ŒUVRES COMPLÈTES Vtt SAINT JÉROME PRÊTRE ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE TRADUITES EN FRANÇAIS ET ANNOTÉES PAR L’ABBÉ BAREILLE AUTEUR DE LA TRADUCTION DES ŒUVRES DE S. JEAN C H ItYSOST O M E COURONNÉE PAR L’ACADÉMIE FRANÇAISE RENFERMANT le texte latin soigneusement revu et les meilleures notés des diverses éditions. TOME NEUVIÈME COMMENTAIRES SUR LES PROPHÈTES MICHÉE, NAUM, HABACUC. SOPHONIE, AGGÉE, ZACHARIE, MALACHIE. JOANNIS MARTIANÆI DEFENSIO ERUDITIONIS HIERONYMIANÆ COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE S. MATTHIEU, LIVRES I ET II. PARIS LOUIS VIVES, LIBRAIRE-ÉDITEUR 13, RUE DELAMBRE, 13 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHËE EN DEUX LIVRES. - - - - - PROLOGUE. Michée, sur lequel je désire à présent dicter des Commentaires , est , dans l’ordre des douze Prophètes, le troisième d'après les Septante, tandis qu'il est le sixième d'après l'hébreu, et suit Jonas, qui vient après Abdias, en sorte qu'Àmos soit le troisième et Joël le second, à la suite d’Osée, qui est le premier chez les uns et chez les autres. Par conséquent, placé pour ainsi dire au cœur du volume, il doit contenir de profonds mystères, et la pa¬ role de Dieu, qui descend toujours vers les Prophètes, est descendue aussi vers Miehée, dont le nom veut dire humilité ; vers Michée de Morasthi, qui est encore de nos jours une petite bourgade de la Palestine, non loin de la ville d'Eleuthéropolis, et dont le nom se traduit COMUÏEMTAmORKJM IN MICHÆAM PROPHETAM LIBRI DUO- PROLOGÜS. Michæas , in quem nunc commcntarios dietnre cupio, in ordine duodecim prophetarum , secundum Septuaginta interprètes, tertins est; secundum He- braicum [al. Hebraicam veritatem ], sextus, et sequi- tur Jonam prophetam, qui succedit Abdiæ, atque ita fit ut tertius sit Amos , et Joël secundus poet Osee, qui apud omnes primus est. Ergo quasi in corde volumiuis positus, débet profunda coutinere myste- ria, et sermo Dei, qui semper descendit ad prophe- TOME IX. en notre langue par héritier. Et il est bien vrai que l’humilité, la première de toutes les vertus, naît de l'espérance de l'héritage du Seigneur ; non pas l’humilité qui vient de la conscience des péchés, mais celle qui est une vertu, et dont il est dit : « Humiliez-vous sous la main puissante de Dieu , afin qu'il vous élève au temps de sa visite; » I Petr. v, 8;... «celui qui s'abaisse, sera élevé;» Luc. xvm, H ;... « l'or¬ gueil précède la ruine de l'âme, et l'humilité précède sa gloire;» Prov. xvi, t8; et Notre- Seigneur : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de eœur. » Matth. xr, 29. De même que chez nous on appelle les enfants de surnoms votifs, comme pour les mettre sous les auspices d'une vertu, comme sont les mots de vainqueur, tas, descendit ad Michæam quoque,.qui iuterpreta- .tur « humilitas ; » ad Michæam de Morasthi, qui us- que bodie juxta Eleutheropolim urbem Palæstinæ h and grandis est viculus. Morasthi autern in ïingua nostra « hæredem » sonat. Pulchre igitur humilitas, quæ inter virtutes vel præcipua est, spe hæreditatis Dominicæ nascitur. Humilitas autem non ilia quæ venit de conscicntia peccatorum, sed quæ inter vir¬ tutes ponitur, juxta quam dicitur : « Humiliamini sub potenti manu Dei , ut vos exaltet in tempore visitationis I Petr. v, 6 ; et : « Qui se humiliât, exal- tabitur; » Luc. xvur, 14 ; et :<(Ànte coutritionem ele- vatur cor viri , et ante gloriam bumiliatur. » Prov . xvi, 18. TJude et Dominus : « Discite, inquit, a me, quia mitis sum et humilis corde. » Matth. xi, 29. Quomodo ergo apud nos votiva et quasi oh virtutis auspicium ponuntur vocabula , verbi gratia, « victo- ris, casti, pii, probi ; et apud Græcos aofopwv vocatur i 2 SAINT JÉROME chaste y pie , probe , et chez les Grecs ceux de sophron et eusèbe, qui de noms communs se changent en noms propres, de môme chez les Hébreux en est-il de Michée, Abdias, Zacharie, et autres semblables, — noms de vertus dont la volonté des parents fait le prénom de leurs enfants . LIVRE I. ci Parole du Seigneur qui fut adressée à Mi¬ ellée de Morasthi, au temps de Joathan, d' Achaz et d’Ezéchias, roi de Juda, et dont il eut la vision contre Samarie et Jérusalem, » Mich. i, J, ou, d'après les Septante, «au sujet de la vision qu’il eut contre Samarie et Jérusalem. » La pa¬ role du Seigneur fut donc adressée à Michée, après le temps d’Osée, d'Àmos et d’Isaïe, qui prophétisèrent sous le règne d’Ozias ; par où nous voyons que Michée ne prophétisa point au temps d’Ozias, mais sous son fils Joathan, après lequel régna Achas, qui eut lui-même pour successeur son fils Ezéchias, sous lequel les Assyriens emmenèrent les dix tribus en cap¬ tivité. IV Iieg. xvnf. C’est pourquoi, conformé¬ ment à l’histoire et à la chronologie de la captivité, parce Samarie, capitale d’Israël, fut prise la première, et ensuite Jérusalem, capitale de Juda, le préambule de la prophétie s’an¬ nonce d’abord contre Samarie, et puis contre Jérusalem. Pour ce qui a trait au sens mys¬ tique, Samarie signifiant toujours les hérésies et Jérusalem l’Eglise , la parole du Seigneur s’adresse à l'âme humble et au cohéritier du et Ê'jas&jç ; et appcllativa nomina vertunlur in pro¬ pria : sic apud Hebræos et Michæas, et Abdias, et Zach arias, cœ te raque bis si mi lia, ex virlutum voca- bnlo liberis a parentibus imponuntur. LIBER PRIMUS. « Verbum Domini quod factum est ad Michæam Morasthiten, in diebus Joatbam, Achaz, et Ezeohiæ, regum Juda : Quod vidit super Samariam et Jérusa¬ lem, » sive juxta Septuaginta, « De quibus vidit su¬ per Samariam et Jérusalem. » Verbum igitur Domini factum est ad Michæam, post Osee, Amos, etlsaiam, qui snb Ozia vaticinati sunt. Ex quo intelligimus, Michæam Oziæ temporibus non prophetasse ; sed filii ejus Joatham, post quem regnavit Achaz, Eze- chia in patris Achaz imperium succedente, sub quo decem tribus ab Assyriis in captivitatem ductse suut. IV Reg. xv in. Quautum ergo ad historiam pertinet sccundum ordinem captivitatis (quia primum capta est Samaria metropolis Israël, poste a Jérusalem urbs Judæ), proplietiæ titulus ponitnr primum de Sauna-, Christ, au sujet des dogmes pervers, et aussi au sujet de l’Eglise, pour les péchés qu’elle peut avoir commis ; c’est là la matière et l'or¬ dre de tout le volume. Pour Samarie et les dix tribus, qui se séparèrent de la race de David sous le roi Jéroboam, III Reg. xir, elles sont bien la figure des hérétiques : toute l’Ecriture en fait foi, et notamment le prophète Osée, et ce livre même de Michée, qui appelle les hérétiques impies et les enfants de l’Eglise pécheurs, puisque nous y lisons de suite après : « Quelle est l’impiété de Jacob ? n’est-ce point Samarie ? Quel est le péché de Juda? n’est-ce point Jérusalem? » Telle est du moins la version des Septante ; quant à ce que porte le texte hébreu, je le rapporterai plus loin. Les hérétiques ne cessent de mettre leur confiance dans l'apparente élé¬ vation de leurs doctrines, et de mépriser la foi simple de l’Eglise ; c’est ce qui est dit aussi ailleurs : « Malheur à ceux qui méprisent Sion et qui mettent leur confiance dans la montagne de Samarie I » Amos. vi, 1 ; « car c'est de Sion que sortira la loi, et de Jérusalem la parole du Seigneur. »Isa. n, 3. Or, Samarie s'est fabriqué ria, secundo de Jérusalem. Quantum vero ad mys- ticos intellectus, quia Samaria sempev iu kæresibus accipitur, Jérusalem in Ecclesia, dicimus verbum Domini fieri ad humilem [al. Jérusalem] et ad cohæ- redem Ckristi, de perversis dogmatibus, et de Eccle¬ sia, si qua forte peccata commiserit, et totius volu- minis ordinem contexere. Quod autem Samaria et decem tribus, quæ scissæ sunt sub rege Jéroboam a stirpe David, III Reg. xa, accipiantur in persona liæ- reticorum, et oranis quidem Scriptura testatur, sed maxime propketa Osee , et hic ipse liber, qui hære- ticos impios et ecclcsiasticos peccatorcs vocat. Sta- tim enim sequitur : « Quæ est impietas Jacob ? nonue Samaria? et quod est peccatum domus Juda? noime Jérusalem? Hoc duntaxat juxta Septuaginta transla- tores, Cæterum in Hebraico quomodo legatur, post paululum subjiciemus. Sed et illud quod kæretici sernper in dogmatum suorum sibi quasi sublimitate confidant, et Ecclesiæ simplicitatem despiciant, in alio loco dicitur : « Væ qui dcspiciuut Sion et confi- dunt in monte Samariæ ; » Amos. vi, 1 ; de Sion enim egredietur lex, et verbum Domini de Jérusalem. Isa. il, 3. Porro Samaria fabricata est sibi de proprio COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICTIÉE. 3 d’après son propre sens des veaux d’or, qui ont assurément les apparences extérieures de la beauté, mais qui- n'ont pas le souffle de la vie ; et elle les a fabriqués dans Béthel, dans la maison de Dieu. Le peuple d’Israël ne pouvait, en effet, arrêter ses regards que sur des dieux faits d'après les Ecritures et dans la maison de Dieu. Mais bien qu’ils appellent leurs concilia¬ bules Béthel, dès que les idoles y ont été fabri¬ quées, ce nom de Béthel se change en celui de Béthaven, maison de l'Idole, ou maison de On, d’après les Septante. Voilà pour le préambule. Abordons maintenant le début de la prophétie, et, sous les menaces de l'Hydre de Lerme, in¬ voquons la venue du Saint-Esprit. Et vous, Paule et Eustochium, répandez vos prières aux pieds du Sauveur, de peur que l’envie ne me nuise, et afin que mon esprit en liberté, n’ayant de pensée que pour ce- qu’il s’efforce d’expli¬ quer, demeure insensible aux soufflets de la jalousie, que Notre-Seigneur méprisa dans sa Passion. Marc, xiv; Joan. xvm, xix. « Peuples, entendez tous ; que la terre et tout ce qu’elle contient soient attentifs ; que le Sei¬ gneur Dieu soit témoin contre vous, le Seigneur qui va sortir de son saint temple. » Mich. i, 2. Les Septante : « Peuples, entendez tous ; que la terre et tous ceux qui y sont prêtent l’oreille. Que le Seigneur Dieu porte témoignage contre vous, le Seigneur qui va sortir de sa maison sainte. » Le sens littéral étant évident, j'en abandonne l’intelligence à la prudence du lec- sensu vitulos aureos, habentes quidem in superficie pulchritudinem, sed vitalcm spiritum non habentes; et- fabricata est in domo Dei , quod interprotatur « Betliel. » Nec cnim respicere poterat populus Is¬ raël deos, nisi qui de Scripturis, et in domo Dei fabricati sunt. Qnamvis autem conciliabula sua vo- cent llethel , tamen post fabricationem idolorum desiit esse « Bethel, » etvocalur « Betbaven, » quod dicitur « domus idoli, » pro quo Septuaginta trans- tulerunt domus 7Q,v. Hoc de titulo ; nunc veniamus ad exordium prophetiæ, et Lernæa (Hydra) bestia sæviente , sancti Spiritus invocemus adventum. Vos, o Paula et Eustochium, ad Dominum Salvatorem fundite preces, ne mihi noceat invidia, sed ut mens libéra id tantum cogitet quod nititur explanare, nec sentiat conviciorum alapas, quas Dominus in pas- sione contempsit. Marc, xiv; Joan. xvm, xix. « Audite, populi dûmes, et attendat terra et pie- nitudo ejus, et tsit Dominus Deus yobis in testem, Dominus de templo sancto suo. » Mich. i, 2. LXX : « Audite, populi omnes, et auscultet terra, et omnes qui sunt in ea, et sit Dominus Deus vobis in testi- monium, Dominus ex domo sancta sua. » Quia juxta teui\ Au figuré, la prophétie appelle à l’enten¬ dre les peuples, c'est-à-dire les Eglises de tout l’univers, et la terre à lui prêter l’oreille, parce que les doctrines des hérétiques sont bâties sur les inspirations terrestres. Les hérésies sont comptées parmi les œuvres de la chair, qui se rattachent toujours à la terre; l’Apôtre n’en fait pas mystère aux Galates, Galat. y, et Notre- Seigneur, dans l'Evangile, l'enseigne à tout au¬ diteur diligent : « Celui qui est de la terre parle de la terre ; » Joan . m, 34 ; et pour distinguer de l’hérétique l’enfant de l’Eglise, il ajoute : « Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous, » Ibid... « et ce qu’il a vu et ouï, il le témoigne. » Ibid. 32. Les mots : « Peuples, écoutez, » à cause de la parole du Seigneur : a Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende, » Luc. vin, 8, ayant un sens plus haut que cè qui suit : .« Quo la terre soit attentive, » c’est à l’Eglise que s’adressent ces paroles : «Peuples, écoutez tous, » et aux héritiques qui ont accepté la doc¬ trine terrestre, celles-ci : « Que la terre et tous ceux qui l’habitent soient attentifs ; » en sorte que, si les uns écoutent et si les autres sont attentifs, ils n’auront pas à endurer les maux dont la parole du Seigneur va faire la menace. Que le Seigneur porte témoignage, ou, d'après l’hébreu, soit témoin contre eux, ou encore, d’après l’interprétation plus claire de Sym- maque, jouant le rôle de témoin contre eux, et ceci, dans nulle autre maison que la sienne, qui est l’Eglise, ou bien dans le Fils, Notre - historiam manifestas est sensus, lectoris prudentiæ intelligentiam derelinquo. Juxta tropologiam autem convocat ad auditum populos , id est , totius orbis Ecclesias , et ad auscultandum terram, quia terrena in ea hæreticorum exstructa sunt dogmata. Quod autem hæreses inter carnis opéra numerentur, quæ semper referuntur ad terram, et Apostolus ad Galatas non tacet, Galat. v, et Dominus in Evangelio pru- denti indicat auditori : « Qui de terra est, de terra loquitur. » Joan. m, 3i. Et ad distinctionem eorum rursus de ecclesiasticis dicit : « Qui autem de coslo venit, super omnes est; » Ibid. ; et : « Quod vidit et audivit, hoc testatur. » Ibid. 32. Si autem hoc quod ait: « Audite populi,» propter illud Dominicum : » Qui habet aures audiendi audiat, » Luc. vin, 8, plus aliquid sonat, quam quod postea infertur : « Atten¬ dat terra, » aptabimus Ecclesiæ : cr Audite, populi omnes. » Hæreticis vero quid terrenam susccpere doctrinam : « Attendat terra et omnes qui in ea sunt ;» ut et isti si audierint, et illi si attenderint, non pa- tiantur ea quæ postea sermo Domini comminatur. Et sit eis Dominus in testimoninm , sive , ut in Dé¬ fi raico legitur, « in tcstejn, » vel, ut apertins inter- 4 SAINT JÉROME Seigneur Jésus-Christ, le seul vrai temple du . Père, et de la bouche de qui sort, la parole du Père pour pénétrer jusqu’au cœur et remuer les entrailles de ceux qui veulent être attentifs et écouter. a Voilà que le Seigneur sortira de sa demeure ; il descendra et foulera aux pieds les hauteurs de la terrre. Sous lui, les montagnes se fondront et les vallées vont disparaître, comme la cire à l’aspect de la flamme, comme les eaux qui courent dans l’abîmo. Tout cela à cause du crime de Jacob, et à cause des péchés de la maison d’Israël. Quel est le crime de Jacob ? n’est-ce point Samarie ? Et qui a fait les hauts lieux pour Juda, sinon Jérusalem ? » Midi, i, 3 et seqq. Les Septante : « Voilà que le Seigneur sortira de sa demeure ; il descendra et montera sur les hauteurs de la terre. Sous lui les mon¬ tagne seront ébranlées et les vallées se fondront comme la cire à l’aspect de la flamme, et comme l’eau disparaît sur une pente rapide. Tout cela arrivera à cause de l’impiété de Jacob et à cause du péché de la maison d’Israël. Quelle est l’impiété de la maison de Jacob? n’est-cc point Samarie? Et quel est le péché de la maison de Juda? n’est- ce point Jérusalem? » O Samarie et Jérusalem, écoutez, prêtez soi¬ gneusement l’oreille au Seigneur qui, de son temple, atteste à cause de vous et vous prédit tout ce qu’il va faire. La douceur, la bonté, la miséricorde est son essence, et vous l'obligez prêta tus est Symmachus, « testificans, » et testificans non aliunde , nisi de domo sna, quæ est Ecclesia, aut certe in Filio. , id est in Domino nostrp Jesu Cliristo, qui vere templum est Patris ; et de cujus ore loquitur Pater, viscera penetrans et mednllas eovnm qui attend ere voluevint et audire. « Quia eccë D oui inus egredietur [Vulg. egreditur] de loco suo, et descendet et calcabit super excelsa ier- ræ, et consumentur montes subtus cum , et valles scindentur si eut cera a facie ignis, si eut aquæ quæ decurrunt in præceps. In scelerc Jacob omne istud, et iu peccatis domus Israël. Quod scclus Jacob ? nounc Samaria ? Et quæ excelsa Judæ? nonne Jéru¬ salem? » Mich. i, 3 et seqq. LXX : « Ecce enim Do- minus egredietur de loco suo, et descendet, et as- cendet super excelsa terras et commovebuntur montes snbter eum, et valles tabesccnl sicut cera a facie ignis, et sicut aqua profluens in desconsum : propter impietatem Jacob omnia hæc et propter peccatum domus Israël. Quæ est impietas domus Jacob ? nonne Samaria? Et quod est peccatum domus Juda ? nonne Jérusalem? » O Samaria et Jérusalem, audite, et di¬ ligenter attendite Dominum vobis de templo suo testificantem , et prædicentem quæcnmque facturus de prendre la sévérité du juge, qu’il n'a pas. « Il descendra et foulera aux pieds les hauteurs de la terre. » Fouler aux pieds la terre et briser les puissants, pour Dieu, c'est descendre, c’est s’abaisser au-dessous des hauteurs de sa ma¬ jesté. « Sous lui, se fondront « ou « s'anéan¬ tiront les montagnes et les vallées, » les princes et les peuples. Comme la cire ne peut soutenir le voisinage du feu, comme les eaux sont em¬ portées dans un précipice, ainsi tout l’orgueil des impies, à la venue du Seigneur s.e dissoudra et s’écoulera. Tout cela arrivera à cause des crimes des dix tribus, qu’il appelle Jacob et Israël, et à cause de la prévarication de Juda, parce que Samarie fut la métropole des dix tribus, et que, dans le royaume de Juda, Jé¬ rusalem fabriqua les idoles des hauts -lieux. C’est là le sens littéral. Au figuré, le Seigneur sortira de sa demeure, qui est ou le Fils, ou quiconque est saint. Et en effet, le Fils s’exprime ainsi : « Je suis dans mon Père, et mon Père est en moi; » Joan . xiv, 10 ; et il est dit des saints : « J’habiterai et je marcherai en eux; je serai leur Dieu et ils se¬ ront mon peuple. » Lévit. xxvi, 12. Il sortira d’eux, ce qui ne veut pas dire qu’il les quittera, puisque la parole du Seigneur sortait des Apô¬ tres vers les auditeurs, et cependant ne les quit¬ tait pas. Les lieux de cette sorte, ceux qui sont dignes d’avoir Dieu pour hôte, comme ressus¬ citant avec Jésus-Christ et s’asseyant avec lui est. <"( Ecce egredietur Dominus de loco suo. » Qui enim mitis est et benignus, et cujus natura clemen- tia est, vestri causa cogitur personam , quaui non habet, crudelitatis assumere. « Et descendet et cal¬ cabit super excelsa terræ. » Descensio Dei est, et majestatis ejus ad inferiora decursus, calcare terram, et potentes quosque conterere. « Et consumentur, » inquit, sive « labescent montes, et valles sub eo, » quos principes intelligamus et populos. Et quomodo viciniam ignis cera non sustinet, et prono cursu aquæ feruntur in* præceps ; ita onmis impiorum su- perbia, Domino veniente, solvetur et defluet. Hoc autem totum fiet propter scelera decem tribuum, quas vocat Jaeob et Israël, et propter præ varie atio- nem Juda; quia in decem tribnbus Samaria metro- polis fuit, et in vegno Judæ Jérusalem excelsorum idola fabricata est: boc juxta litteram. Tropologice autem egredietur Dominas de loco suo, quem vel Filnuu, vel ornnes sanctos intelligere possumus. Ipse enim Filins ait: « Ego in Pâtre, et Pater in me. » Joan. xiv, 10. Et de sanctis : « Habi- tabo et inambulabo in eis , et ero eorum Dcus , et ipsi erunt rnihi populos. » Levit. xxvi, 12. De bis ergo egredietur., non quod derelinquat eos, nam ot COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. 5 dans les cieux, sont placés en haut. Aussi le texte dit-il qu’il descend vers ceux qui ne peu¬ vent entendre sa doctrine sur la montagne. Lorsqu'il sera descendu, il ne montera point sur les humbles et sur ceux qui sont en bas, mais sur ceux qui sont appelés les hauteurs de la terre, et qui, comprenant la majesté du Sei¬ gneur dans sa venue, seront ébranlés. Bien qu’ds soient montagnes, la présence d'un tel conducteur et d'un tel cavalier les fera trembler d’effroi. Quant aux vallées, aux âmes retenues dans les liens des corps terrestres, et ne ressus¬ citant pas avec l'homme céleste , elles ne pour¬ ront supporter sa présence ; tout ce qu'il y a en elles de dur se dissoudra, et elles s'écoule¬ ront, comme des eaux qui, n'étant plus retenues en plaine, sont emportées sur la pente d'un précipice. Le Seigneur viendra donc dans un appareil redoutable pour instruire, c'est-à-dire pour ébranler lés montagnes et pour dissoudre les humbles vallées, parce que Jacob a commis l’impiété et Israël le péché. I/impiété de Jacob, ce sont les conciliabules de l’hérésie, désignés sous le nom de Samarie ; le péché de Juda, de celui qui confesse le Seigneur, n’est autre chose que Jérusalem, où l’on trouve de nombreux crimes. La maison de Juda se rapporte à Jésus- Christ, à qui appartient l’Eglise ; je l’ai dit sou¬ vent, et j’en donnerai ici ce témoignagne : « Juda, vos frères vous loueront ; vos mains dcapostolis cgredicbatur sermoDomini ad audientes et tamen non relinquebat eos : et hujuscemodi loca, id est, ea quæ Dcum ho sp item habcre mereantur, quasi cum Christo resurgentia, et cum co' in cœles- tibus sedentia, sursum posita sunt. Undc et descen- dcre dicitur ad eos qui doctrinam cjus in monte audire non possunt. Cumque descendent , non as- cendet in humilibus et in bis qui deorsum positi sunt ; sed qui terræ vocantur excelsa, et qui intelli¬ gentes advenientis Domini majestatem , commove- buntur. Et quamvis montes sint, tamen ad talis aurigæ et ascensoris pavebunt præsentiam. Vallès autem, id est animæ yo'UoTc, [terrenis] insertæ corpo- ribus, nec cum cœlesti homine résurgentes, præsen- tiam ejus ferre non poterunt ; sed quidquid in eis durum fuevit, resolvetur, et ita fluent, quomodo si aquæ plana non liabeant , feranturque præcipitcs in profundum. Veniet ergo Doininus terribilis ad do- cendum, id est, ad movendos montes, et vallium humilia resolvenda, quia impietatem fecit Jacob, et pcccatum Israël. Impietas enim Jacob conciliabula liœreticorum sunt, quæ vocantur Samaria. Et pecca- tumJuda, id est, ejus, qui Dominum conûtctur, non est aliud nisi Jérusalem, in qua multa criinina repe- riunlur. Quod autem domus Juda referatur ad Cliris- s’appesantiront sur le dos de vos ennemis. » Gênés, xlix, 8. Autre interprétation. A cause des impiétés de Samarie et des crimes de Juda, le Seigneur est sorti du lieu qui fut autrefois sa demeure, et il a dit aux Juifs : « Votre maison vous sera laissée déserte. » Matth, xxiu, 38; Luc , xm, 3o. Il est descendu des cieux, il est monté sur les hauteurs de la terre, c’est-à-dire sur ceux d’entre les Gentils que l'humilité do leur foi a rendus dignes d'être élevés. Les montagnes ont ôté ébranlées, les doctrines des philosophes, et les dominations puissantes , et ceux qui étaient demeurés dans la bassesse, ont été con¬ sumés et brisés par l'avénement du Sauveur ; l’Eglise croissant sans cesse et les montagnes élevant haut leur faîte, les idoles ont été préci¬ pitées dans l'abîme. Le Seigneur est done sorti de sa demeure et l’Eglise a été construite avec les Gentils, afin que les montagnes fussent ébranlées sous ses pieds et que disparussent les vallées profondes, parce que Jacob a agi en impie et Israël commis le péché, et que toutes les tribus ont renié le Seigneur. « Je ferai de Samarie comme un monceau de pierres élevé dans un champ, lorsqu’on plante un vigne ; je ferai rouler ses pierres dans la vallée, et je mettrai ses fondements à nu. Toutes ses statues tomberont, toutes ses richesses seront la proie du feu ; je réduirai toutes ses idoles en poussière, parce que toutes ses richesses étaient tum, cujus Ecclesia est, et sæpe diximus, et iJlud ponamus ad præsens : « Juda, te laudabunt fratres tui; manus tuæ super dorsum inimicorum tuorum.» Gen. xux, 8. Potest quoque et sic intelligi, quod propter impietates Samariæ et scelera Juclæ, egressus sit Dominus de loco quondam suo et dix cri t ad Ju- dæos : « Ecce relinquetur vobis domus vestra dé¬ serta. » Matth. xxm, 38; Luc . xm, 35. Et descendent de cœlis , et ascenderit super excelsa terræ, id est super eos qui ex gentium humilitate cred entes, cx- celsi esse meruerunt. Et commoti sunt montes, phi- losophorum dogmata, et régna sublimia, et lu qui humilcs permanserunt, consumpti sunt et contriti Salvatoris adventu, et crescente Ecclesia, montibus- que in sublime surgentibus, idola corruerunt in pro¬ fundum. Egressus est ergo Dominus de loco suo, et de gentibus construëta Ecclesia est, ut moverentur montes sub pedibus ejus , et profunda vallium sol- verentur, quia impie egit Jacob etpeccavit Israël, omnes tribus Dominum negaverunt. « Et ponam Samariam quasi acervum lapidum in agro, cum plantatur vinea, et detraham in vallcrn lapides ejus, et fundamenta ejus revelabo, et omnia sculptilia ejus concidentur, et omnes mercedes [al. merces ] ejus comburentur igni , et omnia idola ejus 6 SAINT JÉROME le prix de la prostitution et elles en redevien¬ dront le salaire. Je pleurerai, je pousserai des cris sur ces maux ; je marcherai dépouillé et nu ; mes cris seront ceux du dragon, mes gé¬ missements seront semblables à ceux de l'au¬ truche, parce que sa plaie est désespérée, parce qu'elle s’est étendue jusqu’à Juda, jusqu’à la porte de mon peuple, jusque dans Jérusalem. » Mick. i, 6 et seqq. Les Septante : « Je ferai de Samarie un champ où bon garde les fruits et où l’on plante la vigne ; je ferai rouler ses pierres dans l’abime, et je mettrai à nu ses fon¬ dements. Toutes ses statues tomberont, et toutes ses richesses seront la proie du feu; je réduirai toutes ses idoles en poussière, parce qu’elle a amassé toutes ses richesses du prix de la for¬ nication, et elles seront détruites comme étant le salaire de la fornication. C’est pour cela qu’elle pleurera et sera dans le deuil ; elle marchera sans chaussure et nue; son cri sera celui du dragon,, et ses gémissements seront semblables à ceux des filles des sirènes, parce que sa plaie est in¬ curable, et qu’elle s’est étendue jusqu’à Juda, jusqu'à la porte de mon peuple et jusque dans Jérusalem. » La venue des châtiments suit la chronologie des péchés. . Samarie a péché la première, elle a fabriqué des idoles, et, au lieu du Seigneur, elle a adoré des veaux d’or: qu’elle périsse donc la première. Pour la détruire, je ferai venir les Assyriens, et je ferai d’elle comme un tas de pierres quand on plante une vigne, ponam in perditionem, quia de mercedibus meretri- cis congregata sunt, et usque ad mercedem mere- tricis revertentur. Super hoc plangam et ululabo, vadam spoliatus et nudus, faciam plauctum velut draconum, et luctum quasi struthionum, quia des- perata est plaga ejus, quia venit usque ad Judam, tetigit porlam populi mei usque ad Jérusalem. » Mick. i,6 e/ segg. LXX : « Et ponam Samaria in po- morum custodiam in agro, et in plantationem vineæ; et detraham in voraginem lapides ejus, et funda- menta ejua revelabo , et cuncta sculptilia ejus conci- dent, et uuiversæ’ merccdes ejus comburentur igni, et cuucta idola ejus ponam in perditionem , quia ex mercedibus fornicationis congregavit, et ex merce¬ dibus fornicatiouis destruxit Propter hoc plauget atque lugebit, ibit discalciata et nuda, faciet plane- tum quasi draconum, et luctum quasi filiæ Sirenarum, quia obtiuuit plaga ejus, quia venit usque ad Judam, et tetigit usque ad portarn populi mei usque [al. in] Jérusalem. » Secundum ordinem peccatorum , fît ordo pcenarurn. Primurn pcccavit Samaria, et fabri- cata est idola, et pvo Domino vitulos adoravit : prima ergo et pereat. Destruam eam, veuientibus Assyriis, et ponam quasi acervum lapidum cum plan ta tu r en sorte qu'elle soit changée en monceaux de décombres. Je ferai rouler ses pierres dans la vallée ; elle était, en effet, située sur la montagne, sur l’emplacement de la Sébaste de nos jours, où sont ensevelis les ossements de S. Jean-Bap¬ tiste. « Je mettrai ses fondements à nu. » La ruine de la ville sera si complète, son renver¬ sement si profond, que non-seulement les mu¬ railles et les édifices s’écrouleront, mais encore que les fondements en seront mis à nu jusqu’à la dernière pierre. Toutes ses statues, toutes les riohesses que les différents rois y avaient amas¬ sées, tomberont, seront la proie des flammes et seront anéanties pour eux, puisque ces ri¬ chesses et tous'les biens qu’ils croyaient avoir avoir amassés dans la prostitution aux idoles, seront portés à une courtisane, c’est-à-dire à Ninive ; en sorte qu’après s’être prostitués dans leur pays aux idoles qu’ils avaient faites, ils iront dans une autre terre d’idolâtrie et de prostitution, chez les Assyriens. Jusque-là, il ne s’agit que de Samarie. Mais comme la même plaie s’est étendue jusqu'à Jérusalem, puis¬ qu’elle est tombée dans le même péché en abandonnant son Dieu et en fabriquant des idoles, le Prophète fait comme une prosopopée de Dieu, et le montre dans l'attitude de la déso¬ lation. « Je pleurerai, » s'écrie-t-il, « sur ces maux, je pousserai des cris lamentables ; je marcherai dépouillé et nu, » car j'ai perdu les dix tribus, et mon cri sera semblable à celui vinea, ut [al. et] redigatur in tumuloa. Et detraham in vallem lapides ejüs. Erat quippe in montibus sita, ubi nunc Sebaste est, in qua et sancti Joannis Bap- tistæ ossa sunt coudita, « Et fundamenta ejus reve¬ labo. » Tanta quippe ruina erit, et tanta urbis sub- versio, ut non solum parietes et ædificla corruant, sed fundamenta quoque usque ad extremum lapidem revelentur. Et omnia sculptilia ejus , cunctæque divitiæ, quas diversi reges in eam comportaveranf, concidentur et comburentur igni, et ad nibilum redigentur. Siquidem opes et multiplex supellex, quæ ex foruicatione (ut putabantur) idolorum fuerant congregata. ducentur ad aliam meretricem, id est, ad Ninive ; ut quomodo in terra sua fornicati sunt cum idolis quæ fecerunt, sic vadant ad aliam terrain idolorum et fornicationis, id est, ad Assyrios. Hu- cusque de Samaria. Et quia eadem plaga perventura sit ad Jérusalem (et ipsa enim simili errore peccavit, dereliuquens Deum snum et idola fabricans), prop- terea propheta facit quasi TipoaioTtorcoiav Dei , et sub persona sua iuducit plangentis affectum ; et dicit : « Super hoc plangam et ululabo ; vadam spoliatus et nudus » (decem enim tribus perdidi) et faciam plan- ctum velut draconum, et luctum quasi struthionum, COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. 7 des dragons, et mes gémissements à ceux des autruches. De môme que les dragons, au rap¬ port des naturalistes, font entendre de terribles sifflements, lorsqu'ils sont vaincus par les élé¬ phants, et de même que les autruches oublient leurs œufs, et, comme si elles n'avaient pas produit, abandonnent sur le sable leurs petits exposés à être foulés aux pieds par les bêtes, Job. xxxix, de même, privé de mes enfants, je marcherai dépouillé et nu. Il en sera ainsi, parce que la plaie de Samarie est désespérée. Or, le même péché, bien plus, le même châtiment du péohè qui a détruit Samarie, arrivera jusqu’à Juda et jusqu’à la porte de ma ville de Jérusa¬ lem. Juda et Jérusalem seront dévastés par les Ghaldéens, comme Samarie a été renversée par les Assyriens. Nous avons déjà montré dans Samarie l’i¬ mage de l'église des hérétiques, qui, séparée de Dieu, s'est changée en un conciliabule du peuple. Le Seigneur la menace de la changer en un terrain réservé aux arbres fruitiers, en un champ et en un vignoble. Il vaut mieux, en effet, qu’une ville inutile soit détruite, que les pierres dont elle avait été bâtie soient jetées dans un précipice, et que son emplacement soit préparé pour recevoir un verger et des plants de vigne, au lieu de laisser subsister ses constructions consacrées au mal. Lorsqu'elle sera détruite, lorsqu'auront été mis à nu ses fondements, dans lesquels elle paraissait cacher Quomodo euim dracones terribili sibilo persouant, juxta historias eorum qui de physicis couscripse- runt, eo tempore quo vincuntur ab elepbantis ; et sicut struthiones immemores sunt ovorum suorum, et quasi non pepereriut, in arena calcandos pedibus bostiarum, Job. xxxix , fétus reliuquunt, de quo in Job plenius scribitur : ita et ego sine filiis spoliatus et nudus incedam. Et hoc faciam, quia desperata est plaga ejus, id est Samariæ. Et idem peccatum, imo eadem pœna peccati, quæ evertit Samariam , veniet usque ad Judam, et usque ad portam urbis meæ Jérusalem. Ut enim Samaria subversa est ab Àssyriis, ita Juda et Jérusalem subvertentur a Ghaldæis. Quia vero Samariam, hæreticorum semel intellcxi- mus Ecclesiam, quæ, separata a Deo, populi facta est conciliabulnm ; ipse Dominus comminatur posi- turum se eam in pomorum custodiam, in agrum et in plantationem vineæ. Multo euim melius est sub- verti inutilem civitatem , et lapides cjus quibus ex- structa fuerat, in præceps detrahi, et præparari eam in pomariuin plantationcmque vinearum, quam in ædiücatione pcssiraapermanerc. Cum enim destructa fuerit , et revclata fucrint fundamcnta ejus (quibus sua vidcbatur cclare mysteria, et (irma babere do¬ ses mystères et posséder des dogmes fermes qui la soutenaient ; lorsque les ministres de Dieu, les champions de l’Eglise, auront brisé toutes ses idoles qui semblaient belles, grâce aux ornements dont les avait ■ entourées un langage habile , alors , là où le feu aura con¬ sumé l’édifice du mal, naîtront les fruits divers de l'Eglise ; ils y naitront et s’y conserveront, et il y sera planté la vigne de Sorec, d’où pro¬ viendra le vin que le Seigneur a, promis de boire dans le royaume de son Père. Marc. xiy. Non-seulement les fondements de Samarie, que la terre étreignait, seront ouverts et mis à nu à tous les yeux, et les idoles qu'elle s’était faites seront brisées, mais, en outre, la gloire et les richesses que sa prostitution et son erreur sem¬ blaient lui avoir données, seront consumées par mon feu, dontj’ai dit dans l’Evangile : « Je suis venu porter le feu sur la terre, et je veux qu'elle en soit consumée. » Luc. xn, 49. Elles seront brûlées et réduites à néant, parce qu’elles ont été amassées, non des fruits de la vérité des doctrines, mais du prix de la fornication de l'âme, et que l’erreur les a recueillies par¬ tout où elle a pu. Car les hérétiques n’ont pas de richesses provenant de l’héritage paternel ; ils inventent chaque jour l’objet de leur culte, ils se font des idoles, ouvrage de leurs mains habiles et inventions de la curiosité de leur esprit. C’est pour eela que, lorsque leur champ aura été changé en une réserve de fruits et gmata in quibus stabat, et omnia idola quæ speciem vidcbantur babere, et pulchritudinem artiBci ser- mone compositam, et a ministris Dei fuerint concisa, id est a viris ecclesiasticis) , tune in loco ædificalio- nis pessimæ, varia Ecclesiæ poma nascentur, et non solum nascentur, verum etiam cüstodientur, et plau- tabitur vinea Sorec, de qua fiatvinum quod se Do¬ minus in regno Patris bibiturum esse promisit, Marc. xiv. Non solum autem fundamenta ejus, quæ prius terra premebautur, aperientur et proferentur in me¬ dium, et idola quæ sibi fiuxerant, concideutur, sed gloria quoque et divitiæ quas de fornicatione vide- batur liabere et errore suo , igné mco consumentur, de quo dix! in Evangelio : « Igncm veni mittere super terrain, et quam volo ut ardeat; » Luc. xn,49; atque comburentur, et redigeutur ad nihilum, quia non de veritate contracta sunt dogmatum ; sed de fornicatione animæ, et errore bine indc collecta sunt. Hæretici quippe non liabent divitias de paterna liæreditate venientes, sed qnotidie quod colant repe- riunt , et idola sibi artifici manu , et curiosa mente confingunt. Propter hoc cum conversus fuerit ager eorum in pomorum custodiam, et præparatus ad vineas, et lapides quibus ædificata erat civitas, de- SAINT JÉROME 8 préparé pour la vigne, que les pierres avec lesquelles avait été bâtie leur ville auront roulé dans l’abîme, que leurs fondements auront été mis à nu, que toutes leurs statues auront été brisées et brûlées, que les récompenses dont ils nourrissaient la vaine espérance et tout ce qu’ils semblaient adorer comme dieu auront été anéantis, parce .que toutes leurs richesses avaient été acquises au prix de la fornication de l’âme; alors, comprenant leur erreur d’au¬ trefois , et rentrés en eux-mèmes , ils pleure¬ ront sur les objets qui nourrissaient aupara¬ vant leur rire, ils se lamenteront $ur les objets où ils semblaient trouver la joie dans leur for¬ nication. Us dépouilleront leurs pieds de tout ce qui provenait de la mort ; ils seront sans chaussures, parce que la terre sur laquelle ils vont habiter est un lieu saint, et ils rejetteront tous les vêtements de leur fornication ; ils seront nus, afin de pouvoir se revêtir de Jésus-Christ. Leur cri sera semblable â celui des dragons, car les dragons mêmes doivent pousser des cris de douleur un jour, quand ils verront le grand dragon pris et suspendu à l’hameçon du pêcheur, et la mer désolée. Ils se lamente¬ ront comme les filles des sirènes, car les chants de l’hérésie sont doux, et c’est par la douceur de leur voix qu'ils trompent les peuples ; celui- là seul peut échapper à leurs chants, qui se bouche les oreilles et passe comme s’il était sourd. Samarie poussera ces cris et ces gémis- tracti in profuudum, et revelata fuerint fundamenta eorum, et omnia sculptilia concisa et incensa, et mercedes quas sibi vana spe pollicebantur, et quid- quid velut deum colere videbantur, redactum ad nihilum, quia de fornicatione animæ, omne sibi pre¬ tium compararant : tuuc intelligentes errorem pris- tinum, in semet reversi plangent, in quibus ante ridebant, et lugebunt in quibus prius fomicantes quodammodo lætubantur. Deponentque de pedibus suis quidquid mortiferum habuerant, et erunt dis- calciati, quia terra in qua staturi sunt, locus est sanctus, et vestimenta fornicationis suæ universa projicient ; eruntque midi, ut possint Christi indui vestimento, et facicnt planctum quasi draconum. Plancturi quippe sunt aliquando et dracoues, quaudo videriut draconem maximum captum, et in bauio pcnderc pi9cantis, et mare desolatum. Et lugebunt quasi filiæ Sirenarum, dulcia enim sunt hæreticorum carminu, et suavi voce populos decipientia. Nec potest eorum cantica præterire, nisi qui obturaverit aurem suam , et quasi surdus evaserit Propterea autem hæc istiusmodi Samaria planget atquclugebit, quoniam sagitta Dornini vulnerata , et plagam ser- monis accipiens , suum cognoscet errorem: Non sements, parce que, frappée par la flèche et blessée par la parole du Seigneur, elle recon¬ naîtra son égarement. Or, non-seulement Sa¬ marie a péché elle-même, mais elle a voulu introduire son iniquité et son erreur par les portes de Juda. De là ce que dit la prophétie : « Sa plaie s’est étendue jusqu'à Juda, jusqu'aux portes de mon peuple et jusqu’à Jérusalem. » Elle a touché les portes de mon peuple, c’est- à-dire ses oreilles. Elle n’a pu, d’ailleurs, pé¬ nétrer au cœur de la ville ; si elle l’eut fait, elle eût changé Jérusalem en Samarie. Toutes les les fois que nous verrons quelques membres de l’Eglise se scandaliser des discours des hé¬ rétiques, chercher comment ils peuvent répon¬ dre à leurs questions, et néanmoins ne pas s'é¬ loigner de l'Eglise, disons que Samarie est venue, ou que la plaie de Samarie s’est éten¬ due jusqu’au peuple des fidèles , jusqu’aux oreilles du peuple de Dieu, jusqu’aux portes de Jérusalem. Jusqu’ici, la prophétie s’est éle¬ vée contre Samarie et contre Jérusalem. Etu¬ dions ce qui suit. « Ne le publiez pas dans Geth ; étouffez vos larmes ; couvrez-vous de poussière dans une maison qui sera réduite en poussière. Passez, maison de Saphir, couverte d’ignominie ; celle qui habite Sennan n’est pas sortie. La maison d’Asel recevra le deuil de vous, elle qui s’était soutenue par elle-même, parce qu'elle a été affaiblie dans le bien, celle qui habite Maroth, solum autem ipsa peccavit, sed iniquitatem et erro- rcm suum in Judæ quoque portas voluit introducere. Dnde dicitur de ea : « Venit usque ad Judam, et tetigit usque ad portas populi mei , usque ad Jéru¬ salem. » Portas inquit, tetigit quas aures intelligi- mus. Gætcrum urbern mediarn intrare non potuit : quod si intrasset, fecisset de Jérusalem Samariam. Quoties viderimus de Ecclesia aliquos ad hæretico¬ rum sermones scandalizari, et quærere quomodo eorum respoudeant qusestionibus, nec tamen rece- dere de Ecclesia , dicamus , « venit Samaria , » sive plaga Samariæ usque ad populum conGtentem, us¬ que ad aures populi Doi, usque ad portas Jérusalem. Hoc enim quod dicitur tetigit usque ad portas populi mei , xîtq xotvou iutelligendum est , ut subaudiatur, tetigit etiam usque ad portas Jérusalem. Hucusque contra Samariam et contra Jérusalem , videamus et cætera, quæ sequuntur. « In Gctli nolite onnuntiare. lacrymis ne ploretis, in domo pulveris pulvere vos conspergite ; transite vobis, habitatio Saphir [Yulg. pulckra]) confusaigno- minia, non est egressa quæ habitat Seuuan [Vulg. in exüu) . Planctum domus Asel [Vulg. mcinæ ] acci- piet- ex vobis; quæ stetit sibimet, quia inürmata est COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. 9 parce que le mal envoyé par le Seigneur est descendu jusqu’à la porte de Jérusalem. Les habitants de Lachis ont été épouvantés par le bruit des chariots de guerre. Lachis, vous êtes la source du péché de la fille de Sion, parce vous avez imité les crimes d’Israël. Le roi d’Is¬ raël enverra de ses émissaires aux princes de Geth , mais 'ils n’y trouveront qu’une maison de mensonge qui les trompera ; vous qui ha¬ bitez à Maresa, je vous amènerai des gens qui hériteront de tous vos biens. La gloire d’Israël s’étendra jusqu’à Odolla. » Les Septante : «Vous qui êtes dans Geth, gardez-vous de vous énor- gueillir ; vous qui êtes dans Bachim, gardez- vous de rebâtir la maison de dérision ; couvrez vos tètes dédaigneuses de sa cendre. Celle qui habite bien ses villes n’est pas sortie, celle qui habite Sennan. Plaignez votre maison près d’elle. Elle recevra de vous la plaie de la dou¬ leur. Qui a eu compassion de celle qui habite dans les douleurs ? parce que les maux envoyés par le Seigneur sont descendus contre les portes de Jérusalem. Voici le bruit des chars et des cavaliers, maison de Lachis; vous êtes la source du péché de la fille de Sion, parce que les iniquités d'Israël ont été trouvées en vous. Celui-ci enverra des émissaires jusqu’aux princes de Geth, maisons vaines qui ne seront d’aucun secours aux rois d’Israël ; jusqu’à ce que j’a¬ mène des héritiers qui vous remplacent, vous qui habitez Lachis, l’héritage s’étendra jusqu'à Odolla. » L’hébreu s’éloigne beaucoup de la traduction des Septante, et autant la leur que la mienne se trouve aux prises avec, de si grandes diffi¬ cultés, que si nous avons eu quelquefois besoin du secours de l’esprit de Dieu — et nous en avons constamment besoin dans l'explication des saintes Ecritures, — c'est surtout le moment d’en souhaiter la présence, pour nous découvrir ce qu’il a dit par les Prophètes, afin qu’il puisse être entendu de nous, ce qu’il daigne promettre quelque part : « Ouvrez votre bouche et je la remplirai. » Psalm. lxxx, II. Geth, comme l’at¬ teste l’histoire des Rois, I Eeg. xyji, est une des cinq villes de la Palestine. Elle confine à la Judée, sur la route d’Eleuthéropolis à Gaza, et elle en est jusqu'à présent même le bourg le plus important ; c'est de là que fut ce Goliath Gelhéen que David tua dans le combat. C'est parce que le Prophète, bien plus, parce que le Seigneur avait dit par le Prophète : « Je pous¬ serai des plaintes. et des cris, je m’en irai dé¬ pouillé et nu, j’aurai les gémissements des dra-* gons et les soupirs des autruches, parce que la plaie de Samarie est désespérée et incurable ; elle est arrivée jusqu’à la Judée et elle a touché la porte de mon peuple dans Jérusalem, » que de ma voix éplorée je répète encore : « N’en por¬ tez pas la nouvelle dans Geth, » de peur que les ennemis, en l’entendant, ne se réjouissent. JNe versez pas de larmes, c'est-à-dire, que votre douleur n'éclate pas en sanglots ; dissimulez vos pleurs, afin que vos ennemis ne s’en applau- in bono quæ habitat in Maroth [Vulg. amaritudini- bus ] ; quia descendit malum a Domino in portam Jérusalem. Tumultus quadrigæ stuporis habitant! Lachis, principium peccati est filiæ Sion : quia in te inventa sunt scelora Isiael? Propterea dabit emissa- rios super hærcditatem Geth : domos mendacii in deceptionem regibus Israël. Àdhuc liæredem addu- cam tibi quæ habitas in Maresa, usque Odollam veniet gloria Israël. » Mich. 1, 10 et seqq. LXX : « Qui in Geth, nolite maguificari; qui in Bachim, nolite reædificare ex domo derisum : terra aspergite derisum vestrum ; quæ habitat bene civitates ejus, non est egressa habitatrix Sennan. Plangite domum juxta eam : accipiet ex vobis plagam doloris, quis cepit in bonum, quæ habitat in doloribus? quia descenderunt mala a Domino super portas Jérusa¬ lem. Sonitus curruum et equitum habitatio Lachis : princeps peccati est filiæ Sion : quia in te inventæ sunt iniquitates Israël. Ideo dabit cmissarios usque ad hæreditatem Geth : domos vauas : frustra fue- runt regibns Israël : doncc hæredes adducam tibi, quæ habitas Lachis, hæreditas usque Odollam vc- niet » Multum Hebraicum a LXX interfretatione discor¬ dât, et tantis tam mea quam illorum trauslatio diffi- cultatibus involuta est, ut si quando indiguimus spiritu Dei (semper autem in exponendis Scripturis sauctis illius indigemus adveutu) nunc vel maxime eum adesse cupiamus, et quæ in prophetis locutus est, pandere, ut de nobis quoque possit intelligi, quod ipse alibi polliceri dignatur :«Àperi os tuum, et implcbo illud. » Psalm. lxxx, 11. Geth, ut Regno- rum quoque testatur historia, I Reg. xvn, una est de quiuque urbibus Palæstinæ, vicina Judææ confinio, et de Eleutheropoli ountibus Gazam, nunc usque viens vel maximus, unde fuit Goliath ille Gethæus, quem David occidit in prælio. Quiaigitur propheta, imo per prophetam Dominus dixerat : « Plangam et ululabo, vftdam spoliatus et nulus; faciam planctum velut draconum, et luctum quasi struthionum, quia despevata est et insanabilis plaga Samariæ, et venit usque ad Judam, tetigitque portam populi moi Jéru¬ salem, ». propterea flontis adluic voce præcipio : « Nolite annuntiare in Geth, » ne audiant et lætentur inimici ; lacrymis ne ploretis, id est, ne dolor qui- deni iri s in gui tus crumpat : dissimula te fletum, ne 10 SAINT JÉROME dissent point; que vos visages n’en portent point la trace, quoique l’affliction remplisse votre cœur; n’allez point au dehors, mais dans votre maison en destruction ; couvrez-vous de la pous¬ sière qui tombe de vos ruines. « Passez, maison de Saphir, » ce qui en syriaque et en hébreu veut dire « belle. » Samarie, en effet, est dans le site le plus beau, et la plus fertile contrée de la Judée. On la montre encore. Il lui est donc dit : 0 toi qui habites la contrée la plus riche, parce que tu es couverte d'ignominie, passe, va-t-en en captivité, de façon qu’à cause do la grandeur de tes maux, pas un étranger voisin ne distingue ta voix. Ce qui suit : « Elle n’est pas sortie celle qui habite dans Senna , » qui veut dire « sortie » ou, comme le rend Sym- maque : « Elle n’est point sortie la maison de l’abondance, » est dit de cette même Samarie qui est aux portes mêmes de la captivité, en Assyrie, et qui, au sortir de ses terres, touche le sol de ses ennemis. Il faut entendre habitation abondante dans le sens indiqué plus haut, d’ha¬ bitation belle. Elle n'est point donc sortie de sa propre volonté, celle qui habite à la sortie ou dans l’abondance , mais elle a été traînée de force chez les Assyriens. Aussi serez-vous pour la maison voisine , celle qui est à vos côtés , ce que veut dire Azel, c’est-à-dire le royaume de Juda, une cause de gémissements. Sans doute elle est debout, quoique Samarie soit captive, et Dieu a été son défenseur, mais elle en éprouve adversarii gratulentur [al. lætentur ], lacrymas ora non habeant, cum dolorem pectus habeat, nolite exire foras, sed in domo pulveris, et ruente cinere vos conspergile ruinarum. « Transite [al. Transiet e ] vobis, habitatio » sàphiu quod Syro Hebræoque ser¬ mons dicitur «pulchra.» Samaria quippe in pulcher- rimo Judææ, et uberrimo sita loco, nunc quoque ostenditur. Dicitur ergo ad eam : O tu quæ habitas in regione uberrima, quia confusa es ignominia, sic transi, sic ad captivitatem deducere, ut præ malo- rum magnitudine, ne vicinus quidem allophylus audiat vocem tuam. Porro quod sequitur : « Non est egressa quæ habitat in Sennam, » quæ interpre- tatur « exitus, » sive, ut Symmachus vertit, « non est egressa habitatio abundans, » de eadem Samaria dicitur quæ in ipsis Assyriæ captivitatis est foribus, et statim ut mota fuerit de finibus suis, hostilem terram ingreditur. Nam habitatio abundans, juxta illud accipienduni quod et supra jam diximus, habi¬ tatio pulchra. Non est igitur egressa quæ habitat [al. habitabat] in exitu vel abundantia propria vo- luntate, sed vi ducta est in Assyrios. Unde domus vieina et ex latere, quod interpretatur asel, regnum videlicet Juda, planctum accipiet ex vobis, quæ nunc intérim, Samaria capta, substit.it, et Deum habuit une atteinte, et frappée de terreur, et affaiblie dans son bien, celle qui habite dans Màroth, c’est-à-dire dans l’amertume, ou comme traduit Symmaque : « L’habitation qui invite à l’amer¬ tume, » en grec : *H xatoixâc 7] TrapotTUxpaéæuaa et en hébreu iosereth màroth, car, à cause de la captivité des tribus voisines, le mal envoyé de Dieu touche aux portes de Jérusalem. Après avoir ravagé la Samarie, en effet, l’Assyrien vint jusqu’à Jérusalem, quand Rabsacès lui fut envoyé, l’insulte à la bouche, comme le livre des Rois et Isaïe le rapportent tout en long. IV Reg. xvui ; Isa. xxxvi. Il y est dit que le roi d’Assyrie aurait envoyé de Lachis à Jérusalem,, et qu’après la prise de Lachis, il serait venu assiéger Lobna. Il viendra donc, ô Lachis, ô ville toute adonnée aux idoles, il viendra vers toi l’Assyrien, avec chars et cavaliers, parce que les crimes d’Israël ont été trouvés en toi et que tu as été le principe de l’idolâtrie pour Juda. C’est par toi que, comme par une porte, l’im¬ piété des dix tribus a pénétré dans Jérusalem. Et ce ne sera pas seulement à Lachis que vien¬ dront le tumulte et les quadriges, mais aussi à Geth, métropole de la Palestine, dont j’avais dit plus haut : « N'en portez pas la nouvelle dans Geth. » L’Assyrien, en effet, enverra ses pil¬ lards, qu’il appelle ses émissaires, et s’emparera de la demeure de l’idolâtrie, de la ville du men¬ songe qui, dans l’usurpation, passa aux rois d’Israël. Ce qui suit : « Je vous amènerai encore defensorom. Àccopit autem planctum et percussa formidine est, et infirmata bono suo, quæ habitat iu « Màroth, » id est in a amaritudinibus 5 [al. Ra: moth], sivo, ut Symmachus vertit, a habitatio ad amaritudinem provocans, » hoc est : ’H xatoixia 7] 7rapa7uxpodvou /.ai aoc, xaioixia Mapeaa, ea>; ’OôoXXàp, ^fÇet irj; SdÇr)ç ’Iapar)X, hoc est, « adhuc hæredem adducam et tibi, habitatio Marésa, usque Odollam veniet gloriæ Israël, » hoc est, quæ gloriosa es in urbibus Israël. Et ubi dicitur « gloriæ, » genitivus casus sit numeri singularia, « liujus gloriæ, » et non nominativus pluralis, « hæ gloriæ. » Vel certe ita intelligamus : Captivitaa Israël quæ venit in Lachis, et Geth, et Marésa, usque Odol- lam quoque veniet. Et pressiua legendum « gloriæ Israël, » ut xaià aviéppacnv ignominia vel vastitas sentiatur. Porro quod supra urbem prophetæ « Mo¬ rasthi hærcditatem » interpretati sumus, sciât lector in eodem versiculo quem posuimus : « Propterea dabit emissarios super hæreditatem Geth » inHehræo « pro hæreditate Geth, » màràseth geth, [al. moràs- £eth] positum. Hue usque secundpm Hebraicum, ut C'est en nous confiant à vos prières que nous allons à d’autres flots, et quand de toutes parts, dans cette exposition, nous sommes menacé de naufrage, évitons-le, si nous le pouvons. Geth veut dire pressoir; ceux donc qui sont dans Geth, c’est-à-dire dans le pressoir, se figurant qu’ils ont vendangé le fruit de la vigne, après avoir foulé la grappe de la vigne de Sorec, s'exaltent orgueilleusement, sans savoir que la grappe de la terre de Judée ne se trouve point dans les pays des étrangers. Gardez-vous, dit-il, de vous enorgueillir, vous qui êtes dans les pressoirs, parce que votre vigne est du plant de Sodome, et vos provins de Gomorrhe ; c’est le raisin de l’amertume, c'est la grappe de fiel pour vous; votre vin est la fureur des dragons et la rage sans remède des aspics. Et si vous en avez du fruit, puisque votre vendange est non-seulement de Sodome et de Gomorrhe, mais encore de l’Egypte et autres nations ennemies, le Seigneur le livrera à la nielle, et vos labeurs à la saute¬ relle, et détruira vos vignes par la grêle et vos mûriers par la gelée. Ne vous laissez point tromper par la ressemblance du vin, et no prenez point l'amer pour le doux ; goûtez avec soin votre vin,, et vous distinguerez du vin de Sorec la fureur des dragons et le venin des aspics. Aussi ne vous livrez pas à l'orgueil, mais humiliez-vous davantage sous la puissante main du Seigneur, et passez à ce pressoir dont celui qui monte d’Edom et vient tout empourpré de potuimua, et ut nobis visum est, certe ut ab Hebræis audivimus, quasi inter saxa et acutissimos scopulos naviculam nostram reximua, quæ utrum intraverit portum, au adhuc in salo fluctuet, lectoris erit pru- dentiæ judicare. Nunc orationibus vestris pergamus ad alios fluctue, et imminente expositionis hinc inde naufragio, si possumus, evadamus. GETiiinterpretatur « torcular; » qui ergo in Geth, id est in torculari, sunt, putantes se vindemiasse fructum vitæ, et calcasse botrum de vinea Sorec, extolluntur in superbiam, ignorantes quod botrus terræ Judææ in allophylorum flnibus non reperiatur. Nolite, inquit, extolli qui estis in tor- cularibus : quia de vinea Sodomorum vinea vestra est, et propago vestra de Gomorrhis : et uva vestra amaritudinis, et botrus fellis vobis, et furor draco- num vinum vestrum, furor aspidum insanabilis. Nam si etiam feceritis fructum (quoniam vindemia vestra non solum de Sodorna et Gomorrha, sed de Ægypto quoque est et cæteris inimicis gentibus) dabit Domi- nus ærugini fructum vestrum, et labores vestros locustæ, et occidet in grandine vineas vestras, et moros vestros in pruina. Non vos decipiat similitudo vini, nec dicatis amarum dulcc : gustate diligenter 12 SAINT JÉROME. Bosra parle dans le prophète Isaïe : « J'ai foulé seul le pressoir, et il n'y a pas avec moi un seul homme des nations. » Mais comme, d'autre part, il s’en trouve parmi les étrangers et d'au¬ tres — la contrée des étrangers compte bien des pays et des villes — dont les œuvres mau¬ vaises et les sentiments contraires à Dieu disent : « On a détruit nos œuvres, mais nous reviendrons et nous relèverons tout ce qui a été renversé, » voilà pourquoi ils sont appelés les terres d’impiété et le peuple contre lequel le Seigneur est irrité. 11 leur est dit : « Vous qui êtes dans Bachis, gardez-vous de provoquer la dérision au sujet de votre maison. » Bachis, dans notre langue, signifie « plainte » et «pleur» ; tous, en réalité, excepté les Septante, ont tra¬ duit xXauOfjtôv, c'est-à-dire « pleur. » Vous donc quiètes. dans ce genre d’œuvres et de pensées dignes de larmes, n'élevez pas de construction perverse, et ne regardez point votre sentiment comme étant l'édification de Dieu ; ne bâtissez pas sur le sable, de peur qu'au moment de la tempête votre maison ne croule et que l’inutilité de votre travail ne provoque le rire des specta¬ teurs. Bien plus, comprenant que votre construc¬ tion n'est digne que de moquerie, couvrez vos têtes de ses ruines et de sa poussière et faites pénitence de ce que, en dehors de tout conseil, vous avez voulu bâtir une maison qui doit tomber. Vient ensuite : « Celle qui habite bien vinum vestrum, etinvenietis pro vino Sorec, furorem draconum et venenum aspidum. Unde nolite super- bire, sed magis liumiliamini sub potenti manu Do- mini, et ad illud transite torcular de quo ascendens ex Edom, et rubicundus ex Bosra [al. Bosor ], loquitur in Isaia propheta : « Torcular calcavi solus, et de gentibus non est vir mccum. » Rursum quia sunt de alienigenis et alii (multas enira habet regioncs et urbes allophylorum provincia) qui per mala opéra et sensus contrarios Deo loquuntur : « Destructi su- dius, sed revertentes ædificemus quæ destructa sunt.» Unde et vocantur termini impietatis, et populus cui iratus esb Dominus. Dicitur ad eos : « Qui in Bacliim nolito ædificare de domo desirum. » Bacliim in nos- tra lingua « planctum » et « fletum » sonat. Denique exceptis Septuaginta, omnes x^ccuOpov, id est « fle¬ tum,)) transtulerunt. Qui estis igitur in hujuscemodi operibus atque sententiis, quæ fletu digna sunt no¬ lite ædifieationem pessimam instaurare, nec sensum vestrum exstructionem Dei arbitremini, neque ædifi- cetis super arenam, Matth. vu, ne curn tempestas venerit, domusque vestra conciderit, cassus labor risum videntibus præbeat. Quin potius intelligentes ædificalionem vestram dignam esse derisu, ruinis ejus et pulvere conspergite capita vestra et agite dans ses villes, n’est point sortie celle qui habite Senna. » En voici le sens, me semble-t-il : Vous qui vous enorgueillissez dans Geth et dans Ba- cliis, vainement vous mettez vos efforts à cons¬ truire une maison dérisoire; couvrez-vous de poussière et faites pénitence, parce que vous avez voulu presser un vin détestable et élever un édifice opposé à Dieu. Mais celle qui habite bien l'Eglise du Christ possède des Eglises dans tout l’univers, est dans l'unité de l'esprit, a les villes de la loi, des Prophètes, de l’Evangile et des Apôtres, et n'est point sortie de ses terres, c'est-à- dire des saintes Ecritures, mais garde ce dont elle est déjà en possession, parce qu'elle habite dans Senna, que Symmaque, comme nous l'avons déjà dit, traduit par abondance. Elle a, en effet, pour partage, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, avec qui se trouvent toutes les grâces spirituelles et l'abondance des vertus. Aussi lui est-il dit : « Que la paix règne sur vos remparts, et l’abon¬ dance dans vos tours. » Psalm. cxxi, 7. Quant à vous qui habitez auprès de Senna, c’est-à- dire auprès de cette Eglise où est l’abondance, ô héritiques, ô doctrines opposées, poussez des plaintes sur vous-mêmes, parce que vous avez bâti une maison pour la dérision et foulé le pressoir pour l’orgueil, et ce n'est point sur le sol des Ecritures, mais dans leur voisinage que vous avez bâti votre demeure, et ce n'est plus le rire qu'elle mérite, mais les larmes et les pœnitentiam, quod absque consilio casuram domum ædificare voluistis. Sequitnr : « Quæ habitat bene in civitatibussuis, non est egressa habitans in Sennam.» Quod milii videtur hanc habere sententiam : Vos, qui superbitis in Getli, et in Bachim, frustra do¬ mum risu dignam ædificare conamini: aspergite vos pulvere, et agite pœnitentiam, quia vinum detesta- bile premere, et ædificationem Deo contrariam cons- truere voluistis. Ecclesiam autem Christi, qnæbabitat bene, et in toto orbe Ecclesias possidet, spiritus unitate conjuncta est, et habet urbes legis , pro- phetarum, Evangelii, et apostolorum, non est egressa de finibus suis, id est de Scripturis sanctis ; sed cœptam .retinei possessionem ; quia habitat in « Sennam, » quod interpretatus est, ut supra dixi- mus, Symmachus « abundantiam ;» liabet enim Pa- trem, ctFilium, et Spiritum sanctum, cum quibus omnes spirituales gratiæ copiæque virtutum sunt. Unde dicitur ad eam : « Fiat pax in virtute tua, et abundantia in tu m bu s tuis. » Psalm. cxxi, 7. Vos vero, qui habitatis juxta Sennan, id est juxta abun- dantem Ecclesiam, o hæretici, o contraria dogmata, plangite vbs, quia ædificastis vobis domum in desi¬ rum, et pressistis torcular in superbiam , nec in Scripturis, sed in vicinia Scripturarum domum ves- 13 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHËE. sanglots. Aussi, ajoute-t-on : plaignez la maison qui est auprès d’elle, c’est-à-dire près de Scnna. Ce qui suit : « Elle recevra de vous la plaie de la douleur » est à l’adresse de ces mêmes héré¬ tiques : On leur enjoint de plaindre la maison voisine de Eglise, parce que l’ennemi, le ven¬ geur, le démon à qui ils seront livrés pour leur supplice, leur infligera lui-même les plaies et leur en fera ressentir la douleur en punition de cette construction détestable; plaies salutaires qui leur sont envoyées afin que, reconnaissant leurs péchés, ils fassent pénitence et que l’invasion de la douleur soit pour eux une occasion de bien ; à moins qu’on veuille représenter la douleur de l’Eglise plaignant ceux qui furent ses enfants et qui serait la source du salut des héritiques, s’ils voulaient revenir vers cette mère en deuil. Ce qui vient après : « Parce que les maux en¬ voyés par le Seigneur sont descendus sur les portes de Jérusalem, » est un passage dont se servent les Marcionites et les Manichéens pour établir que Dieu est l’auteur du mal. Disons que les maux sont venus du Seigneur, de la même façon que le Sauveur dit lui-même dans l’Evan¬ gile : « Je voyais Satan tombant du ciel comme la foudre. » Luc . x. 18. De même, en effet, que là tomba du ciel Lucifer qui se levait le matin, Isa. xrv, et fut brisé sur la terre, lui qui envoyait la lumière aux nations , ainsi ces maux qui tombèrent du Seigneur et arrivèrent aux portes de Jérusalem, n’étaient point des maux avant tram, jam non risu, sed planctu dignam, etlacrymis construxistis. Unde subjungitur , plangite domum quæ est juxta eam, id est, juxta Sennan. Sed et hoc quod additur, « accipiet ex vobis plagam doloris, » ad eosdem hæreticos dicitur, quibus imperatur ut plangant domum vicinam Ecclesiæ, quod inimicus et ultor diabolus, cui tradendi sunt in supplicium, ipse eis inférât plagas, et extorqueat pro ædifica- tione pessima plagarum dolorem. Quæ propterea inferuritur, ut sentientes peccata quæ fecerant, agaut pœnitentiam, et dolornm habitatio sit eis bonorum occosio. Sive Ecclesiæ indicatur dolor, quod plangat quondam filios suos, et ipsa sit causa salutis hære- ticorum, si ad lugeutem matrem reverti volnerint. Porro quod infertur : « Quia dcscenderunt mala a Domino super portas Jérusalem ; » et Marcionitæ ac Manicbæi utuntur hoc scripto, eo quod legis Deus malorum sit conditor. Sic dicamus mala a Domiuo descendisse, quomodo et Salvator loquitur in Evan- gelio : « Videbam Satanam quasi fulgur de cœlo ca- dentem. » Luc. x, 18. Quomodo enim ibi cecidit de cœlo Lucifer, qui mane oriebatur, Isa. xiy, et contri- tus est super terram, qui mittebat [al. mittebatur ] ad gentes : sic et hæc mala quæ a Domino ceciderunt, leur chute, mais c’est en rompant avec Dieu qu’ils sont devenus des maux. Et pour que nous n’iguorions point leur piège perfide : « Ils sont venus, » dit-il, « aux portes de Jérusalem, » et comme elles sont inébranlables et de diamant, et sont fermées par les Apôtres, à qui ont été confiées les clefs de Jérusalem, c’est donc de¬ vant ces portes que ces ennemis stationnent, pour mettre à mort tous ceux qu’ils en ont vus sortir. Celui donc qui est de Jérusalem, qui ha¬ bite bien dans ses villes, n’en sort point, puis¬ qu’il est dans l’abondance, mais reste constam¬ ment à l’intérieur ; il ne franchit point les portes au-delà desquelles tous ceux qui s’avancent sont massacrés et massacrés par ceux qui s’enor¬ gueillissent dans Geth, qui habitent Bachis, et qui bâtissent leur demeure pour la dérision. Les maux enfin qui sont descendus du Seigneur aux portes de Jérusalem produisent un. si grand tumulte de chars et de cavaliers, un bruit si confus sur les portes de Jérusalem, qu’ils tuent par la lance de leur bonche quiconque ils ont vu s’aventurer. Après cela nous lisons : « Qui habitent Lachis ; elle est la source du péché de de la fille de Sion. » Lachis veut dire « marche. » Et ce sont ceux qui sont montés sur leurs chars, et ont eu des cavaliers et ont fait tant de tu¬ multe et de vain bruit, auxquels dit celle qui habite bien dans ses cités : Ceux-ci se confient en leurs chars, et ceux-ci en leurs chevaux, mais nous, c’est dans le rfom du Seigneur notre et veneruüt ad portas Jérusalem, antequam caderent non erant mala ; sed quia a Domino corruerunt, id- circo facta sunt mala. Et ut sciamus malorum insi- dias : « Venerunt, » inquit, « ad portas Jérusalem,» quæ quia firmæ sunt et adamantinæ, clauduutur ab apostolis, quibus Jérusalem claves commissæ sunt : aute eas versantur inimici, et quos exire conspexe- rint, interfîciunt. Si quis igitur est de Jérusalem, qui habitat bene iu civitatibus suis, non egreditnr cum habitet in abundantia : sed semper intrinsecus nia- net, nec egreditur portas ejus, quos qui egressus fuerit occiditur : occiditur autem ab his qui se ele- vant in Geth, et habitant in Bachim, et ædificant do¬ mum in desirum. Denique mala quæ descenderunt a Domino ad portas Jerusalam, strepitum tantum lia- beut curruum et equorum tumultum, confusumque sonitum pro foribus Jérusalem, ut oris sui lancea quoscunque vagari viderint, interficient. Post hæc scriptum est : « Quæ habitas Lachis ; princeps pec- cati estfiliæ Sion. » Lachis iuterpretatur 7i‘op£âx écrriv, id est (t ambulatio. » Et hi igitur qui ascenderunt in curribus suis, et habuerunt équités, et strepitum tautum inanemque sonitum, quibus locuta est, quæ habitat bene in civitatibus suis : isti in curribus et 14 SAINT JÉROME Dieu que nous avons invoqué; Psalm. xix; ils n'ont pu tenir leurs pieds en repos, et ils ont été enveloppés de tout vent de fausse doctrine, ils ont voulu sortir de l’Eglise qui signifie forte¬ resse ou Sion, c'est pourquoi ils sont devenus la source du péché de la fille de Sion. Et dans son sein même, chez les Latins, se sont trouvées les impiétés d'Israël qui séparèrent le peuple de l’antique royaume de Dieu. Le principe donc du péché de la fille de Sion est celle qui habite Lachis, c'est-à-dire cette marche déplorable, au pas toujours incertain, et l'impiété d'Israël se trouve chez ceux dont les pieds s’agitent sans cesse et sont réputés pour habiter dans Lachis. 11 viendra aussi des émissaires jusqu'à l'héritage de Geth , cette Geth perverse, ce pressoir de venins qui s'élève à l’encontre de la maison de Dieu, où sont ces demeures vaines qui sont élevées pour la dérision. Et ces maisons sans solidité, elles n'ont été d'aucun secours pour les rois d’Israël; dans le sens historique, ce sont ces rois dont les égarements sont racontés dans les livres des Rois et des Paralipomènes, et au sens anagogique, ce sont les princes des hérétiques, les chefs des doctrines perverses; c'est bien pour eux que ces maisons ont été vainement et inu¬ tilement construites. Elles n'ont de durée que jusqu’à l’arrivée des héritiers que le Seigneur doit amener. Vient ensuite : « Vous qui habitez Lachis, l'héritage s’étendra jusqu’à Odolla. » Odolla veut dire : « témoignage du boire, » ou isti in equis : nos autem in nomine Domini Dei nos- tri invocabimus ; Psalm. xix ; quia moverunt pedes suos , et circumdati sunt omni vento doctrinæ falsæ, Ephes. iv, et de Ecclesia exire volnerunt, quæ inter- pretatur spécula, id est Sion, principes peccati fuere filiæ Sion. Et in ipsa, hoc est in Latinis, inventæ sunt impietates Israël, quæ a regno pristino Dei populum separaverunt. Princeps ergo peccati est filiæ Sion , quæ habitat in Lachis , id est ambulatio pessima, gradu jugiter fluctuante, et impietas Israël inhis est qui semper movent pedes suos, ethabitare dicuntur in Lachis. Dabuntur quoque emissarii ris¬ que ad hæreditatem Geth : Geth pessimam, et torcu- lar venenorum, quod ædificatur contra domiim Dei, ubi sunt vanæ domus, quæ ædificatæ sunt in deri- rum. Et istæ vanæ domus, in vanum factæ sunt in regibus Israël. Quantum ad historiam pertinat, his regibus quorum peccata in Regnorum et Paralipo- menon libris scripta sunt : quantum autem ad ana- gogen, principibus hæreticorum, ducibusque perver- soruin dogmatum ; bis enim domus vanæ sunt et frustra exstructæ. Et tandiu persévérantes , donec teneant eas hæredes qui a Domino adducendi sunt. Post hæc sequitur : « Quæ habitas Lachis, hæreditas « de leur boisson. » Le grec, plus significatif, porte : fraptupàx avTX7faeu>ç auttov. Nous lisonsdans les Proverbes : « Si tu es mauvais, seul tu boiras des maux. » Prov . ix, 2. Celle donc qui habite Lachis, c’est-à-dire sur une route mauvaise, viendra jusqu’au témoignage « de saboisson,» parce qu’elle boira et absorbera selon la mesure de ses œuvres. Ou bien encore il faut distinguer que ces paroles « qui habitent Lachis, » se rap¬ portent à ce qui précède, et que tel en est l’ordre et le sens : Je t’amènerai des héritiers de de l’Eglise à toi qui habite Lachis, parce que toi aussi tu seras de l’héritage du Seigneur lorsque tu auras épuisé et enduré ce que tu as mérité. Je supplie, à la fin de ce chapitre, le lecteur de ne pas prendre ma volonté pour la né¬ cessité qui s'impose et de ne pas voir, dans cette longue exposition, une superfluité de paroles; qu’il s'étonne de cc qu’en pareille matière je trouve quelque chose à dire, plutôt que de me voir ne pas omettre celles qui sont à signaler. « Arrachez vos cheveux et rasez vos tètes sur les enfants, vos délices; dépouillez-vous entiè¬ rement comme l’aigle, parce qu’ils ont ôté conduits loin de vous en captivité. » Mich. i, 16. Les Septante : « Gloire ~ de la fille % d'Israël, arrachez vos cheveux et rasez vos tètes, à cause de vos fils chéris : dépouillez-vous entièrement, comme l'aigle, parce qu’ils ont été emmenés loin de vous en captivité. » Ce qui est ajouté par les Septante : « Gloire de la fille d’Israël, » en usque Odollam veniet. » Odolla interpretatus « testi- monium haustus, » vcl « hauritionis eorum, » quod in Græco signiûcantius dicitur [J.aptupta àvT\7fa£w; au tco v. Legimus iu Proverbiis : « Si malus fueris, solus hauries mala. » Prov. ix, 21. Quæ igitur habitat in Lachis, id est, in itinere pessimo, veniet usque ad testimonium exhaustionis suæ, quod exhauriet atque ebibet juxta operum suorum mensuram. Yel certe ita distinguendum, ut hoc quod dicitur, « quæ habi¬ tas Lachis, » ad superiora referatur, et sit ordo ac sensus : Adducam hæredes tibi de Ecclesia, quæ ha¬ bitas Lachis, quia de hæreditate Domini et tu eris, cum banseris et receperis quæ mereris. Obsecro in capituli fine lectorem, ne necessitatem, volumtatem putet, et expositionem prolixam, verbositatem exis- timet, magisque miretur in locis tam asperis me aliquid invenire, quam quidquam eorum quæ dicenda sunt non prætermittere, « Decalvare et detondere super filios deliciarum tuarum, dilata calvitium tuum sicut aquila, quoniam captivi ducli sunt ex te- » Mich. i, 16. LXX : a Glo¬ ria : filiæ d’Israël, decalvere et detondere super filios delicatos tuos : dilata calvitium tuum sicut aquila, quoniam captivi ducli sunt ex te. » Hoc quod die- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. 13 ajoutant « de la fille, » les Hébreux le font dé¬ pendre du verset précédent. Pour nous, selon que vous l’avez voulu et que nous l'avons com¬ mencé, nous devons interpréter les Ecritures comme elles sont lues dans l'Eglise, sans nous écarter néanmoins de la vérité hébraïque. Ici, il est donc parlé à Israël, et ce doit être pris à la lettre, soit que nous l’entendions des dix tribus qui sont en Samarie, ou de tout Israël en gé¬ néral ; qu’ils prennent donc le deuil, et qu’ils pleurent leurs fils, parce que le peuple a été emmené en captivité et la Judée tout entière a été ravagée par les Assyriens et les Babyloniens. Et de même que l’aigle, qui est le roi des oiseaux, perd, à une certaine époque, ses poils et de¬ meure sans plumes, qu'Israël pareillement, dé¬ pose toute cette gloire dont il avait été entouré auparavant, et plaigne ses enfants soumis à la domination de ses ennemis. Que l’aigle, d'habi¬ tude perde ses plumes à une époque détermi¬ née, c’est écrit dans le Psautier : « Ta vieillèsse sera renouvelée comme celle de l’aigle ; » Psalm. eu, 5 ; et le Comique dit aussi dans l’Heauton- timorumène : « Il a paru vrai ce qu’on a cou¬ tume de dire de la vieillesse de l’aigle. » Tei'ent. Loc. cit. Act. ni scen. u. Si nous voulions entendre ce passage au temps actuel de la destruction de la Judée, nous verrions que toute la faveur qui la rendit autrefois si prospère entre les mains de Dieu, s’est entièrement retirée de ce peuple. Où sont, en effet, ses Prophètes ? ses docteurs de la loi? où est l’intervention des Anges? où sont ces victoires inespérées remportées par quelques hommes contre des masses? Elle est sans chevelüre cette Jérusalem, elle a perdu la couronne de son ancienne gloire, et ses fils qui crièrent contre le Seigneur : « Crucifiez, cruci- fiez-le, » Joan. ix, 5, ont été emmenés en capti¬ vité. J’ai lu dans les commentaires de quelqu’un, que ce qui est dit : « Coupez vos cheveux et rasez votre tête à cause de vos enfants, vos délices, » se pouvait entendre de la condition humaine, et que tel est le langage de Dieu à Adam ou à la Jérusalem céleste : O âme hu¬ maine, ô ville autrefois mère des saints, qui étais avant dans le paradis, et jouissais des délices de tant d’arbres divers, qui avais une forme si belle ; maintenant, parce que tu as été précipitée de ces hauteurs et traînée dans Baby- lone, parce que tu es venue dans un lieu de captivité et que tu as perdu ta chevelure, rase- toi et prends l’habit de pénitent, et tandis qu’au- paravant tu volais dans les airs comme l’aigle* plains ta descendance qui t’est enlevée et menée en esclavage. « Malheur à vous qui formez des pensées in- tum est a Septuaginta, u gloria füiæ Israël, » adden- tibus «filiæ,,» Hebræi in fine superioris capituli le- gunt. Nobis autem quæ sic voluistis, et semel susce- pimus, incumbit nécessitas itaiuterpretariScripturas, quomodo leguntur in Ecclesia, et nihilominus He- braicamnon omittere veritatem. Dicitur ergo ad Israël intérim secundum litteram, ut vel decem tribus acci- piamus in Samaria, vel in commune omnem Israël; quia captivus ductus est populus et omnis Judæa ab Assyriis Babyloniisque vastata est, assumant plauc- tum et plorent filios suos. Et quomodo aquila quæ regina est avium certo tempore amittit pilos, et re- manet implumis : sic etiam Israël deponat omnem gloriam suam, qua ante fuerat circumdatus, et plan- gat filios, hostium subditos potestati. Quod autem aquila certo tempore soleat amittere plumas, et in Psolterio scriptum- est : « Innovabitur ut aquilæ se- nectus tua. » Psalm, eu, îi. Et Comicus in « Heauton- timorumeno {a) : « Visa est, inquit, vere quod dici solet, aquilæ senectus. » Ter en t. loc . cit. Act. iii, scen. n. Si autem voluerimus hoc ipsum et de præ- senti tempore Judaicæ eversionis accipere, videbi- raus omnem gratiam, qua quondam apud Deum floruit, ab eis penitus recessisse. Ubi est enim pro- pheta? ubi doctor legis, ha. xxxm, 18; I Cor. i, ubi angelorum præsidia? ubi contra plures a paucis insperata [al. sperata ] Victoria? Decalvata est Jérusa¬ lem quæ omnem comam pristinæ gloriæ perdidit, et filiæ ejus qui clamaverunt contra Dominum, « Crucifige, crucifige eum, » Joan . xix, 6, in captivi- tatem ducti sunt. begi in cujusdam Commentariis hoc quod dicitur « decalvare et detondere super filios deliciarum tuarum, » de conditionne humana posse accipi : ut Dei ad Adam, sive ad Jérusalem cœlestem, dirigatur eloquium. O anima humana? o urbs quondam sanctorum mater, quæ prius eras in paradiso, et fruebaris deliciis arborum diversarum, et habebas speciosissimam comam : nunc quia pro- jecta es de sublimibus et deducta in Babylonem, et venisti in locum captivitatis, et perdidisti comam tuam, radere et assume liabitum pœnitentis, et quæ prius quasi aquila volabas in excelsis, plange filios, plange eobolem tuàm, quæ ex te ducta est captiva. « Væ qui cogitatis inutile, et operamini malum in cubilibus vestris : in luee matutina faciunt illud, -quoniam contra Deum est manus eorum, et concu- (ft) Terentius scripsit comœdium cui titulus est Hcautontimorumenos, id est, seipsum excrucians. Àctu itaque 111, scena 2, lcguntm* verba récita ta ab Hieronymo : Visa vero est, quod dici solet, aquilx senectus. Nec mireris si pro yoce juventus tua, quæ legitur in cunctis hagiographis, legatur apud Hicronymum hoc loco senectus tua, quia S. Doctor hic loci ad sensum Scripturæ, non ad yerba attendebat; ncc Comieum testem suæ sententiec habuisset, nisi yerbum senectutis posuisset in reeitato psalmi en versiculo. Mautuh, 16 SAINT JÉROME justes et préparez le mal dans vos couches ; le matin venu, ils 1* exécutent, parce que leur main est contre Dieu, et ils ont convoité les champs, et ils les ont enlevés avec violence, et ils ont volé les maisons, et ils calomniaient l'homme et sa maison, l'homme et son héritage. Voilà pourquoi dit le Seigneur : Voilà que je prépare pour cette famille un mal dont vous n'écarterez pas vos tètes, et vous ne marcherez pas avec lier té, parce que le temps est très -mauvais. En ce temps-là, il sera fait sur vous des fables, et on chantera sur vous ce refrain avec délices : Nous sommes dépouillés et pillés, la portion de mon peuple est passée en d'autres mains. Gom¬ ment s'éloignera-t-il de moi, puisqu'il revient, celui qui divise nos terres? C'est pourquoi il n'y aura personne pour tirer au sort votre portion de terre dans l'assemblée du Seigneur. » Mich. ii, 1 et seqq . Les Septante : « Ils sont devenus des hommes méditant des travaux et pratiquant des choses mauvaises dans leurs couches, et cependant ils les accomplissaient le jour ; parce qu’ils n'ont point fèvé leurs mains vers Dieu, ils désiraient des champs , ils dépouillaient les orphelins, opprimaient les maisons, pillaient l'homme et sa maison, l’homme et son héritage. C’est pourquoi le Seigneur dit ceci : Voilà que je médite pour cette tribu des maux auxquels vous ne déroberez pas vos têtes, pour que vous ne marchiez point fiers ^ aussitôt : parce que le temps est très-mauvais. En ce temps-là, il sera fait sur vous des fables, et on répétera cette pierunt agros, et violenter tulerunt, et domos ra- puerunt, et calumniabantur virum et domum ejus, virum et hæreditatem ejus. Idcirco hæc dicit Domi- nus : Ecce ego cogito super familiam istam malum, unde non auferetis colla vestra, et non ambulabitis superbi : quoniam tempus pessimum est. In die ilia super vos sumetur parabola, et cantnbitur cnnticum cum suavitate dicentium : Depopulatione vastati sumus; pars populi mei commutata est. Quomodo recedet a me, cum revertatur qui regiones nostras dividat? Propter hoc non erit tibi mittens funiculum sortis in cœtu Domini. » Mich. 11, 1 et seqq. LXX : « Facti sunt cogitantes labores et opérantes mala in cubilibus suis, etsimul in die consummabant ea; quia non levaverunt ad Deum manus suas, et desi- derabant agros, et diripiebuut pupillos, et domos opprimebant, et rapiebant virum et domum ejus, virum et hæreditatem ejus. Propterea liæc dicit Do- minus : Ecce ego cogito super tribum istam mala, de quibus non auferetis colla Yestra, ut non ambu- letis recti >? subito : quia tempus pessimum est. In die ilia sumetur super vos parabola, et plangetur planctus in cantico dicentium : Miscria miscri facti plainte dans un refrain : Nous sommes réduits à la dernière misère, la portion de mon peuple a été partagée et mesurée et il n'y avait personne pour le défendre et l’empêcher. Nos champs ont été divisés : c’est pourquoi il n’y aura personne pour te faire une part dans l’héritage. » Ce que nous avons mis à la fin du verset en suivant l'hébreu : « Dans l'assemblée du Seigneur, » et que les Septante ont traduit « dans l’Eglise du Seigneur, » est dans la vulgate le commence¬ ment du verset suivant : il sera aussi, si le Sei¬ gneur le permet, l'objet de notre étude. Malheur donc à vous, assemblée des Juifs, qui méditez le mal et le réalisez. Ces lits donnés pour le repos, vous les souillez honteusement, et tout ce que vous préparez d’iniquités pendant la nuit, dès que le jour a paru, comme si on ne peut diffé¬ rer, vous vous hâtez de l’exécuter, sans .consi¬ dérer que c'est contre le Seigneur que votre main vigoureuse travaille. Et pour nous ap¬ prendre ce qu'ils méditaient la nuit et réali¬ saient le jour, l'Ecriture l'énumère par parties. « Ils ont convoité, » dit-elle, « les champs et les ont conquis par la violence ; » et les maisons aussi, en sous-entendant : ils ont convoité, celles qu’ils avaient convoitées, ils les ont pil¬ lées ; et non -seulement ils calomniaient les hommes et leurs maisons, mais leurs descen¬ dants aussi que leur âge tendre rendait dignes de pitié , ils les dépouillaient dans leur rage furieuse. C’est à cause de ces œuvres-là et de ces pensées injustes, que moi aussi, le Seigneur, sumus, pars populi mei dimensa est in funiculo, et non erat qui prohiberet eum, ut averterctur. Agri nostri divisi sunt : propter hoc non erit tibi mittens funiculum in hæreditate. » Quod in fine capituli juxta Hebraicum posnimus, « in cœtu Domini, » pro quo Septuaginta transtulerunfc, « inEcclesia Domini; » juxta editionem Vulgatam sequentis capituli princi- pium est. Et ideo in illo si Dominus jusserit, disse- remus. Væ igitur vobis, Judæorum cœtns, qui et cogitatis malum, et opéré consummatis. Et cubilia ad quiescendum data stupris polluitis; et quidquid iniquitatis nocte fractatis, quasi difîerre non liceat, statim ut dies clafuerit, festinatis implerc ; non con¬ sidérantes quod adversum Dominum fortis est manus vestra. Et ut doceret Scriptura quid esset quod in nocte cogitarent, et in die facerent, exponit in partibus. « Concupierunt inquit, agros, et violen¬ ter tulerunt; » et domos, subauditur concupierunt, et quas concupieraDt, diripuerunt; et non solum ca- lumniabantur homines, et domos eorum, sed poste- ros quoque qui misericordiam propter ætatem parvulam merebantur, rabido ore vastabant. Quia igitur ista fecistis, et cogitastis inutile, et ego Do- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÈE. 17 je méditerai pour cette famille un mal ; non que ce soit un mal que je médite,, mais parce que à ceux qui souffrent ce que j’envoie parait un mal ; et il vous accablera tellement que vous ne pourrez point lever votre tête, et vous ne marcherez point avec orgueil, vous que sans doute le temps de la captivité aura écrasés. Alors il sera fait sur vous des fables, et votre misère sera mise en chant ; Matth. xxii, 13. N’y a-t-il pas impudence et honte à prêcher avec des corps surabondamment repus Jésus crucifié, le divin Maître pauvre et souffrant la faim; à publier la doctrine du jeûne avec des lèvres rougics de vin et un visage bouffi de bonne chère? Puisque nous sommes au lieu et place des Apôtres, ne nous contentons pas. vel Babylonica, vel Romaua, co quod Domini san- guinem hauserit : juxta utramque euim historiée venta tem intelligi potest. « LXX : « Duces populi mei projicientur de domi- bus deliciarurn s mmun ; propter malas adinventiones suas ejecti s uni. » Potest hoc et gencraliter de Judaici populi principibus, sacerdotibns ac Phari- sæis aecipi, qui post passioncm Domini projecti sunt de urbe dcliciariun suarum, in qua prius lasci- viernut propter malas adinventiones suas, et spécia¬ lité r de stirpe David, quiastatim ut natus est Domi¬ nas, defccit princeps ex Juda, et dux de femorihus ojus, Gen. xlix, venieutc cui repositum erat, et ex- spectatioue gentium apparente. Sed et Ecclesiæ quoque principes qui deliciis affluant , et inter cpulas atque lascivias pudicitiam servare se eredunt, proplieticus serrno describit quod ejiciendi sint de spatiosis doœibus, lautisque conviviis, et multo la- bore epulis conquisitis,1 et ejiciendi propter malas cogitationes et opéra sua. Et sj vis scire quo ejiciendi sint, Evangelium lege : « la tenebras » scilicet «■ exteriores , ubi erit Üetns et stridor Uen- tium. » Matth. xx ii , 13. A nu on cou fa si o et ijmo- 24 SAINT JÉROME d’imiter leur langage, et embrassons aussi leur conduite et leur abstinence. Le saint ministère, le ministère des Apôtres, est d’ôtre le serviteur des veuves et des pauvres : « Il n’esf^pas juste, » s’écrient-ils, « que nous quittions la prédication de la parole de Dieu pour avoir soin des tables. » Act. vi, 2. Mais à présent, ce ne sont pas les pauvres, non pas ses frères qui ne peuvent pas rendre l’invitation et dont la main épiscopale ne peut rien attendre, excepté de la reconnais¬ sance, mais ce sont les capitaines ceints du glaive et les magistrats, que le prêtre du Christ réunit à sa table , pendant que des centurions et de nombreux soldats veillent à sa porte. On voit des clercs fouiller tous les recoins de la ville : ils cherchent à procurer aux magistrats des satisfactions honteuses que ceux-ci ne peu¬ vent trouver dans leurs prétoires , ou qu’ils n’osent y acheter s’ils les y trouvent. Mais il ne faut pas croire que ce reproche s’élève contre tous les princes de l'Eglise en général : la pro¬ phétie tombe sur ceux qui ont cette vie mau¬ vaise, et elle les menace des supplices sans fin et des ténèbres éternelles, afin que, puisqu’ils sont rebelles au frein de la pudeur, cette me¬ nace du châtiment les amène du moins à faire pénitence. Les Septante : « Approchez-vous des monta¬ gnes éternelles. » Par montagnes éternelles , nous pouvons entendre, ou les Anges, ou les Prophètes, dont il est écrit dans le psaume : minia est, Jesum crucifixum, magistrum , paupe- rem atque esurientem fartis prædicarc corporibus, jejumorumque doctrinam , rubentes buccas tu- mentiaque ora proferre? Si in apostolorum loco sumus, non solum sermonem eorum imitemur, sed conversationem quoque et abstinentiam amplecta- mur. Sanctum utique est et apostolorum ministe- rium, viduis et pauperibus ministrare : Act. vi, 2 : «Non oportet,inquiunt, dimisso verboDei, ministrare nos mensis, » At nunc non dico pauperes, non dico fratres, et qui rursum invitarenon possint(ex quibus, excepta gratia, nihil aliud episcopalis speret ma- nus), sed militantes et accinctos gladio, et judices, excubantibus ante fores suas centurionibus et tur- mis militnm, Christi sacerdos invitât ad prandium. Tota clerici urbe discursant : quærunt exhibere ju- dicibus, quæ illi in prætoriis suis aut invenire non p o ss un t, aut certc inventa non coemunt. Nec vero arbitrandum quod generaliter ad omnes hæc diriga- tur invectio ; sed quod eos qui taies sunt, pnlaet sermo propheticus , et comminetur eis supplicia et tenebras sempiternas , ut qui pudore etverecundia non tenentur, agant pcenitentiam saltem commina- tione pœnarum. (f Ses fondements sont dans les montagnes saintes; » Psalm. lxxxvi, 1 ; ... « J’ai levé les yeux vers les montagnes d’où me viendra le salut. » Psalm. exx, 1. 11 s’approche des mon¬ tagnes éternelles, celui que ses péchés ne sépa¬ rent point de la société des bienheureux, comme Moïse s’approchait de Dieu, non pas quant à la distance, mais par son mérite. C’est à ceux qui s’approchaient des montagnes éternelles que le Seigneur disait lui-mème : « Je suis le Dieu de ceux qui sont près de moi, et non le Dieu de ceux qui en sont loin. » Jerem. xxm, 23. Ces montagnes sont appelées éternelles pour les dis¬ tinguer de celles qui ne le sont pas, des monta¬ gnes couvertes de ténèbres, des princes de ce monde qui, après avoir porté haut leur tête comme le cèdre du Liban , passent avec le monde, et on ne trouve plus le lieu qu’ils occu¬ paient. Les Septante : « Levez-vous et marchez, parce qu’il n'y a pas ici de repos pour vous. » Il nous est ordonné de ne pas croire que nous puissions trouver le repos dans aucune satisfaction ter¬ restre, et, comme si nous ressuscitions d’entre les morts, de nous élever, de marcher à la suite de Notrc-Seignenr et de dire : « Mon âme s’est attachée à vous suivre. » Psalm. lxii, 9. Si nous n’agissons pas ainsi, si nous fermons l’oreille à ce précepte : « Levez-vous , vous qui dormez , élevez-vous, et Jésus-Christ vous éclairera, » Ephes. v, 14, nous sommeillerons sans doute, LX.X : « Propinquate montibus æ ternis. » Æ ter no s montes, vel angelos intelligere possumus, vel pro- phetas, de quibus et in psalmo scriptum est : « Fun- damenta ejus in montibus sanctis ; » Psalm. lxxxvi, 1 ; et in alio loco : « Levavi oculos mcos in montes, un de veniet auxilium milii. » Psalm. cxx. Appropin- quat autem æternis montibus qui non in peccatis suis a beatorum contubernio separatur, quomodo Moyses appropinquabat Deo, non loco, sed merito. Et ad eos qui appropinquabant æternis montibus, ipse Dominus loquebatur : « Deus appropinquans ego, et non Deus de longe. » Jerem. xxni, 23. Montes autem æterni, ad distinctionem eorum vocantur qui non sunt æterni, principium scilicct bu jus sæculi montium tenobrosorum, qui cum erecti fuerint velut codrus Libani transeuntes cum mundo, locus eorum non poterit inveniri. LXX : « Surge et ambula , quia non est tibi hic requies. » Jubemur in nullis mundi rebus pu tare nobis requiem ; sed quasi a mortuis résurgentes, ad sublime tendere, et ambulare post Dominum Deum nostrum, et dicere : « Àdbæsit anima mca post te. >' Psalm. Lxu, 9. Quod si neglexerimus, et noluerimus au dire dicentem : « Exsurge qui dormis , et elevare, COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE mais nous serons trompés et nous ne trouve¬ rons pas le repos, parce que, quand Jésus-Christ n’éclaire pas celui qui se lève, ce qui paraît être le repos n’cst que tribulation. Les Septante : « A cause de votre impureté, vous avez été consumés par la corruption. » Ceci s’adresse à ceux qui, dans l’esclavage des voluptés de la chair et des passions, corrompent non-seulement leur cime, mais leur corps lui- même, étant amis des plaisirs plus que de Dieu. La prophétie pouvait dire aussi : À cause de votre impureté, vous vous êtes corrompus, et le sens eût été complet sans le mot corruption ; mais, d'après le grec, on peut rendre cc passage par : « Vous vous êtes corrompus dans la cor¬ ruption, » ce qui me paraît avoir été mis pour distinguer cette dissolution de celle qui précède le salut, et au sujet de laquelle l’Apôtre dit : « Encore qu’en nous l’homme extérieur se dé¬ truise, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » Gorinih. iv, 16. Celui qui porte sans cesse la mortification de Jésus dans son corps, et détruit l’homme extérieur, et soumet la chair à l’empire de l’âme, se dissout sans doute, mais non pas dans la corruption, puisque la dissolu¬ tion qui s’opère en lui produit son salut. . « Vous fuyez, quand personne ne vous pour¬ suit. » A ceux que, à cause de leur impureté, la corruption a dissous, il est dit, qu’ayant cons¬ cience de leurs péchés , môme abstraction faite et illuminabit te Ghristus ; » Ephes. v, 14 ; dormita- bimus quidem, sed decipiemur, et non inveniemus requiem, quia ubi Christus non illuminât resurgen- tem, quæ videtur esse requies, tribulntio est. LXX : « Propter immunditiam consuœpti estis comiptione. » Pro eo quod nos diximus, « consumpti estis, » potest juxta Græcam intelligentiam in Latino sonare sermone, « corrupti estis » : ut sit ordo,prop- ter immunditiam corrupti estis corruptione. Hoc autem ad eos d ici tur, qui voluptati corporis et libi- dinis servientes, non solum animam, sed corpus quoque euum corrumpunt , voluptatum amatores magis quam amatores Dei. Poterat quoque dicere : Propter immunditiam corrupti estis, et sensus etiam absque « corruptione » fuisset expie tu s. Nunc autem quia ait, « corrupti estis corruptione , » ad distinc- tionem mihi videtur corruptionis salutaris dixisse, juxta quam et Àpostolus loquitur : « Et si is qui foris homo noster est, corrumpitur; sed qui intus est renovatur de die in diem. » Iî Cor. iv, 16. Qui sem- per mortificationem Jesu portât in corpore suo , et exteriorcm corrumpit hominem , et cnrnem imperio animæ subjicit, iste corrumpitur quidem, sed non corruptione, quia corruptio illius salutaris est. « FugistiSj nemine persequente. » Àd oos dicitur, qui propter immunditiam corruptione corrupti sunt, des supplices, ils n’oseraient pas résister à leurs ennemis et les combattre. De là vient que les trembleurs, dans le com¬ bat des saints, de peur qu’ils ne jettent l’effroi dans l’esprit de leurs frères , sont rejetés du camp et exclus des rangs militants , Deut: xx, et que, dans les malédictions du Lévitique,il est ainsi parlé aux hommes de cette sorte : « Le bruit de la feuille qui vole vous poursuivra, et vous fuirez , sans que nul vous poursuive. » Lêvit. xxvi, 36. Uu commentateur , expliquant ce verset de l’Evangile de Jean : « Toutes choses ont été faites par lui , et sans lui rien n’a été fait , » Joan. i, 3 , rapporte au mal le mot rien , et le mal étant pour lui le diable , par cette sorte de gradation, il a conclu que ce rien , qui a ôté fait sans Jésus-Christ, c’est le diable. Puis donc que le mal ou le diable est rien , et que ceux que la corruption a dissous ont fui , nul , c’est-à-dire rien, ne les poursuivant , le diable les a poursuivis dans le néant. Si cette explica¬ tion paraît à qui que ce soit trop forcée , et amenée, contrairement à la simplicité des Ecri¬ tures, plutôt par un artifice de langage que par une interprétation conforme à la vérité , qu’il suive notre première explication, ou celle qu'il trouvera lui-même. « Plût à Dieu que je n’eusse point l’Esprit, et que je disse plutôt des mensonges! Ma parole tombera sur vous comme un vin qui vous eni- quod conscientia peccatorum etiam absque suppliciis resistere hostibus et dimicare non audeant. Unde et formidolosi in sanctorum prælio, ne ter- reant mentes : fratrum suorum, ejiciunture castris, et ex acie repelluntur, Deut. xx, et in maledictis Le- vitici ad kujuscemodi hommes sermo dirigitur : « Perscquitur vos folii vox volantis, et fugietis, nullo persequente. » Leuit. xxvi, 36. Scio me in cujusdam commentariis legisse, exponentis Joannis evangelis- tæ principium : « Omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nikil, » Joan. i, 3, hoc quod dicitur, « nikil, » ad malitiam retulisse : rursumque ipsam maliliam interpretatum esse diabolum, et isto quasi gradu, ipsum quod factum est sine Ckristo, « nikil » diabolum intellexisse. Si igitur malitia, vel diakolus nihil est, et fugerunt qui corruptione cor¬ rupti sunt, nullo, id est nihil persequente, diakolus eos est persecutus in nihili. Quod si cui videtur ni- mis coactum, et contra Scripturæ simplicitatem ar- tiûcio potius eloquii , quam vera interpretatione dissertum , vcl priorem , vel quam ipse repererit expositionem sequatur. « Utinam non essem vir kabens spiritum, et men- dacium potius loquerer! Stillabo tibi in vinum et in ebrietatem, et erit super quem stillatur populus iste. Congregatione [al. Congregam ] congregabo, Jacob, 26 SAINT JÉROME vrera, et ce sera ce peuple sur qui cette parole sera accomplie. Jacob, je vous rassemblerai un jour tout entier; je réunirai tous les restes d'Is¬ raël en un seul troupeau.» Mich. ir, H, 12. Sur ce point encore les Septante sont en grand dé¬ saccord avec le texte hébreu. Je vais donc d'a¬ bord commenter le texte que nous ont laissé les Hébreux, et ensuite je traiterai de la traduc¬ tion des Septante, si le Seigneur le permet. 0 peuple juif, à qui ont été adressées les pro¬ messes , qui avez le Testament et la loi, de qui est issu Jésus-Christ selon la chair, et à qui j’ai dit, au moment où les Babyloniens et les Ro¬ mains vous menaçaient : Levez-vous , allez en captivité , il n’y a pas de repos pour vous sur cette terre , qui , parce qu'elle est souillée, sera la proie d'une entière dépopulation , ne croyez pas que je parle ainsi volontiers, et que j’an¬ nonce avec joie les maux que je vois dans un prochain avenir; je souhaiterais, moi aussi, d’être anathématisé pour mes frères , qui sont les Israélites! Rom. rx, 3.Puissé-je parler d’après mon seul sentiment, sans avoir le Saint-Esprit, et, compté plutôt au nombre des faux prophètes, périr seul ! Plût à Dieu que , ce que je dis n’é¬ tant pas vrai, cette foule si grande crût au Fils de Dieu, et ne fût point livrée ù l'éternelle cap¬ tivité. Mais , parce que je suis Prophète , que l’Esprit de Dieu parie en moi et que je suis l'en¬ voyé de la divinité, c'est la vérité que je prédis; totum te ; in unum conducam rcliquias Israël pari- ter. » (a) Mich. u, 11, 12. Et in hoc capite mnltum Septuagiuta interprètes ab I-Iebraico discrepant. Unde primum juxta id quod nobis ab Hebræis est traditum exponamus, et postea, si Dominus voluerit, do connu transi ati on e tractabimus. O popule Judaice, ad quos repromissiones , quorum testomenta et lex, et ex quibus Cbristus secundum caraem, Rom. îx , cui, imminentibus Babyloniis vel Romanis, dixi : Surgi te et ite in captivitntem, quoniam non est vobis in terra ista requies , quæ propter immunditiam suam corrumpetur populatione noyissima, non me putetis volentem loqui, et prædicare gandentem, quod ven- turum video ; optarem et ipse anathema esse pro fratribus meis,qui sunt Israelitæ. Rom. îx, 3. Utinam de meo sensu loquerer, et sanctum Spiritum non liaberem ; et inter pseudoprophetas potins compu- tatus, soins perirem , et non esseut vera quæ dico ; et tanta multitudo crederot in Filium Dei, et non traderetur æternæ captivitati. Yerurn quia propheta sum, et Dei spiritu loqnor, et a divinilate [al. veritatè] missus , prædico veritatem ; propterea stillabo tibi c’est pourquoi je verserai sur vous ma parole comme un vin pur qui vous enivrera et qui vous fera tomber. Ma parole se répandant pour annoncer le fléau de la captivité future, c’est sur ce peuple que tombera ma pluie , c’est-à- dire , il endurera , bon gré mal gré , les maux que je prédis. Et pour que vous ne croyiez pas que je suis seulement un Prophète demalheurs, sans doute la captivité prédite va bientôt arri¬ ver , mais voici qu’en moi se fait entendre la parole qui s'adresse à tous les Prophètes et sans laquelle nul n’est prophète , et voici ce qu'elle dit: Je viendrai et je prendrai un corps d’homme, je naîtrai d’une Vierge; ou encore : Puisque vous n'avez pas cru en moi quand je suis venu dans l’humilité de la chair, je viendrai, à la consommation du monde, avec les Anges et les autres Vertus , et alors , ô Jacob , je vous ras¬ semblerai tout entier; alors je réunirai en un même lieu les restes d'Israël, et je les mêlerai dans ma bergerie au peuple des Gentils ; alors je vous entourerai d'un mur inébranlable, et si grande sera la multitude des croyants, le trou¬ peau rassemblé dans ce parc se composera de tant de brebis qu’on ne saurait en exprimer le nombre. Et parce que j’ai dit : Je le réunirai comme un troupeau dans la bergerie et comme des brebis dans un parc, n’allez pas croire que je parle de brebis mêmes, et comprenez que ces brebis, ce sont des hommes. Le texte pour- sermoncm meum in mevacum vinum quod te ine- briet, et corruere faciat. Me autem stillante, et futuræ captivitatis malam canente, populus iste meas sus- cipiet pluvias, lioc est, vult non vult, sustinere habet quæ dico. Et ne arbitremini, malorum me esse tan¬ tum [al. tantorum ] vatem, nunc quidem veniet præ- dicta captivitas ; sed ecce in [al. ut agnoscatur quia in, etc] nie senno loqui tur, qui ad omnes prophètes fit, quo reticente, proplieta non loquitur, et nunc dicit : Veniam, et humanum corpus assumam, nascav de Virgine. Sive ita: Quia in carnis humilitate yeni, et non evedidistis mihi, veniam in consummatione mundi in majestate mea cum angelis cæterisque virtutibus, et tune te totum congregabo, Jacob; tune in unum conducam reliquias Israël, et cum geutium populo in ovili meo pariter copulabo ; tune te muro firmissimo sepiam , et tanta erit credcntium multi¬ tudo, et inter caulas positi gregis tnmultuatio, ut vincatur mimerus pccorum largitate. Ac ne forsitan putes, quia dixi : Ponam ilium quasi gregem in ovili, et quasi pecus in medio caularum , de ovibus me loqui, intellige quod oves istæ bomines sint. Scqtii- («) Addunt mss. nostri rcliquum tcxluni : « Ponam ilium . quasi gregem in ovili, quasi pccus in medio caularum : tnmultuabuntur a multitudinc hominum. Asccndcus enim pandit ilcr ante eos, divident, et pertransibunt portam, et egredientur per cam, et Iran- sibit rex corum eoram cis. et Dominus in capita eorum. » Et in hoc, etc. COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE MICHEE. 27 suit, en effet : « Il y aura là le tumulte d’une grande multitude d’hommes assemblés. » Ce tumulte marque le bruit des voix et des chants simultanés d'une foule innombrable , afin que nous ne pensions pas qu’il s'agit delà voix d'un seul, mais de celles de tous, louant à l'unisson le bon Pasteur qui, ayant aplani et égalisé avec son pied toutes les aspérités, sera à la fois le guide menant les hommes au paradis et la porte du paradis, et dira : :« Je suis la porte ; » il montrera le chemin au troupeau des fidèles en le précédant, et, au terme dota route, il sera la porte par où ce troupeau passera. Ce Pas¬ teur est notre Roi et notre Seigneur, comme le dit la suite : « Leur roi passera en les précé¬ dant, et le Seigneur sera à leur tète. » Nous pou¬ vons, si uous le voulons, entendre tout cela de son premier avènement, et voir dans Jacob tout entier et dans les restes d’Israël , les Apôtres et cette multitude qui, comme le rapportent les Actes des Apôtres, fut sauvée d'entre les Juifs; cette explication n'a rien qui répugne à la vé¬ rité, puisque le Seigneur réunit , en effet , ces Juifs dans sa bergerie et les établit dans son parc; que, marchant à leur tète, il les a fait eu- trer dans l'Eglise ; qu’il fut leur roi en leur pré¬ sence, et qu’il est à jamais le Seigneur qui est à leur tète. Les Septante : « L’Esprit a arrêté le mensonge, il a laissé descendre sur vous une goutte de son vin enivrant, et c’est au moyen de ceux de ce peuple que cette goutte touchera , que Jacob tur enim : « TumultuabunLur a muUitudine homi- uum. » Tumultus, vox plurimorum est, et uitniæ multitudinis clam or pariter emissus ; ne æstimemus uni us vccem esse, sed omnium coinmuaem, lau- dantium bonum pastorem, qui ardua qnæque com- plauaverit, et suo æquaverit pede, dux itineris eorum ipso sit paradisi janua, et dicat : « Ego sum porta;» que i ter divi dente et præcedente, et viæ porta, tran- sibit per eum crcdulum pecus. Pastor autem iste rex est et Dominus. Unde sequitur : « Et trausibit rex eorum coram eis, et Dominus iu capite eorum. » Quod si voluerimus bæc omnia de primo adventu ejus acc'ipere, et totum Jacob et reliquias Israël ad apostolos, et earn referre multitudinem quæ in Acti- bus apostolorum salvata est ex Judæis, non abbor- rebit a veritate expositio tractatoris. ilos enim vere congregavit Dominus in ovile suuin , et posait iu medio caularum, et fecit iter ante eos, et iuduxit cos in Ecclesiam, et fuit rex eorum coraui eis, et est Dominus in capite eorum in perpetuum. LXX : « Spiritus statuit mendacium. Stillavit tibi in vinum et ebrietatem, et erit de stilla populi hujus, congregandus congregabitur Jacob. » Non, ut plcri- tout entier sera rassemblé. » Il faut lire , non pas comme le croient d'aucuns : « L’esprit de mensonge s’est arrêté, » mais «l’Esprit a ar¬ rêté le mensonge , » en grec : Pneuma estèsé pseudés , c’est-à-dire, to pseudos. Gomme, dans les cas de plaies putrides , pour que le cancer n'étende pas la zone des chairs mortes en se nourrissant sourdement des chairs vives, les médecins circonscrivent la blessure et en cau¬ térisent le pourtour, ainsi l’Esprit de Dieu a mis fin au mensonge , afin que les paroles des faux prophètes ne portent plus la subver¬ sion parmi le peuple de Dieu. Le mot « esprit,» tant dans le Nouveau que dans l’Ancien Testa¬ ment, partout où il est mis sans aucun qualifi¬ catif, doit s'entendre en bonne part, je l'ai dit souvent, et les quelques exemples qui suivent achèveront de lever tous les doutes : « Les fruits de l’Esprit sont l'amour, la joie, la paix;» Galat. v, 22; . «Si nous vivons par l'Esprit, conduisons-nous aussi par l’Esprit ; » Ibid. 25 ;... « Si vous mortifiez par l’Esprit les œuvres de la chair , vous vivrez; » Rom. vui , 13 ; et dans l'Ancien Testament : « Qui donne le souffle de la vie au peuple qui la remplit, et l’Esprit à ceux qui la foulent aux pieds, Isa. xlii, 5 , c’est- à-dire, d'après ce qui précède dans la prophé¬ tie , à ceux qui foulent aux pieds la terre ; or, il est de toute évidence que ceux qui foulent aux pieds les œuvres terrestres, méritent de re¬ cevoir , non pas le mauvais , mais le bon Es¬ prit. Au contraire, l'Esprit du mal est toujours que æstimant, « spiritus stetit mendax ; » sed « spi¬ ritus statuit mendacium , » legendum est, quod Græce dicitur egttjcje iJjeuoÈç, hoc est to iJjeuûoç. Quomodo enim in vulneribus putridis, ne cancer serpat et emortuum corpus vivas carnes depasçatur, medici statuunt [al. sécant ] vulnus et urunt cautorio vel pulvere y.aoaxi'Ao) : i ta spiritus Dei finem posait mendacio, ne ultra populus Dei pseudopropbetarum vocibus subvertatur. Quod autem spiritus tam in Novo quam in Yeteri Teslamento, ubicumque sine additameuto ponitur, in bonam partent mtelligatur, et sæpe diximus, et nunc ex parte ponemus, ne cui dubium sit : « Fr ne tu s autem spiritus, charitas, gau- dium, pax ; » Galat . v, 22 ; et : « Si spiritu vivimus, spiritu et ambulemus ; » Ibid. 25 ; et alibi : « Si au¬ tem spiritu opéra Garnis mortiAcaveritis, vivetis ; » Rom. vin, 13 ; et in Vcteri Testamento : « Dans fl'atum populo qui est in ea, et spiritum liis qui calcant eam, » Isa. xur, 5, haud. dubium ex præcedentibus quin terrain signifiée t ; qui enim calcant terrena opéra, et pedibus suis subjiciunt ea, utique non malurn , sed bonurn spiritum merentur accipere.JE contrario malus spiritus semper cum additamento 28 SAINT JÉROME clairement désigné par quelque épithète dans les Ecritures : « Lorsque l’esprit immonde sera sorti d’un homme ; » Matth, xn, 43 « Il parle avec menace à l’esprit impur; » Luc. îx, 43 « Saul fut agité du malin esprit, » IReg. xvi, 14, et autres exemples semblables. Par conséquent, l’Esprit de Dieu, est-il dit, qui a mis fin au mensonge dans les faux prophètes , fera des¬ cendre sur vous son vin enivrant , le vin qui donne la joie au cœur de l’homme , Psalm. cm, et l’ivresse qui s’empara de Noé , et dont il est écrit : « Mangez, mes amis, et enivrez-vous. » Cant. v, 1. Or, toute cette joie, toute cette ivresse, en comparaison de la sagesse divine qui arrose comme un fleuve la céleste Jérusalem, n'est qu’une goutte, et une gouttelette. Ils n’hésite¬ ront pas à reconnaître qu’il n’y a qu’une goutte de la sagesse divine dans les hommes, ceux qui ont médité ce qui est écrit de la pierre détachée de la montagne sans le secours des mains, Dan. n, et qui ont lu que ce qui paraît en Dieu une folie est plus sage que la sagesse de tous les hommes , et que ce que les Apôtres eux- mêmes eurent de science de prophétie était très-imparfait. I Corintk. xm , 9. C’est donc au moyen de cette sagesse, c’est-à-dire de la goutte tombée sur le peuple juif — car le Christ n'é¬ tait venu que vers les brebis perdues de la maison d’Israël, — qu’a été rassemblé Jacob : quiconque supplante Esaü,lui ravitle droit d’aî¬ nesse et la bénédiction, et, avant même de naître, legitur, ut ubi : « Cum auteur spiritus immundus exierit ab hornine ; » Matth. xn, 43 ; et in alio loco : « Increpavit spiritum immundum ; » Luc. ix, 43 ; et: « Spiritus malus invasit Saul, » I Reg. xvi , 14, et cætera his similia. Spiritus ergo Dei, qui finem men- dacio posuit inxpseudoprophetis, ipse tibi stillabit in vinum et ebrietatem. Viniun quod lætificat cor hominis ; Psalm. cm ; et ebrietatem qua inebriatus est Noe, et de qua dicitur : « Cûmedite, nmici mei, et inebriamini. » Cant. v, 1. Hæc autem omnis lætitia etebrietas ad comparationem sapientiæ Dei, quæ ut fluvius coelestem irrigat Jérusalem, stilla est, et gutta permodica. Nec dubitabnnt sapientiæ Dei stil- lam in hominibus dicere, qui lapidem abscissum de monte sine manibus legerint, Dan. n, et fatuum Dei sapientius hominibus, et apostolos quoque ipsos ex parte cognovisse, et ex parte prophetasse. I Cor. xm, 9. De bac igitur sapientia, id est de stilla Judaici populi (non enim venit niai ad oves perditas domus Israël), congregatus est Jacob : omnis qui supplantât Esau, et cripit primitiva ejus ac benedictionem , et antequam nascatur adhuo in utero poeitus, plantam pilosi fratris invadit. LXX : « Cuui omnibus suscipiens suscipiam reli- dans le sein maternel, s’attache à la plante du pied de son frère couvert de poil. Les Septante : « Je recevrai tous les restes d’Israël avec tous les autres hommes. » Lorsque le peuple des Gentils aura embrassé la foi, que tout l’univers croira en moi, que la plénitude des nations sera entrée, alors aussi seront sauvés les restes d'Israël : non point ces restes dont ü est écrit au livre des Rois : « Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont point fléchi les genoux devant Baal, » 111 Reg. xix, 48, et dans S. Paul : « Ainsi Dieu a sauvé, selon l’élection de sa grâce, un petit nombre qu’il s’est réservé, » Rorn.x i, 5, et plus haut, dans ce Prophète même : « Au moyen de la goutte de sagesse tombée sur ce peuple, Jacob tout entier sera rassemblé ; » mais ces restes qui, après que tous auront été reçus, seront enfin reçus par Dieu, et dont il est dit ici : « Je recevrai tous les restes d’Israë^ avec tous les autres hommes, » ce qui seràl’ac- eomplissement de ce qui est écrit : « Dieu a permis que nous fussions tous enveloppés dans l'incrédulité, afin d'exercer sa miséricorde sur tous. » Rom. xï, 32. Les Septante : « Je^ les rendrai semblables, pour s’être détournés de moi, à des brebis dans la tribulation. » Ces restes d'Israël que je dois admettre après avoir admis tous les hommes, je les placerai d’ici là dans la tribulation; pour s’être éloignés de moi, je les affligerai, et ils seront dans l’abandon, sans prêtre, sans autel quias de Israël. » Cum, inquit, crediderit gentium populus, et omnis orbis ad meam fuerit fidem ad- ductus, et intraverit gentium plenitudo, tune etiam reliquiæ Israël salvabuntur , non illæ reliquiæ de quibus est scriptum in Regnorum libro : « Dereliqui mibi septem millia virorum, qui non curvaverunt genua Baal ; » III Reg. xix, 1S ; et de quibus Paulus : a Ergo et in isto tempore reliquiæ secundum elec- tionem gratifie salvæ factæ sunt ; » Rom. xr, 5; de quibus supra hic propheta testatur : « Et ôrit de stilla populi hujus, congregandus congregabitur Ja¬ cob ; » sed illæ reliquiæ quæ, postquam omnes sus- cepti [al. susceptæ ] fuerint, in fine suscipientur a Deo, et de quibus nunc dicitur: « Cum omnibus suscipiens suscipiam reliquias Israël, » ut, juxta id quod scriptum est : Conclndens Deus omnes sub peccato, omnibus misereatur. Rom. xi, 32. LXX : « Ponam aversionom eorum sicut oves in tribulatione. » Reliquias de Israël quas , postquam omnes suscepero , suscepturus sum : nunc intérim quia aversi sunt a me, ponam in tribulatione, et coangustabo, et faciam sedere, sine sacerdotc , sine altari, et sine propheta : ut quem per bénéficia non senscrunt, intelligant per supplicia. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE, 29 et sans prophète, afin que, ne m'ayant pas béni pour mes bienfaits, ils comprennent ma puis¬ sance par leurs maux. Les Septante : « Puis » je les rendrai sembla¬ bles « à un troupeau en repos dans sa bergerie, » A cause de l'égarement qui les a éloignés de moi, ils seront semblables à un troupeau dans la tribulation ; mais après avoir été dans l’an¬ goisse, après avoir accompli le temps de l’afflic¬ tion , je les établirai dans le repos, dans leur bercail. Alors ils émigreront du milieu des hommes et s’élèveront au-dessus de la condi¬ tion humaine, pour l’accomplissement de ce qui suit : « Ils s'arracheront du milieu des hommes. » Ce ne sera pas eux seuls qui s’arra¬ cheront et s’endormiront ; mais aussi tous ceux à qui s'adresse la parole divine, et qui, aban¬ donnant les vices de l'homme, imitent la con¬ versation céleste et sont l'objet de ces paroles : « Vous êtes tous des dieux et des enfants du Très-Haut, » s'arracheront du milieu des hommes, et seront comme ravis vers le ciel. Les Septante : « Montez par la brèche. » Ici commence une apostrophe de la parole prophé¬ tique à celui qui veut être sauvé ; il lui est ordonné de monter par la brèche, ce qui se concevra aisément, en l’expliquant par le pas¬ sage de la Genèse où il est question des deux jumeaux nés de Thamar et du patriarche Juda : « Comme elle était sur le point d’accoucher, il parut qu’il y avait deux jumeaux dans son sein ; et lorsque ces deux enfants étaient près de venir LXX : «. Quasi gregem in medio cubilis eorum ; » subauditur, « ponam. » Non solum , iuquit, aversio eorum, qua a me aversi sunt, ponetur quasi grex in tribulatione ; sed postquam tribu lati fuerint, et an- gnsliæ J^mpus expleverint, ponentur in requie, hoc e&t in cubili suo. Et tune fal. mine] de hominibus commigrabunt et trausceudeut hurnauæ condition is statuai, et implcbunt quod sequitur : « Exsilient ex hominibus. » Non solnm nutem illi exsilient et abi- bunt ; sed ouines ad quos fit Dci sermo , et qui, humana vitia relinquentes, conversationem divinita- tis imiluntur, et audiunt : « Ego dixi : Dii estis, et fila Excelsi omnes,» exsilient ex hominibus, et quasi ferentur [al. feruntur ] ad cœlum. LXX : « Ascende per clivisionem. » Præsens locus quasi proprium habet exordium et apostropbeu clo- quii prophctalis , ad eum qui salvari cupit, cni im- peratur ut ascendat per divisionem. Quod quiclem manifestius fiet , si de Genesi sumpserimus exem- plum, ubi nascuntur gemini de Thamar, cum qua Judas patriareba concubuit : « Factum est, inquit, cum pareret , et haberet geminos in utero, in ipso partu nous protulit manus, et tulit obstetrix et liga- au monde, l’un des deux passa sa main, à laquelle la sage-femme lia un ruban d'écarlate, en disant : Celui-ci viendra au monde le pre¬ mier ; mais cet enfant ayant retiré sa main, l'autre sortit, et la sage-femme dit alors : Pour¬ quoi avez-vous ainsi rompu le mur qui vou9 divisait? et il fut nommé Pharès, » c’est-à-dire, rupture ou division. « Son frère, qui avait le ruban d’écarlate à la main, vint ensuite, et on le nomma Zara, » c’est-à-dire, semence ou Orient. Genès. xxxviir, Tl seqq . Le peuple le plus ancien, en qui était le lever et la semence avant que naquit l'Eglise des Gentils, montre donc sa main dans ses œuvres, et il la retire ensuite, ce qui lui fait dire par Isaïe : « Vos mains sont pleines de sang. » Isa. i, 15. Après qu'il a retiré sa main, qu’il a cessé de pratiquer les œuvres de justice, son frère, le peuple des Gentils, sort, et c’est pour lui qu'a été divisé le mur de sépara¬ tion ; c'est afin qu'il pût entrer, que le Sauveur a détruit le mur intermédiaire qui servait de barrière entre les deux peuples, dont il a fait un seul troupeau, et qu’il a régénéré en lui les deux 'hommes en un seul homme nouveau, en faisant la paix entre eux. Aussi la sage-femme prophétique dit-elle à Pharès, le peuple le plus jeune : « Pourquoi le mur qui vous divisait a-t-il été rompu pour vous ? » Vous tous qui avez compris cet exemple de la Genèse et qui voulez votre salut, non point par l’ancien peuple qui qui a retiré sa main, mais par le peuple nou¬ veau, en qrii est la voie Jésus-Christ et la porte vit in manu ejus coccinum, dicens : Hic egredietur pvior. Cum autem contraxisset manum, statim egres¬ sus est hâter ejus, et ilia ait: Quave divisa est pro- pter te maceria? etvocavit nomen ejus Phares, quod interpretatur divisio. Et post hæc egressus est frater ejus, in cujus manu erat coccinum, et vocavit nomen ejus Zara, » qui in lingua nostra dicitur « semen, » vel « oriens. » Gen . xxxvm , 27 seqq. Ostcndit ergo senior populus, in quo orat ortus et semen antequam de gentibus Ecclesia nasceretur , manum suam in operibus , et postea contraxit eam audiens per Isaiam : « Manus enim vestræ sanguine plenæ sunt. » Isa. î, 15. Cumque ille contraxisset [al. contraxit ] manum, et a justitiæ cessaret operibus, frater ejus egressus est gentium populus. Et propter ipsum divisa est sepes, et destruxit Dominus atque Salva- tor, ut ille posset incedere, parietem, qui erat in' medio, et maceriam duos populos separantem; et fecit unurn gregem, et duos creavit in semetipso in uno novo homme faciens pacem. Unde et obstetrix prophetice loquens dicit ad Phares populum junio- rem : « Ut quid divisa est propter te maceria ? » Si intellexistis exemplum de Genesi, ascende qui salvari 30 SAINT JÉROME Jésus, par qui nous nous avançons vers le Père, puisque c'est Jésus qui a détruit le mur de sé¬ paration, c’est-à-dire l'obscurité des anciennes prophéties, et déchiré tous les voiles de l’an¬ cienne loi, montrant à tous les yeux, après avoir aplani tout obstacle à notre marche, la vraie voie, afin que celui qui veut la suivre ne soit empêché par aucun obstacle, et ne s'effraie point à cause de la profondeur de l’obscurité. Les Septante : a Le mur a été ouvert en leur présence, et ils sont passés au-delà de la porte, et ils sont sortis par elle. Leur roi est sorti en leur présence, et c’est le Seigneur qui est leur prince. » Je vous ai dit : « Montez par la brèche faite, » à vous qui êtes ressuscité avec Jésus- Christ et qui cherchez les choses qui sont en haut, parce que les Anges, ou le Père et le Fils et le Saint-Esprit, ont rompu tout ce qui parais¬ sait faire obstacle et ont ouvert la voie à ceux qui voulaient entrer et qui, s’étant engagés sur la route après qu’elle avait été ouverte, non- seulement ont pénétré dans la porte, mais sont allés au-delà par elle. Us sont entrés, parce que leur roi est entré lui-mème par cette porte et qu'il leur a frayé la route, afin qu’aucun obs¬ tacle n’y arrêtât leur marche. Car c'est le Sei¬ gneur qui est à la fois notre roi et notre pasteur, notre voie et notre porte, lui qui a dit : « Je suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il est sauvé : il entrera, il sortira, et il trouvera des cupis, nequaquam perveterem populum qui maiiurn contractam habet, secl per novum, in quo via Chris- stus est, in quo porta Jésus , per quem ad Patrem incedimus, ipse cnim solvit medium parietem et maceriam, id est, obscuritatem veterum propheta- rum, et omnia antiquæ legis aperuit sacramenta, et dissipata incedendi dilTicultate, viarn ocuiis omnium revelavit : ni qui vult pergere, nullo irretiatur [al . impediatur ] obi ce, nec ob souri ta tis caligine terreatur. LXX : « Ante faciem eorurn diviseront et transie - runt portarn, et egressi suât per eam. E.xivit rex eorum aute faciem eorurn : Dominus autem princeps eorum [al. criî}. » Proptcrea dixi tibi : « Ascende per divisionem, » qui surrexisti cum Christo et ea quæris quæ sussnm sunt : quia angeli, sive Pater, et Filius, et Spiritus sauctus, diviserunt quod videbacur ob- stare , et feccrunt viani volentibus ingredi , et quia aperto itinere invaserunt iter, non solurn ingressi sunt portam , sed et transierunt per eam. Ingressi sunt autem , quia et rex eorum eamdem ingressus est portam , et aperuit. éis iter, ut absque nlla diffî- cultate graderentur. Ipse cnim Dominus, et rex et pastor, et via est et porta, dicitque : « Ego sum porta ; per me qui fuerit ingressus, salvabitur; in- gredietur, et egredietnr, et pascua inveniet. » Joan. pâturages. » Joan. x, 9. Au sujet de cette porte, le Prophète s’était écrié : «Voilà la porte du Sei¬ gneur, et c’est par elle que les justes entreront. » Psalm . cxvn, 20. Quiconque en a franchi le seuil ne doit pas persister en l’état dans lequel il était en entrant ; il doit sortir vers les pâturages, en sorte que l’entrée soit le commencement des vertus, et la sortie et la découverte des pâtu¬ rages, leur perfection. Celui qui entre est encore dans le monde, et comprend le Créateur par la créature ; celui qui sort, s’élève au-dessus de toute créature, et toutes les choses visibles étant réputées comme un pur néant, il trouvera les pâturages sur les cieux, il se nourrira de la parole divine et il s’écriera : « Le Seigneur est mon pasteur, et rien ne peut me faire défaut. » Psalm. xxit, 1. Nous pouvons par là comprendre ce témoignage évangélique : « Il entrera , il sortira, et il trouvera des pâturages, » et ce qui est dit ici dans la prophétie : « Ils franchirent la porte et ils sortirent par elle. » Ce n’est toutefois que par Jésus-Christ, qui est en même temps notre roi et notre Seigneur, que peuvent nous être accordés ce passage et cette sortie, puisqu’il est dit aussitôt après : « Et c’est le Seigneur qui est leur prince. » « J'ai dit encore : Ecoutez, princes de Jacob, et vous chefs de la maison d’Israël. N’est-ce pas à vous de savoir ce qui est juste? Cependant, vous avoz de la haine pour le bien et de l’amour x, 9. De qna porta et alibi proplictatur : « Hæc est porta Domini, justi intrabunt per eam. » Psalm . cxvii, 20. Quicumque autem ingressus fuerit, non débet in eo statu iu quo intraverat, permancre ; secl egrodia- tur ad pascua, ut in in tr un do exordium sit, in oxeunclo et in pascua re péri eu do, virtutum perfectio. Qui in- greclitur, adluic in sæculo est, et ex creatur^intelli- git [al. mtelliget) Creutorem. Qui autem egreditur, transcendit universam creaturam, et omnibus quai videri possunt pro nibilo couiputatis, inveniet pas¬ cua super cœlos, et sermone Dci vcscetur, et dicet : « Dominus pascit me , et nihil mihi décrit. » Psalm . xxn , 4. Hoc idco, ut intelligeremus Evangclieum testimonimn : « ïngredietur et egredietur, et pascua inveniet , » et quod nunc dicitur per Propbetam : « Et transierunt portam,, et egressi sunt per eam. » Qui tamen transi tus et egressi o absque Christo rege nostro tribui non potest, qui rex et Dominus est. Statim quippe conneclitur : « Dominus autem prin¬ ceps erit. » « Et dixi : Audite, principes Jacob, et duces domus Israël. Numcjuid non vestrum est scire juclicimn ? qui odio bahetis bonum et diligitis malum , qui vio¬ lenter tollitis pelles eorum desnper eis , et carnem [Vulg. carnes] eorum desnper ossibus eorum. Qui COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHËE. pour le mal ; vous arrachez aux pauvres jusqu’à leur peau, et vous leur ôtez la ..chair de dessus les os. Ils ont mangé la chair de mon peuple, ils lui ont arraché la peau, iis lui ont brisé les os, ils les ont hachés comme pour les faire cuire dans une chaudière, et comme de la chair qu’on fait bouillir dans un pot. Il viendra un jour où ils crieront au Seigneur, et il ne les exaucera point ; il détournera deux alors son visage, comme le mérite la malignité de leurs actions. » Mich. ni, 1 et seqq. Prophétique menace dirigée évidemment contre les princes d’Israël, dont la cruauté est décrite sous la métaphore de lions ou de brigands : ils ont dépouillé et mis à mort les pauvres, ils ont broyé leurs chairs et leurs os, ils ont, dans Jérusalem, comparée à une immense chaudière, accablé de maux le peuple malheureux, et c'est pour cela que doit leur être infligé plus tard le châtiment, au jour de la captivité, soit par Nabucliodonosor , soit par Yespasien et Titus. Us crieront alors au Seigneur, qui, loin de les exaucer, détournera d’eux sa face, comme le mérite la scélératesse de leurs actions. Les Septante : « Et il dira : Ecoutez ceci, princes de la maison de Jacob, et vous restes de la maison d’Israël. » Cette pensée fait évidem¬ ment .contexte avec ce qui précède : « Or, c’est le Seigneur qui sera leur prince, et il dira : Ecoutez, princes, » etc. Les Septante seuls portent « restes, » au lieu, de « chefs de la maison d’Is- comederunt caraem populi mei, et pellem eorum desuper excoriaveruut, et ossa eorum confregerunt, et concideruut sicut in lebete, et quasi carnem in medio ollæ. Tune clamabunt ad Dominum, et non cxaiuliet eos, et abscondet faciem suam ab eis in tempore illo, sicut necpiiter egerunt in adinventioni- bus suis. » Mich. m , 1 et seqq . Manifeste adversum principes Israël sermo est, et snb metaphora leonum sivc latrouum crudelitas eorum describitur ; quod spoliaverint paupercs, et interfecerint eos, et carnes eorum ossaque contriverint, et quasi in medio ollæ, sic iu urbe Jérusalem miserabilem plebem afflixerint, et pr opter h;cc inferatur eis postea suppl i ci um in die captivitatis, vel a Nabnchodonosor, vel a Yespasiano et Tito. Et clament ad Dominum , et non exaudiat eos, et abscondat faciem suam ab eis , quia nequiter egerint in sceleribus suis. LXX ; « Et dicot : Audite hæc, principes domus Ja • b , et reliqui domus Israël. » Cum superioribus liæret sententia. Supra enim dixerat : « Dominus autem princeps erit, et dicet : Audite , principes do¬ mus Jacob, et reliqui domus Israël. » Pro « reliquis domus Israël, » exceptis Septnaginta, omnes, « duces domus Israël , » transtulernnt. Dominus ergo qui 31 raël, » qui est la traduction de tous les autres interprètes. Le Seigneur, qui a frayé la voie à son peuple, en tête duquel il est sorti, le Sei¬ gneur qui guide les pas de ceux qui marchent dans la simplicité, et qu'il appelle son troupeau, tourne cette menace contre ceux qui, refusant de le suivre comme chef, s'enflent d'orgueil et se font les juges du peuple, au lieu do marcher sur ses traces : « Ecoutez, princes de la maison de Jacob, et vous chefs de la maison d’Israël. » Et que leur fait-il entendre malgré eux? « Il ne vous appartient pas, » leur dit-il, « de rendre la justice, à vous qui avez la haine du bien et l'amour du mal ; » il ne vous appartient pas de connaître les jugements de Dieu qui sont un abîme insondable, et la pensée du méchant ne saurait découvrir la profondeur de sa justice. Comment sauriez-vous ce qui est juste selon Dieu, quand vous êtes pleins de haine pour le bien et d’amour pour le mal, d’aversion pour les saints dans l’indigence et de déférence pour les pécheurs opulents? Ici, les expressions du texte ont une portée remarquable : ne pas aimer le bien tient du péché ; quelle scélératesse n'y a-t-il donc pas à le haïr? et d’autre part, puis¬ qu’il y a faute à ne pas fuir le mal, quelle im¬ piété n’y a-t-il pas à le rechercher avec amour ? Après cela , l’Ecriture décrit la barbarie des grands et leur cruauté envers les petits. Les Septante : « Vous arrachez jusqu’à leur peau, jusqu'à la chair de dessus leurs os. Puis- viam fecit populo suo, et egressus est ante faciem eorum, et ipse est princeps itineris simplicioris po¬ puli, quem gregem vocat, bis qui nolunt se prævium sequi, secl superbiunt, et quasi judices populi vesti¬ gia illins non sequuntur, comminatur et dicit : « Au¬ dite, principes domus Jacob, et duces domus Israël. » Quid est autem quod eos cogit audire ? « Non ves- trum est, inquit, scire judicium, qui odio habetis bonum, et quæritis mala ; » id est, non meremini Dei scire judicium quod est ab3'ssus multa et pro- fnudum justitiæ ejus mens prava non invenit. Aut quomodo potestis scire judicium Dei , qui odistis bonum et quæritis malum, qui detestamini sanctos pauperes et honoratis divites pcccatores ? Simulque considercmu3 verborum significantiam : bona non amare, peccati est; quanti sceleris etiam odisse ? Et e contrario, si mala non fugere, vitii est, quantæ impietatis est etiam diligenter inquirere ? Post hæc describitur sævitia judicnm, et in subjectos crude¬ litas. LXX : « Diripientes pelles eorum ab eis, et cames eorum ab ossibus eorum. Sicut devoravernnt carnes populi mei, et pelles ab eis excoriaverunt , et ossa eor m confregerunt, et conciderunt sicut carnes in 32 SAINT JÉROME qu'ils ont arraché la chair de mon peuple et brisé ses os, et qu'ils l’ont mis en morceau comme des viandes qu’on jette dans une chaudière ou qu'on fait bouillir dans un pot, lorsqu'ils crie¬ ront au Seigneur, il ne les exaucera pas, et il détournera d’eux son visage, à cause de la scé¬ lératesse de leurs actions. » Non contents d’avoir dépouillé le troupeau qui leur était soumis, leur tyrannie l'a accablé des plus cruels traitements : ils ont broyé ses os, ils ont rompu et brisé tout ce qu'il y avait de fort en lui. De même donc qu’ils ont dépouillé mon peuple , qu’ils ont affreusement mutilé mon troupeau en arrachant jusqu’à sa peau, et qu’ils ont, en le livrant au diable et à ses anges, jeté sa chair et ses os dans la chaudière bouillante sous laquelle le roi d’As¬ syrie allume le feu ; de même, quand viendra le jour de la vengeance, ils crieront au Seigneur et ils ne seront pas exaucés, parce qu'ils n’ont pas eux-mêmes voulu entendre ceux qui les priaient ; ils lèveront leurs bras vers le Seigneur et Dieu détournera d'eux sa face, comme ils ont eux-mêmes détourné leurs visages de ceux qui les suppliaient. Ils endureront ces tourments, parce qu'ils ont mis tous leurs soins et ont trouvé leur volupté à agir avec scélératesse, et qu’ils se sont conduits en tyrans et non en rois, en lions et non en bons gardiens, comme des loups contre des brebis et non comme de bons maîtres pour leurs disciples ; ils se sont rassas- siés de viandes, ils se sont engraissés, et ils sont, comme une hostie des plus grasses qu'on va immoler, prêts pour les supplices que leur lcbete, et sicut carnes in olla ; sic clamabunt ad Do- minum, et non exaudict eos, et avertet faciem suam ab eis in tempore illo, eo quod pessime egerunt in adinventionibus suis. » Non suffecerat spoliasse sub_ jectum gregem ; sed corpora quoque eorum affïixe_ runt duro imperio, et ossa eorum contriverunt, ut quidquid in eis forte fuerat, frangèrent atque conte- rerent. Quomodo ergo illi spoliaverunt populum meum, et nudaverunt ornni pulcliritudine et décoré cutis, et carnes et ossa miseront in ollam ferventem, quenn rex accendit Àssyrius, tradentes gregem meum diabolo et angelis ejus; sic et ipsi, curn venorit dies ultio,uis , clamabunt ad Dominum , et non exaudicn- tur, quia nec ipsi rogantes audicrunt, et extendent manus suas ad Dominum , et Dcus avertet faciem suam ab ei? , quia et illi averteruut a precantibns vultnm. Et kæc uni versa patientur, quia pessime egerunt in studiis et voluptatibus suis ; et non reges fuere, sed tyrauui ; nec præpositi, sed Icônes; neque magistri discipulorum, sed lupi ovium, et satiaverunt se carnibus, et incrassati sunt, et sicut pinguissima hostia interfectionis, et suppliciis Domini præparati. réserve le Seigneur. Voilà pour les mauvais princes ; la prophétie va tonner maintenant contre les faux prophètes et les docteurs de mensonge, dont les flatteries trompent le peuple de Dieu par les apparences de la science des Ecritures. « Voici ce que dit le Seigneur contre les pro¬ phètes qui séduisent mon peuple, dont les dents déchirent et qui ne laissent pas de prédire la paix, et si quelqu’un ne leur donne pas de quoi manger, ils mettent leur piété à lui déclarer la guerre. C’est pourquoi vous n'aurez pour vision qu’une nuit sombre, et pour révélation que des ténèbres. Le soleil sera sans lumière à l’égard de ces prophètes, et le jour deviendra pour eux une obscurité profonde. Ceux qui ont des vi¬ sions seront confus , ceux qui se mêlent de deviner l’avenir seront couverts de honte, et tous se cacheront le visage, parce que Dieu aura été muet pour eux. Mais,pour moi, j’ai été rempli de la force, de la justice et de la vertu de l’Esprit du Seigneur,, pour annoncer à Jacob son crime et à Israël son péclié, » Mich. îu, o et seqq. Les Septante : « Voici ce que dit le Sei¬ gneur contre les faux prophètes : Ceux qui séduisent mon peuple et dont les dents déchi¬ rent, qui lui prêchent la paix, quand il n'a pas été donné à leur bouche de l’annoncer, ont mis leur piété à lui déclarer la guerre. C'est pour¬ quoi vous n’aurez pour vision que la nuit, et les ténèbres vous envelopperont à cause de votre divination. Le soleil sera sans lumière à l’égard de ces prophètes, et le jour deviendra Hucusque contra principes malos ; sequens vero sermo adversus pseucloprophctas est et doctores pessinios, qui populum Dci adulatione supplantât, pollicentes scientiam Scripturarum. « Hæc dicit Dominus super prophetas qui seducunt populum meum, qui mordent dentibus suis, et præ- dicant pacem , et si quis non dederit in ore eorum quippiam, sanclibcnnt super cum prælium ; propte- rea nox vobis pro visione [al. divisions] erit, et tene- bvæ vobis pro clivinatione ; et occumbet sol super prophetas, et obtenebrabitur super eos dies, et con- funclentur qui vident visiones , et confundcntur di- vini, et operient vultus suos omnes, quia non est responsum Dci, Verumtamcu ego repie tu s s uni for- titudine spiritus Domini, judicio et virtute [al. veri- taté\y ut annuntiem Jacob scelus suurn, et Israël peccatum sumo. » Mich. ni, 5 et seqq. LXX : « Ilæc dicit Dominus super prophetas, qui seducunt popu¬ lum meum, et mordent dentibus suis, et prædicant super eum paeem, et non est data in ore eorum, sanctificaverunt super eum prælium ; propterca nox vobis erit pro visione [al. indivisioné\ et tenebræ COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. 