous êtes plein do véracité, et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité,- sans avoir égard à qui que ce soit, parce que vous ne considérez pas la qualité des personnes. Dites-nous donc ce qui vous semble de ceci : Est-il permis de payer le tribut à César ou .de ne pas le payer ? » Ibid. 16. Demande captieuse et flatteuse; on l’incite à répondre qu’il craint Dieu plus que César, à dire qu’il ne faut pas payer le tribut, afin qu’aussitôt les Hérodiens l’accusent de souffler la révolte contre les Romains. ■ « Mais Jésus, connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ? » Ibid . 18. La première qualité1 de celui qui répond, c’est de connaître la pensée de ceux qui l’interrogent, et de voir en eux, non des disciples, tum, regem Judæis constituerai, qui tributis prseesset, et Romano pareret imperio. Mittunt-. igitur Pharissei discipulos suos cum Herodianis, id est, militibus Herodis, seu quos iliudentes Pharissei quia Romanis tributa solvebant, Herodianos vocabant, et non divino cultui deditos. Quidam Latinorum ridicule Herodianos pulant, qui Herodem Ghristum esse credebant, quod nusquam omnino legimus. « Magister, scimus quia verax es, et viam Dei in ^veritate doces, -et non est tibi cura de aliquo. Non enim respicis personam hominum : Die ergo nobis quid tibi videtur : Licet censum. dari Gsesari, an non? » Blanda et fraudulenta interrogatio, illuc provocat respondentem, ut magis Deum quam Gæsarem timeat, et dicat non debere tributa solvi, ut statim audientes Herodiani, seditionis contra Romanos principem teneant. « Gognita autem Jésus nequitia eorum, ait : Quid me tentatis, liypocritse? » Primà virtus est respondentis, interrogantium mentem cognoscere, et non. discipulos, 51 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU mais des tentateurs. Or, on. appelle, hypocrite Thomme qui est autre qu’il ne paraît, c’est- à-dire, qui agit d’une façon et parle d’un autre. « Montrez-moi, la pièce d’argent qu’on donne pour, le tribut. Et ils lui présentèrent, un denier. » Ibid.' 19. La sagesse, agit toujours . sagement, et s’y prend de . manière que les tenta¬ teurs se réfutent surtout, par leur propre bouche; «Montrez-moi, dit-il, un, denier,» c’est-à-dire,, cette pièce d’argent équivalente à dix « as » et qui portait l’image de César. « Jésus leur dit : de qui est cette image et cette inscription? » Ibid. 20. Ceux qui prétendent que la question du. Sauveur provient de son igno¬ rance, plutôt que de. sa. prudence, ont ici une preuve du contraire; car Jésus savait certai¬ nement de qui était l’image gravée sur la pièce de. monnaie. S’il questionne, c’est pour opposer à ce qu’ils diront une réponse sans réplique. - « De César, lui dirent-ils. Jésus leur répondit : Rendez, donc à César ce qui est à César, et à Dieu (ce qui est à Dieu. » Ibid . 21. César dont il s’agit ici, n’est pas Auguste, mais Tibère, son fils adop¬ tif et son successeur, sous lequel le Seigneur souffrit la. mort. Tous les empereurs romains prirent le. nom de César, de Caius César, qui le premier, s’était, emparé, du pouvoir. Or « rendez .à César ce qui est à César, » signifie : rendez à sed tentatores vocare. Hypocrità ergo appellatur, qui aliud est, et aliud simulât, id est, aliud opéré agit, et aliud voce prætendit. « Ostendite mihi numisma census. At illi obtulerunt ei denarium. » Sapientia semper sapienter agit, ut suis potissimum tentatores sermonibus confutentur. « Osten¬ dite, » inquit, « mihi denarium, » hoc est, genus nummi, quod pro dçcem nummis imputabatur, et habebat imaginem Cæsaris. « Et ait illis Jésus : Cujus est imago hæc, et super- scriptio? » Qui putant interrogationem Salvatoris ignprantiam esse, et non dispensationem, discant ex præsenti loco, quod utique potuerit scire Jésus cujus imago esset in nummo sed interrogat, ut ad sermonem corum competenter respondeat. « Dicunt ei : Cæsaris. Tune ait illis : Reddite ergo quæ sunt Cæsaris Cæsari; et quæ sunt DefDeo. » Cæsarem non putemus Augustum, sed Tiberium significari privignum ejus, qui in locum successit ipsius, üub quo passus est Dominus.. Omnes àutem reges Remania primo Caio Cæsare, qui imperium arripuerat, Cæsares appellati . sunt \Al. appellantur]. Porro quod ait : «: Reddite quæ sunt Cæsari* Cæsari, » id est, César l’impôt, le tribut; l'argent; « età'Dieuce qubest à Dieu, » c’est-à-dire, les dîmes, les pré¬ mices, les oblations et les victimes. Ainsi 1 lui- même paya le tribut pour Pierre et pour lui, Matth. xvii, et rendit à Dieu ce qui est à Dieu, en faisant la volonté de son Père. Joan , vi. « L’ayant entendu, ils furent saisis ' d’éton¬ nement. » Ibid. 22. Ils auraient dû croire, en lui voyant une telle sagesse, et ils s’étonnent que leur ruse n’ait eu aucun succès. « Et le laissant , là, ils se retirèrent, » rem¬ portant leur infidélité avec leur étonnement. « Ce jour-là, les Sadducéens qui nient la résur¬ rection, vinrent le trouver. » Ibid. 23. Il y avait deux sectes chez les Juifs, celle des Pharisiens et celle des Sadducéens. Les Pharisiens faisaient consister la justice dans le respect des traditions et des . observances qu’ils nomment Bampoccreiq ; de là le nom de « séparés » qui leur était donné par. le peuple. Les Sadducéens, nom qui signifie « justes » se faisaient eux aussi passer pour ce qu'ils- n’étaient, pas. Tandis que les premiers croyaient la résurrection du corps et de Pâme, et enseignaient l’existence dés anges et des es¬ prits; les seconds, (selon les Actes des apôtres) niaient tout cela. Aol. iv. Ce sont là les deux maisons dont Isaïe dit ouvertement qu’elles se heurteront contre la pierre du scandale. I$ai. vin. o nummum tributum, et pecuniam : « et quæ sunt Dei Deo, » décimas primitias, et oblationes, ac victimas sentiamus : quomodo et tpse reddidit tributa pro se et Petro Matth. xvn; et Deo reddidit quæ Dei sunt, Patris faciens voluntatem Joan. vi. v , « Et audientes, mirati sunt. » Qui credere debuerant ad tantam sapientiam, mirati sunt quod calliditas eorum insidiandi non invenisset locum. «■ Et relicto eo, abierunt. » Infidelitatem cum mira- culo pariter. reportantes. «. In.illo die. accesserunt ad eum Sadducæi, qui dicunt non esse resurrectionem. » Duæ, hæreses erant in Judæis una Pharisæorum, altéra Sadducæorum. Pharisæi traditionum et observationum, quas illi SeuTÊpoxyÊLÇ vocant,, justitiam præferebant; unde et « divisi » voçabantur â populo. Sadducæi autem, qui interpretantur « justi, » et ipsi vindicabant sibi quod non erant; prioribus et corporis et animæ resurrectio¬ nem credentibus, confitentibusque, et t.ngelos, et spiri- tum. : sequentes (juxta Acta apostolorum) omnia denega- bant Act.. iv. Istæ sunt duæ domus,. de qui bus Isaias manifestius docetr; quod offensuræ sint in lapidèm scandali Isa4. vin. • SAINT JÉROME 52 « Et ils l’interrogèrent en disant : Maître, Moïse a ordonné que si quelqu’un mourait sans enfant, son frère épousât sa femme et suscitât des enfants à son frère. Or il y avait parmi nous sept frères, dont le premier ayant épousé une femme est mort, et n’en ayant point eu d’enfants, il l’a laissée à son frère. Il en fut de même pour le second et le troisième jusqu’au septième. Enfin Cette femme est morte aussi après eux tous. » Ibid . 24 . Seqq. Comme ils ne croyaient pas à la résurrection des corps et pensaient que l’àme meurt avec le corps, ils imaginèrent habi¬ lement cette fable, pour montrer aux partisans de la résurrection des morts, que c’est une pure rêVerie. Il peut toutefois se faire que pareille chose soit arrivée dans ce pays. « Or à la résurrection, duquel, des sept sera- t-elle\ femme, puisque tous l’ont épousée? » Ibid . 28. Ils tirent une conclusion absurde et honteuse, pour enlever toute créance à la résur¬ rection. * 4£- . « Jésus leur répondit : Vous êtes dans l’erreur, parceque vous ne connaissez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. » Ibid. 29. Ils sont dans l’erreur, justement parce qu’ils ne connaissent pas les Écritures; et comme ils ignorent les Écri¬ tures, il s’en suit qu’ils ne connaissent pas la puissance de Dieu, c’est-à-dire, le Christ, qui est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. I Corinth . i. «, Et interrogaverunt euro, dicentes : Magister, Moyses dixit : si quis mortuus fuerit non habensfiliurn, ut ducat frater ejus uxorem illius, et suscitet semen fratri suo. Erant autem apud nos septem fratres ; et primus, uxore ducta, defunclus est, et non habens semen, reliquit uxorem suam fratri suo. Sirailiter secundus et tertius usque ad septimum. Novissime autem omnium et mulier defuncta est. » Qui resurrec- tionem corporum non credebant, et animam putabant interire cum corporibus, recte istiusmodi fmgunt fabu- lam, quæ deliramenti arguat eos, qui resurroctionem asserant mortuorum. Potest autem fleri, ut vere in gente eorum aliquando hoc accident. « In resurrectione ergo cujus erit de septem uxor? Omnes. enim habuerunt eam. » Turpitudinem fabulæ opponunt, ut resurrectionis denegent veritatem. « Respondens autem Jésus, ait illis : Erratis, nesr cientes Scripturas, neque virtutem Dei. » Propterea errant, quia Scripturas nesciunt; et quia Scripturas ignorant, çonsequenter nesciunt viçtutem Dei, hoc est, Christum, qui est Dei virtus, et Dei sapientia I Cor . i. « Dans' la résurrection, on n’épouse point et on n’est pas épousé, mais tous sont comme les anges de Dieu dans le ciel. » Ibid . 30. La manière de parler des latins ne correspond pas à celle des Grecs; car « nubere » épouser, s’entend à propre¬ ment parler des femmes, et on dit des hommes, qu’ils prennent des épouses; pour nous, nous croyons que le mot « nubere » épouser, s’applique tout simplement aux hommes, et celui de« nubi » aux femmes. Or si à la résurrection, ni' on n’épouse, ni on est épousé, il faut admettre que les corps qui pourraient ou épouser ou être épousés seront ressuscités, car personne ne dit en parlant d’une pierre, ou d’un arbre ou d’une chose quelconque privée des organes sexuels, qu’ils n’épousent pas et ne sont pas épousés. On ne parle ainsi que des créatures, qui pouvant épouser, ne le font pas pour des raisons parti¬ culières. Et quant aux paroles suivantes : « Ils sont comme les anges de Dieu dans le ciel, » elles indiquent que la vie y est toute spirituelle. « Et pour ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous point lu ce que Dieu vous a dit : Je suis le Dieu d’ Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, or Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Le peuple enten¬ dant ceci, était dans l’admiration de sa doctrine. » Ibid . 31 Seqq. En faveur de la vérité de sa résurrection, le Seigneur aurait pu apporter d’autres preuves beaucoup plus. évidentes; celles- « In resurrectione enim neque nubent, neque nuben- tur; sed sunt si eut angeli Dei in cœlo. » Latina consue- tudo Græco idiomati non respondet. Nubere enim proprie dicuntur mulieres, et viri uxores ducere; sed nos simpliciter dictura intelligamus, quod nubere de viris, et nubi de uxoribus scriptum sit. Si in resurrec¬ tione non nubent, neque nubentur, résurgent ergo corpora, quæ possunt nubere- et nubi. Nemo quippe dicit de lapide et arbore, et his rebus, quæ non habent membra genitalia, quod non nubarit, neque nubantur; sed de his quæ cum possunt nubere, tamen alia ratio ne non nubunt. Quod autem infertur : « Sed sunt siçut angeli Dei in cœlo, » spiritualis repromittitur conver¬ sa tio. « De resurrectione autem mortuorum non legistis quod dictum est a Deo, dicente vobis : Ego sum jDeus Abraham, et Deus Isaac, et Deus Jacob ; Non est Deus mortuorum, sed viventium. Et audientes turbæ mirabantur de doctrina ejus. » Ad comprobandam resurrectionis veritatem, multo aliis maniiestioribus exeipplis uti potuit, e quibus est illud : COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 53 ci entre autres : « Les morts se lèveront, et ceux qui étaient dans le sépulcre ressusciteront. » ls ai. xxvi. 19. Et encore : « La multitude de ceux qui dorment dans la poussière de la terre, se lèveront, les uns pour, la vie éternelle, et les autres pour un opprobre et une confusion éter¬ nelles. » Dam. xii. 2. On se demande donc pour¬ quoi le Seigneur leur a préféré ce témoignage qui paraît peu clair, et semble n’avoir pas assez rapport à la vérité de la résurrection : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob ; » et comme si en le produisant il avait prouvé ce qu’il voulait, pourquoi il ajoute aussi¬ tôt après : « Dieu n’est point le Dieu des morts, mais des vivants. » Réponse qui remplit d’admi¬ ration pour sa doctrine le peuple qui l'entoure et qui est au courant du mystère. Nous avons dit plus haut que les Sadducéens ne croyaient ni aux anges, ni aux esprits, ni à la résurrection des corps, et niaient l’immortalité des âmes. Cette secte, n’admettait que les cinq livres de Moïse et rejetait les prophètes, C’eût donc été une folie de leur apporter un témoignage tiré de livres dont ils ne reconnaissaient pas l’auto¬ rité. C’est donc à Moïse que le Seigneur emprunte une preuve de l’éternité des âmes : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Exod. ni. 6. Et il ajoute aussitôt : « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, » afin, après avoir prouvé que les âmes « Suscitabuntur mortui, et résurgent qui in sepulcris sunt » Isai. xxvi, 19. Et in alio loco : « Multi dor- mientium de terne pulvere consurgent : alii in vitam, et alii in opprobrium et confusionem æternam », Dcm. xii, 2. Quæritur itaque, qnid sibi voluerit Dominus hoc præferre testimonium, quod videtur ambiguum, vel non satis ad resurrectionis pertinens veritatem : « Ego sum Deus Abraham, et Déus Isaac, et Deus Jacob ; » et quasi, hoc prolato, probaverit quod volebat, statim intulerit : « Non est Deus mortuorum, sed viventium. » Cujus rei turbæ quoque circumstantes, mysterium cognoscentes, admiratæ sunt de doctrina et responsis illius. Supra diximus Sadducæqs, nec angelum, nec spiritum, nec resurrectionem corporum confitentes, animarum quoque interitum prsedicasse. Hi quinque tantum libros Moysis recipiebant, prophetarum vaticinia respuentes. Stultum ergo erat inde proferre testimonia, cujus auctoritatem non sequebantur: Porro ad seternitatem animarum probandam de Moyse ponit exemplum : « Ego sum Deus Abraham,, et Deus Isaac, et Deus Jacob » Exod. iii, 6. statimque.’ infert : « Non est mortuorum Deus, vivent après la mort, (car il ne peut se faire que . Dieu soit le Dieu de personnes qui n’existeraient pas) d’en conclure directement à la résurrection des corps qui ont été les instruments et les col¬ laborateurs des âmes, dans le bien comme dans le mal. L’apôtre saint Paul expose longuement cette vérité à la fin de la première épître aux Corinthiens. 1. Corinth. xv. « Mais les Pharisiens ayant appris qu’il avait fermé la bouche aux Sadducéens, s’assemblèrent, et l’un d’eux qui était docteur de la Loi, lui fit cette question pour le tenter : Maître, quel est le grand commandement de la Loi? Jésus lui dit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, et de tout votre esprit. C’est là le premier et le plus grand commandement. Mais le second est semblable à celui-ci : Vous aimerez votre pro¬ chain comme vous-même. Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux com¬ mandements. » Ibid. 34 Seqq. Les Pharisiens et les Sadducéens nous offrent aujourd’hui le même spectacle que plus tard Hérode et Ponce- Pilate, Ceux-ci se réconcilièrent à la mort de Jésus; ceux-là, adversaires acharnés, s’accordent pour le tenter. La déception qu’ils avaient éprou¬ vée dans l’affaire du tribut, et la confusion qui en avait rejailli sur eux, la mise à néant des objections présentées par la secte adverse, auraient dû les rendre plus sages et leur inter- sed viventium; » ut.oum probaverit animas permanere post mortem (neque enim poterat fieri, ut eorum esset Deus, qui nequaquam subsistèrent), consequenter intro- duceretur et corporum resurreetio, quæ cum animabus bona malave gesserunt. Hune locum plenius in extrema parte primæ Epistolæ ad Corinthios Paulus apostolus exsequitur I Cor. xv. « Pharisæi autem audientes quod silentium imposuisset Sodducseis, convenerunt in unum ; et interrogavit eum unus ex eis legis doctor, tentans eum : Magister, quod est mandatum magnum in lege? Ait illi Jésus : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et in tota ani¬ ma tua, et in tota mente tua : hoc est maximum et primum mandatum. Secundum autem simile est huic : Diliges proximum tuum sicut teipsum. In his duobus mandatis universa lex pendet et prophetæ. » Quod de Herode et Pontio Pilato legimus, in ,Domini nece eos fecisse concordiam, hoc etiam nunc de Pharisæis cerni- mus et Sadducæis, qui inter se contrarii sunt, sed ad tentandum Jesum pari mente consentiunt. Qui ergo jam supra in ostensione denarii fuerant confutati, et ad ver- 64 SAINT JEROME dire toute, tentative nouvelle; mais la malveil¬ lance- et l’envie dont ils sont animés, entretien¬ nent leur impudence. Un des docteurs de la Loi vient donc questionner Jésus, non pas avec le désir de s’instruire, mais pour le tenter, pour voir s’il sait ce qu’il lui demandera; quel est le plus grand commandement. Gomme tout ce que Dieu a commandé est grand, quelle que sera sa sæ partis factionem viderant subrutam, debuerant exem- plo moneri, ne ultra molirentur insidias : sed malevo- lentia et livor nutrit impudentiam, Interrogat unus ex legis doctoribus, non scire desideràns, sed tentans, an interrogatus nosset quod interrogabatur, guod sit majus mandatum; non de mandatis interrogans, sed quod sit primum magnumque mandatum; ut cum omnia quæ réponse, il y trouvera prétexte à calomnié, et affirmera qu’il en est un autre plus grand de beaucoup. Ainsi celui qui sait èt questionné, non pour s’instruire, mais uniquement pour con¬ naître si celui qu’il questione possède le savoir, ressemble aux Pharisiens, il vient non pas comme un disciple, mais comme un tentateur. Deus mandaverit magna sint, quiquidille responderit, occasionem habeat calumniandi, aliud asserens magnum esse de pluribus. Quicumque igitur novit et interrogat non voto discendi, sed studio cognoscendi, an noverit ille qui responsurus est, in similitudinem Pharïsæérum non quasi discipulus, sed quasi tentator accedit. LIVRE QUATRIÈME « Pendant que les Pharisiens étaient là assem¬ blés, Jésus leur fit cette question : Que vous semble, du Christ? de qui est-il Fils? Ils lui répondirent : de David. Et comment donc, ajouta- t-il, David en esprit l’appol\e-t-il son Seigneur, en disant : Le Seigneur a djt à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, Jusqu’à ce que j’aie réduit vos ennemis à vous seivir de marchepied? Si donc David l’appelle son Seigneur, comment est-il son fils? » Ibid. 41 Seitq. En se rassem¬ blant pour tenter Jésus, ces hommes qui essayent de prendre celui qui est la Vérité 'môme dans leurs questions insidieuses, lii fournissent l’oc¬ casion de les confondre. Les voici interrogés à leur tour sur le Christ; on leur demande de qui il est fils. Cette question de ésus nous sert tou¬ jours contre les Juifs. Ceux-Jsi en effet, tout en reconnaissant que le Christ doit venir, soutien- . nent que ce sera simplement un homme, d’une grande sainteté il est vr i, issu de la race do David. A l’exemple du Sei/neur posons leur donc cette question : Si c’est simplement un homme, si c’est seulement le fils de David, comment David Fappelle-t-il son Seigneur, non pas par erreur, ni de son propre mouvement, mais ins¬ « Congregatis autem Phai/sæis, interrogavit eos Jésus dicens : Quid vobis vidètur de Christo, cujus fi lia s est? Dicunt ei : David. Aæ illfs : Quomodo ergo David in Spiritu vocat eum Eomiium, dicens : Dixit Dominus Domino meo, Sede /dextris meis, donec ponam inimicos tuos scàbellum pedim tuorum? Si ergo David vocat eum Dominum, quomod) filius ejus est? » Qui ad tenta ndum Jesum fuerant cngregati, et veritatem fraudulenta interrogatione câpre nitebantur, occasionem præbuerunt confutationis suee Interroganturque [AL Interto gatur] de Christo cujusilius sit. Interrogatio Jesu nobis profi- cit usque hodie outra Juçlæos. Et hi enim qui confitentur Ghristum esse vhturum, hominem «implicem et sanctum virum asseruntle genere David. Interrogemus ergo eos docti a Dominé si simplex bomo est, et filius tantum David, quomoi David vocet eum Dominum suum, non erroris incerta nec propria voluntate; sedin [Al. tacct piré par le Saint-Esprit. La preuve alléguée par le Sauveur est tirée du Psaume cent neuf. Or si le Seigneur est appelé Seigneur de David, cela veut dire, non qu’il est né de David, mais au contraire, qu’engendré de toute éternité par son Père, il existe bien avant son Père selon la chair. Pour se tirer de cette question qui les embar¬ rasse, les Juifs ont imaginé une foule de. contes i » absurdes. Ils prétendent qu’Abraham eut un ser¬ viteur qui aurait été père d’Éliéser de Damas; que le Psaume aurait été, écrit au nom de çe personnage, qui raconterait ainsi, qu’après le massacre des cinq rois, le Seigneur Dieu aurait dit à son Seigneur Abraham : « Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que j’aie réduit vos enne¬ mis à vous servir de marchepied. » Genes. xiv. Demandoris-leur : Comment Dieu a-t-il pu dire à Abraham ce qui suit : « La principauté qui est avec vous paraîtra clairement au jour dè votre puissance, au milieu de la gloire des saints. Je vous ai engendré de mon sein, avant l’étoile du matin; et : «Le Seigneur a juré,, et il ne se repentira pas : Vous ôtes le prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech ? » Obligeons-les à nous dire comment Abraham a pu être engendré in] Spiritu sancto. Testimonium autem quod posait, de centissimo nono Psalmo sumpturrt est. Dominus igifcur David vocatur, non secundum id quod de eo natus est, sed juxta id quod natus ex Pâtre semper fuit, præveniens ipsum carnissuæ Patrem. Judæiqd deludendam interro- gationis veritatem frivola multa confingunt, vernaculum Abrahæ asserentes, cujus fuerit filius Damascus Eliezer.: et ex ipsius persona scriptum psalmum, quod post cædem quinque regum, Dominus Deus Domino suo dixerit Abrahæ : « Sede ad dexteram meam, donec ponam inimicos tuos scàbellum pedum tuorum » Genes. xiv. Quos interrogemus : Quomodo Deus dixerit Abrahæ ea quæ sequuntur : « Tecüm prjncipium in die virtutis tuæ in splendoribus sanctorum, ex utero ante ' Luciferum genui te ; » et «Jura vit Dominus, et non pœnitebit eum : tu es sacerdos in æternum, secundum ordinem Melçbisedec?» Et respondere cogamus, quomodo Abraham ante Luçi(e- / 5S SAINT JÉROME avant l’étoile du matin, et être prêtre selon l’ordre de Melchisédech, lui pour qui Melchi- sédech offrit le pain et le vin, et duquel il reçut la dîme du butin. « Et personne ne put lui répondre; et depuis ce jour-là, nul n’osa plus lui faire de question. » Ibid. 46. Les Pharisiens et les Sadducéens qui cherchaient un prétexte à le calomnier, et espionnaient ses paroles pour y trouver quelque chose qui leur donnât prise sur lui, voyant leurs ruses éventées et leurs intentions percées à jour, ne l’interrogeront plus désormais, mais ils em¬ ploieront ouvertement la violence, et le livreront à la puissance romaine. D’où nous pouvons con¬ clure que si l’envie est quelquefois impuissante, êlle s’endort difficilement. « Alors Jxésus s’adressant au- peuple et à ses disciples leur dit : Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. Observez donc et. faites ce qu’ils vous disent, mais ne faites pas ce qu’ils font; car ils disent, mais ne font pas. » Matth. xxiii. 1 Seqq. Quoi de plus doux, quoi de plus bénin que le Sauveur? Les Pharisiens s’acharnent à le tenter; leurs pièges sont brisés, et pour parler avec le Psalmiste : « Leurs flèches sont comme celles des petits enfants qui ne blessent qu’eux-mêmes, » Psalm. lxiii. 8; et néanmoins par respect pour la dignité sacerdo¬ tale, il exhorte le peuple à leur rester soumis, et à tenir compte, non de leurs œuvres, mais de leur enseignement. Par le mot « chaire » dont rum genitus sit; et sacerdos fuerit secundum ordmem Melchisedec : pro quo Melchisedec obtulerit panem et vinum, et a quo décimas prædæ acceperit. « Et nemo poterat ei respondere verbum; neque aususfuit quisquam ex ilia die eum amplius interrogare.» Pharisæi et Sadducæi quærentes occasionem calumniæ, et verbum aliquod invenire, quod pateret insidiis, quia in sermonibus confutati sunt, ultra non interrogant, sed apertissime comprehensum, Romanæ tradunt potestati. Ex quo intelligimus venena invidiæ posse quidem supe- rari, sed difficile conquiescere. * Tune Jésus locutus est ad turbas et ad discipulos suoa, dicens: Super cathedram Moysi sederunt Scribæ et Pharisæi; omnia ergo quæcumque dixerint vobis, ser- vate et facite; secundum opéra : vero eorùm nolite facere. Dicùnt enim, et non faciunt. » Quid mansuetius, quid benignius Domino? Tentatur a Pharisæis, confrin- guntur insidise eorum, et secundum Psalmistam : « Sagittæ parvulorum factæ sunt plagæ eorum » Psal. lxiii. 8, et nihilominus pr opter sacerdotii et nominis dignitatem il so sert dans cette phrase : « Les Scribes et les ■Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse, » il désigne la doctrine de la Loi. Nous devons donc prendre aussi dans le sens de doctrine les mêmes expressions employées par le Psalmiste : « Il ne s’est point assis dans la chaire de pesti¬ lence, » Psalm. i. 1, et par l’Évangéliste : « Il renversa les chaires de ceux qui vendaient des colombes. » Supra xxi et Marc. xi. « Ils lient des fardekux pesants et impossibles à porter, et ils les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne/veulent pas les remuer du bout du doigt. » Ibid. 4. Ceci s’applique d’une manière générale à/ tous les maîtres qüi com¬ mandent de grandes choses, et ne font pas même les petites. Remarquez que toutes ces choses, épaules, doigt, fardeaux et liens servant à atta¬ cher les fardeaux, doivent être entendues dans le sens spirituel. « Au reste, ils fjmt toutes leurs actions pour- être vus des hommffi. » Ibid . 5. Ainsi quiconque n’agit que pour êt e vu des hommes, est un Scribe et un Pharisien. « C’est pourquoi ils affectent de porter des. bandes plus larges qW les autres, et d’avoir des franges plus longues! Ils aiment les premières places dans les festins' et les premières chaires dans les synagoguesjils aiment à être salués dans les places publiques et à être appelés rabbi par les hommes. Ibii. 6 seqq . Malheur à nous qui avons hérité des vijes des Pharisiens. Après hortatur populos ut subjùlantur eis, non opéra, sed doctrinam considérantes. Qiod autem ait : « Super ca- thedram Moysi. sederunt œribæ et Pharisæi : » per catbedram doctrinam Legis \stendit, Ergo et illud quod dicitur in Psalmo : « In catMrk pestilentiæ non sedit» Psal. i, 1. Et : « Cathedras véndertium colurnbas ever- tit » Supra xxi; Mar. xi docVinab debemus accipere. « Alligant autem onera gràvia Vt importabilia, et imponunt in humeros hominum ; digit> autem suo nolunt ea movere. » Hoc generaliter adversulomnes magistros, qui gravia jubent, et minora non faciun\ Notandum autem quod et humeri, et digitus, et onera, \ vincula, quibus alligantur onera, spiritualiter intelligeiia sunt. « Omnia opéra sua faciunt, ut videi^tur ab homini- bus. » Quicumque igihm ita facit quodhet, ut videatur ab hominibus, Scriba et Phansæus estd « Dilatant enim pbylacteria sua, et tagnificant fim- brias. Amant autem primos recubitus in bénis, et primas cathedras in synagogis, et salutationes in lro,etvoçari ab hominibus Rabbi. » Væ nobis miseris, ad|uos Phansæo- \ i COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU avoir donné les prescriptions de la loi par l’intermédiaire de Moïse, le Seigneur avait ajouté : « Vous les lierez sur votre main, et vous les ■ porterez sur votre front devant vos yeux. » Deut. vi. S, ce qui signifie : Que mes prescriptions soient toujours sur votre main, pour les mettre en œuvre, et devant vos yeux pour les méditer jour et nuit. Or par suite d’une fausse interprétation, les pharisiens s’étaient mis à écrire sur des parchemins le Décalogue de Moïse qu’ils repliaient et liaient sur leur front, ce qui leur faisait une sorte de couronne, de manière à Les avoir sans cesse littéralement sous les yeux, coutume observée encore aujourd’hui par les Indiens, les Perses et les Babyloniens ; et celui qui s’en était ainsi revêtu, passait dans le peuple pour un homme religieux. Moïse avait en outre prescrit aux Juifs, Num. xv, d’attacher des franges couleur d’hyacinthe aux quatre coins de leurs manteaux, pour faire reconnaître le peuple d’Israël, et le distinguer des autres peuples par une différence dans le vêtement, comme il l’était déjà dans son corps par la circoncision, caractère particulier de la nation juive. Or ces maîtres superstitieux, courtisans de la faveur populaire, avides de gagner les bonnes grâces des femmelettes, se faisaient de longues franges, au milieu des¬ quelles ils attachaient des épines très aiguës, sans doute pour se faire rappeler par leurs piqûres dans la marche ou le repos, à leurs rumvitiatransierunt.Dominuscum dedisset mandata Le- gis per Moysen, ad extremum intülit ; « Ligabis ea in manu tua, et erunt immota ante oculos tuos » Veut, vi, 8. Et est sensus : Præcepta mea sint in manu tua, ut opéré compleantur; sint ante oculos tuos, ut die ac nocte mediteris in eis. Hoc Pharisæi' male interprétantes, scribebant in membranulis Decalogum Moysi, id est decem verba Legis, comphcantes ea, et ligantes in fronte 6t quasi coronam capitis facientes, utsemper ante oculos moverentur ; quod usque hodie Indi, Persæ, et Babylo- nii faciunt ; et qui hoc habuerit, quasi religiosus in populis judicatur. Jusserat quoque aliud MôysesiVwwi, xv ut in quatuor angulis palliorum hyacinthinas fimbrias facerent, ad Israelis populum dignoscendum, ut quomodo incorporibus circumcisio signum Judaicæ gentis dàret.ita et vestis baberet aliquam différé ntiam. Supers titiosi ma- gistri captantes auram popularem, atqne ex mulierculis sectantes lucra, faciebant grandes fimbrias, et quærimus. Scribæ et Pharisæi totum lustrantes orbem, propter negotiationes, vel diversa lucra lam a discipulis captanda, quam per imaginem sanctitatis, studium [Al. studii] habebant de gentibus facere proselytum, id est, advenam, et incircumcisum miscere populo Dei. Sed qui ante, dum esset ethnicus, simpliciter errabat, et erat semel filius gehennæ, videns magistrorum vitia, et intelligens destruere eos opéré, quod verbis docebant, revertitur ad vomitum suum ; et gentilis factus, quasi prævaricator, pœna majori dignus erit. Filius autem vocatur gehennæ, quôraodo filius perditionis, et filius hujus sæculi. XJnusquisque enim cujus opéra agit, ejus filius appella'tur. * Væ vobis, duces cæci, quia dicitis : quicumque dites : .si un homme jure par le temple, cela n’estrien; mais s’il jure par l'or du temple, il doit payer. Insensés et aveugles! lequel est. le plus grand de l’or ou du temple qui sanctifie l’or? Et si quelqu’un jure par l’autel, cela n’est rien; mais s’il jure par le don qui est,sur l’autel, il doit payer. Aveugles! lequel est le plus grand du don ou de l’autel qui sanctifie le don? Celui donc’qui jure par l’autel, jure par l’autel etpar tout ce qui es dessus. Et celui qui jure par le temple, jure par le temple, et par celui qui y habite. Et celui qui jure par le ciel, jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis. » Ibid. 16. Seqq. Nous avons exposé plus haut, ce que signi¬ fiait, selon nous, la tradition des Pharisiens, disant : « Tout ce que j’offre de mon bien, vous servira. » Le Seigneur condamne maintenant une double tradition des Pharisiens, n’ayant l’une et l’autre qu’iin même but, la satisfaction de leur avarice, et montre qu’ils agissent en . tout ce qu’ils font, dans une pensée de lucre et non dans la crainte de Dieu. De même qu’il les avait signalés tout à l’heure, comme cherchant par de plus , larges phylactères et de plus longues franges à acquérir un renom de sainteté, par ce renom de sainteté, la gloire, et et par la gloire, la fortune; de même, il les con¬ vainc d’être professeurs coupables d’impiété dans cette autre tradition qu’ils ont imaginée. D’après eux en effet, quelqu’un dans une discus- juraverit per templum, nihil est; qui autem juraverit in auro templi, debitor est. Stulti et cæci, quid enim majus est, aurum, an templum quod sanctifient aurum? Et quicumque juraverit in altari, nihil est : quicumque autem juraverit in dono, quod est super i)lud, debet. Cæci, quid enim majus est, donum, an altare quod sanctificat donum? Qui ergo jurât in altari, jurât ,in eo, et in omnibus quæ super illud sunt. Et quicumque juraverit in templo, jurât in illo, et in eo qui habitat in ipso. Et qui jurât in cœlo, jurât in throno Dei, et in eo-qui sedet super eum. » Supra, ut nobis visnm est, exposuimus" quid significaret traditio Pharisæorum dicentium : « Domum quodeumque est ex me, tibi proderit : » nunc duplex, et ad unam avaritiæ occasionem trahens, Pharisæorum traditio condemnatur, ut arguantur cuncta pro lucro facere, et non pro timoré Dei. Sicut enim in phylacteriis et fim- briis dilatatis opinio sanctitatis captabat gloriam, et per occasionem gloriæ quærebat lucra : sic alla tradi- tionis inventa stropha, impietatis arguit præceptores. Si quis in contentione, seu in àliquo jurgio, vel in causæ SAINT JÉROME 60 sion, une contestation, un différend, ou autre question litigieusè, jurait-il par le temple, et éUqt-il convaincu de mensonge, on ne pouvait lui en faire aucun crime. Mais au contraire, avait-il juré par l’or et l’argent qu’on offrait aux prêtres dans le temple, il était tenu de payer aussitôt une somme égale à celle sur laquelle portait. son serment. Autre tradition : Quel¬ qu’un jurait-il par l’autel, personne ne le tenait pour coupable de parjure; mais jurait-il par les dons et les oblations, c’est-à-dire, les hosties, les victimes, la fleur de farine et autres choses qu’on offre à Dieu sur l’autel, on en exigeait très rigoureusement le paiement. Le Sauveur taxe donc leur conduite de folie et d’hypocrisie, par cette raison que le temple est bien plus grand que l’or qui est sanctifié par le temple et l’autel bien plus grand que les victimes qui sont sanctifiées par l’autel. Or le mobile de tout ce que faisaient les Pharisiens, c’était non la crainte de Dieu, mais le désir de s’enrichir. « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypo¬ crites, qui exigez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et qui laissez de côté ce qu’il y a de plus important dans la Loi, la justice, la miséricorde et la foi. Il fallait faire ces choses sans omettre les autres. » Ibid. 23. Il y a dans la Loi une foule de prescriptions qui ne sont que des figures; mais il en est d’autres qui, selon la parole du Psalmiste : « Le précepte du Seigneur ambiguo, jurasset in templo, et postea convictus esset mendacii, non tenebatur criminis reus \ Al. ejus]. Sin autem jurasset in auro et pecunia, quæ in templo sacerdotibus ■ offerebatur, statim id in quo juraverat, cogebatur exsolvere. Rursum : Si qui s jurasset in altari, perjurii reum nemo tenebat [ Al. retinebat ]; sin autem perjurasset in dono, vel in oblationibus, hoc est, in hostiis, in victimis, et in simila et cæteris, quæ offeruntur Deo super altare, hæc studiosissime repete- bantur [ Al. repetebant ]. Arguit ergo eos Dominus, et stultitiæ et fraudulentiæ, quod multo majus sit templum quam aurum, quod sanctificatur a templo, et altare quam hostiæ, quæ sanctificantur ab altari. Totum autem faciebant, non ob Dei timorem, sed ob divitiarum cupiditatem. « Væ vobis, Scribæ et Pharisæi hypocritæ, quia deciinatis mentham et anethum et cyminum, et reliquis- tis quæ graviora sunt Legis, judicium, et misericordiam et fidem. Hæc oportuit. facere, et ilia non omittere. » Multa in Lege præcepta sunt, ; quæ typos præferunt futurorum. Alia vero aperta sunt, juxta Psalmistam, est lumineux, il éclaire les yeux, » Psalm. xvrir. 