33 pour eux une obscurité profonde. Ceux qui voient des songes seront confus, on se rira des devins, et tout ce peuple parlera contre eux, parce que nul n'écoutera les prophètes, à moins que je ne les remplisse de la force de PEsprit du Seigneur, de justice et de puissance, afin que j'annonce â Jacob ses impiétés et à Israël ses péchés. » L’histoire nous apprend qu'il y avait en Israël des faux prophètes qui annon¬ çaient pour des présents la paix, qui ne leur avait pas été donnée, et si quelqu'un ne leur donnait pas de rétribution, quelque saint qu’il fût, ils lui annonçaient que la colère de Dieu fondrait sur lui. Aussi leur est-il dit ici qu'ils disent le mensonge, que leur parolo n'est pas prophétie, mais fausse divination, et qu'ils ont, non pas la lumière, mais les ténèbres et l'erreur. Comme l'événement amènera le contraire de ce qu'ils avaient promis , ils seront couverts de confusion, parce que leurs discours n'étaient pas une réponse de Dieu. Alors les démons eux- mèmes ne recevront plus le pouvoir 'de les tromper par leurs ruses ; les oracles seront muets, l’esprit impur se taira et n’osera plus se jouer de personne. Cela dit sur les faux pro¬ phètes, le Prophète parle ensuite ainsi de lui- même : ils annoncent le mensonge et ils seront converts de honte et de confusion, tandis que ce que je dis, j’ai été établi par le Saint-Esprit pour le dire, et je dis la justice et la vertu du Seigneur. Alors que les pseudo-prophètes ne erunt vobis ex divinatione; et occumbet sol super prophetas, et contenebrescet super eos dies, et con- fundentur qui vident somnia , et irridebuntur ha- rioli, et loquentur advexsuui eos omnes isti , quia non est qui exaudiat cos, uisi ego implevero fortitn- dineni in spiritual Domini, et judicium et potentiam, ut annuntiem Jacob impietates ojus, et Israël pec- cata sua. » Legimus fuisse pseudoproplietus in Israël, qui propter doua pacern, quæ eis data non erat, prædicabant , et si quis munera non dedisset, quamvis sanctus esset , iram Dei nuntiarent iüi esse ventnram. TJnde nunc dicitur ad eos quod loquanlur mendacia , et sermo oorum non pro- phetia, sed divinatio si t falsa, neque habeaut lu¬ men , sed tenebras et orrorem. Cumquc in contra- rium versa fuerint quæ promiserant, tune operientur confusione, quia non erat, inquit, responsum Dei. Jam [al. nam] nec dæmones accipient potestatem, ut eos sua fraude decipiant. Muta erunt oracula, ta- cebit immundus spiritus, et illudere non audebit, Hoc de pseudoprophetis. Rursum oratio de seipso prophetæ loqncntis inducitur : illis falsa vaticinanti- bus, et opertis confusione et ignominia, ego quæ lo- quor, a sanebo Spiritu institutus loquor, et loquor TOME IX. laissent pas de déchirer avec leurs dents en prêchant. la paix, moi, bravant toute crainte, j’annonce à Jacob son crime et û Israël son péché, soit parce qu’ils ont adoré les idoles au lieu de Dieu, soit parce qu’ils ont crucifié le Fils de Dieu. Que si nous appliquons la version des Sep¬ tante aux hérétiques, qui sont les vrais faux prophètes, et qui disent : Voici ce que dit le Seigneur, alors que le Seigneur ne les a point envoyés, ce sera à bon droit. Ils induisent en erreur le peuple de Dieu, pour pouvoir le dévo¬ rer, soit simplement dans le but de recevoir des présents, soit mystiquement dans celui de mettre à mort les âmes ; ils promettent la paix et le royaume des cieux, et ils disent : Qu’avez-vous besoin de vivre dans la continence et la sain¬ teté ? Ayez seulement la foi que nous ensei¬ gnons, et vous obtiendrez toutes les promesses du Seigneur. Ce langage ne fait qu’attirer davan¬ tage la colère divine sur ceux qui l’écoutent, et c’est ainsi que les hérétiques mettent leur piété à déclarer la guerre à leurs dupes. C’est pour¬ quoi, ô hérétiques, qui pensez avoir la prophétie et singez l'Eglise de Dieu, où vous estimez qu’il y a vision,. il n’y aura que la nuit, et où vous proclamez qu'il y a prédiction prophétique , c’est l’esprit impur qui parle. Le soleil de jus¬ tice sera sans lumière à l'égard de ces prophètes, ils verront leurs ténèbres et ils seront couverts de confusion. Lorsqu'il aura été prouvé qu’ils jndicium Domini et virtutem [al. veritatem], Cu ni¬ que pseudoprophetæ mordeant dentibus, et prædi- cent pacern, ego absque ulla formidino annuntio Ja¬ cob scelus suum, et Israël peccatum suum ; quia pro Deo, vel idola venerati sunt, vel Dei Filium cru- oifixerunt. Si autem juxta Septuaginta quod dicitur, de hærc- ticis voluerimus accipcre, qui vere pseudoprophetæ sunt, et dicunt : llæc dicit Dominus, et Dominus non misit eos, non errabimus. llli enim populum quondam Dei errore decipiunt, et hoc faciunt, ut co- medant eos, vel simpliciter in accipicndis muneri- bus, vel mystice in occisione animarum corum, et promittnnt eis pacern et régna cœlcstia, et dicunt : Non necesse est ut vivas continenter et sancte, ha- beto fidem quam docemus, et omnia promissa Do- mini consequeris ; quæ loquentes, magis adversum eos iram Domini concitant, etpræhumin illos sanc- tificant. Qnamobrem, o hæretici, qui putatis habere vos propbetiam, et imitamini Ecclesiam Dei, ubi æstimatis esse visionem, ibi nox erit, et ubi jactatis vaticinium prophetale, ibi spiritus loquetur immun¬ dus. Occidet enim sol justitiæ super hujuscemodi prophetas, et videbunt tenebras suas et confunden- 3 34 SAINT JÉROME sont des devins trompeurs, et non pas des pro¬ phètes, on se rira de leurs songes vains, et les peuples, qui avaient été d’abord leurs dupes, parleront contre eux. Alors aussi les maîtres eux-mêmes feront pénitence, et il n’y aura que moi qu’ils avaient offensé qui les exaucerai. Gomme, dans ma bonté, loin de vouloir la mort du pécheur, Ezech. xvw, je désire qu’il se con¬ vertisse et qu’il vive, après que je les aurai exaucés, je leur donnerai la vertu de mon Esprit, et* je les remplirai de mon jugement et de ma force, afin qu’au lieu de tromper le peuple p ai¬ des flatteries comme autrefois, ils le ramènent maintenant au droit chemin, en lui inspirant un effroi salutaire, et qu’ayant été une cause d’er¬ reur, ils deviennent un instrument de salut, en appliquant eux-mêmes le remède aux blessures qu'ils avaient faites. On voit par là qu’un homme peut enseigner après avoir commis le péché, pourvu qu’il ait effacé par une digne pénitence ses vices passés. C’est ainsi que David, après avoir été adultère et homicide, s’écrie dans le psaume : « Vous m’arroserez avec l’hyssope et je serai purifié, vous me laverez et je deviendrai plus blanc que la neige ; » Psalm. l, 9 ; et non content de demander à être purifié, il ajoute : « Rendez-moi la joie qui naît de la grâce de votre salut, affermissez -moi en me donnant un esprit de force, » Ibicl. 14, et lorsque vous aurez fait cela, « j'enseignerai vos voies aux méchants et les impies se convertiront à vous. » Ibid. 15. a Ecoutez ceci, princes de la maison de Jacob tur. Cumque cUvini rnagis qnam proplietse inerint comprobftti, ridebuntur super somniis saie, elpopnli qui ab eis prias decepti fuerant, coutra eos loquen- tur. Tnuc etiam ipsi m agi s tri pcenUentiam agent, et nemo eos exaudiet, ni si ego quem offenderant. Et quia clemens sum , et nolo mortem peccatoris , ÊzQch. xvui, sed cnpio ut revertatur et vivat, cum exandiero eos, dabo cis virlulcm spiritus mci, et iiuplebo eos judicio meo et fovtitudiue, ut qui prius populuin blandimentis decipiebant, postea vera an- nuntiando deterreant, et ad rectaru revoeenf. viam, et qui causa errons fuerant, incipiant mederi vulne- ribus qiue intulerant, et esse occasio sanilaLis. Ani- madverte in præsenti loco, posse aliquem docere - post peccatum, si tamen vitio pristina digna pœni- tentia eluerit. Unde et David post adultcrium et ho- micidium loquitur in psalm o : « Asperges nie liys- sopo et numdabor, lavubis me et super nivem dealbabor. » Psalm , l, 9. Nec sua tantum puritate contentus est, sed infert : « Rcddc inihi lætitiam sa- lutaris tui, et spiritu principal i confirai a me ; » Ibid. 14. ; cumque hoc fcceris : « Docebo, » ait, « iniquos vias tuas, et impii ad te convcrtentur. » Ibid . 15. et vous juges de la maison d 'Israël, vous qui avez l’équité en abomination et qui renversez tout droit, qui bâtissez Sion avec le sang et Jérusalem avec l’iniquité. Leurs princes ren¬ daient des arrêts pour des présents, leurs prêtres enseignaient pour l'intérêt, et leurs prophètes devinaient pour de l’argent, et ils se reposaient sur le Seigneur, en disant : Le Seigneur n’est-il pas au milieu de nous? nous serons à couvert de tous les maux. C’est pour cela même que vous serez cause que Sion sera labourée comme un champ, que Jérusalem sera réduite en un monceau de pierres, et que la montagne où le temple est bâti deviendra une forêt. » Mich. nr, 9 et seqq. Les Septante : « Ecoutez ceci, chefs de la maison de Jacob, et vous, restes delà maison d’Israël, qui avez en abomination la justice et qui renversez tout ce qui est droit, qui bâtissez Sion dans le sang et Jérusalem dans les iniqui¬ tés. Ses chefs jugeaient pour des présents, ses prêtres répondaient moyennant salaire, et ses prophètes devinaient pour de l’argent, et ils se reposaient sur le Seigneur, en disant : Le Sei¬ gneur n’est-il pas en nous ? nous serons à cou¬ vert de tous les maux. C’est donc à cause de vous que Sion sera labourée comme un champ, que Jérusalem sera une terre réservée â un verger, etla montagne du Seigneur sera changée en uue épaisse forêt. » Tout le monde sait que Jérusalem a été renversée à cause des crimes qui sont énoncés ici ; comme dans le texte, plus haut, avait déjà précédé la menace, soit contre « Audite liæc, principes domus Jacob, et jndices domus Israël, qui abominamiui judicïum, et omnia recta pervertitis, qui ædificalis Sion in sanguinibus, et Jérusalem in iniquilatc. Principes ejus in mune- ribus judicabant, et sacerdotcs ejus in mereede do- cebant, et pcophetæ ejus in pecunia divinabant, et super Dominum requiescebant dicontes : Numquid non Domiuus in medio noatrum ? non venient super nos mala. Propter hoc causa v es tri Sion ut ager ara- bitur, et Jérusalem quasi acervus lapidura crit, et mous tcmpli in excelsa silvarum. » Mich. ni, 0 et seqq. LXX : Audite Uæc, duces [al. judices] domus Jacob et rcliqni domus Israël, qui ahominamini judi- ciurn, et omnia recta pervertitis, qui ædificalis Sion in sanguinibus, et Jérusalem in iniquitatibus. Duces ejus in munerïbus judicabant, et sacerdotes ejus in mereede respondebant, et prophétie ejus in pecunia divinabant, et super Dominum requiescebant, dicen- tes : Nonne Dominas iu nobis est? non venient su¬ per nos mala. Idcirco propter yos Sion quasi ager arabitur, et Jérusalem ut custodia pomarii erit, et mous Domini inlucum saltus. » Nemo ambigit, Jé¬ rusalem propter scelera quæ in hoc capitulo descri- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. 35 les juges, soit contre les faux prophètes ; « Ecou¬ tez, princes de la maison de Jacob, et vous chefs de la maison d’Israël, » et un peu plus loin : « Voici ce que dit le Seigneur contre les pro¬ phètes qui séduisent mon peuple, » maintenant la prophétie tonne collectivement contre les juges, les faux prophètes, les prêtres et tous ceux qui se flattaient d'avoir la connaissance de Dieu. Elle leur annonce qu’à cause de leurs crimes, Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem réduite en un monceau de pierres, et la montagne du temple changée en une forêt. Nous voyom que cette prédiction s’est accom¬ plie, et la preuve de la vérité de ces paroles est sous nos 3' eux, obligés de témoigner en. faveur de la prophétie, qui est également rapportée dans Jérémie, Jérém. xxvr, où il est fait mention du prophète Michée, et où la dévastation de Jérusalem est hautement annoncée. Les juges et les princes de la maison de Jacob et de celle d’Israël, des deux et des dix tribus, non contents de ne pas pratiquer la justice, l’avaient en abo¬ mination, et pervertissaient tout droit, en sorte qu’il ne subsistait plus même une ombre d’é¬ quité dans l’Etat. Us bâtissaient Sion dans les actions sanglantes et Jérusalem dans l’iniquité, en dépouillant les pauvres, en faisant périr les innocents et en mettant à mort les saints. Que si quelqu’un des princes semblait juger selon l’équité, c’est qu’il vendait sa sentence et jugeait buntur, fuisse subversam, et quia supra vel ad judi- ces, vel ad pseudopropbetas præcesseratcoiinuinatio : « Audite principes domus Jacob, et duces domus Israël, » et post paucos vcrsicnlos : « Hæc dicit Do- minus super pro plie tas , qui seducunt populum meum, et reliqua ; nunc generaliter et adversum ju- dices, et adversum pseudoprophetas, et contra sa- ccrdotes, et contra eos qui sibi Dei .pollicebantur uotitiam, propbetalis seruio texitnr, et arguit eos quod pro p ter scelera corum Sion quasi ager aranda ait, et Jérusalem vciut acervus lapidum corruitura, et mous templi futurus in excelsa silvarum. Yidemus compléta quæ dicta snnt; oris eloquium oculi pro¬ bant ; prophétisé testis aspcctus est. Hoc ipsum tes- ti m onium et in Jerem iæ vol u mine scribitur, Jerem . xxvi, ubi et Micbcete prophetæ fitmentio, et Jérusa¬ lem vastitas prœdicatur. Judices et principes domus Jacob, et domus Israël, id est, et duarum et decem tvib un m, non solum judicium non faciebant ; sed abommabantur illud, et omnia recta pervertebant, ne saîtem parva justitia remancrot in civitate. Qui ædificaverunt Sion in sanguinibus, et Jérusalem in iniquitatc, rapinis pauperum, cæde insontium, occi- sione snnetorum. Quod si quis de principibus vide- batur judicasc quod erat rectum, v en débat magis pour des présents. Les prêtres eux-mêmes n'en¬ seignaient le peuple qu’après rétribution reçue, et alors qu’il est dit aux saints : « Donnez gra¬ tuitement ce que vous avez reçu gratuitement, » Matth. x, 8, ces prêtres, en ne proférant la ré¬ ponse de Dieu qu’après paiement, vendaient la grâce du Seigneur dans un but de gain. Et après ces méfaits, ne comprenant pas leur péché, comme si l'amour de Dieu se rachetait avec des crimes, ils se vantaient d’être juges, prêtres et prophètes de Dieu, et, dans l'impéuitence de leur cœur, ils disaient : « Le Seigneur est au milieu de nous, et nous serons à couvert de tous les maux. » Aussi, parce qu’ils n’ont point fait péni¬ tence, et que tout le peuple a imité les vices des princes, des prêtres et des prophètes, Sion sera labourée comme un champ , Jérusalem sera réduite en un monceau de pierres, et le temple, resplendissant autrefois d’or et d’argent, sera changé en décombres. Voilé ce qui avait été prédit contre le peuple juif, qui a été frappé de captivité et de dispersion sans retour, à cause d'une longue succession de crimes, mais sur¬ tout pour avoir répandu le sang de Notre-Sei- gneur ; et voilé comment Sion a été labourée comme un champ, Jérusalem changée en un monceau de pierres, et son temple, autrefois célèbre et magnifique, réduit en poussière. Si l’on applique ce qui est dit de Sion et de Jérusalem é l’Eglise, qui est la vraie maison de sententiam, et iu muueribus jndicabat. Sacerdotes qnoque non docebant populum, nisi acccpto pretio ; et cum dicatur ad sanctos : « Gratis accepistis, gra¬ tis date, » Maith. x, 8, illi Dei respousura, accepta pecunia, profereates, gratiam Domini avara inercedc vendebant. Et post hæc mala non intelligentes pcc- catum suum, quasi sceleribus redimerent cliaritatem Dei, judices ac sacerdotes et prophètes Dei es3e se memorabant, et secundum mipœnitcus cor sum di- cebant : « Douai nu s in rnedio nostrum est, et non veillent super nos mala. » Quia igitur non egerunt pœnitentiam, et omnis populus secutus est princi- pium et sacerdotum propbetarnmque vitia , Sion quasi ager arabitur, et Jérusalem sicut acervus lapi¬ dum erit, et templum quod prius auro argentoque fulgebat, in ruinas ultimes collabetur. Hæc contra populum Judæorum, cujus vera captivitas et extre- mæ ruinæ, et propter superiora quidem scelera, sed maxime propter effusion cm Dominici sanguinis ir- rogata sont. Unde et Sion quasi ager arata est, et Jérusalem iu tumulos versa saxorum, et templum illud quondaiu nobile atque sublime, in extromos ci- ncres commi-nntum est. Si quis autem hæc quæ de Jérusalem dicuntur et de Sion ad Ecclcsiam transférât (ipsa est cnim do- 36 SAINT JÉROME Jacob et la vraie maison d'Israël, conformément à ce qui est écrit dans Isaïe : « Jacob est mon serviteur, que j'ai élu, » Isa. xlt, 8, et à Timo¬ thée : « Afin que vous sachiez quelle doit être votre conduite dans la maison de Dieu, qui est l’Eglise, » I Tira. iu, i o, on verra sans peine que les princes de la maison de Jacob et les restes de la maison d’Israël, ou mieux, comme porte l’hébreu : « Les juges de la maison d’Israël, » ne sont autres que les évêques, les prêtres et les diacres, qui, s'ils ne veillent sur leur cœur avec la dernière attention, ont l’équité en abomina¬ tion et renversent tout ce qui est droit. Lorsqu'en effet ils jugent d’après les personnes, et que, dans l’arbitrage d’une affaire, ce n’est pas le mérite de la cause, mais la puissance de l’une des parties qui l'emporte, n’ont-ils pas l’équité en abomination et ne renversent-ils pas tout ce que veut le droit? On peut aussi comprendre en ce sens que les princes de la maison de Jacob et les juges de la maison d’Israël ont en abomi¬ nation et détestent la justice, parce qu’ils décli¬ nent la sentence de Dieu, juge souverain, et dépravent par de mauvaises interprétations toute la suite des Ecritures ; ce sont ces princes qui bâtissent Sion dans le sang et Jérusalem dans l’iniquité. Alors que l’Ecriture donne cet ordre : « N’introduisez pas l’impie dans le tabernacle des justes, » Prov. xxrv, 15, et que le Seigneur a en abomination l’homme de sang et de men¬ songe, Psalm. v, 7, ils ordonnent clercs les pre¬ miers venus de leurs conciliabules, et comme mus Jacob et domus Israël, secuiidum illud quod in Isaia scribitnr : « Jacob piler meus, suscipiam eum;» Isa. xli, 8 ; et illud ad Timotheum : « Ut scias quo- modo te oporteat in domo Dei conversari, quæ est Ecclesia, I Tim. m, 15, istc liquido pervidebit quod principes domus Jacob, et reliqni de domo Israël (sive, ut melius in Hebræo scriptum est : « Judices domus Israël), » non sint alii nisi episcopi, presby- teri et dtaconi, qui nisi omni custodia servaverint cor suum, abominantur judicium et universa recta pervertunt ; quando enim juxta pcrsonam judicant, et in disceptatione negotii non valet causæ meritum, sed reorura potentia, nonne abominantur judicium, et pmnia recta pervertunt? Potest autem et aliter accipi, quod principes domus Jacob et judices do¬ mus Israël abominentur detestenturque judicium , Dei judioiis sententiam déclinantes, et omnem regu- lam Scripturarum malis interpretationibus dépra¬ vantes ; isti ædiûcant Sion in sanguinibus et Jérusa¬ lem in iuiquitate, Cum enim Scriptura jubeat : « Ne inducas impium in tabernaculum justorum, » Prov. xxiv, 15, et virum sanguinum et dolosum abomine- tur Domines, Psalm. v, 7, bi quoscumqne de asseclis ils exposent leurs vies scandaleuses aux yeux des peuples, ils sont coupables de l’infidélité de ceux qui sont scandalisés. Matth. xvm. De lâ vient qu’il vaudrait mieux pour un homme qu’on lui pendit au cou une de ces meules qu’un âne tourne et qu’on le jetât au fond de la mer, que non pas qu'il scandalisât un des plus petits de l’Eglise. Alors que le prophète Malachie appelle les prêtres des anges, Malac. n, et que leur bouche est l’oracle du Seigneur, ils ne jugent qu’après avoir reçu des présents ; ils savent qu’il est écrit : « Les présents aveuglent les yeux des sages, etsont comme un frein danslabouche qui dirige ; » Deut. xyï, 19 ; Eccii. xx, 31 ; qu’il est dit aux Apôtres : « Ne vous mettez point en peine d’avoir de l’or ou de l’argent, ou d’autre monnaie dans votre bourse, » Matth. x, 9, et que l’argent même acquis par le travail sera arraché aux mains de l’homme saint, et ils vendent les paroles du Seigneur, ils font le com¬ merce des colombes dans le temple. Les pro¬ phètes de Jérusalem devinaient pour de l’argent, ne sachant pas que prophétiser est un et deviner un autre. Divination n’est jamais pris en bonne part dans les Ecritures : « 11 n’y aura plus, » est-il dit, « d’augure en Jacob, ni de devination en Israël. » Num. xxm, 23. Ils s’imaginaient être prophètes ; mais, parce qu’ils recevaient de l’ar¬ gent, ils étaient, non pas des prophètes, mais des devins. L’apôtre Pierre qui disait : oc Je n’ai ni argent ni or, » Act. ni, 6, et qui aurait pu vendre â Simon le magicien ce qu’il demandait, suis ordinant clericos, et vitam eorum in scandalum populis exponentes, rei sunt infidelitatis eorum qui scandalizantur Matth . xvm. Unde dicitur expedire liomini, ut mola asinaria ligetur in collo cjus, et præcipitetur in profundum, quarn ut scandalizet unimi de minimis Ecclesiæ. Cumque sacerdotes Ma- lacliias propheta angelos vocet, Malac. n, et oa eo¬ rum oraculum Doinini sit, sine munerum acceptione non judicant, legentes : « Munera excæcant oculos etiam sapieutium, et quasi frenum in ore avcrtimt;» Deut. xvi, 19 ; Eccii. xx 31 ; et cum dicatur ad apos- tolos: « Nolite possidere aurum, et argentum, neque æs in zonis vestris sit, » Matth. x, 9, et excutiatur de sancti viri manibus etiam labore parta pecunia, voces Domini venditant, et de columbis morcantur in templo. Sed et prophetæ Jérusalem in pecunia di- vinabant, nescientes aliud esse propheliam, aliud divinationem ; nunquam enim divin’atio in Scripturis in bonam partem accipitur. « Non erit, » ait, « augu- rium in Jacob, neque divinatio in Israël. » Num. xxm, 23. Videbantur sibi quidem esse prophetæ, sed quia pecuniam accipiebant, prophetia ipsonun facta est divinatio. Petrus apostolus : « Argeutura, « iu- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. 37 ou plutôt simuler cette vente — le Saint-Esprit- ne peut ni se vendre ni s’acheter, — condamna l’argent offert avec celui qui l’offrait. Act. yui. De nos jours, au contraire, on voit les prophètes de Jérusalem, bien qu’ils n’aient pas ia prophétie dans la bouche, se reposer sur le Seigneur en disant : « Les maux ne fondront pas sur nous ; » et c'est à cause d’eux que la charrue ennemie laboure la demeure de Dieu, que le séjour de la paix est réduit en un monceau de ruines, que le temple du Seigneur est changé en une forêt pleine de broussailles et d’épines qui est le ré¬ ceptacle des bêtes. Qu’on ne s’étonne pas de lire au premier livre des Rois que Saül, voulant consulter Samuël, dit à son serviteur : Je ne puis aller le trouver, n’ayant pas d’argent pour lui payer sa réponse, et que le serviteur lui ré¬ pondit : « Voici le quart d’un sicle d’argent qui s'est trouvé sur moi, je le donnerai à l'homme de Dieu, et il nous indiquera ce que nous devons faire ; » I Reg. ix, 8 ; l’Ecriture ne dit pas que Samuel ait accepté, ou même que Saül lui ait offert ensuite; bien plus, elle nous apprend que le prophète invita Saül à sa table et le fît manger avec lui. En admettant même que Samuël eût accepté ce quart de siclc, on doit considérer cela plutôt comme un droit du tabernacle que comme le prix de la prophétie, puisque le sicle vaut vingt oboles, et que cinq oboles sont le quart du sicle. Que nos prêtres, s’ils veulent vendre la prophétie, et faire du haut de leurs chaires le trafic des colombes, comme ceux dont le fouet du Seigneur renversa par terre l’argent, Joan. n, se contentent de recevoir cinq oboles, au lieu de prendre le prix d’une villa. Même remarque au sujet du passage du troisième livre des Rois, où il est rapporté que la femme de Jéroboam, dont le fils étaitmalade, alla trouver Achias, homme de Dieu, avec dix pains, un tourteau et un vase plein de miel. III Reg. xiv. Le livre dit ce qu’ello emporta, et nous n’y lisons pas que le Prophète, qui lui parla avec menaces et lui prédisit les maux à venir, reçut d'elle aucun présent. ïl est probable que des gens qui avaient accoutumé de consulter les devins — car il y avait beaucoup de devins et de magi¬ ciens en Israël, — furent amenés par leur mau¬ vaise habitude à penser des prophètes ce qu’ils pensaient des autres, et qu'ils voulurent offrir des présents à ces hommes sainls, comme ils en apportaient aux faux prophètes ; c’est pourquoi l’Ecriture rapporte ce qu’ils voulaient faire, mais elle n’ajoute pas qu’ils aient osé le faire, ou que les prophètes aient jamais accepté. L’apôtre Paul a dit : « Ceux qui servent ü l’autel ont part aux oblations de l'autel et en vivent. » I Corinth. ix, -13. Il vous est permis, ô prêtre, de vivre de l’autel, mais non de l’exploiter pour vos pas- quit, « et aurum non habeo ; » Act . ni, 6 ; poterat utique Simoni rnago venclcre, quod petebat, ioao po- terat simuîare vendentêm (Spiritus enim sanctus nec venundari, nec emi potest), sed oblatam pecu- niam cnm offerente damnavit. Act . vm. Nunc videas prophetas Jérusalem non habere in ore prophetiani, et in Domino roquiescere, et dicere : « Non venient super nos mala ; » quorum causa speculatorium Dei hostili aratro dividitur, et locus quondam pacis ruinis plenus fit, et tomplum Domini in vepres spi- nasque convertitur et est habitaculum bestiarum. Nec quemquam moveat illnd quod in primo Re- gnum libro Iegimus, Saul volentem ire ad Samue- lcm dixisse puero suo, ad eum se ire non posse, quia pretium quod offerret pro vaticinio, non liaberet, et puerum respondisse : « Ecce inventa est in manu mea quarta pars sicli pecuniæ, et dabo viro Dei, et annuntiabit nobis viam uoetram ; I Reg. îx, 8 ; non enim scriptum est, quod Samuel acceperit, aut quod illi obtuleriut, quin potius a propbeta pascuntur et invitantur ad prandium. Sed fac eum acccpisse, sti- pes manis æstimandæ sunt tabernaculi, quam munera prophetiæ. Si élus enim viginli obolos habet, et quarta pars sicli quinque oboli sunt. Et nostri igitur saeerdotes, si volnnt vendere prophetiam, et colum- bus in catliedris suis (a) proponerc, quas Dominus 11a- gello subvertït, Joan. n, quinque obolos accipiant, non pretia villarum. Hoc ipsum sonat et in tertio Regno- rum libro, quod uxor Jéroboam, infirmante fîlio, pergit ad Achiam hominem Dei, defert ei panes et uvas passas, et vasculum mellis. III Reg. xiv.'Dicitur enim quid secum ilia portaverit, et tamen propbeta non scribitur accepisse : quippe cum et corripuerit eam et venturum luetnm prædixerit; licet potuerint bi qui ad ariolos ire consueverant (quia multi diviui et havioli erant in Israël) mala consuetudine æsti- masse idipsum etiam de prophetia, et voluisse sanctis viris offerre, quod divinis ofîerre consueverant, et tantum modo Scripturam narrasso quid illi voluerint, nec tamen intulisse quod ipsi aut offerre ausi fue- rinl, aut prophetæ acceperint. Apostolus Panlus : « Qui altari, » inquit, « scrviimt, de al tari participant et vivunt. » I Cor. ix, 13. Permiltitur tibi, o sacerdos, ut vivas de altari, non ut luxurieris. Bovi trituranti os non clauditur. Ibid . 9. Scimus ist.s, et tamen licentia bac Apostolus non abulilur, et habens victum (a) Edili legunt, Utinam non pretia villarum. sed quinrjue obolos accipcrent. Ms. Cluniacensis optimæ notæ sic habet : « Et colmnbas in cathcdris suis proponerc quas Dominus subverlit, flngellntquc petentes, accipiant quinque obolos, non pretia villarum. » Maiit. — Duo Palatin, inss. : « In cathcdris suis poncre, quas Dominus subvertit, flagclloque penitus { leg . flagellât) accipiant quinque obolos, non pvetia villarum. » Victor. « Utinam non pretia vtllftrum, sed quinque obolos acciperent. » 38 SAINT JÉROME sions. Oa ne doit pas tenir la bouche liée au bœuf qui foule les grains, Ibid. 9, nous le sa¬ vons, mais nous savons aussi que l’Apôtre, condamnant l’abus de cette liberté, se conten¬ tait d’avoir de quoi vivre et de quoi se vêtir, e^ travaillait nuit et jour avec peine et fatigue, afin de n’ètre à charge à personne. Il Thesscd. m. 11 affirme dans ses Epîtres qu'il.a vécu saintement et sans avarice dans la prédication de l’Evangile de Jésus-Christ, et il ajoute encore, au sujet de ses disciples, qu’il n’en a envoyé aucun qu’il eût autorisé à demander quoi que ce fût aux Eglises ou qui ait voulu rien recevoir. S’il loue en quelques Epîtres les Eglises qui lui ont envoyé des dons qu’il attribue à la bonté de la Provi¬ dence, c’est qu’il ramasse, non pour lui-même, mais pour les fidèles pauvres qui étaient dans Jérusalem. Ces saints pauvres qui étaient dans Jérusalem, c’étaient ceux d’entre les Juifs qui avaient embrassé la foi de Jésus-Christ: rejetés par leurs parents, leurs proches et leurs alliés, ils avaient perdu tout ce qu’ils possédaient; jusqu'au moindre meuble, tout leur avait été ravi par les prêtres du temple et le peuple. S'il y a de tels pauvres, qu’ils soient secourus. Mais si, sous le prétexte d’amasser pour les pauvres, quelques maisons seules sont enrichies, et si nous mangeons l’or dans' le yerre ou dans un Yase d'argile, ou au milieu des trésors, chan¬ geons aussi de vêtement, ou, sous la mise delà pauvreté, ne cherchons pas à posséder les ri¬ chesses d’un sénateur. Qu’importe qu’on n’ait pas autour du cou de linge pour essuyer sa vestimentumque, contentus est : nocte et die laborat manibus suis, ne cui gravis sit. II Thess, m. Et jurât ia Epistolis se sancte et sine avaritia in Cbristi Evangelio conversatum, et non solum de se, sed de discipulis quoque suis hoc ipsum asserit : quod nul- lum misent, qui ab Ecclesiis aut posceret [al. possit] aliquid, aut vellet accipere. Si autem gratuïatur in quibusdam Epistolis, et mittentimu munora benevo- lentiam Dei appellat, non tam sibi congregat qnam puuperibus sanctorum , qui erant in Jérusalem. Sancti autem pauperes, lii erant in Jérusalem, qui primum in Christo crediderant de Judæis, et projecti a parentibus et cognatis atque affinibus suis, tam possession es quam uuiversam supellectilem sacer- dotibus templi ac populo vas tan tes, perd id erant. Si taies pauperes sunt, accipiant. Si autem sub occa- sione pauperum paucæ ditantur domus, et iu vitro ac vasefictili aurum comedimus, aut cum thesauris miitcmus et vestes, aut pauper habitus non qnærat divitias scnalorum. Quiîl prodest circa colhim ad abstergendos su dore s linteolum non liabere? Quid juvat esse p.ovoy ynovai, et præfcrre habitu pauperta- sueur, qu’on n’ait qu’un soûl manteau et qu'on porte la livrée de la pauvreté, si l’on a une bourse bien garnie et qui fait soupirer tous les pauvres? C'est pourquoi, à cause de nous qui sommes tels, qui bâtissons Sion avec le sang et Jérusalem avec l'iniquité, qui jugeons pour des présents, qui trafiquons de nos réponses, qui devinons pour de l’argent, et qui, après cela, affichant les dehors de la sainteté, osons dire : « Nous serons à couvert de tous les maux, » entendons cette terrible sentence du Seigneur : Sion et Jérusalem, la montagne du temple, le séjour et la vision de la paix, le temple de Jésus-Christ, a la consommation et à la fin des temps, lorsque la charité se sera refroidie et que la foi sera devenue rare, sera labouré comme un champ réduit en un monceau de ruines, changé en une forêt ou en un lieu dont on sur¬ veille les rares fruits, en sorte que là même où s’élevaient autrefois de vastes demeures et des greniers regorgeant de grain, il y ait à peine une étroite cabane avec un semblant de provi¬ sions qui ne sauraient suffire à l’alimentation de râme. « Mais dans les derniers temps la montagne de la maison du Seigneur sera préparée sur le faîte des monts et s'élèvera au-dessus des col¬ lines ; les peuples y accourront et les nations se hâteront de venir en foule, en disant: Venez, montons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob ; il nous enseignera ses voies et nous marcherons dans ses sentiers, parce que la loi sortira de Sion et la parole du tem, cum marsupium nostrum universa pauperum turba suspiret? Propter hcc, causa nostri, qui taies sumns, qui Sion ædificamus in sanguine et Jérusa¬ lem in iniquitate, qui judicuinus in muneribus, qui mercedibus respondemus, qui in pecunia divinamus, et super hoc fictam nobis sanctimouiam vindicantes dicimus : « Non venient super nos mala, » audiamus sententiani Domini quæ sequatur : Sion et Jérusa¬ lem, et mons templi, spcculatorium, et visio pacis> et templum Cbristi, in consummatione et in fine, quando refrixerit cbaritas et rara fldes fuerit, quasi ager arabitur, et redigetur in tumulos, et erit in excelsa silvarum sive in custodiam pomorum : ut ubi amplæ qnondam domus erant, et absque numéro acervi frugum , ibi vix par\ra sit casula servans speciem ciborum , refectioneni aniïnæ non h abou¬ ti uin. « Et erit in novissimo diernm [Vulg. addit erit] mons domus Domini, præparatus iu verticemontinm, et sublimis super colles, et fluent ad cum popnli, et properabunt gentes multæ, etdicent : Vcnite, ascen- damus ad moutem Domini et ad domum Dei Jacob, COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE MICHÈE. 39 Seigneur de Jérusalem. Il exercera son juge¬ ment sur plusieurs peuples, et il châtiera des nations puissantes jusqu'aux pays les plus éloi¬ gnés ; ils feront de leurs épées des socs de charrue et de leurs lances' des instruments pour remuer la terre ; un peuple ne tirera point l’épée contre un autre peuple, et ils ne s'exerce¬ ront plus à combattre ; chacun se reposera sous sa vigne et sous son figuier, sans avoir aucun ennemi à craindre. C’est ce que le Seigneur des armées a dit de sa bouche. Que chaque peuple marche sous la protection de son Dieu ; pour nous, nous marcherons sous la protection du Seigneur notre Dieu jusque dans l’éternité et au-delà. En ce jour-là, dit le Seigneur, je ras¬ semblerai celle qui était boiteuse, et je réunirai celle que j’avais chassée et affligée. Je réservera* les restes de celle qui était boiteuse, je formerai un peuple puissant de celle qui avait été si af¬ fligée, et le Seigneur régnera sur eux dans Ja montagne de Sion, depuis ce temps jusque dans l'éternité. » Mich. iv, \ et seqq. Les Septante : « Mais dans les derniers temps la montagne du Seigneur sera établie en évidence sur le faîte des monts, et s’élèvera au-dessus des collines ; les peuples se hâteront vers elles, de nombreuses nations s’y rendront en disant: Venez, montons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob ; il nous montrera notre voie et nous marcherons dans ses sentiers, parce que la loi sortira de Sion et la parole du Seigneur et docebit nos de viis suis et ibiinus in semitis cjus, quia de Sion egredietur lex et verburn Domini de Jérusalem , et judicabit inter populos multos et corripietgentes fortes risque in longinquum ; et con- cidcnt gladios suos in vomeres, et hastas suas in ligones;uon sumetgens adversum genlem gladium, et non discent ultra belligerare; et sedebit vir sub¬ tus vineam suam, et subtus flcum suam, et non erit qui exterreat; quia os Domini exercituum locutum est; quia omnes populi ambulabunt, unusquisque in no mine Dei sui ; nos autem ambulabimus in no- mine Domini Dei noslri in æternum et ultra. In ilia die, dicit Domiuus, congregabo cîaudicaiitem , et eam quam ejeceram, colligam, et quam afflixeram; et ponam claudicantem in reliquias , et eam quæ laboraverat in gentem robustam, et regnavit Domi- nu9 super eos in monte Sion, ex hoc aune et usque in æternum. » Mich. rv, 1 et seqq. LXX : « Et crit in novissimis dicrum manifestus mous Domini prépa¬ ra tu s super verticem uiontium ; et elevabitur super colles, et festinabunt ad eum populi, et ibunt gentes multæ et dicent : Venite, ascendamns ad montem Domini et ad domum Dei Jacob, et ostendefc nobis viam suam, et ambulabimus in semitis ejus, quia de de Jérusalem. Il exercera son jugement sur plu¬ sieurs peuples, il réprimera des nations puis¬ santes jusque dans les pays les plus éloignés, et ils feront de leurs glaives des socs de charrue et de leurs lances des faux ; un peuple désor¬ mais ne tirera point l’épée contre un autre peuple, et ils ne s’exerceront plus à combattre; chacun se reposera sous sa vigne et sous son figuier, sans avoir aucun ennemi à craindre. Ce sont-là les paroles sorties de la bouche du Dieu tout-puissant : tous les peuples iront en suivant chacun sa voie. Pour nous, nous irons, sous la protection du Seigneur notre Dieu, jus¬ que dans l’éternité et au-delà. En ce jour-là, dit le Seigneur, je rassemblerai celle qui avait été brisée, je recevrai celle que j’avais chassée et ceux que j'avais rejetés. Je réserverai les restes de celle que j’avais brisée, je formerai un peuple puissant de celle que j’avais rejetée, et le Sei¬ gneur régnera sur eux dans la montagne de Sion, depuis ce temps et jusque dans les siècles des siècles. » Les princes des Juifs avaient eu l’équité en abomination , renversé tout droit, et bâti Sion dans le sang et Jérusalem dans l’iniquité ; c’était peu de ces crimes , et ils jugeaient pour des présents, tandis que les prêtres vendraient leurs réponses et que les Prophètes devinaient pour de l’argent. Aussi, à cause d’eux, Sion avait été labourée comme un champ, Jérusalem avait été réduite en monceaux de pierres , et la désolation avait chaugé en Siou exiet lex et verburn Domini de Jérusalem; et judicabit inter populos multos, ot arguet gentes fortes usque in longinquum, et concident gladios suos in aratra et bastas suas in falces; et ultra non tollet gens contra gentem gladium, et nequaquàm discent belligerare; et requiescet unusquisque sub vite sua, et unusquisque sub fîcn sua, et non erit qui exterreat, quia os Domini omnipoteutis locutum est liæc, quia, omnes populi ibunt unusquisque viam suam. Nos autem ibimus in nomme Domini Dei nostri in æternum et ultra. In ilia die, dicit Dominus, congregabo eam quæ contrita est, et quæ ejecta fue- rat, suscipiam, et quos repuleram; eL ponam eou- tritam in reliquas, et repulsam in gentem forte uif et regnabit Dominus super eos in monte Sion, ex hoc nunc et usque in sæculum. » Quia principes Ju- dæornm abominati sunt judicium, et omnia recta perverteraut, et ædificaveraut Sion in sanguinibus, et Jérusalem in iniquitate; et non soluin hæc fece- rant, verum in muneribus quoqne judicaverant, et sacerdotes Jérusalem in mercecle responderant, et prophetæ cjus in pccnnia divinaverant, et propter eoe Sion quasi ager aratus erat, et Jérusalem in mulos lapidum corruernt, et mons templi Dei deso* 40 SAINT JÉROME forêt la montagne du temple de Dieu. Voilà pourquoi- maintenant, leur maison ayant été abandonnée et changée en désert, après que le Fils de Dieu eût dit en sortant du temple ; « Levez-vous et allons-nous-en d’ici ; » Joan. xiv, 31 . « Votre maison vous sera laissée déserte, » Luc . xm, 35, et que les Anges, comme l’atteste Josèphe, eurent poussé ce cri : « Sor¬ tons de cette demeure , » à la place de la mon¬ tagne de Sion et au-dessus d'elle a été élevée la montagne du Seigneur, dont il est dit au prince de Tyr : « Vous avez été blessé sur la montagne du Seigneur. « Ezéch. xxviri, 16. Cette montagne du Seigneur a été montrée dans les derniers temps, quand le royaume des cieux fut proche, puisque c’est à la consommation des siècles, pour la réprobation des pécheurs, que notre Sauveur a paru et s'est offert en hostie, que c'est à la onzième heure qu’il est venu louer les ouvriers pour sa vigne, et que sa Passion étant consommée, Jean dit : « C'est la dernière heure ; » I Joan. n, 18; sur six mille ans, si l’on compte cinq cents ans pour chaque heure d’un jour, c'est bien à la dernière heure que les Gentils ont été appelés à la foi. « Et la montagne du Seigneur sera préparée pour être en évidence au-dessus des sommets des monts. » latus in excelsa silvarum; idcirco nunc, derelicta domo eorum atque deserta, quando Filius Dei egre- diens de templo ait : « Surgite, eamus hinc, » Joan. xiv, 31, et : « Relinquetur vobi9 domus vestra dé¬ serta; » Luc. xiii, 35; angeli quoque, Josepho refe- rente, dixerunt : « Transeamus ex sedibus, » pro monte Sion mons Domini inelevatus est, de quo ad principem Tyri dicitur : « Et vulneratus es in monte Domini. » Ezech. ixvru, IG. Iste autem mons Domini in novissimo diprum ostensus est, quando appro- pinqnavit regnum ccelorum in reprohationem pecca- torum, per hostiam suam Salvator noster apparuit, et undecima liora ad conducendos operurios venit, et compléta illius passione, Joannes loquitur : « No- vissima liora est; » ï Joan. n, 18; in sex inilibus enim annis, siquingenti anni -per liora? diei singulas dividantur, novissiina liora ( Primam horam ad Noc, Tertiam ad Abraham, Sextain ad Moysen. Nonam referri ad David etprophetas : « In undecima autem hora corporci advenlus Domini tempus oslcndi. Nam ex omni numéro,, qui spàtio est præsentis sæculi consti tutus, in cam rationem con- venit or tus cjus ex Maria, in quam undecimæ horæ tempus ex die est. Divisionc enim per quingentenuin mimer um facta in omni sex millium annorum snnuna tempus corporci ortus, undccimo divisionis totius calculo supputantur. » COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHËE. 41 tants de la Mésopotamie, de la Judée, de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie, de la Phrygie et de la Pamphylic, de l'Egypte et de cette partie de la Lybie qui est près de Cyrène, des étran¬ gers venus de Rome, des Juifs et des prosélytes, des Crétois et des Arabes. Ne vous semble-t-il pas qu'ils se hâtèrent vers la montage, ceux à qui il fut dit : « Suivez-moi, et je ferai de vous des pécheurs d'hommes, » Matth. iv, i 9 , 20, et qui suivirent à l’instant le Sauveur ? L'Ecriture rapporte aussi que Jacques et Jean , ayant quitté leur barque, leur père et les flots du monde, se hâtèrent d’aller à cette montagne, et que Matthieu le publicain accourut, dès qu'il lui fut dit: «Suivez-moi. » Matth. ix. L'Evangile prouve encore l’empressement des peuples, quand il atteste que.de nombreuses foules de la Galilée, de la Décapole et de Jérusalem, de la Judée et d’au-delà du Jourdain suivirent Jésus, qui les guérit. Outre que les peuples se hâteront, de nombreuse^ nations iront aussi vers cette monta¬ gne, tout l’univers embrassant la foi au Sauveur, et elles diront, en s’excitant les unes les autres à se rallier à l’étendard du divin gibet : « Venez, montons à la montagne du Seigneur. » 11 faut monter, si l’on veut parvenir à Jésus-Christ, et monter jusqu’à la maison du Dieu de Jacob, jusqu'à l’Eglise, qui est la maison de Dieu, la colonne et le fondement de la vérité. Nous avons déjà vu que Jacob est la figure du Sau¬ veur : « Jacob est mon serviteur, je prendrai derint Parthi, et Medi, et Elamitæ, et habitantes Mesopotamiam, Judæam, et Cappadociam, Pontum et Asiam, Phrygiam et Pamphyliam, Ægyptum et partes JAbyæ, qnæ est juxta Gyrenem, et advenæ Romani, Judæi etproselyti, Cretes et Arabes. Nonne vobis festinasse videntur ad montem, quibus dictum est : Sequimini me, et faciam vos piscatores homi- num, » Matth. iv, 19, 20, et protinus secuti sunt Sal- vatorem? Rursumque de Jacobo et Joanne Scriptura refert, quod relicta navi et pâtre et iluctibns sæculi, festinaverint ad montem, et Matthæus publicaiius audiens : « Sequerc me, » Matth . ix, statim cucur- rerit. Sed et illud in Evangelio, quando secutæ sunt eum turbæ multæ de Galilæa, et Decapoli et Jeroso- lymis, et Judæa et trans Jordanem, et curavit eas, festinantes populos probat. Populis antem festinan- tibus, gentes quoqne plurimæ ibunt ad montem, tolus scilicet orbis in eum credens, et dicent ad vexillum se patibuli mutuo provocantes : « Venite, asceudamus in montem Domini. » Ascensione opus est, ut quis ad Cliristum valeat perveiiive, et ad do- mum Dei Jacob, Eccleeiam, quæ est domus Dei, columna et firmamentum veritatis. Porro quod Jacob Salvatorem significet, et supra diximus ; « Jacob sa défense. » Isa. xir , 8 et xm, \ . Les nations, après avoir dit : « Venez, montons à la monta¬ gne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob, » ajouteront : « Afin que sa voie nous soit enseignée, » soit par les Anges commis à la garde des Eglises, sait parles Ecritures saintes, qui indiquent d’avance la voie du Seigneur et annoncent celui qui a dit : « Je suis la voie. » Joan. xiv, 6. « Nous marcherons dans ses sen¬ tiers, » qui sont les Apôtres par qui nous avons cru en Jésus-Christ ; car c’est de Sion qu’est sortie la loi spirituelle, et de Jérusalem qu'est passée aux Gentils la parole de Dieu, qui exercera son jugement sur plusieurs peuples, puisque le Père a donné au Fils tout pouvoir de juger. Joa?i. v, 22. 11 châtiera un grand nombre de nations, jus¬ qu’aux pays les plus éloignés; car le Seigneur surprend les sages dans leur habileté, il connaît les pensées des sages et il sait qu’elles sont vaines. Psalm. xciii, 11. 11 exerce son jugement sur les peuples, en séparant ceux qui sont dignes de salut de ceux qui en sont indignes, et dans son avènement tout désir de guerre se changera en amour de la paix : ses glaives seront transformés en socs de charrues, le fer des lances sera forgé pour faire des faux, toute nation cessera de combattre contre une autre nation ; Isa. n, 4 ; nul n'approuvera l’art de combattre, la nécessité de combattre n’existant plus ; il régnera une paix si profonde, que chacun sera en sécurité, non-seulement dans les villes, mais aussi dans puer meus, suscipiam eum. » Isa. xu, 8; xm, l-.Sed et hoc dicent ad eos quibus locuti fuerant : «c Venite, ascendamus in montem Domini, et in donuim Del Jacob; » et addent : Et os tendant nobis viam suam, quam vel in angelis intehige Ecclesiis præsidentibus, vel in Scripturis sanctis, quæ viam Domini præos- tendunt, et eum qui dicit : « Ego sum via. » Joan. xiv, 6. Et ambulemus in semitis ejus, in Àpostolis scilicet, per quos in Christum credidimus. De Sion enim lex egressa est spiritualis, et ad gentes Dei sermo transivit de Jérusalem, qui jndicabit inter populos multos. Pater enim omne judicium dédit Fiiio. Joan. v, 22, Et corripiet gentes multas usquo ad longinqunm ; Ddminus enim apprehendit sapien- tes in astutia eorum, etcognovitcogitationes sapien- tium, quoniam vanæ sunt. Psalm. xcm, 11. Dijudicat autem inter populos qui salute digni sint, et qui iudigni, et in ejus adveutu omue bellandi studinm conferetur ad pacem. In aratra gladii mutabuntur, hastæ cudentur in falces, gens bellare desinet contra gentem. Isa. n, K. Ncmo pugnare discet, pugnandi necessitate deposita. Tantaque erit requies, ut non solum in urbibus, sed in viculis quoque et agris si t uuusquisque seenrus; et hoc fiet quia os Domini 42 SAINT JÉROME les moindres villages ; et il en sera ainsi, parce que telle est la parole du Seigneur. Et d'abord, selon la lettre, avant que nous fût né l’enfant qui porte sur son épaule le signe de sa princi¬ pauté, tout l'univers était plein de sang, et l’on combattait peuples contre peuples, rois contre rois, nations contre nations ; enfin, la république romaine était elle-même déchirée parles guerres civiles, entre Cinna et Octave et Carbon, Sylla et Marins, Antoine et Catilina, César et Cnéius- Pompée, Auguste et Brutus, et le môme Auguste et Antoine ; aux dissensions de ces hommes, tous les royaumes payèrent leur tribut de sang. Mais après qu’avec l’empire du Christ, Rome eût obtenu un empire sans précédent , tout l’ir nivers devint une route libre pour les pas des Apôtres, les portes des villes leur furent ouvertes, et la prédication d'un seul Dieu établit miracu¬ leusement une société nouvelle. Ces paroles : « Ils changeront leurs épées en socs de charrues et leurs lances eu faux, » peuvent aussi s’en¬ tendre au figuré, en ce sens que la foi en Jésus- Christ mit fin à la colère et aux querelles sans frein, en sorte que chacun mit la main sur le manche de la charrue sans regarder en arrière, désireux uniquement, après avoir brisé les traits et la lance des contestations injurieuses, de moissonner les fruits sprituels, si bien que, les autres traçant leur sillon, nous ne portions pas obstacle à leurs travaux, et qu'il soit dit de nous : « Ils marcheront A leur retour avec des transports de joie, en portant les gerbes de leur loculum est. Ac primum quidem juxta lilteram, an- tequani nasceretur nobis puer, cujus principatus in humero ejus, totus orbis plenus erat sanguine, populi contra populos, reges contra reges, gentes dimica- bant adversum gentes. Denique etiam ipsa Rornana Respublica bellis lacerabatur civilibus, Cinna et Oc- tavio et Carbone pugnantibus, S}7lla etMario, Antonio et Catilina, Cæsare et Cneo Pompeio, Augusto et Bruto, et eodem Augusto et Antonio; in quorum præliisuniversa sanguinem régna fuderunt. Postquam autem ad imperium Christi singulare imperium Roma sortita est, apostolorum itineri permis factus est orbis, et apertæ sunt eis portæ urbium, et ad prædicationem unius Dei singulare imperium cons- titutum est. Potest qnoque boc quod dicitur: et Con- cident gladios suos in aratra , et bastas suas in falces, » Joël, ni, 10, et tropologice accipi, ut dica- mus ad fidem Christi iram et effrenata convicia esse deposita, ut mittat unusquisque manum super ara- trumr et non respiciat post tergum, et contumelia- rum jacula bastasque confriugens, fructus metere cupiat spiritualcs, ut laborantibus aliis, nosintremus in Jabores eorum, et dicatur de nobis : « Venicntes moisson. » Psalm. exxv, 6. Maintenant, nul ne combat contre son prochain, l'Evangile ayant dit: « Heureux les pacifiques. » Matth. v, 9. Personne n’apprend à contester pour lasubver- sion de ceux qui l’écoutent, et chacun impose silence A sa bouche et se tait, parce que le temps est mauvais. Chacun se reposera sous sa vigne, pour exprimer le vin qui donne la joie au cœur de l’homme, Psam. cm, sous cette vigne dont le Père est le vigneron, Joan. xv, et sous son figuier, cueillant les fruits suaves du Saint- Esprit, la charité, la joie, la paix, et les autres. Tout cela arrivera, d'après l’hébreu comme d’après les Septante, parce que les paroles du Seigneur sont vraies, que pour lui la parole et l'action sont une seule et même chose. Tous les peuples marcheront, chacun dans sa voie ; pour nous, nous marcherons au nom du Seigneur notre Dieu, en ce monde et au-delà. Toutes les nations marchant dans la voie de leur erreur, nous nous sommes hâtés vers la montagne du Seigneur, nous avons dit : « Venez, montons A la montagne du Seigneur et A la maison du Dieu de Jacob, » et nous marcherons sous la protection de Jésus-Christ Notre Seigneur, parce qu’il est la montagne qui est Dieu. Au jour où luira le soleil de justice, celle qui avait été brisée sera rassemblée, et celle avait été chassée sera accueillie de nouveau ; celle qui avait été brisée sera rassemblée, pour que ses restes soient mis en réserve, et qu’une nation puissante soit formée de celle qui avait été abandonnée , car autem venieut in exsultatioue, portantes manipules suos. » Psalm. exxv, 6. Nunc nemo pugnat aclversus alium, quia legimus : « Beati pacifici. » Matth. v, 9. Nemo discit contendere in subversionem audien- tium, sed ponit silentium ori suo et tacet, quia tem- pus înalum est. Et requiescet nmisquisque sub vite sua, ut preruat vinum, quod exhilarat cor hominis, Psalm. cm, sub vite ilia, cujus agricola Pater est, Joan. xv, et sub fieu sua dulcia Spirilus sanctipoma decerpens cliaritatem, gaudium, pacem et reliqua. Hæc autem omnia accident, secundum utramque expositionem, quia Domini vorba suive vera, et ejus dixisse, fecisse est. Omnes populi ibuut, unusquis- qne iu via sua; nos vero ambulabimus in nomine Domini Dei nostri in sæculum et ultra. Cunctis, in-, quiunt, nationibus euntibus juxta errorem sumn, nos ad montem Domiui festinavimus, et diximus : « Venite, ascendamus in montem Domini, et in do- mum Dei Jacob, » Isa. u, 3, et ambulabimus in no- mine Christi Domini nostri, quia ipso est mous qui Deus est. In die ilia in qua lucebit sol justitiæ, con- gregabitur ilia quæ fnerat ante coutrila , et quæ expulsa erat, suscipietur, et ad hoc congregabitur COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHËE. 43 a si le Seigneur des armées 11e nous avait ré¬ servé quelques-uns do la race d’Israël, nous serions devenus semblables à Sodome et à Go- morrhe. » Rom. ix, 29. L'expression du texte hébreu est remarquable: « Je rassemblerai celle qui était boiteuse, » celle qui marchait mal et à qui Elie avait dit : « Jusques à quand boiterez- vous ? » ÏII Reg. xvm, 21 ; son pied avait été coupé pour avoir été un sujet de scandale. Marc. ix. Je la recueillerai, elle que j'avais chassée et répudiée, elle que j'avais affligée de différentes captivités, ou que j'avais livrée au diable et à ses anges. Et que le lecteur attentif ne me fasse pas cette objection: Eh quoi! vous prétendez que celle qui était boiteuse a été ras¬ semblée et que celle qui avait été chassée a été reçue de nouveau, alors que lés Juifs persévé¬ rèrent dans leur incrédulité ? La prophétie s'ap¬ plique à la primitive Eglise de Jésus-Christ, à ceux qui crurent d’entre les Juifs ; les Apôtres en étaient. S. Luc rapporte, dans les Actes des Apôtres, qu’en un seul jour ils embrassèrent la foi au nombre de trois mille, Act. n, iy, et c’est d’eux que Jacques dit à Paul : « Vous voyez, mon frère Paul, combien de milliers de Juifs ont cru, et cependant ils sont tous zélés pour la foi. » Act. xxi, 30. La portée des expressions de la prophétie est à considérer: elle ne dit pas: Je sauverai celle qui était boiteuse fout entière; elle dit : « Je réserverai les restes de celle qui était boiteuse, » en sorte que soient sauvés les contrita, ut ponatur in reliquias , et derelicta in gentern forfcem. « Nisi enim Dominus sabaoth reli- quisset nobis semen, quasi Sodoma essemus, et quasi Gomorrha similes fuissemus. » Rom. ix, 29. Sed juxta Hebraicum pulchre : « Congregabo, » inquit, « cla.u- dicantem, et [al. is esf] eam quæ male ambuluverat, » et acl quant Elias dixerat: « XJsquequo claudicatis? » 111 Reg. xvm, 21. Cujus pes scaudalizatus fucrat abscissus. Marc. ix. Quarn ejeceram, et cui dederam libellum repudii, colligam, et quam afflixeram cap- tivitatibus variis, vel tradideram diabolo et angehs ejus. Ac ne statim nobis diligens lector opponat : Quomodo congregatam asseris claudicantem et col- lectam eam quæ fuerat ejecta, cum Judæi in infide- litate permaneant? audiat de prima Cbristi dici Ecelesia quæ crcdidit ex Judæis, de qua fuemnt et apostoli, super qua in Actibus apostolorum Lucas describit, quod in una die crediderint tria millia, Act . u, iv, et de quibus Jacobus loquitur ad Paulnm : « Vides, frater Paule, quanta millia sint de Judæis credentium, et omnes hi æmulatores Legis sunt. » Act. xxt, 20. Sed et significantiain considéra propbe- talem : non dixit : Ponam claudicantem totam sal- vam; sed : « Ponam claudicantem in reliquias, » ut restes, ceux que Dieu aura choisis, et que celle qui avait été si affligée soit changée en un peuple puissant, c’est-à-dire revêtue du nom chrétien, contre lequel ne prévaudront ni l’épée, ni les flammes, ni les tourments. Que l’on songe à la foi et à la constance des martyrs, et l’on déci¬ dera bien vite quel est ce peuple puissant. « Le Seigneur régnera sur eux, » c’est-à-dire sur toutes les nations et sur les restes de la boiteuse, sur la montagne de Sion ou dans l’Eglise, dans la vision et la contemplation des vertus, depuis le temps présent et jusque dans l’éternité. Que si l’on veut entendre de l’àme de l’homme ces paroles : « Je rassemblerai celle qui avait été brisée, et j’accueillerai de nouveau celle qui avait été chassée, » etc., en ce sens qu’avant la venue de Jésus-Christ, elle était esclave des passions et des vices divers, et que, semblable à une brebis égarée et malade, elle avait été déchirée par la dent des loups, on ne se trom¬ pera point, à la condition toutefois de recon¬ naître qu’après avoir été brisée et affligée, elle doit être plus tard sous le sceptre du Seigneur, vivre dans Sion et être rapportée à la montagne primitive sur les épaules du bon Pasteur. Luc. xv. Il faut noter aussi que le texte que nous avons cité et celui qui lui est semblable en ïsaïe, les Juifs et les héritiers de leur erreur le rappor¬ tent à l’empire de Jésus-Christ et des saints, en l'an mil, et que ce qui est dit : « Tous les peu¬ ples marcheront, chacun sous la protection du reliquiæ et electio salvæ fiant, et eam quæ laborave- rat, iu gentem robustam, innomen videlicet Gliristia- num, quod non gladius, non ignés, non tormenta superabunt. Vide ûdem et passionem martyrum, et de robusta gente non ambiges. Et regnabit Domiuus super eos, id est, super gentes raultas et super reli- quias claudicantcs in monte Sion, in Ecelesia, in spécula in contemplatione virtutum, a præsenti sæ- culo, et usque in futurum. Si quis autem volucrit hoc quod dicitur : « Cougregabo eam quæ contrita fuit, et ejectam suscipiam, » et cæteva, de auima humana intelligcre, quod ante adventum Cbristi variis passionibus vitiisque servicrit, çt quasi erro- neaet morbida ovis luporum fuerit laniata morsibus, non errabit; dum tamen noverit eam, quæ contrita fuerat et afflicla, sub Domiui postea regno futuram, et victuram in Sion, et ad pristinum montera boni pastoris humeris reportandam. Luc. xv. Scicndum quoque, et hoc capitulum quod nunc cxposuinnis, et huic simile de Isaia, Judæos et eorum erroris hæ- redes ad mille annorum referre imperium Christi atque sanctorum, et illud quod dicitur : « Omnes populi ambulabunt, unusquisque in nomiue Domini Dci sui, ita interprétai1], unamquamque goutem 44 SAINT JÉROME Seigneur leur Dieu, » ils l’interprètent en ce sens que chaque peuple sera châtié avec son idole et voué au feu du supplice éternel. La suite montre qu’il ne s’agit pas ici de la fin des temps, mais du premier avènement de Jésus-Christ, où sont recueillis les restes de la boiteuse, après que les Gentils ont été sauvés. Aussi Isaïe a-t-il écrit le témoignage suivant : « Parole qui a été adressée à Tsaïc, fils d’Amos, touchant Juda et Jérusalem : Dans les derniers temps, la montagne du Seigneur sera en évi¬ dence à tous les yeux, et la maison de Dieu sera bâtie au-dessus du faîte des monts et s’é¬ lèvera au-dessus des collines. Toutes les nations y accourront en foule et plusieurs peuples y viendront, en disant : Venez, montons à la montagne du Seigneur, et à la maison du Dieu de Jacob. Ils nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers, parce que la loi sortira de Sion et la parole du Seigneur de Jé¬ rusalem. Il jugera les nations et il convaincra d’erreur plusieurs peuples ; et ils forgeront de leurs épées des socs de charrues et de leurs lances des faux. Un peuple ne tirera plus l’épée contre un peuple, ils ne s’exerceront plus â se com¬ battre. » Isa . n, 1-4. Ce n’est pas sans intention qu’il est dit ici que la parole divine sortant de Jérusalem jugera les nations, et convaincra d'erreur particulièrement le peuple juif. Nous, elle nous jugera comme pécheurs, selon la me¬ sure de nos œuvres, tandis que les Juifs, entant qu'impies et négateurs du Christ, elle ne les jugera pas, mais elle les convaincra dans leur condamnation. ■ LIVRE lï. Je ne cesse de répondre aux envieux , parce que l'envieux n'a pas de repos, et les premières lignes de mes livres sont consacrées à réfuter les insinuations méchantes des jaloux. Ils pu¬ blient partout que je n'écris que des inepties en un langage stérile et maigre , et qu’étant inca¬ pable de parler , je ne puis pas me taire. Je vous conjure donc, Paul et Eustochium, de fer¬ mer les oreilles à des aboiements de cette sorte, cum idolo suo torqueri et mitti in ignem actevni sup- plicii. Sod ex consequentibus arguuntur, non de fine sœculorum hoc d ici , sed de primo adventu Gbristi , in quo colliguntur reliquiæ claudicantis, et gentes ante salvantur. Igitur Isaias hujuscemodi posuit testimonium : « Sermo qui factus est ad Isaiam fi- lium Amos de Juda et Jérusalem : Quia erit in 110- vissimis diebus manifestus mous Domini, et do mu s Deisuper summitatem montium, et exaltabitur super colles; et venient ad eum omnes gentes, et ibunt nationes multae, et dicent : Venite, ascendùmus in montera Domini, et in domum Dei Jacob, et aunun- tiabit nobis viam nostram, et ambulabimus in ea ; de Sion euim exiet lex, et verbum Domini de Jéru¬ salem ; et indicabit inter gentes militas, et arguct populum plurimum, et coucident gladios suos in aratra, et zibynas suas in falces, et non sumet gens contra gentem gladium, et non discent ultra belli- gerare. »Isa. n, 1, h. Signiflcauter hic [al. his] dicitur quod sermo Dei egrediens de Jérusalem, judicet inter gentes multas, et arguat proprie populum Judrcorum. Nos enim quasi peccatores juxla ope- ru m nostrorum meusuram judicabit; illos vero ut et vos prières venant en aide à mon enfance , comme ils disent, d'obtenir que Dieu ouvre ma bouche comme il ouvrit celle de l’Apôtre, afin qu’on puisse dire de moi , quand je parle des Ecritures : « Le Seigneur donnera sa parole â ceux qui publient la bonne nouvelle avec une grande force. » Psaim. lxyii, 12. Quant aux tau¬ reaux gras qui m'ont entouré, Psaim . xxi, je les avertis de s'arrêter et de cesser de médire, s’ils impios et negatores non judicabit, sed arguet con- demnatos. LIBER SECUNDÜS. Semper invidis respondemus, quia non cessât in- vidia, et librorum nostrorum exordia, æmulorum maledicta coufutant. Qui vuîgo jactant me sterilis jejunique sermonis quasdam ineptias scriberc, et cumloqui nesciam, tacere non posse. Itaque obsecro vos, o Paula et Eustochium, ut ad hujuscemodi la- tratus clandatis aures, etiufantiam, utdicunt, meam orationibus adjuvantes, impetretis mihi juxta Apos- tolum adapertionem oris mei, nt de Scripturis lo- quenti adaptari possit : « Domiuus dabit verbum evangelizantibus virtute multa. » Psaim . lxvii, 12. Monco autem tauros pingues, qui circumdcderunt me, Psaim. xxi, ut quiescant et desiuant maledicere, malefacta ne noscant sua, quæ proferentur post, si pergent [al. pergunt] læderc. Nam quod dicunt, Ori- genis me volumina compilare, et contamioari non decerc veterum s cri p ta, quod illi maledictum vehe- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. ne veulent que je leur fasse sentir leurs méfaits, qui né tarderont pas à être produits, s’ils con¬ tinuent leurs provocations. Quant à leur grief, que je compile les œuvres d’Origènc et qu’il no convient pas de profaner les écrits des anciens, ce qu’ils croient être une épigramme acérée, je le regarde comme le plus grand des éloges , alors que je m’efforce d’imiter un auteur qui , j'en ai l’assurance , plaît à tous les gens sages et à vous-mêmes. Si c’est un crime de trans¬ porter en notre langue ce qu’il y a de bien dit chez les Grecs , qu’on accuse Ennius et Virgile , Plante, Cécilius et Térence, Cicéron aussi et tant d’autres hommes éloquents qui ont traduit , non-seulement des fragments , mais de nom¬ breux chapitres , des livres tout au long , des fables entières ; qu’on proclame aussi coupable de plagiat notre Hilaire, parce qu’il a rendu près de quarante mille versets des psaumes d'a¬ près le sens du même O ri gène. Je préfère riva¬ liser de négligence avec tous ces écrivains , qu'imiter l’obscure diligence de mes envieux. Mais il est temps de dicter un autre livre sur Michée , et d’écraser les tètes renaissantes de l’hydre avec la massue de la prophétie. » Et vous, tour du troupeau, fille de Sion, en¬ vironnée de nuages , la puissance souveraine viendra jusqu’à vous ; il viendra l’empire de la mens esse existimant [à] , eamdem laudem ego maximam duco, cum ilium imitari volo , quem cunctis prudeutibus et vobis placere non dubito. Si enim cri mini s est Græcorum b eue dicta transfert, accusetur Ennius et Maro, Plantas, Cæcilius et Te- rentius, Tullius quoque et cæteri éloquentes vin, qui non solum versus, sed multacapita et lôngissimos libros ac tabulas intégras transtulerunt. Sed et Ilila- rius noster furti reus sit, quod in psalmos quadra- ginta ferme millia versumn supradicti Origenis ad sensum verterit. Quorum omnium æmulari exopto negligentiam, potius quam istorum obscuram dili¬ gent! am. Verum jam tempus est alterum in Michæam librum endere, et renascentia hydræ capita contendere propbetali. a Et tu, turris gregis, nebulosalilia Sion, usque ad te veniet, etyeniet potestas prima, regnum filiæ Jérusa¬ lem. Nu ne quare mcerore contralieris? uumquid rex non est tibi, autconeiliarius tuus periit? qaiacompre- («) 43 fille de Jérusalem. Pourquoi donc êtes- vous maintenant troublée par le chagrin ? N’avez- vous donc point de roi ni de conseiller , que vous ôtes ainsi dans la douleur comme une femme en travail? » Mich, iv, 8, 9. Les Sep¬ tante : a Et vous , tour du troupeau, fille de. Sion , environnée d’obscurité , la principauté souveraine viendra jusqu’à jvous et entrera ; l’empire viendra de Babylone à la hile de Jéru¬ salem. Pourquoi donc connaissez-vous mainte¬ nant les souffrances? n'aviez-vous donc plus de roi ni de conseiller, que les douleurs se soient emparées de vous comme d’une femme en tra¬ vail? » Cette tour du troupeau, environnée de nuages ou noire, en hébreu OpiiELi,ne peut être pour nous autre que celle dont Isaïe a écrit : « J’ai élevé une tour au milieu d’elle , » c’est-à- dire de ma vigne. Or, la vigne du Seigneur est la maison d’Israël. » Isa. v , 2. Cette tour, tant qu’elle a son pressoir, e’est-à-dire l’autel, que la vigne a sa clôture, c’est-à-dire les secours des Anges et que le sanglier ou le diable n’y pé¬ nètre pas, n'est ni noire ni environnée de ténè¬ bres ; elle porte , au contraire, le nom du Sei¬ gneur , qui est la vraie lumière , elle est la cité bâtie sur 1a. montagne et qui ne peut être ca¬ chée pour personne. Elle qui était autrefois la tour du troupeau et du peuple de Dieu, depuis liendit te dolor quasi parturiontem. » Mich. jv, 8, 9. LXX : « Et tu, turris gregis, caligosa filia Sion, ad te veniet, et ingredietur principatus primus, regnum de Babylone filiæ Jérusalem. Et nunc quare cogno- visti mala?numquid rex non erat tibi, aut consilium tuum periit, quia obtinuerunt te dolores sicut par- turientem? « Tuvrem gregis nebulosam sive squalen- tem, quod Hebraice dicitur opiiel, nullain aliam debemus accipere, nisi illam de qualsaias ait : « Et ædificavi turrem iu medio ejus, » id est, « vineæ. Viuea autem Domini domus est Israël. » Isa. v, 2, Hæc turri9 quamdiu liabet torcular, id est, altare, et in circuitn maceriam, anxilia videlicet angelorum, et non ingreditur diabolus aper in vineam, non est squalida, non est tenebrosa, sed a Domino lucente sortita vocahulum, appellatur civitas, quæ in monte sita Jatere non potest. Turris igitur quoudam gregis et populi Deij quia pessiuii coloni iuterfecerunt pa- tris familias ftlium, Luc. xx, nunc squalida est et Ex Tereutii prologo in Andriam : Contammari non doccre fabulas. Tura ex prologo in Adelphos : Quod illi maledictum vehemens oxistumant. Eam laudem hic ducit rnaxumam, cum illis place! Qui vobis universis et populo placent. Déni que in fine rursum in prologo in Andriam : Quorum æmulari exoptat negligentiam, Potius quam istorum obscuram diligentiam. 46 SAINT JÉROME que des colons méchants ont mis à mort le fils du père de famille, Luc. xx, elle est maintenant noire et abandonnée, et Isaïe, qui l’appelle Àriel, crie de la terre : « Voilé la tour de la fille de Sion , » Isa . xxix, ou , d'après la traduction grecque de Symraaque : « Voilé la fille deSion elle-même. » C’est jusqu'à elle que viendra Dieu, ou la puissance souveraine qui est le règne de la fille de Jérusalem. La puissance pre¬ mière ou la principauté première qui vien¬ dra jusqu’à cette tour, c’est celui qui avait dit: « Je suis l’alpha et l'oméga,» le com¬ mencement et la fin , le premier et le dernier , Àpoc. xxn, 13 , et qui, selon la nature humaine qu’il a prise, s’exprime ainsi dans les Prover¬ bes : «Le Seigneur m’a créé au commencement de ses voies, avant qu’il créât autre chose , » Prov. vm, 22, ou, comme porte l’hébreu : « Le Seigneur m’a possédé , » Càîuni signifiant, non pas « il m’a créé, » mais « il m’a possédé» et il m’a eu. La puissance première et le règne de la fille de Jérusalem sont venus, afin qu’après la puissance souveraine il y en eut une seconde; il dit de lui-même avec confiance : « Je suis la lumière du monde , » et il donne aussi à ses disciples le privilège d’être appelés lumière du monde, en leur disant : «Vous êtes 1a lumière du monde.» Matth. x , 14. lise donne dans l’E¬ vangile le nom de vraie vigne, et il dit de ceux qui croient en lui : «Je vous ai plantés comme une vigne vraie , où je n’avais mis que de bon plant. » Jérôm. n, 21. 11 est le pain vivant des- destituta, et euh nomme Ariel, Isa. xxix, clamât de terra ïsaia : « Et hæc turris filiæ est Sion, » sive, ut Symmachus vertitin Græcum : « Ipsaestfilia Sion;» et usque ad hauc venict Deus, vel potestas prima, quæ potestas regnum est filiæ Jérusalem. Yenit au- tem ad hanc Lurrim prima potestas, sive principales primus, ille qui dixerat : « Ego sum alpha et, » prin- cipium et finis, primus etnovissimus. Apoc. xxn, 13. Et qui ex persona assumpti homiuis ait in Prover- biis : « Dominus creuvit me in principio viarum suaram in opéra sua, » Prov. vm, 23, sive ut in Ke- bræo scribitnr : « Dominus possedit me; » canani enim non « creavit me, sed possedit me» liabuitque, signifia cat. Et venit potestas prima et regnum filiæ Jérusalem, ut post primam fieret et secunda ; sicut enim ipse loquitur confidenter : « Ego sum lux mundi, » loan. viii, 12, ita et discipulis suis donat ut ipsi quoque lumen vocentur mundi, dicitque ad eos : « Vos estis lux mundi. » Matth . v, 14. Sed et vineam vevam se in Evangelio vocans , de credentibus per Jeremiam loquitur : « Ego autem plantavi te vineam frngiferam totam veram. » Jerem. u, 21. El cum sit panis vives de cœlo descendens, discipulis dédit, ut appellentur cendu du ciel , et il a permis à scs disciples de s’appeler pain ; aussi l’apôtre Paul s'écrie-t-il avec confiance : « Nous ne sommes tous en¬ semble qu’un seul pain. » I Gorinth. x, 17. La puissance souveraine et le règne entrent donc dans Jérusalem, de telle manière qu’ils y cl lan¬ gent les fidèles en souverains et en rois. Quant à ce que portent quelques livres, que le règne viendra « de Babylonc » à la fille de Jérusalem , les mots « de Babylone » sont ajoutés , puisque ni le texte hébreu , ni les autres interprètes ne les donnent. Les Septante me paraissent avoir fait allusion à la captivité de Babylone, pour signifier que le peuple sortirait de là pour ve¬ nir à Jérusalem. La prophétie poursuit : « Et maintenant, pourquoi êtes-vous accablée de chagrin?» ou, d'après les Septante : «Et main¬ tenant, d'où vient que vous connaissez les souf¬ frances , » vous jusqu’à laquelle le Seigneur , la puissance souveraine et le règne, doit venir? Pourquoi le chagrin vous accable-t-il mainte¬ nant, ou pourquoi connaissez-vous les maux ? La réponse suit aussitôt : C’est parce que vous n'avez plus de roi et que votre conseiller a péri que la douleur s’est saisie de vous comme d’une femme en travail? ou plutôt, vous avez l’un et l'autre, mais, par votre faute, vous ne méritez le secours ni du roi ni du conseiller. Les mots: «D’où vient que vous connaissez les malheurs?» s’entendent en ce sens que , de quiconque a mérité et enduré des souffrances , on dit qu’il connaît les mauxetqu’ilne connaît paslesbiens, panis. Undc et apostolus Paulus loquitur confiden¬ ter : « Omnes enim unus panis sumus. » ï Cor . x, 17. ïn hune igitur modum ingroditur potestas prima et regnum in Jérusalem, ut credentes in ea potes- tatem faciat. et regnum. Quod autem in quibusdam libris legitur : « Et ingrediotur [al. ingrecliatur prin- cipatus primus regnum filiæ Sion, et de [al. est de) Babylone, » sciamus additum esse , quia nec in Ke- bræo, nec apud alios hubetur interprètes. Etvidctur milii quidem de captivitate sensisse Babylonia, quod populus inde egrediens venerit Jérusalem. Sequitur : « Et mine, quare mcerorc contraheris ? » sive , ut in LXX scriptum est : « Et mine quare cognovisti mala, » ad quam venturus est, inquit, Dominus et potestas prima et regnum? Quare nunc mœrore contraheris, aut quarc cognovisti mala? Statim respondetur et dicilur : Quia rex lion est tibi , ot consiliarius tuus periit, quia comprehendit te dolor sicut parturiem tem. Aut «erte cum hæc omnia babeas,vitio tuo nec regis, nec consiliarii mereris auxilium. Quod autem ait: « Quare cognovisti mala? » illo sensu accipien- dum est, quod omnis qui meretur et patitur mala, dicitur nosse mala ot ignorare bon a. Juxta illud COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÊE. 47 conformément è ce qui est ditdans le premier livre des Rois : « Les enfants d’Iîéli étaient des en¬ fants de Déliai qui ne connaissaient pas Dieu;» I Reg. ii, 12 ; et ailleurs : ce Celui qui garde le précepte ne connaîtra point de parole mau¬ vaise ; » Eccl. vin, 6 ; et le Seigneur dit aux pê¬ cheurs : « Retirez-vous de moi , vous qui faites des œuvres d’iniquité , je ne vous ai jamais connus. » Matth. vu, 23. D’autre part, il est dit du Seigneur : Dieu le Père , « pour l'amour de nous, a rendu victime du péché celui qui ne con¬ naissait point le péché. » il Corinth. v , 21 . Le roi, l'Ange du grand Conseil , dont il est ques¬ tion dans notre texte, c’est le Sauveur, qui périt pour le peuple incrédule, que les douleurs sai¬ sirent comme une femme en travail. C’est qu’Is- raël, quand il croyait obtenir l’empire, fut dé¬ vasté tout- à-cou p , et , comme une femme en travail ne peut éviter la douleur , il ne put échapper à l’armée qui assiégeait Jérusalem ni différer le moment de la captivité qui le mena¬ çait. Qu’on lise les Ecritures, et l’on n’y trou¬ vera jamais que les saintes femmes , à l’excep¬ tion de Rachel , aient enfanté avec douleur ; Rachel, parce qu’elle était encore en route et sur l’iippodrome , c’est-à-dire «la lice des che¬ vaux , » que l’on vend en Egypte , enfanta un fils de douleur, que son père, plus tard, appela fils de la droite. Gênés, xxxv. D’Eve, chassée du paradis sous le coup de cette menace : « Vous enfanterez dans les douleurs , » Gênés, ni, 16, il quod in 'primo quoque Regnorum libro scriptum est : « Fila Heli, filii pestilentiæ, non cognoverunt Deum ; » I Reg. n, 12 ; et alibi : « Qui custodit man- datum, nesciet verbum malnrn ; » Eccl. yiii, 5 ; et ad peccatores : « Recedite a me , » inquit Dorainus, « qui operamini iniquitatem, quianescio vos. » Matth. vu, 23. E contrario de Domino : « Qui cum non co- gnovisset peccatum, pro nobis peccatum fecit, » II Cor. v, 21, subauditur, Deus Pater. Rex autem, et magui consilii Angélus, Salvator intclligitur, qui pe- riit pro populo non credentc, quem comprehendenmt dolores sicut parturientem ; putans enim Israël ob- tinere se imperium, repente vastatus est. Et quo- modo pariens dolorem efî’ugere non potest ; sic ille imminentem captivitatem, et exercitum urbi cir- cnmdatum vitare et differre non potuit. Legamus Scripturas, etnuuquam inveniemus, sanctas mulîeres excepta Rachel, cum dolo're peperisse ; quæ quia in via erat et in hippodromo, id est, « cquornm cursn, » qui in Ægypto venundanlur, filium peperit doloris, quem postea vocavit pater filium dextrau Gen. xxxv, Eva ejecta de paradiso et audiens : « In doloribus paries, » Gon. m, 16, peperisse describitur iu dolore. Uxor Phincea contracta, nec se erigens sicut ilia est rapporté qu’elle enfanta dans la douleur. La femme de Phinées, s’étant affaissée et ne pouvant se relever comme celle dont l’Evan¬ gile dit qu’elle fut liée par le diable, enfanta en apprenant la ruine de l’arche de Dieu et du peuple. II Reg. iv. Sara, qui était sainte, et dans la vieillesse, s’écria, quand Isaac fut né : « Dieu m’a donné un sujet de ris et de joie, et quicon¬ que l’apprendra s’en réjouira avec moi.» Gen. xxi, 6. Par conséquent, les douleurs qui s’empa¬ rèrent de la tour du troupeau sont les douleurs de la mort, qui entourèrent le Sauveur lui- même, mais ne purent prévaloir sur lui, comme il l’atteste lui-même dans le psaume dix-sept : « Les douleurs de la mort m’ont environné, les torrents de l’iniquité m’ont rempli de trouble et j’ai été affligé par les douleurs de l’enfer. Quel¬ ques-uns pensent que cette tour environnée de nuages, que la fille de Jérusalem, doit s’entendre de la céleste Jérusalem , qui est la mère des saints et dont l’Apôtre a dit : « Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, de la céleste Jérusalem.)) Hebr. xir, 22. Elle est dans le deuil tant que ses fils ne lui sont pas ramenés , qu’elle n’a ni roi ni con¬ seillers, et les douleurs la saisissent comme une femme en travail;, parce qu’elle a enfanté en vain , puisqu’elle voit un si grand nombre de ses enfants mis à mort. « Affligez-vous et tourmentez-vous , fille de Sion , comme une femme qui enfante , parce quam in Evangelio diabolus alligavit, Luc. xiii, pepe¬ rit postquam captam arcam Dei populique cogno- visset ruiuam. II Reg. iv. Sara autem quæ sancta erat, et ei defecerant muliebria, nato Isaac dicit : « Risum mihi fecit Dominus, quicumqne enim au- dierit, congratulabitnr mihi. » Gen. xxi, 6. Dolores igitur qni obtinuerunt turrem gregis, dolores inferi fcunt et dolores mortis, qui circumdederunt quidem et vallaverunt etiain Salvatorem ; sed nequaquam eum obtinere potucrunt, sicut ipse loquitur in Psalmo decimo septimo : « Circumdederunt me dolores mor¬ tis, et torrentes iniquitntis conturbaverunt me , et dolores inferni vallaverunt me. » Quidam putant turrem squalentem sive tenebrosam et fîliam Jérusa¬ lem, de cœlesti Jérusalem intelligi, quæ sit mater sanctorum, de qua et Âpostolus ait : « Àccessislis ad Sion montem et civitatem Dei viventis , Jérusalem cœlestem, » Hebr. xu, 22, quæ tamdiu squalet, quam- diu filii sui non reducuntur ad eam , et rex et con- siliarius non sit in ea, et dolores sicut parturientem appréhendant eam, quod frustra peperit, videns tantos filios interfectos. « Dole et satûge, filia Sion , quasi parturiens, quia nunc egredieris de civitate, et habitnbis in regionc, 48 SAINT JÉROME. cfue vous sortirez maintenant cle votre ville , vous habiterez dans un pays étranger, et vous viendrez jusqu’à Babylone; là vous serez déli¬ vrée, là le Seigneur vous rachètera de la main de vos ennemis. » Mick. iv , 10. Les Septante : << Souffrez et conduisez-vous avec courage , 6 fille de Sion , comme une femme en travail , parce que vous sortirez de votre ville, vous ha¬ biterez dans la campagne et vous viendrez jus¬ qu’à Babylone ; c’est de là que vous délivrera, c'est de là que vous rachètera de la main de vos ennemis le Seigneur votre Dieu. » Si, après lui avoir, prescrit de gémir ou d’enfanter, on lui enjoint ensuite d'agir avec courage , ce n’est pas sans raison ; c’est afin que, supportant les douleurs avec patience elle sorte de la ville, qu’elle habite dans la campagne ou un pays éloigné, qu'elle vienne jusqu’à Babylone, et qu'endurant la captivité pour son péché, après qu'elle aura supporté l’expiation avec oourage, elle soit délivrée et rachetée par le Seigneur de la main de ses ennemis , et qu’ayant été déli¬ vrée , elle puisse dire à ceux qui l’outragent : O mon ennemie, ne vous réjouissez point de ce que je suis tombée; je me relèverai , bien que je me sois assise dans les ténèbres, parce que le Seigneur est ma lumière. Je porterai le poids de la colère du Seigneur , parce que j'ai péché contre lui, jusqu’à ce qu'il ait jugé ma cause et qu'il se soit prononcé pour moi. Alors il me fera passer à la lumière et je contemplerai sa justice. Mon ennemie me verra alors, et elle sera couverte do confusion. » Mich. vu, 8 et seqq. De et venies usque ad Babylonem ; ibi liberaberis, ibi rediinet te Dominus de manu inimicorum tuorum. » Mick . iv, 10. LXX: « Dole, et viriliter âge, filia Sion, quasi pnriens, quia nunc egredieris de civitate, et habitabis in campo et venies usque ad Babylonem ; inde liberabit te, et inde redimet te Dominus Deus tuus de manu inimicorum tuorum. » Cui præcipitur ut dolcat, sive parturiat, et postea infertur, viriliter âge, non frustra præcipitur; sed nldolores patienter ferens, egrediatur de civitate, et habitet in campo sive in regione, et veniat usque ad Babylonem, et cum pro peccato sustinens captivitatem fortiter tu- lerit quod illatum est, tune liberet eam Dominus, et redimat Deus suus de manu inimicorum suornm, ut postquam fuerit liberata, insultantibus dicat : « Noli insultare mihi, inimica mea, quia cecidi : resurgam; otsi enim ambulavero in tenebris, Dominus lux mea est ; iram Domini suatinebo quoniam peccavi ei , donec justificet causam meam , et faciat judicium meurn, et educat me in lncem , et videbo justitiam ejus, et aspiciet inimica mea, et operietur ignomi- nia. » Mich. vu, 8 et seqq . Unde et in P salmis con- là co que chante le psaume avec raison : « Le Seigneur ne s’irritera point sans fin et ne me¬ nacera pas éternellement. » Psahn. cri, 9. Ces mots : « Gémissez et agissez avec courage, » ont trait au salut de quiconque gémit et agit avec courage , la preuve en est dans Josué , fils de Navé, à qui le Seigneur dit : «Affermissez-vous et agissez virilement. » Jos. i, 18. Or, la fille de Sion souffre et se comporte avec courage, parce qu’elle est sortie sans chaussures et nue de la ville , qu’elle doit être menée captive dans la plaine de Sennar , et qu’elle demeurera à Ba¬ bylone, jusqu'à la venue de Zorobabel et d'Es- dras , dont le nom veut dire « auxiliaire , » et qui la délivrera de la main des Chaldéens.Tout cola est évident dans le sens littéral. Au figuré, la prophétie me semble signifier que l’âme , quand elle a été rejetée do l’Eglise à causé de son péché et livrée à l'ennemi pour la perte de la chair, afin que l’esprit soit sauvé , sort de la ville où répand la joie un fleuve abondant, pour habiter , non plus sur la montagne comme au¬ paravant , mais en plate campagne , exposée aux incursions de l'armée des Assyriens, c’est- à-dire de ses vices, qui la jettent dans la confu¬ sion, et qu’après avoir été chargée de chaînes , tourné la meule et fait la farine pour les Baby¬ loniens , rentrant en elle-même , elle s’écrie : « Combien y a-t-il chez mon père de serviteurs à gages qui ont plus de pain qu’il ne leur en faut , et moi, ici, je meurs de faim I » Luc . xv , 17. Elle retourne alors à la maison paternelle, où la reçoit le plus clément des pères qui la ra- grua voce cantatur : « N ou in perpetnum irascetur, neque in æternum comminabitur Dominus. » Psalm. eu, 9. Quod autem : « Dole et viriliter âge, » ad salutem dolentis pertineat et agentis viriliter, Jésus quoque filius Nave testis est, cui Dominus dicit : « Confortare et viriliter âge. » Josue . i, 18. Dolet au¬ tem et agit viriliter filia Sion , quia excalciata et mula egressa est de civitate, et captiva ducenda est in campum Sennaar, et futura in Babylone donec Zorobabel veniat et Ezdras qui interpretntur « ndju- tor, et de manu Chaldæomm liberet eam. Quod cum juxta litLeram manifestum sit, intelligere mihi videtur animam propter peccatum de Ecclesia pul- sam , et inimico et ultori contraditam in interitum carnis, ut spiritus salvus fiat, exire de civitate quam fluminis impetus lætificat, et habitare non in monte, ubi prius fnerat , sed in campo, in quo Assyriorum vagatnr exarcitus , et esse in confusione vitiorum suorum, et postquam habuerit compedes, et traxerit molam , et farinam Babyloniis fecerit, in semet re- versam dicere : « Quanti mercenarii patris mei sa- turantur panibus, et ego hic famé pereo ! » Luc. xv, COMMENTAIRES SUN LO L>HOI»llÊTIi MiCHÉE. 49 chète des mains du plus dur des tyrans. Don¬ nons un exemple qui prouve que cet ordre adressé à la fille de Sion : « Affligez-vous et agissez avec courage comme une femme en travail,» a trait, non pas à son châtiment, mais à son utilité. Paul écrivait aux Galates : « Mes petits enfants , pour qui je sens de nouveau les douleurs de fenfantemement , jusqu’à ce que Jésus-Christ soit formé en vous; » Galat. iv, 19, et il éprouva ces douleurs de l’enfantement jus¬ qu’à ce qu’il eut régénéré par la péni tence ceux avaient péri par le péché. C’est donc comme si un médecin disait à un fiévreux ou à un blessé : « Gémissez et agissez avec courage , » endurez la soif , supportez le cautérisation , pour être certain de recouvrer la santé. (( Plusieurs peuples se sont maintenant as¬ semblés contre \ous, et ils disent : Que Sion soit lapidée et que mes yeux se repaissent de son malheur. Mais ils n'ont point connu qu’elles sont les pensées du Seigneur, et ils n’ont point compris que son dessein était de les assembler comme on amasse la paille dans faire. Levez- vous, et foulez la paille, fille de Sion; car je vous donnerai une corne de fer et des ongles d'airain, et vous briserez plusieurs peuples; vous immolerez au Seigneur ce qu’ils ont ravi aux autres, et vous consacrerez au Seigneur de toute la terre ce qu’ils ont de plus précieux. » Mich. jv, H-13. Les Septante : « Plusieurs peu¬ ples se sont maintenant assemblés contre vous 17; et ad paternam domum poslea revertentem sus- cipi a clementissimo pâtre , et redimi de manu du- rissimi domini. Ponamus exemplum ut quod impe_ ratur filiæ Sion , et dicitur : « Dole , et viriliter âge quasi pariens , » non ad pœnam , sed ad utilitatem illius refer am us. Loquitur Pau] us ad Galatas : « Edioli moi, quos item un parlurio, donec Christns formelur in vobis. » Galat. iv, 19. Et taindiu doiuit, tamdiu [al. quandïu\ parturivit , donec cos rursum per pœ- nitentiam geueraret, qui . per delictum p encrant. Puta medicum febricilanti vel vulnerato dicere : « Dole, et viriliter age, » sustine sitim, porta enute- rium, ut ccrtior sauitas consequatur. « Et u une congregatæ sunt super te gentes limita?, quæ dicunt : Lapidetur et aspiciat in Sion ocnlus no3ter. Ipsi autem non cognoverunt cogitatioues Domini, et non intellexerunt cousilinm cjus , quia congregavit eos, quasi fœnuni areæ. Surge et tritura, filia Sion, quia cornu tuuiïi ponain ferreum , et uu- gulas tuas ponam æreas, et comniiimes populos multos ; et interficies [al. interficiam\ Domino rapinas corum , et fortitudinem eorum Domino universæ terne. » Mich. iv, 11-13. LXX : « Et mine congregatæ sunt super te gentes mulLæ dicentium : Insultemus, TOME a. en disant : Insultons à la ruine de Sion et que nos yeux se repaissent de son malheur. Mais ils n’ont pas connu les pensées du Seigneur, et ils n’ont point compris que son dessein était de les rassembler comme on amasse des gerbes dans faire. Levez-vous et foulez-les, fille de Sion ; car je vous donnerai une corne de fer et des ongles d’airain, et vous briserez plusieurs peu¬ ples, dont vous consacrerez la multitude et la force au Seigneur Dieu de toute la terre. » O Jérusalem, ô fille de Sion, qui viendrez jusqu’à Bab3done, où le Seigneur vous délivrera et vous rachètera de la main de vos ennemis, maintenant plusieurs peuples se sont rassemblés contre .vous, dont ils parlent comme d’une adultère : « Qu’elle soit lapidée et que nos yeux se re¬ paissent de son malheur, » on, d’après les Sep¬ tante : « Insultons à ses maux dans notre joie et que nos regards to mbent sur elle pleins de mépris. Mais ils n’ont pas connu la volonté et le dessein du Seigneur» de les assembler contre vous, pour que vous les fouliez comme on foule la paille dans faire. Levez- vous donc, fille de Sion, et avec les cornes de fer que je promets de vous donner et les ongles cfairain que vous recevrez, saisissez et brisez les peuples, et im- molez-les au Seigneur de toute la terre. Telle est la victime, c’est là le sacrifice qui lui est agréable. Les Juifs ne voyant pas que cette pro¬ phétie soit encore accomplie, se flattent qu’elle se réalisera à la venue de leur Christ; ils disent et videantin Sion oculi nostri. Ipsi autem nescierunt cogitationes Domini , et non intelîexeruut consilium ejus, quia congregavit, eos, utmanipulos areæ. Surge et tritura eos, filia Sion; quia cormia tua ponam ferrea, et unguia s tuas ponam æreas, et eomminues populos multos, et vovebis Domino multitudinein eorum, et robur eorum Domino univers® terne. « O Jérusalem, o filia Sion, quæ vcnics usque Dabylonem, et ibi liberaberis , et redimet te Dominas de manu inimicorum tuorum , aune intérim [al. iterum ] con¬ gre ga fie sont super te gentes mullæ , quæ quasi de adultéra loquuntur, et dicunt : « Lapidetur, et aspi¬ ciat in oam oculusnoster. » Sive ut in LXX scriptum est : « Insultemus et gaudeamus, et despiciant super Sion oculi nostri ; et non cognoverunt Domini vo- limtatom atquc consilium, » quia propterea adver- sum te congregatæ sint nation es , ut conLcras cas, quasi fœnum vel stipulam areæ. Surge igitur, filia Siou, et in cornibus ferreis , quæ tibi darc me spon- deo, atquc in ungulis æreis, quas acceptura es, ven¬ tila et contere populos, et interüce eos Domino universæ terræ. Tali enim victima et tali sacrificio deiectatur. Hæc Judæi necduiu ex pie ta cenieutcs, in futuro sibi Cnvisti pollicentur adventu , et dicunt 4 50 SAINT JÉHOMK que toutes les nations seront assujetties au peuple juif, et qu’ils briseront avec leurs ongles et disperseront aux vents, avec leurs cornes, l’empire romain lui-même, qu'ils prétendent figuré par Edom. Toutes les Ecritures prouvent surabondamment l’absurdité de cette opinion ; mais ce n’est pas ici le lieu pour un tel débat. Pour nous, qui suivons, non la lettre qui tue, mais l’esprit qui vivifie , nous disons que de nombreux peuples de démons sont rassemblés contre la fille de Sion, qui est l’Eglise, qu'ils l’accablent d'outrages et qu’ils se réjouissent du massacre de ses enfants, ne connaissant point les pensées du Seigneur et ne pénétrant point son dessein. S’ils avaient connu ce dessein, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la gloire. 1 Corinih. n, 8. 11 les rassemblera donc comme des gerbes sur l’aire, afin de briser avec scs ongles tout ce qu'ils semblaient avoir d’é¬ pineux et cle rude, et de ventiler avec ses cornes tout ce qui est vide et léger, en sorte que le pur froment demeurant seul, il en soit fait l’offrande au Seigneur. Mais quel est le sens de ces mots : « Vous briserez plusieurs peuples dont vous consacrerez la multitude et la force au Seigneur Dieu de toute la terre? » Les Nom¬ bres, le livre de Josuê et le premier des Rois nous montrent comment, tout ayant péri ti la face du glaive, l’or et l’argent des nations sou¬ mises et une part déterminée du butin, tant en hommes qu’en bestiaux , sont consacrés au universas nationes Judaico populo servituras, ipsum- que imperium Romauorum, quod sub nomine iuter- pretantur Edom, conterenduni esse ungulis suis et comibus ventilandum. Quod quam stultum sit , ex omnibus Scvipturîs facile comprobatur ; sed hoc alterius temporis est. Nos ergo qui non occideutem litteram, sed spiritum vivificantem sequimur, dici- mus adversum filiam Sion, quæ interpretatur Eccle- sia, multas nationes dæmonum congregari, et iu præsenLi seeculo , quod in maligno positum est, in- aultare, et in occisione Jiliorum ejus gaudere, lies- cientes cogitationes Domini , nec ejus consilium agnoscentes. Si enim cognovissent, nunquam Domi- num majestatis cniciflxisscnt. I Cor. n, 8. Congrcga- bit itaque eos quasi manipulos areæ, ut quidquid spinosum liabore videbantur et aspersum, vacuum- que et leve, ungulis suis conférât, et cornibns ven- tilet, et pur uiu remanens fmmentum , in Domini offeratur donaria. Qnid autem in co si gui fl cet quod ait : « Et comminues populos multos, et consecrubis Domino muUitudinem eorum, et robin* eorum Do¬ mino universæ terne. Legamus Numéros, et Jesum Nave , et primum Regnorum librum , et videbimns quomodo de subjectis gentibus , cum imiversa pc- Seigneur. Ainsi Achor,, ayant dérobé quelque chose de l'anathême de Jéricho, jeta le peuple^ dans le trouble, et le nom d’EïUEC Achor , ou vallée du tumulte, fut donné à la vallée où il fut lapidé à cause de son péché. Jos. vu. Ce qui prouve que dans la version des Septante : « Vous consacrerez au Seigneur leur multitude, » cette consécration doit être prise en bonne part, c’est qu’au lieu de multitude, nous lisons pré¬ sents dans Thêodotion, émolument dans la cin¬ quième édition et gain dans Symmaque. « Vous allez être pillée, 6 fille de voleurs ; on vous assiégera de toutes parts; on frappera sur la joue, avec la verge, le prince d’Israël. » Mich. v, 1. Les Septante : « Maintenant, cette fille verra ses voies fermées de toutes parts. Dieu a fait fondre l’affliction sur nous, diront-ils; on frap¬ pera avec la verge sur la joue des tribus d’Is¬ raël ; » non pas qu’une tribu frappe sur la joue d’une autre, mais ce sont d’autres peuples qui frapperont les tribus d’Israël sur la joue. Je vous ai promis, il est vrai, ô fille de Sion, qu’un temps viendra où je vous donnerai une corne de fer et des ongles d’airain, et où, après avoir écrasé la multitude des démons, vous offrirez au Dieu de toute la terre tout ce qu’ils possé¬ daient auparavant. Mais comme ceci doit arriver lorsque la plénitude des nations sera entrée et que tout Israël sera sauvé, Rom. xi, maintenant vous serez ravagée, ou, comme porte l’hébreu, vous serez hachée selon que vous le méritez, ricrint ia ore gladii . auruni et argentmn , et tain de liominibus, quam de jumentis certes prædæ numerus Domino consecratus sit. Denique et Achor, qui de anathemate Jéricho aliquid est furatus , conturbavit populum, et ex peccato valli nomen impositum est, emkc achor, id est « vallis tu nui 1 tu s sive turbavnm. » Josuej vn. Ut autem scias juxta LXX interprétés, qui dixerunt : « Consecrubis Domino multitudinem eo¬ rum Domino universæ terne, in bonam partein de- bere accipi consecrationem , Theodotio pro multitu- diuc, « mimera » transtulit: Quinta editio « emolu- montum, » id est, dxpeXstav ; Symraachns, « lucrum, » id est, to xspoo.j avkrôv. * «Nunc vastaboris, fllia latronis ; obsidionem posue- runt super nos; in virga percutient maxillam judicis Israël. » Mich. v, I. LXX : « Nnnc obstrnetur fllia obs- tructioue. Augustiam posui t super nos ; in virga perçu, tient super maxillam tribus Israël. » Non quod ima tri¬ bus percutiat maxillam alterius, sed quod aliipercu- tiant tribus Israël in maxillam. Pollici tus quidem tibi sum,o fllia Sion, quod venturum sittempus quo cornu tuum ponam iërreum, et ungulas tuas æreas, et comminuta dæmonum multitudinc, o fieras quidquid illi ante possederant Domino universæ terræ, Sed COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE MICHEL r>3 Vous serez, comme le dit l'Apôtre, non pas la vraie, mais la fausse Circoncision; Philip, ni; et je ne vous appelle pas ma fille, mais fille du voleur, en hébreu Bath Gkdàd, c'est-à-dire fille du diable, toujours prêt à la proie; car vous avez fait de ma maison nne caverne de voleurs, vous vous êtes révoltée contre moi, et vos en¬ fants ont mis le siège autour de moi et de mon Fils et de mon Esprit. N’cst-ce point un outrage à la Trinité quand, par votre scélératesse, les Romains frappèrent le juge d’Israël à la tête de la verge et du roseau, en disant : « Christ, pro- phètise-nous qui t'a frappé? » Matth. xxvi, 68; ou quand un de tes ministres lui donna un soufflet en disant : « Est-ce ainsi que vous ré¬ pondez au Grand-Prêtre ? » Joan. xvin, 22. Voilà d'après la traduction de l'hébreu, à laquelle se rangent Aquila, Symmaque, Théodotion et la cinquième édition. D’après la version des Sep¬ tante, le sens est beaucoup plus élevé, et dé¬ coule, pour ainsi dire, des premiers mots : Maintenant la synagogue voit ses voies fermées de toutes parts, et ceux qui y seront enfermés s’écrieront : «Dieu a établi l’affliction sur nous; » et les tribus d’Israël, soumises à la domination romaine, seront frappées sur la joue ; car le Sei¬ gneur a ôté de la Judée et de Jérusalem le cou¬ rage et la vigueur, les plus sages des architectes, et ceux qui ont l’intelligence de la parole, Isa. m, 1,2; jusqu'à ce jour scs voies sont fermées quia hoc tune futurum est/ quando subintraveri gentuim plenitudo, et omnis Israël salvatus fuerit Rom. xi, nunc intérim pro meritis tuis vastare, sive ut in Hebræo habetur, « concidere. » Nequaquam enim juxta Apostohun, Philipp. ni, vocaris Circumci- sio, sed concisio ; uec te appello filiam meam, sed latvonis filiam, quod Hebraice dicitur batii gedud, id est, diaboli ad prædandum semper acciucti. Fccisti enim domurn meam spelnncam latronum, repu- gnasti adversnm me, et filii tui obsidionem posue- nmt super me, et super Filium, et Spiritum meum. Au non contumclia Trinitatis est, quando in virga et calamo,te faciente, percussere Romani caput judicis Israël, dicentes : « Prophctiza nobis, Christe, quis est qui te percussit?» Matth. xxvi, 68. Sive quando unus de mini s tri s tuis percussit eum in maxillam, dicens : « Sic respondes pontifici? » Joan. xvm, 22. Hoc juxta Hebraicum, cui interpretationi Aquila et Symmachus, et Theodofcio, et editio quiuta conson- tiunt, Juxta LXX autem hiulto altior sensus est, et quasi a proprio intclligitur exordio. fûuic obstruitnr synagoga obstructione, et dicent qui in ea chmsi fue- rint : « Angustiam posuit super nos, » et Romanis potestatibus subditæ, perçu tien Lu r in maxilla tribus Israël. Abstulit enim Dominus de Judæa et de Jéru¬ salem, fortem etvalidum, et sapientem architectum, par une barrière infranchissable, et, ne pouvant sortir de la captivité, elle est accablée du joug le plus dur. Que si, pour relier « cette fille verra ses voies fermées de toutes parts » au passage précédent, on en veut faire l’application à l’Eglise, on doit se rapporter à l’exemple d’Osée, où l’adultère dit : « J’irai après mes courtisans qui me donnaient mon pain, mon eau, mes vête¬ ments, mon lin, mon huile et tout ce dont je me sers. » Osé. n, 6. Mais plus tard, Dieu voulant mettre obstacle à la mauvaise pensée de l’adul¬ tère, elle ne fait pas ce qu’elle avait le désir d'accomplir, parce qu'il ferme ses voies d’une barrière, pour qu’elle ne puisse pas suivre ses courtisans et se livrer à de nouveaux désordres : « C'est pourquoi je vais fermer ses voies avec des épines, je les fermerai avec une muraille; elle ne trouvera pas de sentier par où elle puisse passer ; elle poursuivra ses courtisans sans pou¬ voir les atteindre, elle les cherchera et ne les trouvera point, et elle dira : 11 faut que j'aille retrouver mon premier époux, parce que j’étais plus heureuse que maintenant. » Osé. Ibid. 6, sec. lxx. Le but du Seigneur est donc atteint. L’adultère ne trouvant point sa voie et ne pou¬ vant aller où elle voulait, se voit contrainte de retourner à son premier époux, elle avoue qu’elle est plus heureuse dans la maison de ce premier époux qu’elle ne l’était auparavant auprès de ses adulateurs, et les tribulations et les plaies et intelligentem audilorem [al. adjutorem\ Isa. m, 1, 2, et vise ejus usque hodie clausæ sunt et obseptæ, uec potest egredi de captivitate, sed duvissimo pre- mitur imperio. Si autem juxta supeviorom sensum voluerimus de Ecclesia dictum accipere : « Nuuc obstvuetur filia obstructione, » iilud de Osee profe- raimia exemplum, in quo adultéra loquitur : « Va- dam post amatores meos, qui dabant mibi panes meos, et aquam meum, et vestimenta mea, et lintea- mina mea, oleum meum, et omnia quæ mihi p po¬ sant. » Osee. ii, 6. Et postea Deus volens impedirc cogitationem pessimam, non eam facit quod deside- rat adimplere ; sed obstruit vias ejus, ne consequa- tur amatores suos, et amplius fornicetur. Ait quip- pc : « Proptorea ecce ego obstruam vias ejus in sudibus, et obsepiam vias ejus ; et semitam suam non inveuiet, et persequetur amatores [al. addit suos] et non apprelicndet eos, et quærct eos, et non inve- niet, et die et : Vadam et revertar ad virum meum priorem, qui bene mibi erat. » Osee, Ib. 6, sec. LXX. Animadvertc opus Domiui profecisse. Adultéra enim non in venions viam suam, nec val eus pergere quo volebat, neccssitate obstricta acl maritum revertitur priorem, et conûtetnr melûis sibi in domo viri esse prions, quam quondam apnd amatores suos fuerat, tri bu lationi busqué et plagis Israël eruditur. Unde et SAINT JÉROME ?>2 d’Israël lai sont un salutaire enseignement. De là ce qui est dit à David, figure de Jésus-Christ : « Si ses enfants abandonnent ma loi et s’ils ne marchent point dans mes préceptes, s’ils violent la justice de mes ordonnances et s’ils ne gardent point mes commandements, je visiterai avec la verge leurs iniquités et je punirai leurs péchés par des plaies différentes; toutefois, je ne lui retirerai point ma miséricorde. » Psalm. lxxxviu, 31 et seqq. Dieu a donc fait descendre la tribu¬ lation sur la fille d'Israël, et les Anges préposés aux châtiments la frapperont sur la joue. Qui est cette fille dont les voies sont fermées de toute part et qui est dans les afflictions ? Afin de lever tous les doutes à cet égard, la prophétie ajoute aussitôt, (f les tribus d’Israël. » Or, c’est nous qui sommes Israël, nous qui voyons Dieu en esprit, et pour qui l'Apôtre a fait cette distinc¬ tion : « Considérez Israël selon la chair. » I Co- rinth. x, 18. Il aurait eu garde de parler d’un Israël selon la chair, s’il n’avait su qu’il y a un Israël selon l’esprit. « Et vous, Béthléem, appelée Ephrata, vous êtes petite entre les mille villes de Juda; mais c’est de vous que sortira pour moi celui qui doit dominer dans Israël, et dont la génération est dès le commencement et dès l’éternité. » Mieh. v, 2. Les Septante : «Et vous, Bethléem, maison d’Ephrata, quoique vous soyez des plus petites entre les mille villes de Juda, c’est de vous que sortira pour moi celui qui doit être prince d’Is¬ raël, et dont la génération est dès le commen- ad [al. de] David sub typo Christi mvstico dicitur : k Si dereliquerint filii ejns legem meam, et in judi- ciis meis non ambulavcrint, si j usti Lias meas profa- uaverint, et præcepta mea non custodierint, visitabo in virga iniquitates eorum, et in llagellis peccata eorum ; misericordiam antom meam non dispërgam ah eo.» Pscdm. lxxxyiii, 31 seqq'. Tribulationem ergo posait Deu s super filiam Israël, et perçu tient eam angeli, qui plagis præpositi sunt, in maxilla. Ae ne forte ncscires quæ esset filia, quæ obstruitur obs- ■tructionc. et ponitur iu angusiia, statim iufertur, cl dicitur, « tribus Israël. » Nos autem su mus Israël, qui mente cernimus Deum, ad quorum distihetionem Apostolus loquitur : « Yidete Israël secuudum car- nem. » I Cor. x, 18. Nunqnam enim vocaret carneum Israël, niai sciret esse etiam spirilualem. « Et tu Betbleem Epbratlia, pawulus es in milli- bus Juda ; ex le mihi egredietnr qui sit domiuator in Israël, et egressus ejus ab initio a diebus æterni- tatis. » Mich. v, 2. LXX : « Et tu, Betbleem douma Ephratha, mininia es, ut sis in millibus Juda ; ex te mihi egredietnr. ut sit in principem Israël, et egres¬ sus ejus ab initio ex diebus sæoulj. » In Evangelium cernent et dès les jours du siècle des siècles. « Dans l’Evangile selon saint Matthieu, les Mages étant venus de l’Orient, et comme 11 érode s ’en- quérait des scribes du lieu où devait naître le Christ, il est écrit qu’ils répondirent : « C/est dans Béthléem de la, tribu de Juda; » à quoi ils ajoutèrent ainsi le témoignage du Prophète : « Et toi, Béthléem, terre de Juda, tu n'es pas la dernière d’entre les principales villes de Juda, car c’est de toi que sortira le chef qui conduira mon peuple d’Israël. » Mcittl î. n. Il est évident, et je n’y insiste pas, que cette rédaction ne con¬ corde ni avec le texte hébreu, ni avec la version des Septante, et je crois que saint Matthieu, dans le but de critiquer la négligence avec laquelle les scribes elles prêtres lisaient les Livres saints, a rapporté ces mots textuellement, comme ils furent dits par eux. Mais il y a des gens qui affirment à tort que la même erreur se produit dans presque tous les exemples pris de l’Ancien Testament, en sorte qu’il y aurait changement ou dans l’ordre des mots ou des mots eux-mêmes, et que parfois le sens n’est plus le même chez tous, les Apôtres et les Evangélistes n’ayant pas contrôlé les témoignages directement sur le texte, et s'étant liés à la mémoire qui trompe en maintes circonstances. Analysons donc le texte hébreu. « Et vous Bethléem, » c’est-à-dire maison du pain, qui êtes appelée Ephrata, vous êtes, il est vrai, une des plus petites villes de Juda, et en comparaison de mille plus grandes qui existent, vous n'étes qu’une petite bourgade ; secundum Mattlueuni, Matth. u, cum magi de Oriente venissent, et Herodes a 3cribis quæreret, ubinam Christus Dominas nasceretur, respoudisse warran¬ tai* : « In Betbleem terra Juda , » gai pro-. pbeta testimonium addeutes dixerunt : « Et In , Betbleem terra Juda , nequaquam mini ma es in ducibns Juda, ex te enim egredietnr dux, qui regat populum menm Israël. « Quod testimonium nec Bebraico, nec Septunginta interpretibns conve¬ nue, me quoque taeeute. perspicunm est, et arbi- tror, Matthæum volentom arguera Scribarum et sacerdotum, erga diviuæ Scriptuive lectionem, negli- gentiam, sic etiam posuisse, ut ab eis dietnm est. Sunt autem qui asserant, in omnibus pene testimo- niis, quæ de veteri Testameuto sumuntur, istiusmodi esseerrorem, ut ant ordo mntetur, aut verba, et in- terdnin sensus quoque ipse diversus sit, vel aposto- lis, vel evangelistis non ex libre carpentibus testi- monia, sed memoriœ credentibus, quæ uouuunquain fallitur. Exponamus ergo Mebraicum : Et tu, « Beth- Icem, » id est, « do ni us punis, quæ vocaris EpliraLlia, mi ni In a quidem es in civital.ibus Juda, cttantis mil- libus comparata, vix parvins es viculus ; sed ex hoc üà COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHEL. mais de cette bourgade sortira Jésus-Christ, qui est le dominateur dans Israël. Et ne croyez -pas qu’il soit seulement de la. race de David, à qui j'ai fait cette promesse : « J’établirai sur mon trône le fruit de votre ventre ; » Psalm. cxxxr, 8; l'assomption de la chair n’empêche pas en lui la majesté divine, il est né de moi avant tous les siècles, et celui qui a créé le temps ne saurait être contenu dans le temps. C’est à lui que j'ai dit dans un autre psaume : cc Je vous ai engendré avant l’étoile du jour; » Psalm. cix, 3; car le Verbe était au commencement, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. U ôtait au com¬ mencement avec Dieu, Joan. r, i. Sa génération est donc dès le commencement et dès l’éternité- Pour Béthléem , elle est bien la même ville •qu'Ephrata, et la preuve en est dans la Genèse, où nous lisons : « Rachel mourut, et elle fut ensevelie sur le chemin d’Ephratha, appelée depuis Bethléem. » Gênés, xxxv, 19. L’un et l’antre nom de cette ville contient un n^stère : elle est appelée maison du pain, à cause du pain vivant qui est descendu du ciel; Joan. vi; et Ephratha, qui veut dire « il voit la fureur, » à cause de la folie d’Bérode, qui, voyant que les Mages s’ôtaient moqués de lui, et entrant dans une grande colère, envoya tuer dans Bethléem et dans tous les pays d’al entour tous les enfants figés de deux ans et au-dessous, selon le temps dont il s’était enquis exactement des Mages, et à cause du seing répandu en abondance, un grand bruit a été entendu sur la hauteur, les parvo viculo egredietur Chris tu s, qui est [al. sit] domina toi’ in Israël. Àc ne putes eum de geuere Da¬ vid tantum esse, cui repromisi, dicens : « De froc tu ventris tui pomun super sedern meam,» Psalm. cxxxi, il, carnis assumptio divinam non iinpedit ma] es ta- tem ; de me enim no tus est ante omuia sæcuia, et temporum conditor in tem pore non tenclur. Ipse est cui et in alio psalnio dixi : « Ante Luciferum g en ni le. » Psalm. oix, 3. «In principio enim eratVerbum, et Verbum oral aputl Deum, et Deus erat Verbum. Hoc erat in principio apud Deum.»,/ort??. r, 1. Et i ci- ci rco egressus ejns ab initio a diebus æternitatis. Quod au tem Betbleem ipsa sit Epbratlm, liber Ge- neseos ostendit, in quo Scriptura commémorât : « Morf.ua est Rachel , et sepulta iu via Ephratha, liæc est Betbleem. » G cnes. xxxv, 19. Et in u troque nomiue signiflcat sacrum en tmn : riomus enim pauis dicitur, propter panem vivum, qui de cœlo descendit ; Joan. vi ; et « Eplirata, » quod interpretatur « fur o rem vi- det, » propter Ilcrodis insauiam, quia illusus a ma- gis, iratus est valde, et mittens universos occidit infantes in Bethlccm, et in omnibus fmibue ejus a bimatu et infra [al. deorsum], secundum tempus plaintes et lès cris lamentables de Rachel pleu¬ rant ses enfants. Matth. ri, 16-19. Nous lisons, mais toutefois d’après la seule version des Sep¬ tante, dans Josué, A l’endroit où sont décrites les villes et les bourgs de la tribu de Juda, ce passage entre bien d'autres : «Théco, Ephratha, qui est Bethléem, Phagor, Aétam, Culon, Tami, Soris, Carem, Gallim, Bèther, Manocho, en tout " onze villes avec les villages qui en dépendent. » Jos. xv. Ni le texte hébreu ni aucun interprète ne portent ce témoignage; les Juifs lontdls mé¬ chamment supprimé dans les anciens livres, afin qu’on ne vit pas que Jésus-Christ est issu de la tribu de Juda, ou bien est-ce une addition faite par les Septante ? il n’y a rien qui per¬ mette de se prononcer avec certitude sur ce point. Néanmoins, le livre des Juges nous fournit une preuve que Bethléem est clans la tribu de Juda, puisqu’on y lit : « Un lévite qui demeurait sur le versant de la montagne d’Ephraïm, ayant pris une femme de Bethléem qui est en Juda. cette femme s’irrita contre lui, et, l’ayant quitté, elle retourna dans la maison de son père, à Bethléem de Juda. » Judic. xix, 1, 2. L’Ecriture fait avec raison cette précision : « A Bethléem de Juda, » pour distinguer cette ville d’une autre Bethléem qui est en Galilée, comme nous l’ap¬ prend le livre de Josué. On peut encore traduire en notre langue Ephratha par « fertile, » et ce mot a alors le même sens mystique que « maison du pain. » « C’est pourquoi il les abandonnera jusqu'à quod exquisierat a magis, et propter plnrimum san- guinem audita est vox in excelso, plane tus et nlula- tns Rachel flentis libêros su os. Matth. ii, iG-19. Le- gimus juxta Septuagiuta duntaxat interprètes, in Jesu Nave, ubi tribus Juclæ nrbes et oppida descri- bu n tu r, inter cætcra etiam bac scriptum : « Thæco, et Ephratha, hæe est Betbleem, et Phagor, et Actham, et Culon, et Tami [al. Tatami], et Soris, et Canem, et Gallim, et Bæther, et Manocho, civitates undecim, et vieilli earum ; Josué vx ; quod nec in Hebraico, nec apud alium invenitnr interpretem, et sive de veteribus libris crasum sit uiali lia Judæorum, ne Gliristus do tribu Juda or tu s vidcrctur, sive a Sep- tuaginta additmn, nequaquam Jiquido cognosccntes, cérium cjuid uovimus. N ibi louai mis et du libre Judi- cum hoc ipsum possumus approbaro, quod Beth- leem iu tribu Juda ait ; scriptum est enim : « Et fuit vir Lévites liabitans in lateribus do mus [al. momis] Ephraim, et acecpit sibi imilierem concubinam de Betbleem Juda, et irata est ei concubina sua, et abiit in doniLim patins sui in Betbleem Juda. » Judic. xix, i, 2. Pulchre au tem dicitur, « in Betbleem Juda, » ad distinctionem ejus Betbleem, quæ in Galilæa sita 54 SAINT JEROME ce que celle qui doit enfanter ait enfanté, et les restes de ses frères se convertiront et se joindront aux. enfants d’Israël. » Mich. v, 3. Les Septantë : « C’est pourquoi il les abandonnera jusqu’au temps de celle qui doit enfanter; elle enfantera, et les restes de leurs frères retourneront vers Israël. » C’est parce que de Bethléem, qui est Ephrata, est sorti Jésus-Christ, dominateur en Israël, et que sa génération ne date pas seule¬ ment du temps où il a été vu dans la chair, mais du commencement de l’éternité, ou du siècle des siècles, et paree que toujours c'est lui-méme qui a parlé par les Prophètes et que la parole de Dieu s’est faite dans leurs œuvres, Dieu aban¬ donnera les Juifs et différera leur règne jusqu'au temps de celle qui doit enfanter, quand s’ac¬ complira cette parole : « Réjouissez-vous, stérile, qui n’enfantiez point; chantez et poussez des cris de joie, vous qui n'aviez point d’enfants, parce que celle qui était abandonnée a mainte¬ nant plus d’enfants que celle qui avait un mari. » Isa. liv, 1. Lorsque celle qui était stérile aura enfanté sept enfants et que celle qui avait eu beaucoup d’enfants seradevenue infirme, quand, par le forfait du peuple juif, la plénitude des nations sera entrée, alors tout Israël sera sauvé et les restes de ses frères se convertiront et se joindront aux enfants d’Israël, le prophète Elie, nom qui veut dire « le Seigneur Dieu, » viendra et réunira les cœurs des pères avec leurs enfants est, sicut in eodem Jesu volumino reperi. Potest Ephratha in lingua nostra sonare, xap7cocpdpov, « ube- rem » atque « frugiferam, » et id ipsum ostendere in mysterio, quod et domus panis. « Propter hoc dabit eos usque ad tempus in quo parturiens pariet, et reliquiæ fratrum ejus conver- tentur ad filios Israël. » Mich. v, 2. LXX : « Propte- rea dabit eos usque ad tempus parientis ; pariet [al. parturientes parient], et reliquiæ fratrum revertentur ad filios Israël. » Quia de Bothleem, quæ est Ephra- tlia, egressus ejus est Christus dominato, in Is¬ raël, et egressus non eo tantum fucrat tempove quo visus in carne est, sed ab initio æternitatis, sive ab initio sæcnli ; quia semper ipse locutus est per propbetas, et sermo Dei factus est in manu eorum [al. sanctorum\ : ideo dabit Judæos, eosque regnare permittet usque ad tempus parientis, quando com- pletur illud : « Lætare, sterilis, quæ non paris ; erum- que et clama, quæ non parturis, quoniam multi filii desertæ magis quam ejus quæ habet virum. » Isa. mv, 1 sec. LXX. Cum cnirn sterilis pepererit septem, et quæ multos habuerat filios, fuerit infirmata, et de- lictopopuli Judaici plenitudo gentium subintraverit, tune omnis Israël salvus fit, et reliquiæ fratrum ejus ad filios Israël convertentur ; et adveniens Elias pro- pheta, quod interpretatur, « Deus Dominus, » cou- et les cœurs des enfants avec leurs pères, Luc. r, 17, et le dernier peuple se joindra à l’ancien, afin qu’ils soient appelés de vrais enfants d’A- braham, puisqu’ils croiront à celui que vit Abra¬ ham, qui en éprouva une grande joie. Joan. vin. Quel est le temps où celle qui était stérile en¬ fantera? A mon avis, c’est celui dont Isaïe parle en ces termes : « Je vous ai exaucé au temps favorable, je vous ai secouru au jour du salut. « Isa. xLix, 8. C’est ce que Paul entend comme ayant été prédit du temps de Jésus-Christ : « Voici maintenant le temps favorable, voici les jours du salut. » Il Corinth. vï, 2. Tel est encore, à mon avis, le sens mystique de cette maximé de l’Ecclésiaste : « Il y a un temps pour enfanter et il y a un temps pour mourir, » Eccl. ni, 2, c'est-à-dire qu’au temps où, de celle qui était stérile, est né le peuple des Gentils, la synagogue a perdu ses enfants. Autre explication. Le Sei¬ gneur laissera le temple à Jérusalem et aux Juifs, jusqu’au temps où la Vierge enfantera; après qu’elle aura enfanté, et que le petit nouveau-né aura reçu les dépouilles de Samarie et la force de Damas, le peuple des Juifs ayant été mis à mort, les restes d’Israël seront sauvés, les frères de Jésus-Christ, c'est-à-dire les Apôtres, se con¬ vertiront à la foi des Prophètes et des Patriarches, qui annoncèrent la venue de Jésus-Christ, et ce sera l'accomplissement de la prophétie du psaume : « Vous avez engendré plusieurs en- vertet corda patrum ad filios, et cor filiorum ad pa¬ tres suos, Luc. i, 17, et novissimus populus jungetur antiquo, ut vere filii Abraham appellentnr, cum in eum crediderint quem vidit Abraham, et lætatus est. Joan . vin. Quod est autem tempus in quo sterb lis pariet? ht reor, illud de quo Isaias loquitur : « Tempore acceptabili exaudivi te, et in die salutis auxiliatus sum tibi. » Isa. xlix, 8. Quod et Paulus intelligens de Cbristi tempore prædicatum , ait : « Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies sa¬ lutis. » II Cor. vï, 2. Hoc ipsum puto et illud mystice demonstrari , quod in Ecclesiaste scriptum est : « Tempus pariendi, et tempus moriendi, » Eccl. iu, 2, quod eo tempore quo ex sterili natus est gentilium populus, filios amîserit synagoga. Potest autem et aliter intelligi : Dabit Dominus templum et Jeroso- lymam, et Judæos usque ad illud tempus quo virgo pariet, quæ postquam pepererit, et natus parvulus acceperit spolia Samariæ, et virtutem Damasci, in- terfecto populo Judæorum, reliquæ Israël salvabun- tur. Et fratres Cbristi, id est, apostoli convertentur ad proplietarum et patriarcbaruiu fidem, qui ventu- rum Cliristum anmmtiaverunt, etcomplebiturpsalmi vaticinium : « Pro patribus tuis nati sunt tibi filii, » et cætera quæ sequuntur. Psalm. xuv, 17. « Et stabit et pascet in. fortitiidme Doinini, iù COMMENTAIRES SUR L fants pour succéder à vos pères, » etc. Psalm. xii v, n. ]] demeurera ferme, et il paîtra son troupeau dans la force du Seigneur son Dieu, et les peu¬ ples seront convertis, parce que sa grandeur éclatera jusqu’aux extrémités du monde. » Mich. v, 4. Les Septante : « Le Seigneur demeu¬ rera ferme, il verra, et il paîtra son troupeau dans sa force, et ils seront dans la gloire du nom du Seigneur leur Dieu, parce qu’ils seront glorifiés avec lui jusqu’aux extrémités du mon¬ de. » Après que le soleil de justice, sorti d'une extrémité des cieux , sera parvenu jusqu'à l’autre extrémité, qu’il aura terminé son enfan¬ tement et que les restes de ses frères se seront convertis et joints aux enfants d’Israël, alors le Seigneur, et avec ceux qui ôtaient engagés sur la route, n'avait pas encore arrêté ses jpas, de¬ meurera ferme, et il paîtra son troupeau dans la force du Seigneur, afin qu’ils puissent dire : « C’est le Seigneur qui est mon pasteur, rieu ne pourra me manquer ; il m’a établi dans un lieu abondant eu pâturage, il m’a élevé près d’une eau fortifiante; il a fait revenir mon âme. » Psalm. xxu, 1. 11 les pait, non-seulement dans la force du Seigneur, mais aussi dans la subli¬ mité du nom du Seigneur leur Dieu, quand il dit au Père : a Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m’avez donnés , afin qu’ils soient un comme nous ; lorsque j'étais avec eux, je les conservais en votre nom ; j’ai con¬ servé ceux que vous m’avez donnés, et nul sublimitatc nominis Domini Dei sui, et converten- tur, quia nunc magnificabitur, usque ad terminos terne. » Mich. v, 4. LXX : « Et stabit, et videbit, et pascet gregem suum in Fortitudine Dominus, et iu gloria nomiuis Domini Dei sui eruut( quia mme ma- gnificabuntnr usque ad tenu i nos terræ. » Postquam sol justitiæ egressus fuerit a summitate cœlonmi, et pervenerit usque ad terminos eorum, et pepererit pariens, etreliquiæ fratrum ejns conversæ fuerint ad Jilios Israël : tuuc ipse Domiuus qui prias ambula- bat, et cum bis qui iu itinere crant positi, needum habebatfixum gradum, stabit et pascet eos in forti- tndine Domini, ut possint dicerc : « Dominus pascit me, et nihil mibi décrit; in loco pascuæ, ibi me col- locavit, super aquas refectiouis emitrivit me ; animaui meam convertit. » Psalm. xxu. 1. Pascit antem eos, non solum in for ti tu dîne Domiui, sed et in sublimi- tate nominis Domini Dei sui, quaudo dicit ad Pa- trem : «Pater saucte, sorva cos in nomiue tno,quos dedisti mibi, nt sint imum sicut et nos; quaudo cram cum eis, ego servabam eos iu uomiue tuo ; quos dedisti mibi, custodivi, etnuUus ex bis periit. » „ Joan. xvu, 11. 13. « Et couver tenta r,» sive, ut melius E PROPHÈTE MICHÉE. fi 5 d'eux ne s'est perdu. » Joan. xvu, M-13. « Les peuples se convertiront, » ou d’après l’interpré¬ tation meilleure de Symmaque, « habiteront; » car le mot hébreu Iasubu a l’un et l'autre sens. Ils habiteront dans l’Eglise du Seigneur, parce que la grandeur de Jésus-Christ a éclaté jus¬ qu'aux extrémités du monde, ou, d’après les Septante , parce qu’ils seront glorifiés eux- mômes avec leur pasteur jusqu’aux extrémités du monde, en sorte que le bruit de leur voix se répande dans toute la terre et que leurs paroles se fassent entendre jusqu’aux extrémités du monde. Psalm. xvni. « C’est lui qui sera notre paix, lorsque l’Assy¬ rien sera venu dans notre terre, et qu’il sera entré jusque dans notre maison. » Mich. v, b. Les Septante: « Vous aurez cette paix, lorsque l’As¬ syrien sera revenu dans votre terre et sera monté contre votre pays. » Lorsque le diable, l’accusateur, venant dans la terre et le pays des fidèles, de ceux que le Seigneur paîtra dans la force et dans la sublimité du nom du Seigneur leur Dieu, les éprouvera par des tribulations diverses, et qu’il montera dans son orgueil sur les maisons de nos âmes, c’est-à-dire sur nos corps, pour les opprimer, sans pouvoir nous séparer en rien de l’amour de Jésus-Christ, alors la paix de Jésus-Christ ou Jésus-Christ lui- niéme sera en nous, et l’on dira de l’homme saint que l’ennemi ne peut avoir prise sur lui. Un exemple montrera plus clairement ee que nous voulons dire. L'Assyrien vint autrefois interprétâtes est Symmachus, « babitabimt. » iasubu enim verbum Hebraicum utrumqne significat. Habi- tabunt autem iu Ecclesia Domini, quia magnificatus est Chris tu s usque ad termine un terræ. Sive, juxta LXX, quia maguificabuntur [al. magnificantur] ips cum pastore suo usque ad extremum terræ, ut in onmem terrain exeat sonus eorum et iu fines orbis terræ verba eorum. Psalm. xvui. « Et erit iste pàx, Assyrius cum venerit in terrain nostram, et quand o calcaverit in do mi b us nos tri s. » Mich. v, 5. LXX. : «Et erit hæc pax;Assyrius quaudo su pervenerit in terrain vestram, et cum ascendcrit super regionem vestram. » Qeando venerit diabolus, qui interpretatur suQuvwv, id est, « arguens » atque « corripiens, » super terrain regionem que creden tiuin, et eorum quos pascet Douiiuus in fortitudiue, et iu sublimitatc nominis Domini Dei sui, et eos Cla- caverit tribulationibus variis, cl dornos auimarum nostrarum, ici est, corpora quasi snperbus ascende^ rit atque depresscrit, et tamen niliil nos a Chris ti charitate separaverit : tnne Christi pax, sive ipse Chris tus erit in nobis, et dicetur do saucto : « Nihil proderit inimicus in eo. » Ponatnus exemplum, ut 56 SAINT JÉROME contre la terre de Paul et monta à l’attaque de son pays, quand cet apôtre essuya les plus pé¬ nibles travaux, reçut des coups sans nombre, endura des prisons à l’excès, se vit souvent près delà mort; quand il reçut des Juifs jus¬ qu’à cinq fois trente-neuf coups de fouet, fut battu de verges par trois fois ét lapidé une fois ; quand il fit naufrage trois fois et passa un jour et une nuit au fond de la mer ; quand il fut en péril parmi les voleurs, en péril parmi les faux frères, en péril parmi les païens et dans des périls de tout genre ; H Corinth. xr ; mais dans toutes ces épreuves il était vainqueur, par le secours de celui qui l’avait aimé, et il était rempli de paix, parce qu’il avait été rempli d’avanies. — Les Juifs se bercent du vain espoir que toute cette prophétie de Michée s’accom¬ plira selon la lettre, à l’avénement de leur Christ. « Nous susciterons contre l’Assyrien sept pasteurs et huit grands , qui détruiront par l’épée la terre d’Àssur et le pays de Nemrod avec ses lances. ïl nous délivrera de la violence des Assyriens, lorsqu’ils viendront dans notre terre et qu’ils mettront le pied dans notre pays. » Mich. y, 6. Les Septante: « Sept pasteurs et huit morsures d’hommes s'élèveront contre Assur ; leur épée détruira Assur et la terre de Nemrod dans sa fosse. 11 vous délivrera d’Assur, lorsque quocl dicimus, possit manifestius fieri. Venit Assy- rius super terrain quondam Pauli, et as ce n dit super regionem ejus, quando fuit in laboribus supra mo- dum, in plagis abundantius, in cavceribus ni mis, in mortibus fréquenter; quando a Judæis quinquies quadragenas una minus aecepit, tervirgis cæsus est, semel lapidatus est, ter naufragium fecit, nocte et die in prof un do maris fuit, in péri eu lis latronurn, pevicnUs infalsis fratvibus, periculis ex. gencre, peri- culis ex gentibus;II Cor. xi; sed in bis omnibus vincebat pr opter ilium qui dilexerat cum, Et ideo implebatur pace, quia impletus fuerat continu eliis. Judæi in adventu Christi, quem sibi simulant, hæc omnia juxta litteram futnra esse contendunt. « Et suscitabimus super eum septem pastores, et octo primates homines, et pascent terrain Assur iu gladio, et terram Nemrod inlquceis ejus, et liberabit ab Assur cum veucrit in terrain nos tram, et cum culcaverit iu Jiuibus nostris. » Midi, y, G. LXX : «Et consurgent super eum septem pastores, et octo morsus bominum, et pascent Assur in gladio, et celui-ci viendra contre votre terre et montera à l’attaque de votre pays. » J’ai traduit par « grands » l’hébreu Nesiche Adam, que Syinma- que rend par « christs, » Théodotion par « prin¬ ces, » comme la cinquième édition, et Aquila par catisthaménous, « homme bien assis, » c’est- à- dire importants. J’ai traduit, comme Aquila, l'hébreu Baphetjgr par les mots « avec ses lances, » celles de la terre de Nemrod ; Sym ilia¬ que le rend par ceux-ci : « Sur le seuil de leurs portes; » Tliéodotiou par « avec leurs portes;» et la cinquième édition par « avec leurs poi¬ gnards. » La paix régnera donc lorsque les restes des frères de Jésus-Christ se seront con¬ vertis et joints aux enfants d’Israël, que l’Assy¬ rien sera venu dans notre terre, qu’il aura essayé de fouler aux pieds nos .maisons , et qu’avec l’aide du Seigneur nous l’aurons promptement écrasé sous nos pieds ; car c’est le Seigneur lui-meme qui dit : « Nous susciterons contre lui sept pasteurs et huit nobles hommes, » ou « huit mors tires d’hommes. » Nous suscite¬ rons, moi et mon Fils et le Saint-Esprit , de meme qu’il est écrit dans la Genèse : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressem¬ blance ; » Gênés . r, 26 ; et au commencement d’Àbdias : «Levez-vous, et marchons contre Edom pour le combattre. » Les sept pasteurs, ce sont, je pense, tous les Patriarches, les Prophètes et terrain Nemrod in foyea ejus, et liberabit de Assur, cum venerit super terram vestram, et cum ascende- rit super terminos vestros. » Ubi nos posuimus « pri¬ mates hommes, » et in Hebraico scriptum est niîsi- ghe adam, Symmacbus intevpretatus est « christos bominum; » Theodotio et quinta editio, « principes bominum; » Aquila « graves, » vcl « constitntos bo¬ ni ines, » id est, xaOîGTapivoyç, Rursum in eo ubi ego et Aquila traustulimus, « iu lanccis ejus, » ut subau- diatur terne Nemrod, Symmacbus vertit evto; îcuXwv auTrjç, id est, « in Ira portas ejus ; » Theodotio, « in portis eorum ; » quinta editio, sv TC«paÇép7]aiv aindiv, quod nos psssumus dicere, « in sicis eorum; » in Hebræo autevn position est baphetiibePô- Tuncigitur erit pax, cum veliquke fratrum Christi conversæ fue- rint ad filios Israël, et venerit Assyrius in terram nostram, et adjnti a Domino, eum qui nostrus domus cal care cupiebat, vol oc i ter contriverimus sub pedi- bus nostris. Ipse euim Dominus ait : « Suscitabimus super eum septem pastores, et octo primates homi- num, » vcl « morsus bominum. » Suscitabimus autem (a) Lta legil mss. codex Sancti Cygirnnni et u I ter S. Dcucdicti Fïoviac. Chmiacensis autem seriplum babet Baphethem , quod puto mendum cxscriptoris, qui pro Baphethee , posait Baphetcm. licct ex ThcodoLionc cl quihLa uriitioiic in Ucbræo legi potncril Bapho - theom, mporlis, sivc sicis eorum. Scd rctinenda lectio aliorum mss. cum manifeslum sît Hieronymum legisse in Hebræo affixum Seminimum personæ tertiæ siugularis ; vertit cnim, in lojiccis ejus, ut subaudiutur, terrai Nemrod. Mart.— Xoslri mss., Baphxthee ■' in aliis Baphethem Marti an. invenit. 57 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHEE. les saints qui ont servi sous Yhebdomade ou l’Ancien Testament, tandis que les huit hommes qui mordent, les huit primats, ou, d’après 3vm- maque, les huit christs, ce sont tous ceux du Nouveau Testament qui, depuis les Apôtres jus¬ qu’à nos jours, ont mordu l’Assyrien et Tout déchiré de leurs dents. De là le précepte de l’Ecclêsiaste : « Faites-en part à sept et à huit personnes ; » Ecxl. xi, 2 ; de là vient aussi qu’on monte par sept et huit degrés dans le temple cTEzéchiel, figure de l’Eglise et de la céleste Jérusalem, Ezech. xl, et qu’il y a dans le Psautier les quinze degrés par où nous mon¬ tons Yhebdomade et Yogdoade, les sept et les huit jours, pour chanter les louanges à Dieu. Le jour de l’octave est celui de la célébration de la Cir¬ concision spirituelle et de la destruction du sabbat dans le temple des Juifs; aussi quelques psaumes ont-ils ce titre : « Pour l’Octave. » Par conséquent, ces sept pasteurs et ces huit hommes qui mordent dévoreront Assur avec l’épée ; car la parole de Dieu, vivante et efficace, et qui perce plus qu’une épée à deux tranchants, Ilebr. iy, 12, a été envoyée par celui qui est venu apporter le glaive sur la terre pour séparer deux en trois. Matth. x. Ils détruiront la terre de Nemrod — qui veut dire tentation qui des¬ cend — dans sa fosse, parce que la terre du géant et du chasseur, de celui qui s’enorgueillit contre Dieu, n'est pas sur les montagnes, mais ego et Filius meus et Spjritus sanctus, juxta illud quocl in Cenesi scriptum est : « Faciamus hominem ad imaginera et similitudincm nostram ; » Gen. i, 26; et in Ahdiæ principio : » Surgite, et ascendamus adverses eam in prælio. » Septem pastores, omnes patriarclias et prophetas et sanctos viroa arbitror esse, qui liebdomadi, id est veteri servierint Instru- mento. Octo autem morsus liordinum, sive octo pri¬ mates hommes, et ut Symmachus interprétâtes est, u Christos,» universos novi Testamenti, qui ab apos- tolis nsque ad liane œtatem momorderint Assyrium, et suis dentibus laceraverint. Unde et in Ecclesiaste præcipitur : « Ut demus partes septem, dernus et octo. » Eccl. xr, 2. Et in templo Ezechiel, quod inter- pretatnr Ecclesia et cœlestis Jérusalem, septem et octo gradibus ascenditur. Ezech . xr. Et in Psaltcrio quindccim gradus sent, quibus hebdomadem et og- doadem ad cancndasDeo laudes scandimu s. In octava die celebratur circumcisio spiritualis, et in templo Judæorum destrnitur sabbatnm, et quidam p s al mi pro Octava inscribuutur. Isti igitur septem pastores et octo morsus hominum, pascent Assur in gladio. Vivons cnim et cfficax serin o Dei, et acutus super omnem gladium liicipitem, IJebr . iv, 12, missus est ab eo qui venit gladium mi Itère super terrarn, ut di- vidantur duo in très. Matth. x. Et terram Nemrod au fond des précipices. Ce Nemrod est tombé du haut du ciel comme la foudre, il passe son existence au milieu des hôtes, et, en tant que chasseur, il parcourt les plans d'arbres stériles et les forêts. Je n’ai jamais lu,, si ma mémoire ne me trompe pas, le mot chasseur pris en bonne part. Ismaël et Esaü furent chasseurs, Genês. xvr et xxvir, et ils ont précédé comme figure le peu- ple juif : l’un est fils d’une Egyptienne, et marche et vit selon la chair; l’autre perd son droit d’aî¬ nesse pour un plat de lentilles, et portant envie aux bénédictions données à son frère, le con¬ traint à fuir en Mésopotamie. La terre de Nemrod a donc été rejetée au fond de ses abîmes ; car celui qui creuse la fosse y tombera, Prov. xxvr, 27, et celui qui a ouvert le lac et l'a creusé, tombera dans la môme fosse qu’il avait faite, la douleur qu'il voulait causer aux autres retom¬ bera sur lui-même, et son injustice descendra sur sa tête. Psaim . vu, 16, 17. Après que l’Assy¬ rien aura été percé à mort par les sept pasteurs et les huit hommes qui mordent, Jésus-Christ nous délivrera des mains de cet Assyrien, qui était venu sur notre terre et qui ambitionnait de fouler aux pieds le pays d’Israël. Quant à la version de Sjnnmaquc: « Ils dévoreront Assur à l’intérieur de ses portes, « on doit l'entendre en ce sens que le fort sera enchaîné et l’ennemi blessé dans sa maison ; qu’il y sera, d’après Aquila et la cinquième édition, percé de coups (qui interpretatur, « tentatio descend eus ») pascent in fovea ejus; gigantis cnim et venatoris et super- bientis contra Dominum terra, non est in inontibus, sed in foveis. Iste cecidit quasi fulgur de coelo, et sein per versatur inter bestias, et quia venator est, infructuosa ligna lustrât et silvas. Quantum ergo possum mea recolere mémoria, nunquam venatorcm in bonam partem legi. Ismael et Esau venatores fue- runt, Gen. xvi et xxvn, et præcesserunt in typo populi Judaici : quorum alter filius Ægyptiæ est, ambulans juxta carnem et juxt caruem vivons ; alter priinitiva propter lonticulàm perdidit, et benedictionibus fra- tris invidens, fugat cum in Mesopotamiam. hedacta ergo terra Nemrod in foveis suis ; Qui cnim fodit foveam, incidet in eam, Prov. xxvi, 27, et qui lacum aperuit et effodit eam, incidet in foveam quam fecit, et revertetur dolor ejns in caput ejus, et super ver- ticem ejus iniquitas ejus descendet. Psaim. vu, 16, 17. Et confosso Àssyrio a septem pastoribus et octo morsibus, libcravit nos Gbristus de manu Assur, qui venerat super terrain nostram, et calcare cupiebat terminos Israël. Quod autem Symmachus ait : « Et pascent terrain Assur in gladio, et regionem Nemrod iutra portas ejus. » hoc sentiendum est, quod in domo sua alligetur fortis, et vulneretur adversarius. Et juxta Àquilani etquintam editionem, sicis et lan- 38 SAINT JEROME par les poignards et les lance des sept pasteurs et des huit hommes oints de Dieu. « Les restes de Jacob seront au milieu de la multitude des peuples comme une rosée qui vient du Seigneur, et comme des gouttes d'eau qui tombent sur l’herbe, sans dépendre de per¬ sonne et sans attendre rien des enfants des hommes. Les restes de Jacob seront parmi les nations et au milieu de la multitude des peuples comme un lion parmi les autres bêtes de la forêt, et comme un lionceau parmi les brebis, qui passe au travers du troupeau, qui le foule aux pieds et ravit sa proie, sans que personne puisse la lui ôter. Votre main s'élèvera au-dessus de ceux qui vous combattent, et tous vos enne¬ mis périront. En ce jour-là, dit le Seigneur, je vous ôterai vos chevaux, et je briserai vos cha¬ riots de guerre. Je ruinerai les villes de votre pays et je détruirai tous vos remparts. J’arra¬ cherai d’entre vos mains tout ce qui servait à vos sortilèges, et il n'y aura plus de devins parmi vous. J’exterminerai vos idoles et vos statues, et vous n’adorerez plus les ouvrages de vos mains. J’arracherai les grands bois sacrés que vous avez plantés, et je réduirai vos villes en poudre. Je me vengerai, dans ma fu¬ reur et dans mon indignation , de tous les peuples qui ne m’ont point écouté. » Mich. v, 7 et secjq . Les Septante.: « Les" restes de Jacob seront parmi les nations et au milieu de la mul¬ titude des peuples , comme une rosée descen- ceiâ septem pastorum et octo christorum hominum confodiatur. « Et erunt reliquiæ Jacob in medio populorum multorum, quasi ros a Domino, et quasi stillæ super herbam. quæ non cxspectat virum, et non præstola- tur filios hominum. Et erunt rëiiquiæ Jacob in gen- tibus, in medio populorum multorum, quasi leo in jumentis silvarum, et quasi catulus leonis in gregi- bus pecorum, qui cnm transierit et conculcaverit et ceperit, et non est qui eruat. Exaltabitnr manu s tua super hostes tuos, et omnes inimici tui interibunt. Et erit in die ilia, dicit Dominus, auferam equos tuos de medio tui, et disperdam quadrigas tuas, et per¬ dant civitates terne tuae, et destruam omnes muni- tionos tuas, et auferam maleficia de manu tua, et divinationes non erunt in te. Et perire faciam sculp- tilia tua, et statuas tuas de medio tui, et non adora - bis ultra opéra manuum tuarum. Et evellam lucos tuos de medio tui, et conteram civitates tuas, et faciam in fnrore et in indignatione ultionem in cuuctis gentibus, quæ non audi erunt. » Mich. v, 7 cl seqq. LXX : « Et erunt reliquiæ Jacob in gentibus, in medio populorum multorum, quasi ros a Domino dadehs, èt quasi agiii super gramen, ut non congre- dant du Seigneur et comme des agneaux sur le gazon, en sorte .qu’aucun d’eux ne soit rassem¬ blé et ne soit au nombre des hommes. Les restes de Jacob seront parmi les nations et au milieu de la multitude des peuples comme un lion au milieu des bestiaux, dans les pacages, et comme un lionceau au milieu des troupeaux de brebis, lorsqu'il passe au travers d’eux en ravissant sa proie et qu'il n’y a personne qui puisse la lui enlever. Votre main s’élèvera au- dessus de ceux qui vous apportent les tribula¬ tions, et tous vos ennemis périront. En ce jour- là, dit le Seigneur, je mettrai à mort vos chevaux et je briserai vos chars; je renverserai vos villes et je vous ôterai tous vos remparts. J’ôterai d’entre vos mains vos sortilèges, et ceux qui les disent ne seront plus parmi vous. Je détruirai vos idoles et vos statues, et vous n’a¬ dorerez plus les ouvrages de vos mains. Je cou¬ perai au pied vos bois sacrés, et je démolirai vos villes. Je me vengerai dans ma colère et dans ma fureur contre les peuples, parce qu’ils ne m’ont point écouté. » Lorsque nous serons délivrés d’Assur, après qu’il sera venu contre notre terre et qu'il aura attaqué nos frontières, et délivrés par le Seigneur qui a suscité contre lui les sept pasteurs et les huit hommes qui mordent, les restes de Jacob, c’est-à-dire les Apôtres et la primitive Eglise d’entre les Juifs seront au milieu des peuples comme une rosée qui vient du Seigneur. Les traits enflammés du getur quisquam neque fsitin filiis hominum. Et erunt reliquiæ Jacob in gentibus, in medio populorum multorum, quasi leo in jumentis, in saltu, et quasi catulus leonis in gregibus pecorum, quomodo si pertranseat et dividens rapiat, et non sit qui eruat. Elevabitur manus tua super eos qui trihulant te, et omnes inimici tui perdentur. Et erit in die ilia, dicit Dominus, iuter.ficiam equos tuos de medio tui, et disperdam currus tuos, et subvertam civitates terne tuæ, et auferam omnes munitiones tuas. Et aufe¬ ram maleficia tua de manihus tuis, et qui loquun- tur , non erunt in te ; et disperdam sculptilia tua et statuas tuas de medio tui, et ultra non ado- rabis opéra manuum tuarum ; et succidam lucos de medio tui, et demoliar civitates tuas, et faciam in ira et in furore ultionem in gentibus , pro eo quod non audierunt. » Liberatis nobis de Àssur, quando vencrit super terram nostram, et ascenderit super terminos nostros , et liberatis a Domino qui suscitavit super eum septem pastores et octo morsus hominum, reliquiæ Jacob, quos apostolos intelligi- mus et primarn de Judæis Ecclesiam, erunt in medio populorum multorum , quasi ros a Domino cadens. Ardëbant enim ignitis diaboli jaculis corda populo- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. 59 diable avaient embrasé les cœurs des peuples, et toutes les nations, adultères à l’égard de Dieu, avaient des cœurs semblables à une four¬ naise ardente. Osé . vu. Aussi la rosée qui est tombée du Seigneur est-elle devenue la guérison des infirmes. Ce que nous lisons au sujet d’Ana- . nias, d'Azarias et de Misaël, Dan. ni, qu’un esprit de rosée éteignit la fournaise où sifflaient les flammes, appliquons-le à tout le genre humain, en ce sens que la doctrine des Apôtres a été, au milieu des nations, comme une rosée venant du Seigneur. Ce qui suit : « Comme des agneaux sur le gazon, en sorte qu’aucun d'eux ne soit rassemblé et ne soit parmi les enfants des hommes, » nous l'entendons de ceux d’entre les Gentils qui n’ont pas voulu croire : les Apô¬ tres et les restes de Jacob seront au-dessus d'eux comme des agneaux broutant le gazon et rasant l'herbe de leurs dents ; et ils agiront ainsi, afin que ceux qui n’avaient pas voulu être des anges, reçoivent la rosée spirituelle, mais ne soient point rassemblés avec les hommes formant la partie raisonnable du troupeau, et que cette parole leur soit appliquée : « Ils ne participent point aux travaux des hommes, et ils n'éprouveront point les fléaux auxquels les autres hommes sont exposés. » Psalm. lxxii, 5. Les restes de Jacob seront aussi au milieu des nations comme un lion au milieu des bestiaux dans les pacages, et comme un lionceau au milieu de troupeaux de brebis. C’est que lé Sei¬ gneur Jésus, au sujet de qui la Genèse a émis mm, et omnes gentes adultérantes a Deo , habebant corda, quasi clibauus igné succensus. Osee. vu. Uude ros a Domino cadens, factus est sanitas infirmorum. Et quod in Anania, Àzaria et Misael legimus, Dan. ni, quod spiritus roris sibilantis fornacem ignis ex- stinxerit , hoc de omnibus generaliter sentiamus, quod in medio universarum gentium doctrina apo- stolorum quasi ros fuerit a Domino. Quod autem sequitur : « Et sicut agni super grammen , ut non congregetur quisquam neque sitin fil iis bominnm,» de bis accipiamus, qui de gentibus credere nolue- runt, quod sint super eos apostoli et reliquiæ Jacob, sicut agni carpentes gramen, et herbam dentibus demetentes. Et hoc facient, ut qui angeli esse nolue - runt, spiritualem accipientes rorem , nequaquam inter bomines congregentur, neque in parte rationa- bili deputentur, sed dicatur de eis : « In labore ho- minum non sunt, et cum homiuibus non fiagella- buntur. » Psalm. lxxii, G. Et erunt reliquiæ Jacob in medio gentium quasi leo in jnmentis in saltu, et quasi catulus leoniâ in gregibiis ovium. Dominus enim Jésus, dé quo in Gfehësi prôphetütur : a Catulus Jétmiss Jlidsi, dé g'er- cette prophétie : « Juda, vous êtes un jeune lion. Vous vous êtes élevé, mon fils, de votre germe ; en vous reposant, vous vous êtes couché comme un lion et comme un lionceau; » Gênés . xltx, 9; et le livre des Nombres: « Pour se repo¬ ser, il s'est couché comme un lion et comme un lionceau, et qui osera l’éveiller? » Num. xxiv, 9, donna à ses Apôtres, à qui il avait dit : * Allez, baptisez toutes les nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, » Matth. xxyiti, 13s ce privilège que , de même que personne ne peut résister à un lion au milieu des bestiaux ni à un lionceau au milieu des brebis, de même, après avoir été délivrés des mains de l’Assyrien, des mains du diable, ils raviraient les bestiaux et les brebis, puisque le Seigneur sauvera les hommes et les bêtes, Psalm. xxxv, et qu’ils en feraient leur proie, non pour les mettre à mort, mais pour les mettre à part, c’est-à-dire les séparer des infidèles, sans que personne leur pût résister. Le lion et le lionceau vaguant ainsi au milieu des bestiaux et des brebis, la main de Dieu s’élève sur ceux qui causaient aupara¬ vant la tribulation ou de Dieu ou des restes d’Israël; et tous les ennemis du Seigneur péri¬ ront, non qu’ils soient anéantis et qu’ils cessent d'exister, mais parce qu’en eux périra leur ini¬ mitié contre Dieu. C'est ainsi que dans l'Epître aux Thessaloniciens : « Le Seigneur Jésus le mettra à mort avec le souffle de sa bouche, » Il Thessal. n, 8, cette mort n’est pas l’anéantis¬ sement , elle est la cessation de la vie d’iniquité mine, flli mi, ascendisti ; accubans dormisti ut leo et qua&i catulus leonis ; » Gen. xlix , 9 ; et in alio loco : « Accubans requievit ut leo , et quasi catulus leonis, quis suscitabit cum? » Num. xxiv, 9, dédit et apostolis suis quibus dixerat : » Ite , baptizate omnes gentes in nomme Patris, et Fiiii, et Spiritus sancti, » Matth . xxvm, 19, ut quomodo leoni nemo potest rcsistere in jumentis, et calulo leonis in ovi- vibus, ita illi , de manu Assyrii et de manu diaboli libevati, raperent jumenta et pecora; bomines quippe et jumenta salvos faciet Dominus. Psalm. xxxv. Et raperent, non ut interficerent, sed ut dividerent, lioc est, ab infidelibus separarent, et non essent qui eis resistereut. Leone autem et catulo leonis ita in ju¬ mentis et in ovibus pervagante, raanus Dei exaltatur super oos , qui vel Deum , vel reliquias Israël ante tribulaverant. Et omnes inimici ejus disperdentur, non quod pereant inimici et esse désistant, sed quia in eo quod inimici sunt pereaut. Sicut Thessaloni- censibus scribitur : « Quem Dominus Jésus interficiet epiritu oris sui. » Il Thess. n, 8. Hæc interfectio non abolitiôném significat, sed cessationem pessimæ vitæ, $ud ihàlé àntê vivëbaht. Dbnicpië iiifert ; « Et dés- 60 SAINT JÉROME que le pécheur menait. Au reste, l'Apôtre ajoute : « Il le détruira par l'éclat de sa présence ; » si la mort qu'il lui a donnée était la cessation de l'existence, il ne pourrait le détruire ensuite. La consomption des ennemis s'entend ici con¬ formément à cette maxime des Proverbes de Salomon : « La mort sera l’hôte des impies ; » elle ne sera pas sans retour, elle ne les anéan¬ tira pas, elle sera simplement leur hôte jusqu'à ce que soit consumée l’impiété qui est entre eux ; car Dieu créa l’homme pour qu'il ne périt pas, et il n’a pas fait la mort. Le texte poursuit ainsi : « Et il arrivera en ce jour-là, » lorsque votre main, ô Israël, se sera élevée au-dessus de tous ceux qui vous com¬ battent, et que tous vos ennemis auront péri, il arrivera que je mettrai à mort vos chevaux au milieu de vous, c’est-à-dire les mouvements las¬ cifs nés du chef de votre cœur et qui se ruent à la manière des chevaux qui ont rompu leur frein ; je briserai vos chariots, les vices en qui vous vous complaisiez, par qui vous entassiez péchés sur péchés , et dont vous vous faisiez un trône comme un triomphateur de son quadrige. Je ruinerai les villes de votre terre ; car au heu de bâtir la ville où les eaux abondantes du fleuve de Dieu portent la joie, Psaim. xly, celle qui est assise sur les montagnes, Matth. v, la céleste Jérusalem, vous avez bâti celle qu'avait fondée Caïn. Genès. iy. Aussi le texte dit-il les villes de votre terre, parce qu’elles sont édifiées avec les œuvres terrestres. « Je vous ôterai truet illustratione adventus sui. » Nuuquam autem destrueret, si iuterfectio abolitionom sonaret, cum jam esse cessasset. Ita et hic inimicorum consump- tio, juxta ProYerbia Salomonis necipitur, in quibus scriptum est : « Interitus impiis hospitahitnr ; » non crit perpetnus, non eosrediget ad nilùlum ; sed hos- pitabitur apud eos quandiu quæ in il lis est, impietas consumatur. Deus enim creuvit hominem , ne inte¬ rnet, et mortem non fecit. Post hæc sequitur : « Et erit in die ilia, » quando elevata fnerit manus tua super hostes tuos, o Israël, et onmes immici tui perierint, interficiam equos tuos de medio tui, id est, de principali ($]Y£^ovi/.w) cordis tui lascivieutes impelus, et equorum more, ruptis vinculis , proruentes, et currus tuos quibus tibi in vitiis tuis plucebas, et peccata pcccalis conso- cians, quasi triuruphans in quadrigis fereharis. Et disperdam civitates terræ tuæ ; non enim ædiücasti urhem quam lætificat impetus fluminis Dei, Psaim. xlv. et quæ in montibus si ta est, Matth. v, et cœl es¬ tera Jérusalem, sed quam ædificaverat Cain. Gen. iv. ünde dicuulur civitates terræ operibus terrenis ex- structæ. « Et auferam, » iuquit, « omnes munit) on es toutes vos fortifications, » les richesses, la pompe mondaine, l’éloquence des rhéteurs, les toiles d’araignées des dialecticiens, tout cq en quoi vous mettiez voire confiance comme dans des forte¬ resses. a J 'ôterai d’entre vos mains les sortilèges, » par quoi, on vous étiez la dupe des autres, ou, après avoir été dupé, vous faisiez de nouvelles dupes, et il n’y aura plus parmi vous personne qui les dise ou les prononce. Maintenant l’uni¬ vers est plein de ces discoureurs ; ils disent ce qu’ils ne savent pas , ils enseignent ce qu’ils n’ont pas appris, ils sont maîtres sans avoir jamais été disciples, Lorsque Dieu aura enseigné à l'homme la vraie science, les fausses présomp¬ tions cesseront et la doctrine mensongère aura fait son temps. « J’exterminerai et j 'ôterai du milieu de vous vos statues et vos idoles. » Nos statues, elles ont été faites par ceux dont les paroles nous trompent, ou nous les avons fa¬ çonnées nous-mêmes en nos erreurs. De là le précepte de la Loi, Exod. xx, que nous ne devons point nous faire des statues, et que nous ne devons pas établir des idoles dans notre terre ; Lévü. xx y i ; et désormais, est-il écrit, vous n’a¬ dorerez plus les ouvrages de vos mains. Dcut. v. Malheureuse condition de l’homme et pleine de folie et d'erreur ! il sait que ces dogmes sont de son invention, il n'ignore pas qu’il a fabriqué lui-même l’idole, et, au lieu de Dieu, il adore les ouvrages de ses mains , il se courbe, afin de tromper les autres, étant trompé lui-mème. La prophétie adressée aux restes de Jacob ajoute ; tuas » clivitias scilicet , et pompam sæculi, et rheto- rum eloquentiam, dialecticorumque tendiculas, in quibus tibi yekit in raunitionibns conüdebas. « Et auferam maleficia de manibus tuis, » quibus vel ipse dccipiebaris ah aliis. , vel deccptus alios decipiebas, et loquentes, sivc pi'onnntiantes non erunt tibi. Nunc loquentibus et pronüntiantibus plenus est orbis ; loqunnturquæ nesciunt; doceutquæ non didicerunt: inagistri sunt, cum discipuli ante non fuerint. Cum ergo docncrit Deus hominem scientiam , cessabunt falsæ præsuraptiones, et perversa doctrina tolletur. Et disperdam sculptilia tua et titulos tuos. de medio lui. Sculptilia nostra sunt, quæ a loquentibus facta sunt, vel quæ ipsi fmgimus nobis. Unde præcipilurin Loge, Exod. xx, ne nobis sculptilc faciannis et ne titulos in terra nostra ponamus ; Levit. xxvi ; et ue- quaquam ultra adorabis opéra manuum luarum. Dcut. v. Infehx lnimana conditio et insipientiæ pleua atquc errons , scit de suo sensu dogmata esse com- posita, non ignorât a se esse idolura simulatuni, et pro Deo adorat opéra manuum suaruui, et curvntur homo, ut deceptus decipiat. Additurin repromissione quæ dirigitur ad reliquias, id est, OTVoXetp-pv. Jacob : COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHËE. 61 « Je couperai jusqu'à la racine . les bois sacrés qui sont au milieu de vous, et je réduirai vos villes en poudre; » c'est-à-dire que Dieu détruira et anéantira les arbres des forêts et les bois qu'il est défendu de planter dans son temple, ainsi que les villes mal construites qui avaient été ap¬ pelées plus haut villes de terre. Après avoir agi de la sorte à l'égard des restes de Jacob, il se tournera vers les nations que les Apôtres auront broutées comme des agneaux le gazon, et parce qu’elles n’ont pas voulu recevoir la rosée do sa parole : « Je me vengerai, dit-il, dans ma fureur et dans mon indignation, de tous les peuples qui ne m’ont pas écouté. » De là le langage du Roi-Prophète : « Seigneur ue me châtiez point dans votre fureur et ne me reprenez point dans votre colère. » Psalm. vi, 1. J’ai jusqu’ici discuté ce texte sur la version des Septante, parce qu’il doit être entendu selon l’esprit, et que j’ai voulu relier le sens à tout ce qui précède. Voici maintenant les extravagances que les Hébreux rêvent là-dessus. Lorsque les sept pasteurs qu'ils attendent au gré de leur fantaisie, et huit des princes des A ssyriens, auront été victorieux et auront donné en proie la terre de Nemrod à leurs épées, ce qui sera fait après que l’Assyrien sera déjà venu dans la terre de Juda, leur Christ arrivant alors, cous les restes de Jacob qui pourront se trouver survivants au milieu des nations seront dans les bénédictions, semblables à une rosée qui vient du Seigneur u Et succidum lucos de medio tui , et disperdam civitatcs tuas , » ut omnia ligna silvarum et lucos quos in templo Dei plantari proliibitum ëst, et civi- tates m;:Ie exstmetas, quas antea vocaverat civitates terne, destruat atque consumât. Postquam autem iioc fecerit reliquiis Jacob, tuuc convcrtetur ad gén¬ ies quas depasti sunt apostoli quasi agni [al. agri] gramen. Et quia rorem sermonis rccipcre noluerunt, faciam, iuquit, in ira et in furore ultiouem in genti- bus, pro eo quod au dire noluerunt. Dnde et pro- pbeta ait : « Domiuc, ne in furore tuo arguas me, nequo in ira tua corripias me. » Psalm. vi, d. Hoc juxta Septuaginta interprètes, quia intelligen- tia spivitualis est, et debuimus sensum cuin supe- rioribus capitulis jungere, rîisputatem sit. Cæterum Hebræi istiusmodi delirameirta somniant : postquam septem quos finguut et quos volant pastorcs, et octo principes bomines Assyriorum vicerint, et ter¬ rain Nemrod in gladiis suis paverint., et hoc factum fucrit cum iu terram Judæ ante Àssyriu3 venerit : tune veniente, inquiunt, Christo, omnes reliquiæ Jacob quæ potuerint iu [al. cle] gentibus supevessc, erunt iu bencdictione, quasi ros a Domino venieus, et quaûi pluvia super herbam , et noquaquam spera- bunt in bominibus et in fiîiis hominum, sed in Deo. et à la pluie qui rafraîchit l’herbe, et ils met¬ tront leur espérance, non dans les hommes et dans les enfants des hommes, mais en Dieu seul. Us seront sanguinaires et implacables au milieu des nations et des peuples, afin de se venger de leurs anciens dominateurs, comme un lion au milieu des bestiaux dans les forêts et comme un lioneeau au milieu de troupeaux de brebis, et il n’y aura personne qui puisse résister à leur fureur. Alors, disent-ils, votre main, ô Dieu, ou bien, ô Israël, sera élevée au- dessus des Assyriens, et tous vos adversaires et vos ennemis, qui vous possèdent maintenant, périront. Or, en ce jour- là, quand vous aurez été délivrés des nations, j 'ôterai vos chevaux et vos chars, qui sont au milieu de vos villes. Non pas qu’Israël ait en ce temps -là des chevaux et des chars ; mais j’ôterai les chevaux et les chars des Assyriens qui remplissent vos cités. Je rui¬ nerai toutes vos villes et forteresses que vous aviez dédiées aux idoles, je ferai disparaître de votre terre les mages et les devins, je réduirai en poudre toutes vos statues et vos images, et vous n’adorerez plus désormais les ouvrages de vos mains. J’arracherai et j’anéantirai, avec les villes que vous aviez vouées aux idoles, tous vos bois sacrés; et, après vous avoir ainsi traités, afin que tout ce qu’il y a de mauvais en vous en soit ôté Je me vengerai aussi, dans ma fureur et dans mon indignation, de toutes les nations qui ‘n'ont pas voulu écouter ma parole. Qu’Is- Ert erunt in medio gentium atque populorum saD- guinarii atque crudeles, et de veteribus quondam se dominis vindicautes, quasi leo in jumentis silvarum, et quasi catulus leonis in gregibus pecorum, et nul- lus erit qui possit eorum robori rcsistere. Tune exaltabitur , o Deus , vel o Israël, manus tua super Assyrios, et omnes hostes et inimici tui, qui nunc te possidentj interibunt. In ilia videlicet die, quando de gentibus fueris liberatns , auferam equos et qua- drigas tuas, quæ in mediis urbibus luis snnt. Non quod equos et quadrigas tune liabuerit Israël, sed Assyriorum equos et quadrigas quæ in medio urbium tuarum versantnr ; et disperdam omnes civitates tuas, et munitiones quas idolis dedicasti; et auferam magos et liariolos de terra tua, et perire faciam omnia sculptilia et statuas tuas, et non adorabis ultra opéra manuum tuarum. Evcllam quoque atque subvertam omnes lucos tuos , et civitates tuas quas idolis dedicarasll Cumque hoc tibi fecero , et ita pla¬ ça tus fucro, ut quidquid in te mali est, auferatur, tune etiam in furore et in indignatione mea nlciscar te de universis gentibus , quæ meum noluerunt au- dive sermonem. Respondeat hoc loco carneus Israël, utrum facta dicat liæc an futura ? Si facta commé¬ morât, præbeat historiam, defc auctoritatem veterum SAINT JÉROME 02 raël selon la chair nous dise à présent si ces événements qu’il rêve sont déjà accomplis ou s’ils ne doivent avoir lieu que dans l’avenir? Parle-t-il de faits passés ? qu’il montre l’histoire, qu’il en appelle à l’autorité des anciens livres, qu’il prouve que tous les peuples et les Assyriens ont été autrefois sujets d’Israël. S’il se berce du vain espoir que ce qu'il dit là s'accomplira un jour, quand son Christ viendra, quelles idoles d’Israël seront ôtées, puisqu’à présent il n’en adore pas ? quels bois sacrés arrachés , puisqu’il n’en a pas? quelles villes détruites, puisque ses villes' le furent autrefois? quels devins ôtés, puisque, n’en ayant pas et se van¬ tant de n’en point avoir, la fille de Sion toute¬ fois, abandonnée depuis tant d’années, demeure sans autels et sans prêtres , et, pendant que d’autres mangent ses fruits , elle cherche à calmer les tiraillements de sa faim avec des promesses dont elle ignore le fondement ? « Ecoutez ce que dit le Seigneur : Levez-vous, soutenez ma cause contre les montagnes, et que les collines entendent votre voix. Montagnes, écoutez la défense du Seigneur, vous qui Ôtes les fondements solides de la terre ; car le Sei¬ gneur veut entrer en jugement avec son peuple et se justifier devant Israël. » Mich. vi, i, 2. Les Septante : « Ecoutez ce que le Seigneur a dit : Levez-vous,' plaidez devant les montagnes, et vous, vallées, fondements de la terre, écoutez la défense du Seigneur, parce que le Seigneur soutient sa cause contre son peuple, et qu’il va se justifier devant Israël. » Au lieu de « fon- librorum, doceat cunctas gentes et Assyriuui Isrseli quondam fuisse subjectum. Si autein se vaua spe fudeus futurum putat esse quod dicitur , quaudo Ohristus venerit, quæ tune de Israël idola auferentur, quæ modo non colit? qui succidcntur luci, quos non îiabct? quæ urbes subvuentur, quæ ohm subru tæ sunt ? qui tollcntur arioli, quos cura non habeat, uec habere se glorietur; tamen tanto tempore derelicta est filia Sion, et sedet sine altari , et sine sacerdoti- bus ; et aliis fruges eorum comedentibus, ipsi siccis faucibus sibi futura promiitunt quæ ncsciunt? « Audite quæ Dominus loquitur : Surge, contcndc judicio adversum montes, et audiant colles vocem tuam. Audite [Vulg. Audiant ] , montes, judicium Dorniui, et fortia fuudamenta terræ, quia judicium Domiui, cura populo suo, et cuui Israël dijudicabi- tur. » Mich. vi, 1, 2. LXX : « Audite quæ Dominus locutus est : Surge, judicarc apud montes, et audiant colles vocem tuam. Audite, montes, judicium Do- mini, et valles fundamenta terræ, quia judicium Do- mini adversus populum suum , et cura Israël judi- eabitnr. » Pro fortibus fundamentis terræ quæ LXX dements forts de la terre, » ce que les Septante interprètent par « vallée , fondements de la terre, » Symmaque et Theodotion ont traduit par (c antiques fondements de la terre, » et la cinquième édition a transcrit le mot hébreu même : « Ethanim, fondements de la terre. » C’est d’abord le Prophète qui parle : « Ecoutez ce que dit le Seigneur. » Puis Dieu dit au Pro¬ phète : « Levez-vous, soutenez ma cause contre les montagnes, et que les collines entendent votre voix. » A son tour, le Prophète, obéissant à l’ordre reçu , s’adresse aux montagnes , et non-seulement à elles, mais aux fondements pleins de force de la terre, et il dit : « Ecoutez la défense de Dieu, montagnes, et vous fonde¬ ments pleins de force de la terre. » 11 ajoute le motif pour lequel il les engage à écouter : « Parce que le Seigneur va entrer en jugement avec son peuple et se justifier contre Israël. » Au lieu des montagnes et des fondements pleins de force de la terre à qui parle le Prophète, les Septante le font s’adresser aux collines et aux vallées, dans la pensée, à ce que je crois, que le peuple n’a rien fait qui soit digne d’ètre écouté par les montagnes, et que ses actions doivent être entendues par les collines, moins élevées que les montagnes, ou par les vallées qui occu¬ pent les lieux les plus bas. Levez-vous, est-il dit, soutenez ma cause devant les montagnes, et que les collines entendent votre voix. On ordonne de se lever à quelqu’un qui est assis ou couché, qui dort ou qui est mort, comme dans cette parole de l’Apôtre : « Vous qui dor- « et valles fundamenta terræ » interpretati sunt, Symmachus et Theodotio transtulcrunt, « et antiqua fundamenta terræ : » quinta autem editio ipsum Ilebraicum posuit , iïthànim « fundamenta terræ. » Prima igitur vox propbetæ est : « Audite quæ Domi¬ nus loquitur. » Dcinde Deus loquitur ad propbetam: « Surge, contende judicio adversum montes, et au- diant colles vocem tuam. » Rursum propheta, sicut ci fuerat imperatum , montibus loquitur, et non solum montibus , sed ad fortia quoque fundamenta terræ, et dicit : «Audite, montes, judicium Doinini, et fortia fundamenta terræ. » Causamquc reddit, quare eos compellat au cl ire : quia judicium Domin cum populo suo , et cum Israël dijudicabitur. Pro montibus ad quos propheta loquitur, et pro fortibus fundamentis terræ, « colles et valles » LXX transtu- lerunt, id, ut milii videtur, intelligentes, quod popu- lus nihil diguum montium auditione fecerit, sed vel coll i bu s qui in fer i ores snnt a sublimitate montium, vel vallibus in ima demersis. Surge, inquit , judicio contende apud montes, et audiant colles vocem 4uam. Jubetur surgere qui vel sedet, vel jace't [al. GOMMKNTÀIiiES SUK LE PROPHÈTE MICHËË. mez levez-vous, sortez d’entre les morts, et Jésus -Christ vous éclairera. » Ephes. v, 14. Levez- vous d'entre les morts, afin de marcher dans la nouveauté de la vie, d'abandonner la terre et de vous élever vers les cieux ; et soutenez ma cause contre les montagnes , c’est-à-dire les Anges, à qui est commise la garde des choses humaines , comme l’enseigne le cantique du Deutéronome : « Quand le Très -Haut a divisé les peuples, quand il a séparé les enfants d’A¬ dam, il a marqué les limites des peuples selon le nombre des Anges de Dieu. » Leut. xxxn, 8. Ce sont là les esprits 'administrateurs, envoj'és avec ce ministère à cause des âmes qui doivent posséder l’héritage du salut. « Et soutenez ma cause , » afin que , si l’on découvre que les montagnes et les collines n’ont pas dignement veillé sur les peuples, d’une part, je sois inculpé de les avoir confiés à de tels gardiens, et d'autre part, le peuple soit déchargé de la faute et les princes en soient chargés. C’est ainsi que, dans l’Apocalypse de Jean, les Anges des Eglises sont loués pour leurs vertus et accusés pour les vices de ceux dont la conduite leur a été donnée. De même que tantôt l’évèque est coupable et tantôt le peuple, que souvent le maître pèche lacet] , vcl dormit, vel mortuus est, secundum illud quod Apostolus ait: « Elevare qui dormis, et resurge a mortuis, et illuminabit te Cliristus. » Ephes. v, 14. Surgc a mortuis, ut in novitatc ambules vitæ, ut terrain deserens , ad altiora nitaris. Et judicio con- tendc adversum montes, quos non alios significari puto quam angelos ( a ), quibus rerum humanarum commissa est procuratio, Deuteronomil Cantico in idipsum congruente : « Cum divideret Excelsus gen- tes,cum disseminaret fîlios Adam, constitué termi- nos terræ secundum numerum angelorum Dei. » Deitt. xxxn, 8. Hi sunt administratorii spiritus, missi in ministerium propter eos qui hæreditatem salutis possessuri sunt. « Et contende judicio ; » ut sive montes , sive colles [ al. vaîles ] reperd fuerint non digne populos procurasse, vel meum videatur esse qui Laies præposui, vel eulpa tollatur a populo, et referatur ad principes. Legamus Àpocalypsin Joannis apostoli, in qua laudantur accusanturque angeli Ecclesiarum pro virtutibus vitiisque eorum, quibus præcsse dicuntur. Sicut enim interdum epis- «3 et souvent le disciple, que maintes fois le tort est au père et maintes fois au fils, quand il s'agit de bonne ou de mauvaise direction, de même, dans le jugement de Dieu, l'accusation tomberait sur les Anges, s’ils n’avaient pas fait tout ce qui concernait leur ministère, ou retom¬ bera sur le peuple, si les Anges ayant tout fait, il a refusé de les écouler. Il y a des interprètes qui , par montagnes , collines et fondements pleins de force de la terre, entendent Abraham, ïsaac et Jacob, et les autres patriarches, qui sont assemblés comme auditeurs et devant qui la cause du peuple d’Israël va se plaider. D’au¬ tres entendent par montagnes, collines ou val¬ lées, les Anges, comme je l’ai déjà dit, et ceux qui, sur cette terre, ont la garde des hommes, et ceux qui, étant dans les enfers, sont appelés les fondements des âmes qui ont été terrestres par leurs fautes, fondements de la terre au sujet desquels nous lisons ailleurs : « Ma fureur s’est allumée comme un feu qui brûlera jusqu’au fond des enfers ; elle dévorera la terre et ses fondements. » Dent, xxxn, 22. Les forts et anti¬ ques fondements de la terre, à cause desquels la terre jusqu’ici n’est point passée, et se main¬ tient encore suspendue en équilibre au-dessus copi eulpa est, interdum plcbis, et sæpe magister peccat, sæpe discipulus, nonnuaquam patris vitium est, nonnunquam filii, ut vel bene vel male evudian- tur : ita in judicio Dei, vel ad angelos (b) crimen re- feretur, si non egerint cuncta quæ ad suum officium pertinebant, vcl ad populum, si illis universa facien- tibus, ipsi audire contempserint. Sunt qui montes et colles et fortia fundamenta terræ, Abraham, ïsaac et Jacob, et patriarchas reliquos interpretontur, qui¬ bus quasi auditoribus [al. auctoribus] et ad judicium convocatis, populi Israël negotium ventilandum sit. Alii montes, colles et vallcs, angelos, sicut supra diximus, arbitrantur, qui vel in cœlestibus serviant Deo, vel hominibus præsint super liane terram, vel apud inferos constituti, eorum qui suo vitio exsti- tere terreni, fundamenta dicantur; de quibus terræ fundamentis et alibi scriptum invenimus : « Ignis accensus est ex furore meo, ardebit usque ad inferos deorsum ; devorabit terram et fundamenla ejus. « Dcut. xxxn, 22. Fortia et an tiqua fundamenta terræ (quorum causa hucusque terra non præterit, et su- (rt) Luccm bujus locî întelligentiæ mutuam Rufinus cumprimis dabit in exposît. Symboli : « Ab initio, inquiens, Deus cum fccisset inuiidum/præfccit ci et præposui t quasdam virtulum ccclestium potestates, quibus regeretur et dispensaretur mortalium gémis. Quod ita l’actum iiulicat ïiloyses in Deutcronorui loco, » quem et Hieronymus laudat : « Sed et boruni aonnuUi... datam si bi a Deo potestatem non bis quibus acccpcrunt icgibus temperaverunt,. nec bumanum genus divinis obedire prœccptis, sed suis parère præ- varicationibus docucrimt : et hinc adversus nos chirograplm acripta sunt. . . Per istud ergo umisquisque cliirographum illis rectoribus pessimis tenebatur, quod Cbristus detraxit adveniens, et bac eos potestatc deuudavit. » Vid. et S. Kilar, tract, in psal. lu, n. 2. (b) Il:ec vero supiunt Origcnem, cujus sunt pcnc et verba bom. Vt In Num. : « Sæpe diximus animarum, quæ in Ecclesia Dei sunt, curam proeurationcinquc haberi per angelos, quosque ctiam ad judicium venire cum hominibus ostendimus, ut illo divino conslct examine, ulrum sua desidia pcccavcrint homines, an monitovum cuslodmuquc negligentia, » Ex ejns, non sun Hieron. sententia loquitnr, Rccolc quæ superiori proxime ndnotatione diximus. 64 SAINT JEROME du vide, ce sont les mérites des justes, dont T Apôtre a dit : « Edifiés sur les fondements des •Apôtres et des Prophètes. » Ephes. u, 20. De même que les Apôtres, les Prophètes et tout le chœur des martyrs sont les fondements pleins de force de la terre, de même, d'après les Sep¬ tante, les vallées et les gorges sont appelées les fondements de celui qui a reçu l'image de l’homme terrestre. Le Seigneur entrera donc en jugement avec son peuple, et le débat aura lieu entre lui et Israël. Il pouvait, comme Dieu, infli¬ ger les châtiments au peuple pécheur, A cause de ses crimes ; mais il veut paraître juste plutôt que puissant, et il appelle en jugement les pé¬ cheurs, conformément, à ce mot du Prophète ; « Venez, et soyons jugés, dit le Seigneur; » Isa. xml, 26 ; il presse le peuple d’Israël, s’il peut alléguer quelque raison, de le faire en présence des Anges et de toute créature, afin que le Sei¬ gneur soit trouvé juste dans ses paroles, et qu’il soit vainqueur quand il entrera, en jugement. Psalm. l. « Mon peuple, que vous ai -je fait, et en quoi vous ai-je donné sujet de vous plaindre? ré- pondez-moi. Est-ce à cause que je vous ai tiré de l’Egypte, que je vous ai délivré d’une maison d’esclavage, et que j’ai envoyé pour vous con¬ duire Moïse, Aaron et Marie ? Mon peuple, sou¬ venez-vous, je vous prie, du dessein que Balac, roi de Moab, avait formé contre vous, et de ce qpe lui répondit Balaam, fils de Béor, et de ce perinane pendens, librata consistit) justorum mérita sunt, de quibus Apostolus loquitur : « Ædifïcati su¬ per fundamenta apostolorum et prophetarum. » Ephes. n, 20. Sicut igitur apostoli, et prophetæ, et universus martyrum chorus fortia fundamenta sunt terræ : sic secundum LXX vallos et prærupta, quæ signiücantius Græce ©apayYsç appellautur, eorum sunt fundamenta, qui 701V.0O [mss. choie i] imaginem receperunt. Judicium ergo Domini cum populo suo, et cum Israël dijudicabitur. Qui poterat quasi Deus pro sceleribus popuii peccatoris i 11 ferre supplicia, nonvulivideri potens, sed justus, et ad judicium proYOcat peccatores, juxta illud propbeticum : « Ve¬ nde, et judicemur, dicit Do minus ; » Isa. xliji, 26 ; etiam nunc populum Israël cogit, præsentibus an- gclis, et omni creatura, si quid habeat respondcrc, ut justificetur Deus in sermonibus suis, etviucatcum judicabitur. Psalm. l. « Popule meus, quid feci tibi, et quid molestus fui tibi ? responde milii ; quia eduxi te de terra Ægypti, et de domo servientium liberayi te, et misi ante fa- ci em tuam Moysen, et Aaron, et Mariam. Popule meus, memento, quæso, quid cogitayerit contra te [Vulg. tacet contra tc\ Balac rex Moab, et quid res- que j’ai fait entre Settim et Galgala, afin que vous reconnaissiez combien le Seigneur est juste. » Mich. vi, 3 et seqq. Les Septante : « Mon peuple, que vous ai-je fait, % ou en quoi vous ai-je contristé, ^ ou en quoi vous ai-je donné sujet de vous plaindre? Répondez-moi. Est-ce parce que je vous ai retiré de l’Egypte, que je vous ai racheté d’une maison d’esclavage, et que j’ai envoyé pour vous conduire Moïse , Aaron et Marie ? Mon peuple, sou venez- vous de ce qu'avait médité contre vous Balac, roi de Moab, et de ce que lui répondit Balaam, fils de Béor, et de ce que j’ai fait de Schènis à Gai gai, afin qu’on reconnût la justice du Seigneur. » Au lieu de justice, Symmaque dit « les miséri¬ cordes, » et tous les interprètes ont transcrit le mot hébreu settim, que les Septante ont rendu par Schènis. C’est le lieu où Balac, roi des Moa- bites , rassembla son armée contre Israël ; il porte le même nombre que des arbres qui nais¬ sent encore aujourd’hui dans le désert du mont Sina. Partout où les Septante rapportent que l’arche d’alliance ou l’autel et le tabernacle furent faits de bois incorruptibles, le texte hébreu porte de « bois de Settim, » arbustes semblables à ce que nousappclonsvulgairementauhêpine! Aussi je pense que. les Septante avaient traduit par Sehinos, lentisque, et que peu A peu l’erreur des copistes a fait qu’on a lu Sdioïnos, corde, au lieu de Sehinos. Dieu s’adresse donc au peuple d’Israël pour le provoquer en jugement, et il ponderit ei Balaam, filîus Beor, de Settim usque ad Galgal, ut cognosceres justitias Domini. » Mich. vi, 3 et seqq. LXX : « Populus meus, quid feci tibi. ^ aut quid contristavi te aut in quo molestus fui tibi ? responde mibi : quia eduxi te de terra Ægypti, et de domo servi tu tis redemi te, et misi ante faciem tuam Moysen, et Aaron, et Mariam. Populus meus, recordare quid Cogitaverit adversum te Balach, rex Moab, et responderit ei Balaam, filîus Beor, de Scbœnis [al. Semis et Scynis ] usque ad Galgal, ut cognosceretur justifia Domini. » Pro « justitiis, » sive justifia, « misericordias » interpretatus est Symmachus, et ubi LXX « Schœnis, » omnes ipsum Hebraicum settim transtuierunt. Est autem locus in quo Balac rex Moabitarum adversum Israël congre- gavit cxercitum, ôij.tovupo; arboribus, quæ per cre- mum montis Sina hodie quoque gignuntur. Nam ubi in LXX vel area Testamenti, vel altare et Testa¬ ment!, vel altare et tabernaculum, cæteraque quæ de lignis imputribilibus facta refera ntur, in Hebraico pommtur « ligua Settim, » quæ habent simili tudinem arboris, quam nos yulgo spiuam albam dicimus. fin de arbitror et LXX cr/Jvov, interprelatos esse, hoc est « lentiscum ; » sed paulatim librariorum errore COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE JVTICHÉE. 65 Jui accorde la liberté de discussion. Mon peuple, que, vous ai-je fait que je ne devais point faire? « ou en quoi vous ai-j e contristé? » — Le texte hébreu ne porte pas ces derniers mots. — Un père contriste son enfant en le châtiant, et le bon pasteur visite avec la verge les iniquités de ses brebis. En quoi vous ai -je donné sujet de vous plaindre, ou, selon l’expression plus signi¬ ficative de l’hébreu, de quel travail vous ai-je accablé ? P rendriez- vous mes bienfaits pour une injure, et, soupirant après les melons et les viandes d’Egypte, regretteriez -vous que je vous aie tiré de cette terre, que mon secours vous ait tiré d’une maison d’esclavage , puisque je vous donnais pour, vous conduire Moïso, mon ami, Aaron, mon prêtre, et Marie, ma prophétesse? Si cela vous semble peu , souvenez-vous du temps où Balac, roi de Moab, loua contre vous, à prix d’argent, le devin Balaam, et voyez com¬ ment ce magicien vous bénit contre sa volonté, quand il désirait vous maudire, Num.xx u, alors que, de Scttim à G al gai, il parcourut des yeux toute l'armée d'Israël, et qu’il changea trois fois de lieu, comme si je n'avais pu le suivre dans sa marche et passer avec lui d’un lieu à un autre ; tout cela, je l’ai fait, afin que ma misé¬ ricorde et ma justice vous fussent connues, mon amour pour vous allant jusque là que, pendant factum esse, ut oyotvoi, id est, « fanes, » pro oy/voiç, hoc est, « leutiscis » legerentur. Loqnitur igitur Deus ad populum Israël, et ad judicium provocat, et Hccutiam contra se tribuit disputandi. Popule meus, quid feci tibi,- quod facere non debui ? « vel quid contristavi te? » licet lioc nonhabeatur in Bcbraico. Contristât autem pater filium flagellation, et iniqui- tates ovïura in virga pastor [al. pastoris] visitât. Quid moles tu s fui tibi ? vel, ut sigmûcautius iu 11e- braico scriptum est, quo laborc te pressi ? an béné¬ ficia mea contumeliam interpretabevis, et peponcs camesque Ægyptias desideraus, dolebis te eductum de terra Ægvpti, ac de domo servitutis mco auxilio liberatum, quia dedi ductores tibi Moysen amicum tncurn, et Aaron sacerclotem meujm, et Mariam pro- phetissam meam ? Quod si boc tibi parvum videtur, rccordaro illius tempo ris quando Balac rex Moab, Balaam diviuum adversum te mercedo conduxit, et vide qnomodo contra voluntatem suam, cupiens tibi malcdicere ariolus benedixerit : Num. xxii : de Set- tim usque ad Galgal, totuin exercilum Israël oculis lustrans, et mutans loca, quasi ego non possem cum pergente pergere, et cum transeunta transire ; et hoc feci, ut raisericordiæ meie et justiliæ nosce- rentur tibi, tantum te amantis, ut cum ego quotidie que je suis maudit chaque jour par la bouche des blasphémateurs, je n’ai pas permis qu’un ennemi vous maudît. Voici comment les Hébreux exposent ces mots : Mich. vi, 9. Les Septante : « La voix du Seigneur criera à la ville, et elle sau¬ vera ceux qui craignent son nom. » Dans l’hé¬ breu, ces mots sont le début d’un nouveau contexte; dans les Septante, ils sont la fin de celui qui précède. En voici le sens : Le Seigneur, ô homme, ne demande de vous rien autre chose que d’agir selon la justice, d'aimer la miséri¬ corde et d’être prêt à marcher avec votre Dieu ; car la voix du Seigneur fait entendre dans sa ville, l’Eglise, et proclame chaque jour dans les Ecritures saintes, que non-seulement céux qui aiment la miséricorde, mais encore, au-dessous d'eux, céux qui craignent le nom du Seigneur, seront sauvés par sa doctrine et sa clémence. Si nous faisons de ces mots le début du contexte qui suit, rapportons-les, cfaprès l’histoire, à Sa- marie, capitale des dix tribus, qui fut prise au temps du prophète Michée, et disons que le Sei¬ gneur réprimande Samarie et la menace des maux près de l’atteindre, afin que les habitants de Juda ou ceux qui craignent le nom du Sei¬ gneur, entendant les châtiments dirigés contre d’autres, soient pris de crainte et opèrent leur salut. Le châtiment infligé à l'homme corrompu ne sert pas seulement au sage, il rend plus sage l’insensé lui-même. Prov. xix. Gela s’applique aussi, d’une manière générale, aux pécheurs et aux justes, en ce sens que la répression desuns est un utile exemple pour les autres. C’est là l’interprétation que donne Notre-Seigneur dans l’Evangile, au sujet de ceux sur qui s'était écroulée la tour de Siloé; Luc. xm; ils n’étaient pas, dit-il, les seuls pécheurs de tout le peuple, mais leur fin malheureuse devait provoquer les autres à la pénitence. i lui qui. pleura sur Jérusalem , Luc. .xix , et qui versa des larmes sur Lazare mort. Joan. xx. Quant aux mots : « Je suis devenu semblable au glaneur après la moisson, » ils les rapportent à la fin des temps, qui est bien aussi la moisson, et ils disent qu’alors cette prophétie pourra s’accomplir , lorsque l’iniquité s’étant multipliée , la charité d’un grand nombre se sera refroidie , » Matth. xxrv, et que le Fils de l’homme venant trouvera bien la foi rare sur la terre. Luc. xvm. Alors on trouvera à peine, comme les épis après la moisson et des grappillons après la vendange, quelques-uns qui aient gardé un peu de foi au milieu de la défection de tous ; et ces commentateurs ajou¬ tent que le Sauveur parle ainsi en tant que homme , ce qui est prouvé par ce qui suit : « Malheur à moi , mon àme 1 » cette âme dont guine meo, dum descend o [al. desc&idero] in corrup- tionem? » Psalm. xxix, 10. Licetasserantalii, personæ illius hoc minime convenue, ut dicat : « Vœ mihi? quia factus sum, sicut qui colligit stipulamin messe ! » qui in Evangelio locutus est : « Levate oculos ves- tros, et videte regiones, quia jam canclidæ sunt ad metendum. » Joan. îv, 35. Et alibi : « Messis qui- dem multa, operariî autem pauci. » Matth. îx, 37. Qui ergo ex persoua Salvatoris volunt intelligi, aiunb, non mirum esse si dicat : « Væ miliil » qui et in Jerusalen fleverit, Luc. xix, et in Lazari morte lacrymàtus sit. Joan. xi. Scd et illud : « Factus sum sicut qui colligit sUpnlam in messe, » ad consum- 'mationein référant sæculi : qnam et signi Scan ter messem interprétai! tur, et dicunt illo tempore liane prophetiam posse compleri, quando , multiplicata iuiquitate, refri x cri t chantas multorum , Matth. xxiv, et venions Filins hominis raram fidem invenerit su¬ per terram : Luc. xvm : tune cnim quasi post messem stipulant, et quasi post vindemiam racemos, vix iu his reperiri, qui fidem in omnium vastitate servuve- riut, vocemque hanc ex persona assumpti hominis, putant de sequentibus approbari : « Væ mibi , anima! » de qua loquebatur : « Tristis est anima il a dit : « Mon àme est triste jusqu’à la mort.» Matth. xxvi, 38. On ne trouve plus de piété sur la teri^e, soit que l’ Antéchrist ait mis à mort les saints, soit que tous se ruent dans les plus grands scandales. « Il n’y a plus d’homme qui puisse corriger le prochain : tous sont jugés dans le sang , » non pour des fautes légères , mais pour les plus grandes, celles qui ont trait au sang. Le voisinage, l’amitié, la parenté n’ai’- rêtera pas le crime ; tous lèveront la main vers le mal , en soi’te que celui qui no pourra pas faire le mal , péchera néanmoins dans sa vo¬ lonté , en préparant scs mains à l’accomplir. Le prince lui-même demande, et le juge pro¬ nonce des paroles de paix , parce qu’il reçoit des présents objet de tous ses désirs. Cela est clair, et , comme je me tiens en garde contre l'envie des princes et des juges, je l’abandonne à la sagacité du lecteur , me contentant d’ajou¬ ter ceci : « Les présents aveuglent les yeux même des sages. » Deut. xyi, 19. Ils vivifient l'àme qu'ils ne devaient pas vivifier , et ils mettent à mort celle qui vit par son mérite et par ses vertus, et ils agissent ainsi à cause des dons qu’ils demandent avec impudence et qu’ils reçoivent pour leur honte. Le Seigneur lance contre eux cette menace : « Je leur ôterai leui^s biens , » ce qu’ils ci'oient , ce qui leur semble des biens. Au reste, on ne saurait appeler de vrais biens, ce qui dépouille celui qui donne et qui tue celui qui reçoit. En outre , c’est moins mea risque ad mortem. » Matth. xxvi, 38. Pcriit [al. Periet] révérons de terra, vel Antichristo interficientc sanctos, vel ad magnitudinem scandalorum cunctis corrucntibus. « Et qui corrigat, inter homines non est; omnes in sanguine judicantur, » non in levibus parvisque peccatis, sedin maximisetad sanguinem pertinentibus. Non vicinitas, non amicitia, non affi- nitas scelus morabitur : cuncti manus levabunt ad jûq aluni, ut etiam qui malura facere non potuerit, tamen, dum manus præparat, voluntate delinquat. îpse princeps petit, ctjudex verba pacifica loquitur: accîpit enim mimera, desiderium animæ suæ. Quod quia .manifestum est, et invidiam caveo principum judicumque, lectoris intellectui derelinquens, tantum illud adjungam : « Munera excæcant oculos etiam sapientium ; » Deut. xvi, 19; vivificant quoque ani¬ maux, qnam vivilicarc non dehucrant, et intcrficiunt eam quæ merito suo et virtutibus vîvit, et hoc fa- ciunt propter doua quæ postulant impudenter, et turpius accipiunt. Quibus Dominus comminatur, hæc die eus : « Et auferam bona eorum, » quæ putant boua, quæ illis bona videntur. Cæterum veritate rei nunquam bona appellabuntur, quæ et dantem spo¬ liant, et accipientem interficiunt; lieet non tam com- 76 SAINT JEROME une menace qu’une bénédiction, que leur enlever leur iniquité , afin que le Seigneur lui-même entre avec la parole divine dans leurs conscien¬ ces , dévore comme un ver tout ce qu’il y a de perversité , anéantisse les mauvaises pensées dont il a fait sa proie, marche selon la règle de la vérité, ramène à la droiture leurs cœurs, que conduisaient les opinions empestées , et fasse tout cela dans la lumière de la vérité , en ce jour où ceux qui sont saints et élus parmi les membres de l’Eglise monteront au céleste ob¬ servatoire, et, dans la sublimité des doctrines et de leurs oeuvres, discuteront au sujet des choses du ciel. « Mais voici le jour de votre examen, le temps où Dieu vous visitera ; c’est maintenant qu’ils seront détruits. Ne vous fiez pas à, votre âme, ne vous reposez pas sur celui qui vous gou¬ verne. Tenez fermée la porte de votre bouche, même à celle qui dort sur votre sein ; carie fils traite son père avec outrage , la fille s’élève contre sa mère , la belle-fille contre sa belle- mère, et Thommc a pour ennemis ceux de sa propre maison. Mais pour moi, je jette¬ rai les yeux sur le Seigneur ; j’attendrai Dieu mon Sauveur , et mon Dieu m'écoutera. » Mich. vu, 5-7. Les Septante : « Malheur ! mal¬ heur ! vos vengeances sont venues , et mainte¬ nant couleront leurs larmes. Ne vous fiez pas à vos amis , et ne mettez pas vos espérances dans vos chefs. Gardez-vous de vous confier minatio sit, quam benedictio, auferre ah eis mala, et ipsum Dominum divinumque sermonem ingredi in conscientias eorum, et quasi tiueam comedere quodeumque perversum est, et prædarum malarum- que cogitationum facere vastitatem, et ambulare super normam et regulam veritatis, eos ipsos ad rectum retraherequi pravis opinionibus ducebantur ; et hoc facere in lumine veritatis, et in dieillo quando qui sancti sunt et electi de Ecclesia, ascendent ad epeculam, et in sublimitate doctrinarum atque ope- rum suorum de rebus cœlestibus disputabunt. « Dies spcculationis tuæ, visitatio tua venit; uunc erit vastitas eorum; nolite credere amico, et noble eonfidere in duce. Ab ea quæ dormit in sinu tuo cus- todi claustra oris tui; quia filins contumeliam facit patri, et filia consurgit adversus matrem suam; nu- rus adversus socrum suam, inimici hominis domestici ejus. Ego autem ad Dominum aspiciam ; exspectabo Deum salvatorem meum : audiet me Deus meus. » Midi, vu, 5,7. LXX : < Væ, væ, ultiones tuæ vénérant, nunc erunt fletus eorum : nolite credere in amicis, neque speretis in ducibus. Àb ea quæ tccum cubât, cave ne credas ei, quia fdius contumeliam facit patri, et filia surgit adversum matrem suam, auras con- mème à celle qui partage votre couche ; car le fils traite le père avec outrage , la fille se lève contre sa mère , la belle-fille contre sa belle- mère ; l’homme a pour ennemis les gens de sa propre maison. Pour moi, ma contemplation sera toute dans le Seigneur; j’attendrai Dieu mon Sauveur, et mon Dieu m’exaucera.» A l’excep¬ tion du début et du contexte, les deux éditions sont d’accord sur tout le reste. Quant au sens historique , Miellée , qui avait souvent attendu le jour du jugement de Samarie ou de Jérusa¬ lem, dont il redoutait la venue, et la visite du Seigneur , fait allusion à la captivité en ces mots : «Le temps de votre dévastation est venu; maintenant ce sera la dévastation » des habi¬ tants , ou le siège ; car l’hébreu Majwcha , veut plutôt dire siège que ravage. Ne vous fiez donc aux paroles d’aucun de vos prophètes, et ne prêtez point l’oreille aux flatteries trompeuses des devins ; s’il faut rarement se fier même a nos amis les plus chers et à nos plus proches , combien plus faut-il se défier de ceux qui men¬ tent en vous flattant pour obtenir leur proie, et qui, quand vous ôtes comme des malades, ordon¬ nent, non pas ce qui est utile , mais ce qui est attrayant et agréable ! Ne vous fiez point à votre ami : Achitophel se révolta contre David, II Eeg . xv, et Judas, le vrai Achitophel, contre Jé¬ sus-Christ. Matth. xxyr. Ne vous reposez pas sur votre chef , comme firent les Sichémites pour Abimélech; Judic. ix ; ils le firènt roi , et ils en tra socrum suam; inimici hominis, viri domestici ejus. Ego autem in Domino contemplabor, exspec¬ tabo Deum salvatorem meum : exaudiet me Deus meus. » Excepto principio capituli,ïn reliquis parti- bus editio utraque concordat. Et intérim juxta histo- riam diem spéculât! onis Samariee, sive Jérusalem, quam sæpe exspectaverat et timuerat esse ventu- ram, et visitationem ejus, captivitatem significat, dicens : « Vastatio tua venit ; nunc erit vastitas eorum », id est, habitatorum, sive obsidio : mabuchà enim magis r:o\i opxèxv et cppo-j^aiv, id est, « obsi- dionem » et « custodiam », quam « vastitatem » in Hebræo sonat. Nullis ergo credatis vocibus prophe- tarum, nec accommodetis aurem çlecipienti blanditiæ divinorum : quia si inter cara nomina et consangui- nitatis affectum rara est fides, quauto magis in bis qui adulantes vobis, mentiuntur pro præda sua, et quasi ægrotantibus, non quid utile sit, sed quid dclectabilc et placens imperant ! Nolite credere amico; et Achitophel quippe consurrexit adversum David, II Reg. xv, et ver us Achitophel Judas adver¬ sus Cbristnm. Matth. xxvi. Et, nolite eonfidere in duce, ut viri Si ch cm in Àbimelech. Judic. ïx. Ipsi enim eum fecerunt regem, et ab eo oppressi sunt. 77 COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE MICHEE. furent opprimés. « Même à celle qui dort sur votre sein, tenez fermée la porte de votre bou¬ che , » de peur d’avoir le sort de Samson de la part de Dalila. Ibid, xvï.» «Car le fils traite son père avec outrage , » ainsi agit Absalon à l’é¬ gard de David ; non content d’aspirer au trône, il fut incestueux. II Reg. « La fille se lève contre sa mère ; » si les saintes Ecritures ne nous four¬ nissent pas d’exemple de ce fait, ils sont si fré¬ quents dans la vie de chaque jour, qu’il vaut mieux en déplorer le nombre que les recher¬ cher. « La belle-fille contre la belle-mère; » comme la femme d’Esaü contre Rebecca. Gê¬ nés. xxvi. « L’homme a pour ennemis les gens de sa maison. « Ici, je ne cherche pas d'exem¬ ples, tant ils sont nombreux. Les choses étant ainsi, ne vous fiez pas, Samarie et Jérusalem, aux faux prophètes. « Pour moi , » dit -Miellée , « je tournerai mes yeux vers le Seigneur, » je me réjouirai en Dieu mon Sauveur ou mon Jésus , et mon Dieu m’entendra. Vient ensuite la version des Septante : « Mal¬ heur ! malheur! vos vengeances sont venues,» les supplices qui doivent être infligés pour les crimes. « La vengeance m’appartient, et c’cst moi qui rétribuerai, dit le Seigneur ; » Rom. xu, 19 ; Reut. xxxn, 35 ; et ailleurs Les jours de votre rétribution sont venus. » Osé. ix , 7. Le Seigneur prend en main la vengeance de ceux qui crient nuit et jour vers lui ; «Seigneur saint « Ab ea quæ dormit in sinn tuo, custodi claustra oris tui » ; ne patiaris quod Samson a Dalila per- pessus est. Ibid . xvr. « Quia filius contumeliam facit patrie ; Absalon videlicet David : non solumregnum, sed et concubinas patris incesto coitu maculavit. II Beg. xvi. « Filia consurgit contra matrem suam»; cujus rei cum intérim de Scripturis sanctis testimo- nium non reperiam.us, tanta exempla sunt quotidianæ vitæ, ut magis lugere quod tanta sint, quam quærere debeamus. « Nurus contra socrum suam », ut uxor Esau consurrexit contra Rebeccam. Gen. xxvi « Ini- mici bominis, viri domestici ejus. » Hic exempla non quœro, cum plura sint, quam ut testimoniis indigeamus. Cum ergo hæc ita se habeant, nolite crederc, Samaria [al. Samariæ ] et Jérusalem, pseu- doprophetis. « Ego autem », inquit propheta, « ad Doininum aspiciam », exsultabo in Demi) Salvatorem meum, sive Jesum meum, et audiet me Deus meus. Sequitur Septuugiuta expositio, qui dixerunt, « Væ, væ, ultiones tuæ vencrunt », id est, supplicia quæ pro scelcribus iufercnda sunt. « Mihi », inquit, « vindictam, et ego retribuam, dicit Do minus. » Rom. xu, 19 ; Deut. xxxn, 35. Et in alio loco : « Vene- runt dies retributionis tuæ. » Osee îx, 7. Facit enim Dominus ultionem vociferantium ad se die ac nocte atque dicentium : « Usquequo, Domine sanctus et et véritable , jusques à quand différerez- vous à nous faire justice et à venger notre sang contre ceux qui habitent sur la terre?» Apoc. vi, 10. Le temps des vengeances est donc venu , et maintenant couleront leurs larmes , celles que ces vengeances arrachent , en sorte que pleu¬ rent ceux qui avaient ri autrefois, et que , sor¬ tant aussitôt du temps, ils endurent ces tortures que ce riche, jadis couvert de pourpre et na¬ geant dans les délices, souffre dans l’enfer, Luc. xvt , où il y a des pleurs et des grincements de dents. Matth. vin, xm. Ces mots : « Maintenant ce seront, » entendez-les , ou A la fin de- la vie de chacun , ou à la fin des temps et au juge¬ ment dernier , quand les vengeance générales fondront sur tous. Gardez-vous donc de vous fiera vos amis, parce qu’ils sont les plus grands de vos supplantateurs , qu’un ami ne l’est que dans un intérêt , et qu’il f’est moins de celui qu’il feint d’aimer — puisque c’est d’amour que vient le nom d’ami — que du but qu’il poursuit. Comme on demandait à quelqu’un ce qu’était un ami : un autre moi-même , ré¬ pondit-il. Si l’on m’oppose l’exemple des Pytha¬ goriciens, qui se livrèrent d’eux-mêmes au ty¬ ran, comme caution, je réponds que la maxime n’a, pas été prononcée par le Seigneur contre tous les amis en général , ni contre tous les temps , mais uniquement contre celui dont l’A¬ pôtre a dit : « Dans les derniers jours, il viendra verus, non judicas et vindicas sanguinem nostrum, de his qui habitant in terra? » Apoc. vi, 10. Vene- runt ergo ultiones, et nunc erunt fletus earum, id est, ultionum, ut plangant qui ante riserunt, et statiui exeuntes de sæculo, tormenta sustineant, quæ dives ille quondam purpnratus, et deliciis affluens, sustinet in inferno, Luc. xvi, ubi est fletus et s tri do r dentium. Matth. var, xm. Quod autem sequitur, « Nunc erunt »; vel in fine uniuscujusque vitæ inteJlige, vel in consummatione rerum omnium, et in die judicii, quando generales super universos venient ultiones. Nolite ergo credere amicis, quia omnis amicus snpplantatione supplantât, et propter aliquid est amicus, non tam amicus ejus est quem amare se simulât (ab amore quippe amicus dicitur) quam ejus rei quam diligit. lnterrogatus quidam quid esset amicus, respondit : Aller ego. Quod si Pytliagoræorum nobis opponitur exemplum, qui se vades invicem tyranno dederunt, dicimus, nongene- raliter adversum omnes amicos et charitatis affectus. sententiam a Deo esse prolatam, nec contra omne tempus, sed de eo super quo Apostolus ait: « In novissimis diebns advenient tempora periculosa; erunt enim homines seipsos amantes, cupidi, fasti- diosi, superbi , blasphemi, parentibus non obedientes, ingrati, scelesti, sine affectione, pactum non cueto- 78 SAINT JÉROME des temps périlleux ; car il y aura des hommes amoureux d'eux-mêmes , avares , glorieux, su¬ perbes , médisants , désobéissants à leurs pa¬ rents, ingrats, impies, dénaturés, ennemis de la paix , calomniateurs , intempérants , inhu¬ mains , sans affection pour les gens de bien , traîtres, insolents, enflés d'orgueil, et plus ama¬ teurs de la volupté que de Dieu , etc. » Il Tira. ni , 1-4. Alors le frère livrera le frère, et le père son fils , et la mère sa fille , et les ennemis de l'homme seront les gens de sa maison. Matth. x, 35, 36. Maintenant même la bonne foi est rare ; comme on a une chose sur les lèvres et une autre dans le cœur, le miel de la langue cache le poison de la pensée. Les riches ont de nombreux amis, et du pauvre s'éloignent même ceux qui le sont comme lui. De là cette ma¬ xime : « Si vous voulez faire un ami , prenez- le après l’avoir éprouvé. » Eccli. vi, 7. J’ai lu dans une controverse cet aphorisme : « Un ami se cherche longtemps , se trouve avec peine et se conserve difficilement. » Théophraste , qui a écrit trois volumes sur l'amitié , la met au-des¬ sus de tout sentiment de charité , et avoue tou¬ tefois qu'elle est rare parmi les hommes. Cicé¬ ron aussi a fait un livre, sur l’amitié , dédié à Lélius, dans lequel ce qui est prescrit dans nos Ecritures : Qu’un ami soit pour nous comme un vin vieux , et buvons-lc à petits traits , se trouve presque mot à mot. L’amitié reçoit ou rend égaux les hommes ; dès qu’il y a inéga¬ lité, prééminence de l'un et sujétion de l’autre, dientes, deiatores, incontinentes, immites, sinebeni- gnitate, proditores, protervi, inflati, voluptatum amatores magis quaui Dei, I ni, 1-4, et cætera. Tune cnim tradet frater fratrem, et pater filium, et mater filiaui, et inimici ho minis cïomestici ejus. Matth. x, 35, 36. Sed et nunc rare fides est ; cura aliud in labiis, aliud in corde versatur, venenum animi, linguæ mella teguut. Amici divitum multi, a panperibus autem etiam qui videntur esse, disce- dunt. IJnde dicitur : « Si habes arnicnm, in tenta- tione posside eum. » Eccli. vi, 7. Lcgi in cujusdam Gonlroversia : « Ainicus diu quæritur, vix invenitur, difficile servatur. » Scripsit Theophrastus tria do amicitia volumina , omui eam præferens charitati, et tamen raram iu rebus humanis esse contestatus est. Est et Ciceronis de amicitia liber, quem Læhnm insoripsit; in quo illud quod apud nostros pvæci- pitur : Ut sit nobis amiens, quasi vinnm vêtus, et in suavitatc bibamus illud, pene eisdem verbis positum est. Amicitia pares aut accipit, aut facit : nbi inæqna- litas est, et alterius eminentia, altérais subjectio, ibi non tam amicitia, quam adnlatio est. Unde et alibi iegimus : Sit amicus eadem anima. Et Lyricus pro il y a moins l'amitié que la flatterie. De là cet autre aphorisme : « Qu’un ami soit une même àme avec nous ; » et ce que dit le poète lyrique implorant le ciel pour son ami : « Daigne con¬ server cette moitié de mon àme. » Horat. Gar¬ dez-vous donc de vous fier à ces hommes qui visent à leurs gains par les amitiés. Si vous voulez goûter une amitié véritable, soyez l’ami de Dieu , tel qu’était Moïse qui parlait à Dieu comme un ami à un ami ; Exod. xxxur, 11 ; tels que l'étaient les Apôtres , à qui le Sauveur di¬ sait : « Je ne vous donnerai plus le nom de ser¬ viteurs , parce que le serviteur ne sait ce que fait son maître, mais je vous appellerai mes amis , parce que vous avez persévéré avec moi dans toutes ines épreuves. » Joan. xv , 15. L’a¬ mitié qui s’attache aux prospérités et aux ri¬ chesses des amis est peu sûre. Les hommes de cette sorte ne me paraissent pas être des amis, mais des amoureux d’eux-mêmes. Etudions de plus près les paroles de notre Seigneur : «Mais je vous dirai mes amis ; » et il donne les motifs pour lesquels il leur donnera ce nom : « Parce que vous avez persévéré avec moi dans l'é¬ preuve , » et là il va plus loin, il insiste : « Dans toutes mes épreuves ; » car il arrive parfois que celui qui a persévéré avec nous dans une épreuve, soit vaincu par d’autres et se retire. Le second précepte est celui-ci : Ne mettez pas votre espérance dans les chef. « L’homme qui met son espérance dans un autre homme est maudit. » Jérém. xvir, 5. L’espérance en un amico precans : « Serves », inquit, « animée diuii- dium meæ. » Horat. Nolite ergo credere in amicis, id est, lus hominibus, qui de amicitiis sectantur lucra. Si vis vera amicitia delectari, esto arnicas Dei, sicut Moyses qui loquebatur Deo quasi amicus ad amicum. Exod. xxxui, il. Esto amicus, ut Apostoti, ad quos Salvator ait : « Jam non dicam vos servos, quoniam servus nescit quid velit dominus suus ; sed dicam vos amicos, quonium perseverastis mecum in omnibus tentationibus meis. Joan. xv, 13. Delicata est amicitia, quæ ami coru m félicitâtes et divitias sequitur. Istiusmodi boulines non mibi videntur amicos, sed seipsos diligere. Consideremus attendus verba Domini : « Sed dicam vos », inquit, « amicos. » Redditquc causas quare illos amicos vocet : « Quia perseverastis mecum in tentatione», et nonhucusque stetit; « sed iu omnibus », inquit, « tentationibus mois. » Evenit quippe interdum, ut qui nobiscum perseveravit iu una tentatioue, alüs victus recédât. Secundo præcipitur : Neque speretis in ducibus : « Maledictus » cnim « est homo qui spem habet in bouline. » Jerem. xvu, 5. In homiue spes vana, et vera in Deo est. Unde et Paulus loquitur : « Et ex COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. homme est vainc ; elle n'est vraie que si elle repose en Dieu. De là le langage de Paul : « D'entre vous-mêmes, il s’élèvera des gens qui publieront des doctrines corrompues; » Act.xx, 30; et celui du Seigneur lui-même par le Pro¬ phète : « Les chefs de mon peuple ne m'ont pas connu ; ce sont des enfants qui n'ont point de sens ni de raison ; ils ne sont sages que pour faire le mal et ils n’ont point d'intelligence pour faire le bien. » Jérém. iv, 22. Ils étaient appelés mes chefs et les chefs de mon peuple ; mais , parce qu’ils ne m’ont point connu et que leurs œuvres ont détruit leur nom , ce sont des en¬ fants qui n’ont ni sens ni raison ; ils n'ont de sagesse que pour s'assujettir le simple troupeau et le fouler aux pieds ; mais , bien faire et bien gouverner le peuple, ils ne le savent pas. Ne vous fiez pas en vos chefs , point en- l'évêque, point dans le prêtre, point dans le diacre, point en. une dignité humaine quelconque. Ce n’est pas à dire que vous ne deviez point être soumis dans l’Eglise à cette hiérarchie : « Quiconque maudit son père ou sa mère mourra de mort, » Levit. xx, 9, et l’Apôtre enseigne que l’obéis¬ sance est due aux supérieurs dans l’Eglise; I Petr. n ; mais autre chose est honorer les chefs, et autre chose mettre son espérance dans les chefs. Honorons l’évêque, ayons de la défé¬ rence pour le prêtre , levons-nous sur le pas¬ sage du diacre; et cependant ne mettons pas notre espérance en eux , parce que l’espérance vobis ipsi consurgent viri loquentes perversa. » Act. xx, 30. Et ipse Dominas per prophetam : u Duces populi mei me nescierunt, filii stulti suât, et non intelligentes: sapientes sunt, ut faciant malajbene autem facere nescierunt. » Jerern. iv, 22. Duces qui- dem, ait, mei vocabautur, et duces populi mei; sed quia nescierunt me, et opéré vocabuluin destruxe- runt, propterea filii stulti sunt et non intelligentes; prudentinm ob hoc tantum babent, ut subjiciant sibi simplicem gregem, et proterant pedibus suis: bene autem facere, et regere populum nescierunt. Nolite credere in dncibus [al. judiciùus], non in epis- copo, non in presbytero, non in diacono, non in quolibet hominum dignitate. Nec hoc dico, quod istiusmodi gradibus in Eeclesia non debeatis esse subjecti : « Quicumque enim malcdixerit patei, aut matri, morte morietur; » Levit. xx, 9; et Àpostolus docet præpositis in Eeclesia obediendum; Petr. u; sed quod aliud sit honoraro duces , aliud spem haberein ducibus. Honoremus episcopum, presbytero deferamus, assurgamus diacono; et tamen non spe- remus in eis quia hominis vana, et certa spes est in Domino. Tertium mandatum : « Ab ea quee tecum cubât, 79 aux hommes est vaine , et qu'il n'y a de sûre que celle qui repose dans le Seigneur. Le troisième commandement est celui-ci : « Soyez en garde contre la femme qui partage votre couche , » ne fondez pas sur elle votre confiance. L’Apôtre appelle la femme un vase fragile , I Thessal iv , mais il ordonne aux ma¬ ris de marquer de la déférence à leurs femmes. L'homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme , I Corinth. xi, et l’é- 1 pouse doit craindre son mari. Ephes. v. L’é¬ pouse doit craindre, et elle doit aimer son mari avec crainte ; le mari ne doit qu'aimer , parce que la dilection est le lot des parfaits : «maris, aimez vos femmes et ne leur soyez point amers,» Ephes. v , 25 , alors même qu'elles vous provo¬ quent à la colère et qu'elles se conduisent de manière à mériter qu’on les traite avec amer¬ tume. Ecoutons Salomon dans l’Ecclôsiaste : « Entre mille hommes, j’en ai trouvé un ; mais, de toutes les femmes, je n'en ai pas trouvé une seule ; » Eccli. vir, 29 ; il savait sans doute par expérience qu’il ne faut pas se fier aux femmes, par qui il avait offensé Dieu. III Beg. xi. Ecou¬ tons aussi un sublime poète, — non pas un autre Homère, comme Licilius le présageait d’Ennius , mais le premier Homère chez les Latins — : « La femme varie et change sans cesse. » Les histoires grecques et latines sont pleines du récit de la fin tragique de maris vic¬ times de la trahison de leurs femmes. Dans les custodi te », ne credas ci. Unde et Apostolus mu- lieres vas infirmum vocat-, 1 Tkess. iv, et eis a maritis suis exhiheri honorem jubet. Non enim creatus est vir propter mulierem, sed millier propter virum. I Cor. xi. Et : « IJxor », inquit, « ut timeat virum. » Ephes. v. IJxoris timere est, et cum timoré virum diligere; virum tantum diligere ; quia dilectio per- fectorum est : « Yiri », ait, » diligite uxores vestras et nolite aman esse ad eas »; Ephes. v, 26 ; licet iïhe ad iracundiam provocent, et talia faciant per quæ mereantur amaritudmem sustinere. Hoc enim signi- ficat rcapa7ïiy.pa:vsa0at : tamen vos nolite eis in ama- ritudinevicem reddere. Sed et Salomon inEcclesiaste : « Et hominem », inquit, « unum de mille inveni, et mulierem in bis omnibus non inveni ; » Eccl. vn, 29; forsitan suo do et us exemplo, mulieribus non cre- dendum, per quas offenderat Deurn. III Reg. xi. Sed et poeta sublimis (non lîomerus al ter, ut Lucillus [al. Lucilius] de Ennio suspicatur ; sed primus Ho- merus apud Latinos). . Varium et mutabile semper Femina . Plenæ sunt historiæ Græcæ et Latinæ, quanti viri dh uxoribus suis decepti sint eorumque vita sit prodita. 80 SAINT JEROME Ecritures , nous trouvons les exemples , et de Dalila , dont il a déjà été question , et d’une autre , avant Dalila , qui arracha ]e secret de Samson par des larmes continuées pendant sept jours , et découvrit ce qui était caché en simulant F amour. Aussi Samson dit-il plus tard : « Si vous n’eussiez point dompté ma génisse , vous n’eussiezpoint trouvé ce que mon énigme voulait dire. » Judic. xiv , 19. Jusqu’ici il nous est prescrit de ne pas mettre à la légère notre confiance dans les amis, dans les chefs, dans nos femmes. La prophétie en donne une cause qui ne semble pas se relier assez à la thèse proposée ; elle dit : «Parce que le fils traite son père avec outrage , que la fille . se lève contre sa mère , la belle-fille contre sa belle-mère, et que les ennemis de l'homme sont les gens de sa maison.» Quoi de commun avec l’ami, le chef, la femme , que le fils , la fille et la belle-fille se révoltent contre le père, la mère et la belle-mère. Voici, ce me semble, comment on peut relier cela à ce qui précède : Ne mettez pas votre confiance dans vos amis, dans vos chefs , dans vos femmes , qui peuvent changer et agir envers vous selon les circonstances , puisqu’un fils môme et une fille oubliant leur éducation et leur enfance , se révoltent contre les auteurs de leur vie et de leurs corps, et vont jusqu’à les outrager , quand c’est un crime de les offenser même du regard. Mais cette expli¬ cation ne convient ni à la belle-fille s’insur- De Scripturis autem ot Dalilæ, eu jus supra fecimus inentionem, et alterius ante Dalilam testantnr exem- pla, quæ arcanum Samson septem dicrum expressit lacrymis, et amore simulato, quod lalebat, invenit. Unde Samson postea loquitur : « Nisi domuissetis vitulam meam, non invenissetis propositionem meam. » Jud. xiv, 19. Hactenus præcipitur, ne amicis, ne ducibus, ne uxoribus facile credamus, Cau saque reddituv non satis respondens ad propositionem; ait enim : « Quia filius inhonorat patrem, filia surgit adversus matrem, nurus contra socrum suam, et inimici hominis domestici ejus. » Nam quid pertinet ad amicum,ad ducem, ad uxorem, si filius et filia et nurus, contra patrem ac matrem socrum que consurgant? Videtur ergo mihi sic cum superioribus posse conjungi : Nolite credere amicis, et ducibus, et uxoribus, quæ mu tari possunt, et esse pro tempore; cum fîlius quoque et filia obliti educationis et infantiæ, adver- sum auctores vitæ suæ corporumque consurgant, et illis faciunt contumeliam, quos vultu quoque lædere scolus est. Sed hæc expositio nequaquam convenit nurui adversus socrum consurgenti, et homini cui inimici domestici ejus. Terentius in Hecyra : géant contre sa belle-mère, ni à l’homme dont les ennemis sont les gens de sa maison. Té- rence dit dans Iïécyra: « Qu’est cela? toutes les belles-mères détestent leurs belles-filles , » ou bien, «toutes les belles-filles détestent leurs belles-mères. » La phrase est à double entente; mais il est à peu près naturel que la belle-fille déteste la belle-mère , et celle-ci, celle-là. La prophétie , au sujet de la fin du monde, vient de nous décrire ce que sera la génération qui doit précéder l’avénement de l’Antéchrist. Maintenant, nous avons à discuter ce passage d'après l’interprétation antérieure , où nous avons dit des hérétiques : Ecoutez , tribu , qui ornera la cité ? est-ce le feu et la maison de l’impie? et après cela, de l'Eglise: Malheur à moi I parce que je suis devenu semblable à ce¬ lui qui glane un épi dans la moisson Mal¬ heur à moi , mon âme ! on ne trouve plus de piété sur la terre , et il n’y a personne parmi les hommes qui puisse reprendre le prochain ; .... Le prince demande, et le juge prononce des paroles pacifiques pour des présents dont son âme est altérée. De là cette double malé¬ diction qui suit : « Malheur! malheur! le temps de se venger de vous est venu , et maintenant ce seront les larmes que les châtiments vont vous arracher. » C’est au sujet des hérétiques qu’il est écrit : » No mettez pas votre confiance en vos amis , » ô peuples simples , et dans les chefs pervers qui se disent vos amis et promet- Quid est hoc? omnes soorus oderunt mirus. quod quanquam ambigiuim sit, tamen propemo- dum naturale est: ut nurus socrum, et socrus oderit nurum. Hæc de consummatione et fine mundi, qualis adventum Àntichristi geueratio præcessura sit, pro- pheticus sermo descripserit. Nunc dispntandnm flecundum superiorem interpretationem, in qua de hæreticis diximus : Audi, tribus, et quis ornavit civitatém? numquid ignis et domus impii? et rur- sum, de Ecclesia : Væ mihi, quia factus sum sicut qui colligit stipulant in messe ; et iterum : Yæ mihi, anima; periit reverens [al. revertens ] a terra, et qui corrigat, inter homines non est; et deinceps : Prin- ceps postulat, et judex verba pacifica locutus est, desiderium aniniæ suæ. Hnde duplex maledictio sequitur : « Yæ, væ, ultiones tuæ venerunt, nunc erunt ploratus earum. »■ Et dicamus scriptum de hæreticis : « Nolite credero in amicis, » o populi simplices, et in ducibus pravis qui se amicos et prin¬ cipes bæreseon esse promittunt; non enim vestram salutem, sed sua quærunt lucra, et deceptum gregem pedibus suis conterunt. Et ei quæ tecum dormit, cave ne quidquam credideris, quam non possum COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE MICHÉE. 81 tent d’être princes des hérétiques ; ils cherchent, non pas votre salut , mais leurs propres gains , et ils foulent aux pieds le troupeau de leurs dupes. Gardez-vous de confier quoi que ce soit à celle qui dort auprès de vous. « Celle qui dort, » je ne puis autrement l'expliquer que comme étant la chair , en sorte que nous ne nous abandonnions pas facilement aux séduc¬ tions delà chair, de peur que la force de Pâme et la constance virile ne soient amollies par ses at¬ traits. C'est ainsi que l'enfant qui est né de Dieu, oublieux de son Créateur , blasphème celui qui l’a fait, comme l’Ecriture l’enseigne : « N’est-ce point le même Dieu qui vous a créés? n'avez- vous pas tous le même père? » Malach. n, 10, et que l’âme est pleine de dédain pour la cé¬ leste Jérusalem et méprise l’Eglise, sa. môro , quand quiconque la méprise est frappé de mort. « Et la belle-fille se révolte contre la belle- mère. » Passage qui semble très-difficile à en¬ tendre au figuré. Mais celui qui , ayant lu le Cantique des cantiques , a compris que la pa¬ role de Dieu est l'époux de l’âme, et qui croit â l’Evangile, Matth. x , que j’ai trouvé traduit na¬ guère selon l’édition des Hébreux, et où le Sau¬ veur s’exprime ainsi : «Ma mère, le Saint-Esprit, m’a porté naguère par un seul de mes cheveux,» n’hésitera pas à conclure que la parole de Dieu étant le fils de l'Esprit, l’âme , qui est l’épouse de la parole , a pour belle-mère le Saint-Es¬ prit, dont le nom hébreu Rua est du genre fé¬ minin. Par conséquent, les hérétiques qui, après ■' avoir cru d’abord aux Ecritures, écrites et mises aliam intelligere nisi carnem, ut non facile credamus carnis blanditiis, ne anirni duritia virilisque consLan- tia illius edoinita mollescat illecebris. Filius enim. qui natus a Deo est, neglecto Creatore suo, blas¬ phémât eum a quo conditus, dicente Scriptura : « Nonne Deus unus creavit vos? nonne pater unus omnium vestrum?» Malach. u 10, et anima cœlestem despicit Jérusalem, matremque contemnit Ecclesiam, quam qui contempserit, morte moriotur. Et nurus consurgit adversus socrum suam. Quod juxta tropo- logiam intelleetu videtur difficile; sed qui legerit Canticum cahticorum, et sponsnm animæ, Dei ser- monem intellexerit,crediderilqueEvangeho,il/â!i7/ï.x, quod secundum Hebræos editum nuper transtulimuo (in quo ex persona Salvatoris dicitur : « Modo tu Ut me mater mea, sauctus Spiritus, in uno eapilloruin meorum ; » non dubitabit dicere, sermoneiruDei ortum esse de spiritu, et animam, quæ sponsa ser- monis est, habere socrum sanctum Spiritum, qui apud Hebræos généré dicitur feminino rua). Hæretici ergo cum ante crediderint in Scripturis, quæ a Spi¬ ritu sancto conscriptæ sunt et editæ, transferunt se TOME IX. au jour par le Saint-Esprit , émigrent vers de nouvelles doctrines , vers le ferment des Phari¬ siens et les préceptes des hommes , en mépri¬ sant la parole de Dieu , font injure à leur belle- mère. Pour ne point douter que le Verbe et le Fils de Dieu est né du Saint-Esprit , il suffit de relire les paroles de Gabriel à Marie : « Le Saint- Esprit viendra sur vous , et la vertu du Très- Haut vous couvrira de son ombre , et , à cause de cela, le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. » Luc. i , 3o. La prophétie dit ensuite : « Les ennemis de l’homme |sont les gens de sa maison. » Matth . x, 36. Voici comment ce passage me paraît de¬ voir être entendu au figuré. La tète de tout homme, c’est Jésus-Christ, et Jésus-Christ est la tête de l’Eglise. 1 Corintk. xi, 3. Les ennemis de Jésus-Christ sont souvent ceux qui semblent être dans sa maison, et qui, sans se séparer de la tête, pensent contrairement à leur tète ; sans maître et sans la grâce du Seigneur, ils se flat¬ tent, sur leur propre jugement, de posséder la science des Ecritures ; ils sont enflés d’orgueil , et ils ne savent rien ; ils languissent autour des questions , des discussions et des querelles de mots ; ils sont dans la maison , et pourtant ils sont les ennemis de la vérité. Remarquons qu’il y a dans l’Evangile presque les mêmes paroles que nous lisons ici dans la prophétie , mais qu’elles y ont un autre sens , à cause du con¬ texte où elles se trouvent. I/Evangéliste les a- t-il prises de la prophétie, ou enseignées sur sa propre autorité ? le secret de cette question est ad novas doctrinas, et fermentum Pharisæorum, et mandata hominum : dumque sermouem Dei contem- nunt, socrui suæ faciunt injuriam. Et ne forte dubites, Yerbum et Filium Dei nasci de Spiritu sancto, Gabrielis ad Mariam verba considéra : « Spiritus sanctus «, ait, « veniet super te, et virtus Altissimi obumbrabit tibi : propterea quod nascetur ex te sanctum, vocabitur Filius Dei. » Luc. i, 35. Post hæc sequitur : « Iniinici hominis, viri domes- tici ejus. » Matth. x, 36. Quod sic uobis juxta tropo- logiam exponendum videtur : Omnis viri caput, Christus est; et Christus, caput Ecclesiæ; Cor. xi, 3 hujus sæpe inimici sunt, qui putantur in domo ejus esse, id est in Ecclesia, et a capite quidein non rece- dunt, sed conLra suum sentiunt caput, qui absque magistro, et gratia Domini, scientiam Scripturarum suo judiçio promittentes, inflati sunt, et nihil sciunt, et tanguent circa quæstioues, et conLentiones pu- gnasque verborum, qui vere consistentes in domo, inimici sunt verilatis. Scire autein debemus, quod in Evangelio prope eadem verba sint, quæ nunc legimus in Propheta, et juxta contextum illius loci 6 82 SAINT JEROME au Seigneur, qui a parlé et dans les prophéties et dans les Evangiles. Voici ce que le Seigneur y dit : « Je suis venu diviser l’homme contre son père, la fille contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère , et l’homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison. » MaUh. x, 35, 36. Gcs explications données, — si toutefois j’ai pu atteindre le sens des Ecritures, — l’homme saint, comprenant que la charité s’est refroidie, et que les hommes, à la fin du monde, au lieu d’aimer Dieu , sont amoureux d’eux- mêmes, qu’ils mettent leur confiance dans leurs amis, leurs chefs, leurs femmes , et que le fils, la fille, la belle-fille se révoltent contre leur père , leur mère et leur belle-mère , et que l’homme a pour ennemis ceux de sa propre maison , — l’homme saint met sa confiance dans le Seigneur, et toute sa contemplation est en son Dieu. Bien qu’assailli par les tribulations et les persécutions du monde , il n’a confiance en nul autre qu’en celui qui a dit : « Ne crai¬ gnez pas, j’ai vaincu le monde, » Joan. xyi, 33, il attend Dieu son Sauveur , et, plein de foi en lui et les yeux tournés vers lui , il espère qu’il en sera exaucé toutes les fois qu’il l’invoquera. « 0 mon ennemie, ne vous réjouissez point de ce que je suis tombée : je me relèverai. Lors¬ que je serai assise dans les ténèbres, le Seigneur est ma lumière. Je porterai la colère du Sei¬ gneur, parce que j’ai péché contre lui, jusqu’à ce qu'il juge ma cause et qu’il se déclare pour alterum habere sensum ; quæ utrum assumpta sint de propheta, an propria auctoritate præcepta, nosse Domini est„ qui et in Prophetis et in Evungeliis locutus est. Ait autem il’ic Dominas : « Veni dividere virum adverses patrem suum, et ûliam contra ma- trem suam, et nurum adversus socrum suam, et inimici hominis domestici ejus. » Maith. x,35, 36. His itaque edissertis (si tamen potuinms sensum attin- gere Scripturarum), sanctus refrigeratam intelligens charitatem, et hommes in consummaticne mundi non esse amatores Dei, sed amatorcs sui, aliis cre- dentibu3 amicis et dncibus et uxoribus, filioque et filin et nurus adversus patrem et matrem et socrum consurgentibus, et inimicis hominis domesticis ejus, ipse crédit in Domino, et ornnis contemplatio ejus est in Deo suo; et quanquam tribulationibus etpres- suris mundi prematur, tamen præter eum qui dicit:, « Nolite timere, ego vici mundum, Joan. xvi, 33, in nullo fiduciam habens, exspectat Deum Salvatorem suum, et credens in eo, oculosque suos ad cum semper dirigens, sperat se exaudiendum, quoties eum invocaverit. u Ne læteris, immica mea, super me, quia cecidi : consurgam. Gum sedero in tenebris, Dominas lux moi; Il me fera passer à la lumière, et je verrai sa justice. Mon ennemie verra cela, et elle sera couverte de confusion, elle qui me dit mainte¬ nant : Où est le Seigneur votre Dieu ? Mes yeux la verront et elle sera foulée aux pieds comme la boue qui est dans les rues. En ce jour-là vos masures seront changées en des bâtiments ; en ce jour-là vous serez affranchie de la loi; en ce jour-là on viendra de l’Assyrie jusqu’à vous et jusqu’à vos villes fortes, et de vos villes fortes jusqu’au fleuve, depuis une mer jusqu’à l’autre mer, et depuis une montagne jusqu’à l’autre montagne; et la terre sera désolée à cause de ses habitants, pour les punir de leurs desseins criminels. » Mich. yu, 8 et seqq . Les Septante : « Ne m’insultez point, ô mon ennemie ; car je suis tombée, je me relèverai, et si je marche dans les ténèbres, le Seigneur m’éclairera. Je soutiendrai la colère du Seigneur, parce que j’ai péché contre lui, jusqu’à ce qu’il juge ma cause, qu’il se déclare pour moi et qu’il me conduise à la lumière , et je verrai sa justice. Mon ennemie me verra, et elle sera couverte de confusion, elle qui me dit maintenant : Où est le Seigneur votre Dieu? Mes yeux la verront, elle sera foulée aux pieds alors comme la boue des routes. Votre destruction sera le jour de la fabrication de la brique, et ce jour-là repoussera votre dot légale. Vos villes seront fermées et partagées par les Assyriens, et vos villes fortes seront partagées par Tyr jusqu’au fleuve, depuis mea est; iram Domini portabo, quoniam peccavi ei, donec causam meam judicet et faciat judicium meum, et educat me in Uicem, et videbo justitiam ejus, et aspiciet inimica mea, et operietur confu- sione, quæ dicit ad me : Ubi est Dominus Deus tuus? Oculi mei videbunt eain ; [Vuïg. in eam] ; mine erit in conculcatione, ut lutum platearum : dies ut ædi- ficentur maceriæ Luæ. In die ilia longe fiet lex; in die ilia usque [Vulg. et usque] ad te veniet de Assur, et usque ad civitates munitas, et a civitatibus mu- nitis, usque ad iluuien, et ad mare de mari, et ad mon te m de monte. Et erit terra in desolationem propter habitatores suos, et propter fructum cogita- tionum eorum. » Mich. vu, 8 et seqq. LX.X : « Ne insultes mihi, inimica mea, quia cecidi, et resurgam ; quia si ambulavero in tenebris, Dominus illuminabit me. Iram Domini sustinebo, quia peccavi ci, donec justificet causam meam, et faciat judicium meum, et educat me in lucem, et videbo justitiam ejus, et videbit me ioimica mea, et operiet cam confusio, quæ dicit ad me : Ubi est Dominus Deus tuus? Oculi mei videbunt eam, nunc erit in conculcatio- nem, sicut lutum in viis, dies lituræ lateris deletio tua, et repellet légitima tua dies ilia, et urbes tuæ COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICHÉE. 83 une mer jusqu’à l’autre mer, et depuis une montagne jusqu'à l’autre montagne; et la terre sera ruinée avec ses habitants, à cause des fruits de leurs mauvais desseins. » Selon la lettre, il me paraît que Jérusalem dit aux Babyloniens et aux autres nations qui l’avaient insultée : « Ne vous réjouissez pas de ma ruine, » parce que, grâce à la miséricorde da Seigneur, je me relèverai., Après que je me serai assise dans la captivité, il me fera sortir des ténèbres, et il sera ma lumière. Je porterai le poids de la colère divine, parce que je sais que j'ai mérité ce que j’ai souffert, jusqu'à ce que je sois vengée des nations, et que ma cause soit jugée. Je sais qu’il me conduira dans la lumière et que je verrai sa justice. Mon ennemie Babylone, ainsi que les autres nations qui m'entourent, me verra et elle sera couverte de confusion, elle qui me dit maintenant avec injure : « Où est le Seigneur votre Dieq ? » Mes yeux la verront, et ce ne sera pas après un long temps, mais bientôt et pro¬ chainement, foulée aux pieds comme la boue des rues. Jusqu’ici c’est Jérusalem, ou c’est le prophète qui a parlé à son peuple. Maintenant, Dieu ré¬ pond à Jérusalem : 0 Jérusalem, le temps est venu où seront changées en bâtiments tes ma¬ sures, au milieu des ruines que les Babyloniens avaient semées partout. En ce jour-là vous serez affranchie de la loi, ou du commande¬ ment et de l'ordre, d’après l’interprétation de venient in conclusionem et in divisionem Àssyrio- rum, et civitates tuæ munitæ in divisionem a Tyro usque ad flumen, et a mari usque ad mare, et de monte usque ad montem; et erit terra in dissipa- tionem cum habitatoribus suis propter fructus adin- ventionum eorum. n Videtub mihi juxta litteram, Jérusalem contra Babylonicam et cæteras gentes loqui, quæ sibi insultaverant : « Ne lætemini in ruina mea »; quia Domino miserante, consurgam ; postquam sedero in captivitate, educet me illc de tenebns, et erit lux inea. Iram Domini sustinebo, quia me scio meruisse quod passa sum, donec ulciscar de gentibus, et fiat judicium meum. Novi quippe quod me sit educturus in lucem, et videbo justitiam ejus, et aspiciet iniuaica mea Babylon, et cæteræ gentes in ci r eu i tu, et operietur confusione» quæ nunc dicit insultans : « Ubi est Dominus Deus tuus? » Ocuti mei videbunt eam, et non longo post tempore, sed nunc et in præsentiarum conculcatam, quasi lutum platearum. Hactenus Jérusalem, sive propheta ex persona popnli sit locutus. Nunc Deus ad Jérusalem respon- dens inducitur : 0 Jérusalem, venerunt dies, ut ædi- ficentur macerue tuæ, quæ erant a Babylonio Yas- tante destructæ. In die ilia longe fret lex, sive Symmaque et de Théodotion. Le sens est celui- ci : Vous ne serez plus soumise à l’empire des Assyriens. En ce jour-là, où vos murs seront rebâtis, on viendra vers vous d’Assur et des villes fortifiées: des villes fortes, dis-je, jusqu’au Jourdain, que le peuple traversa aussi autrefois, et de la mer Rouge et du milieu de toutes les nations jusqu'à la mer Morte, voisine de votre territoire, et des montagnes des Mèdes et des Perses, où ils avaient été transférés, jusqu’à la montagne de Sion. Et le reste de la terre des Clialdéens et de ceux qui vous avaient dévastée sera dans la désolation, à cause de ses habi¬ tants et à cause de ses mauvaises œuvres. Les Juifs, aujourd’hui encore, se promettent la réalisation de cette prophétie dans l'avenir, et sur ce point, où nous avons expliqué ces mots : « En ce jour-là la loi s'éloignera, » comme nous avons pu, et comme les commentent les plus prudents d’entre eux, quelques-uns inven¬ tent un mensonge frivole, et disent qu'en ce jour-là, où les murs de leur Jérusalem seront relevés par leur christ, les Ecritures Saintes de la loi et des Prophètes, que nous possédons maintenant, seront ôtées de nos mains et ren¬ dues au peuple j uif ; car ce que dit la version des Septante : « Le jour de la fabrication de la brique sera celui de votre ruine, » ne s’adresse pas à Jérusalem, comme nous l'avons expliqué d’après le texte hébreu, mais encore à Babylone, lui annonçant qu’elle sera détruite elle-même præceptum et jussio, ut Symmachus et Theodotio iuterpretati sunt, clicentes, etïitocy^v xil rcpdaTaYfJLa ; et est seusus : Nequaquam Babyloniorum imperio subjacebis, iu die ilia qua ædifieabuntur uiaceriæ tuæ, venient ad te de Assur, et de civitatibus mu- nitis : a civitatibus, inquain, munitis usque ad Jor- danem, per quem et ante transivit populos, et a mari Itubro, et cunctis gentibus usque ad mare Mortuum, quod vicinnm est terræ tuæ, et ad montem Sion, de montibus Persarum atque Medorum, in quos translati prius fu erant ; et erit terra reliqua Chaldæorum, et eorum qui te vastaverant in desola- tionem, propter habitatores suos, et propter mala opéra eorum. IIoc sibi Judæi usque hodie pollicentur, et in eo loco, in quo nos exposuimus : « ln die ilia muge fiet lex », sicut nobis yisum est, et sicut pruden- tiores eorum disserunt, aliqui frivole mentiuntur, et aiunt : In die ilia, qua a Gbristo ædificatæ fuerint maceriæ Jérusalem, Scripturas sanctas legis et Pro- phetarum, quæ nunc tenentur a nobis, tolli de manibus nostris, et tradi populo Judæorum. Tam quod dicitur juxta Septuaginta, « dies lituræ lateris, deletio tua », non ad Jérusalem, ut juxta Hebreicum exposuimus; sed adhuc ad Babylonem dici nitelli- 84 SAINT JÉROME et foulée aux pieds comme l’argile dont on fait la brique. Et ce jour-là repoussera les ordon¬ nances de la loi, non pas les ordonnances de Dieu, mais celles dont vous aviez imposé l’ob¬ servation, ô Babylone, contrairement à la loi de Dieu. Et vos villes seront assiégées ou divi¬ sées, les Assyriens vous attaquant — puisque Babylone était une ville des Chaldéens , et non pas des Assyriens. — Et vos villes fortes seront par¬ tagées par l’armée ennemie, depuis Tyr jusqu’au fleuve du Tigre , qui vous entoure, et depuis la Grande-Mer jusqu’à la mer Rouge, qui touche un côté de vos régions, sur le chemin de ceux qui vont aux Indes. Depuis une montagne jus¬ qu’à l’autre montagne, c’est-à-dire depuis les montagnes de la Judée jusqu’à celles de la Médie et de la Perse, toute la Mésopotamie et toute la contrée dont vous occupez maintenant le centre et que vous possédez, tombera sous l’empire de vos adversaires ; et votre terre sera dans la désolation à cause des fruits d’iniquité de vos pensées. Là où les Septante ont traduit par « de Tyr, » observons que le texte hébreu porte Masoii, mot qui veut dire « de Tyr, » si on sépare la proposition Ma du nom Sou ; mais en un seul mot, il signifie fortification. Au reste, à l’exception des Septante, toutes les traductions lui ont donné cette dernière signification. Voilà le commentaire selon le texte hébreu , avec les vœux d’Israël selon la chair et du peuple re¬ tranché comme prélude superflu. Abordons gamus, quod et ipsa delenda sit, et in morem latcris conculcanda. Et repellet légitima dies ilia, non légi¬ tima Dei, sed ea légitima quæ adversum legem Dei, o Babylon, jusscras observari. Et civitates tuce venient in conclusionein, sive in divisionem, Assyriis te impugnantibus (siquidem Babylon Chaldæorum fuit civitas, non Assyriorum). Et urbes tuæ munitæ erunt in divisionem hostilis exercitus, a Tyro usque ad flumen Tigrim, quo circuiris, et a mari Magno usque ad mare Rubrum, quod ex latere pergentibus Indiam, tangit regiones tuas. Et de monte usque ad montera : de montibus scilicet Judææ usque ad montes Mediæ atqje Persarum, tota Mesopotamia et universa regio, quæ nunc a te tenetur in medio, adversariorum imperio subjugabitur. Et crit terra in desolationem propter pessimos fructus studiorum vestrorum. Ubi Septuaginta interpretati sunt, « de Tyro », sciamus, in tiebraico scriptum esse, masor, quod verbum, si in præpositionem ma, et nomen sor, dividatur, « de Tyro » intelligitur ; sin autem unus sermo sit, «munitionein» sonat. Denique omnes Kepiô^v, xai TCEp^paypia, xal tcoXcooxùkv, non « de Tyro », ut LXX, sed « munitionem » et « ambitum muratæ urbis » transtulerunt. Hoc juxta Hebraicum, maintenant le sens spirituel, et cherchons à pé¬ nétrer même les points les plus difficiles, en en demandant réclaircissement à l’Esprit saint lui- même qui les a écrits. Cette Jérusalem me paraît être toute âme où avait été bâti le temple du Seigneur, et où était la vision de la paix et la connaissance des Ecri¬ tures. Plus tard, vaincue par les péchés, menée en captivité et livrée aux tourments, elle s’élève contre Babylone, c’est-à-dire contre la confusion de ce monde et contre l’ennemi qui est le prince de monde : Ne m’insulte pas, ô mon ennemie, parce que je suis tombée, car je me relèverai. Le Seigneur, en effet, relève ceux qu’il avait brisés, Psalm. cxlix, et il dit, par la bouche du Prophète : « Celui qui est tombé ne se relèvera- t-il pas? » Jéi'ém. vin, 4... « Je ne veux pas la mort du pêcheur, mais seulement qu'il revienne à moi et qu’il vive. » Ezêch. xxxm, 11.. Si vous me méprisez parce que je suis dans les souf¬ frances, apprenez d’Ezéchiel que les peines sont d’abord appliquées aux plus saints et que l’ordre du Seigneur est celui-ci : « Commencez par mes saints. » Ezêch. ix, 6. Si c’est parce que je marche dans les ténèbres, sachez que le Sei¬ gneur est ma lumière. Quoique les princes de ces ténèbres m’aient trompée , que je sois assise dans les ténèbres et l’ombre de la mort, et que mes pieds se heurtent contre les mon¬ tagnes couvertes de ténèbres , néanmoins la lumière s’est levée pour ceux qui sont assis et vota carnei Israël et populi concisionis, quasi ex superfluo otiosus sermo præluserit. Nunc veniamus ad mtelligentiam spiritualem, et ipso Spiritu sancto exponente, quo scripta sunt, in locis vel difficillimis desudemus. Videtur mihi omnis anima Jérusalem, in qua ædi- ficatum fuit templum Domini, et visio pacis, et notifia Scripturarum ; et postea superata a peccatis, ducta est in captivitatem , tormentisque tradita, dicerc contra Babylonem, id est, confusionem hujus mundi, et adversus contrariam fortitudinem, quæ hnic mundo præsidet : Noli insultare mihi, inimica mea, quia cecidi, et resurgam : Dominus enim allevat elisos, Psal. cxuv, et loquiturper prophetam : «Num- quid qui cadit, non resurget »? Jerem. vm, 4 Et : « Nolo mortem peccatoris, tantum ut revertàtur, et vivat. » Ezêch. xxxm, 11. Sin autem ideo me despicis, [al. desperas ], quia tormenta sustineo, disce per Ezechielcm pœnas primum sanctioribus irrogari, et dici a Domino : « A sanctis meis incipite. » Ezêch. îx, 6. Quia si ambulavero in tenebris, Domi¬ nus lux mea est. Licet enim redores tenebrarum istarum me deceperint, et sedeam in tenebris et umbra mortis, et pedes mei impegerint in montes 85 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MICIIËE. dans les ténèbres et l’ombre de la mort, et cette lumière luit dans les ténèbres ; Isa. ix, 2 ; « le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui pourrais-je craindre ? » Psalm. xxvi, i ; aussi oserai-je lui dire: « Votre parole, Seigneur, est le flambeau qui éclaire mes pieds, et la clarté qui luit sur mes voies. « Psalm. cxvm, 105. Il sait que je suis au milieu des ténèbres de ce monde, et il m'a lui-même donné ce précepte : « Ayez les reins ceints, et dans vos mains des flam¬ beaux éclatants. » Luc. xn, 35. La prophétie continue : « Je porterai le poids de la colère du Seigneur, parce que j’ai péché contre lui, jusqu’à ce qu’il juge ma cause, qu’il se déclare pour moi, et qu'il me ramène à la lumière; et je contemplerai sa justice. » Toute correction sur le moment paraît un objet, non pas de joie, mais de douleur, et plus tard elle portera un fruit pacifique de justice pour ceux qu’elle aura instruits. L’âme donc, sentant qu’elle a péché, qu’elle a les blessures des péchés, qu’elle vit dans des chairs mortes et qu’elle a besoin de cautérisation, ne cesse de crier au médecin : Brûlez mes chairs, amputez mes blessures, arrêtez toutes les humeurs nui¬ sibles par une rébutante potion d'ellébore. C’est par ma faute que j'ai été blessée ; que j’aie en partage la douleur de tous ces tourments, afin que je recouvre la santé. Et le vrai médecin montre à l’âme déjà en voie de guérison le motif de sa médication infaillible, et lui fait voir qu’il a bien fait ce qu’il a fait. Enfin, après tenebrosos, tamen sedentibus in tenebris et m umbra mortis, lux orta est, et lux lucet in tenebris. Isa. ix, 2. Et : « Dominus illuminatio mea et salus moa, quem timebo? » Ps. xxvi, 1 ; et loquar ad cum, et dicam : « Lucerna pedibus meis verbum tuum, Domine, et lumen semitis meis. » Psal . cxvm, 105. Ipse quippe mthi præcepit in tenebris hujus sæculi constituto : « Sint lumbi vestri prsecincti, et lucernæ ardentes in manibus vestris. » Luc . xn, 35. Sequitur : « Iram Domini sustinebo, quoniam peccavi ei, donec justificet causam meam, et faciat judicium meum, et educat me in lucem; et videbo justitiam ejus. Omnis correptio ad præsens, non videtur esse gaudii, sed mœroris, et postea fructum pacificum justitiæ reddet his qui per eam fuerint eruditi. Sentiens igitur anima se peccasse, et liabere vulnera peccatorum, et in mortuis carnibus vivere, et indigere cauterio, constanter dicit ad medicum : lire carnes meas, reseca vulnera, humores omnes et jSsÜpoc noxium dura hellebori notione cons tri nge. Mei vitii fuit, ut vulnerarcr; mei doloris sit, ut tôt tormenta sustineam, ut postea sanitatem recipiam. Vcrusque medicus jam sospiti atque securæ ostendit causam medicaminis, et recte se docet fecisse quod les souffrances et l'expiation, Tàme étant sortie des ténèbres extérieures et rentrée dans la lu¬ mière, s’écrie : « Je verrai sa justice, » et je dirai : La justice de vos jugements à éclaté, 6 mon Dieu. Or, puisque Jésus-Christ est devenu pour nous, par Dieu, la sagesse, la justice, la sanctification et • la rédemption, l Corinth. i, l’âme qui dit qu’après la colère de Dieu elle verra sa justice, se promet la contemplation de Jésus-Christ. Voilà au sujet de ceux qui font pénitence. Au reste, il est de beaucoup préfé¬ rable de n’ôtre pas blessé, et de n’avoir pas be¬ soin du médecin. La guérison n’est paslabéati- tude des saints, mais un soulagement après la douleur. Que celui-là donc qui a été guéri prenne garde de ne point pécher de nouveau, de peur qu’il ne lui arrive pire qu’à sa première chute. Je lis dans le Lévitique , Lévit. xm , si toutefois je lis les yeux ouverts, et si le voile qui était étendu sur la loi n’exclut pas l’intuition de l’œil intérieur , que la lèpre s’engendrait souvent dans la cicatrice d’une brûlure, qu’elle changeait la couleur du poil et qu’à la difformité primi¬ tive de la cicatrice , elle ajoutait un aspect plus repoussant. Je dis cela de peur que quelqu’un , plein de sécurité dans la pénitence, parce qu’a¬ près avoir péché , il peut dire : « Je porterai le poids de la colère de Dieu, parce que j’ai péché contre lui, jusqu’à ce qu’il ait jugé ma cause,» ne pèche et n’ait beson du médecin , s’étant blessé de nouveau après avoir été guéri. Lorsque le Seigneur nous aura ramenés à la fecit. Denique post crueiatus atque supplicia, educta de tenebris exterioribus anima, etreddito novissimo quadrante dicit: « Videbo justitiam ejus », et loquar : Justificata sunt judicia tua, Deus. Si autem Christus factus est nobis a Deo sapientia, et justitia, et sanc- tificatio, et redemptio : I Cor. i; qui justitiam post iram Dei videri se dicit, Cbristi sibi repromittit aspectum. Et hæc duntaxat de pœnitentibus. Cæte- rum multo melius est non babere vulnera, etmedico non egeve. Curatio non beatitudo sanatorum est, sed solatium post dolorem. Igitur qui curatus est, caveat, ne iterum peccet, et rursnm ei aïiquid dete- rius fiat. Legimus in Levitico, Levit. xm, si tamen oculis apertis legimus, et velamen quod in Lege positum est, interioris oculi non excludit intuitum, in vibice et cicatrice combusturæ lepram solere generari, et mutare colorera pili, et ad priorem deformationem cicatricis novellam accedere fœdita- tem. Hoc propterca, ne quis securus de pcenitentia, eo quod post peccatum possit dicere : « Iram. Dei sustinebo, quoniam peccavi ei, donec justificet cau¬ sam meam », peccet et cauterio indigeat, et sanatus iterum vnlneretur. Cum autem eduxerit nos Dominus in lucem, et 86 SAINT JEROME lumière, et que nous contemplerons sa justice, Babylone, notre ennemie , nous verra alors , et elle sera couverte de confusion , elle qui nous disait auparavant : « Où est votre Dieu ? » pen¬ sant que Jérusalem ne pouvait pas être guérie de ses blessures. Nos yeux se tourneront vers elle, et elle sera foulée aux pieds comme la boue des carrefours. Comme toute fin des peines est le commencement des biens, et comme la dou¬ leur sert à la guérison , de cette boue on fera des briques qui seront pétries en la foulant aux pieds. En ce jour-là, elle rejettera ses anciennes erreurs, et ses villes , qui avaient été mal forti¬ fiées, tomberont dans la division etse sépareront des Assyriens. De Tyr également, dont le nom veut dire angoisse, s’élèveront de nouvelles for¬ ces et il y aura sédition jusque chez ceux qui se réjouiront de l'écroulement de ce monde, et qui engendrent les passions dans les hommes. Depuis la mer jusqu’à l’autre mer, et depuis une montagne jusqu’à l'autre montagne, les guerres civiles se multiplieront, une amertume combattra contre une autre amertume , un or¬ gueil qui doit être abaissé s’élèvera pour com¬ battre un autre orgueil , et alors s'accomplira véritablement cette parole : « Venez, descendons et confondons leurs langues , si bien que cha¬ cun n’entende pas le langage de son voisin, » Gênés, xi, 7 , parce qu’il est utile que les forces mauvaises n’aient pas la paix entre elles, et que viderimus justitiam ejus, tune videhit inimica nos- tva Babylon, et operietur confusione, quæ prius lo- quebatur ad nos : « Ubi est Deus tuus ? » æstimans Jérusalem post vulnera non posse sanari. Et'respi- cient eam oculi nostri, et erit in conculcationem, ut lutum platearum. Et quia ornnis pœnarum finis bo- norum exovdinm est, et dolor pvoficit ad sanitatem de luto illius lateres fient, et erit formatio laterum lituva ejus. Et in die ilia veteves abjiciet errores, ci- vitatesque illius, quæ male munitæ fuerant, venient in conclusionem, sive in divisionem, et dividentur ab Assyriis ; de Tyro quoque , quæ interpretatur suvcr/ji. id est, « angustia, » cou s urgent aliæ fortitu- dines, et erit seditio usque ad eos qui sæculi hujus rheumate delectantur, et libidines générant in homi- nibus. Et de mari usque ad mare, et de monte usque ad montem invicem bella cons urgent, ut amaritudo pugnet contra amaritudinem, et.erigens se humi- lianda sublimitas, contra aliam dimicet altitudinem, et tune vere compleatur : « Yenite, descendamus et confundamus linguas eornm, ne audiat unusquisque vocem proximi sui,>» Gen. xi,7,prodest quippe forti- tudines pessimas [al fortitudinibus pessimis] inter se non habere concordiam. Et, et cum Satanas adver- sus Satanam divisus fuerit, tune demum omne re- lorsque Satan sera divisé contre Satan , alors enfin tout son empire sera détruit. Matth. xn. Ce qui arrive fréquemment dans les grandes armées, quand le tyran ayant été mis à mort, ses satellites se partagent entre eux son royaume, se lèvent les uns contre les autres et se font des guerres intestines, arrivera à la fin du monde , lorsque les murs de Jérusalem auront été reb⬠tis et que Babylone sera tombée : les Assyriens et les Tyriens , ceux du fleuve, ceux de la mer , ceux des montagnes, toutes les nations des dé¬ mons combattront les unes contre les autres , etleur royaume étantanéanti, fera place au règne de Jésus-Christ ; tous les genoux fléchiront de¬ vant lui, aux cieux, sur la terre et dans les en¬ fers, et tonte langue proclamera que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père. Philipp. ii. Pour qu’on sache bien que la fin de la sédition des diables doit être tout profit pour les vertus, il est dit qu’ alors la terre de Baby¬ lone sera ruinée avec tous ses habitants, el ne produira plus des fruits de Babylone. « Paissez avec votre verge votre peuple, le troupeau de votre héritage; ceux qui habitaient seuls au milieu d’une forêt , paissez-les au mi¬ lieu du Cannel. Les troupeaux iront paître en Bazan et en Galaad, comme ils y allaient autre¬ fois. Je ferai voir des merveilles à mon peuple, comme lorsque je vous tirai de l’Egypte. Les nations les verront et elles seront confondues gmun illius destructur. Matth. xii. Et quod fréquen¬ ter in magnis exercitibus evenire solet, ut interfecto tyranno, satellites ejus regnum inter se dividaut, contra seque consurgant , et intestinum inter eos bellum sit : hoc et in consummatione mundi fiet, quando Jérusalem maceriæ fuerint ædificatæ, et Ba¬ bylon corruerit, Assyriique, et Tyrii de fiumine, et de mari, et de montibus, id est, universæ inter se pugnabunt dæmonum nationes, et dissipato regno illorum, fiet regnum Domino Jesu, et omne genu flectetur, cœlestium, et terrestrium, et infernorum, et universa lingua confitebitur, quia Dominus Jésus in gloria est Dei Palris. Philipp. 11. Ut autem sciatis finem liujus seditionis profectum esse virtutum, erit tune terra Babylonia in dissipationem cum omnibus habitatoribus suis, et nequaquam fructus faciet Ba- bylonios [al. Babylonicus]. « Pascc populum tuum in virga tua, gregem hære- ditatis tuæ : habitantes sol os in saltu in medio Car¬ mel i : pascentur Basau et Galaad juxta dies anti- quos : secundum dies egressionis tuae de terra Ægypti, ostendam [al. ostendi ] ei mirabilia. Vide- bunt gentes, et confundentur super ornni fortitudine eorum (Vulg. sua). Ponent manus suas super os : au- res eornm surdæ erunt. Lingeut pulverem sicut ser- COMMENTAIRES SUR LE avec toute leur puissance ; les peuples met¬ tront leurs mains sur leurs bouches , et leurs oreilles deviendront sourdes. Us mangeront la poussière comme les serpents, ils seront épou¬ vantés dans leurs maisons comme les reptiles. Ils trembleront devant le Seigneur notre Dieu et ils vous craindront. » Mich . yii, H et seqq. Les Septante : « Paissez votre peuple avec votre verge. Les brebis de votre héritage, qui habi¬ taient seules au milieu des forêts, paîtront au milieu du Carmel, dans le pays de Bazan et dans le pays de Galaad, comme aux jours d'au¬ trefois ; et comme aux jours de votre sortie de la terre d’Egypte, je leur montrerai des mer¬ veilles. Les nations les verront, et elles seront confondues dans toute leur puissance ; elles mettront leurs mains sur leurs bouches, et leurs oreilles deviendront sourdes, hiles lécheront le sol comme les serpents qui rampent sur la terre, et elles seront troublées dans leurs fortifica¬ tions. Elles trembleront devant le Seigneur notre Dieu, et elles vous craindront.)* Ces mots: « Paissez votre peuple avec votre verge, » c’est Dieu le Père qui les adresse au Fils, c’est-à-dire à Notre-Seigneur Jésus-Christ , afin que , parce qu’il est le bon pasteur et qu'il donne sa vie pour ses brebis , Joan. x , il paisse avec sa verge. son peuple et les brebis de son héritage. Qu’on ne croie pas que ceux du peuple sont les mêmes que les brebis ; nous lisons dans le psaume : « Nous qui sommes votre peuple et les brebis de votre pâturage. » Psalm . xciv, 7. Peuple s'entend de tous ceux qui usent de leur pentes : velut reptilia terra, turbabuntur (Vulg, proturbabuntur ) de lodibus suis. Dominum Deum nostrum formidabunt, et timebuntte. » Mich. vu, 14 et seqq. LXX : « Pasce populum tuum in virga tua, oves bærcditatis tuæ, habitantes solas in saltu, in medio Carmeli pasccnfcur Basaüitin et Galaad) Lin juxta dies pristinos, et juxta dies egressionis tuæ de terra Ægypti, osteudam eis mirubilia. Videbunt gén¬ ies, et confundentur in ornni fortitudine sua ; ponent inanus super os suum, aures eorum surdæ erunt. Lingent'humum sicut serpentes, quæ trahunt terrain : turbabuntur in conclusionibus suis : super Domino Deo -nostro formidabunt, et timebunt a te. » Hoc quod dicifiir : « Pasce populum tuum in virga tua,» Deus Pater loquitur ad Filium, id est, ad Dominum nostrum Jesurn Christum, ut quia pastor bonus est, et ponit animam suam pro ovibus suis, Joan . x, pas- cat populum suum in virga sua, et oves bæreditatis suæ. Ac ne putemus eosdem esse populos, quos et oves, iu alio loco legimus : « Nos autem populus tuus, et oves pascuæ tuæ. » Psalm. xciv, 7. Populus refertur ad rationabiles quosque, oves autem ad eos, 1 PROPHÈTE MICHÉE. 