9, sont parfaitement clairs par eux-mêmes et de¬ mandent à être accomplis sans tarder. Tels sont : Vous ne commettrez point d’adultère; vous ne déroberez point; vous ne ferez point de faux témoignages; etc. Or le Seigneur (nous quittons pour un moment le sens mystique), ayant pres¬ crit aux Israélites d’offrir dans le temple la dîme de toutes choses pour l’entretien des prêtres et des Lévites, dont le Seigneur formait l’unique héritage, les Pharisiens veillaient uniquement à faire apporter exactement toutes les dîmes prescrites. Quant aux autres commandements bien plus importants, qu’on les observât ou non, ils s’en souciaient fort peu. Le Seigneur met donc sur le compte de l’avarice le zèle avec lequel ils exigent les dîmes, même des moindres légumes, tandis qu’ils négligent les choses im¬ portantes, le règlement des affaires litigieuses, la compassion pour les pauvres, les orphelins et les veuves, et la foi en Dieu. « Conducteurs aveugles qui filtrez un mou¬ cheron, mais avalez un chameau. » Ibid . 24. Il me semble que dans le sens que nous avons suivi pour tout ce passage, le chameau doit signi¬ fier la grandeur des commandements, ’la justice, la miséricorde et la foi ; et le moucheron, les dîmes de la menthe, de l’aneth, du cumin et autres petits légumes. Contrairement aux pré¬ ceptes de Dieu, nous avalons et nous négligeons dicentem : « Mandatum Domini, lucidum, illuminans g cul o s Psal. xvui, 9, quæ statim opéra desiderant. Verbi gratia : Non adulterabis; non furtum faciès; non testimonium falsüm dices, etc. Pharisæi autem, quia præceperat. Dominus (ut intérim intellectus mys- ticos dimitlamus) propter ahmoniam sacerdotum et Levitarum, quorum pars erat Dominus, omnium rerum offerri in templo décimas; hoc unum habebant studii, ut quæ jussa fuerant, comportarentur ; cætera :quæ erant majora, utrum quis faoeret, an non, pravipende- bant. Et ex hoc itaque capitulo arguit eos avaritiæ, quod studiose etiam vilium olerum décimas exigant, et judicium in disceptatione negotiorura, misericordiam- que in pauperes, pupillos et viduas, et fidem in Deum, quæ magna sunt, prætermittant. « Ducés cæci, excolantes calicem, camelum autem glutientes. » Camelum puto esse, secundum sensum præsentis loci, et magnitudinem præceptorum, judicium, et misericordiam^ et fidem. Cuhcem autem décimas menthæ, anethi, cymini, et reli quorum vilium olerum. Hæc contra præceptum Dei, quæ magna sunt, dévora- COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 61 ces commandements très importants, et sous prétexte de religion, nous nous montrons très scrupuleux et zélés observateurs des petites pra ¬ tiques qui rapportent du profit. « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypo¬ crites, parce que vous nettoyez les dehors de la coupe et du plat, tandis qu’au dedans, vous êtes pleins de rapine et d’impureté. Pharisien aveugle, nettoie premièrement le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors soit net aussi. » Ibid. 25. 26. C’est en d’autres termes, le.-même sens que ci-dessus. Le Seigneur con¬ tinue d’accuser les Pharisiens de mensonge et d’hypocrisie, et leur reproche de se conduire autrement devant les hommes, qu’ils ne le font à l’intérieur de leurs maisons. Il ne veut pas dire que leur religion consiste uniquement dans la coupe et dans le plat-, mais qu’ils font en public étalage de sainteté, dans leur extérieur, dans leur langage, leurs phylactères, leurs franges, la longueur de leurs prières et autres choses semblables, tandis qu’ils sont au dedans tout pleins des souillures du vice. « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypo¬ crites, parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui au dehors paraissent beaux aux yeux des hommes, mais qui au dedans sont pleins d’ossements de morts, et de toute sorte de pourriture, Ainsi au dehors, vous paraissez justes aux yeux des hommes, mais au dedans, vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » mus atque negligimus, et opinionem religionis iivparvis, quæ lucrum habentj diligentiam demonstramus. « Væ vobié, Scribæ et Pharisæi hypocritæ, quia mundatis quod defôris est calicis et paropsidis, intus autem pleni estis rapina et immunditia. Pharisæe eæce, munda prjus quod, intus est calicis et paropsidis, ut fiat et id quod deforis est mundum. » Diversis verbis, eqdein sensu, quo supra, arguit Pharisæos simulationis atque mendacii, quod aliud ostentent hominibus foris, aliud domi agant. Non quod in calice et paropsido eorum superstitio moraretur ; sed quod foris hominibus ostenderent sanctitatem, in habitu, in sermone, in phylacteriis, in fimbriis, in orationum longitudine, et cæteris hujusmodi, intrinsecus autem essent vitiorum sordibus pleni. « Væ vobis, ‘Scribæ et Pharisæi. hypocritæ, quia similes estis sepulcris dealbatis, quæ a foris parent hominibus speciosa, intus vero plena suntossibus mortu- orum, et omni spurcitia. Sic et vos a foris quidem parelis hominibus justi : intus autem pleni estis hypo** Ibid. 27. 2,8. La démonstration qu’il vient de faire, en les comparant à une coupe et à un plat, de leur pureté extérieure et de leur impureté intérieure, il la renouvelle en ce moment, en les comparant à des sépulcres. Car de même que les sépulcres sont au dehors blanchis à la chaux, revêtus de marbre, ornés d’or et de couleurs, mais au dedans sont pleins d’ossements de morts; ainsi les maîtres corrompus qui ensei¬ gnent d’une façon et agissent d’une autre, res¬ pirent la pureté dans leur extérieur, leur vête¬ ment et l’humilité de leur langage, tandis qu’ils sont au dedans pleins de pourriture et de hon¬ teuses passions. Et cette condamnation, il la formule plus clairement encore, lorsqu’il ajoute : « Ainsi au dehors vous paraissez justes aux yeux des hommes, mais au dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypo* crites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, qui ornez les monuments des justes, et qui dites : si nous eussions été du temps de nos pères, nous ne nous fussions pas joints avec eux, pour répandre le sang des prophètes. Ainsi vous vous vous rendez témoignage àvous- mêmes que vous êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes. » Ibid., 29. seqq . Par un syllogisme habile, le Seigneur prou ve aux Phari¬ siens qu’ils sont fils d’homicides, puisque, pour se faire une réputation de bonté , dans le peuple, et en retirer de la gloire, ils bâtissent des tom- crisi et iniquitate, » Quod in calice et paropside demonstrarat, eo quod foris loti essent, et intrinsecus sordidi, hoc nunc per exemplum sepulcrorum replicat : quod quomodo sepulcra forinsecus lita sunt calce, et ornata marmoribus et auro coloribusque distincta, intus autem plena sunt ossibus mortuorum; sic et pervêrsi magistn, qui alia docent, et alia faciunt, munditiam habitu vestis, et verborum humilitate demonstrant; intus autem pleni sunt omni spurcitia, et libidine. Denique manifestius hoc ipsum exprimit, inferens : « Sic et vos a foris quidem paretis hominibus justi; intus autem pleni estis hypocrisi et iniquitate. « Væ vobis Scribæ et Pharisæi hypocritæ, quia ædi- ficatis sepulcra prophetarum, et ornatis monumenta jùstorum, et dicitis : Si fuissemus in diebus patrum nostrorum, non fuissemus socii eorum in sanguine pro¬ phetarum. Itaque testimonio estis vobismetipsis : quia filii estis eorum qui prôphetas occiderunt. » Prudentis- simo syllogismo coarguit eos filios esse homicidarum, dum ipsi opinione bonitatis et gloriæ in populos, sepul- 62 ,1 SAINT JEROME beaux aux prophètes, que leurs ancêtres ont fait mourir, et disent : Si . nous avions vécu en ce temps-là, nous, n’aurions pas fait ce qu’ont fait nos pères. Or en supposant qu’ils ne tiennent pas ce langage de vive voix, ils le tiennent par leurs œüvres, puisqu’ils font par ambition élever de magnifiques monuments à la mémoire de ceux que, de leur propre aveu, leurs pères ont fait mourir. « Et vous, comblez la mesure de vos pères. » Ibid. 32. Après avoir établi dans les versets précédents la preuve qu’ils sont bien fils d’homi¬ cides, de ceux qui ont tué les prophètes, il en arrive à la conclusion qu’il voulait tirer, et pose en quelque sorte le dernier terme du syllo¬ gisme. Et vous, comblez la mesure de vos pères. Ce qu’ils n’ont pu faire, accomplissez-le. Ils ont tué les serviteurs ; crucifiez-le Seigneur. Ils ont V mis à mort les prophètes; vous, faites mourir celui qu’annonçaient les prophètes. « Serpents, race de vipères, comment échap¬ perez-vous au supplice de . l’enfer? » Ibid . 33. Jean-Baptiste avait tenu le même langage. Luc. ni. De même donc, dit-il, que les vipères naissent des vipères, ainsi enfants de pères homi¬ cides, vous ne pouvez être qu’homicides. « C’est pourquoi je vais vous envoyer des prophètes, des sages et des scribes; et vous tuerez les uns, vous crucifierez les autres, vous cra ædificant prophetajaim, quos majores eorum inter- feceruht,J et dicunt : Si fuissemus tempore illo, non fecissemus ea quæ fecerunt patres nostri. Hoc autem etiamsi sermone non dicant, operô loquuntur, ex eo quod ambitiose et magnifiée ædificent memorias occiso- rum, quos. a patribus suis esse jugulatos non negant. « Et vos impiété mensuram patrum vestrorum. » Pro- batosuperioribus dictis, quod filii essent homicidarum, et eorum qui prophetas occidissent, nunc concludit quod voluerat, et quasi extremam syllugismi partem ponit. Et vos impiété ménsuram patrum vestrorum. Quod illis defuit, vos ad impiété. U li in ter fecerunt servos : vos Dominum crucifigïte. Illi prophetas : vos eum qui a'prophetis prædicatus est. « Serpentes, [ AL addilur( et ] genimina viperarum, quomodo fugietis a judicio gehennæ? » Hoc ipsum et Joannes Baptista dixerat Luc. ni. Sicut ergo de viperis nascuntur viperæ, sic de homicidis patribus, vos, inquit, nati estis homicidse. « Ideo ecce ego .mitto ad vos prophetas, et sapientes, et scribas,. et ex illis occidetis et cpucifigetis, et;ex eia en fouetterez d’autres dans vos. synagogues, et vous les poursuivrez de ville en ville. » Ibid . 34, Le verset précédent, « Comblez la mesure de vos pères, » avait rapport au Sauveur, et signifiait qu’ils le mettraient à mort. Celui-ci a rapport à ses disciples, car c’est d’eux qu’il parle main¬ tenant : « Je vais vous envoyer des. prophètes, des sages et des scribes, et vous tuerez les uns; vous crucifierez les autres, vous en fouetterez d’autres dans vos synagogues, et vous les pour¬ suivrez de ville en ville, » pour combler la mesure de vos pères. Observez en même temps, que selon la remarque de l’Apôtre dans son épître aux Corinthiens, I Corinth . vu, des dons différents sont attribués aux disciples du Christ; des uns, il fait des prophètes qui annoncent l’avenir; des autres, des sages qui discernent lé moment propice pour parler ; d’autres enfin, il fait des scribes versés dans la science de la loi ; parmi ces ^derniers, Étienne a été lapidé, Paul tué, Pierre crucifié, et les disciples ont été fouettés, comme le racontent les Actes des apôtres; ,et ils les ont poursuivis de ville en ville, les expulsant de la Judée, pour les faire passer aux peuples dé la Gentilité. « Afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le sang du juste Abel, jusqu’à celui de Zacharie fils de Baraçhie que vous avez tué entre le flagellabitis in synagogis vestris, et persequemini de civitate in civitatem. » Hoc quod antea dixeramus, « Impiété mensuram patrum vestrorum, » ad personam Domini pertinere, eo quod occidendus esset ab eis, potest et ad disoipulos ejus. referri, de quibus nunc dicit : « Ecce ego niilto ad vos prophetas, et sapientes, et scribas, et ex illis occidetis, et crùcifigelis, et flagel¬ labitis in synagogis vestris, et persequemini de civitate in civitatem, ». ut impleatis mensuram patrum veslro- rum. Simulque observa juxta Àpostolum scribentem ad Corinthios I Cor. vu, varia esse dona discipulorüm Christi; alios prophetas, qui ventura prædicant; alios sapientes, qui noverint quando deheant proferre sermo- nem; alios scribas in Lege doctissimos, ex quibus. lapi¬ dât us. est Stephanus, Paulus occisus,- crucifixus Petrup, flagellati in Actibus apostolorum discipuli, et persecuti eos sunt de civitate in. civitatem expellentes de Judæa, ut. ad gentium populum transmigrarent; « Ut veniat super vos omnis isanguis justus,. qui' effusus est super terram, a sanguine Abel justi usque àd sanguinera Zachariœ. filii Baraohiæ, quem occidiati» è COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU temple et 'l’autel. Je vous le dis en vérité, tout cela viendra sur cette race. » Ibid. 35, 36. Pour Abel, nul doute que ce soit celui qui fut tué par son frère Caïn; son titre de juste ne lui est pas donné seulement par le Sauveur, la Genèse rend également témoignage de sa justice, Genes. iv, lorsqu’elle raconte que ses dons furent agréables à Dieu; Nous avons à rechercher quel est ce Zacharie fils de Barachie; car nous trouvons dans les saints Livres plusieurs Zacharie.' Mais1 comme si le Sauveur avait voulu nous empêcher de nous égarer dans nos recherches, il a ajouté : « Que vous avez tué entre le temple et l’autel. » Les auteurs différent de sentiments par rapport à ce personnage, et je dois, ce me semble, les exposer tous. Les uns voient dans ce Zacharie, fils de Barachie, le onzième des douze prophètes; et en effet le nom de son père est bien celui que l’Évangile lui donne; mais on ne voit nulle part daïïs les Écritures qu’il ait été tué entre le temple et l’autel, ce qui eût été d’ailleurs difficile, puisqu’à ce moment, c’est à peine si du temple il restait des ruines. D’autres s’appuyant sur certaines rêveries des apocryphes, font de ce Zacharie le père de Jean-Baptiste qui aurait inter templum et altare. Amen dico vobis, venient hæc ;omnia super generationem istam.: » De Abel nulla est ambiguitas, quin is sit quem Gain ïrater ejus occiderit. Justus autem non solum ex Domini nunc sententia, sed ex Genesis testimonio comprobatur Genes . iv, ubi accepta ejus a Deo narrantur munera. Quærimus quis iste sit Zacharias filius Barachiæ, quia, multos legimus Zacharias. Et ne libéra nobis tribueretur errons facultas, additum est : « quem occidistis inter templum et altare. » In diversis diversa legi, et debeo singulorum opiniones ponere. Alii Zachariam filium Barachiæ dicunt, qui in duodecim prophetis undecimus est, patris- que in eo nomen consentiat [Al. consentit] ; sed ubi occisus sit inter templum et altare S.criptura non loquitur : maxime cum temporis ejus vix ruinse templi fuerint. Alii Zachariam patrem Joannis intelligi volunt, ex quibusdam apocryphorum somniis approbantes, quod propterea occisus sit, quia Salvatoris prædicarit [Al. 63 été tué1 pour avoir prêché l’avènement du Sauveur. Or comme cette opinion ne repose point sur l’autorité des Écritures, nous ne voulons point la discuter, et nous la rejetons sans plus de formalités qu’on en a mises pour l’avancer. D’autres 4 enfin prétendent que ce Zacharie est celui qui fut mis à mort par Joas, roi de Juda, entre le. temple et l’autel, comme le racontent les livres des Rois. Mais il faut observer ■ que le Zacharie en question n’est point fils de Barachie, mais du grand prêtre Joiada. Aussi l’Écriture dit-elle : « Joas ne se ressouvint pas que son père Joiada lui avait fait du bien. » II Paratip. xxiv, 2£. Gomme donc d’un côté nous avons Zacharie, et comme de l’autre, l’endroit où il fut mis à mort est bien celui indiqué plus haut, cherchons pour quelle raison on le dit fils de Barachie et non de Joiada. « Barachie veut dire en notre langue « le béni du Seigneur. » et la «justice» du grand prêtre Joiada, est démontrée par le mot hébreu. Nous trouvons dansl’ÉvangiLe dont se servent les Nazaréens :« Fils de Joiada » au lieu dô« fils de Barachie. » Quelques-uns de nos frères, par trop naïfs, montrent entre les ruines du temple et de l’autel, c’est-à-dire, à l’issue des prædicaret] adventum. Hoc quia de Scripturis non habet auctoritatem, eadem facilitate contemnitur, qua probatur. Alii istum volunt Zachariam (1), qui occisus est a Joas rege Judæ inter templum et altare, sicut Regum narrat historia. Sed observandum, quod ille Zacharias non sit filius Baracbiæ, sed filius Joiadæ sacerdotis. Unde^et Scriptura refert : « Non fuit recordatus Joas patris ejus Joiadæ, quia sibi fecisset bona » II Parai. xxiv, 22. Gum ergo et Zachariam teneamus, et o^ci- sionis consentiat locus, quærimus quare Barachiæ dicatur filius, et non Joiadæ? « Barachia » lingua nostra « benedictus Domini » dicitur ; et sacerdotis Joiadæ «justifia, » Hebræo sermoné demonstratur. InEvangeho quo utuntur Nazaræni, pro « filio Barachiæ, filium Joiadæ » reperimus scriptum. Simpliciores fratres inter ruinas templi et altaris, sive in portarum exitibus, quæ Siloam ducunt, rubra saxa moristrantes, Zachariæ sanguine pu- tantesse polluta. Non condemnamus errorem, qui de odio (1) Hœo porro, quam et Hieronymus probat, propior ad veritatem videtur sententia, quæ Zachariam Barachiæ filium, de quo Matth. xxi n, 35, eumdem faoit esse cum Zacharia Joiadæ filio, non levi suflragante Hebraici Nazarænorum codicis aucloritate, in quo pro, Barachit» nomine, Joiadæ nomen S. Pater invenit. Goncessere autem in hanc ipsam sententiam jampridem intorpretes magni nominis, quos singillatim iaudare non vacat. Qui vero aliam abhac propugnant, præter vetustissimorum Patrum auctoritatem, qui Zachariam Joannis Baptistæ palrem hic a Malthæo signilicari vulgo putant, id quoque opponunt, quod Zacharias iste, de quo loquitur Christus, summum pontificatum gessisse npn dicatur, quem tenuit rovora iste Joiadæ filius. Ad hæc illo neci traditus dicatur, inter templum et altare, quod est, inter vestibulum templi, et altare holooaustorum, sive ad ejus altaris occidentem. Hic vero ex Joiada parente natus, in atrio dotnus Domini, quod signifioare videtur, in.atfio populi, Paraliponiepon libro teste, fuerit occisus. Nihiiominus perplacet ilia Hieronymi sententia, in/aquo sisto. Ed. Mig* 64 SAINT portes qui conduisent à Siloé, des pierres rouges dont ils attribuent la couleur au sang de Zacharie. Nous ne voulons point condamner trop sévère¬ ment une erreur innocente en elle-même, et qui prend sa source dans la haine pour les Juifs, et une foi pieuse. Disons en quelques mots pour¬ quoi il sera demandé compte à cette race, de. tout le sang versé depuis celui du juste Abel, jusqu’à celui de Zacharie, fils do Barachie, bien qu’elle-même n’ait tué ni l’un ni l’autre. La Sainte Écriture a pour règle de grouper les hommes en deux races, c’est-à-dire, de faire des bons une race, et une autre des méchants. Prenons des exemples du côté des bons : « Qui est-^ce qui montera sur la montagne du Seigneur, ou qui est-ce qui s’arrêtera sur la montagne sainte. » Psalm. xxm, 31. Et après avoir indi¬ qué plusieurs personnes ayant vécu à des époques différentes qui doivent monter sur la montagne du Seigneur, le Psalmiste ajoute : Telle est la race de ceux qui le cherchent, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob. » Et dans un autre endroit, parlant de tous les saints, il dit : « La race des justes sera comblée de béné¬ dictions. » Psalm. cxi, 2. Pour les méchants on dit d’eux, comme dans le verset qui nous occupe :«Race de vipères,» et :« On demandera compte de tout cela à cette race.» Dans Ézéchiel, après avoir énuméré les péchés de la terre, l’esprit prophétique ajoute : « Quand même Noé, Job et Daniel s’y trouveraient, je ne pardonnerai Judæorum, et fidei pietate descendit. Dicamus breviter .quare sanguis Abel justi, usque ad Zachariam filium Barachiæ ab ilia generatione requiratur, cum neutrum eorum occident. Régula Scripturarum est, duas genera- tiones p mere, bonorum vel malorum, hoc est, singulo- . rum singulas. De bonis sumanus exempla : « Quis ascendet in montem Domini? aut quis requiescet in monte sancto ejus » Ps. xxm, 3? Cümquç plures qui ascensuri' sunt in montem Domini, descripsisset, qui diversis fuere ætatibus, postea infer t : « Hæc est generatio queerentium Dominum, quærentium faciem Dei Jacob. » Et in alio loco de omnibus sanctis : « Generatio justorum benedicetur » Ps. cxi, 2. De malis vero, ut in prœsenti loco : « Generatio viperarum. » Et « Requirentur omnia a generatione ista. » Et in Ezechiel, cum peccata terræ descripsisset, sermo propheticus adjecit : « Si Noe, et Job, et Daniel, ibi fuerint inventi, non dimittam peccata terræ illi » Ezech . xiy, 14). Omnes justos qui similes forent virtutibus JEROME pas à cette terre ses iniquités, » Ezech . xiv, 14, et par Noé, Job et Daniel, il veut désigner tous ceux qui leur ressemblent dans la vertu. Donc ceux qui se sont conduits à l’égard des apôtres comme Caïn et Joas, font partie de la même race. « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu. » Ibid. 37. En s’écriant : Jérusalem, ce n’est pas aux murs et aux édifices de la ville, mais aux habitants qu’il s’adresse. Il s’apitoie sur elle Avec une affection toute paternelle, sentiment que nous rencontrons encore, en un autre endroit, où il est dit qu’en la considérant il se mit à pleurer. Luc . xix. Par ces paroles.: « Combien de fois ai-je voulu ras¬ sembler tes enfants, » il atteste que c’est lui qui " a envoyé tous les prophètes qui l’ont précédé dans le cours des temps. Quant à cette compa¬ raison d’une poule qui rassemble ses poussins sous ses ailes, nous la lisons dans le cantique du Deutéronome : « Comme un aigle protège son nid, et se met au-dessus de ses petits, il a étendu ses ailes, il les a pris et les a emporté sous ses ailes. 6 Deuter . xxxii, 11. « Voici que votre demeure sera déserte. » Ibid . 38. Il avait dit la même chose longtemps auparavant par la bouche de Jérémie : « J’ai quitté ma propre maison, j’ai abandonné mon hé- eorum, per Noe et Job et Daniel volens intelligi. Ergo et isti qui si milia Cain et Joas contra apostolos gesserint, de una generatione esse referuntur. « Jérusalem, Jérusalem, quæ occidis prophetas, et lapidas eos qui ad te missi sunt, quoties volui congre- gare filios tuos, quemadmodum gallina congregat pullos suos sub alas, et noluisti ! » Jérusalem, non saxa et ædificia civitatis, sed habitatores vocat, quam plangit patris affectu, sicut ,et in alio loco legimusv quod videns eam fleverit Img. xix. In eo autem quod dicit : « Quoties volui congregare filios tuos, » omnes rétro prophetas a se missos esse testatur. Gallinæ quoque similitudinem congregantis sub alas pullos suos, in cantico Deuterono- mii legimus : « Sicut aquila protegit nidum suum, et super pullos suos desideravit, expandens alas suas suscepit et tulit super pennas suas Peut . xxxii, il. «. Ecce relinquetur vobis domus vestra deserta. » Hoc ipsum ex persona Jeremiæ jam ante dixerat : « Reliqui domUm meam, dimisi hèereditatem meam facta est mihi COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 65 ritage, mon héritage est devenu pour moi comme une caverne d’hyène. » Jerem . xii. 1 , 8. Que la maison des juifs, c’est-à-dire, ce temple dont la splendeur était incomparable, soit déserte, nous le voyons de nos yeux; elle a perdu [celui qui l’habitait, Jésus-Christ; et voulant ravir l’héri¬ tage, elle a tué l’héritier. « Car je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Ibid . 39. Il s’adresse à Jérusalem et au peuple juif. Or ces paroles dont se servirent les petits enfants et ceux qui étaient encore à la mamelle, pour saluer l’entrée de Notre-Seigneur à Jérusalem : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ; hosanna au plus haut des deux, » il les a em¬ pruntées au psaume cent dix-sept, ' qui a trait évidemment à l’avènement du Sauveur ; et c’est dans ce sens qu’il veut voir interpréter sa menace : Si vous ne faitéS pénitence, Luc. xiii, et si vous ne confessez que je suis le Fils du Père tout-puissant que les prophètes ont. annoncé, vous ne verrez pas mon visage. Ainsi les Juifs ont un temps donné pour faire pénitence ; qu’ils proclament béni celui qui vient au nom du Sei¬ gneur, et ils verront le visage du Christ. « Jésus étant sorti du temple s’en alla. Alors ses disciples s’approchèrent pour lui montrer les constructions du temple, mais lui leur répondit : hæreditas mea quasi spelunca hyænæ » Jer. xn, 7, 8. Desertam Judæorum domum, id est templum illud, quod fulgebat augustius, oculis comprobamus, quia habitato- rem , Ghristum perdidit, et hæredifcatem præripere gestions, occidit hæredem. « Dico enim vobis : nou me videbitis amodo, donec dicatis : Benedictus qui venit in nomme Domini. » Ad Jérusalem loquitur, et ad populum Judæorum. Versicu- lum autem istum, quo et parvuli atque lactentes in ingressu Jérusalem Domini Salvatoris usi sunt, quando dixerunt : « Benedictus qui venit in nomine Domini, osanna in excelsis, » sumpsit de centesimo decimo septimo psalmo, qui manifeste de adventu Domini scriptus est. Et 'quod dicifc, hoc vult intelligi : Nisi pœnitentiam egeritis Luc. Xiii, et confessi fueritis ipsum me esse, de quo propbetæ cecinerunt, Filium omnipotentis Patris, meam faciem non videbitis. Habent Judæi datura sibi tempus pœnitentiæ; confiteantur benedictum qui venit in nomine Domini, et Ghriti ora conspicient. « Et egressus Jésus de templo, ibat. Et accesserunt discipuli ejus, ut ostenderent ei ædificationes templi. Ipse autem respondens, dixit illis : Videtis hæc omnia? Tom. x. « Vous voyez tout cela. Je vous le dis en vérité, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit détruite. » Matth. xxiv, 1, 2. Sous le rapport historique, le sens est clair. Le Seigneur sorti du temple, tout l’édifice de la Loi, tout l’arran¬ gement des ordonnances croule au point que les Juifs n’en peuvent plus rien accomplir, et que, la tête étant supprimée, tous les membres entrent en luttes les uns contre les autres. « Comme il s’était arrêté sur la montagne des Oliviers, des disciples vinrent le trouver secrè¬ tement et lui dirent : Dites-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe de votre avènement et de la fin du monde. Jésus leur ré¬ pondit : Prenez garde que personne vous séduise » Ibid. 3, 4. Jésus s’arrête sur la montagne des Oliviers où s’allume la vraie luipière de la science, et des disciples s’approchent secrètement de lui, désireux de connaître les mystères, et d’avoir la révélation de l’avenir, et ils lui posent trois ques¬ tions : , Quand Jérusalem doit-elle être détruite, quand le Christ viendra-t-il, quand la fin du monde arrivera-t-elle ? « Car beaucoup viendront en mon nom disant : Je suis le Christ, èt, ils en séduiront beaucoup. » Ibid . 5. Au nombre de ceux-là est Simon le sa¬ maritain, dont nous parlent les Actes des apôtres, lequel se proclamait la grande vertu de Dieu, Act. viii, et qui l’écrivait entre autres choses dans ses Amen dico vobis : non relinquetur hic lapis super lapi- dem, qui non destruatur. » Juxta historiam manifestus est sensus. Recedentê autem Domino de templo, omnia legis ædiûcia, et compositio mandatorum ita destructa est, ut nîhil a Judæis possit impleri; et capite sublato, universa inter se membra compugnent. « Sedente autem eo super montem Oliveti, accesserunt ad eum discipuli secreto, dicentes : Die nobis quando hæc erunt, et quod signum adventus tui, et consumma- tionis sæculi? Et respondens Jésus, dixit eis : Videte ne quis vos seducat. » Sedet in monte Oliveti, ubi verum lumen scientiæ naseebatur, et acccedunt ad eum discipuli secreto, qui mysteria et futurorum revelationem nosse cupiebant, et interrogant tria : Quo tempore Jérusalem destruendasit; quo venturus Ghristus; quo consummatio sæculi futura sit. « Multi eniin venient in nomine meo, dicentes : Ego sum Ghristus ; et multos seducent. » Quorum unus est Simon Sam ar ita nus, quem in Actibus apostolorum legi- mus, qui se magnam dicebat esse Dei virtutem Act. vu, hæc quoque inter [ Ai. et] cætera in suis voluminibus scripta dimittens,; « Ego sum serrao Dei, 5 66 SAINT livres : « Je suis la parole de Dieu, je suis le beau, je suis le paracl'et, je suis le Tout-Puissant, je suis le tout de Dieu. » L’apôtre saint Jean dit dans une de ses épîtres : « Vous avez entendu dire que l’antechrist doit venir, mais il y a dès main¬ tenant même beaucoup d’antechrists. » Joan . il, 18. Pour moi, jepenseque tous les hérésiarques sont des antechrists, et qu’ils se servent du nom du Christ, pour enseigner des doctrines contraires au Christ. Et rien d’étonnant que quelques âmes se laissent séduire par leurs erreurs quand le Seigneur a dit : « Et ils en séduiront beaucoup. » « Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres; mais gardez-vous bien de vous troubler, car il faut que ces choses arrivent, mais ce ne sera pas encore la fin. » Ibid. 6. Lorsque nous verrons ces choses arriver, ne nous imaginons pas que le jour du jugement soit proche, mais ' sachons qu’il est réservé à une époque dont les signes précurseurs sont claire¬ ment indiqués dans les versets suivants. « Car la nation se soulèvera contre la nation, le royaume contre le royaume, et il y aura des pestes, des famines, et dés tremblements de terre en divers lieux. Mais tout cela sera le commencement des douleurs. » Ibid. 7, 8. Je ne doute pas que tout ce qui est écrit ici, ne doive se réaliser à la lettre. Il me semble néanmoins que le royaume soulevé contre le royaume, que la peste de ceux dont la parole gagne comme le cancer, II Timoth. u, que la faim d’entendre la ego sum speciosus, ego paracletus, ego oranipotens, ego omnia. Dei. » Sed et Joannes apostolus in epistola sua loquitur : « Audistis quia Antiohrjstus venturus est, nuno autem Antichristi multi sunt » I Joan. n, 18. Ego reor omnes hæresiarchas, Antichristos esse, et sub nomine Christi ea docere, quæ contraria sunt Ghristo. Nec mirum si aliquos ab bis videamus seduci, cum Dominus dixerit : « Et multos seducent. » « Auditori enim estis prœlia, et opiniones præliorum : videte ne turbemini. Oportet enim hæc fieri; sed nondum est finis. » Cum hæc igitur fieri viderimus, non putemus diein instare judicii, sed in tempus illud reservari, cujus signum perspicue in consequentibus ponitur. « Consurget enim gens contra gentem, et regnum contra regnum, eterunt pestilentiæ et famés, et terræmotus per loca. Hsec antem omnia initia sunt dolorum. » Non ambigo et hæc quidem juxta litteram futura quæ scripta sunt : sed mihi videtur regnum contra regnum, et pestilentia eorum, quorum sermo serpit ut . cancer II Tir n, et famés audiendi verbum Dei, et commotio JÉROME parole de Dieu, ébranlement de la terre entière, la séparation d’avec la vraie foi, ont trait surtout aux hérétiques, qui en se déchirant les uns les autres, assurent le triomphe de l’Église. Quant à ces paroles : « Mais tout cela sera le commen¬ cement des douleurs, » je leur préfère cette traduction : « Le commencement des enfante¬ ments, » qui nous fait regarder la venue de l’antechrist comme conçue plutôt que comme réalisée. . ■ « Alors ils vous livreront aux tourments et vous feront mourir; et vous serez un objet de haine pour toutes les nations à cause de mon Nom. » Ibid.. 9. Dans la personne des apôtres, le Sauveur vise tous les fidèles; car à cette époque, les apôtres n’existeront plus en chair. « Et parce que l’iniquité surabonde, la charité de beaucoup se refroidira; mais celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu’à la fin ,»Ibid. 12, 13. Le Sauveur ne dit pas que tous perdront la foi, mais qu’il y en aura beaucoup pour la perdre. Car beaucoup d’appelés et peu d’élus. Et en effet, la charité demeurera au cœur des apôtres et do ceux qui leur ressemblent, cette charité dont il est dit : « Les grandes eaux ne pourront éteindre la charité » Cantic. vnr, 7, et dont parle saint Paul : « Qui nous séparera de la charité du Christ? Sera-ce la tribulation, les angoisses, la faim? » Rom. vin, 35, et le reste. « Et cet Évangile du royaume sera prêché dans toute la terre, pour servir de témoignage universæ terræ, et a vera ficle separatio, in hærelicis magis intelligi, qui contra se invicem dimicantes, Eccle- siæ victoriam faciunt. Quod autem dixit : « Hæc autem omnia initia sunt dolorum, » melius transfertur, « par- turitionum; » ut quasi conceptus quidam adventus Antichristi, non partus intelligatur. « Tune tradent vos in tribulationem, et occident vos ; et eritis odio omnibus gentibus propter nomen meum : » Per apostolos omnium credentium persona signa tur, non quo eo tempore apostoli in corpore reperiendi sint. « Et quoniam abundabit iniquitas, refrigescet charitas multorum. Qui àutem perseveraverit usque ad finem, hic salvus erit. » Non omnium negavit fidem, sed multorum. Multi enim vocati, pauci vero electi. Nam in apostolis et similibus eorum permansura est charitas, de qua Scriptum est : « Aquæ multæ non poterunt fexstin- guere charitatem Cant. vin, 7. Et ipse Paulus : « Quis nos separabit a Charitate Christi? tribulatio, an angustià, an famés » Rom. vin, 35? et reliqua. « Et prædicabitur hoc Evangelium regni in universo COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 67 à toutes les nations, et alors la fin arrivera, » Ibid . 