87 raison; brebis s’entend de tous ceux qui, n'u¬ sant pas encore de leur raison, se contentent de vivre dans leur simplicité, et il est dit qu’ils sont de l’héritage de Dieu. Tant le peuple que les brebis, ils ont tous besoin de la verge du pas¬ teur, au sujet de laquelle l’Apôtre a dit : . Les Septante : « 11 ébranle les montagnes, il secoue les collines sur leur base; la terre, le monde et tous ceux qui l’habitent se rapetis¬ sent de frayeur devant lui. » On peut simple¬ ment comprendre qu'à la fin du monde, quand le Sauveur viendra dans sa majesté, les mon¬ tagnes et les collines, et le globe terrestre, et l'univers seront ébranlés. Puisqu’au temps de sa passion, le soleil prit la fuite, les rochers se fendirent et la terre trembla, Maüh. xxvn , Luc . xxui, à plus forte raison l'univers sera-t-il troublé quand il apparaîtra dans toute sa splen¬ deur. Au figuré, par montagnes et collines, il faut entendre les gens élevés en dignités et en puissance, qui, à l’avénement du Sauveur, se¬ ront jetés dans la poussière, et, renversés de leurs trônes, joncheront le sol, car le Seigneur regarde d’un œil sévère ceux qui font le mal, pour exterminer leur mémoire de la surface de la terre. Psalm. xxxin, 17. Alors, aussi la terre tremblera, et le monde et l’univers seront frappés d'épouvante devant le Seigneur; ils quod dicitur in Evangelio : « Cum venerit Filius ho- minis, putas [al. putasne], inveniet fidem super ter¬ rain? » Luc. xvm, 8. Increscente quippe iniquitate, refrigescet charitas pluriraorum, propter quæ veniet ira Dei. « Montes commoti sunt ab eo, et colles desolati sunt, et contremuit terra a facie ejus, et orbis, et omnes habitantes iü eo. » Naitm. î, 5. LXX : « Montes commoti sunt ab eo, et colles concussi sunt, et con¬ tracta est terra a facie ejus, univers itas et omnes qui habitant in ea. » Potest et simpliciter accipi quod in consummatione mundi, cum in majestate sua Salva- tor venerit, et montes et colles, et orbis et terra, et cuncta moveantur. Si enim in passione ejus sol fugit, saxa scissa sunt, terra contremuit, Matth. xxvn \Luc. xxui, multo magis in claritate ejus omnia turbabun- tur. Sed et flguraliter montes et colles, sublimes quippe et potentes intelligendi sunt, qui in adventu Domini prosternentur humi, ac de solio suo depositi pavimento cobærebunt. Faciès enim Domini super facienles mala, ut perdat de terra memoriam eorum. Psalm. xxxm, 17. Tune et terra contrcmiscct, et orbis atque universitas faciera Domini formidabunt; hoc pro surnmo cruciatu pœnaque ducentia, quod vul- tum ejus respicere non audebunt. TOME IX. regarderont comme la plus cruelle des tortures et le plus grand châtiment de ne pas oser re¬ garder sa face. « Qui pourra n’être pas terrassé par sa colère, et qui lui résistera lorsqu’il sera dans la fu¬ reur? » Nairn . i, 6. Les Septante: « Qui pourra soutenir sa colère, et qui lui résistera lorsqu’il sera dans la fureur? » Ils seront donc bien rares — s’il s’en trouve un seul toutefois — ceux qui ne mériteront pas d'être châtiés par la colère divine. Il n’y aura aucune àme qui ne redoute point le jugement de Dieu, puisque les astres mêmes ne sont point purs en sa présence. Job. xxv, 5. Le mot hébreu Jaccum, qu’Aquila et les Septante rendent par « résistera », rap- portons-le à ce sens, à propos duquel il est dit, dans le second livre des Bois et dans le premier des Paralipomènes : « Contre le courroux de Dieu. » Il est certain pour tous que là, « cour¬ roux de Dieu » est synonyme de diable et anges du mal, lesquels sont envoyés pour ch⬠tier ceux qui méritent la colère. Il se trouvera donc difficilement, à la fin du monde, un cœur pur et sans tache qui ose dire : « Le prince de ce monde est venu et il n'a rien trouvé en moi », Joan. xiv, 30, et qui ose lui résister en face. D’autre part, contre les Assyriens, voici l'inter¬ prétation : Lorsque le Seigneur viendra dans la tempête et le tourbillon, desséchant l'empire de Dabylone, dont la figure est la mer, renversant « Ante faciem indignationis ejus quis stabit, et quis resistet in ira furoris ejus? » Naum. i, 6, LXX : « A facie iræ ejus quis sustinebit, et quis resistet in ira furoris ejus?» Pro eo quod nos posuimus : « Et quis resistet in ira furoris ejus? » apertius interpretatus est Symmachus : « Et quis sustinebit iram furoris ejus? » Aut rarus igitur, aut nullus poterit inveniri, qui ira corripiente non dignus sit. Nec erit ulla anima quæ non paveat ad judicium Dei, cum aslra quoque non sint munda in conspectu ejus. Job. xxv, 5. Porro verbum Hebraicum jaccum, quod et Aquila et Septua- ginta transtulerunt, « resistet, » ad illara intelligen- tiam transferamus , de qua in secundo Regnorum libro, et in primo Paralipomenon dicitur, « super ira Dei, » genere masculino. Nullique dubium quin ibi ira Dei diabolus intelligatur, et Angeli pessimi, qui mittuntur ad plectendos eos qui ira digni sunt. Diffi¬ cile itaque reperîetur in consummatione mundi, qui immaculatus et purus audeat dicere : « Ecce enim princeps mundi istius, et invenit in me nihil, » Joan. xiv, 30, et libéra adversus eum freinte consistât. Con¬ tra Assyrios autem sic sentiendum, quia cum venerit Dominus in tempestate et turbine, siccans Babylonis imperium, quod interpretatur mare, et omnia ejus régna subvertens, quæ intelliguntur fïumina, et po- 7 98 SAINT JÉROME tous les royaumes qui en dépendent, et que représentent les fleuves, réduisant à néant sa puissance et sa fertilité, qu'indiquent par mé¬ taphore Basan, le Carmel, la fleur du Liban, les montagnes et les collines, et ébranlant son empire dans toute sort étendue, figurée par le globe terrestre, alors nulle puissance ne pourra résister au Seigneur irrité et vengeant son peuple. « Son indignation se répand comme un feu, et elle fait fondre les pierres. » Naum. i, 6. Les Septante : « Sa fureur consume les principautés et brise les pierres. » Au lieu de « se répand, » on lit dans Aquila « s'est enflée, » et dans Sym- maque et Théodotion « est tombée en gouttes de pluie. » Soit que l'indignation de Dieu est comme le feu, soit que sa fureur tombe en pluie comme les étincelles d’un incendie, afin que les cœurs durs des hommes, comparés à la pierre, soient brisés et se dissolvent, le courroux de Dieu est utile, qui, après avoir soutenu long¬ temps nos péchés dans la patience, a fini par bouillonner un jour, et pourtant ne déborde pas toute pour notre châtiment, et ne laisse tomber sur nous que quelques gouttes bouil¬ lantes. Mais puisque une goutte de l’indignation de Dieu consume les principautés contre qui nous avons à combattre sans cesse, qu’arrive- rait-il si cette colère se répandait toute sur nous? Fasse Jésus que notre cœur de pierre nous soit ôté, que soit changé notre cœur de chair , et que, son endurcissement étant vaincu, il puisse tentiam ubcrtatemque ejus ad nihilum redigens, quæ [jLSTCKpopixwç Basan et Carmelus et Bios Libani, et montes collesque dicuntur, ac latitudinem imperii concutiens, quæ orbis terrarum appellatur : tune nulla potentia resistere poterit irascenti Deo, et po- pulum suum vindicanti. « Indignatio ejus effusa est ut ignis, et petræ dis- solutæ sunt ab eo. » Naum. r, 6. LXX. : « Furor ejus consumit principatus, et petræ contritæ sunt ab eo. » Pro eo quod nos possuimus « effusa est, » Aquila in- terpretatus est auve/wvsüOr), id est, «.conflnta est; « Symmachuset Theodotio ecrraÇev, hoc est, « stillavit.» Sive igitur conflata est indignatio Dei quasi ignis, sive furor ejus in similitudinem stillavit incencUi, ut dura corda hominum, quæ petræ vocantur, conlere- rentur, et dissolverentur, utilis est indignatio Dei, quæ diu per patientiam uostra peccata sustentans, vix aliquando conflata est, et tamen nou tota pro- rumpit in pœnam, sed modico ad nos stiliabit ardore. Si autem stilla indignationis ejus consumit princi- patns, adversus quos nobis est pugnæ [al. pugnci et] colluctatio, quid üeret si tota in nos ira Dei funderc- tur? Præstet Jésus ut auferatur cor lapideum, et mu- recevoir en lui les préceptes du Seigneur dans les Ecritures; car un esprit brisé de douleur est un sacrifice digne de Dieu, et Dieu ne méprise pas un cœur contrit et humilié. » Psalm. l, 19. Au reste, tout ce qui vient d’ètre dit a trait â la bonté, et non à la sévérité de Dieu , comme va nous l'apprendre la suite. Le sens litté¬ ral est évident. Quelque robustes que soient les Assyriens, et leur force serait-elle accrue en nombre par toutes les nations , ils tomberont sous l’épée de l’Ange comme les cheveux sous le rasoir. Comme la chevelure la plus épaisse ne résiste pas au tranchant du, rasoir, ainsi les nombreux ennemis de Dieu seront facilement exterminés, et Assur passera,, c’est-à-dire cessera d’exister, ou bien , après cette extermination de son armée, rentrera dans son pays et vous lais¬ sera sain et sauf. La prophétie dit ensuite à Juda et à Jérusalem : « Je vous ai affligé, mais je ne vous affligerai plus. » Ce n’est pas qu’elle promette une éternelle sécurité, mais la sécurité pour ce temps-là seulement et contre les enne¬ mis qui l’assiégeaient alors. Puis elle continue : « Je vais briser sa verge , » celle de l'Assyrien, « avec laquelle il vous frappait, et je romprai vos chaînes ; » soit la verge et les chaînes, volucrit, ut desperans de auxilio Domini, se Assyriis traderet, non Deo, sed idolis serviturus. IV Keg. xvm ; Isa . xxxvi. « Ilæc dicit Dominus : Si perfecti fuerint, et ita plures , sic quoque attondeïitur et pertransibit. Afflixi te et non aflligam te ultra ; et nunc conteram virgam ejus de dorso tuo, et vincula tua disrum- pauï, » Naum . i, 12, 13. LXX : « Hæc dicit Dominus regnans aquis multis, et sic dividentur ; et auditus tous non audietur amplius, et nunc conteram vir¬ gam ejus a te ; et vincula ejus disrumpam. » Juxta litteram manifestas est sensus : Licet, inquit, robusti sint Assvrii, et fortitudo eorum numéro augeatur cunctarum gentium , sic quoque angelo vastante, tondentur. Quomodo cnim numerus capillorum acutffi forcipi nou répugnât, ita et nnmerus adversa- riorura Dei, facili succisione tolletur, et pertransibit Assur, vel esse desistet, sive, vastato exercitu suo, revertetur ad patriam , te sospitem derelinquens. R ur pu raque ad J ad am et Jérusalem sermo dirigitur : a AfRixi te, et non affligam te ultra; » non quod perpetuam securitatem polliceatur, sed illius tantum temporis, et ab illis bostibus a quibus tune obside- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. comme figure de sa puissance, soit la verge dont il vous frappait réellement, elles chaînes qu'il forgeait pour les captifs, bien qu'on puisse aussi dans ces chaînes voir l'image du siège qui enfermait le peuple de toutes parts. Dans les Septante, le sens est tout autre. La prophétie s’élève encore contre ceux à qui elle a déjà dit : « Pourquoi formez-vous de noirs desseins contre le Seigneur? » et aussi : « Il sortira de vous une pensée des plus exécrables contre le Seigneur, une pensée ennemie. » Voici donc ce que dit le Seigneur qui règne sur les eaux abondantes, soit sur les vertus angéliques, appelées les eaux d'au-dessus des cieux , et à qui il est ordonné de louer le Seigneur, soit sur les secrets , la sagesse et les doctrines de Dieu. Or, de même que des fleuves sortent du sein du juste, Joan. vu, et aussi des sources abondantes qui rejaillissent jusque dans la vie éternelle, parles diverses et multiples sentences auxquelles commande la parole du Seigneur, de même les hérésiarques ont leurs eaux auxquelles ils com¬ mandent , et dont ils sont eux-mêmes la source première. Ce qui suit : « Et elles se diviseront ainsi, » peut s'entendre des vertus célestes qui servent Dieu dans les éternelles demeures , en ce que chacune a sa fonction et son ministère, ou bien de la multiple variété de la sagesse, de peur qu'ayant dit : « Qui règne sur des eaux abondantes, » on ne pûc croire qu'il s'agissait d'un nombre confus et indistinct de maximes, batur. Deuique infert : « Et nunc conteram virgam ejus, » id est, Assyrii, de dorso tuo, et vincula tua disrumpam ; vel per metaphoram potestatem ejus significans, vel certe, virgam qua percutere conaba- tur, et vincula quæ captivis parabat, quanquam possit et obsidio clausæ multitudinis pro vineulis accipi. Porro juxta LXX multo aliter est sensus. Adbuc enim videtur adversus eos loqui, quibns supra dixe- rat : « Qnid cogitatis contra Dominum ? » Et : « Ex te exibit cogitatio contra Dominum pessima, cogitans contraria. » Uæc ergo dicit Do minus regnaus aquis multis, sive virtutibus , quæ dicuutur aquæ super cœlos, et præcipitur eis, ut laudeut Dominum ; vel certe intellectibus et sapientiæ et doctrinis Dei. Sicut enim fl u mina de ventre justi fluent, Joan. vu, et fon¬ tes uberes in vitïam æternam, per varias multiplices- que sententias, quibus imperat sernio Domini ; ita habent et hæresiarchæ aquas suas, quibus imperant, et quæ ex eorum priinum foute ruanarunt. Quod au- tem sequitur : « Et sic dividentur, » vel de ccelesti- bus quæ in supemis Deo serviimt virtutibus intelligi potest, quod unaquæque iu suo ofacio ait et minis- terio, vel de inultiplici varietate sapientiæ, ne quia J 03 tandis que chaque enseignement de la sagesse a son sens à part, son objet distinct et sa thèse propre. Quant h cette parole ; « C)n n’écoutera plus vos enseignements, » c’est une correction à, l'adresse de ceux qui avaient formé des des¬ seins ennemis contre Dieu ; étant démasqués les sophismes et les pièges où se prenait le peuple de Dieu , leur doctrine n’aura plus cours et ne sera plus reçue des foules. Et ce que la prophétie ajoute : « Je vais briser la verge de celui qui vous opprimait, et je romprai vos liens, » est en faveur de ceux contre qui s'élevait la me¬ nace : ils ne seront plus déchirés par la verge du diable, ils ne seront plus assujettis à Satan, par qui ils avaient médité et accompli tant de crimes. Son empire sur eux. sera donc brisé, et les chaînes qui baient les âmes des pécheurs seront rompues par la parole de Dieu disant à ceux qu’elles tiennent captifs : Sortez. « Le Seigneur donnera des ordres^ contre vous, le bruit de votre nom ne se répandra plus à l’avenir. J’exterminerai les statues et les idoles de la maison de votre dieu, et je la rendrai votre sépulture , parce que vous êtes tombé dans le mépris. » N aura, i, 14. Les Septante : « Lé Seigneur donnera des ordres à votre égard : Le bruit de votre nom ne se répandra plus à l’avenir : je détruirai les statues et les idoles de la maison de votre dieu , et je la rendrai votre sépulcre, car voici sur les montagnes les pieds rapides de celui qui évangélise et qui annonce dixerat : ,« Regnaus aquis multis,» confusus et iu - discretus sensnum numerus putaretur ; sed quod unaquæque sententia divisos babeat iuter se sensus et separatas materias propriasque OTïoftéastç. Nam quod dicitur: «Auditas tuus non audietur amplius,» increpatio est in eos, qui adversus Deum contraria cogitaverant, quod osteasis sophismatibus et deci- pulis, quibus Dei populus irretiebatur, sermo eorum ultra non currat, nec suscipiatur a populis. Sed et hoc quod infert : « Et nunc conteram virgam ejus a te, et vincula tua disrumpam , » pro ipsis dicitur quibus fit comminatio, ut nequaquam cædantur a diabolo, et ei subjeeti sint, quo auctore tanta excogi- taverant atcjue confinxerant. Conteretur ergo impe¬ rium ejus in eos, et vincula quibus peccantium ani- mæ ligabantur, disrumpentur a sermone Dei, diceate his qui in vineulis sunt : Exite. « Et præcipiet contra [Vulg. supe>'] te Dominus, non semiuabitur ex nomine tuo amplius. De domo Dei tui interficiam sculptile et conflatile ; ponam se- pulcruin tuum, quia inbonoratus es. » Naum. i, 14. LXX : « Et præcipiet de te Dominus : Non seminabi- tur ex nomine tuo amplius ; de domo Dei tui dis- perdam sculplilia et conflatilia ; ponam sepulcrurq 104 SAINT JÉROME la paix. » J'ai cité davantage du texte des Sep¬ tante, parce que le second fragment ne pouvait pas se séparer du premier. » Les Septante ont traduit par «car rapides,» l'hébreu chi càlloth, que j’ai rendu ainsi : « Parce que vous vous êtes déshonoré. » Or, la pensée reste en suspens, à moins de faire rapporter rapides à « pieds » du verset qui suit : Et maintenant, selon ma coutume, je discuterai d'abord le sens histo¬ rique, et ensuite la manière de voir de la Vul- gate. Le Seigneur donnera des ordres contre vous, ô Assur, afin que ce que vous devez souf¬ frir n'arrive point par hasard et sans décision de juge, mais sur l’arrêt du Seigneur.' Votre nom ne se propagera plus à l’avenir; et en effet , à peine de retour à Ninive , Sennachérib fut assassiné par ses enfants, Isaïe en fait foi, et mis à mort dans la maison de son dieu où il était entré pour l’adorer, puisque l’Écriture porte : « Je ferai de la maison de votre dieu la cause de votre mort ; » Isa . xxxvn ; c’est de là que vous attendiez du secours, et c’est de là que vous viendra le châtiment. La statue de votre dieu , votre idole, sera votre sépulture ; votre sang criminel coulera aux pieds des au¬ tels de vos idoles, sur les coussins où vous étiez à genoux pour les adorer. Pour la version des Septante , il faut relier à ce qui précède ce qui suit : « Votre nom ne se propagera plus à l’a¬ venir. » Désormais, ô hérétiques, les âmes que vous trompiez n’accepteront plus de vos doc- Cuurn, quia veloces ecce super montes pedes evan- gelizantis et annuntiantis pacem. » Ideo plus posui de Septuaginta interpretibus , quoniam secunda rcspt xotc7) a priori non poterat separari. In eo enim quod dicitur : « Quia inbonoratus es , » pro quo quinta editio posuitoxi u6pfa0ï]<;, Septuaginta transtu- lernnt : « quia veloces, » quod in Hebraico legitur chi galloth. « Veloces » autem nisi ad inférions capituli « pedes» retuleris, pendet sententia. Itaque juxta consuetudinem meam primurn bistoriam, et postea YuJgatæ editionis sententiam ventilabo. Præ- cipiet, inquit, contra te Dominus, o Assur, ut quod passurus es, non fortuitu et absque aliquo judice veniat, sed, Deo pronuntiante, patiaris. Non semi- nabitur ex nomine tuo amplius ; statim quippe Ninivem reversus Sennacherib a filiis suis occisus est (Lege Isaiam), et occisus in domo Dei sui quam adoraturus intraverat. Hoc est enim quod ait : « De domo Dei tui interûciam ; » Isa . xxxvn ; inde punie- ris, uude sperabas auxilium. Erit sculptile et con- flatile sepulcrum tuurn, ut inter aras et pulvinaria adorantis idola sangnis nefarius effundalur. Juxta Septuaginta autem interprètes cum superioribus junge quod sequitur : « Non seminabitur, » inquit, trines les noms qu’elles avaient d’abord donnés à leurs terres, comme le chante prophétique¬ ment le psaume quarante-huit. Vous aurez tout gain de cette cessation de propagation, qui don¬ nait la mort, d’abord à l’àme du semeur, et ensuite à celle dans laquelle il semait, ils mour¬ ront donc pour vous les dogmes de l’erreur ; vous qui vous imaginiez d’abord être vivant, vous mourrez à l’erreur, et mort pour votre bien, vous aurez pour sépulcre les idoles que vous adoriez auparavant. 11 arrivera ainsi que toutes les erreurs seront ôtées de votre cœur, qui avait été auparavant le temple de votre dieu, que vous vous étiez inventé. C’est là ce qui vous ar¬ rivera , à vous qui formiez autrefois des des¬ seins ennemis contre le Seigneur, lorsque la parole de Dieu, qui monte toujours sur les mon¬ tagnes, c’est-à-dire sur les âmes élevées et sublimes, sera venue rapidement vers vous, et, après avoir foulé aux pieds et ramenés au calme les flots de vos anciennes erreurs, vous rendra la paix de la foi et la raison. Que l’on pardonne à la longueur du commentaire : je ne puis ana¬ lyser en moins de mots le sens littéral et le sens mystique, que je suis l’un et l’autre, surtout lorsque, mis à la torture par la divergence des interprétations, je suis contraint parfois, à mon cœur défendant, de donner le dessin des opi¬ nions de la Vulgate. « Je vois sur les montagnes les pieds de celui qui apporte la bonne nouvelle et qui annonce tt ex nomine tuo amplius. » Nequaquam, o hæretici, animæ deceptorum ex dogmatibus vestris suecipient nomina, quæ prius invocaverant super terras suas, sicut in quadragesimo octavo psalmo figuraliter ca- nitur. Et proderit vobis hæc ipsa cessatio sationis, quæ prius animam seminantis, deinde ejus in quo seminabat, interficere consueverat. Morientur ergo tibi [al. ibi] errorum dogmata ; sed et tu qui prius tibi vivere videbaris , morieris errori, et bono tuo mortuus , idola quæ colebas , habebis sepulcrum. Atque ita fict ut de pectore tuo, quod ante templum Dei tui, quem simulaveras, fuerat, omncs auferantur errorcs. Hæc autem evenient tibi, qui quondam ad- versus Dominum contraria cogitabas, cum Dei ser- mo, qui semper ascendit in montes, in animas videlicet excelsas atque sublimes, ad te velociter venerit, calcatisque priorum errorum Üuctibus, et in tranquillum redactis', pacem tibi fidei sensumque reddiderit. Ignoscite prolixitati, non enim possum et historiam et tropologiam sequens breviter utrum- que comprehenderc, maxime cum et interpretationis varietatc torquear, et adversus conscientiam meam cogar interdum Yulgatæ editionis consequentiam texere. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. 105 la paix. O Juda , célébrez vos jours de, fêtes, et rendez vos vœux , parce que Bélial ne passera plus à l’avenir parmi vous : il a péri tout en¬ tier. » Naum. i, 15. Je laisse de côté, pour un moment, la version des Septante , parce qu’il y a confusion chez eux entre les versets eux- mêmes, à cause de la variété d’interprétation; après avoir , en peu de mots , résumé le sens historique , je chercherai à concilier leurs pa¬ roles avec la logique des idées. Il est écrit au livre des Paralipomènes que, Sennachérib as¬ siégeant Jérusalem, on ne put célébrer la Pâque au premier mois, II Parai . xxxn , et que son ar¬ mée ayant été exterminée par l’Ange, quand on eut appris sa fuite et sa mort, cette grande so¬ lennité de Pâque fut fêtée au second mois. C’est là ce que dit la prophétie ; O Juda , qui règnes à Jérusalem, bannis toute inquiétude, après que ton ennemi a été mis à mort dans le temple de son dieu. Voici que vei's toi vient un mes¬ sager, franchissant montagnes et collines, et, comme du haut d’un observatome élevé, t’an¬ nonçant de loin que Sennachérib est mort , que ta capitale est délivrée de son despotisme. Célèbre tes fêtes , rends à Dieu, pour la fin tra¬ gique de ton ennemi, les vœux que tu lui avais faits ; à l’avenir, le prédicateur et l’apostat — car tel est le sens du mot Bélial — ne traver¬ sera plus ton territoire. Il a péri tout entier, c’est-à-dire, l'armée et le roi et l’empire des As¬ syriens sont détruits de fond en comble. Voilà « Ecce super montes pedes evangelizantis et an- nuatiantis pacem. Célébra, Juda, festivitates tuas, et redde vota tua, quia non adjiciet ultra ut pertran- seat in te Bélial : uni versus péri il [Vulg. interiit]. » Naum. i, 15. Paulisper LXX interprètes difleram, quia et ipsa capitula apud eos interpretationis varie- tate confusa sunt. Cumque historiain breviter cxpo- suero, edilionem eorum meo eloquio temperabo. In Paralipomenou scribitnr libro, quod obsidente Sen- nacherib Jérusalem, in primo mense pascha facere non potuerint. II Parai, xxxn. Cæso autem per ange- lum exercitu ejus, et fuga ac morte ejus nuntiata, in secundo mense summa fostivitate Paschæ diem celebrarint. Quod ergo dicit, taie est : 0 Juda, qui régnas in Jérusalem, noli esse sollicitus, interfecto hoste tuo in teuiplo Dei sui. Ecce venit tlbi nuutius, montes collesque trauscurrens, et quasi de sublimi spécula procul nuntians Sennachérib mortuum ; nrbem ejus imperio liberatam. Célébra fosta, redde vota pro nece inimici, quæ pollicitus es Deo ; nequa- quam ultra pertransibit per te prævaricator et ùkq- cm£T7]ç , hoc enîm interpretatur « Bélial. » Totus interiit, id est, exercitus et rex et imperium Assy- riorum penitus conciderunt. Et hoc quidem juxta pour le sens littéral. Au figuré, 11 est dit à l’E¬ glise, aux âmes qui confessent le Seigneur : Le diable, qui portait auparavant ses ravages chez vous et vous accablait de son joug écrasant , a péri au milieu des idoles et avec les idoles qu’il avait fabriquées; célébrez vos fêtes et rendez à Dieu vos vœux ; chantez sans cesse sa gloire avec les Anges , parce qu’à l’avenir ne passera plus parmi vous Bélial , dont l’Apôtre a dit : « Qu’y-a-t-il de commun entre le Christ et Bélial?» II Corinth. vi, 15 ; Ninive étant détruite, il a péri sans retour. S’il arrivait une terrible persécu¬ tion, comme sous Valérien , Dèce et Maximien , lorsque apparaîtrait la vengeance du Seigneur contre ses adversaires, nous dirions à l’Eglise : Célébrez vos fêtes, ô Juda, et rendez à Dieu vos vœux , etc. Les Septante : « Célébrez vos fêtes , ô Juda, rendez à Dieu vos vœux , parce que vos enne¬ mis à l’avenir ne passeront plus pour vous em¬ mener dans la vieillesse. Tout est achevé, tout est consommé ; celui qui souffla sur votre face est venu et vous a délivré de la tribulation. » J’ai déjà dit qu’à raison de la divergence d’in¬ terprétation, les versets eux-mêmes ne finissent pas au même point, et que le sens selon l’hé¬ breu ne peut convenir à la version des Septante. Voici donc ce qui est dit : O enfant de l’Eglise, puisque le bruit du nom de vos ennemis ne se propagera plus , que leur verge a été mise en poudre, que vos chaînes ont été rompues, et que litteram. Cæterum secuudum dicitur ad Ecclesiam dicitur ad animas Dominum confitentes» quia diabolus qui te prius populabatur et gravissimo premebat jugo, in idolis et cnm idolis quæ fabrica- tus fuevat, periit ; célébra festivitates tuas, et redde Deo vota tua, canens cum angelis jugiter ; nequa- quam enim ultra per te transibit Bélial, de quo dicit et Apostolus : « Quæ communicatio Christi et Bélial?» II Cor. vi, 15, quia, subversa Ninive, totus interiit. Si quando gravissima persecutio fuerit, quali sub Yaleriano, et Decio, et Maximiano [al. Ma.vimo], et Domini ultio apparu erit in adversariis ejus, dicamus ad Ecclesiam : Célébra, Juda, festivitates tuas, et redde vota tua, etc. LXX : « Célébra, Juda, festivitates tuas, redde vota tua, quia nequaquam opponent ultra ut per- transeant in vetustatem ; completum est, consum- matum est ; ascendit insufflans in faciem tuam , eruens de tribulatione. » Semel dixi, juxta interpre¬ tationis varietatem capitula quoque ipsa aliter defi- uiri, et non posse cum capitulis sensum hebraicæ interpretationis convenire. Itaque quod nunc dicitur, hujuscemodi est : 0 Ecclesiastice, quia de adversa- riorura tuorum nomme ultra non seminabitur, et 106 SAINT JÉROME celui qui vous annoncela paix est venu vers vous, célébrez vos fêtes , non pas dans le vin et dans /les festins, comme le pensent les Juifs charnels, mais dans les délices spirituelles et la volupté du torrent. O Juda , rendez vos vœux au Sei¬ gneur, parce qu’ils ne passeront plus désormais chez vous , vos ennemis , pour vous emmener dans la vieillesse, c’est-à-dire ceux qui veulent que vous portiez l'image du vieil homme, parce que ce qui est vieux tend à la décrépitude, et ce qui tombe dans la décrépitude est près de sa perte. Le monde est à sa fin, votre ennemi est anéanti ; Jésus-Christ vient à vous , qui avait soufflé d’abord sur votre face, quand il vous forma d’un peu de limon , et qui , après sa ré¬ surrection , soufflant sur le visage des Apôtres, leur dit : « Recevez le Saint-Esprit, » Joan . xx, 22 , et cJest lui-même qui vous délivre de la tri¬ bulation ; car lorsque Ninive aura été détruite et que le monde passera, la tribulation passera avec lui. « Voici celui qui doit ruiner vos murs à vos yeux, et vous assiéger de toutes parts ; mettez dos sentinelles sur les chemins , fortifiez vos reins, rassemblez toutes vos forces ; car le Sei¬ gneur va punir l’insolence avec laquelle les en¬ nemis de Jacob et d’Israël les ont pillés, lorsqu’ils les ont dispersés et qu’ils ont gâté lefe rejetons d’une vigne si fertile. » Naum. n , 1 , 2. La né¬ cessité m’oblige de diriger le cours de mon commentaire entre l’histoire etl’allégorie, comme on manœuvre une nacelle entre les rochers et virga eorum contrita est ; et vincula dissipata sunt, et venit qui tibi annuntiaret pacem, célébra festivi- tates tuas, non in vino et epulis, ut carnei Judæi æstimant, secl in spiritualibus dcliciis et vohiptate torrentis. O Juda, redde vota tua, quia nequaquam ultra pertransient inUnici qui te adducant in vetus- tatem, hoc est, qui te volunt imaginera portare vete- ris hominis ; quoniam quod vêtus est, senescit, et quod senescit, perditioni proximiun est. Completus est raundus, consumptus est adversarius ; venit tibi Chris tu s qui prius in su fil averat in faciem tuam cura te de limo fingeret, et post rcsurrectionem quoque in suffi an s in faciem apostolorum , ait : * Accipite Spiritum sanctum , » Joan. xx, 22, ipse est qui te libérât de tribulatione. Vastata enim Ninive, et tran- seunte raundo, tribniatio quoque pertransiet. « Ascendit qui dispergat in facie tua, custodiens obsidionem ; contemplare vium , conforta lumbos, robora virtuteni valde ; quoniam sicut reddidit Do- minus superbiæ Jacob, sic. reddet superbiæ Israël; quia vastatores dissipaverunt eos, et propagines eo- rnm corruperunt. » Naitm. u, 1, 2. Nccessitate com- pellor quasi inter saxa et scopulos, imminente nau- fragio, sic inter histpriam et allegoriam orationis les écueils, sous la menace du naufrage, et je dois mettre toute mon attention à ne plus som¬ brer sur les brisants. Pour parler comme le poète profane : «Scylla menace mon flanc droit, etl’implacable Charybde mon flanc gauche, » en sorte que , si je veux fuir l'écueil , je suis em¬ porté vers un abime,et, si je m’efforce d’écliap- per aux tourbillons du gouffre, je risque de me briser contre l’écueil. Le Seigneur m’e3t témoin que toutes les explications que je donne du texte hébreu, je ne les avance pas de mon pro¬ pre chef, ce que Dieu reprend dans les faux prophètes ; mais que je suis l’exposition même des Hébreux qui m’ont instruit naguère , mon devoir étant d'indiquer aux miens, avec simpli¬ cité, ce qu’ils m’ont enseigné. Le lecteur demeure libre, après qu’il aura parcouru l’une et l’autre édition, de juger laquelle il vaut mieux suivre. La parole prophétique se tourne donc mainte¬ nant contre Ninive — l’obscurité des prophéties vient surtout de ce que soudain, pendant qu’il s’agit d’une chose, ce sont d’autres personnages qui entrent en scène, — et il lui est dit : Nabu- cliodonosor marche vers vous pour vous as¬ siéger , pour ravager vos campagnes sous vos yeux , poursuivre les laboureurs , ruiner les moissons , et vous enfermer vous-même dans un étroit blocus. Et parce que la guerre vous menace , moi, prophète , je vous crie d’avance en ma joie : Examinez avec soin, regardez de toutes parts, et voyez ce qui vous arrive. Forti- tifiez vos reins , ceignez l’épée ; ayez recours à meæ cursum flectere, et ne subito impingat atten- dere. Siquidem juxta fabulas poetarum : Dcxtruin Scylla lutus, lœvum implacata Chavybdis Obsidçt ; si saxa fugimus, incurrimus in profundunn si con- torto? vortices evi lamas, in saxa deferimur. Testis est mihi Dominus, me omnia quæ secimdum Hebvai- cum dissero, non de proprio sensu loqui, quod ar- guitur in pscudoproplietis ; sed Hebræorum seqni expositionem, a quibus non modico tempore erudi- t.us , debeo meis simplicités indicare qu;e didici. Certe in iectoris erit arbitrio, cnmutrnmque percur- rerit, quid magis sequi debeat, judicarc. Ad Niniven igitur nunc sermo convertitur (et hinc vcl maxime obscuri sunt proplietæ, quod repente dum aliud agitur, ad ali os persona mutatur) et dicitur ei : Ascendit ad te Nabnchodonosor qui te . obsi- deat, qui ante os tuum vastet agros, persequatur agricolas, rura populetur, qui te quoque ipsara clan sam teneat. Quia itaque tibi imminet bellum, ecce gaudens proplieta nunc præcino * Contemplare diligenter et conspice, et quid tibi oveniat, intuere. Conforta lumbos, id est, accingere ; robora virtu- tem valde, hoc est, exercitus congrega, quia sicut COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NÀUM. 107 toute votre force, rassemblez votre armée, parce que de même que le Seigneur a vengé Jucla de 1'orguèil de Sennacbérib , dont l’armée a été exterminée en Judée et qui a été lui-même mas¬ sacré par ses bis, de même il va venger Israël, les dix tribus que Ninive tient captives. Et, en effet, les Assyriens dévastèrent et ruinèrent aussi bien Juda quTsraël , et, pour garder la méta¬ phore de la vigne, abîmèrent les rejetons de l’un et de l’autre. Les Septante : « Examinez la route , serrez votre flanc , fortifiez -vous le plus possible dans votre énergie, parce que le Seigneur détourne l'outrage de Jacob , comme il détourne l’ou¬ trage d'Israël ; car ils les ont secoués, ils les ont ébranlés et ils ont brisé tous leurs rejetons. » Trois choses sont prescrites à Juda. La première, c'est de regarder sa route, d'examiner avec soin le chemin par où il doit marcher , conformé¬ ment A ce qui est écrit dans Jérémie : « Tenez- vous sur les voies, considérez et demandez quels sont les anciens sentiers, pour connaître la bonne voie, et marchez-y ; » Jérém. v i, 10; en sorte que, si nous sommes en suspens entre plusieurs voies, nous venions à celle qui a dit : « Je suis la voie. » Joan. xiv , 6. La seconde chose, c'est de tenir son flanc, c'est-à-dire après avoir choisi les voies , de mortifier son corps , et de le ré¬ duire en servitude, de peur que , prêchant aux autres comme roi et maîtres il ne soit trouvé lui-même digne de réprobation. I Corinth. ix. Il serait trop long de prouver ici que la force i ultus est Dominus Judam de superbia Senuacherib, interfecto exêrcitu ejus in Judæa, et ipso quoque a filiis suis jugulato ; sic ulciscetur Israël , id est, de- cem tribus quæ a Ninive possidentur. Utrumque enira et Judam et Israël vastaverunt et everterunt Assyrii, et sub metaphora vitis, amborum [al. arbo- nim~\ propagines corruperunt. LXX : « Contemplare viam, tene lumbum, confor- tare robore [al. roborare] vehementer, quoniam avertit Dominus contumeliam Jacob, sicut contumeliani Is¬ raël ; quiaexcutientes excusserunt eos, et propagines eorurn demoliti sunt. » Tria præcipiuntur Judæ. Pri- mum, ut contempletur viam, et iter per quod ambu- laturus est , diligenter aspiciat , juxta illud quod in Jeremia scriptum est : « State iu viiSj et interrogate semitas æternàs, et videte quæ sit via bona : et am- bulate in ea : » Jerem . au, 16 : ut cuui steterimus in viis multis, veuiamus ad eam viam quæ dicit : « Ego sum via. » Joan. xiv, 6. Deinde dicitur ei, ut teneat lumbum, id est, ut post electionem vite mortificet corpus suum, et servituti subjiciat, ne quasi rex et magister aliis prædicans , ipse reprobus inveniatur. ï Cor . ix. Longum est nunc dicere, quod virtus dia- du diable réside surtout dans les reins ; pour¬ quoi cette promesse est faite à David : « J'éta¬ blirai sur votre trône un fruit de vos reins ; » Psalm. cxxxi, \ \ ; le sens de ce que dit l’Apôtre : « Lévi ôtait encore dans les reins de son père Abraham , quand Melchisédech alla au-devant de ce patriarche ;» lîebr. vit, 10 ; pourquoi Jean porte une ceinture de peau ; à quoi tend ce pré¬ cepte du Sauveur à ses disciples : « Ayez les reins ceints; » Luc . xii, 3o ; et celui de l’Apôtre aux Ephésiens : « Tenez- vous fermes, ayant les reins ceints dans la vérité,» Ephes . vi, 14, parce que, bien que la discipline et ]a continence delà vie soient d’un grand secours pour la mortifica¬ tion des reins, rien cependant ne les mortifie comme la connaissance de la vérité ; et de là cette précision du précepte : « Ayez les reins ceints dans la vérité. » Puisque Jésus-Christ est la vérité, celui qui croit en Jésus-Christ de toute son âme mortifie ses reins en Jésus-Christ. La troisième prescription faite à Juda , c'est de se fortifier le plus possible par la vertu. Vous avez choisi la voie et asservi vos reins, embrassez la vertu, afin de pouvoir combattre contre les en¬ nemis. Pour vous ôter toute défiance, on vous donne le motif sur lequel vous devez fonder votre espoir : « Le Seigneur détourne l’outrage de Jacob , comme l’outrage d’Israël; » ce qui est à double entente : ou il détourne Poutrage fait aux autres par Jacob , ou il détourne l'ou¬ trage que Jacob endurait delà part des autres. La première interprétation me semble la meil- boli vel maxime sit in lumbis, et quod ad David repromissio fiat : « De fructu lumbi tui ponam super throuum tuum. » Psalm. cxxxr, H. Et illud Àpostoli : a Adhuc enim in lumbo patris sui erat Abrabæ, Levi, quando ivit in occursum Abraham Melchise- decb. » Hebr. vu, 10. Et quod Joannes zona pellicea cingitur, Matth. m, et quod a Salvatore discipulis imperatur: « Sint lumbi vestri præcincti. » Luc. xn, 30. Et Àpostolus ad Ephesios ; « State ergo accincti lnmbos vestros in veritate : » Ephes. vi, 14 : licet enim &a/.7]acç plurimum præstet, et vitæ continentia super mortificatione lumborum : tamen nihil eos ita mor- tificat ut cognitio veritatis. Unde dicitur : « Accingitc lumbos vestros in veritate. » Si enim veritas est Chris tus, qui tota in Cliristo mente credidit, lumbos 9uos mort/ficavit in Cbristo. Tertio præcipitur, con- fortare virtute nimis : Elegisti, inquit, viam, tenuisti lumbum, assume virtutem, ut possis pugnare cum hostibus. Et ne forte diffidas , datur tibi causa cur speres : « Avertit, inquit, Dominus contumeliam Ja¬ cob, sicut contumeliam Israël, » quod ambiguum est; aut enim ipsius Xâcob contumeliam , qua cæteris fa- ciobat injuriam, avertit; aut contumeliam , quam ah 108 SAINT JÉROME leure, parce qu’il y a moins de vertu à suppor¬ ter une injure reçue, qu’il n’y a de grâce divine à devenir paisible, doux , tranquille jusqu’à ne pouvoir pas faire injure à autrui. On se demande comment a été détournée l’injure de Jacob comme avait été détournée celle d’Israël. Après que Jacob eutlutté avec l'Ange, il mérita de recevoir le nom d’Israël, Gênés. xxxu, et parce qu’il avaitvuDieu, il cessa de faire injure. De même donc qu’Israël, l’àme ou l’homme qui voit Dieu, et dont la pen¬ sée est toujours pleinedeDieu,ne sait point faire injure, de même toute insolence et tout outrage ont été ôtés de Jacob , c’est-à-dire du supplan- tateur, de eelui qui, placé encore au milieu de la mêlée, supplante les ennemis. L’injure est prise en mauvaise part; nous avons là-dessus le té¬ moignage de Salomon, qui dit : « Les yeux ou¬ trageants et la langue inique. » Prov. vi, 17. Gomment, selon l’une intelligence, l’injure a-t- elle été détournée de Jacob, comme elle avait été détournée d’Israël, la suite du discours le mon¬ tre : Parce qu’ils les ont secoués et secoués en¬ core, et qu’ils ont brisé » ou « corrompu leurs rejetons. » Les Anges de l’un et de l’autre, (fui voient chaque jour le Père face à face, Matth. xviii, 10 , ont secoué toute la poussière qui s’é¬ tait attachée à Jacob et à Israël. De là le lavement des pieds de Pierre , Joan. xm, et ce que dit le Prophète : « Secouez la poussière et levez-vous, Jérusalem, » Isa. lu, 2 , et le précepte que le aliis sustinebat Jacob, avertit Dominus. Sed mihi videtur melius esse ut contumelia quam Jacob solebat cæteris facere, a Domino sit aversa. Non enim tantæ virtutis est, ab aliis factam injuriam 6ustiuere,quan- tæ gratiæ Domiui est, placïdum, mitem, atque tran- quillum, injuriam facere non posse. Quæritur, quo- modo aversa est injuria Jacob, sicut aversa fuerat et Israël. Postquain luctatus est Jacob cum angelo, lsraelis nomen meruit accipere , Genes. xxxn , et quia vidit Deum , injuriam facere cessavit. Sicut ergo Israël, sensus vel vir videns Deum, et semper de Deo cogitans, facere nescit injuriam, sic omnis procacitas et contumelia aversa est a Jacob, hoc est, a supplantatore, ab eo, qui adhuc in certamine po- situs supplantât inimicos. Ut autem sciamus, quo- modo injuria in malam partem accipiatur, Salomon testis est, dicens : « Oculi [al. Oculus ] contumeliosi, lingua iniqua. » Prov. vi, 17. Quomodo autem secun- dum utramque intelligentiam injuria aversa sit a Jacob, quæ prius aversa fuerat ab Israël, sequens sermo déclarât : « Quia excutientes excusserunt eos, et flagella eorum demoliti sunt, sive corruperunt. » Angeli, inquit, singulorum, qui quotidie videntfaciem Patris, Matth. xvm, 10, quidquid in Jacob et Israël adhæserat pulveris, excusserunt. XJnde et Petro la- Sauveur fait à ses disciples : «Secouez la pous¬ sière de vos pieds, » Matth. x, 14, et ce qui est écrit dans les Psaumes : « Les enfants de ceux qui sont secoués par l’affliction sont comme des flèches entre les mains d’un homme ro¬ buste.)) Psalm. cxxvr, 4. L’esprit prompt à l’ou¬ trage a donc été ôté du vrai Jacob et du vrai Israël, parce que tout ce qu’il y avait en eux de terrestre et d’amassé dans l’ordure d’ici -bas a été secoué et purifié parle ministère des Anges, ou des conseillers et des maîtres qui ne se sont pas contentés de les secouer eux-mêmes , mais qui ont aussi secoué les vices, dont l’attrait n’at¬ tire la pensée que vers le temps présent , et ils les ont jetés au vent, comme des sarments et des rejetons de vignes chargés de feuilles et nus de fruits , se conformant en cela à cette parole du Seigneur : « Toute souche qui demeure en moi et porte du fruit, mon Père la taille, afin qu’elle en porte davantage ; mais celle qui ne demeure pas en moi et qui ne porte point de fruit , Mon Père la coupera et la jettera au feu. » Matth. xv. « Le bouclier des braves jette des flammes, les gens d’armes sont couverts de pourpre; les rênes des chars ennemis étincellent lorsqu’ils roulent au combat; ceux qui conduisent les vôtres se sont endormis, ils ont été troublés sur les chemins, les quadriges se sont brisés aux carrefours. Les yeux des soldats ennemis pa¬ raissent des lampes, et semblent lancer des vantur pedes. Joan. xm. Et per prophetam dicitur : « Excute pulverem, et exsurge, Jérusalem. » Isa. lu, 2. Discipulis quoque a Salvatore præcipitur : « Excu- tite pulverein pedum vestrorum. » Matth . x, 16. Et in Psalmis scriptum est : « Sicut sagittæ in manu poteutis, ita filii excussorum.» Psalm. cxxvi, 4. Aversa est itaque mens, ad contumeliam prompta, a vero Jacob, et a vero Israël : quia quidquid in eis terre- num fuerat, et de inferiori fece concretum, hoc mi- nistris angelis, sive monitoribus ac magistris excus- sum est atque mundatum, qui non solum excusserunt eos, sed vitia quoque, quæ ad præsens tantum sensus voluptate demulcent, et in modum flagellorum, ac propaginum, quæ absque fructu foliis plena sunt, dissipaverunl, dicente Domino : « Omnem propagi- nem, quæ in me manet, et fructum affert, Pater meus mundat, utfructum magis afferat; quo,d autem in me non manet, et fructum non affert, Pater meus præcidet, et in iguem mittet. » Maith. xv. « Clypeus fortium ejus ignitus, viri exercitus in coecineis; igneæhabenæ currus in die præparationis ejus; et agitatores consopiti sunt, in itineribus con_ turbati sunt, quadrigæ collisæ sunt in plateis. As- pectus eorum quasi lampades, quasi fulgura discur- rentia, Recordabitur fortium suorum, ruent in itine-- 109 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. éclairs. Ninive se souviendra de ses braves, ils se précipiteront sur ses routes, ils monteront promptement sur ses murs, et on y préparera un abri contre les ardeurs du soleil. Les portes des fleuves ont été ouvertes, le temple a ôté dé¬ truit et rasé, le soldat a été emmené captif, et ses servantes étaient menaçantes, gémissant comme des colombes, et murmurant au fond de leurs cœurs. » Naum . n, 3 et seqq. Les Sep¬ tante : « Ils ont ôté les armes de sa puissance à scs hommes, ils ont brisé ses hommes les plus vaillants quisejouaieutdans le feu, et les rênes de leurs chars au jour du combat. Les cavaliers sont pleins de crainte dans les chemins, les chars se confondent et se heurtent sur les places. Leur aspect est celui de lampes enflammées et d’éclairs qui sillonnent l’espace. Leurs princes se souviendront, ils fuiront dans les jours, ils seront affaiblis dans leur chemin, ils se hâte¬ ront vers les murs, et ils prépareront leurs bas¬ tilles. Les portes des cités ont été ouvertes, les royautés sont tombées, et leurs richesses ont été mises en évidence. Lui-même montait, et ses servantes étaient conduites comme des co¬ lombes et elles parlaient au fond de leurs cœurs. » Pour l’histoire, l’ordre des événements se continue contre Ninive, et la prophétie décrit l’armée babylonienne qui vient contre elle. Ces mots : « Les rênes de feu des chars, » marquent dans ces courroies qui étincellent la rapidité des préparatifs, et l’éclat avec lequel on s’ap¬ prête au combat; et l’Ecriture parle pêle-mêle, ribus suis, velociter ascendent muros ejus , et præparabitur umbraculum. Portæ fluviorum apertæ sunt, et templuin ad solum dirutum est, et miles captivus abductus est, et ancillæ ejus minabantur, gementes ut columbæ, murmurantes in cordibus suis. » Naum. n, 3 et seqq. LXX : « Arma potentiæ ejus ex hominibus, viros fortes iUudentes in igné, habenæ curruum eorum in die præparationis ejus; et équités timebunt in exitibus, et confundentur currus et collidentur in plateis. Aspectus eorum quasi Jampades ignis, et quasi fulgara discurrentia, et commemorabuntur optimates eorum, et fugient in diebus, et infirmabuntur in itinere suo, et festinabunt ad muros, et præparabunt propugnacula sua : portæ civitatum apertæ sunt, et regalia conciderunt, et substantia revelata est; et ipsa ascendebat, et an- ciliæ ejus diicebantur sicut columbæ loquentes in cordibus suis. » Secundum historiam adversum Niniven ordo sequitur, et describitur Babyloniorum exercitus contra eam veniens. Quod autem ait : « Igneæ habenæ curruum, » in ardentibus loris, ve- locitatem præparantium signifient, et quasi èîtiaxsu^ç præpnrantium se ad prælium pompa narratur, Com- tantôt de ce qu’Israël souffrit autrefois, tantôt de ce qu’a fait l’Assyrien, tantôt de la vengeance que les Babyloniens vont exercer sur lui. Il n’est pas étonnant, dit-elle, que ceux-ci viennent si promptement au pillage, alors que les conduc¬ teurs de chars et les forts, soit d’Israël autrefois, soit des Assyriens ensuite, se sont endormis. Puis elle reprend le fil de la description : La multitude de ceux qui viennent est si grande,, que tout est tumulte dans le chemin et qu'on n’y peut rien discerner. Les quadriges eux- mêmes, ne trouvant pas de passage, à cause de leur grand nombre, se heurtent les uns contre les autres sur les places. L’aspect des Babylo¬ niens est celui de lampes enflammées, d’éclairs sillonnant l’espace, en sorte que leur vue a déjà glacé de terreur leurs adversaires, quand ils les percent de leur épée. Alors Assur se souviendra de ses braves, il cherchera ceux qui sont tombés sur les chemins, il montera promptement sur les remparts de Ninive, et, en prévision d’un siège des plus longs, il préparera des ombrages contre les ardeurs du soleil. Mais à quoi sert de bâtir la maison, si le Seigneur ne bâtit? Psalm. cxxvi, à quoi bon fermer les portes que le Sei¬ gneur ouvre? Elles ont été ouvertes, celles de Ninive, qui avait des foules de citoyens sembla¬ bles à des fleuves, son temple, c’est-à-dire son empire, a été détruit, ses guerriers ont été em¬ menés captifs et tous conduits à Babylone. Ser¬ vantes de Ninive est une métaphore qui indique les villes moins importantes, les bourgs et les mistimque nunc de Israël quæ olim passus sit, nunc de Assyrio quod fecerit, nunc de Babyloniis quæ exerceant in Assyrios, Scriptura contexitur. Non est ergo, ait, mirum si tam velociter ad vastan- clum veniant, cum agitatores et fortes vel Israël ante, vel postea Assyriorum fuerint consopiti. Rur- sumque ad descriptions ordinem rediens : Tanta est, inquit, mullitudo venientham, ut commistum agmen sit in itinere , et dicerni nequeat. Ipsæ quoque quadrigæ dumviam non reperiunt, præ mul- titudine inter se colliduntur in plateis. Aspectus Babyloniorum, quasi lampades, quasi fulgura discur¬ rentia; ut ante visu adversarios terreant, quam rau- crone prosternant. Tune recordabitur Assur fortium suorum, et quæret eos, qui in itineribus corruerunt, et ascendet velociter muros Ninive, ac propter obsi- dionem longissimam ad depellendos æstus præparabit umbracula. Sed quid prodest ædificare domum, nisi Dominus ædificaverit? Psalm. cxxvi. Quid juvat clau- dere portas, quas Dominus reserat ? Apertæ sunt portæ Ninive, quæ ad instar fluminum habebat ci- vium multitudinem, et templum, id est, regnum ejus déstructura est, et miles captivus abductus est, hoc 110 SAINT JÉROME. châteaux ; ou assurément, ce sont les femmes captives, menaçantes en présence des vain¬ queurs; et la terreur sera si grande que la douleur n’osera pousser ni sanglots ni cris, qu'elles gémiront au - dedaus d’elles - mômes , qu’elles dévoreront leurs larmes avec de sourds murmures, â la manière des colombes qui gé¬ missent. Voilà pour la tradition hébraïque. Abordons maintenant les Septante. Ceux qui ont mission de secouer, et qui avaient secoué Jacob et Israël et anéanti leurs rejetons, ont brisé aussi les armes dont ceux-ci se servaient au temps de leur insolence, et au moyen desquelles ils opprimaientles faibles ; non contents de cela, ils ont exterminé les hommes forts qui se jouaient dans le feu. Au lecteur de voir s'irpeut, par des hommes forts qui se jouent dans le feu, entendre les forces ennemies qui fournissent le diable de ses traits enflammés. Ces forts qui se jouent dans le feu avaient au¬ trefois les chars et les chevaux de Jacob et d’Is¬ raël, sur lesquels ils étaient rapidement empor¬ tés à la guerre, au jour du combat. Les rênes de ces chars et ces cavaliers s’embarrasseront donc sur les chemins et se heurteront sur les places, lorsque Jacob et Israël étant illuminés de la lumière du Seigneur, tant les démons que ceux qui sont esclaves de leur volonté seront renversés par le Seigneur. Nous pouvons en¬ tendre cette prophétie de son premier avène¬ ment, quand les hommes forts et les conducteurs est, omnes ducti sunt in Babylonem. Ancillas vero Ninive per metaplioram minores urbes et viculos et castella intellige. Vel certe cap.tivæ mulieres mina- buntur ante oravictorum; tantusque terror erit, ut ne in singultus quidem et ululatuui erumpat dolor, se.dintra se tacite gemant, et obscuro murmure dé¬ vorent lacrymas in morem mussitantium columba- rum. Hæc juxta Hebraicam traditionem. Num venia- mus ad Septuaginta translatores. « Excutieutes, » qui excusserunt Jacob et Israël, et flagella eorum dissipaverunt, arma quoque, quæ dum contumeliosi essent, habere consueverant, et quibus infirmos quosque oppresserant, confregerunt; etboc non solum feeerunt, verum etiam viros fortes qui illudebant in igné disperdiderunt. Considéra an possis viros fortes dicere illudentes in igné, fortitu- dines contrarias, quæ ministrant ardentibus jaculis diaboli, qui fortes et illudentes quondam in igné Jacob et Israël babebant currus et equos, quibus conciti ferebantur in bellum in die præparationir; suæ. Horum igitur curruum habenæ et équités con- turbabuntur in itineribus. et collidentur in plateis, quando illustratione Domini Jacob etlsrael illustrato, tamdemones quam hi qui eorum serviunt voluntati, de chars et ïes cavaliers disaient : « Quoi die commun entre nous et toi, fils de David? Es-tu venu nous tourmenter . avant le temps ? » Matth. vm, 29. Mais puisque nous avons déjà appliqué la prophéthie contre Ninive à la fin du monde, il est mieux de dire que les armes du diable seront alors ôtées du milieu des hommes, et aussi ses ministres forts, qui se jouaient des hommes dans le feu, car le cœur de tout adul¬ tère est semblable à une fournaise ardente, Ose. ni, et que seront rompues les chaînes avec lesquelles les captifs et ceux qui ôtaient sur les chars étaient menés en captivité. Les cavaliers en effet trembleront de peur aux issues, c’est-à- dire à la fin du monde, et ils seront dans ce tumulte, et les chars se heurteront sur les places; bien que la voie qui conduit à la mort soit large et spacieuse, Matth . vu, réduits aux abois, dans leur panique, ils ne pourront trou¬ ver le droit chemin, ils se heurteront les uns contre les autres, et néanmoins ils respireront leur ancienne fureur, et ils se rueront en tous sens comme des éclairs. « Je voyais, » dit le Seigneur, « Satan tombant du haut du ciel comme la foudre. » Luc. x, 10. Quand le diable et tous ses lieutenants comprendront leur dé¬ faite, ils se souviendront de la consommation prédite autrefois, et ils fuiront dans le jour. Ils ne se cacheront plus dans la nuit, parce que la clarté du jour aura dissipé les ténèbres; ils se¬ ront affaiblis sur le chemin, n'avançant point a Domino subvertentur. Possumus hæc de primo ejus adventu intelligerc, quando viri fortes et agitatores curruum et équités loquebantur : « Quid nobis et tibi, Gii David? venisti ante tempus torquere nos? » Matth, vm, 29. Sed quoniam semel proplietiam contra Niniven de consummatione mundi accepimus, melius est, ut dicamus, arma potentiæ diaboli tune tolli ab homin.ibus, et ministros ejus fortes, qui illudebant bominibus in igné; omnes enim adultérantes quasi clibanus corda eorum ; Ose. ni ; vincula quoque quibus captivi ducebantur in vitia, et ascensores curruum relaxari. Timebunt enim équités in exitibus, hoc est, in consommations mundi, et eonfundentur, et eolli- dentur currus in plateis : quamvis enim lata et spa- tiosa via sit, quæ ducitad mortem, Matth. vu, tamen pressura temporis eoarctati, rectum iter invenire nou poterunt; sed in se invicem collidentur, et nihi- lominus spirabunt veterem furorem, et quasi fulgura huciUucque discurrent. « Yidebam, » inqintDomiuus, « Satanam quasi fulgnr de cœlo cadeutem. » Luc. x . 18. Quod curu diabolus et omnes optimates ejus in- tellexerint, recordabuntur consummationis quæ olim fuerat prædicta, et fugient in diebus. Nequaquam enim versabuntur iu noctibus, sed clarescente die, COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. et faisant d’inutiles efforts, et ils se hâteront vers les murs. La venue du Seigneur les frap¬ pera d’une terreur si profonde, ils seront si impuissants â le repousser, qu'ils fuiront jus¬ qu’ aux extrémités qui enferment et entourent le monde comme de murs, et là ils se prépare¬ ront à la résistance; semblables à un homme qui fuirait un ennemi, n’osant pas lui faire face, et qui arrivé au désert, son ennemi le suivant toujours, serait contraint, par la nécessité, de soutenir son attaque. Pendant qu’ils formeront ce dessein, tout ce qui avait été acquis et pos¬ sédé par eux sera mis sous les yeux de tous ; les portes qu’ils avaient fermées seront ouvertes, leurs royaumes tomberont, et leur substance, c’est-à-dire leurs richesses seront révélées. Or, la substance du monde elle-même et toutes ses servantes, après qu’elles se seront soumises à Jésus-Christ et auront commencé à le servir, serontemmenées joyeuses et pleines d’allégresse; elles croiront et confesseront Jésus -Christ de toute leur âme, au point d’ètre comparées à d’innocentes colombes, et elles murmureront ou parleront au fond de leurs cœurs. Alors s’accomplira ce qui est prophétisé dans le psaume soixante-sept au sujet de la victoire du Sauveur : et S’élevant vers le ciel , il entraîna la captivité captive. » « Ninive est toute couverte d’eau comme un grand étang; ses citoyens prennent la fuite. Arrêtez I arrètezl mais personne ne retourne. tenebræ fugabuntur, et infirmabuntur in itinere, non proûcientes, ncc explentes conatus suos, et festina- bnnt ad muros. Tantus quippe eos venientis Domini terror invadet, et tam imbecilles ad repugnandum erunt, ut ad terminos mundi biglant,1 quibus quasi mûris mundus includitur et ambitur, et præparabunt se ad rcsistendum. Quomodo si quis inimicura fugiat, non audens ei resistere, cum ad solitudinem venerit, si for te h os ti s sequatur, nccessitatccogitur repugnare. Yeruai illis hoc cogitantibus, uuiversa quæ ab eis obtenta fnerant et possessa, profeveutur in medium, et aperientur portæ quas clauserant, et régna eornm cadent, et substautia, id est, divitiæ revelabuntnr. Ipsa autem mundi substautia et omnes aucillæ ejns, postquam se Christo snbjecerint, et ei servire coepe- rint, ducenLur lætæ atque gaudentes, et ex intimo confessionis corde credentes, ita ut columbarum mundi Liœ cota p are n tu r, murmurai) un t se a loquentur ia cordibus suis. Et tune adimplebitur quod in sexa- gesimoscptimoPsahno de Victoria diciturSalvatoris : « Ascendens in altnm, captivam duxit captivita- tem. » « Et Ninive quasi pisoina aquarum aquæ ejus; ipsi vero fugerunt. State, State! et non est qui rever- 411 Pillez l’argent, pillez l’or; ses richesses sont in¬ finies, ses vases précieux sont inépuisables. » Naum . ii, 8, 9. Les Septante : « Ninive est toute couverte d’eau comme un grand étang; ses citoyens ne se sont pas arrêtés dans leur fuite, et personne n'osait regarder en arrière. On pil¬ lait l'argent, on pillait l’or, et l’on ne trouvait pas la fin de sa richesse : elle s’est fait un lourd fardeau de tous les vases de sa concupiscence. « Il est évident que les cités dépendant de Ninive, et que l’Ecriture appelle ses filles,, ayant été emmenées en captivité, Ninive elle-même, qui avait nourri tant de peuples qu’elle est comparée à une immense piscine, n’a qu’une multitude inutile, puisqu’il n’y a personne qui résiste et qui soutienne le choc des Babyloniens envahis¬ seurs. Tous ses citoyens ne savaient que fuir, et leur mère leur criant : Arrêtez ! arrêtez ! fermez les portes, montez au rempart, repous¬ sez l’ennemi I il n’y avait personne qui revînt, personne qui tournât les yeux vers sa mère; tous, tournant le dos, abandonnait la ville en proie aux ennemis. Aussi, eux ayant fui, est-il dit aux Babyloniens : Pillez l'argent, faites en quelques instants votre proie de ces trésors amassés en tant de temps. Les richesses, les vases et les meubles précieux entassés dans Ninive sont infinis; vous vous lasserez plutôt de prendre, que Ninive de vous fournir des ob¬ jets de butin. Mais puisque nous avons déjà dit que Ninive tatur; diripitc argentum, diripite aurum; et non est finis divitiarum ex omnibus vasis desiderabilibus. » Naum. n, 8, 9. LXX : « Et Ninive sicut piscina aqua- rum aquæ ejus; et ipsi fugientes non steterunt, et non erat qui respicerct. Diripicbant argentum, diri- piebant aurum, et non erat finis ornamenti ejus : aggravata est super omnia vasaconcupiscentiæ suæ. » Mauifestum est quod, civitatibus Ninive (quas filiaa ejus Scriptura cognominat) in captivitatem doductis, ipsa Ninive, quæ tantos nutrierat populos, ut pisch narum aquis compararetur, inutilem habcat multitu- diuem. dum nullus est qui résistât, et irruentium Babyloniorum impetum ferat. Habebat enim populos, qui tantum modo fugeront, et clamante matra : State, statè ! claudite portas, muros ascendite, hostibus re~ pugnate! nullus esset qui reverteretur, nemo qui respiceret ad matrem ; sed omnes terga vertentes, prædæ inimicorum desererentcivitatem. Unde dicitur ad Babylonios, quia illi fugerunt : Diripite argentum, et tanto tempore congregatas opes subita vastatione prædamini. Non enim c^t finis divitiarum, supellec- tïlis et vasorum, quæ iu Niûive condita sunt; nec potestis tantum rapere, quantum ad diripiendum ilia se præbet. SAINT JÉRÔME m la belle, c'est le monde, voyons ce qu’est la piscine du monde. L'Ecriture ne dit pas que les eaux de Ninive soient comme celles de la mer, ou celles des fleuves, ou celles des fontaines, ou celles des puits, mais comme les eaux d’une piscine; en sorte que, de même que Jérémie reproohe au peuple d'avoir abandonné la source d'eaù vive pour se creuser des lacs percés qui ne peuvent pas garder l’eau, Jérem. u, de même en Ninive toutes les eaux sont de celles qui, étant tombées du ciel et ayant quitté leur antique hauteur, seront tombées au plus bas de l’abîme. Tous les dogmes de ce monde, qui sont hors de la source de l'Eglise et du jardin scellé, qui ne peuvent pas dire : « Un fleuve aux eaux vives répand la joie dans la cité de Dieu, » Psalm. xlv, 5, et qui ne sont pas de ceux qui au-dessus des cieux louent le nom du Seigneur, quelque grands qu'ils paraissent, sont petits pourtant et enfermés dans une étroite limite. Qu'on ne s'étonne point de nous voir prendre le mot piscine en mauvaise part, alors qu’on doit prendre en bonne part celle vers laquelle il est enjoint à Isaïe, fils d'Amos, de monter; pour celle-ci, il y a cette précision : « Piscine de l'aqueduc et piscine du foulon,» Isa. vu etxxxvi, eau qui lave ce qui est souillé et qui nettoie les habits chargés de taches. Gomme elle coule dans un lieu élevé, il est ordonné au Prophète d'y monter, d'aller au-devant du roi et de lui promettre la victoire sur les deux tours brûlées. Sed quia Niniven speciosam, id est, mundum semel diximus, videamus quæ piscina sit mundi. Non ait Scriptura, quod aquæ Ninivæ sint quasi aquæ maris, nec quasi aquæ fluminum, nec quasi aquæfontium, nec quasi aquæ puteorum, sed quasi aquæ piscinæ: ut qnomodo in Jeremia populus arguitur, qui dere- Jiquit fontem atquæ vivæ, et fodit sibi lacus contritos, qui non possunt aquain continere; Jevem. n; sic et in Ninive omnes aquæ illæ sint, quæ de cœlo ceci- derint,et antiquam altitudinem relinquentes, in ima delapsæ sint. Omnia dogæata mundi liujus, quæ extra fontem sunt Ecclesiæ hortumque signatum, nec possunt dicere : « Fluminis impetus lætificat civita- tem Dei, » Psalm . xlv, 5, nec de illis aquis sunt quæ super cœlos laudant nomen Domini, quamvis magna videantur, tamen parva suntetangusto fine conclusa. Nec moveat quempiam quiapiscinam in malam par- tem accipimus, cum ilia piscina in bonam partem accipiatur, ad quam Isaias fîlius Amos proplieta ju- betur ascendere. Ibi enim cnm additamento dicitur : « Piscina aquæ ductus, et piscina fullonis, » Isa. vu et xxxvi, quæ sordes lavare consuevit et maculas vestium [al. sordium ] eluere. Quæ quia in sublimi posîta est, ideo ad eam propheta jubetur ascendere, Nahum poursuit : « Les fugitifs, » les habi¬ tants de Ninive, « ne se sont pas arrêtés. » Ils auraient dû d'abord ne pas fuir Dieu, et ensuite, l'ayant fui, s’arrêter enfin ; car il y a une grande différence entre celui qui fuit et qui s'arrête, et celui qui a pris la fuite et ne s'arrête plus : celui qui s'arrête cesse de fuir, tandis que l'autre per¬ sévère toujours dans sa lâcheté. Or, de toute cette innombrable multitude de fugitifs, il n'y en avait aucun qui regardât en arrière, qui fit pénitence, et qui écoutât cet appel du Seigneur ; « Revenez à moi, enfants infidèles, et je guéri¬ rai vos blessures. » Jérém. ni, 22. De là ce mot du Saint dans le psaume : « Il ne m’est resté aucun moyen de fuir. » Psalm. cxli, 5. La même signification, je crois, se trouve dans la parabole de la lèpre, au sujet de laquelle le Lévitique dit : « Lorsqu'un lépreux aura été séparé de la com¬ pagnie des autres par le prêtre, si la lèpre s'ar¬ rête, cet homme sera pur, » il sera purifié après avoir été repoussé comme lépreux, il retournera au camp et il habitera parmi le peuple. « Si, au contraire, la lèpre s’est répandue davantage, » Lévit. xm, xiv, si, au lieu de s’arrêter, elle a augmenté et a eu de l'accroissement, changeant la couleur qu'avait autrefois la peau saine, alors il est prouvé, par celui qui a la science pour examiner et purger la lèpre, que le patient est atteint de ce mal de la manière la plus in¬ dubitable. Pour nous, il nous est prescrit parle vrai Salomon d'habiter dans Jérusalem et de et in occursum regis de duobus ambustis torribus victoriam polliceri. Seqnitur : « Fngientes non steterunt, » liabitatores videlicet Ninive. Primum quidem Deum fugere non debuerant; deinde etiam si fugerant, aliquando stare debebant; magna enim differentia inter eum qui fugit et stetit, et qui fugiens, nnnquam stetit. Qui enim stat, fugere cessavit ; qui non stat, semper in fuga profectus est. In tanta ergo turba fugientium nullus erat qui respiceret, etageret pœnitentiam, et audiret loquentem Dominum : « Revertimini ad me, filii, revertentes, et sanabo contritiones vestras. » Jerem. ni, 22. Unde et Sanctus loquitur in Psalmis : « Periit fuga a me. » Psalm . cxli, 5. Roc ipsum puto et lepræ signiücare mysterium, super qua inLevitico dicitur : Levit xni et xiv : « Cum leprosus a sacerdote extra fuerit separatus, si steterit lepra, purum esse liomi- nem, » et mundari eum qui quasi leprosus fuerat abjectus, et redire ad castra, et habitare in populo. « Sin autem, » inquit, « diffusa fuerit lepra, » id est, non steterit, sed creverit, et in malo habuerit pro- fectum, et mutaveritcolorem pristinæ sanitatis, tune lepra manifestissime comprobatur ab eo, qui habet scientiam inspiciendæ et purgandæ lepræ. Sed et COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM 113 n’en jamais sortir. Que si ce qui nous avait été soumis auparavant nous a fui pour aller chez les enfants de l’étrangère, ne sortons pas des 'murs de notre cité et ne suivons pas les traces des fugitifs, de peur que, en voulant les sauver, nous ne périssions nous-mêmes ; laissons les morts ensevelir leurs morts, » Matth. vin, arra¬ chons, pendant qu’il en est temps, notre œil, s'il est un sujet de scandale, coupons notre main et notre pied. Matth. va. Quant à ces mots: « Ils pillaient l'argent, ils pillaient l’or, et ils ne trouvaient pas la fin de son opulence ; elle s’est amassé un lourd fardeau avec les vases de sa concupiscence, » ils s’appliquent aux eaux de Ninive, et à ceux qui, ayant fui, n’ont pas cessé de fuir; aucun ne regarde, en arrière, et non contents de fuir et de ne jamais .regarder en arrière, ils pillent en outre l’argent, tout ce qu’il parait y avoir d’éloquence dans le monde, et ils pillent l’or, tout ce qu’il y avait de belles maximes dans la doctrine du siècle, afin d’en orner Ninive, pour arranger leurs dogmes avec la fleur des sens et des mots. C’est pour cela que Ninive a été appesantie par tons les vases qu’elle a convoités, parce que plus elle possédait d’or et d'argent, et de meubles pré¬ cieux, étant déjà pesante, elle le devenait d’au¬ tant plus qu’elle aimait ce qui est lourd. De là vient que Zacharie nous montre l’iniquité assise sur une masse de plomb, Zach. v, que les Egyp- nobis præcipitur a vero Salomone lit habitemus in Jérusalem, nec unquam egrediamur ex ea. Quod si fugerit uos id quod ante nobis fuerat subjectum, et ierit ad Allophylos, non egrediamur muros civitatis nostræ, nec sequamur fugitivorum vestigia, ne dum volumus salvare fugientes, ipsi pereamus, quin potius dimittamus, ut mortui sepeliant mortuos suos, Matth. vur, et scandalizantcm oculum, manum, et pedem, dum licet, eruamus et abscindamus a nobis. Marc . îx. Quod autem dicitur : « Diripiebant argëntum, diripiebant aurum, et non erat Guis ornamenti ejus; aggravata est super omnia vasa concupiscente suæ, » de aquis dicitur Ninive, et de fugientibus qui Ingé¬ rant, et non steterunt : neque crat qui respiceret ; et qui non solurn fugisse et non respexisse contenti, insuper diripiebant argéntum, quidquid in mundo videbatur eloquii : diripiebaut aurum, quidquid præ- clarum sententiarum erat in doctrina sæculi, ut ornarent Niniven, ut dogmata sua omni eensuum verborumque flore componerent. Propter quod ag¬ gravata est Ninive super omnia vasa concupiscentiæ suæ; quanto enim plus habebat multam auri et ar- genti possessionern, et variant supellectilem, quæ erat gravis , tanto magis ipsa aggravabatur , quæ gravia diligebat. Unde et iniquitas in Zacharia super TOME IX. tiens appesantis par leurs péchés furent englou¬ tis dans la mer comme du plomb, Exod. xiv, que le pécheur s’exprime ainsi dans le psaume: « Mes fautes se sont appesanties sur moi comme un écrasant fardeau, Psalm. xxxvn, 6, et que Pierre, qui auparavant effleurait les eaux d’un pied léger suspendu au-dessus d’elles, après que son incrédulité l’eût appesanti, aurait été dévoré par les flots, si la main du Seigneur ne l’eût soutenu. Matth. xiv. « Ninive est détruite, elle est renversée, elle est déchirée ; on n’y voit que des cœurs séchés d’effroi, dont les genoux tremblent, dont les reins tombent en défaillance, dont les visages ont tous la noirceur d’une marmite brûlée. » Naum. ii, 10. Les Septante : « On ne trouve que secouement, nouvel ébranlement, ébullition, brisement du cœur, tremblement des genoux, douleurs sur tous les reins, et visages noirs comme une marmite brûlée. » Ninive est dé¬ peinte sous l'image d’une femme captive; elle est abattue, ruinée, déchirée ; son cœur est séché d’effroi, ses genoux tremblent, ses reins sont brisés, et, à cause de la terreur inspirée par les ennemis et de l’excès de l’épouvante, les visages de tous ses habitants, semblables au dehors d’une marmite, sont comme brûlés, etdéfigurés de consomption et de pâleur. Sur la version des Septante, il faut chercher dans un sens plus élevé ce que signifie secoue- talentum plumbi sedet; Zach. v ; et Ægyptii qui erant peccatis graves demersi sunt in mare ut plumbum. Exod. xiv. Et ex persona peccatoris dicitur in Psalmo : « Quasi onus grave aggravatæ sunt super me. » Psalm. xxxvii, 6. Et Petrus qui ante levis pendulo gressu calcabat undas, postquam infidelitate aggra- vatus vorabatur aüuctibus, manu Dominisublevatur. Matth. xiv. « Dissipata est et scissa et dilacerata, et cor ta- bescens, et dissolutio genuum, et defectio in cunctis reuibus, et faciès omnium sicut nigredo ollæ. » Naum. h, 10. LXX : « Excirssio, rediscussio, et ebul- litio, et cordis confractio, et dissolutio genuum, et dolores super omnem lumhum , et faciès omnium sicut adustio olla. » Sub metaphora captivæ mulieris, Ninive dissipata, scissa, lacerata describitur : tabes- cente corde, dissolu tis gonibus,renibusqueconfïactis, et quod omnium habitatorum ejus præ terrore hostium, et magnitudine metus, faciès in ollarum similitudine videantnr exustæ, tabidæ, etpallore de- formes. Porro juxta LXX altius intelligendum est,, quid significet excussio, rediscussio. Qui de populo Dei est, et quasi homo aliquarrio peccavit, et revertitur ad pristinum statum, quasi Jérusalem dicitur ei : 8 SAINT JÉROME \\k ment et secouement encore. A quiconque est du peupleijde Dieu, et, après qu'il lui est arrivé de pèclier en tant qu’homme, revient à son pre¬ mier état, il est dit comme à Jérusalem : « Se¬ couez la“ poussière de vos pieds, Jérusalem, et relevez -vous.» Isa . lu, 2. Pour celui qui est tel qu’après avoir été secoué, il est digne dépasser au nombre des flèches de Dieu, aux mains du Seigneur qui le lance contre ses ennemis, le psaume le chante en ces termes : « Les fils de ceux qui ont été secoués sont comme des flèches dans la main du puissant. » Psalm. cxxvr, 4. Lorsque ses pieds, comme ceux de celui qui foule la terre, se seront noircis de poussière, il entendra le Seigneur lui dire ; « Secouez la poussière de vos pieds, afin que ce soit un té¬ moignage contre eux, » Marc, vi, 11, contre les hommes qui n’ont pas voulu recevoir ceux qui annoncent la parole. Mais celui qui est de Ninive, qui s’est chargée du pesant fardeau de tous les vases de sa concupiscence, ce n’est pas seule¬ ment une fois, mais à plusieurs reprises qu’il est secoué. Après cela, la surface étant purifiée, de peur qu’il ne reste à l’intérieur quelque trace de souillure, il y a ébullition, qui chasse à la surface tout résidu d’impureté intérieure. De là vient que les éruptions qui se font aux lèvres, après la maladie, sont regardées comme un signe de guérison. Ce n’est pas seulement cette médicationpar un fréquent secouement et l’appel « Excute pulverem pedum tuorum, et consurge Jéru¬ salem. » Isa. ur, 2. Et qui talis est, ut postquam fuerit excussus, in sagittas Dei transire mereatur, et a Do¬ mino contra inimicos tendi, canitur de eo : « Sicut sagittæ in manu potentis, ita filii excussorum. » Psalm. cxxvi, 4. Cumque vestigia ejus quasi ingre- dientis super terram aspersa fuerint pulvere, audiet a Salvatore : « Excutite pulverem pedum vestrorum in testimonium illis; » Marc, vi, 11; liaud dubiura quin eos dicat, qui recipere noluerunt prædicantes. Qui vero de Ninive, quæ aggravata est super omnia vasa concupiscentiæ suæ, iste non semel excutitur, sed fréquenter. Et postquam rursus fuerit excussus, et superficies illius emundata (ne quid intrinsecus sordium maneat), fit etiam ei ebullitio, quæ signifi- cantius in Græco dicitur h6paap.oç : proprie siquidem £y.6paa[j.6ç in istiusmodi rebus ponitur, cum quod la- tebat intrinsecus, erumpit in faciem. Unde papulæ quoque quæ post ægrotationem nascjintur in labiis, vocantur ex6paa(j.otToc, et sanitatis videtur indicium, morbum in superficiem prorupisse. Non solum autem hoc remedium adbibetur Ninive, utexcutiatur crebro, et de vitalibus ejus ægrotatio latens cogatur exire: sed etiam cordis confractio et dissolutio gennum [al. remwi ] prædicatur, ut quomodo Pharaonis durum et de sa maladie cachée au dehors qui est appli¬ quée à Ninive,, mais encore l’amollissement de son cœur et la distension de ses genoux, afin que, comme fut pétri le cœur dur, le cœur de pierre de Pharaon, qui ne renvoya pas le peuple de Dieu tant qu’il l’eut ainsi, Exod. xn et seqq., de même le cœur de Ninive soit amolli et changé en un cœur de chair, et que ses genoux, qu’elle ne pouvait pas auparavant ployer devant Dieu, se détendent et fléchissent devant le Tout- Puissant, qui est le Père commun dans le ciel et sur la terre, et pour qui, au nom de Jésus, tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers, Philipp. îr, 10, afin qu’après avoir connu notre créateur, le Prophète nous dise ; « Fortifiez- vous, mains languissantes, et vous genoux débiles, soyez pleins de vigueur. » Isa. xxxvr, 3. « Et les douleurs, » continue Nalium, « éprouveront tous les reins. » J’ai déjà dit que les reins sont la figure de toutes les unions charnelles. A la fin du monde, tous les reins éprouveront donc de grandes douleurs, parce que c’est là que réside toute la force du dragon; Job. xl, 11; et à cause de toutes les épreuves qui précèdent : secousses répétées, ébullition, amollissement du cœur, distension des genoux, douleurs des reins, les visages de tous auront l’aspect d’une marmite brûlée, en sorte qu’ils seront brûlants, ou bien que, perdant l’éclat de l’huile, ils auront la noirceur du charbon, et se lapideum cor contractum est, quod quamdiu habuit, Dei populum non dimisit : Exod xn et deinceps : sic et Ninive fractum cor cmolliatur et mutetur in car- neum, et [al. ut] rigida genua quæ prius Deo non curvabantur, dissolvantur, et fïectantur Deo : ex quo omnis patemitas, in cœlo et iu terra nominatur, et in nomiue Jesu omne genu fteotitur cœlcstium, terres- tri um et infernorum. Philipp. n, 10. Et postquam coguoverint creatorem suum, audiant : « Conforta- mini. manus dissolutæ, et genua debilia, roborate. » Isa. xxxv, 3. Et dolores, inquit, super omnem lum- bum. Jam supra diximus in lumbo coitum significari, et quod omnia opéra quæ ad commistionem perti- neant, renum. appellatione monstrentur. Grandes igitur in consummatione dolores erunt in renibus, quia draconis omnis virtusin lumbis est, Job , xl, 11, et pro his omnibus propter quæ præcessit excussio, rediscussio, ebullitio, et cordis fractio, [al. confractio] , dissolutio genuum, dolores renum, erit faciès omnium quasi adnstio ollæ, ut vel igni ardorique sit proxima, vel nitorem amittens olei, nigrescat in carbonum similitudinem, et confusione operiatur æterna, a qua sanctus procul est dicens : « Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine. » Psalm. iv, 7. Revelata enim facie gloriam Dei contemplatur. » II Cor. ni. Et COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. couvriront de la confusion éternelle, dont le saint est bien loin, lui qui dit : « Seigneur, vous avez gravé sur nous le sceau de votre lumière, » Bsahn. iv, 7, parce qu’il contemple la gloire de Dieu sans aucun voile sur la face. II Corinth . m. Pour moi, je pense que, comme le soleil a son éclat qui diffère de celui de la lune, et la lune son éclat qui diffère de celui des étoiles, et qu’entre les étoiles l'une est plus éclatante que l'autre, I Corinth. xv, de même , dans la résur¬ rection des morts, il y aura de grandes diffé¬ rences d'éclat entre les saints, et de noirceur entre les pécheurs. « Où est maintenant cette caverne de lions, où sont ces pâturages de lionceaux ? cette caverne où le lion se retirait avec ses petits , sans que personne vînt les y troubler ? Le lion y a apporté assez de bêtes sanglantes égorgées pour ses lionnes et ses lionceaux, remplissant son antre de sa proie et ses cavernes de ses rapines. » Naum. îi, 1 f . Il s'agit encore ici de Ninive. Elle était la résidence des rois et la cour des grands. Le lion, roi de Babylone, Nabuchodonosor, avec les petits du lion, ou les rois de son entourage, s’est avancé vers elle , et nul ne leur a résisté. Le lion a pris un large butin pour ses petits, et égorgé de nombreuses proies pour ses lionnes. Nabuchodonosor, assurément, posséda tout par droit de conquête : il livra les captifs à ses en¬ fants et à ses cités ou à ses femmes ; il remplit de sa proie « ses cavernes , ». ou « ses fosses , » d’après l’hébreu, et son repaire de ses rapines, puto, quomodo alia est gloria solis, alia lunæ, alia stellarum, et Stella a Stella differt in claritate : I Cor. xv : sic in resurrectione mortuorum, et claritatis inter sanctos, etnegredinis inter peccatores, magnam futuram esse distan tiam. u Ubi est habitaculum leonum, et pascua catulo- rum leonum, ad quam ivit leo ut ingrederetur illuc catulus leonis, et non est qui exterreat? Leo cepit sufficienter catulis suis, et necavitleænis suis; et im- plevit præda speluncas suas, et cubile suuui rapina. » N aura, ir, ll,Pro speluncisetleænis,«nidoset catulos» Septuaginta transtulerunL, in cæteris idem sensusest. Adhue autem de Ninive diciLur : quod habitaculum fueritregum, et aulanobilium ; ad quam perrexitleo rexBabylonius,id est Nabuchodonosor, et catulus leo¬ nis, subreguli quoque ejus, et non fuit qui eæresiste- ret. Leo cepit sufficienter catulis suis, et necavit leænis suis. Idem videlicet Nabuchodonosor Victoria) cuncta jure p03sedit, et liberis urbibusque [al. urbibus] suis, vel certe uxoribus in servitutem captivos tra- didit, et implevit præda « speluncas suas, » sive nt in Hebræo habetur, « foveas suas, » et cubile suum rapina, tam thesauros, quam civitates, auro, argento, ilo enrichissant son trésor ou ses villes de l'or, de l'argent, des étoffes, de toutes les richesses qu’a¬ vaient eues Ninive et que la victoire mettait au pouvoir de Babylone. Puisque, au figuré, et dans .Jonas, et dans ce prophète, nous avons vu dans Ninive la figure du monde , et que , d’après saint Jean : « Le monde entier est assujetti an malin, » I Joan. v, 19 , lorsque sera passé le monde, ce repaire de bêtes où les lions ravissaient leur proie, pleins d’admiration et de joie., nous nous écrierons ; Où est maintenant cette caverne de lions, où se retirait le lion Satan , dont Pierre a dit : « Le démon votre ennemi tourne autour de voua comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer; » IPeir. v, S; et le petit du lion, l’Antéchrist, toute doctrine perverse, toute parole ennemie de Dieu. « Vous avez entendu dire, » dit Jean, « que l’Antéchrist doit venir, mais il y a dès maintenant de nombreux ante- christs; » I Joan. ii; il y en a autant qu’il y a de dogmes faux. Avant l’avénement de Jésus- Christ, personne ne troubla ces ravisseurs ; mais après que le Seigneur fut venu en ce inonde et fut entré dans Ninive , il vit Satan tombant du ciel comme la foudre, Luc. x, et Lucifer qui se levait le matin, tomba du haut des deux. Isa. xiv. C’est que le vrai Samson est venu vers les Allophyles, et chemin faisant vers Thamna, dont le nom veut dire « sa consommation, « pour épouser Dalila, la pauvre parmi les Gentils, il a tué le lion , pour qui était venue l’heure de la vestibus, omnique omatu complens, ut quod Ninive habuerat, Babylonque [al. Babylon quæ] vicerat, possideret. Quia vero secundum et in Joua, et in hoc propheta, Niniveii mundum istum interpretati sumus , et juxta Joannem : « Totus mundus in ma- ligno positus est; » I Joan. v, 19; postquam mundus pertransierit habitaculum bestiarum, et in quo pas- cebantur leones, tune admirantes exsultantesque di- cemus : Ubi est habitaculum leonum ad quod ivit leo diabolus, de quo loquitur et Petrus : « Adversa- rius vester [al. noster ] diabolus quasi leo rugien9 circuit, quærens quem devoret; » I Petr. v, 8; et catulus leonis, Antichristus, et omnes doctrinæ per- versæ, sermo contrarius. «Audistis, » inquit Joannes, « Antichristus veniet; nunc autem Antichristi multi sunt; » I Joan. h; tôt enim Antichristi sunt quot dogmata falsa. Et anteadventum Ghristi non fuit qui exterreret; sed postquam Dominus noster venit in mundum et Niniven ingressu^ést, vidit quasi fulgur Satanam de cœlo cadentem, Luc. x, et cecidit de cœlo Lucifer, qui mane oriebatur. Isa. x iv. Venit enim verua Samson ad Allophylos , et dum pergit in H6 SAINT JÉROME fin, et, après l’avoir mis à mort, il a mangé le miel plein de douceur. Le vrai David aussi, qui garde les brebis de son Père , a saisi le lion et l’a mis à mort , 1 Reg. xvn , et Banajas , dont le nom veut dire « Seigneur qui édifie, » est des¬ cendu dans le lac de ce monde, lui qui ale pouvoir de refroidir les eaux brûlantes, et il a tué le lion. I Parai, xi. Dans la vision qu’a Isaïe contre les quadrupèdes, il est dit tout d’abord, au sujet de la ruine de ces bétes : « La tribula¬ tion et la mort fondront d’abord sur le lion et le lionceau. » Isa. xxxi. Ce lion , avant d’être mis à mort par Jésus-Christ, a fait sa proie d’un grand nombre de ses propres petits, et les a égorgés pour ses lionceaux, ses satellites les démons. Jetez un regard sur les conventicules des hérétiques , et vous ne chercherez plus quelles sont ces nombreuses victimes que le lion a faites. Voyez là combien il y a de morts qui ont abandonné la vie , et vous appellerez leurs assemblées, non pas le bercail du pasteur, mais les cavernes du lion , qu'il a remplies des cadavres et du sang des morts. « Vous avez amené les ténèbres et la nuit est survenue ; c’est à sa faveur que circulent toutes les bétes de la forêt. Les petits des lions courent après leur proie et demandent à Dieu leur nour¬ riture. » Psalm. cm, 20, 31. Difficilement ren¬ contre-t-on le lion pendant le jour, mais c’est dans la nuit qu’il circule pour trouver sa proie dans l’Église du Christ, et, selon Habacuc, faire «Thamna, » quod interpretatur« consummatio ejus, » ut pauperculam de gentibus duceret Dalilam, inter- fecit leonem , cui venerat consummatio , et illo mortuo, comedit melia dulcedinis. Sed et verus David servans oves patris sui, apprehendit leonem, et in- lerfeciteum, I Reg. xvn, et Banajas, qui intevpretatur « ædificator Dominus » descendit in lacum sæculi istius, qui calentes aquas refrigerare consuevit, et interfecit leonem. I Parai . xi. Et in visione Isaiæ, quæ ndversum quadrupèdes cernitur, primum de angustia harum dicitur bestiarum : « In tribulatione et an- gustia leo et catulus leonis. » Isa. xxxi. Iste leo an- tequam interûceretur a Christo, plurimos cepit in prædam catulorum suorum , et necavit leunculis suis, satellitibus suis, videlicet dæmoniis. Vide hæ- reticorum conventicula, etcaptos multos aleone non quæres. Considéra mortuos qui reliquere vitam, et Ecclesias eorum non vocabis ovile pastoris, sed leonis speluncas, quas implevit cadaveribus et sanguine mortuorum. «Posuisti,» aitDavid, «tenebras, et facta est nox : in ipsa pertransibunt omnes bestiæ saltus. Catuli leonum rapere et quærere aDeo cscain sibi. » Psalm . cm, 20, 21. Difficile leo invenitur in die, sed aemper in noctibus circuit, ut de Ecclesia Christi sa pâture de viandes choisies. Habac. i. Judas fut du troupeau du Christ; saisi par le lion, il se pendit et mourut. Matth. xxvn. Ce Prophète encore, à qui le Seigneur avait prescrit de ne point goûter de pain dans ce pays où régnaient les veaux d’or et la religion du mensonge, en ayant mangé, fut terrassé par le lion. ÏII Reg . .xm. Jérémie dit aussi des pécheurs : « Le lion de la forêt les a terrassés et le loup les a dévorés jusque sur le seuil de leurs maisons ; le léopard fait le guet autour de leurs demeures, tous ceux qui en sortent deviennent sa proie.)) Jérém. v, 6, En cela, remarquez qu'il n'y a de saisi que celui qui sera sorti de la cité de Dieu. Nous lisons dans le quatrième livre des Rois que ceux qui habitaient dans les villes de Samarie et ne con¬ naissaient pas le jugement du Dieu de la terre étaient mis à mort par des lions, jusqu’au jour où, aj^ant appris à honorer Dieu, ils en furent délivrés. C’est pour ce motif, croirai-je, qu’il n’est jamais offert, dans les sacrifices du Sei¬ gneur, rien qui eût été pris par les bêtes, Levit. xxn, 8, et qu’il est dit par le Prophète : « Rien de souillé et qui eût été pris par une bête n’est entré dans ma bouche. » Ezech. iv, 14. Le lion a été donc mis à mort, et, les enseignements du mensonge se trouvant confondus, l'aliment est sorti de celui qui le mangeait et du fort lui- même est sortie la douceur. Judic. xiv. « Voilà que je viens à toi, dit le Seigneur des armées; je mettrai le feu à tes chariots et les rapiat, ut escis juxta Habacuc saturetur electis. Habac. i. Denique Judas de Ovili Christi fuit, etraptus a leone suspendio suffocatus est. Matth. xxvir. Sed et file propheta cui præceperat Dominus, ne come- deret panes in regjone en, ubi vituli aurei erant, et mentita religio, quia comedit, aleone percussus est. III Reg. xm. Jeremias quoque de peccatoribus loqui- tur : u Percussit eos leo de silva, et lupus usque ad domos disperdidit eos ; et pardus vigilavit super ci- vitates eorum. Omnes qui egrediuntur ex eis, ca- pientur. » Jerem. v, 6. In quo animadverte quod neino capiatur, nisi qui de civitatibus Dei fuerit egressus. In quarto etiam Regnorum libro, Cap. xvu,. habitantes in civitatibus Samariæ et nescientes judi- cium Dei terræ, interficiebnntur a leonibus donec didicerunt colere Deum, et a leonibus libérât! sunt. Ob banc causam reor, et quodeunque a bestiis cap- tum est, in Dei sacrifions non offerri, Levit. xxn, 8. et a propheta dici : « Immunduui et captum a bestia, non est ingressum in os meum. » Ezech. iv, U. La- terfectus estergo leo, et falsis dogmatibus confutatis, de comedonte exivit esca, et de forti egressum est dulce. Judic. xiv. « Ecce ego ad te, dicit Dominus exercituum : et COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE NAUM. H 7 réduirai en fumée, et l’épée dévorera tes jeunes lions ; j’enlèverai tout butin de ta terre et on n’entendra plus désormais la voix de tes mes¬ sagers. » Naum. u, 13. Les Septante : « Voici que je viens à toi,- dit le Seigneur tout-puissant; je brûlerai jusqu’à réduire en fumée toute ta multitude et le glaive dévorera tes jeunes lions ; j’enlèverai tout butin de ta terre, et on n’enten¬ dra plus raconter tes œuvres. » O Ninive, c’est par moi-même que tu subiras tout ce qui vient d'être dit. Moi, le Seigneur, je brûlerai tes cha¬ riots jusques à les réduire en fumée et jusqu’à leur complète destruction, et je ferai dévorer par le glaive tes nobles et tes chefs. Plus jamais tu ne ravageras de terres, ni n’exigeras de tribut ni on n’entendra à travers les provinces la voix de tes émissaires; ou bien, je n’entendrai pas les anges qui président à tes destinées prier dé¬ sormais pour toi. Mais tout cela est aussi à l’adresse du monde où est la multitude qui, par la voie large et spacieuse, marche à la mort et que le Seigneur représente dévorée par la flamme et étouffée dans la fumée de sa malice, à cause de l’excès de sa vanité. Les lions aussi, le glaive les dévorera, cette parole de Dieu vi¬ vante et aiguë et acérée de toute part; il pro¬ met aussi d’enlever tout butin de cette terre afin que personne ne soit plus capturé dans Ninive, et, dans sa clémence, il en ôte toutes les œuvres mauvaises et les refoule de façon que la voix et le bruit n’en puissent plus désormais être en- succendam usque ad fumum quadrigas tuas; et ca- tulos [Vulg. leuncuios ] tuos comedet gladius : et exterminabo de terra prædarn tuam : et non audietur ultra vox nuntiorum tuorum. » Naum. 11, 12. LXX : « Ecce ego ad te, dicit Dominus omnipotens : et succendam in fumo multitudiuem tuam, et leones tuos comedet gladius, et auferàm de terra prædarn tuam, et non audientur ultra opéra tua. « O Ninive, universa quæ dicta sunt, me auctore, patieris. Ego Dominus succendam usque ad fumum et cousump- tionem currus tuos, et nobiles quosque atque su- bregulos gladio faciam devorari. Nequaquam terras ultra vastabis, uec tfibuta exiges, nec audientur per provincias tuas emissarii tui : sive non audiam an- gelos, qui præsides tui sunt, pro te deinceps dépla¬ çantes. Sed et ad mundum hæc ipsa dicuntur, in quo est multiludo quæ per latam et spatiosam viam pergit ad mortem, Matth. vu, quam comminatur Dominus igné succensain, fumo suæmalitiæ suffocari ex vanitate [al. bonüate ] ejus nimia. Leones quoquc comedet gladius, vivens sermo Dei et acutus, et ex omni parte elimatus; nec non pollicetur auferre se de terra prædarn ejus, ut nemo exinde capiatur in Ninive, et quasi clemens tollit mala opéra et com- tendus ; voilà pourquoi il dit : « Et désormais on n’entendra plus tes œuvres. » « Malheur à toi, ville de sang, toute pleine de fourberie et de brigandage, asile éternel de ra¬ pine. Voilà le son du fouet, le bruit des roues qui se précipitent et des chevaux qui hennissent et des chariots qui courent, et des cavaliers quj s’avancent, et des épées qui brillent, et des lances qui étincellent, et des multitudes mises à mort, et de la sanglante défaite : c’est un car¬ nage sans fin ; et les corps tomberont les uns sur les autres, à cause du nombre des fornica¬ tions de cette séduisante et insidieuse courtisane qui s'est servie de scs enchantements et a vendu les peuples par ses fornications et les nations par ses sortilèges. » Naum. m et seqq. Les Sep¬ tante : « O ville de sang, toute de mensonge, pleine d’iniquité ; on n’y verra plus de dépouilles. Voici le bruit des fouets, le son des roues qui tournent et du coursier qui marche, et du char qui se précipite, et du cavalier qui s'avance, et du glaive qui brille, et des armes qui resplen¬ dissent, et de la multitude des blessés et d’une grande défaite, et ce ne sera point la fin pour ses peuples, et ils seront atteints dans leurs corps, à cause du nombre de ses fornications. Courtisane séduisante et trompeuse, maîtresse en maléfices' ! elle a vendu les peuples dans sa fornication et les tribus dans ses sortilèges I » Où nous avons dit « pleine de brigandage , » l’hébreu porte Pherec MALEA/qu’Aquila rend par primit ea, ne vox et sonitus eorum ultra possit audiri. Uade ait : « Et nou audientur ultra opéra tua. » « Væ, civitas sanguinum, uuiversa mendacii [al. mendax ] dilaceratinne plena : non recedet a te ra- pina : vox üageili, et vox impetus rotæ, et equi fre- mentis, et quadrigæ ferventis, et equitis ascendentis, et uücantis gladii, et fulgurantis hastæ, et multitu- dinis interfectæ, et gravis ruinæ, nec est finis cada- verum : et corruent in covporibus suis, propter multitudinem fornicationum meretricis speciosæ et gratæ, et habentis nialeficia, quæ veudidit gentes iu fornicationibus suis, et familias in maleûciis suis. « Naum. ni, \ et seqq. LXX : « O civitas sanguinum, tota mendax, iniquitate plena, non contrectabitur, venatio : vox flagellornm, et vox commotionis rota- rum, et equi persequentis, et currus ferventis, equitis ascendentis, et splendentis gladii, et fulgenttum ar- morurn et multitudinis vulneratorum , et gravis ruinæ, etnon erit finis geutibus ejus, et infirniabunLur iu corporibus eorum a multitudine fornicationis. Meretrix speciosa et grata, dux maleficiorum, quæ vendit geutes in fornicatione sua, et tribus in male- ficiis suis. » Ubi nos posuimus, « lacération© plena, » 118 SAINT JEROME « pleine d'indocilité opiniâtre, » et Symmaque par « pleine de cruauté ou de dureté. » Dans une autre édition, j'ai trouvé fjisXoxoTdaç 7cXvjpr,ç, c’est-à-dire « de divisions de chairs et de mem¬ bres brisés » ; et ensuite il ajoute aussitôt : «Où on trouve toujours du butin. » Or, l’hébreu phe- rec veut dire non « indocilité, » pourquoi nous avons trouvé èÇouycvtap.ov dans l'édition d’Àquila, mais ((gouvernail,)) montrant par là que c'était la ville royale et qu’elle portait en elle, comme dans un vaisseau, le gouvernement de toutes les nations. On fait le tableau de sa puissance, c’est-à-dire de Ninive, et, sous forme de plainte, on l’accuse de cruauté. Malheur à toi, cité de sang où rien n'est vérité et où tout est men¬ songe, ville pleine de rapine, de dilapidation et de butin. Voix du fouet, toujours cruel et d'un commandement sans pité, et voix de la roue qui se précipite. Voix se doit prendre pour bruit;- roue qui se précipite, pour course en tous sens et, soit pour le coursier frémissant et pour le char qui se hâte, le mot voix est sous-entendu. Dans l'hébreu, la description d’une armée se préparant au combat est si belle et ressemble si bien à une peinture, que mon récit n’en pa¬ raît que plus défectueux. Quand il parle de « grave défaite et de cadavres sans fin », enten- dons-le des ennemis qui sont tombés sous leurs coups. Et ils tomberont sur leurs corps, ou ils seront renversés en raison de leur masse même, in Hebræo habetur pheiuïc malea, quod interprctatus est Aquila, sÇauyeviap.oü TcXvjpvja, id est, « excervica- tione plena » : Symmachus autem chcoTOfifoca quod possumus dicere « crudelitate » vel « severitate plena. » In altéra ejus editione reperi, p.sXoxo7i^as îtXïjpY);, id est « sectionibns carnium et frustris per membra conscissis » : denique statim subjecit, « ubi indesinens præda est. » Porro Hebræus puerec non « excervicationem, » pro qua in Àquilæ editione reperi mus sçjauyEviap.ôv [ms s. cwxeviapoy] , sed « gu- bernaculum, » id est, xu6£pviap.ôv interpretatus est : ut ostenderet et urbem fuisse regalem, et velut in navi cunctamm gcntium tennisse gubernaculum. Describitur autem potentia ejus, id est, Ninive, et sub lamentatione crudelitatis arguitur. Væ, civitas sanguinum, in qua nulla veritas, sed omne menda- cium, plena rapina, et laceratione prædarum. Vox flagelli crudelis semper et sævientis imperii, et vox impetus rotæ. Vocem pro sonitu accipiamus : rotam ferventem, per diversa discursum, et equi frementis, et quadrigæ ferventis, subauditur in omnibus, vox. Tom pulchra autem juxta flebraicum et picturae si¬ milis adprœlium se præparantis exercitus descriptio est, ut oumis meus serai o ait vilior. Nam quod ait : « Et gravis ruinæ, uec est finis cadavcrum, » de ad- tant ils sont nombreux et serrés les uns contre les autres, ou ils roulent sur les propres cada¬ vres de leurs morts : le mot owtwv veut à la fois soit « siens » soit « d'eux. » A cause, dit-il, delà multitude des fornications de cette courtisane, parce qu'elle s'est souillée avec un grand nom¬ bre de peuples et qu’elle honorait les idoles de l'univers entier qu'elle s’était soumis. « Belle et agréable et en possession de sortilèges, » dési¬ gnant par là ses magiciens ; « qui a vendu les peuples dans ses fornications et les familles dans ses sortilèges, » c’est-à-dire qui eut puis¬ sance sur toutes les nations. Tout cela est dit simplement de Ninive. D'autre part, si, à cause de la qualification de « belle », nous voulons voir le monde dans cette Ninive, c'est bien à bon droit que le monde qui est placé dans le mal est appelé cité du sang, à cause du nombre de ceux qui lancent des flèches et de ceux dont les langues, à l’instar de glaives,, mettent les hommes à mort. Par là donc, elle est toute de mensonge, ce qui a trait à la perversité de ses doctrines et à l’absence de toute parole de Dieu sur laquelle elle puisse reposer sa tète , n’ayant en sa possession que des dogmes pervers. Il ne s'y trouve personne qui comprenne ou qui cher¬ che Dieu ; tous ont dévié de la voie de la vérité, tous ensemble sont devenus inutiles ; il n'y en a pas même un seul qui fasse le bien ; Psalm . xm, 2, 3 ; parole qui, quoiqu’elle se réalise en versariis intelligamus qui ab eis sunt interfecti. Et corruent in corporibus suis, vel cadent a sua rnulti- tudine, dum a se invicem constipantur : « vel iu cadaveribus corruent interfeetorum : aûirüv enim et « suis, » et<( eorum, » utruuaique significat. Propter multitudinem, inquit, fornicatiouum meretricis : quia curn multis gentibus fornicata est, et totius orbis quem subjecerat sibi colebat idola. Speciosæ et gratæ, et habeutis malcficia, rnagos siguificat : quæ vendidit gentes in fornicationibus suis, et familias iu malefi- ciis suis, id est, quæ in cuuctas gentes habuit po¬ tes tatem. Hæc de Ninive sunt dicta simpliciter. Gæterum si rationabiliter propter pulchritudinis no- men mundum mtelleximus [al. intellexerimus] Nini- von, recte muudus, qui in malo positus est, propter multitudinem sagittariorum , et eorum qui velut gladiis homiues iiuguis suis intcrficiunt, civitas san¬ guinum dicta est. Unde et consequenter tota mendax, quod ad perversi tatem doctrinarum refertur, non habente sermone Dei, ubi caput in ea reclinet, cum perversa dogmata cuncta possideant. Non est qui intelligat aut requirat Deum : omnes declinaverunt, simili inutiles facti sunt; non est qui faciat bonum, non est usque ad uuum. Psalm . xm, 2, 3. Quæ quan- quam et mme ex parte fiant, tameu in consumma- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. 119 partie dans le présent, se vérifiera plus encore à la consommation, lorsque, l'iniquité s’étant multipliée, la charité du grand nombre se sera .refroidie. Matth. xxiv. Combien n'y en a-t-il pas de capturés par le géant Nemrod, ce chasseur .redoutable qui, en s'élevant orgueilleusement contre Dieu, en enlaça un grand nombre de son bois dans ses pièges et il n’est donné à guère de monde le pouvoir de mettre la main sur sa proie ou sa chasse. 11 a, en effet, avec lui, nom¬ bre de satellites et chasseurs comme lui qui sont heureux de sa chasse et l’assistent à la façon des esclaves. Aussi la voix des fouets se fait en¬ tendre dans le monde, parce que nombreuses sont les tribulations des justes sous le poids des¬ quelles crient ceux qui en sont atteints, témoi¬ gnant par leurs cris plaintifs de la grandeur de leur souffrance,; lorsque l’un est emporté par le démon, l’autre par la colère qui est semblable à la fureur, cet autre par la volupté, la haine, l’envie, la superbe: c’est le fouet du roi d'Assy¬ rie qui résonne en eux. Même dans les maladies du corps, sachons voir le fouet du diable, du¬ quel il est dit au juste : « Et son fléau n’appro- cliera pas de ton tabernacle; » Psalm. xc, 10; lorsque nous verrons celui-ci se décomposer sous faction du mal royal, et survivre pour tione magis complentur, quando, multiplicata ini- quitate, refrixerit char i tas multorum. Matth. xxiv. Quanti capiuntur a Nemrod gigante, et venatore sævissimo, quia adversum Deum superbiens, plures de saltu ejus suis pedicis innexuit; cujus non attrec- tabitur a multis præda, sive venatio. Multos enim habet satellites, et secum pariter venatores, qui in ejus venatione lætantur, et captivorùm more ei astant. Sed etvox flagellorum auditurin mundo,quia multæ sunb tribulationes justorum, Psalm. xxxm, quibus qui flagellantur clamitant, et doloris magni- tudinem flebili voce testantur; quando alius dæmone, abus ira, qnæ furori similis est, alius libidine, odio, invidia, suberbia corripiuntur, flagellum in eis Àsyrii regis sonat. Sed et in corporis malis, flagellum dia- boli intelligimus, de quo ad justum dicitur : « Et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo : » Psalm . xc, 10 : quando viderimus hune morbo regio computruisse, et superesse cadaveri suo : alium iu- ainsi dire à son cadavre, celui-là, ertvahi inté¬ rieurement par l’eau, surnager dans un corps exhubérant, et perdre par le gonflement de ses membres, sa forme première d’homme, comme nous l’avons vu naguère dans l’hydre; un autre expectorer je ne sais quelle sanie et les ravages d’un poumon en pourriture ; cet autre dont l’hu¬ meur desséchée lui fait sentir dans les organes les tortures de la pierre et des calculs, n’hési¬ tons pas à dire que c’est la voix des fouets de Ninive, bien que d’aucuns , ne soupçonnent en cela que les effets de la corruption de l’air, de la diversité des aliments ou de l'organisation physique elle-même. Nous qui voyons et une grosse fièvre, Luc. îv, et cette femme qui, pen¬ dant dix-huit ans, avait été tenue liée par le diable, guérie par l’intervention du Seigneur, sachons que tout cela sont des coups du fouet de Ninive. Aussi suit-il : « Et le bruit du mou¬ vement des roues ; » tandis que le genre humain est emporté ça et là et court sans direction à l’aventure, nous ignorons où est le péril et où est le salut; c’est de cette roue qu’il est question au commencement d’Ezéchiel; Ezéch. i; et, lisons- nous dans le Psaume soixante-seize : « Sa roue fait entendre la voix de votre tonnerre. » Psalm . lxxyi, 19. Ninive a comme un coursier chasseur tercuti aqua, et tumenti natare corpore, crescenti- busque membris forma m pristini hominis decrescere, quod miper in excetra («) vidimus : ilium purulentias quasdam, et vulnerati damna pulmonis egerere : istum humorc in lapides desiccato, urinæ amaritu- dinem, et vesicæ tormenta sentire, non dubitemus dicere, vocem flagellorum esse Ninive : licet nonnulli hæc vel ex corrupto aere, vel ex escarum et corpo- rum diversitate accidere suspicentur. Nos qui legimus et febrem increpitam, Luc.. îv, et muliercm quæ per decem etocto annosa diabolo fuerat ligata, Jézd.xiu, Domino medicante , curatam , sciamus bæc omnia flagella esse Ninive. Unde sequitur : « Et vox com- motionis rotarum ; » dum hue atque illnc genue rap- tatur bumanum et incertis per cuncta discursibus,, ubi periculum (6), ubi salus sit, ignoramus : de qua rota et in principio Ezechielis scriptum est : Ezech. i : in psalmo septuagesimo sexto legimus : « Vox tonitrui tui in rota. » Psalm . lxxvi, 19. Habet autem (a) Pro excetra, editi legunt in hac terra; sed Erusmus legissc vidcUm in mss. cod ici luis nonieii excetra; quin in margine nolavig nuper in excedra. Constat itaque juxla fidem omnium cxcmplarium mss. legendum excetra , quod hydram significat apud Plant uni. Porro Hieronynuis nbusus est sæpius hoc voeabulo adversus Huliiuim, ut præfationc in libros Paralipomcnon c\ llebræo in LftLinuin convcrsos; præfationc Comnientariorum in Ezechiclcin, et proœmio lib. 11 Comm. in Abacuc, ncc non infra, si codicibus Mari uni crcdimus. Undc scire nobis licet, Hufinuni hydropisi sive aqua intercuti ali(|uando laborasse, quod ante banc nos tram restitutionem omnes ignorabant. Hue quoque refer verba Hicronymi diccntis Grunninm in suo pure nioriturum. Maut. — Quod Martian. amiotnt, ante sc omnes ignorasse, Itufînum, gui su b cxcclræ nominc irridetur, hydropisi, sive aqua in tercuti ali quando laborasse, nemo non jnetnntiæ accuset, qui nodum laborasse ilium aliquando, sed et mortuum co morbi generc ex anlie-uis monumenlis didicerit. (a) Wotum erat antiquis calculi tormentum, ut testis est Hieronynuis. Proindc falsa opinio corum cet qui put&verunt hune calcul morbum ignotum veteribus, leprara vero existimatum fuisse. Mart. — Itcgin. ni.., in lapides defecaio. 120 SAINT JÉROME dont le hennissement , le pied creusant la terre et le poitrail brûlant aspirent sans cesse à la guerre; le Seigneur le dit du diable : « Il flaire de loin la guerre ; de ses bonds , de ses cris il ne fait point grâce aux fuyards et ne laisse point s’en aller ceux qui tournent le dos ; » mais il poursuit pour terrasser , tuer , fouler aux pieds et briser. Il y a aussi dans Ninive le bruit du char impétueux; tels, sans doute, étaient ceux de Pharaon que le Seigneur engloutit dans les flots. A ce char sont attelés quatre chevaux , c’est-à-dire quatre passions sur lesquelles dis¬ sertent les philosophes et que Maron signale quand il dit : Ils désirent et craignent, ils s’at¬ tristent et se réjouissent... Virg. vi, Mnèid. Par ces coursiers et ce char, Ninive jette partout le trouble. En môme temps se fait entendre la voix du cavalier qui s’avance, et qui, en possession d’un art particulier, et préparé par l’exercice à la guerre, s'avance non sans périlpour quiconque combat contre lui. Ce cavalier, en effet, porte le glaive de la parole, aiguisé sur la pierre de la dia-^ le c tique et assoupli par l’huile d’une rhétorique étudiée ; il a des armes resplendissantes, Satan se transfigurant en ange de lumière, et ses armes sont l'opposé des armes apostoliques. Rien d’étonnant si, dans Ninive, il y a des mul¬ titudes de blessés quand il s’y trouve des quan¬ tités de flèches. Et comme nous avons pour nous protéger et combattre les quatre boucliers des vertus, la prudence, la justice, la tempérance, Ninive et equum persequentem, cujus hinmtus, et unguia terram fodiens, et pectus æstuans, seraper bella desiderat, loquente Domino contra diabolum : «De longe odoratur bellum, cum saltu et clamore non parcit fugientibus , nec sio.it abire terga vertentes ; » sed persequitur ut prosternât, interficiat, conculcet, illidat [al. üludat ]. Est quoque in Ninive et vos qua- drigæ ferventis, quales puto habuisse Pbaraonem, quæ a Domino submersæ sunt. Exod. xiv. Ad banc quadrigam quatuor juguntur equi, quatuor scilicet perturbationes, de quibus et pbilosophi disputant, et Maro non tacet, dicens (Virg. vi Æneid.) : Hi cupiunt, metuuntque, dolcntque, gaudentque... His equis et hac quadriga Ninive cuncta perturbât. Sed et equi lis ascendentis vox in ea personat, qui arte quadam et gyro præparatus ad bellum, non absque periculo contra se pugnantis incedit. Habet hic eques sermonis gladium, exacutum cote dialéc- ticæ, et rhetoricæ artis oleo levigatum : babet arma fulgentia, transfigurante se Satana in angelum lucis, II Cor. xi, quæ arma apostolicæ armaturæ coatraria sunt. Nec mirum si in Ninive vulneratorum multi- tudo sit sagittarum. Et quamodo quatuor quibus puguamus et. tegimur, sunt scuta virtutum, prudeutia. la force, pareillement et par contre, il y a quatre vices, la folie, l'injustice, la luxure et la crainte, par lesquels nous sommes frappés de l’ennemi. Or, chacun d'eux porte en lui des traits en si grand nombre et d’espèces si variées, que si le remède n’est point aussitôt appliqué , grande devient la ruine, et plût au ciel qu’il y en eût autant dans Ninive de simplement et de légère¬ ment atteints qu'il y en a, tant le mal est profond, de précipités jusque dans l’abîme. Ce n'est point la fin pour ses peuples : sa malice n'a pas de limites, et autant il y a d’espèces de péchés, au¬ tant il y a pour Ninive de peuples dont la ma¬ ladie envahira les corps à cause du nombre de ses fornications. Quoique ceci puisse aussi s’en¬ tendre de ceux qui, en sacrifiant aux plus basses passions, affaiblissent leur corps et perdent avec leur âme la chair à laquelle ils se prostituent, néanmoins ces peuples dont nous venons de parler ne tombent que sur leurs corps et ne se heurtent comme l’ainterprété Symmaque, qu’aux cadavres des morts dont la multitude des forni¬ cations a jonché la terre. Ici, tandis que, d’après l’hébreu, nous avons dit: ■' A cause du nombre des fornications de la courtisane, » les Septante écrivent comme si c'était le point de départ d’une autre pensée; ils disent : « A cause de la multitude des fornications ; » et bornant là l’idée, ils reprendraient ensuite : « Courtisane belle et gracieuse, maîtresse en maléfices. » Pour maî¬ tresse en maléfices , Aquila et Symmaque ont justitia, temperantia, fortitudo : ita e contrario qua¬ tuor vitia sunt, stultitia, iniquitas, luxuria, fohnido, quibus ab hoste percutimur. Quorum singula pullu¬ lantes babent in se, ac multipliées species sagittarum, quibus inferuutur vulnera, quæ nisi statim medicina curaverit, fit gravis ruina, atque utinarn tant-i essent in Ninive, levitercadentes et leviter vulneratî, quanti sunt pro ruinæ pondéré, usque ad iuferna demersi. Nec est finis gentibus [al. gemitibus] ejus : malitia ejus fin cm non habet : et quantæ -species peccato- rum, tôt gentes sunt Ninive, quæ infirmabuntur in corporibus suis a multitudine fornicationis. Quod ■ licet possitet de eis accipi, qui propterres venereas etiam corpore debilitati sunt, et cum perditioue animai carncm quoque frangunt cui serviunt : tamen gentes istee, de quibus diximus, non cadunt, juxta Hebraicum, nisi in corporibus suis, et non offendunt (utinterpretatus est Symmachus) nisi in.cadaveribus mortuorum, quæ fornicationis multiplieatione pros¬ trata sunt. In boc loco LXX interprètes, cum secun- dum Hebraicum posucrimus, « propter multitudinem fornicationum meretricis, » quasi aliud vo luer uni esse principium, ut dixerent : « Præ multitudine fornicationis;» et hucusque finita sententia, postea COMMENTAMES SUR LE PROPHÈTE NAUM. 121 traduit : Ayant des maléfices. On ne sera point étonné que Ninive soit déjà la plus séduisante des courtisanes, quand on voit un si grand nombre d’hommes se prostituer avec elle , et presque tous s'éprendre de passion pour elle, grâce à ses sortilèges et à certains enchante¬ ments. Elle a vendu les nations dans ses forni¬ cations qui ravissent les membres du Christ et en font des membres de prostituée, « et les tribus dans ses sortilèges. » Elle fait aimer ce qu’elles devaient haïr et détester ce qu’elles devaient aimer, de sorte que lorsqu’elles ont été trompées selon ce qui est écrit : « Les entretiens pervers corrompent les bonnes mœurs, » I Cor . xv, 33, elles, à leur tour, séduisent les autres par leur art pernicieux. J'ai lu dans les Saintes Ecritures que les enchanteurs sont pris aussi en bonne part : « Et du magicien qui enchante sagement. » Psalm. lvu, 6. Oui , niais les enchantements de celui-ci tendent à ramener à la saine raison les esprits enlacés dans le fol amour de Ninive. « Voilà que je viens à toi, dit le Seigneur des armées, et je découvrirai tes membres honteux sous tes yeux et j’exposerai tahudité aux nations et ton ignominie aux empires, et je ferai tomber sur toi tes abominations, je te couvrirai d’in¬ famie et te donnerai en exemple. » Ncium. iii, 5, 6. Les Septante : « Voici que je viens à toi, dit le Seigneur tout-puissant, et je découvrirai de¬ vant toi tes membres postérieurs, jedévoileraita inciperent, « meretrix speciosa et grata, dux malefi- oiorum. » Pro duce maleficiorum, Aquila et Sym- machus transtulerunt , « habens maleficia. » Nec mirabitur Ninïven scortorum jam esse gratissimam, qui tantam hominum muUitudiuem cum ea viderit fornicari, et maleficiis illius, et quibusdam incanta- . tionibus ad amorem ejus pene cunctos trabi. Hæc vendidit gentes in fornicationibus suis, quæ tollunt membra Cliristi, et faciunt membra meretricis; « et tribus in maleficiis suis. » Facit euim amave ea [al. eas]t quæ odisse debuerant, et deteslari quæ amare debebant, ut cum deceptæ fuerint, juxta illud quod scriptum est : « Corrumpunt mores bonos con- fabulationes pessimæ, » I Cor. xv, 33, etiam alios malefica arte supplantent. Legi in Scripturis sanctis in bonam quoque partem maleficos accipi : «Et ma- lefici incantantis sapienter. » Psalm. lvii, 6. Sed ad boc incantat talis maleficuâ, ut meretricis Ninive amore devinctos ad mentis sanitatem retrahat. « Ecce ego ad te, dicit Dominus exercituum, et revelabo pudeuda tua in faciem tuam, et ostendam in gentibus nnditatcm tuam, et regnis ignomiuiam tuam : etprojiciam super te abominàtiones, et con- tumeliis te afficiam, et ponam te in exemplum. » Naum. ni, 5, 6. LXX : « Ecce ego ad te, dicit Domi- confusion devant les nations et ton ignominie devant les royaumes; je ferai tomber sur toi tes abominations dans la mesure de tes souil¬ lures et je te donnerai en exemple. » Parce que, ô Ninive, tu as vendu les peuples par tes forni¬ cations, et les familles par tes maléfices, et parce que tu as ouvert tes pieds à tous comme un lieu public de prostitution, c’est pour cela que je vais venir moi-même à toi pour te détruire. Je n’en ver¬ rai point un ange, et ne confierai pas ton jugement A d’autres. Je découvrirai tes nudités en ta pré¬ sence , afin que ce que tu ne voyais pas aupa¬ ravant soit placé devant tes yeux. Je montrerai aux peuples ta nudité, et ton ignominie aux royaumes, afin que ceux qui se sont souillés avec toi te méprisent, te raillent et te couvrent d’insultes, et tu seras en exemple à tous tes spectateurs. Tout cela est raconté sous la méta¬ phore d’une femme adultère qui, après qu'elle a été surprise , est amenée en public et flétrie aux yeux de tous. Cette description , la parole prophétique la donne pleinement dans Ézéchiel, par allusion à Jérusalem. Avec plus de vérité et d’utilité, cela est-il dit du monde auquel est venu du ciel le vrai médecin pour l’opérer et le guérir. « Voilà que je viens à toi, dit le Seigneur tout puissant : » parce que je suis tout puissant, je puis guérir toutes les maladies , et ce qui est impossible aux autres est en mon pouvoir. Je mettrai devant ton visage tes membres posté- nus omnipotens , et discooperiam posteriora tua super faciem tuam , et ostendam gentibus confusionem tuam, et regnis ignouiiuiam tuam, et projiciam super te abominationem secundum immunditias tuas, et ponam te in exemplum. » Quia vendidisti, o Ninive, gentes in fornicationibus, et familias in maleficiis tuis, et quasi publicum prostibulum cunctis dlvari- casti pedes tuos : propterea ego ipse ad te veniam subvertendam, non mittam angelum, non credam aliis judicium tuum. Discooperiam pudenda tua in facie tua, ut quæ prius non videbas, ante tuum po- nantur aâpectum. Ostendam gentibus nuditatem tuam, et regnis ignominiam tuam, ut qui tecum for- nicati sunt, ipsi te despiciant, irrideant, et contu- meliis te affficiant : et eris in exemplum universis te videnlibus. Hæc autem omnia sub metaphora mu- lieris narrantur adulteræ, quæ, cumfuerit deprehensa, producitur in medium, et ante oculos omnium de- pompaLur. Quod quidem per translationem etiam super Jérusalem plenissime in Ezechiele prophetalis sermo describit. Verius tamen et utilius dicuntur ad mundum, ad quem secandum pari ter et curandum verus medicus venit e cœlo. « Ecce ego ad te, dicit Dominus omnipotent : » quia omnipotens sum, pos- sum universos sauare morbos et quod est aliis im- m SAINT JEROME rieurs, c’est-à-dire mes vertus, mes préceptes et mes discours , que tu as jetés derrière ton dos ; quoique tu ne le mérites point, je ferai que tu voies. Je t’avais recommandé, au sujet de mes paroles, pour qu'elles fussent sans cesse devant tes yeux, qu’elles soient comme une chaîne pendante. Toi, au contraire, dédaignant mon commandement et cet ordre , tu les as laissées loin derrière toi, afin, non-seulement de ne pas t’y conformer, mais comme ne daignant pas même considérer ce que j’avais prescrit. Aussi* je ferai que tu voies et comprennes tes erreurs, que précédemment, lorsque tu étais aveuglée et emportée follement, tu prenais pour des vertus. Après quoi encore je montrerai ta nudité aux nations que tu as vendues par ta fornication, afin qu’elles ne s’éprennent plus de ton amour, mais qu'en voyant honteux et intérieurement souillé ce corps dont l'apparence trompeuse les fascinait d'abord , elles cessent de se prostituer avec toi. Aux royaumes aussi qui sont au-dessus des peuples, je montrerai ton ignominie que tu t'es donnée en t’y livrant; et je ferai retomber sur toi l’abomination dans la mesure de tes souillures , afin que tu soies vue dans toute ton impureté, et telle que tu es, et que tu ne trompes plus tous ceux, en si grand nombre, qui en s'u¬ nissant à toi devenaient un même corps avec toi. ï Cor, vr. Et je te donnerai en exemple, afin que la crainte de semblable peine détourne de l’imitation du forfait. possibile, milii possibile est. Revelabo posteriora tua in facie tua, id est, virtutes meas, præcepta atque sermones, quæ projecisti post tergum tuum : licet non merearis, faciam te videre. Ego enim mandave- ram tibi de sermouibus meis, utsemper ante oculos tuos moverentur, ligati essent atque penderant. Tu autem, contempto jubentis imperio, post tua eos vestigia reliquisti, ut non solum non faceres, sed nec dignareris quidem videre quod jusscram. Yel certe faciam te videre et intelligere errores tuos , quos ante, cum cæca ferreris et præceps, rebaris esse vir¬ tutes. Post hæc etiam gentibus, quas vendidisti in fornicatione tua, ostendam nuditatem tuam, ut ne- quaquam tui amore capiantur, sed videntes sordi- dum et turpe corpus intrinsecus, cujus primum superficie ducebantur , tecum desinan t fornicari. Regnis quoque quæ majora sunt quam gentes, os¬ tendam ignominiam tuam, quam ut baberes, ipsa fecisti. Et projiciam super te abominationem sccun- dnm immunditias tuas, ut quomodo immunda es, sic immunda videaris; nec decipias plurimos, qui tibi ante cohærentes, unum tecum corpus officie- bantur. I Cor. vi. Et ponam te in exempluin, ut si¬ mili tu do formidata pœuæ, simili tudinem prohibent deliuquendi. « Et il adviendra que quiconque t'aura vue s’éloignera de toi et dira : Ninive est détruite ; mais qui branlera sa tête sur ton malheur? où trouverai-je un consolateur pour toi? » Naum . ni, 7. Le mot « tête » ne se trouve point dans l'hébreu, mais nous l’avons ajouté pour que le sens paraisse plus clair. Symmaque a traduit ainsi : « Et quiconque t'aura vue s’éloignera de toi et dira : Ninive est ravagée , qui pleurera avec elle ? » Et les Septante : « Et il adviendra que quiconque t’aura vue , s’en ira loin de toi et dira : Malheureuse Ninive, qui la pleurera? Où chercherai-je de la consolation pour elle riq qui accordera son instrument ? » Celui qui aura vu Ninive renversée, et donnée à tous en exem¬ ple, sera dans l'étonnement et la stupeur, et dira : « Ninive est ravagée, qui branlera sa tète sur toi? » pour dire : Qui pleurera sur toi, qui pourra être ton consolateur, ô toi, qui, tant que tu as été puissante, en dominatrice cruelle, n’a¬ vais aucune pitié des vieillards , ni aucun souci des petits , tu ne t’es pas ménagé un ami pour les jours de ton deuil, quand tu ne daignas pas associer quelqu’un à ton règne. Celui qui mé¬ prise les choses terrestres et regarde d’en haut les sortilèges néfastes de Ninive , et ne se sera point laissé enlacer par sa fausse beauté, quand il aura vu au dedans d’elle toute sa turpitude, et qu’il aura commencé à haïr ce que les autres aiment, celui-là s’enfuira et se rira d'elle, ou, selon l’expression des Septante , descendra loin « Eterit, omnis qui viderit te, resilieta te, et dicet : Vastata est Ninive ; quis commovebit super tecaput? Un de quæram consolatorem tibi ? » Naum. 7. In He- bræo non habetur « caput, » sed nos apposuimus, ut sensus manifestior fieret. Déni que Symmachus ita interpretatus est : « Et omnis qui viderit te, recedet a te, et dicet : Dissipataest Ninive, quis lugebitcum ea ? » Porro Septuaginta : « Et erit, omnis qui viderit te, descendet a te et dicet : Misera Minive, quis gemet eam? Unde quæram consolationem illi •-r aptantem ebordam. » * Qui ruinas viderit Ninive, et positam eam omnibus in exemplum , expavescct atque mirabitur, et dicet : « Dissipata est Ninive, quis commovebit super te caput? » hoc est, quis do- lebit super te, quis tuua poterit esse cousolator? quæ quamdiu potens fuisti, quasi crudelis domina, non miserebaris seuis [al. senum et parvulos], nec parvulum respiciebas, nec præparasti luctus tui so- cium, quæ uoluisti consortem babere regnandi. Qui autem hæc terrena contcmnit, et veneficæ [al. vene- fica] Ninive maleficia despexcrit, nec falsa pulcbri- tudine ejus fuerit irretitus, cum oruneui illius turpi- tudinem [al. pulchritudinem ] in tris cous viderit, et cœperit o dis se quod cæteri dilignnt, refugiet et resiliet ab ea, rive, ut a Septuaginta dicitur, « des- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. 123 d'elle. Tant que nous tenons en honneur, en effet , ce qui est terrestre , et l’estimons grand, nous sommes comme sur un faîte orgueilleux, et nous admirons la beauté de Ninive. Quand, au contraire, nous avons considéré la nature et tous les biens corporels, et que nous les avons dédaignés comme inférieurs , en nous soumet¬ tant à la puissante main divine, alors nous au¬ rons pitié de Ninive, et, estimant toutes les choses du temps dignes de pleurs, nous dirons : Mal¬ heureuse Ninive ! combien qui sont pris dans tes pièges, combien ne retiens-tu pas de captifs dans tes chaînes? Qui, penses-tu, se retirera de de toi et descendra de ton orgueil et s’estimera misérable? C’est moins dans le sens de difficile que de rare que l’interrogation « Qui ? » doit être entendue ; ainsi, souvent, avons-nous dit : « Qui, pensez-vous, est le serviteur fidèle et pru¬ dent ? Matih. xxiv , 45 ; « qui est sage et com¬ prendra cela?» Osée, xiv, 10 ; «qui montera sur la montagne du Seigneur?» Psalm. xxm. Qui donc gémira sur Ninive? Qui pourra-t-on trouver qui, sentant le poids de son enveloppe mortelle, dira avec Paul : « Malheureux ! qui me délivrera du corps de cette mort?» Ne voyons-nous pas chaque jour celui qui est voisin de sa mort, et qui se voit enlevé de ce monde par une lièvre, une bles¬ sure ou un genre quelconque de mal, frémir et craindre, et, tremblant de tous ses membres , s'attacher aux étreintes de Ninive et être arra- cendet. » Quandiu enim terrena lionoramus, et puta- mus esse sublimia, velutin quodam superbiæ culmine sumus, et miramur pulckritudinem Ninive. Cum autem consideraverimus naturam ejus et omnia corporalia bona, quasi humilia despexerimus, subji- cientes nos potentiæ manus Dei, tune miserebimur Ninivitis [al. Ninive ]; et omnia terrena bona digna planctu judicabimus, dicemusque : Misera Ninive, quanti tuis laqueis irretiti sunt, quantos alligaios vinculis tuis tenes! Quis, putas, resiliet a te, et des- cendet de superhia tua, et te miseram judicabit? Quod autem ait, « quis, » non tam pro difficili, quam pro raro debemus accipere, ut sæpe diximus : « Quis, putas, üdelis et prudens dispensator? » Matth. xxiv, 45. Et ; « Quis sapions, et intelliget kæc? » Osee. xiv, 10. Et : « Quis ascendet in montem Domini? » Psalm. xxm, 3. Quis ergo gemet super Ninive? Quis poterit iuveniri, qui hoc tabernaculo prægravatus cum Paulo dicat : « Miser ego, quis me liberabit de corpore mortis kujus? » Rom. vu, 24. Videmus quo- tidie si cui vicinn mors venerit, et intellexerit se vel febre, vel vulnere, vel quolibet genere morborum, de hoc mundo subtrahi, pavere, trepidare, et toto corpore tremescentem in Ninive hærerc complexibus, et a speciosæ meretricis corpore vix avelli. Quod ché avec peine des bras de cette séduisante courtisane? Ce qui suit : « Où trouverais-je la consolation » ou « le consolateur pour toi, qui préparera son instrument? » est dit encore de celui qui s’éloignera ou qui descendra loin de Ninive et dira : « Malheureuse Ninive, qui la pleurera ? » en parlant du milieu troublé de ce siècle où nous vivons, où rien n’est digne de plaire àjamais, mais où ce qui plaisait Rabord parvient à déplaire et de nouveau à plaire ce qui déplaisait avant. Où pourra-t-on donc trou¬ ver un pareil consolateur et, pour ainsi parler, un auteur inspiré et lyrique en état d’associer dans un même concert des instruments si dis¬ cordants et d’unir ces voix en un accord har¬ monieux de louanges divines? Ce que nous avons écrit : « Qui accordera son instrument » et qui se dit en grec : ap(j.oaa- yopS^v, ne se trouve ni dans l’hébreu ni dans les autres traducteurs, mais à sa place se trouve ce commencement d’une autre pensée : « Est-ce que tu es préféra¬ ble à Amon qui habite au milieu des fleuves ? » Aussi me paraît-il être mieux relié à ce qui suit. te Est-ce que tu es préférable à Amon qui ha¬ bite au milieu des fleuves, qu'entoure les eaux, dont la mer est la richesse et dont les remparts sont les flots? L'Ethiopie était sa force avec l’E¬ gypte, et c'était sans fin ; l'Afrique et la Lybie lui prêtaient leur secours. Elle-même pourtant a été emmenée en captivité ; ses enfants son autem sequitur : « XJnde quæram consolationem, » vel « consolatorem tibi, qui aptet ckordam? » adhuc ex persona ejus dicitur, qui resiliet vel descendet [al. discedet] a Ninive, et dicet : « Misera Ninive, qui gemet eam? » de confusa sæculi kujus conver- satione [al. co?iversione ] disputons, in quo nihil cuiquam potest placere perpetuum : sedquod placuit displicet, et quod displicuerat, rursum placet. Quis itaque poterit talis inveniri consolator? et (ut ita di- cam) scriptor lyricus etcitharœdus qui possit disso¬ nantes chordasejus in unam-harmoniam contrakere, et vocalem in laudes Dei efficere concentum? Hoc quod exposuimus, « qui aptet ckordam, » vel « ap- tantem ckordam, » et Græce dicitur app.daat yop&ï]v, nec in Hebraico, nec in cæteris invenimus translato- ribus, sed pro eo alterius sermonis exordium : « Numquid melior es ab Amon quæ habitat in flu- minibus? » XJnde videtur miki magis cum posterio- ribus copulandum. « Nunquid melior es ab Amon [Vul. Alexandria populorum\ , quæ habitat in fluminibus? aqua in circuilu ejus, cujus divitiæ mare, aquæ mûri ejus, Ætkiopia fortitudo ejus et Ægyptus, et non est finis; Africa fl Libyes fuenpt in auxilio tuo. Sed et ipsa in trausmigratioue ducitur in captivitatem ; parvuli 124 SAINT JÉROME écrasés au milieu de toutes ses rues, ses plus illustres sont partagés au sort et ses grands sei¬ gneurs sont chargés de fers. Toi aussi tu seras donc, enivrée et couverte de mépris ; tu sollici¬ teras du secours de ton ennemi; toutes tes for¬ tifications seront comme le figuier avec ses fruits: s'ils sont secoués, ils tombent dans la bouche de celui qui les mange. » Nam. ni, 8 et seqq. Les Septante : « Prépare l'instrument, por¬ tion d'Amon qui habites dans les fleuves, autour de qui sont les eaux, dont la mer est la tête, et l'onde les remparts. L’Ethiopie est sa force comme l’Egypte, et il n’est point de terme à sa fuite. Phùt et la Lybie se sont faits ses auxiliaires, et pourtant elle a été emmenée en exil et cap¬ tive ; on écrasera ses petits enfants à l’entrée de ses rues, on tirera au sort tout ce qu’elle a de précieux et tous ses grands seront chargés de fers; et toi tu seras enivrée et méprisée et tu chercheras là à te soutenir par tes ennemis ; toutes tes fortifications seront comme les figuiers qui ont leurs figues ; si elles sont secouées, elles tomberont dans la bouche de celui qui les mange. » A la place de « prépare l’instrument, portion d’Ammon » qu’on lit dans les Septante et que d’autres interprètes ont traduit par : « Est-ce que tu es meilleure qu’Amon ? » l’Hé¬ breu qui m’a initié aux Écritures m’affirma qu'il pouvait être lu ainsi : « Est-ce que tu es meil¬ leure que No, Amon? » En hébreu, dit-il, No signifie Alexandrie, et amon, multitude ou peu- ejus elidentur [Vulg. elisi sunt] in capite omnium viarum, et super inclytos ejus sortem mittent [Vulg. miserunt ], et omnes optimales ejus affigentur [Vulg. conflxerunt ] compedibus. Et tu ergo inebriaberis, et eris despecta : et tu quæres auxilium tuum ab ini- mico, omnes munitiones tuæ sicut ficus cum grossis suis, si concussæ fuerint, cadent in os comedentis. » Naum. m, 8 et seqq. LXX : « Apta chordam, pars Ammon, quæ habitas influminibus, aquæin circuitu ejus, cujns principium mare est, et aqua mûri ejus. Æthyopia fortitudo ejus, et Ægyptus, et non est finis fugæ tuæ. PhutetLibyes f acti sunt auxiliatores illius, et ipsa in transmigrationem ibit captiva, et parvulos illius allident in priucipio viarum ejus, et super omnia inclyta ejus mittent sortem, et univorsi opti- mates ejus alligabuntur compedibus ; et tu inebria¬ beris, et eris despecta, et tu quæres ibi ut stes ab inimicis tuis; omnes munitiones tuæ ut ficus, quæ grossos babent, si commotæ fuerint, cadent in os comedentis. » Pro eo quod in Septuaginta legitur, « Apta chordam, pars Ammon;» etcæteri interprètes transtuleruut : a Numquid melior es ab Amon? » Hebræus qui me in Scripturis erudivit, ita legi posse asservit : « Numquid melior es quam No, Amon? » pies ; et tel est la suite du récit : Est-ce que tu es meilleure que la pompeuse Alexandrie, ou des peuples, qui habite dans les fleuves et que l’onde environne? Non qu'en ce moment elle s’appelât Alexandrie, puisque ce ne fut que long¬ temps après qu’elle reçut le nom d'Alexandre-' le-Grand de Macédoine, mais parce que c’est sous son premier nom, c’est-à-dire No, qu’elle fut la métropole de l’Egypte et très-populeuse. De plus, ceux qui ont transmis à la postérité les hauts faits d’Alexandre conjecturent qu’elle fut la ville principale de l’Egypte. Le prophète Jérémie aussi, comprenant Amon ou No, Alexan¬ drie, dans sa vision contre l’Egypte, à laquelle il dit : « Egypte, belle genisse, celui qui t’aiguil¬ lonnera viendra de TAquilon, » Jérém. xLvr, 20, ajoute ceci plus clairement encore : « La fille de l’Egypte est couverte de confusion ; elle a été livrée aux mains du peuple de l’Aquilon, dit le Seigneur des vertus, Dieu d’Israël. Voici que je viens visiter amon Nenno, c’est-à-dire le peuple tumultueux d’Alexandrie ; » Jérém. ibid., 24 ; amon, comme nous l’avons. dit, veut dire «peu¬ ples, » men est la préposition de, et No «Alexan¬ drie. » « Et je visiterai Pharaon et l’Egypte, et ses dieux et ses rois, et Pharaon et tous ceux qui espèrent en lui et les livrerai aux mains de ceux qui en veulent à leur vie, aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, et aux mains de ses serviteurs. » C’est pourquoi il est dit à Ninive : Est-ce que tu es plus populeuse ou et ait, Hebraice no dici « Alexandriam; » amon au- tem, « multitudinem, » sive « populos,» et esse ordi- nem lectionis : Numquid melior es ab Alexandria populosa, sive populorum, quæ habitat in fiuminibus, aqua in circuitu ejus? Non quod eo tempore Alexan¬ dria vocaretur, quippe quæ longo post ab Alexandro Magno Macedone nomen accepit ; sed quia sub nomine primo, id est, « No » semper Ægypti metropolis fuerit, et abundantissima populis. Denique et qui res gestas Alexandri mémorisé tradiderunt, priucipem eam fuisse Ægypti autumant. Sed et propheta Jeremias, « Amon, sive No, Alexandriam, » intelligens iu visione coutra Ægyptum, ad quam dicit : « Vitula formosa Ægyptus, stimulator ab Aquilone veniet ei, » Jerem. xlvi, 20, hæc quoque manifestius addit : « Confusa est filia Ægypti, tradita est in manu populi Aquilouis, ait Dominus virtutum Deus Israël. Ecce ego visitabo snper » amon menno, id est, « super tumultum [al. tumulum] de Alexandria » Ibùl. 24 seqq. : amon enim, ut diximus, « populos ; » men præpositionem « de. » significat : no autem oc Alexandriam. » «Et visitabo, » inquit, « super Pharaoncm, et super Ægyptum et super Deos ejus, et super reges ejus, et super Pha- raonem, et super eos qui in eo sperant, et dabo in COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. plus puissante qu'Alexandrie ? Et on dépeint la position d’Alexandrie assise sur le Nil et sur la mer, entourée de tous côtés cl’eaux et de fleu¬ ves : « L’eau l’environne, ses richesses sont la mer, et les flots ses remparts. » Elle a d’ün côté le Nil, d’un autre le laé Maréotide et de l’autre la mer. En montrant l'Ethiopie, l'Egypte et l'Afrique, que l’hébreu désigne par Phut, et la Lybie comme ses auxiliaires, on indique la po¬ sition réciproque des provinces et de la ville. Et néanmoins cette ville, dont ma parole, dit le Prophète, fait ce tableau, sera prise par le roi Babylonien, et il portera la dévastation chez toi comme chez elle. Josèphe, historien juif, le rap¬ porte également dans ses écrits. «Ses petits en¬ fants seront brisés sous les fers, » ses nobles seront tirés au sort par les vainqueurs, et ses princes, jadis puissants, seront emmenés char¬ gés de chaînes. Puisque tel doit être le sort d’Alexandrie, ô Ninive , toi aussi tu boiras au même calice , tu seras enivrée et renversée dans ton ivresse, tu seras un objet de mépris, et tu en viendras à. l’extrême nécessité de solliciter le secours de tes ennemis, les Babyloniens ou contre les Babylo¬ niens. Tes fortifications , tes remparts si élevés, et tes hautes tours, que tu estimes maintenant inexpugnables, et tes guerriers et tes vaillants hommes de guerre ressembleront aux figues manus quærentium animas eorum, et in manu Na- buchodonosor regis Babylonis et in manu servorum ejus. » Dicitur itaque ad Ninivem : Numquid popu- losior es, aut potentior Alexaudria? Et describitur situs Alexandriæ, quæ super Nilum et mare posita hinc inde aquis et fluminibus ambiatur. « Aqua in circuitu ejus, cujus divitiæ mare ; aquæ mûri ejus ; » hinc enim rivo Nili, inde lacu Mareotico, ex alia parte mari cingitur. Quod autem Ætbiopia et Ægyp- tus, et Africa pro quo in Hebræo ponitur phut, et Libyes in præsidio ejus sint, ipse situs provinciarum et urbis ostendit. Et hæc igitur quam meus, inquit propbeta, sermo describit, capietur a rege Babylo- nio, et idem tuus atque illius vustator erit. Quæ Josepbus quoque Judaicæ scriptor bistoriæ in libris suis referl. « Parvuli ejus allidenlur in compitis » [al. compedibus], nobiles ejus dividentur sorte vic- torum, et potentissimi quondam principes captivi dücentur in catenis. Cura ergo hæc passura sit Alexandria, et tu, o Ninive, de eodem bibes calice, et inebriaberis, et consopita jacens despicieris , et in tantam venies necessitatem, ut a Babyloniis, sive contra Babylo- nios, ab inimicis tuis auxilium roges. Omnia firma- menta tua et mûri in sublime porrecti, et altitudi- nes turrium, quas nunc inexpugnables putas, et viri 125 hâtives qui , secouées par le plus léger choc , tomberont sous la dent dévorante. Ce qu'on lit dans les Septante : « Prépare » ou « dispose l’instrument » est encore dit à Ni¬ nive, et en voici le sens : Ce qui est en toi sans arrangement et sans ordre , et si discordant , fais- en comme un instrument à cordes , ô Ni¬ nive, car rien ne t’adviendra de ta beauté et de ta grandeur, quoique ’tu te prennes en si haute estime que de te préparer aux hymnes funè¬ bres. Regarde, en effet, combien peu tout ce qui fut l’héritage des fils d'Ammon et tout ce qu’ils croyaient avoir de biens a pu leur éviter de s’en aller en captivité , et à ses petits enfants d’être écrasés sur les routes. De quoi lui ont servi les fleuves sur lesquelles elle était assise ? et, à part les fleuves , cette multitude de puits et de fon¬ taines commençant à la mer Morte et enfermant son territoire? De quel secours lui ont été l’ɬ thiopie et l’Égypte, autrefois ses alliées? De même donc qu’aucun appui de ses alliées ne l’a sou¬ tenue, ainsi, ô Ninive, tu ne sauras t'arrêter dans ta fuite, mais tu seras saccagée de toute part. Que dire des Éthiopiens et des Égyptiens, qui étaient les premiers des fils d'Ammon, quoique les Libyens lui fussent unis? Elle sera cependant conduite en captivité, et ses petits enfants, dans l’impuissance de marcher, seront massacrés sur les routes sous les yeux de leurs parents, et fortes bellatorésque tui, primitivis ficis comparabun- tur, quæ si concussæ fuerint levi tactu, in os cadent devoran tis. Nam quod apud Septuaginta legitur : « Apta, » sive « compone chordam, » adhuc ad Ninivem dici¬ tur. Et est sensus : inordinatum et incompositum tuum, et in diversa discrepans, in chordarum simi- litudinem apta, Ninive, quia nihil tibi proderit spe- cies et magnitudo tua, quæ præcipua habere te cre- dis, nisi te aptaveris ad canendum. Considéra enim [al. ergo] omnem partem sortis filiorum Ammon, et quæcunque æstimantur possidere, bona , quomodo eos non defenderint, ne irent in captivitatem, et ne parvuli eorum alliderentur in viis. Quid ei profue- runt flumina, juxta quæ posita est urbs Ammon ? Quid, exceptis fluminibus, tanta puteorum et fon- tium multitudo, incipiens a mari Morluoy et vallans regionem ejus ?~Quid ei præbuere præsidii Ætbiopia et Ægyptus, quondam fœderati ejus ? Quomodo ergo illam nou juvit auxilium sociorum ; sic nec tuus, o Ninive, fugiendi finis erit, sed hue atque il- lud vastaberis. Quod loquar de Æthiopibus, et de Ægyptiis qui præsules fuerunt filiorum Ammon, cum etiam Libyes ei fuerint fœderati ? Et hæc igitur du- cetur in captivitatem, et parvuli ejus, quia ingredi non valebunt, interficientur in viis ante parentum 126 SAINT JEROME toutes ses richesses seront divisées aux vain¬ queurs. Aucun de ses principaux habitants n’é¬ chappera, on en aura raison par le fer et les chaînes. Donc, toi aussi, ô Ninive, tu seras eni¬ vrée, et toi, autrefois riche et belle, qui comptais tant de courtisans, tu seras méprisée de tous, et poursuivie par tes ennemis , tu chercheras le repos et ne le trouveras point. Tous tes guerriers et tous tes auxiliaires seront la proie des ennemis, et ils seront capturés à Tin star des fruits du fi¬ guier qui, secoués, tombent, non à terre, pour ne point donner même la peine légère de les ramasser, mais directement dans la bouche qui va les manger. Soit dit tout ceci comme déve¬ loppement surabondant d’après les Septante; car nous nous sommes proposé de suivre auss^ l’édition de laVulgate, pour ne pas paraître avoir fourni à l’hydre et à Sardanapale quelque oc¬ casion de récriminer. Au reste, l’exemple du renversement de Ninive ne me semble pas assez concorder avec les fils de Loth, qui sont appelés «Amman. » D’abord, c’est Ammon qui est écrit et non Amman ; en¬ suite, Ammana qui , aujourd’hui, est appelée Philadelphie, n’est pas située près des fleuves, et la mer n’est pas la source de ses richesses ; quoique sur la Méditerranée, elle n’a point les ora prostrati, et omnes opes ejus forte a victoribus dividentur. Nec quisquam de principibus evadet , quia ferro et compedibus vincientur. Et tu ergo o Ninive, inebriaberis, et dives quondam ac spe- ciosa, quæ tantos amatores habebas, despicieris ab omnibus, et in inimicis persequentibus quæres re¬ quiem , et non invenies. Omnes bellatores tui et universa auxilia prædae hostibus erunt, et sine ullo labore capientur in similitudinem grossorum ficus, quæ concussæ non in terram , ne saltem parvus labor sit coliigentium, sed statim in os devorantis cadent. Hæc dicta sint rcapaç>paa-Lxc3ç juxta Scptua- ginla interprètes ; semel enim propositum nobis est, et Vulgatam editionem sequi, ne aliquam {a) excetræ et Sardanapalo reprehenhendi occasionem præbuisse videamur. Cæterum non satis mihi videtur congruere exem- plum eversionis Ninive cum filiis Loth, qui vocantur « Amman. » Primum enim « Ammon » dicitur, Gen. six, et non « Amman ; » deinde « Ammana, » quæ nunc vocatur « Philadelphia, » non est sita super fiumina, nec opes illius de mari congregantur : flots pour remparts, ni pour alliés l’Éthiopie, l’Égypte, l’Afrique et la Lybie, et tout ce qui est dit d’elle, soit comme puissance, soit comme terme de comparaison, ou topographie delà con¬ trée et du lieu, aussi bien que le nom des nations amies, convient beaucoup mieux à Alexandrie, et jamais la puissante ville de Ninive, comparée à la petite Alexandre, n’entendrait dire au Pro¬ phète : « Est-ce que tu as plus de valeur? » Celle donc à qui il est dit : « Est-ce que tu as plus de valeur? « est présentée comme au-dessous de celle à laquelle on la compare, et lui appartient-il de s'insurger contre le sort qui la fait captive, quand une autre plus grande, plus affermie et plus puissante encore, autant par la nature des lieux que par la valeur de ses soldats, a été vaincue par le même ennemi? Ninive étant, nous l’avons dit, la figure de ce monde , il lui est ordonné d’accorder sa harpe et de se préparer à un chant lugubre, puisqu’une grande partie des enfants d’Ammon, qui étaient bien meilleurs que les Ninivites et qui habitaient au-dessus des fleuves , ayant été prise en délit d’erreur, a déjà porté la peine de son crime. Et d’abord, selon T application littérale du texte à Alexandrie, nous savons qu’Ammon veut dire « les peuples , « en sorte que voici le sens d'a- quippe quæ mediterranea sit, nec aquæ sunt mûri ejus, nec habet Æthiopiam et Ægyptum et Africam et Libyes fœderatos, cum hæc omnia et juxta poten- tiam, et juxta exemplum, et juxta descriptionem loci et regionis, et amicarum geutium, magis Alex- andriæ coaptanda sint : et nunquam potentissima civitas Ninive minori Philadelphiæ comparata, audi- ret a propbeta : « Numquid melior es ? » Cui autem dicitur : « Numquid melior es, » ostenditur minor esse ea cui comparatur, et non debere eam indigne ferre si capta sit, cum major et firmior et potentior tam natura loci, quam viris fortibus, ab eodem sit hoste superata. Quia vero Ninivem et mundum istum interpretati sumus, præcipitur ei ut aptet et componat chordas suas, et se ad lugubre carmen paret : pars enim filiorum Amnqon quæ multo melior fuerat quam Ninive, et habitaverat super fiumina, quia in errore deprehensa est, pœnas eam sui qui sceleris pepen- disse. Àc primum juxta liistoriam Alexandriæ tlicen- dum,quod « Ammon » interpretentur « populi, » et sit sensus juxta leges allegoriæ : Considéra populos (a) Marianus Victorius addit, cxcmplarium Brixianorum ope subnixus, ne excetræ et Sardanapalo aliquam, etc. Nomen taraen excetræ in noslris codicibus mss. nequaquam reperire potui. Sed pcrspicuum est, nomme excetræ sivc hydrx et Sardanapali , Rufi- num sæpius ad Hïeronymo notatum. Mart. — lisdem plane yerbis, quibus Rufinura notare yulgo dicitur, scribit infra prologo secundi libri in Habacuc : Sibüet igitur excetra, et Sardanapalus insultet, turpior vitiis quam nomine. Ncc tamen occurrit ment* ex Ricronymi adyersariis, nisi si Rufinus ille est, qui turpitudinem sonaret nomine. Intérim yocem excetrat quara Wartianœus requit nostrorum Brixianorumq*e penes Victorium codicum ope restituimus. Persnasit et similo quod modo laudayimus, testimoniunq aliaque propemodum iunuincra, quibus excetra Rufinus abs Hioponymo dicitur. (Edit, Mign.) COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. près les lois cle l'allégorie : Considérez les peu¬ ples de l’Église , qui habite sur les fleuves des prophètes, qui est entourée de docteurs du sein desquels jaillissent des fleuves, et qui a pour commencement la mer. Car, par la lecture de la loi , amère comme les eaux de Mendia , tant qu'on n'y jette point le bois de Jésus-Christ, on arrive à cette Aramon mystique dont l’Ethiopie est la force, puisqu'il est écrit que l’Éthiopie s’empressera de tendre ses mains vers Dieu, Pscdm. lxvii, et qui trouve des secours dans l'Egypte, où le Seigneur vient sur une nuée lé¬ gère, et chez les Lybiens devenus ses auxiliaires, après avoir habité longtemps au milieu des sables arides. Par conséquent, l’Eglise elle- même , si elle n’est pleine de prévoyance et ne veille sur son cœur avec un soin jaloux, sera emmenée captive et pleurera sur ses fils. Même ses petits enfants, ceux qui sont encore au com¬ mencement de leurs voies et qui n’ont pas fait la moitié de la route, seront écrasés au lieu même de leur départ. Ses ennemis impitoyables se hâteront de partager au sort entre eux tout cc qu’elle a de plus précieux , et traîneront en captivité , chargés de chaînes et accablés sous l’écrasant fardeau de leurs fers, les plus grands de son peuple, c'est-à-dire les princes et les Ecclesiæ quæ habitat super amnes prophetarum, et liabet doctores in circuitu suo, quorum de ventre manant flumina, cujus initium est mare. A lectione quippe legis, quse sine ligno Ghristi amara est, in similitudine Merrhæ, (b) ad ejus mysterium perve- nitur, quæ habet Æthiophiam in fortitudine, Æthio- pia quippe præveniet manus ejus Deo, Psalm. lxvii, etÆgyptum in qnam Pominus venit in nube levi , et Libyes qui ante liabitabant in arentibus, et pos- tea facti sunt in auxilio ejus. Et hæc ergo si non se attendent, et omni diligentia custodierit cor suum, captiva ducetur, et planget filios su os, Parvuli quo- que ejus, qui adhuc in principiis viorum sunt, nec ad medium itineris pervenerunt, elidentur in ipsis principiis suis ; et hostes sævissimi præclara quæ- que ejus sorte sibi dividere festinabunt, et optimales quos principes et præpositos intelligerc possumus, vinctos catenis, et gravi ssimo compedum pondéré præpeditos, trahent in captivitatem. Et tu ergo, Ni- uive, homines videlicet infidèles, hommes mundo 127 chefs. Et vous aussi Ninive, je veux dire hom¬ mes rebelles à la foi , hommes entièrement in¬ féodés au monde , vous sentirez le poids çles châtiments et vous serez enivrée à la coupe de ma colère, puisque ceux-là mêmes y ont bu qui sont déchus par leur faute, après avoir été des miens. Je vous chargerai de mon mépris : vous chercherez le terme à vos maux au milieu des vices et des passions qui vous écraseront, et vous ne pourrez trouver ce terme ni un lieu où vous affermir ; tout ce que vous aimez, les plai¬ sirs, la puissance, dans le temps, vos doctrines que vous regardiez comme si solides, seront dévorés par le mangeur insatiable dont Samson a dit avec un sens caché : « La nourriture est sortie de celui qui mange, et la douceur est sortie du fort. » Judic. xiv, 14. Alors tout ce que vous sembliez avoir de forces, tout ce qui sem¬ blait promettre de doux fruits aux yeux des spectateurs, dès que l’arbre sera secoué, tom¬ bera dans la gueule dévorante du diable , qui avait toujours tenu Ninive en sa possession. Quant à ce trait ; « Il n'y aura pas de fin à votre fuite, » que j'ai omis, parce que, s'adressant à Ninive , il est mêlé à ce qui est écrit au sujet d’Ammon, et semble, par extraordinaire, inter¬ polé dans un passage étranger, rapportons-le à penitus inhærentes, senties supplicia, et consopieris calice meo, cum illi quoque biberint qui de mea parte [al. soWe] fuerant, et suo vitio corruerunt. Et despicieris a me : quæres finem inter vitia et pertur- bationes quæ te prement, et nikilominus stationem et finem malorum reperire non poteris ; sed et om- nes voluntates tuæ et dulcedines, et potentiæ sæcu- lares, et dogmata quæ tibi videbaris habere firmis- sima , devorabuntur a comedente , de quo per parabolam dicit Samson ; « De comedente exivit ci- bus, et de forti egressum est dulce ; » Judic. xiv, 14; tune enim fortia quæque tua, et quæ dulces fructus spectantium oculis promittebant, adprimam arboris concussionem ruent in os diaboli devorantis, a quo semper Ninive tenta fuerat et possessa. Porro quod prætermisimus : « Et bon est finis fugæ tuæ, » quia ad Ninivem dicitur, et inter ea quæ de Ammon scripta sunt. et videtur extraordinaire in alicno loco insertum, quasi per urcèpSatov referamus ad Niniven, ut sit ordo : Et inebriaberis, et non est finis fugæ (a) Correximus Meirhæ .* pro quo YÎtiosc leetura hactcnus myrrhx. Etenim sicut Morrhæ fontem propter aquarura amaritudincm attingere Hebræi non poterant. priusquam lignum in aquas injecisset Bloyses, quod cas in dulcedinem. Yertit, Exod. xy, Ycrs. 23 et seqq., sic lcetio legis sine ligno crucis amara est in similitudincm Merrhæ. Hac comparatione alias utitur Hicron. ut epist. 125 ad Busticum , ubi eum quoque locum cmcndaYimus ; ot in Præfat. Epistolæ ad Algasiam, ubi Mittû, inquit, in Marra lignum Crucis. Sanetus quoque Paulinus, poem. xvn : Sicut antiqui manibus prophetæ Per sacramcntum Crucis, unda raisso Dulcuit ligno, posuitque tristes Merra liquores. (Edit. Mign.) SAINT JEROME 128 Ninive comme par hyperbate , en rétablissant ainsi l’ordre du discours : Vous serez enivrée, il n’y aura pas de fin à votre fuite , vous serez méprisée, et le reste de ce qui est dit à Ninive. La volonté de Dieu sera que Ninive ne cesse point de fuir, parce qu’il est profitable qu’elle fuie de plus en plus et qu'elle ne veuille jamais s’arrêter, conformément à ce qui a été déjà dit : « Aucun de ceux qui fuyaient ne s’est arrêté, aucun n’a regardé en arrière. » Ajoutons que si les Écritures saintes , et surtout les prophéties, qui sont pleines d’énigmes, en sorte que la pro¬ fondeur du sens y est enveloppée des embarras du discours, sont hérissées de telles difficultés, c’est afin -que ce qui est saint ne soit pas à la merci des chiens , que les perles ne soient pas foulées aux pieds des pourceaux, et que le Saint des Saints ne s’ouvre pas aisément pour les profanes. Au cas où nous voudrions entendre par Am- mon les descendants de Loth , disons que Loth eut de ses deux filles deux fils, Moab et Ammon, et que le nom de l’ainé , Moab , veut dire « du père )> ou « eau paternelle , » et celui du plus jeune,. Ammon, « fils de ma race » ou « notre peuple. » Genès. xix. A mon sens, de même que celui qui était né de Juda s’entend dire à cause de son péché : « Race de Chanaan et non de Juda, y>Dan. xiir, 56, et que, dans Ezéchiel, il est dit à Jérusalem pécheresse : « Votre racine et votre- génération viennent de la terre de Gha- tuæ, et eris despecta, et cætera quæ dicuntur ad Ni- niven. Et interpretabimur non esse finem fugæ Ni¬ nive a Déo, quia semper profectum habeat in fu- giendo, et nnnquam velit consistere, secundum illud quod supra diximus : « Et ipsi fugientes non steterunt, et non erat qui respiceret. » Et dicemus, ideo Scripturam sanctam bis difficultatibus esse contextam, et maxime prophetas, qui ænigmatibus pleni sunt, ut difficultatem sensuum, difûcultas quo- que sermonis involvat : ut non facile pateat Sanc- tum canibus, et margaritæ porcis, et profanis Sancta sanctorum. Quod si Yoluerimus Ammon interpretari super filiis Loth, dicamus Loth habuisse ex duabus filia- bus duos filios, Moab et Ammon, quorum senior « Moab » interpretatur « ex pâtre, » sive « aqua pa¬ terne, » junior vero « Ammon, » vel « filius generis mei, » Yel « populus noster. » Gen. xix. Et arbitror quomodo [al. guemadmodum] qui ex Juda natus fuerat propter peccotum dicitur ad eum : « Semen Chanaan, et non Juda, » Dan. xm, 56, et in Eze- chiele ad Jérusalem pe.ccatricem [al. meretricem] : « Radix tua et generatio tua de terra Chanaan, pater tuus Ammorrhæus {al. Chananæus), et mater tua naan , votre père est Amorrhéen et votre mère Céthéenne ; » Ezech. xvi, 3 ; de même tous ceux qui ont été de l’ancien peuple, c’est-à-dire d’en¬ tre les Juifs, et du nouveau, c’est-à-dire des nôtres, sont appelés Moabites et Ammonites au figuré. Ils seront frappés de tous les châtiments dont parle la prophétie, ils les endureront, parce qu’ils se sont éloignés de leur père. — Loth, en effet , veut dire éloignement. — Or, puisque la sévérité de Dieu commence par ceux qui étaient saints autrefois , et que celle qui habitait entre les fleuves sera purifiée par le feu de la géhenne, à combien plus forte raison Ninive, qui n’a pas eu la loi de Dieu et n’a pas reçu le joug des préceptes de Dieu, à cause de son orgueil , tom¬ bera-t-elle dans la gueule du dévorant 1 « Votre peuple va devenir au milieu de vous comme des femmes ; les portes de votre terre seront entièrement ouvertes à vos ennemis , et le feu dévorera les barres et les verroux. Puisez de l’eau pour vous préparer au siège ; rétablis¬ sez vos remparts ; entrez dans l’argile , foulez- la aux pieds et meüez-la en œuvre pour faire des briques. Après cela, néanmoins, le feu vous consumera, l’épée vous exterminera et vous dé¬ vorera comme si vous n’étiez que des saute¬ relles noires. Assemblez-vous donc maintenant comme un nuage de ces insectes, et venez en foule comme les grandes sauterelles. Vous avez amassé par votre trafic plus de trésors qu’il n’y a d’étoiles dans le ciel ; c’est comme une multi- Cethæa ; » Ezech. xvi, 3 ; sic eos quicumque fuerunt de priori populo, hoc est, de Judæis, et de juniori, id' est, de nostris, Moabitas et Ammonites figuraliter appellari. Et quia declinaverunt a pâtre suo «(Loth» quippe « declinatio » interpretatur) pœnæ subjicien- dos et passuros omnia quæ supra exposuimus. Si autem ab bis qui sancti quondam fuerant, Dei seve- ritas incipit, et ilia quæ babitabat inter flumina. ge- bennæ igné purgabitur, quanto magis Ninive, quæ ante non habuit legem, nec recepit jugum præcepto- rum Dei, propter superbiam suam ad extremum in os corruet devorantis ! « Ecce populus tuus, mulieres in medio tui ; ini- micis tuis adapertione pandentur portæ terræ tnæ ; devorabit ignis yectes tuos. Aquam propter obsidio- nem hauri tibi ; exstrue munitiones tuas, intra in lutum et calca, subigens tene laterem. Ibi comedet te ignis : peribis gladio, devorabit te ut bru chus ; congregare ergo ut bruclius, multiplicare ut locusta. Plures fecisti negotiationes tuas, quam stellæ sint cœli ; bruchus expausus est, et avolavit. Custodes tui quasi locusta, et parvuli tui quasi locustæ locustarum, quæ considunt in sepibus in die frigoris. Sol ortus est, et avolaverunt, et non est cognitus locus earum 129 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE 'NÀUM. tude de sauterelles qui couvre la terre et s’en¬ vole ensuite. Vos gardes sont comme les sau¬ terelles , et vos petits enfants comme les petites sauterelles, qui s'arrêtent sur les haies quand le temps est froid ; mais lorsque le soleil est levé, elles s’envolent, et on ne reconnaît plus la place où elles étaient. » Naim. ni, 13 et seqq. Les Sep¬ tante : « Votre peuple va devenir en vous sem¬ blable à des femmes. Les portes de votre terre seront ouvertes toutes grandes à vos ennemis, et le feu dévorera vos verroux. Puisez de l’eau pour le temps du siège et réparez vos remparts : entrez dans l’argile, foulez-la aux pieds avec de la paille et appliquez-vous à faire de la brique. Malgré cela, le feu vous dévorera, l’épée vous détruira et vous dévorera comme si vous étiez des sauterelles. Puisque vous vous engraissez comme les sauterelles , assemblez-vous comme elles. Vous avez , par votre trafic , amassé plus de trésors qu’il n’y a d’étoiles au ciel. » C’est encore à Ninive que s’adresse la prophétie : Il n’est pas surprenant que vos braves et vos guerriers , semblables aux premières figues, tombent, dès qu’on les secoue, dans la bouche qui les dévore, puisque votre peuple est effé¬ miné et ne saurait résister h l’attaque . Vos portes seront ouvertes et laisseront une libre entrée aux ennemis dans la ville, après que le feu aura consumé les énormes verroux qui les fermaient. ubi fuerint. » Naum . m, 13 et seqq . LXX : « Ecce po- pulus tuus quasi mulieres in te ; inimicis tuis ape- riendo aperientur portæ terræ tuæ; comedit ignis vectes tuos. Aquam obsidionis hauri tibi, obtiue munitionea tuas : ingredere lutum et conculcare in paleis, obtine super laterem. Ibi comedet te ignis, disperdet te gladius, et comedet te quasi locusta : aggravaberis quasi bruchus, multiplicare utbruchus; raultiplicasti negotiationes tuas sicut stellas cœli. » Adhuc ad Niniven texitur dicentis eloquium : Non mirura si fortes et pugnatores tui in similitudinem grossorum ficus, statim in os décidant devorantis, cum populus tuus effeminatus sit, et resistere ne- queat. Pandentur ergo portæ tuæ, et patebit civitas hostibus, robnstissimos vectes quibus claudebantur portæ, consumet ignis. Hauri igitur aquam, et cura ne potus desit obsessæ munitioni ; laleres confiée, Puisez donc de l’eau, afin de n’en pas manquer pendant le siège ; fortifiez les tours, et faites des briques pour réparer les brèches de vos murs, parce que le siège est imminent. Lorsque vous aurez fait tout cela , vous serez dévoré par l’é¬ pée, comme l’herbe est dévorée parla sauterelle noire. Après vous être multipliés comme les insectes et vous être tous assemblés en foule comme les sauterelles, et après que vous aurez amasséplus de trésors qu’il n’y a d’astres au ciel, vous serez dispersés et mis en fuite, semblables à des sauterelles et à cette petite espèce de sauterelles appelées attelabes qui’, dès que le soleil devient chaud, s’envolent sans qu’on puisse les retrouver. Telle est, en effet, la nature des sauterelles, que, plongées dans l’engourdisse¬ ment par le temps froid, elles volent de toutes parts quand la chaleur se fait sentir. L’attelabe, qu’Aquila appelle significativement «rongeur,» est une petite sauterelle qui tient le milieu entre le sauterelle et le bruchus ; ses ailes étantpetites, elle sautille sans cesse et rampe plutôt qu’elle ne vole. C’est pour cela que partout où elle est née, elle ronge tout jusqu’au sol, parce que, tant que scs ailes n’ont pas grandi, elle ne peut pas s'en aller. Je viens, en suivant l’Ecriture pas à pas et en dégageant de ses voiles la lettre du texte hébreu, d’en rendre l'intelligence plus facile au lecteur; je vais maintenant, sur ut interrupta murorum struas,prope est enim obsidio. Et cum hæc omnia feceris, quasi a brucho humus, ita a gladio devoraberis. Sed et cum multiplicata' fueris ut bruchus, et ut locusta in unum pariter congregata, ot congregaveris sicut astra cœli divitias tuas, sicut locustæ et bruchus, et parva genimina locustarum, quæ vocantur attelabi [al. acUelebi], sole incalescente, avolant, nec reperiuntur : sic tu dis- pergeris et fugies. Natura enim liæc locustarum est, ut in frïgori torpentes, per calorem volitent. Porro attelabus {a) quem significantius « comessorem » interpretatus est Aquila, parva locusta est inter lo- custam et bruchum, et modïcis pennis reptans potius quam votans, semperque subsilïens ; et ob banc causarn ubicumque orta fuerit, usque ad pul- verem cuncta consumit, quia dou.ee crescant pennæ abiie non potest. Hæc juxta Hebraicum , propter (a) Egrcgic Hicronymus, inquit Yictorius, differentiam inter locustam, attelabum et bruchum explicat : ne quis bruchum erucaj brassicas corrodcntem, uti Scnenscs in Etruria vocant, esse putarent. Est autem briuhus, qui a Septuaginta (3poCr/oç simili t( dicïtur, et ab Hebræis, parva illn locusta absque alis nigra, gryllis vocalibus siraillimn, in terræ foraminibus sese abdens, et a pastmm egrediens, quam Reatini nb atro Mnurorumque colore, Morulam vocant. Arrodit enim mirum in modum hujusmodi’ inse( tnm, quidquid virons invenerit. AttsAocooi; autem parva ilia locusta, quæ in eampis et segetibus, messe facta, subsidit : volai etnim ut locusta nequit. Reatini a snliendo sallipulum appellant, Septuaginta tamen-, quod est Hebraice, id est, locusta, «TTsXaSo ne reddiderunt : autem tam ipsi , quam Hicronymus locustam verterunt : quod idem fecerunt Ecclcsiastæ xn de verbo. ut il ^ximus. Sicut autem attelabus intCD bruchum et locustam médius est : ita apparet locustas nominâsse, majores illas, quæ fact volatu, gregatim tanta multitudine ad populandas segetes et virenlia quœque eontendunt, ut cœlumveluti nubibus' miibusdar obductis, obscurent, et solis radios terræ auferant. TOME IX. o 130 SAINT JEROME la version des Septante, reprendre le lildu sens figuré, le montrant d’abord en peu de mots, comme dans un résumé, et donnant ensuite un développement plus large de chaque point. Vos habitants, 6 Ninive, c’est-à-dire leshommes mondains que désigne bien ce nom de peuple de la ville assyrienne, sont tellement énervés par les passions et affaiblis par les vices, qu’ils i’essemblent à de lâches femmes : il n'y a dans leurs âmes rien de fort, rien d'énergique et de viril. Aussi les ennemis ont-ils prévalu contre eux : ils ont ouvert tous leurs sens, et ils sont entrés en eux par ces portes du corps. Le nom de portes de la terre de Ninive, donné aux sens corporels, est caractéristique. Même ceux qui se sont fait les esclaves des vices ont, dans l’exhortation de connaître Dieu par l'image qu’il a' d’abord créée en eux, comme des battants des plus solides pour fortifier et fermer au verrou les portes des sens. Mais le feu qui vole sur les flèches enflammées consumera tout cela, jusqu’aux verroux mêmes. Voilà pourquoi il est dit à Ninive : a Puisez de l’eau pour vous, » abreuvez-vous de parole et déraison, et armez- vous pour le combat des occasions de connaître Dieu et d’exercer les vertus qui ont été semées en vous. Vos mains languissantes, c’est-à-dire les"' œuvres de plaisir, ont ruiné tout ce qu’il y avait de force en vous; changez donc de voie, faites pénitence, acquérez de nouveau les ver¬ tus qui étaient vos remparts. Puisque vous êtes entrée dans l’argile, que vous êtes close lectoris faciliorem intelligentiam * ipsa Scripturæ calcans vestigia, manifestius explanavi. Dicant autem et juxta LXX cceptam xpoKoXoylav sequens, primum breviter, idest, quasi in epitome, et postealatius de singulis disserens : Populus tuus, o Ninive, homines videlicet sæcu- lares qui proprie vocantur populus urbis Assyriæ, ita passionibus enervati suut, et vitiis elanguerunt, ut imbecillitati mulierum comparentur; nihil enim in animabus suis forte, nihil robustum possèdent et virile. Unde inimici prævalentes adversum eos, ape- ruerunt omnes sensus eorum, et per corporales ja- nuas introgressi sunt. Et signanter sensus corporum, ostia Niniviticæ terræ appellantur. Habent autem ex prima Dei conditione etiam bi qui se vitiis manci- parunt, occasionem cognoscendi Deum, quasi ro- bustissimos vectes , quibus oppilent et claudant portas sensuum. Sed et ipsos consumet ignis, qui a sagittis est alatus. ardentibus; quamobrem dicitur ad Niniven : « Hauri tibi aquam, » et asperge te sermone atque ratione, et occasionibus intelligendi Deum, exercendarumque virtutum, quæ tibi insitæ sunt, abutere ad præliandum. Verum tu dissolutis dans le corps, pétri de . chairs, de sang, de veines, de nerfs et d’os (comme un mortier est fait de terre, de paille et d’eau), soutenez les attaques auxquelles le corps est nécessairement en butte : que les ennemis vous foulent aux pieds ; endurez toutes les phases de la formation de la chair, tout ce qui doit conduire aux fruits de la pénitence. Dès que vous portez le fardeau de l’argile, que vous êtes enveloppée des pailles et des vaines affaires de cette vie, vous devez volontairement accepter l’injure d’être foulée aux pieds ; mais gardez-vous de répudier tout espoir de salut; pleine 'de confiance, au con¬ traire, puisez l’eau de la parole, réduisez en servitude votre corps, façonnez en brique cette argile pour vous l’assujettir et la dominer. Que si vous ne faites cela, plus tard la flamme dé¬ vorante vous consumera, allumée ou dans la géhenne pour votre châtiment, ou dès ici-bas par les traits brûlants de Tennemi. Et non seu¬ lement vous serez la proie du feu, mais l’épée vous anéantira comme la sauterelle dévore toute plante verte à la surface du sol. Voilà les maux qui vous attendent, si vous ne vous élevez pas au- dessus de la brique, et si, accablée sous votre propre poids et incapable de tout essor, vous êtes tout entière entraînée sur la terre, comme le hanneton tombe tout à coup sur le sol , quand ses ailes fatiguées ne peuvent le porter plus loin. Que vos vertus soient donc innombrables comme les hannetons pressés en nuage, afin que votre poids ne vous fasse point retomber manibus, id est, operibus voluptatis, quidquid in te habueras roboris, perdidisti ; quamobrem convertere, et âge pcenitentiam, et rursum obtine munitiones tuas. Et quia semel ingressa es lutum, et clausa es corpore (quod quasi terra et paleis et aqua, ita car- nibns, sanguine, venis, nervis, ossibusque compac- tum est), sustine injuriam et nécessitâtes corporis : et conculcare ab inimicis, et omnia ad conficiendam carnem, quæ pœnitentia digna sunt, patere. Semel enim assumens lutum, et paleas et inombus hujus sæculi negotiis involuta, debes per injuriam sponte calcari, et tamen noli salutem penitus desperare ; esto confidens, et corpus, id est, laterem tuum propter assnmptum sermonem quasi aquam in ser- vitutem rédigé, et subjice tibi, ut domineris lateri tuo ; alioquin nisi hocfcceris, vivax te postea flamma consumet, vel in pcenam per gehennam, vel ardenti¬ bus inimici jaculis suscitata, et non solum igni vas- taberis, sed gladius quoque te comedet quasi lacusta terræ virentia. Et lioc patieris si non fueris super laterem, tuoque pondéré prægravata , et omnem perdens volatum, tot-a detraheris in terram, sicut bruchus repente in terram cadit, cum lasso [al. COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE NAUM. 131 sur la terre, comme y tombe le hanneton fati¬ gué. Vous avez traversé toutes ces épreuves, parce que vous avez multiplié les richesses et le trafic des doctrines mensongères, avec la pensée qu’elles brillaient plus que les astres, qu’elles étaient plus resplendissantes que les étoiles du ciel. — Après ce rapide aperçu du contexte, qui permet d’en embrasser le sens, revenons au début, et expliquons chaque point dans la mesure de nos forces. Peut-on nier que l’âme, belle de sa nature, quand elle n’a plus, sous l'huile de la luxure et des plaisirs mondains, que l’éclat superficiel de Ninive, a perdu sa virilité et n’est plus qu'une femme qui languit au milieu d’éner¬ vantes délices? Puisque l’âme du juste arrive à la perfection de l'homme céleste, en conservant la fermeté de traits de l'image originelle, et devient un même esprit avec Dieu, en lui de¬ meurant indissolublement attachée, comment ne pas admettre que Pâme qui aime le monde devient un avec lui, et que ses traits perdent enfin la fermeté de ceux de l’homme, pour ne plus avoir que la molle indécision de ceux de la femme? C'est pour cette raison, à mon avis, que Pharaon donne l’ordre de jeter dans le fleuve tous les enfants mâles qui naîtront parmi les Hébreux et de ne réserver que les filles. Exod . i. Le roi d’Egypte, qui dit de lui-même : « Les fleuves sont à moi, et c’est moi qui les ai faits, » Exod. xxix, 9, ne pouvait faire un autre lassus ] volatu ultra ire non quiverit. Habeto itaque virtutes tam innumerabiles, ut bruchus, ne ita pon¬ déré tuo ad terrain detraharis, ut bruchus. Quæ uni- versa perpessa es, quoniammultiplicasti tibi divitias et negotiationes diversorum dogmatum, putans eas clariores esse stellis, et magis fulgere quam cœli sidéra. Hæc, ut dixi , ad comprebeudum sensum a nobis dicta sunt breviter ; nunc ad exordium capituli revertentes, singnla ut possumus , expli- cemus. Quis non dicat speciosam Niniven, animam natura pulchram, luxuria et voluptatibus hujus sæculi deli- nitam, in muliebres delicias pervenisse, et virilitate perdita, elanguisse in femiuam? Si enim justi anima in perfectum virum veniens, et conditionis suæ ser- vans rigorem, adhærensque Deo, unus cum eo efficitur spiritus ; cur non e contrario anima quæ amat mun- dum, unum cum mundo ûat, et in mollitiem redacta femineam, virilem perdat [al. perdiderit] rigorem? Ego puto ob liane causam in Exodo præcipere Pha- raonem , ut omne masculinum quod natum est Hebræis, mittatur m fluvium, et omne femineum vivificetur. Exod . i. Neque [al. nunquid] enim po- terat rex Ægyptius qui dicit alibi : « Mea sunt flu- commandement que celui de jeter dans les eaux, dont les courants l’emporteraient dans la mer, tout ce qu’il y a de fort et de viril parmi les Hébreux, c'est-à-dire ceux qui ne font que passer à. travers ce monde, et de réserver d’autre part à la vie, de laisser grandir et multiplier tout ce qui est efféminé et mou, tout ce qui paraît beau selon le monde. Il est à remarquer que le despote égyptien ne peut mettre à mort ceux des Hébreux qui ont l’âge d’homme, ni ceux qui sont déjà sortis de l’enfance; il n’a ce pouvoir que contre ceux dont l’âge est tendre encore, le corps mou et dont la croissance est â son commencement. U sait qu’il ne peut arriver à l’accroissement des femmes qu’à la condition de mettre à mort tous les enfants mâles, et il donne l’ordre d’étouffer dans les profondeurs de son fleuve tout ce qui naît de fort et de viril 'chez les Hébreux, pour que ce qui a la faiblesse féminine, demeurant seul, se développe plus librement. Ce qui suit dans le texte : « Les portes de votre terre seront entièrement ouvertes â vos enne¬ mis , » s’explique par ce passage de Jérémie : « La mort monte par vos fenêtres ; » Jêrém. ix, 21 ; car les fenêtres dont parle Jérémie ne sont pas autre chose que les portes dont parle ici Nahum, c’est-à-dire les sens. La parole de Dieu, qui sait que les sens sont doubles, pour montrer qu’il faut en cela distinguer les bons des mau¬ vais, dit dans les Proverbes :«Vous trouverez le mina, et ego feci ea, » Exod. xxix, 9, quidquam aliud nisi hoc jubere, ut quodeumque estHebræorum [al. Hebræum es£], et eornm qui per sæculum istud transeunt, forte et virile, mittatur in aquas, et per fluenta earum deferatur in mare; et e contrario quid- quid femineum et molle, et formosum videretur iu hoc sæculo, hoc viVificetur, adolescat et generet. Simulque considéra quod Ægyptius imperator viros Hebræorum non possit occidere , nec eos qui jam egressi sunt de infantia, sed quorum ætas adhuc te- nera est, et molle corpus, et profectus incipiens. Scitnon posse nutriri feminas, nisi interfecti fuerint masculi; vult itaque in Hebræis qnidquid forte est et virile, hoc gurgite sui Üuminis suffocare, ut quæ fe- minea sunt, liberius sola succrescant. Quod autem sequitur : « ïnimicis luis apertione aperientur portæ terræ tuæ, » intelligerc poteris, assumens de Jeremia testimonium, in quo scriptum est : « Ascendit mors per fenestras vestras » [al. nos - frvzs]. Jerem. îx, 21. Quodque per Jeremiam in fe- nestris, hic in portis asseres demonstrari, et has ipsas ad sensus référés. Sciens enim sermo divinus duplices esse sensus, ad distinctionem malorum sensuum, in Proverbiis ait : « Sensum divinum in- 132 SAINT JEROME sens divin. » Le mot sens ne signifie pas ici esprit et pensée, en grec voCf$,mais faculté de sentir, «î- oOïjatç, à laquelle se rattachent aussi les cinq sens, la vue, l’odorat, le goût, le toucher et l’ouïe. Par conséquent, par portes de la terre de Ninive, il faut entendre les sens corporels, et par portes de la Jérusalem céleste, tout sens divin et venant d’en haut. Ces portes de Ninive, les mondains les ouvrent en cherchant à se procu¬ rer, par la vue, l’ouïe et les autres sens, comme par une voie large et spacieuse qui mène à la mort, Matth. vu, les voluptés corporelles, aux¬ quelles les hommes de Dieu ferment leurs portes, se bouchant les oreilles pour ne point entendre le jugement du sang, fermant leurs yeux pour ne point voir l’iniquité, barricadant leurs na¬ rines pour que l’odeur des parfums subtils ne puisse pas arriver jusqu’à l’âme et l’efféminer, mettant à leur bouche une barrière infranchis¬ sable contre la gourmandise et les appétits du ventre, ( éloignant enfin leurs mains de tout attouchement délicieux, par où la chair révoltée entraînerait l’âme à des égarements coupables; mais ces hommes de Dieu ouvrent leurs sens, c'est-à-dire les portes de la céleste Jérusalem, pour laisser pénétrer jusqu’à eux la parole divine. Voici un exemple des portes mauvaises : « Vous me retirez des portes de la mort ; » et un exemple des portes bonnes: « Afin que je publie vos louanges aux portes de la fille de Sion. » Psalm. ix, 15. Quand vous verrez un venies. « Sensum autem hic non accipias pro animo et mente, que Græcc vouç dicitur, scd pro aiaÛïfasi, a qna et quinque sensus nuncupati sunt, visus, odo- ratus, gustus, tactus , auditns* Portæ itaque terræ Ninive, corporales sensus intelligantur : portæ autem Jérusalem cœlestis , ornnis sensus divinus et de supernis veniens. Has portas Ninive aperit populus ejus per visum etauditum, et omnes reliquos sensus, quasi per latam et spatiosam viam qnæ ducit ad mortem, Matth. vu, corporales quærens capere vo- luptates, quibus claudunt hommes Dei portas suas, obturantes aures, ne audiant judicium sanguinis, claudentes oculos suos, ne videant iniquitatem, ob¬ turantes nares, ne unguenta prima in effeminatio- nem animæsuæ odore suscipiant, claudentes os gulæ et ventri avido, et a tactu molli retrahentes manus suas, ne ad hbidinem venter exæstuans, in femineos ardentem animam cogat amplexus. Qui autem ho¬ mmes Dei sunt, aperiunt sensus suos, id est, portas cœlestis Jérusalem, ut ad eos ingrediatur sermo Dei. Malarum portarum illud exemplum est : « Qui exaltas me de portis mortis. » Bonarum hoc : « Ut annun- tiem omnes landes tuas in portis filiæ Sion. » Psalm. îx, 15. Quando videris amatorem voluptatum magis homme ami de plaisirs plus que de Dieu, et adonné à la luxure, dites aussitôt de lui : 11 a ouvert à ses ennemis les portes de sa terre ; car ce n’est pas aux amis, mais aux ennemis de leur âme que les habitants de Ninive ouvrent l’entrée de leur terre. Si ce sont ceux qu’on regarde comme les princes du peuple qui agis¬ sent ainsi, n’hésitez pas à leur appliquer cette parole : Les chefs de mon peuple ont été chassés de la maison de leurs délices ; et si vous les voyez dans les liens des voluptés et de la luxure, et n’ayant ni miséricorde pour les pauvres, ni sollicitude pour le peuple de Dieu, appliquez - leur en outre ce qui suit : « Ils dorment sur des lits d’ivoire et ils emploient le temps du repos pour satisfaire leurs sens ; ils mangent les agneaux les meilleurs et des veaux choisis sur tout le troupeau; ils boivent le vin à pleines coupes et se parfument des huiles de senteur les plus rares, et ils sont insensibles à l’affliction de Joseph. » Amos. vi, 46. Quant à ce queNahum ajoute au sujet des portes : « Le feu dévorera vos veiToux, » en voici le sens : S’il semblait y avoir quelque germe naturel de bien dans votre âme, qui, à la manière des yerroux, pût repousser par sa résistance les ennemis qui tenteraient de faire irruption par les portes des sens, il a été consumé par le feu de Baby- lone. « Puisez de l’eau pour vous préparer au siège, » est un précepte au sujet de la parole quam amatorem Dei, et luxuriæ deditum, statim de eo dicito : Inimicis suis aperuit portas terræ suæ, non enfin amicis animæ suæ, sed inimicis aperiunt portas terræ Ninive. Qnod si ethi qui principes pu- tantur in populo, eadem fecerint, de his quoque dicere non timebis : Duces populi mei de domo dc- liciarum suarum ejecti sunt. Si autem videris eos voluptatibus et hinc inde ambiente luxuria præpe- ditos, nullam habere misericordiam in pauperes, nec de populo Dei esse sollicitos, aptabis eis quod sequitur : « Qui dormiunt super lectos eburneos et fluunt voluptate in stratis suis ; qui comedunt hædos de gregibus et vitulos lactentes de armentis ; qui bibunt defæcatum vinum et primis unguentis delibuti sunt; et non patiebantur quidquam super contri- tione Joseph. » Amos. vi, 46. Porro quod dicitur : « Comedit ignis vectes tues, » hujuscemodi est : Si quid naturalis boni in anima tua videbatur esse, quod in similitudinem vectium, bostes qui per portas sensunm tuorum conabantur irrumpere, prolübere posset et repellere, hoc Babylonio igné succensum est. Nec non, « aquam munitionis attrahe tibi, » de sermone Dei dicitur, ut circumdet sibi quasi murum COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE NAUM. 133 de Dieu, qui enjoint à Ninive de s'entourer de la doctrine et de la règle des Ecritures comme du rempart le plus sûr, de peur que l'ennemi ne vienne à l’envahir. « Défendez vos fortifica¬ tions. » Tout ce que vous avez en vous de bon, tout ce qui conserve en vous l'empreinte pre¬ mière du Créateur, gardez-le avec soin pour votre défense, ô malheureuse âme ninivite, et ne souffrez pas qu’il s'efface de la tête de votre cœur. Puis le texte ajoute : « Avancez-vous dans l’argile et foulez-le aux pieds avec les pailles. » Peut-être pensera-t-on que la prophétie veut dire de l’âme plongée dans le limon du corps mêlé aux pailles de ce monde, c’est-à-dire adonné tout entière aux choses vaines et cadu¬ ques, qu’elle est foulée aux pieds par les dé¬ mons ; pour moi, voici, ce me semble, le langage qui lui est tenu : Soutenez les épreuves, les injures auxquelles vous êtes livrée, les peines que vous avez mérité de souffrir ; sachez que si vous vous avancez en marchant sur les vanités et les choses fragiles de ce monde, c’est pour votre guérison que vous souffrez, pourvu tou¬ tefois que vous dominiez le limon delà brique, pourvu que vous subjuguiez la chair à l’empire de l’âme. Le texte dit ensuite : « Là vous serez consumée par le feu. » Si vous n’ôtes pas au- dessus de la brique, ayant la domination sur la chair, et si, demeurant dans la brique, vous aimez les pailles et vivez dans la chair selon la chair, non seulement les traits enflammés de l’ennemi vous consumeront, mais son épée firmissimüm Scripturarum doctriuam atque ratio- nem, ue ad inteviora ejus possit hostis irrumpere. « Obtine, » inquit, « muuitiones tuas. » Quidquid in te habes per uaturam bonum, et optimi couditoris in te servat exordium, hoc, infelix anima Ninive, in defensionem tui tene, nec patiaris de principali f)Yqj.ovixw cordis effluere. Quod autem post kæc ad- ditur : « Incede [al. incide J iu lutum, et conculcare in paleis, » alius forsitan æstimet dici de anima, quæ infixa inluto corporis et paleis hujus mundi, vacuis scilicet et caducis tota se versans [al. serviens ], con- culcetur a dæmonibus; mihi autem videtur hoc ad eam dici : Sustine tentationes, injurias, quibus tra- (lita es, pœuas quas merito tuo pateris, quia si super vacua hujus mundi et fragilia graderis negotia, scias te pro remedio sustinere, si tamen obtinueris super laterem, et carnem animæ imperio subjugaveris. Denique seqnitur : « Ibi comedet te iguis. » Si non fueris super laterem, et douai nationem non kabueris in carnem, sedmanserisin latere, etamaveris paleas, et in carne juxta carnem vixeris, non solum ardentia inimici jacula te vorabunt; sed et gladius ejus in- terficiet, et in similitudinem locustarum, quidquid vous mettra à mort et sa dent avide, semblable aux sauterelles, dévorera tout ce qui paraissait vert en vous et germant spontanément par un bienfait de la nature ; semblable vous-même au hanneton qui ne peut plus voler et que son poids appesantit, vous serez précipitée vers la terre par l'accablant fardeau des péchés. Afin donc de ne pas souffrir de si grands maux, multipliez les vertus comme le hanneton mul¬ tiplie ses petits ; que le nombre de. vos vertus égale celui des sauterelles rassemblées en nuage. Après avoir multiplié vos trafics et amassé des richesses périssables de tout genre par tous les moyens, comme si vous aviez été enflammée du désir de posséder les choses du ciel, vous devez égaler la multitude de vos péchés par la multitude de vos vertus. — Plus haut, sur le texte hébreu, je suis arrivé jusqu’à cet endroit: « Dès le lever du soleil, elles se sont envolées, et l’on n’a plus reconnu la place où elles étaient. » Gomme ce point semble commencer, dans les Septante, un sens particulier, je vais citer leur texte, et je poursuivrai ensuite le dé¬ veloppement de mon interprétation. Les Septante : « Le hanneton a fait irruption et s'est envolé; votre plèbe a bondi hors de vous comme Yattelabe, comme la sauterelle qui était montée sur une haie au temps froid : le soleil s’est levé et elle a bondi hors de vous, et elle n’a pas connu sa place. » Malheur à eux! la multitude des Ninivites, sans direction, sans ordre et se ruant pêle-mêle de tous côtés, par- in te virens videbatur, et natnræ bono sponte ger- minans, avaro dente consumel [al. a brucho rodente conmmetur ] ; et quasi bruckus volatu perdito et gra- vatus pondéré suo, ita et tu gravata onere peccato- rum detraheris in terrain. Igitur ne talia et tanta patiaris, multiplicare nt brnchus, et quantum ille habet uumerum, tantas tu habeto virtutes. Quæ enim multiplicasti negotiationes tuas, et omni genere (quasi cœlestia cuperes possidere) per fas et nefas perituras tibi divitias congregasti,. debes mullitudi- nom peccatorum multitudine exæquare virtutum. Supra juxta Hebraicum usque ad ilium locum vene- ram, ut dicitur : « Sol ortus est, et avolaverunt, et non est cognitus locus earurn ubi fuerint. » Et quid mibi videretur in coutextu ipsius sermonis dixi Nunc quiaLXX proprii sens us videntur habere priucipium, posito eorurn lestimonio, cœptæ explauatiouis or- diuem sequar. LXX : « Bruchus irruit, etevolavit; exsilivit quasi attelabus commisticius tuus, sicut locusta quæ as- cendit super sepem in die gelu : sol ortus est et exsilivit, et non cognovit locum suum. » « Væ illis I » Videtur mihi multitudo Ninive absque rectore, sine 134 SAINT JEROME tout où son élan l’emporte, est comparé, ce me semble , aux . hannetons , petits insectes qui pullulent à l’infini et qui semblent s’élever quelque peu au-dessus de la terre. Par aüelabe } qualifié en grec de et en latin de com- mistices , nous pouvons entendre une vile po¬ pulace formée de toutes parts de gens des autres nations, c'est-à-dire d’étrangers et non de citoyens. C’est ainsi que l’Ecriture raconte qu’au peuple d’Israël qui sortait d’Egypte, se mêlèrent un grand nombre de commistices, c’est-à-dire des Egyptiens, des Ethiopiens et gens d’autres nations. Ici, la population flot¬ tante de Ninive est comparée à la sauterelle, qui, ne pouvant voler au temps froid, se fixe sur une haie, et plus tard, au retour dmsoleil et quand ses rayons l’ont chauffée, abandonne ce lieu et, s’envolant vers d’autres régions, ne se souvient plus de la haie sur laquelle elle s'était établie. Cette paraphrase était nécessaire tout d’abord, pour qu’on pût entendre plus aisément le langage du prophète. Au reste, on ne peut hésiter à comparer aux sauterelles la multitude des hommes qui suit la voie large et vit de la vie du monde, quand on les voit, tcmt adonnés qu’ils sont aux œuvres de la terre, sauter de côté et d’autre au gré de leur esprit léger, sans pouvoir s’élever vers les hautes pensées. Qu’on jette les yeux sur Rome, sur Constantinople qui s’est dépouillée de son an¬ cienne pauvreté en quittant son nom d’autre¬ fois, sur Alexandrie capitale de l’Egypte, et quand on verra, ou à cause de la disette de vivres, ou — je rougis de honte à le dire — pour des cochers, des mimes et des histrions, s’élever une sédition, la populace se ruer comme un nuage de sauterelles, et tout entière esclave de ses passions, avec sa mobilité ordinaire, voltiger, pour ainsi dire, en tous sens au gré de sa pensée changeante, on pourra s’écrier avec vérité : « Le hanneton s'en est allô et s’est en¬ volé avec impétuosité. » Dans ce qui suit : « Valielabe mêlé à votre peuple a bondi hors de vous comme là sauterelle, » Yattelabe me semble différer du hanneton, en ce que celui-ci est l’image de la multitude iguorante et innom¬ brable, tandis que les attelabes sont des gens de peuples divers qui sont venus de toutes parts se mêler à elle. De même qu’il y a dans une ville, les citoyens de cette ville et des étrangers à qui il plaît d’habiter une autre ville que la leur, de même cette population flottante qui habite Ninive, ce sont ceux qui ont d’eux-mêmes l’opinion qu’ils suivent quelques enseignements de la vérité. Ils se croient ainsi meilleurs que le hanneton, en ce que toute la destinée de celui- ci l’attache à la terre, parce qu’il n’a pas d’aile, et à la servitude du ventre, dans la recherche des aliments, tandis que l'attelabe prend des ailes, petites sans doute et qui ne lui permettent pas de voler haut, mais sur lesquelles du moins il s'efforce de se soulever au-dessus de la terre ; ordine hinc inde commista, et quacumquc impetus tulerit ruens, brucho comparari, parvo an ira ali et innumerabili, et qui modicum quid [al. quidem ] se videatur elevare a terra. Sed et [al. alius] attelabus qui Græce dicitur aup.(Ju-/.TÔç, et Latine translatus est in «. commisticium, » quem nos possumns vulgus ignobilc, et de diversis gentibus bine inde populum congregatum i n tell i gère, id est, non cives, sed pere- grinos. Unde et populus Israël qui egrediebatur ex Ægypfco rcoXùv aufjLp.i/.'côv, hoc est, Ægyptiorum, et Æthiopium, etvaviarum gentium habuisse narratur. Et hic ergo, ut ita dicam, « misticius » Ninive, con- fertur exsilienti attelabo et locustæ, quæ in die fri- goris eo quod avolare non possit, resideat in sepe, etpostea, orto sole, et illius ardore calefacta exsiliat, et ad alias regiones avolans, nequaquam meminerit sepis, in qua tempore frigoris sederat. Hæc 7vapa Sæpe enim nobisfalsorum dogmatum jacula superveniunt, mons les portes, l’étranger survenant et faisant irruption autant qu’il le peut, multiplie en vain ses assauts : dès qu’avec l’aide de Notre-Sei- gneur Jésus-Christ nous ne commettons pas la moindre négligence dans la garde de notre cœur, l’étranger se rue contre nous , mais il ne peut entrer. et quasi in arcanum animæ intrare desiderant; sed claudentibus nobis portas, supervenit quidem aüp.- (juxtoç, et quantum in se est, irruit, et semper hoc facit ; sed auxiliante Christo Domino, et omni custo- dia servante (al. servantes) cor nostrum, Prov. îv, ir¬ ruit quidem, sed ingredi non potest. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC EN DEUX LIVRES. A CHROMATIUS. PROLOGUE. 11 convient de remarqur d’abord , ô Chroma- tius , le plus savant des évêques , qu’on trouve chez les Grecs et chez les Latins le nom de ce Prophète corrompu en Ambacus , quand le nom hébreu est Habacuc, qui se traduit par « em¬ brassement, » ou plus expressivement en grec par p&'Uepsis ; en second lieu, que le mot Massa de l’hébreu, traduit par « enlèvement » dans les Septante, dans Symmaque et dans Théodo- COMMENTARIORUM IN HABACUC PROPHETAM LIBRI DUO AD CHROMATRUM. .PROIjOG-US. Primum Chromati, episcoporum doctissime, scire nos convcnit, corrupte apud Græcos et Latinos no¬ tion , est rendu par «fardeau » dans Àquila, différence d’interprétation que j’ai pleinement discutée au sujet de la prophétie de Nahum • Or, aucun préambule de prophétie ne porte ce mot de Massa , à moins que ce que voit le Pro¬ phète ne soit plein de lourds et écrasants tra¬ vaux. La prophétie d'Habacuc a donc une allure sévère, propre à nous exhorter, comme le pe¬ sant fardeau que Nahum avait vu suspendu sur men « Ambacum » propketæ legi, qui apud Hebræos dicitur « Habacuc, » et interpretatur « amplexus, » sive, ut significantius vertamus in Græcum, iîa;, id est, « amplexatio. Deinde ubi Septuaginta translateras et Symmackus et Theodotio Xf^cc, id est, « assumptionem » interpretati sunt, in Hc- bræo poni massa, quod Aquila vertit in « pondus ; » super quo in Nahum propheta plenius disputavi- mus. Massa autem nunquam præfertur in titulo, nisi cum grave, et ponderis laborisque plénum est quod videtur. Unde necesse est, præsentem pvophe- 140 SAINT JÉROME Ninivo , la villo des Assyriens , . à rechercher quelles têtes menacent le lourd fardeau qui est ici révélé à la vue du Prophète. Des douze Pro¬ phètes , il y en a quatre qui ont usé de ce mot d’« enlèvement)) ou de « fardeau » en préam¬ bule : trois au commencement de leur livre , Nahum, Habacuc et Malachie, et l’autre, Zacha¬ rie , à deux reprises, au milieu : « Fardeau de la parole de Dieu contre la terre cFHadrac et contre Damas', en qui elle met sa confiance , » Zach. ix , i , et vers la fin : Fardeau de la pa¬ role du Seigneur contre Israël. » Zach. xu, 1. J’ai déjà édité, à votre prière, un livre sur Na¬ hum ; je commenterai Zacharie et Malachie , si Dieu me prête vie. Maintenant , nous avons en mains Habacuc, qui est appelé «embrassement,» soit parce qu’il aime le Seigneur qui l’aime, soit parce quùl est au combat et à la lutte avec Dieu et le tient entrelacé , pour ainsi dire , dans ses bras, et alors « embrasseur » a le sens d’athlète. Nul , en effet, n’a osé, d’une voix aussi hardie, provoquer Dieu à la polémique sur sa justice : d’où vient que , dans les choses humaines et dans le gouvernement de ce monde , il y a tant d’iniquité ? « Jusques à quand pousserai-je mes cris vers vous dans la violence que je souffre , sans que vous me sauviez ? Pourquoi me ré¬ duisez-vous à ne voir devant mes yeux que des iniquités et des maux? La loi est déchirée, et l’on ne rend jamais la justice, parce que le mé¬ chant l’emporte sur le juste, et que les juge- tiam aliquid habere austeritatis, ut si eut in Nahum pondus, quod videbatur adversus Niniven Assyrio- rum urbem, grave erat, ita et in hoc quæratur, cui pondus sit quod prophetæ revelatur aspectui. Qua¬ tuor autem prophetæ in duodecim prophetarum vo- lumine sunt, e quibus très in principio id est, « pondus, » titulum habent: Naum, Habacuc, et Malachias. Porro Zacharias in medio et circa fi- nem duos hujuscemodi ponit titulos, e quibus unus est : « Onus verbi Domini in terra Hadrac, et Da- masci requiei ejus ; » Zach. îx, I ; alter in fine ; « Omis verbi Domini super Israël. Zach. xu, 1. De Nahum, orationibus tuis jam liber editus est ; de Zacharia et Malachia, si vita cornes fuerit, disseretur. Nuuc Habacuc habemus in manibus, qui vel ex eo quod amabilis Domini est, vocatur « amplexatio ; » vel quod in certamen et luctam, et (ut ita dicam) amplexum cum Deo cou'greditur, amplcxantis , id est, luctantis sortitus est nomen. Nullus enim tam audaci voce ausus est Deum ad disceptationem jus- titiæ provocare, et dicere ei : Cur in rebus huma- nis, et in mundi istius xoXnx-.'a tanta rerum versatur iniquitas ? « Yociferabor ad te vim . patiens, et non salvabis ? Quare osteudisti mihi iniquitatem et lafoo- ments sont corrompus. » Habac . i, 2 et seqq. On le voit, il y a presque l’audace du blasphéma¬ teur dans cette manière d’entrer en jugement avec son Créateur , dans ce vase fragile qui de¬ mande raison au potier de ce qu’il l’a fait d’une façon ou d’une autre. Isa. xLv,Jérém. xvm,Rom. îx. Il faut bien remarquer aussi que le Prophète voit réellement cet enlèvement ou ce fardeau , qui sont de grands maux, je l’ai déjà dit, et affirmer, contrairement à renseignement impie de Montanus, qu’il comprend ce qu’il voit, qu’il ne parle pas comme un insensé , qu’il ne pro¬ fère pas des sons dont il n’a pas conscience, à la manière des femmes dans le délire. De là le précepte del'Apôtre que, si, pendant que les uns prophétisent , quelque révélation est faite à un autre, ceux qui parlaient auparavant se taisent, et il ajoute aussitôt : « Car Dieu est un Dieu de paix, et non de désordre. » I Corinth. xiv. On comprend par là que l’homme qui se tait volon¬ tairement pour laisser à un autre la liberté de parler, peut et parler et se taire quand il veut; tandis que celui qui est en extase, c’est-à- dire parle malgré lui , n’a le pouvoir ni de se taire ni de prendre la parole. Sachez encore , puisque vous exigez rigoureusement que je vous interprète le sens historique , parce que vous vous efforcez de vous élever jusqu’aux sommets les plus hauts des Ecritures, par degrés et comme en gravissant une échelle , que cette prophétie est dirigée contre Babylone et contre Nabucho- rem videre ? Lacerata est lex, et non parvenit ad fi- nem Usque judicium ; quia impius prævalet adversus justum, ideo egreditur judiciumper versum.» Habac. i, 2. seqq. Vides quod temeraria vox sit et quodam- modo blasphemantis, sic creatorem suum ad judi¬ cium provocare, et vas fragile adversum fîgulum, Isa. xlv ; Jerem. xvm ; Rom. ix, cur taie vel taie fac¬ tum sit, disputare ? Necnon et hoc animadverten- dum, quod assumptio vel pondus, quæ gravia esse jam diximus, prophetæ visio est, et adversum Mon- tani dogma perversum, intelligit quod videt, ncc ut amens loquitur, nec in morem insanientium femina- rum dat sine mente sonum. Unde et Apostolus jubet, ut si prophetantibus aliis , alii fuerit revelatum, taceant qui prius loquebantur, et statim : « Non est enim, » inquit, « Deus dissensionis, sed pacis. » l Cor. x[v. Ex quo intelligitur, cum quis voluntate reticet, et alteri locum dat ad loquendum, posse et loqui et tacere cum velit. Qui autem in exstasi, id est invitus loquitur, nec tacere nec loqui in sua po- testate habet. Illud quoque disce (quia semel a me violenter exigis, ut quasi gradus quosdam et scalas ad altiora nitenti, historiam tibi interpréter), prophe- tiam esse contra Babylonem, et Nabuchodonosor, COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC. 141 donosor , roi des Chaldéens ; de même donc qu’un Prophète antérieur, Nahum, que suit Haba- cuc , eut le don de prédiction contre iNinive et les Assyriens, qui portèrent le ravage chez les dix tribus appelées Israël , même Habacuc eut la mission de prophétiser contre Babylone et Nabuchodonosor, qui détruisirent Juda et Jé¬ rusalem et le temple. Quant au 'temps où vi¬ vait Habacuc, c’était après que les deux tribus appelées Juda avaient été menées en captivité; vous pourrez l’apprendre dans le livre de Da¬ niel , à qui Habacuc fut envoyé avec des ali¬ ments pendant qu’il était dans la fosse aux lions. Dan. xiv. Les livres hébreux toutefois ne rapportent pas cette histoire. Mais il est indiffé¬ rent pour nous, dans ce cas, qu’on l’admette ou non : celui qui l’admet, en conclura que le livre d’Habacuc a été fait après l’événement; celui qui ne l’admet pas dira qu’ Habacuc écrit comme prophète les événements qu’il sait devoir ar¬ river. « Jusques à quand, Seigneur, pousserai-je mes cris vers vous, sans que vous m’écoutiez? jusques à quand élèverai-je mes cris vers vous, dans la violence que je souffre, sans que vous me sauviez? Pourquoi me réduisez-vous à ne voir devant mes yeux que des iniquités et des maux, à ne voir que le rapt et l’injustice en face de moi? » Habac. i, 2. Les Septante : « Jus¬ ques à quand, Seigneur, crierai-je vers vous, sans que vous m’écoutiez? jusques à quand pousserai -je mes cris jusqu’à vous, dans la vio¬ lence que je souffre, sans que vous me sauviez? Pourquoi ne me montrez-vous que des épreuves et des douleurs, et me réduisez- vous à ne voir que des misères et l'impiété. » Selon la lettre, c’est une plainte amère du Prophète ' contre regem Chaldæorum : ut quomodo prior propheta Nahum, quem Habacuc sequitur, vaticinium habuit contra Nuiiven et Assyrios, qui vastaverunt decem tribus, quæ vocabantur Israël ; ita Abacuc prophe- tiam habeat adversus Babylonem et Nabuchodono- sor, a quibus Juda et Jérusalem templumque sub¬ versa sunt. Et ut scias eo tempore fuisse Abacuc, quo jam duæ tribus quæ vocabantur Judas, ductæ erant in captivitatem, Daniel docere te poterit, ad quem in îaeum leonum Habacuc cum prandio mitti- tur ; Dan. xiv ; quanquam, apud Hebræos hæc ipsa non legatur bistoria. Igitur sive quis recipit Scriptu- ram illam, sive non recipit, utrumque pro nobis est: aut enim recipit, et jam postfactam rem liberHaba- eue texitur ; aut non recipit, et quasi propheta scri- bit quæ ventura cognoscit. LIBEE PEIIÏÏS « Usquequo, Domine, clamabo, et non exaudies ? vociferabor ad te vim patiens , et non salvabis ? Quare ostendisti mihi iniquitatem et dolorem [Vulg. laôorem], videre prædam et injustitiam contra me?» Dieu, de ce que Nabuchodonosor dévaste le temple et Juda. Pourquoi Jérusalem, autrefois la ville du Seigneur, est-elle détruite? pourquoi les cris du peuple vers Dieu ne sont-ils pas enten¬ dus? pourquoi, quand il élève vers lui sa voix contre l’oppression des Chaldéens, n’est-il pas sauvé? pourquoi le Prophète lui-même, ou bien le peuple au nom duquel il parle ici, a-t-il vécu jusqu'à ce jour, pour être réduit à voir l’injus¬ tice des ennemis et ses propres souffrances? pourquoi l’injustice prévaut-elle contre lui? 11 parle ainsi dans l'excès de sa douleur, ne con¬ sidérant pas que l’or s’épure dans le feu , et que les trois enfants sortirent de la fournaise plus purs qu’ils n’y étaient entrés. Dan . ni. On peut encore entendre la chose en général, en Habac. i, 2. LXX :« Usquequo, Domine, clamabo, et non exaudies ? vociferabor ad te vim patiens, et non salvabis? Quare mihi ostendisti labores et dolores, videre miseriam et impietatem ? » Intérim secundum litteram causatur adversum Deum propheta, cur Nabuchodonosor templum vastet , et Judam : cur Jérusalem quondam urbs Domini destruatur? Quare clamet populus et non exaudiatur? vociferetur ad Dominum oppressus a Chaldæis, et non salvetur ? Quare etiam ipso propheta, vel populus ex cujus persona nunc loquitur, ad hoc vixerit et hucusque perductus sit, ut iniquitatem bostium et suum vi- deat lahorem? Cur injustitia prævaleat adversum se ? Et hoc dicit præ mentis angustia, nesciens aurum in igné conflari, et très pueros de camino puriores exisse, quam intraverunt. Dan. ni. Sed et gencraliter accipere possumus, quod ex persona hu- manæ impatientiæ videns propheta pcccatores abun- dantes, et in sæculo possidere divitias, fîlios eorum quasi novellam plantationem in adolescente sua, et fîlias ornatas quasi simili tudinem templi, cellaria eorum plena eructantia ex hoc in illud, oves eorum fœtosas et multiplicatas in viis suis, et cætera quæ in centesimo quadragesimo tertio psalmo plenius 142 SAINT JÉROME ce sens que le Prophète, emporté par l’impa- tience naturelle à l’homme, en voyant les pé¬ cheurs dans l’abondance et possesseurs des richesses temporelles, leurs fils comme de nou¬ velles plantes dans leur jeunesse et leurs filles ornées comme des temples, leurs celliers si remplis qu’ils regorgent les uns dans les autres, leurs brebis fécondes et couvrant les chemins de leur multitude, et les autres richesses qu’énu- numère tout au long le psaume cent quarante- trois, éclate en cris plaintifs et pleins de douleur. Pourquoi, Seigneur, voyez-vous ces contemp¬ teurs de la justice, et gardez-vous le silence, pendant que l’impie foule aux pieds celui qui est plus juste que lui? pourquoi rendez-vous les hommes semblables aux poissons de la mer et à des reptiles qui n’ont pas de chef? Le psaume soixante-douze contient quelque chose d’approchant : « Mes pieds mnt failli se dérober sous mon corps, et je suis presque tombé en marchant, » Psalm. lxxii, 2, et la suite, avec ces paroles du même psaume : « Le Très-Haut a-t-il véritablement la connaissance de toutes choses? Voilà les pécheurs dans l'abondance des biens de ce monde, ils ont acquis de grandes richesses, » jusqu’à «mes mains, » Ibid. 11. 12. C’est là le langage de ceux qui ne considèrent pas que les jugements de Dieu sont impéné¬ trables, que l'abîme des trésors de sa sagesse et de sa science est insondable, Rom. xi, que les vues deDieu ne sont pas celles de l’homme, ï Reg. xvi. L’homme ne voit que le présent, Dieu connaît l’avenir et l’éternité. C'est comme si un malade, dévoré des ardeurs de la fièvre, scribuntur, in querulam vocem et plenam doloris erumpat. Quare respicis contemptores, et taces, con- culcante impio justiorem se ; et facis homines quasi pisces maris, et quasi reptilia non habentia ducem? Taie quid et in septuagesimo secundo Psalmo legi- mus: « Mei autem pene moti sunt pedes, pene effusi sunt gressus mei, Psalm . lxxii, 2, et reliqua ; et rur- sum in eodem Psalmo : « Et si est scientia in excelso. Ecce enim peccatores et abundantes in sæculo obti- nuerunt divitius, » et reliqua usque, « manu s me as.» Ibid. 11, 12. Hæc autem loquuntur nescientes judicia Dei investigabilia, Rom. xi, et profundum divitiarum sapientiæ et scientiæ ejus, quod non ita videat Deus utvidetbomo, I Reg. xvi.Homo tantum prœsentiares- picit, Deus futura et æterna cognoscit. Et quomodo si ægrotus ut et æstuans febribus aquam frigidam postu- lest, etdicat ad medicum: Vim patior, erneior, uror, examinor ; usquequo, medice, clamabo, et non exau- dies? Etrespondeatei sapientissimus et clementissi- mus medicus : Scio quo tempore debeam dare quod postulas ; non misereor modo, quia misericordia ista demandait de l’eau froide, et disait au médecin Je souffre la violence, on me crucifie, on me brûle, on m’arrache la vie ; jusques à quand, ô médecin, crierai -je vers vous sans que vous m'entendiez? et que le médecin, plein de sa¬ gesse et de bonté, lui répondît : Je sais en quel temps il faudra vous accorder ce que vous demandez; je n'ai pas compassion de vous en ce moment, parce que cette compassion serait de la oruauté, puisque votre volonté est l’en¬ nemie de votre salut. C’est ainsi que le Seigneur notre Dieu, sachant le poids et la mesure de sa clémence, parfois n’écoute pas celui qui crie vers lui, pour l’éprouver, pour le pousser à le supplier davantage, pour le rendre plus juste et plus pur comme en le faisant passer par le feu. L’Apôtre, qui considère les épreuves comme des grâces obtenues de Dieu, s’écrie : « Ne faiblis¬ sons pas dans les tribulations; » Ephes. m, 13 ; il bénit Dieu en tout temps ; Psalm. xxxm ; il sait qu’il n’y aura de sauvé que celui qui persé¬ vérera jusqu’à la fin ; Matth. x, 22 ; il se glorifie dan's les travaux et la douleur ; et il dit aveo Jérémie : « J’invoquerai l’affliction et les maux, » en sorte que, comme un autre invoque Dieu, le saint et le guerrier invincible souhaite la venue de l'affliction et des maux, pour y trouver un exercice salutaire et y éprouver ses forces. « Si l’on juge nne affaire, c’est la passion qui la décide. De là vient N que la loi est dé¬ chirée, et que l’on ne rend jamais la justice, parce que le méchant l’emporte sur le juste , et que les jugements sont corrompus. » Habac. i, 3, 4. Les Septante : « Le jugement a été crudelitas est, et voluntas tua contra te petit. Ita et Dominas Deus noster sciens clementiæ suæ pondéra atque mensuras, interdum non exaudit clamantem, ut eum probet, et magis provocet ad rogandum, et quasi igné excoctum justiorem et purîorem faciat. Quod intelligens Àpostolus secundum id quod mise- rfcordiam est consecutus a Domino ait : « Non deû- ciamus in tribulationibus ; » Ephcs. ni, 13 ; et bene- dicit Deum omni tempore ; Psalm. xxxm ; et scit quia qui perseveraverit usque in finem, hic salvus erit ; Matth. x, 22 ; et gloriatur in labore et dolore ; et cum Jeremia dicit : « Tribulationem et miseriam invocabo,» ut quomodo abus invocat Deum, sic sanc- tus vir et bellator invictus, ad exçrcendum se et probandum, tribulationem et miseriam venire desi- deret. « Et factum estjudicium et contradictio potentior; propter hoc lacerato est lex, et non pervenit usque ad finem judicium ; quia impius prævalet adversus justum, propterea egreditur judicium perversum. » Habac. i,13, 4. LXX : « Contra me factum est judicium, COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABABUC. 143 décidé contre moi par les présents que le juge a reçus. De là vient que la loi est déchirée, et qu'on ne rend jamais la justice, parce que l’impie l’emporte sur le juste, et que les juge¬ ments sont corrompus. » C'est encore le Pro¬ phète où le peuple qui se plaint au Seigneur de ce que c'est la puissance et non la vérité qui a décidé des jugements contre lui, et que les sen¬ tences qui l’ont frappé n'ont rien de conforme à la loi et à la justice. De là vient que ces juge¬ ments n'ont pas abouti à leur fin, puisque la fin de tout jugement doit être une sentence juste. Comment il ose parler ainsi, il l'explique dans la suite : c’est parce que l'impie Nabucho- donosor a prévalu contre le juste Juda, IV Eeg . xxiv, que le jugement lui paraît n’avoir pas abouti à sa fin ; parce qu’il est inique et mauvais que le roi juste Josias soit mis à mort par le roi d’Egypte ; IV Eeg. xxm ; que Daniel, -Ananias, Misaël et Azarias soient en esclavage ; Ban. ni ; que le tyran de Babylone ait l’empire ; que Bal¬ thasar boive dans les vases sacrés en compagnie de ses femmes et de ses courtisanes. Ban. v. Voilà ce qu’a dit le Prophète au sujet des évé¬ nements de son temps. — Je suis les traces d’une vile histoire, puisque telle est votre vo¬ lonté. D’autre part, d’après les Septante, ce sont les Saints se plaignant en commun à Dieu d’ètre victimes de jugements injustes, de verser leur sang dans les persécutions, et s’il leur arrive de et judex accipit ; propterea lacerata est lex, et non pervenit ad fiuem judicium ; quia impius prævalet adverses justum, propterea egredilur judicium per- versum. » Adhuc propheta vel populus loquitur ad Dominum, quod non veritate adversus se, sed poteu- tia judicatum sit, et nihil ex lege et justitia susti- nuerit. Unde et ipsum judicium non liabuerit finem suum, Finis autem judicii est judicare juste. Et boc quare loqui audeat, in cousequeulibus monstrat, dicens : Quia impius Nabucbodonosor prævaluit ad¬ versus justum Judam, IV Reg. xxiv, et hanc esse causam, quod dixerit judicium non pervenisse ad finem ; quia iniquum sit et perversum, ut Josias rex justus a rege Æg3Tptio trucidetur ; IV Reg. xxm ; ut Daniel, Ananias, Misael, et Azarias, seryiant \ Ban. ni ; et imperet Babylonius imperator, et inter scorta et concubinas suas Balthasar potet in phialis Dei Dan. v. Ilæc propheta de suorum temporum statu (sequimur enim quia semel voluisti et historiæ vilitatem). Cæterum juxta LXX communis ad Deum querela sanctorum est, quare contra eos iujustum judicium fiat, et innoxium in persecutionibus sanguinem fun- dant, ac [al. afN si quando ante tribanal steterint paraître devant un tribunal séculier, de voir le juge, pour des présents reçus, condamner l’in¬ nocent et délivrer le coupable. Et ce n'est pas des seuls juges séculiers, mais parfois aussi aux princes des Eglises qu’on peut dire qu'ils dé¬ chirent la loi pour des présents , qu’ils ne mènent pas le jugement à sa fin véritable, qu'ils font prévaloir l'impie contre le juste, et que, dans leurs jugements, ils défendent la faute du riche contre l’innocence du pauvre. De là cette plainte que du jugement sort une sentence cor¬ rompue. Mais cette inégalité ne doit point nous troubler, quand nous voyons, dès l’origine du monde, le juste Abel mis à mort par l’impie Caïn, Genes. iv, et plus tard, Jacob en exil pendant qu’Esaü règne dans la maison pater¬ nelle, Genes. xxvm, les enfants d'Israël écrasés en Egypte sous les fardeaux de terre et de bri¬ ques, et Notre- Seigneur lui-même, contre qui on se plaint ici, crucifié par les Juifs, Joan. xix, qui lui ont préféré le voleur Barabbas.. Joan. xviit. Un jour ne me suffirait pas, si je voulais énu¬ mérer en combien de manières les impies pré¬ valent et oppriment les justes. « Jetez les yeux sur les nations et soyez attentifs; préparez-vous à être surpris et frappés d’étonnement; car il s’est fait dans vos jours une œuvre que nul ne croira quand il l’en¬ tendra dire. » Habac. i, 5. Les Septante : « Ou¬ vrez les yeux, contempteurs, et voyez; admirez ces merveilles et soyez dans l'anéantissement ; judicium sæcularium, judex, acceptis muueribus, condemnet insontem, et reum liberet. Quod quidem non solum de judicibus sæculi, sed interdum de Ecclesiarum quoque principibus dici potest, quod propter numera lacèrent legem. et non perducant usque ad finem judicium, et impius prævaleat ad¬ versus justum, et magis in judicio peccalum divitis, quam pauperis veritas defendatur. Unde querimo- nia est, judicium exire perversum. Sed non debe- mus super hac rerum inæqualitate turban, videntes et in priucipio mundi ab impio Caiu interfectum Abel justum, Gen. îv, et postea exsulante Jacob, regnare in domo patris Esau, Gen. xxvm, et Ægyptii luto et latere affïigunt filios Israël ; et Dominus contra quem nunc querela dirigitur, crueifigitur a Judæis, Joan., xix, et Barabbas latro eligitur. Joan. xvm. Dies me deficiet, si voluero enumerare quomo- do in isto sæculo, impiis prævaleutibus, oppriman- tur justi. « Aspicite in gentibus et videte, et admiramiai, et obstupescite, quia opus factum est in diebus vestris, quod nemo credet cum narrabitur. » Habac. 1, 5. LXX : « Videte contemptores et respicite, et admira- mini mirabilia et disperdimini ; quia opus ego operor 144 SAINT JÉROME car je vais faire dans vos jours une œuvre que vous ne croirez pas quand vous l’entendrez dire. » Symmaque, sur ce point où je dis : « Car il s'est fait dans vos jours une œuvre, » met : « Il se fera; » sa traduction est la même que la nôtre pour tout le reste. En tête du verset, j'ai traduit l’hébreu R au Baggoim par : « Jetez les yeux sur les nations, » et les Sep¬ tante disent : a Voyez, contempteurs. » Aquila, Symmaque et Théodotion donnent la même interprétation que moi; mais j'ai trouvé dans une certaine édition anonyme : « Vous verrez, calomniateurs, » et dans une autre, également sans nom d'auteur : « Vous verrez, vous qui vous éloignez de moi. » Aux plaintes accusa¬ trices du Prophète : « Jusques à quand, Sei¬ gneur, crierai-je, sans que vous m'entendiez? » et le reste jusqu'à la fin de cet exorde, la voix du Seigneur répond que ce qu'il regarde comme une injustice faite au seul Israël, se passe aussi chez les autres peuples : ce -ne sont pas seule¬ ment Juda et Jérusalem, comme le pensait le Prophète, qui ont été livrés aux Chaldéens, mais toutes les nations d’alentour, et Babylone doit être si puissante d'abord et faire une chute si terrible plus tard, que si quelqu'un prédisait ce qui doit arriver, la grandeur de l’événement le ferait paraître incroyable. D'autre part, l'interprétation des Septante et des autres : « Voyez, contempteurs, » ou bien : « Vous verrez, calomniateurs, » et « hommes éga- in diebus vestris, qutfd non credetis, si quis narrave- rit. » Symmachus pro eo quod diximus : « Quia opus factum est in diebus vestris, « interpretatus est, « quia opus fiet in diebus vestris ; » caetera simi¬ li ter. Rursum in principio capitulé ubi in Hebraico scriptum est rau iiaggoim et nos transtulimus : « Aspicite in gentibus, » et LXX posuerunt, « vi- dete contemptores, excepto Aquila et Symmacho et Theodotione, qui cura nostra interpretatione concor¬ dant, in alia quadam editione avwvup/i reperi « vide- bitis calumniatores, » et in alia similiter absque auc- toris titulo, « videbitis déclinantes. » Igitur ad superiores querelas ca.usantis prophetæ et dicentis : « Usquequo, Domine, clamabo, et non cxaudies ? » et reliqua usque ad fraem hujus exordii, vox Domini respondentis inducitur, ut hanc iniquitatem quam in solo Israël fieri putat, cernât in gentibus : et quod Ghaldæis, non ut propheta arbitrabatur, Judas tan¬ tum et Jérusalem traditi sint ; sed omnes per circui- tum nationes : et tantum eum esse valiturum, ruitu- rumque postea, ut si quis prædixerit quod futurum est, pro rei magnitudine videatur incredulum. Sed et hoc quod LXX et cæteri interprètes edide- runt : « Videte contemptores, » sive « videbitis ca- rés, » abonde dans le sens de ce passage ; d’après leur propre langage, Dieu accuse d’audace et de mépris à l'égard du Seigneur, ceux dont le Prophète a traduit les cris, et leur demande comment ils ont osé mépriser la majesté de Dieu, parler avec cette témérité, calomnier, autant qu'il était en leur pouvoir, la providence divine, et se séparer du Seigneur, en l’accusant d’injustice. Vous verrez donc, hommes dédai¬ gneux , et vous serez frappés d'étonnement, et vous regarderez toute votre plainte comme sans aucune valeur, lorsque vous m’aurez vu faire dans vos jours, — pour que vous ne puissiez dire : Que nous importe l’avenir? — line œuvre si considérable et qui anéantira tellement toute votre accusation, que si quelqu'un vous prédi¬ sait maintenant qu’elle arrivera, vous y ajoute¬ riez foi difficilement. Quelle est cette œuvre? la suite de la prophétie le montre. « Je vais susciter lqs Chaldéens, cette nation cruelle et d'une incroyable vitesse, qui court toutes les terres pour s’emparer des maisons des autres. Elle porte avec soi l’horreur et l’effroi, elle ne reconnaît point d’autre juge qu’elle-même, et c'est d'elle que le fardeau sortira. Ses chevaux sont plus légers que les léopards et plus vites que les loups qui courent le soir; sa cavalerie se répandra de toutes parts, et ses cavaliers viendront de loin, et voleront comme un aigle qui fond sur sa proie. Ils viendront tous au butin, avec leur lumniatores » et « déclinantes, » cum sensu hujus loci congruifc, et ex ipso sermono arguuntur auda- ciæ, et contemptus in Dominum, ex quorum persona propheta clamaverat, quare ausi sint Dei contemnere majestatem, et temerarie loqui, et quantum in se est, Dei providentiam calumniari, et declinare a Domino coarguentes eum iniquitatis. Videbitis ergo contemp¬ tores, et tune admirahimini , et omnem vestram querelam pro nihilo computabitis, cum perspexeritis me facere in diebus vestris, ne forte dicatis : Quid ad nos pertinet de futuro ? opus quod tam grande erit, et vestram omnem opprimet causationem, ut si quis nunc futurum esse prædixerit, fidem non facile accommodetis. Quod autem hoc opus sit, in conse- quentibus demonstratur. « Quia ecce ego suscitabo Ghaldæos, gentem ama- ram et velocem, ambulanten super latitudinem ter- ræ, ut possideat tabernacula non sua ; horrihilis et terribilis est ; ex semetipsa judicium, et onus ejus egredietur. Leviores pardis equi ejus, et velociores lupis vespertinis , et diffundentur équités ejus ; équités namque ejus de longe veulent ; volahunt quasi aquila festlnans ad comedendum ; omnes ad prædam venient, faciès eorum ventus urens ; et COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HÀBACUC. visage qui est comme un vent brûlant, et ils assembleront des captifs comme des monceaux de sable. Leur prince. triomphera des rois et se rira des tyrans ; il se moquera de toutes les for¬ tifications ; il leur opposera des levées de terre et il les prendra. Alors son esprit sera changé, il passera toutes bornes et il tombera enfin; c’est à quoi se réduira la force de son dieu. » Iicibac. i, 6 et seqq. Les Septante : « Je vais sus¬ citer les Chaldêens, nation cruelle et rapide, qui court toutes les terres pour s’emparer des maisons des autres. Elle est terrible et illustre. Elle ne reconnaît point d’autre juge qu’elle- même, et c’est d’elle-même que sortira son propre enlèvement. Ses chevaux auront plus de vitesse que les léopards et devanceront à la course les loups d’Arabie. Leurs cavaliers che¬ vaucheront, et venant de loin avec impétuosité, voleront comme un aigle qui fond sur sa proie. La ruine tombera sur les impies qui oseront leur résister en face, et ils assembleront des captifs comme des monceaux de sable. Leur prince se fera un passe-temps des rois, les tyrans seront ses jouets; il se rira de toutes les fortifications, il leur opposera des levées de terre et il s’en emparera. Alors il changera d’es¬ prit, il passera et il lui sera pardonné : telle est la force de mon Dieu. » Ce que je vous avais dit : Jetez attentivement les yeux sur les na¬ tions; préparez-vous à l’étonnement et à la stupeur, parce qu’il se fera dans vos jours une œuvre que personne ne croira quand on la dira, congregabit quasi arenam captivitatem, et ipse de regibns triumpkabit, et tyranni ridiculi ejus erunt ; ipse super omnem muuitiouem ridebit, et compor¬ ta]) it aggerem, et cap i et eam ; tune mutabitur spiri- tus, et pertransibit et corruet ; hæc est fortitudo ejus Dei sui.» Habac . i, 6 et seqq. LXX : « Quia ecce ego suscitabo Cbaldæos gentem amarem et velocem, quæ ambulat super latitudiuem terne, ut possideat tabernacula non sua ; terribilis et illustris est ; ex semetipsa judicium ejus erit, et assumptio ejus ex te egredietur. Et exsilient super pardos equi ejus, et velociores erunt lupis Arabiæ, et equitabunt équi¬ tés ejus, et impetu venient de longinquo ; et vola- bunt quasi aquila prompta ad comedendum, con- summatio in impios veniet resistentes faciebus eorum ex adverso, et congregabit quasi arenam cap¬ tivitatem ; et ipse in regibus delectabitur, et tyranni ludibria ejus ; et ipse in omnem munitionem illudet et mittet aggerem, et obtinebit eam ; tuno mutabit spiritum, et pertransiet, et propitiabitur ; hæc est fortitudo Dei mei. » Quod vobis dixeram : Aspicite in gentibus, et videtc, et miramini, et obstupescite, quia opua fiet in diebus vestris, quod nemo credet TOME IX. 145 c’est ce qu’annonce la suite du discours : « Voilà que je susciterai Nabuchodonosor et les Chal¬ dêens, » nation des plus belliqueuses et des plus agiles, dont la force et l’audace an combat est attestée par presque tous les historiens grecs qui ont écrit sur les peuples barbares. Ne sa¬ chant se contenir dans ses frontières, elle par¬ court en tous sens la terre en nomade. Son œuvre n’est pas de retourner la terre avec la charrue, mais de vivre de rapine à main armée et de s'emparer des villes des autres. Avant qu’il porte la main sur son adversaire, avant qu’il s’élance dans la mêlée, l’aspect seul de son visage sème la terreur. Ce que dit le texte : « Son jugement et son fardeau sortira d’elle- même, » et d’après Symmaque : « Elle sera elle-même son juge et sortira sur sa propre décision, » peut s'entendre en ce sens qu'elle établira des princes de sa nation, et que sa puissance et son glaive n’auront pas des gar¬ diens d'entre les autres peuples, ou en celui-ci, qu’elle sera traitée comme elle traite les autres, et ravagée comme elle a ravagé elle-même. Ses chevaux et ses cavaliers qui viendront de loin surpasseront en agilité pour la poursuite, et en promptitude à porter le ravage partout, les léo¬ pards et les loups qui rûdent le soir ; car les loups sont plus carnassiers, dit-on, à l’entrée de la nuit, la faim ayant tout le jour excité leur fureur. Ses cavaliers voleront, non pour com¬ battre, puisque nul ne leur résistera, mais pour courir de toutes parts, comme l’aigle, à qui est curn narrabitur, hoc est quod sequens sermo descri- bit : « Ecce ego suscitabo Nabuchodonosor, et Chai- dæos, » gentem pugnneissimnm et velocem, cujus roboris, et ad bellandum audaciæ, omnes pene Græci, qui barbaras historias conscripsernnt, testes sunt. Hæc non est contenta finibus suis, sed hue illwcque discurrens super terræ latitudiuem perva- gatur. Et hoc est opus ejus, non ut terrain vomere exerceat ; sed ut rapto vivat et gladio, et ut possi¬ deat urbes non suas ; antequam manum inférât, an- tequam prornmpat ad hélium, terrorem portât in vultu. Quod autem ait : « Ex semetipsa judicium et onus ejus egredietur, » pro quo interpretatus est Symmachus : « Ipsa sibi judicabit, et decreto suo egredietur, » vel ita intelligendum est, de sua gente constituet principes, et potestas ejus etgladius alia- rum gentium satellites non babebit, vel certe quo- modo fecit, fiet ei , et sic vastabitur, ut ipsa vasta- vit. Equi quoque et équités, qui de longe venient, tain pernices ad persequendum et cuncta populanda erunt, ut pardos superent, et lupos vespertinos. Si- quidem lupi sæviores esse dicuntur nocte vicina, et tota die famé ad rabiem concitati. Volabunt ergo 10 SAINT JÉROME 146 assujetti tout ce qui vole, fond sur sa proie pour la dévorer. Le souffle d'un vent brûlant rend sèche toute verdure; de même leur présence portera partout la dévastation. Le nombre des captifs et la quantité du butin seront si consi¬ dérables, qu'on peut dire hyperboliquement qu'ils égaleront les grains de sable de la mer. Le prince lui-môme, Nabucliodonosor, régnera surtout l’iinivers, il poussera les rois au-devant de son char de triomphe en se riant d’eux, et il les regardera comme ses passe-temps. Sa puissance et son orgueil seront si grands, qu'il prétendra dompter la nature, et prendre parla force des armes les villes les mieux fortifiées. Ainsi, il viendra à Tyr, et jetant une levée de terre dans la mer, il fera d'une île une presqu’île ; v une langue de terre lui fournira à travers les flots l’entrée de la ville. C’est pourquoi il se rira de toute fortification ; il fera établir une levée, et il la prendra, ou la forteresse ou Tyr; c’est ce qui est clairement attesté dans ce passage d’Ezéchiel : « Nabuchodonosor, roi de Babylone, a assujetti toute son armée à un grand travail contre Tyr; toutes les têtes sont devenues chauves, toutes les épaules ont été écorchées, et aucun salaire n’a été payé, ni à lui, ni à son armée pour sa fidélité à accomplir mon ordre contre Tyr. » Ézech. xxix, 18. Or, lorsqu’il aura fait jeter ce mole et que rien ne pourra s’oppo¬ ser à ses forces, son esprit sera changé en or- equites non ad pugnandum, quia nullus resistet ; sed ad discurrendum ut aquila, cui in volatilibus omnia subjacent, festinans ad devoraudum. Et quo- ruodo ad flatum veuti urentis virentia cuncta ares- cunt, ita ad aspectum eoruru omnia vastabuntur, tantusque erit numerus captivorum et predæ, ut per Ù7T£p6oXr]v, etiam arenæ possit æquari. Ipse quo- que, id est, Nabuchodonosor, in universo orbe regnabit, et ante cuvrum suum triumphans de regi- bns, eos liabebitirrisui, et inter delicias computabit ; tantæque potentiæ et superbiæ erit, ut naturam superare contendat, et urbes munitissimas robore sui exercitus capere. Veniet enim Tyrum, et jacto in mari aggere, peninsulam faciet de insula, et in- troitum inter fluctus maris in urbem terra præbe- bit. Quam ob causam et super omuein munitio. nein ridebit, et comportait aggercm, et capiet eam, id est, munitionem, sive Tyrum; quod quidem in Ezechiele perspicue demoustratur, ubi dicitur : « Nabuchodonosor, rex Babylonis, subjugavit excr- cituum suum opéré magno adversum Tyrum. Omne caput calvum, et omnis humérus dépilatus, et merces non data est ei, et exercitui ejus contra Tyrum, et operi in quo servivit adversum eam. » Ezech. xxix, 18. Cum aulem comporlavcrit aggerein, et oih il viri- gueil : il se croira Dieu, et il élèvera dans Ba- bylone une statue d’or, qu'il obligera tous les peuples d’adorer. Après eet acte, il passera à la forme de la bête, et ensuite il tombera, ou d’après Aquila et Symmaque « il faillira, » l'Ecriture ayant coutume de mettre le mot Vasam , il faillira, dans le sens de « il cessera d’être. » Notre langue a quelque chose d'appro¬ chant dans : « L'armée a été battue, » pour : « Passée au fil de l'épée et massacrée; » et encore dans : « La vigne et le champ ont fait défaut, » pour : « La vendange et les fruits de la terre n’ont pas eu un heureux accroisse¬ ment. » Quant au trait de la fin : « Voilà la force de son Dieu, » c'est une ironie qu'il faut lire avec ce sens : Voilà cette force que lui avait donnée Bel, son dieu, au culte de qui il contrai¬ gnait tous les peuples , même par édit et en appuyant avec, cruauté son injonction de me¬ naces de mort. Voilà pour Te texte hébreu ; venons maintenant aux Septante, et, après avoir cité chaque point, adoptons le sens figuré. «Voilà que je vais susciter les Chaldéens, nation pleine d’amertume et très-agile , qui marche par toute la terre, pour s’emparer des demeures qui ne lui appartiennent pas. » Dieu menace de susciter contre ses contempteurs, qui calomnient sa providence, les Chaldéens , dont le nom veut dire « comme des démons. » 11 dé¬ signe par là, soit les anges mauvais qui servent bus ejus obvium fuerit, tune mutabitur spin tu s ejus in superbiam, et Deum esse se credens, imaginera auream statuet in Babyloue, quam universas gentes adorarc compellet. Quod cum fecerit, transibit in bestiæ figuram, et postea corruet : pro qua Aquila et Symmachus transtulerunt */.a i 7cV/](jL(u)orf<ï£(, id est, u et delinquet » : liane liabente Scriptura sancta consuetudinem, ut vasam, id est, « delinquet, » ponat pro eo quod est, « desinet esse » quod fuerat. Taie quid et nos bâbemus in linguæ nostræ idiomate, di- centes : « Vapulavit exercitus, » pro eo quod est, « interfectus et cæsus est; » et : « Peccavit vinea et ager, » pro eo quod est, « vindemia et fruges non liabuere proventum. » Quod auteur in hne capituli dicitur : « Hæc est fortitudo ejus Dci sui,» £ip et Àquila, avec la cinquième édition, par « circuit. » A la première attaque, le Seigneur avait répondu : Jetez les yeux sur les nations, et voyez ; et vous serez saisis d’admi¬ ration et de stupeur. Alors le Prophète, comme repentant de la vivacité de la première parole, tantam hæreseon et perversarum doctrinarum mul- titudinem diaboli viderit hamo, rete, sagenisque comprehensam ; et tamen capturæ eorum finis inte- ritus est. « Super custodiam meam stabo, etfigam gradum super munitionem, et contemplabor ut videam quid dicatur mihi et quidrespondeam ad arguentem me. » Habac . n, 1. LXX: « Super custodiam meam stabo, et ascendant super petram, et contemplabor ut videam quid loquetur in [al. ad] me, et quid respondeam ad correptionem meam. » Symmachus manifestius est persecutus : « Quasi custos super speculam stabo, et stabo velut iuclusus, et contemplabor ut videam quid dicatur mihi, et quid respondeam, et contradi- cam adversum arguentem me. » Pro munitione et petra, in cujus locum Symmachus interpretatus est « conclusum, » in Hebræo ponitur masur, quod Theo- dotio « gyrum, » Aquila etquinta editio « circinum» traustulerunt. Primæ causationi responderat Domi- nus : Aspicite in gentibus, et videte, et admiramini, et obstupescite. Ad quam propheta quasi superioris dicti agens pcenitentiam, temperaverat quidein quæs- avait mis un tempérament à sa polémique : Seigneur, mon Dieu, seul saint pour moi, grâce à vous, nous ne mourrons pas. » Habac . i, 12. Néanmoins, sous le couvert de la vénération et des loùanges qu’il lui adresse, il le questionne encore : « Vos yeux sont trop purs pour con¬ templer le mal, et vous ne savez pas voir pa¬ tiemment l’iniquité. » Ibid. 13. Que ne tournez- vous donc vos yeux en courroux contre ceux qui font le crime, et pourquoi gardez-vous le silence, quand l’impie dévore celui qui est plus juste que lui? et là, il analyse les phases de cette destruction du juste : les hommes devenus semblables aux poissons de la mer et aux rep¬ tiles ; l’hameçon, les rets et les filets de l'ennemi les entraînant à leur perte , et la durée sans ün de leur massacre. Or, en tant que prophète, son obligation est de chercher et de douter, afin de répondre à tous ce qui lui sera répondu à lui-même : « Je me tiendrai ferme à mon poste de sentinelle, » sur le faîte élevé de ma prophétie, et je verrai, après la captivité du peuple, et le renversement de la ville et du temple, ce qui arrivera ensuite; ou autrement : Je consacrerai les soins les plus diligents à la garde de mon cœur, et je demeurerai ferme sur la pierre, Jésus-Christ. Voilà la ceinture et le circuit qui m’entoureront comme d’un mur, afin que le lion rugissant ne puisse faire irrup¬ tion jusqu’à moi. Je verrai alors ce que le Sei¬ gneur répondra à ma seconde question, et lorsqu'il m'aura répondu et qu’il m'aura repro¬ ché de m’être plaint à tort, je verrai aussi ce tionem dicens : « Domine Deus meus, sancte meus» et non moriemur. » Habac. r, 12. Sed vnihilominus cum veneratione et laudibus Dei ipsum fuerat sois- citatus : « Mundi suntoculi tui ut non videas malum, et respicere ad iniquitatem nescis. » Ibid. 13. Quare non respicis super iniqua agentes, et taces, dévo¬ rante impio justiorem se? Et quæ esset justi devo- ratio, exsecutus in partibus est : ut fièrent bomines quasi pisces maris, et quasi reptilia; et quod hamo, et sagena, et rete suo omnes ad interilum traheren- tur, et non esset finis interfectionis corom. Itaquo quia propheta est, et propterea quærit, et dubitare se dicit, ut quod illi responderetur, respondeatur omnibus : « Stabo, » inquit, « in spécula mea, » id est, in prophétisé meæ sublimitate, et videbo post captivitatem populi, et eversionem civitatis et tem- pli, et dcinceps quid sequatur. Vel certe ita : Custo- diam omni diligentia cor meam, et stabo super Christum petram. Et hoc gÿro et circino quasi muro sepiar, ne ad me leo rugiens possit irrumpere, et videbo quid mihi post secundam quæstionem res- pondeat Deus, et postquam mihi responderit, et me COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE H AB ACUC. 157 que je lai dois répliquer. C'est avec élan et et avec un sens admirable que le texte décrit cette impatience humaine que nous portons toujours dans les discussions : nous sommes prêts à répondre , avant qu’un antagoniste nous ait répondu et que nous sachions en quoi il nous reprendra, ce qui prouve que notre réponse s’inspirera moins de la raison que de l'esprit de querelle. La raison, en effet, conseille d’attendre le moment de la réplique, afin de voir si l’on doit la faire, ou si l’on doit souscrire à une réponse raisonnable. Sur ces mots : « Pour voir ce qui sera dit en moi, » il faut remarquer que la Vision prophétique et la parole de Dieu ne se font pas extérieurement pour les Prophètes, mais intérieurement et pour l’homme intérieur. De là le langage de Zacharie : « L’ange qui parlait en moi; » Zach. i, 9; et celui du Psalmiste : « J’écouterai ce que le Seigneur dit en moi. » Psalm. lxxxiy, 9. « Alors le Seigneur me répondit et me dit : Ecrivez ce que vous voyez,, et marquez-le dis¬ tinctement sur des tablettes, afin qu’on puisse le lire couramment; car cette vision est au loin, elle apparaît à la fin, mais elle ne sera pas mensongère. Si elle diffère, attendez-la, parce qu’elle arrivera assurément, et qu’elle ne tar¬ dera pas. Celui qui est incrédule n’a pas Pâme droite, mais le juste vivra dans sa foi.» Habac . corripuerit male fuisse conquestum, quitl ego quo- que ei debeam respondere. Eleganter autem et miro sensu humanam describit impatientiam, quam in disceptationibus semper liabere consuevimus : ut antequam nobis ex adverso aliquis respondeat, et sciamus in quo nos arguerit, ad respondendum pa- remur. Et quo ostenditur responsionem non rationis esse, sed contentionis. Si enim esset ratio, responsio debuerat exspectari, et sic videre utrum respondere deberet, an consentire rationabili responsioni. Sed et hoc notandum ex eo quod dixerat : « fit videam quid loquatur in me, » propheticam Visionem et elo- quium Dei non extrinsecus ad prophetas fieri, sed intrinsecus et interiori liomini respondere. Unde et Zacharias : « Et angélus, » inquit, « qui loquebatur in me; » Zach. î, 9 ; et in Psalmis : « Audiam quid loquatur in me Dominus. » Psalm. lxxxiv, 7. « Et respondit milii Dominus, et dixit : Soiùbe visum, et explana eum super tabulas, ut percurrat qui legerit eum: quia adhuc visus pi'ocul, et appa- rebit in finem, et non mentietur : si moram fecerit, expecta ilium, quia veniens veniet, et non tardabit; ecce qui incredulus estKnon erit recta anima ejus in il, 2 et seqq. Les Septante : Le Seigneur me ré¬ pondit et me dit : Ecrivez cette vision distincte¬ ment sur le buis, pour que celui qui la lira persévère; car cette vision est encore dans l’avenir et n’apparaîtra qu’à la fin ; mais elle ne sera point vaine. Si elle est lente, attendez- la, parce qu’elle arrivera certainement, et elle ne tardera pas. Si votre foi se retire, elle ne plaira pas à mon âme en cela ; le juste, au con¬ traire, vivra par sa foi en moi, » Au lieu de tablettes et de buis, en hébreu Alluoth, Sym- maque dit des « pages ; » et les Septante seuls ont mis : « Le juste vivra parce qu’il a gardé ma foi, » tandis que tous les interprètes disent : « Vivre à cause de sa foi, » et Symmaque donne même une interprétation beaucoup plus expli¬ cite : « Le juste, au contraire, vivra par le moyen de sa propre foi. » Bàemunatho, « dans sa foi, » ne pourrait se rendre, à bon droit, par les mots « dans ma foi, » que si la dernière lettre Vau était remplacée par Jod, et c’est donc Beahunathi que les Septante ont lu par erreur, trompés par l’extrême ressemblance du Vau et du Jod , qui ne diffèrent que pour la grosseur. La suite des explications fera comprendre là portée de cette remarcpie. Conformément à cette promesse faite à l’homme saint dans Isaïe : « Vous n’aurez pas fini de parler, que je dirai : Me voici, » Isa . lxy, 24, le semetipso. Justus autem in fide sua vivet. » Habac. ii, 2 et seqq. LXX : « Et respondit ad me Dominus, et dixit : Scribe visionem, et manifeste iu buxum [al. buxo] ut persequatur qui legit ea : quia adhuc Visio [al. visioni] in tempus, et orietur in finem, et non in vacuum. Si defecerit, sustine eum, quia veniens ve¬ niet, et non tardabit : si retraxerit se, non placebit animæ meæineo. Justus autem ex fide mea vivet. » Pro « tabulis et buxo, » quod Hebraice dicitur al¬ luoth [al. luth Symmachus interpretatus est « pa¬ ginas. » Et ubi Septuaginta posuerunt : « Justus autem ex fide mea vivet, » omnes æqualiter transtu- lerunt, u ex fide sua vivet. » Denique Symmâchus significantius interpretans ait : « Justus autem per fidem propriam suam. vivet, » quod Græce dicitur, °0 Sécaioç xrj eauxou tciotêi (a) : baemunatho quippe quod interpretatur « in fide sua, » si jod et non vau litteram haberet in fine,, ut Septuaginta pu- taverunt, etlegeretur bakmunathi, recte transtuli’ssent, « in fide mea. » Nunc autem similitudo litt-eræ vau et jod, quæ mensura tantum inter se distant, causa erroris fuit. Hoc quare dictum sit, sequens dispnta- tio comprehendit. (a) Hune locum dcpravntum invenies in antiquis editionibug, tam in ordinc Græcorum vorbovum , quam in leetioue contextus Hebraici. Conférât qui voluerit. jUart. — Hanc Martianæus sententiam Græcorum trajcctionc verborum, dum emendare vult, dépravât legens Ttânrei t?) o Sètacoç £«utou Nos quemadmodum et ab Eusebio laudatur, et jam inde ab Erasmi erat editione, reposuimus. 4 58 SAINT JÉROME Seigneur répond ici sur l'heure au Prophète. Il lui ordonne d'écrire ce qu’il va voir et de le tracer distinctement sur des tablettes, c’est-à- dire de l'écrire très lisiblement. Ces tablettes , à mon aviSj au sujet desquelles l’Apôtre écrit aux Corinthiens : « Vous ôtes vous-mêmes notre lettre de recommandation, qui est écrite dans nos cœurs, et qui est reconnue et lue de tous les hommes ; vos actions faisant voir que vous êtes la lettre de Jésus-Christ dont nous avons été les secrétaires, et qui est écrite, non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, et non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, qui sont vos cœurs. » II Corinth . in, 2, 3. Salomon, dans les Proverbes, émet une maxime dans le même sens : « Ecrivez-la sur toute l’étendue de votre cœur. » Prov. ni, 3. Il est ordonné au prophète d’écrire distinctement, afin que le lecteur puisse lire couramment, qu’il n’y ait aucun obstacle à la rapidité de sa lec¬ ture, ce qui arrêterait peut-être son désir de lire. Cet ordre est donné, d'ailleurs, parce que l’accomplissement de la vision est éloigné jus¬ qu’au temps marqué, jusqu’à ce qu'arrive la fin des choses. Dieu alors viendra aussi, et il mon¬ trera que l’événement a justifié la prophétie. Que si d’aventure, lecteur, à cause de votre im¬ patient désir de voir l’issue de cette vision, il vous semblait que l’accomplissement de la pro¬ messe éprouve quelque retard, gardez-vous de désespérer de sa réalisation ; attendez au con- Juxta repromissionem quæ ad sanctum virum in lsaia fit, dicens : « Adhuc loquente te, dicam, ecce adsum, » Isa. lxv, 24, nunc quoque prophetæ res- pondit Dominus, et præcepit ut scribat visioncm, et digérât [al. dirigat] eam super tabulas, id est, ma- nifestius scribat. Tabulas autem puto illas, de quibus et Apostolusloquiturad Corinthios : « Epistolanostra vos estis, scripta in cordibus nostris, quæ cognos- citur et legitur ab omnibus : manifestât!, quoniam estis epistola Çhristi, ministrata [al. manifestata] a nobis, et scripta non atramento, sed Spiritu Dei vi- ventis, non in tabulis lapideis, sed in tabulis cordis carnalibus. » II Cor. ui, 2, 3. Sed et Salomon taie quid significat in Proverbiis dicens : « Describe eam super latitudinem cordis tui. » Prov. m, 3. Scribere autem jubetur planius, ut possit lector currere, et nullo impedimento velocitas ejus, et legendi cupido teneatur. Et hoc præcipit, quia ad bue Visio procul est, et in tempore constituto. Et cum .finis rcrum advenerit, tune etiam ille veniet, et probabitur pro- phetia vera opéré compléta. Quod si forte pro cupi- ditate tua, o . lector, et videndæ visionis ardore, paululum tibi visum fuerit inoram facere quod pro- missum est, noli desperare venturum; sed exspecta traire avec patience, puisque je vous en fais de nouveau la promesse, « elle arrivera certaine¬ ment, et elle ne tardera pas/» S’il y a quelqu’un qui soit incrédule à cette promesse : « Elle viendra et elle ne tardera pas,» qui commence à hésiter, à être flottant dans le silence de son cœur, dans la pensée que cc qui est différé au temps prescrit n'arrivera pas , cet homme déplaira à mon âme, conformément à cette parole : « Mon âme hait vos néoménies et vos sabbats. » Isa. i, 13. Dieu disant « mon âme, » nous devons entendre son esprit et sa pensée, avec ce sens : Il déplaira à ma pensée. Puisque celui qui doutera de l'avènement d’une promesse que je fais me déplaira, le juste, d’autre part, pour avoir mis s^confiance dans ma promesse, vivra à cause de sa foi. Voilà comme les grandes lignes qui forment le tableau de ce contexte. Je vais maintenant en rendre le sens,, mais toutefois en mariant les deux traductions, u Ecrivez en votre cœur, et comme les jeunes enfants qui reçoivent les premiers éléments d’instruction affermissent sur le buis leur trem¬ blante main à tracer les lignes courbes des lettres et s’habituent par l’exercice à former une écriture correcte, vous aussi, dont le langage a reproduit devant moi les doutes du peuple sur la Providence, écrivez ce que je dis sur les tables de votre cœur et sur le buis de votre intelligence. C’est une vision dont je promets l’accomplissement, que je vous ordonne de patienter; me enim liabes, qui tibi pôlliceor et dico : u Veniens veniet, et non tardabit. » Si quis autem incredulus esthujus sponsionis meæ, et me dicente, « veniens veniet, et non tardabit, » cœperit ambigere, et in se tacitus fluctuare, putans non esse venturum quod moratur ad tempus ; hic meæ animæ displicebit, juxta illud : « Noemenias et Sabbata vestra odit anima mea. » Isa. i, 13. Quod autem animam suam Deus dixit, pro mente, et cogitatione debemus acci- pere, ut sit intellectus : meo sensui displicebit. Sicut autem displicebit ille qui, me promittente, dubita~ verit venturum esse quod spondeo : ita justus qui crediderit promissioni meæ, vivet in fide sua.'His quasi lineis capituli hujus pictura descriptaest. Quod autem dicit, hujuacemodi est, ita duntaxat ut et translationem Septuaginta misceamus. Scribe in corde tuo, et quasi pamUi qui prima elementa accipiunt litterarum, curvos apices et tre- mentern manum in buxo erudiunt, et ad rente scri- bendum meditatione consuescunt : ita tu quoque qui ex persona ambigentis locutus es populi, in ta¬ bulis cordis tui et in buxo pectoris scribe quod dico. Visio enin* est quæ promittitur jubeturque describi, et scribi manifestius, ut nullo involvatur nubilo, et COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC, m reproduire et d’écrire bien lisiblement, afin qu’aucun nuage ne l’enveloppe et qu’aucune ambiguité énigmatique ne l'obscurcisse. Je veux qu'une espérance incontestable repose sur une promesse des plus claires. Je vous fais ce com¬ mandement, ô Prophète, non a cause de votre ignorance de ces faits — vous ne seriez point prophète si vous ne les saviez pas, — mais afin que le lecteur puisse lire et parcourir, sans em¬ pêchement et sans difficulté, ce que vous aurez écrit bien nettement. Les Septante traduisent ainsi : « Afin que celui qui lit suive..., » dans le sens du précepte adressé à Timothée : « Sui¬ vez la justice, la piété, la foi, la charité, la pa¬ tience, la douceur; » I Tim. vi, \\\ et aux Romains : « Vous montrant sectateurs de l’hos¬ pitalité; » Rom. xn, 13; et aux Gorintliiens : « Suivez la charité. » I Corinth. xiy, \ .’ Quant à la vision elle-même dont je vous ai dit : « Ecri¬ vez cette vision et rendez-la manifeste sur le buis, afin que celui qui la lira puisse la suivre, » elle est encore dans le temps marqué, dont le Sauveur parle ainsi : « Je vous ai exaucé au temps favorable et je vous ai assisté au jour du salut. » Isa. xux, 8. Elle se lèvera à la con¬ sommation du monde et à cette dernière heure du jour dont parle saint Jean : « Mes petits en¬ fants, c’est maintenant la dernière heure ; » I Joan. h, 18; et elle ne viendra pas en vain, puisqu’elle fera le salut de plusieurs et réunira la multitude des nations avec les restes du peuple d’Israël. Que si cette vision diffère un nulhs ænigmatum obscuretur ambagibus ; manifesta spes manifestam habeat sponsionem. Hoc autem, o propheta , præcipio , non quod tu nescias (non enini esses propheta, si ignorâmes), sed ut quod tu manifestius scripseris, lector absque impedimento et difficultate possit legere atque percurrere ; quod ‘ SeptuagintatranstulerunL: otccjü; Ôiojxï] ô avaycvtoaxtov, id est, « ut persequatur qui legit, » juxta ilium sen- sum, qui ad Timotheum scribitur : « Persequere justitiam, et pietaLem et fidem, charitatem, patien- tiam, mansuetüdinem ; » I Tim. vi, 11 ; et ad Rorna- nos : « Ilospitalitatem sectantes ; » Ro?n. xn, 18 ; et ad Corinthios : « Persequimiui charitatem. » I Cor. xiv, 1. Ipsa autem Visio do qua tibi dixi : Scribe vi- sionem, et manifesta in buxo, ut possit persequi qui legit, adhuc in tempore constituto est, de quo Sal- vator ait :« Tempore acceptabilité accepto] exaudivi te, et in die salutis auxiliatus sum tibi. » Isa. xux, 8. Et orietur in consummatione mundi, et in extre- rna diei liora, de qua loquitnr et Joannes : « Eilioii, nunc liora novissima est. » I Joan. n, 18. Et non frustra veniet ; salvabit enim multos, et cum reii- quiislsraelitici populi multitudinem gentium congre- peù et si, au gré de vos vœux, lecteur à qui il est ordonné de la lire sur les buis et sur les tables où l’a écrite le Prophète, il vous semble qu’elle vient trop lentement, -attendez -la néan¬ moins, « car elle viendra assurément, et elle ne tardera pas. » Si le doute altère votre foi, si vous accueillez la pensée que ce que je promets n’arrivera pas, vous serez sévèrement puni, en ce que vous déplairez à mon âme , tandis que le juste, qui croit à mes paroles et ne tergiverse pas au sujet de mes promesses, aura pour ré¬ compense la vie éternelle. Et ne vous hâtez pas de m’accuser de faire acception de personnes en vous donnant la mort et en lui donnant la vie, parce qu’il est lui-même la cause de sa vivification, dès que c’est de sa foi que lui vient la vie, comme vous-même vous avez déplu à mon âme en vous dérobant â la foi et en ne voulant pas croire. C'est ici une prophétie évidente au sujet de l’avènement de Jésus-Christ. La question pro¬ posée se résout donc de cette manière, que jusqu’à ce qu'il vienne, l’iniquité dominera dans le monde, le jugement n’arrivera pas à son but, et le vrai Nabuchodonosor prendra dans ses rets et dans ses filets les hommes comme des poissons et l’animal raisonnable comme un reptile qui n’a pas de prince. De ce qu'au lieu d’employer visio , j’ai traduit ainsi ; « Parce que ce que vous voyez, visus, est encore loin, et s’il met du retard, attendez -le, » c’est-à-dire atten¬ dez ce que vous voyez, vistan, on ne doit pas gabit. Quod si paululum se subtraxorit, et votis tuis, lector, qui legere juberis in buxo et in tabulis, quas propheta descripsit, venire tardius visio bœpe- rit, exspecta eam : « Quia veniens veniet, et non tardabit. ».Si autem dubitaverit fides tua, et putave- ris non evènire quod spondeo, habebis pro grandi pœna quod meæ animæ displicebis. Justus autem qui crédit verbis mais, et de bis non ambigit quæ polliceor, habebit præmium vitam sempiternam. Nec statim debes arguere vel in te interficiendo, vel in illo vivificando, quod apud me acceptio personà- rum sit. quia ipse vivificationis suæ causa est, qui ex fide sua vivit, sicut tu ex eo quod te subtraxisti, et credere noluisti, displicuisti animæ meæ. Manifeste autem in his de adventu Chris ti prophe- tia est. Unde et proposita quæstio solvitur, quod donec ille veniat, iniquitas dominetur in mundo, et judicinm non perveniat ad fidem, et verus Nabu- chodonosor capiat rete suo et sagena homines quasi pisciculos, et rationabile [al. rationale] animal quasi reptile, non habens principem. Porro quod pro vi- sione interpretati sumus : « Quia adhuc visus procul, et si moram fecerit, exspecta ilium, » id est, visum, 160 SAINT JÉROME conclure que j'ai commis une erreur en écri¬ vant, au lieu de Visio , qui est du genre féminin, visu s , qui. est du masculin, et moins usité en latin ; puisque Hazon , qu'Aquila rend par ôpafxaTtafjLov, est en hébreu du genre masculin, et que le texte original lui conserve, jusqu'à la fin, la même déclinaison masculine. Les Sep¬ tante, au contraire, en disant : « Ecrivez cette vision, et ensuite : « S'il diffère, attendez-le, parce qu’il viendra assurément, et ne tardera pas ; si quelqu'un s’y refuse à l'attendre, il déplaira à mon à me en cela, » ont d'abord rendu par vision du genre féminin un mot mas¬ culin en hébreu, et ensuite ils sont revenus à la déclinaison masculine de ce mot, telle qu'elle est dans l’hébreu : « Àttendez-le, » et il déplaira à mon âme en cela, » alors qu'ils auraient dû évidemment, après avoir une première fois tra¬ duit par vision, demeurer fidèles au genre féminin dans le reste, et dire : « Attendez -la, car elle viendra certainement ; si quelqu'un ^ refuse de l'attendre, il ne plaira pas à mon âme à cause d'elle, » c'est-à-dire, de cette vision. Je fais cette remarque pour ne point paraître passer sous silence ce que j'ai appris. Je n’ignore pas d’ailleurs que, d’après leur version, ce pas¬ sage peut encore être ainsi entendu : Ecrivez cette vision dans laquelle Jésus-Christ est promis , et reproduisez, ou sur le buis, ou sur des tablettes, ou, d’après Symmaque, « sur des non putet aliquis errore deceptus pro visione quæ est generis feminini, visum posuisse, qui est gene- ris masculini, et minus usi latum est iu Latino. Siquidem hazon quod Aquila interpretatur ôpàp.oma- (j.ôv, apud Hebræos généré masculino « visus » dici- tur, et usque ad finem sub eodern genere visionis, idest, u visas,» ruasculinadecliuatio conservatur. Sep- tjuaginta autem dicentes : « Scribe visionem ;» et pos- ten: «Si defecerit, Justine eum, quia veniens veniet, et non tardabit ; si subtraxerit ee, non placebit ani- mæ meæ in eo, » primurn interpretati sunt visionem genere feminino, quæ apud Hebræos, ut diximus, masculini est ; deinde secundum Hebraicum genus, ubi declinatnr masculine : « Sustine eum, et non placebit animæ meæ iu eo, » ipsi quoque masculino genere declinaverunt ; cum utique debuerint juxta id quod primurn interpretati sunt « visionem, » etiam in reliquis femininum genus ponere visionis, ut dicerent : « Exspecta eam, quia veniens veniet ; quod si se subtraxerit, non placebit animæ meæ in ea, » id est, « in visione. » Hoc propterea, ne quod sciebamus, videremur tacere. Cæterum non ignoro secundum interpretationem eorurn posse et ita ac- cipi : Scribe visionem in qua Christus repromittitnr, etprophetiæ tnæ vel in buxo, vel in tabulis, vel, nt pages, » ce développement de votre prophétie : qu'au temps marqué et à la consommation du monde mon Fils viendra pour sauver les brebis perdues delà maison d'israôl, qu’il rassemblera les autres brebis avec ses anciennes brebis, et que, formant un seul et même troupeau, il réunira les deux verges qu'Ezôchiel, c'est-à-dire « la vertu de Dieu, » tient rapprochées et étroi¬ tement entrelacées dans sa main prophétique. Ezech. xix. Que si, ô Prophète, ou bien, ô vous, peuple, d’après les propos de qui mon Prophète lui-même a paru douter de ma providence, le Christ différait quelque peu et semblait lent à venir, attendez-le néanmoins, parce qu’il vien¬ dra certainement, et il ne tardera pas ; et le reste qui a été déjà commenté. Pourquoi l’Apôtre, écrivant aux Romains : « Le juste vit de la foi qui vient de moi, » Roin. r, 17, a-t-il préféré s’appuyer sur la version des Septante que sur le texte hébreu? la raison est des plus claires : il écrivait à des Romains, qui ne savaient pas les Ecritures hébraïques, et il n'avait aucun souci des mots, pourvu que le sens fût sûr et que la discussion qu'il soutenait n'éprouvât de là aucun dommage. Qu'on n’oublie pas, en effet, que partout où il y a divergence de sens entre ce qui est écrit d’une manière dans l'hé¬ breu et d'une autre dans les Septante, Paul ne se sert que des témoignages qu’il a appris de Gamaliel, docteur de la loi. S37mmaclius transtulit, « paginis, » hune texe sermo- nem, quod tempore coustituto, et in consumma- tione mundi veniat Filius mens, qui salvet oves per- ditas dormis Israël, et alias quoque oves antiquis ovibus copulet, et uuum efficiens gregem jungat du as virgas, quas Ezechiel, id est, « virtus Dei, » sociatas et sibi iuvicem cohærentes tenet in propbe- tali manu. Ezech. xix. Quod si paululum, o propbeta, vel tu, popule (ex cujus persona dubitare visus est et propbeta meus), se subtraxerit Christus, et visus fuerit retardare, exspecta ilium, veniens enim veniet, et non tardabit ; et cætera quæ jam supra exposui- mus. Porro quod Àpostolus LXX magis testimonio abusus est, ad Romanos ecribens : « Justus autem ex fide mea vivet, « Rom. î, 17, et non eo quod ha- betur in Hebraico, causa perspicua est. Scribebat enim Romanis, qui Scripturas Hebraicas nesciebant, nec erat ei cura de verbis, cum sensus essetin tuto, et damnum ex éo præsens disputatio non haberet. Alioquin ubicumque diversus est sensus, et aliter scriptnm est in Hebraico, aliter in LXX, nota eum uti bis testimoniis qnæ a Gamaliele doctore legis didicerat. « Et quomodo vinum potantem decipit, sic erit vir superbus, et non decorobitur, qui dilatavit quasi COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABAGUC. 161 « Comme le vin trompe celui qui en boit avec excès, ainsi le superbe sera trompé, et il ne demeurera point dans son éclat, parce que les désirs de son Ame sont vastes comme l'enfer, et qu’il est lui-mème insatiable comme la mort. Il travaille à réunir sous son joug toutes les nations, et â mettre en un monceau, sous ses pieds, tous les peuples. Mais ceux-ci ne s'arme¬ ront-ils pas contre lui des paraboles des Pro¬ phètes et de leurs malédictions énigmatiques? Ne dira-t-on pas : Malheur à celui qui ravit sans cesse ce qui ne lui appartient pas? Jusques A quand amassera-t-il contre lui-mème des mon¬ ceaux de boue? Ne verrez-vous pas s’élever soudain contre vous des gens qui vous mor¬ dront? Ne seront-ils pas suscités, ceux qui vous déchireront, et dont vous deviendrez la proie? Gomme vous avez dépouillé tant de peuples, tous ceux qui en sont restés vous dépouilleront, à cause du sang de l’homme que vous avez versé, et de l'iniquité de la terre, de la ville et de tous ceux qui y habitaient. Habac. n, 5 et seqq. Les Septante : « Celui qui est arrogant et plein de mépris, l’homme orgueilleux, ne mène rien à sa lin; les désirs de son âme sont vastes comme l’enfer, et il est lui-mème insatiable comme la mort. Quand il aura réuni sous son joug toutes les nations et se sera assujetti tous les peuples, ceux-ci ne s'armeront-ils pas contre lui des paraboles des Prophètes, pour les appli¬ quer au récit de ses crimes, et ne diront-ils pas : Malheur à celui qui multiplie dans ses trésors infernus animam suam, et ipse quasi mors, et non adimpletur. Et congregabit ad se omnes gentes, et coacervabit ad se omnes populos. Numquid non omnes isti super eum parabolam suaient, et loque- lam ænigmatum ejus , et dicetur : Væ ei qui multi- plicat non sua : usquequo aggravât contra se densum lutum ? numquid non repente consurgent qui mor- deant te ; et suscitabuntur lacérantes te, et eris in rapinam eis ? Quia tu spoliasti gentes raullas, spo- liabunt te omnes qui reliqui fuerint de populis propter sanguinem hominis, et iniquitatem terræ, civitatis et omnium habitantinm in ea. » Habac. n, 5 et seqq . LXX : « Qui autem arrogans est et contemp- tor, vir superbus, nihil perducit ad Jfinem ; qui dila- tavit sicut infernus animam suam, et iste quasi mors, non adimpletur. Et congregabit ad se omnes gentes, et accipiet ad se omnes populos ; nonne uni- versa liæc adversum eum parabolam surnent, et propositionem ad narration cm ejus, et dicent : Væ qui multiplicat sibi quæ non sunt sua? usquequo aggravât torquem suam graviter, quia subito consur¬ gent mordentes eum, et vigilabunt insidiatores tui, TOME IX. les richesses qui ne lui appartiennent point? Jusques à quand rendra-t-il de plus en plus lourde la chaîne de son cou ? car il se lèvera tout â coup des gens pour le mordre. Ceux qui vous tendent des embûches vous épient, et vous deviendrez leur proie. Gomme vous avez dé¬ pouillé tant de nations, les peuples qui restent vous dépouilleront, â cause du sang des hommes que vous avez versé et des impiétés de la terre, de la ville et de tous ses habitants. » Comme les promesses prophétiques sont faites au sujet de l'avènement de Jésus-Christ, ou, d’après une autre opinion, au sujet de la fin des prophéties et de l’accomplissement du secours de DieuJ, et que celui qui croira que ces choses arriveront vivra de sa foi, tandis que celui qui sera incré¬ dule, déplaira â l’âme du Seigneur, Nabuclio- donosor, roi de Babylone, sera trompé par son orgueil même. Comme le vin dégrade celui qui en boit avec excès, en sorte que, quand il se lève, ni ses pieds ni sa raison ne, remplissent leur office, la joie et le délire de son esprit se changeant en causes de chute, ainsi l’homme superbe ne demeurera point dans son éclat, il n’arrivera pas aux fins de ses volontés, et, d’après Symmaque, il tombera dans la pénurie de toutes choses, parce que, comme la mort et l’enfer, il est insatiable de cadavres, et qu’en assujettissant à son empire toutes les nations et tous les peuples, il ne voit pas de terme â son avarice. Lorsqu’il se sera enivré à la coupe du Seigneur, et que le vin pur de la colère et eris in rapinam illis ? Quia tu exspoliasti gentes multas, exspoiiabunt te omnes relrqui populi prop¬ ter sanguinem hominnm et impietates terræ, et civi¬ tatis, et omnium habitatorum ejus. » Cum hæc de Christi adventu sint repromissa, sive, ut quibusdam placet, de visionis fine et de completione auxilii Dei ; quod qui crediderit esse venturum, vivet ex fide sua ; qui vero incredulus fuerit, Domini animæ displicebit ; Nabuchodonosor rex Babylonius deci- pietur superbia sua. Et quomodo vinum contra po- tantem facit, et postquam surrexerit, neque pes, neque mens suurn offîcium tenent, omnisque lætitia et mentis exhilaratio vertitur in ruinam ; sic vir su¬ perbus non decorabitur, neo voluntatem suam per- ducet ad fmem, et juxta Symmachum ou/. ôUTCopyjast, hoc est, in rerum omnium erit penuria. Qui, quasi mors et infernus, non saturatur occisis et omnes gentes cunctosque populo suo imperio subjugans, finem avaritiæ non putavit. Nonne cum inebriatus fnerit poculo Domini, et meraco calice consopitns, omues super eum per comparationem loquentur, TCpd6Xï)(jta?Væ eiqui totum orbem vastans,non satu- 11 162 SAINT JÉROME divine l’aura frappé d'un profond engourdisse¬ ment, tous ne lui jetteront-ils pas l'insulte, en comparant son éclat passé à sa chute? Malheur à celui qui ravage tout l'univers sans être ras¬ sasié de rapines, qui persiste à dépouiller ceux qu’il a déjà faits nus, qui n’exerce les violences que pour le plaisir de dévorer, et qui entasse sur ses épaules les injustices et les rapines, jus¬ qu’à ce que ce collier, si l’on peut ainsi dire, l’écrase sons son poids accablant! — Remar¬ quons en passant avec quelle élégance expres¬ sive le texte qualifie de boue épaisse les richesses multipliées. — Est-ce qu’ils ne se lèveront pas soudain, les Mèdes et les Perses, qui, détruisant l'empire de Babylone, déchireront le roi chal- déen après l’avoir mordu? Nabuchodonosor ne deviendra-t-il pas leur proie, et, après avoir ravagé tout l’univers, ne sera-t-il pas dépouillé parles restes des peuples qui auront pu échapper à sa main et à sa cruauté ? Il sera frappé de la sorte à cause du sang de l’homme, c’est-à-dire de Juda, qu’il a versé, et des injustices qu’il a exercées contre la terre, évidemment celle d'Is¬ raël, et la ville ou Jérusalem, et tous ses habi¬ tants, pour signifier tout le peuple qui est dans ses murs. Analysons aussi les Septante. Tout ce que nous avons dit de ce monde et de Nabuchodo¬ nosor peut se rapporter à ce monde et au diable, qui vraiment arrogant et superbe, et croyant être quelque chose, ne mènera rien à sa fin, puisque tous ses efforts et tout son labeur ne posséderont que la mort. Semblable à l’enfer ratur rapinis, nec desinit exspoliare jam nudos, et ad hoc tantum sævit, ut devoret, et iniquitatis et prædarum ouerc quasi gravissima torque sc dépri¬ mât ! Simulque considéra quam clegauter multipli- catas divitias densum appellaverit lutum. Numquid non repente consurgent Medi atque Persæ, qui Ba- byloniorum imperium destruentes, mordeant eum primum, et postea lacèrent ; fiatque eis Nabuchodo¬ nosor in rapinam, et vastator totius orbis exspolie- tur a reliquis populis, qui manum et crudelitatem illius evadere potuerunt? Hoc autern ei ifiet propter sünguinem hominis, id est, Judæ, et iniquitatem terne, videlicet Israël , et civitatis, haud dubium quin Jérusalem, et omnium habitantium in ea gene- raliter populum significans. Discutiamus et Septuaginta. Omnia quæ de Baby¬ lone et Nabuchodonosor diximus, referri possunt ad mundum istum, et ad diabolum, qui vere arrogans et superhus, et aliquid esse se credens, nihil perdu- cet [al .perducü] ad finem, siquidem couatus ejus et omnis labor habebit interitum ; qui, in similitudinem inferni et mortis, non saturatur occisis, et omnium et à la mort, il est insatiable de cadavres*; il fait sa joie de tromper toutes les nations et de réunir les peuples sous sonjoug. Lorsque ceux- ci le verront précipité dans l’ablme et livré à la Géhenne, devant l’accomplissement des para¬ boles et des énigmes qu’ils avaient lues dans les Prophètes, ils les rappelleront pour lui en faire l'application tout d’une voix : Malheur au diable qui a multiplié ses rapines sur ce qui ne lui appartenait pas ! Malheur à la perdrix, qui a rassemblé les oisillons qu’elle n’avait pas en¬ gendrés! « Jusques à quand? » — Cette locu¬ tion est le cri de gens qui accusent, ou qui font allusion au jour du jugement. — «Jusques à quand appesantira-t-il son collier d’un poids tou¬ jours grandissant I » 11 est d’ailleurs fort juste, puisqu’il est arrogant et superbe, et que l’orgueil se révèle particulièrement aux yeux par la ten¬ sion du cou et l’érection de la tète, que ce col¬ lier soit des plus lourds, pour qu’il fasse plier ce qui se redressait insolemment. 