14 .Le signe de Favènemont clu Sauveur, c’èst la prédication de l'Évangile dans tout Funivers, qui ôte aux hommes toute excuse; et cette prédication universelle est complète ou est bien près de l’être. Car je ne pense pas qu’il y ait . encore quelque part une nation pour ignorer le nom de Jésus-Christ. Et en admettant que personne ne soit venu chez elle prêcher l’Évan¬ gile, elle a dû avoir, connaissance des vérités de la foi par les peuples voisins. « Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, qui a été prédite par le prophète Daniel, debout dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne. » Ibid. 15. L’invitation à com¬ prendre indique toujours que nous avons affaire à un langage mystique. Or voici ce que nous lisons dans le prophète Daniel : « Et à la moitié de là semaine, les hosties et les sacrifices seront abolis, et dans le temple, l’abomination de la désolation durera jusqu’à la consommation du temps, et la consommation se fera sur le désert. » L’Apôtre parle également de ce temps* II Thés - saL n; il dit que l’homme d’iniquité et d’opposi¬ tion s’élèvera contre tout ce qui est appelé Dieu et. adoré, qu’il poussera l’audace jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu et se faire passer lui- même pour Dieu, qu’il viendra accompagné de la puissance de Satan, pour faire périr et jeter dans le désert de Dieu ceux qui l’auront accueilli. orbe, in testimonium omnibus gentibus ; et tuno veniet consummatio. » Signum Dominici adventus est, Evange¬ lium in toto orbe prædicari, ut nullus sit excusabilis; , quod aut jam complelum, aut in brevi cernimus esse complendum. Non enim puto aliquam remansisse gen- ' tem, quæ Christi nomen ignoret. Et quamquam non habuerit prædicatorem, tamen ex viciais nationihus opinionem fidei non potest ignorare. « Cum ergo videritis abominationem desolationis, quæ dicta est a Daniele propheta, stantem in loco sancto, qui legit, intelligat. » Quando ad intelligentiam provocamur, mysticum monstratur esse quod dictum est. Legïinus autera in Daniele hoc modo : «Et in dimidio hebdomadis auferetur sacriûcium etlibamina, et in templo abominatio desolationum erit usque ad consumraatiouem temporis, et consummatio dabitur super solitudinem. » De hoc et Apostolus loquitur II Thess . n. : quod homo iniquitatis et adversarius elevandus sit contra omne quod dicitur Doits, etcolitnr; ifa ut audea,t stare in templo Dei, et ostendere quod ipse sit Deus, cujus adventus seëundum Qperationem Satanæ destruat eos, et ad Dei solitudinem Tout cela peut s’entendre ou simplement de l’antechrist, ou de l’image de César que Pilate fit placer dans le temple, ou de la statue équestre d’Adrien qui se dresse encore aujourd’hui sur. l’emplacement même du Saint des Saints. Abo¬ mination, dans l’Ancien Testament signifie idole; et le mot « de la désolation » qui y est joint, indique que l’idole est placée dans le temple désolé et détruit. « Alors que ceux qui sont dans la Judée s’enfuient sur les montagnes, que celui qui est sur le toit, n’en descende pas pour emporter quelque chose de la maison. Et que celui qui est dans le champ, ne se retourne point pour prendre sa tunique. » Ibid 16 seqq. L’abomina¬ tion de la désolation peut s’entendre de toute doctrine perverse. Quand nous verrons cette doctrine debout dans le lieu Saint, c’est-à-dire dans l’Église, et se faire passer pour Dieu, nous devrons nous enfuir de la Judée sur les mon¬ tagnes, c’est-à-dire, abandonner la lettre qui tue, et la perversité judaïque, nous réfugier sur les montagnes éternelles, du haut desquelles Dieu fait éclater son admirable lumière, Psalm . lxxv, et nous tenir sur le toit et sur la terrasse, où ne peuvent arriver les traits enflammés du démon. Nous nous garderons bien de descendre et d’emporter quoi que ce soit de Ta maison de notre vie première, ni d’aller chercher ce qui est derrière nous; mais nous sèmerons plus > i redigat, qui se susceperint. Potest autem sîmpliciter aut de Antichristo accipi, aut de imagine Cæsaris, quam Pi- latus posuit in templo ; aut de Hadriani cquestri statua quæ in ipso sancto sanctorum loco usque in præsentëm diem stetit. Abominatio quoque, secundumvetexæmScripturarn, idolum uuncupatur; et idcirco additur, « desolationis; » quod in desolato templo atque destructo idolum positum sit. « Tune qui in Judsea sunt, fugiant ad montes; et qui in tecto, non descendat tollere aliquid de domo sua; et qui in agvo, non revertatur tollere tunicam suam. » Abominatio desolationis intell igi potest, et omne dog- rna perversum ; quod cum yiderimus stare in loco sanc¬ to, hoc est, in Ecclesia, et se ostendere Deum, debemus fugere de Judæa ad montes, hoc est, dimissa occidente littera et Judaica pravitate, appropinquare montibus æternis, de quibns illuminât mirabiliter Deus’Ps. lxxv ; et esse in tecto et in domate, quo non possint ignitâ diaboli jacula pervenire; nec descendere et tollere aÜ— quid de domo conversation^ pristinæ : nec quærere quæ retrovsum sunt; sed magis serere in agro spiritualium 68 SAINT JEROME abondamment dans le champ des Écritures spirituelles, pour en recueillir des fruits plus nombreux. Nous ne devrons pas non plus prendre une seconde tunique, qu’il est défendu aux apôtres de posséder. Porpliire a pris occasion de ce passage, c’est-à-dire, de l’abomination de la désolation dans le lieu saint, qui a été prédite par le prophète Daniel, pour vomir contre nous dans le treizième volume de ses oeuvres une foule de blasphèmes. Eusèbe, évêque de Gésarée, a consacré trois volumes à lui répondre, le dix-huitième, le dix-neuvième ot le vingtième. Apollinaire a écrit aussi beaucoup, sur ce sujet; et il s’est efforcé inutilement de "traiter en un petit chapitre, une question sur laquelle on a écrit .tant de livres. «Mais malheur aux femmes qui seront enceintes ou nourrices en ces jours-là. »Ibid. 19. Malheur à ces âmes qui ne se sont pas encore développées jusqu’à l’homme parfait, qui ne possèdent que les éléments de la foi, et ont besoin d’être encore nourries par les maîtres, on peut aussi interpré¬ ter ce texte en ce sens, que dans la persécution de l’anteohrist, comme cela s’est fait pendant la guerre avec les Romains, les femmes enceintes ou nourrices ne pourront s’enfuir à temps, obligées qu’elles seront de traîner avec elles le lourd fardeau de leur progéniture née ou à naître. « Priez donc que votre fuite n’arrive pas pendant l’hiver, ni au jour du sabbat. » Ibid . 20. Si nous appliquons ce texte à la prise de Jérusalem par Titus et Vespasien, nous dirons aux Juifs qu’ils doivent prier que leur fuite n’arrive pas durant l’hiver, ni au jour du sabbat; parce que d’un côté, la' rigueur du froid empêche de gagner le désert et de se retirer dans les montagnes, et que de l’autre, ils s’exposent, s’ils s’enfuient, à transgresser la Loi, et s’ils restent, à une mort imminente. Mais si nous l’appliquons à la lin du monde, nous y verrons une exhortation à ne point laisser se refroidir notre foi et notre amour pour Jésus-Christ, à ne pas faire le sabbat de la vertu, cessant de travailler à l’œuvre de Dieu. « Et si ces jours n’avaient été abrégés, nul homme n’aurait été sauvé; mais ils seront abrégés à cause des élus. » Ibid. 22. Abrégés, non pas en ce sens qu’ils différeront des autres jours, comme l’ont rêvé quelques écrivains oublieux de cette parole du Psalmiste : « C’est par votre ordre que le jour subsiste tel qu’il est; » Psalm, cxvm, 91, mais dans le sens de la quan¬ tité, c’est-à-dire, diminiués non de longueur, mais de nombre. Abrégés doit se prendre dans le même sens que ces paroles du Psalmite, avec cette différence qu’il s’agit de bénédiction : « Je le remplirai d’une grande longueur de jours » Psalm. xc, et ils seront abrégés, de peur que s’ils se prolongeaient la foi des croyants ne vînt à s’ébranler. Scripturarum, ut fructus capiamus ex eo. Nec tolIere alteram tunicam, quam apostoli habere prohibentur. De hoc loco, id est, de abominatione desolationis, quæ dicta est a Daniele propbeta, stante in loco sancto, multa Porpbyrius tertio decimo operis sui volumine contra nos blasphemavit, cui Eusebius Gæsariensis episcopus tribus respondit voluminibus, decimo octavo, decimo nono, et vicesimo. Apollinaris [Al. ApollinariusJ quoque scripsit plenissime; superflueque conatus est uno capitulo velle disserere, de quo tantis versuum millibus disputatum est. «Vee autemprsegnantibus et nutrientibus in illis diebus. » Væ illis animabus, quæ non in perfectum virum sua ge- nimina perduxerunt, sed initia habent fidei, ut;enutritione indigeant magistrorum. Hoc quoque dici potest, quod in persecutione Antichi^isti, seu Romanæ .captivitatis, præ- gnantes et nutrientes, ufceri et filiorum sarcina prægra- vati, expeditam fugam habere non quiverint. « Orate autem, ut non fiat fuga vestra hieme, vel sab- bato. » Si de captivitate Jérusalem voluerimus accipere, quando a Tito et Vespasiano capta est, orare debent, ne fuga eorum hieme, vel sabbato fiat; quia in altero duritia frigoris prohibet ad solitudines pergere, et in montibus desertisque latitare; in altero, aut transgres¬ sé Legis est, si fugere voluerint, aut mors imminens, si remanserint. Si autem de consummatione mundi intelligi- tur, boc præcipit, ut non refrigescat fides nostra et in Ghristum charitas, neque ut otiosi in opéré Dei torpea- mus virtutum sabbato. « Et nisi breviatï fuissent dies illi, non fieret salva omnis caro; sed propter electos breviabuntur dies illi. » Abbreviatos dies, non secundum deliramenta quorumdam (qui putant temporum momenta mutari; nec recordantur illius scripti : « Ordinatione tua permanet dies » Ps. cvxiii, 91, sed juxta temporum qualitàtem sentire debemus, id est, abbreviatos non mensura, sed numéro; ut quomodo in benedictione dicitur : « Longitudine die- rum replebo eum Ps. xc; » sic et nunc abreviati dies intelligantur ; ne temporum mora, fides concutiatur credentium. ' 69 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU « Alors , si quelqu’un vous dit : Le Christ est ici, où, il est là, ne le croyez point. » ïbid. 23. A l’époque de la captivité des Juifs il ne manqua point de chefs qui se firent passer pour le Christ. La preuve en est que pendant le siège de Jérusalem par les Romains, il y avait trois factions rien qu’à l’intérieur de cette ville. Quoiqu’il en soit, il est préférable d’appliquer ces paroles à la fin du monde. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes qui feront de grands prodiges et des choses merveilleuses, jusqu’à séduire, s’il était possible, môme les élus. Voilà que je vous ai prévenus. » ïbid . 24, 25. Ceci peut s’entendre de trois manières différentes, et s’appliquer, soit à l’époque du siège de Jérusalem par les Romains, soit à la fin du monde, soit à la lutte des héré¬ tiques contre l’Église, et à cette sorte d’ante- christs qui sous le couvert d’une fausse science, cherchent à renverser le Christ. « Si donc on vous dit : Le voilà dans le désert : ne sortez point; le voici dans le lieu le plus retiré de la maison, ne le croyez point.» Ibid. 26. Si l’on vous assure que le Christ se trouve dans le désert des doctrines du paganisme et de la philosophie, ou dans les enseignements intimes des hérétiques qui se vantent de posséder les secrets de Dieu, ne sortez point, ne le croyez point, c’est-à-dire, (comme dans les temps de persécution et d’angoisses, les faux prophètes « Tune si quis vobis dixerit : Ecce hic Christus, aut illic; nolite credere. » Multi captivitatis /Judaicæ tein- pore principes exstitere,' qui Christos esse se dixerent; intantum ut obsidentibus Romanis, 1res intus fuerint factiônes. Sed melius de consuinmatione mundi intelli- gitur. « Surgent enim pseudochristi, et pseudoprophetæ, et dabunt signa magna et prodigia; ita ut in errorem inducântur, si fieri potest, etiam electi. Ecce prædixi vobis. » Tripliciter, ut ante jam dixi, locus hic disseren- dus est; aut de tempore obsidionis Romanæ; aut de consummatione mundi ; aut de hæreticorum contra Eccle- siam pugna, et istiusmodi antichristis, , qui sub opinione falsæ scientiæ contra Christum dimicant. ru « Si ergo dixerint vobis, ecce in deserto est, nolite èxire; ecce in penetralibus, nolite credere. » Si quis promiser it vobis quod in deserto gentilium et phjloso- phorum dogmate Christus moretur; aut in hæreticorum penetralibus, qui Dei pollicentur .arcana, nolite exire, nolite credere; sive (quia persecutionis et angustiarum trouvent de plus grandes facilités pour séduire les esprits,) si quelqu’un se présente au nom du Christ, ne prêtez pas immédiatement foi à ses dires. « Car comme l’éclair sort de l’Orient et paraît jusqu’à l’Occident, ainsi sera l’avènement du Fils dé l’homme. » Ibid. 27.. Ne sortez pas, ne croyez point que le Fils de l’homme se trouve ou dans le désert de la Gentilité, ou dans les appartements retirés de l’hérésie; mais croyez que sa foi resplendit depuis l’Orient jusqu’à l’Occident, dans les Églises catholiques. On peut aussi conclure de là que le second avènement du Christ se manifestera, non dans l’humilité comme le premier, mais dans la gloire. C’est donc une folie de chercher dans les petits coins ou les cachettes bien dissimulées, Celui qui est la lumière du monde entier. « Partout où sera le corps, les aigles s’y assembleront. » Ibid.. 28, Le Christ nous instruit do ses mystères: en prenant pour exemple les objets que la nature offre à nos regards. Ainsi les aigles et les vautours passent pour sentir l’odeur des cadavres, même au delà des mers, et se rassembler autour de cette proie. Si donc des oiseaux sans raison, guidés unique¬ ment par leur instinct naturel, sentent où repose un petit cadavre, dont ils sont cependant sépa¬ rés par de vastes étendues de terre, et par les flots de la mer, à combien plus forte raison, la tempore semper pseudoprophetæ decipiendi inveniunt locum) si quis sub nomine Christi se jactare voluerit, non stathn accomodetis fidem. , « Sicut enim fulgur exit ab Oriente, et paret usque in Occidentem; ita erit et adventus Filii hominis. » Nolite exire, nolite credere, quod Filius hominis vel in deserto gentium sit, vel in penetralibus hæriticorum; sed quod ab Oriente usque in Occidentem, fides ejus in catholicis Ecclesiis fulgeat. Hoc quoque dicendum, quod secundus Salvatoris adventus non in humilitate ut prius, sed in gloria demonstrandus sit. Stultum est itaque eum in parvo loco vel abscondito quærere, qui totius mundi lumen sit. « Ubicumque fuerit corpus, illuc congregabuntur et aqui- læ. » De exemplo naturali quod quotidie cernimus, Christi instruimur sacramento. Aquilæ et vultures etiâm trans maria dicuntur senlire cadavera, et ad escam hujuscemodi congregari. Si ergo irrationabiles volucres naturali sensu tantis terrarum spatiis, et maris fluctibus separatæ, par- vum cadaver sentiunt ubi jaceat; quanto magis nos et SAINT JÉROME 70 multitude1 des fidèles doit-elle accourir à celui dont l’éclair sort de l’Orient et paraît jusqu’à l’Occident. Nous pouvons toutefois par le corps, en grec dont la véritable traduction latine est « cadaver » cadavre, par la raison qu’il tombe « cadit ».par la mort, entendre la passion du Christ, près de laquelle nous sommes appelés; afin de nous y rassembler partout où nous la rencontrerons dans les Écritures, et de pouvoir par elle parvenir au Verbe de Dieu, selon cette parole ; « Ils ont percés mes mains et mes pieds; » Psalm. xxi, 17, et celle-ci d’Isaïe : « Il a été conduit comme une brebis au sacrifice » /sa. lui, 7, et d’autres semblables. Le nom d’ai¬ gle est donné aux saints, parce que leur jeunesse se renouvelle comme celle de l’aigle, et que, selon Isaïe, ils ont des plumes et prennent des ailes pour accourir à la passion du Christ. Isa , XLVI. « Mais aussitôt après ces jours do tribu¬ lations, le soleil s’obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière, les étoilos tomberont du ciel, et les vertus des cieux seront ébranlées. » Ibid. 29. Le soleil et la lune s’obscurci¬ ront et ne donneront plus leur - lumière les autres astres, tomberont du ciel et les vertus des' cieux seront ébranlées; cela ne signifie pas que leur lumière sera amoindrie, (nous lisons ailleurs que le soleil aura sept fois plus d’éclat, Ibid xxx), mais qu’ils .sembleront omnis multitude» credentium debet festinare ad eum, cujus fulgur exit ab Oriente, et paret usque ad Occidentem ! Possumus autem corpus, id est, TtTtup.cx, quocl siguifi- cantius Latine dicitur « cadaver, » ab eo quod per mor- tem cadat, passionem Christi intelligere, ad quam provo- camur ; ut ubicumque in Scripturis legitur, cougregemur, et per illam venire possimus ad Verbum Dei, ut est illud : « Foderunt manu s meas et pedes, meos Ps, xxi, 17. Et ' in Isaia : « Sicut ovis ad victimam ductus » Isa. un, 7; et cætera his similia. Àquilæ autem appellantur sancti, quibus innovata est juventus ut aquilæ; et qui juxta Isaiam plumescunt, et assumunt alas, ut ad Christi veniant passionem, Iscd xlvi. « Statim autem post tribulationem dierum illorum sol obscurabitur, et luna non dabit lumeu suum, et stellæ cadeut de cælo, et virtutes cœlorum commovebuntur. » Sol et luua obscurabuntub, et non dabunt lumeu suum; et cætera astra cadent de ccelo, virtutesqüe cœlorum commovebuntur, non diminutione luminis (alioquin legi- mus solem septuplum babiturum luminis Ibid, xxx), sed quod ad comparationem verse lucis omnia visui tene- obscurs aux yeux, en' comparaison do la vérita¬ ble lumière. Si donc ce soleil qui resplendit aujourd’hui dans tout l’univers, si la lune qui occupe après lui le second rang, si les étoiles allumées pour consoler la nuit, si toutes ces ver¬ tus (et en ces vertus nous voyons les multitudes des anges,) passeront pour ténèbres à l’avène¬ ment du Christ, qu’ils perdent de leur assuran¬ ce, ceux qui se regardant comme des saints ne redoutent point la présence du souverain Juge. « Et alors le signe du Fils de l’homme paraî¬ tra dans le ciel » Ibid. 30. Ce signe désigne ou bien le signe de la Croix, afin que les Juifs voient, (selon Zacharie, Zach . xn, et saint Jean. Joan. xix ) Celui qu’ils ont percé; ou bien l’étendard du triomphe et de la victoire définitive. « Et alors, toutes les tribus de la terre gémi¬ ront, et elles verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. » Ceux-là gémiront qui n’ont point eu de demeure dans le ciel et sont restés inscrits sur la terre. « Et il enverra ses anges avec une trompette et une voix éclatante, et ils rassembleront ses élus des quatre coins du monde, depuis une extrémité du ciel jusqn’à l’autre. >> Ibid, 31. L’apôtre parle aussi de cette trompette, I Corinth. xv, et I Thessal. iv. Nous la rencon¬ trons également dans l’Apocalypse de saint Jean, brosa sint. Si itaque iste sol, qui nunc per totum orbem rutilât, et luua quæ secundum est lumiuare, et stellæ quæ ad solatium noctis accensæ suut, omnesque virtutes (quas augelorum multitudines intelligimus) in adventu Christi in tenebras reputabuutur ; decutiatur superci- lium eorum, qui se sanctos arbitrantes præseptiam judi- cis non formidaut. « Et turic parebit signum Filii hominté in ccelo. » Signum hic, aut crucis intelUgamus, ut videant (juxta Zachariam Zach . xii et Joannem Jomi .. xix Judæi quemcompunxerunt; aut vexillum victoriætriumphantis. «. Et tune plangent omnes tribus terræ, et videbunt Filium bominis venieutem in nubibus cceli cum virtute multa et majestate. » Plangent bi qui municipatum non habuere in coelis, sed scripti sunt iu terra. « Et mit te t angelos suos cum tuba et voce magna; et congregabunt electos ejus a quatuor veutis, a summis cœlorum usque ad terminos eorum. » De hac tuba et Àpostolüs loquitur I Cor. xv; I Thess. îv; et in apoca- lypsi Joanûis legimus Apoc. vm; et in veteri Testa- mento Num. x, tubæ ductiles ex auro, et ære argento- COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 71 Apoc. vm; et enfin dans l’Ancien Testament, Num. x, Moïse reçoit de Dieu l’ordre de faire des„irompettes,d’Qrr. d’argent et, d’airain battues au marteau, pour faire retentir les sublimes mystères des doctrines célestes. « Apprenez ceci par une comparaison prise du figuier. Quand ses branches sont déjà tendres, et qu’il commence à pousser ses feuilles, vous savez que l’été est proche. Ainsi lorsque vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est près et qu’il est à la porte. » Ibid . 32, 33. Le Sauveur nous apprend l’arrivée de la fin du monde par un exemple emprunté au figuier; de même, dit-il, que vous reconnaissez l’approche de l’été, et l’entrée du printemps, quand vous voyez le figuier produire de tendres „ pousses, le bourgeon se développer et s’épanouir en fleurs, et les feuilles sortir de l’écorce, ainsi quand vous verrez âe réaliser ces événements, n’allez pas croire que la fin du monde est déjà venue ; mais regardez-les comme des préliminai¬ res et des avant-coureurs destinés à vous mon¬ trer que la fin est proche et qu’elle est à la porte. « Je vous dis en vérité que cette génération ne passera point que toutes ces choses ne soient accomplies. » Ibid . 34. Nous avons dit plus haut qu’il y avait deux générations ou deux races, l’une des bons et l’autre des méchants. Or ces paroles visent ou le genre humain en général, ou le peuple juif en particulier. que fieri præcipiuntur ; ut sublimia doctrinarum resonent sacramenta. « Ab arbore autem fici discite parabolam : cum jam ramus ejus tener fuerit, et folia nata, scitis quia prope est æstas. Ita et vos cum videritis hæc omnia, scitote quia prope est in januis. » Sub exemplo arboris,docuitcon- summationis adventum. Quomodo, inquit, quando teneri fuerint in arbore ficus cauliculi, et gemma erumpit in fio- rem, cortexque folia parturit, intelligitis æstatis adventum, et Favonii ac Veris introitum : ita cum hæc omnia quæ scripta sunt, videritis, nolite putare jam adesse consum- mationem mundi, sed quasi præmia et præcursores quosdani venire; ut ostendant quod prope sit et in januis. « Amen dico vobis, quia non præteribit generatio hæc, donec omnia ista fiant.» Supra diximus generationes bonorum, etecontrario maloruni esse singulas. Igitur aut omne genüs hominum significat, aut specialiter . Judæo- rum. « Gœlum et terra transibunt, verba autem mea non « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » Ibid . 35. Le ciel ot la terre passeront, doit s’entendre d’un change¬ ment radical et non d’une destruction complète; autrement, comment le soleil pourrait-il s’obscur¬ cir, là lune ne plus donner sa lumière, et les étoiles tomber, si le ciel qui est leur demeure et la terre n’existaient plus ? « Mais quant à ce jour et à cette heure, personne ne les connaît, pas même les anges du ciel, si ce n’est mon Père seul. » Ibid . 36. Certains manuscrits portent l’addition : « Ni le Fils, » bien qu’on ne la retrouve ni dans les exemplaires grecs, ni surtout, dans ceux d’Origène et de Piérins. Mais comme néanmoins on la lit dans quelques-uiiSj il me semble néces¬ saire d’en parler. Arius et Eunomius triomphent, comme si l’ignorance du maître faisait la gloire des disciples, et disent : Il ne peut y avoir éga¬ lité entre celui qui sait et celui qui ignore. Je consacre à leur répondre les lignes suivantes : Jésus, c’est-à-dire, le Verbe de Dieu, rayant fait tous les temps : « Tout a été fait par lui, et rien n’a été fait sans lui» Joan. i, 3, et le jour même du jugement étant compris dans tous les temps, en vertu de quelle logique pourrait-il ignorer une partie de l’œuvre dont il sait le tout ? On peut encore dire : Quel est le plus grand de la connaissance du Père, ou de la connaissance du jugement ? Et s’il connaît lo plus grand, comment ignorerait-il le moindre ? Lisons ce præteribunt. » Gœlum et terra transibunt immutatione, non abolitione sui; alioquin quomodo sol obscurabitur, et luna non dabit. lumen suum et stellæ cadent, si cœ- lum in quo ista sunt, terraque non fuerit? « De die autem ilia et hora neino soit, neque angeli, cœlorum, nisi solus Pater. » In quibusdain Latinis co- dicibus additum est, « neque Filius : » cum in Græcis, et maxime Adamantii et Pierii exemplaribus, hoc non habeatur ascriptum ; sed quia in nonnulis legitur, disse- rendum videtw. Gaudent Arius et Eunomius, quasi ignorantia magistri, gloria discipulorum sit, et dicunt : Non potest æqualis esse qui novit, et qui ignorât. Contra quos br éviter ista dicenda sunt : Cum omnia tempora fecerit Jésus, hoc est, Verbum Dei : « Omnia enim per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil» Joa/n. i, 3, in omnibus autem temporibus, etiam dies judicii sit ; qua consequentia potest ejus ignorare partem, cujus totum noverit? Hoc quoque diceudum est : Quid est majua, notitia Patris, an judicii? Si majus novit, quomodo ignorât quod minus est? Scriptum legimus, « Omnia 72 SAINT JÉROME qui est écrit : « Tout ce qui appartient à mon Père m’a été remis » Luc . x, 22. Si tout ce qui appartient au Père appartient également au Fils, pour quelle raison, le Père se serait-il ré¬ servé la connaissance d’un soûl jour, sans vouloir la communiquer/ au Fils. Il faut alors tirer cette conclusion : Si le Fils ignore le dernier jour des temps, il ignore aussi l’avant-dernier et tous ceux qui le précèdent. Car il ne se peut admettre que quelqu’un ignore le premier et sache quel est le second. Maintenant donc que nous avons prouvé que le Fils n’ignore pas le jour de la fin du monde, il nous faut donner les motifs de l’imputation d’ignorance qui lui est faite. L’Apôtre écrit du Sauveur : « En lui sont tous les trésors cachés de la sagesse et do la science. » Coloss . n. 3. Il y a donc dans le Christ tous les trésors de la sagesse et de la science, mais ils sont cachés. Pourquoi sont-ils cachés ? Après sa résurrection, interrogé par ses apôtres au sujet de ce jour, il leur répondit ouvertement : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a mis en son pouvoir, » Act. i, 7. En leur disant : «Il ne vous appartient pas de connaître, » il montre qu’il le connaît, lui, mais qu’il ne convient pas de le faire con¬ naître aux apôtres, afin que cette ignorance continuelle de la venue du juge, les oblige à vivre chaque jour, comme s’ils devaient être jugés le lendemain. Enfin cette interprétation quæ Patris sunt, mihî tradita sunt » Luc. x, 22. Si om- nia Patris Filii sunt, qua ratione unius sïbi diei notitiam reservavit, et noluit eam communicare cum Fiiio? Sed et hoc inferendum : Si novissum diem temporum ignorât, ignorât et pene ultimum, et retrorsum omnes. Non enim potest fieri, ut qui primum ignorât, sciât quid secundum sit. Igitur quia probavimus non ignorare Filium [Al. additur Dei] consummationis diem, causa reddenda est cur ignorare dicatur. Apostolus super Salvatore scribit : « In quo sunt omnes thesauri sapientiæ et scientiæ absconditi » Coloss. n, 3. Sunt ergo omnes thesauri in Ghristo sapientiæ et scientiæ, sed absconditi surit. Quare absconditi sunt? Post resurrectionem interrogatus ab apostolis, de die manifestais respondit : « Non est ves- trum scire tempora vel momenta, quæ Pater posuit in sua potestate » Act. i, 7. Quando dicit, « non est vestrum scire, » ostendit quod ipse sciât, sed non expé¬ diât nosse apostolis, ut semper incerti de adventu judicis, sic quotidie vivant, quasi die alia judicandi sint. Denique et consequens Evangelii sermo idipsum cogit intelligi, résulte du texte évangélique, lorsqu’il dit : Que le Père seul connaît ce jour; dans le Père, il comprend le Fils ; car tout le Père est le nom du Fils. « Mais il arrivera à l’avènement du Fils de l’homme, ce qui arriva au temps de Noé ; car comme dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient, et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche; et qu’ils ne connurent le déluge que lorsqu’il arriva et les fit périr tous; il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme. » Ibid. '37. Seqq. On demande comment concilier ces deux versets, celui où il est dit : « La nation se soulèvera contre la nation, le royaume contre le royaume, et il y aura des pestes, des famines et des tremblements de terre, » et le verset actuel où les événements prédits sont de ceux qui appartiennent à un temps de paix ? L’on peut admettre avec l’Apôtre , qu’après les combats, les dissensions, lés pestes, les famines, les tremblements de terre, et les autres fléaux qui ravageront le genre humain, s'ouvrira aussitôt une ère de paix et de tranquil¬ lité générale pour affermir la foi des croyants, et, leurs maux finis, aviver leur espérance de voir bientôt arriver le juge. C’est d’ailleurs ce que nous lisons dans saint Paul ; « Lorsqu’ils diront paix et sécurité, ils se trouveront surpris tout d’un coup par une ruine imprévue, comme dicens quoque Patrem solum nosse, in Pâtre com- prehendit et Filium. Omnis enim pater, filii nomen est. « Sicut autem in diebus Noe, ita erit et adventus Filii hominis. Sicut enim erant in diebus ante diluvium comedenteset bibentes, nubentes et nuptui [Al. nuptum] tradentes, usque ad eum diem, quo intravit Noe inarcam, et non cognoverunt donec venit diluvium, et tulit omnes ; ita erit et adventus Filii hominis. » Quæritur quomodo su¬ pra scriptum sit : « Surget enim gens contra gentem, et regnum contra regnum ; et erunt pestilentiæ, et famés, et terræmotus; » et nunc ea futura memorentur quæ pacis indicia sunt.. Sed existimandum, juxta Apostolum, quod post pugnas, et dissensiones, et pestilentias, et famés, et terræmotus, et cætera quibus genus vastatur humanum, brevi [Al. brevis] subsecutura sit pax, quæ quieta omhia repromittat, ut fides credentium comprobetur, utrura transactis malis, sperent judicem esse venturum. Hoc est enim quod in Paulo legimus : « Quando dixerint, pax et securitns, tune repentinus eis supervenieV interi- 73 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU Test une femme enceinte par les douleurs de Pepfantement, et ils n’y échapperont pas. » i Thessal. v. 3. « Alors de deux hommes qui seront dans un champ, l’un sera pris et l’autre sera laissé. Do deux femmes qui moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre sera laissée. »Ibid . 40, 41. Alors, dit-il, il y aura deux hommes dans un champ, c’est-à-dire, à l’époque de la fin du monde et du jugement, deux hommes qui se trouveront dans un même champ, qui auront fait le même tra¬ vail, et en quelque sorte semé le même grain, ne retireront pas le même fruit de leur labeur. De deux femmes qui moudront ensemble, l’une sera prise, l’autre laissée. Dans ces deux hommes rencontrés dans un champ, dans ces deux fem¬ mes tournant ensemble la meule, il faut voir ou la Synagogue et l’Église qui semblent tourner ensemble le moulin de la Loi, et tirer des mêmes . Écritures la farine des préceptes de Dieu, ou les hérésies qui paraissent moudre au moyen des deux Testaments le grain de leurs erreurs; et bien qu’elles portent toutes le nom de Chrétien, elles ne recevront pas la même récompense, les unes étant prises, et les autres laissées. « Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur doit venir. Car sachez que si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certaine¬ ment et ne laisserait pas percer sa maison. » tus, sicut dolor parturientis, et non effugient » I Thess. v, 3. « Tune duo erunt in. agro; unus assumetur, et unus relinquetur, duæ molentes in mola ; una assumetur et una relinquetur. » Tune, inquit, duo erunt in agro, quando, tempore videlicet consummationis atque judicii, duo in agro pariter invenientur eumdem habentes laborem, et quasi parem sementem, sed fructus laboris non æque recipientes. Duçe quoque molentes simul erunt ; una assumetur, et una relinquetur. In duobus qui in agro commorantur, et in duabus quæ pariter molunt, vel Syna- gogam intellige, et \Al. vel] Ecclesiam, quod simul molere videantur in Lege, et de eisdem Scripturis fari- nam terere præceptorum Dei ; vel cæteras hæreses, quæ de utroque Testamento, aut de altero videntur molere farinam doctrinarum suarum; et euin unum nominis Christiani propositum habeant, non eamdem mercedem récipient; aliis assumptis, et aliis derelictis. « Vigilate ergo, quia nescitis qua hora Dominus vester venturus sit. Illud autem scitote, quoniam si sci- Ibid. 42, 43, Il montre clairement pour quelle raison il disait plus haut : « Quant à ce jour, et à cette heure, personne ne le connaît, pas même les anges du ciel,, sinon mon Père seul. » Et cette raison, c’est qu’il n’est pas utile aux apôtres de le connaître, afin qu’ils restent dans l’incertitude de sa venue et par suite s’atten¬ dent toujours à le voir arriver. Il ne dit pas : « Parce que nous ne savons pas à quelle heure le Seigneur doit venir, » mais « parce vous ne savez pas. » Et après leur avoir cité l’exemple du père de famille, il leur découvre encore plus clairement les motifs qui lui font cacher le jour de la fin du monde, en disant : « Tenez-vous donc aussi toujours prêts, parce que le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne connaissez pas. Quel est, à votre avis, le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur. ses domestiques pour leur distribuer la nourriture en temps opportun? Bienheureux ce serviteur, si son maître, lorsqu’il viendra, le trouve agissant de la sorte. Je vous dis en vérité qu’il l’établira sur tous ses biens. » Ibid . 44, Seqq.. Le Sauveur revient et appuie davantage sur le motif qui lui a fait dire que ni lui ni les anges ne connaissaient le jour et l’heure de la fin du monde, et que son Père seul le savait; et ce motif, c’est qu’il n’est pas utile aux apôtres de le connaître. En même temps pour les tenir en garde, et les disposer par l’appât de la récom¬ pense à distribuer à leurs compagnons en temps ret paterfamilias qua hora fur venturus esset, vigilaret utique, et non sineret perfodi domum suam. » Perspicue ostendit quare supra dixerit, « De die autem ilia et hora nemo soit, neque Filius hominis, neque angeli, nisi Pater solus : » quod non expédiât scire apostolis, ut pendulæ exspectationis incerto semper eum credant esse venturum, quem ignorant quando venturus sit. Et non dixit, « quia nescimus qua hora venturus sit Dominus;» sed « nescitis. » Præmissoque patrisfamiliàs exemplo, cur reticeat consummationis diem, manifestais dôcet, dicens ; « Ideo et vos estote parati, quia nescitis qua hora Fi¬ lius hominis, venturus est. Quis, putas, est fidelis servus et prudens, quem constituit Dominus ejus super fami- liam suam, ut det illis cibum in tempore? Beatus ille servus, quem cum venerit Dominus ejus, invenent sic facientem. Amen dico vobis, quoniam super omnia bona sua constituet. eum. » Plenius iuculcat et replicat, quare de die consummationis et hora nec angelos, nec se scire prædixerit; sed solum Patrem, quod non expédiât ! 74 SAINT JÉROME opportun, la nourriture des enseignements . de la foi, il leur apporte l’exemple du père de famille et de ses serviteurs, c’est-à-dire de lui- même et de ses apôtres. « Mais si ce serviteur est méchant, et qu’il dise en son cœur : mon Maître tarde à venir; et qu’il se mette à battre ses compagnons, à manger et à boire avec des ivrognes. » Ibid . 