11 en sera ainsi, parce que soudain se lèveront ceux qui doivent le mordre, soit les anges avec lesquels le diable doit être livré au châtiment, soit ses captifs d’autrefois, qui, faisant pénitence et retournant sous les étendards de Jésus-Christ, mordront Satan, comme l’Ecriture l’enseigne ailleurs : « Ces hommes qui paraissaient vos amis vous ont tendu des pièges. » Jérém. xxxvm, 22. Au reste, le texte poursuit : « Ceux qui vous tendront des embûches s’éveilleront, » c’est-à- dire, vous tomberez dans les pièges de ceux que vous aviez auparavant enivrés et plongés dans gentium dcceptionc lætatur, et ad se populos con- gregat. Qui cum ehm viderint missum in Abyssum, et Tartaro tradition, ea quæ in propbetis parabolice et aEvLYP«~ajScoç legerant, videntes esse compléta, et interprétantes super eo, consonavoce memorabunt: Væ diabolo, qui multiplicavit sibi non sna ! Væ per- dici, quæ oongregavit quæ non peperit. « Usque- quo ? » vel increpantium est vox ista, vel judicii diem demonstrantium. « Et aggravans lorquem suam infinito pondéré. » Et pulchre, quia arrogans et su¬ perbus est (superbia autem propric in extensione colli et ccrvicis ercctionc monstratur), torques gra¬ vissima sit, ut curvet quod fuerat crcctum. Et istud eveniet quia subito consurgent qui mordeant eum, vel angelb cum quibus diabolus tradetnr in pœnarn, vel qui ab eo tenti fuerant, agentes postea pceniten- tiam, et ad Chris ti vexilla conversi, mordebunt eum, juxta illud quod alibi dicitur : « Viri pacifici tui posuerunt insidias tibi. » Jerem. xxxvm, 22. De- nique sequitur : « Et evigilabunt insidiatores tui, » id est, quos ante consopieras, quos inebriaveras, illorum insidiis subjacebis , vastantium regnum GOMMENT AIRES SUR LE PROPHÈTE HÀBÀCUC. 163 Je sommeil de l’ivresse ; ils ravageront votre royaume, et ils ramèneront dans les bataillons de Jésus-Christ ceux qui avaient été vos esclaves. Car vous avez livré au pillage bien des nations, et vous avez dépouillé le peuple juif des parures et des vêtements que je lui avais donnés. C’est pourquoi tous les autres peuples qui n’ont point courbé la tète sous votre joug vous dépouille¬ ront, et vous rendront nu, parce que vous avez mis à mort tant de nations et que vous avez versé leur sang. Bien plus, l'impiété de la terre, c’est-à-dire des Juifs, et de la ville de Jérusalem, et de tons ses habitants, qui ont crié contre leur Créateur : « Crucifiez, crucifiez-le 1 que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Joan. xix, 6, retournera sur votre tète et sera cause que vous serez dépouillé. On peut aussi tourner l’interprétation de cette prophétie contre l’Antéchrist, qui doit pousser l’arrogance et l’orgueil jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu et à se dire Dieu. Semblable à l’enfer et à la mort, il ôtera la vie à tant d’âmes et les rassemblera sous ses pieds, que, s’il le peut, il trompera même les élus de Dieu. Marc. xiii. Il s'assujettira toutes les nations et entraî¬ nera tous les peuples dans son erreur. Ceux-ci, quand ils le verront mis à mort par le souffle de la bouche de Jésus- Christ, comprendront la vérité de ce qui avait été autrefois prédit à son sujet, et diront les paroles qui suivent dans le texte, avec le même sens que nous leur avons tuum, et eos qui captivi fuerunt in Christi turmas redigentium. Tu enirn deprædatus es gentes multas, et Jnduicum populum ornatu et vestibus, quas ei de- deram, spoliasti ; idcirco omues reliqui populi, qui tuo imperio non subjecerint [al. subjecere] cervicem, spoliobunt te et nudum facient, quia et tu interfe- cisti gentes plurimas, et fudisti sanguinem earum. Sed et terræ impietas, id est, Judaicæ, et civitatis Jérusalem, et omnium babitatorum ojus [qui dixe- mnt adversum Creatorem suum : « Crucjfîge, cruci- fige eum ; sanguis ejus super nos et super filios nos- l.ros, » Joan. xix, 6, J rcvertetur in caput tuum, et exspoliationis tuæ causæ erunt. Potest autem hoc ipsum et de Antichristo inter- pretari, qui in tantum erit arrogans et superbus, ut in templo Dei sessurüs sit, faciens se Denm. Et, quasi internas et mors, tantos interficiet, et ad se congre - gabit, ut, si ficri possit, decipiat etiam electos Dei. Marc. x;u. Congregabit quoque ad se omnes gentes, et uni versos populos in snum ducét errorem. Qui eum postea interfectum ilium spiritu oris Christi viderint, intelligent vcra esse quæ de eo ante prædicta sunt, et dicent omnia quæ sequuntur, eadem intelli- gentia, qua exposuimus super diabolum. Quod au- donné à propos du diable. Sur ce point : « Tous les peuples qui resteront, vous dépouilleront à cause du sang des hommes, et de l’impiété de la terre, de la ville et de tous ceux qui y habi¬ taient. » Par les peuples qui resteront, il faut entendre les saints, qui n’ont pas été asservis à l'Antéchrist, et qui dépouilleront l’impie à cause de l’impiété même qu’il a exercée contre toute la terre, et de la dévastation de la cité de l’Eglise, et de la persécution contre tous ceux qui y ont habité. Car le ravage sera si grand, une impiété si abominable, à la fin des choses, lorsque sévira l’Antéchrist, répandra sa conta¬ gion dans les Eglises, et l’iniquité du plus grand nombre s’étant multipliée, la charité se refroi¬ dira tellement, Matth. xxrv, queNotre-Seigneur, qui connaît les secrets des cœurs et qui n’ignore pas ce qui doit arriver, a dit : « Lorsque le Fils de l’homme viendra, pensez-vous qu’il trouve de la foi sur la terre? » Luc . xvm, 8. Nous pouvons aussi, conformément à la doc¬ trine de l’apôtre Jean, qui décrit : « Comme vous avez entendu dire que l'Antéchrist doit venir, il y a maintenant plusieurs Antéchrist s, » I Joa?i. n, 18, par où nous connaissons aussi que nous sommes àladerniere heure, entendre, par arrogants et superbes, tous les hérétiques et tous ceux dont la doctrine perverse usurpe le nom de science, qui méprisent la foi simple de l’Eglise, qui ne mènent rien à sa fin et met¬ tent leur joie dans la mort d’un grand nombre. tem dicit : Exspoliabunt te omnes reliqui populi propter sanguinem hominum, et impietatem terræ, et civitatis, et omnium babitantium in ea, rcliquos populos sanctos intelligamur , qui Antichristo non servierunt, ,a quibus exspoliabUur impius propter impietatem quam exercuit in universam terrain, et vastationem civitatis Ecclesiæ , et persecutionem omnium, qui habitavernnt in ea. Tanta enim vasti- tas, et tanta impietas in fine rerum, Antichristo sæviente, grassabitnr in Ecclesiis, et multiphcata iniquitate multorum, in tantum refrigescet charitas, Matth. xxiv, ut Dominas qui cordis arcana cognos- . cit, et quod futurum est non ignorât, dixerit : « Pu- tas veniens Filius bominis inveniet fidem super ter- ram. » Luc. xvm, 8 ? Possumus quoque secundum Joaunem apostolum (qui scribit : « Sicut nudistis quia Anticliristus veniet, nunc autem Àntichristi multi sunt, » I Joan. u, 18, unde et cognoscimus quoninm novissimn liora est) omnes liæreticos, et universum dogma perversum arrogautium sibi scientiam et simplicitatem Ecclesiæ contemnentium, qui nihil perdumint ad finem, sed delectantur mortibus plurimorum, arrogantes et su- perbos dicere, et totain continentiam capituli super 164 SAINT JÉROME Le sens de tout ce contexte peut être tourné contre eux. Et véritablement, ils multiplient leurs rapines sur ce qui ne leur appartient pas, et pour amasser comme un pesant fardeau de boue et un écrasant collier, par où ils seront traînés aux châtiments éternels, ils dépouillent des nations sans nombre, ils répandent le sang des hommes, et ils exercent l’impiété contre l’Eglise et contre tous ses habitants. Mais les peuples qui restent, les champions de l’Eglise que n’a point séduits leur erreur, se lèveront tout à coup, ils s’éveilleront comme d’un pro¬ fond sommeil, et ils les mordront, ils leur ten¬ dront des embûches et ils en feront leur proie. Quelques auteurs pensent que les mots : « Malheur à ceux qui multiplient en leurs mains ce qui ne leur appartient point! » etc., peuvent s’entendre des riches, qui reculent toujours les . limites de ce qu’ils ont, et regardant comme biens de l’homme les choses qui n’appartien¬ nent point à l’homme, amassent pour eux ces biens qui les quitteront tout à coup, la posses¬ sion terrestre n’appartenant pas, en effet, à l’homme, c’ést-â-dire à l’animal raisonnable, comme le démontrent ces paroles de Notre-Sei- gneur : « Si vous n’avez pas été fidèles dans un bien étranger, qui vous donnera le vôtre? » et ces auteurs commentent tout ce contexte sur le personnage du riche. Maisje ne vois pas trop qu’ils puissent conserver l’ordre de la question prophétique et de sa solution. « Malheur à celui qui amasse pour sa maison eorum intelligentiam temperare : qui vere multipli- cant sibi non sua, et quasi gravissimum lutum et ponderosam torquem, qua pertrahantur ad pœnas, sibi congregantes, spoliant gentes multas, et effun- dunt sanguinem hominum, ot impletatem exercent in Ecclesiam, et in omnes habitatores ejus. Sed reli- qui populi, ecclesiastici videlicet viri, qui nonfuerint eorum errore decepti, subito consurgent, et evigila- bunt quasi de gravi somno, et mordebunt eos, et insidiabuntur illis, et liabebunt eos in prædam. Quidam pu tant hoc qnod dicitur : « V æ qui multi- plicant sibi quæ non sunt sua, » et cætera, de diviti- bus posse accipi, qui possessionumterminos dilatant, et ea quæ non sunt hominis, hominis arbitrantes, congregant sibi, a quibus subito relinquentur; quod autem non sit hominis, id est, animalis rationabilis, terrena, possessio, et Dominus demonstrat, dicens : « Si in alieno non fuisfis fideles, quod vestrum est, quis dabit vobis ? » Luc. xvr, d2 , to tunique capituli textum super hac persona edisserunt. Sed nescio an possint quæstionis et solutionis propheticæ ordinem servare. « Væ qui congregat avaritiam malam domui suæ, une avarice criminelle, pour avoir son nid le plus haut qu’il pourra, s’imaginant qu’il se dé¬ livrera ainsi de la main de la douleur. Vos grands desseins pour votre maison en seront la honte ; vous avez ruiné plusieurs peuples, et votre âme s’est plongée dans le péché. Mais la pierre criera contre' vous du milieu de la mu¬ raille, et le bois qui est entre les jointures des édifices lui répondra. » Abac. u, 9-dl. Les Sep¬ tante : « Oh ! l’homme qui multiplie pour sa maison une avarice criminelle, afin de mettre son nid le plus haut qu’il pourra, et de se sous¬ traire à la main des maux. Vos grands desseins pour votre maison en seront la honte; vous avez dévoré plusieurs peuples, et votre âme s’est plongée dans le péché. Mais la pierre criera du milieu de la muraille, et voilà ce que le scarabée dira du milieu du bois. » La pro¬ phétie est toujours dirigée contre le. même personnage : il amasse des monceaux de maux, il ne comprend pas que la multiplication des richesses causera la ruine de sa maison. En même temps, il est accusé d’orgueil dans la mé¬ taphore qui lui reproche d’avoir placé, comme font certains oiseaux, son nid le plus haut qu’il a pu, et de s’être cru à couvert de la main de la souffrance, c’est-à-dire d’avoir cru qu’il ne tomberait jamais au pouvoir des ennemis ; dessein orgueilleux et pensée arrogante qui ont eu pour fin sa propre honte. Vous avez fait périr un grand nombre de peuples, et en met¬ tant à mort les autres, c’est contre votre âme ut sit in excelso nidus ejus, et liberari se putat de manu mali. Gogitasti confusionem domui tuæ ; con- cidisti populos multos, et peccavit anima tua. Quia lapis de pariete clamabit , et lignum quod inter juncturas ædificiorum est respondebit. » ilabac. n, 9-11. LXX : « O qui multiplicat avaritiam malam domui suæ, ut ponat in excelso nidum suum, et eruatur de manu malorum ! Cogitasti confusionem domui tuæ ; consumpsisti populos multos, et pecca¬ vit anima tua ; propter quod lapis de pariete clama¬ bit, et scorabæus de ligno loquetur ea. » Adhuc ad. ipsum sermo est, qui sibi coacervet mala, et divitia- i‘um multitudinem non intelligat causam esse ruinæ suæ domus ; simulque per metaphoram superbiæ arguitur, quod ad avium similitudincm in excelso posnerit nidum suum, et arbitratus sit erui se de manu mali, id est, nunquam venire in liostium po¬ tes tatem : quod superbiæ consilium , et arrogans cogitatio finem habuit ignominiam. ïnterfecisti po¬ pulos multos, et in aliis occidendis contra animam tuam desævisti, et in tanta [al. in tantum] crudelitate bacchatns es, ut, si dici potest, lapides civitatis et ligna parietum quos subverti3ti, tuam ferociam cia- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE IIABACUC. 165 que vous avez sévi; votre fureur de cruauté a été si grande que les pierres de la ville et les bois des murailles que vous avez renversées crient, pour ainsi dire, pour porter témoignage contre votre férocité, Notre-Seigneur emploie une expression sem- lable contre les Pharisiens, sur leur reproche qu’il n’imposait pas silence aux enfants qui le suivaient avec eette exclamation : « Hosanna au plus haut des cieux an fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! ïïosan- . na!... quand il leur dit: « N’avez -vous jamais lu cette parole de l’Ecriture : Vous avez tiré la louange la plus parfaite de la bouche des petits enfants, et de ceux qui sont à la mamelle? Psalm. viu, 3. Et s’ils se taisent, les pierres crieront. Matth. xxi, 9, 16. Quoique plusieurs commentateurs interprètent ainsi ce passage : Si les Juifs se taisent, la multitude des Gentils confessera mon nom, voici néanmoins une interprétation plus énergique et plus vraie : Alors même que les hommes garderaient le silence et que la langue envieuse ne proclame¬ rait pas la multitude de mes miracles, les pierres elles-mêmes, les fondements des mu¬ railles et les matériaux dont elles sont bâties prendraient une voix pour raconter ma gran¬ deur, Pour éclaircir entièrement ce point, de¬ mandons des exemples à la littérature profane elle-même. Salluste s’exprime ainsi dans ses Histoires : « Les Sagontins, illustrés par leur foi et leurs malheurs, plus grands par leur glorieux suicide que d’autres par les plus rares richesses : mitent. Taie quid et Dominus in Evangclio contra Pharisæos objurgantes, quare non increparet puer os acclamantes siJbi : « Hosanna in excelsis filio David ! benedictus qui venit in nomme Domini I Hosanna in excelsis ! Non legistis, » inquit, « quia scriptum est ; » Psalm. vin, 3 : « Ex ore infantium et lacten- tium perfecisti laudem?Et si isti tacuorint, lapides clamai) un t. » Matth. xxi, 9, 16. Licet enim plerique ita intelligendum pu lent : Si Judæi tacuerint, multi¬ tude me gcntium confitebitur, tamcn hæc est ex- pressior et verior intelligcntia : Etiamsi homines tacereut [al. taceant ], et signorum meorurn multitu- dinem lingua invidens non loquatur, tamen lapides ipsi, et fundamenta murorum, et' parietum ædifica- tio meain poterunt maguitudineui p ers on are. Quod ut signifîcantius fiat, ponamus litteraturæ quoque sæcularis exempla. Crispus (Sallustius) loquitur in Historiis : « Saguntini fidc atque ærumnis inclyti, præ mortalibus, studio majore quam opibus, quippe apud quos [al. quels] etiam tum semiruta mœnia, dosnus intectæ, parietesque templorum ambusti, manus Punicas ostentabant. » Similc quid et Tullius chez eux alors encore les remparts à demi écroulés, les maisons sans toit, les murs con¬ sumés des temples racontaient aux yeux les œuvres des Carthaginois. » Cicéron emploie la même figure lorsque, dans son discours pour Marcellus, il dit à César : « J’en atteste le Dieu Fidius! j’entends les murs de cette curie vous comblant à l’envi d’actions de grâces, parce qu’en peu de temps sera rétablie l’autorité autour des sièges de leurs ancêtres qui sont leurs sièges. » Ce que j’ai traduit par ces mots : « Et le bois qui est entre les jointures des édi¬ fices répondra, et les Septante par ceux-ci : « Et le scarabée dira cela du milieu du bois, » Symmaque, selon sa coutume, l’a rendu plus simplement: « Et la jointure de bois de l’édifice dira ceci. » La traduction de Théodotion et celle de la cinquième édition concordent avec celle de Symmaque et avec la mienne ; car, en hébreu, Chaphis est le nom de la charpente de bois placée au milieu de la construction pour relier entre elles les différentes parties d’un mur, charpente que les Grecs appellent wnan- tôsis. Le sens littéral de ce passage est donc celui-ci : Les pierres des murs que vous avez détruits et les bois de ces murs que vous avez incendiés rappelleront votre cruauté. Outre les cinq éditions, Àquila, Symmaque, les Septante, Théodotion et la cinquième, j’en ai découvert doux autres sur les douze Prophètes, dont l’une porte : « Mais la pierre criera du milieu du mur comme le ver qui parle dans le bois, » et l’autre : « La pierre poussera de hauts cris du ad Cæ savent pro Marcello : « Parietes , médius fi¬ dius I (ut mihi videtur) hujus curiæ tibi grntias agere gestiunt, quod brevi tempore futura sit ilia auctoritas in bis majorum suorum et suis sedibus. » Porro quod nos interprétât! sumus : « Et lignum quod inter juncturas ædificiorum est, respondebit, » pro quo Septuaginta posuerunt : « Et scarabæus de ligno loquetur ea, » mauifestius more sno transtulit Symmachus, xai auvSeapuîç o!xo§og% ÇuXivoç arcocpÛ^y- ÇsTai aÙT«, id est, « et junctura ædificii lignea loque- tur ea. » Theodotio quoque, /.al ouvSeo[j.ôç ÇuXou Habac. ïï, 15 et seqq . LXX: « Væ qui propinat proximo suo subversione turbida, et inebrians, ut aspiciat in speluncis eorum ! Saturitatem ignominiæ de gloria bibe et tu, et commovere ; cir- cum dédit te calix dexteræ Domini, et congregata ex 170 SAINT JÉROME. mes et de l'injustice commise contre la terre , et la ville et tous ceux qui y habitaient.» Hcibac. ii, 15 et seqq. Les Septante : « Malheur à celui qui verse à boire à son prochain , pour le ren¬ verser, un mélange trouble, et qui l'enivre, afin de le voir de nouveau dans sa caverne! Déchu de la gloire, 'buvez, vous aussi, la honte jusqu'à la lie , et soyez ébranlé. La coupe que tient la main du Seigneur vous a circonvenu, et toutes les ignominies ont été réunies sur votre gloire. L'impiété du Liban vous couvrira, et l’é¬ tat calamiteux des bêtes vous effraiera, à cause du sang des hommes et des impiétés de la terre et la ville, et de tous ceux qui y habitaient. » Au lieu des mots: «Pour le renverser, un breu¬ vage trouble , » Symmaque a dit : « Et qui dé¬ chaîne sans jugement sa fureur ; » Théodotion : « De l’écoulement de votre fureur ; » la cin¬ quième édition : « Du renversement inattendu de votre colère; » Aquila : « De l’émission de votre fureur. » Dans une autre édition , j'ai trouvé : « Malheur à celui qui donne à boire à son ami le tourbillon qui vole ; » et ailleurs en¬ core , cette traduction : « Malheur à celui qui donne à boire à son prochain la démence trouble. » Je fais ces remarques , afin qu’on puisse savoir combien, sur le mot hébreu Mas- pha , que les Septante ont traduit par « renver¬ sement, » il y a discordance entre toutes les éditions. La prophétie s’élève toujours contre Nabu- chodonosor, parce qu’oublieux de sa condition iguomiuia super gloriam tuarn : quiaimpietasLihaui operiet te, eb miseria bestiarum terrebit te, propter sanguiuemhominum, et impietates terræet civitatis, et omnium habitantium in ea. » Pro subversione turbida , Symmaclius interpre talus est , xat a l’Egypte et du désert. Aussi Notre-Seigneur , qui s’était revêtu de la chair, afin de boire de l’eau du torrent, dit-il 'd’abord , en considération de sa propre majesté : «Mon Père, s’il est possible que ce calice s’éloigne de moi ; » Matth. xxvi , 39 ; mais se souvenant ensuite qu’il est en Egypte, et que les eaux ne peuvent être purifiées, à moins qu’il n’en ait bu lui-même, il reprend : « Néanmoins, qu’il en soit, non comme je le veux, mais comme vous le voulez. » Ibid. Il en est ainsi , parce que le diable enivre le prochain, c’est-à-dire l’animal raisonnable, par quo in Hebræo scriptum est sion, id est « turbidam » atque« cœnosam » : quamvis eiiim de paradiso Scrip- Lurarumflumina Ægypti exire credantur, tamen quia conculcantur pedibus Pbaraonis, perdiderunt splen- dorem suum, et violata luto Ægyptio, versa sunt in torrentes, de quibus sanctus quod evaserit, gratu- latur dicens : « Torrentem pertransivit anima nostra.» Psalm. exxm, 5. Quod si qui s opposuerit torrentem Corath, de quo bibit Elias, III Reg. xvji, et torrentem alium, de quo Dominus bibit in via (ita enim scrip¬ tum est : « De torrente in via bibet, » Psalm. cix, 7, hoc dicondum, quia quicumque, in Ægypto fuerit et in via bujus sseculi , quamvis Moyses et Aaron , quamvis Jeremias sit et Elias, tamen necesse est eum de tentationibus Ægypti et solitudinis bibere; unde et Domini sermo qui ob hoc carnem assumpserat, ut biberet de torrente, considerans majestatem suam dixit : « Pater, si possibile est, transeat calix istc a me; » Matth. xxvr, 39; rursum videns se esse in Ægypto, et aquas non posse muudari, nisi ipse po- tasset, ait : « Vernmtamen non sicut ego volo, sed si eut tu vis. » Ibid. Hæc pvopterea, quia diabolus subversione et po- culo turbido ac perversis quibusque doctrinis ine- la subversion des choses et le breuvage trou¬ ble de sa coupe , en lui versant des doctrines perverses, et qu’il fait que ses dupes, regar¬ dent en arrière, vers le fond de ses cavernes. Les enseignements de l'Eglise sont libres , et ils aiment le jour et la pleine lumière, «tandis que ceux qui s’enivrent, s’enivrent dans la nuit , » I Thessal. v, 7 , et ceux qui les enivrent les con¬ duisent, non point dans les parvis du Seigneur, que des toits n’obscurcissent pas de leur ombre, mais dans des cavernes. Et en effet, de la mai¬ son du Père, qui avait été une maison de prière, ils ont fait des cavernes de voleurs , Matth. xxi, avec la promesse de certaines initiations, de mystères et de secrets connus des hérétiques seuls. C’est d’eux qu’Isaïe parle en ces termes : « Ils cacheront les idoles, ouvrages de leurs mains, en les emportant dans les cavernes, dans les fissures des pierres et dans les ouvertures de la terre. » Isa. n, 18, 19. N’entrons donc point dans les cavernes des hérétiques, n’entrons pas dans ce lieu où l’impie Saül dépose d’habitude les excréments de ses doctrines ; I Reg. xxiv ; montons plutôt jusqu’à la haute caverne du mont Sina, où Élie vit le Seigneur, III Reg. xix, où Moïse la contempla par derrière, Exod. xxxm, et au sujet de laquelle Isaïe s’écriait : « La Juste habitera dans la caverne élevée. » Isa. xxxn, 16. Quant à celui qui, sans avoir la coupe au breu¬ vage trouble et la doctrine hérétique , étant maître parmi les fidèles , fait tout en vue d’un briet proximos, id est, rationale animal, et faciat eos quos deceperit, respicere ad speluncas suas. Ecclesiæ enim dogmata libéra sunt, die gratulantur et lumine. « Qui autem inebriantur, nocte inebrian- tur ; » I Thess. v, 7 ; et qui eos inebriant, non du- cunt in atria Domini, qnæ milia tectorum premun- tur umbra, sed in speluncas. Fccerunt enim dommn Patris quæ fuerat domus orationis, speluncas latro- num, Matth, xxi , pollicentes initiationes quasdam et mysteria, et recondita solumque hæreticis nota sécréta, de quibus ioquitur et Isaias : « Et manu- facta oinnia abscondent, inferentes in speluucas et in scissuras petrarum et foramiua terræ. » Isa. n , 18, 19. Non ingrediamur ergo in speluncas liæreticorum, nec abscondamur ibi, ubi impius Saul stercora doc- trinarum suarum egerere consuevit ; I Reg. xxiv ; sed magis ascendamus ad speluncam excelsam mon- tis Sina, ubi et Elias vidit Dominum, III Reg. xix, et Moyses posteriora ejus ante conspexit. Exod. xxxm. Et Isaias de Domino clamitans : « Hic habïtabit, » ait, « in spelunca excelsa. » ïsa. xxxn, 16. Si quis au¬ tem non habet poculum turbiduin et doctrinam hæreticam, et magister Ecclesiæ est, et omnia facit turpis lucri gratia, et vendit columbas in templo, COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC. 173 gain honteux , qui vend les colombes , c’est-à- dire les dons du Saint-Esprit dans le temple, et qui étouffe les oiseaux libres dans sa chaire de prêtre il ne change pas , il est vrai, la maison de la prière en une caverne de voleurs , mais il fait de la maison du Père une maison de ven¬ deurs. La prophétie poursuit ensuite : « Déchu de la gloire , buvez , vous aussi , la honte jusqu’à la lie, et soyez ébranlé, » c’est-à-dire, ô diable, ô doctrine perverse, ô hérétique, qui vous flattiez d’ètre une coupe d’or, où s'enivreraient toutes les nations pour voir vos cavernes et vos secrets, au lieu de cette grande gloire que vous atten¬ diez, gorgez- vous d’ignominie, et qu’on ne voie en vous qu’un vase d’argile, ouvrage des mains du potier; buvez, vous aussi, à la coupe du Seigneur, dont il est dit dans le psaume : « Le Seigneur tient en sa main une coupe de vin pur pleine d’amertume, et quoiqu’il en verse tantôt à l’un et tantôt à l’autre, la lie n’en est pourtant point encore épuisée. » Psalm. lxxiv, 9. Soyez ébranlé dans votre opinion de la veille , et dé¬ trompez-vous de la croyance qu’il y ait quelque fermeté et quelque stabilité dans les dogmes sur lesquels vous désiriez vous affermir aupa¬ ravant ; car la coupe que tient la main du Sei¬ gneur va vous faire chanceler de toutes parts. Vous avez fait boire à votre prochain son ren¬ versement dans votre breuvage trouble ; c’est pourquoi l'ignominie va être amassée sur vous et sur la gloire que vous vous flattiez d’abord de posséder. Vous souffrirez cet avilissement, hoc est dona sancti Spiritus, et in cathedra sacer- dotali libéras snffocat aves, iste non facit quidem domum orationis speluncam latronum, sed facit do- mum Patris domum negotiationis. Posthæc sequitur: «Saturi tatem ignominiæ pro gloria bibe tu, et commovere,» id est, o diabole, o dogma per- versum bæretice, qui te putabas calicem esse aureum, quoinebvianturpmnes gentes,ut vidèrent speluncas et sécréta tua, pro gloriæ magnitudiue replere saturitate ignominiæ, etreputare in vas fictile opéra manuum figuli ; bibe et tu de calice Domiui, de quo in Psalmo dicitur : « Galix in manu Domini, vini meri plonus misto, et inclinavit ex boc in illud; verumtamen fæx ejus non est exinanita. » Psalm. lxxiv, 9. Et a pri¬ ori sententia commovere, et noli putare firma esse et stabilia, in quibus primum s tare cupiebas ; quia circumdedit te calix dexteræ [al. dextera] Domini. Porro quia propinasti proximo tuo subversione tur- bida, congregabitur ignominia super te, et super gloriam tuam, quam primum te babere crededas ; istudque patieris, quia impietas Libani operiet te, secundum illud quod dicitur : « Et oratio ejus fiat parce que l’impiété de votre Liban vous cou¬ vrira, selon la maxime du psaume : « Sa prière même lui sera imputée à péché. » Psalm. cvin, 7. Le mot Liban est homonyme d’encens , et l’encens est le symbole de la bonne odeur spi¬ rituelle, qui est le culte de Dieu. Par consé¬ quent, la prière perverse des hérétiques, qui ne suit pas la règle droite de la simplicité évangé¬ lique , leur sera imputée à péché , et leur culte impie de Dieu retombera sur eux. De là ce qui suit : « Et le misérable état des bêtes vous effraiera , à cause du sang des hommes versé, et des impiétés de la terre et de la ville et de tous ceux qui y habitent. » Le sens est celui-ci : Lorsque vous verrez que ceux que vous avez trompés par vos fraudes et que vous avez changés de brebis de Jésus- Christ en vos bêtes, sont dans l’affliction et en proie aux supplices à cause de leur égarement , vous serez dans l’épouvante et dans l’abattement. Pour qu’on ne pense pas d’ailleurs qu’ayant nommé le Liban et ses bêtes , le texte parle des brutes , et non pas des hommes, il ajoute très-clairement: Vous endurerez ces maux, parce que vous avez répandu le sang d’un grand nombre d’hommes que vous avez fait mourir pour Dieu. Vous avez exercé votre impiété sur la terre des vivants, sur la terre des hommes de paix, et votre im¬ piété a sévi aussi dans la ville du Seigneur, c'est- à-dire dans son Église, en ce que vous avez fait participer à votre impiété beaucoup de ceux qui y habitaient. La prophétie, on le voit, s’ap¬ plique exactement aux hérétiques. in peccatum. » Psalm . cvm, 7. Libanus enirn mous juxta Græcum sermonem 6[lwvu{j.oç est thuri ; thus autem aùp.6oXov est spiritualis thymiamatis, quod est cultus Dei. Idcirco hæreticorum perversa oratio et non Evangelica simplicitate directa, eis vertetur in peccatum , et impietas cnltus Dei operiet eos. Unde sequitur : « Et miseria bestiarum terrebit te propter sanguinem bominum et impietates terræ et civitatis, omnium habitantium in ea. » Et est sen- sus : Eos quos tuis fraudibus decepisti, et de ovibus Claris ti fecisti esse bestias tuas, cum videris in mise¬ ria, et pro errore sustinerc supplicia, tune terrebe- ris, tune jacebis. Àc ne arbitreris me, quia Libanum et ejus bestias nominavi, de brutis animalibus, et non de hominibus loqui , manifestius tibi dico ; Sustinebis liæc quia multorum hominum fudisti san¬ guinem, quos Deos perire fecisti. Etexercuisti impie- tatem in terra viventium, in terra mansuetornm, et impietas tua in civitate quoque Domini desævit, id est, in Ecclesia ejus ; multosque qui habitabant in ea, impietatis tuæ fecisti esse participes. Hoc sub persona hæreticorum dictum sit. 174 SAINT JÉROME La prophétie, d'autre part, s’applique égale¬ ment bien â l’Antéchrist, ou au diable, qui opère dans l'Antéchrist. Celui-ci aussi, au moyen de sa coupe, par où il désire renverser la discipline de Jésus-Christ, enivrera bien des hommes, afin que, dans leur ivresse, ils entrent dans ses ca¬ vernes ; mais, quand la fin sera venue, au lieu de cette gloire dont il s’était enorgueilli, il sera rempli d’ignominie. Il en sera rempli, parce qu’il boira la coupe des supplices, et il sera ébranlé ; il sera, bien loin d’ètre ferme dans sa malice, tremblant et pris d’un repentir tardif. C’est qu’il sera circonvenu par la coupe du Sei¬ gneur, qui est notre Seigneur et Sauveur, lors¬ qu’il le mettra à mort du souffle de sa bouche, et qu’il le détruira par la clarté dë son avène¬ ment. Alors, toute l’ignominie qu’il a amassée contre lui par ses pensées, par ses actions et par ses paroles , se répandra sur sa gloire, en sorte qu’autant il était auparavant regardé comme noble, autant il sera ensuite couvert d’ignomi¬ nie ; car il a blasphémé contre Dieu, l’impiété qu’il a exercée sur le Liban retombera sur lui, et la fureur de tant d’hommes qui ont tenu une conduite criminelle contre l’Eglise lui sera im- pittée. Il ne pourra plus alors lever un front orgueilleux, et, frappé de terreur, il le courbera vers la terre ; car il a mis à mort un grand nombre d’hommes, et son impiété a porté le ravage dans tout l’univers, c’est-â-dire dans l’Église de Jésus-Christ et parmi ses habitants. Une remarque qui a sa place ici, c’est que le Cæterum si volumus de Àntichristo intelligcrc, sive de diabolo qui operaturus est iu Antichristo, et iste calice suo, quo Chris ti cupiet subvertere disci¬ plinant, inebriabit plurimos, ut ebrii ingrediantur speluncas ejus ; sed postquam finis advenerit, pro ea gloria qua se magnificaverat, implebitur ignomi- nia. Implebitur autem, quia bibet suppliciorum cali- cem, et commovebitur, nequaquam firmus in mafitia sua, sed trepidns, et sero poenitens. Circumdabit enim eum calix dexteræ Domini, qui est Dominus atque Salvator, quando interfccerit eum spiritn oris sui, et destruxerit illuminatione adventus sui. Tune omnis ignominia quam sibi cogilationibus , factis, sermonibus congregavit, veniet super gloriam ejus ; ut quantum ante putabatur iuclytus, tantum postea ignominia plenus sit. Blasphemavit enim in Deurn, et impietas quam exercuit in Libano, operiet eum, et multorum hominum furov , qui adversum Dei Ecclesiam, debacchati sunt, ipsi imputabitur ; nec poterit elevare cervicem , sed terrore déprimé tur in terram. Multos enim boulin e&dn te rfecit, et totum or- bem, id est, Ecclesiam Christi et habitatores ejus sua impietate vaslavit. texte que je viens de commenter : « Malheur à celui qui donne à boire à son prochain son renversement dans an breuvage trouble, » et les trois précédents où il est dit : « Malheur à celui qui multiplie dans ses trésors ce qui ne lui appartient pas, » et ensuite : « Malheur à celui qui amasse l’avarice criminelle pour sa maison, » et enfin : « Malheur à celui qui bâtit mie ville dans le meurtre, » sont dirigés, soit selon la lettre, soit selon l’esprit, ou contre Na- buchodonosor, ou également contre le diable et contre 3’ Antéchrist et contre les hérétiques. « Que sert la statue au sculpteur qui l’a faite ou l’image fausse qui se jette en fonte ? et néan¬ moins l’ouvrier espère en son propre ouvrage et dans l’idole muette qu’il a formée. » Habac. n, 18. Les Septante : « Que sert la statue âceux qui font sculptée ? que sert d’avoir formé en fonte une image fausse ? et néanmoins l’ouvrier met sa confiance dans son propre ouvrage et dans l’idole muette qu’il a faite. » Comme con¬ séquence de ce qui précède, il est reproché à Nabuchodonosor d’avoir fabriqué la statue de l’idole Bel, et de l’avoir fait dresser dans la plaine de Dura, ou, comme l’écrit Daniel, de Dora, événement sur lequel ce Prophète nous édifie pleinement. Ban. in. L’Écriture s’étonne donc de la sottise et de la folie de ce roi qui a ordonné de fabriquer une statue d’or, et qui met sa confiance dans l’idole qu’il a fait faire ; ce qui, du reste, peut s'appliquer en général à tous les adorateurs d’idoles. Et qu’on ne croie Sciendum igitur et hoc capituhim, quod nunc ex- posuimus, id est : « Yæ qui potnm dat proximo suo subversione turbida ; » etprioratria in quibus dictum est : « Yæ qui mulliplicat sibi quæ non sunt sua, » et : « Yæ qui congregat avaritiam malam domui suæ, » et : « Yæ qui ædificat civitatem in sangnim- bus,» et juxta bistoriam, etjuxta anagogen, vel ad¬ versum Nabuchodonosor, vel adversus diabolum et Àntichristnm et hæreticos posse æqualiter accipi. « Quid prodest sculptile , quia scnlpsit illud fictor suus, confïatile et imaginem falsam ? quia speravit in fi gui en to fictor ejus, ut faceret simulacra muta. » Abac . n, 18. LXX : « Quid prodest sculptile, quia sculpserunt illud ; formaverunt illud confïatile, ima- giuem falsam? quia coufidit fictor iu figmento suo ut faciat idola muta. « Cousequenter superioribus (al. in superioribus) de Nabuchodonosor dicitur, quod fabricatus sit statuam idoli Bel, et posucrit eam iu eampo «Dura;» sive, ut in Hebræo seriptum est, « Dora, » super quo plenius in Dauiele legimus. Dan. ni. Miratur itaquè Scriptura regis ameutiam et stul- titiam, quia ipse jusserit statuam anream fi cri, et fictor confidat iu simulacre quod fiuxit ; quod qui- 175 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC. pas que ce qui est sculpté et ce qui est coulé en fonte soit une seule et . môme chose : les sculptures s’entendent des images en pierre et en marbre, tandis que les images moulées sont celles qui se font avec des métaux qui se peu- vent fondre et couler au moule, comme avec de l’or, de l’argent, de l'airain, du plomb, de rétain. Je donne cette explication, afin qu’on puisse saisir la nuance qu’il y a, au figuré, en¬ tre la sculpture et la fonte. On lit dans le Deutéronome : « Maudit tout homme qui a fait une sculpture et une fonte, ouvrage des mains d’un artiste, et qui a posé cette image dans le secret. » Beut . xxvii, 15. J’estime que cette sculpture et cette fonte, ce sont les doctrines mensongères, qui sont ado¬ rées par ceux qui les ont faites. Voyez Arius : il fit d’une créature une idole sculptée, et il adora ce qu’il avait sculpté. Songez à Eunome : il coula en fonte une image fausse, et il courba la tête devant cette image qu’il avait fondue* L’expression de l’Écriture : « Et qui placera son ouvrage dans le secret, » est significative ; car ils ont, eux aussi, leurs mystères, et comme pour certains disciples parfaits, ils transmettent par tradition des sacrements cachés qui, s’ils sont produits en pleine lumière, sont aussitôt convaincus de fausseté. Leurs simulacres sculp¬ tés et moulés en fonte ne leur serviront donc de rien. La sculpture, qui a trait aux pierres, s’entend de ces systèmes dont la sottise apparaît dem possumus et generaliter contra omnes idolorum accipere cultores. Nec putemus unum esse quod sculpitur, et conflatur. Sculpturam quippe possu- mus in lapidibus et in marmoribus accipere ; con- llatura vero in bis metallis intolligitur, quæ solvi possunt atque conilari ; verbi gratia, auro, argento, ære, plumbo, stannoque. Hoc dictuin sit, ut juxta tropologiam scirc possimus quid sit inter sculptile atque conflatile. Legimus in Deuteronomio : « Maledictus omnis qui fecerit sculptile et conflatile, opus manuum arti- ficis, et posuerit illud in abscondito. » Beut. xxvin 15. Scuptile et conflatile reor, dogmata esse per- versa, quæ ab his a quibus facta sunt, adorantur. Vide Arium sculpsisse sibi idolum creaturæ, et ado¬ rasse quod sculpsit. Cerne Eunomium confiasse imaginem falsam, et conflationi suæ curvare cervi- cem. Signanterque Scriptura : m Et ponet, » inquit, u illud in abscondito. » Habent enim et ipsi orgia sua, et quasi pro perfectis quibusque discipulis tra- dunt abscondita sacramenta, quæ si ad lucem pro- cesserint, statim quod ficta sunt, arguuntur. Nihil igitur cis prodent sculpture et conflatio sua. Sculp¬ ture, quæ refertur ad lapides, in his dogmatibus in- à première vue. La fonte est là où il semble y avoir quelque logique de la sagesse mondaine, et où, comme avec de l’or, une idole a été fon¬ due avec les doctrines des philosophes, resplen¬ dissantes d’éloquence. L’ouvrage ne servira donc de rien à son ouvrier ; cette image muette et sourde ne peut entendre celui qui l’adore. S’il arrive de voir un homme qui ne veut pas croire à la vérité, et qui, après que la fausseté de ses croyances a été démontrée, persévère dans le système qui le passionne, on peut dire de lui, en toute justice : Il espère dans l’ouvrage de ses mains, et il se fait des idoles muettes ou sourdes ; car Kôpha, en grec, a l’un et l’autre sens, bien que Symmaque, en traduisant par alala, semble avoir entendu muettes plutôt que sourdes. Enfin, qu’on ne s’émeuve pas de cet idiome des Écritures : « A quoi sert...? a au sujet duquel nous avons expliqué en plusieurs endroits : « Quel est, à votre avis, le dispensa¬ teur fidèle et prudent...? » Luc . xu, 42, et en¬ core : « Quel est l’homme assez sage pour com¬ prendre ces choses... ? » Psalm. cyi, 43, que quel ou quoi ont le sens de rarement , puisque nous pouvons encore prouver par un autre exemple qu’ils marquent aussi l’impossibilité : « Qui nous séparera de l’amour de Jésus-Christ? sera-ce l’affliction ou la persécution? » etc. Rom . vin, 35, comme dans le texte actuel : « Que sert la statue au sculpteur qui l’a faite ? » Dans l’un et l’autre cas, il y a impossibilité évidente : ni telligitur, quæ stultitiam prima fronte demonstrant. Conflatio est ibi, ubi aliqua videtur esse ratio sapiçn- tiæ sæcularis, et velut quodam auro, ita disciplinis philosophorum et splendore eloquentiæ idolum con- flatum est. Nihil ergo proderitfigmentumfictori suo. Etmutum surdumque simulacrum adoratorem suum audirc non poterit. Si quando videris aliquem nolle credere veritati, et ostensa suorum dogmatum falsi- tate, in cœpto studio perseverare, congrue poteris dicere : Sperat in figmento suo, et facit simulacra muta vcl surda; xtoiyo-/.Eptha ; et illud : « In te inimicos nostros ventilabimus cornu. » Psalm. xun, 6. Quod autem juxta LXX legimus : « Et posuit dilectionem fortis virtutis suæ, » etiam hoc de Christo intelligendum est, quod Deus Pater idcirco coope- ruerit cœlos virtute sua, et terram repleverit laude, nous lisons dans les Septante ; « 11 a établi l'a¬ mour de sa puissante vertu, » nous devons aussi l'entendre de Jésus-Christ, en ce sens que Dieu le Père a couvert les cieux de sa vertu, rempli la terre de sa louange, fait sa splendeur comme la lumière et mis la royauté dans la main de son Fils, afin de faire aimer par les hommes son bien-aimé, et de le faire aimer, non pas à la légère, mais vivement et fortement, afin que personne ne puisse ravir à sa main ceux qui l’aiment avec énergie et qui sont in¬ timement unis à son amour. Au contraire, le diable fait que nous chérissons le monde, et qu'au lieu d'aimer la vertu, nous aimons le vice, et non point à la légère, mais avec force, en sorte qu'on puisse dire de nous : Le diable a établi l'amour énergique de ses vices. « La mort ira devant sa face, et le diable sor¬ tira au-devant de ses pas. » Habac, ni, 5. Les Septante ; « La parole ira devant sa face, et elle sortira dans la plaine sur ses pas. » Le mot « mort » de ma traduction est représenté, dans le texte hébreu, par les trois lettres Daleth , Beth, Res, sans aucune voyelle ; si l’on prononce Dabar, ce mot signifie « parole, » et il veut dire « peste, » en grec loïmos , si l’on prononce Dejber. Au reste, voici la traduction d'Aquila : « La peste ira devant sa face ; » et celle de Symma- que : « La mort précédera dévant sa face ; » et celle de la cinquième édition : « La mort mar¬ chera devant sa face. » Seuls, les Septante et Théodotion ont mis «parole» au lieu de «mort. » En outre, dans le verset suivant, que j'ai rendu et splendorem suum fecerit esse ut lumen, et regnum posuerit in manu Filii sui , ut faceret dilectum suum ab homiuibus diligi , et dilig-i nonlcviler, sed vehe- mentev et for ti ter, ut qui eum for ti ter dilexissent, et hærerent in dilectione ejus, nerno tolleret eos de manu illius. E contrario diabolus facit amare nos munduna , et pro dilectione virtutis diligere vitia, et non leviter, sed fovtiter, ita ut de nobis possit dici : Et posuit diabolus dilectionem fortem vitiorum suo- rum. « Ante faciem ejus ibitmors,etegredietur diabolus ante pedes ejus. » Habac. m, 5. LXX: « Ante faciem ejus ibitverbum, et egredietur in campum post pedes ejus. » Pro eo quod nos transtulimus « rnortem, » in Hebræo très litteræ positæ sunt daleth, betii, res, absque ulla vocali, quæ si legantur dabab « verbum » signiheant; si debkr , « pestem, » quæ Græce dreitur Aotpti;. Déni que et Aquila ita interprétât us est : « Ante faciem ejus ibit pestis ; » Symmachns : «Ante faciem ejus præcedet mors ; » qninta editio : « Ante faciem ejus ambulabit mors ; » soli LXX et Theodotio « sermonem » pro « morte » interpretaLi sunt. Nec 487 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HÀBÀCUC. ainsi : « Le diable sortira devant ses pas, » et dont les Septante ont donné une autre ver¬ sion, d'après laquelle nous disserterons bientôt, Aquila remplace le mot diable par « volatile, » et Symmaque, Théodotion et la cinquième édi¬ tion le remplacent par « oiseaux ; » le mot hé¬ breu est Reseph, La tradition des Hébreux rap¬ porte que, de même que dans l’Evangile le prince des démons est appelé Béelzebub, Matth. xu, de même Reseph est le nom d’un démon qui occupe le premier rang parmi les autres, et qui, à cause de sa rapidité inouïe et de son ac¬ tivité en tous sens, est qualifié d’oiseau et de vo¬ latile ; que c’est le même qui, dans le paradis, parla à la femme sous la figure du serpent, et que son nom lui est venu de la malédiction dont Dieu le frappa, puisque Reseph veut dire « qui rampe sur le ventre. » Voici donc le sens de notre texte : Dès que le Seigneur sera venu et aura été baptisé dans le Jourdain, et qu'au mo¬ ment où descendra la colombe auront retenti, comme un tonnerre, ces paroles du Père: ((Ce¬ lui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances, » Matth. m, 17, le diable se précipitera au-devant, de Jésus sortant des eaux, la mort se dressera devant ses pas, avec Pantique serpent, qui le tenta pendant quarante jour dans le désert. D’autre part,. si nous lisons, d’après les Septante : La parole ira devant sa face, et elle sortira dans les plaines sur ses pas, » cela veut dire que la parole de Dieu précédera sa visitation, appelée ici allégo- non in consequenti versiculo, ubi diximus : « Egre- dietur diabolus ante pedes ejus, » etLXX aliter tran- stulerunt, juxta quos postea disputabimus ; Aquila pro diabolo transtulit, a volatile ; » Symmachus au- tem et Theodotio , et quiuta editio, « volucrem, » quod I-Iebraice dicitur rkskpu. Tradunt auteni Hebræi, quomodo in Evangelio princeps dæmonum dicitur esse Beelzebub ; Matth. xir ; ita Reseph dæmonis esse nomen, qui principatum teneat inter alios, etpropter nimiam velocitatem atque in diversa discursum, avis et volatile nuncupetur ; ipsumque esse qui in para- diso sub figura serpentis mulieri sit locutus , et ex malcdictione, qua a Deo condcmnatus est, accepissc nomen, siquidem reseph , « reptans ventre » inter- pretatur. Hoc est ergo quod dicitur : Statim cum venerit Dominus et iu Jordnne fuerit baptizatus, et ad columbæ descensum vox Patris iutonuerit: « Hic est Filins meus dilectus , in quo inihi complacui, » Matth. lit, 17. excunti de aquis occnrret diabolus ; et ante pedes illius stabit mors, et colnber antiquus, qui quadraginta diebus tentavit eum in solitudine. Si nutem juxta LXX legerimus : « Ante faciem ejus ibil verbum, et egredietur in camp os post pedes riquement sa face, et qu’elle préparera les cœurs des croyants, redressant les chemins qui ne sont pas droits, aplanissant ce qni était rabo¬ teux, afin que l’Ame de l’auditeur, comme champ parfaitement ameublô, puisse recevoir la semence spirituelle. « Il s’est arrêté, et il a mesuré la terre ; il a regardé les nations, et elles se sont fondues ; les montagnes du siècles ont été réduites en pou¬ dre, et les collines du monde ont été abaissées sous les pas de son éternité. » Habac. m, 6. Les Septante : « Il s’est, arrêté , et la terre a été ébranlée ; il a regardé les nations, et elles sont tombées en poussière ; les montagnes ont été brisées par la violence du choc, et les collines du siècle se sont séchées sous le passage de son chemin éternel. » Le Sauveur s’arrêtant pour jeter les yeux sur toutes choses et mesurer du regard tout l’univers, a disp ersé la multitude des infidèles ; ceux-ci, dispersés et anéantis, les montagnes du siècle ont été réduites en poudre, et les collines de ce monde ont été abaissées ; car il y a d’autres montagnes et d’autres colli¬ nes sur lesquelles bondit et au-dessus desquelles passe l’époux du Cantique des cantiques, et à leur sujet le second psaume des Degrés s’ex¬ prime ainsi : « J’ai levé les yeux vers les mon¬ tagnes d’où me viendra le secours.» Pscdm. exx, \ . Pour les montagnes du siècle, ce sont les mê¬ mes que ces montagnes couvertes de ténèbres an sujet desquelles Jérémie nous prescrit de veiller à ce que nos pieds ne se heurtent point ejus, i) hoc significat, quod sermo Dei ante visitatio- nem ejus, quæ nunc allegorice faciès dicitur, præce- dat et præparet corda credcntium, ut prava in rec¬ tum, et inæqualia sternat planum, etauditoris anima quasi conseclus ager, sementem possit recipere spi- ritualem. « Stclit, et mensus est terrain ; aspexit, et dissolvit geiites , et contriti sunt montes sæculi, incurvali sunt colles mundi , ah itineribus æternitatis ejus. » Habac. ni, 6. LXX : « Stetit, et commota est terra; aspexit [al. respexit], et distabuerunt gentes ; contriti sunt montes vioJentia; tabuerunt colles sæculi itinc- ris sempiterni ejus. » Slans Salvator et cuncta per- spiciens, et oculo suo universitatem mundi metiens, gentium multiludinem dissipavit ; quibus dissipatis et dissolutis contriti sunt montes bujus sæculi, et incurvati sunt colles hujus mundi. Sunt enim et alii montes et colles , quos salit et transilit sponsus in Cantico canticorum (cap. u), de quibus et in secundo graduum Psalmo dicitur : « Levavi oculos meos in montes, undc veniet auxilium mihi.» Psalm. exx, 1. Montes an tem sæculi ipsi sunt qui et montes tene- brosi, de quibus Jeremias præcepit, ne impinganfur m SAINT JÉROME contre elles. Jérém. xxx, Ce sont là ces col¬ lines sur lesquelles régnait Saiil, quand il fai¬ sait mettre à mort les prêtres de Dieu, I Reg. xxn, puisque Gabaa veut dire « colline. » L'ex¬ pression : « Les collines du monde ont été abais¬ sées, » est des plus vraies. Avant la venue du Sauveur, elles marchaient la tête haute, et nul ne pouvait humilier leur orgueil. Or, elles ont été mises en poudre et abaissées dans les che¬ mins de son éternité, c’est-à-dire de l’éternité de Dieu, soit parce que son éternité elle-même a daigné venir à nous, soit parce sans cesse, depuis le commencement du monde jusqu’à son incarnation, elle est venue vers les saints, que la parole de Dieu s’est faite dans la main de chacun d’eux, qu’il a vaincu dans tous ceux qui ont été vainqueurs, et que son chemin éter¬ nel a ainsi abaissé les colines et réduit en pou¬ dre les montagnes. Voilà le commentante mé¬ taphorique du texte hébreu. D'après les Septante, après que la parole a précédé la face de Dieu, et qu’elle est sortie dans les plaines, Dieu le Père vient dans les lieux qui ont été préparés pour sa parole, il vient sur les traces de celle-ci, et il s’arrête, ne la devan¬ çant jamais et attendant toujours qu’elle lui ait frayé la voie. Or, dès qu’il s'arrête sur les pas de sa parole, là même, et aussitôt, la terre est ébran¬ lée, c’est-à-dire toute œuvre de la chair. et du corps, parce qu’elle ne peut soutenir la présence de Dieu. Lorsque ces œuvres ont été ébranlées, pedes nostri super eos. Jerem. xxxi. Isti sunt colles in quibus regnabat Saul, quando interficiebat sacer- dotes Dei : I Reg. xxn : « Gabaa, » quippe « collis » interpretatur. Et eleganter incurvati sunt, inquit, colles mundi. Ante adventum quippe Salvatoris erecta cervice gradiebantur, et superbiam eorum humiliaro nemo poterat. Contriti autem sunt et incurvati ab itineribus æternitatis ejus,id est, Dei, quia æternilas illius ad nos vcnire dignata est, sive quod semper a principio mundi usque ad inoarnationem suam ve- nerit ad sanctos, et factus sit in singulorum manu sermo Dei, atque in universis vicentibus ipse supe- ravit, et æternum ejus iter incurvaverit colles mou- tesque contriverit. Hæc per metaphoram juxta He- braicum dicta sint. Porro secundum LXX postquam faciem Dei sermo præcesserit, et egressus fuerit in plana, Dcus Pater venit illuc, ubi ei ad sermonem s\ium regio præpa- rata est, et veuit post pedes sermonis sui , et sta.t; nunquam ante præcedens, sed semper exspectaus, ut ille sibi muniat viam. Ubi autem steterit juxta pedes sermonis sui, ibi statim terra, opéra videlicet carnis et corporum non valentia sustinere Dei præ- sentiam, commoventur. Gumque commota fuerint, Dieu, dans la vertu de sa parole et dans sa pré¬ sence, jette les yeux sur toutes les nations de l’âme, sur les pensées et sur les opinions mul¬ tiples de l’âme en divers sens, pouvons-nous dire, et ces nations aussitôt se fondent et tom¬ bent en poudre. Tout ce qui dans la terre s’é¬ tait élevé contre la science de Dieu et avait im¬ posé son joug à la raison de l'auditeur, la venue de Dieu, précédé de sa parole, le brisera et le réduira en cendres. Les montagnes étant brisées et pulvérisées en la présence de Dieu, les collines évidemment seront consumées et anéanties ; car ce sont ici, non les montagnes de Dieu, mais celles du siècle. Le chemin éternel de Dieu, qui jette les yeux partout où sa parole le précède, dès qu’il est plus fort que les col¬ lines du siècle, les consumera et les détruira. On peut aussi, par montagnes, entendre les démons, qui habitent dans les hérétiques et s’élèvent contre la science de Dieu ; les collines, à leur tour, ce sont d’autres esprits infernaux qui font que les hommes admirent la beauté du corps, les dignités, les richesses, la noblesse de la race, et les autres biens du monde. Il nous est donné de voir comment, après la venue de la parole de Dieu et la présence de Dieu le Père, les âmes sont ébranlées, comment tout ce qui est terrestre est dissous , comment toutes les pensées d’autrefois sont anéanties. Alors sont détruits les démons, alors sont entièrement ni¬ velées les hauteurs du siècle, et toute science virtus sermonis et præsentia Dei respicit cunctas animæ gentes, quas cogitationes et multipliées in diverse, sententias possumus intclligere, quæ illico dissolvuutur ac tabescunt. Si quid etiam adversum scientiam Dei se exaltaverat in terra, et seusum occupaverat audientis , hoc præcedente sermone et . adventu Dei, confringetur atque contcretur. Montibus autem confractis contriti sque ad aspectum Dei, colles liquido cousumentur, et redigentur ad mliihim. Non enim sunt montes Dei, sed montes sæculi. Sempi- ternum enim iter Dei respicicns ad ea quæ suua sermo præcedit, et fortius collibus sæculi, consumet et destruct eos. Possunt autem montes et dæmones intelligi, qui versantur in hæreticis, etelevantse contra scientiam Dei; colles quoque aliæ dæmonnm fortitudines, quæ faciunt bomines corporum pulchritudiuem , dignita- tes, divitias, nobilitatem generis , cæteraqne mundi bona admirari. Licet videre post adventum sermonis Dei, et Dei Patris præsentiam , quomodo humanæ animæ commoveantur, et omuo quod terrenum est, dissolvatur, et cogitationes pristinæ redigantur ad nibilum. Tune destruuntur dæmones, tune sæculi altitudines ad nibilum deducuntur, et omnis liæreti- 189 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC. des hérétiques , pleine d’enflure auparavant, dès que vient la parole de Dieu, est humiliée, brisée et consumée. Tout ce qui d’abord sem¬ blait beau et grand est rejeté comme vil et petit. Tout cela a lieu à cause de la venue de Jésus-Christ comme hôte, selon ce que l’Ecri¬ ture dit ailleurs : « J'habiterai en eux, je mar¬ cherai en eux, et je serai leur Dieu, et ils seront eux-mêmes mon peuple. » Lévit. xxyi, 12. « J’ai vu les tentes des Ethiopiens à cause de l’iniquité, et les pavillons de peau de la terre de Madian seront dans le trouble. » Habac. ni, 7. Les Septante : « Pour prix de mes travaux, j’ai vu les tentes des Ethiopiens ; les tentes de la terre de Madian seront aussi frappées d'épou¬ vante. » Les Ethiopiens, noirs, amis des ténè¬ bres et ennemis de toute lumière, qui se nour¬ rissent de la chair du dragon, dont il est écrit : .« Vous l’avez donné pour nourriture aux peuples Ethiopiens, « Psalm. ixxm, 14, ce sont les dé¬ mons, dont devient la tente quiconque, en ce monde, travaille en vue des honneurs et des richesses ; ce qui est expressivement marqué par le seul mot iniquité : « Car tout riche est ou injustq, ou héritier d’un injuste. » Qu’on voie les hommes passer les mers, faire le pied de grue à la porte des puissants, souffrir toutes les avanies qu’à peine souffrirait un esclave, afin de ramasser des richesses, de recevoir quelque haillon de dignité ; et, ce but atteint, ils se livrent à la luxure, aux plaisirs et à toutes corum scientia, quæ primum tumebat, ad Dei sermo- nis adventum humiliatur, conteritur atque consu- rnitur. Etquodpriuspulchrum et maximum videbatur, quasi despectum abjicitur et parvum. Et hoc fit propter adventum Dei et hospitium Christi , juxta quod alibi scriptum est : « Inhabitabo in eis , et inambulabo, et ero Deus eorum , et ipsi erunt milii populus. » Levit. xxvi, 12. a Pro iniquitate vidi tentoria Æthiopiæ , turbabun- tur pelles terræ Madian. » Habac. m, 7. LXX : « Pro laboribus vidi tabernacula Æthiopum ; pavebunt et tabernacùla terræ Madian. » Æthiopes te tri [al. teter- rimi] et amantes tenebras, et ab omni luce alieni, qui draconis carne vescuntur (de quo scriptum est: « Dedisti eum escarn populis Æthiopibus, » Psalm. Lxxm , 14, dæmones intelliguntur, quorum fit taber- naculum quicumque in hoc sæculo propter honores ot divitias laborarit ; quod significantcr sub uno verbo iniquitatis ostenditur : « Omnis enim divôs, aut iniquus , aut hæres iniqui est. » Vide homines maria transire , ante potentum excubare fores, pati omnia quæ servorum conditio vix patitur, ut divitias congregent, ut aliquam accipiant dignitatem ; et post- quam hoc fuerint consecuti, traders se luxuriæ et les iniquités, en sorte que leurs débordements consument ce que l’avarice a amassé. Ainsi ccs hommes, pour prix de leurs labeurs, deviennent les hôtes des démons ; ils devaient être le temple de Dieu, et ils sont changés en tentes des Ethiopiens. Pour ce qui suit : « Les pavil¬ lons de peau de la terre de Madian seront dans le trouble, » ou bien, « les tentes de la terre de Madian seront aussi dans l’épouvante, » on doit entendre par là que les tentes des Ethiopiens et celles de la terre de Madian sont une même chose. Après s’être enrichis, après être montés au plus haut échelon par tous les mojrens, bons et mauvais, bourrelés alors des remords de leurs péchés, ils seront sans trêve dans l’épou¬ vante de la mort, dans l’épouvante du jugement, et à la moindre fièvre, comme des larrons dans la prison, ils frémiront à la pensée des éternels supplices. Madian, en notre langue, se traduit, par « à cause du jugement, » c’est-à-dire, de la condamnation ; par où la prophétie montre qu’ils seront toujours dans la crainte du juge¬ ment et dans l’épouvante des peines sans fin, et qu’ils endureront, dans une terreur de tous les instants, des tortures qu’ils savent mériter. (.< Est-ce donc, Seigneur, que vous êtes en colère contre les fleuves ? est-ce que votre fureur s’exercera sur les fleuves, et votre indignation sur la mer? vous qui montez sur vos chevaux, et qui donnez le salut par vos chariots de guerre. Vous préparerez et vous susciterez votre voluptatibus et omni iniquitati, ut quod avaritia congregavit, luxuria consumât. Isti ergo pro labori¬ bus suis efficiuntur hospitium dæmonum , et qui templum Dei esse debebant, fiunt tabernaculum Æthiopum. Sed et hoc quod sequitur : « Turbabuntur pelles terræ Madian, » sive « pavebunt et tabernacula terræ Madian, » eosdem intellige tabernacula Æthio¬ pum et tabernacula terræ Madian. Postquam enim ditati fuerint, et per fas ac nefas ad altissimum gra- dum conscenderint , tune conscientia peccatorum suorum, semper mortem, semper judicium formida- bunt, et ad levem febriculam, quasi latrones in car- cere, ita de æternis suppliciis suspirabunt. « Madian » autem in lingua nostra sonat «. ex judicio, » id est, condemnationem , et ostenditur quod metu judicii æternarumque pœnarum semper in formidine sint, et crue iatus quos sentiunt se [al. se sciunt] mereri, pavore quotidiano sustineant. « Numquid in fluminibus tratus es, Domine ; aut in fluminibus furor tuus,vel in mari indignatio tua? qui ascendens [al. qui ascendisti] super equos tuos, et quadrigæ tuæ salvatio. Suscitans suscitabis arcum tuum, juramenta tribubus quæ locutus es. Semper. » Habac . ni, 8, 9. LXX : « Numquid in fluminibus iratus 190 SAINT JÉROME arc, accomplissant les promesses que vous avez faites aux tribus. Toujours. y>Habac. m, 8, 9. Les Septante : « Est-ce donc, Seigneur, que vous êtes irrité contre les fleuves ? votre fureur s'excrcera-t-elle sur les fleuves, et votre choc contre la mer? vous qui montez sur vos che¬ vaux, et dont la cavalerie donne le salut; vous préparerez et vous banderez votre arc contre les sceptres, dit le Seigneur. Piæpsalma. » Au lieu du « diapsalma » des Septante et du « tou¬ jours » d'Aquila, les autres interprètes ont tra¬ duit comme précédemment. Gomme j'ai hâte d'arriver au sens figuré, je vais embrasser en peu de mots le sens littéral du contexte, pour courir au reste. Gomme lorsque vous séchâtes le Jourdain et la mer Rouge pour combattre pour nous, car vqus ne sauriez être irrité contre les fleuves ou contre la mer, et des êtres insen¬ sibles n'ont pu faire rien d'offensant contre vous, montant maintenant sur vos chars de guerre et saisissant votre arc, vous donnerez le saint à votre peuple, et les serments que vous avez faits à nos pères et aux tribus, vous les accom¬ plirez à jamais. Lorsque la prophétie dit : Est-ce donc, Sei¬ gneur, que vous êtes irrité contre les fleuves, ou que votre fureur éclatera sur les fleuves, ou votre courroux sur la mer? elle le dit du ton du doute, et avec l'intention plutôt de quelqu'un qui interroge que de quelqu'un qui prouve. C’est qu’il y a des fleuves bons et des fleuves es, Domine ; aut in fluminibus furor tuus, vel in mari impetua tuus? Qui [al. Quia] ascendens super equos tuos, et equitatio tua salus ; intendens , extendens arcum tuumsupersceptra, d i ci tDom in us. Diapsalma.» Ubi Septuaginta « diapsalma, » etÀquila «semper, » cæteri ut supra simili ter transtulerunt. Et quia ad tropologicam interpretationem festinat oratio, bre- viter secundum litteram sensum eapituli compre- bendens, pei'gam ad reliqua. Sicut Jordanem et mare siccasti Rubrumi pro nobis dimicans ; non enim flu¬ minibus et mari iratus es, aut quidquam insensibilia offensionis contrahere potuerunt : ita nunc quadrigas conscendens tuas , arcumque corripiens , salutem dabis populo tuo, et juramenta quæ jurasti patribus nostris et tribubus, explebis in sempitcrnuui. Quod autem dicit : Numquid in fluminibus iratus es, Domine, aut in fluminibus furor tuus, vel in mari impetus tuus? dicit ambiguë, et interrogantis magis eloquio quam probantis. Sunt enim et bona flumina, sunt et mala. Est mare pessimum, et est mare optimum. Bonorum fluminum illud exemplum est : le Christ est appelé le javelot choisi par Isaïe qui s’écrie : « Il m'a établi comme le javelot choisi, il m’a caché dans son carquois, et il m’a dit : C’est un titre bien grand pour vous d'être appelé mon serviteur. » Isa. xlix, 2, 3. Cette flèche choisie a elle-même plusieurs flèches, pour les lancer dans tout l’univers. Aussi l'é¬ pouse blessée par la flèche d’élection, dit-elle : « Je suis blessée par l’amour, » Gant, n, 5, comme nous pourrions dire nous-mêmes : Je suis blessé par la chasteté, je suis blessé par la sagesse. Blessée par ce javelot de la sagesse, la reine du Midi était tout hors d’elle-même , et, tout émerveillée, elle avait trouvé dans le vrai quæ nunc iu isto sæculo juxta prospéra atqne pres¬ suras crescat atque decrescat. Cum autem sol fuerit elevatus, et juxta Apostolum , exaltaverit eum Deus, et donaverit ei nomcn super omne nomen : Phiiipp. n : tune etiam Ecclesia, qusa in præsenti sæculo te- nere suum ordinem non potest, ad ordinem debitum revertetur, et nequaquam mutabitnr ; sed fixo stabit gradu, et audiet cum Moyse : > et l'autre : « Vous êtes sorti pour sauver votre peuple, pour sauver votre Christ. » Je vais dire une chose incroyable, et vraie ce¬ pendant. Ces demi-chrétiens ont traduit comme des Juifs, et le juif Aquila a traduit comme un chrétien. La sixième Edition, pour éclaircir le mystèi^e de la rédemption, donne cette version expulsas : Gen. m : de qua egressus Cain inhabîtavit in terra Naid. Gen. îv, sec LXX. Secundiun autem ut supra diximus, quod ubi posuerunt LXX plurali nu¬ méro, « ut salvares christos tuos, » ibi esse in He- braico lajesua eti-i messiach quod Aquila transtulit, « in salutem cum Christo tuo : » non quod Deus egressus sit, ut salvaret populum et salvarct Chris- Lum suum ; sed quod in salutem populi veuerit cum Christo suo, juxtaillud Evangelii : « Pater in me, et ego in Pâtre ; et Pater in me manens ipse facit opéra sua. » Joan. xiv, 10. Sed et quinta ëditio simili ter transtulit : « Egressus es in salutem populi tui, in salutem cum Christo tuo. » Theodotio autem vere quasi pauper et Ebionita, sed et Symmachus ejus- dem dogmatis, pauperem sensum secuti, Judaice transtulerunt : « Egressus es in salutem populi tui, ut saLvares Christum tuum ; » et : a Egressus es sal¬ aire populum tuurn, salvare Christum tuum. « Hem incredibilem dicturus sum, sed tamen verarn. Isti semi-Cbristiani Judaice transtulerunt, et Judæus Aquila iuterpretatus est, ut Christian us. Sexta editio prodens mauifestissime sacrant en tum ita vertit ex Hebræo : « Egressus es, ut salvares populum tuum per Jesum Christum tuum, » quod Græce dicitur £?ïjX0£ç toû awaat xov Xaov aou Sià ’lqaouv xôv Xpiaxov de l'hébreu : « Vous êtes sorti, afin de sauver votre peuple par Jésus votre Christ. » A ce sens, on peut rattacher le fait que le Père est sorti avec le Fils du temple et des cérémonies des Juifs, en disant « Votre maison vous sera laissée déserte, » Luc. xm, 35, et qu'il est venu pour le salut des Gentils, afin de sauver ceux qui croiront par Jésus -Christ son Fils. Les Septante : « Vous avez envoyé la mort sur la tête des impies. » Qu'on ne croie point qu'il s'agit de cette mort commune dont nous mou¬ rons tous, dont mourut Abraham, quand il fut réuni à ses pères, Genès. xxv, dont les Prophètes sont morts, et dont est mort Jésus-Christ lui- mème ; Joan. xtx ; mais la mort a été envoyée sur les impies, afin que ceux qui vivaient au¬ paravant pour l'iniquité, étant morts au péché, vivent pour la justice. I Petr. u. C'est ce qu'Ânne vise aussi dans sa prière : « Le Seigneur donne la mort et rend la vie. » I Reg . n, 6. Il tue les pécheurs, en envoyant la mort sur la tête des impies, afin de les faire vivre pour la justice. Je veux dire une chose plus hardie: Jésus-Christ est venu dans le monde pour jeter la mort sur la tête des impies, afin qu'ils meurent à l'ini¬ quité, comme, il est lui-même mort une fois pour le péché, I Petr. n, et qu'ayant été faits participants de sa mort, ils le deviennent aussi de sa vie. Quant au texte hébreu, qui porte : « Vous avez frappé la tête de la maison de aou. Cui sensui potcst illud adaptari, quod egressus sit Pater cum Filio de templo et de cæremouiis Ju- dæorum, dicens : «Relinquetur vobis vestra deserta ;» Luc. xm, 35 ; et venerit ad salutem geutium, ut sal¬ varct credentes per Jesum Christum Filium suum. LXX : « Misisti in caput impiorum mortem. » Non putemus de bac dici morte communi qua omnes morimur, et m or tu us est Abraham, et appositus est ad patres snos ; Gen. xxv ; et prophetæ, et ipse Chris- tus est mortuus ; Joan. xix ; sed mors missa est in iniquos, ut qui prias vivebant iniquitati, mortui pec- cato, viverent justitiæ. I Petr. n. Quod quideui et Anna in oratione sua significat : « Dominus occidit et vivificat. » I Heg, u, 6. Occidit enim peccatores, mittens in capita inopioçum mortem, ut vivificet jus¬ titiæ. Dicam aliquid andacius : Christus ad hoc venit in mundurn, ut in capita in i quorum mitteret mor- Lem, et sieut ipse peccato mortuus est semel, I Petr. m, sic et illi morerentur iniquitati ; et qui faeti fue- ront participes mortis lmjus, vitæ quoque participes fièrent. Juxta llehraicum autem ibi scriptum est : Percuissisti caput de domo impii, » caput, ut dixi, priucipem hujus mundi accipiamus ; et domum ip- sius, mundum, omnemque animam peccatoris, in qua diabolus habebat bospitium. ldcirco autem per- 202 SAINT JÉROME l’impie, » il faut entendre, je l'ai dit, que cette tête est le prince de ce inonde, et que sa maison est le monde même et toute àme de pécheur dont le diable est devenu l’hôte. Or, la tête de la maison de l’impie est frappée, afin que le diable en ayant ainsi été rejeté par ce coup, cette maison devienne la demeure de Dieu, et vque la justice y habite et y marche. C’est une croyance digne de Dieu qu’il a daigné sortir pour le salut de son peuple avec son Christ, afin que, la tête de l’impiété étant frappée, Jésus, qui est la tête de tout homme et celle de l’Eglise, devînt notre tête. Par conséquent, quiconque a conscience d'être encore la maison de l’impie, doit implorer la venue du Fils de Dieu, afin que la tête de l’impiété soit écrasée en lui. Les Septante : « Vous avez suscité les chaînes jusqu’au cou à jamais. » Le Seigneur a suscité les chaînes de la charité, afin qu’ayant déposé l’ancien fardeau et rejeté le joug pesant qui nous écrasait, nous acceptions le joug léger de Jésus-Christ, et qu’attelés à son char, nous por¬ tions le meilleur des conducteurs. Théodotion, prenant le texte en bonne part, le rend ainsi : « Vous avez orné le fondement jusqu’au cou; » et la cinquième Edition : « Vous avez mis à nu, » ou bien, « vous avez dégagé le fondement jusqu'au cou, Se/a, » c’est-à-dire « pour tou¬ jours. )> Parce que le fondement de Jésus-Christ, qui ôtait dans l’àme de chacun, avait été cou¬ vert de terre par les étrangers, cette terre entassée est retirée, et le meilleur des fonde- cutitur caput in domo impii, ut, illo percusso atque ejecto, fiat domus Dei, et hnbitet ibi justitia, et inambulet in ea. Et hoc dignum est sentire de Deo, qui egressus est in salutem populi sui cum Christo suo, ut, percusso hujuscemodi capite, ille fiat in no- bis caput, qui est omni viri caput et EGclesiæ suæ. Si quis ergo impii se adhuc sentit domum, Filii Dei deprecetur adventum, ut conteratur in se impii caput. LXX : « Suscitasti vincula usque ad collum in fi- nem. » Suscitavit Dominus vincula charitatis, ut priori onere deposito, et gravissimo jugo quo pre- mebamur abjeeto, et gravissimo jugo quo premeba- mur abjeeto, leve Christi suscipereums jugum, et in curru illius positi, aurigam optimum portaremus. Quod quidem et Theodotio in bonampartem accipiens ait : « Ornasti fundamentum usque ad collum, » Quinta editio : « Denudasti, » sive, « evacuasti fun¬ damentum usque ad collum, sela, » id est, « semper. » Quia enim fundamentum Christi, quod erat in anima singulorum, allophyli terra obruerant, egeritur con- gesta humus, et nudatur optimum fundamentum, et ornatur, ut quod latebat, appareat et suam recipiat ments est mis à nu et orné ensuite, afin que ce qui était caché apparaisse et reçoive la clarté qui lui appartient, et cela à jamais, ou, en hé¬ breu, Sela. Notons en passant que les Septante eux-mêmes, poussés par la nécessité des choses, après avoir constamment interprété Sela par diapsalma , « pause du psaume, » l’ont mainte¬ nant traduit par « jusqu’à la fin. » « Vous avez maudit son sceptre et le chef de ses guerriers, qui venaient comme une tempête pour me mettre en poudre. Leur joie était sem¬ blable à celle d’un homme qui dévore le pauvre en secret. Vous avez fait un chemin à vos che¬ vaux au travers de la mer, au travers de la fange des grandes eaux. J’ai entendu, et mes entrailles ont été émues ; mes lèvres ont tremblé au son de votre voix. Que la pourriture entre jusqu’au fond de mes eaux, et que les vers fourmillent au-dessous de moi, afin que je sois en repos au jour de mon affliction, et que je me joigne à notre pejiple pour marcher avec lui.»Ha6ac. ni, 14-16. Maintenant encore,, j’ana¬ lyse le texte hébreu seul, pour commenter sé¬ parément la version des Septante, parce qu’elle diffère grandement de toutes les autres traduc¬ tions. « Vous avez maudit son sceptre, » c’est- à-dire ses royaumes, qui sont évidemment les impies, dont il a été dit naguère : « Vous avez frappé la tête de la maison de l’impie; vous avez dépouillé son fondement jusqu’au cou. » L’impie, c’est, ou Nabuchodonosor, ou tout adversaire du peuple de Dieu. Et non-seulement claritatem, et hoc fit iu sempiternum, quod Hebraice dicitur sela. Simulque considéra quod ipsi LXX, re- rum necessitate compulsi, qui semper « sela » inter- pretabantur « diapsalma, » nunc transtulerunt, « in finern. » « Maledixisti sceptri ejus, capiti bellatorum ejus, venientibus ut turbo ad dispergendum me. Exsultatio eorum sicut ejus qui dévorât pauperem in abscon- dito. Viam fecisti in mari equis tuis, in luto aquarum multarum. Audivi, et conturbatus est venter meus; ad vocem contremuerunt labia mea. Ingrediatur pu- tredo in ossibus meis, et subter me scateat, ut re- quiescam in die tribulationis meæ [Vulg. tacet meæ], ut ascendam ad populum accinctum nostrum. Habac. iu, 14-16. Et nunc tantum Hebraicum disseri- mus fal. posuirmis]) ut separatim de editione Septua- ginta disseramus, multum enim ab omnium trans- latione discordât. « Maledixisti, » inquit, « sceptris, » id est, regnis ejus ; haud dubium quin impii, de quo supra dixerat : « Percussisti caput de domo impii ; denudasti fundamentum usque ad collum. » Intelli- gimus autem impium, vel Nabuchodonosor, vel om- nem adversarium populi Dei. Et non solum sceptris COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC. 203 vous avez maudit ses sceptres, mais aussi le chef clés guerriers que vous aviez frappés, et qui étaient venus pour me disperser, c'est-à- dire pour renverser Israël et l’emmener captif en des pays divers. Ils faisaient éclater leur joie en dévorant Israël pauvre et foulé aux pieds, comme s’ils commettaient ce forfait en secret, comme s’ils nous dévoraient à votre insu. Vous êtes donc venu au combat pour votre peuple, et lançant vos chars du milieu des eaux, c’est- à-dire contre des nations innombrables, vous leur avez fait un chemin au travers de 3a boue des grandes eaux, c'est-à-dire, vous avez foulé aux pieds nos ennemis, et vous les avez broyés sous le sabot de vos chevaux et sous la roue de vos chars, comme de la boue. Pour ce qui suit : « J’ai entendu, et mes entrailles ont été émues; mes lèvres ont tremblé au son de votre voix. Que la pourriture entre jusqu’au fond de mes os, et qu'elle fourmille de vermine au-dessous de moi, afin que je me repose au jour de la tri¬ bulation, et que je me joigne à notre peuple pour être prêt à marcher avec lui, » en voici le sens : Maintenant, nous souffrons volontiers les afflictions, et votre menace nous fait trembler de crainte jusqu’au fond des entrailles. Mainte¬ nant mes lèvres tremblent, l'épouvante de mon àme pleine d’angoisse se trahit sur mon visage ; et, non content de cela, de moi-même, je demande plus, de moi-même, je désire plus : que la pourriture pénètre jusqu'au fond de mes ejus, sed etiam capiti bellatorum quos percusseras, qui venerunt ut turbo ut dispergerent me, id est, ut everterent Israël, et in diversum captivum deduce- rent. Ita antem exsultabant dévorantes pauperem, et subjectum sibi Israël, quasi hoc in abscondito fa- cerent, et nos, ignorante te, devorarent. Venisti ita- que ad prælium pro populo tuo, et quadrigas tuas immitens in aquas, hoc est, in gentes multas, fecisti eis viam in lato aquarum multarum, id est, ut con- culces eos, et quasi luturn equorum tuorum et cur- ruum unguia et rota conteras. Quod autem sequitur : « Audivi, et conturbatus est venter meus; ad vocem (ut subaudiatur, tuam) contremuerunt labia mea. lngrediatur putredo in ossibus meis, et subter me scateat, ut requiescam in die tribulationis, ut ascen- dam ad populum accinctum nostrum ; » hic est sen- sns : Nunc libenter ornnes patimur angustias, et ad comminationem tuam totis visceribus contremisci- mus. Nunc tremunt labia mea, et pavor mentis tre- pidæ in ore signatur, et non soluui istud, sed etiam ali ad ultro appeto et ultro desidero : ingrediatur pu¬ tredo in ossibus meis [al. ossamca ] et subter me sca¬ teat; hoc est, libenter patior quod passus est Job, non solnm carnes rqeas, sed medullas quoque ossium os et qu’elle sème la vermine au-dessous de moi ; c'est-à-dire, j’endure volontiers ce que Job a souffert; je désire que, non-seulement mes chairs, mais la moelle de mes os tombe en pourriture, et que mon grabat, souillé de la pourriture de mon corps, soit rempli d’une fourmilière de vers, afin qu'après avoir enduré ici-bas toutes ces afflictions pour mes péchés, je me repose au jour de l'amertume, au jour de la tribulation, au jour de la nécessité et de l’angoisse, et que je monte vers notre peuple en armes, c’est-à-dire fort, plein de bravoure et prêt au combat. Belle expression que celle-ci : « Que je monte; » on monte toujours pour se joindre au peuple prêt au combat. « Notre » est aussi plein d'élégance : celui qui a été affligé, qui a supporté volontiers ces afflictions, et qui a compensé par les maux présents les récom¬ penses futures, peut hardiment dire « notre, » en sorte qu’à l’exemple d'Àbraham, d’Isaac et de Jacob, il s’endorme, lui aussi, dans une bonne vieillesse, plein de jours et qu’il soit réuni à ses pères. — Mais, s’écriera-t-on, voilà qu’en expliquant la lettre, vous êtes, sans le savoir, tombé dans les filets de l’allégorie, et que vous avez mêlé la tropologie à l’histoire. — Je réponds que la métaphore appliquée à l’his¬ toire n’est pas toujours la môme chose que le sens figuré des Ecritures : bien souvent l’his¬ toire elle-même est présentée métaphoriquement, et, sous l’image d’une femme ou d’un seul cupio tabefieri, et stratum meum putredine corporis et innumeris scatere verni ibus, ut postquam hic pro peccatis meis hæc sustinuero, requiescam in die amara, in die tribulationis, in die necessitatis et an- gustiæ. Et ascendam ad populum accinctum nostrum, fortem videîicet, bellatorem atque pugnacem. Et pulchre, « ascendam ; » ad accinctum enim populum sempor ascenditur. Eleganterque « nostrum : » qui enim tribulatus est, et pressuras libenter sustinuit, et præsentibus malis futura prsemia conpensavit, « nostrum » audacter loquitur, ut jiixta Abraham, Isaac et Jacob et ipse dormiat in senectute bona plenus dierum, et apponatur ad patres suos. Quod si quis dixerit : Ecce in historiée expositione dum nescis, allegoriæ clausus es retibus, et tropologiam historiæ miscuisti. Audiat non semper metaphoram historiæ, allegoriam consonare : quia fréquenter his- toria ipsa metaphorice texitur, et sub imagine mu- lieris vel unius viri de toto populo prædicatur. Et nunc ergo possumus dicere ex persona populi : Li¬ benter captivitatem subeo, æquo animo angustias sustineo, et gravissimo Babylonioruw premor jugo, et quidquid ultimæ et duræ necessitatis est, gaudens patiar [al.pari'or] : tantum ut eo tempore requiescam 204 SAINT JÉROME homme, c'est de tout un peuple qu’il s'agit. Maintenant donc nous pouvons aussi prêter au peuple ce langage : Je subis volontiers la capti¬ vité, j’endure ces maux sans murmure, je sup¬ porte patiemment le joug écrasant des Babylo¬ niens, et je souffrirai avec joie jusqu’aux derniers coups de la plus dure nécessité, pourvu que je puisse me reposer au temps où vous maudirez les sceptres de l’impie, et où vos chevaux fou¬ leront aux pieds la boue des grandes eaux, afin que je retourne ensuite dans la terre de répromission avec vos saints, Zorobabel et Jésus, fils de Josêdec, et le prêtre Esdras et Néhémie. Jusqu'ici, pour ne point paraître tout à fait omettre l’histoire, j’ai en quelque manière fait violence au sens et appliqué de force à la captivité un ordre d’idées qui ne s’y rattachent pas rigoureusement ; je reviens maintenant à la version des Septante et au développement du sens spirituel. Les Septante : « Vous avez divisé dans la stupeur les têtes des puissants. » Gomme Jésus- Christ est la tète de l’Eglise et de tout homme, I Corinih. xi, la tète de tous les démons qui font rage dans ce monde est Béelzébut, leur prince, et chacune de leurs légions a sa tête et son prince. Par exemple, les esprits de fornication ont leur préfet, les esprits d’avarice ont leur capitaine, les esprits de vaine gloire, les esprits de mensonge, les esprits d’infidélité ont les chefs quo maledices sceptris impii, et equi tni calcabunt lutum aquorum multarum, ut postea cum sanctis tuis Zorobabel et Jesu filio Josedec, et Esdra sacer- dote, et Nehemia in terrain repromissiouis revertar. Hucusquene omnino prætermittere historiam vide- remur, quodammodo vim fecimus intellectui, et in captivitatem traximus sententias non sequentes : nnne ad Séptuaginta translatons, et ad expositionem tropologicam revcvtamur. LXX : « Divisistiin stupore capita potentium. » Si- cut Ecclesiæ et ornnis viri Chris tu s est caput, t Cor. xi, ita cunctornm dæmonum qui in, hoc sæculo de- baccbantur (a), caput est Beelzebub princeps dæ- moniorum, et singulæ eorum turmæ habent capita et principes suos. Verbi gratia, spiritus fornicatio- num habent præpositum suum , spiritus avaritiœ babent ap/ovia suum, spiritus vanæ gloriæ, spiritus niendacii, spiritus inSdolitatis habent prœsides mali- tiæ suæ. Deus itaqne clementissimus qui miserai in capita iniquorum mortem, qui suscitaverat vincula de leur milice. Dieu donc, plein débouté, après avoir envoyé la mort sur les têtes des impies, et qui leur avait suscité des chaînes jusqu’au cou, à la fin divise les têtes des puissants dans la stupeur, afin de séparer les princes de leurs sujets, de retrancher en quelque sorte la tète du corps, et là où il y avait une tête mauvaise, d’y remettre la tête par excellence. Prenons un exemple, afin de rendre notre langage plus clair. S’il arrive qu’un tyran soit massacré, on dépose aussi ses images et ses statues, dont on enlève la tète, que l’on remplace par celle de son vainqueur, en sorte que le corps demeu¬ rant et la tète retranchée, il n’y a qu’un chan¬ gement de tête. Il m'est permis d’appliquer cela aux conciliabules des hérétiques : Quand les chefs des hérésies ont été séparés du reste des peuples hérétiques, ceux-ci, à leur place, ont pour tète Jésus-Christ. La précision du langage de l’Ecriture sainte est à remarquer : elle ne dit pas : Vous avez retranché ou coupé les têtes des puissants ; elle dit : Vous avez divisé, parce que ce qu’on divise est moins retranché et perdu, que séparé en parties. De même que dans la construction de la tour, Genès. xu, la langue, qui avait été unie pour le mal, est séparée en plusieurs, et la plus impie des alliances mor¬ celée par une utile division, de môme ces têtes qui, avec leurs corps, paraissaient avoir une cer¬ taine union entre elles — car il y a plusieurs usque ad collum, in fînem dividit etiam capita poten¬ tium in stupore, ut primum principes separet a subjectis, et quasi corpus decohet a capite, et ub* caput pessimum fuerat, ibi caput optimum repona- tur. Ponamus exemplum, ut quod dicimus manifes- tius fiat : si quaudo tyrannus obtruncatur, imagines quoque ejus deponuntur, et statuæ ; et vultu tan- tummodo commutato , ablatoque capite, ejus qui viccrit, faciès superponitur , ut manente corpore, capitibusque præcisis, caput aliud commutetur. il oc milii mtelligere libet de hæreticorum conciliabuhs, quod capitibus hærcseon acæteris populis separatis, in loco eorum caput esse Cbristns incipiat, Simul- que considéra Scripturæ sanctæ significantiam, quod non dixerit, præcidisti vel succidisti capita poten¬ tium, sed divisisti : quod enim dividitur, non tani amputatur et perditur, quam separatur in partes. Ut quo modo in fabricatione turris, Gen. xii, liugua quæ maie unita fuerat, separata est, et pessimum feedus utili divisione conscissum : sic et capita bæc quæ (a) rx Origcne Homil. in Josue dcsumptahœc quæ sequuntur pcnc toticlcra vcvbîs sunfc. Ad rom nostram hæc potissinnmi faciunt : « Puto magis principem quidem fornicationis spiritum uiuiiii esse : in numéros \cro esse, qui in hoc ei officio pareant, et per singulos qnosque liomines diversi spiritus sub eo principe militantes, ad hujuscemodi eos peccata sollicitent. Similitcr et iracundiæ spiritum principem unum esse arbitror : innumeros vero esse sub ipso agentes, qui peu singulos quosque liomines, bujusmodi vitii peccata guctendant. Similiter et avai'itiæ unum esse principem : sic ex superbiæ, et cæterorum malorum. » COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC. 205 têtes des hérétiques qui, bien qu'elles aient des yeux différents, aboient, pour ainsi dire, dans une même langue blasphématoire contre l’E¬ glise, — ont été divisées en parties et séparées de leurs corps, trompés par elle, pour être toutes remplacées par la bonne tête. On peut appli¬ quer ce verset, lorsqu’on voit leurs rois et leurs chefs verser le sang chrétien, et qu' ensuite la vengeance du Seigneur les atteint, ce qui est arrivé naguère pour Julien et avant lui pour Maximien, et antérieurement pour Yalérien , Dèce, Domitien, Néron; c’est alors le cas de chanter au Seigneur, avec joie' et action de grâces, dans le Cantique : « Vous avez divisé dans la stupeur les tètes des puissants, » c'est- à-dire pour l’admiration des fidèles, ou au grand étonnement de tontes les nations, qui ne pensaient pas qu’ils pussent tomber si vite. Alors que j’étais encore enfant, que je me for¬ mais dans une classe de grammaire, et que toutes les villes ôtaient souillées du sang des victimes, quand tout à coup, au plus fort de la persécution, on annonça la mort de Julien : « Comment, » s’écria élégamment un païen, « les chrétiens peuvent-ils prétendre que leur Dieu est patient et bon? Rien de plus marqué au coin de la colère, rien de plus précipité que ce trait de rage : il n'a pu contenir sa vengeance même le plus petit instant. » Libre à lui d’avoir dit cela en se jouant ; mais l’Eglise de Jésus- Christ fit éclater ce chant de joie : « Vous avez cum corporibus suis [al. sive] inter se videbantur habere consensum (pi lira enim hæreticorum cap i ta sunt ; qnæ cum diversos oculos habeant, tamen in una, ut ita dicam , lingua blaspliemiæ adversum Ecclesiam latrant) dividerentur in partes, et a de- ceptis corporibus separata, bono capiti locum face- rent. Possumus hoc versiculo uti, si quando reges et duces eorum Christianum viderimus sanguinem fuuderc , et postea ultionem Domini consecutam. Quod dudum in Juliano, et ante eum in Maxim iano, et supra in Valeriano, Decio, Domitiano, Nerone perspeximns ; et dicere ad Dominum cum exsu lta- tione et oratione in Cantico : « Divisisti in stupore capitapotentium, » hoc est, in stupore eredentium,vel in stupore cimctarumnationum,qucceos non putabant tamcito posse concidere. Dum adhuc essem puer, et in grammaticæ ludo exercerer,omnesque urbesvicti- marum sanguine polluerentur, ac subito in persecu- tionis ardore Juliani nuntiatus esset interitus , eleganter unns de ethnicis : « Quomodo , inquit , Christiani dicunt, Deum sum±L esse patientem , et ayeÇkaxov? niliil iracundiqs, nihil hoc furore præ- sentius : ne modico quidem spatio indignationem suam differre potuit. » Hoc ille ludens dixerit. Gæte- divisé dans la stupeur les têtes des puissants. » J'oserai moi-même dire quelque chose de sem¬ blable : Divisez, Seigneur, pour l'étonnement de tous, Achab et Jôzabel. Je ne suis point Elie, il est vrai ; mais néanmoins cet Achab et cette Jézabel ont mis à mort Naboth ; ils lui ont ravi sa vigne, III Reg. xxi, et ils en ont fait le jardin de leur luxure. Qu'il se trouve quelque Abdias, votre serviteur, qui nourrisse votre pauvre qui mendie; que le sang de l’impure soit donné aux chiens ; que l’impie et avare Achab tombe sous la flèche du Seigneur. III Reg. xvm. Les Septante : « Elles seront ébranlées en elles, elles ouvriront leurs freins comme le pauvre qui mange en secret. » Ces têtes, quand elles auront été divisées d'avec leurs corps, et divisées dans la stupeur, en grec b b.ataasi, d’où l’accord b aux?), « en elle, » ouvriront aussi leurs freins ou les freins des corps — on peut entendre l'un et l’autre, — afin que l'empire qu'elles exerçaient auparavant sur les corps qui leur étaient soumis, se relâchant, elles cèdent la place, au cavalier et au conducteur meilleur qu'elles. Elles agiront ainsi comme des pauvres qui mangent en secret, n’ayant ni la liberté de manger, ni l'abondance des mets, mais un maigre aliment qu’ils engloutissent à la dérobée, avec le. désir que personne ne voie ce qu’ils font. Autre interprétation : Ces tètes, quand elles auront été divisées dans la stupeur, comme retranchées du reste du corps,’ ouvriront leur rum Ecclesia Christi cum exsultatione cantavit : « Divisisti in stupore capita potentium. « Loquar et ego aliquid huic simile : Divide, Domine, in stupore omnium, Achab etJezabel. Non quidem ego Elias ; sed tamen illi Achab et Jezabel interfecerunt Naboth, et tulerunt vineam cjus, III Reg . xxi, et hortum suæ fecerunt luxuriæ. Inveniatur aliquis servuus tuus Abdias , qui pascat pauperem tuum atquc mendi- cium ; fornicariæ sanguis detur canibus ; Achab impius et avarus jaculo Domini trucide tur. III Reg. xvm. LXX. : « Commovebuntur in ea [al. eo], aperient frenos suos sicut coniedens pauper in absconso [al. abscondito]. » Capita cum divisa fuerint a corporibus suis, et divisa non aliter nisi in stupore, quod Græce dicitur b l/.aiaaei : unde secundum eam declinatur et dicitur, b âÙTrj, hoc est, « in ea, » ape¬ rient etiam frenos suos, sive eorum (utrumque enim intelligi potest) ut illud imperium pro prius domi- nabantur in subjectis sibi corporibus, relaxantes dent locum meliori eqniti et meliori aurigæ. Et hoc faciant quasi comedentes pauperes [al. comedem pauper ] in abscondito, non liabentes libertatem, nec ciborum aliquam abundantiam, sed escas modicas, 206 SAINT JÉROME bouche, où avait été passé, en quelque sorte, le mors de la condamnation, et, comme ceux qui mangent, ils feront jouer leurs mâchoires, dont les dents seront brisées, essayant de manger, mais n’ayant pas la force de mordre l’aliment. On comprend qu’après l’avènement de Jésus- Christ, les têtes des démons, séparées des na¬ tions qui leur étaient auparavant assujetties, veulent exercer de nouveau leur ancienne puis¬ sance. Mais comme elles ont été séparées de leurs corps, elles n'ont pas une entière liberté de manger : elles mangent comme les pauvres, et non-seulement elles sont pauvres, mais pauvres honteux qui se cachent. Elles sont pauvres, parce qu’elles ont perdu leurs richesses d’autrefois ; elles mangent en secret, parce qu’elles sont toujours en embuscade, pour mettre à mort l’innocent dans' les lieux cachés. Ces têtes ont les mêmes dents que les flèches. Et quoique elles aient dit avant : Je monterai au-dessus des astres des cieux, je mettrai mon nid dans le lieu le plus élevé, et je tiendrai dans ma main l’univers entier comme des œufs d’oiseaux , elles seront néanmoins arrachées des hauteurs, et, perdant leur richesse d’autrefois et comme toutes les ressources de leur maison, à peine essaieront-elles, comme les pauvres, démanger et de mordre à la dérobée. Je sais que .le texte hébreu est en grand désaccord avec ce qui vient d’être dit ; mais qu’y puis-je faire, puisque j’ai quibus vescentes abscondite radium Yellent videre quod faciunt. Potest et aliter interpretari : Capita cum divisa fueriut in stupore, quasi a cætero cor- pore decollata, aperient os suum, quod quasi cbamo condeinnationis fuerat infrenatum, et in similitudi- nem vescentium iüisis in se dentibus concrepabunt, volentia rursum comedere, sed vim devorandi non habentia. fntellige quomodo post adventum Ckristi capita dæmonum a nationibus, quæ sibi prius sub- jectæ fuerant separata , velint rursum antiquam exercere potentiam. Sed quia amputata sunt a cor- poribus, plenam vescendi non babeant libertatem : comedunt quasi pauperes, et non solum pauperes sunt, sed pauperes in abscondito. Pauperes sunt, quia pristinas divitias perdiderunt ; comedunt abs¬ condite, quia semper sedent in insidiis, ut in occul- tis interficiant innocentem. Hæc capita eosdem ba- bent dentes quos etsagittas. Etquamvis ante dixerint: Super sidéra cœli ascendam , ponam in excelsum nidum meum, et universum orbem quasi ova conti- nebo in manu mea, tamen detrahentur de sublimi- bus, et perdentia supellectüem pristinam, omnem- que substantiam domus suæ, vix quasi pauperes clam comedere et mordere tentabunt. Scio multum Ilebraicum ab bis quae dicta sunt, discrepare ; sed formé une fois pour toutes la résolution d’inter¬ préter et l’hébreu même, et les Écritures qui ont été publiées dans le monde entier? Les Septante : « Et vous avez conduit au- dessus la mer vos chevaux , qui ont troublé les grandes eaux. » Après avoir envoyé la mort sur la tête des impies , et divisé les têtes des puissants, qu’il avait brisées dans la mer, puis¬ qu’il est écrit dans les psaumes : « Vous avez écrasé les têtes du dragon, Psalm. lxxiii, 14, les princes étant mis à mort et réduits en pou¬ dre, et le fort étant vaincu, Dieu vient à sa maison et il s’empare de toutes ses richesses. Marc. m. Or, par richesses et maison du fort, et vases du prince, que pouvons-nous entendre, si ce n’est la mer de ce monde , dans laquelle habite le dragon ? Dieu donc , cavalier émérite et conducteur sans rival, conduit contre la mer de ce monde ses chevaux, les anges et les ver¬ tus sublimes, afin'qu’ils troublent les grandes eaux, les démons et les puissances ennemies. Que si l’on veut interpréter ce verset sur l’avé- nement de Jésus-Christ, conformément à ce qui est écrit dans l’Apocalypse, Apoc. xyi, que la parole de Dieu est assise sur un cheval blanc et suivie de toute une armée montée sur des chevaux blancs, on verra comment Jésus-Christ est monté sur ses apôtres, en disant : « Voilà que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle... «Allez, partez, bapti- facere quid possum ; cui semel propositum est et ipsum Hebraicum, et vulgatas in toto orbe scripturas interpretari ? LXX : « Et superduxisti in mare equos tuos conturbantes aquas multas. » Postquam miserat Deus in capita iniquorum mortem et conciderat ca¬ pita potQntium in stupore, et confregerat ea in mari (Scriptum estenim in Psalmis : « Tu confregisti capita draconis « Ps. lxxih, 14) principibus interfectis, sive confractis, et victo forti venitur ad domum ejus, et universa illius vasa diripïuntur. Marc. ni. Vasa au- tem et domum fortis et supellectüem principis, quid aiiud possumus interpretari, nisi mare bujus sæculi, in quo habitat draco ? Superinducit ergo Deus, egre- gius eques et auriga præcipuus, equos, suos angelos videlicet , sublimesque virtutes super mare bujus sæculi, ut turbent aquas multas, dæmonia et contra¬ rias potestates. Quod si voluerimus de adventu Cbristi interpretari, juxtaillud quod in Apocalypsi cap. 16 scribitur, quod sermo Dei sedeat in equo albo et omnis exercitus in equis albis sequatur eum, videbimus quomodo Christus ascenderit in apostolis suis, dicens eis : « Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem sæculi ; » et : « Euntes, ite, bàptizate omnes gentes, » et reliqua. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC 207 sez toutes les nations , » etc. ; Matth. xxvni, 49, 20; et comment, plus tard, il monta sur un seul cheval blanc, qui n’est autre, à mon avis, que l’apôtre Paul, sur lequel il a parcouru tout l’univers. La parole de Dieu monta sur ses chevaux, afin que les grandes eaux soient troublées ; soit un grand nombre de peuples, qui étaient auparavant dans la mer, et que le dragon tenait en servitude , « car la voie large et spacieuse est celle qui conduit à la mort, » Matth. vu, 13, mais qui, ayant été troublés, et ayant abandonné leur erreur d’autrefois, rece¬ vront dans leur trouble le cavalier à sa venue ; soit afin que les bataillons des démons , dont j’ai déjà parlé, n’aient plus de domination sur la mer, et reculent dans leur trouble, redoutant les blessures faites par le cavalier qui les com¬ bat. Fasse le ciel que la parole de Dieu monte aussi sur moi, et que, par la lance de sa bouche, il mette à mort celui qui règne sur les grandes eaux, afin qu’en présence delà mort du roi, les eaux qui lui étaient soumises se troublent et présentent le cou à mon cavalier, et que, réunis en un seul et même attelage , nous devenions les Chérubins du Seigneur, ce qui s’interprète « multitude de la science. » Et , en effet , il ne saurait y avoir cavalier aussi richement orné que le cavalier de ceux que réunissent l’abon¬ dance de la science et les rênes de la sagesse. Les Septante : « J’ai gardé , et mes entrailles se sont émues de crainte à la voix de la prière Matth. xxvni, 19, 29. Et postea conscenderit in uno equo candido, quern alium non puto esse, nisi.apos- tolum Paulum, super quem equitans, omnem orbem circuierit. Ascendit autem sermo Dei in equis suis, ut turbarentur aquæ multæ, hoc est, vel populimulti, qui ante in mari erant, et draconi tenebantur ,'obno- xii « (Lata enim et spatiosa via est quæ ducit ad mortem, » Matth . yii, 13), et turbarentur, primum errorem pristinum deserentes , deinde conturbati vcnientem equitem susciperent. Vel certe de quibus supra diximus, dæmonum catervæ nequaquam ita dominarentur in mari; sed turbatæ cederent , et equitis præliantis vulnera formidarent. Atque uti- nam et in me ascendat verbum Dei, et per lanceam oris mei interficiat eum qui régnât in aquis multis, ut ad regis interitum aquæ quæ illis subjectæfu erant conturbatæ, præbeant colla equiti meo. et redacti in unam quadrigam, efficiamur Domini « Cherubim, » quod interpretatur « scientiæ multitudo. » Nunquam enim aurign, sic compositus, et sic fertur ornatus, ut in bis qui scientiæ multitudine et habenis inter se sapientiæ copulantur. LXX : « Custodivi, et extimuit venter meus a voce orationis labiorum meorum ; et ingressus est tremor de mes lèvres ; et la frayeur a pénétré jusque dans mes os, et ma force a été troublée au-des¬ sous de moi. » Ma force, ou mon attitude ; car les exemplaires diffèrent sur ce mot. Ce langage peut être mis dans la bouche du prophète, en le rattachant à ce qui précède : Parce que vous avez envoyé, Seigneur, la mort sur les têtes des impies, que vous leur avez suscité des chaînes jusqu'au cou, que vous avez divisé dans la stu¬ peur les têtes des puissants , et que vous avez conduit contre la mer vos chevaux pour trou¬ bler les grandes eaux , j’ai fait la garde la plus vigilante sur mon cœur, car j’avais tremblé d’effroi jusqu’en mes entrailles, et ma force ou mon attitude avait été ébranlée, dans la crainte où j'étais de maux semblables. Ce texte peut être aussi regardé comme une sorte de début, le prophète racontant sa crainte , comment il avait tremblé d’avoir péché en quelque chose, et comment, averti par la voix de la prière de ses lèvres , il avait craint Dieu au point que le frisson en avait pénétré jusque dans ses os; comment , enfin , placé sous la haute main du Seigneur, il avait été ébranlé dans la force ou dans l’assiette habituelle de son âme. Cette ex¬ pression : « Le frisson a pénétré jusque dans mes os,» doit être entendue comme emphatique, afin qu’on voie la crainte excessive de Dieu pé¬ nétrant l’âme tout entière , et remuant tout l’homme, dans l’appréhension qu’il a de faire quoi que ce soit qui déplaise àDieu. Et puis l’Écri- in ossa mea, et subter me conturbata est fortitudo mea. » Sive ut alibi scriptum reperimus tj £Çl<; p.ou, quod nos possumus dicere, « habitudo mea ; » di- versaquippe exemplaria reperiuntur. Possunt autem bæc ex persona prophetæ dici superioribus cohæ- rentia : Quiamisisti, o Domine, in capita iniquorum mortem, et suscitasti vincula usque ad collum, et divisisti in stupore capita potentium, et induxisti in mare equos tuos conturbantcs aquas multas : prop- terea ego omni custodia servavi cor meum, et contremuerunt viscera mea, et tota mea, vel fortitudo, vel habitudo turbata est, ne similia sustinerem. Po- testquoque et quasi suum habere principium, nar¬ rante propbeta timorem suum, et quomodo formi- darit ne peccaverit [al. peccarei ] in aliquo , et ad vocem orationis labiorum suorum commonitus, tan¬ tum timuerit Deum, ut ingressus sit tremor in ossa ejus ; et sub excelsa manu Domini positus, omni animæ suæ fortitudine, vel babitu [al. habitudine] conturbatus sit. Quod autem ait : « Ingressus est tremor in ossa mea » ÈjxcpamwTepov accipiendum, ut videamus magnitudinem timoris Dei penetrantis universita.tem animæ, et totum hominem cornrno- ventis, ne quidquam faceret quod displiceret Deo. 208 SAINT JÉROME ture, sous l’allégorie des membres du corps, donne des membres à l’âme : dans les entrailles que remue la frayeur, il faut voir cette faculté de l’âme qui reçoit les aliments spirituels ; les lèvres de l’âme sont celles avec lesquelles elle se parle à elle-même ; ses os sont les dogmes forts et solides qui affermissent toute sa char¬ pente. J’ai donné ces explications en peu de mots : Si quelqu’un en trouvait de plus habiles et de plus vraies , on devrait dé préférence se ranger à son opinion. Les Septante : « Je me reposerai au jour de mon affliction, afin de monter vers le peuple de mon voyage. » Parce que j'ai exercé une garde assidue sur mon cœur, que mes entrailles ont frémi de crainte à la voix de la prière de mes lèvres, que le frisson a pénétré jusque dans mes os, que ma force ou mon assurance a été troublée au-dessous de moi, et que, grâce à ma vigilance la plus rigoureuse , je suis devenu étranger aux péchés , je m’écrie maintenant avec confiance : Je me reposerai au jour de l’affliction, pour monter vers Je peuple de mon pèlerinage , c’est-à-dire , qui a comme moi été voyageur en ce monde. Je monterai étant exilé en bas, et comme faisant effort pour m’élever du fond d’une vallée vers les plus, hauts som¬ mets, j’appliquerai tous mes désirs à n’avoir que le souci de mon ascension , pendant que les antres sont dans la tribulation et l’angoisse, et à trouver les moyens pour me reposer sur les lieux les plus élevés, avec le peuple de mon Et quia allegorice juxta membrà corporis, animæ quoque membra Scriptura commémorât, ventrem paventem, eam virtutem accipiamus animæ, quæ spirituales cibos recipiat, et labia, quibus secum mens loquitur, et os sa r obus ta et solida dogmata, quibus tota animæ compago solidatur. Hæc a me breviter dicta sunt. Si quis autem hic sagaciora et veriora repererit, illius magis explanationi præbete consensum. LXX : « Itesquiescam in die tribulationis meæ, ut ascendam ad populum peregrinationis meæ. » Quia omni custodia servavi cor mcum, et exti omit venter meus a voce orationis labiorum meorurn, et iugres- sus est tremor in ossa mea, et subter me couturbata est fortitudo, vel habitudo mea, et propter tan tain custodiam a peccatis alienus effectus sum ; idcirco nunc confidenter dico : llesquiescam in die tribula¬ tionis , ut ascendam ad populum peregrinatiouis meæ, id est, qui æque ut ego in hoc raundo peregri- natus est. Ascendam autem doorsum positus , et quasi de valle ad sublimiora nitens tota aviditate contendam, ut tempore quo cæteri in tribulatione sunt et augustia, mibi cura si t de ascensu , quo- pôlerinage. Quant au jour de la tribulation , c'est, je pense, la fin du monde, selon la parole d’Isaïe : « Le jour sans lendemain de la fureur et de la colère du Seigneur, où il réduira toute la terre en un vaste désert , et où il perdra les pécheurs. » Isa. xiv, 6, 7. « Car le figuier ne fleurira plus, et les vignes ne pousseront plus ; l’olivier trompera l’attente de ses fruits , et les campagnes ne porteront pins de grain pour la nourriture ; les brebis seront enlevées des bergeries, et il n'y aura plus de bœufs dans les étables. » Habac. m, 17. Les Septante : «Parce que le figuier ne portera plus de fruits, et il n’y aura plus de bourgeons dans les vignes ; l'olivier trompera ceux qui atten¬ daient ses fruits, et les champs ne feront plus de grain pour la nourriture ; les brebis ont manqué, parce qu’on les a mangées, et il n’y a plus de bœufs dans les étables. » Selon le texte hébreu,, où nous avons lu plus haut : « Que la pourriture pénètre dans mes os et que les vers se multiplient au-dessous de moi , afin que je me repose au jour de la tribulation, et que je monte vers notre peuple prêt au combat , » ce qui précède doit être ainsi relié à ce qui suit : J’ai voulu supporter l'affliction dans le temps présent, et ensuite m’élever jusqu’au peuple fort, parce que viendra le jour de la tribulation et de la nécessité , et que les autres étant plon¬ gés dans l’angoisse, je me réjouirai dans votre majesté: « Car le figuier ne fleurira plus , et il m’y aura aucun bourgeon dans les vignes ; l’o- modo cum populo peregrinationis meæ resquiescam in altioribus locis. Diem autem tribulationis puto consummationem esse mundi, de quo et Isaias ait : « Lies fiomim insanabilis, furoris et iræ, ponere or- bem terræ universum in desertum , et peccatorcs perdere. « Isa. xiv, 6, 7. « Ficus enim non florebit, et non erit germen in vineis ; mentietur opus olivæ, et arva non aflerent cibum ; abscindctur de ovili pecus, et non erit av- mentum in præsepibus. » Abac. ni, 17. LXX : « Quia ficus non afferet fructum, et non erunt germina [al. genimina ] in vineis; mentietur opus olivæ, et campi non facient escas; defecerunt, eo‘ quod comederent oves, et non sunt boves iu præsepibus. d Juxta He- braicum in quo supra diximus : « ïngrediatur putredo in ossibus meis et subter me scateat, ut requiescam in die tribulationis; et ascendam ad populum accinc- tum nostrum » [al. meurn] : ita quæ præcesserunt, copulabuutur sequentibus : ïdeo tribulationem ad præsens volui sustinere, et postea ad populum for- tem ascendere, quia veniet dies tribulationis et nes- cessitatis, et cæteris in angustia constituas, ego in tuamajestate lætabor : « Ficus enim non florebit, et 209 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC. livier trompera celui qui attendait son fruit , et les campagnes ne porteront plus du grain pour nourrir, etc. » Gomme ici les Septante ne dif¬ fèrent guère de lJhébreu , je discuterai les deux textes ensemble. Lorsque viendra le jour de la tribulation, je monterai aussi vers le peuple qui a autrefois fait le voyage de la vie comme moi ; ou assurément, quand viendra le jour du ren¬ versement des Juifs et du premier peuple, et que la fille de Sion sera abandonnée , comme une tente au milieu d’une vigne, comme une cabane dans un champ de concombres , et comme une ville prise d’assaut, moi qui, sur le point de périr, ai été élu pour faire partie du peuple , dont il a été dit : « Si le Seigneur ne nous avait réservé quelques-uns de notre race, nous aurions été comme Sodome , et nous se¬ rions devenus semblables à Gomorhe,» Isa. 1, 9, je m’unirai aux disciples de Jésus-Christ, et comme il les instruit sur la montagne , laissant au bas les foules et les faibles, je monterai vers les sommets. Car il n’a pas donné de fruit, le figuier vers lequel vint Notre-Seigneur qui avait faim, et ne trouvant pas de figues sur lui , il le frappa de cette malédiction : « Tu ne porteras plus de fruit jusqu’à la fin du siècle. » Matth. xxi, 19. Arrêtons-nous attentivement à ces pa¬ roles : « Tu ne porteras plus de fruit jusqu’à la fin du siècle. » Il ne dit pas jusque dans les siècles des siècles ; mais lorsque ce siècle sera passé, et que la plénitude des nations sera en¬ trée, alors aussi ce figuier portera ses fruits, et non erit germen in vineis ; mentietur opus olivæ, et arva non afferent cibum, » et caetera. Quæ quia non multum distant a LXX, cum interpretatione eorum pariter disseramus. Cum venerit dies tribulationis, et ego ascendero ad populum qui mecum aliquando peregrinatus est; vel certe cum venerit dies eversio- nls Judaicæ, et popnli prioris , et derelicta fuerit filia Sion , sicut tabernaculum in vinea , et sicut casula in cucumerario, et sicut civitas, quæ expu- gnatur, ego qui de pereunte electus sum populo (de quo dictum est : Isa. i, 9 : « Nisi Dominus reliquis- set nobis semen, quasi Sodoma fuissemus, et quasi Gomorrha, similes essemus), » copulabo me disci- pulis Christi : quos quia in monte docet, turbis et debilibus deorsum relictis, ego ad montana cons- cendam. Ficus enim non débit fructum, ad quam venit in Evangelio esuriens Dominus, et non invenit in ea poma, et maledixit ei, dicens : « Non afferes fructum usque in sæculum. » Matth. xxi, 19. Et' dili¬ genter considéra quid dixerit : « Non afferes fructum pi sæculum, » non ait, usque. in sæcuia sœculorum ; sed cum sæculum istud peftransierit, et intraverit plenitudo gentium, tune etiam hæe ficus affcretfruc- TOME IX. tout Israël sera sauvé. Ce figuier est celui vers lequel le père de famille vient pour la troisième fois, et qu’il veut arracher comme rie faisant pas de fruit ; le colon, à qui le soin en avait été confié, demande grâce pour lui, afin qu’on lui accorde le temps, et il dit : « Seigneur, laissez- le encore cette année, afin que je laboure au pied, et que j’y mette du fumier; après cela, nous verrons s’il porte du fruit ; si non vous le ferez couper.» Luc. xnr, 8, 9. Ce vigneron, c’est Gabriel , ou c’est Michel , à qui, a été confié le peuple juif, et qui prie N.otre-Seigneur dans la passion : Seigneur, dit-il, donnez-leur le temps de la pénitence, et ne les arrachez point, pour voir s’ils porteront des fruits ; sinon , vous les arracherez alors. S’ils portent du fruit , le texte ne dit pas ce qu’ils endureront, et il ne dit pas non plus qu’ils resteront comme ils étaient; mais s’ils portent du fruit, la sentence demeure en suspens, en sorte qu’on sous-entende : Vous les transporterez dans l’Église des Gentils, vous les transplanterez dans une autre vigne. Le Sei¬ gneur vient pour la troisième fois, et il ne trouve pas du fruit sur ces figuiers. Il leur a donné d’abord la loi par Moïse, puis il leur a parlé par les prophètes , et en troisième lieu , il est des¬ cendu lui-même ; et après la Passion, quarante- quatre ans leur ayant ôté accordés pour faire pénitence, comme ils ne portèrent pas de fruits, en quatrième lieu ils ont été arrachés. Ceci pourtant est laissé à notre sagacité : la parabole mentionne simplement la prière du vigneron, tus suos, et omnis Israël salvabitur. Hæc est ficus ad quam tertio venit parterfamilias, et quasi non facien- tem fructus vult subvertere ; pro qua agricola, cui commisse fuerat, deprecatuiv, ut det ei spatium, et dicit : « Domine, dimitte eam, et istum adhuc an- num, donec fodiam circa eam, et mittam stercus, et siqnidem fecerit fructum ; sin autem, tune succides eam. » Luc. xui. 8, 9. Agricola iste vel Gabriel est, vel Michael, cui commissus est populus Judæorum, qui Dominum deprecatur in passione, et dicit : Do¬ mine, da ei spatium pœnitentiæ, et noli eos subver¬ tere, et siquidem fecerint fructum : sin autem, tune subvertes eos. Si fecerint, inquit, fructum, non dixit quid sustinerent ; neque dixit, si fecerint fructum, permanebunt nt eraut ; sed si fecerint fructum^ sus- pensa sententia est, nt subaudiatur : Transférés eos in Ecclesiam gentium, et in alteream vineam trans- plantabis. Venit Dominus tertio, et non invenit in eis fructum. Dédit primum legem per Moysen ; se¬ cundo locutus est per prophetas ; tertio ipse des¬ cendit. Et post passionem , datis ad pœnitentiam quadraginta quator annis , quia non fecerunt frne- tum, quarto subversi sunt. Quod tamen nostræ intelp 14 210 SAINT JEROME et ne dit pas ce que fit ensuite le père de famille. D'où nous devons induire que les rejetons de ce figuier qui ont fait du fruit , ont été transférés au peuple des Gentils, vers lequel monte le prophète lui-même , quand il dit : « Je me re¬ poserai au jour de la tribulation, pour monter vers le peuple de mon pèlerinage ; » et que ceux qui n'ont pas donné de fruits ont été arrachés. C'est cela même que signifie la parole de Jean dans l'Évangile : « Voilà que la hache a été posée à la racine des arbres. Tout arbre qui ne porte pas de fruit sera coupé et jeté au feu. Nous avons montré que le figuier, c’est le peuple juif; expliquons-nous sur la vigne. La parabole en est facile pour celui qui a lu dans Isàïe : « Une vigne1 a été plantée pour monbien- aimé dans la force, dans un lieu fertile ;» Isa. v, 1 ; et plus loin : « J’ai attendu qu’elle portât du fruit, elle a porté. des épines, et, au lieu de la justice, la clameur» ; Ibid. 2 ; et dans Jérémie : « Pour moi, je vous avais plantée comme une vigne féconde, toute de bon plant ; comment donc êtes-vous devenue une vigne étrangère aux fruits amers? » Jérém. n, 21 ; et dans le psaume plus clairement encore : « Vous avez transporté la vigne hors de l’Égypte, vous avez chassé les nations et vous l’avez plantée. » Psalm. lxxïx, 9. Cette vigne vers laquelle le père de famille avait souvent envoyé ses serviteurs, Matth. xxi, afin d'en retirer ce vin qui réjouit ligentiæ derelinquitur. In parabola enim non scribitur, quid.postea fecerit paterfamilias ; sed qui tantum agricola deprecatüs ait. Ex quo animadvertimus , eoa qui de hacficu fecerint fructus, ad populum gem tium esse translatas, ad quem ascendit et propheta, dicena : « Resquiescam in die tribulationis, ut ascen- dam ad populum peregrinationis meæ. » Eos autem qui non fecerunt fructus, et permanserunt in düritia sua, esse subversos. Hoc ipsum significat et Joannis vox in Evangelio * « Ecce securis ad radicès arbo- rum [al. arboris] posita est. Omnis arbor qnæ non fecerit fructum [al. facit fructum bonum] excidetur et in ignem mittetur. » Matth . m, i-8 ; Lite, ni, 9. Diximus de fieu, monstrantes, eam esse populum Judæorum ; dicamus et de vinea, quos quidèm fa¬ cile Tntelliget qui Isaiam legerit : « Vinea facta est dilecto in cornu, in loco uberi ; » Isa . v, 1 ; et pos- tea ; « Et exapectavi ut faceret fructum ; fecit autem spinas, et non judicium, sed clamorem ; » Ibid. 2 ; et in Jeremia : « Ego autem plantavi te vineam fructiferam totam veram ; quomodo versa es in ama- ritudinem vitis alienæ ? » Jerem. il, 21 ? et manifes- tius in Psalmis ; « Vineam de Ægypto transtulisti ejecisti gentes, et plantasti eam. » Psalm. lxxïx, 9. Hæc igitur vinea ad quam paterfamilias sæpe mi¬ le cœur de l’homme, parce qu'elle a été changée en amertume, et qu’en dernier lieu elle a osé mettre à mort le fils du père de famille, ne por¬ tant pas des raisins, mais des épines, et non la justice, mais cette clameur : « Crucifiez, cruci- fiez-le!... nous n’avons d’autre roi que César »; Joan. xix, 6-15 ; — cette vigne, à cause de cela, a été exterminée par le sanglier de la forêt, et toute bête fauve s’en est repue. » Psalm. lxxïx, 14. L’olive apparaîtra aussi clairement comme la figure du peuple de la synagogue, à qui¬ conque lira dans l’Apôtre, Rom. xi, qui sont les branches coupées de l’olivier, et, comment de l’olivier sauvage, nous avons été greffés sur l’olivier franc, en sorte que nous comprenions qu’avec les branches, la multitude des Juifs a été coupée, et que, dans les racines, a été con¬ servée l’élection des Apôtres, sur qui nous avons été greffés et nous demeurerons, si nous portons du fruit, et il sera dit de nous : « Vos enfants sont autour de votre table comme les rejetons de l’olivier. » Psalm. cxxvi, 3. Beaucoup de commentateurs pensent que le figuier , la vigne et l’olivier, sont la figure du mystère delà Trinité, et ils voient dans le figuier, à cause de la dou¬ ceur de ses fruits, le Saint-Esprit; dans la vigne, Notre -Seigneur Jésus-Chrisf lui-même, qui a dit : « Je suis la vigne, » Joan. xv, 1,. et dans l’olivier, Dieu le Père Tout-Puissant, qui illumine toutes choses, de qui sort la lumière, et à qui serat servos, Matth. xxi, ut acciperet de ea vinum, quod lætificat cor hominis, quia versa est in amari- tudinem, etnovissime etiam patrisfamiliœ filium ausa est interficere, non uvas faciens, sed spinas, et non judicium , sed clamorem : « Crucifige , crucifige eum 1 » et : « Non liabemus regem,, nisi Cæsareru. » Joan. xix, 6, 15; propterea « exterminavit illam aper de silva, et singnlaris férus depastus est eam. » Psa. lxxïx, 14. Olivam quoque populum synagogæ liqnido comprobabit, qui in Apostolo fractos olivæ ramos legerit, Rom. xi, et nos de oleastro insertos, ut in ramis intelllgamus, multitudinem Judaicam fuisse succisam, in radicibus apostolorum electionem esse servatam, ib quibus nos inserti manebimus, si fece- rimus fructum, et dicetur de nobis : « Filii tui sicut novellæ olivarum in circuitu mensæ tuæ. » Psalmt cxxvi, 3. Multi putant ficum, et vineam et olivam in mysterio accipi Trinitatis, quod ficus propter pomo- rum dulcedinem Spiritus sanctua intelligatur. Vinea ipse Dominus noster Jésus Christus , qui dicit in Evangelio : « Ego sum vitis. >» Joan. xv, 1. Oliva au¬ tem, Deus Pater omnipotens, a quo cuncta illuminen- tur, et de quo egrediatur lux, et ad quem possumus dioere : O oliva, « in lumine tuo videbimus lumen » Psalm. xxxv, 10, id est, in Filio videbimus Spiritum COMMENTAIRES' SUR LE PROPHÈTE HABACUC. nous pouvons dire : O olivier, « dans votre lu¬ mière nous verrons lalumière, » Psalm. xxxv, 10, c'est-à-dire dans le Fils nous verrons le Saint- Esprit. C'est vers ces arbres féconds et cette vigne la plus fertile que viennent, dans le livre des Juges, les arbres stériles, Judic. ix, qui les prient de régner sur eux. Mais jamais sur les arbres des forêts réservés au feu, ne règne l’olivier et la vigne et le figuier ; c’est plutôt le prunellier plein d’épines, semblable à l’héré¬ tique, qui habite dans Babylone et vit sans cesse dans les fosses. Cet arbuste n’a pas seulement des épines, mais aussi du feu, sa blessure brû¬ lant tout ce qu’elle atteint. Ç’est pourquoi le feu est sorti, et il a dévoré les arbres des forêts. D’ailleurs, pour qu’on voie bien, selon le sens où nous avons plus haut appliqué à la syna¬ gogue les mots : « Le figuier ne portera pas de fruit, et il n’y aura plus de bourgeons dans les vignes, » qu’il s’agit non pas des fruits, mais des bonnes œuvres, l’énigme est entièrement dévoilée à propos de l’olivier, quand il est dit : « L'œuvre de l’olivier sera mensongère. » Les fruits que devaient porter les Juifs sont mani¬ festés dans leurs œuvres ; or, l’œuvre de l’oli¬ vier sera le mensonge, puisqu’il promet une chose et qu’il en fait une autre ; qu’ils disent à Moïse : « Tout ce que le Seigneur dira, nous le ferons, » Exod. xxiv, 7, et qu’ils ne veulent pas croire en celui qui a été prédit par Moïse. Les campagnes aussi ne porteront pas de fruit. Il est à remarquer que Jérusalem, qui était autre- sanctum. Ad has fructuosas arbores, et uberrimam vineam, veniunt infructuosa ligna in Judicium libro, cap, îx, et rogant ut régnent super se. Sed nunquam super ligna silvarum, quæ debenturincendio, reguat oliva, ficus, et vinea; sed magis imperat eis rhamnus plena sentibus , et bericio similis, qui habitat in Babylone, et semper versatur in foveis. Quae arbus- cula non solum spinashabei, sed et ignem vulnerans et comburens quidquid attigerit. Denique egressus est ignis, et consumpsit ligna silvarum. Ut autem scias secundum superiorem intelligentiam, inquo de synagoga dictum accepimus : « Ficus non faciet fructuni, et non erunt genimina in vinei3, » non de fructibus dici, sed de operibus bonis, in oliva mani¬ feste ænigma aperitur, et dicitur : « Mentietur opus olivæ. » Fructus enim quos affere debuerant, in ope¬ ribus demonstrantur ; mentietur autem opus olivæ, aliud promitCentis, et aliud facientis, dicentes ad Moysen : « Omnia quæcumque dixerit Dominus, faciemus ; » Exod, xxiv, 7 ; et nolentes in eum cre- dere, qui a Moyse prædicatus est. Campi quoque non facient fructum. Considéra quod Jérusalem, quæ quondam sita erat in montibus, et montes in circuitu ■2*4 fois située sur les montagnes et environnée de montagnes, Psalm. cxxiv, et « dont les fonde¬ ments étaient dans les montagnes saintes, » Psalm. lxxxvi, 1, est appelée maintenant une humble et plate campagne, qui non-seulement ne nourrit pas les hommes, c’est-à-dire les ani¬ maux raisonnables, mais même les troupeaux et les bœufs, dont Salomon parle aussi dans les Proverbes : « Donnez votre soin aux contrées de la plaine, et faites tondre les prés et recueillir le foin, afin d’avoir des brebis pour vous nour¬ rir. » Prov. xxvn, 25, 26. Il n’y aura plus de bœufs dans les étables, parce que la force du bœuf parait clairement où les granges sont pleines. Prov. xiv, 4. Le bœuf est bon à l’œuvre ; le bœuf porte le joug du Seigneur; celui qui sème sur les traces du bœuf est heureux. Tous ces biens seront ôtés au peuple, parce qu’il s’est conduit injustement envers Dieu, son Créa¬ teur. Que si l’on veut, par jour delà tribulation, entendre le jour de la consommation, on appli¬ quera tout ce texte à ceux qui se disent de l’Eglise, et qui n’ont pas les œuvres de justice. Le figuier et la vigne et l’olivier, c’est-à-dire le rr^stère de la Trinité, neporterapas en eux son fruit, et non-seulement ils n’ont pas dans leurs champs les blés qui donnent la nourriture des animaux raisonnables, mais même les pâturages des brebis et des bestiaux ; leurs granges sont vides, et, au lieu de vivre sur les montagnes élevées, ils habitent dans les lieux plats et bas. « Mais pour moi, je me réjouirai dans le Sei- ejus, Psalm. cxxiv, 2. et « fundamenta ejus in mon¬ tibus sanctis, d Psalm. Lxxxvr, 1, nunc humilis appellatur atque campestris, ;quæ non solum homi- nes, id est rationabilia non alit animalia; sed nec pecora quidem et boves, de quibus et Salomon lo- quitur in Proverbiis : « Adhibe curam his quæ in campo sunt in regionibus, et attonde herbam, et congrega fenum ut babeas oves ad vescendum. » Prov. xxvn, 25, 26. Boves quoque non erunt in præ- 3epibus ; quia, ubi plena sunt præsepia, manifesta est fortitudo bovis. Prov. xiv, 4. Bos operarius est; bos Domini sustentans jugum ; bos in cujus vesti¬ gium qui severit, beatus est. Omnia hæc auferentur a popülo, quia inique egit in Deum Creatorem suum. Quod si volueris [al. nolueris ] diern tribulationis diem consummationis accipere, ad eos référés omnia qui dicunt se esse de Ecclesia, et non habent opéra justitiæ. Et ficus, et vinea et oliva, mysterium vide- licet Trinitatis, non alferent in eis fructum suum, et non solum frumenta et escas rationabilium ; sed nec cibum quidem habent in campis suis pecorum et ju- mentorum, et præsepia eorum vacua sunt, et pro excelsis montibus in planis humilibusque versantur. m SAINT JÉROME gneur, je tressaillirai de joie en Dieu mon Sau¬ veur. Le Seigneur Dieu est ma force, et il ren¬ dra mes pieds comme ceux des cerfs ; et, après avoir vaincu mes ennemis, il me ramènera sur mes montagnes, au son des cantiques que je chanterai. » Habac. ni, 18, 19. Les Septante : « Pour moi, je tressaillirai de joie dans le Sei¬ gneur; je me réjouirai à cause de Dieu, mon salut. Le Seigneur Dieu est ma force, et il affer¬ mira mes pieds jusqu'à la consommation; il m'établira au-dessus des hauts lieux, afin que je sois vainqueur dans son Cantique. » Le figuier ’ et la vigne et l'olivier, dans le sens qui a été marqué, ne donnant pas leur fruit, et les champs des Juifs ne portant pas des aliments, les trou¬ peaux ayant été en outre retranchés de leur bergerie et les bestiaux de leurs étables, après que le Seigneur leur eut dit : « Votre maison voiis sera laissée déserte, » Matth. xxm, 38, le peuple enfin ayant été livré à la captivité et dispersé dans tout l'univers, le prophète, sorti de ce même peuple des Juifs, et dont le nom veut dire «embrassement,» parce qu'il aime le Seigneur, et qu'il s'attache et s’unit intimement à lui, s’écrie au nom des apôtres et du peuple qui croit en Jésus-Christ : « Pour moi, je me réjouirai dans le Seigneur, et je tressaillirai de joie dans Jésus mon Dieu ; » ce que les Septante ont traduit par : « Dans mon Sauveur, » d’après . l’interprétation de l’ange Gabriel : « Et il sera appelé Jésus, car c'est lui-même qui sauvera « Ego autem in Domino gaudebo, et exsultabo in Deo Jesu meo. Deus Dominus fortitndo mea, et ponet pedes meos quasi cervorum. Et super excelsa mea deducet me victor in Psalmis canentem. » Habac. ni, 18, 19. LXX : « Ego autem in Domino exsultabo ; gaudebo super Deo salutari [al. Salvatore ] meo, Do¬ minus Deus fortitudo mea, et ponet pedes meos in consummationem ; super excelsa imponet me, ut vineam in Cantico ejus. » Fieu et vinea et oliva, juxta quod exposui, non facientibus frnetum suum, et Judæorum agris non afferentibus cibos, abscissis quoque de ovili pecoribus, et armentis de præsepi- bus, postquam audierunt a Domino : « Relinquetur vobis domus vestra déserta, » Matth . xxm, 38, populo etiam captivitati tradito, et in toto orbe disperso, propheta de populo Judæorum, qui iuterpretatur « amplexatio » (eo quod amaverit Dominum , et adhæserit ei, illique se junxerit) ex persona aposto- lorum et populi credentis in Ghristo loquitur : « Ego vero in Domino gaudebo, et exsultabo in Deo Jesu meo. » Pro quo LXX transtulerunt Tw Stox^ [jlou, id est, « Salvatore meo. » Idipsum et Gabriele inter¬ prétante : « Et vocabitnr Jésus, ipse enim salvabit populum suum. u Matth. ii, 21. Deus Dominus forti- son peuple. » Matth. n, 21, Dieu mon Seigneur est ma force ; je n’aurai d'autre vertu que celle qui est en Jésus-Christ, et je regarderai comme des ordures toutes lies justices de la loi. « 11 rendra mes pieds comme ceux des cerfs, » afin que je foule aux pieds l'aspic et le basilic, et que comme un petit enfant, mettant la main dans le trou, j'en retire le serpent et je me joue de lui : « car mon bien-aimé est semblable à un chevreuil et à un faon de biche. » Gant, ii, 9. Comme il est cerf lui-même, il m'a accordé d'être cerf à mon tour, aux cornes hàutes, au pied bifide, ruminant les aliments et mettant à mon odeur les serpents en -fuite. Aussi est-il écrit dans le psaume dix-sept ; « Il a parfait mes pieds comme ceux des cerfs, et il m'éta¬ blira sur les montagnes ; » et dans le psaume vingt-huit : « C'est la voix du Seigneur qui par¬ fait les cerfs. »' 11 affermira donc mes pieds parmi ses autres cerfs, et il me conduira jus¬ qu’aux célestes demeures, afin que, parmi les anges, je chante la gloire du Seigneur, et que j’annonce la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Je chanterai sa victoire, et le triomphe et les trophées de la croix. Tout cela, d’après le texte hébreu et la Cinquième Edition, appliquons-le au temps de la ruine des Juifs et à l’avènement du Seigneur. Si l’on veut entendre ce texte de la fin du monde, il faut le développer ainsi ; De même que dans l’Exode, lorsque l’Egypte fut frappée, tudo mea; nullam enim aliam,.nisi in Christo habebo virtutem et c'unctas legis justitias, quisquilias com- putabo. « Et ponet pedes meos quasi cervorum, » utcaleem super aspidem et basiliscum, et quasi puer parvulus mittam manum in foramen, et oxtraham serpentem, ludamque [al. Judam ] de colubro : « Si¬ milis enim est fratruelis meus capreæ, aut hinnulô cervorum. » Cant. ii, 9. Et quia ipse est cervus, mihi quoque donavit, ut cervus essem, sublimis cor- nibus, lindens ungulas, cibos ruminans, et ad odo- rem rneum serpentes fugans : de quo dicitur in de- cimo septimo psalmo : « Qui perfecit pedes meos tanquam cervorum, et super excelsa ponet me. » Et in vicesimo octavo : « Vox Domini perficientis cer- vos. U Ponet ergo pedes meos inter cæteros cervos suos, et in cœlestia perducet me, ut inter angelos canam gloriam Domini, et super terram pacem ho- minibus bonæ voluntatis annuntiem. Canam autem victoriam ejus et triumphum et tropæum crucis. Hoc juxta Hebraicum et quintam editionem, ad tempus Judaicæ eversionis, et ad adventum Domini cuncta referamus. Si autem voluerimus de consummatione mundi accipere, sic exponendum est : quomodo in Exodo COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE HABACUC. 