48, 49. De ce qui précède il résulte, que, comme le serviteur vigilant qui est toujours dans l’at¬ tente de l’arrivée de son maître, donne au temps voulu la nourriture à ses compagnons, et qu’il est établi plus tard sur tous les biens du père de famille; ainsi au contraire, celui qui dit avec Ezéchiel : « Cela n’arrivera pas de longtemps. » Ézèch. xii, 22, et se persuade que son maître, ne doit pas revenir de si tôt, qui s’endort dans la sécurité et se livre à la bonne chère et à la débauche ; celui-là trouvera au lieu du père de famille plein de douceur, un juge plein de la plus grande sévérité. « Lq maître de ce serviteur viendra au jour qu’il ne s’y attend pas, et à l’heure qu’il ne sait pas. Il le divisera et il lui donnera son par¬ tage avec les hypocrites; c’est là qu’il y aura des pleurs et des gricements de dents. » Ibid. 50, 51. Le but du Sauveur est de persua¬ der ses apôtres que le maître viendra au mo¬ ment où l’on n’y pensera pas; et de leur enseigner la vigilance et la sollicitude qui con¬ seille apostolis; et exemplum patrisfamilias, hoc est, sui et fidelium servorum, id est, apostolorum, ad cohorta- tionem sollicitée mentis interserit, ut spe præmiorum ministrent conservis in tempore suo cibaria doctrinarum. «Si autem dixerit malus servus ille in corde suo, moram facit dominus meus venir e, et cceperit percutere conser- vos suos, manducet autem et bibat cum ebriis. » Ex su- perioribus pendet, quod sicut sollicitus servus et semper adventum domini præstolans, tradit conservis cibaria in tempore suo, et poslea super omnia bona patrisfamilias constituitur ; ita econtrario, qui juxta Ezechielem dixit : « In tempora longa fiet istud » Bzech . xn 22, et non putat dominum cito esse venturum; factus securior, vàcat epulis atque luxuriæ; et non lenem patremfamilias sed severissimum sentiet judicem. « Veniet dominus servi iïlius, in die qua 'non sperat, et hora qua ignorât, et dividet eum, partemque ejus ponet cum hypocritis ; illic erit fletus et stridor dentium . » Hoc ipsum docet, lit sciant quando non putatur dominus, tune eum esse venturum, et vigilantiæ ac sôllicitudinis dispensatores admonet. Porro quod dicit, « dividet eum » vient à ses, dispensateurs. Pour ces paroles : « Il le divisera, » elles ne signifient pas qu’il le partagera en deux avec un glaive, mais qu’il le séparera de la société des saints et le rangera parmi les hypocrites, c’est-à-dire, parmi ceux qui étaient dans le champ, qui tournaient la meule, et qui néanmoins furent laissés. Nous avons dit bien souvent que l’hypocrite paraît au dehors tout autre qu’il n’est au dedans. Ainsi, dans le champ et à la meule, il semble travailler tout comme le véritable enfant de l’Église ; mais la fin montre que sa volonté était toute diffé¬ rente. « Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges, qui ayant pris leurs lampes, s’en allèrent au-devant de l’époux ei de l’épouse ; mais cinq d’entr’elles étaient folles, et cinq sages. Les. cinq folles ayant pris leurs lampes, ne prirent point d’huile avec elles. Les sages au contraire, prirent de l’huile dans leurs vases avec leurs lampes. » Matth. xxv 1 Seqq. Certains interprètes appliquent simplement aux vierges en général, cette parabole ou comparai¬ son des dix vierges folles et sages. Les unes seraient, comme parle l’Apôtre, vierges dé corps et d’esprit; les autres gardant uniquement la virginité corporelle, ou bien ne feraient pas les œuvres que comporte leur état, ou bien forcées par la volonté paternelle de. rester vierges, nourriraient dans leur cœur le désir du mariage. non quo gladio eura dissecet; sed quo a sanctorum con- soi’tio eum separet, et partem ejus ponat cum hypocritis; cum his videlicet, qui erant in agro et qui molebant et nihilominus derelicti sunt. Sæpe diximus hvpocritam aliud esse, aliud ostendere; sicut et et in agro et in mola idem videbatur facere, quod ecclesiasticus vir, sed exitus diversæ voluntatis apparuit. « Tune simile eyrt regnum cœlorum decem virginibus, quæ accipientes lampades suas, exierunt obviam sponso et sponsœ. Quinque autem ex eis erant fatuæ, et quinque prudentes. Sed quinque fatum acceptis lampadibus, non sumpserunt oleum secum. Prudentes vero acceperunt oleum in vasis suis cum lampadibus. » Hanc parabolam, id est, similitudinem decem virginum, fatuarum atque prudentium, quidam simpliciter in virginibus' interpre- tantur, quarum nliæ, juxta Apostolum, et corpore et mente sunt virgines; alise virginitatem tantum çorpo- rum reservantes, vel caetera opéra non habent proposito, suo similia, vel parentum custodia reservatæ, nihilomi- nus mente nupserunt I Cor . vu. Sed xnilii videtur ex superioribus alius sensus esse qui dicitur, et non ad vir- COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 75 I Corinth. vn. Il me semble, d’après tout ce qui a été dit plus haut, que le sens est tout différent, et que la comparaison a rapport, non pas à la. virginité corporelle, mais bien plutôt au genre humain tout- entier. Car de même que les deux hommes qui sont dans un champ et les deux femmes qui tournent la meule signifient les deux peuples, le peuple chrétien et le peuple juif, le peuple des saints et le peuple des pé¬ cheurs, lesquels pécheurs faisant partie de l’Église, semblent extérieurement labourer et moudre, mais au fond n’agissent en tout que par hypocrisie; de même en ce moment les dix , vierges représentent tous les hommes qui parais¬ sent croire en Dieu, et basent leur foi sur les Saintes Ecritures, enfants de l’Église aussi bien que Juifs et hérétiques. Et la raison pour laquelle tous reçoivent le nom de vierges, c’est qu’en effet tous se vantent- de connaître le Dieu unique, et que leur esprit n’est pas soumis au joug honteux de l’idolâtrie. Parmi ces vierges, les unes possèdent de l’huile, ce sont celles qui à la foi joignent la parure des œuvres. Les autres n’en ont pas, ce sont celles qui semblent partager la foi au Seigneur, mais négligent la pratique de la vertu. Nous pouvons encore voir dans les cinq vierges sages et les cinq vierges folles, les cinq sens. Chez les uns, en effet, les sens se tournent vers le ciel et aspirent aux biens surnaturels; chez les autres, ils n’ont de goût que pour la fange des corruptions ter- ginalia corpora, sed ad omne hominum genus compara¬ tif) pertinere. Sic ut enim duo in agro, et duæ molentes, duos significant populos, Ghristianorum et Judæorum, sive sanctorum et peccatorum, qui in Ecclesia constitué, videntur quidem et ipsi arare et molere; sed cuncta in- hypocrisi faciunt; sic et nunc decem virginés omnes homines pomplectuntur, qui videntur Deo credere, et applaudunt sibi in Scripturis sanctis, tam ecclesi asti cos, quam Judæos,atque hæreticos. Qui idcirco omnes virginés appellantur, quia gloriantur in unius Dei notitia, et meus eorum idololatriæ turba (\<4Z. turbine] non constupratur. Oleum habent virginés, quæ juxta fidem et operibus adofnantur. Non habent oleum, quse videntur simili'qui- dem fide Dominum confiteri; sed virtutum opéra negli- gunt, Possumus quinque virginés, sapientes et stultas, quinque sensus interpretari ; quorum . alii festinant ad coelestia, et superna desiderant ; alii terrenis fæcibus in- hiantes, 'fomenta non habent veritatis, quibus sua corda illuminent. De visu, et auditu, et tactu spiritualiter dictum est : « Quod vidimus, quod audivimus, quod oculis nos- restres, et ne possèdent point ces désirs de la vérité qui illuminent les cœurs. De la vue, de l’ouïe et du toucher, il a été dit au sens spiri¬ tuel : « Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, et ce que nos mains ont toudhé. » i Joan. i, 1. Du goût : « Goûtez et voyez que le Seigneur est doux; » Psalm. xxxni. 9. De l’odorat : « Nous courons à l’odeur de vos par¬ fums. » Gant . i, 3. Et : « Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ. » II Corinth. n, 15. « Mais l’époux tardant à venir, elles s’assou¬ pirent toutes et s’endormirent » Ibid. 5. 11 n’y a pas un petit intervalle entre le premier et le second avènement du Christ., « Elles s’assou¬ pirent toutes, » c’est-à-dire, « elles mouru¬ rent; » la' mort des saints s’appelle sommeil. Aussi ajoute-t-il : « Et s’endormirent, » car elles devaient être réveillées plus tard. « Mais au milieu de la nuit, on entendit un grand cri : Voici l’époux qui vient, allez au- devant de lui. » Ibid. 6. Car ce sera tout d’un, coup, comme au milieu de la nuit, quand tout le monde est tranquille, et que le sommeil est le plus profond, que le cri des anges et les trompettes des puissances célestes retentiront pour annoncer l’avènement du Christ. Disons quelque chose qui sera peut-être utile au lecteur : C’est chez les juifs une tradition que le Christ doit venir au milieu de la nuit, comme autrefois en Égypte quand la Pâque y fut célé- tris perspeximus, et manus nostræ palpavere » I Joo/n. i, 1. De gustu : « Gustate, et videte ’^quoniam su avis est Dominus » Ps. xxxin, 9. De odoratu : « In odorem unguentorum tuorum currimus » Gant, i, 3. Et: « Christi bonus odor sumus » II Cor. n, 15. « Moram autem faciente sponso, dormitaverunt om¬ nes et dormierunt. » Non enim parum temporis inter priorem et secundum adventum Domini prsetergreditur. Omnes dormitaverunt, » id est, mortuæ sunt, quia sanctorum mors somnus appellatur. Conseqnenter autem dicitur, « dormierunt, » quia posfcea suscitandæ sunt. « Media autem nocte clamor factus est, ecce sponsus venit, exite obviam ei. » Subito enim quasi intempesta nocte, et securis omnibus, quando gravissimus sopor est, per angeloenm clamorem, et tubas præcedentium forti- tudinum, Christi resonabit adventus. Dicamus aliquicl quod forsitan lectori utile sit. Traditio Judæorum est, Ghristum media nocte venturum in similitudinem Ægyptii temporis,’ quando Pascha cèlebratum est, et exterminator vènit, et Dominus super tabernacula tran- 76 SAINT JÉROME bréOj que vint Fange exterminateur, que le Sei¬ gneur passa au-dessus dos habitations, et que les poteaux de nos fronts furent marqués , du sang de l’agneau. Exod . xn. Aussi je regarde comme étant de tradition apostolique, la défense de renvoyer les fidèles avant le milieu de la nuit, la veille de Pâques, comme s’ils devaient attendre l’arrivée du Christ. Cette heure une fois ' passée, la sécurité renaît, et tous célèbrent le jour de fête. De là encore ces paroles du Psal- miste : » Je me levais au milieu de la nuit, pour vous louer sur les jugements de votre loi pleine de justice. » Psalm. cxvin, 62. « Aussitôt toutes ces vierges se levèrent et ornèrent leurs lampes. » Ibid. 7. Toutes les vierges se levèrent, et ornèrent chacune leurs lampes, c’est-à-dire, les sens, où elles déposaient l’huile de la science, pour acquérir les vertus qui devaient briller devant le véritable Juge. « Mais les folles dirent aux sages : Donnez- nous de' votre huile, parce que nos lampes s’éteignent. » Ibid. 8. En se plaignant que leurs lampes s’éteignent, elles montrent qu’elles ont brillé un moment; néanmoins ce n’était qu’un éclat passager ; leurs œuvres n’étaient pas durables. L’homme donc qui embrasse la vir¬ ginité, et qui a l’amour de la pureté, ne doit pas se contenter de petites vertus qui se fanent promptement, et se dessèchent aux premières chaleurs; il lui faut poursuivre la perfection, s’il veut avoir une lumière éternellement durable. « Les sages {répondirent : De peur qu’elle ne suffise pas pour nous et pour vous. » Ibid. 9. C’est la crainte et non F avarice qui leur dicte cette réponse. Enfin, chacun recevra la récom¬ pense de ses propres œuvres, et les vertus des uns ne pourront pas au jour du jugement com¬ penser les vices des autres. Et de même qu’à l’époque de la captivité de Babylone, Jérémie fut impuissant à aider les pécheurs, et qu’il s’entendit adresser ces paroles : « Ne priez pas pour ce peuple, » Jerem. vu. 16, de même, ce jour du jugement sera pour tous un jour redoutable, où chacun tremblera pour soi-même. « Allez plutôt à ceux qui en vendent, et acho- tez-en pour vous. » Cette huile qui consiste selon nous dans les aumônes, les vertus et les conseils des maîtres, se vend, il est vrai, mais elle coûte cher et ne s’acquiert que pénible¬ ment. siit, et sanguine agni postes nostrarum frontium conse- crati sunt Exod. xn. Unde reor et traditionem aposto- licam (1) permansisse, ut n die vigiliarum Paschæ ante noctis dimidium populos dimittere non liceat, exspectan- tes adventum Christi. Et postquam illud tempus tran¬ scrit, securitate præsumpta, festum cuncti agunt diem. Unde et Psahnista dicebat : « Media nocte surgebam ad confitendum tibi, super judicia justiûcationis tuæ » Isai. cxvm « Tune surrexerunt omnes virgines illæ, et ornave- runt lampades suas. » Omnes virgines surrexerunt, et oroaverunt unaquæque lampades suas, id est, sensus, in quibus oleum scientiæ recipiebant, ut haberent opéra virtutum, quæ ante verum judicera refulgerent. « Fatuæ autem sapientibus dixerunt ; Date nobis de oleo vestro, quia lampades nostræ exstingüuntur. » Quæ lampades suas queruntur exstingui, ostendunt eas ex parte lucere ; et tamen non habent lumen indeficiens, nec opéra perpétua. Si quis igitur habet animam virgî- nalem, et amator est pudicitiæ, non debet mediocribus esse contentus, quæ cito exolescunt, et exorto caumate, arefiunt; sed perfectas virtutes sequalur, ut lumen habeat sempiternum. « Responderunt prudentes, dicentes : Ne forte non sufficiat nobis et vobis. » Hoc non de avaritia, sed de timoré respondent. Unusquisque enim pro operibus suis raercedem recipiet, neque possunt in die judicii aliorum virtutes, aliorüm vitia sublevare. Et quomodo tempore Babyloniæ captivitatis, Jereraias peccatores juvare non potuit, et dicitur ad eum : « Ne oraveris pro populo isto » Jerem . vu, 16 : sic formidolosa erit ilia dies, cum unusquisque pro semetipso sollicitas erit. « Ite potius ad vendentes, et emite vobis. » Vendit ur hoc oleum, et multo emittfr pretio, ac diffteili labore conquiritur, quod in eleemosynis cunctisque virtutibus et consiliis intelliginius magistrorum. (4) Traditionem. apostolicam vocal etiam Epîphanius, hærcs. 70. Et vero ex ea constilutio ilia apostolica effiota est in Clemontinis, lib. v( cap. 49 : Satftafo (anto Paschalem Dominicain) usque ad gallicinium permanentes, illucescente una sabbatorum, quæ est dies Dominica, jejunium solvite, a vespera usque ad galli cantum vigilantes, et in Ecdesia eongregati in uni m vigiliis, oralionibus, et ad Deum precibus vocale. Insigniora autem sunt de pervigilio Paschæ aliorum testimonia : puta Lactantii, lib. viij cap. 19, queû formo descripsit Isidorus. Originum lib, vr, cap, 47 : Hæc est nox quæ nobis propter adventum regis, ac Dei îiosin1 pervigilio celebratur , cujus noctis duplex ratio est, quod in ea et vitam Lüm recepit cum passus est, et postea orbis tenæ regnum recepturus est . Hieronymo suppar Palladius in vita CUrysosio- mi : Excubat populus in partibus nostris ad primum usque galli cantum, etc, Vulgo autem Patribus vigiliarum nox audit. Ed . Mig. ï COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 77 « Mais pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. » Ibid. 10. Les vierges sages leur conseillent sagement de ne pas aller au-devant de l’époux, sans avoir de l’huile dans leurs lampes; mais comme le moment d’acheter est passé et qu’au jour du jugement, il n’est plus temps de se repentir, au témoignage du Psal- miste : « Qui vous louera dans l’enfer? » Psalm . vi. 6, les voilà mises en demeure, non pas d’embrasser un nouveau genre de vie, mais de rendre compte de l’ancien. « Et celles qui étaient prêtes, entrèrent avec lui aux noces, et la porte fut fermée. » Le jour du jugement arrivé, plus moyen de faire de bonnes œuvres et de se rendre juste. « Enfin les autres vierges vinrent aussi et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous. » Ibid. 11. Magnifique hommage rendu au Seigneur dans l’appel réitéré qui lui est adressé. C’est cer¬ tainement une marque de foi; mais que sert de l’invoquer de bouche, si les œuvres le nient? « Mais il leur répondit : Je vous le dis en vérité : Je ne vous connais point. »Ibid. 12. Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui ; et qui ne le connaît point, en sera méconnu, n Timot. il. 19. Le Seigneur ne connaît pas les artisans d’iniquité : quand même ils seraient vierges, et se feraient gloire de posséder cette double vir¬ ginité qui consiste dans la pureté du corps et la profession de la vraie foi. i Corint. xiv. 18. S’ils « Dum autem irent emere, venit sponsus, » Dant quidem quasi' prudentes consilium, quod non debeant sine oleo lampadarum sponso occurrere; verum quia jam emendi tempus excesserat, et adveniente judicii die, locus non erat pœnitentiæ, Psalmista dicente : « ln ini’erno autem quis confitebitur tibi » yi^Psal. 6? non nova opéra patr are, sed præteritorum coguntur rationem exsolvere. « Et quæ paratæ erant, ïntraverunt cum eo ad nuptias, et clausa est janua. » Post judicii diem, bono- rüm operum, et justitise occasio non relin quitur [Al. relinquetur] . « Novissime vero veniurit et reliquæ virgines, dicen- tes : Domine, domine, aperi nobis. » Egregia quidem in Domini appellatione confessio, idemque repetitum, indi- cium fidei est. Sed quid prodest voce invocare, quem operibus neges? « At jlle respondens, ait : Amen dico vobis, nescio vos. » Novit Dominus eos qui ejus sunt, et qui ignorât, ignorabitur II Tint . n, 19. Nescit Dominus operarios iniquitatis; et licet /virgines siut, etsecpndum duplicem n’ont point l’huile de la science, il suffit pour les punir, qu’ils ne soient point connus de l’époux. « Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l’heure. » Ibid. 13. J’avertis comme tou¬ jours le lecteur prudent, de ne pas se fier à toutes les interprétations superstitieuses et subtiles qui ne reposent que sur l’imagination de leurs auteurs, mais de considérer attentive¬ ment les textes intermédiaires., ceux qui précè¬ dent, ceux qui suivent, et de les lier de manière à n’en faire qu’un tout. Ainsi de ces paroles : « Veillez, parce que vous ne savez ni le jour ni l’heure, » nous devons conclure, que tout ce que le Sauveur a dit jusqu’alors, c’est-à-dire, les paraboles des deux hommes qui sont dans un champ, et' des deux femmes qui tournent la meule, du père de famille qui confie ses biens à son serviteur, et des dix vierges, n’ont 'pas eu d’autre but que de nous engager, nous qui igno¬ rons tous le jour du jugement, à faire soigneu¬ sement provision de la lumière des bonnes œuvres, de peur que le juge n’arrive au moment où nous n’y pensons pas. « Car comme un homme s’en allant au loin, appela ses serviteurs et leur remit ses biens. Et il donna à l’un cinq talents, deux à un autre, et un à un autre, selon la capacité propre de cha¬ cun d’eux; et il partit aussitôt. » Ibid. 14. 15. Il n’est pas douteux que ce père de famille ne soit le Christ, qui avant de remonter victorieux vers intelligentiam de corporis puritate, et de confessione veræ gloriantur fidei I Cor. xiv, 38; tamen quia oleum non habent scientiæ, sufficit eis pro pœna quod ignoran- tur a sponso. « Vigilate itaque, quia nescitis diem neque^.horam. » Prudentem semper admoneo lectorem, ut non supersti- tiosis acquiesçât interpretationibus, et quæ commatice pro fingentium dicuntur arbitrio; sed consideret priora, media, et sequentia, et nectàt sibi universa quæ scripta sunt. Ex hoc ergo quod infert : « Vigilate, quia nescitis diem neque horam, » intelliguntur universa quæ dixit, id est, de duobus qui in agro sunt, et de duabus molentibus, et de patrefainilias, qui servo suo crédit substantiam, et de decem virginibus, ideo parabolas esse præmissas, ut quia ignoramus omnes judicii diem, sollicite nobis lumen bonorum operum prseparemus, ne, dum ignoramus, judex veniat. . « Sicut enim homo peregre proficiscens, vocavit ser- vos suos, et tradidit illis bona sua. Et uni dédit quinque talenta, alii autem duo, alii vero unum, unicuique secundum propriam virtutem, et profectus est statim. » 78 ' SAINT son Père après sa résurrection, appela ses apô¬ tres et leur remit la doctrine évangélique, n’agissant ni avec profusion ni avec parcimonie, pour en donner plus à l’un et moins à l’autre, mais la leur distribuant solon leurs forces respecti¬ ves. C’est ainsi que l’Apôtre déclare avoir nourri de lait ceux qui étaient incapables de supporter des aliments plus substantiels, i Corinth . rv. Enfin, iL accueille avec le même plaisir ceux qui ayant reçu cinq talents lui en rapportent dix, et ceux qui n’en ayant reçu que deux, lui en présen¬ tent quatre, tenant compte, non pas de la gran¬ deur du gain, mais des efforts accomplis. Les cinq talents, les deux talents, et le talent unique nous représentent les grâces différentes accordées à chacun de nous; ou bien, le premier nombre figure tous les sens que nous avons détaillés plus haut ; le second, l’intelligence et les œuvres ; le troisième, la raison qui forme la ligne de séparation entre les hommes et les bêtes. « Celui qui avait reçu cinq talents s’en alla; il trafiqua avec eux et en gagna cinq autres. » Ibid. 16. Ayant reçu les sens terrestres, il dou¬ bla en lui la connaissance des choses célestes; comprenant par les créatures, le Créateur, par les biens corporels, les biens spirituels; par les choses visibles, les objets invisibles; par le ■ temps, l’éternité. « Pareillement, celui qui en avait reçu deux, en gagna deux autres. »Ibid . 17. Celui-ci également Homo, iste paterfamilias, haud dubium quin Ghristus sit, qui ad Patrem post resurrectionera victor ascendens, vocatis apostolis, doctrinam evangelicara tradidit, nom pro largitate et parcitate alteri plus, et alteri minus tribuens,. sed pro accipientium viribus; quomodo et .Apostolus eos qui solidum cibum capere non poterant, lacté potasse se dicit 1 Cor. iv. Denique et ilium qui de quinque talentis, decem fecerat, et qui de duobus quatuor, simili recepit gaudio; non considerans lucri magmtudinem, sed studii voluntatem. In quinque, et duobus, et uno talento, vel diversas gratias intelliga- mus, quæ unicuique traditæ sunt. Vel in primo, omnes sensus examinatos; In secundo, intell igentiam et opéra; In tertio, rationem, qua homines a bestiis separamur. « Àbiit autem qui quinque talenta acceperat, et ope- ratus est in eis; et lucràtus est alia quinque. » Acceptis terrenis sensibus ecelestium sibi notitiam duplicavit : ex ereaturis intelligens Creator em ; ex çorporalibus, incorporalia ; ex. Visibilibus invisibilia; ex brevibus, fôterna. « Similiter qui duo acceperat, lucràtus est alia duo. » JÉROME dans la mesure de ses forces, doubla sous le règne de l’Évangile ce qu’il avait appris sous le règne de la Loi ; ou bien, il comprit que la science et les œuvres de la vie présente n’étaient que des figures de la béatitude à venir. « Mais celui qui n’en avait reçu qu’un, alla faire un trou dans la terre, et y cacha l’argent de son maître. » Ibid. 18. Ce méchant serviteur négli¬ gea les préceptes de Dieu, et les profané en s’a¬ donnant aux œuvres terrestres et aux plaisirs du siècle. D’après un autre Évangéliste, Luc . xix, au lieu d’enfouir son talent, il l’aurait lié dans un mouchoir, c’est-à-dire, il aurait, en vivant dans le luxe et la mollesse, affaibli les ensei¬ gnements du père de famille. « Longtemps après, le maître de ses serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu cinq talents S’étant approché, en présenta cinq autres et dit : Seigneur, vous m’avez donné cinq talents, en voilà cinq autres que j’ai gagnés par-dessus. » Ibid . 19, 20. Un long temps s’écou¬ lera entre l’ascension du Sauveur et son second avènement. Si les apôtres doivent rendre compte et ressusciter avec la crainte du juge, que nous faut-il donc faire? « Son maître lui dit ; Cela est bien, ô bon et fidèle serviteur, parce que vous avez été fidèle dans les petites choses, je vous établirai sur de beaucoup plus grandes; entrez dans la joie de votre Seigneur. Celui qui avait reçu deux talents Et iste pro viribus quidquid in JLe£e dklicernt, in Evangelio duplicavit; sive scientiam et opéra præsentis vit», futuræ beatitudinis typos intellexit. « Qui autem unum acceperat, abiens fodit in terra m, et abscondit pecuniam domini sui. » Nequam servus terrenis operibus et sæeuli voluptate, Dei præcepta neglexit et polluit ; quamquam in alio evangelista scriptum sit, quod in sudario ligaverit Luc. xix, id est,, doctrinam patrisfamilias molli ter et délicate vivendo enervarit. » Post multum vero temporis venit dominus servorum illorum, et posuit rationem cum eis. Et accedens qui . quinque talenta acceperat, obtiüit alia quinque talenta, dicens : Domine, quinque talenta tradidisti mihi, ecce alia quinque superlucratus sum. » Grande tempus est inter ascensionem Salvatoris, et secundum ejus adven- tum. Si autem apostoîi reddituri sunt rationem, et sub metu judicis resurrecturi, quid nos oportet facere? « Ait illi dominus ejus : Euge, serve bone, et fidelis, quia super pauca fuisti fidelis, super multa te consti- tuam; intra in gaudium domini tui. Accedens autem COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU s’approcha à son tour, et dit: Seigneur, vous m’avez donné deux talents, en- voilà deux autres que j’ai gagnés. .Son maître lui dit : Gela est bien, 6 bon et fidèle serviteur; parce que vous avez été fidèle dans les petites choses, je vous établi¬ rai sur de beaucoup plus grandes, entrez dans la joie de votre Seigneur. » Ibid. 21-23. Les deux serviteurs, comme nous l’avons déjà dit, celui qui de cinq talents en a fait dix, et celui qui de deux en a fait quatre, reçoivent du père de famille le meme accueil bienveillant. Et notez que tous les biens que nous possédons dans le temps présent, quelque grands et abondants qu’ils paraissent, sont bien peu de chose en comparaison des biens futurs. Entrez, dit-il, dans la joie de votre Seigneur, et recevez ce que l’œil n’a point vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce que le cœur de l’homme n’a jamais conçu. I Corinth. n. Quelle plus grande récompense pourrait ambitionner le serviteur fidèle, que d’être avec son Seigneur et de voir la joie de son Seigneur? « Celui qui n’avait reçu qu’un talent, s’appro¬ chant ensuite, dit : Seigneur, je sais que vous êtes un homme dur, que vous moissonnez où vous n’avez pas semé, et que vous recueillez où vous n’avez point mis. C’est pourquoi, comme je vous craignais, j’ai été cacher votre talent dans la terre; le voici, je vous rends ce qui vous appa- tient Jbid. 24, 25. La parole du Psalmiste : « Pour et qui cluo talenta acceperat, ait : Domine,* duo talenta tradidisti mihi; ecce alia duo lucratus sum. Ait iüi dominus ejus : Euge, serve bone et fidelis, quia super pauca fuisti fidelis, super multa te constituant, intra in gaudium domini tui. » Utrique servo, ut ante jam dixi, et qui de quinque talentis, decem fecerat, et qui de duobus, quatuor, idem patrisfamilias sermo blandi- tur. Et notandum quod omnia quæ in præsenti habe- mus, licet magna videantur et plurima, tamen compa- ratione futurorum, par va et pauca sunt. iDtra, inquit, in gaudium domini tui, et suscipe quse nec oculus vi¬ dât, nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunt I Gor . ii. Quid ‘kùtem potest majus dari fideli servo, quam. esse cum Domino, et videre gaudium Domini sui? « Accédons autem et qui unum talentum acceperat, ait : Domine, scio quia homo durus es, métis ubi non seminasti, et congregas ubi non sparsisti, et timens abii, et abscondi talentum tuum in terra. Et ecce habes quod tuum est. » Vere quod scriptum est : « Ad excu- sandns excusationes in peccatis » Ps . cxl, 4, etiam 79 chercher des excuses aux péchés, » Psalm . cvxl, 4, se réalise vraiment pour tce serviteur qui, à la paresse et à la négligence joint un .coupable orgueil. Au lieu d’avouer simplement son inac¬ tion, et de supplier le père de famille, comme il l’aurait dû, il le calomnie au contraire, se vante d’avoir agi avec prudence, en conservant le talent qu’il se serait exposé à perdre, s’il avait cherché à en tirer profit. « Mais son maître lui répondit : Sorviteur mé¬ chant et paresseux, vous saviez que je moissonne où je n’ai pas . semé, et que je recueille où je n’ai rien mis ; vous deviez donc confier mon argent aux banquiers, et à mon retour, j’eusse retiré avec intérêt ce qui est à moi. Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a dix talents. » Ibid. 26-28. Ce qu’il avait dit pour s’excuser, est regardé comme une nouvelle faute; on l’appelle serviteur méchant, parce qu’il calomnie son maître; paresseux, parce qu’il n’a pas voulu doubler son talent, de sorte que ces deux épi¬ thètes sont la condamnation, l’une de son orgueil, l’autre de sa négligence. Puisque, dit le maître, 1 vous saviez que j’étais dur et cruel, que je prenais ce qui ne m’appartenait pas, et moison- nais où je n’avais pas semé, comment cette pensée ne vous a-t-elle pas inspiré de crainte, fait comprendre que je redemanderais bien plus rigoureusement ce qui m’appartient, et inspiré de remettre mon argent à des banquiers, (en huic servo contigit, ut ad pigritiam et negîigentiam, superbiæ quoque crimen accederet. Qui enim simpliciter clebuit inertiam confiteri, et orare pa.tremfamilias, econtrario calumniatur, et dicit se prudenti fecisse consilio, nedum lucra pecuniæ quæreret, etiam de sorte periclitaretur, « Respondens autem dominus ejus, dixit ei : Serve male et piger, sciebas quia meto ubi non semi'no, et congrego ubi non sparsi; oportuit ergo te committere pecuniam eam nummulariis, et veniens ego, recepissem utique quod meum est cum usura. Tollite itaque ab eo talentum, et date ei qui habet decem 1 talenta. » Quod putaverat se pro excusatione dixisse, in culpam pro- priam vertitur. Servus autem malus appellatur, quia calumniam domino facit. Piger, quia noluit talentum duplicare, ut in altero superbiæ, in altero negligentiæ condemnetur. Si, inquit, durum et crudelem esse me noveras, et aliéna sectari, ibique metere ubi non seve- rim, quare non tibi istiusmodi cogitatio incussit timo- rem, ut scires me mea (fihgentius quæsiturum, et dares pecuniam meam, sive argentum nummulariis? Utrum- 80 SAINT JEROME latin « pecunia » ou « argentum; » Lô mot grec àpyûptov a les deux sens). « Les paroles du Seigneur, dit le Psalmiste, sont des paroles chastes; c’est un argent éprouvé au feu, purifié dans un creuset de terre et raffiné jusqu’à sept fois. » Psalm. xi, 7. L’argent est donc la prédi¬ cation de l’Évangile et la parole divine. Elle a dû être confiée aux banquiers et aux changeurs, c’est-à-dire, aux autres docteurs (ce que firent les apôtres, en ordonnant pour chaque province des prêtres et des évêques) ; ou à chacun des fidèles, qui peuvent doubler la somme et la rendre avec intérêt, en faisant passer dans leurs actions, les enseignements que la parole leur a transmis. Mais le talent est repris, et il est donné à celui qui de cinq talents en avait fait dix , pour nous faire comprendre que, tout en rétribuant par une joie égale le travail des deux serviteurs, c’est-à-dire, do celui qui avait porté à dix les cinq talents, et de celui qui avait porté les deux à quatre, le Seigneur doit néanmoins une plus grande récompense à celui qui a fait fructifier davantage par son labeur l’argent de son maître. Aussi l’Apôtre dit-il : « Honorez les prêtres qui se rentrent véritablement prêtres, surtout ceux qui travaillent à la prédication de la parole de Dieu. » 1 Timot. v, 7. Quant à cette accusation que le méchant serviteur osa porter contre son maître : « Vous moissonnez où vous n’avez pas semé, et vous recueillez où vous n’avez rien mis, » nous y voyons que le Seigneur accepte la que enim apyuptov, Græcus sermo signifient. « Eloquia. » inquit, « Domini eloquia casta, argentum igné exami- natum,probatum terne, purgatum septuplum » Ps. xi, 7. Pecunia ergo et argentum, prædicatio Evangelii est, et sermo divinus, qui dari debuit nummulariis et trape- zitis, id est, vel cæteris doctoribus (quod fecerunt et apostolî, per singulas provincias presbyteros, et episco- pos ordinantes), vel cunctis credentibus, qui possunt pecuniam duplicare, et cum usuris reddere, ut quidquid sermone didicerant, opéré expièrent. Tollitur autem talentum, et datur ei qui decem talenta fecerat, qt inteiligamus, licet in utriusque labore æquale sit gaudium domini, hoc est, et ejus qui quinque in decem duplicaverat, et ejus qui duo in quatuor; tamen majus debeci præmium ei, qui plus in domini pecunia labora- rit. Unde dicit et Apostolus : « Presbyteros honora, qui vere presbyteri sunt, maxime qui laborant in verbo Dei I Tim. v, 17. Ex eo quod malus servus ausus est dicere : « Métis ubi non seminasti, et congregas ubi non spàrsisti, » intelfigimus, etiam gentilium et philose- phorum bonam vitam recipere Domjnum, et aliter vie honnête même des païens et des philosophes; qu’il traite autrement ceux qui font le bien, et autrement ceux qui font le mal; et qu’en com¬ paraison de celui qui aura observé la loi natu¬ relle, ceux-là seront condamnés qui auront violé la loi écrite. « Car il sera donné à celui qui a, et il sera dans l’abondance; mais pour celui qui n’a rien, même ce qu’il semble - avoir lui sera ôté. » Ibid. 29. Une foule d’hommes naturellement sages, et doués d’un esprit au-dessus de l’ordi¬ naire, s’ils viennent par leur négligence et leur indolence à gâter le bien de nature,, en compa¬ raison de celui, qui bien que plus lourd, a suppléé par son travail à ce qui lui manquait, perdent le bien de nature, et voient passer aux autres la récompense qui leur était destinée. , Nous pouvons encore donner à ce verset le sens suivant : celui qui a la foi et une bonne volonté dans le Seigneur, si comme homme il lui manque quelque chose du côté des œuvres, ce quelque chose lui sera donné par un juge plein de bonté. Mais celui qui n’a pas la foi, perdra même les vertus qu’il semblait posséder naturellement. Et elle est pleine de justesse cotte parole : « Même ce qu’il semble avoir lui sera ôté. » Car tout ce' qui est fait sans la foi en Jésus-Christ, -ne doit pas être imputé à celui qui a mal usé de son talent, mais à celui qui donne le bien de nature même au serviteur méchant. « Jetez ce serviteur inutile dans les ténèbres habere eos qui juste, aliter qui injuste agant, et ad comparationem ejus qui naturali legi serviat, condem- nari eos qui scriptain legein negligant. « Omni enim habenti dabitur, et abundabit ; ei autem qui non habet, et quod videtur habere, auferetur ab eo. » Multi cum sapientes sint naturaliter, et habeant acumen ingenii, si fuerint négligentes, et desidia bonum naturæ corruperint, ad comparationem ejus qxii pauluhun tardior, labore et industria compen- savit quod minus habuit, perdunt bonum naturæ, et præmium' quod eis fuerat repromissum, vident transire ad alios. Potest et sic intelligi ei qui fidem habet, et bonam in Domino voluntatem, etiam si quid minus in opéré ut homo habuerit, dabitur a bono judice. Qui autem fidem non habuerit, etiam cæteras virtutes quas videbatur • naturaliter possidere, perdet. Et eleganter etiam, « quod videtur, » inquit, « habere auferetur ab eo. » Quidquid enim sine fide Ghristi est, non ei debet imputari qui male eo abusus est, sed illi qui malo etiam servo naturæ bonum tribuit. « Et inutilem servum ejicito in tenebras exteriores : 81 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU extérieures; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Ibid. 30. Le Seigneur est lumière; quiconque est jeté en dehors de lui, est privé de la lumière, qu’est-ce que ces pleurs et ces grincements de dents, nous l’avons dit plus haut? « Or quand le Fils de l’homme sera venu dans sa majesté., accompagné de tous ses anges, il s’asseyera sur le trône de sa gloire. Et toutes les nations s’assembleront devant lui, il les sépa¬ rera les uns d’avec les autres, comme un berger sépare les brebis d’avec les boucs. Et il mettra les brebis à la droite, les boucs à la gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite. » Ibid. 31 seqq. Le Seigneur qui deux jours plus tard doit faire la Pâque, être attaché à la croix, être l’objet des railleries des hommes, être abreuvé de fiel et de vinaigre, fait précéder toutes ces humiliations du spectacle glorieux du triomphe, afin de contre-balancer dans l’esprit des apôtres les scandales qui vont suivre, par la grandeur des récompenses promises. Et notez, que celui qui se montrera ainsi dans sa majesté c’est le Fils de l’homme. Pour ce qui suit : f« Il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche, » il faut l’entendre dans le même sens que ces paroles : « Le cœur du sage est dans sa main droite, et le cœur de l’insensé dans sa main gauche; » Eccl. x, 2, et celles que nous lisions plus haut dans le même Évangile : « Que votre main gauche ignore ce que fait votre main illic erit fletus et stridor dentium. » Dominus lumen est; qui ab eo foras mittitur, caret vero lumine. Quid sit autem fletus et stridor dentium, supra diximus. « Gum autem venerit Fi]ius hominis in majestate sua, et omnes angeli cum eo, tune sedebit super sedem majestatis suæ, et congrégabuntur ante eum omnes gentes; et separabit eos ab iuvicem, sicqt pastor segregat oves ab hædis. Et statuet oves quidem a dextris suis, hædos autem a sinistris. Tune dicet rex 'his qui a dextris ejus erunt. » Post biduum Pascha facturas, et tradendus cruci, et illudondus ab hominibus; etacetp.ac felle potandus, recte præmittit gloriam triumphafetis, ut seculura scandala, pollicitationis præmio compensai’ et. Et notandum quod qui in majestate cernendus est, Filius hominis sit. Quodque sequitur : « Statuet oves quidem a dextris suis, hædos autem a sinistris, » juxta iilud intellige, quod alibi legis : « Cor sapientis in dextra ejus, et cor stulti in sinistra illius» Eccl. x, 2. Et supra in. hoc eodem Evangelio : « Nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua » Supra vi, 3. Oves in parte justorum star e Tom. x.. droite. » Supr. vr, 3. Les brebis, figure des justes, reçoivent l’ordre de se mettre à droite; les boucs, c’est-à-dire les pécheurs, à gauche; car dans la Loi, les boucs sont toujours offertspour le péché. Exod. in. Il ne dit point, les chèvres qui peuvent avoir un fruit, qui sortent du lavoir nouvelle¬ ment tondues, toutes portant un|double fruit, sans qu’il y en ait de stériles parmi elles ; Gantic. iv, mais les boucs, animal lascif et pétulant, toujours en rut. « Venez les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commen¬ cement du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’ai eu besoin de logement et vous m’avez logé ; j’ai été nu, et vous m’avez vêtu; malade, et vous m’avez visité; j’ai été en prison, et vous êtes venu me voir. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim, et vous avons-nous donné à manger; quand vous-avons nous vu avoir soif, et vous avons-nous donné à boire; quand vous avons-nous vu sans logement, et vous avons-nous logé; ou nu, et vous avons-nous vêtu. Quand vous avons-nous vu malade ou en prison, et sommes-nous venus vous visiter? Et le roi répondra. » Ibid . 34 seqq . Il faut en tout cela tenir compte de la prescience de Dieu pour qui le futur est déjà accompli. « Je vous le dis en vérité : Autant de fois que vous l’avez fait à un des moindres de mes frères jubentur ad dexteram; hædî, hoc est, peccatores, ad sinistram, qui semper pro p.eccato offeruntur in Lege Exod. xu. N ec dixit, capras, quæ possunt habere fétus et tonsæ egrediuntur de lavaci’O, omnes gemellis fetibus, et sterilis nulla inter eas G an. iv ; sed hædos, lascivum animal et petulcum. et fervens semper ad coi tu m. « Venile, benedicti Patris mei, possidete paratum vobis regnum a constitutione mundi. Esurivi enim, et dedistis mihi manducare. Sitivi, et dedistis mibi bibere. Hospes erain, et collegistis me. Nudus, et operuistis me. Tnfirmus, et visitastis me. In carcere eram, et yenistis ad me. Tune respondebunt ei justi, dicentes : Domine, quando te vidimus esurientem, etpavimuste ; sitientem, et dedimus tibi potum? Quando autem te vidimus hos- pitem, et collegimus te; aut nudum, et cooperuimus te; aut quando te vidimus infirmum, aut in carcere, et venimns ad te? Et respondens rex, dicet.;ilhs. » Hoc juxta præscientiam Dei accipiendum, apud quem futura jam facta sunt. « Amen dico vobis : quamdiu \Al. quando] fecistis 6 SAINT JÉROME 88 que voici j c’est à moi-même que vous l’avez fait. IL dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous 11e m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire. J’ai eu besoin de loge¬ ment, et vous ne m’avez pas logé; j’ai été nu, et vous no m’avez pas vêtu ; malade ou en prison et vous ne m’avez pas visité. Alors ils lui répondront aussi : Seigneur, quand vous avons- nous vu avoir faim, ou soif, ou sans logement, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne vous avons-nous pas assisté ? Mais il leur répondra : Je vous dis en vérité, : autant de fois que vous 11e l’avez pas fait à un de ces plus pe.tits, c’est à moi-même que vous ne l’avez point fait. » Ibid , 40 Seqq, Nous étions libres de comprendre que dans la personne d’un pauvre quelconque,, c’était le Christ ayant faim qui était nourri, le Christ ayant soif qui recevait à boire, le Christ sans logement qui était logé, le Christ nu qui était vêtu, le Christ malade qui était visité, le Christ on prison qui recevait la consolation d’une visite. Mais de ce qui suit : « Autant de fois que vous l’avez fait à un des moindres de mes frères que voici, c’est à moi-môme que vous l’avez fait »je suis porté àconclurequeleSauveur n’a pointainsi parlé des pauvres en général, mais des pauvres uni de his fratribus meis minimis, mihi fecistis. Tune dicet et his qui a sinistris erunt : Discedite a me, male- dicti, in ignem æternum, qui paratus est diabolo et angelis ejus. Esurivi enim, et non dedistis mibi mandu- care. Sitivi, et non dedistis mihi potum. Hospes eram, et non collegistis me. Nudus, et non operuistis me. Infirmus et in carcere eram, et non visifcastis me. Tune vespondebunt ei et ipsi, dicentes : Domine, quando te vidimus esurientem, aut sitientem, aut hospitem, aut nudum, aut infirmum, aut in carcere, et non ministra- vimus tibi? Tune respondebit illis, dicens : Amen dico v.obis, quamdiu non fecistis uni de minoribus his, nec mihi fecistis. » Libéra nobis erat intelligentia, quod in omni paupere; Ghristus esuriens pasceretur, sitiens potaretur, hospes induceretur in tectum, nudus vestire- tur, infimus visitaretur, clausus carcere haberet solatium colloquentis. Sed ex hoc quod sequitur : « Quamdiu fecis¬ tis uni de his fratribus meis minimis, mihi fecistis, » non mihi videtur dixisse generaliter de pauperibus, sed de d’esprit, vers lesquels il étendait la main èn disant : « Mes frères et ma mère, sont ceux qui : font la volonté de mon Père. » Marc. m. 33. 35. Luc . vin. 21. « Et ceux-ci iront dans le supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle. » Ibid . 46. Lecteur avisé, remarquez que les. supplices sont éternels, et que la vie éternelle n’a plus à craindre aucune vicissitude. Et il se fit que Jésus ayant achevé tous ceâ discours, dit à ses disciples : Vous savez que la Pâque se fera dans deux jours, et que le Fils de l’homme sera livré pour être crucifié. » Matth. xxvu. Sed. Qu’ils rougissent ceux qui pensent que le Sauveur a redouté la mort, et a dit par peur des souffrances : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi. » Luc . xxn. 42. Il doit faire la Pâque dans deux jours, il sait qu’il sera livré pour être crucifié; et cependant il n’évite point les embûches, il ne s’enfuit point épouvanté; c’est au point que, lorsque les autros refusent de marcher, lui s’avance intré¬ pidement; ce qui fait dire à Thomas : « Allons, nous aussi, et mourons avec lui. » Joan, xi. 16; et que voulant mettre fin à la fête charnelle, et dissipant les ombres, rendre à la Pâque la réalité, il s’est écrié : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souf- his qui pauperes spiritu eunt, ad quos tendens manum, dixerat : « Fratres mei et mater mea hi sunt, qui faciunt voluntatem Patris mei Moro, m, 34, 35; Luc. vin, 21. » « Et ibuuthi in supplicium æternum, justi autem in vitam æternam. » Prudens lector, attende (1) quod et supplicia æterna sint, et vita perpétua metum deinceps non habeat ruinarum. Et factum est, cum consummasset Jésus sermones hos omnes, dixit discipulis suis : Scitis quia post biduum Pascha fiet : et Filius hominis tradetur, ut crucifigatur. » Erubescant qui putant Salvatorem timuisse moctem, et passionis. pavore dixisse : « Pater, si fieri potest, transeat a me calix iste » Luc. xxn, 42. Post biduum pascha facturus, tradendum se ut crucifigatur novit, et tamen non déclinât insidias, non territus fugit; intan¬ tum ut etiam, cæteris ire nolentibus, pergat intrepidus, quando dicit Thomas : « Eamus et nos, et moriamur cum eo » Joyn. x 1, 16. Et fi(!em; carnali festivitati volens imponere, umbraque transeunte, pa/schæ reddere (i) QuLHieronymum caTÎIlflntur epostremo Commenlariorum in latum ca pile, et Dialogo t contra Pelagîanog.num. 28, suppetiaS tulisse vosanœ oorum opinalionij qui terminum habitura malorum supplicia crederent, agnoscant saltem ex hocloco, quem ipse do industrie lectori ingerit, sonsisse perquam catholicc, quod et supplicia ætetna et vita , perpétua . Ed . Mig. COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 83 frir. » Luc. xxxr, 15. En effet Jésus-Christ, notre Pâque a été immolé; c’est pourquoi célé¬ brons la fête avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité. Corinth . v, 7. Pour ces paroles : « La Pâque se fera dans deux jours », laissant là le sens littéral, cherchons le mystère qu’elle renferme. Après les deux jours, l’éclatante lumière de l’Ancien et du Nouveau Testament, la véritable Pâque se célé¬ brera pour le monde. La Pâque, en Hébreu Phase, tire son nom, non de passion, comme on l’a prétendu, mais de passage. L’ange exter¬ minateur voyant le sang de l’Agneau sur les portes des Israélites, aurait passé sans les frapper; on bien, le Seigneur lui-même aurait passé sur son peuple pour lui porter secours. Lisez l’Exode, cap. xr, xrr, dont nous nous occu¬ perons, si Dieu nous prête vie. Pour nous, nous fêtons notre « passage, » c’est-à-dire, Phase, lorsque nous laissons de côté les choses de la terre et l’Égypte, et que nous nous diri¬ geons vers le ciel. « Alors les princes des prêtres et les anciens du peuple s’assemblèrent dans la salle du prince veritatem, dixerit : « Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum, antequam patiar » hue. xxu, 15. Btenim pascha nostrum immola tus est Chris tus, si tamen comedanius illud in azymis sinceritatis et veritatis 1 Cor . v, 7. Porro quod ait : « Post biduum pascha fiet, » simplici intelligente prætermissa, id quod sacratum [Al. sacramenlum] est, requiramus. Post duos dies clarissimi luminis, veteris ac novi Testamenti, verum pro mundo pascha celebratur. Pascha, quod Hebraice dicitur phase non a passione (i) ut plerique arbitra ntur, sed a transitu riominatur : eo quod exterminator videns sanguinem, in foribus Jsraelitarum pertransierit, nec percusserit eos. Vel ipse Dominus prsebens auxilium populo suo desuper ambulaverit. Lege exodi librum Cap. xi, xn, de quo plenius (2), si vita cornes fuerit, dispu tabimus. « Tran¬ si tus » autem noster, id est, phase, ita celebratur, si terrena et Ægyptum dimittentes, ad cœlestia festinemus. des prêtres appelé Caïphe, et tinrent conseil pour se saisir par ruse de Jésus et le faire mourir. Et ils disaient : Il ne faut pas que ce soit pendant la fête, de peur qu’il ne se fasse du tumulte dans le peuple. » Ibid. 3 . Seqq. Ces hommes, qui auraient, à cette heure si proche de la Pâque, dû s’occuper de préparer les victimes, de laver les murs du temple, nettoyer le pavé, purifier les vases, et conformément aux pres¬ criptions de la Loi, se purifier eux-mêmes, pour être dignes de manger l’agneau pascal, se ras¬ semblent et tiennent conseil pour faire mourir Jésus. Ils ne redoutent pas la sédition, comme leur simple langage le démontre, mais ils craignent qu’avec l’aide, du peuple, on ne leur arrache leur victime. « Comme Jésds était à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux, » Ibid . 6. Jésus qui allait souffrir pour le monde entier, et racheter par son sang toutes les nations, demeure à Béthanie dans « là maison d’obéissance, » qui fut autrefois celle de Simon le lépreux. Cette qualification ne veut pas dire qu’il était encore lépreux à cette époque, mais qu’il l’avait été auparavant. Le « Tune congregati sunt principes sacerdotum, et seniores pepuli in atrium principis sacerdotum, qui dicebatur Gaiphas, et consilium fecerunt, ut Jesum dolo tenerent, et occiderent. Dicebant autem : Non in die festo, ne forte tumultus fieret in populo. » Qui debuerant Paschate vicino præparare victimas, levigare templi parie tes, pavimenta verrere, vasa mundare, et secundum ritum Legis purificari, ut esu agni digni fièrent, congre- gantur ineuntes consilium, quomodo occidant Dominum, non timentes seditionem, ut simplex sermo demonstrat; sed ca ventes ne auxilio populi de suis manibus tollere- tur. « Cum autem Jésus esset in Bethania, in domo Simonis leprosi. » Passurus pro omni mundo, et uni- versas nationes suo sanguine redempturus, moratur in Bethania, « domo obedientiæ, » quæ quondam fuit Simonis leprosi. Non quod leprosus, et illo tempore (4) Horum sententiam luculentius oxponit Nazinnzenus Orat. 2 in sanolum Pascha ex Billii imerpreiatione : Quidam , inquit, salutiferse passionis nomenhoc esse arbürati, ac deinde, per litteræ (p in II, et liinXmutatiù'nem^ hanevoeem ad linguam Græcam aceomodantes, hune diem Pascha nominarunt. Rectissime auiom ipse cum Hieronymo sentiens, Hoc Pascha, inquit, magnum et venerandum Pkaska ab Hebræis juxta eoruni linguam nominatur , quæ vox transitum sonat, historica quidem ratio ne propler Israelitarum ex Ibgypto ût Gkananeeam re- gionem fugam et migrationem, etc. Ed. Mig. (2) Innuii, opinor, quæsiiones Hobrnicas in uniyersam Scripturnm, cujus Opcrîs quamquam solæ in Genesim superent, licia tamen et sub- tegmina inreliquos Scripturce libros parayerat, quto aut mutalo consilio repudiavit posien, aut intra domesticos parietea périra périmait, Nulle certoin Eiorti librum Hieronymi eluoubratio auperost, aul umquam innoluit. Ed. Mig • SAINT JÉROME 84 Sauveur l’avait guéri, mais ce surnom lui était resté comme un témoignage rendu à la puissance de celui qui l’avait guéri. De môme, dans l’énumé¬ ration des apôtres, saint Matthieu porte le titre de son premier état, il est appelé Matthieu le publicain, bien qu’il eût cessé de l’être. Certains auteurs pensent qu’il faut voir dans la maison de Simon le lépreux cette portion du peuple qui crut au Seigneur et fut guéri par lui. Simon, nom qui dans un autre sens peut s’entendre du monde, est qualifié lui aussi d’obéissant, et c’est dans sa maison que l’Église a été guérie. « Une femme vint à lui, tenant un vase d’albâtre plein d’un parfum de grand prix qu’elle lui répandit sur la tête, pendant qu’il était à table. » Ibid. 7. Il ne faut pas s’imaginer que cette femme qui répand le parfum sur la tête du Sauveur, est la même qui le lui versa sur les pieds. Cette dernière en effet, les arrose de ses larmes, et les essuie avec ses cheveux, et on lui donne ouvertement le nom de prosti¬ tuée, tandis qu’on ne dit rien de pareil de celle-ci ; et en effet, une prostituée ne méritait pas d’approcher aussi vit© de la tête du Sauveur. Un autre Évangéliste, au lieu de vase d’albâtre permaneret, sed qui antea leprosus, postea a Salvatore mundatus est, nomine pristino permanente, ut virtus curantis appareat. Nam in catalogo apostolorum cum pristino vitio et officio, Matthæus publicanus appellatur, qui certe publicanus esse desierat. Quidam Simonis leprosi domum, eam volunt intelligi partem populi, quæ crediderit Domino, et ab eo curata sit. Simon quoque ipse obediens dicitur, qui juxta aliam intelligentiam mundus interprétait potes t, in cujus domo curata est Ecclesia, » Accessit ad eum mulier habens alabaslrum unguenti pretiosi, et effudit super caput ipsius recumbentis. » Nemo putet(l)eamdem esse quæ super caput effudit unguentum, et quæ super pedes. Ilia enim et lacrymis lavat, et crine tergit, et manifeste meretrix appellatur. De hac autem nihi taie scriptum est, Nec enim poterat statim capite plein d’un parfum d’un grand prix, (l’albâtre est une espèce de marbre) parle d’une huile de nard « pistici » Joan. xri, c’est-à-dire, véri¬ table, sans falsification, pour figurer la foi de l’Église et des gentils. « Mais les disciples voyant cela, en furent indignés, et dirent : Pourquoi cette perte? Car on aurait pu vendre ce parfum bien cher, et en donner le prix aux pauvres. » Ibid. 8, 9. Ce passage, je le sais, a fourni à quelques personnes un prétexte pour accuser les évangélistes de contradictions ; car d’un côté un évangéliste dit que Judas seul s’en affligea, parce qu’il portait la bourse, et qu’il avait toujours été un voleur, et saint Matthieu de l’autre, écrit que tous les apôtres en , furent indignés. Ces personnes ignorent qu’il y a une figure, appelée en grec en latin « synecdoche », par laquelle^ on prend indifféremment la partie pour le tout, et. le tout pour la partie. En effet saint Paul, dans l’épitre qu’il écrivit aux hébreux, (bien qu’un certain nombre de Latins élèvent des doutes à ce sujet) après avoir décrit les souffrances et les mérites des saints, ajoute : « Ils ont été lapidés, ils ont été sciés, ils ont été Domini meretrix digna fieri. A)ius evangelista pro aia- bastro unguenti pretiosi (quod genus est marmoris), nardum pisticam posuit Joan. xii, hoc est, veram et absque dolo ut fidem Ecclesiæ etgentium demonstraret.. « Vide n tes autem dicipuli, indignati sunt, dicentes : Ut quid perdit io hæc'É Potuit enim istud venunduri multo, et dari pauperibus. » Scio quosdam hune locum calumniari, quare alius evangelista Judam solum dixerit contristatum, eo quod loculos tenuerit, et fur ab initio fuerit, et Matthæus scribat omnes apostolos indignatos, nescientes tropum, qui vocatur vel « syuec- doche : » quo èt pro uno omnes, et pro multis unus appellari soleat. Nam et Paulus in Epistola sua quæ scribitur ad Hebræos (]icet de ea multi Jatinorum dubitent), cum sanctorum passion es et mérita descri- psisset, intulit : « Lapidati sunt, tentati sunt, secti [Al. (-1) Quamquam Origonis in hune locum Commentaria non superent.hanc de duplioi femina Christi unotrioe sententiam Hieronymum ei Origino delibasse, nullus dubito. Hæo enimvoro peouliaris ejus opinio fuit, mulierem, quæ pedes laverit Christi, peccatricem, quæ vero capul unguento Unierit, sanctam eistitisse; adeoque alteram apud Simonem Pharisæum, alteram apud Simonem Leprosum debere intelligi. In Homiliis in Cantioum oanticorum quas Latine Hierony mus explicavit, Hom. 1, Observa , inquit, diligenter quæ de duabus super caput fuderit Saïvatoris. Siquidem peccatrix super pedes , et ea quæ non dicitur peccatrix , super caput ej us fudisse monstratur. Et Homilia seconda sub initium, Loquitur Evangelium, quiavenit mulier habens alabastrnm unguenti nard* pisfici preciosi ; non ilia peccatrix, sed sancla, de gua nunc mihi sermo est. Scio quippe Lucam de peccatrice ,, Matthæum vero et Joannem non depeccatrice dixisset Plura de hao ejus sententm ad hæc ipsa loca congcssimus. El vero quamquam quæstionem singularibus inter eruditos libris agitatam, nihil hiô recoquero intersit, verisimil- lima tamen bæc ipsa, quam Hioronymus probat, videtur sententia; ut licet unus idemque Simon ot Pharisœus ot Leprosus pulandi sint, non una tamen eailomque mulier luerit, quæ Christi unxerit caput, et quæ layorit pedès. Ed. Mig. COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 85 éprouvés, ils sont morts par le tranchant de l’épée, » Hebr. xi, 37; bien que, d’après le témoi¬ gnage des juifs, il n’y ait eu de scié que le seul prophète Isaïe, Nous pouvons encore dire dans un autre sens que les apôtres ont été véritable¬ ment indignés de cette prodigalité, à cause des pauvres, tandis que Judas ne le fut qu’à cause du profit qui lui échappait. Aussi l’irritation qu’il témoigne est-elle signalée avec cette -circonstance aggravante, qu’il ne prenait en cela aucun souci des pauvres, et ne voulait que satisfaire son penchant au vol. « Mais Jésus le sachant, leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme; elle a fait à mon égard une bonne œuvre. Car vous aurez toujours des pauvres avec vous; mais pour moi, vous ne m’aurez pas toujours. » Ibid. 10, 11. Ici se présente une autre question : Pourquoi après sa résurrection, le Seigneur dit- il à ses disciples : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation du monde; » et aujourd’hui : « Pour moi, vous ne m’aurez pas toujours. » Il me semble qu’en cet endroit, le Seigneur parle de sa présence corporelle, et qu’il déclare qu’après sa résurrection, il ne sera pas avec eux comme il l’est aujourd’hui, vivant de la même manière et en toute familiarité. L’Apôtre se‘. souvient de cette distinction lorsqu’il dit : « Et si nous avons connu Jésus- Christ selon la chair, nous ne le connaissons serrati] sunt,. in occasione gladii mortui sont Hebr. xi, 37, cum unum tantummodo Isaiam Prophetamsectum Judsei autument. Possumus et aliter dicere, quod apos- toli vere, propter pauperes inclignati sint ; Judas autem pr opter lucra sua. Unde et mussitatio ejus cum cri mine ponitur, quod non curain pauporum habuerit, sed suo furto voluerit providere. » Sciens autem Jésus, ait illis : Quid molesti estis huic mulieri? ppus enim bonum operata est in me. Nam semper pauperes babebitis vobiscum, me autem non semper habebitis. » Alia oboritur quæstio, quare Domi- nus post resurrectionem dixerit ad dicipulos : « Ecce ego vobiscum süm usque ad consummationem mundi ; » et nunc loquatur, « me autem non semper habebitis. » Sed mihi videtur in hoc loco de præsentia dicere corporali, quod nequaquam cum eis ita futurus sit post resurrectionem, quomodo nunc in omni convictu et familiaritate. Cujus rei memor Apostolus ait : « Et si noveramus Jesum Ghristum secundum carnem, sed nunc jam non novimus eum » II Cor. v, 16. « Mittens enim hæc unguentum hoc in corpus meum, plus maintenant de cette sorte, » II Corinlh, v, 16. « En répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour m’ensevelir. ,» Ibid . 12. Ce quo vous regardez comme une inutile prodigalité de parfum, n’est autre chose qu’un devoir de la sépulture. Et il- n’est pas étonnant que cette femme me prodigue la bonne odeur de sa foi, quand moi, je vais répandre mon sang pour elle. « Je vous le dis en vérité, partout où sera prêché cet Évangile dans tout le monde, ce qu’elle a fait sera aussi dit à sa louange. Alors l’un des douze, appelé Judas Iscariote s’en alla trouver les princes des prêtres, » Ibid . 13, 14. C’est moins cette femme qui est prêchôe dans tout le monde, que l’Église qui a enseveli le Sauveur et parfumé sa tête. Et remarquez la connaissance que Jésus a de Pavenir; il va souffrir dans deux jours et mourir, et il sait que son Évangile sera prêché dans tout l’uni¬ vers. « Et il leur dit : Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai? » Ibid. 15. Malheureux Judas, il veut compenser par la vente de son maître, Te dommage qu’il s’imagine qu’on lui a fait en répandant le parfum. Et cependant il ne fixe pas un prix, pour tirer au moins de sa trahison un profit véritable; mais comme s’il livrait un vil esclave, il laisse à ceux qui l’achè¬ tent, la faculté d’en donner le prix qu’ils veulent. ad sepeliendum me fecit. » Quod vos putatis perditionem esse unguenti, offtciiun sepulturæ est. Nec mirum si mihi bonum odorera fidei suæ dederit, cum ego pro ea fusu- rus sim sanguinem meum. « Amen dico vobis, ubicumque prædicatum fuerit hoc Evangelium in toto mundo, dicetur et quod hæc fecit in memoriam ejus. Tune abiit un us de duodecim, qui dicebatur Judas Iscariotis, ad principes sacerdotum. » In toto mundo non tam mulier ista, quam Ecclesia prædicatur, quod sepelierit Salvatorem, quod unxerit :caput ejus. Et attende notitiam fulurorum, quod passu- rus post biduum et moriturus, sciât Evangelium suura in toto orbe celebrandum. « Et ait illis : Quid vultis mihi dare, et ego vobis eum tradam? » Infelix Judas, damnum quod ex effusione unguente se fecisse credebat, vult magistri pretio compensare. Nec certam tamen postulat summam, ut . saltem lucrosa videretur pvoditio, sed quasi vile tradens mancipium in potestate ementium posuit quantum vellent dare. 86 SAINT JÉROME « Et ils s’engagèrent à lui donner trente pièces d’argent. Et dès lors, il cherchait une occasion favorable pour le livrer. » Ibid. 16. Ce n’est pas vingt pièces d’or, comme beaucoup le pensent d’après les Septante, mais vingt pièces d’argent d’après le texte hébreu, que Joseph fut vendu. Le serviteur ne pouvait pas être estimé à un plus haut prix que le Seigneur. « Or le premier jour des Azymes, les dicisples vinrent trouver Jésus, et lui dirent : Où voulez- vous que nous vous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque? » îbid. 17. Le premier jour des Azymes est le quatorzième jour du premier mois, le jour où l’agneau est immolé, où la lune est dans son plein, où le levain est jeté dehors. Or, parmi ces disciples qui s’appro¬ chèrent de Jésus et lui demandèrent : « Où voulez-vous que nous vous préparions ce qu’il faut pour manger la Pâque? » j’estime que Judas le traître se trouvait aussi. « Jésus leur répondit : Aile# à la ville chez un tel et dites lui : Le Maître dit : Mon temps est proche, je fais la Pâque chez vous avec mes disciples. » îbid . 18. Le nouveau testament garde la manière de parler de l’ancien. Nous lisons en effet fréquemment : « Il lui dit, » et « dans ce lieu-ci et celui-là, » expressions que l’hébreu rend par Pheloni et Elmont, sans que néanmoins on donne le nom des personnes et « At illi constituerunt ei triginta argenteos. Ktexinde quærebat opportunitatem ut eum traderet. » Joseph non, ut multi pu tant, juxta Septuaginta interprètes, viginti aureis venditus est, sed juxta Hebraicam Verita- tem, viginti argenteis; neque enim pretiosior poterat esse servus, quam Dominas. Prima autem die azymorum, accesserunt discipuü ad Jesum, dicentes : Obi vis paremus tibi comedere Pascha? » Prima azymorum, quarta décima dies men- sis primi est, quando agnus immolatur, et luna plenissi- ma est, et fermentuin abjicitur. Inter eos autem disci- pulos qui accesserunt ad Jesum, interrogantes : « Ubi vis paremus tibi comedere Pascha? » et Judam æstimo fuisse proditorem. « At Jésus dixit : Ite in civitatem ad quemdam, et dicite ei : Magister dicit : Tempus meum prope est; apud te facio Pascha cum r discipulis meis. » Morem veteris Testamenti nova Scriptura conservât. Fréquen¬ ter legimus : « Dixit ille illi, » et « in loco illo et illo ; » qnod Hebraice dicitur pheloni elmoni et tamen personarum locor unique non ponitur nomen. « Et inve- nietis ibi quemdam, portantem lagenam aquæ. » Quorum des lieux. « Et vous y trouverez un tel portant une cruche d’eau, » ces noms sont passés sous silence, pour laisser à tous ceux qui doivent faire la Pâque, une plus grande liberté de célébrer la fête. « Les disciples firent ce que Jésus leur avait ordonné et préparèrent la Pâque » Ibid. 19. Ün autre évangéliste, Luc. xxn, écrit qu’ils trouvè¬ rent une grande chambre toute meublée et nettoyée, et qu’ils y préparèrent la Pâque. Il me semble que ce cénacle réprésente la loi spirituelle qui sort des étroitesses de la lettre, pour recevoir dignement sur un trône élevé le Sauveur, au témoignage de saint Paul. Philpp. nr, qui méprise Comme ordures et choses viles, ce qu’il considérait auparavant comme un gain, pour préparer au Seigneur une demeure digrîe de lui. « Or le soir étant venu, il se mit à table avec ses douze disciples, » Ibid . 20. Judas fait tout pour empêcher qu’on le soupçonne de trahison. « Et pendant qu’ils mangeaient, il leur dit : Je vous dis en vérité que l’un de vous doit me trahir. » Ibid . 21. Le Sauveur qui avait prédit sa passion, prédit encore sa trahison, (offrant ainsi au traître une occasion de se repentir) afin que le traître, comprenant que ses pensées et ses desseins secrets sont connus, se repente de ce qu’il a fait.. Et pourtant il ne le désigne idcirco vocabula prætermissa sunt, ut omnibus qui Pascha facturi sunt, libéra festivitatis occasio pande- relur. « Et fecerunt discipuli si eut constituit illis Jésus, et paraverunt Pascha. » Jn alio Evangelista scriptum est Luc. xxii, quod invenerunt cœnaculum magnum, stratum atque mundatum, et ibi paraverunt ei. Videtur autem mihi cœnaculum, lex spiritualis intelligi, quæ de angustiis litteræ egrediens in sublimi loco recipit Salva- torem, Paulo idipsum loquente Phüipp. vin, quod ea quæ ante pro lucro veputabat, quasi purgamenta quisquiliasque contempserit, ut dignum Domino hospi- tium prsepararet. « Vespere autem facto, discumbebat cum duodecim discipulis suis. » Omnia sic agit Judas, ut tollatur suspicio proditoris. « Et edentibus illis, dixit : Amen dico vobis, quia unus vestrum me traditurus est. » Qui de passione prædixerat, et de proditore prædieit, dans locum pœnitentiæ, ut cum intellexisset sciri cogitationes suas et occulta consilia, pœniteret eum fac:i sui, et tamen non désignât speeialiter, ne manifeste coargutus, COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU pas personnellement, de peur qu’en se voyant découvert, il n’abdique toute pudeur. Il se con¬ tente de mettre la faute sur . tous en général, pour que le coupable fasse pénitence. « Ils en furent fort attristés, et chacun d’eux commença à lui dire : Est-ce moi, Seigneur? » Ibid. 22. Et certainement les onze apôtres, savaient qu’ils n’avaient jamais nourri dé pareils desseins contre le Seigneur. Mais ils croient plus à leur Maître qu’à eux-mêmes; défiants de leur propre fragilité, pleins de tristesse, ils le questionnent sur un péché dont ils n’ont point conscience. « Mais il leur répondit : Celui qui met la main au plat avec moi me trahira. » Ibid. 23. Admirable patience du Seigneur! Il avait dit une première fois : « L’un de vous doit me trahir. » Le traître persévère dans son crime; il le dé¬ signe plus clairement sans toutefois prononcer son nom. Quand tous les autres s’attristent, retirent leurs mains et cessent de porter les aliments à leur bouche, Judas lui, avec cette audace et cette effronterie qu’il devait montrer en le livrant, met avec son maître la main au plat, pour feindre par cette hardiesse une bonne conscience. « Mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme sera trahi. » Ibid . 24. Repris une pre¬ mière et une seconde fois, le traître n’abandonne pas ses projets de trahison. La patience du Sei- impudentior fieret. Mittit crimen in numéro, ut conscius agat pœnitentiam. « Et contristati val de, cœperunt singuli dicere : Numquid ego sum, Domine? » Et certe noverant undecim apostoli, quod nihil taie contra Dominum cogitarent; sed plus credunt magistro, quam sibi ; pertimescentes fragilitatem suam, tristes mterrogant de peccato, cujus conscientiam non habebant. « At ipse respondens, ait : Qui i.ntingit mecum manum in paropside, hic me tradet » O mira Domini patiential Primum dixerat ; « unus vestrum me tradi- turus est. » Persévérât proditor in malo, manifestiua arguit, et tamen nomen proprie non désignât. Judas cæteris contrista lis, et retrahentibus manum, et inter- dicentibus cibos ori suo, temeritate et impudentia, qua proditurus erat, etiam manum cum magistro mittit in paropsidem, ut audacia bonam conscientiam mentiretur. « Væ autem homini illi, per quem Filius hominis tradetur. » Nec primo, nec secundo correptus a prodi- tione retrabit pedem, sed patientia Domini nutrit impudentiam suam, et thesaurizat sibi iram in die iræ 87 gneur alimente sa scélératesse, et il s’amasse un trésor de colère pour le jour de colère. Rom. il Le châtiment est prédit, pour que l’annonce des supplices qui l’attendent, ramène au bien celui sur qui la simple pudeur a été impuissante. Pour ce qui suit : « Il était bon pour cet homme qu’il ne fût pas né, » on ne doit pas l’entendre en ce sens qu’il se fut trouvé bien avant d’être né ; car personne ne peut se trouver bien qu’-après 'être né. Mais simplement qu’il vaut beaucoup mieux ne pas vivre, que vivre mal. « Mais Judas qui l’a trahi, prenant la parole, dit : » Ibid . 25. Voyant que les autres apôtres pleins de tristesse, et d’une grande tristesse, avaient demandé: «Est-ce moi, Seigneur?», il craint que son silence ne le fasse, soupçonner, et il interroge à son tour, lui que sa conscience accusait, et qui avait har diment mis la main au plat. « Est-ce moi, Maître? Jésus lui répondit : Vous, l’avez dit. » Sa question est empreinte de flatterie affectueuse et sent l’incrédulité. Les autres qui ne devaient pas trahir, disent : « Est-ce moi, Seigneur? » Lui, le traître, n’appelle pas Jésus Seigneur, il l’appelle Maître; comme si ce devait être une excuse pour lui de lui avoir refusé le titre de Seigneur, et de n’avoir trahi que le Maître. « Jésus lui répondit : Vous l’avez dit. » Il répond au traître de la même façon qu’il répondra plus tard à Pilate. Rom. n. Pœna prædicitur, ut quem pudor non vicerat, corrigant denuntiata supplicia. Quod autem sequitur : « Bonum erat ei, si natus non fuissset homo ilie ; » non ideo putandus est ante fuisse, quam naseeretur, quia nulli possit bene esse, nisi ei qui iuevit-, sed simpliciter dictum est, multo melius esse, non subsis te- re, quam male subsistere. « Respondens autem Judas, qui tradidit eum, dixit, » Quia cæteci tristes, et valde tristes interrogaverant : « Numquid ego sum, Domine? » Na tacendo se prodere videretur, et ipse similiter interrogal, quem couscientia remordebat, qui inanum audacter miserat in paropside. « Numquid ego sum, rabbi? Ait illi : Tu .dixisti. » Et blandientis jungit - affectum, sive incredulitatis signum. Cæteri enim qui non erant prcdituri, dicunt : « Numquid egô sum, Domine? » Iste qui proditurus erat, non Dominum, sed magistrum vocat, quasi excu- sationem habeat, si Domino denegato, saltem magistrum prodiderit. « Et ait illi : Tu dixisti. » Eadem respon- sione confutatus est proditor, qua Piiato postea respon- surus est. 88 SAINT JEROME « Mais pendant qu’il soupaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses disci¬ ples en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Et prenant le calice, il rendit grâces, et le leur donna en disant Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui sera répandu. pour beaucoup, pour la rémis¬ sion des péchés » Ibid, 26 seqq, Après avoir accompli la Pâque figurative, et mangé la chair de l’agneau avec ses apôtres, il prend le pain qui fortifie le cœur de l’homme, et passe au vrai Sa¬ crement de la Pâque, pour représenter, mais cette fois dans la vérité de son corps et de son sang, le sacrifice figuratif du pain et . du vin, que Melchisédech prêtre, du Très-Haut avait offert autrefois. Genes . xiv. L’un est le calice du premier mois, et l’autre le calice du second mois, en sorte que celui qui n’aura pu le premier mois manger l’agneau dans la société des saints, mange lé second mois le bouc en compagnie des pénitents, « Or je vous déclare que je ne boirai plus dé¬ sormais de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce jour oii je le boirai .nouveau avec vous dans le roy¬ aume de mon Père. » Ibid . 19. Il passe du char¬ nel au spirituel. Cette vigne transplantée d’ɬ gypte est le peuple d’Israël, auquel le Seigneur dit par la bouche de Jérémie : « Pour moi, je vous ai plantée comme une vigne véritable, comment donc êtes vous devenue pleine de l’amertme d’un plant bâtard. » Jerem. n, 21. Le prophète Isaïe dans le cantique qu’il chante au bien-aimé, et l’Écriture entière en témoignent en différents endroits. Le Seigneur déclare donc qu’il ne boira plus du tout de cette vigne, sinon dans le royaume de son Père. Le royaume du Père est, je pense, la foi des croyants; et l’Apô¬ tre confirme cette interprétation lorsqu’il dit : « Le royaume de Dieu est en vous ». Luc. xvii, 21. Ainsi lorsque les Juifs auront reçu le royaume du Père, (notez qu’il dit : du Père, et non de Dieu,) car tout le Père est le nom du Fils, lorsque, dis- je, ils auront cru en Dieu le Père, et que le Père les aura conduits au Fils, alors le Seigneur boira de leur vin, et commo le fit Joseph lorsqu’il régnait en Égypte, il s’enivrera avec ses frères. Genes. suit « Et ayant dit le cantique, ils sortirent pour s’en aller sur la montagne des Oliviers. » Ibid, 38. C’est ce que nous lisons dans un psaume ; « Tous les riches de la terre ont mangé et ont adoré. » Psalm. xxx. 30. Suivant cet exemple, quiconque s’est rassasié du pain du Sauveur, et enivré de son calice, peut louer le Seigneur et monter sur la montagne des Oliviers, où se trouvé le repos de la fatigue, la consolation de la douleur, et la claire vue de la véritable lumière. « Alors Jésus leur dit : vous éprouverez tous « Cœnantibus autera eis, accepit Jésus panem, et b'enedixit ac fregit, deditque discipulis suis, et ait : Àccipite et comedité,' hoc est corpus meum. Et accipiens calicem, gratias egit, et dédit illis, dicens : Bibite ex hoc omnes. Hic est ehim sanguis meus novi Testamenti, qui pro multis efïundetur in remissionem peccatorum. » Postquani typicum ’Pascha fuerat impletum, et agni carnes cum apostolis comederat, assurait panem, qui confortât cor hominis, et ad verum Paschæ transgredi- tur sacramentum, ut quomodo in præfiguratione ejus Melchisedech, summi Dei sacerdos, panem et vinum offerens fecerat Genes* xiv, ipse quoque in veritate sui corporis et sanguinis repræsentaret. In Luca legimus duos calices quibus discipulis propinarit Luc, xxn. Unum primi mensis, et alterum secundi, ut qui inter sanctos y rimo mense agnum comedere non potùerit, secundo inter pcenitentes hædum comedat. « Dico autem vobis, non bibam amodo de hoc geni- mine vitis usque in diem ilium, cum illud bibam vobis- cum novum in regno Patris mei. » De carnalibus transit ad spiritualia, quod vinea de Ægypto transplan- tata sit populus Israël, cui per Jeremiam Dominus loquitur : « Ego te plantavi vineam veram, quomodo mutata es in amaritudinem vitis alienæ [Al. aliéna] » Jerem . n, 21? Et Isaias propheta in cantico quod dilecto canit, et omnis sparsim Scriptüra testatur. Dicit ergo se Dominus de hac vinea nequaquam esse bibitu- rum, nisi in regno Patris sui. Regnum Patris, fidem puto esse credentium, Apostolo quoque idipsiim confir¬ mante : « Regnum Dei intra vos est » Xwc.'xvn, 21. Ergo cum Judsei receperint regnum Patris (attende quod dicat, Patris, non Dei), omnis Pater nomen est Filii. Cum, inquam, crediderint in Deum Patreitf, et adduxerit eos Pater ad Filium, tune de vino eorum bibet Dominus, et in similitudiném Joseph regnans in Ægypto, inebriabitur cum fratribus suis Genes, x lui. « Et hymno dicto, exierunt in montera Oliveti. » Hoc est quod in quodam psalmo legimus : « Manduca- verunt et adoraverunt omnes pingues terræ » Ps . xxi, 30. Juxta hoc exemplum, qui Salvatoris pane saturatus, et calice inebriatus fuerit, potest iaudare Dominum et conscendere in montem Oliveti, ubi laborum refectio, dolorisque solatium, et veri luminis notitia est. « Tune dicit illis Jésus ; Omnes vos scaridalum COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DÉ SAINT MATTHÏÉU 89 cette nuit, du scandale à cause de moi. » Ibid . 31. Il leur annonce d’avance ce qu’ils doivent éprouver, afin qu’aprôs l’avoir éprouvé, ils ne désespèrent point de leur salut, mais.se sauvent en faisant pénitence. Et il ajoute avec insistance t « Vous éprouverez du scandale cette nuit; » car de même que ceux qui s’enivrent, s’enivrent . la nuit; de môme ceux qui éprouvent du scandale, l’éprouvent la nuit et dans les ténèbres, i Thés- sal. v. Pour nous, disons : « La nuit est passée, et le jour approche. » Rom. xur. 12. « Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées; mais après que je serai réssuscité, je vous précéderai en Galilée. » Ibid, 32 Ceci est écrit en d’autres termes dans le prophète Zacharie; et (si je ne me trompe) c’est le prophète lui-même qui dit à Dieu.: « Frappez le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées. » Zach . xur. 7. Pareillement le psaume soixante-huit, qui est tout entier chanté par le Seigneur, concorde avec cette interprétation : « Parcequ’ils ont per¬ sécuté celui que vous avez frappé. » Le bon pas¬ teur est frappé, afin de donner sa laquelle n’est pas opposée à la volonté du Fils, puisque c’est le Fils qui dit par la bouche du Pro¬ phète : « Pour faire votre volonté ô mon Dieu, c’est ce que j’ai voulu ». Psalm . xxxix, 9. « Il revint de nouveau et les trouva endormis, car leurs yeux étaient appesantis. Et les quittant il s’en alla encore, et pria pour la troisième fois, casses suos teneat. Verbi gratia : Martyr, qui pro con- fessione Domini sanguinem fundit, tentatuè quidem est; sed tentationum [ AL tentationis ] retibus non ligatur. Qui autem negat, in plagas tentationis incurrit. « Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma. » Hoc adversum temerarios, qui quidquid crediderint, putant se posse consequi. Itaque quantum de ardore mentis confidimus, tantum de carnis fragilitate timea- mus. Sed tamen juxta Apostolum, in spiritu carnis opéra mortificantur Petr. un « Iterum secundo abiit et oravit, dicens : Pater mi, si non potest hic calix transire nisi bibam ilium, fiat voluntas tua. » Secundo orat, ut si Ninive aliter salvari non potest, nisi aruerit cucurbita, fiat voluntas Patris, quæ non est contraria Filii voluntati, dicente ipso per prophetam : « Ut facerem voluntatem tuam, Deus meus, volui » Ps . xxxix, 9. « Et venit iteruin, et invenit eos dormientes. Erant enim oculi eorum gravati. Et relictis illis, iterum abiit, et oravit tertio, éumdem sermonem dicens. » Solus 92 SAINT JÉROME disant les mômes paroles. » Ibid. 43. 44. Il prie seul pour tous, comme il souffre seul pour tous. C’était le renoncement tout proche qui alanguis- sait et appesantissait ainsi les yeux des apôtres. « Alors il vint trouver ses disciples et leur dit : Dormez maintenant, et reposez-vous; voici .l’heure qui approche, et le Fils de l’homme va. être livré entre les mains des pécheurs ». Ibid, 45. Matth. xviii, et n Corinth . xm. Après avoir prié une troisième fois, afin que toute parole soit confirmée par l’autorité de deux ou trois témoins, et obtenu que la crainte qui allait saisir ses apôtres, fut suivie d’une péni¬ tence expiatoire, tranquille du côté de sa passion, 'il s’avance vers ses persécuteurs et s’offre volontairement à la mort; il dit à ses apôtres : « Levez-vous, allons, celui qui doit me livrer est bien près d’ici. Gomme il parlait encore, voilà que Judas, l’un des douze, arriva, et avec lui une grande troupe de gens armés d’épées et de bâtons, qui avaient été envoyés par les princes des prêtres et par les anciens du peuple. Ibid. 46, 47. Si nous ne voulons pas être sur¬ pris comme des gens qui ont peur et reculent, marchons de nous-mêmes à la mort, afin de donner à ceux qui doivent souffrir après nous le spectacle de la confiance et de la joie.. . « Or, celui qui le trahissait leur avait donné un signe en disant : Celui que je baiserai, c’est lui- même, saisissez-vous de lui. » Ibid . 48. Le mal- orat pro omnibus, sicut et solus patitur pro universis. Languëscebant autem et opprimebantur apostolorum ôculi uegatione vicina. « Tune venit ad discipulos suos, et dicitillis : Dormite jam, et requiescite; ecce appropinquavit hora, et FiJius hominis tradetur in manus peccatorum Matth. xviii et Il Cor. xm. Postquam tertio oraverat, ut in ore duo- rum vel trium testium staret omne verbum, et aposto¬ lorum timorem sequenti pœnitentia impetraverat corri- gendum, securus depassione sua pergitad persecutores, et ultro se interficiendum præbet, dicitque discipulis suis: « Surgitë, eamus, ecce appropinquavit qui me tradet. Adhuc eo Joquente, ecce Judas unus de doudecim venit, et cum eo turba* inulta cum gladiis et fustibus, missi a principibus sacerdotum, et senioribus populi. » Ne nos inveniant quasi timentes et retrahentes, ultro per- gamus ad mortem, ut confidentiam et gaudium passuri videant. « Qui autem tradidit eum, dédit illis signum, dicens : Quemcuraque osculatus fuero, ipse est, tenete eum. » Miser Judas, et tamen non miserabilis, èadem inûdeli- heureux Judas, indigne pourtant de commiséra¬ tion, montre en tout, la même infidélité; il la montre en trahissant son maître et son Seigneur; il la montre en attribuant à un pouvoir magique, et non à la toute-puissance divine les miracles qu’il luia vu faire. Peut-être aussi, avait-il entendu parler de sa transfiguration sur la montagne, et craignait-il que par une transformation du même genre, il ne s’échappât des mains des valets qu’il avait amenés. Il leur donne donc un signe qui le leur fera connaître, et ce signe est un baiser. « Aussitôt donc s’approchant de Jésus, il lui dit : Je vous salue, Maître, et il le baisa. » Ibiù. 49. Assurance éffrontée et criminelle! appeler Maître et baiser celui qu’il livre. 11 garde pourtant encore quelque chose du respect du disciple, puisqu’il ne le livre pas lui-même bru¬ talement à ses persécuteurs,, et se contente de lé désigner par un. baiser. Tel est le signe dont Dieu marquait Cain, pour l’empêcher d’être mis à mort par ceux qui l’auraient rencontré, GeneSi iv. Jésus lui répondit : mon ami, dans quel but êtes-vous venu? Alors ils s’avancèrent, portèrent les mains sur Jésus, et le saisirent. » Ibid. 50. Le mot « mon ami, » doit être, xa t> In alio evangelista [ Al. Evangelio ] scriptum est quod Petrus hoc fecerit, eodem mentis ardore quo ceetera, Servus quoque principis sacerdotum Mal chus appellatur [ Al. appellabatur ] ; auricula quæ amputatur, dextera est. Transitoire dicendum, quod « Malchus, » id est, rex quondam populus Judseorum, servus iactus sit impietatis et devorationis sacerdotum. Dexteramque perdiderit auriculam, ut totam litteræ vilitatem audiat in sinistra ; sed Dominus in his, qui ex Judæis credere voluerunt, reddidit aurem de x tram, et fecit servum genus regale et sacerdotale. « Tune ait illi Jésus : Gonverte gladium tuum in locum suum, Omnes enim qui acceperint gladium, gladio peribunt. » Et si non frustra portât gladium, qui ultor Dominicæ iræ positus est in eum, qui malnm operatür ; attamen quicumqne gladium sumpserit, gladio peribit. Quo gladio? illo nëmpe qui igneiis vertitur ante paradi- Père, et qu’il ne me donnerait pas aussitôt plus de douze légions d’anges? Gomment donc s’ac¬ compliront les Écritures qui déclarent qu’il faut que cela se passe ainsi? » Ibid . 53, 54. Je n’ai pas besoin de l’aide des douze apôtres, fussent- ils tous disposés à me défendre, moi qui puis avoir à mon secours douze légions de l’armée angélique, La légion, chez les anciens, compre¬ nait six mille hommes. Nous avons trop peu de temps pour entreprendre d’expliquer ce nombre. Qu’il nous suffise de dire que c’est une figure, que douze légions font soixante-douze mille anges, autant qu’il y a de peuples parlant une langue différente. Ce que le Sauveur ajoute dénote un cœur qui ne recule pas devant la souffrance puisque ce serait en vain que les prophètes auraient rendu leurs oracles, si le Seigneur ne prouvait, en les accomplissant par sa Passion, qu’ils ont dit la vérité. « En- ce moment, Jésus dit à cette troupe de gens : Vous êtes venus ici avec des épées et des bâtons pour me prendre comme si j’étais un voleur; j’étais tous les jours parmi vous, ensei¬ gnant dans le temple, et vous ne m’avez pas arrêté. » Ibid. 55. C’est une folie, dit-il, de venir chercher avec des épées et des bâtons celui qui se remet volontairement entre vos mains, de se servir d’un traître et de venir la nuit l’arrêter, comme s’il se cachait et voulait se dérober à vos regards, sum Genes . ni, et gladio spiritus, qui in Dei describi- tur armatura Ephes. vi. « An putas quia non possum rogare Patrem meum, et exhibebit mihi modo plus quam duodecim legiones angelorum? Quomodo ergo implebuntur Scriptiiræ : quia sic oportet fieri? » Non indigeo duodecim aposto- lorum auxilio, etiamsi omnes me defenderent, qui pos¬ sum habere duodecim legiones àngelici exercitus. Una legio apud veteres sex millibus complebatur hominum. Pro brevitate temporis numerum non occurrimus expli- care, typos tantum dixisse sufficiat : septuaginta duo millia angelorum, in. quot gentes hominum lingua divisa est, duodecim legionibus fieri. Sequens sententia promptum ad patiendum demonstrat animum, quod frustra prophetæ cecinerint, nisi Dominus eos vere dixisse, passione sua asseruerit. « In ilia hora dixit Jésus turbis : Tamquam ad latro- nem existis cum gladiis et fustibds comprehendere me quotidie apud vos sedebam, docens in templo et non me tenuistis. » Stultum est, inquit, eum cum gladiis et SAINT JÉROME 94 celui qui chaque jour enseigne dans le temple. Mais je comprends que vous vous êtes réunis con¬ tre moi dans les ténèbres parce que votre puis¬ sance est une puissance de ténèbres. « Mais tout cela s’est fait afin' que les Éritures des prophètes fussent accomplies. Alors les dis¬ ciples l’abandonnèrent tous et s’enfuirent » Ibid. 56. Quelles sont Jes Écritures des Prophè¬ tes? « Ils ont percé mes mains et mes pieds. » Psalm . xxi. 17. et ailleurs : « Il a été conduit comme une brebis au sacrifice, » /sa. Lin. 7; Et encore dans un autre endroit : « Il a été conduit à la mort a cause des iniquités de mon peuple. » Ibid. sec. lxx. « Les gens s’étant saisi de Jésus, l’ôm-~ menôrent chez Caïphe, prince des prêtres, où les Scribes et les anciens étaient assemblés. » Ibid. 57. Moïse avait établi par l’ordre de Dieu, que les pontifes se succéderaient de père en fils, et que l’on observerait pour . les prêtres l’ordre généalogique. Exod . xxix. Josèphe rapporte que le Caïphe dont il est ici question, avait acheté d’Hérode le souverain Pontificat pour une année. Il n’y a donc rien de surprenant que ce pontife illégitime prononce des jugements injustes. << Pierre le suivait de loin, jusque dans la cour du prince des prêtres. » Ibid. 58. Il sui¬ vait de loin, l’apôtre qui devait renier le Sei¬ gneur. / fustibus quærere, qui ultro se tradat vestris manibus, et in nocte quasi latitantem, et a vestris oculis decli- nantem per proditorem investigare, qui quotidie in templo doceat. Sed ideo adversuin me in tenebris con- gregamini, quia potestas vestra in tenebris est. « Hoc autera totum factum est, ut adimplerentur Scripturæ prophetarum. Tune discipuli omnes, relicto eo, fugerunt. » Quæ sunt Scripturæ prophetariun? « Foderunt manus meas, et pedes meos » Ps. xxi, 17. et alibi : « Sicut ovis ad victimam ductus est » Isai\ un, 7. Et in alio [Al. eodem] loco : « Ab iniquitatibus populi mei ductus est ad mortem » Ibid., sec. LXX. « At illi tenentes Jesum, duxerunt ad Caipham principem sacerdotum, ubi Scribæ et seniores convene- rant. » Moyses, Deo jubente, præceperat, ut pontifices patribus succédèrent, et generationis in sacerdotibus sériés texerelur Exod. xxix, Refert Josephus istum Caipham unius tantum anui Pontifies tum ab Herode pretio redemisse. Non ergo mirum est, si nequam pontifex inique [Al. iniquus] judicet, « Petrus autem sequebatur eum a longe usque in « Et y étant entré, il s’assit avec les domes¬ tiques pour voir la fin. Cependant les princes des prêtres et tout lçj conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le ' faire mourir. Et ils n’en trouvaient point, quoique plusieurs faux témoins se fussent présentés. » Ibid. 59, 60. Pierre, poussé par l’affection du- disciple pour son maître, ou par un sentiment, de curiosité humaine, voulait' savoir ce que le grand prêtre allait décider par rapport au Soi-, gneur; s’il le condamnerait à mort, ou s’il le renverrait après l’avoir fait battre de verges. Et voilà en quoi Pierre se distingue des dix apôtres. Ceux-ci s’enfuient; lui, de loin, il est vrai, suit cependant le Sauveur. « En dernier lieu, il vint deux faux témoins, qui dirent : Celui-ci a dit : Je puis, détruire, le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours. » Ibid. 61. Comment appeler ces gens faux té¬ moins, puisqu’ils déposent des paroles que nous avons vues prononcées plus haut par le Seigneur? Mais celui-là est faux témoin qui rapporte les paroles dans un autre sens que celui dans lequel elles ont été dites. Or le Sauveur avait parlé du temple de son corps. De plus, ils rapportent faussement les paroles elles-mêmes, et en y ajoutant ou en y changeant quelques expres¬ sions, ils donnent une couleur de justice à leur accusation. » Le Sauveur avait dit : « Détruisez atrium principes sacerdotum, » A longe sequebatur, qui Dominum erat negaturus. « Et ingressus intro, sedebat cura ministris, ut vide- ret finem. Principes autera sacerdotum et omne conci- liura . quærebant falsum testimonium contra Jesum, ut morti eum traderent. Et non invenerunt, cum mufti falsi testes aecessissent. » Vél amore discipuli, vel humana curiositate scire cupiebat, quid judicaret de Domino pontifex : atrium eum neci nddiceret, an flngellis cæsum dimitteret. Et in hoc diversitas decem apost lorum et Petrr. Illi fugiunt, iste, quamquam procul, sequitur tamen Salvatorem. « Novissime autem venerunt duo falsi testes, et dixe- ' runt : Hic dixit : Possum destruere templum Dei, et post triduum reædificare illud. » Quomodo falsi testes sunt, si ea dicunt, quæ Dominum supra dixisse legi- mus? Sed falsus testis est, qui non in eodem sensu dicta intelligit quo dicuntur. Dominus enim clixerat de templo corpcris sui. Sed et in ipsis verbis calumniantur, et paucis additis vel mutatis, quasi justam calumniam faciunt. Saivator dixerat ; « Solvite templum hoc; » 95 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU ce temple; » eux modifient les termes, et lui font dire : « Je puis détruire le temple de Diou.» Détruisez, dit-il, vous, et non pas moi; car il ne nous est pas permis de porter les mains sur nous- mêmes. Enfin ils lui prêtent ce langage : « et le rebâtir en trois jours, » pour prouver qu’il par¬ lait 'spécialement du temple juif. Tandis que le Seigneur disait, pour bien faire comprendre qu’il ne s?agisait que du temple animé et vivant : « Et je le ressusciterai en trois jours. » Autre chose est bâtir, autre chose, ressusciter. « Alors le prince des prêtres se levant, lui dit : Vous ne répondez rien à ce que ceux-ci déposent contre vous? Mais Jésus se taisait. » Ibid . 62. Dans un mouvement de colère et impatienté de ne pas trouver le . prétexte qu’il cherche pour calomnier Jésus, le grand prêtre se lève de son siège, et ainsi la haine de son cœur éclate dans sa tenue extérieure. Plus Jésus se tait en face des accusations de ces faux témoins et de ces prêtres impies qui ne méri¬ tent pas une réponse, et plus le grand prêtre, emporté par la fureur, le provoque à répondre; afin de trouver dans son langage un motif quel¬ conque pour l’accuser. Néanmoins Jésus se taisait. Car il savait comme Dieu, que tout ce qu’il pourrait dire, fournirait à ses ennemis une matière à calomnie. « Et le prince des prêtres lui dit : Je vous commande par le Dieu vivant de nous dire si isti commutant, et aiunt : « Possum destruere templum Dei. » Vos, inquit, solvite, non ego : quia illicituin est, ut ipsi nobis inferamus manus. Deinde illi vertunt : « et post triduum reædificare illad ; » ut proprie de teinplo Judaico dixisse videatur. Dominus autem, ut ostenderet animale et spirans templum, dixerat : « Et ego in tri- duo suscitabo illud. » Aliud est ædiücare, aliud suscitare. « Et surgens princeps saçerdotum, ait illi : Nihil respondes ad ea quee isti adversum te testiticantur? Jésus autem tacebat. » Ira præceps et impatiens non inveniens calumniæ locum, excutit de solio pontiticem, ut vesaniam mentis motu cm'poris demonstraret. Quanto Jésus tacebat ad indignes responsione sua, fal- sos testes et sacer dotes impios, tanto magis pontifex furore superatus, eum àd respondendum provocat, ut ex qualibet cccasione sermonis locum inveniat accu- sandi. Nibilominus Jésus tacebat. Sciebat enim, quasi Deus, quidquid respondisset torquendum ad calUm- niam. « Et princeps saçerdotum ait illi ; Adjuro te per vous êtes le Christ Fils de Dieu? » Ibid. 63. Pourquoi commandez-vous? ô le plus impie des prêtres, pour accuser ou pour croire? Pour accuser? mais d’autres accusent; condamnez donc l’accusé qui se tait. Pour croire? mais pourquoi avez-vous refusé de croire à son témoignage. . . « Jésus lui répondit : Vous l’avez dit; je vous déclare que vous verrez un jour le Fils de l’homme assis à la droite de la majesté de Dieu et venant sur les nuées du ciel. » Ibid. 64. Même réponse pour Pilate que pour Caïphe; il faut qu’ils soient tous deux condamnés par leur propre sentence. « Alors le prince des prêtres déchira ses vête¬ ments en disant : Il a blasphémé. Qu’avons-nous encore besoin de témoins? Vous venez d’entendre le blasphème. Que vous en semble? Ils lui répon¬ dirent : Il mérite la mort. » Ibid. 65, 66. Le môme accès de rage qui avait fait lever le grand prêtre du siège pontifical, lui fait déchirer seS vêtements. Mais il déchira ses vêtements pour montrer que les Juifs avaient désormais perdu la gloire du sacerdoce, et que les pontifes n’occupaient plus qu’un siège vide. Il est d’usage chez les Juifs, lorsqu’on a entendu une parole blasphématoire ou injurieuse à Dieu, de déchirer ses vêtements. C’est ce que firent Paul et Bar- nabé, lorsque les Lycaoniens voulurent les hono¬ rer comme des divinités. D’un autre côté, Deum vivum, ut dicas nobis si tu es Christus Filius Dei ? » Quid adjuras, impiissime saçerdotum, ut accuses, an ut çredas? Si ut accuses, arguunt alii : rondemnate tacentem. Si ut credas, quare confitenti credere noluisti? « Dixit illi Jésus : Tu dixisti. Verumtamen dico vobis ; amodo videbitis Filium hominis sedentem a dextris virtutis Dei, et veniéntem in nubibus cœli? » Et adversum Pilatum, et adversum Caipham similis responsio, ut propria sententia condemnentur. « Tune princeps saçerdotum scidit vestimenta sua, dicens : Blasphemavit. Quid adhuc egeinus testibus ? Ecce nunc audistis blasphemiam. Quid vobis videtur? At illi respondentes, dixerunt : Reus est mortis. » Quem de solio sacerdotali furor excusserat, eadem rabies ad scindendas vestes provocat. Scidit autem vestimenta sua, ut ostendat Judæos sacerdotii gloriam perdidisse, et vacuam sedem habere pontihees. Sed et consuetudinis Jüdaicæ est, cum aliquid blasphemiæ' et quasi contra Deum audierint, scindere vestimenta sua. Quod Paulum quoque et Baxmabam, quando in Lycaonin SAINT JÉROME 96 Hérode, pour n’avoir pas rendu hommage à Dieu, et avoir caressé la faveur populaire, fut immédiatement frappé par un ange. « Aussitôt ils lui crachèrent au visage, et le frappèrent à coups de poing. » Ibid, 67, afin que cette parole fut accomplie : « J’ai présenté mes joues aux soufflets, et je n’ai point dérobé mon visage à l’ignominie des crachats. » Thren. m.30 « D’autres lui donnèrent des soufflets au visage, en disant : Prophétise-nous, Christ, qui est celui qui t’a frappé? Ibid, 68. C’eût été une folie de répondre à des gens qui frappent, de prophétiser pour des bourreaux, quand leur rage insensée se manifestait si ouvertement. Mais s’il a refusé de vous prophétiser ceci, il a prédit de la manière la plus claire qu’une armée environnerait Jérusalem, et que du temple il ne resterait pas. pierre sur pierre. « Pierre cependant était assis au dehors dans la cour.f» Ibid. 69. Il était assis au dehors, pour voir comment se terminerait l’affaire. Et il ne s’approchait pas de Jésus, pour ne faire naître aucun soupçon dans l’esprit des domestiques. « Et il nia une seconde fois avec serment : Je ne connais point l’homme. Peu après, ceux qui étaient là s’avancèrent et dirent à Pierre : » deorum cnltu honorabantur, fecisse legimus. Herodes autem, quia noh dédit honorem Deo, sed acquievit iinmoderato favori populi, slatim ab angelo percussus est. « T^nc exspuerunt in faciem ejus, et colapbis eum cæciderunt. » Dt adimpleretur quod dictum est : « Dedi maxillas meas [Al. macoillam meam] alapis, et faciem meam non averti a confusione sputorum Thren . m, 30. « Alii autem palmas in faciem ejus dederunt, dicentes : Prophetiza. nobis, Christe, quis est qui te percussit ? » Stultum erat verberantibus respondere, et prophetizare cædentem, cum palam percutientis videre- tur insania. Sed sicut hoc vobis non prophetavit, sic illud manifestissime vaticinatus est, quod circumdaretür Jérusalem ab exercitu, et. non relinqueretur lapis super lapidem in templo. « Petrus verô sedebat foris in atrio. » Foris sedebat, ut videret exitum rei. Et non appropinquabat Jesu, ne ministris aliqua suspicio nasceretur. Ibid . 72. J’en connais qui, par un sentiment de . pieuse affection pour l’apôtre saint Pierre, interprètent ce passage, de manière à pouvoir dire que Pierre n’a point renié le Dieu, mais l’homme, et qui donnent ce sens à ses paroles : Je ne connais point l’homme, parce que je sais qu’il est Dieu. Tout lecteur judicieux comprendra la frivolité de cette interprétation, et remarquera que ceux qui la donnent pour défendre l’Apôtre, rendent Dieu coupable de mensonge. Car si Pierre n’a point renié son Maître, le Seigneur a menti lorsqu’il a dit : « Je vous dis en vérité que cette nuit, avant que le coq chante, vous me renoncerez trois fois. » Considérez ces expres¬ sions : « vous me renoncerez, » moi et non pas l’homme. « Assurément vous ôtés aussi de ces gens-là; car même votre . langage vous fait assez connaître. » Ibid . 73. Non pas que Pierre parlât une autre langue, ou fut d’un autre pays. Tous ceux qui l’accusaient, comme celui qui était accusé, tous étaient hébreux, mais chaque province,- et chaque région à sa manière de parler, et ne peut se défaire des locutions et de l’accent qui lui est propre. Ainsi, dans le livre des Juges, Chap. xn, les Éphratéens ne peuvent prononcer convenablement le auvôyjtxa, mot. « Et iterum negavit cum juramento, quia non novi hominem. Et post pusillum accesserunt qui stabant, et dixerunt Petro. » Scio (1) quosdam pii affectus [Al. pio affectu] erga Apostolum ,Petrum, locum hune ita interpretatos, ut dicerent Petrum non Deum negasse, sed hominem, et esse sensum : Nescio hominem, quia scio Deum. Hoc quam frivolum sit, prudens lector intelligit;. sic [Al. si] defendunt Apostolum, ut Deum mendacii reum faciant. Si enim iste non negavit, ergo menlitus est Dominus, qui dixerat : « Amen dico tibi, quia hac nocte, antequain gallus cantet, ter me nega- bis. » Cerne quid dicat, «, me negabis, » non hominem. « Vere et tu ex illis es : nam et loquela tua te mani- festum facit. » Non quod alterius sèrmonis esset Petrus, aut gentis exteræ. Omnes quippe Hebræi erant, et qui arguebant, et qui arguebatur [Al. arguebantur] ; sed quod unaquæque provincia et regio habeat propriété tes suas, et [Al. ut] vernaculum loquendi sonum vitare non possit. Unde et Ephrathæi in Judicum übro cap. xn non possunt mjvÔY)p.a dicere. (i) Ex bis unus vidolur S. Àmbrosius, cujus hæc sentonlia lib. x in Lucam, n. 82 . Bene negavit hominem, quia sciebat Deum . Et pridom fortasse S. ipse Hilarius, qui in hune locum, Et vere prope, ait, jam sine piaculo hominem negabat, quem Dei Filium primus agnoverat biierini eicusandi.ofieclu, non ut cnlpnm negorent, Ed. Mig. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU « Il se mit alors à faire des imprécations et à jurer qu’il ne connaissait pas l’homme. Et aussitôt le coq chanta. Et Pierre se ressouvint de la parole que Jésus lui avait dite : Avant que le coq chante, vous me renoncerez trois fois. » Ibid . 74. 75. Nous lisons dans un autre Évan¬ gile : Qu’après le renoncement de Pierre et le chant du coq, le Sauveur jeta un regard à l’apôtre, et que ce regard fit aussitôt couler de ses ; yeux des larmes amères. Il ne pouvait en effet se faire que celui que la lumière du monde avait regardé, restât dans les ténèbres du renoncement. << Et étant sorti dehors, il pleura amèrement. » Tant qu’il restait dans la cour de Caïphe, il ne pouvait faire pénitence. Il sort donc hors de la société des impies, pour laver dans des larmes amères les souillures d’un renoncement que la peur lui a arraché. « Le matin étant venu, tous les princes des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour le faire mourir. Et l’ayant lié, ils l’emmenèrent, et le livrèrent à Ponce- Pilate gouverneur. » Matth. xxvii, 1 Seqq. Le Seigneur fut conduit non seulement à Ponce- Pilate, mais encore à Hérode, pour être le jouet de leurs railleries. Et voyez toute la sollicitude que les prêtres déploient pour le mal. Ils ont veillé toute la nuit pour commettre un homicide. « Et l’ayant lié, ils le livrèrent à Pilate. » En « Tune cœpit detestari et jurare, quia non novisset hominem. Et continuo gallus cantavit. Et recordatus est Petrus verbi Jesu, quod dixerat : Priusquam gallus cantet, ter me negabis. » In alio Evangelio legimus : quia post negationem Pétri, et cantum galli, respexerit Salvator Petrum, et intuitu suo eum ad amaras ïaerymas provocant. Nec fieri poterat, ut in negationis tenebris permaneret, quem lux respexerat mundi. « Et egressus foras, flevit amare. » In atrio Gaipbse sedens, non poterat agere pœnitentiam. Egreditur foras de impiorum concilio, ut pavidæ negationis sordes amaris fletibus lavet. « Mane autem facto, consilium inierunt omnes prin¬ cipes sacerdotum et seniores populi. adversus Jesum, ut eum morti traderent. Et vinctum adduxerunt, et tradi- dorunt eum Pontio Pilato præsidi. » Non solum ad Pilatum, sed etiam ad Herodein ductus est, ut uterque Domino illuderet. Et cerne sollicitudinem sacerdotum in malum. Tota nocte vigilaverunt, ut homicidium face- rent. « Et vinctum tradiderunt Pilato. ». Habebant enim ;.bunc morem, ut quem adjudicassent morti, ligatum judici traderent, Tom. x, 1 97 effet, c’était l’usage chez eux de remettre au juge, chargé de liens, celui qu’ils jugeaient mériter la mort. « Alors Judas qui l’avait livré, voyant qu’il était condamné, touché de repentir, reporta les trente pièces d’argent aux princes des prêtres et aux anciens, en disant : J’ai péché en livrant le' sang innocent. » Ibid. 3, 4. La grandeur de l’impiété surpasse en Judas la grandeur de l’ava¬ rice. Voyant le Seigneur condamné à mort, il reporte aux prêtres la somme qu’il en avait reçue, comme s’il était en son pouvoir de chan¬ ger la sentence des persécuteurs. Le changement de sa volonté ne peut en rien modifier les consé¬ quences de sa volonté première. Mais si celui qui a ainsi livré le sang innocent a péché, combien plus ont péché les Juifs qui ont acheté le sang innocent, et ont amené le disciple à la trahison par l’appât de l’argent ! Et maintenant que ceux qui soutiennent qu’il y a diverses natures et préten¬ dent que le traître Judas était d’une mauvaise nature, et n’avait pu être guéri par son élévation à l’apostolat, disent, comment une mauvaise nature a pu faire pénitence. « Mais ils répondirent : que nous importe? c’est votre affaire. Alors ayant jeté cet argent dans le temple, il se retira, et alla se pendre. » Ibid . 5. Il ne lui a servi de rien de faire péni¬ tence, cette pénitence étant impuissante à arrêter les effets de son crime. Quand un frère pèche « Tune videns Judas, qui eum tradidit, quod damna- tus esset, pœnitentia ductus, retulit triginta argenteos principibus sacerdotum et senioribus, dicens : Peccavi, tradens sanguinem justum. » Avaritiee magnitudinqm [Al. magnitudine] impietatis pondus exclusit. Videns Judas Dominum adjudicatum morti, pretium retulit sacerdotibus, quasi in potestate sua esset persecutorum mutare sententiam. Itaque licet mutavevit voluntatem suam, tamen voluntatis primæ exitum non mutavit. Si autem peccavit ille qui tradidit sanguinem justum, quanto magis Judæi peccaverunt, qui emerunt sangui¬ nem justum, et offerendo pretium, ad proditionem dis— cipulum provocarunt? Qui diversas naturas conantnr introduire, et dicunt Judam proditorem malæ fuisse naturæ, nec electione [Al. electionem et servare] apostolatus potuisse servari, rèspondeant quomodo na- tura mala egerit pœnitentiam. « At illi dixerunt : Quid ad nos? Tu videris. Et projectis argenteis in templo, recessit ; et abiens, laqueo se suspendit. » Nihil profuit egisse pœnitentiam, per quam scelus corrigere non potuit. Si quando sic frater peccat in fratrem, ut emendare valeat quod peccavit, 7 t 98 SAINT contre son frère, et que sa faute est de nature à pouvoir être réparée, le pardon lui peut être accordé. Mais si les conséquences de la faute subsistent, c’est en vain qu’il en. exprime son repentir. C’est ce que nous lisons dans le psaume au sujet de ce même malheureux Judas : « Que sa prière même lui soit imputée à péché. » Ps. cviii, 7; de sorte que non seulement il n’a pu réparer son crime de trahison, mais encore qu’à ce premier forfait il en a ajouté un second, son propre homicide, L’Apôtre dit quelque chose de pareil dans sa seconde Épitre aux Corinthiens : « De peur que. votre frère ne soit accablé dans un excès de tristesse. » n Corinth . il 7. « Mais les princes des prêtres ayant pris l’argent, dirent : Il n’est pas permis de le mettre dans le trésor, parce que c’est le prix du sang.» Ibid. 6. Oui vraiment, ils passent le moucheron, et avalent le chameau. Car s’ils ne mettent pas l’argent dans le trésor, c’est-à-dire, dans l’endroit où l’on dépose les offrandes faites, à Dieu, parce que c’est -le prix du sang, pourquoi répandent-ils ce sang lui-même? «Et ayant délibéré là-dessus, ils en achetèrent le champ d’un potier, pour la sépulture des étrangers. C’est pourquoi ne. champ est appelé encore aujourd’hui Acheldemach, c’est-à-dire, le champ du sang. » Ibid . 7, 8. Ils agirent certai¬ nement dans une autre intention que celle de laisser, par l’acquisition de ce champ, un potest ei dimitti, Sin autem permanent opéra, frustra voce assumitur pœnitentia. Hoc est quod in psalmo de eodern infelicissimo Juda dicitur : « Et oratio ejus fiat in peccatum » Ps. cviii, 7 ; ut non solura emendare nequiverit prodxtionis nefas, sed ad prius scelus etiam proprii homicidii crimen addiderit.-Tale quid et Apos- tolus in secunda ad Corinthios Epistola loquitur : « Ne abupdantiori tristitia absorbeatur frater. » « Principes autem sacerdotum, acceptis argenteis, dixerunt : Non licet eos mittere in corbonam. [ Al cor- banam], quia pretium sanguinis est. » Vere culicem liquantes, et camelum glutientes. Si enim ideo non mit- tunt pecuniam in corbonam, hoc est, in gazophylacium et dona Dèi, quia pretium sanguinis est, cur ipse san- guis effuuditur? « Consilio autem inito, emerunt ex illis agrum figuli, in sepulturam peregrinorum, propter hoc vocatus est ager ille Acheldemach, hoc est ager sanguinis, usque in ' hodiernum diem. » Illi quidem fecerunt alia voluntate, ut æternum impietatis suee retinquerent ex agri emptione JÉROME ' - . monument éternel de leur impiété. Mais pour nous, qui étions des étrangers par rapport à là loi et aux prophètes, nous avons recueilli pour notre salut, le fruit de leurs iniquités, et nous nous reposons dans le prix du sang de celui qu’ils ont mis à mort. Or, le champ s’appelle champ du potier, parce que notre potier c’est le Christ. « Alors fut accomplie cette parole du prophète Jérémie : Ils ont reçu les trente pièces d’argent qui étaient le prix de celui qui avait été mis à prix et dont ils avaient fait marché * avec les enfants d’Israël; et ils les ont données pour le champ d’un potier, comme le Seigneur me Ta ordonné. » Ibid. 9, 10. Cette citation ne se trouve pas dans Jérémie. Il y a bien dans Zacharie, l’avant dernier des douze prophètes, quelque chose qui s’en rapproche, Zach . xr, mais quoique le sens ne s’en éloigne pas beaucoup, néanmoins les paroles elles-mêmes et leur disposition, en sont bien différentes. J’ai lu dernièrement dans un livre hébreu qui m’a été remis par un hébreu de la secte des Nazaréens, un passage apocryphe de Jérémie où ces paroles sont reproduites mot à mot. Toutefois il me semble que cette citation a été plutôt empruntée à Zacharie; car c’est l’habitude bien connue des évangélistes et des apôtres, quand ils citent l’Ancien Testament, de n’en reproduire que le sens, sans . s’attacher à l’ordre dans lequel les paroles sont disposées. monimentum. Cseterum nos, qui peregrini eramus a Lege et prophetis, prava eorum studia suscepimus insalutem; et in pretio sanguinis ejus requiescimus. Figuli autem ager appellatur, quia figulus noster est Christus. « Tune impletum est quod dictum est per Jeremiam prophetam, dicentem.: Et acceperunt triginta argenteos, pretium appretiati, quem appretiaverunt a fîliis Israël, et dederunt eos in agrum figuli, sicut construit mihi Dominus. » Hoc testimonium in Jeremia non invenitur, ■ In Zacharia vero, qui pene ultiinus est duodecim prophe- tarum, quædam similitudo fertur Zach. xi; et quam- quam sensus non multum discrepet, tamen et ordo et verba di versa sunt. Legi nuper in quodam Hebraico volumine, quod Nazarænæ sectæ mihi Hebræus obtulit, Jeremiæ apocryphum, in quo hæc ad verbum scripta reperi. Sed tamem mihi videtur magis dé Zacharia sumptum testimonium, Evangelistarum et Apostolorum more vulgato, qui verborum ordine prætermisso, sensüs tantum de veteri Testamento proferunt in .exemplum.' COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 90 « Or Jésus parut devant le gouverneur, et le gouverneur F interrogea en ces termes : Êtes- vous le roi des Juifs?» Ibid. 11. L’interrogatoire de Pilate ne roulant sur aucune action crimi¬ nelle, et n’ayant d’autre objet que de savoir s’il est le roi des Juifs, démontre l’impiété des Juifs, et prouve qu’ils n’ont pu trouver môme faussement rien dont ils aient pu accuser le Sauveur. « Jésus lui répondit : Vous le dites. » Il répond de manière à dire la vérité, et à ne donner aucune prise à la calomnie. Et remarquez que d’une certaine façon il répond à Pilate qui allait le condamner malgré lui, tandis qu’il a refusé de répondre aux prêtres et aux chefs de la nation, les jugeant indignes d’entendre sa parole. « Alors Pilate lui dit : n’entendez-vous pas combien ils profèrent de témoignages contre vous. Mais il ne répondit rien à tout ce qu’il put lui dire, de, sorte que le gouvernenr en était fort étonné. Or, au jour de la fête, le gouverneur , avait coutume de délivrer au peuple celui des prisonniers qu’il voulait. » Ibid . 13, seqq. C’est un païen, il est vrai, qui condamne Jésus; mais il en rejette toute la responsabilité sur le peuple Juif : « N’entendez -vous pas combien ils profèrent de témoignages contre vous? » Jésus né voulut rien répondre, de peur qn’en mettant « Jésus autem stetit ante præsidem, et interrogavit eum præses, dieens : Tu ex rex Judæorum? » Pilato nihil aliud interrogante criminis, nisi utrum rex Judæorum sit, arguuntur impietatis Judæi, quod ne falso quidem invenire potuerint quod objicerent Salva- tori. « Dixit illis Jésus : Tu dicis. » Sic respondit ut et verum diceret, et sermo ejus calumniæ non pateret. Et attende quod Pilato, qui invitus promebat sente ntiam, aliqua ex parte responderit. Sacerdotibus autem et principibus respondere noluerit, indignos suo sermone judicans « Tune dicit illi Pilatus : Non audis quanta adversum té dicunt \Al dicant] testimonia? Et non respondit eiad ulluin verbum, ita ut miraretur præses vehementer. Per diem autem solemnem consueverat præses populo dimittere unum vinctum, quem voluissent. » Ethnicus quidem est, qui condemnat Jesum; sed causam refert in populum Judæorum. « Non audis quanta adversum te dicunt testimonia? » Jésus autem nihi] . respnodera à néant l’accusation, il lie fut laissé libre par le gouverneur, et qu’ainsi les bienfaits que nous devait apporter la croix ne fussent reculés pour longtemps. « Il avait alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas. Comme donc ils étaient assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous délivre, Barabbas où Jésus qui est appelé Christ? Car il savait que c’était par envie qu’ils le lui avaient livré. » Ibid . 16, seqq . Dans l’Évangile selon les Hébreux, le nom de ce personnage est interprété « fils de leur maître ; » il avait été condamné pour crime de sédition et de meurtre, Pilate offre donc aux Juifs le choix entre un scélérat et Jésus; il ne met pas en doute que ce choix se portera sur Jésus, sachant qu’il n’a été livré que par envie. Ainsi, il est manifeste que c’est l’envie qni est la cause de son crucifiement. « Pendant qu’il siégeait à son tribunal, sa femme lui envoya dire : Qu’il n’y ait rien entre vous et ce juste; car j’ai été fort tourmentée aujourd’hui en songe à cause de lui. Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barabbas et de faire périr Jésus. Lors donc que le gouverneur repre¬ nant la parole leur dit : Lequel voulez-vous que je vous délivre? Ils répondirent : Barabbas. » Ibid . 19, seqq . Remarquez que Dieu se sert voluit, ne crimen diluens a præside dimitteretur, et crucis utilitas differretur. « Habebat autem tune vinctum insignem, qui dicebatur Barrabbas. Congregatis ergo illis, dixit Pilatus : Quem vultis dimittam vobis, Barrabbam, an Jesum, qui dici- tur Christus? Sciebat enim quod per invidiam tradidissent eum. »Iste in Evangelio, quod scribitur juxta Hebræos, « filius magistri eornm » interpretalur, qui propter seditionem et homicidium fuerat condemnatus. Offert autem eis optionem Pilatus dimittendi quém velint, latronem, an Jesum ; non dubitans, Jesum potius eli- gendum, sciens eum propter invidiam traditum. Igitur causa crucis manifeste invidia est. « Sedente autem illo pro tribunali, misit ad eum uxor ejus, dicèns : Nihil tibi et justo illi, multa enim passa sum hodie per visum propter eum. Principes autem sacerdotum et seniores persuaserunt populis ut peterent Barabbam, Jesum vero perderent. Respondens autem præses, ait illis : Quem vultis vobis de duobus dimitti ? At illi dixerunt : Barabbam. » Nota quod gentibus sæpe 100 SAINT JÉROME souvent des songes pour faire ses révélations aux Gentils, et que, dans l’aveu de Pilate et de Sa femme confessant que le Seigneur est un juste, nous avons le témoignage du peuple Gentil tout entier. « Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus qui est appelé Christ? Ils lui répondirent tous : qu’il soit crucifié. Le gouverneur leur dit.: mais quel mal a-t-il fait? Mais ils criaient encore plus fort, disant : Qu’il soit crucifié. » Ibid . 22, 23. Pilate donne aux Juifs plusieurs occasions de délivrer le Sauveur. D’abord, en mettant en parallèle le scélérat et le juste, plus tard, en disant : « Que ferai-je donc de Jésus qui est appelé Christ? » C’ëst-à-diro qui est votre roi. Et bien qu’ils aient répondu : « Qu’il soit cruci¬ fié, » il ne leur cèdo pas encore; mais écoutant les suggestions de sa femme qui lui recomman¬ dait : « Qu’il n’y ait rien entre vous et ce juste,» il répond aux Juifs :« Quel mal a^-t-il donc fait? » En parlant ainsi, Pilate reconnaissait l’innocence de Jésus. Mais eux criaient encore davantage, disant : « Qu’il soit crucifié. » Afin que s’accom¬ plît cette parole qu’il disait au psaume vingt et un : « J’ai été environné par un grand nombre de chiens, assiégé par une foule de personnes remplies de malice. » Ps. xxi, 17. Et cette autre de Jérémie : « Mon héritage est devenu pour moi comme un lion de la forêt; il a jeté de grands cris contre moi. » Jerem. xii, 8. Isaïe en a Dâo somma revelënfur; et quod in Pilato et uxore ejus justum Dominum confitentibus, Gentilispopuli testi- mônium sit. « Dicit illis Pila tus : Quid igitur faciam de Jesu, qui dicitur Christus? Dicuni omnes : Crucifigatur. Ait illis præses : Quid enim mali fecit? At illi magis clamabant, dicentes : Crucifigatur. » Multasliberandi Salvatoris Pila- tus occasiones dédit. Primum, latronem justo conférons. Deinde inferens : « Quid igitur faciam de Jesu, qui dicitur Christus? » hoc est, qui rex vester est. Cumque responderent, « Crucifigatur, » non statim acquievit; sed juxta suggestionem uxoris, quæ mandaverat' : « Nihi] tibi et justo illi, » ipse quoque respondit : « Quid enim mali fecit? » Roc dicendo, Pilatus absolvit Jesum. At illi magis clamabant, dicentes' ; « Crucifigatur. » Ut impleretur quod in vigesimo primo psalino dixerat : « Circumdederunt me canes multi : etcongregatio mali- gnantium pbsedit me » Psal. xxi, 12.£Et illud Jeremùe ; « Facta est mihi hæreditas mea sicut leo in silva ; dedërunt super me vocem suam » Jerem . xii, 12. témoigne également : « J’ai attendu qu’ils fissent des actions justes ; mais ils ont commis l’iniquité ils n’ont point rendu la justice, mais ils ont poussé des cris. » Isai. v, 7. « Pilate voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte deviendrait encore plus grand, se fit apporter de l’eau, et lavant ses mains devant tout le peuple, il leur dit : Je suis inno¬ cent du sang de ce juste; Voyez vous autres. » Ibid . 24. Pilate prit de l’eau, selon ces paroles prophétiques : Je laverai mes mains dans la ; compagnie des innocents » Ps. xxv, 6, afin de purifier dans ce bain où il trempait ses mains, les œuvres de la Gentilité, et de nous rendre complètement étrangers à l’impiété des Juifs qui criaient « crucifiez-le; » et par cette action symbolique il faisait en quelque sorte cette déclaration : pour moi, j’ai voulu délivrer cet innocent; mais puisqu’il y à commencement de révolte, et qu’on m’accuse de pactiser avec les ennemis de César : « Je suis innocent du sang de ce juste. » Le juge qui ne prononce que parce qu’il y est forcé, une sentence contre le Christ, ne condamne pas l’accusé remis entre ses mains ; mais il flétrit ceux qui le livrent, en proclamant l’innocence de celui qui doit être crucifié. « Voyez-y, dit-il, vous autres. » Je suis, moi, l’exécuteur de la loi; c’est votre bouche qui répand le sang. « Et tout le peuple répondit : que son sang Isaia quoque in hac sententia congruente : « Exspectavi ut facerent juclicium, fecerunt autem iniquitatem, et non justitiam, sed clamorem » Isai. v, 7. « Videns autem Pilatus quia nihil proficeret, sed magis tumultus fieret, accepta aqua, lavit manus coram populo, dicens : Innocens ego sum a sanguine hujus justi ; vos videritis. » Pilatus accepit aquam, juxta illud pro- pheticum : « Lavabo inter innocentes manus meas » Ps. xxv, 6; ut in lavacro manuum ejus Gentilium opéra purgarentur, et ab impietate Judæorum, qui clamaverunt, « crucifige eum, » nos alienos faceret, quodammodo hoc contestans, et dicens : Ego quidem innôcentèm volui liberare; sed quoniam [Al. etiam] seditio oritür, et perduellionis mihi contra Cæsarem crimen iinpingitur - : « Innocens ego sum a sanguine justi hujus. » Judex qui côgitur contra Christum sententiam ferre, non damnât oblatum ; sed arguit ofierentes, justum esse pronuntiâns qui cr.ucifigendus est. « Vos, » inquit, « videritis. » Ego. minister sum legum : vestra vox sanguinem fundit. « Et respondens universus populus, . dixit Sanguis COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 101 retombe sur nou$ et sur nos enfants. » Ibid . 25. Ce souhait impie pèse toujours sur les Juifs et le sang du Seigneur continue à retomber sur eux. De là ces paroles que Dieu dit par la bouche d’Isaïe : « Quand même vous lèveriez vers moi vos mains, je ne vous exaucerai pas, car vos mains sont pleines de sang. » Isai . i, 15. O le bel héritage que les Juifs laissent a leurs enfants, en disant : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. » « Alors il leur délivra Barabbas, et ayant fait fouetter Jésus, il le leur livra pour être crucifié. » Ibid. 26. Barabbas le scélérat qui excitait des séditions dans le peuple, qui avait commis des meurtres, a été délivré au peuple des Juifs; Barabbas, c’est-à-dire, le diable, qui continue de régner sur eux; et voilà pourquoi ils ne peuvent avoir de paix. Pour Jésus, livré par les Juifs, il est reconnu innocent par l’épouse de Pilate, pro¬ clamé juste par le gouverneur lui-même. De plus le centurion confesse qu’il est vraiment le Fils de Dieu. Que le lecteur' judicieux recherche comment ces deux choses peuvent so concilier ensemble, d’un côté Pilate se lavant les mains et disant : « Je suis innocent du sang de ce juste,» et de l’autre, le même Pilate faisant quelques moments plus tard flageller Jésus et le livrant ensuite pour être crucifié? Il faut néanmoins savoir quo Pilate en agissant ainsi n’a fait qu’obéir aux lois Romaines, qui porte que ejus super nos et super filios nostros. » Persévérât usque in præsentem diem hæc imprecatio super Judæos, et sanguis Domini non aufertur ab eis. Unde per Isaiam ïoquitur : « Si levaveritis ad me manus, non exaudiam vos. Manus enim vestræ plenæ sunt sanguine » Isai. i 15. Optimam hæreditatem Judæi filiis rebuquunt [Al. relinquerunt], dicentes : « Sanguis ejus super nos, et super filios nostros. « Tune dimisit illis Barabbam, Jesum autem flagella- tum tradidit eis ut crucifigeretur. » Barabbas latro, qui seditiones faciebat in turbis, qui homicidiorum auctor erat, dimissus est populo Judæorum, id est, diabolus, qui usque hodie régnât in eis, et idcirco pacem habere non possunt. Jésus autem a Judæis traditus, absolvitur ab -uxore Pilati, et abipso præside Justus appellatur. Et centurio cOnfitetur quod vere Dei Filius sit. Quærat. eruditus lector, quomodo sibi conveniat Pilatum lavisse manus suas, et dixisse : « Innocens ego sum a sanguine justi hujus, » et postea flagellatum tradidisse Jesum ut crucifigeretur? Sed sciendum est Romanis eum legibus ministrasse, quibus sancitum est, ut qui crucifigitur, l’homme condamné à être crucifié doit être fouetté auparavant, Jésus fut donc abandonné aux soldats* et les fouets déchirèrent ce corps sacré, cette poitrine qui était le tabernacle de Dieu. Mais ceci s’est fait, afin que, comme il est écrit : « Un grand nombre de coups de fouet sont réservés aux pécheurs » Ps. xxxr, 10, nous échappions par sa propre flagellation aux coups qui nous attendaient; suivant cette parole que l’Écriture adresse à l’homme juste : « Le fouet n’approchera point de votre tente » Ps. xc, 10. « Alors les soldats du gouverneur ayant emmené Jésus dans le prétoire, rassemblèrent autour de lui la cohorte entière. Et après lui avoir ôté ses habits, ils le couvrirent d’un man¬ teau d’écarlate. Puis ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mirent sur la tête, avec un roseau dans la main droite. Et fléchissant le genou devant lui, ils se moquaient de lui en disant : Je vous salue, roi des Juifs. » Ibid. 27 seqq. C’est parce qu’il avait été appelé roi des Juifs et que les Scribes et les Prêtres l’avaient accusé de s’arroger l’autorité sur le peuple d’Israël, que les soldats pour le tourner en dérision, le dépouillent do ses vêtements, le revêtent d’un manteau d’écarlate, en guise de la robe rouge que por¬ taient les anciens rois; qu’ils posent sur sa tête en place de diadème, une couronne d’épines, mettent dans sa main un roseau pour tenir lieu de sceptre royal, et lui rendent hommage comme prias flagellis verberetur. Traditus est itaque Jésus militibus verherandus, et illud sacratissimum corpus* pectusqne Dei capax, flagella secuerunt. Hoc autem factum est, ut quia scriptum erat : « Multa flagella peccatorum » Psal. xxxi, 10, illo flagellato, nos a verberibus liberaremur, dicente Scriptura ad virum justuin : « Flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo » Psal. xc, 10. « Tune milites præsidis suscipientes Jesum in prætorio, congregaverunt ad eum universam cohortem, ét exuentes eum chlamydem coccineam circumdederunt ei.. Et plec- tentes coronam de spinis, posuerunt super caput ejus, etarundinem in dextera ejus; et genu flexo ante eum, illudebant ei, dicentes : Ave, rex Jndærum. » Milites quidem, quia rex Judæorum fuerat appellatus, çt hoc ei Scribæ et sacerdotes crimen objecerant, quod sibi in populo Israël usurparet imperium, illudentes hoc façiunt ut nudatum pristinis vestibus, induant chlamydem coccineam pro rufo lhnbo, quo regesveteres utebantur; et pro diademate ponant ei coronam spineam : pi'o sceptro regaîi dent calamum, et adorent quasi regem. 102 SAINT JEROME à un roi. Pour nous, cherchons en tout cela le sens mystique. De même que Caïphe, sans savoir ce qu’il disait, disait pourtant la vérité, lorsqu’il tenait ce langage : « Il faut qu’un homme meure pour tous ; » Joan. xi, 50, de même, en tout ce qu’ils ont fait, les soldats, bien qu’agissant dans une autre intention, nous ont donné, à nous qui croyons, les figures symboliques de la rédemp¬ tion. Le manteau de pourpre, figure les œuvres sanglantes des Gentils que le Christ porte; la couronne d’épines, la malédiction antique dont il nous délivre; le roseau, les animaux venimeux qu’il tue. On peut dire encore qu’il tenait le roseau à la main, pour écrire le sacrilège des Juifs. « Et crachant sur lui, ils prenaient le roseau, et lui en frappaient la tête »s/5id. 30. À ce moment s’accomplit cette parole : « Je n’ai point détourné mon visage de l’ignominie des cra¬ chats. » Is aï. l, 6. Et cependant quoique on lui frappe la tête du roseau, il supporte tout avec la plus grande patience, vérifiant ainsi cette pré¬ diction d’Isaïe : « Il ne brisera pas le roseau à moitié cassé » Isaï. xlii, 3. « Et après s’être ainsi joués de lui, ils lui ôtèrent le manteau d’écarlate; ils lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. » Ibid . 31. Pendant tout le temps qu’on le flagelle, Nos autem bæc omnia intelligamus mystice. Quomodo enim Caiphas dixit : « Opôrtet unum hominem mori pro omnibus » Joan . xi, 50, nesciens quid diceret; sic et isti quæcumque fecerunt, licet alia mente fecerint, tamen nobis, qui credimus, sacramenta tribuerunt. In chlamyde coccinea, opéra gentium cruenta sustentât ; in corona spinea, maledictum solvit antiquum ; in cala- irio, venenata occidit animalia. Sive calamum tenebatin maiiu, ut sacrilegium scriberet Judæorum. « Et exspuentes in eum, acceperunt arundinem, et percutiebant capnt ejus. » Eo tempore completum est: « Non averti faciem meam a confusione sputorum » ïsai. l, 6, et tamem cum caput ejus pqrcutiunt arundi- ne, sustinet cuncta patienter, ut lsaise verum ostendat vaticinium, dicentis : « Arundinem quassatam non confringet » Isai. xlii, 3. « Et postquam illuserunt ei, exuerunt eum chlamyde, et indueruut eum vestimentis ejus, et duxeruut eum, ut crucifigerent. » Quando flagellatur Jésus, et conspuitur, et irridetur, non habet propria vestimenta; sed ea quæ propter nostra peccata snmpserat. Cum autem crucifi- qu’on lui crache au visage, et qu’on le tourne en dérision, Jésus ne porte point ses propres vêtements, mais ceux qu’il a pris à cause de nos péchés. Mais lorsqu’il marche au crucifiement, et qu’a disparu tout l’appareil d’une royauté déri¬ soire, alors il reprénd ses premiers vêtements, Sa propre parure ; et aussitôt les éléments sont bouleversés et la création rend témoignage au Créateur. « Comme ils sortaient, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, qu’ils contrai¬ gnirent de porter la croix de Jésus. » Ibid. 32. Il ne faudrait pas croire que ce récit est en con^ tradiction avec celui de saint Jean l’évangéliste. D’après ce dernier, le Seigneur aurait porté sa croix en sortant du prétoire. Saint Matthieu, lui, raconte qu’ils rencontrèrent un homme dé Cyrène, nommé Simon, et qu’usant de violence, ils lui firent porter la croix de Jésus : Le récit de saint Matthieu s’explique en ce sens; qu’en sortant du prétoire, Jésus porta lui-même sa croix, et que plus tard le cortège ayant rencontré Simon, on la lui fit porter. Dans le sens anagogi- que, les nations reçoivent la croix de Jésus, et l’étranger obéissant porte l’ignominie du Sauveur. « Et ils vinrent au lieu appelé Golgotha, c’est- à-dire, lieu du Calvaire. » Ibid. 33. J’ai appris gitur, et illusionis atquë irrisionis pompa præterierit, tune pristinas vestes recipit, et proprium assumât orna- tum; statimque elementa turbantur, et testimonium Creatori dat creatura. « Exeuntes autem, invenerunt hominem Cyrenæum, nomme Simonem : hune angariaverunt, ut tolleret . crucem ejus. » Ne quis putet huic loco Joannis evangelis- tæ historiam esse contrariam. 111e enim dixit, exeuntem Dominum de prætorio portasse crucem süam ; Matthæus autem refert quod invenerunt hominem Cyrenæum, nomine Simonem, quem angariantes imposuerunt ei crucem Jesu. Sed hoc intelligendum est quod egrediens de prætorio Jésus, ipse portaverit crucem suam ; postea obvium habuerint Simonem, cui portandam crucem im- posuerint. Juxta anagogem vero, crucem Jesu suscipiunt' nationes, et peregrinus obediens portât ignominiam Salvatoris. « Et venerunt in locum qui dicitur Golgotha, quod est Calvariæ locus. » Audivi quemdam .exposuisse Calvariæ lociun, in quo sepultus est Adam, ’et ideo sic appellatmn esse, quia ibi antiqui hominis sit conditum 103 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU qu’un auteur prétendait que le Calvaire était, l’endroit où Adam avait été enseveli; qu’il aurait été ainsi appelé, parce qu’il renfermerait la tête du premier homme, et que l’Apôtre y ferait allu¬ sion, lorsqu’il dit : « Levez-vous, vous qui dor¬ mez et ressuscitez des morts, et le Christ vous éclairera. » Cette interprétation est ingénieuse, et caresse l’oreille du peuple, mais elle n’est point vraie. Il y a en effet en dehors delà ville, à quel¬ que distance de la porte, des endroits où l’on tranche la tête aux condamnés ; ces endroits ont pris le nom de Calvaire, c’est-à-dire, place des décapités. C’est là que le Seigneur a été crucifié, afin que l’étendard du martyre se dressât au lieu même du supplice des scélérats, et qu’il fût comme un criminel crucifié au milieu des crimi¬ nels, pour le salut de tous, de même qu’il avait pour nous porté la malédiction de la croix, suhi la flagellation et le crucifiement. Que si l’on veut soutenir que le Sauveur à été crucifié en ce lieu tout exprès pour arroser de son sang le tombeau d’Adam, nous demanderons, pourquoi les deux voleurs y furent crucifiés également. Il suit de caput, (1) et hoc esse quod Apostolus dicat : « Surge qui dormis, et exsurge a mortuis, et illuminabit te Christus. » Favorabilis interpretatio et mulcens aurem populi, neo tamen vera. Extra urbem enim et foras portam, loca sunt in quibus truncantur capita damnatorum, et Calva- riæ, id est, decollatorum sumpsore nomen. Propterea autem ibi crucifixus est Dominus, ut ubi prius erat area damnatorum, ibi erigerentur vexilla martyrii. Et quomo- do pro nobis maledictum crucis factus est, et flagellatus est, crucifixus; sic pro omnium salute quasi noxius in¬ ter noxios crucifigeretur. Sin autem quispiam contendere voluerit, ideo ibi Dominum crucifixum, ut sanguis ipsius super Adæ tumulum distillaret, interrogemus eum, quare et alii latrones in eodem loco crucifixi sint? Ex quo apparet Calvariam non sepulcrum primi hominis, sed là que Calvaire ne signifie pas sépulcre du premier homme, mais place des décapités; en sorte que là où avait abondé le péché, la grâce surabondât. Rom . v. Quant à Adam nous lisons dans le livre de Jésus fils de Nave, qu’il fut enseveli près d’Hébron et d’Arbee. Jos. xiv. « Et ils lui donnèrent à boire du vinaigre mêlé avec du fiel. Mais lorsqu’il en eut goûté, il ne voulut point boire. » Ibid, . 34. Dieu parle ainsi à Jérusalem « Je vous ai plantée comme une véri¬ table vigne, comment êtes vous changée en l’amertume d’un plant bâtard?» Jerem . n, 21. La vigne amère donne le vin amer qu’on pré¬ sente au Seigneur Jésus, afin que s’accomplisse cette parole des Écritures : « Ils m’ont donné du fiel pour nourriture, et dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre. » Ps. Lxvirr; 22. Quant à ces paroles : « mais lorsqu’il en eût goûté, il ne voulut point boire,» elles indiquent qu’il a goûté, il est vrai, pour nous l’amertume de la mort, mais qu’il est ressuscité le troisième jour. « Après qu’ils l’eurent crucifié, ils partagèrent Iocum significare decollatorum, ut ubi abundavit pecca-* tum, superabundaret gratia Rom, v. Adam verosepul- tum juxta Hébron et Arbee, in Jesu füii Nave volumine legimus Jos . xiv, « Et dederunt ei acetum bibere cuin felle mixtum, et cnm gustasset, noluit bibere. » Deus loquitur ad Jérusa¬ lem : « Ego te plantavi vineam veram, quomodo facta es in amaritudinem vitis alienæ » [Al. Aliéna ] Jerem . n, 21? Amara vitis amarum vinum facit, quod. propinàt Domino Jesu, utimpleatur quod scriptum est : « Dederunt in escam meam fel, et in siti mea potaverunt me aceto » Isai. i/xvm, 22. Quod autem dicitur : Et cum gustasset, uoluit bibere, » hoc"indicat, quod gustaverit quidem pro nobis mortis amaritudinem, sed tertia die resurrexerit. « Postquam autem crucifixerunt eum, diviserunt ves- (1) Aique ita quidem senserunt Pailla et Eustochium Epist. inter Hieronymianas 46, ad Marcellam, cui cqnscribendra sensus prœslitisso Hieronymum, vulgaris opinio est. Locus , inquiunt, in quo crucifixus est Dominus n oster Calvaria appellatur, scilicot , quod ibi $it antiqui hominis Calvaria condita, ut secundus Adam , id est , sanguis Christi de cruce stillaus, primi Adam et jacentis protopiasti peccata dilueret. Yerum hano veluli fabulam ipse alibi Hieronymus essufflat, Quem vero hic se dicit audtvisse, in Commeniariis in Epist. ad Ephesios y, 14, diligenuus describit. Scia me, inquit, au di visse quemdam de hoc loco disputantem , qui in tkeatrale miraculum, numquam ànte visam populo formam exhibait, ut placer et : testimonium hoc > inquiens , ad Adam dicitur in loco Calvariæ sepultum, ubi crucifixus est Dominus, qui Calvariæ idcirco appellatus est, quod ibi antiqui hominis esset conditum caput . ïllo ergo tempore, quo crucifixus Dominus, super ejus pendebat sepulcrum, hœc prophetia compléta est, dicens : Surge, Adam, qui dormis, et eisurge a mortuis, et non ut legimus, emcpauo'et GOi id est, orietur tibi Christus, sed £7Cl'j'aoa,£i, id est, continget te Chrislus. Quia vîdelicet tadu sanguinis ipsius, et corporis dependentis vivificetur , atque consùrgat, et tune typurn quoque.illum veritate compleri quando Elisæus mortuus mortuum suscitant. Hæc utrum vera sunt, nec ne, lectoris arbitrio derelinquo . Certe tune in populo dicta placuerunt, et quodam plausu ac tripudio sunt excepta: Nos quœdam observabimus ad hujusmet Epistolœ locum ; astipulatorem enim S. Ambrosimn inter cæieros mngni nominis viros hceo opinio hahuit, Commentai'. in Lu cnm xxiu, ubi ot, quod difficile est credilu, prognatam ab Hebræis tradit fuisso sontentiam. Ed. Mig. 104 SAINT JEROME entre eux ses vêtements, les tirant au sort : afin que cette parole du prophète fut accomplie : Ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ils ont tiré ma robe au sort. » Ibid . 35, Et ceci avait été prédit dans le même psaume : « Ils ont par¬ tagé entre eux mes vêtements et ils ont tiré ma robe au sort. » Ps. xxr, 19. « Et s’étant assis, ils le gardaient. » Ibid . 36. La vigilance des soldats et des prêtres nous est profitable en ce sens qu’elle fait ressortir avec plus de force et de clarté la puissance du Christ qui est ressuscité. « Et ils mirent au-dessus de sa tête, sa cause écrite en ces termes : C’est Jésus, le roi des Juifs* » Ibid . 37. Je ne puis assez admirer, tant la chose me semble prodigieuse, qu’après avoir acheté à prix d’argent des faux témoins, provo¬ qué les clameurs de ce peuple infortuné et l’avoir poussé à la révolte, ils n’aient pu trouver d’autre motif pour faire mourir Jésus que celui-ci : qu’il était le roi des Juifs. Et probablement qu’ils l’ont fait pour. le railler encore et comme une dernière dérision. Du reste, comme ils voulaient encore s’y opposer, Pilate leur répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » Que vous le vouliez ou non, . Juifs, toute la Gentilité vous crie : Jésus est le roi des Juifs, c’est-à-dire, le chef suprême de ceux qui croient en lui et le confessent. « En même temps, on crucifia avec lui deux voleurs, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche. » ti monta ejus, sortera mittentes, ut impleretur quod dictum est per prophetam, dicentem : Diviserunt sibi ves- timenta mea, et super vestem meam miserunt sortem. » Et hoc in eodem psalmo fuerat prophetatum : « Divise¬ runt sibi vestimenta mea, et super vestem meam mise¬ runt sortem » Isai, xxr, 19. « Et sedentes servabant eum. » Diligentia militum et eacerdotum nobis proficit, ut major et apertior resurgen- ■ tis virtus appareat. « Et iniposuerunt super caput ejus causam ipsius ecriptam, Hic est Jésus,, rex Judseorum. » Non possum digne admirari pro rei ' magnitudine, quod redemptis pretio falsis testibus, et ad seditionem clamoremque infe- lici populo concitato, nullam aliam invenerint causam interfectionis ejus, nisi quod rex Judseorum esset. Et illi forsitam illudentes ridentesque hoc fecerint. Cæterum Pilatus etiam nolentibus respondit : « Quod scripsi, scrip- si, » Velitis, nolitis, Judæi, omnis vobis gentium turba respondet : Jésus rex Judseorum est, hoc est imperator credentium et confitentium . « Tune crucifixi sunt cum eo duo latrones, unus a Ibid. 38. Si le Golgotha est le tombeau1 d* Adam, et non le lieu d’exécution des condamnés, si le Seigneur n’y est crucifié que pour y ressusciter Adam, pourquoi les deux voleurs sont-ils cruci¬ fiés dans ce même lieu? « Mais ceux qui passaient par là, le blasphé¬ maient en branlant la tête, et lui disant : Toi qui détruis le temple de Dieu et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même. Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. Les princes des prêtres se moquaient pareillement de lui avec les scribes et les anciens, en disant. » Ibid. 39 Sùqq. Ils blasphémaient, parce qu’ils passaient en dehors de la voie, et refusaient de marcher dans le véritable chemin des Écritures. Ils branlaient la tête, parce qu’ils avaient auparavant remué leurs pieds, et qu’ils ne se tenaient plus sur la pierre. Ce peuple insensé répété comme une insulte ce qu’ont imaginé les faux témoins. « Il a sauvé les autres, et il üe peut se sauver lui-même. » Ibid. 42. Malgré eux les Scribes et les Pharisiens reconnaissent qu’il a sauvé les autres. Ainsi votre propre aveu vous condamne. Car celui qui a sauvé les autres, pourrait certes, s’il le voulait, se sauver lui-même. « S’il est le roi d’Israël, qu’il descende présen¬ tement de la croix, et nous croirons en lui. 11 met sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il le veut; car il a dit : Je suis le dextris, et unus a sinitris. » Si Golgotha tumulus est Adam, et non domnatorum locus, et ideo Dominus ibi crucifigitur, ut suscitet Adam, duo latrones quare in loco isto eodem crucifiguntur? « Prætereuntes autem blasphemabant eum movenles capita sua, et dicentes : Vah! qui destruis templum Dei, et in triduo illud reædificas, salva temetipsum ; si FIlius Dei es, descende de cruce. Similiter et princi¬ pes sacerdotum, illudentes cum sevibis et senioribus, dicebant. » Blasphemabant, quia prætergrediebantur viam, et in vero itinere Scripturarum ambulare nolebant. Movebant capita sua, quia jam antea moverant pedes, et non stabant super petram. Idipsum autem insultans, dicit fatuus populus, quod falsi testes confmxèrant. « Alios salvos fecit, seipsum non potest salvum facere. » Etiam nolentes, conûtentur Scribæ et Pharisæi, quod alios salvos fecerit. Itaque vos vestra condemnat sen- tentia. Qui enim alios salvos fecit, utique sf vellet, seip¬ sum salvaxe poterat. « Si rex' Israël est, descendat de cruce, et credimus ei. Gonfidit in Deo; liberet eum nunc si vult. Dixit enim, COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 105 . Fils de Dieu.» Ibid. 43. Promesse mensongère. Lequel est le plus prodigieux, de descendre encore vivant dé la croix, ou mort de ressusciter et de sortir du tombeau? Il est ressuscité, et vous n’avez pas cru. Si donc il était descendu de la croix, vous n’auriez point cru davantage ; mais il me semble que ce sont les démons qui leur soufflent ces, paroles. Car aussitôt que le Seigneur fut crucifié, ils sentirent toute là vertu de la croix, et comprirent que leur empire était anéanti. Par suite, ils travaillent à le faire des¬ cendre de la croix. Mais le Seigneur, connais¬ sant les ruses de ses ennemis, reste sur le gibet, pour détruire le règne du démon. « Les voleurs qui étaient crucifiés avec lui, lui faisaient les mêmes reproches. » Ibid , 44. Nous rencontrons ici la figure appelée en grec en vertu de laquelle les deux voleurs passent pour avoir blasphémé tandis qu’un seul l’a fait. Saint Luc de son côté affirme que, pendant que l’un des deux vomissait des blasphèmes, l’autre au contraire confessait Jésus et adressait des reproches, au blasphémateur Luc . xxiir. Il n’en faudrait pas conclure que les Évangiles se contredisent, mais que d’abord tous deux ont blasphémé; et que plus tard, en voyant le soleil s’obscurcir, la terre trembler, les rochers se fendre, et les ténèbres devenir plus épaisses, l’un de ces voleurs a cru en Jésus, et a racheté par son hommage et sa profession de foi, quia Filius Dei sum. » Fraudulenta promissio, quid est plus de cruce adhuc descendere viventem, an de sépul¬ cre inortuum resurgere? Resurrexit, et non credidistis, Ergo si etiam de cruce descendent, similiter non crederetis. Sed mihi hoc videntur dæmones immittere. Statim enim ut crucifixus est Dominus, senserunt virtu- tem crucis, et intellexerunt fractas esse vires suas, et hoc agunt-, ut de cruce descendat; sed Dominus sciens adversariorum insidias, permanet in pàtibulo, ut diabo- lunr déstruat. ; . « Idipsum autem et latrones, qui crucifixi erànt cum eo, improperabant ei. » Hic per tropum, qui appellatui pro uno latrone uterque inducitur blasphé¬ masse. Lucas vero asserit, quod altero blasphémante, alter confessus sit, et econtrario increpaverit blasphe- mantem Luc , xxm. Non quod discrepent Evangelia; sed quod primum uterque blasphemaverit, dehinc sole fu- giente, terra commota, saxisque disruptis, et ingruenti- bus tenebris, unus credid.erit in Jesum, et priorem ' negationem sequenti confessions emendaverit. In duobus son incrédulité première. ( Lés deux voleurs figurent les deux peuples, le peuple juif et le peuple gentil; tous deux ont d’abord blasphémé le Seigneur, mais ensuite l’un des deux, étonné par la grandeur de ses miracles, a fait pénitence, et continue encore aujourd’hui de réprimander les juifs blasphémateurs. >Ibid. 47. Non pas tous, mais quelques-uns seulement. C’étaient, je pense, les soldats romains qui, ne di, hoc est, luminare majus retraxisse radios suos, ne aut pèndentem videret Dominum,aut impii blasphémantes sua luce fruerentur, « Et circa ho ram nonam, clama vit Jésus voce magna, dicens : Eh, Eli, lammasabacthani. Hoc est, Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti me? » Principio vicesimi. primi psalmi abusus est, illudque quod in medio vereiculo legitur : » Respice in me, » superfluum est. Legitur enim in Hebræo : « Deus meus, Deus meus, quare me dereliquisti? » Ergo impii sunt qui psalmum istum ex persona David, sive Esther et Mardochæi dictum putant, cum etiam evangelîstse testimonia ex eo sumpta super Salva tore in tell igant , ut est illud ; « Diviserunt sibi vestimenta mea, et super vestem meam miserunt sortem. » Et aliud : « Foderunt manus meas et pedes meos. » Ne mireris verborum humilitatem et querimonias derelicti, cum formam servi sciens, scanda- lum crucis videas. Quidam autem illic stantes et audientes, dicebant : Eliam vocat iste. » Non omnes, sed quidam quos arbi- tror milites fuisse Romanos, non intelligentes sermonis comprenant pas la valeur du,, mot hébreu, et l’entendant dire : « Éli, Éli, » supposaient qu’il invoquait Élie. Si nous admettons que ce sont les Juifs qui ont dit cela, il faudra alors en cônclure qu’ils agissent toujours dans la même intention, c’est-à-dire, qu’ils s’efforcent de faire passer le Sauveur pour faible et lâche, puisqu’il implore le secours d’Élie. « Et aussitôt l’un d’eux courut emplir une, éponge de vinaigre, et l’ayant mise au bout d'un roseau, il lui présenta à boire. » Ibid. 48. Et ’ ceci s’est fait pour que s’accomplît la prophétie : « Dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre. » Ps. lxviii, 22. Jusqu’aujourd’hui, les Juifs et tous ceux qui ne croient pas à la résurrection du Seigneur, abreuvent Jésus de vinaigre et de fiel. Ils lui donnent du vin mêlé de myrre pour l’assoupir et l’empêcher de voir les maux qu’ils commettent « Mais Jésus, jetant encore un grand cri, rendit l’esprit. » Ibid . 50. C’est une des'marques de la puissance divine de rendre l’esprit; il l’avait dit auparavant : « Personne ne peut m’en¬ lever la vie; mais je la quitte de moi-même, et je la reprendrai de nouveau. » Joan. x, 18. « Et en même temps, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. » Ibid. 51. TL e voile du temple fut déchiré, et tous les mystères de la Loi,' cachés auparavant, se découvrirent et passèrent au peuple des Gentils. Iîebraici proprietatem, sed ex eo quod dixit : « EH» Eli,» putantes Eliam ab eo invocatum. Sin autem Judæos qui hoc dixerint, intelligere voluerimus, et hoc more sibi solito faciunt, ut Dominum imbecillitatis infament, qui Elise auxilium deprecetur. « Et c.ntinuo currens unus ex eis, acceptam spongiam implevit aceto, et imposuit arundini, et dabat ei bibe- re. » Et hæc facta sunt ut compleretur prophetia : « In siti mea potaverunt me aceto » Ps. lxviii, 22.- Usque hodie Judæi et omnesincreduli Dominicæ resurrectionis aceto et felle potant Jesum; et dant ei vinum myrrha- tum ut eum consopiant, et mala eorum non videat. « Jésus autem iterum damans voce magna, emisif spiritum. » Divinæ potestatis indicium est emittere spiritum, ut ipsé quoque dixerat « Nemo potest tollere animam meam a me; sed ego pono eam a me ipso, et rursum accipiam eam » Joan. x, 18. « Et ecce vélum templi scissum est in duas partes a sum.mo usque deorsum. » Yelum templi scissum est, et omnia Legis sacramenta quse prius tegebantur, prodita sunt, atque ad Geutium 1 populum transierunt. lù Evan- COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 107 Dans l’Évangile, dont nous avons fait souvent mention, nous lisons que le haut de la porte du temple qui était d’une grandeur prodigieuse fut brisé et partagé. Josèphe rapporte aussi que les puissances angéliques, préposées à la garde du temple, s’écrièrent alors tons ensemble : s> Sor¬ tons de cette demeure. » «La terre trembla, les pierres se fendirent, les sépulcres s’ouvrirent. » Ibid. 52. Personne ne met en doute que ces prodiges si étonnants, pris dans le sens littéral, n’aient eu pour but de montrer que le ciel et la terre et la création tqut entière reconnaissaient dans le crucifié leur Seigneur. Mais il me semble aussi que ce tremblement de terre et tous ces autres prodi¬ ges sont la figure des croyants; ceux-ci, qui auparavant étaient semblables à des sépulcres de morts, renonçant à leurs erreurs et à leurs vices d’autrefois, et adoucissant la dureté de leurs cœurs, ont ensuite reconnu leur Créateur. « Et un grand nombre de corps des saints qui étaient endormis, ressuscitèrent. Et sortant de leurs tombeaux après la résurrection, ils vin¬ rent dans la ville sainte et apparurent à plu¬ sieurs. » Ibid. 53. De même que Lazare mort ■ était ressuscité, de même beaucoup de corps des saints ressuscitèrent, pour prouver la résur¬ rection du Seigneur. Joan. xi, Et cependant, quoique les sépulcres fussent ouverts, ils . ne ressuscitèrent pas avant que le Seigneur ne fût ressuscité, afin de lui conserver son caractère gelio, cujus sæpe facimus mentionem, superliminare templi infinitæ magnituûinis fractum esse atque divisum legimus [ Al. legij. Josephus quoque refert virtutes nngelicas, prsesid.es quondam templi, tune pariter con- clamasse : « Transeamus ex bis sedibus. ». « Et terra rnota est, et petræ scissse sunt, et monu- menta aperta sunt. » Nufii dubium est, quin \Al. quid] significet jiixta litteram magnitude» signorum, ut crucifi- xum Dominum suum et cœlum et terra et omnia demons- tràront. Sed milii videtuv terræmotus et reliqua typum ferre, credentium, quod pristinis errorum vitiis derelictis, et cordis emollita duritia, qui prius similes erant tumulis mortuoruip, postea agnoverint Creatorem. « Et multa corpora sanctorum qui dormierant, surre- xerunt. Et exeuntesde monumentis post resurrectionem ejus, venerunt in sanctam civitatem, et apparuerunt mul- tis. » Quomodo Lazarus mortuus resurrexit, sic et multa corpora sanctorum resurrexerunt, ut Dominum osten- derent resurgentem Joan. xi. Et tamen cum monumen- ta aperta siht, non antea resurrexerunt, quam Dominus de prémices de là résurrection des morts. Par la cité sainte, dans laquelle se montrèrent ceux qui étaient ressuscités, nous devons entendre la Jérusalem céleste, ou la Jérusalem terrestre, qui jadis avait été sainte. De même que Matthieu s’appelle le publicain, non parce qu’étant apôtre il est resté publicain, mais parce qu’il a conser¬ vé son premier nom; de même Jérusalem est appelée sainte, à cause du temple et du Saint, des saints qu’elle possédait, et aussi pour la distinguer des autres villes où l’on rendait un culte aux idoles. Pour ces paroles : « Et ils apparurent à beaucoup, » elles montrent que ce ne fut pas une résurrection générale qui aurait apparu à tous; mais une résurrection particu¬ lière pour un certain nombre, afin que ceux-là vissent qui étaient dignes de voir. « Le centurion et ceux qui étaient avec lui, pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et tout ce qui se passait, furent saissi d’une grande crainte, et disaient ; « Cet homme était vraiment Fils de Dieu. » Ibid . 54. La cause de l’étonnement et de l’exclamation du centu¬ rion est indiquée plus clairement dans un autre évangile, après le tremblement de terre. C’est après avoir vu le Sauveur rendre l’esprit, qu’il s’écria : « Cet homme était vraiment Fils de Dieu. » Car nul n’a le pouvoir de rendre l’esprit, sinon celui qui est le Créateur des âmes. Or, en ce passage nous devons prendre l’esprit pour l’âme, soit parce que c’est l’âme qui communique resurgeret, ut esset primogenitus resurrectionis ex mortuis. Sanctam autem civitatem in qua visi sunt résurgentes, aut Jerosolymam cœlestem intelligamus, aut hanc terrenam quæ anle sancta fuerat. Sicut et Matthæus appellatur publicanus, non quod et Àpostolus adhuc per- maneat publicanus, sed quod pristinum vocabulum teneat. Sancta appellabatur civitas Jérusalem propter templum et sancta sanctorum, et ob distinctionem aliarum urbium, in quibus idola colebantur. Quando vero dicitur, « appa¬ ruerunt multis, » ostenditur non generalis fuisse resurrectio, quæ omnibus appareret ; sed specialis ad plurimos ut hi vidèrent qui cernere merebantur. « Genturio, autem et qui cum eo erant, custodientes Jesum, viso terræmotu et bis quæ fiebant, tixnuerunt valde, dicentes : Vere Filius Dei erat iste. » In alio Evangelio post terræmotum manifestior causa miraculi centurionis exponitur ; quod cum vidisset eum spirilum dimisisse, dixerit : « Vere Filius Dei erat iste. » Nullus enim habet potestatem dimittendi spiritum, nisi ille qui aniraarum conditor est. Spiritum autem in hoc loco pro SAINT JÉROME 108 au corps le prificipo spirituel et vital, soit parce que la substance de l’âme est l’esprit, selon ce qui est écrit : « Vous leur ôterez l’esprit, et ils tomberont en défaillance. » Ps. cm, 29. Et n’ou¬ blions pas de remarquer que c’est en présence de la croix, pendant le scandale même de la passion, que le Centurion confesse que Jésus ■est vraiment le Fils de Dieu; et Arius, lui, dans l’Église, n’y veut voir qu’une créature. « Il y avait là plusieurs femmes -regardant de loin, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, et le servaient. Parmi elles étaient Marie Magde¬ leine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils deZébédée. » Ibid . 55, 56. C’était la coutume chez les Juifs, coutume antique que personne ne . songeait à incriminer, que les femmes procurassent aux maîtres qui ensei¬ gnaient, au moyon de leurs propres ressources, la nourriture et le vêtement. Cette coutume qui aurait pu causer du scandale parmi les gentils, saint Paul rappelle qu’il ne l’a pas observée. Il , dit en effet : « N’avons-nous pas le pouvoir de mener avec nous des femmes qui soient nos soeurs, comme font les autres apôtres. » i. Co- rinth. ix, 5. Elles assistaient donc le Seigneur de leurs biens, en sorte qu’elles lui procuraient l’aliment matériel, et que lui à son tour leur distribuait l’aliment spirituel. Si le Seigneur agit de la sorte, ce n’est point qu’il eût besoin de la nourriture, de ses créatures; mais il voulait ! I anima mtelligamus, seu quod spirituale et vitale corpus faciat, seu quod animæipsiussubstantiaspiritussit, juxta illud quod scriptum est : « Au fer es spiritum eorum, et défi¬ cient » Ps, cm, 29. Et hoc considerandum, quod centurio ante crucem in ipso scandalo passionis vere Dei Filium confiteatur ; et Arius in Ecclesia prsedicet creaturam. « Erant autem ibi mulieres multae a longe quee secutæ fuerant Jesum a Galilæa, ministrantes ei ; inter quas erat Maria Magdalene, et Maria Jacobi, et Joseph mater, et mater filiorum Zebedæi. » Consuetudinis Judaicæ fuit, nec diicebatur in culpam more gentis antiquo, ut mulieres de substantia sua victum atque vestitum præceptoribus ministrarent. Hoc quia scanda- lum facere ,poterat in nationibus, Paulus abjecisse se memorat. Uicit enim ipse : « Numquid non habemus potestatem sorores mulieres circumducendi, sicut et cæteri Apostoli tàciunt » I Cor. ix, 5? Ministrabant autem Domino de substantia sua, ut meteret earum carnalia, cujus illse metebant spîritualia. Non quod indigeret cibis Dominus creaturarum, sed ut typum ostenderet magistrorum, quod victu atque vestitu ex offrir,. un modèle aux maîtres et leur montrer par son exemple qu’ils devaient se contenter de recevoir de leurs disciples la nourriture et le vêtement. Mais voyons un peu quelles étaient ses compagnes : c’était Marie Magdeleine, de laquelle il avait chassé sept démons; Marie, mère de Jacques et de Joseph, sa tante, la sœur de Marie mère du Seigneur; la mère des fils de Zébédôe qui lui avait demandé peu de temps auparavant son royaume pour ses enfants; et les autres que nous lisons dans les autres Évangiles. Luc . vin. « Lorsque le soir fut arrivé, un homme riche d’Arimathie, nommé Joseph, qui était aussi dis¬ ciple de Jésus, vint trouver Pilate et lui demanda le corps de Jésus. Pilate commanda qu’on le lui rendît. » Ibid, 57, 58. Si l’écrivain sacré, relate que Joseph était riche, ce n’est point par ostentation, ni pour faire connaître que Jésus avait parmi ses disciples Un homme de qualité et très riche, mais pour nous indiquer la raison qui lui fit obtenir de Pilate le corps de Jésus. Il n’eût pas été facile à un pauvre et à un homme de basse condition d’avoir accès auprès de Pilate représentant de la puissance romaine, et d’en obte¬ nir le corps d’un crucifié. Un autre évangéliste, Luc. xxiii, donne à ce Joseph le titre de fooleo- rqç, c’est à-dire, conseiller , et certains pensent que c’est lui qui est l’objet du premier psaume : « Bienheureux l’homme qui n’est pas allé au conseil des impies, » et le reste. discipulis deberent esse contenti. Sed videamus quales comités habuerit : Mai'iam Magdalenam, a qua septem dæmoma ejecerat, et Mariam Jacobi, et Joseph matrem, materteram suam, sororem Mariæ, matris Domini et matrem filiorum Zebedæi, quæ paulo ante regnum liberis postulaverat, et alias quas in cæteris Evangeliis legimus Luc. vin. « Cum autem sero factum esset, venit quidam homo dives ab Arimathia, nomine Joseph, qui et ipse discipu- lus erat Jesu. Hic accessit ad Pilatum, et petiit corpus Jesu. Tune Pilatus jussit reddi .corpus. » Dûtes refértür non de jactantia scriptoris, quo virum nobilem atque ditissimum référât Jésus fuisse discipulum; sed ut ostendat causam quare a Pilato corpus' Jesu potuerit impetrare. Pauperis enim et ignoti non erat ad Pilatum præsidem Romanse potestatis accëdere, et crucifixi corpus impetrare. In alio Evangelista Luc. xxiii Joseph iste pooXeorqç appellatus, id est, « consiliarius, » et de ipso quidam putant primum psalmum esse coihpositum : « Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum, » et reliqua. 109 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU « Joseph ayant donc reçu le corps, l’enveloppa d’un linceul blanc. » Ibid. 59. La simplicité de la sépulture du Seigneur condamne l’ambition des riches qui ne veulent pas renoncer au luxe, et au faste même dans leurs tombeaux. Dans le sens spirituel, nous pouvons conclure de ces paroles que ce n’est ni dans l’or, ni dans les pierres précieuses, ni dans la soie, mais dans un linge bien propre, que le corps du Seigneur doit être enveloppé; elles signifient de plus que celui-là enveloppe Jésus d’un linceul blanc, qui le reçoit dans un cœur pur. « M il le mit dans son sépulcre tout neuf, qu’il aVait fait tailler dans la pierre. Et après avoir roulé une grande pierre jusqu’à l’entrée du sépulcre, il s’en alla. » Ibid . 60. Le Seigneur est déposé dans un sépulcre tout neuf, pour qu’on ne dise pas après sa résurrection, les autres corps restant dans le sépulcre, que ce n’est pas lui qui est ressuscité. Le sépulcre neuf peut aussi figurer le sein virginal de Marie, et la 1 pierre posée à l’entrée, pierre très grande, démontrer que le sépulcre n’a pu être ouvert que par les efforts de bras nombreux. « Il y avait là Marie-Magdeleine et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. Or, le jour suivant, qui est celui d’après la préparation, les > princes des prêtres et les pharisiens vinrent en¬ semble trouver Pilate, et lui dirent : Seigneur, nous nous sommes souvenu que ce séducteur a dit, lorsqu’il était encore eh vie : Je ressusciterai trois jours après. » Ibid. 61 seqq. Quand tout le monde abandonne le Seigneur, les femmes conti¬ nuent à lui rendre leurs devoirs ; elles attendent l’effet des promesses de Jésus; et c’est pour cela qu’elles méritèrent de le voir ressuscité avant tous les autres, car « celui qui persévérera jusqu’à . la fin, sera sauvé. » Matth. x, 22.; xxiv, 13. « Commandez donc que le sépulcre soit gardé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent le dérober, et ne disent au peuple : Il est ressuscité d’entre les morts. Et ainsi la dernière erreur serait pire que la première. Pilate leur répondit : Vous avez des gardes ; allez, faites-le garder comme vous l’entendez. Ils s’en allèrent donc, et pour s’assurer du sépulcre, scellèrent la pierre et y mirent des gardes. » Ibid. 64 seqq. Il ne suffisait pas aux princes des ' prêtres, aux scribes et aux pharisiens d’avoir crucifié le Seigneur notre Sauveur ; il leur fallait encore garder le sépulcre, requérir toute une cohorte, sceller la pierre, et autant qu’ils le pouvaient, l’empêcher par force de ressusciter ; de manière que leur sollicitude et leur vigilance fus¬ sent un témoignage de plus en faveur de notre foi; car plus les obstacles se multiplient, et plus se manifeste la puissance de Jésus ressuscitant. Si en effet il est déposé dans un sépulcre tout neuf, taillé dans la pierre, et non dans ün tom¬ beau construit de plusieurs morceaux, c’est pour « Et accepto corpore, Joseph involvit illud in sindone munda. » Ex simplici sepultura Domini, ambitio divitum condemnatur, qui ne in tumulis quidem possunt cnrere divitiis. Possumus autemjuxta intelligentiam spiritualem et hoc sentire, quod corpus Domini non auro, gemmis et serico, sed linteamine puro obvolvendum sit, quamquam et hoc significet, quod ille in sindone munda involvit Jesum, qui pura mente eum susceperit. « Et posuit illud in monumento suo novo, quod exciderat in petra, et advolvit saxum magnum ad ostium momimenti, et abiit. » In novo ponitur monu¬ mento, ne post resurrectionem, cæteris corporibus remanenlibus, re’surrexisse alius fingeretur. Potest autem et no.vum sepulcrum Mariæ virgin alem uterum demons- trare : saxumque ostio appositum,- et saxum magnum ostendere absque auxilio plurimorum sepulcrum non potuisse reserari. « Erat autem ibi Maria Magdalene et altéra Maria, sedentes contra sepulcrum. Altéra autem die quæ est post parasceven, convenerunt principes sacerdotum et Pharisæi ad Pilatum, dicentes : Domine, recordati sumus, quia seductor ille dixit ndhuc vivent : Post très dies resurgam. » Cæteris relinquentibus Dominum, mulieres in officio persévérant, exspectantes quod promiserat Jésus, et ideo meruerunt primæ videre resurgentem, quia « qui perseveravent usque in finem, hic salvus erit » Matth. x, 22; xxiv, 13. « Jubé ergo custodiri sepulcrum usque in diem tertium, ne forte veniant discipuli ejus, et furentur eum, et dicant plebi, surrexit a mortuis, et erit novissimus error peior priore. Ait illis Pilatus : habetis custodiam, ite, custodite sicut scitis. Illi autem abeuntes, munierunt sepulcrum, signantes lapidem eum custodibus. » Non suffecerat principibus sacerdotum, et Scribis ac Phari- sæis crucifixisse Dominum Salvatorem, nisi sepulcrum custodirent, cohortem acciperent, signarent lapidem, quantum in illis est, manum opponerent resurgenti, ut diligentia eorum nostræ fidei proficeret. Quanto eniin amplius reservatur, tahto magis resurrectionis virtus ostenditur. Unde et in monumento novo, quod excisurri' fuerat in petra, conditus est, ne si ex multis lapidibus ædifleatum esset, suftossis tumuli fundamentis, ablatus i 110 * SAINT JÉROME qu’on, ne puisse dire, qu’on en a percé les fon¬ dations et qu’on a dérobé son corps. Mais qu’il dût être déposé dans un sépulcre; le prophète l’atteste en disant : « Il habitera dans une ca¬ verne taillée dans une roche très dure, » Isai. xxxiii. 16. Et deux versets plus loin il ajoute : « Vous verrez le roi dans l’éclat de sa gloire. » Ibid . 17. « Mais la nuit du sabbat étant passée, le pre¬ mier, jour après le sabbat commençant à luire, Marie- Magdeleine et l’autre Marie vinrent voir le sépulcre. » Matth. xxvm, 1. De ce que les Évangiles donnent des heures et des jours différents pour la visite de ces femmes, il ne faudrait pas conclure au mensonge, comme le font les impies; cette diversité prouve uni¬ quement qu’elles vont et viennent fréquemment, regardant comme un devoir de visiter souvent, le sépulcre et qu’elles ne peuvent rester long¬ temps loin du tombeau du Seigneur. « Et tout d’un coup il se fit un grand trem¬ blement de terre. Car un ange du Seigneur des¬ cendit du ciel, et vint renverser la pierre et s’assit dessus. Son visage était comme un éclair, et son vêtement comme la neige. » Ibid . 2, 3. Notre-Seigneur, en même temps et dans la même personne Fils de Dieu et Fils de l’homme, con¬ formément à sa double nature à sa nature divine et à sa nature humaine, donne des marques, tantôt 4e son, infinie grandeur, tantôt de sa pro¬ fonde humilité. Ainsi en cet endroit, bien que ce soit l’homme qui ait été crucifié, enseveli, ren¬ fermé dans le tombeau, retenu par la pierre, néanmoins tout ce qui se passe au dehors, le soleil s’éclipsant, les ténèbres s’épaississant, la terre tremblant, le voile du temple déchiré, les rochers fendus, les morts réssuscités, l’appa¬ rition des anges qui depuis sa nativité venaient témoigner de sa divinité, tout cela, dis-je, mon¬ tre qu’il est le Fils de Dieu. Les anges, disons- nous. Et en effet, Gabriel vient saluer Marie, un ange parle à Joseph, un ange l’annonce aux bergers, un chœur d’anges chante : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre - aux hommes de bonne volonté. » Luc. n. Il est tenté dans le désert, et aussitôt après sa victoire, des anges viennent le servir. Voici maintenant un ange qui vient garder son tombeau, et signa¬ ler, par l’éclatante blancheur de son vêtement, la gloire du Christ triomphant. Plus tard, quand il monte au ciel, deux anges se font voir sur la montagne des Oliviers et prédisent aux apôtres le second avènement du Sauveur. Act. I. « Les gardes en furent tellement Saisis de frayeur, qu’ils devinrent comme morts. Mais l’ange s’adressant aux femmes leur dit : Pour vous ne craignez point; car je sais .que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n’est point ici ; il est ressuscité comme il l’a dit. » Ibid . 4, 5. Les. gardes saisis de frayeur, sont dans leur furto, dicéretur. Quod autem in sepulcro ponendus esset, prophetæ testimonium est, dicentis : « Hic habitabit in excisa speluncà petræ fortissimæ » Isai . xxxxn, 16. Statimque post duos versiculos sequitur : « Regem cum gloria videbitis » Ibid., 17. « Vespere autem sabbati quæ lucescit in prima sabba- ti, venit Maria Magdalene et altéra Maria videre sepulcrum. » Quod diversa tempora istarum mulierum in Evangeliis describuntur, non mendacii signum est ut împii objiciunt, sed.sedulæ visitatioms officium, dum crebro abeunfc ac recurrunt, et non patiuntur a sepulcro Domini diu abesse vel longius. « Et ecce terræmotus factus est magnus. Angélus ènim Domini descendit de cœlo, et accedens revolvit lapidem, et sedebat super eum. Erat autem aspectus ejus sicut fulgur [Al. fulgor] , et vestimentum ejus sicut nix. » Dominus noster unus atque idem Filius Dei et Filius hominis, juxta utramque naturam, diviuitatis et carnis, nunc magnitudinis suæ, nunc humilitatis signa demonstrat. Unde et in præsenti loco, quamquam homo sit qui crucifixus est, qui sepultus est, qui clausus tumulo, quem lapis oppositus cohibet, tamen quæ foris aguntur ostendunt Filium Dei, sol fugiens, tenebræ ingruentes, terra commota, vélum scissum, saxa dirupta, mortui suscitati, angelorum ministeria, quæ ab initio nativi- tatisejus deum probabant. Ad Mariam Gabriel venit, cum Joseph angélus loquitur; idem pastoribus Uuntiat, ange¬ lorum postea auditur chorus dicentium : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonse voluntatjs » LuQ) xi. Tentatur in solitudine, et post victoriam Statirn serviunt angeli. Nunc quoque Angélus venit custos sepulcri Dominici, et in vestitu candido signât gloriam triumphantis. Necnon ascendente ad cœlos Domino, diuo angeli in Oliveti monte ceruuntur, pollicentes apostolis secundum Salvatoris adventum. Aot. i. « Præ timoré autem ejus, exterriti sunt custodes, et facti sunt velut mortui. Respondens autem angélus, dixit mulieribus Nolite timere vos. Scio enfin, quod Jesum, qui crucifixus est, quæritis Non est . hic, sur- rexit enim sicut dixit. » Custodes, timoré perterriti COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 111 t-üïoi tombés comme morts; et cependant, ce n- est point eux, mais les femmes que l’ange ras¬ sure. Pour vous, ne craignez point. Que ces hommes, dit-il, craignent; que l’effroi persévère au cœur de ceux qui persévèrent dans l’incrédu¬ lité. Pour vous qui cherchez Jésus crucifié, apprenez qu’il est ressuscité, et qu’il a tenu sa promesse. << Venez et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis. Puis allez promptement dire à ses dis¬ ciples. » Ibid . 6, 7. Si vous ne croyez pas à mes paroles, croyez du moins au sépulcre vide, et allez d’un pas rapide et pressé annoncer à ses disciples. « Qu’il est ressuscité; et déjà il vous précède en Galilée, c’est là que vous le verrez; je vous en avertis par avance. » C’est-à-dire, dans la fange où se vautrent les nations; où le terrain était auparavant trompeur et glissant, et où par conséquent le pied ne pouvait se poser sûr et ferme. « Elles sortirent aussitôt du sépulcre avec une grande crainte et une grande joie, et cou¬ rurent l’annoncer à ses disciples. » Ibid . 8. Un double sentiment s’était emparé du cœur de ces femmes, un sentiment de crainte, et un senti¬ ment de joie, l’un causé par la grandeur inouïe du prodige, l’autre par le désir de voir le Sau¬ veur ressuscité; et tous deux poussaient les femmes à hâter le pas. Elles se dirigeaient vers ■instar mortuoram stupefacti jacent, et tàmen angélus non illos, sed mulieres consolatur. Nolite timere vos. Illi, inquit, timeant, in his perseveret pavor, in quibus perraanet increduJitas. Cæterum vos quia Jesum quæritis cruçifixum, audite quod resurrexerit et promissa perfe- cerit. « Venité, et videte locum ubi positus erat Dominus. Et cito euntes, dicite discipulis ejus. » Ut si meis verbis non creditis, vacuo credatîs sepulcro, et gradu concito pergite ac nuntiate discipulis ejus. « Quia surrexit,-et ecce præcedit vos in Galilæam, ibi, eum videbitis; ecce prædixi vobis. » Hoc est in volutabrum gentium, ubi ante error erat et lubricum, et lirmo ac stabili pede vestigium non ponebat. «Et exierunt cito de monumento cum timoré et gaudio. magno, currentes riuntiare discipulis ejus. » Duplex mentes mulierum tenebat affectus, timoris et gaudii, alter de miraculi magnitudine, alter ex desiderio resurgeiitis; et tanjen uterque femineura concitabat gradurp. Pergebant ad apostolos, ut për illis fidei semi- narium. spargeretur. les apôtres, afin qu’ils répandissent la semenco de la foi. « Et voici que Jésus vint à leur rencontre, et leur dit : Je vous salue, » Ibid . 9. Celles qui cherchaient ainsi, qui couraient ainsi, méritaient de rencontrer le Seigneur ressuscité et d’en¬ tendre avant tout autre, cette douce parole *: « Je vous salue ; » c’était pour les femmes d’abord que la malédiction d’Eve la première femme devait être renversée, << Mais elles s’approchèrent de lui, tinrent ses pieds et l’adorèrent » Ces femmes s’avancent et tiennent ses pieds, parce qu’elles l’adorent. D’au¬ tre part, à celle qui cherchait un vivant parmi les morts, et ignorait encore que le Fils de Dieu fût ressuscité, il a dit très justement ; « Ne me touchez pas, car je ne suis pas, encore monté vers mon Père. » Joan. xx. 17. « Alors Jésus leur dit ne craignez point Ibid. 10. Une faut jamais perdre de vue que lorsqu’il est question dans l’Ancien comme dans le. Nouveau Testament d’une vision plus extra¬ ordinaire, elle est toujours précédée d’une invi¬ tation à ne point craindre, afin que l’esprit étant rassuré ce qui va être dit puisse être écouté avec plus d’attention et de fruit. « Allez, annoncez à mes frères qu’ils aillent en Galilée, c’est là qu’ils me verront. Quand elles furent parties, quelques-uns des gardes vinrent à la ville et racontèrent aux princes des prêtres « Et ecce Jésus occurrit illis, dicens : Avete. » Quæ sic quærebant, . quæ ita currebant, raerebantur obvium habere Domimim resurgentem, et primum audire, « Avete : » ut maledictum Evæ mulieris in mulieribus subverteretur. « Illæ accesserunt, et tenuerunt pedes ejus, et adora- verunt eum. » Istæ accedunt et tenent pedes ejus, quia adoraverunt eum. Cæterum ilia, quæ quærebat viventera cum mortuis, et nesciebat adhuc Filiüra Dei surrexisse, merito audit : « Ne tangas me, nondum enim ascendi ad Patrem meura » Joan . xx, 17. « Tune ait illis Jésus : Nolite timere. » Et in veteri et . in novo Testamento, hoc semper observandum est : quod quando augustior [AL angustior] aliqua apparuerit visio, primum timor pellitur, ut, sic mente placata, possint > quæ dicuntur [AL dicunt], audiri. « Ite, nuntiate fràtribus meis, ut eant in Galilæam, ibi me videbunt, Quæ cum abiissent, ecce quidam de custodibus venerünt in civitatera, et nuntiaverunt prin- cipibus sacerdotum omnia quæ facta fuerant. > His fràtribus de quibus in alio loco dixit -: « Annuntiabo 112 SAINT tout ce qui était arrivé. » Ibid. 11. A ces frères dont il disait en un autre endroit : « J'annonce¬ rai votre nom à mes frères. » Psal. xxi, 23; les¬ quels ne voient pas le Seigneur dans la Judée, mais dans les multitudes de la Gentilité. « Ceux-ci s'étant assemblés avec les anciens, et ayant tenu conseil, donnèrent une grosse somme d’argent aux soldats, en leur disant : Dites que ses disciples sont venus la nuit, et l'ont dérobé pendant que vous dormiez. Et si cela vient à la connaissance du gouverneur, nous l’a¬ paiserons, et nous vous mettrons en sûreté. Les soldats, ayant reçu l’argent, firent ce qu’on leur avait dit. Et ce bruit qu’ils répandirent, dure encore, aujourd’hui parmi les Juifs. » Ibid. 12. Seqq. Les gardes avouent le miracle; ils revien¬ nent en toute hâte à la ville; ils racontent aux princes des prêtres ce qu’ils ont vu, ce qui s’est passé sous leurs yeux. Et ces princes des prê¬ tres qui auraient dû se donner au repentir et à la pénitence, et se mettre à la recherche de Jésus ressuscité, persévèrent dans leur malice, et détournent pour récompenser le mensonge l’argent donné pour l’usage du temple, comme ils avaient auparavant donné au traître Judas les trente pièces d’argent, prix de sa trahison. Ainsi tous ceux qui emploient pour la satisfaction de leurs propres caprices les biens du temple et les ressources destinées aux nécessités de l’Église, se rendent semblables aux scribes et aux prê- riomen tuum fratribus meis » Psal. xxi : 23 qui Salva- torem nequaquam in Judæa conspiciunt, sed in gentium multitudine. « Et congregati cum senioribus, consilio accepto, pecuniam copibsam dederunt railitibus, dicentes : Dicite, quia discipuli ejus nocte venerunt, et furati sunt eum, nobis dormientibus. Et si hoc auditum fuerit a præside nos suadebimus ei, et securos vos faciemus. At illi accepta pecunia, fecerunt sicut erant edocti. Et divul- gatum est verbum istud apud Judæos usque in hodier- num diem. » Custodes miraculum confitentur, ad urbeni conciti redeunt : nuntiant principibus sacerdotum quæ viderint, quæ facta conspexerint. Illi qui debuerant converti ad pœnitentiam, et Jesum quærere resurgentein, persévérant in malitia, et pecuniam quæ ad usus templi data fuerat, vertunt in redemptionem mendacii, sicut antea triginta argenteos dederant Judæ proditori. Omnes igitur qui stipe templi, et his quæ conferentur ad usus Ecclesiæ abutuntur in aliis rebas, quibus suam expleant voluntatem, similes sunt scribarum et sacerdotum, redimentium mendacium, et Salvat ris sanguinem. JÉROME très, achetant le mensonge et le sang du Sau¬ veur. « Cependant les onze disciples s’en allèrent en Galilée sur la montagne où Jésus leur avait ordonné de se trouver. Et le voyant ils l’adorè¬ rent ; quelques-uns néanmoins doutèrent. » Ibid . 16, 17. Après sa résurrection, Jésus se fait voir sur une montagne de la Galilée, et il y est adoré; bien que quelques-uns conservent des doutes, et que leurs doutes affermissent notre foi. Il se montre alors plus clairement à Thomas, et lui présente son côté ouvert par la lance, et ses mains percées par les clous. « Et Jésus s’approchant leur parla ainsi : toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. » Ibid . 18. La puissance a été donnée à Celui qui peu de temps auparavant était atta¬ ché à la croix, déposé dans le sépulcre, qui reposait mort dans le tombeau, puis ressuscita plein de vie. La puissance lui a été donnée dans le ciel et sur la terre en sorte que régnant' déjà dans le ciel, il régnera maintenant sur la terre par la foi de ceux qui croiront en lui. « Allez donc et instruisez tous les peuples, lés baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit. » Ibid . 19. Ils doivent d’abord instruire tous les peuples, puis lorsqu’ils sont instruits les régénérer dans l’eau. Car il n’est pas possible que le corps reçoive le sacrement de baptême si l’àme n’a d’abord embrassé les vérités do la « Undecim autem discipuli abierunt in Galilæam, in montem ubi constituerai illis Jésus. Et videntes eum, adoraverunt; quidam autem dubitaverunt. » Post resurrectionem in monte Galilææ conspicitur, ibique adoratur : licet quidam débitent, et dubitatio eorum nostram augeat fidem. Nunc manifestius ostenditur Thomæ, et latus lancea vulneratum, et manus fixas deinonstrat clavis. « Et accedens Jésus locutus est eis, dicens : Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra. » Illi potestas data est, qui paulo ante crucifixus, qui sepultus in tumulo,* qui mortuus jacuerat, qui postea resurrexit. In . cœlo autem et in terra potestas data est, ut qui ante regnabat in cœlo, per fidem credentium regnet in terris. « Euntes ergo, docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. » Primum docent omnes gentes, deinde doctas intingunt aqua. Non enim potest fieri ut sorpus baptismi recipiat sacra- mentüm, nisi ante anima fidei susceperit veritatem. Baptizantur autem in nomine Patris, et Filii, et Spiritus COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU foi. Ils sont baptisés au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, en sorte que ces trois person¬ nes soient associées dans le même don, comme elles le sont dans, la même divinité ; et le nom de la Trinité est un seul Dieu . « Leur apprenant a observer toutes les choses que je vous ai prescrites, » Ibid . 20. Enchaîne¬ ment remarquable, il commande à ses apôtres d’instruire d’abord tous les peuples, puis de les purifier par le sacrement de la foi, et enfin, après les avoir instruits et baptisés, de leur prescrire tout ce, qu’il faut observer. Et pour que nous ne regardions pas comme peu importantes et peu nombreuses les choses prescrites, il ajoute : sancti, ut quorum una est divintas, una sit largitio : nomenque Trinitatis, unus Deus est. « Docentes eos servare omnia quæcumque mandavi vobis, » Ordo præcipuus : Jussit apostolis ut primum docerent universas gentes, deinde fidei intingerent sacramento (1),. et post fidem ac baptisma, quæ essent observanda præciperent. Àc ne putemus levia esse quæ jussa surit et pauca, addidit : « Omnia quæcumque mandavi vobis. » Ut quicumque crediderint, qui in 113 « Toutes les choses que je vous ai prescrites. » Ainsi tous ceux qui auront cru, et qui auront été baptisés au nom des trois personnes de la Sainte Trinité, doivent faire tout ce qui a été commandé. « Et voici que je suis toujours avec vous jus¬ qu’à la consommation des siècles. » Celui qui promet à ses disciples d’être avec eux jusqu’à la consommation des siècles, leur montre qu’ils seront toujours victorieux, et qu’il ne se sépa¬ rera jamais des fidèles, D’un autre côté, celui qui promet son assistance jusqu’à la fin du monde, n’ignore certainement pas le jour où il sait qu’il sera avec ses apôtres.