213 Exod. ix, que Dieu frappa ses vignes et ses figuiers, qu’il fit périr les premiers-nés des hommes et des animaux par la grêle, et que le ver et la sauterelle dévorèrent les fruits de ce pays, le figuier en Egypte ne porta plus de fruit, et il n’y avait plus de bourgeons sur les vignes, et l’œuvre de l’olivier était trompeuse, si toutefois cet arbre croissait quelque part dans cette contrée, et les champs des Egyptiens ne donnaient pas de quoi les nourrir, et leurs troupeaux périssaient, parce qu'ils n’avaient aucune pâture, et il n’y avait plus de bœufs dans les étables, tandis que le peuple d’Israël tressaillait de joie dans le Seigneur, et se ré¬ jouissait en Dieu, son salut; de même à la fin du monde, lorsque, l’iniquité s’étant multipliée, la charité se sera refroidie, Matth. xxiv, que le figuier ne portera plus de fruits, que les vignes n’auront plus de raisins, que l'œuvre de l’oli¬ vier sera mensongère, que les champs ne por¬ teront pas de nourriture, et le reste; alors le juste, quiconque aura été trouvé digne de l’é¬ lection de Dieu, s’écriera plein d’allégresse : (cap. ix) quando percussa est Ægyptus, et percussit Deus vineas eorum et ficus eorum, et occidit primi- iva hominum et jumentorum in grandine, et Ægyp- tias fruges bruchus locustaque consumpsit : ficus in Ægypto non attulit fructum, necerant genimina in vineis eorum, mentiebatur (sicubi tamen poterat re- periri in Ægypto) opus olivæ, et campi eorum non dabant es cas [al. fructum], et deficiebant, eo quod non haberent cibos pecora eorum, et non erant boves in præsepibus ; populus autem Israël exsultabat in Domino, et gaudebat in Deo salutari suo : sic in consummatione mundi, quando, multiplicata iniqui- tate, refrixerit charitas, Matth. xxiv, et ficus non at- tulerit fructus, et vineæ non habuerint uvas, et men- titum fuerit opus olivæ, et campi non germinaverint cibos, et cætera quæ sequuntur : tune quicumque justus et electione Dei dignus fuerit inventus, loque- « Pour moi, je tressaillirai de joie dans le Sei¬ gneur, je me réjouirai en Dieu, mon salut, car le Seigneur est ma force; » et comme établi par Dieu au-dessus de la ruine du siècle, afin de s’élever ensuite vers les hauteurs et d’être conduit par Dieu jusqu’au faîte, il ajoutera : « Et il affermira mes pieds au-dessus de la consommation, il m’établira sur les hauts som¬ mets » du ciel, afin que lorsque Ycigonothète Jésus, qui a le premier vaincu dans la lice, proposera le prix aux chanteurs, je remporte la victoire dans le chant de ses louanges, que mes mains tirent de mélodieux accords de la cithare, de la harpe et de toutes sortes d’ins¬ truments, et que j’écrive le panégyrique du triomphateur. Et moi qui d'abord avais dit : « Jusques à quand crierai-je sans que vous m'entendiez? et pousserai-je de hauts cris vers vous, dans la violence qui m’opprime, sans que vous me sauviez? » et qui ai témérairement accusé sa justice et ses décrets, je louerai en¬ suite son équité, et mes chants surpasseront les chants de tous mes rivaux. tur exsultans : « Ego autem in Domino exsultabo, gaudebo in Deo salutari meo , Dominus fortUudo mea. » Et quasi positus a Deo super consummatio- nem sæculi, ut postea ad superiora conscendat, et a Deo educatur ad summum, dicet : « Et ponet pedes meos in consummationem, super excelsa imponet me,» utcum ab aywv0^v7l Jesu, qui primusin agone superavit, præmium fuerit cantantibus positum, ego vincam in carminé ejus, et manus meæ componant citharam, et psalterium, et organorum genus, scri- bamque paneg3rricum triumphanti. Et qui in prin¬ cipe locutus sum : « Usquequo clamabo, et non exaudies? vociferabor ad te vim patiens, et non sal- vabis ? » et de justitia ejus judicioque causatus sum, postea laudabo æquitatem ejus et cantores cæteros meo carminé superabo. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE LIVRE UNIQUE. PROLOGUE. Avant d'aborder Sophonie, qui est le neu¬ vième dans l'ordre des douze prophètes, il me paraît bon de répondre à ceux qui croient pouvoir me railler de ce que, laissant de côté les hommes, je vous écris de préférence, ô Paule et Eutochium. Si ces gens là savaient qu'Olda prophétisa, pendant que les hommes gardaient le silence; que Débora, à la fois juge et prophétesse, vainquit les ennemis d’Israël, tandis que Barac était tremblant de crainte; que Judith et Esther, comme figures de l’Eglise, et firent mourir l'ennemi, et délivrèrent du danger Israël près de périr, jamais ils ne recourberaient derrière mon dos leur doigt, moqueur en cou de cigogne. Je passe sous silence Anna et Elisabeth, et les autres saintes femmes, étoiles dontlatrem- COMMENTÀRIORUM IN SOPHONIAM PROPHETAM LIBER UNUS PROLOGU8 Autequam Sophoniam aggrediar, qui uonus est iu ordine duodcciw prophetaruw, respondendum vide- tur lus qui me irridendum æstimant, quod [al. guo - modo ] omissis viris, ad vos scribam. potissimum, o Paula et Eustochium. Qui si scirent Oldam, viris ta- cenbibus, prophetasse, et Debboram judicem pariter blante clarté est effacée par la pure et radieuse lu¬ mière deMarie. Je descends aux femmes païennes , afin qu’ils reconnaissent que les philosophes profanes eux-mêmes considèrent les différences des esprits, et non des corps. Pluton nous montre Aspasie discutant; Sapho correspond avec Pindare et Àlcée; Thémiste disserte de philosophie parmi les plus sages de la Grèce; les habitants de Rome, jusqu’au dernier de la plèbe, sont plein d'admiration pour la Gornélie des Gracches, c’est-à-dire la vôtre; Carnéade, philosophe éloquent entre tous et rhéteur des plus subtils, qui avait coutume de soulever les applaudissements chez les personnages consu¬ laires et en pleine académie, ne rougit pas de discuter dephilosophie, dans une maisonprivée, et propheten, hostes Israël, Barac limente, supe- rasse, Judic. iv, et Judith et Esther, intypo Ecclesiæ, et occidisse adversarios, et periturum Israël de pe- riculo libérasse, nunquam post tergum (a) meum manum curvarent in ciconiam. Taceo de Anna et Elisabeth, et cæteris de sanctis mulieribus, quarum velut siderum igniculos, olarum Mariæ lumen abs- condit. Ad gentiles feminas veniam, ut et apud sæ- culi philosophos videant animorum differentias quæri solere, non corporum. Plato inducit Aspasiam dis- putantem; Sappho cum Pindaro scribitur et Alcæo ; Themisla inter sapientissimos Græciæphilosophatur ; Corneliaw Gracchoruw , id est, vestram , tota Ro- manæ urbis turba miratur ; Carneades cloquentissi- mus philosophorum, acutissimus rhetorum, qui apud consulares viros et in Academia plausus excitare (a) Huic simile est quod legitur apud P'ersium Satira I, Janum nulla ciconia pi nsi t a tergo : id est, nemo digiti? dexteræ manus in unum collectis ad instar rostri ciconiarum, rîdet. Manum itaque curvare post tergum in ciconiam, id est, ni fallor, ac riderc aliquom digito sivc manu curvata ad instar colli ciconiarum. In uno codice ms. S. Gennani nostri a Pratris legimus manum mittei'et in ciconewn. Maut. — lrridendi modum, quem et Epist. 125 ad Rusticum , nom. 18, notât: Si subito respexeris, (aU ciconiarum, âgprehendes post te colla curvari, aut, etc. Ex Fersii Satira ! : O Jane, a Urgo, quem nulla ciconia pinsit, etc. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. 215 avec une matrone pour auditeur. Rappellerai-je la fille de Caton, l'épouse de Brutus, dont nous admirons la force d’âme à l’égal de la cons¬ tance du père et du mari? L’histoire, tant delà Grèce que de Rome, est pleine des vertus de femmes, telles que le récit demanderait des vo¬ lumes entiers. Pour moi, puisque ceci fait partie de mon oeuvre, qu’il me suffise de dire, à la fin de ce prologue, que le Seigneur, après sa résur¬ rection, apparut d’abord à des femmes, Matth. xxyiii et Luc. xxvm, et que ces femmes furent les apôtres des apôtres, puisque ces hommes rougissent de ne point chercher celui qu’un sexe plus faible avait déjà trouvé. « Parole du Seigneur qui fut adressée à So- phonie, fils de Chusi, fils de Godolias, fils d’A- marias, fils d’Ezéchias, aux jours de Josias, fils d’Ammon, roi de Juda. » Sophon. i, \ . Même traduction dans les Septante. La tradition des Hébreux veut que le père ou les ascendants de tout prophète dont les noms sont énoncés dans un titre de prophétie aient été prophètes eux- mêmes. Aussi Amos, l’un des douze prophètes, qui a dit : « Je ne suis ni prophète, ni fils de prophètes, mais un pasteur de chèvres, qui me nourris du fruit des sycomores, » Amos. yii, 14, ne cite-t-il pas le nom de son père dans le titre de son livre. Si cela est vrai, Sophonie, que je m’efforce maintenant de commenter, a été en¬ gendré selon une règle prophétique, pour ainsi cousueverat, non erubuit in privata domo, audiente matrona, de philosophia disputare. Quid referam Catonis filiam, Bruti conjugem, cujus virtus facit ne patris maritique constantiam tantopere miremur ? Plena est historia torn Græca quam Latina virtutibus feminarum, et quæ integros libros flagitent [al. fla- gitet], Mihi Lantum, quia illud operis incumbit, in fine prologi dixisse sufficiat, Dominum resurgentem primum apparaisse mulieribus, Matth. xxvm, et Luc. xxiv, et apostoloruui illas fuisse apostolas ut eru- bescerent viri non quserere, quem jam fragiliter sexus invenerat. « Verbum Domini quod factum est ad Sophoniam filiurn Chusi, filii Godoliæ, filii Amariæ, filii Ezecbiæ, in diebus Josiæ, filii Ammon regis Juda. » Sophon. i, 1. LXX similiter. Tradunt Hebræi cujuscumque prophetæ pater aut avus ponatur in titulo, ipsos quo- que prophetas fuisse. Unde et Amos unus de duo- decim propbetis, qui dixerat : « Non sum propheta, nec filius prophetæ ; sed pastor caprarum, vellicans sycamina,» Amos. vu, 14, patris nomen in titulo non habet. Hoc si verum est, Sopbonias propheta, quem nunc conamur exponere, nomine, ut ita dicam, pro- phetico, et gloriosa majorum suoi'um stirpe genera- tus est; habuit enim patrem Chusi, avum Godoliam, dire, dans cette glorieuse J souche de ses ancê¬ tres, puisqu’il a eu pour père Chusi, pour grand- père Godolias, pour bisaïeul Amarias, pour trisaïeul Ezéchias, et que lui-même, le dernier venu, a complété, comme cocher, cet illustre quadrige. Les uns ont traduit le nom de So¬ phonie par « vedette, » et les autres par « se- cretdu Seigneur; » l’une etl’autre interprétation, d’ailleurs, convient à un prophète, puisqu’il est dit à Ézéchiel : « Fils de l’homme, je vous ai établi sentinelle pour la maison d’Israël ; » Ezech. m, 17 ; et ailleurs : oc Le Seigneur ne fera rien qu’il n'ait révélé sa doctrine aux prophètes ses serviteurs ; » et la traduction du titre du psaume neuf est celle-ci : « Pour les secrets du fils. » Ainsi ce prophète, qui était établi en sen¬ tinelle sur les hauteurs et qui connaissait les mys¬ tères du Seigneur, était fils de Chusi, nom qui veut dire oc humilité » et « mon Éthiopien » et dont je traiterai plus loin, et il avait pour aïeul Godolias, c’est-à-dire « la grandeur du Sei¬ gneur, » pour bisaïeul, Amarias, nom qui se traduit par « parole du Seigneur, » et pour trisaïeul, Ezéchias, ou « la force du Seigneur. » Par conséquent, de la force du Seigneur est née la parole du Seigneur, et de celle-ci la grandeur du Seigneur, et de cette dernière l’humilité, en sorte que celui qui est arrivé à la perfection, s’écrie : « Je ne suis pas digne d'être appelé apôtre ; » I Gorinth . xy, 9 ; et avec le psaume : proavum Amariam, atavum Ezechiam, et talem qua- drigam ipse velut extremus auriga complevît. No¬ men Sophoniæ alii « speculam, » alii « arcanum Do¬ mini » transtulerunt. Sive igitur spécula, sive abs- conditum Domini interpretetur, utrumque prophetæ conyenit; diciLur enim et ad Ezecbiel : « Filii hominis, speculatorem te posai domui Israël ; » Ezech. m, 17; et in alio loco : « Non faciet Dominus quidquam, nisi revelaverit disciplinant suam servis suis pro- plietis. » Et noni Psalmi tiLulus, « pro absconditis filii » interpretatur. Iste ergo propheta, qui erat in spécula et in sublimibus constitutus , et noverat mysteria Domini, filius erat « Chusi » (qui interpre- tatur « humilitas, » vel « Æthiops meus, » de quo postea tractabimus), habebat quoque avum « Godo¬ liam, » qui dicitur « magnitudo Domini, » et proa¬ vum « Amariam, » qui et ipse vertitur in « serrno- nem Domini, » et atavum « Ezechiam, » qui sonat « fortitudinem Domini. » De fortitudine itaque Do¬ mini natus est sormo Domini, et de sermone Domini nata est magnitudo Domini, et magnitudine Domini nata est humilitas, ut cum pervenerit aliquis ad per- fectunx, dicat : « Non sum dignus vocari apostolus; » I Cor. xv, 9 ; et illud in Psalmis : « Domini, non est exaltatum cor meum, neque elati sunt oculi mei. » 216 SAINT JEROME « Seigneur, mon cœur ne s’est point enflé d’or¬ gueil, et mes yeux ne se sont point élevés. » Psalm . cxxx, 1. Nous avions marché jusqu’ici sur une pente facile et sur un chemin uni, lorsque nous avons heurté du pied à cet obs¬ tacle que Ghusi a aussi la signification de « mon Ethiopien. » Comment, en effet, après de si grandes vertus, le nom d’Etliiopien peut-il faire sa note dans un concert de louanges? Et vraiment, si l’Ecriture avait dit Chus, c’est-à- dire Ethiopien, le nœud de la question parais¬ sait indissoluble, puisque Chus est né de Chain. Mais en ce qu’elle dit Chusi ou mon Ethiopien, semble se cacher cette idée que celui-ci, après avoir été Ethiopien et s’ être rangé à la péni¬ tence, selon ce qui est écrit dans le psaume : « L’Ethiopie sera la première à tendre les mains vers Dieu; » Psalm . lxvii, 31 ; « et les Ethio¬ piens se prosterneront en sa présence, » Psalm. lxxi, 9, s’écrie avec l’épouse du Cantique des Cantiques : « Je suis noire, mais belle, 6 fille de Jérusalem. » Cant. i, 4. Nous lisons aussi dans Jérémie que l’eunuque Âbdemélec, éthiopien, fut agréable à Dieu, Jéi'ém. xxxvm, et dans les Actes des Apôtres que l’Ethiopien, eunuque de la reine Gandace, eut un tel zèle pour l’étude des Ecritures et de la loi de Dieu, qu'il les lisait sur son chariot et qu’il vint à Jérusalem pour adorer le Seigneur dans son temple. Act . vm, 27 et seqq. Aussi cette grande foi est-elle cou¬ ronnée d’une digne récompense : l’apôtre Phi¬ lippe est envoyé vers lui ; l’eunuque est instruit Psalm} cxxx, i. Hucusque quasi prono lapsu, et per plana currentes, in eo quod «Chusi » etiam « Æthiops meus » interpretatur, impegimus. Nam post tantas virtutes quomodo nomen Æthiopis sonare. poterit in laudem? Et biquidem Scriptura dixisset « Chus, » id est, « Æthiops, » videhatur indissolubilis quæstio ; Chus quippe natus est de Cham. Sed in eo quod ait, « Chusi, » hoc est, « Æthiops meus, » videtur so¬ nare mysterium : quod ille qui quondam Æthiops fuerat, versus in pœnitentiam (secundum illud quod dicitur : « Æthiopia præveniet manu s ejus Deo ; » Psalm. lxvii, 32 ; et in alio loco : Psalm. lxxi, 9 : « In conspectu ejus procident Ælhiopes) » dicatcum sponsa in Cantico canticorum : « Nigra sum, sed [al. et] speciosa, filia Jérusalem. » Cant. i, 1. Legimus et in Jeremia Àbdemelec eunuchum Æthiopem placuisse Deo ; Jevem. xxxvm; et in Actis apostolorum Æthio¬ pem eunuchum reginæ Candacis tantum habuisse studium Scriplurarum et Legi.s Dei, ut in vehicnlo legeret, et ad adorandum Dominum in Templo ejus venirel Jérusalem, Act. vm, 27 seqq. Unde itelis fides digno præmio coronatur, et mittitur ad eum Philip- aussitôt, il croit, il est baptisé, il est sauvé. Or, il n’est pas appelé simplement eunuque, mais eunuque, homme d’Ethiopie : parce qu’il était eunuque de Jésus-Christ, et qu’il s’était fait eu¬ nuque en vue du royaume des cieux , il n’avait pas perdu le titre d’homme.. C’est donc à bon droit que Sophonie, en tant que fils de Chusi , c’est- à-dire d’un Ethiopien converti, écrit dans les livres suivants, au sujet de la pénitence des Ethiopiens : « D’au-delà des fleuves de l’Ethiopie, on m’apportera des hosties. » Voilà pour la gé¬ néalogie de Sophonie, qui prophétisa aux jours d’Ezéchiàs. Comme les jours qu’illumina Elie sont appelés jours d’Elie, ainsi en est-il des jours de Josias,qui s’était élevé vers le Seigneur— le nom de Josias veut dire « élévation du Seigneur, »— et qui fut un homme juste, dont le livre des Rois et les Paralipomènes ont écrit les louanges. Il eut pour père Ammon et pour grand-père Manassé. IV Reg. xxi. L’histoire nous apprend que Manassé, après bien des crimes et après avoir été captif à Babylone, fit pénitence, et, revenu au bien, obtint le pardon du Seigneur. II Parai, xxxm. Aussi donna- t-il à son fils le nom d’Ammon, pris de la foi môme, par laquelle il avait cru à Dieu, puisque Ammon veut dire « foi. » Notons en passant que cette prophétie n’énonce pas, comme les précédentes, les rois des dix tribus ou d'Israël, mais seulement les rois de Judâ. C’est que déjà les dix tribus avaient été menées en captivité, à l’époque du roi Ezéchias, père de Manassé. IV Reg. xvn. Ces considéra- pus evangelista, statimqüe docetur, crédit, baptiza- tur, et salvus est. Et non solum eunuchus ; sed cum additamento viri ponitur, eunuchus vir Æthiops. Quia enim eunuchus erat Christi, et se eunuchiza- veratpropter regnum cœlorum, propterea viri voca- bulum non amiserat. Recte quoque Sophonias quasi filius Chusi, id est, Æthiopis, in consequentibus li- bris de pœnitentia scribit Æthiopum : « Trans flu- mina, » inquit, « Æthiopiæ, inde deferent hostias mihi. » Hæc de genealogia Sophoniæ, qui propheta- vit in diebus Josiæ. Quomodo autem dies dicuntur Eliæ hi qui ab eo illuminati sunt : ita et dies Josiæ qui se levaverat ad Dominum (quia « Josias » inter¬ pretatur « elevatio Domini), » et fuit vir justus, et de Iaudibus ejus Regnorum quoque et Paralipome- non scribit historia. Ethabuit patrem Ammon, avum Manassen. IV Reg. xxi. Legimus Manassen post nmita scelcra, et post captivitatem in Babylone, egisse pœnitentiam, et ad meliora conversum Do¬ mini misericordiam consecutum. Il Parai, xxxm. Unde et fidei suæ, per quam crediderat Deo, filium vocavit £7cù$vù(jlov, id est, « Ammon : d siquidem am- 217 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. tions établies sur le préambule et le titre de Sophonie, au sujet de sa généalogie et de l'époque de la prophétie, voyons maintenant ce que contient cette prophétie elle-même. « Je réunirai et je rassemblerai tout sur la face de la terre, dit le Seigneur, rassemblant l'homme et la bête , rassemblant l’oiseau du ciel et les . poissons de la mer ; et ce seront les ruines des impies, et je ferai disparaître les hommes de la face de la terre, dit le Seigneur. » Sophon. i, 2, 3. Les Septante: « Qu’il tombe dans la dernière défaillance sur la surface de la terre ! dit le Sei¬ gneur ; qu’ils tombent en défaillance l'homme et les bêtes ; qu’ils tombent en défaillance les oiseaux du ciel et les poissons de la mer ; et ^ les impies seront frappés d'impuissance, et % j 'ôterai les injustes de la face de la terre, dit le Seigneur. » Ces mots de la version des Septante : « Et les impies seront frappés d'impuissance, » ont été ajoutés d’après la traduction de Théo- dôtion. Au lieu de cela, Symmaque a dit : « Et les scandales avec les impies , » en sous enten¬ dant «seront rassemblés,» ou bien Gênés, xxv, 17. Je réponds d'abord qu’Ismaël lui-même était fils d'Abra- ham, et qu’il avait reçu les dons et la part d'hé¬ ritage de son père, selon sa mesure ; en second lieu , il est écrit de lui seulement : « Les forces lui manquant, il mourut, » et l’Écriture n'ajoute pas, comme pour Abraham : « Dans une heu¬ reuse vieillesse, étant parvenu à un âge avancé et à la plénitude de ses jours , et il fut réuni à son peuple ; » ou pour Isaac : « Les jours que vécut Isaac formaient cent quatre-vingt-cinq ans , et les forces lui manquant, Isaac mourut, et il fut réuni à sa race, étant parvenu à un âge avancé et à la plénitude de ses jours ; » Gênés. xxxv, 28, 29 ; ou pour Jacob : « Après avoir achevé de donner ses ordres à ses enfants, éle¬ vant les pieds sur son lit, les forces lui man¬ quèrent, et il fut réuni à son peuple. » Gênés. xlïx , 32. Ce qui nous montre que la différence Deo placere non posse, quantum in se est omnia agunt ne siut in carne, sed in spiritu, et a terra re- cedentes aiunt : « Consuscitavit, et consedere nos fecit in coalestibus in Christo. » Ephes . », 6. Quod si aliquis opposuerit adversum hoc quod in bonam partem accepimus, « defectione deficiat a facie terræ, » illud quod de Ismael scriptum est : « llli sunt anni vitæ Ismael, centum triginta septem, et deficiens mortuus est, et est appositus ad genus suum ; » Gen. xxv, 17 ; respondebimus ei primum, et ipsum Ismael filium esse Abraham, et accepisse dona et partes a pâtre, secundum mensuram suam ; deinde absolutô scriptum, « deficiens mortuus est, » et non addi (quod scriptum est de Abraham) « in senetucte bona, senex et plenus dierum, et appositus est ad populum suum; » Ibid. 10 ; sive de Isaac : « Füerunt autem dies Isaac quos vixit, anni centum octoginta quinque, et deficiens Isaac mortuus est, et appositus est ad genus suum senex et plenus dierum ; » Gen . xxxv, 28, 29 ; nec non et de Jacob : « Et cessavit Jacob præcipiens filiis suis, et levans pedes super lectum defecit, e^ appositus est ad populum suum. » Gen. xux, 32. Ex quo intelligimus aliud esse tantum (a) Orones mss. codices rctincnt yocem Illyolcus ; sed liaud dubie impcritia Yeterum. exscriptorum. qui . nescicrunt Illyrim die1 Illyricum neutro generc, non Illyricus maeculino, quand'o pro pmincia et regione accipitur. Marti an. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. 219 est grande entre celui à qui les forces manquent absolument, et celui qui, bien que les forces lui manquent, a en môme temps plusieurs vertus. Ce que l'Écriture avait d’abord dit en général : « Que tout tombe en défaillance à la face de la terré, » elle le divise ensuite par. parties : a Que l'homme tombe on défaillance avec les bêtes de somme ; que succombent de faiblesse les oiseaux du ciel et les poissons de la mer. » Il est ordonné de succomber de faiblesse à quatre sortes d'êtres : d'abord l'homme raison¬ nable , et puis les trois classes soumises à l'homme : les bêtes de somme , les oiseaux et les poissons, qui sont également énumérés dans le psaume huit : « Les troupeaux des champs, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, qui se promènent dans les sentiers de l'océan.» Psalm. vin, 8. Quant à ce que le psaume avait dit d’abord : « Toutes les brebis et tous les bœufs , » il les avait séparés comme tenant un rang à part parmi les bestiaux, et il n’avait pas voulu les compter avec tout le reste. Par consé¬ quent, que l’homme tombe en défaillance, que les bestiaux tombent en défaillance, que les oiseaux du ciel tombent en défaillance, et que les poissons de la mer tombent en défaillance. L’Écriture ne dit pas : Que les bêtes féroces tombent en défaillance, que les reptiles delà terre tombent en défaillance , parce que ces sortes d’animaux ne doivent pas tomber en dé¬ faillance, mais périr; elle a dit : Qu’ils tombent deficere, et aliud cum defectione plures pariter ha- bere virtutes. Quod autem primum dixerat generaliter, « defec¬ tione deficiat a facie terræ ; » postea in partes divisit Scriptura divina : Deficiat homo, et jumenta, defi- ciant volatilia cœli et pisces maris. Quatuor sunt quæ jubentur deficere, primum homo rationabilis, deinde tria quæ subjecta sunt homini, jumenta, et volatilia, et pisces quæ puto et in octavo psalmo poni : « Insuper et pecora campi, volucres cœli et pisces maris, qui perambulant semitas maris. » Psal. vin, 8. Quod autem primum dixerat, oves et boves universas, quasi præcipua de jumentis separavit, et cum bis quæ mansere [al. remansere] jumenta nu- merare ea noluit. Deficiat itaque bomo, deûciant ju¬ menta, deficiant volatilia cœli, deficiant pisces. Et non dixit : Deficiant bestiæ, deficiant reptilia terræ : bæ enim non debent deficere, sed perire ; verum : Deficiant ea quæ possunt habere correctionem. Quo- modo defecerunt Saræ muliebria, et jubetur Abraham en défaillance , les animaux qui sont suscep¬ tibles de correction. C'est ainsi que ce qui arrive d’ordinaire aux femmes ayant cessé chez Sara, il est enjoint à Abraham d’écouter tout ce que Sara lui dira. Genês xviii , xxi. Il tombe en dé¬ faillance comme homme, celui qui méprise les choses humaines, qui ne meurt plus désormais comme homme et à qui s'adresse cette parole : « J'ai dit : Vous êtes des dieux. » Psalm. lxxxi, 6. Cet autre cesse d’être comme bête de somme, qui, s’élevant plus haut , est à couvert de cette accusation du prophète : « L’homme, tandis qu’il était en honneur, ne l'a point compris , et il a été comparé aux bêtes qui n’ont aucune raison, et il leur est devenu semblable. » Psalm. XLvm, 21. Il cesse d’être comme oiseau, celui qui se fait des plumes d'aigle, et retourne riche à la maison de son précepteur, et abandonne toute pauvreté. Prov. xxnr. 11 cesse d’être comme poisson de la mer, celui qui étant pris par les filets du Seigneur, est mis à part avec les bons poissons. Matth. sut. Lorsque ces choses auront été accomplies selon le précepte du Seigneur, les impies seront frappés d’impuissance, n’ayant plus autant de force qu’auparavant. Et les in¬ justes seront ôtés. L’Écriture ne dit pas qu’ils seront mis à mort , mais qu’ils seront ôtés , en sorte que ramenés à des voies meilleures, trans¬ portés de l’impiété et de l'iniquité à la piété et à la justice, ils redeviennent ce qu’ils étaient auparavant. Voilà le sens figuré ; car j'ai le de- ut audiat quæcumque Sara præceperit. fîen.xvm, xxi. Déficit quis ut bomo, si contemnat bumana, et non ultra moriatur ut homo, et audiat : « Ego dixi, dii estis. » PsaL lxxxi, 6. Déficit abus ut jumentum, qui ad [al. in] altiora conscendens non accusatur (6) ser- mone prophetico : « Homo, cum in honore esset, non intellexit, comparatus est jumentis insipientibus, et similis [al. assimilatus ] factus est illis. » Psal. xlviii, 21. Déficit quasi volatile cœli, qui facit sibi pennas aquilæ, et revertitur ad domum præceptoris Bui di- ves, et omnem deserens paupertatem. Prov. xiui. Déficit quasi piscis maris, qui comprebensus sage- nis Domini, cum bonis piscibus separatur. Matth. xni. Cum bæc juxta præceptum Domini fuerint per- petrata, infirmabuntur impii, non babentes tantum roboris quantum prius. Sed et tollentur iniqui, hon dixit, « occidentur; » sed, « tollentur; » ut ad me- liora conversi, de impietate et iniquitatc ad pietatem justitiamque translati, incipiant esse quod ante non fuerant. Hæc secundum tropologiam. Dcbemus enim («) Erroneo sensu, quod et notatum Victorio fuerat, negandi particulam Martian. tacet Si enim déficit quis ut homo, cum humana contemnit: et déficit quis ut jumentum, cum ad altiora conscendit : ergo non potest accusari «ermone prophetico, si defioit csse jumentum. Exponit enim myotice quid sit deficere esse, vel hominem, vel jumentum , vel volatile , vel fùscem. Mss. uostri post Victor, restituait. {Edit. Mign.) 220 SAINT JÉROME voir de faire connaître aussi le sens le plus élevé. Il appartient dès maintenant au lecteur de dé¬ cider si la prophétie incline à la vérité ou à la clémence. « J’étendrai ma main sur Juda et sur tous les habitants de Jérusalem, et j’exterminerai de ce lieu les restes de Baal, les noms de ses ministres avec les prêtres ; ceux qui adorent les astres du ciel sur les toits, ceux qui, adorant le Seigneur et jurant en son nom, jurent aussi au nom de Melchom ; ceux qui, se détournant du Seigneur, ne veulent point marcher après lui ; ceux qui ne cherchent point le Seigneur et ne se mettent point en peine de le trouver. » Sophon. i, 4 et seqq. Les Septante : « J’étendrai ma main sur Juda et sur tous ceux qui habitent Jérusalem, et j’ôterai de ce lieu les noms des statues de Baal, et les noms des prêtres avec les prêtres ; ceux qui adorent les astres du ciel sur les toits ; ceux qui, jurant par le Seigneur, jurent aussi par leur roi; ceux qui s’éloignent du Seigneur ; ceux qui ne cherchent point le Seigneur, et ceux qui ne conservent point le Seigneur. » Après la ruine des impies et l’en¬ lèvement des impies de la face de la terre, il et majorum interpretationem ponere. Jam [al. Ta - men] in lectoris arbitrio erit, utrum severitatem, an clementiam velit sonare quæ dicta sunt. « Et extendam manum meam super Judam et super omnes habitatores Jérusalem; et disperdam de lôco hoc reliquias Baal, et nomina ædituorum cutn sacerdotibus, et eos qui adorant super tecta militiam cœli, et adorant et jurant in Domino, et ju¬ rant in Melchon ; et qui avertuntur de post tergum ûomini, et qui non quæsierunt Dominum nec inves- tigaverunt eum. » Sophon. r, 4 et seqq. LXX : « Et extendam manum meam super Judam, et super om¬ nes qui habitant Jérusalem ; et auferam de loco hoc nomina Baalim, et nomina sacerdotum cum sacer- dotibus, et eos qui adorant super tecta militiam cœli, et eos qui jurant in Domino, et jurant in rege suo, et eos qui déclinant a Domino, et qui non re- quirunt Dominum et qui non retinent Dominum. » Post impiorum ruinas, et iniquorum ablationes a facie terræ, consequenter adversus Judam et adver- est conséquent que le langage soit tenu contre Juda et contre Jérusalem, au nom du Seigneur: « J’étendrai ma main sur Juda et sur tous les habitants de Jérusalem, » — l’extension de la main nous montre le geste de celui qui frappe, — « et j’exterminerai de ce lieu les restes de Baal ; » non que, comme le veulent les Septante, les noms des statues de Baal soient par là com¬ plètement effacés ; mais, d’après le texte hé¬ breu, il menace de retrancher les adorateurs de Baal d’entre le peuple qui était resté en petit nombre dans Juda et Jérusalem après le mas¬ sacre par les ennemis. Il effacera aussi les noms des ministres avec les prêtres, parce que Juda et Benjamin étaient tombés dans une impiété si grande, qu’ils avaient érigé dans le temple du Seigneur, comme l’écrit Ezêcbiel et comme le prouve le quatrième livre des Rois, la statue de Baal, que le Seignetir appelle image de Zélus, et qu’ils vénéraient en même temps, dans le même sanctuaire, les idoles et le Seigneur. JE zech. viii. Aussi les prêtres des idoles sont-ils significativement, non pas prêtres, mais têmê~ nites, ministres des haut-lieux, IV Eeg. x etxvn, en hébreu Acchumarim. Le Seigneur ôtera donc sus Jérusalem ex persona Domini dicitur : « Et ex¬ tendam manum meam super Judam et super omnes habitatores Jérusalem » (extensio quippe manus ges- tum percutientis ostendit), «et disperdam de loco hoc reliquias Baal ; » non quod secundum LXX no¬ mma Baalim penitus eradenda sint, sed quod juxta Hebraicum oultores ejus e populo qui pauci de cæde bostium remanserant in Juda et Jérusalem, se com- minetur auferre. Nomina quoque ædituorum cum sacerdotibus, quia in tantam Judas et Benjamin ve- verant impietatem, ut in templo Domini (juxta quod scribit Ezechiel, etRegnorum quartus liber ostendit) statuam Baal, quam imaginem Zeli Dominus vocat (a), statuerint, et in eodem sanctuario idola et Dominum pariter venerati sint. Ezech. vin. Unde signanter ido- lorum sacerdotes, non sacerdotes, sed TEgevéraç (6), id est « ædituos » vel fanaticos appellavit, IV Reg. x et xvi i, quod Hebraice dicitur àcchumaiun. Et ædi- tuos ergo et sacerdotes quondam Dei, et eos qui in domatibus adorabant militiam cœli, solem et lunam (a) Imperite Icgunt editores ante nos, qaam imaginem cœli Dominus vooat , Quod falsissimura est, cum idolum Baal Dominus nunquam vocaverit imaginem cœli, sed idoluni sive imaginem Zeli. Ezech. vm, 3, v. 8. S. Cygiranni codex ms. rctinet quoque voccra iflolum hoc loco, quam idolum Zeli Dominus vocal ; alii legunt, imaginem. Scio tamen Ezech. vm, cap. ex Theodotione imaginem cœli positura fuisse. Maut. — Confer quæ ad Commentai1, in Ezechiel. cap. vm, col. 83, observamus not. a. (a) Rcstitutlonem hujus loci noluit Erasmus sibi permittere ; conjicit vero lcgcndum îepo^avTaç : Mariauus Erasmo audacior, sed non diligentior in lectione manuscriptorum lifcrorum, totum Hieronymi contextum subvertere ausus est, et pro Græcis Hebraica verba substituere hoc modo : Unde signanter idolorum Sacerdotes, non àcchumaium, id est , sacei'dotes, sed ædituos vel fanaticos appellavit. Quam depravationem ncmini condonandam vocat ipse restitutionem contra fidem omnium codicum mss. qui retinent quod nos edidimus. Porro nomeii T£p.^viT0<; vel T£p.£ViT7)ç apud Suidam significat ædituum , eive cum qui degit in loco diis sacro ; T£p.^v7) cnim apud Hieron. in c. vi Ezechielis et apud eumdcm Suidam sunt templa , sacella, délabra et luci; T£fJ.evopoç, quoque dicitur ædituus et loci eustos . Maxt. — Reponimus ex nostris mss* T£p.ev(T«ç reete a T£p.evérqç : minus enim probatur quod ilartian. legit, Tsp.evkouç, a Tepivruoç, quæ Græca vos non videtur. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. 221 de Jérusalem, c'est-à-dire exterminera ces témé- nites et ceux qui étaient autrefois prêtres de Dieu ; ceux qui adorent sur les toits la milice céleste, le soleil, la lune et les autres astres ; ceux qui jurent en même temps, parle nom du Seigneur et par le nom de l’idole des Ammonites, Melchom, que les Septante ont traduit par roi. « J’exterminerai de ce lieu les restes de Baal, et j’exterminerai les noms des téménites avec les prêtres, et j’exterminerai ceux qui adorent sur les toits les astres du ciel, et j’exterminerai ceux qui adorent en même temps le Seigneur et Melchom, et jurent en môme temps par l’un et par l’autre, et j’exterminerai ceux qui se détour¬ nent, » ou « s'éloignent des traces du Seigneur, et qui ne le cherchent pas, » ou « ne le conser¬ vent' point. » Ils se détournent des traces du Seigneur d’Israël, ceux qui abandonnent son culte pour jurer par Melchom, qui adorent les astres du ciel, et qui vénèrent Baal, idole des Sidoniens. Jusqu'ici, c'est le sens littéral qui a été analysé ; voyons aussi le sens figuré. A cause du Seigneur qui est issu de la tribu de Juda, et à cause de Jérusalem, où régna Juda, c'est-à-dire notre Seigneur et Sauveur, disons que, lorsque l’iniquité se sera multipliée, que la charité de plusieurs se sera refroidie, Matth. xxiv, et que, le Seigneur venant, il trou¬ vera la foi rare sur la terre, au point que les élus même seront tentés, Luc. xvm, alors le Seigneur, pour le châtiment des pécheurs, et astra reliqua, et qui jurabant in nomine Domini, et in nomine idoli Ammonitarum Melchom (quod a LXX in « regem » versum est) auferet Dominus de loco Jérusalem, sive disperdet, àizo xotvou enim su- bauditur. « Et disperdam de loco hoc reliquias Baal, et disperdam nomina ædituorum cum sacerdotibus, et disperdam eos qui adorant super tecta militiam cœli, et disperdam eos qui adorant et jurant in Do¬ mino, et jurant in Melchom, et disperdam eos qui avertuntur, » sive « déclinant de post tergum Do¬ mini, et qui non quærunt eum, » sive « non reti- nent. » Advertuntur autem post [al. de post] tergum Domini Israël, qui relinquentes cnltum ejus jurant in Melchom, et adorant militam cœli, et venerantur Baal idolum Sidoniorum. Hucusque historiæ sensus expositus est : videamus et anagogen. Propter Dominum qui de tribu Juda ortus est, et propter Jérusalem in qua regnavit Judas, hoc est, Dominus atque Salvatov, dicamus quando multipli- cata fuerit iniquitas, etrefrixerit charitas multorum, Matth. xxiv, etveniente Domino, rarafides apparue- rit in terra, in tantum ut tententur etiam electi Dei : Luc. xvm : tune extendere Dominum ad supplicia peccatorum manum suam super Judara, qui sibi vi- étendra sa main sur Juda, qui se flatte de con¬ fesser le nom du Seigneur, et sur Jérusalem, l’Eglise qui a reçu ce nom à cause de la vision de la paix, et il ôtera de l’Eglise les noms des idoles de Baal, qui veut dire « dans les plus élevés. » Or, le Seigneur ôtera les noms de la vaine gloire et de l’admiration fausse qui habi¬ tent dans l’Eglise, dans laquelle, comme le dit l’apôtre Jacques, on honore celui qui a un an¬ neau d’or et l’on méprise le pauvre, alors qu'à l’arrivée d’un juge et d’un sénateur, et en gé¬ néral d’un riche quelconque, tout le peuple se lève, tandis qu’on n’accorde même pas au pauvre, qui est saint, une place pour se tenir debout au milieu des troupes des puissants mollement assis. 11 ôtera aussi les noms des prêtres, avec ces prêtres qui s'applaudissent en vain de leur titre d’évêques et de leur dignité de prêtres, sans en faire les œuvres. Jacob, n. Aussi l’Ecriture, toujours précise, ne dit-elle pas : « Et les œuvres des prêtres avec les prê¬ tres; » mais « les noms des prêtres, » ceux qui préfèrent à tout les noms creux des dignités, et qui détruisent leurs noms parleurs mauvaises œuvres. Il ôtera ceux qui adorent sur les toits la milice céleste et qui s’élèvent contre la science de Dieu ; et tout ce qui se fait dans le temps, au nom de la fausse science qu’ils s'arrogent, ils le rapportent au lever et au coucher des étoiles, suivant en cela les erreurs des mathématiciens. Il ôtera ceux qui adorent à la fois le Seigneur detur nomen Domini confiteri, et super Jérusalem, Ecclesiam quæ ex pace sortita vocabulum est, et au- ferre de Ecclosia nomina Baalim, quod interpretatur « in sublimioribus. » Auferet autem Dominus nomina vanæ gloriæ et admirationis falsæ, quæ versantuT in Ecclesia, iû qua juxta Jacobum honoratur annulum aureum habens et contemnitur pauper, cum ad ad- ventum judicis et senatoris, et in commune omnium divitum, plebs universa consurgit, et sancto pau- peri ne standi quidem inter catervas potentium, et concessiones eorum tribuitur locus. Sed et nomina sacerdotum cum sacerdotibus qui frustra sibi ap- plaudunt in episcopali nomine, et in presbyterii di- gnitate, et non in opéré. Jacob, n. IJnde signanter non ait : « Et opéra sacerdotum cum sacerdotibus,» sed « nomina, » qui tantummodo falsa nomina prae- ferunt dignitatum, et malis operibus sua nomina des- truunt. Et eos qui adorant super tecta militiam cœli qui elevantur adversus scientiam Dei ; et omne quod geritur in sæculo, fictam sibi scientiam pollicentes, referait ad ortus stellarum et occubitus, et mathe- maticorum sequuntur errores. Et eos qui adorant Dominum et Melchom, qui sæculo pariter et Domino putant se posse servire, et duobus Dominis satisfa- SAINT JÉROME 222 et Melchom : ils pensent pouvoir servir en même temps le monde et le Seigneur, et satis¬ faire deux maîtres, Dieu et l’argent; soldats du Christ, ils s’assujettissent aux affaires du temps, II Tim. ii, ils offrent la même image à Dieu et à, César, et pendant qu’ils se disent prêtres de Jésus -Christ, ils consacrent leurs enfants à Mel¬ chom, c’est-à-dire « à leur roi. » Il est juste qu’ils aient un homme pour roi, ayant perdu le Seigneur à ce titre ; et, s’éloignant du Seigneur par leurs mauvaises œuvres et ne le cherchant pas, ils retiennent leurs péchés qu’il fuit. Si l’on veut, conformément à l’interprétation des noms de Juda et de Jérusalem, entendre ce même texte sur l’âme de chacun, on ne se trom¬ pera pas en disant que le Seigneur ôtera tout ce qui a été dit, soit à la consommation du monde, soit à la mort de chacun, quand reten¬ tira cette parole : « Insensé, cette nuit même votre âme vous sera ôtée. Et Dieu étendra la main sur l’âme qui ne confesse pas le Seigneur, et sur celle qui se flatte d’avoir le sens de la paix, pour ôter de cette Jérusalem et pour exterminer tout orgueil, et les cultes faux offen¬ sants pour Dieu, et les doctrines des diverses erreurs, et l’assujettissement simultané à Dieu et au monde, et, par les péchés de chaque jour, l’éloignement de Dieu et l’oubli de son service. « Demeurez en silence devant la face du Sei- cere, Deo et mammonæ ; qui militantes Christo, ohli- gant se negotiis sæcularibus, II Tim. n, et eamdem imaginem offerunt Deo et Cæsari, et cum Christi sa- cerdotes se esse dicant, filios suos consecrant « Mel¬ chom, » id est « régi suo. » Recte enim habent re- gem homincm, qui regem Dominum perdiderunt, et qui per mala opéra déclinant a Domino, et non re- quirunt eum, retiueut sua peccata fugientem. Si quis autem voluerit juxta interpretatiouem no- minurn Judse et Jérusalem super anima uniuscujus- que hoc ipsum intelligere, non errabit, quod uuferat Dominus universa quæ diximus, vel in consumma- tione mundi, vel in singulorum exitu, quando au- dient : « Stulte, hac nocte auferetur anima tua a te. » Luc. xn, 20. Et extendat manum suam super eum, qui Dominum non confitetur, et super cum qui sen- sum pacis se habere jactat, ut auferat atque disper- dat de tali Jérusalem omnem superbiam, et falsos in Deum cultus, et variorum errores dogmatum, et servitutem in Deum pariter et mnndum, et per quo- tidiana peccata, aversionem a Domino et neglectum in Deum. gneur Dieu, car le jour du Seigneur est proche : il a préparé la victime ; il a sanctifié ceux qu’il a appelés. » Sophon. i, 7. Les Septante : « Soyez pleins de crainte devant la face du Seigneur Dieu, parce que le jour du Seigneur est proche et que le Seigneur a préparé sa victime ; il a sanctifié ceux qu’il a appelés. » Là où les Sep¬ tante ont mis « soyez remplis de crainte, » et nous, « demeurez dans le silence, » l’hébreu porte une interjection que pousse celui qui veut ordonner de se taire, et dont les comiques usent fréquemment ; or, un silence absolu est ordonné à tous, parce que le jour du Seigneur va venir. Par jour du Seigneur, entendons le jour de la captivité et de la vengeance contre le peuple pécheur ; par victime de la ruine, en¬ tendons Jérusalem ; quant à ceux qui sont sanc¬ tifiés, ce sont ceux que Dieu a voués au mas¬ sacre, conformément à ce qui est dit dans Jérémie : « Sanctifiez-les au jour où ils seront massacrés. » Jérém. xn, 3. Voici donc le sens : La captivité autrefois prédite vient contre le peuple impie, elle est imminente. Car c’est sous le roi Josias qu’a lieu cette prophétie : lui mort, craignez devant la face du Seigneur Dieu, parce que le jour du Seigneur est proche, que le Seigneur a préparé sa victime, qu’il a sanc¬ tifié ceux qu’il a appelés. La dévastation com¬ plète est là, dont Ezechiel a dit : « La fin vient, « Silete a facie Domini Dei, quia juxta est dies Do- mini, quia præparavit Dominus hostiam ; sanctifi- cavit vocatos suos. » Sophon. i, 7. LXX : « Timete a facie Domini Dei, quia juxta est dies Domini, quia præparavit Dominus victimam suam ; sanctificavit vocatos suos. » Pro eo quod LXX transtulerunt, « timete, » et nos posuimus, « silettf, » in Hebræo (a) interjectio est imperantis sileulium, qua sæpe utun- tur et comici ; sed et absolute præcipitur in cunctis silentium, quod dies ventura sit Domini. Diem au¬ tem Domini, diem iutelligamus captivitatis et ultio- nis iu populum peccatorem, et hostiam subversionis Jérusalem, et sanctificationem eorum quos dedicavit interfectioni, secundum illud quod dicitur in Jere- mia : « Sanctifica eos iu die interfectionis eorum. » Jei'em. xn, 3. Et est sensus : Veuit contra impium populum olirn prædicta captivitas, jam prope est. Sub Josia enim rege prophetia texitur : hoc inter- fecto, timete a facie Domini Dei, quia juxta est dies Domini, quia præparavit Dominus victimam suam, sanctificavit vocatos suos. Totavastitas venit, de qua et in Ezechiel : « Venit, » iuquit, « finis, finis venit, » (a) lia legunt omnes codices sine voce Hcbrœa, has, quam Hieronymus dicit esse interjectionem imperantis silentium, et qua sæpe utuntur et comici. Grummatiei hodierni Hebræi voluntesse apocopen verbi hissa, quod signiQcat süuii, revereutiæ causa ; et positum kas, pro kasseh. Porro quod ait S. doctor de interjectiônc imperantis silentium, non est intelligendum quasi as vel has sit inter¬ jectio apud comicos poetns ; sed quod ipsi habeant similes in lingua sua interjectiones quibus silentium imperatur. Mart. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. la fin est venue, » etc... Ezech . vu, 2. Voici la victime qui me plait, voici les hosties que j’ai sanctifiées pour moi. Cette parole : « Il a sanc¬ tifié ceux qu’il a appelés, » peut aussi s’entendre des Babyloniens, qu’il appelle encore les servi¬ teurs de sa vengeance contre le peuple, les vengeurs de son injure. « J'ai appelé, » dit-il, « mon serviteur Nabuchodonosor. » Jérém. xxv, 9. Et dans le même Jérémie, non content de l’appeler serviteur, il l’appelle colombe : « En présence du glaive de la colombe. » Jérém. xlvi, 16. Dans le sens figuré, parce que la face du Sei¬ gneur est sur ceux qui font le mal, afin d’ex¬ terminer de la terre leur mémoire, et que le jour du jugement est proche, car en comparai¬ son de l’éternité, tout le temps d'ici -bas est court, ou bien la mort de chacun est proche, que tous soient saisis de crainte et se taisent, de peur que la face du Seigneur, dont un saint a dit : « Seigneur, la lumière de votre visage a mis son sceau sur nous, » Psalm. iv, 7, ne con¬ sume l’herbe, la paille et le bois des péchés. Car le Seigneur a préparé son hostie, tout le mystère du Lévitique , quand par le feu et l’ef¬ fusion du sang , et par la véritable oblation , seront sauvés ceux qui doivent être sauvés , et que ceux qui sont appelés seront sanctifiés. Quelques-uns des nôtres rapportent le jour du Seigneur, et son hostie , et la sanctification de ceux qui sont appelés, à l’avénement du Sau¬ veur, lorsque l’Agneau fut immolé, et que dans Ezeek1. vii, 2, et caetera. Hæc mihi victima placet, has mihi hostias sanctificavi. Potost outem hoc quod ait: « sanctificavit vocatos suos, » et de Babyloniis accipi, quos in ultionem populi etiam servos suos vocat, vindicantes injuriam suam. « Vocavi, » inquit, « Na¬ buchodonosor servum meum. » Jerem . xxv, 9. Et in eodem volumine, non solum servuin, sed columbam eum quoque vocat : « A facie gladii columbæ. » Jerem. xlvi, 16. Porro secundum tropologiam, quia faciès Domini est super facientes mala, ut perdat de terra mémo- riam eorum, et prope est dies judicii (quia ad com- parationem æteroitatis ornne hujus sæculi tempus breve est) sive exitus singulorum : timeant omnes, et sileant ne faciès Domini (de qua sanctus ait : Psal. iv, 7 : « Signatpm est super nos lumen vultus tui, Domine) » peccatorum fenurn, stipulam, ligna consumât. Præparavit enim Dominus hostiam suam, totum Livitici mysterium, quando per ignem et effu- sionem sanguinis, et veram oblationem salvi fient, qui salvandi sunt, et sanctificabuntur vocati. Quidam de nostris, diem Domini et hostiam ejus, et sancti- ficationem vocatorum, in adventu Salvatoris intelli- 223 son sang furent sanctifiés les apôtres et ceux qui furent appelés par eux. « En ce jour de l’hostie du Seigneur, je visi¬ terai les princes, les enfants du roi et tous ceux qui s’habillent de vêtements étrangers. Et je punirai en ce jour-là tous ceux qui entrent in¬ solemment dans le temple , et qui remplissent d’iniquité et de tromperie la maison du Seigneur leur Dieu. » Sophon. i, 8, 9. Les Septante : « Au jour de l’hostie du Seigneur, je me vengerai des princes , et de la maison du roi, et de tous ceux qui sont vêtus de vêtements étrangers, et, en ce j our-là, j e me vengerai ouvertement contre tous ceux qui sont dans les vestibules , et qui remplissent d’impiété et de tromperie la maison du Seigneur leur Dieu. » Au jour de la captivité de Juda, quand tout le peuple doit être immolé, le Seigneur fera sa visite , et contre les princes qui le matin buvaient la bière, et contre les fils du roi, soit tous ceux de la race royale, soit, assurément, en particulier, les enfants de Josias, qui, nous dit l’histoire, furent mis à mort ou faits captifs, et contre ceux qui sont revêtus d’un vêtement étranger, c'est-à-dire qui ont remplacé le culte de Dieu par l’adoration des idoles , et contre ceux qui entrent insolemment sur le seuil en ce jour-là, c’est-à-dire contre les orgueilleux, qui, avec un certain faste et le front hautain de la dignité, montent les degrés du temple et franchissent le seuil du sanctuaire. Or, comme là où nous avons traduit : « Ceux qui entrent insolemment sur le seuil, » on peut dire d’après gunt, quando immolatus est Agnus, et sanguine ejus sanctificati sunt apostoli, et cæteri qui per eos vocati sunt. « Et erit in die hostiæ Domini, visitabo super prin¬ cipes, et super filios regis, et super omnes qui in- duti snnt veste peregrina. Et visitabo oinnem qui arroganter ingreditnr super limen in die ilia, qui complent domum Domini Dei sui iniquitate et dolo, » Sophon. i, 8, 9. LXX : « Et erit in die hostiæ Domini, et ulciscar super principes, et super domum regis, et super omnes qui induti sunt vestimentis alienis ; et ulciscar super omnes manifeste, qui sunt in vesti- bulis in die ilia, qui complent domum Domini Dei sui impietate et dolo. » In die Judaicæ captivitatis, quando totus populus immolandus est, visitabit Do¬ minus, et super principes qui mane bibebant sice- ram, et super filiosregis, velomnes dostirperegia,vel certe proprie filios Josiæ, quos vel occisos vel captos legimus, et super omnes qui induti sunt veste pere¬ grina, hoc est, qui pro Dei cultu venerati sunt idola. Et super omnes qui arroganter ingrediuntur super limen in die ilia, hoc est, adversum superbos, qui cupa quodam fastu et dignitatis supercilio, gradus 224 SAINT JÉROME l’hébreu : « Qui passent par-dessus le seuil, » il faut encore admettre cette interprétation histo¬ rique : « Je me vengerai de ceux » qui, d’après le premier livre des Rois, ne foulent point aux pieds le seuil des idoles , qui sont esclaves des superstitions, et qui ont rempli la maison du. Seigneur leur Dieu, non-seulement du culte des idoles, mais encore d’iniquités, de crimes et de mensonges de toute sorte, de manière qu’à la fausseté de la religion se sont ajoutés l’iniquité contre leurs inférieurs et le mensonge envers le prochain. Venons maintenant au sens figuré jusqu’ici. Le Seigneur fera sa visite , dans l’avènement et la Passion du Sauveur, c’est-à-dire au jour de l’immolation de son Fils , contre les pontifes et les prêtres du peuple juif, et contre leur mai¬ son royale. Jusques à ce temps existèrent les rois de Juda de la race de David, selon la pro¬ phétie de Jacob : « Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que celui qui doit être envoyé soit venu, et c’est lui qui sera l’attente des nations. » Genès. xlix, 10. Et en effet, après l’immolation du Seigneur, le sceptre a été ôté du milieu des Juifs. « Et contre tous ceux qui sont revêtus de vêtements étrangers, » qui se sont dépouillés de la protec¬ tion et du vêtement de Dieu, et qui se sont cou¬ verts de leur erreur. « Je me vengerai ouverte¬ ment contre tous ceux qui sont dans les vesti¬ bules, » c’est-à-dire ,, qui sont sortis du temple templi et sanctuarii limen ascendunt. Porro quia iu eo ubi nos interpretati sumus, « qui arroganter in- grediuutur super limen, » potest intelligi secundum Hebraicum. « qui transiliunt limen, » et hoc histo¬ riée sentiendum est. « Vindicabô super eos, » qui juxta Regnorum primum librum non calcant limen idolorum, superstitionibus servientes, qui repleve- runtdomum [al. templum] Domini Dei sui non solum idolorum cultu, sed iniquitate et et scelere et omni mendacio, ut ad errorem religionis iniquitas quoque in subjectos et in proximos mendacium jungeretur. Sed quia semel et tropologice exponere cœpimus : Visitabit Dominus in adventu et pnssione Salva- toris, id est, in die hostiæ Filii sui super pontifices et sacerdotes populi Judaici, et super domum re- giam. Usque ad illud enim tempus perseveraverunt reges Judæ de stirpe David, secundum prophetiam Jacob : « Non doficiet princops ex Juda, neque dux de femoribus ejus, donec veniat cui repositum est, et ipse erit exspoctatio gentium. » Gen. xlix, 10. Post hostiam enim Domini ablatum est regnum a Ju- dæis. « Et super omnes, » inquit, « qui induti sunt vestimentis alienis, » qui recesserunt a protectione et indumento Dei, et suo errore cooperti sunt. « Et de Dieu ; qui , lorsqu’ils devraient être à l'inté¬ rieur, à cause de leurs péchés , sont sortis au dehors, et se sont éloignés de l’Église. de Dieu, remplissant son temple d’impiété et de trom¬ perie. Voilà qu’elle est l’application de ce texte au premier avènement du Sauveur. Puisque nous avons aussi appliqué déjà la prophétie à la consommation du monde et au jour du jugement, que tous regardent comme le jour du Seigneur, apprenons qu’en ce temps- là le Seigneur fera sa visite contre les princes et contre les pasteurs, qui mangent le lait des brebis, et tondant les laines, n’ont aucun souci des souffrances du troupeau; contre les fils du roi, qui conçoivent un orgueil coupable de ce qu’ils sont chrétiens , et une vaine gloire de ce qu’ils sont les fils du roi Jésus-Christ ; et contre tous ceux qui sont revêtus de vêtements étran¬ gers. Le vêtement des fils du roi.æt le manteau des princes, c’est Jésus-Christ, la robe que nous avons reçue au baptême , selon l’enseignement de l’apôtre : « Revêtez- vous de Jésus-Christ. » Rom. xrn, 14... « Revêtez-vous d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience, » Coloss. in, 12, etc. En cela, il nous est donné le précepte de nous revêtir du nouvel homme, de l’homme céleste, selon notre Créa¬ teur, et de rejeter loin de nous le vêtement du vieil homme avec ses œuvres. Ephes. iv. Or, alors que nous devons nous revêtir de ces vête¬ ments, au lieu de miséricorde, nous nous revê- uleiscar super omnes manifeste qui sunt in vesti- bulis, » hoc est, qui egressi sunt de templo Dei : et cum deberent esse intriusecus, propter peccata sua egressi sunt foras, et de Ecclesia Dei recesserunt, templum ejus impietate et dolo. Hoc intellectum sit in primo Salvatoris adventu. Quia autem de consummatione mundi et die judi- cii, quem omnes diem [al. in die] interprétante Domini, semel exposuimus : scire debemus, quod illo tempore visitet Dominus super principes et su¬ per pastores, qui lac de ovibus comedunt, lanasque tondentes, non curant de contritione gregis, et super filios regis, qui se jactant Christianos, et quod regis Christi sint filii, gloriantur; et super omnes qui in¬ duti sunt vestibus alienis. Vestis filiorum regis et principium iudumentum Christus est [al. Christi et accepimus ], quod accipimus in baptismo, juxta illud : « Induite vos Christum Jesum. » Rom. xuï, 14. Et : Induite vos viscera misericordiæ, bonitatis, humili- tatis, mansuetudinis, patientiæ, » Coloss. m, 12, et caetera. ïn quibus præcipitur, ut induamur novo ko- mine cœlesti, juxta Creatorem nostrum, et projicia- mus indumentum veterishominis cum operibus ejus. Ephes. îv. Cum ergo debeamus talibus indui vesti" COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. tons de cruauté ; au lieu de patience, d'impa¬ tience; au lieu de justice, d’iniquité; pour tout dire, en un mot , au lieu des vertus , des vices ; c’est-à-dire, au lieu de Jésus-Christ, nous nous revêtons de l’Antéchrist. Aussi est-il dit d’un tel homme : « Il est revêtu de la malédiction comme d’un vêtement. » Psalm . cyiit, 18. Le Seigneur dans ,son avènement se vengera aussi avec éclat contre ceux qui, alors qu’ils devraient être dans le temple avec les bonnes œuvres, s’en sont exclus eux-mêmes par leur horrible conduite et, livrés à Satan, habitent dans les vestibules, ou plutôt , non point au dedans , mais devant les vestibules. Il se vengera contre tous ceux qui remplissent l’Église d'iniquités et de péchés de toute sorte, d’impiété et de mensonge, et qui mêlent le sang au sang. Si maintenant nous rapportons le même texte à l’âme- de chacun, par princes et maison du roi entendons les pensées et l’âme même, qui doit avoir le roi pour hôte. Et d’après l’exposition qui précédé, rapportons les vêtements étran¬ gers, et tout ce qui suit, à chacun des fidèles, qui, alors qu'ils devaient être revêtus de Jésus- Christ, et habiter toujours au-dedans', se sont afflublés des haillons disparates, des péchés, et étant sortis de l’Église, c’est-à-dire de la congré¬ gation des saints, ont rempli le temple de leur corps d’iniquité et de' tromperie, au lieu de vertus. mentis, pro misericordia induimur credülitate ; pro . patientia, impatientia ; pro justifia, iniquitate ; et ut semel dicam, pro virtutibus, vitiis, id est, pro Christo, Antichristo. Unde dicitur de istiusmodi homine : « Et indutus est maledictione sicut vestimento. » Psal. cviii, 18. Vindicabit quoque Dominus manifes- tissime in adventu suo, etiam super eos qui cum bonis operibus in Ecclesia esse deberent, ejecerunt se ob conversationem pessimam, et traditi Satanæ versantur in vestibulis, imo nec in vestibulis, sed ante vestibula : quod significantius Græce dicitur iiti xot TtpoTcuXa. Et super omnes vindicabit, qui va- riis iuiquitatibus atque peccatis implent Ecclesiam, et impietatibus atque mendacio, et miscent sangui- nem sanguini. Quod si voluerimus hoc ipsum accipere super ani- mabus singulorum, principes et domum regis, intel- ligamus Xoyccjxoùç [al. addit xal aîa0y[a&iç], id est, co- gitatioues et sensus, et ipsam animam, quæ debet esse hospitium regis ; et juxta superiorem expositio- nem indumenta quoque aliéna, et omnia quæ se- quuutur, referamus ad unumquemque credentinm, qui cum debuerant induti esse Christo, et semper versari intrinsecus, variis se peccatorum operuerunt vestimentis, et egressi de Ecclesia id est, congre- TOME IX. 225 « En ce temps-là, dit le Seigneur, on enten¬ dra de la porte des poissons un grand cri, et de la seconde, des hurlements, et le bruit d’un grand carnage retentira du haut des collines. » Sophon. i, 10. Les Septante : « En ce temps-là, dit le Seigneur, ôn entendra de la porte des repentants un grand cri , et de la seconde, des hurlements, et le bruit d’un grand carnage du haut des collines. » Au jour de la victime du Seigneur, lorsqu’il étendra sa main contre Juda et contre tous les habitants de Jérusalem, et que l’armée ennemie l’entourera de toutes parts, il s’élèvera une grande clameur de la porte des poissons , et des hurlements partiront de la se¬ conde, et le bruit d’un grand carnage retentira du haut des collines. On appelait porte des poissons celle qui conduit à Diospolis etàJoppé, qui était entre toutes les voies de Jérusalem la plus voisine de la mer, et dont Es d ras parle ainsi : « Les enfants d’Asnaa bâtirent la porte des poissons., ils la couvrirent, et y mirent les deux battants , les serrures et les verroux. » II Esdr. in, 3. Quant à la seconde porte d’où s’élèveront des hurlements, c’est celle du second mur du même côté , au sujet de laquelle il est écrit clans le livre des Rois : « Alors le grand- prêtre Ilelcias, Ahicam, Achabor, Saphan et Asaïas, allèrent trouver la prophétesse Olda , femme de Sellum, fils de Thécuas, fils d’Haras, gardien des vêtements, qui demeurait à Jérusa- gatione sanctorum, pro virtutibus impleverunt tem- plum corporis sui iniquitate et dolo, « Et erit in die ilia, dicit Dominus, vox clamoris a porta piscium, et ululatus a secunda, et contritio magna a collibus. » Sophon. i, 10. LXX : « Et erit in ilia die, dicit Dominus, vox clamoris de porta com- pungentium,et ululatus a secunda, etcontritio magna a collibus. » lu die hostiæ Domini, quando extende- rit manum suam super Judam et super omnes ha¬ bitantes Jérusalem, et hostilis eam vellaverit exer- citus, erit vox clamoris a porta piscium et ululatus a secunda, et contritio magna a collibus. Portam pis¬ cium eam vocabant, quæ Diospolim ducit et Joppen, et vicinior mari erat inter cunctas vias Jérusalem, de qua et Esdras refert : « Portam ycro piscium ædi- ficaverunt ûlii Asnaa, ipsi texerunt eam, et statue- runt valvas, et seras et vectes. » II Esdr. m, 3. Quod aurem ait, « et ululatus a secunda, » secundi mûri in eodem climate portam significat, de qua et in Re- gnorum libro scriptum est : « Et ivit Helchias sa- cerdos, et Ahiham, et Achabor [al. Achobor], et Sa¬ phan, et Asaias ad Oldam prophetem, uxorem Sel¬ lum filii Thecuæ, filii Haras, custodis yestium, et hæc habitabat Jérusalem in Secunda. » IV Reg. xxn, 14. Gontritionem autem magnam a collibus de monte 15 226 SAINT JÉROME lem, dans la seconde enceinte. » IV Reg. xxir, \ 4. Et pour le bruit du grand carnage, il vien¬ dra des collines de la montagne de Sion , et de la partie la plus élevée de la ville, parce que, lorsque les points les plus élevés et la citadelle seront occupés, l’ennemi fondra sur la ville avec plus de facilité par les pentes. Si maintenant, par ce jour dont le Seigneur fait la .menace, nous entendons, comme plus haut, le jour du jugement, ce temps où l’Ancien des jours s'assoira sur le tribunal, Dan . vrr, où les livres seront ouverts, où toutes les consciences seront mises à nu, alors s’accomplira la pro¬ phétie de l’immense clameur qui doit s’élever de la porte de la componction. Car la porte des yeux sera la première par laquelle nos péchés seront exhibés à nos regards, et tout l’appareil et l’image de nos anciens crimes, de nos vices et de notre luxure seront produits devant tous. Alors se réalisera ce qui est écrit .: « L’homme sera là avec toutes ses œuvres en sa présence. Sa conscience le torturera, et après que, frappé de componction, il aura jeté un grand cri de la première porte des yeux, il poussera aussi des hurlements de la seconde, qui est, pouvons- nous dire, celle des oreilles. Ce sera surtout par ces deux sens, par où le plus grand nombre de vices s’étaient glissés dans l’àme, qu’elle en ressentira la peine, lorsque nous verrons ce que nous avons fait; qu’instruits par l’accusation et entendant le récit de tous nos péchés, nous ne pourrons contenir un hurlement de douleur, et qu’en nous sera réduit en poudre tout ce qu’il Sion et excelsiore urbis parte loquitnr ; quia cum altiorii et arx civitatis fuerint occupata, facilior est in prôna descensus. Si autem diem illam quam Dominus comminatur, diein judicii ut supra voluerimus accipere, eo tem- pore quando Vetustus dierum sessurus est, Dan . vu, et aperiendi îibri, et pandendæ conscientiæ siugulo- rum : tune implebitur vox clamoris a porta compun- gentium. Prima eniui porta oculorum erit, qua [al. quando ] exhibebunturnobis peccataante oculos nos- tros, et ornnis pompa et imago antiquorum ecelerum et vitiorum atquæ luxnriæ proferetur in medium. Tune illud erit verum quod scriptum est : « Ecce homo et opéra ejus ante faciem ejus. ». Torqucbit igitur eum conscientia, et postquam compunctus clam av erit a prima oculorum porta, ululabit etiam a secunda, quam et oures intelligere possumus. Per hosenim vel maxime sensus, quibus vitia itlapsafue- rant, eorum pœna sentietur, quando cernemus quod fecimus ; et sermone docti, totumque audientes ordk nem peccatorum, in ululatum compellemur, et con- teretur [al. compellimur et conteritur ] in nobis quid- y avait d’élévation orgueilleuse que nous igno¬ rions, à cause de notre aveuglement et de notre surdité; ou assurément, lorsque la parole su¬ blime et la correction venant d’en haut, nous écraseront et nous briseront, et que s’accom¬ plira cette parole : « Je rugissais à cause des gémissements de mon cœur, » P salin, xxxvn, 9, en sorte que notre esprit troublé soit offert à Dieu en sacrifice, Psalm. l, alors en nous, qui sommes hommes, et qui n’avons pas commis des péchés si grands, qu’ils puissent être com¬ parés à des montagnes, les collines seront ré¬ duites en poudre. C’est dans le diable et dans ses anges que les hautes montagnes des péchés seront brisées. La plupart des interprètes pensent que ce que nous avons rapporté, pour l’histoire, au temps de la puissance de Babylonc, doit l’être au pre¬ mier avènement du Sauveur, lorsque, à cause des crimes trop grands du peuple et de cette clameur impie : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » Mattk . xxxyji, 25, Jérusalem fut assiégée par l’armée romaine, et que les deux ours, Vespasien et Titus, dévorè¬ rent la troupe des enfants railleurs. IV Reg. ji. Cette interprétation convient mieux à notre foi, sons la réserve cependant de ne pas oublier que la prophétie peut aussi s’accorder avec l’histoire antérieure, ou que la première captivité est assurément la figure de la seconde et de l’en¬ tière destruction de Jérusalem. Ajoutons encore cette remarque, puisqu’il est évident que le mot hébreu An a jim veut dire, non point « porte de quid fnerat excelsum, et propter cœci tâtera et sur- das au res ignorabatur a nobis. Vel certe cum verba sublimiaet eruditio de excelso veniens, conteret nos atque confriuget, et opéré complebitur : «Rugiebam a gernitu cordis mei, » PsaL xxxvn, 9, ut sit sacrifi- cium Deo spiritus contribulatus ; PsaL i, ; in nobis, qui homines su mus, et non tam grandia peccata fe_ cimus, ut montibus compamitur, colles contriti 3unt. In diabolo autem et augelis cjns, excelsa mon- tiuin contercntur. Multi pulant juxta historiam quod ad Babylonio- rumtempora retulimus, intelligeudum esse de primo Salvatoris ad v en tu, quando propter peccata nimia, et clamorem populi concrcpantem : « Sanguis ejus super nos, et super filios nostros, » Matth . xxxvn, 25, circumdata est ab exercitu Jérusalem, et a duobus ursis, Vespasiano videlicet et Tito, irridentium puc- rorum turba consumpta est. IV Reg . n. Quæ quidem intelligentia magis fîdei nostræ convenit, sed ita ut sciamus et priori historiæ posse cougruere, vel certe priorem captivitatem typum esse secundæ et per- fectæ eversionis Jérusalem. Nec non et hoc animad- 227 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. componction, » mais bien « porte des poissons, » qu'au sens .figuré, cette porte des poissons à Jérusalem est celle par où sont apportés dans la ville les bons poissons qui ont été séparés des. mauvais, et ce sont ces derniers, demeurés dehors, qui pousseront des cris de douleur en voyant entrer les autres. Ou assurément, à la fin du monde et à la consommation des choses, ils pousseront des cris de douleur de la pre¬ mière porte des poissons, ceux qui n'auront pas conservé la pureté du baptême, et ils feront entendre des hurlements de la seconde, ceux qui n'auront pas fai tune digne pénitence de leurs péchés. Et ü y aura une grande contrition sur les cofiines, sur ceux qui ne se sont pas abaissés à cause de leurs péchés, pour soumettre leur tète au joug et déplorer leurs crimes. C’est en effet par ces deux portes du baptême et de la pénitence, ou que l'on entre ou que l'on revient dans Jérusalem, qui est l’Eglise de Dieu. « Hurlez, vous qui serez comme en un mor¬ tier ; toute cette race de Chanaan sera réduite au silence. » Sophon. 1, \ \ . Les Septante : « Pous¬ sez des plaintes, vous qui habitez une terre déchi¬ rée , parce que tout ce peuple est devenu sem¬ blable à. Chanaan. » Le mot hébreu Machthes doit être lu, non pas avec la première syllabe brève, ce qui lui donnerait le sens de « sphère, » mais avec une syllabe longue, et il désigne alors un mortier où l'on écrasait le blé. C'est un vase concave, maintenant à l’usage des médecins, et dans lequel ils ont coutume surtout d’écraser vertenchim (quia adàgim manifeste in Hebræo, non « portam compungentiurn ; » sed <( portam piscium » sonat) allegorice, portam piscium esse in Jérusalem, per quam inferuntnr boni pisces qui a malis fuerint separati, et lugebunt, cæteris introeuntibus, quiforis remanserint. Vel certe in fine mundi et în consu'm- matione lugebunt a porta piscium prima, qui suum baptisma non servaverunt ; lugebunt a secunda, qui non egerunt pro peccatis dignam pcenitentiam. Et erit magna contritio super colles, qui noc pro pec- catis iucurvati sunt, ut cervic'em suam submit- terent et sua scelera deplorarent. Per bas enim duas portas baptisnii et pcenitentiæ in Jérusalem, id est, in Ecclesiam Dei vel introitns vel reditus est. « Ululate, babitatores pilæ ; conticuit omnis popu- lns Chanaan. » Sophon . n, il. LXX : « Plangite qui habitatis concissam : quia assimilâtes est omnis po- pulus Chanaan. » Pila quæ Hebraice dicitur machthes et ab Aquila versa est, dç xôv oàu.ov, non per brevera syllabam prima [al. priman%\ legenda est, Ne a et speluucis, et antris, et sepulcris, extrados prin¬ cipes et reges et potentes et sacerdotes, qui se in eis metu mortis absconderant. Et visitabo, inquit, super eos, qui confidunt in corporibus suis, et in vi- ribus suis, quas StaaupTtxto^ ( a ) fæces vocat sive pec- cata, in quibus penitus fuere defixi, qui tollentes providentiam, nec boni nec mali Deum auctorem esse dixerunt; hoc est, quod nec bonis bona, nec malis redderet ; sed quod fortunæ cuncta regerentur arbitrio, et casu ferrentur incerto. In consummatione, autem mundi, quia dies Do¬ mini ipsaintelligitur, scrutabitur Dominus Jérusalem, id est Ecclesiam suam cum lucerna : et ulciscetur super viros conlemptores, qui noluerunt suas ser- vare custodias, id est, mandata Domini contempse- runt, et insuper ratione se peccare dicentes, blas- phemaverunt in cordibus suis ; quod nibil prodesset benefacere, nec obesset male agere, quia nec bo- norum operum præmium, nec malorum poenarn res titueret Deus. Kecte autem Jérusalem, id est, Ecele- 8ia (quæ prius « Jébus » vocabalur, quod dicitur (a) Editi lcgunt Siaaupp.cxtoç, in quem scnsum adducit Marianus in notis 8i.oc Sophon. i, 17, 18. LXX. : « Et tribulabo bo¬ ulines, et ambulabunt ut cæci, quia Domino pecca¬ verunt, et effundet sanguinem eorum sicut pulverem, et carnes eorum sicut stercus boum [al. biibalum], et argentum eorum et aurum eorum nou poterit eruere eos in die iræ Domini, et in igné zeli ejus consumetur omnis terra; consummationem enim et festinationem faciet super omnes habitantes terrain. » Non est difficile juxta priorem sensurû hæc fuisse perpessam dicere Jérusalem, quæ propter crucem Domini sustinuit; recessit enim ab ca visitatio Do¬ mini, et tribulati sunt omnes homines in tota Judæa, et propter magnitudinem pressuræ ambulaverunt ut cæci, quid agerent ignorantes. Et hæc passi sunt, quia Domino, id est, Dei Filio peccaverunt. Nam quia fu- derunt sanguinem prophetanim et sanguinem Christi, fusus est sanguis eorum sicut humus in tota regione, et corpora eorum remanserunt iusepulta, sicut ster- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. 235 ture, comme des excréments à la surface de la terre. Les riches d'entre eux, qui avaient multi¬ plié à l'excès les iniquités pour amasser de l’ar¬ gent et de l'or, n’ont pu être délivrés par leurs trésors du jour de la colère, le feu de la jalousie du Seigneur allumé contre eux ayant dévoré tout le pays. Et le temps du répit ne fut pas long : quarante-deux ans après le crucifiement de Notre Seigneur , Jérusalem fut entourée par l’armée romaine, et non seulement sa ruine, mais aussi celle de tous les habitants de la Judée fut promptement consommée. D'autre part, dans la consommation du monde ou de chacun de nous, tous les hommes, qui étaient demeurés hommes et qui sont morts comme hommes, seront abreuvés de tribula¬ tions. Ils marcheront comme des aveugles, parce qu'ils ont perdu la lumière des vertus, et qu’ils n’auront pas le temps de faire pénitence ; et ils subiront ce sort, parce qu’ils ont péché contre le Seigneur. Puisque le Seigneur est la justice même, la vérité, la sainteté et les autres vertus, quiconque a agi injustement, s’est livré au mensonge, et s'est fait l’esclavage de l'im¬ pureté et des vices, a péché, contre le Seigneur. Quant à ce qui suit : « Leur sang sera répandu comme la poussière, et leurs corps seront sem¬ blables à des excréments de bœufs, » il paraît absurde de dire qu’à la résurrection desrports, à la consommation du monde et au jour du cora super faciem'terræ. Divites quoque eorum qui argentum et aurum iniquitate nimia congregaverunt, opibus suis de die iræ Domini non potuerunt libe- rari ; ignis enim zeli Domini succensus adversus eos, devoravit omnern provinciam. Nec grande fuit tem- pus in medio : nam post quadraginta et duos annos Dominicæ crucis, circumdata est ab exercitu Jérusa¬ lem, et consummatio illius facta est cum festinatione, et non solum illius, sed cunctis terræ Judæae liabito- ribus. In consummatione autem vel mundi vel uniuscu- jusque tribulabuntur ornnes homines, qui hommes permanserunt, etmortui sunt quasi homines. Et am- bulabunt nt cæci, quia lumen perdidere virtutum, et locum pcenitentiæ non habebunt; et hæc patientur, quia Domino peccaverunt. Si enim Dominus [al. Vo- wîimjjustitia est, veritas, sanctitas, cæteræque vir- tutes, quisquis injuste fecit, etmentitus est, et scorta vitiaque sectatus est, Domino peccavit. Sed quod sequitur : « Et effundetur sanguis eorum sicut hu¬ mus, et corpora eorum sicut stercora boum, » vide- tur absurdum, ut in resurrectione mortuorum, et jugement, leur sang sera répandu et leurs corps seront semblables à du fumier. Ainsi donc, ce qui est dit à Noé : « Je vengerai le sang de vos âmes de toutes les bêtes qui l’auront répandu, et de la main de l’homme, et je vengerai l'âme dè l’homme de la main de son frère, et qui¬ conque aura répandu le sang de l’homme sera puni par l’effusion de son propre sang, » Genes. ix, 5, 6, il serait ridicule d’en attendre l'accom¬ plissement dans la résurrection, quoique cepen¬ dant on ne puisse l'appliquer à cette vie? Com¬ bien, en effet, qui ont répandu le sang, et dont le sang n’a pas été répandu? et d’autres qui ont mis à mort l’homme par le poison ou par la corde, en sorte qu’il y a eu mort d'homme, sans qu’il y ait eu de sang versé? Comment donc le Seigneur répandra-t-il leur sang selon la peine du talion, alors que celui qui a tué n’a pas répandu le sang? Par sang de l'homme, il faut donc entendre le principe de la vie, par lequel on a la vigueur, la' sève et la vie. Qui¬ conque répandra ce principe vital, soit par le scandale, soit par sa doctrine perverse, verra le sien répandu par le Seigneur au jour du ju¬ gement, c'est-à-dire qu'il perdra de force tout ce qu'il se flattait d'avoir de vie. Dans le sens de sang de cette sorte s’entend aussi la chair, dont Isaïe a dit : « Toute chair est de l’herbe ; » Isa. xl, 6 ; et le Seigneur dans la Genèse : «Mon esprit ne demeurera pas dans ces hommes, in consummatione mundi atque judîcio, dicamus effundi sanguinem et corpora jacere quasi stercora. Igitur illud quod ad Noe dicitur : « Et sanguinem animarum vestrarum requiram de manu omnium bestiarum, et de manu hominis, et de manu fratris requiram animam hominis : qui effuderit sanguinem hominis, pro sanguine ejus eflundetur sanguis illius,» Gen. ix, 5, 6. et in resurrectione credere ridiculum est, et in vita hac stare non potest? Quanti enim ef- fuderunt sanguinem, et sanguis eorum effusus non est? et alii occiderunt hominem veneno, vel suspen- dio, et tamen cum homo mortuus sit, non est san¬ guis effusus? Quomodo ergo Dominus est effusurus sanguinem eorura in talionem', cum ille qui occidit, sanguinem non effuderit? Sanguis igitur hominis xo Çwnxôv aïxo$, id est, « vitale » (a), quo vegetatur, et sustentatur, et vivit debet intelligi : quod qui effu¬ derit, sive per scandalum, sive perversitate doctrinæ, in die judicii effundetur ab eo, id est, quod sibi vi- debatur habere vitale, cogetur amittere. Juxta hu~ juscemodi sanguinem, et caro intelligitur, de qua et Isaias ait : « Omnis caro fenum. » Isa. xl, 6. Et in (a) Omittunt hoc loco Jïrasmus et Marinnus Oræcn duo verba xo et ocixo;, quæ mss. codiccs retinent etiam characteribus, ut Regius num. 3991, qui legit, Sanguis igitur hominis tozoticonaitos. Est autem xo Çtoxt/.ôv atxoç, habitaculum et setfes vitæ , quod de sanguine dicitur in Scriptuva : Anima enim omnis carnis in sanguine çst. Levit. xvii, 14. 236 SAINT JEROME parce qu’ils sont chair; » Genes. xi, 3; et l’A¬ pôtre, de l’un et de l’autre : a La chair et le sang ne pourront posséder le royaume de Dieu, et la corruption n’héritera pas de l’incorruptibilité de Dieu, » I Corinth. xv, 50. Par conséquent, au jour de la consommation, soit générale, soit particulière, tout sang qui a été répandu criera vers le Seigneur et se montrera aux yeux de tous ; les œuvres de sang et de terre seront répandues comme la poussière et semblables à du fumier, et l’argent et l’or ne pourront déli¬ vrer les riches du jour de la colère, puisqu’il est dit à celui qui meurt : « Insensé, cette nuit môme on vous redemandera votre âme, et à qui donc appartiendront les trésors que vous avez entassés? » Luc . xn,. 20. Nié-je par là que l’or et l’argent délivrent les riches de la mort? Nullement, puisque « les richesses de l’homme sont la rançon de l’âme ; » Prov. xm, 8 ; mais elles ne peuvent les sauver au temps où ils sont contraints de les abandonner. Car toute terre et tout ce qui est terrestre sera dévoré par lé zèle jaloux du Seigneur. Dire << zèle jaloux, » c’est faire entendre qu’il y a même en cela amour du Seigneur: s’il n’aiinait pas l’âme hu¬ maine, assurément il ne serait point jaloux d’elle, et il ne tirerait pas vengeance de la faute de cette épouse infidèle, comme un mari ne s’irrite de l’adultère de sa femme que parce qu’il l’aime. C’est ce que le Seigneur se hâtera de faire contre . tous les habitants de la terre, contre Genesi Dominus : « Non permanebit spiritus meus in hominibus istis, quia caro sunt. » Gen. vi, 3. Et Apostolus, de utroque : « Caro et sanguis regnum Dei possidere non poterunt, neque corruptio incor- ruptionam Dei [al. tacet Dei] hæreditabit. » I Cor. xv, 50. In die ergo consummationis, vel generalis, vel specialis, omnis sanguis qui effusus est, clamabit ad Dominum, et apparebit in medio, et opéra san- guinis atque terrena sicut pulvis jacebunt et ster- cora, et argentum et aurum divites de die iræ non poterunt liberare, audiente eo, qui moritur : « Stulte, bac nocte tolletur anima tua a te ; quæautem parasti, oujus erunt? » Luc. xii, 20. Non quod negemus au¬ rum et argentes divites liberare de morte : « Re- demptio enim viri animæ, propriæ divitiæ; » Prov. xin, 8 ; sed quod eo tempore liberare non possint, quando divitias necessitate dimittunt. Omnis enim terra et universa quæ terrena sunt, zelo Domini de- vorabuntur. Et quod ait, « zelo, » intellige adhuc amantem Dominum. Nisi enim amaret humanam animam, nunquam zelaretur eam : et in similitudi- nem mariti, peccatum ulcisceretur uxoris, qui si non amaret, nec de adulterio ejus irasceretur. Et hoc fa- ciet Dominus cum festinatione cunctis habitantibus tous ceux qui se sont entièrement donnés à la terre, et qui n’y ont pas été étrangers et voya¬ geurs, comme le juste qui dit : « Je suis étran¬ ger sur la terre et voyageur comme tous mes pères; » Psalm. xxxvm, 13; et ailleurs, de re¬ chef il atteste, d’une voix plaintive, qu’il ne veut pas habiter plus longtemps dans la tente de la chair : « Malheureux que je suis, par ce que mon pèlerinage a été prolongé. » Psalm. cxix, 5. Par conséquent, nous tous qui sommes dans cette hôtellerie du corps, nous devons pousser ce gémissement: « Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort? » Rom. vu, 24. « Venez tous, assemblez-vous, peuple indigne d’être aimé, avant que l’ordre de Dieu forme ce jour passant comme un tourbillon dépoussière, avant que la fureur du Seigneur éclate sur vous , avant que la colère et l’indignation du Seigneur ne fonde sur vous. » Sophon. n , 1,2. Les Septante : « Assemblez-vous et soyez en¬ chaîné , peuple ignorant, avant que vous soyez comme la fleur qui passe en un jour, avant que la colère du Seigneur éclate sur vous , avant que ne fasse irruption sur vous le jour de la fureur du Seigneur. » Après la description des maux qui doivent arriver au jour du Seigneur — selon l’application, qui a été faite plus haut, de la prophétie aux deux captivités, — le peuple est exhorté à la pénitence en ces termes : « Ve¬ nez tous et assemblez-vous , » ou bien , d'après terram, his qui se penitus terrae dederunt, et non fuerunt advenæ et; peregrini, sicut justus qui loqui- tur : « Advena sum ego in terra,, et peregrinus si¬ cut omnes patres mei. » Psal. xxxvm, 13. Et rursum alibi nolens diutius in tabernaculo carnis habitare, lacrymabili voce testatur, dicens : « Heu mihi, quia peregrinatio raea prolongata est. » Psal. exix, 5. Ete- nim qui sumus iû tabernaculo corporis hujus, inge- miscimus conquerentes : « Miser ego homo, quis me liberabit de corpore mortis hujus? » Rom . vu, 24 ? « Gonvenite, congregamini , gens non amabilis, priusquam pariat jussio quasi pulverem transeuntem diem, antequam veniat super vos ira furoris Domini^ antequam veniat super vos ira indignationis [Vulg. dies furoris ] Domini. » Sophon. ir, 1,2. LXX : « Con¬ gregamini et colligamini, gens inerudita, antequam sitis sicut fïos pertransiens diem, antequam veniat ira Domini super vos, antequam super vos irruat dies iræ furoris Domini. » Post descriptionem ma- lorum, quæ in die ventura sunt Domini (secundum duplicem captivitatis expositionem, quam supra dixi- mus) populus ad pœnitenLiam provocatur, et dicitur ei : « Convenite et congregamini, « sive, ut in LXX scriptum est, « colligamini, » id est, estole vobis COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. les Septante : « Soyez enchaînés, » c’est-à-dire, soyez, comme le prescrit l’apôtre , unis étroite¬ ment les uns aux autres par les liens de la cha¬ rité , « peuple non aimable , » qui êtes indigne de l’amour de Dieu, ou bien, « peuple ignorant, » dont il est dit dans le Deutéronome : « Peuple grossier et sans sagesse,» Dewf.xxx ir, 6, et dans Jérémie : « C’est en vain que j'ai frappé vos enfants, vous n’avez pas tiré profit de la correc¬ tion ; » Jérêm. n, 30 ; — venez, dis-je, avant que ce qui a été prophétisé n'arrive, avant que l'effet ne suive mon ordre , — ce qui aura lieu aussi facilement qu’un tourbillon de poussière qui passe , — avant que la fureur du Seigneur ne déborde contre vous. Et admirons ici la clé¬ mence de Dieu : il suffisait , dans l’intérêt des sages , d'avoir annoncé l’impétuosité des maux près de venir ; mais comme , au lieu d’infliger des supplices , il voudrait se borner à effrayer ceux qu’ils doivent frapper, il les exhorte à la pénitence , pour n’avoir pas à faire ce dont il les a menacés. Au figuré , et en général , toute la multitude des fidèles et de ceux qui portent le nom de peuple de Dieu, est assemblée dans l’Église, et il lui est dit : « Venez tous dans l’Éghse, formez entre vous une société clans la charité et la paix, peuple ignorant qui, ne voulant pas; vous plier à la discipline de Dieu , et avoir la science de ses commandements , mettez votre joie dans les richesses , dans la santé du corps , dans la beauté de ce monde, et aussi dans les dé¬ lices de la chair , qui passe comme une fleur (juxta Àpestolum) charitatis viuculo copulati, « gens non amabilis, » quæ amore Dei indigna e9 , sive «. gens inerudita, » de qua dicitur in Deuteronomio : « Populus stultus et non sapiens ; » Deut. xxxn, 6 ; et in Jeremia : « Sine causa percussi filios vestros, disciplinam non recepistis, » Jerem. n, 30, antequam fiat quod prophetatum est, antequam præceptum aequatur elfectus (quod ita facile veniet quasi pulvis pertrausiens), antequam super vos furor Domini compleatur. Simulque cerne Dei clementiam : suffe- cerat prudenlibus malorum venientium impqtum des- cripsisse ; verum quia non vult inferre supplicia, sed tantum terrere passuros, ipse ad pcenitentiam pro- vocat, ne faciat quod minatus est. Generaliter autem tota mullitudo credentium, et eorum qui Dei populus nummpatur, in Ecclesiam congregatur, et dicitur ei : Convenite in Ecclesiam, sociamini vobis [al. nobis ] charitate et pace, o gens inerudita, quæ non vis Dei recipere disciplinam, uec habere scientiam mandatorum ejus ; sed divitiis et corporis sanitate et pulcbritudine hujus sæculi, carnis quoque voluptatibus delectaris, quæ transit quasi 237 fanée en un seul jour. Je vous exhorte à vous assembler, à vous unir en société, de peur que, lorsque viendra le jour du jugement et que toute votre gloire sera passée, vous vouliez faire pénitence , quand ce sera l’heure , non pas de la pénitence, mais des châtiments. On se demande aussi comment ce même texte se peut appliquer à chaque homme, quand il sort de cette vie. 11 lui est dit : O vous, qui tout occupé des affaires du siècle, courez à l'aventure de toutes parts, retournez dans l’Église des saints , joignez-vous à la vie et à l'assemblée de ceux que vous savez être agréables à Dieu, réu¬ nissez les membres relâchés et sans cohésion de votre âme dans l'unique faisceau de la sa¬ gesse , attachez-vous à elle dans un étroit em¬ brassement, écoutez cette mystique consolation : « Fortifiez-vous , mains languissantes , et vous genoux débiles, affermissez-vous, » Isa. xxxv, 5, et ne vous glorifiez pas des biens de la chair et de sa fleur qui passe : « car toute chair est de l’herbe , et toute sa gloire est éphémère comme la fleur de l'herbe ; l’herbe est devenue sèche et la fleur est tombée , mais la parole du Seigneur demeure éternellement. » Nous pou¬ vons recourir à ce verset avec opportunité, lors¬ que nous rencontrons un homme qui, tout occupé des honneurs de ce monde et de l'en¬ tassement des richesses, vient rarement ou ne vient jamais aux assemblées de l'Église, et lui dire : Réunissez-vous à l’assemblée du peuple de Dieu, vous qui n’écoutez point les préceptes du Seigneur, avant que votre gloire s'éclipse, fios qui una marcescit die. Propterea autem dico vobis, convenite, sociamini, ne cum judicii tempua venerit, et omnis gloria vestra transierit, tune velitis ugere pcenitentiam, quando locus non erit pceniten- tiæ, sed poenarum. Quærat aliquis, quomodo hoc ipsum super uno- quoque migrante de sæculo possit inlelligi. Dicitur ergo ad singulos : O tu, qui sæculi negotiis oocupatus, per diversa discurris, rever lere in sanctorum Eccle¬ siam, et junge te eorum vitæ et ccetui quos vides placere Deo, et'dissoluta membra animæ tuæ nec sibi cohærentia in unam sapientiæ coge compagem, et illius hære complexui, et audi mystice : « Confor- tamini, manus dissolutæ; genua debilia, solidamini, » Isa. xxxv, 3, nec glorieris in bonis carnis, et ejus flore qui præterit : « Omnis enim caro fenum, et omnis gloria ejus quasi flos feui. Aruit fenum, et fios decidit ; verbum autem Domini manet in æternum. » Possumus hoc capitulo uti pro, tempore, si quando viderimus aliquem houoribus sæculi [al. addit dedi- tum] et congregandis divitiis occupatum, ad Eccle¬ siam vel raro, vel nunquam venire, etdicere ad eum : 238 SAINT JÉROME avant que le jour de la colère du Seigneur ne fonde sur vous. « Cherchez le Seigneur, vous tous qui êtes doux sur la terre, vous qui avez agi selon ses préceptes ; cherchez la justice, cherchez la dou¬ ceur, afin que vous puissiez trouver quelque asile au jour de la fureur du Seigneur; car Gaza sera détruite et Àscalon deviendra un dé¬ sert,- Àzot sera ruinée en plein midi, et Accaron sera renversée jusqu'en ses fondements. » So- phon. ir, 3, 4. Les Septante : « Cherchez le Sei¬ gneur, vous tous qui êtes humbles sur la terre ; agissez selon ses préceptes, cherchez la justice, et répondez selon cette justice, afin d'être à couvert au jour de la colère du Seigneur, parce que Gaza sera mise en cendres et Ascalon chan¬ gée en désert, et qu'Azot sera ruinée en plein midi et Accaron renversée jusqu'en ses fonde¬ ments. » La prophétie appelle humble sur la terre celui qui est humilié, non par l'humilité qui est une vertu, mais par ses péchés, et qui ne peut répéter avec Jésus-Christ : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Matth. xi, 29. Car quiconque s'humilie sera élevé ; et ailleurs ce précepte est donné à l’homme saint : Humiliez-vous d'autant plus que vous serez plus grand, et vous trouverez grâce devant Dieu. Eccli. ni. Au contraire, l'homme qui est humilié et accablé par la conscience de ses fautes, et qui dit : « Elles se sont appesanties sur mbi comme un lourd fardeau, » Psalm. xxxyii, 5, doit prêter l'oreille à cette parole : Congregare et conjungere populo Dei, qui Domini præcepta non au dis, antequam gloria tua pertran- seat, antequam dies tibi furoris Domini adveniat. « Quærite Dominum, omnes mansueli terræ, qui judicium ejus estis operati ; quærite justum, quærite mansuetum, si quomodo abscondamini in die furo¬ ris Domini ; quia Gaza destructa erit et Ascalon in desertum, Azotum in meridie ejicient, et Accaron eradicabitur. » Sophon. n, 2. 4. LXX : « Quærite Do¬ minum, omnes humiles terræ ; judicium operamini, et justitiam quærite, etrespondete ea, utprotegamini in die iræ Domini, quia Gaza direpta erit et Ascalon in desertum, et Azotus in meridie projicietur, et Ac¬ caron eradicabitur. » Humilia terræ appellatur, qui non humilitate, quæ virtutem sonat, sed peccatis humiliatus est, nec potest cum Christo dicere : « Dis¬ cite a me, quia mitis sum, et humilis corde. » Matth. xi, 29. Omnis enim qui se humiliât, exaltabitur; et in alio loco sermo ad sanctum dirigitur : Quanto major fueris, tanto magis humilia teipsum, et coram Deo invenies gratiam. Eccli. m. Qui autem peccatis humiliatus est, et aggravatus est conscientia delicto- rum, ac loquitur : a Sicut onus grave, gravatæ sunt « Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. » Matth. xi, 28. Ces remarques préliminaires ont trait à la ver¬ sion des Septante. D’après l’hébreu, le sens est tout autre. Il est dit aux saints : 0 vous qui gardez mes comman¬ dements, et qui, voyageurs sur la terre et sa¬ chant que quiconque s’abaisse sera élevé, avez imité ma douceur et pratiqué la justice, cher¬ chez le Seigneur dans votre mansuétude. Si vous voulez savoir qui est ce Seigneur, cherchez la justice, cherchez la douceur; « car le Père a donné tout pouvoir de juger au Fils, » Joan, v, 22, qui jugera selon la justice. Puisque vous êtes doux, cherchez la douceur, afin que ce qui manque â votre mansuétude y soit ajouté par celui qui est la source de la douceur. En vérité, je vous le dis ; Par ce moyen seul vous pourrez trouver quelque asile au jour de la fureur du Seigneur, c’est-â-dire , parce que vous avez cherché le Seigneur et agi selon ses préceptes, peut-être pourrez-vous éviter la colère de Dieu, quand elle surviendra, et vous soustraire à la captivité qui doit être infligée au peuple juif, soit par Nabuchodonosor, soit par les Romains. Or, si la prophétie doute au sujet de ceux qui ont pratiqué les préceptes, en disant : « Peut-être trouverez-vous un asile au jour de la colère du Seigneur, » qu’adviendra-t-il donc des pécheurs ? Une telle dévastation passera sur la terre de la Judée, l'armée victorieuse de Babjdone y poussera si haut ses exploits, que la même captivité assu- super me, » Psal. xxxvm, 5, iste debet audire : «Ve- nite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. » Matth. xi, 28 Hoc dictum sit in principio secundum LXX interprètes. Cæterum juxta Hebraicum alter sensus est. Dicitur enim ad sanctos : O vos, qui mea præcepta custo- ditis, qui in terra positi, et scientes, quoniam omnis qui se humiliât exaltabitur, imitati estis mansuetu- dinem meam, et judicium estis operati, quærite Do¬ minum in mansuetudine vestra. Et si vultis scire quis iste sit Dominus, quærite justum, quærite mau- suetum : « Pater enim omne judicium dédit Filio, y> Joan. v, 22. qui juste judicaturus est. Et quia [al. qui J mansueti estis, propterea quærite mansuetum, ut quidquid in vestra mansuetudine minus est, ab eo qui fons est mansuetudinis, impleatur. Hoc autem dico vobis : Si quomodo abscondamini in die furo¬ ris Domini, hoc est, si forte possitis ex eo, quod quæ- sistis Dominum, et justitiam ejus estis operati, iram diei vitare venientis, et efîugere captivitatem, quæ vel a Nabuchodonosor, vel a Romanis inferenda est populo Judæorum. Si autem de bis dubitat [al. dubi- tant]y qui ejus judicia fecerint, dicens, [al. diccntes ] : 239 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. jettira les plus puissantes villes des Philistins, qui vous ont toujours tenu tète dans une lutte à armes égales. Gaza sera détruite, Ascalon sera changée en un désert ; ils emmèneront Azot captive, non par surprise, mais par le droit de la guerre fit parleur victoire en pleine lumière; et, Accaron, qu’on traduit par « déracinement, » endurera la fin indiquée par son nom, c'est-à- dire « sera déracinée. » Voilà pour le sens litté¬ ral, d’après l'original hébreu. D’après les Septante, il est enjoint aux hum¬ bles de la terre (au sujet desquels nous nous sommes expliqué plus haut), d’agir selon les préceptes, et de chercher la justice, qui n’est pas autre, je crois, que Jésus -Christ lui-mème. Comme quiconque cherche, trouvera, Matth. vir, 8, ils ont le devoir de répondre aux autres con¬ formément à leur découverte, c’est-à-dire de leur enseigner la justice : car « si la sagesse demeure cachée et que le trésor ne soit pas vi¬ sible, quel profit tirera-t-on de run et de l’autre?» Eccli. xx, 32, Je vous donne ces préceptes, afin que vous soyez à couvert au jour de la colère du Seigneur, soit au temps de la consommation du monde, soit au temps de la sortie de chacun de la vie; car Gaza, Ascalon, Azot et Accaron seront frappées de supplices divers. Gaza veut dire « sa force ; » tous ceux donc qui s’applau¬ dissent dans la force corporelle et dans la puis¬ sance séculière, et qui disent avec le diable : « Je ferai par ma propre force, » seront détruits et anéantis au jour de la colère du Seigneur. Ascalon qui veut dire « pesée, » ou bien « feu homicide, » sera punie, au jour de la colère du Seigneur, selon la mesure de son crime, et sera écrasée par le poids dont elle a opprimé les autres ; parce qu’elle a été brûlante d’ardeur pour verser le sang, qu’elle a scandalisé beau¬ coup d’âmes, et qu’en elle s’est accomplie cette parole : « Le Seigneur aura en abomination l’homme sanguinaire et trompeur, » elle ne sera pas détruite comme Gaza, mais réduite en désert, et sa poussière même sera consumée par les fèux de la géhenne. A son tour, Azot, en hébreu Esdod , dont le nom signifie « feu de la génération, sera ruinée en pleine lumière, pour avoir brûlé du feux des passions et avoir agi en folle bacchante dans l’œuvre de la gé¬ nération. Aussi, parce que les cœurs de tous les adultères sont comme des fournaises, Osee . vii, et qu’ils ont été blessés par des flèches ardentes, ce n’est point au milieu de la nuit ni dans un « Si quomodo ahscondamini in die furoris Donnai, » diversa supplicia sustinebunt. « Gaza » enim inter- quid fiet de peccatoribus ? Tanta enim vastilas Ju- pretatur « fortitudo ejus. » Omnes ergo qui sibi ap- dææ terræ veniet, ettam sublimis victor hue Baby- plaudunt in fortitudine corporis et potentia sæculari, lonius ascendet exercitus, ut etiam potentissimas et dicunt cum diabolo : « Fortitudine faciam, » diri- urbes Philistinorum quæ semper vobis æquo certa- pientur in die iree Domini, et ad nihilum redigentur. mine restiterunt, eadem captivitas appréhendât. Ascalon quoque, quæ dicitur « ponderata, » vel Gaza enim destructa erit,;et Ascalon in solitudinem « ignis homicida, » cum venerit dies iræ Domini, redigetur, et Azotum, non furto, sed bello, id est. sceleris sui mensuram sentiét, et eodem quo operata manifesta luce atque Victoria in captivitatem tra- est, pondéré deprimetur. Et quia arsit ad effunden- lient; et « Accaron, » quæ interpretatur « eradica- dum sanguinem, et multas scandalizavit animas, et tio, » hoc sustinebit quod in suo vocabulo sonat, id impletum est in ea : « Virum sanguinum et dolosum est, « eradicabitur. » Hoc juxta litteram etHcbraicam abominabitur Dominus, » Psalm . v, 7, non diripietur veritatem. , ut Gaza, sed in solitudinem . redacta, gehennæ igni- Juxta Septuaginta autem præcipitur humilibus bus usque ad pulverem cremabitur. Nec non et terræ, de quibus supra dictura est, ut operentur ju- « Azotus, » quæ Hebraice dicitur esdod et in lingua dicium, et quærant justitiam, quam non puto aliam nostra sonat, « ignis generationis » (a)} clara luce esse præter Christum. Et quia omnis qui quærit, in- vastabitur; arsit enim libidine, et generationis in- veniet, Matth. vu, 8, id quod invenerint, aliis res. cendio debacchata est. Et quia omnes adultérantes pondeant, hoc est, alios doceant : « Sapientia enim quasi clibanus corda eorum, Osee. vu, et sagittis ar- abscondita, et thésaurus non comparens, quæ utilitas deutibus vulnerati sunt, non in tenebris, non in inambobus? » Eccli. xx, 32? Et hoc, inquit, præcipio occulto judicio ; sed in meridie,hocest, quando sancti vobis, ut in die iræ Domini protegamini, vel in cou- plenam récipient claritatem, projicientnr in tene- summatione mundi, vel in exitu uniuscujusque de bras, et sanctorum consortium non habebunt. Sed sæcuio. Gaza enim et Ascalon, et Azotus, et Accaron «Accaron, » quæ interpretatur « sterilitas, » vel (a) Hanc interpretationem ipsemet Hicronymus daranat ii> Comment, in Amos L : Azotus , id est , Asdod, ignem uùeris sive patrui. Licet quidam Dot pro Dod, male leg entes, ignem generationis putent. Et ccrtc générât io apud Hebræos Dor appcllatur’ non Dod, et proclms lapsus D in Jl, cum, ut ipse annotai, apice tantum hæ litterœ distinguerentur. Yid. Lib. Nomin. de Jesu in Asdod, et Asoth. Notatum e contrario Yictorio est, quod si ignem getierationis hæc yox significat, corrigcndi sint Hebraioi codices et pro daleth supponenda sit iuibs littera : licet Zachariæ ix, dum camdcm vocet exponit, ignis generis, aut ignis patrui , vel ignis mamillæ , ostendit sc utramque lectionem habuisse, ut tam per dalbtu quam per iuibs litteram vox scriberctur. Quippe cum generatio dob, patruus, dod, mamilla appellatur. {Edit. Mign.) 240 SAINT JÉROME. jugement occulte, c’est en plein midi, quand les Saints recevront la plénitude de la clarté, que les adultères seront jetés dans les ténèbres exté¬ rieures et chassés de la société des Saints. Quant à Accaron, dont le nom veut dire « stérilité » ou « déracinement, » parce qu’elle n'a porté aucun’ fruit et que sa doctrine perverse en a déraciné plusieurs, elle sera déracinée elle-même. Toutes ces variétés, il les faut appliquer aux vices et aux péchés des âmes, en ce sens que le l'eu du jour du jugement prouvera la qualité de l’ouvrage de chacun. I Corinth. m. « Malheur à vous qui habitez sur la côte de la mer, peuple d’hommes perdus ! Chanaan, terre des Philistins, la parole du Seigneur va tomber sur vous ; je vous exterminerai sans qu’il reste un seul de vos habitants. La côte de la mer de¬ viendra un lieu de repos pour les pasteurs et une bergerie pour les brebis ; elle deviendra une retraite pour ceux qui seront demeurés de la maison de Juda ; ils trouveront là des pâturages, ils se reposeront le soir dans les maisons d’As- calon, parce que le Seigneur leur Dieu les visi¬ tera et les fera revenir du lieu où ils étaient captifs. » Sophon. rr, 3-7. Les Septante : « Mal¬ heur à vous qui habitez sur la côte de la mer, étrangers Crétois ! La parole du Seigneur va fondre sur vous, Chanaan, terre des Allophyles, et je perdrai tous vos habitants. La Crète de¬ viendra un lieu de pâturage pour les troupeaux et un parc pour les brebis ; la côte de la mer appartiendra à ceux qui seront demeurés de la maison de Juda; ceux-ci seront les pasteurs des «eradicatio, » quia nullos fructus habuit, et perver- sitate doctrinæ suae eradicavit plurimos, ipsa quoque eradicabitur. Has autem omncs varietates iutellige in animarum vitiis atque pcccati9, et quia uniuscu- jusque opus quale sit, in die judicii ignis probabit. I Cor. m. « Væ qui habitatis funiculum maris, gens perdito- rum 1 verbum Domini super vos, Chanaan, terra Phi- listhinorum ; et disperdam te ita ut non sit habita- tor [Vulg. inhabitator\. Et erit funiculus maris re- quies pastorum, et caulæ pecorum ; et erit fuuiculus ejus qui remanserit de domo Juda; ibi pascentur, in domibus Àscalonis ad vesperam requiescent, quia visitabit eos Dominus Deus eorum, et avertet cap- tivitatem eorum. » Sophon. n, 5-7. LXX : « Væ qui habitatis funiculum maris, advenæ Cretensium ! ver¬ bum Domini super vos, Chanaan, terra AUopbylorum, et perdam vos de babitatione. Et erit Creta pascua gregum, et ovile pecorum, et erit funiculus maris bis, qui reliqui sunt de domo Juda : super ipsos pascentur in domibus Ascalonis ; post meridiem di- vertent afacie filiorum Juda % quia visitabit eos habitants mêmes des maisons d’Ascalon , qui avaient cherché après midi une retraite ^ hors de la présence des enfants de Juda, % parce que le Seigneur leur Dieu les visitera et les fera revenir du lieu de leur captivité. » L’interpréta¬ tion du sens historique est facile. La prophétie ayant dit d’abord: «Gaza sera détruite, Ascalon sera changée en désert, on ruinera Azot en plein midi, et Accaron sera déracinée, » après avoir nommé les quatre grandes villes.des Philistins, il est évident que la parole du Seigneur s’adresse maintenant à tout ce même pays, en général, dans cette prédiction : Malheur à vous qui ha¬ bitez sur la côte de la mer, quand le Babylonien viendra, parce que même ceux qui habitent sur le littoral périront ou seront faits captifs I — La terre des Philistins est bien la terre de Chanaan, cela ne fait doute pour personne. — Chanaan, je vous exterminerai, sans qu’il reste un seul de vos habitants ; et vous tomberez dans une telle désolation, vous qui vous réjouissiez de la ruine de la Judée, que toutes vos villes les plus fortes deviendront des bergeries pour les pas¬ teurs. Après que le Seigneur aura visité son peuple, qu’il aura fait retourner, sous la con¬ duite de Zorobabel et de Josué, les habitants de Juda, qui rebâtiront le temple et reconstruiront Jérusalem, vous serez tellement inculte, ô terre des Philistins , et tellement couverte de ronces et d’orties , que les bergers d’entre ceux qui seront restés des Juifs se reposeront dans Ascalon après midi, et feront reposer leurs troupeaux dans cette ville autrefois célèbre. Tout cela aura Dominus Deus [eorum, et avertet captivitatem eo¬ rum. » Quantum ad historiam, non est difficile in- terpretari : « Quia in superioribus dixerat : « Gaza destructa [al. cleserta ] erit, et Ascalon in desertum, Az'otum in mendie ejicient [al. dejicient], et Accaron eradicabitur, » quatuor magnis Palestinæ urbibus nominatis, nunc ad ipsam generaliter provinciam patet sermonem Domini fieri, et prædici ei : Væ qui habitatis funiculum maris, Babylonio veniente, quia et ipsi qui juxta amare habitant, perient atque tol- lentur. Quod autem terra Palæstinorum terra sit Chanaan, nulli dubium est. Et disperdam te, inquit, ita ut nullus sit babitator ; et in tantam venies vas- titatem, quæ lætabaris in eversione Judææ, ut omnes tuæ urbes munitissimæ in ovilia sint pastorum. Et postquam Dominus visitaverit populum suum, et fecerit eos regredi sub Zorobabel et Jesu, et ædifica- verint templum, et extruxerint Jérusalem, tu ita in- culta eris, et sic vepribus urticisque operieris, ut pastores de reliquiis Judæorum in Ascalone post meridiem requiescant, et in urbe quondam nobili greges suos faciant accubare ; et hoc fiet, quia Do- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPIIÜNIE. 24'} lieu, parce que le Seigneur -visitera son peuple et le fera revenir de la captivité. Cette prophétie est-elle déjà accomplie ou doit-elle s'accomplir un jour, Dieu le sait. Je n’ai pas eu dessein ici de me conformer à la vérité historique, mais de rapporter l'opinion des Hébreux, telle qu’ils nous l'ont transmise. Selon le sens spirituel et la version des Sep¬ tante , l’intelligence est difficile, d’autant plus qu’ils sont en désaccord avec l'hébreu. Où nous avons traduit par «peuple d’hommes perdus », ils ont dit : « étrangers Crétois, » et quand l’hébreu porte Got Citoreti™, ils ont, au lieu de Gor, « peuple », lu G.viï, « étranger», et dans Cironi:- Timr, « d’hommes perdus », ils ont cru voir le nom de Pile de Crète, Au reste, A.quila, la cin¬ quième édition, ïhéodotion etSymmaque, abon¬ dent dans Je sens de ma traduction, comme plus loin tous se rangent h celle-ci : « Ht la cote de Ja mer deviendra un lieu de repos pour les pas¬ teurs, » tandis que les Septante donnent celle- ci : « La Crète deviendra un lieu de pâturages pour les pasteurs et une bergerie pour les trou¬ peaux. » Comparant donc les choses spirituel¬ les aux choses spirituelles, et ne sortant pas du sentier de la Vulgate où nous sommes entré, nous nous demandons si nous avons lu ailleurs minus visitahit plcbem suam, et avertetcaptivitatem ejus, quod factum nec ne sit, Deus viderit. Neque enim nunc nobis propositum est historiæ texere ve- ritatem ; secl ea intimare nostris, quie acccpimus ab Hebræis. Juxta spirilualem antem sensum et translationem LXX difficiles iotelligentia est, maxime quia et iu iu- pretatioue discordant. Ubi enim nos transtulimus, « gens perditornm, » illi dixerunl, » advenæ Creten- sium; » et quod Hebraices criptum est cot c.horkxium, pro coi, ici est, (( genre, » legerunt e.\n, hoc est, « aclvenam, » et pro chohctim, quod dicitur, « per- ditomm, » nomen « GreUe » insulte putaverunt. Do- nique et Aqnila, et quiota editio interpretati suut, sûvoç oX:Ü giov (a) et TbeodoLio sÛvo$ oXzOçJuç : Simmu- chus q uoque sOvo; ôÀsOosudp.svov, qnæ omuiaoumin- Lerpretalione nos Ira l'acinut. Kursum, nbi nos dixi- mus : « Et cri h fini i eu lu s maris reqnios pastornm, » et omnes interprètes huic trauslationi congruenmt, scribitnr in LXX : « Et erit Creta pascua gregis et o vile pecorum. » igitur spi ri lu ali bus spiritual! a corn- le nom de la Crète dans les Écritures saintes ; et, si je ne me trompe, voici un exemple qui s'offre à propos : « Les Crétois sont toujours menteurs ; ce sont des hôtes cruelles, dos cœurs lâches. Ce témoignage est véritable. » Tü. i, \% 13. Ceux qui flottent et sont emportés en tous sens par tout vent de doctrine, pour la déception des hommes, dans la fourberie et l’erreur, ont mieux aimé, alors qu’ils eussent dû habiter dans la terre de la confession, c’est-à-dire de Jucha, être colons des Crétois, qui sont de tontes parts assaillis par les flots divers de la mer, et font résonner l’airain des Corybantes, et sont, nous dit l ‘Apôtre, « comme une cymbale retentis- s an te . » I Corinth . x 1 1 j , b C o m m e i I s so n t col o n s des Cretois, la parole de Dieu leur fait entendre ses menaces ; elle les qualifie de terre de Clin- naan, toujours fichants, toujours dans le mou¬ vement, et de terre des Allophjdes, parce que, é t r an ge rs à Dieu ? ils déni eu r en t s u r la c ôte delà la mer et dans la région de la Crète. La parole de Dieu s’adresse à eux, soit à la consommation et à la fin du monde, soit chaque jour, par les champions de l'Église et par ceux qui peuvent dire avec l’Apôtre : « Est-ce que vous voulez éprouver la puissance de Jésus -Christ qui parle par ma bouche? » II Corinth . xm, 3, afin qu’ils parantes, et Yulgatæ editionis cœptam semel te¬ nantes semilam, quærimus an alibi in Scripturis sanctis nomen Cretæ legeriums. Et, ni fallor, illucl in pvomplu est : « Cretenses semper mendaces, maire bestiæ, ventres pigri ; lestimoninm hoc venmi est. » TU. i, 12, 13. Qui fluctuant et circumferuntur omni vente doc tri næ in deccptione ho mi nu m, in versutia erroris : isti cnm debnevint in terra confessiouis, hoc est, in terra habiture Judæie, volnerunt magïs ad¬ venæ esse Cretensium, qui di ver si s maris fluctibus in de lunduntnr, etsonantærc Gorybaufcio (b), et s uni-, juxta Apostolum, » quasi cymbalum Ljnnieus. » I 6'or. xm, J. Et quia advenæ sont Cretensium, ideo scrmo Dei, hoc est, comminatio fit ad illos; et di- cunlur terra Cbanaan semper iu fiucln, sempur in motu, ol terra AUophylorum ; alieni enim a Deo, in hmicnlo maris et in Crælæ regione versantur. Fit itaqiie ad nos scrmo Dei, vol in consummatioue et fineumndi, vel quolidie per ecclesiasl.icos xiros, et qui possunl cum apostolo dicerc : « An oxperimen- Lum qnærit.is ejus qui iu me loquitm* Christus ? » (a) Editi triplex nomen sûvoç positnni in mss. exomplaribus mutarunt cum y ëvoç; nominc : quod etsi idem signilicct, non erat tain on y cri) nm ab Hicronymo positiim nulla rationc a bj ici end uni. Significat porro ëOvoç oXeûcaov, nationem pestifei'am et y entera ■perniciosam. Ma ht. — Pro o).sûp(ûv, præfcrl Ucgin. cod. oXsûfuaoOf/Jtov, ex quo verbo boni nliqunl cxcmlerc integrnm lectori sit. Pro êOvoç conslantcr alias cral v;v 01. (a) Erûnt Corybantes sacerdotcs Rhcœ sivc Cybcles, qui sacro corrcpti furore cynibala pulsabant. Ui primum Idam Phrygise montem loniiîssc dicunUiv ; postca autem in Crelam mivigasse, quod mine confirmarc videtur 1-Iieronymus, qui etiam legebat ære Corybantio non Corybantino, utretinent vetcrcs cdilioncs. Vide æra Corybantia upitd Yirgilium ni Æncid. Makt. TOME IX. 10 SAINT JÉROME soient chassés hors de la Crète, qu’ils soient perdus pour leurs habitations d'autrefois, que cette région, qui contenait auparavant un trou¬ peau d’égarôs, devienne un bercail de brebis de Jésus-Christ, et que Juda, c’est-à-dire la vraie confession, habite sur ia côte de la mer. Lors¬ que le. monde sera déjà sur le soir, qu'il y aura et qu’il se trouvera peu d'élus parmi le grand nombre d'appelés, et que ceux qui sont appelés ici les restes de la maison de Juda auront été les pasteurs de ceux qui habitaient auparavant au milieu de la mer et en Crète, où ils paissaient dans le mensonge, ils trouveront line retraite dans ces memes maisons d’Àscalon oùjadis de¬ meurait le feu du diable et coulait le sang des hommes mis à mort, carÀscalon veut dire «feu homicide. » Il en sera ainsi, parce que le Seigneur visitera son peuple, et que ceux qui auparavant ôtaient facilement pris aux sophismes des héréti¬ ques, revenant comme dune captivité, vaincront leurs adversaires et habiteront dans leurs tentes. Ces quelques mots des Septante : « A la face des enfants de Juda, » je les ai notés comme dou¬ teux, parce qu'on ne les trouve ni dans l'hé¬ breu, ni chez aucun interprète, et qu'ils trou¬ blent le contexte et le. sens; non pas qu’il fut difficile avec ces mots d'expliquer Je texte eu quelque manière, mais j’ai résolu, une bonne fois pour toutes, de suivre la vérité de l’inter¬ prétation et de rechercher l’approbation plutôt (lu lecteur érudit que du vulgaire. » « J'ai entendu les insultes de Moab et les blas- tl Cor. xiit, 3 ? ni ejiciantur de Crola, et perdantur de pristinis hubitatiouibus suis, et ilia regio qnæ prius gregem perdilum coutiuehat, incipiat esse ovile pecornm ChrisLi ; et Judas, id est., vera confessio, habitet in funiculis maris. Gu m que jara cœperit esse muiulus ad vesperam, et de mollis vocatis pauci electi, et qui îiunc reliqui vocautur de douio Juda, paverint cos qui primuin in mari, et in Creta, et iu mciulacio pascebantur : deciiuabant in domibus As- calonis, id est obi prius ignis diaboli et inUrfecto- rum manabat eruor : « Asealon » enim interpretatur K ignis bouiicida. « lût hoc fiet quia visitabit Dominus populum suum, et li i qui ante facile capiebautnr so- phisinatibus hæreticorum, quasi de captivitate ve- nientes, vincent adversarios suos, et habitabimt in tabernactilis eorum. Quod nutem legitur in LXX, « A facie filiorum Juda, » obelo prænotavimus, nec in Hebræo enim, nec apud ullumfertur interpretum, ut contextum capituli sensumque conturbat : non quod difficile fuerit quomodocumque et hoc posito sententiam texere ; sed semai decrevimns veritatem interpretationis, et lectoris magis eruditi quam vulgi judicium sequi. phènies des enfants d'Ammon , qui ont traité mon peuple avec outrage et qui ont agrandi leur royaume en s’emparant de leurs terres. C'est pourquoi je jure par moi-môme, dit le Seigneur, Dieu des armées, le Dieu d’Israël, parce que Moab deviendra comme Sodomc elles enfants d'Ammon, comme Gomorrhc, leur terre ne sera plus qu’un amas d’épines sèches, que des monceaux de sel et une solitude éternelle ; le reste de mon peuple les pillera, les restes de ma nation en seront les maîtres. C’est à cause de leur orgueil que ces maux leur arriveront, parce qu’ils ont blasphémé et sc sont élevés contre le peuple du Seigneur des armées. Le Seigneur se rendra terrible dans leur châtiment : il anéantira tous les dieux de la terre, et il sera adoré par chaque homme dans chaque pays, et par toutes les lies des nations. » Sopkon. 1 J , 8 et seqq. Les Septante : « J’ai entendu les insultes de Moab et les outrages des enfants d'Ammon, qui ont couvert d'injures mon peuple et se sont élevés en s’emparant de mes terres. C'est pour¬ quoi je jure par moi-mème, dit le Seigneur des vertus, le Dieu d'Israël, que Moab sera comme Sodome elles enfants d’Ammon, comme Gomor- rhe, et Damas abandonnée comme un tas sur l'aire et dispersée pour toujours ; le reste démon peuple les pillera, et les restes de ma nation eri seront les maîtres. Ces maux leur arriveront à cause de leurs insultes, parce qu'ils ont outragé le Seigneur tout-puissant et se sont élevés con¬ tre lui : le Seigneur sc manifestera contre eux, « Audivi opprobrium Moab, et blasphemias Olio rimi Ammon, quæ exprobravmmt populo meo, eL magihficaLi sent super termines eorum. Propteroa vivo ego, dicit Dominas Dca s [Vulg. tacot Dea$\ exercituum, Dons Israël, quia Moab ut Sodoma erit, et J il i i Ammon quasi Gomorrha : siccitas spinarum etaccrvi salis, et desertum usque in æternum; voli- quico populi moi diripient eos, residui gentis me;t; possidebunt illos. Hoc eis eveuiet pro superbia sua, quia blasphcmaverunt et magnificati sunt super po¬ pulum Domiei exercituum. Korribilis Dominus super eus ; et attenuabit omnes deos terne, et adorabunt eimi viri [al. vir] de loco .suo, omnes insulæ gen- tiuoj. » Sopkon. n, 8 eisegg. LXX : « Audivi oppro brium Moab, et conlumelias üliorum Ammon, in quibus exprobraverunt populo meo, et mugnificati suut'super terminos meos. Propterea vivo ego, dicit Dominas [al. Dominus De us] virtutum, Deus Israël, quia Moahsicut Sodoma erit, et filii Ammon quasi Gomorrha, et Damascus derelicta quasi acervus areæ, et dissipata usque in sempiternum ; et qui reliqui fuerint de populo meo, diripient cos, et residui gen¬ tis moæ possidebunt eos. Hoc erit eis pro contnme COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. il anéantira tous les dieux des nations de la terre, et il sera adoré par chaque homme dans chaque pays, par toutes les îles des nations. » Ce qu’à l’exception du prophète Daniel, qui a souvent les visions des quatre royaumes, et qui en expose les différences sous de nombreuses images, Dan. y ni, font ïsaïe, Jérémie, Ezéchiel, qui, après la vision rie Juda, tournent la pro¬ phétie contre les autres nations qui sont autour de .lui, leur annoncent, d’après le génie propre de chacune d’elles, ce qui doit leur arriver, et s’arrêtent longuement à les décrire, le prophète Soplionie le fait ici dans le même ordre, mais plus sommairement. Après les Philistins, contre lesquels a eu lieu la première menace : Gaza sera détruite, Àscalon changée en désert, Azot ruinée en plein midi et Accaron déracinée ; maintenant,, la prophétie se déroule contre Moub et les enfants d’Ammon, et aussi, d’après les Septante, contre Damas, qu’Isaïe appelle Ara ni, Isa. xvir, parce que, fournissant des secours à Nabuchodonosor, ils ont dévasté. Juda, foulé aux pieds son sanctuaire, renversé son temple, et blasphémé le Seigneur, après avoir subjugé le peuple d’Israël. Or, Nabuchodonosor et les Chaldéens, après avoir ruiné les villes des Juifs, opprimèrent les autres peuples, et il en fut ainsi, afin que ceux qui avaient insulté le peuple de Dieu fussent eux-mèmes accablés des mêmes calamités, et qu'ils eussent pour compagnon lia sua, quia exprobraveruut et magnificati suut super Dominum omnipoteutem : manifestas erit Do- miuus super eos, et disperdet omues dcos gentium Lerræ, et adorabunt enm singuli de loco suo, omues insulæ gentium. » Qnod excepto Dauiele prophela, qui quatuor regnorum sæpius cernityisiones, et co¬ nnu differentias snb aliis imaginibns exponit, Dan. vin, Isa i as, Jeremias, Ezechiet laciimt, ut post vi- sioucm Judæ adversum cæteras nationes, quæ in circuitu ejus sunt, vertant vaticiuium, etjuxta îoiw- e.ata siugularum, quæ eis ventura snut, nnnlient, atque in descriptione eauum diutios immorentur ; hoc nunc propheta Sopbonias, quanquani breviter, eodem tamen ordine l'acit. Post Pliilisthiim enim contra quos supra conmiinatio præcucumt : Gaza, inquit, destructa erit, et Ascalon iu desertum, Azo- Lum in meridic ejicient, et Accaron eradicabitur ; nunc adversus Moab et Jilios A ni ni on, sive ut in LXX ad cl 1 tu m est, contra Damascum, quæ in Isaia (cap. xvn) dicitnr « A ram, » lexitur propbetia, eo qnod præbentes anxilia Nabucltodonosor , vastave- rint Jndam, concn Ica vérin f sanctuariuui ejus, tem- plum quoqne subverterint , et subjugato populo Israël, Domiiufm blaspbemaverint, Nalmcliodonosor qui pp e atque Chaldæi, Judæornm urbibus s abruti s, cæteras gentes oppresseront, et i ta factum est, ut 243 d’esclavage Juda, qu’ils avaient eu le dessein d’avoir pour sujet. Ainsi, avant que vienne la captivité, sous Josias, encore roi, Jérusalem et le temple n’étant pas encore renversés, la pro¬ phétie est dirigée contre les insulteurs, afin qu’un jour les malheurs du peuple de Dieu fussent allégés par les maux des autres peuples. J’ai entendu, est-il dit, l’insulte de Moab, maintenant appelée Aoropolis, et les blasphèmes des enfants d'Ain mon, appelée Philadelphie et la seconde ville de l’Arabie après tèosra, qui ont couvert d’outrages mon peuple, et, après avoir chassé les Juifs, ont agrandi leur royaume aux dépens du territoire des vaincus. Parce qu’ils m’ont blasphémé, et qu’ils ont insulté mon peuple, moi le Seigneur des armées, qui puis accomplir toutes mes menaces, et le Dieu d’Israël, qui souf¬ fre moi -môme de l’injure qui est adressée à mon peuple, je ferai que Moab deviendra comme Sodome et les enfants d’Ammon comme Gomor- rhc. Qu’on lise les visions correspondantes dans Isaïe et dans Jérémie, et l’on y trouvera les mômes choses qui se lisent ici : « Leur terre ne sera plus qu’un tas d’épines sèches, que des monceaux de sel et une solitude éternelle. » Au lieu de cela, je ne sais ce qu’ont voulu dire les Septante dans cette, interprétation : « Damas sera détruite de fond en comble et abandonnée ; » à mon avis, l’ambiguité du mot les a induits en erreur : sécheresse en hébreu se dit Mamasac, qui insultaverant populo Dei, ipsi quoque eadem malorum angustia permerentur, et haberent conser¬ va m Judam, quem putaverunt se habere subjectum. Igitur antequam veniat captivitas sub Josia adhuc rege, needum Hierosolymis temploque subversis, dirigitur adversum insultantes prophétie, ut mata quondam populi Dei, cæterarmn gentium lavarentur mal o [al. malu |. Andivi, inquit, opprobrium Moab, quæ nuuc Areopolis appellalur, et blasphemias JUio- rum Amrnou, quæ etipsaurbs Àrabiæ secunda post ffosram Philadelphia dicitur; in quihus exprobra- venuU populo meo, et ejectis Judæis, dilatavcrmit iu terra .connu fines sues. Propterea quia blaspbe- maverunt me, et exprobraverunt populo meo, ego .Dominas exercitmn, qui possum implere qnod coin- miaor, et Deus Israël, qui in populo meo jpse patior injnriam, (aciam ut si t Moab quasi Sodoma, et fil ii Am on quasi Gomorrha. Lcgamns hnjnscemodi vi¬ sion es m Isaia et Jeremia, et eadem qna nuuc hic legïmus : « Ëiccîtas spinarum et acervi salis, et do- sertum nsque in æteranm, » pro quo nescio quid sibi volentes LXX : « Damascum evulsam et derelic- tam» interpretati sunt., nisi fallor, verbi ambiguitale deccpli : siccitas enim quod Hcbraicc dicitur mamasac, excepta prima prima li Itéra men si mutetur, et da- lexii accipiatur, easdem litteras reliquas habot, quas SAINT JEROME Wt qui, à l'exception de la première lettre Mem, changée en Daleth, s’écrit pour tout le reste comme le nom de Damas, et peut se lire alors Da- masec. On se demande comment ces villes, c’est- à-dire Moal) et celle des enfants d’Ammôn, ont été réduites à l’état de Sodome et de Gomorrhe , et comment, semblables à un amas d’épines sèches et à des monceaux de sel, elles ne seront jamais plus rebâties? Qu’elles ont été ruinées comme Sodome et Gomorrhe, il n’y a pas de difficulté à le démontrer ; pour ce qui suit : «Elles seront réduites à une solitude éternelle, » nous l’inter¬ préterons ou par la destruction de leur royaume, puisque, après avoir été renversées par les Chal- déens, elles perdirent leur. royauté, et possédées ensuite, soit par les Ànliochns, soit par les Pto¬ lémées, elles furent, en dernier heu, sous le joug des Romains ; ou certainement comme une expression hyperbolique, car le nom Lolam répond à la fois à éternité et à siècle ; d’où il suit qu’on peut l’entendre aussi pour un siècle, pour un certain temps et pour une époque. Et ceux qui seront restés du peuple d’Israël les pil¬ leront, et deviendront les maîtres de ces blas¬ phémateurs, autrefois auxiliaires des Chaldécns. C’est à cause de leur orgueil que ces maux les frapperont, parce qu’ils ontblasphémé, et qu’ils se sont enorgueillis contre le peuple du Seigneur des armées, qui sera terrible dans son chàti- e t Dïunascus, et. potest legi pro superiori verbe u.v- maskc. Quæritur auLcm quomodo istæ urbcs.lioc est, Mo ah et J3U i Amrnon, redactæ sint in Sodomam et Gomorrluim, et quasi spinarum ariditas et acervi salis, usque in ætcrmim non ædificcntur? Et quod quidern vastatæ sint quasi Sodoma et Gomonha, exponendi uulla est difficultés. Verum hoc quod se- quitur : « Desertæ erunt usque in æternum, » aut destructionem regni earum interpretabimur (quia postea subversæ a Chaldæis, regnnm suum perdide- runt, et deiuceps vel ab Antiochis, vel a Ptolemæis Lentæ, novissime Romauo ira péri o colla submiserint), aut certe 67; s pSoXr/.w; dici accipiendum est, uuam {a) quippe et « æternitatem » sonat et « sæeulum ; » ex ævo et pro uno sæculo, et pro aliquando lempore, et mm ætate accipi potest. Et qui reliqui fueriut de populo'Israel, vastabunt eos, et blaspbemantiaqnon- dam Chaldæorum auxilia possidebunfc. Hoc autem eveniet ois pro superbia eorum, quia blaspheraave- rnnt, et magnificat! sont contra populum Donnai cxercituum, qui Dominas exercituum erit horribilis ment; mais ce châtiment torrible, au lieu de mettre à mort les superbes et de répandre le sang des blasphémateurs, anéantira et réduira en poudre toutes leurs idoles, afin que leurs cœurs, qui étaient auparavant esclaves de l'er¬ reur et insensibles aux bienfaits du Seigneur, accablés par des maux extrêmes, sachent que les idoles ne servent de rien, et que toutes les iles des nations adorent Dieu chacune dans son pays. Après avoir suivi jusqu’ici le texte hébreu, re¬ venons aux Septante, et obligeons les Juifs, qui veulent ne s’attacher qu’à l’histoire, à nous mon¬ trer quand Moab et les enfants d’Ammon sont devenus comme Sodome et Gomorrhe et comme des monceaux do sel et ont été réduits à une solitude : ils doivent nous faire voir les pluies de souffre, les vignes et la terre couvertes de flammes et changées en cendres, enfin la mer, maintenant appelée mer Morte, sortant des puits de sel d’autrefois pour tout inonder ; en quel temps les Juifs les pillèrent, et les peuples d’Is¬ raël, qui restaient, s’en rendirent maîtres. Quelle colère du Seigneur y a-t-il, en compensation de leurs blasphèmes et de leurs outrages, à les ré¬ duire en poudre et à les perdre , non pas Moab et Amrnon, mais tous les habitants de la terre, afin que le Seigneur soit adoré par chacun dans chaque pays, par toutes les îles des nations ? H super eos, et hofror ejus non mterfleiet superbes, non blasphemautium sanguincm fundet ; sed dis- perdet cL attenuabit omnia idola eorum, ut qui pries tenebantur errore, et Domini bénéficia non senLie- bant, malorum nccessitate pressi, sciant idola nihil prodesse, et adorent eum unusquisque de loco sito omnes insulæ gentium. Hucnsque juxla Hebruicum. Nunc ad LXX. inter¬ prètes revertamur , cogamusque Judæos, qui tan¬ tum sequuntnr historiam, exponere nobis quando Moab et fil ii A mm ou facti sint quasi Sodoma et Go- morrha, et quasi acervi salis, et desertæ usque in æternum : debent monstrare sulphureas pluvias, vi- ncas, terrain iu cineres favillamque conversam, mare supra de puLeis quondam salis, quod nunc Movimun dicitur, inondasse; quando eos dirîpuerint Judæi, quando rcsiduæ gentes [sraliticæ possederint eo3. Aut quœ indignatio Domini est pro blasphemia et contumeliis attenuare et dispcrderc eos? non Moab et Àmmou, sed universam terram, ut adorent enm singuli de loco sno, omnes insulæ gentium? quod («) lia legunt omnes ms», codices cum L initinli, hoc est , Lolam ; non olani ut in antca oditis libris. Kx quo variantem in hoc loco Hcbraicani Icclionem coïiiginnis ; neque enim legebat llicronynnis in suo excmplori ïfcbraico ad oiam ; sed Leolara, cum Lnuied præfixo. Misi duerimus S. Doctorcm non attendisse uni muni ad contcxtum, sed ad xocis Leolam significationeni ; non ipse translulit usque in æLernmn ipiod ulique indicat ad olarn in Hcbraico logissc. an t forte ad lalarn. Al de 1ns requi 1er tores ernditique forant judiciiim. ÎUn-r. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHOME. 248 agirait plu tôt ainsi vis-à-vis des blasphémateurs, pour leur accorder un bienfait, afin qu'ils retour¬ nent de l’erreur au salut. Que s'ils veulent préten- drequ’après le retour de Babylonc ces nations fu¬ rent soumises au peuple d’Israël, je demande d’abord sur l’autorité de quels témoignages de l’Écriture ils s’appuient pour en conclure que ce fait est arrivé, et ensuite, quand cette preuve leur aura été impossible à faire, nous leur en fe¬ rons grâce comme par surcroît, et nous dirons : Soit, ce que vous dites est arrivé ; mais quelle justice de Dieu y aurait-il, quand ce sont les aïeux qui ont blasphémé et les ancêtres qui ont ou¬ tragé, que le châtiment soit porté par les des¬ cendants ? Puisque assurément cette sentence portée auparavant dans la loi, que les péchés des pères seraient restitués par les descendants jusqu’à la troisième et à la quatrième généra¬ tion, Exod. xx, a été retirée dans Eüécliiel : «Je jure par moi-môme, dit le Seigneur, que cette parabole ne passera plus parmi vous en pro¬ verbe, car c’est l’ânie qui a péché qui mourra elle-même. » Ezech. xvrir, 3, 4. Notons en pas¬ sant que ce qui a été dit n’est qu’une parabole, et n'a pas le sens que fait entendre l’écorce de la lettre. Or, puisqu'il est injuste de faire re¬ tomber sur les descendants les fautes des an¬ cêtres, combien n’est-il pas plus injuste d’es¬ pérer que laprophétie de Soplionie s’accomplira, à la consommation du monde, en faveur de la folie des Juifs, quand c’est, non pas le Christ, comme ils le croient, mais l’Antichrist, qui doit magis pro beueticio tribuet blasphemaiHibus, ut ah m-ore redeaut ad salutem. Quod si volnoriul dicere, post regressionem de Babylone bas genles popnlo Israël fuisse subjectas, primum anctoritatem postula- bimus Scripturaruui , unde hoc factuui proben t; doinde cum minime potueriut demonstrare, conce- rlemus cis ex superliuo, atque dicemus : Esto acci- tlisse qaod dicitis ; quæ jnstîtia Dei esset blasphé¬ masse a vos et ex probrasse atnvos, et postea nepoti- hus redditum? cum utique ilia senteutia, qua autea dicebatur in lege peccata patrum in blios in tertia et in quarta generatione reatitui, Exod. xx, per Eze- chielem soluta sit : « Vivo ego, dicit Dominos, no- quaquam dicetnr hæc parabola; sed anima quæ poccaverit, ipsa morielur. » Ezech. xvm, 3, 4. Et simul animadverte, parobolam esse quod dictum est, uec id sonarc quod in superficie litteræ proferunt. Quod A injustuni est nepotîbus reddere quod deliqueriut avi, qnando injustins pro stultia Judæorum lioc ip¬ sum sperave in consummationc'muudi fieri, qnando non Christns eorum. ut pntant; sed est venturus Anticbristus. Sicnbi enim arctati fnerint in liistoria, ut doceant completum esse quod dictum est, statim venir alors. Partout où l’histoire, les serrant de près, les contraindrait d'avouer que ce qui a ôté dit est accompli, ils sautent aussitôt d’un bond aux temps futurs du Christ, et tout ce qu'ils ne peuvent pas expliquer, ils s’en promettent l’avé- nement après bien des siècles ; et c’est ainsi qu’ils diffèrent àcetemps-làlapunitiondeMoab, des fils d’Ammon, de l’Egypte, des Philistins et de l’idumée, qui insultent maintenant aux maux des Juifs. Demandons-leur donc pourquoi Dieu punirait de préférence ces peuples, au lieu de punir tout l’univers, àla surface duquel les Juifs sont dispersés de toutes parts. Si Moab , et les. enfants d’Ammon et les autres nations voisines, qui insultent les Juifs, méritent d’ètre châtiés, pourquoi la Gaule n’est-elle pas châtiée aussi ? pourquoi les Bretagnes ne sont-elles pas com¬ prises dans la menace divine ? pourquoi les Espagnes sont-elles exemptes du châtiment ? pour quelle cause n’est-il rien dit de l’ILalie ? d’où vient que Dieu sc tait au sujetde l’Afrique ? Pour tout dire, en lin mot, puisque c’est l’univers entier qui retient les Juifs captifs, d’où vientque les seuls peuples leurs voisins sont seuls nom¬ més à cet égard., comme s’ils étaient seuls coupables? Voilà quelle explication il faut opposer aux Juifs sur ce passage, et en général au sujet de tous les prophètes, partout où est omise une prédiction contre les autres peuples. J’ai avancé qu’il n'était question de Damas ni dans le texte hébreu, ni dans aucun interprète autre que les Septante ; je prouve que l’ordre Lrausiliunt ad iulimi Cliristi tempora, et omnia quæ non possunt expouere, post milita sæcula sihi repro- niittuut, p.L dieu nt, et Moab, et lïlios Aminon, et /Egyptien. et Philistiim, et Iduinæuin, qua; nunc iu- snltant Judæis, eo tempore pimiomlas. hiterrogemus ergo cos, quare bas polissunuüi gentes Dcus puniat, et non totum orhem in quo Judæi longe ïateque dis- persi ^unt. Si enim meretnr Moab corripi, Judæis in- sultans, et fiiii Ammou et veliquæ gentes in circnitn, quare Gallïa non corripi lur? quare Britanniaa in comminatione non ponit? cur Hispaniæ a pœna alienæ sunt? qnam ob cansam de Itaiia niliil dicitur? de Africa cur tacetur? et ut semel dicam, cnni Lotus orbis Judæos captivos teneat, quid solæ gentes tan¬ tum coinmisere flagilii, quæ in circuitu ejus smif, ut solæ potissimum nominentur? Hæc contra Judæos, et geueralem in omnibus prophetis ubicumque ad- v ers lira gentes aliqua propbetia dicitur explanatio- nem. Nunc quod supra diximus, « Damascum » Hebraice nou lioberi, uec apud quemquam nliurn interprétera, etiam ex ipso Scriptnrœ ordine comprobabimus. Ad id enim quod dixerat : « Àudivi opprobrium Moab 246 SAINT JEROME même des idées le vent ainsi. À ces prémisses : « J’ai entendu l’insulte de Moab et les blasphè¬ mes des enfants d’Ammon, » se rattache celte conclusion logique : «Moab sera comme Sodome et les enfants d’Ammon seront comme Gomor- rho. » Pour ce qui suit : « Et Damas déserte sera comme un tas sur l’aire, » aurait donc dû avoir quelque prémisse, en sorte que, de même quela prophétie avait dit : « Moab sera comme Sodome et les enfants d’Ammon seront comme Gomor- rhe, » au suj et de deux peuples dont elle avait d'abord fait connaître les péchés, de môme elle eut commencé par décrire les insultes ou les blasphèmes de Damas, pour que le châtiment parût être ensuite justement appliqué. Enfin, sur ces mots des Septante : « Gomme un monceau de l’aire, » admettons qu’ils avaient écrit âXôç « de sel, » mais que des ignorants, pensant qu’il s'agissait d’un monceau de grains ou de fro¬ ment, ont ajouté deux lettres, w et v, et mis àXwvôç «défaire », comme conséquence de l’i¬ dée de fruits de la terre. Arrêtons-nous lâ au sujet de la différence d’interprétation, de l’erreur des Septante et de la difficulté du sens histori¬ que. D’autre part, l’homme qui a la science, qui compare les choses de l’esprit aux choses de l’esprit, qui cherche, non ce qui est en bas, mais ce qui est en haut, qui ressuscite avec Jésus-Christ des enfers, et qui se dépouille du vieil homme pour se revêtir du nouveau, rap¬ portera les insultes de Moab et les blasphèmes et blasphemias filiorum Arnuion, » postca rctulit : « Quia Moab et Sodoma crit, et filii Àmmon quasi Gomorrha. » Quod ergo sequitur : « Et Damascus deserta, quasi acervus areæ, » debuerat et de Da- uiasco aliquid præmisisse, ut quomodo de duabus gentibus dixerat : « Moab ut Sodoma erit, et filii Ammon ut Gomorrha, » quarum peccata ante jam dixerat, sic et Damasci vel opprobria, vel blasphemias descripsisset, ut postea digne supplicium videretur in ferre. Sed et hoc ipsum quod dicitur : >< Quasi acervus areæ, » cpiod Græoe dicitur Oipojvta àÀo;, putemuS LXX aX6rf interpretatos, id est, « salis ; » sed ab imperitis qui Oigiovâcv, hoc est « acervum, » fruiueuti vel frugum putavefunt, pro àÀô;, additis du u b us J i lie ri s w et v, quasi ad consequeuliam fiui- gum, «Xqjvoç, hoc est. « areæ, » positum. Hoc de in terprelationis varietate et errOrc sit dicjLum, et de difficultate historiæ. Qui autem doctus vir est, spiritualibus spiritualia comparai, et non quærit quæ deorsum sunt, sed ea quæ surs uni, et cum Gliristo resurgit ah inferis, et veterem liominem deponens induitur novo, oppro¬ bria [al. opprobrium] Moab, et blasphemias [al. con- des enfants d Annnon aux maitres de l’Église des doctrines ennemies, qui paraissent être, eux aussi, de la race d’Àbraliam et avoir échappé à l’incendie de Sodome et de Gomorrlie, pour ha¬ biter dans Ségor la petite ; mais parce que leur génération est dans les ténèbres, qu’ils ne peu¬ vent regarder la lumière de la vérité, s’ôtant éloignés de Dieu le Père, interprétation qui res¬ sort des noms de Lot et de Moab, qu’ils ont cessé d’être enfants de Dieu, de ceux que Dieu appelle «mon peuple», et que, conçus dans une ca¬ verne ténébreuse, ils sont les fruits d’une inces¬ tueuse union, — â cause de cela, dis -je, aujour¬ d’hui encore, insultant à la simplicité des enfants de Juda, ils sont avides d’agrandir leur posses¬ sion aux dépens des frontières de Juda, quand il est dit dans les Proverbes : « Ne passez -point les anciennes bornes qui ont été posées par vos pères. » Pro'v. xxu, 28. Que l’on songe aux héré¬ tiques, s’applaudissant de leur dialectique, de leur rhétorique et de tous leurs sophismes, méprisant le langage inculte- de l’Eglise, le mé¬ prisant comme indigne de leurs mystères, qu’ils se sont faits comme des idoles, et n’en faisant aucun cas, et l’on ne cherchera point par quelles insultes et quels outrages Moab et les enfants d’Àmmon ont couvert de railleries le peuple de Dieu. Le S eign eur a donc fait s crin eut p ar 1 u i - même, en disant : « Je suis seul vivant, dit le Seigneur. » G’est bien à propos qu’à la diffé¬ rence des dieux morts appelés idoles, le Dieu d’Israël, c’est-à-dire du peuple qui voit Dieu, se tumclias\ iiJiorum Ammon, ad magistros contrario- fum Ecoles iæ dogmatum referet, qui et i psi videutur de genere esse Abraham, et elfugisse incendinm So- domæ et Gomorrbæ, et habitare in Segor parvnla. Sed quia generatio eorum in tenebris .est, et lumen veritatis non possunt aspiccre:.'(deçlmavèruut eniin a Deo Pâtre, quod in te rp relatui* ex 'no minibus Lot et Moab), et Dei esse filii cessa vermit (quod dicitur « populus meus), » et in tenebrosa.spèkmca concepti de incestis nnptiis substiterunt,' propterea nsqne hodie simplicitali filiorum Jndæ insultantes, magni- llcarc cupiunt super terminos cjus possessionem suam, de quibus in Prov.e.rbiis dicitur : « Non trans¬ féras terminos sempiteriios, quos posucrunt patres tui. » Prov. xxu, ;?8. Vide hærclicos in dialectica sihi et l’heloricft et omnium sopiiismatum dogmatibus appltiudenlés , coutemuerc Ecclesiæ ruslicitatem, et quasi indignam mysteriis suis, quæ sibi quasi idola confinxerunt, despicere, et habere pro nibilo ; et non quæres quæ sint opprobria Moab, et contumeliæ fi¬ liorum Ammon, in quibus exprobravevunt populo Dei. Juravit itaque Doaûnus per semetipsum dicens : « Vivo ego. dicit Dominas. » EL pulclire ad distine COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE SOPHON1E. 247 clil seul vivant. 11 jure que ces peuples blasphé¬ mateurs, Moab et les enfants d'Àm mon, dont le texte a dit : « Ils seront comme Sodomc et Gomorrhe », bien qu’ils se flattent d’être sortis de Sodome et de Gomorrhe, en ce qu’ils ne sont pas idolâtres, néanmoins, parce, qu’ils blasphè¬ ment contre le peuple de Dieu, et qu’ils prennent parti contre Israël, ils seront réputés semblables àSodomeetâGomorrhc,etserontdétruilscomme ces villes le furent autrefois, sans qu’il reste en eux le moindre vestige de vigueur et de vie. Qu’on ne s’étonne pasde cetteinterprétation, que leshé- r, étiques seront considérés comme Sodome etGo- morrlie. Quant aux membres de l’Eglise qui n’ont pointobservê les commandements de Dieu etqui se sont écartés de scs préceptes, il est dit par la bouche d’Isaïe: a Ecoutez la parole du Seigneur, princes de Sodome, et soyez attentifs à la loi du Seigneur, peuple de Gomorrhe ;» Isa. i, 10; et par la bouche de Daniel, aux vieillards qui brident du désir de corrompre la chasteté de l’Église, figurée par Suzanne : « Ceci cstle juge¬ ment de Dieu, race de Chanaan et non de Juda.» Dan. xm, au, 5G. Pour ne pas douter que, partout où les prophéties nomment Sodome et Gomorrhe et l’Egypte, il s’agit, non des contrées de ce 'nom que voient nos yeux, mais de contrées spirituelles que la parole divine menace, il suffit de lire ces mots de l’Apocalypse de Jean : « Le lieu où le Seigneur a été crucifié est appelé spirituellement Sodome et Egypte. » tionein mortuorum dcorum, qui appellautur idola, sc viventem d ici L Deus Israël, hoc est, populi videu- tis Demn : qnocl blasphémantes hæ goûtes, id est, Moab et tilü Aune on, de quibns supra dixinnis : ü'Sicut Sodoma et Gomorrlia erunt, » videntur qui- dem sibi in eo quod gentiles non sont, exisse de So- domis et Gomorrhis ; sed quia blasphémant populum Oui, et contra Israël faciunt, in Sodomam reputa- Jnmluret Goinorrhum, et ita delebuntur nt illæ dele- tæ sont ante, nulle m iu se habentes vestigium vi¬ rons [al. vigoris] et vitæ. Nec mirum si hoc de hære- ticis inteHigamns, cùm repntentnr quasi Sodoma et Goinorrha, cùm e lia lu ad Ecclesiasticos, qui Dei non observavere mandata, et egressi sunt a præccptis ejus, dicatur per ïsaiam : Audite verbum Douai ni, principes Sodomorum, et attendite in Jegem Domini, populos Gomorrhœ; » Isa. 1, JO; et ad presbyteros cnpientes snb figura Susannœ Ecclesiæ corrumperc castitatem, dicat Daniel : « Hoc est judichim Dei, semeu Chanaan f et non Juda. » Dan. xm, 50, 56. Et nt sciatis quoliescumque Sodoma et Gomorrlia et Ægyptus nominantur, non de bis dici provinciis, quas oculis cerninuis, sed de aliis spiritnalibus qui- bns serin o propbeticus commiuatur, legite in Apoca- Apoc. xi, 8. Puisque Jérusalem, où a été crucifié le Seigneur, est appelée spirituellement Sodome et Egypte, pourquoi, par opposition, l’Egypte et Sodome et Gomorrhe, si elles font les œuvres de Jérusalem et de la terre de Juda, ne seraient- elles pas changées en terre de l’héritage du Seigneur ? Ainsi David n’était pas du nombre des prêtres, et il ne lui était pas permis de manger des pains de proposition; I Reg. xxi; mais, parce qu’il croissait en mérite. dans chaque œuvre et que la persécution de Saül faisait l’avancement de ses vertus, dans sa fuite, et à son insu, il devient prêtre tout-à-coup, il reçoit les pains de proposition, sans violer le com¬ mandement de Dieu. J’ai dit tout cela pour montrer que Moab sera comme Sodome, et que les enfants d’ Am mon seront comme Gomorrhe. Damas aussi, dont le nom veut dire « qui boit le sang » ou « sang du sac, » sera abandonnée par la miséricorde de Dieu comme un monceau de sel. Parce qu’elle a pour prince le roi Arétha, que les Damascènes ont le désir de mettre à mort Paul, et qu’il est descendu le loug de la muraille dans une corbeille, Act. ix, Damas est appelée, non. pas sel du monde, Matth. v, 13, et sel qui est toujours offert dans les victimes, mais sel qui a perdu sa force, et dont il est dit dans l’Evangile : « Si le sel perd sa force, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon à rien, ni pour la terre, ni comme fumier, à rien qu’à être jeté dehors pour être foulé aux lypsi Joannis : « Locus anlcin in qno Dominas cm- cifixus est, vocatur spi ri tu ali ter Sodoma et Ægyptus. » Apoc. xq 8. Si erg o Hierosolynm iu qna crucifix us est Doiniuus, vocatur spiritualité!' Sodoma et Ægyp- tus, quare non e contrario Ægyptus et Sodoma et Gomorrlia., si opéra fecerunt Jérusalem et terne Judæ, in terrain sortis Domiui trausferantur? De- nique et David non crat de saccrdotibus, nec lice- bat ei comederc panes ppoposiüonis ; (1 Rcg. xxi ; sed quia per singula creseebat opéra, et persccutio Saul virtutum illius profectus erat. propLerea in fuga sua. dum ncscit, subito autistes efficitur, et accipit panes proposition^, et non violât mandatum Dei. Hoc totnm dixinnis, quia Moab ut Sodoma crit, et lilii A minou ut Gomorrlia. Damas en s quoque, qme intorpretatur « sanguinem bibens, » aut « sauguis sacci, » erit derelicta a Dei misericordia, quasi acer- vus salis. Quia enim princeps ejus est rex Arotha, et Damasceni Paulinn occidere cupiunt, et per mnrnui in sporta dimittitur, Act. îx, uon dicitur ad Damas- cuin : «Vos estis sal mundi ; » Matth. v, 13 ; nec illud sal vocatur, quod semper offertur in victimis, sed qnocl infatuatum est, et de quo in Evangeho scribi- tur : » Si autem sal infatuatum fnerit, in quo salie- 248 SAÎNT JEROME pieds clés hommes. » Ibid. Il est donc vrai que Moab .et Am mon et Damas, qui se sont révoltées contre la science du Seigneur, qui ont blasphémé contre le peuple de Dieu, qui ont accumulé les outrages contre lui, et qui ont voulu reculer leurs bornes sur la terre de l'Eglise et se rendre maîtres du peuple de Dieu, seront changées en désert et détruites ; que les restes du peuple de Dieu, les champions de l’Eglise, instruits dans les Écritures du Seigneur, les pilleront ; que le reste de la nation du Seigneur deviendra leur maître, et que ce sera là leur honte, parce qu’ils ont outragé le Seigneur tout-puissant et se sont élevés contre lui. Qui n’admirerait la clé¬ mence et la miséricorde du Seigneur ? on l’outrage, on le blasphème, on pille son héritage; et lui, que fait-il ? il remet aux restes de son peuple la mission de se partager les dépouilles des blasphémateurs et de les assujettir en leur possession. H vaut bien mieux pour l’insensé être réduit à servir le sage, afin que sa folie soit corrigée par la sagesse de son maître, que d’ôtre abandonné à sa démence. Le Seigneur tout-puissant viendra donc, et il se manifestera sur eux en pleine lumière, lui qu’ils ignorent maintenant ; il ruinera toutes leurs doctrines, c'est-à,-dire leurs dieux et les idoles des d if Dé - rentes nations, afin qu’a près le renversement des simulacres vains que les infidèles s’étaient faits d’après leur propre cœur, ils se convertis- tur? ad nihilum est utile, neque in terrain, neque in sterquilinium, sed foras projiciunt illud, ut ah hominibus conculce tur. » Ibid. Et Moab igitur, et Animon, et Damascus, qui sese adverses Domini scientiam paraverunt, et blasphemaverunt populnm Dei, et dixerunt in eum plurimas contumelias, et voluerunt dilatare terminos suos in terra Ecclesiæ, et populum Dei possidere, desertæ ernnt et destructæ [al. destüutæ], et r.eliqui de populo Dei, hoc est viri Ecclesiastici in Scripturis Dominicis eruditi, diripient eos, et residui gentis Domibicæ possidebunt eos, et boc eis erit pro contmnelia, quia [al. qua\ expro¬ brave ni ut et magnificati suiit contra Do mi nu ni oui- uijiotenteni. Vide clemeutianl, vide misericordiani Domini : eonlumeliam patitur, blaspbematur, d iri- piunLur termini ejus. et i Ile quid faciL? Mittit ad rc- liquias popidi sui,«:le quibns d minus, ut sibi blas¬ phémantes dividat. et in suam duoat possessionem. Multo enim stnlto melius est servi re sapienti, et fa- tuitatem ejus domini sapienti a .corrigi, qnara suae eum stnltitiæ clerelinqui. Venietitaque Dominus om¬ nipotent, et manifestius erit super eos, quem nunc nesciunt, quem ignorant; et disperdet omnia dog- mata, id est, deos eornm et diversarnm geutiuin idola, ut postquam rinmlacra, quæ de silo sibi sensu composueraut, e-versa fuerint. couver tan tur genfces sent au Seigneur, et que chacun en chaque pays l’adore, après l’avoir ignoré jusque-là. « Et vous aussi, Ethiopiens, vous tomberez sous mon glai ve ; il étendra sa main sur l’Aquilon et perdra Àssur ; il dépeuplera leur ville si belle, il la changera en une terre où personne ne passera et eu un désert. Les troupeaux se reposeront au milieu d'elle, toutes les bêtes des pays d’alentour, le butor, le hérisson, habiteront sur le seuil de scs portes; l’oiseau criera sur ses fenêtres, le corbeau se fera entendre sur ses portes, parce que j’anéantirai toute sa puis¬ sance. Voilà cette cité superbe, qui s’endormait dans la confiance en elle-même et qui disait en son cœur : Moi je suis, . et hors de moi, il n’y a pas d’autre ville. Comment a-t-elle ôté changée eu un désert, repaire de bêtes sauvages? Tous ceux qui passeront auprès d’elle siffleront et battront des mains. » Sophon. n, 12 et seqq. Les Septante : « Vous aussi, Ethiopiens, vous serez blessés par mon glaive. J’étendrai également ma main sur l’Âquilon, je perdrai l'Assyrien, je dépeuplerai IXinive et je la rendrai aride comme un désert. Les troupeaux paîtront au milieu d'elle, et aussi toutes les bêtes de la terre; les caméléons et les hérissons se cou¬ cheront dans ses crèches, les bêtes y crieront dans leurs fosses, etles corbeaux sur ses portes, parce qu’elle s’est élevée à la hauteur du cèdre. Voilà cette ville adonnée au mal,, qui habite ad Domina m, et unusquisque in loco suo adore t eum qnem nesciebat ante. « Sed et vos, Æthiopes, interfecti gludio nieo eritis; et exteudet maumn suam super Àquilonem, etperdet Àssur; et ponet speciosum in solitudioeui et in in- vimn et quasi desertum. Et accubabunt in medio ejus greges ; o inné s bestiæ gentinm, et onocrotalus, et hericius in liminibus ejus morabuntur, vox cantautis in fenestra, corvus in snperliminari, quoniam atte- nuabo robur ejus. llæo est chutas gloriosa, habitnns in coniîdeutia , quai dicebat iu corde suo : Ego sum, et extra me non est alia umplius. Quomodo fa¬ cta çst in desertum cubile bestiæ? onmis qui transit [al ij'ànsibü] per eam, sibilahit, et movehit nianum suam. » Sojf/wH. n. 12 et seqq. LXX : « Et vos, Ætliio- pes, vaincra ti g ladio meo e ri lis ; et ex tou dam m an nui rneam. super Aquilonem, %t perdaui Assyriuin, et ponam Niniven in solitudinem, et iuaquosam quasi desertum. Et pasceutur in medio ejus greges et omnes bestiæ terræ ; et cbamæleontes et hericii in præsepibus ejus eubahunt, et bestiæ clamabunt in foveis suis [al. ejus], et corvi in portis ejus, quiace- drus aititnclo ejus. Uæc est civitas malis d edi ta, quæ habitat in spe, qnæ cl i ci t in corde suo : Ego sum, et non est posl rue amplius. Quomodo facta est in soli- tndinem pascua bestiarum? oumis qui transit per COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. dans l'espérance, qui dit en son cœur : Moi je sais, et après moi il n’y en. a point d'autre. Comment est-elle devenue une solitude où paissent les hôtes? Tous ceux quipassentauprès d'elle siffleront, et battront des mains. » Les Juifs diffèrent toute cette prophétie, et les deux précédentes contre les Philistins et contre Moab et les enfants cfAmmon, jusqu'à Pavénement du Christ, qu’ils croient devoir venir à la consom¬ mation du monde, pour reconstruire Jérusalem et délivrer son peuple de la main des nations qui le tiennent. Cela, disent-ils, ressort de ces paroles : « ïl sera adoré par chaque homme dans chaque pays, par toutes les îles des nations. » Outre les peuples nommés déjà, les Ethiopiens aussi et l'Assyrie avec Ninive, sa capitale, seront changées en solitude. Toutes les bôtes de la terre, ou, d’après l'hébren, toutes les bêles des nations, se reposeront dans cette ville. Les Juifs pensent que les botes des nations désignent tous les peuples qui doivent renverser Ninive. Bien que Ninive se traduise par « belle, » en cet endroit, ils appliquent « belle» àBabylonc, prétendant que ce qui suit : « Le butor et le hérisson habiteront sur le seuil de ses palais, » et le reste, conviennent mieux à Babylone, contre laquellelsaïe prédit la même désolation. D’autres, au contraire, affirment qu'il s’agit évidemment de l’Assyrie, dont le prophète vient de dire : eam, sibilabit, etmovebit ni anus suas. » Juclæi totum hoc capitulmn et duo superiora contra Plnlistiin), et Moab, et filios Arnmon adadventum Christi referunt, queni pu tant in consumufatioue muncli esse ventu- runi, qui extruat Jérusalem, et populum suum liberet de manu gentium,qua tenentur; et hoc sonarequod dicitur : « Et adorabunt cum viri de loto suo, oranos insulæ gentium. » Non solumautem superiores genl.es, sed Ætliiopcs quoqne et Assyrios et Niniven urbom Assyriorum eo tenipore ponendam esse in solitndi- luun, et cubaLnras [al. cubiluras) in ea omnes bestias l.orræ, sivc ut iu Ilebræo scriptum est, « omnes bes- lias gentium »; ex quo significari pulant de cuncLis uationibus, yjuæ eversnræ s uni Niniven. Et quia Ninive, « spcciosa » interpretatur, in præscnli loco spcciosam referunt ad Babylouem. Et omne quod sequitnr: « Onocrotalus cthcricius in liminibus ejus morahuntur», et cætera, Babyloni potius convenire, eujus et in Isaia eadeni solitudo prædicitur. Eté con¬ trario alii affirmant, manifeste de Assyrio dici, de quo jam pivecesserat : « Et exteudet manum suam $49 Sed qui consideraverit illud apostolicum in quo dicitur : « In novissimis lemporibus instabunt ternpora pessima, et erunt homines sui amatores, avari, arrogantes, superbi, blaspbcmi, pareutibns non obedientes, ingrati, sce- Jesti, sine affeclione, aine pace, accusatores, intem- JEROME d'orgueil, ayant plus d'amour pour la volupté que pour Dieu, qui auront une apparence de piété, mais qui en renonceront la vérité et l’es¬ prit ; » h, Tim , m, J et seq. ; et aussi à ce qui est écrit dans l’Évangile que l'iniquité s’étant multipliée, la charité de plusieurs se refroidira, au point qu’en ce temps-là s'accomplira cette prophétie : « Quand le Fils de l'homme viendra, pensez-vous qu’il trouve un peu de foi sur la terre ? » Luc. xvm, 8, ne s’étonnera point de l’extrême désolation de l’Église , et que sous le règne de l’Antéchrist, elle soit changée en solitude v et livrée aux bêtes, et qu'elle ait à souffrir tous les maux qu’annonce ici le prophète. Puisque Dieu, à cause de leur infidélité, bien loin d’épar¬ gner les rameaux naturels, les a brisés, qu'il a changés les fleuves en désert, les sources d’eaux, en fontaines impuissantes à désaltérer , et la terre fertile, en monceaux de sel, à cause de la malice de ses habitants, pourquoi, d'autre part, ceux dont il a été dit : 11 a changé le désert en étangs d’eaux, et la terre sans eaux en sources d'eaux et il y a fait habiter ceux qui y ont faim,» etc., et que, de l’olivier sauvage, il a gref¬ fés sur la racine de l’olivier franc, ne les ren¬ verserait-il pas et ne les réduirait-il point à la soif qui pesait sur eux autrefois, dans le cas où, s’éloignant de leur Créateur, ils oublieraient ses bienfaits pour adorer l'Assyrien ? Bien que cette prophétie puisse s’entendre en perantes,crudeles, odio habentes bommi, proditores, temerarii, iuflati, voluptatum amatores magis quam Dci, h ah eu tes formera pietatis, virtutem autem ejus denegautes ; Il Tim. ut, 1 seqq\ neenon cthocquod in Evangelio scriptmn est, quod raultiplicata iniquitate, refrigescat chantas mnltorum, iii tantum ut in illo tempore compleatnr : « Verumtamem veniens Filius hominis putas inveniet fidem super terrain? Luc. xvm,8; non mirabitur de extrcmaEccJcsiæ vastitate, quod, régnante Antichristo, redigenda ei I. iu solitu- dincm, et Lradenda bestiis, et passera quæcumquo. mine propheta describit. Si enim Deus propter infi- delitatem rainis uaturalibus non pepercil, sed fregit cos, et posuit fluinina in desertnm, et foutes aqua- rum in si tim, terrain fructiferam in salsuginem, propter raalitiam habitatorum ejns, cur non e con¬ trario eos de quibus dixerat : « Posuit desertura in paludes aquarum, et terram sine aqna in fontes aquarum, et habitare fccit ibi esnrientes, et cætera, et quos iuseruit de oleastro in radieem boDæ ohva.\ si imraemores bcneficii recesserint a couditore suo, et adoraverint Assyrhmi, evertat etad earadem sitim reducat, in qua prius fuerant? Quod cum general i ter in adventu Antichristi, sivc in frac inuudi possit intelligi, tain en quotidic in bis qui simulant se esse de Ecclcsia Dei, et operibus COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. 253 général de la venue de l’ Antichrist ou de la fin du monde, on en peut néanmoins, faire chaque jour l’application à ceux qui feignent d’ètre de l’Église de Dieu et le nient par leurs œuvres; ils sont auditeurs, mais non observateurs de la loi, ils se vantent en vain d'une apparente beauté, quand les troupeaux habitent en eux, c’est-à-dire la mul¬ titude des vices, et les brutes qui sont au service du corps, et toutes les bêtes de la terre qui man¬ gent leurs cœurs, et les caméléons qui prennent d’un instant à l’autre la couleur des divers péchés, ici de l’avarice et là de la luxure, tantôt de la cruauté et tantôt de l’impureté, mainte¬ nant de la tristesse et puis de la joie. Dans leurs crèches demeurent les hérissons, animal hérissé de piquants et qui blesse tout ce qu’il touche. Les hôtes coucheront dans leurs palais, c’est-à-dire dans leurs cœurs, et les corbeaux, oiseaux immondes, au-dessus de leurs portes, ou de la bouche ou des oreilles, en sorte qu’ils disent ou entendent sans cesse de mauvaises, paroles. D’où cette conséquence que l’Église souffrira ou a souffert ces maux, parce qu’elle s’est élevée d’orgueil et a porté haut sa tôle comme un cèdre, s’adonnant aux mauvaises œuvres et néanmoins se promettant la béatitude future, méprisant les autres en son cœur et dans la pensée que tout est néant hors elle-même, disant : « Moi je suis, et après moi il n’y en a point d’autre. — Gomment donc est-elle deve¬ nue une solitude où paissent les bêtes ? » Et en effet, là où était auparavant la demeure du negant, auditoresque legis sunt,et non factores, accipi p o test, qui frustra speciosos se esse jactent, cum habitent in ois greges, vitiorum scilicet multitudo, et bruta aniinalia corpori servientia, et omnes bes- tiæ terræ, quæ corda eorurn comedunt, et cha- mæleontesqui nonhabent uimm colorera; sed diversis poccntis, mine nvaritia, nunc luxuria, nunc crudeli- tate, nunc libidine, nunc tristitia, nunc exsulLationc per moinenta mutantur. Et hericii in præsepibus e'orum, animal spinosum et plénum sentit) us , et et vulnerans quidquid contigerit. Sed et bestiæ cu- babunt in foraminibus, ici est, in cordibus eorurn, et corvi immunclæ aves in portis connu, vel in ore, vol in auribus, quo aut loquantur semper, aut audïant mala. Post quæ infertur et dicituiq idco Ecclesiam hæc passuram fore , vel esse perpessam , quod in superbiam se elevaverit, et quasi cedrus suurn cacu- men erexerit, inalis operibus dedita, et nihilominus futuram sibi beatitudincm repromittens, et in corde sno cæteros despiciens, nec putans qucmqnam esse prætcr se, et diccns : « Ego sum, et non est alia præ- ter me ultra. — Quomodo ergo facta est in solitudi- nem pascua bestiarum? » Ubi enim prius habitabat Père et du Fils et du Saint-Esprit et où les anges présidaient au service de Dieu, habiteront alors les bêtes, dont le Psalmiste déplore les ravages en disant : « Seigneur, ne livrez pas aux bêtes l’àme qui vous confesse. » Psalm. lxxui, 19. Qui¬ conque passera près d’elle, sifflera et frappera des mains. Si nous appliquons ce dernier trait aux anges, en voici l’interprétation : Les anges, qui passeront près d’elle et n’y demeureront pas, comme ils avaient coutume de le faire, s’éton¬ neront de sa décadence, et en la voyant tom¬ ber, au lieu de la soutenir et de la raffermir, ils passeront en levant les mains ; ou assurément, ils élèveront les mains avec un sifflement plain¬ tif et ils les frapperont l’ime contre l’autre, comme pour se plaindre, à la manière de ceux qui pleurent sur un mort. Si nous appliquons le même passage au diable et à ses anges, qui ont dévasté même la vigne qui avait été trans¬ plantée hors de l’Égypte, disons que le serpent passe par l’àme dont Jésus-Christ s’est éloigné, qui ôtait auparavant le temple de Dieu et qui a cessé de l’être, qu’il siffle en elle, qu’il y vomit les poisons de sa malice, et que, non content de cela, il y apporte ses œuvres, dont les mains sont la figure. Et pour qu’on ne croie point, parce que nous avons nommé le serpent, que nous fai¬ sons violence à l’interprétation en entendant les œuvres du serpent par ses mains, qu’on se sou¬ vienne de ce témoignage de Salomon : « La vie et la mort sont dans les mains de la langue. » Prov. xviit, 21. J’ai donné comme j’ai pu cette Pater,, et Filius, et spiritus Sanctus, et angeli ejus ministeriis præsidebant, tune habitabunt bestiæ, de quibus et propheta complorat dicens : « Ne tradas bestiis an imam confitcntem tibi. » Psalm. lxxui, 19. Omnis qui transibit per eam , sibilabiFet movebit manus suas. Quod si de angelis intellexerimus, ita interpretabimur : cum transierint per eam angeli, et non manserint in ea, ut prius facere consueverant, stupebunt et mirabuntur, et non eam fu Ici eut , et sustentabunt ruentem manu sua, sedlevabuntmanus et pertransieut ; vel certe cum sibilo attollent manus, et quasi plangentes in morem lugentinm concrcpa- bunt. Si autem hoc de diabolo et angelis ejus voluc- rimus accipere, qui yineam quoque, quæ de Ægypto translata fucrat, vastaverunt, dicemus, per animam de qua Christus rcccsserit, et quæ prius templum Dei fuerat, et esse desivit, transire s erp en te m, et sibilare in ea , et venena suæ malitiæ evomere, et non solum hoc facere, sed opéra quoque sua quæ •cpoîciztoç manus voenntur, movere. Acné putes, quia colubrum nominavimus, violenter nos manus colubri, pro opère intelligcre, accipe testimonîum Salomonis : « Mors et vita in manibus linguœ. » Prov. xvnr, âl. 254 SAINT JEROME explication du sens figuré. Si quelqif un trouve un commentaire plus vraisemblable et plus lo¬ gique que le mien, que le lecteur se laisse de préférence guider par son autorité. « Malheur à la ville qui irrite sans cesse et qui, après avoir été rachetée, semblable à une co¬ lombe stupide, n'a point écouté la voix et n'a pas reçu l'instruction : elle n'a pas mis sa con¬ fiance dans le Seigneur* elle ne s’est point approchée de son Seigneur. Ses princes, au milieu d'elle, sont comme des lions rugissants ; scs juges sont des loups qui dévorent leur proie Je soir, sans rien laisser pour le lendemain matin. Ses prophètes sont insensés ettrompeurs ; ses prêtres profanent les choses saintes , et agissent injustement, contrairement à la loi. Le Seigneur juste n 'opérera pas l'iniquité au milieu d'elle. Dès le matin, il produira son jugement h la lumière, et ne le cachera pas ; mais l'homme inique ne connaît pas la honte. J'ai exterminé les nations, j'ai, renversé leurs pierres angulai¬ res; j'ai rendu leurs chemins déserts, personne n’y passera désormais ; j'ai ruiné leurs villes, il n'y reste pas un seul homme, un seul habi¬ tant. J'ai dit : Enfin, tu me craindras, tu rece¬ vras la correction ; et leur demeure ne périra pas à cause de tous les crimes pour lesquels je l’ai déjà visitée. Et pourtant ils se sont levés dès le matin pour se corrompre dans toutes leurs pen¬ sées. » Sophon. ni, 1 et seqq. Les Septante : « 0 ville illustre et rachetée ! cette colombe n'a pas Iiæc dixi mus, ut potuimus interprétation i allegoricæ servientes. Si quis autem magis verisimilia, et ha- bentia rationem quam anobis sunt disserta repererit, illins magis lector auctoritatc ducatur. k Væ provocatrix et redempta civitas ; columba non audivit vocem, et non suscepit disciplinam : in Domino non est coalisa, ad Dominum [Vulg. Jt)eum\ saum non appropinquavit. Principes ejus in medio ejus, quasi leoues rugientes ; judices ejus lupi ves- peræ, non reliuquehant in rnane. Prophetæ ejus ve- sani,,viri infidèles. Sacerdotes ejus polluerunt sanc- tum, injuste egerunt contra legem. Dominas justus in medio ejus non faciet iniquitatem. Mane manu judicium suum dabitinluce, et non abscondetur; nescivit autem iniquus confusionem, Disperdicli gen- tes, et dissipati sunt anguli earum ; descrias feci vias eorum, eo quod non [Vulg. dura non] est qui transeat; desolatæ sunt civitates eorum, non rémanente viro, nuque ullo habïtatore. Dixi , attamen timebis me, suscipics disciplinam , et non peribit Imbitaciüum ejus propter omuia in quibus visitavi eam. Verum- tamen. diluculo surgentes corruperunt o urnes cogita¬ tion es suas. » Sophon. ni, 1 et seqq. LXX : « O illu- stris et redempta civita9 , columba non audivit vo- eutendn la voix, elle n’a pas reçu l'instruction ; elle n’a pas mis sa confiance clans le Seigneur, elle ne s’est point approchée de son Seigneur. Ses princes sont en elle comme des lions rugis¬ sants; ses juges sont comme dos loups d'Ara¬ bie, ne réservant rien deleur proie pour le matin suivant; ses prophètes portent l'esprit et ce sont des hommes pleins, de mépris ; ses prêtres souillent les choses saintes, et agissent en impies contre la loi ; mais le Seigneur sera juste au milieu d'elle, et n'y opérera point finiquiLè. Dès le matin, il produira son jugement à la lumière, lui qui ne se cache pas, qui ne sait point exiger un remboursement inique, ni lais¬ ser l'injustice à jamais puissante. J'ai abattu les orgueilleux, j’ai ruiné leurs angles; j'ai détruit leurs voies, afin qu'on ne puisse plus y passer d’aucune manière; leurs villes sont tombées eu ruines, parce qifiln'}r restait plus personne qui les habitât. J'ai dit : Enfin, vous me craindrez, vous recevrez la correction, et vous ne périrez point sous ses yeux dans les maux par lesquels j'ai fait la menace de me 'venger contre elle. Préparez-vous, levez-vous dès le matin ; tous leurs raisins ont péri. » Plusieurs auteurs veu¬ lent qu'à cause de la suite du discours, il s'a¬ gisse ici de Ninive, dont il a été dit plus liant : « 11 perdra l’Assyrien, et il changera Ninive en solitude; » mais jamais l'Écriture ne donnerait ci Ninive la qüalih cation de colombe, bien que d'aucuns pensent que les mots : « En présence cg lu , non suscepit disciplinam ; in Domino non est confisa, et ad Dominum suum non appropinquabit. Principes ejus iu ea veiuti rugientes leones ; judices ejus sicut lupi Arabhe, non dimittebant in marie; prophetæ ejus portantes spiritual, viri contemptores ; sacerdotes ejus polluant sancta, et impie agnnt in legein : Dominas autem jus tus in medio ejus, et non faciet iniquitatem. iMauu mane judicium suuui dabit in luce , et non est absconditus, et nescit iniquita¬ tem in exactioue, nee in sempiternum injustitiam. Detraxi superbos, dissipa ti sunt anguli eorum ; des- truxi vias eorum ut penitus non trauseant; dei’ece- runt civitates eorum, eo quod nullus subsisteret, neque Uabitaret. Dixi, verumtamen timebilis me, et suscipietis disciplinam, et non peribitis de oculis ejus in omnibus in quibus ultus sum super eam. Præparare, consurge diluculo ; disperierunt omnes racemi eorum. » MnlLi pu tant propter conscquentiam sermonis dici adversum Niniven, de qua supra : « Et perd et Assyrium, et ponet Niniven in solitudincm. y Sed nunquam Scriptura Niniven columbam voearct, licet in Jerenüa, « a facie gladii columbæ, » Jerem . xlvi, 13, de Nabucbodonosor quidam dictum patent. Sed sciendum quod alii e contrario asserant , pro COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. du glaive de la colombe, » dans Jérémie, s’ap¬ pliquent à Nabuchodonosor, parce que nous savons qaon peut ici, comme d'autres l’ affir¬ ment, interpréter « colombe » par Hellade ou Grèce, en sorte que le sens soit celui-ci : « De¬ vant le glaive de Jona, c’est-à-dire « de la Grèce, » le mot Joua voulant dire aussi bien Grèce que colombe, puisque, de nos jours encore, les Hé¬ breux appellent les Grecs de leur ancien nom de loues, et leur mer de celui do mer Ionienne. De même les princes romains, gardant leur ancien nom chez les nations barbares, sont appelés Césars. Toute cette prophétie est donc dirigée contre Jérusalem : Malheur à la cité autrefois colombe, qui pèche toujours, qui a été livrée aux capti¬ vités et ensuite rachetée par le Seigneur ! Mal¬ heur à la cité provocatrice ! ce qui est plus énergiquement exprimé en hébreu par Maïu, qui rend Dieu amer, c’est-à-dire : Malheur à vous qui, par votre faute, remplissez d’amertume le Seigneur doux et bon, en sorte que, malgré sa volonté de faire miséricorde, GP est wnfraint de punir’ Elle n’a pas écouté le commande¬ ment du Seigneur qui la corrigeait, elle rda pas voulu accepter sa discipline ; même sous le poids des afflictions , elle n’a pas mis sa confiance dans le Seigneur, elle n’a pas marché sur ses traces, et bien qu’il dit : « Je suis votre Seigneur de près, et non pas de loin, » Jerem. xxiu, 23, « columba, » ibi posse iutelligi cEXXa3a,.id est k Græciam, » ut si t sensus, « a facie gladii Jonæ, » id est, « a facie gladii Græciæ; » Jona cnim tam co- lumbara quam Græciam significat. Unde et usque liodie Gueci Joues, et mare appellatur Jonium , et apLid Hebræos permanet eorum vêtus vocabulum. Sed et principes Romani apud barbaras nationes antiquam vocabulum retmentes, Etes ares appellautur. Omnis itaque contra Jérusalem sermo est : Væ civitas quondam columba, semper pcccans, et capti- vitatibus tradita, et rursum redempta a Domino! Vie civitas provocatrix : quod significantius Hebraice dicitur maba, id est, 7;apar:,.*/.pafvouaa : quod nos pos- sumus dicere, Deum amarum faciens, id est, tuo vitio dulcem Dominum atque clcuientcm vertens in ainaritudinem, ut qui misereri vult, punire cogatur. Non audivit præceptnui Domini , et correpta noluit suscipcre disciplinam; use prementibus inalis ali- quando coufisa est in Domino Deo suo ; nec ambu- lavit posl terguiu ejus ; nec, dicente eo : «Ego Do- minus nppropinquans, et non de longe, » Jerem. 255 elle n’a pas voulu s’approcher de lui. La pro¬ phétie mentionne expressément les princes de Jérusalem, les juges, les prophètes, les prêtres, afin que par cité nous comprenions le peuple, et les grands, par les noms de dignités. Or, ses princes ne s’industriaient qu’à fondre sur leurs proies comme des lions, et à verser le sang des hommes ; ses juges étaient rapaces, et ne lais¬ saient rien que d’autres pussent prendre ; ses prophètes insensés, ou, d’après Aquila, feignant d'être «stupéfaits d'admiration, » en hébreu Puonzm, parlaient comme par la bouche du Sei¬ gneur, et ne publiaient que mensonges contre lui ; ses prêtres commettaient le sacrilège dans son sanctuaire , et pendant qu'ils agissaient contrairement à la loi, ils offraient des victimes d’après la loi. C’est pourquoi, puisqu’ils ont agi injustement, le Seigneur juste ne commettra pas l’iniquité, et il rendra à cette ville perverse selon ses mérites. « Dès le matin, dès le matin, » c’est-à-dire ouvertement et sans la moindre obs¬ curité, il fera justice d’elle, et il n'y aura rien qui puisse lui être caché. Le Seigneur agira ainsi, afin que cette correction ramène la ville au bien. Mais Israël, dans sa perversité, n'a pas connu sa honte; il n’a pas compris qu’il était frappé de plaies pour être amené à faire péni¬ tence. Je vous ai vengé des nations, s'écrie ensuite le Seigneur, et j’ai détruit leurs empires, afin que, puisque vous ne voyiez point ma main xxiu, 23, ipsa ei appropinquare volait. Describuntur quoque principes ejns , et judices, et prophetæ, et sacerdotes, ut in civitate populum, et in lus, quæ dixi, noininibus dignitatum, principes accipiamus. Principes igilur ejus quasi leones semper versabantur in præclis , et aebeffundendum sanguinem subjecto- rum ; judices ejus rapaces, nou dimittentes aliis quod possint rapere. Prophetæ ejus « insanientes, » sive « stupentes, » quocl Hebraice dicitur puoezim (a)} et Aquila transtulit SapSeuTat, loquebantur quasi ex pre Domini, et omnia contra Dominum prædicabant. Sacerdotes in loco sanctuarii commisere sacrilegium, et cum contra legem facerent, ex lege victimas offe- rebant. Propterca quia illi egernnt injuste, Donhnua justus non faciet iniquitatem ; sed restituet urbi pes- simæ quæ meretur. « Mane, mane, » id est, manifeste et absque aliqua ambiguitale faciet de ea judicium, nec erit quod ab eo possit abscondi. Et hoc faciet Dominus, ut correpta civitas convertatur ad melius. Sed iniquus Israël non cognovit confusionem suam, nec intellcxit iclcirco sibi illatas plagas, ut agoret (a) Confie tam lcclionem Græcam hic nobis obtrudunt vetcrcs editioncs : lCrasm. et Marian. legunt cnim èvQouataÇdp.svO'., eu jus vocis milium exstat vestigium iit codicibus mss. qui distincte reUneut Àquilæ lectîonem, nempe OapTCit, siVe OapjïTa;, cnm ^ in medio, quod elcmentum omissuin vicletup ab antiquis cxscriptoribus linguæ Greeeœ prorsus impepitis. 0aju.7rual porro stupentes, id est insanientes dicnntur propter furorem et insaniam pseudoprophetarum et slmilium falsorum doctovum. Mart. 256 SAINT JEROME dans vos maux, vous la reconnussiez du moins dans mes bienfaits; ou assurément le sens est celui-ci : J'ai détruit toutes vos villes, ô Juda, tous les bourgs et les tribus qui vous étaient soumis, et la dépopulation a été si grande, qu'il ne demeurait pas un seul habitant dans vos vil¬ les ; et après cela, me levant dès le matin pour vous exhorter à la pénitence, j'ai dit : Je vous ai, il est vrai, traitée de la sorte, ô Jérusalem, mais je l’ai fait pour vous inspirer la crainte de ma colère, pour vous faire recevoir ma cor¬ rection, etpour que votre habitation, c'est-à-dire votre temple, ne périsse pas à cause de tous les crimes que vous avez commis. Or, au contraire, les habitants de Jérusalem, alors que je les exhortais à la pénitence, comme si l’esprit do querelle les rendait diligents, sc sont levés dès le matin, afin d'accomplir, avec la môme hâte qu'ils auraient dû mettre à retourner à moi, toutes leurs pensées, et de montrer par leurs œuvres ce que leur esprit avait conçu. Voilà le commentaire du texte hébreu. D’autre part, d’après ce qui a ôté dit plus haut, cette ville illustre et rachetée par le sang de Jésus-Glirist, c’est évidemment l'Eglise, qui est aussi appelée colombe, à cause de la sim¬ plicité de la foi de la multitude des fidèles qui l’habitent. Elle n'a pas écouté la voix du Seigneur, elle a refusé de se plier à la discipline, elle n’a pas mis sa confiance dans le Seigneur, pœnitentiam. Yindicavi te.inquit postea, de gentibus, et dextvuxi imperia carum, ut qui per plagasme non senseras, saltem per bénéficia cognosceres. Vel certe sic intelligendum : Disperdidi omnes civitates tuas, o Juda, et omnes subjectos tibi pagos et tribus, et diversa confinia, et tanta homiuum vastitas fuit, ut nou essetqui liabitaret in urbibus tais ; et postqunm hoc feci, mi si proplietas meos cousurgens dîluculo, et ad pœnitentiam provocans, dixique : Feci quidem tibi hæc, o Jérusalem, sed feci ut timorés me, et susciperes disciplinam, et non periret habitaculum tuum, hoc est templum, propter omnia scelcra quæ ges seras. At c contrario, liubitatores Jérusalem , me eos ad pœnitentiam provocante, quasi de industria et ex contentione dituculo snrrexerunt, ut festina- tione qua ad me redire clebuerant complcrent omnes cogitationes suas, et opéré demonstrarent , quod mente concepcrant. Hoc juxta Hebraicum. Cæterum illustris et redempta civitas Chris ti san¬ guine, juxta superiora, perspicue Ecclesia intelligi- lur, quæ et vocatur colnmba, propter simplicitatem multitudinis in ea credentium. Hæc non andivit vo- cern Domini, neque suscipere voluit disciplinam, nec confisa est in Domino, quia uoluit appropinquare ad Dominum Deum suum, ut mereretur veniam pecca- elle n'a pas voulu s’approcher du Seigneur son Dieu, pour mériter le pardon de ses péchés. Et en effet, c’est en vain qu’un homme prétend écouter la voix du 'Seigneur son Dieu et mettre en lui sa confiance, lorsqu’il détruit la foi par les œuvres, qu’il est plus uni à ses intérêts temporels qu’au Seigneur son Dieu, qu’il s’ap^ proche de lui avec un cœur double et qu'il croit pouvoir servir sous les étendards de deux maîtres, celui du monde et celui de Dieu. Les princes de cette cité sont comme des lions rugissants. Nous ne saurions avoir de doute sur ce rugissement et cette impétuosité des lions, lorsque nous voj'ons les princes de cette Jérusalem tonner contrelespeupl.es qui lui sont soumis, et les effrayer pas leur voix despotique et par leurs outrages furieux, au point qu’on croirait avoir affaire, non pas à un berger au milieu de son troupeau, mais à un lion frémis¬ sant au milieu de timides brebis. Ses juges sont comme des loups d’Arabie, déchirant leur proie le soir, et n’en laissant rien pour le lendemain matin ; ne tournant pas leurs yeux vers le lever du soleil, mais demeurant toujours dans les ténèbres, et tournant à leur profit les minces possessions de] l’Église et ce qui est apporté dans le trésor de Dieu, en sorte que les pauvres n’ont pas de quoi manger le matin, tandis que ces juges, comme à la faveur de la nuit et hors des regards, dévastent tout et torum. Frustra enirn quis vocem Domini Dei sui au- direse dicit, etconfidere in Domino, quando operibus lui cm destruit, et magis mammonæ jungitur quarn Domino Deo suo, et duplici corde acceclit ad eum, et duobus dominis, sæculo et Deo militarc posse se crédit. Ilujns principes snnt sicut leones rugientes. Non auibigimus de rugi lu lcoiuim et cbscursu : quando viderimus principes ejus ita in subjectos populos delonarc, et voce tyran ni ca rabidisqnc con¬ viens plcbcni contcrcrc, ut non pastorem in grege, sed lecmem inter oviculas putes frendere. Judices qnoque ejus quasi Inpi Arabiæ, occiilentcs vespere, et ni 1 relinquentes in inanc ; non aspicientes ad or- tnm so fis, sed moranfces semper 3n tenebris, et pos- sessiunculas EccJesiæ, et ea qme in Dei donaria cou feruntur, vertentes in lucrum suum, ut non habcanL pauperes quod mane comcdant, qui quasi in nocte, et nullo vidente, omnia populantur; et cnm lnpo- runi more cuncta diripiant, ne parvos quidem cibos indigentibns derelinquunt. Proplietæ etiam, i cl est magis tri qui se putant doccre populos, et de Scrip- turis sermocinari, 7:v£up.ato«dpoi, id est, « portantes spiritual, » sive « spirituales » (et hoc sïptovixw^ legendum) sont viri contemptores ; non enim clo- cere , sed facere in Ecclesia convenit, non factis COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. pillent tout à la manière des loups, ne laissant pas le plus maigre aliment aux indigents. Les prophètes aussi, c’est-à-dire les maîtres qui se flattent d'enseigner les peuples et de raisonner d’après les Écritures « portant l'esprit» ou étant «spirituels » — ce qui doit s'entendre ironique¬ ment, — sont des hommes pleins de mépris : c’est qu’il importe, dans l’Église, non pas seulement d’enseigner, mais de faire, et de ne pas détruire les paroles par les actions. Au reste, celui qui instruit autrui, et qui ne pratique point ce qu’il enseigne, est moins un docteur qu'un contemp¬ teur, etc'estde lui qu’il est écrit dans Habacuc: 1 « Prévaricateurs, regardez, soyez attentifs ; admirez et pâlissez d’effroi. » Habac. t, 5. Les prê¬ tres enfin qui servent l'Eucharistie et distribuent le sang du Seigneur aux peuples de l'Église, agissent en impies contre la loi de Jésus-Christ, pensant que, les paroles de la consécration faisant l’Eucharistie et la prière solennelle étant seule rigoureusement nécessaire, la vie et les mérites des prêtres importent peu, quand il est dit à leur sujet : « Le prêtre en qui sera une tache ne s’approchera pas pour offrir des obla¬ tions au Seigneur, » Lêvit. xxi, d’après les Septante. Bien que les princes, les juges, les prophètes et les prêtres de Jérusalem agissent ainsi, néanmoins le Seigneur est clément et juste. Clément, en ce qu’il ne se retire pas de. son Église ; juste, en ce qu’il rend à chacun ce qu’il mérite. Lorsque viendra le matin, et que la nuit de ce siècle sera passée, il produira son jugement en pleine lumière, et ils ne seront verba destruere. Cœterum tu cum alium doceas, et ipse non facias , non tain doctor quam conte uiptor vocandus es , de quo et in Habacuc scribitur : « Vi- dete contemptores, et respicite, et admiramim mi- rabilia, et disperdimini. » Habac . i, 5. Saserdotes quoque qui Eucharistiæ serviunt et sanguinem Domini populisejus dividunt, impie agunt in legem Christi , putantes eih/ap lavât v lmprecantia f acere verba, non vitam , et necessariam esse tantum so- lemuem oratiouem, et non sacerdotum mérita, de quibus dicitur : « Et s ace rcl os in quo fuerit ma¬ cula, non accedet offerre oblationes Domino. » Levit. xxi, juxta LXX. Cum hæc faciant principes, judices, prophetæ, sacerdotes Jérusalem, nihilominus clemeus et justus est Dominus. Clemeus in eo quod a sua Ecclesia non recedifc ; justus, in eo quod reddit uui- cuique quod meretur. Postquam enim advenerit mane, et nox hujussæculi pertransierit, dabitin luce judicium suum, et non abscondetur vel ipse, vel ju_ dicium ej us. Et cum cœperit a singulis exigere pe- cuniam qnam eis commiserat, non erit injustus, nec faciet in pcrpetuum valere injustitiam ; sed superbos TOME IX. 257 cachés, ni lui, ni son jugement. Lorsqu’il exigera de chacun l’argent qu'il lui avait confié, il ne sera pas injuste, il ne permettra pas que l’injustice prévaille toujours : il fera tomber de leurs sièges les princes superbes, auxquels Dieu résiste, et leurs angles seront détruits, c'est- à-dire leurs volontés perverses, qui s’écartent du droit chemin , et dans lesquels avaient accoutumé de prier toujours les Pharisiens, au mépris de la pierre angulaire. Je pense qu'il est utile aux orgueilleux eux-mêmes d’être arrachés du haut de leur arrogance, et dé voir leurs im¬ passes et leurs angles détruits, afin qu’ils mar¬ chent ensuite dans le droit chemin. Le texte continue ainsi : « Je rendrai leurs voies désertes, personne n'y passera plus désormais, » selon ce qui est écrit dans le psaume un : « Le chemin des impies périra; » Psalm. i, 6 ; et aussi dans Osée, où il est dit de Jérusalem adultère : « Je fermerai ses voies avec des épines, je mettrai des barrières à ses chemins , et elle ne trouvera point sa voie ; elle poursuivra ses amants et elle ne les atteindra point, elle les cherchera et elle ne les trouvera point, et elle dira : J'irai, je retour¬ nerai auprès de mon premier époux, parce que j'étais plus heureuse alors qu’aujourd’hui. » Osee. n, 6, 7. Remarquez que si les voies n’avaient pas été fermées et les chemins barricadés, et si le Seigneur n'avait pas détruit ses sentiers, Pâme tombée dans la fornication n’aurait jamais pu dire : » J’irai, je retournerai vers mon pre¬ mier époux. Par conséquent, les chemins des principes, quibus resistit Deus, detrahet de cathe- dris suis, et de culmine quod teneb.ant, et dissipa- buntur anguli corum, id est pravæ voluntates, et a recto 'i tin ere déclinantes, in quibus semper et Phari- sæi orare consueverant, angulari lapide comtempto. Puto autem quod et superbis prosit detralii eos de arrogantia sua, et dissipari angiportus el angulos eorum, ut postea recto itinere gradiantur. Denique sequitur : « Et désertas faciam vias eo¬ rum, eo quod non sit qui pertranseat; » secundum illud quod in primo psalmo scriptum est : « Et iter impiorum peribit. » Psalm. i, 6. Necuon et iu Osee , ubi de Jérusalem dicitur fo rn icau te : « Ecce ego clau- dam vias ejus spiuis, et obstruam itinera ejus, et semitam suam non inveniet, et persequetur amato- res suos, et non apprehendet eos, et quæret cos, et non inveniet, et dicet : Vadam, et revertar ad virum meum priorem, quoiiiam bene rnilii erat tune magis quam nunc. » Osee. u, 6, 7. Ànimadverte quod ni si clausæ fuissent viœ, et obsepta itinera, et nisi des- truxisset Dominus vias ejus, nunquam dicere po- tuisset anima fornicans : « Vadam, et revertar ad 17 258 SAINT JÉROME orgueilleux et les angles de ces chemins sont détruits, afin qu'ils cessent de marcher dans leur arrogance et dans leur perversité, et que leurs villes, qui avaient été mal bâties dans l’orgueil et l'insolence, soient ruinées, en sorte qu'avec leur existence finisse celle des mé¬ chants qui y habitent. La suite d'ailleurs va montrer que nous ne violentons point le sens de l’Écriture. Dieu dit, en effet: J’ai agi delà sorte, afin de leur dire : Voilà que les chemins de la malice sont détruits ; désormais, craignez- moi et apprenez madoctrine, de peur que ma correction elle -même ne périsse, ne trouvant pas en vous des fruits de conversion, que tous les moyens par. où j'ai voulu vous reprendre ne soient vains, et que cette parole qui est écrite dans Jérémie, ne puisse vous être appliquée : « C'est inutile¬ ment que j’ai frappé vos enfants, vous ne vous Ôtps pas rangés à ma discipline; » Jérém. u, 30; ou assurément : Craignez -moi et rangez-vous à ma discipline, de peur que toilt ne périsse en présence de Jérusalem, et qu’elle ne soit com¬ plètement changée en désert par les maux dont je l’ai menacée. Qu’on ne se scandalise pas — j'en ai fait bien souvent la remarque — de ce que j'interprète cette prophétie comme proférée contre l'Église, quand on sait que, dans les Écritures saintes, l’Église est toujours figurée dans Jérusalem, dans laquelle celui qui a péché, ou est emmené à Babylone, ou, s’il a voulu en descendre volon¬ tairement, est blessé par les voleurs sur la route virum meum priorem. » Dissipantur ergo itinera su- perborum et anguli eorum, ne ambuleur, in superbia et in pravitate, et urbes eorum quæ male ædificatae fu cran t in arrogantia et superbia, destruuntur, ne subsistant et habeant habitatores pessimos. Àc ne quis putet nos vim facere Scripturæ, discat ex con- sequentibus : Hæc autem, inquit, feci, ut dicerem eis' : Ecce destructa sunt itinera malitiæ, de cætero timete me, et discite [al. suscipite] disciplinant, ne et disciplina mea pereat, fructum in vobis conver- sionis non inveniens ; et omnia irrita sint, per quæ vos volui corripere, et ille vobis serrno qui in Jere- mia scriptus est, possit aptari : « Sine causa per- cussi ûlios vestros, diciplinam nonrecepistis. » Jerem . u, 30. Vel certe : Timete me, et recipite disciplinant, ut non pereant omnia de conspectu Jérusalem, nec penitus ad solitudinem deducatur super liis malis, in quibus [al. qua\ comminatus sum ei. Nec moveat aliquem (ut sæpe jam dixi) quod hæc adversum Ecclesiam dicta interpréter, cum sciât Jé¬ rusalem in Scripturis sanctis semper typum habere Ecciesiæ : de qua qui peccaverit, vel in Babylonem abducitur, vel si sponte descendere voluerit, in Jeri- de Jéricho. Y a-t-il en effet société aussi illustre que l’Église, qui est fondée dans tout funivers; autant rachetée par le sang de Jésus-Christ et autant colombe, à cause de la grâce de l’Esprit saint, que l'Église rassemblée d’entre les Gen¬ tils? mais il y en a plusieurs en elle qui se vantent de croire en Jésus-Christ, et qui n'écoutent point sa voix, qui ne se plient point à sa discipline et qui ne veulent pas être ses imitateurs. Quant à ces paroles : « Ses princes sont en son sein comme des lions rugissants, » je ne me dissi¬ mule pas que j’en offense plus d'un, en les in¬ terprétant sur les évêques et les prêtres, alors que les vieillards qui tentèrent de souiller Suzanne ne condamnent nullement les autres anciens qui ont bien vécu, et que les mauvais princes, dont parle la prophétie, ne sont nullement uns ujetde honte pour les bons princes ; « car l’insensé ôtant châtié, le fou deviendra plus sage; » Prov. xix, 22 ; et si l’insensé devient plus sage, combien plus le deviendra celui qui est sage déjà ? Mais ses juges et ses princes recevant des présents et vendant Injustice, ne sont-ils pas à juste titre appelés loups d’Arabie ou du soir, d’après la traduction de Symmaque ? C’est qu’ils ne méri¬ tent pas d’être appelés loups de Benjamin, qui ravissent leur proie le matin et le soir don¬ nent la nourriture aux autres ; Genes . xlix; ils sont appelés loups du soir, qui dévorent tout pendant la nuit, et ne laissent rien pour le matin. Sur ce passage : «Ses prophètes portant l'esprit, sont des hommes pleins de mépris, » cho a latronibus vulneratur. Quæ est enim ita illus- tris ut Ecclesia, quæ in toto orbe fundata est; ita redempta Christi sanguine et columba propter gra- tiam Spiritus saucti, ut Ecclesia de geptibus congre- gata? in quaplurimi qui se dicunt in Ch ri s tu m cre- dere, nec audierunt vocem ejus ; nec receperunt dis¬ ciplinant, jiec juxtaeum esse voluerunt. Quod autem dicitur : «Principes ejus in ea sien t le on es rugi en te s,» scio ofïeusurum me esse plurimos, quod super epis- copis et presbyteris hæc interpréter, cum et presby- teri mali, qui Susannam violare cupierunt, cæteros presbyterosujui bene vixerint, non condemnent. Et mali principes, quos describit sermo propheticus, non sint bonis principibus contumeliæ : « Stulto enim llagellato, insipiens sapientior erit. » ' Prov. xix, 22 ; si autem insipiens sapientior fit, quanto magis ille qui sapiens est ? Sed judices ejus ac prin¬ cipes capientes munera, vendentesque justitiam, nonne recte appellantur « lupi Arabiæ, » vel « ves- pertini, » sicut Symmachüs transtulit? Non enim merentur lupi dici Benjamin, qui mane rapiunt, et ad vesperam dant escam; Gen. xlix ; sed lupi ves- pertini, qui noctihus comedunt, et in mane nihil COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. 239 qu'on ne s'émeuve point de nous le voir appli¬ quer aux docteurs, les qualifiant à la fois de prophètes et de contempteurs, lorsqu'il y a ce précepte de l’Apôtre : « Gardez-vous de contris¬ ter l'Esprit saint de Dieu, du sceau duquel vous avez été marqués pour le jour de la Rédemp¬ tion ; Ephes. îv, 30; et que David parle ainsi dans le psaume cinquante : « Ne retirez point de moi votre Esprit saint. » Psalm. l, 13. S’il n’arrivait pas que l'Esprit saint contristé fuie le séjour qu’il occupait d’abord et ne sortit de sa demeuré, jamais Paul n'eût donné le précepte que j’ai cité, et David, après son adultère, n'eût pas redouté de perdre ce qu’il avait reçu ; et à ce sujet nous lisons dans l’Épitre aux Hébreux : Songez combien mérite de plus grands suppli¬ ces celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura profané le sang de l’alliance par lequeLil a été sanctifié, et qui aura outragé l'esprit de la grûee ? » Hebr. x, 29. Il est éga¬ lement écrit dans le troisième livre des Rois, qu'un homme de Dieu, — on ne peut douter qu’il ne fût prophète, — qui avait poussé ce cri contre l'autel de Samarie : « Autel, au¬ tel, il naîtra dans la maison de David un fils, » III Rcg. xiii, 2, etc., parce qu'au mépris de l'ordre du Seigneur il mangea chez un faux prophète, — c'est ainsi que Jo'sèphe a expliqué ce passage, — fut mis à mort par un lion. D'ailleurs, pour que le fait ne parût point acci¬ dentel et fût considéré comme un châtiment du relinquunt. Quod autem sequitur : « Prophetæ ejus Tcv£y(j.aTo, interfectum esse a leone. Et ne putaretur casus et nonjudicium Domini, et pseudopropheta qui eum deceperat, hoc futurum esse prædixit, et ipse leo contemptorem puniens, asinum reservavit. Non ergo mirnm si doctores qui sancto Spiritu plein fuerant, possint fieri contemptores, cum apud négligentes et non omni custodia conservantes cor suum, hæc ipsa causa fréquenter soleat superbiæ in Dominum et con- temptus existere, quod habeant scientiam Dei, et noverint multam bonitatem ejus, quam abscondit timentibus se, et contemnant divitias bonitatis ejus thesaurizantes sibi iram in die iræ et revelationis. Sacerdotes quoque (qui fiant baptismum et ad Eu¬ charistie m Domini imprecantur ad v en tu m, faciunt oleum clirismatis, manus impommt, catechumenos erudiunt, Levitas et alios constituent sacerdotes) non tam indignentur nobishæcexponeutibus etprophetis vaticinantibus, quam Dominum deprecentur, et stu- diose agant ne de sacerdotibus, qui violant sancta Domini, esse mereantur. Non enim dignitas et no- mina dignitatum, sed opus dignitatis, et principes, et judices, et prophetas, et sacerdotes salvare con- suevit. « Qui episcopatum, » inquit, « desiderat, SAINT JEROME 2«0 désire un ministère très-saint. » i Tim. iu, Remarquez bien le mot : « Il désire le minis¬ tère, » — le ministère, et non pas le titre. Mais si, méprisant les devoirs, on n'a en vue que la dignité seule, aussitôt s’écroule la tour dans Siloe , la haute cime du cèdre est frappée de. la foudre, le front allier est brisé, et le cygne au cou tendu et portant haut sa tête est mis au rang des oiseaux immondes. Au lieu de ce pas¬ sage de l’hébreu : « Mais, se levant dès le point du jour, ils ont corrompu toutes leurs pensées, » que j’ai commenté, les Septante disent : « Pré¬ parez-vous , levez-vous dès l’aube : tout leur feuillage a été anéanti ; » comme cette traduc¬ tion diffère beaucoup de l’hébreu, et que, d’a¬ près les Septante, elle semble se rattacher à ce qui suit, je l’expliquerai plus tard. « Attendez-moidonc, dit le Seigneur, au jour où je me lèverai dans l’avenir, parce que j’ai résolu que je rassemblerai les nations, que je réunirai les royaumes, et que je répandrai sur eux mon indignation et tous les flots de ma fu¬ reur : Toute la terre sera dévorée par le feu de ma colère jalouse, parce qu’alors je purifierai les lèvres des peuples, afin que tous invoquent le nom du Seigneur et qu’ils le servent d’un seul mouvement. » Sophon . m, 8, 9. Les Septante : « Attendez-moi donc, dit le Seigneur, au jour où je me lèverai en témoignage, parce que mon jugement s'exercera sur les nations assemblées, afin que je prenne les rois, afin que je répande sur eux toute mon indignation, tous les flots de ma fureur. Toute la terre sera consumée par le feu de ma colère jalouse, parce qu’alors je ramènerai les peuples à la langue de leur génération, afin que tous invoquent le nom du Seigneur, et qu’ils le servent sous un même joug. » Les Juifs appliquent ces choses à la venue du Christ qu’ils attendent, et disent que, toutes les nations ayant été assemblées et la fureur du Seigneur répandue sur elles, toute la terre sera dévorée par le feu de sa colère ja¬ louse; et qu’à l’exemple du temps où, avant l’édification de la tour, tous les peuples par¬ laient une même langue, après que les hommes auront été convertis au culte du vrai Dieu, ils parleront tous hébreu, l’univers entier ôtant alors sous le joug du Seigneur. Pour nous qui suivons, non pas la lettre qui tue, mais l’esprit qui vivifie, et qui rejetons les fables juives, nous écoutons cette exhortation du Seigneur : « Préparez-vous, levez-vous dès le point du jour ; car tous leurs raisins ont été détruits ; » et quand nous sommes prêts, nous répondons : « Mon cœur est prêt, ô mon Dieu, mon cœur est prêt. » Psalm. lvi, 8. Nous prêtons l’oreille à cette injonction des Proverbes : « Préparez votre ouvrage pour sortir ; » Prov. xxiv, 27 ; et à ce qui est dit mystiquement dans le Léviti- que, Levit. xvr, lorsque’, le septième mois et le bonum opus desiderat. » I Tim. rn, 1. Videte quid dixerit : « Bonum opus desiderat. » Opus, non digui- featem. Si autem, despecto opéré, solam aspexerit dignitatem, cito corruit turris in Siloe, et excelsa cedri fulmine feriuntur, et erecta cervix frangitur, et cygnus, extento coilo, et in sublime se tendens, inter immundas volucres compntalur. Porro quod expo s ui mus juxta Hebraicum : « Verumtamen dili- culo surgentes corrupcrunt omnes eogitationes suas, » pro quo in Septuaginta scribitur : « Præparare, con- surge diliculo, dissipata est omnis frondositas eo- rum, » quia multum ab Hebraico discrepat, et mugis videtur juxta LXX cum posterioribus concordare; iu sequentibus exponemus. « Quaproptcr exspecta me, dicit üominus, in die resurrectionis meæ in futurum, quia judicium meum ut congregem g en tes, et colligam régna, ut [Vulg. et] effundam super cas [Vulg. eos] indignationem meam, omnem iram furoris mei ; in igné enim zeli mei devorabitur omnis terra, quia tune reddam po- pulis labium electum, ut invocent omnes nomen [Vulg. in nomine ] Domini, et serviant ei bu mer o uno. » Sophon. m , 8, 9. LXX : « Propterea exspecta me, dicit Dominus, in die resurrectionis meæ in tes- timonium, quia judicium meum in congregationes gentium, ut suscipiam reges, ut effundam super eos iram meam omnem, iram furoris mei ; quia in igné zeli mei consumeLur omnis terra, quia Urne cou- vertam super populos linguam in generutionem ejus, ut invocent omnes nomen Domini, ut serviant ei sub jugo uno. » Iiæc Judæi interprétai! tu r in adventu Chris ti T quem sperant venturum esse, et dicunt uni- versis gentibus congregatis, et effuso super eas fu- rore Domini, in igné zeli ejus terram devorandam. Et sicut ante ædificationem turris fuit, quando una lin- gua omnes populi loquebantur, ita conversis omni¬ bus ad cultnm veri Dei, locuturos Hebraice, et totum orbem Domino servi turum. Nos autem qui non se- quimur occidentem litteram, sed spiritum vivifietm- tem, nec Judaicas fabulas, audimus a Domino : a Præparare, consurge diliculo; dissipati sunt omnes racemi eorum ; » et præparati dicimus : « Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum. » Psal. lvi, 8. Audimusque in Proverbiis imperatum : « Præpara in egressu opéra tua. » Prov. xxiv, 27. Et illad quod in Levitico (cap. xvi) sacrate dicitur, ubi septimo rnense, décima die mensis offert Aaron pro populo hircum emissarinm atque viventem, et ponens ma- nns super caput ejus, imprecatur ei cuncta peccata populi Israël, traditque eum tn manus hominis præ- COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE SOPHONiE dixième jour du mois, Aaron offre pour le peu¬ ple un bouc émissaire et vivant; que posant les mains sur sa tête, il le charge de tous les péchés du peuple d’Israël; qu’il le livre aux mains d’un homme prêt d’avance, et qu’il le chasse dans le désert, — nous comprenons en nous; — et nous préparant au commandement du prêtre véri¬ table, nous ôtons le mal du milieu de l’Église. Quand nous avons ainsi fait, la nuit passe, le jour approche, et marchant honnêtement comme en pleine lumière, nous disons : « O Dieu, mon Dieu, je veille et j’aspire vers vous dès que la lumière paraît ; » Psalm. lxii, 2 ; et nous ajou¬ tons aussitôt : « Dès le matin vous exaucerez ■ma prière; dès le matin, je me présenterai devant vous, et je verrai. » Psalm. v, 4, 5. Si nous ne sommes point prêts, le soleil de justice ne se lèvera pas pour nous. Le soleil levé, tous les raisins de là vigne de Sodome sont détruits et périssent, en sorte que non seulement les gros¬ ses grappes du mal, mais les moindres gra- pillons périssent sous les rayons de la lampe de Jésus-Christ. En récompense de tout cela, Dieu nous fait cette promesse : « Attendez-moi au jour de ma résurrection en témoignage ; » car, après l’ex¬ pulsion des vices et des péchés, Dieu ressusci¬ tera en nous. Selon cette maxime d’Isaïe : « Soyez mes témoins, dit le Seigneur Dieu, et je serai votre témoin à mon tour, avec le serviteur que j’ai choisi, » Isa. xlui, 10, le Père est notre parati, et mittit in eremum (intelligirans in nobis), et præparantes nos veri imperio sacerdotis, tollimus malum de medio Ecclesiæ. Cumque liæc fecerimus, nox præterife, appropinquat dies, et quasi in die ho- neste ambulantes, dicimus : a Dcus, Deus meus, ad te de luce vigilo. » Psal. lxii, 2. Statimque inferimus : « Mane exaudies orationem meam, manc assistam tibi, et videbo. » Psal. y, 4, G. Nisi enirn præparati fuerimus, non nobis orietur sol justitiæ. Orto autem sole, omnes racemi de vinea Sodomorum dissipan- tur et pereunt, ut non solum grandes botri, sed etiaui quod parvum esse yidebatur in nobis, Chris tî lucerna radiante, dispereat. Et pro bis omnibus mercedém nobis pollicens Deus, ait : « Exspecta me in die resurrectionis meæ in testimonium ; » post vitia enim atque peccata Deus resurget in nobis. Et juxta quod in alio loco præcipit : « Estote raihi testes, et ego testis, dicit Do- minus Deus, et puer quem elegi, » Isa. xuu, 10, testis est nobis Pater cum Filio et Spiritu sancto, ut in ore duorum vel trium testiuin, stet omne verbum. Deut. xvn. Et magis mihi videtur sic stare sententia, etsub bis tribus testibus veritas conûrmari, quam per [al. secundum J litleram, Duo enim fnernnt testes contra 261 témoin avec le Fils et le saint Esprit, afin que toute sentence repose sur la déposition de deux ou de trois témoins. Reiit. xvn. C’est ainsi que cette dernière maxime me paraît explicable, et c’est par ces trois témoins que se confirme tou-, jours la vérité, plutôt que d’après la lettre. Il y eut en effet deux témoins contre Suzanne, Lan. xin, et contre le Sauveur lui-mème. Matth. xxvi, et pourtant la vérité du témoignage ne fut pas dans leur bouche. Contre Naboth, ce fut presque toute la ville qui déposa, et le consen¬ tement de tous ces témoins pervers réalisa, non pas la fermeté de la vérité, mais la conjura¬ tion d’un crime. ÏII Reg. xxi. Parce que, conti¬ nue la prophétie, mon jugement s’exercera sur les nations assemblées, afin que je reçoive les rois dans le lieu de leurs supplices, pour répan¬ dre sur eux ma colère, tous les flots de ma fureur. Celui qui est petit mérite promptement le pardon et est près de la miséricorde, tandis que « les puissants endureront des châtiments puissants. » Sap. vi, 7. De là vient que les peu¬ ples et la multitude des nations sont assemblés pour le jugement, quand les rois, c’est-à-diro les princes des doctrines perverses, sont amenés pour le châtiment, afin que toute la fureur du Seigneur se répande sur eux. Cela n’est l’effet d’aucune cruauté, comme le pensent les Juifs sanguinaires, mais l’effet de la miséricorde et de la prudence du médecin, puisque l’Écriture ajoute aussitôt : «Toute la terre sera consumée Susaimam, Lan. xm, et contra ipsum Dominuw Salvatorem, Matth. xxvi, et tamen non stetit ver¬ bum in ore eorum. Contra Nabofli quoque pene tota civitas dixit testimonium, consensusque tes- tium pessimorum non firmitatem habuit veritatis, sed sceleris conjurationem. III Reg. xxi. Quia judicium, ait, meum in cougregationes gentium, ut suscipinm reges , in loco viclelicet suppliciorum suorum, ut effundam super eos iram meam, omnem iram furoris mei. Qui mino.r est, cito meretur veniarn, et misericordiæ proximus est : « Potenles autem po- tentev tormenta patientur. » Sap. vi, 7. Dncle gentes etgentium multiludo congregantur ad judicium; reges autem, id est, principes dogmatum perversorum adducentur in pœnam, ut effundatur super eos munis ira furoris Domini. Et hoc non credulitate fit aliqua, ut arbitrantur sanguinarii Judæi, sed misericordia, et consilio medicantis. Sequitur enim : « In igné eûim zeli mei consumeftur omnis terra. » Gentibus quippe ad judicium congregatis, et regibus ad sup- plicium, ut effundatur super eos ira, et non ex parte, sed tota, et ira aefurore sociato, consumatur tn toto orbe quidquid terrenum est, quidquid ad opéra terne, id est, carnis per tin et : omnes ejus vepfes et. SAINT JÉROME 262 dans le feu de mon zèle. » Les nations ayant été ras semblées pour être jugées , et les rois pour leur.supplice, afin que ma colère se répande sur eux, et non pas en partie, mais toute, et avec elle ma fureur, que dans tout l’uni vers soit consumé tout ce qu’il y a de terrestre, tout ce qui concerne les œuvres de la terre, c’est-à- dire de la chair ; ravageant toutes ses ronces et ses broussailles épineuses, le feu de mon zèle les dévorera. Alors je ramènerai la langue des peuples à l’idiome de son origine, en sorte que chacun , s’étant dépouillé de son erreur, retourne à son ancienne manière de confesser la foi du Seigneur : « qu’au nom de Jésus tout genou flé¬ chisse dans les deux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse le Seigneur Jésus dans la gloire de Dieu le Père. » Philipp. H, 10. Rejetant les briques et le bitume que nous avions pour pierres et pour argile, avec lesquelles nous élevions l’orgueil de notre erreur contre le Seigneur, nous recouvrerons le langage que nous avions perdu auparavant, et nous serons sous le joug de Jésus-Christ, qui dit : « Mon joug est doux, et mon fardeau léger. » Matth. xi, 30. Il est à remarquer qu’au lieu de notre traduction : « Je rendrai pure la lèvre des peuples, les Septante ont dit : « Je ramènerai les peuples à la langue de sa génération, » c’est- à-dire, de la génération de la terre. Cette erreur est venue de ce qu’au lieu de Barura, ((Choisi,» d’après Aquila et Théodotion, et « pur, » d’a¬ près Symmaque, ils ont lu Badura, prenant le spinosa fruteta vastans zeli mei vorabit incendium. Et tune convertam super populos linguam in gene- rationem suam, ut unusquisque erroro deposito ad antiquum confessionis Domini eloquium revertamur : et « in nomme Jesu omne genu flectatur, cœlestium, terrestrium, et infernorum, et omnis liugua confi- teatur Dominum Jesum in gloria Dei Patris. Philipp. n, 10. Abjectisque lateribus et bitumine quæ habe- bamus pro lapidibus et luto, quibus erroris nostri superbiam exstruebamus contra Dominum, recipia- mus linguam quarn ante perdidimus, et simus sub jugo Christi dicentis : « Jugum meum suave est, et onus meum leve est. » Mali h. xi, 30. Notandum autem quod in eo loco, ubi nos interpretati sumus: « Reddam populis labium electum, » pro electo, Septuaginta dixerunt, » in généra tionem ejus, » ut subaudiatur, « torræ. » Et bine error exor tus est, quod verbum Hebraicum baruea, quod Aquila et Theodotio « electum, » Symmacluis « mundnm » interpretatus est : Septuaginta legerunt badura, ïies litteram daejïth existimantes, propter elementi ni- miam similitudinem, quod parvo apice distinguitur. Necnon ubi nos transtulimus : « In die resurrcctionis Des pour uu Daleth, ces deux lettres ayant entre elles la plus grande ressemblance. Sur cet autre passage : « Au jour de ma résurrection dans l’avenir, » où tous ont dit, « en témoi¬ gnage, » l’hébreu qui m’a instruit sur le texte des Écritures assurait qu’en cet endroit, Laed doit se traduire plutôt par « dans l’avenir» que par « en témoignage, » bien que Ed, écrit par les deux lettres Ain et Daleth signifie également « avenir » et « témoignage. » On peut aussi appliquer cet endroit du texte au premier avè¬ nement de Jésus- Christ, lorsque, toute erreur étant ôtée, les démons foulés aux pieds et les œuvres terrestres détruites, les Apôtres parlè¬ rent toutes les langues, et que, l’antique confu¬ sion étant finie, une seule langue a été rendue pour la confession de la foi. Act. u. Quant aux rois qui sont détruits et consumés par le feu divin, il faut entendre par là les princes des doctrines perverses. « D’au-delà des fleuves de l’Ethiopie vien¬ dront mes suppliants, et mes enfants dispersés m’apporteront leur don. En ce jour, vous ne rougirez plus de toutes les inventions que vous avez opposées contre moi, parce qu’alors j’en¬ lèverai de votre sein les flatteurs de votre orgueil, et vous ne vous enorgueillirez plus sur ma montagne sainte. Je laisserai au milieu de vous un peuple faible et pauvre, et il espérera au nom du Seigneur. Les restes d’Israël ne se livreront plus à l’iniquité, et ne proféreront plus le mensonge ; la langue trompeuse ne se trou- meæ in futurum, » et omnes interpretati sunt, « in testimonium, » Hebræus qui me in Scrip taris insti- tuit, asserebat laed in præ senti loco magis eïç Ëtt, id est, « in futurum, » debere intelligi^ quarn » in testimonium, » eu enim, quod scribitur per litteras Am et daleth, èhc, et [j-apTupiov, id est, « futurum, » et « testimonium, » intelligi. Possumus hune locum et de primo Christi adventu exponere, quando, omni orrore sublato, dæmonibàsque calcatis, et terrenis operihus destructis, apostoli universis linguis locuti sunt, Act. i, et veteri errore sublato, imum confes¬ sionis redditum est labium. Sed et reges qui des- truuntur, et divino consumuntur arbore, perverso- rum dogmatum principes sentiendi sunt. a Ultra flumina ÆUiiopiæ, inde supplices mei, filii [al. filia] dispersorum meorum, déférent munus mihi. In die illo non confunderis'super cunctis ad- inveutionibus tuis, quibus prævaricata es in me, quia tune auferam de medio lui magniloquos super- biæ tuæ, et non adjicies exaltari amplius in monte sancto ineo, et derelinquam in medio tui populum pauperem et egenum, et sperabunt in nomme Do¬ mini; reliquiæ Israël non facient iniquitatem, neque GOMMENTÀIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. 263 vera plus dans leur bouche, parce qu’ils repo¬ seront comme des brebis dans leur pâturage, et nul ne les troublera. » Sophon. m, 10 et seqq. Les Septante : « Des confins des fleuves de l’ɬ thiopie, je ramènerai mes enfants dispersés ; ils m’apporteront des victimes. En ce jour, vous ne rougirez pas de toutes les inventions que vous avez accomplies en impies contre moi, parce qu’alobs je vous ôterai toute la médisance qui faisait votre ignominie, et vous ne vous enor¬ gueillirez plus désormais sur ma montagne sainte. Je laisserai en vous un peuple doux et humble, qui révérera le nom du Seigneur ; ce seront les restes d’Israël, qui ne se livreront plus à l’iniquité, et qui ne proféreront plus de vains discours. La langue trompeuse ne se trou¬ vera plus en leur bouche, parce qu’ils se repo¬ seront comme des brebis dans leur pâturage, et que nul ne les troublera. » Lorsque le Sei¬ gneur aura rendu aux peuples des fidèles une lèvre pure, que tous invoqueront le nom du Seigneur, et qu’ils porteront son joug, alors aussi, d’au-delà des fleuves de l’Ethiopie, d’où la reine de Saba vint écouter la sagesse de Salomon, 1)1, Reg. x, on portera des victimes au Seigneur, car « la main de l’Ethiopie ira au- devant de Dieu. » Psalm. lxvii, 32, et avec le vrai législateur, qui frappa l’Égypte des dix plaies, Exocl. ri, se mariera une Ethiopienne, à la grande jalousie de la synagogue des Juifs, » Quant à ce qui est dit d’après l’hébreu : « De là loquentur mendacium, et non invenietur in oro eorum lingua dolosa, quoniam ipsi pascentur et accubabunt, et non ecit qui exterreat. » Sophon. ht, 10 et seqq. LXX : « De finibus fluminum Ætbiopiæ suscipiani dispersos meos; afferent victimas înihi. In die ilia non confunderis ex omnibus adinventio- nibns tuis, quibus impie egisti in me, quia tune auferam a te detraclionem contumeliæ tuai, et ultra non adjicies ut magnificeris super montem sanctum meum ; et relinquani in te populum mansuetum et humilem, et reverebuntur nomen Domini, qui fue- rint reliqui de Israël, et non facient iniquitatem, et non loquentur vana, et non invenietur in ore eorum lingua dolosa, quoniam ipsi pascentur et accubabunt, et non crlt qui exterreat eos. » Cum reddiderit Do- minus credentium populis labium electum, et invo- caverint omnes nomen Domini, et portaverint jugum ejus, tune etiam ultra flumina Ætbiopiæ (nnde Yenit regina Saba audire sapientiam Salooionis) III fteg. x deferent victimas Domino : « Et Ætbiopia præveniet manu s ejus Deo, Psalm . lxvii, 32, veroque légifère., qui decem plagis percussit Ægyptum, Exod.n, nubet Æthiopissa, invi dente synagoga Hebræorum. Quod ftutem ait juxta Hebraicum : « Inde supplices, mei mes suppliants, mes enfants dispersés m’ap¬ porteront leurs présents, » en voici le sens : O Israël, ô synagogue autrefois ma fille, que j’ai dispersée dans tout l’univers, bien que tu sois jalouse, bien que l’envie te tourmente, néan¬ moins, des victimes me seront apportées de l’Éthiopie, c’est-à-dire par le peuple des gentils. En ce jour, c’est-à-dire lorsque la multitude des nations croira, vous-même vous ne serez point entièrement couverte de honte pour tou¬ tes les erreurs par lesquelles vous avez préva- riqué contre moi, en préférant Barabbas et en crucifiant le Fils de Dieu. Alors, j’ôterai du milieu de vous les scribes, les prêtres, /les pharisiens, les flatteurs de votre orgueil, et vous ne vous enorgueillirez plus sur ma montagne sainte ; mais vous aurez un peuple pauvre, des hom¬ mes illettrés, des pêcheurs qui espéreront dans le nom du Seigneur. Les restes d’Israël, non point la multitude qui cria : « Crucifiez, cruci- ûez-le, » Joan. xix, 6, non pas les pontifes et les grands, mais les restes d’Israël, ne commettront plus l’iniquité, ni ne proféreront lé mensonge, parce qu’ils croiront à la vérité. On ne trouvera point en leur bouche la langue menteuse, parce qu’ils sauront que tout mensonge vient du diable, Joan. vin, et ils paîtront eux-mêmes et ils diront : « Le Seigneur est mon pasteur, et rien ne me manquera ; c’est dans le lieu du pâturage qu’il m’a placé. Il m’a élevé au- dessus de l’eau de réfection, il a changé mon filii dispersorum zneorum deferent munus mihi, » hujusoemodi est : O Israël, o synagoga quondam filia, quam in toto orbe dispersi, licet invideas [al. invidia] , licet æmulatione crucieris, tamen de Ætbiopia mihi victime deferentur, id est, de genti- lium populo. In die ilia, id est, quando gentium cre- clideri t multitudo, etiam tu non penitus confunderis super cunctis erroribus tuis, quibus prævaricata es in me, eligendo Barabbam, et Dei Filium cruciÛ- gendo. Tune auferam de medio tuiScribas, etSacer- dotes, et Ptiarisæos, magniloquo3 seporbiæ tuæ, et nequaquam te in monte sancto meo ultra jactabis ; sed babebis populum pauperem, homines illitteràtos, et piscatores qui sperabnnt in nomine Domine. Re- liquiæ Israël, non multitudo quæ clamavit : « Cruci- fige, crucifige enm ; Joan. xix, 6 : non pontifices et optimates; sed reliquiæ nequaquam facient iniqui¬ tatem, nec loquentur mendaciumin Cbristo, veritati cred entes; nec invenietur in ore eorum lingua dolosa, scientes quod omne mendacium de diabolo est; Joan. vm; quoniam ipsi pascentur, et dicent : « Do¬ minas pascit me, et nihil mihi deerit; in loco pascuæ ibi me collocavit. Super aquam refectionis educavit me, animam uieam convertit; Psalm. xxn, 1, 2; et 264 SAINT JÉROME âme. » Psalm. xxir, 1,2; nul ne les troublera, la foi des fidèles étant victorieuse de l’orgueil des persécuteurs. Entendons cela comme ac¬ compli au premier avènement de Jésus-Christ, tandis que les Juifs le diffèrent jusqu’à la fm du inonde, espérant habiter dans Jérusalem, où, il la manière des troupeaux, ils seront comblés des dons corporels et des richesses de Juda et nourris dans de verts pâturages, pendant que, toutes les nations étant abolies et tous les hom¬ mes étant leurs sujets, il ne pourra se trouver personne pour troubler leur possession. Pour nous, prenant de cette fable des Juifs l’occasion de la vérité, nous disons que, la lèvre choisie ou blanche ou pure, comme a traduit Symmaque, nous étant rendue, nous laissons la noirceur de l’âme, la couleur téné¬ breuse et le venin du dragon dont nous avions été teints par les vices et les péchés, dans les fleuves de l'Ethiopie, avec les maîtres des dogmes pervers, dont nous étions arrosés au¬ paravant, et que nous porterons nos présents à Jésus-Christ, avec Israël, autrefois dispersé. En ce jour, où se lèvera pour nous la lumière de Jésus-Christ, il sera dit à chacun de nous : Vous ne rougirez plus de toutes les inventions, de toutes les pensées mauvaises qui vous faisaient agir en impies contre le Seigneur ; tout l’orgueil et toute l’insolence qui nous insur¬ geaient contre Dieu et contre sa montagne sainte, le Seigneur notre Sauveur, nous seront non erit qui exterreat, vincente fide credentium per- secutorum superbiam. Hoc de primo adventu Christ! intellectum sit, quod Judæi sibi in fine promittunt, et sperant se habitaturos in Jérusalem, et in morem pecorum corporalihus donis Judæ opibusque com- plendos et pascendos herbis viridibu3 , et deletis cunctis gentibus, sibique subjectis, uullum posse residere qui eos exterreat. Nos autem accipientes ex bac fabula occasionem verse historiæ, dicimus [al. dicemus]} omnem nigre- dinem animæ, et tetrum colorem, ac draconis ve- nenum, quo tincti fueramus vitiis atque peccatis, reddito nobis labio clecto, sive rnundo et candido (ut interprétâtes est Symmachus), derelinquere nos in iluminibus Ætbiopiæ perversorum dogmatum ma¬ estros, quibus ante irrigabamur, et cum disperso [al, dispersis] quoudam Israël Chris to mimera dela- turos. In die ilia, qua nobis Christi lumen füerit exortum, dicetur ad singulos nostrum : Non confun- deris ex omnibus tuis adiuventionibus, cogitationibus videlicet pessimis, quibus impie agebamus contra Dominum, et tolletur universa superbia et contu- melia per quam erigebamur contra Dominum , et contra montera sanctum ejus Dominum nostrum et 6tés, et au lieu d’orgueilleux et vains titres sera laissé en nous, un peuple doux et humble, en sorte que nous n’ayons aucune pensée arrogante ou orgueilleuse qui déplaise à Dieu. Remarquons qu’au jour du jugement et à la consommation du monde, tous les noms de dignités sont effacés et qu'il ne reste qu’un seul peuple doux et humble, et qu’un môme troupeau sous le bon Pasteur. Alors aussi le peuple d’Israël, là plé¬ nitude des nations étant entrée, et Dieu a3^ant enfermé tous les hommes sous le péché, afin de faire miséricorde à tous, Rom., xi. 52, craindra le nom du Seigneur : les restes d’Israël ne tomberont plus ensuite dans l’iniquité de nier le Seigneur, ils ne proféreront plus de vaines paroles, ne fondant plus leurs espérances sur des fables ineptes ; et la langue menteuse ne se trouvera point dans leur bouche, le Christ qui est la vérité, parlant par leur voix. Alors, ils paîtront, eux aussi, avec Tunique troupeau; ils se reposeront dans l’Église, et ils ne craindront pas les attaques du vrai Nabuchodonosor. À la vue et à la lecture de mystères si grands, écrions-nous avec l’Apôtre : « O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! que vos jugements sont incompréhensibles et vos voies impénétrables ! » Ibid. 33. Ce que sentant et méditant, le Roi-Prophète s’exprime ainsi au sujet des commandements de Dieu : « Je méditais durant la nuit au fond de mon cœur et je roulais dans mon esprit plusieurs Salvatorem, et pro superbis vanisque nominibus re- linquetur in nobis populus mansuetus et humilis, ut nihil arrogaus, nihil tumens, nihil quod Deo displi - ceat, cogitemus. Simulque considéra quod in die judicii, et in consummatione mundi tollantur uni¬ versa nomina dignitatum, et unus populus remaneat, et grex sub pastore bono, qui sit mansuetus et hu¬ milis. Tuncctiam populus Israël, plenitudine gen- tiurn subintrante, « Quia conclusit Deus omnes sub peccato, ut omnibus uiiserentur, » Rom. xi, 32, time- bunt nomen Domini. Et reliquiæ Israël non facient ultra iniqnitatem, per quam Dominum negaverunt, necloquentur vana,ineptas sibi fabulas promittentes, nec invenietur in ore eorumlingua mendacii, Christo per eos, qui veritas est, loquente. Time enim pas- centur et ipsi in uno grege, et accuhabunt in Ecclc- sia et veri Nabuchodonosor impëtus non tiinebunt. Hæc videntes et legentes tanta mysteria, clamemus cum Apostolo, atque dieamus : « O profundum divi- tiarum sapientiæ et scientiæ Dei, quam inscrutabilia sunt judicia tua, et investigahiles viæ tuæ! Ibid. 33. Quod quidem et propheta soutiens, et secum volveusj de Dei judiciis suspicatur : « l'n nocte cum corde meo exercebar, et scopebam spiritum meurn, » et COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. pensées : Dieu nous rejettera- t-il donc pour toujours, ou ne pourra- 1- il plus se résoudre à nous faire miséricorde, ou sa colère arrêtera-t- elle le cours de ses miséricordes ? et j'ai dit : C’est maintenant que je commence; ce change¬ ment est l'ouvrage de la droite du Très-Haut. » Psalm. lxxvi, 7 et Seqq. Le sens est celui-ci : Sur ce que je pensais, que le Seigneur aban¬ donne éternellement les pécheurs et que sa colère arrête le cours de ses miséricordes, j’ai compris que cette abandon a lieu, afin que sa droite, qui est la droite du Très-Haut, change toutes choses, et qu’il fasse. miséricorde à ceux qu’il avait d'abord rejetés. Nous donc, et avec nous les restes d’Israël, sachant qu’il faudra rendre compte de toute parole oiseuse, Matth. xn, et que le Seigneur perdra toutes les lèvres menteuses, gardons-nous de dire 'de vaines choses ; car « vanité des vanités, tout n’est que vanité, » Eccl. i, 2 : « Tout homme qui vit sur la terre n’est que vanité. » Psalm . xxxvm, 6. Quenotre bouche ne profère point le mensonge, et recevant le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, et toute la force de l’ennemi, Luc. x, n’ayons plus aucune crainte, ne /redoutons plus les embûches des loups, quand Jésus-Christ est notre pasteur, et chan¬ tons : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut; qui puis-je craindre? » Psalm. xxvi, 1, le reste qui est ensuite contenu dans le psaume cent vingt-six. « Fille de Sion, faites entendre des hymmes dicebam: « Numquid in sempiternum abjiciel Deus, aut non addet ut misereatur ultra, aut contiuebit in ira sua misericordias suas? et dixi : Nunc cœpi, hæc estimmutatio dexteræ Excelsi. » Psalm . lxxvi, 7 seqq. Et est seusus : Hoc quod putabam, Dominum in ætcrnum relinquerc peccatores, et misericordias suas ira succedente cohibere, iutellexi idcirco factum, ut immutatione dexteræ suæ, quæ excelsi est dextcra, uuiversa mutaret, et misereretur bis quod ante pro- jecerat. Et nos igitur et reliquiæ Israël, scieutes quod reddituri sumus rationem pro omni otioso verbo, Matth. m, et quod disperdet Do minus uni¬ vers a labia mendacia, non loquamur vanitatem. « Vanitas » quippe « vauitatum, et omnia vauitas. » Eccl. i,2. Et : «Uuiversa vauitas omuishomo vivens. » Psalm. xxxvm, 6. Nec ore nostro mendacium profc- ramus ; sed accepta potestate calenndi super ser¬ pentes et scorpioues, et super omnem virtutem ini- mici, Luc. x, nullam timeamus formidinem, nec luporum, Christo custode, vercamur insidias : sed dicamus : « Dominus iiliiminatio ruea, et salvator meus; quem timebo? Psalm. xxvi, 1, et cætcra, quæ in vicesiino sexto psalmo continentur. 265 de louange; Israël, poussez des cris de joie; réjouissez-vous de tout votre cœur, tressaillez d'allégresse, ô fille de Jérusalem. Le Seigneur a effacé vos iniquités, il a dissipé vos ennemis. Le Seigneur roi d’Israël est au milieu de vous, vous ne -craindrez plus rien. En ce jour, on dira à Jérusalem : Ne craignez point; et à Sion : Que vos mains ne soient pas défaillantes. Le Seigneur votre Dieu est au milieu de vous ; il est le Dieu fort, il est votre Sauveur ; il se réjouira en vous, il se reposera en votre amour, il tressaillira d'allégresse dans votre louange. Je rassemblerai ces hommes vains qui avaient abandonné la loi , parce qu’ils vous appartenaient, afin que vous n’ayez plus en eux un sujet de honte. » Sophon. ui, 14 et Seqq. Les Septante : « Réjouissez- vous, fille de Sion; chantez, fille de Jérusalem; tressaillez d’allégresse et réjouis¬ sez-vous de tout votre cœur, fille de Jérusalem. Le Seigneur a effacé vos iniquités, il vous a rachetée de la main de vos ennemis. Le Seigneur roi d’Israël est au milieu de vous, désormais aucun mal ne vous atteindra. En ce temps-là, le Seigneur dit à Jérusalem : Ayez confiance; et à Sion : Que vos mains ne soient point défaillantes. Le Seigneur, le Dieu fort, votre Dieu est au milieu de vous et il vous sauvera. Il amènera sur vous la joie, il vous renouvellera dans sa charité, il se réjouira en vous et tressaillira d’allégresse comme en un jour solennel. Je rassemblerai vos enfants dispersés. Malheur à quiconque a reçu l’op- « Lauda, filia Sion, jubila [vulg. jubilate], Israël, lætare et exsulta in omni corde, filia Jérusalem. Abs- tulit Dominus judicium tuum, avertit iuimicos tuos : rex Israël Dominus iu medio toi, non timebis malum ultra. In die ilia dicetur Jérusalem ; Noli timerc ; Siou : Non dissolvantur manus tuæ. Dominus Deus tuus iu medio tui fortis ipse salvabit, gaudebit super te in lætitia, silebit in dilectione tua [vulg. sua], exsultabit super te in laude. Nugas quæ [vulg. qui ] a lege recesserunt, congregabo, quia ex te erant, ut uon ultra babeas super eis opprobrium. » Sophon. ni. 14 et seqq. LXX : « Gaude, filia Siou ; prædica, filia Jérusalem, exsulta et delectare de toto corde tuo, filia Jérusalem. Abstulit Dominus iniquitates tuas, redemit te de manu iuimicorum tuorum, rex Israël Dominus in medio tni : non videbis mala ultra. In tempore illo, dicit Dominus Jérusalem. Coufide, Siou, non dissolvantur mauus tuæ : Dominus Deus tuus in te fortis salvabit te : adducet super te lætitiam, et iuuovabit te in cbaritate sua, et letabitur in te in delectatione, quasi iu die solemni : congregabo con- fractos tuos. Væ qui accepit super eam opprobrium. » Non videaturmirum, ut sæpe diximus, aliter Hfebraica 266 SAINT JÉROME probre contre elle ! « On ne doit pas s’éton- ùer, je l'ai dit souvent, de ce que les sec¬ tions de chapitre du texte hébreu et celles de la version des Septante ne finissent pas tou¬ jours de la même manière. Où il y a différence de traduction dans le sens , il se trouve né¬ cessairement que les commencements ou les fins diffèrent. Les Juifs se promettent avec le Christ, dont ils attendent la venue, l'accom¬ plissement de toutes les choses que nous avons déjà obtenues, nous qui avons reçu notre Christ. Si donc quelqu’un d’entre les chrétiens, et notamment d’entre ces sages de fraîche date dont je tais les noms, pour ne point paraître blesser qui que ce soit, estime que cette pro¬ phétie n’est point accomplie encore, il usurpe, qu’il le sache bien, le titre de chrétien : il a une âme juive ; sauf qu’il n’a pas la circon¬ cision corporelle; car si ces choses n’avaient pas eu lieu encore , mais devaient arriver , ce serait en vain que nous aurions embrassé la foi en la venue du Sauveur ; mais notre foi n’étant point vaine, nous comprenons que s’est accompli en nous un mystère qui avait été caché dans tous les âges qui ont précédé , mais qui est maintenant découvert par les Écritures prophétiques et par l’avénement de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Coîoss. i. Enfin, étudions l’ordre de la prophétie, et nous reconnaîtrons qu’elle vise, non pas les Juifs, mais l’Église de Jésus-Christ. Après tout ce qui précède : « Je jugerai les nations assem¬ blées, afin d’entreprendre les rois,» jusqu’à capitula, et aliter LXX. Græca videlicet Latinaque finiri. Ubi enim in sensu diversa translatio est, ibi necesse est diversa essevel principiavel fines. Judæi cum Christo, quem putant esse venturum, hæc sibi omnia repromittunt, quæ nos qui Christum susce- pimus, jam cum ipso sumus omnia conseeuti. Siquis ergo Christianorum, et maxime novorum pruden- tium, quorum nomina taceo, ne quemq.uam lædere videar, existimat necdum prophetiam esse comple- tam, sciât falso Christi portare se nomen, et Judai- cam animam, circumcisionem tantum corporis non habere. Si enim hæc necdum facta sunt, sed futura, frustra credidimus Salvatoris adventum ; frustra auteur non credentes intelligimus in nobis esse corn- pletum mysterium, quod temporibus æternis tacitum est, et nunc manifestatum est per Scripturas prophe- ticas et adventum Domina nostri Jesu Christi- Coloss. 1. Deuique consideremus ordinem lectionis, et vide- bimus, quod dicitur non ad Judæos, sed Christi Ecclesiam pertinere, Post hoc enim quod præcesserat « judicium nieum in çongregationes gentium, ut l’endroit où il est dit ; « Afin que tous invoquent le nom du Seigneur et servent sous un joug unique ; » et encore : « Je prendrai d’au-delà des fleuves de l’Éthiopie de mes enfants dispersés qui m’apporteront des victimes ; » et après avoir annoncé l’entrée dans la foi de Jésus- Christ et le salut des restes d’Israël, dont il est dit : « Ceux qui resteront d’Israël craindront le nom du Seigneur, sans qu’il y ait personne qui les épouvante, » l’Esprit saint, prophétisant au sujet de la consommation générale du monde, s'écrie : « Réjouissez -vous, fille de Sion, publiez ces choses, fille de Jérusalem, soyez dans l’al¬ légresse et réjouissez-vous de tout votre cœur, fille de Jérusalem. » C’est que toute âme fidèle, qui est établie à son poste de sentinelle et qui contemple la paix, est pleine de joie et tres¬ saille d’allégresse, parce que ses iniquités ont été effacées et rachetées par celui dont le sang précieux a été la rançon de tous ; « car Jésus- Christ nous a été donné de Dieu pour être notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption. » I Corinth. i, 30. Nous avons été rachetés par le roi d’Israël, qui habite au milieu de nous et qui dit : « Mon Père et moi, nous viendrons, et nous ferons en lui notre demeure. » Joan.xiv, 23. Et : « J'habiterai et je marcherai on eux ; » Lcvit. xxxy, 12 ; et désor¬ mais nous ne verrons plus le mal, nous consa¬ crant uniquement à la pensée et à la pratique des vertus. En ce jour-là, — lorsque nous voyons la paix et que nous sommes établis sur le faîte, — que vos mains ne tombent pas en suscipiam reges, » usque ad eum locum, ubi ait : «Ut invocent omnes nomen Domini, et serviant ei sub jngo nno ; » et : « Ultra flumina Æthiopiæ sns- cipiam in dispersis meis qui afferent mibi victimas ; » et post reliquias popnli Israël, credentes in Chrisfco atque salvatas, de quibus dicitur : « Et timebunt nomen Domini qui sunt reliqui de Israël, et non erit qui exterreat eos, » Spiritus sauctus de generali mundi consummatione prædicans loquitur: « Gaude, filial Siom, prædica, filia Jérusalem, » lætare et delec- tare de toto corde tuo, filia Jérusalem. » Omnis quippe ecclesiastica anima, quæ in spécula constituta est, et contemplatur pacem, lætatur et gaudet iuiqui- tates a se esse sublatas, etredemptas ab eo qui pre- tioso sanguine oumes redemit. « Cbristus enim factus est sapientia nobis a Deo, et justifia, et sanc¬ tification redemptio. » I Cor. i, 30. Et redemit nos rex Israël, qui habitat in medio nostris, diccus:«Ego et Pater meus veuiemus, et mansionem apud eum faciemus ; » Joan. xiv, 23 ; et : « Habitabo et inarn- bulabo iu eis; » Levit. xxvi, 12; et ultra non vidc- bijims mala, solas virtutes cogitantes atque facientes. 267 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE SOPHONIE. défaillance, dit le Seigneur, qui nous a dit éga¬ lement par la bouche d’Isaïe : Fortifiez- vous, mains défaillantes , et que vos' œuvres soient énergiques. » Isa. xxxv, 3. Carie Seigneur fort, à qui nul ne peut résister, qui est votre sau¬ veur, vous rendra lui-môme la joie que vous avez perdue ; quand vous aurez rejeté le vieil homme, il vous fera marcher dans l'homme nouveau , et il agira ainsi , clans son amour pour vous, non point à cause de votre mé¬ rite, mais par Teffet de sa miséricorde. Il mettra en vous sa joie et son plaisir, acceptant votre salut comme l’hostie la plus grasse de votre solennité, et il vous dira : Je rassemblerai vos membres brisés ; car ce Dieu ne méprise point un cœur contrit et humilié, » Psalm. l, 19, et : ce II n’achève pas de rompre un roseau brisé.» Isa. xlu, 3. Cette explication est suffisante pour l’application du texte au second avènement du Sauveur. D’autre part, parce que le prophète Zacharie exhorte Sion et Jérusalem à cette môme joie, et que Matthieu dit que cette même pro¬ phétie a été accomplie dans le premier avène¬ ment de Jésus-Christ, Matth. xxr, nous sommes dans la nécessité, et c’est la logique de la vérité qui nous y contraint, de regarder, non pas comme à venir, mais comme arrivé, ce qui est écrit dans Sophonie, puisque Zacharie s'exprime ainsi : « Tressaillez d’allégresse, fille de Sion, et vous, fille de Jérusalem , poussez des cris de joie : voilà que votre roi vient vers vous, juste et sauveur, lui-même pauvre et monté sur une In ilia die, dicit Dominus, videntibns nobis pacem, et in sublimi positis* ne dissolvantur inanus tuæ, qui et per Isaiam dixit : « Confortamini, manus disso- lutæ, et opéra tua rohusta sint. » Isa. xxxv, 3. Do¬ minus enim fovtis, cui nemo potest resistere, salvator tuus, ipse tibi reddet lætitiam quant perdidisti, et veteri homine projecto, in novo ambulare te faciet in dilectione sua, non tuo merito, sed misericordia sua. Et lætabitur in te, et delectabitur, quasi pin- guissimam solemnitatis tuæ hostiam suscipiens salu- tem tuam, et ipse tibi dicet : Congregabo contristos tuos ; « cor » quippe « conlritum ethumilitatum Deus non despiciet; » Psatm. l, 19; et : « Calamum con- tritum non confringet. » Isa. xlii, 3. Hæc intérim si voluerimus de secundo adventu accipere Salvatoris. Porro quia propheta Zacharias ad similem lætitiam cohortatur Sion et Jérusalem, et hanc ipsam proplie- tiam Matthæus dicit in primo adveutu Christi esse completam, Matth. xx;, necessitate compellimur, imo ordine ipso ducimur veritatis, quod in Sophonia dicitur, non futurmn sperare, sed factum. Scriplum est enim in Zacharia : « Gaude vehementer, filia Sion ; prædica, filia Jérusalem : ecce rex tuus venit ânesse et sur le poulain de Tânesse.» Zach. ix,9. Tel est le commentaire du texte d'après les Septante. D’après l’hébreu, il est enjoint à l’Église d’en¬ tonner un cantique de louanges; à Israël, qui voit Dieu en esprit, d’être dans la jubilation, et au lieu de paix, à qui il a été dit : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix, » Joan. xiv , 27 , d’exsulter de joie de tout son cœur ; car le Seigneur, à la fin et à la consom¬ mation du inonde, a effacé l’arrêt de sa condam¬ nation, ne la jugeant ni ne la châtiant, mais lui accordant le salut, et il a éloigné d’elle ses ennemis, les bataillons des démons. Le Seigneur roi d’Israël sera au milieu d’elle, et elle ne craindra plus de mal. En ce jour, il sera dit à Jérusalem libre, non point celle qui sert avec ses enfants, mais celle qui est la mère des saints , Galat. iv : Ne craignez. plus, Sion — Sion est la même que Jérusalem, — vos œuvres ne seront plus anéanties, et vous ne ferez point ce que vous vous repentiriez d’avoir fait. Le Sei¬ gneur votre Dieu, qui vous sauvera, fort et puissant, habitera au milieu de vous, il mettra en vous son plaisir et sa joie, et il passera vos péchés sous silence, à cause de la charité avec laquelle il vous chérira ; il exsultera à votre occasion dans un chant de louanges, soit parce que vous êtes digne de ces louanges, soit parce que vous chanterez ses louanges. op, J’ai remis sous vos yeux les maux que vous avez soufferts avant de com¬ mencer à construire mon temple ; maintenant, je vais vous annoncer les prospérités qui vous arriveront, parce que vous avez commencé à édifier mon temple. Considérez donc quelle sera l’abondance de toutes choses, à partir de ce vingt-quatrième jour du neuvième mois où les fondements du temple ont été jetés. Le neu¬ vième mois est celui que nous appelons novem¬ bre ou décembre. Le premier mois chez les Hébreux est Nisan, appelé « mois du fruit nouveau, » au temps où iis font laPâque, c’est- à-dire, dès le commencement du printemps, et, selon le cours de la lune, souvent il prend une certaine partie du mois de mars, parfois il com¬ mence en avril. Si donc nous faisons corres¬ pondre nisan à avril, le neuvième mois, d'après la supputation des Hébreux, serait décembre. Le dixième mois répond donc à l’époque où les semences sont caohées dans la terre et où il n'est permis de former aucune conjecture sur la fécondité à venir. Est-ce que la semence a déjà germé ? et, selon le terme plus expressif des Hébreux, est-elle turum, a quarta et vicesima noni mensis, et a die in qua fundamenta jacta sunt templi Domini, ponite in cordibus vestris. Si ultra cognoscetur super ter- ram area, et si adliuc vineaetficus et malogranalum, et ligna olivæ quæ non ferant fructum ? a die bac bcnedicam. » Exposui, ait, vobis quæ sustinueritis antequam incipcretis ædificare templum meum ; nunc exponàm quæ vobis ventura sint prospéra, quia templum meum ædificare cœpistis. A die igitur vicesima quarta noni mensis in quo templi funda¬ menta sunt jacta, quanta rerurn abundantia sit, con- siderate. Nonns est mensis quem nos Novembrem vel Decembrem dicimus. Nisan enim apud Hebræos mensis est primus, qui appcllatur « mensis novo- rum : » eo tempore qno Pascha faciunt, id est, inci- piente veris exordio, qui secundum lunæ cursum sæpe qnamdam parteui mensis martiijmssidet, inter- dumincipit in Aprili. Ergo si Nisan, Aprilem inLel- ligimus, nonus meusis secundum suppututionem Ilcbræorum Decembcr erit. Igitur decimus [al. De- cember] est meusis eo tempore quo semina latitant in terra, nec fuüira feennditas conjectari potest. Numquid jam, ait, semen in germine est? Quod dans sa follicule pour représenter la gousse du blé ? Est-ce que la vigne, le figuier, le grena¬ dier, l'olivier ont fleuri, pour que par la fleur on comprenne le fruit ? Certes non; car, comme nous l’avons dit, il n’y a pas, au mois de décembre, la plus légère marque de germinaison. Pour que vous ne disiez donc pas que c’est prudem¬ ment et après calcul que j’augure de vos récol¬ tes et que je pressens des fleurs de vos arbres, et des fruits de vos moissons , la future abon¬ dance , voyez qu’il n’y en a point de trace , et cependant voilà que je vous prédis, à ma béné¬ diction, abondance de tous vos fruits, parce que vous avez commencé à bâtir mon temple. Ceci est dit d'après l’hébreu, car d’après les Septante le sens en est bien différent ; nous allons l’ex¬ poser d’abord selon la lettre, et continuer ensuite l’exposition tropologique. Gravez dans votre cœur le jour où vous avez posé les fon¬ dements du temple, regardez dans l’avenir, et vous verrez qu’il y aura tant de moissons, qu’il sera apporté de tous les champs tant de fro¬ ment, que l'aire ne saura pas quel est le sien, soit qu’il n’y ait point d’aire particulière et que vu la quantité de moisson on joigne aire à aire et qu’on ne sache point où commence et finit chacune d'elles. La vigne aussi et le figuier et le grenadier et l’olivier, qui par votre faute ne portaient point de fruits, parce que vous n’aviez pas encore mis la main à la construction de mon temple, ploieront sous tant de raisins et de fruits que cette surprenante fécondité rendra melius Hebraice dicitur, in folliculo, ut thecam fru- menti significct. Numquid vinea, et ficus, et malo- granatum, et îignum olivæ florem suum dederunt? ut ex flore intelligaluret fructus. Utiquenon : rncuse enim, ut diximus, Decembri futurarum nulla signa sunt frngum. Ne igitur dicatis, hoc me prudenti ra- tione conjicere, et futuram fecunditatem de floribus arborum herbisque segetum suspicari : ecce nulla signa suut ; et temen ego prædico vobis, quia cœpistis ædiûcare templum meum, ad benedictionem meam, frugum omnium fecuuditatem. Hoc secundum He- braicum diximus. Cæterum secundum Septuaginta louge alter est sensus, quem et ipsum primum de- bemus juxta litteram exponere, ut postea cœptus tropologiæ ordo tractctur. Ponite corda vestra a die bac, qua templum fundatum est, iu futurnm, et vide- bitis tantas futuras esse segetes, et tanta de cunctis agris frumenta portari, ut area nesciat fruges suas, sive ut non sint areæ singulorum, sed præ multitu- dine jungatur area areæ, et arearum separatio nes- ciatur in terra. Vinea quoque, et ficus, et malogra¬ natum, et Iignum olivæ quæ prius vestro vitio non afferebant fructus, quiamihi needum cœperatis ædi~ 302 SAINT JEROME manifeste la bénédiction. Le iv° livre des Rois et Lhistoire de Jérémie nous apprennent que ce 9° mois , mois dans lequel Jérusalem nous est montrée assiégée, ne doit pas être pris en bonne part. IV Eeq. xxv ; Jerem. xxx et xxxu. Cependant, parce que c’est à la fin de ce 9° mois que sont jetés les fondements du temple, nous pouvons comprendre que Ton n’entreprend la construc¬ tion du temple du Seigneur qu’en sortant des œuvres mauvaises. Aussi est-ce le vingt-qua¬ trième jour de ce même mois que sont posés les fondements du temple, nombre dans lequel nous trouvons deux fois le nombre douze, et trois fois le nombre huit, et quatre fois le nom¬ bre six. Nous en avons déjà traité longuement. Quiconque donc se sera voué au culte du Sei¬ gneur, et n’aura point eu de souci de ce patron négligent qui dans le livre d’Esdras, selon l'in¬ terprétation des Septante, s’oppose à la cons¬ truction du temple de Dieu, I Esdra. iv, celui-là ne connaîtra pas la mesure de ses fruits et de sa récompense; soit encore parce qu'il est dit: «Si l’aire apparaît encore sur la terre , » celui qui aura semé dans l’esprit, et aura recueilli de l’esprit la vie éternelle, Galat. vi, n'aura nulle¬ ment thésaurisé pour la terre, mais toutes ses œuvres et les récompenses de ses œuvres seront recueillies dans les greniers célestes. La vigne aussi, c’est-à-dire la parole de Dieu, dont en chacun le Père est l’agriculteur, et le figuier, c’est-à-dire les dons suaves du saint Esprit, et ficare templum, tanta uvarum et pomorum abun- dantia curvabuntur, ut manifesta fecunditas mani- festam indicetbenedictionem. Nonum autem mensem, non in bonam partem accipi, et quartus Regnorum liber, et Jeremiæ narrat bistoria, in quo obsessa dicitur esse Jérusalem. IV Reg. xxv ; Jerem. xxx et xxxn. Tainen quoniam in fine noni mensis teinpli fundamenta jaciuntur, hoc intelligere possumus, quod non incipiatur exstruj. templum Domini, nisi mala opéra finiantur. Unde et in viccsima quarta die mensis ejusdem, fundamentam templi ponitur, in quo numéro duplex BwBexàç et très ày&oaBeç qua- tuorque tÇaSeç sunt, de quo jam supra plenius dispu- tatum est. Quicumque ergo Dei cultui se dedicayerit, et contempserit ^0ujxov, id est, « negligentem » pa- tronum (qui in Ezræ volumine juxta Septuaginta interprètes, I Esdr. îv, templum Dei ædificari vetat), isle nescit mensuram frugum et mercedis suœ. Vel certe propter hoc quod dicitur : « Si adhuc cognos- cctur super, terrain area, » qui seminaverit in spiritu, et de spiritu messuerit vitam aeternam, Galat . vi, nequaquam sibi thesaurizabit in terra, sed omnia opéra ejus et mercedes operum in cœlestibus colli- gentur. Vinea quoque, id est, sermo Dei, cujus in la grenade, les dogmes de l’Église et la science des Écritures qui sont comparés aux joues de l’épouse dans le Cantique des cantiques, et l’oli¬ vier, seront à la fois l’aliment et la lumière du cœur de celui qui aura entrepris d’élever un temple au Seigneur. Que la vigne, le figuier et l’olivier — je néglige un instant, la grenade — se rapportent à la personne du Sauveur,, de Dieu le Père et du saint Esprit , nous le lisons pleinement dans ce passage du livre des Juges, où les bois stériles cherchent à se donner un roi ; ils disent tour à tour à la vigne, au figuier, à l'olivier, de vouloir bien régner sur eux, ce que décline autant la vigne que le figuier et l’olivier, dédaignant de régner sur des bois infructueux. Alors ceux-ci s'en vont au bois stérile par excellence, c’est-à-dire au buis¬ son, ce bois épineux, cet arbuste où s’entrela¬ cent les piquants et les arêtes, qui retient tout ce qu'il touche, pique tout ce qu’il retient et se délecte dans le sang des blessures qu’il a faites ; ce n’est pas tout, il fait jaillir le feu de son sein et consume les bois de son empire. Ce buisson sera à nos yeux le démon, et dans la nature de l’arbuste, nous trouverons l’image de sa nature. Or, la vigne, le figuier et l’olivier seront où se trouvera la grenade qui, en raison de la singu¬ lière multitude de ses grains, et de la disposi¬ tion toute géométrique de ses membranes entre¬ lacées et de ses petits casiers tous distincts et cependant renfermés tous sous une même unoquoque Pater agricola est; et ficus, Spiritus sancti dona dulcissima; et malogranatum, eccle- ’siastica dogmata ot scientia Scripturarum , quæ sponsæ genis in Cantico canticorum comparatur, Cant. vin, et ligna olivæ dabunt refectionem et illu- minationcm cordis ei qui cœperit ædificare templum Dei. Quod autem vinea, et ficus, et oliva (paulisper de malogranato differo) referantur ad personam Salvatoris et Dei patris et Spiritus sancti, in Judi- cum libro, cap. ix, plenius legitur, ubi vadunt infruc- tuosa ligna, ut constituant regem super se, clicuntque per ordinem vineæ et ficui et olivæ, ut régnent super ea, et tam vinea, quam ficus et oliva renuuht taie imperium., nec dignantur super infructuosa ligna re- gnare. Tune ilia veniunt ad lignum sterilitatis suæ regem, id est, ad rbamnum spinosum fruticeui, et arbusculam sentibus uncinisque contextam, quæ teneat quidquid attigerit, et rctentum vulneret, et vulneratorum sanguine delectetur: insuper etignem cmittat a se, et regnata ligna consumât. Referimus autem rbamnum ad diabolum, et seeundmn virgulti naturam, il I ius naturam interpretabimur. Porro vinea . et ficus, et oliva ibi erunt, ubi malogranatum fuerit, quæ arbor propter granorum nimiam muititudinem, COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE AGGÉE. 303 écorce, nous est toujours donné, dans l’Écriture, comme une figure de l’Église. «Et la parole du Seigneur se fit entendre une seconde fois à Aggée, le vingt-quatrième jour du mois, en disant : Parle à Zorobabel, chèf de Juda, et dis : J’ébranlerai également le ciel et la terre, et je briserai la force de l’empire des nations, et je renverserai le char et celui qui le monte; et les coursiers et les cavaliers tomberont, et le guer¬ rier périra par l’épée de son frère. En ce jour, dit le Seigneur des armées: Je te prendrai, Zoro¬ babel, fils de Salathiel, mon serviteur, dit le Seigneur, et je te placerai comme un sceau, parce que je t’ai choisi , dit le Seigneur des armées.» Ibid, 21 et seqq. Les Septante ajoutent « la mer et le désert, » mais ne disent pas : « Je briserai la force de l’empire des nations ; » et on peut complètement s’en convaincre par la lecture de leur texte. Remarquons que c'est le même jour, c’est-à-dire le vingt-quatre du neu¬ vième mois, mais sans désignation du nombre du mois, parce qu’il était prophétisé touchant l’avénement et le règne du Christ, que la parole denotre Seigneur se faitunesecondefois entendre à Àggée, non par le ministère d’Aggée, comme précédemment, ni au prophète Aggée, comme dans la quatrième vision, mais simplement à Aggée, c’est-à-dire à celui qui célèbre les fêtes du Seigneur, car ce n'est pas comme devant venir, mais comme venant présentement, qu’il l’annonce et qu’il le voit. Et comme Abraham et intertextis membranulis quamdam geomctricam compositiouem, et diverses quidem mansiunculas, sed tamen omues una cortice comprehensas, semper in Scripturis super Ecelesiæ persona ponitur. « Et factum est verbum Domini secundo ad Ag- gæum iu vicesima quarta die mensis, dicens : Loquere ad Zorobabel ducem Juda, dicens : Ego movebo ccelum pariter et terrain, et subvertam solium re- gnorum, et conteram forfeitudinem regni gentium ; et subvertam quadrigam et ascensorem ejus ; et des¬ cendent equi et asceneores eorum ; vir in gladio fra- tris sui. In die ilia, dicit Dominus exercituum : Assumam te, Zorobabel, filii Salathiel, serve meus, dicit Dominus, et ponam te quasi signaculum ; quia te elegi, dicit Dominus exercituum. « Ibid. 21 et seqq. In LXX addita sunt, « mare et aridam » ; et minus habet, « Conteram fortitudinem regni gentium, » quod plenius ex ipsorum lectione noscitur [al. nos - cetur], Notandum autem quod in eadem die, hoc est, in vicesima et quarta noni mensis, tacito mensis nu¬ méro, quia de Cbristi prophetabant [al. prophetaba - tur] adventu, et de regno ejus, secundo ad Aggæum serin o fit Domini nostri, non in manu ejus ut prius, neque ad Aggæum prophetam, ut in visione quarta, sed tantum ad Aggæum, id est, ad Domini festacele- vit le jour du Christ et fut réjoui ; Joan. vm, et que Jean montra du doigt l’Agneau de Dieu ; Joan. i ; ainsi lui, voyant le règne du Fils de Dieu, il célèbre en lui-même toutes les fêtes. Il y a sur ce passage divers sentiments chez la plupart : les uns pensent qu’il est question de son premier avènement; les autres qu’il s’agit du second, quand il viendra dans sa majesté. Quant à nous, nous admettons les deux, parce qu’il a régné quand il est venu, et qu’il régnera dans la suite. Cependant, si nous l’entendions de la fin du monde, nous dirions ce que l'Apôtre dit aux Corinthiens : Détruisons toute principauté et toute puissance et toute domina¬ tion, afin que Dieu soit tout en tous. I. Cor . xv. Mais parce que tout cela est mystique et se rapporte à la fin des .choses, le Prophète reçoit ordre de parler à Zorobabel seul, en qui nous avons montré un type précurseur de Jésus - Christ, prenant la nature humaine dans la race de David. C’est à lui donc qu’il est dit ce qui doit arriver à la fin, que la figure de ce monde passe, qu'il se fait un ciel nouveau et une nou¬ velle terre, que le Seigueur ébranle le ciel et la terre, qu’il détruit toute principauté, toute domi¬ nation et toute force et dissipe les rois des rois, ou, comme porte l’hébreu, des royaumes ; qu’il brise toute puissance adverse, afin qu’à ceux-là mêmes qui auparavant tenaient l’empire et le sceptre de d’autres nations,' profite le renverse¬ ment de leur trône ; et que toute cause de guerre se trouvant désormais bannie, s’établisse l’em- brantem: quia nequaquam venturum, sed venientem nuntiaret et cerneret. Et quomodo Abraham vidit diem Cbristi, et lætatus est; Joan. vm ; et Joannes Agnum Dei digito demonstravit ; Joan. i ; sic et ipse videns regnum Filii Dei, haberet in se universas so- lemnitates. In hoc Joco apud plerosque diversasen- tentja est : Alii enim suspicantur de primo ejus adventu dici : alii de secundo, quando in sua ma- jestate ventnrus [al. futurus] est. Nos utrumque suscipimus, quia et tune regnavit cum venit, et postca regnaturus est. Attamcn si de fine enundi voluerimus accipere, illud dicemus quod Apostolus ad Corinthios loquitur : Destruendum omnem prin- cipatum et omnem potestatem et virtutem, ut sit Deus omnia in omnibus. I Cor. xv. Et quia mysti- cum est quod dicïtnr, et ad finern reruin pertinet; idcirco jubetur propheta ad solum Zorobabel loqui, quem in typo Christi pi'opter assumptionem corpo- ris ex semine David processisse monstravimus. Huic ergo dicuntur quæ in fine ventura sint, quod transeat figura hujus mundi, et fiat cœlum novum, et terra nova, etcommoveat Dominus cœlum et terram, ot destruat omnem principatum, et potestatem^ et vir¬ tutem, et dissipet reges regum, sive, ut habetur in Hebræo, « regnorunq » et interficiat omnem fortitu- 304 SAINT JÉROME pire de la paix ; c/est ce qu'il indique en disant: . « Et je renverserai les chariots et leurs conduc¬ teurs, et ceux qui les montent, et tomberont les coursiers et leurs cavaliers. » Et pour que vous voyez bien, dans la chute des coursiers et des cavaliers, la signification que nous en don¬ nons, remarquez comment dans Zacharie il est dit du Christ qu'il vient en roi plein de dou¬ ceur, monté sur une finesse et sur le jeune poulain de l’ânesse, et qu’il renverse tous les quadriges d’Éphraïm, Zach. ix, et le cavalier de Jérusalem, afin qu’il n'y ait qu’un seul troupeau et un seul pasteur, et qu'il ne soit fait, tant des gentils que des Juifs, qu'une seule famille, vivant sous un seul pacifique pasteur. Et pour que soit détruit tout ce qu'il y a de mauvais, que chacun s'arme du glaive — la parole de la doc¬ trine sans doute, glaive aigu et atteignant tout ce qui est mal -— et s’élève contre son frère et coupe tout ce qui est pervers. Tout cela n'a qu'un but excellent. Quand, en effet, seront renversés les trônes, et les forces des empires dinem contrariait!, ut ipsis quoque, qui ante regna- veraut, et gentes sub sua teuuerant ditioue, prosit regni eorum destructio, et omni præliandi studio dissipato, sequatur pax ; hoc est euim quod ait : « Et subvertaui quadrigam, sive quadrigas, et ascen- sores earurn , et descendent equi et ascensores eorum. » Et ut sciatis iu subversioue quadrigarum et corrueutium equitum, hoc quod diximus significari : Videte quomodo de Christo dicatnr iu Zacharia quod veuiat mansuetus rex, et ascendeus super ju- galem [al. subjngalem] et pullum asinæ uovellum,et disperdat quadrigas ex Ephraim, Zach. ix, etequum de Jérusalem, ut fiat unus grex et unus pastor, et utrumque agmeu tam de geutibus quam de Judæis, sub pacifico pastore teueatur. Ut autem hæc quai perversa suut destruantur, uuusquisque in gladio (quem ego puto sermouem esse doctrinæ acutissi- mum, et perversa quæque resecantem) cousurget adversus fratrem suum, amputans omne contrarium. Sed horum universorum finis est optimus. Post des- et des quadriges et des coursiers et des cava¬ liers, ce jour là, dit le Seigneur : « Je te pren¬ drai , ô Zorobabel, fils de Salathiel , mon ser¬ viteur. » Il est appelé serviteur à cause de son corps humain, parce qu’alors le fils lui-même sera soumis à celui qui lui aura soumis toute chose, et que lui-même apparaîtra soumis, au milieu de toutes choses soumises. C’est alors que Dieu le placera comme un sceau dans sa main Car Dieu l'a marqué de son sceau ; Joan , yi. 27 ; et il est l’image de Dieu invisible, et la forme de sa substance, afin que quiconque croira en Dieu soit scellé comme de son cachet. Lecteur, soyez indulgent pour celui qui dicte si rapidement, et ne cherchez pas la grâce du langage'que j'ai laissée depuis longtemps dans l’étude de la langue hébraïque, bien que Alecte pense que j'ai toujours été enfant et muet. C’est à lui queje dis : « le Seigneur donnera la parole à celui qui évangélise, et grande vertu. » Psalm. lxyii, 12. tructiouem enim soliorum, et fortitudines |al. forti- tudinis] regnantium, et quadrigarum, et ©quorum, et equitum, iu die ilia, dicit Domiuus orampotens : « Assumam te, Zorobabel, fîlium Salathiel, servura meum. » Servus autem dicitur, propter corpus hu- manum, quia tune et ipse filius subjicietuv ei, qui subjecit sibi omuia, et in subjectis omnibus vide- bituretipse subjectus. Sedcum hoc fueritimpletum, ponet ilium Deus quasi signaculum in manu sua : « Hune enim signavitDeus pater; » Joan. vi, 27 ; et Hic est imago Dei invisibilis, et forma substantiæ ejus ; ut quicumque crediderit in Deum, hoc quasi annulo consignetur. Obsecro te, lector, ut ignoscas celeri sermonedic- tanti, nec requiras eloquii venustatem, quam multo tempore Hebrææ linguæ studio perdidi : quauquam me Àlecto semper in fonte m ac muLum fuisse au tu- met (a). Cui ego dicam ■ « Dominus dabit verhum evangelizanti, virtutem mut tam. » Psalm. lxvii, 12. (aj Sanc viderttur ad codicis Régime fidein legendum ex S. Docloris persona, Quanquam a lacté semper infantem aemuium fuisse me autumem ; verum quod subscqùitur, cui ego dicam, etc. id nullo opinari modo patilur. Uieronymus Alecto œmulum suum dixerit, quod ab postrema verba, virtutem multam sivc virtutes rmtltas, utrumque enim legilur, hæc observât Yictorius : Hanc, ait, ïcctionem sccutus est is, qui Marcimi jnierpretatur a principio , in opere quod Iïierouymo ascribitur, eam.qui ex cunctis Vaticnnæ bibliothccæ mss. unus tantum codex rctinct : sensusque liujus lcctionis est : Dominus dabit virtutes mu lias, sou virtutem multam evangelizanti ver bitm. Nos tamen corrcximus : Dominus dabh verbum evangelizanti virluie multa. Evangelizaniibus euim Jegiliir cunctis in vulgatis editionibus Græcis et Latinis, tam manuscriptis, quam impressîs. Eumquc Ïcctionem non solum alibi ipse lliero- nymns semper sequitur, sed servavit adhuc Yctustissimus, ac mille ferme annorum Vatican us Græcus codex, legeus Suvap.st 7CûXX?j, conscntiuntque cum cadcm quadraginta sex Bibliorura pênes inc vetustisaimn manuscripla cxcmplnria. Hcbraicæ locutiouis ambi¬ gu! las diversitatem introduxit. (Edit. Mign.) COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE A EXUPÈRE , ÉVÊQUE DE TOULOUSE. DEUX LIVRES. PROLOGUE. C’est â la fin de l’automne , que notre frère et votre fils, le moine Sisinnius, m’a remis la lettre de votre révérence. Je me suis réjoui en la lisant de voir que vous ôtes en bonne santé et que vous vous souvenez de moi, et de tous les frères qui dans les saints lieux servent le Seigneur, parmi lesquels vous vous faites des amis de l’argent de l'iniquité, et vous vous préparez des tabernacles éternels où vous puis¬ siez dire avec David : « Que vos tabernacle^ sont aimés, Seigneur des vertus ; mon âme désire et s’exhale dans les parvis du Seigneur. » Psalm. lxxxiii, 2, 3. Car si « le passereau trouve pour lui une demeure et la tourterelle, un nid pour mettre ses petits, » 'Ibid . 4, comment vous, pontife du Seigneur, qui, sur la fin des temps, COMENTAEIOEUM IN ZACHARIAM PROPHETAM AD EXSUPERIUM TOLOSANUM EPISCOPUM LIBRI DUO PEOLOQUS Ultiino jam autumni tempore frater noster, filius tuus, Sisinnius monachus , tuæ mihi dignationis epistolam reddidit : qua lecta, gavisus sum esse te sospitem, et memorem mei, omniumque fratrum qui in sanctis locis Domino serviunt, in quorum refri- geriis facis tibi arnicos de iniquo mammona, et præ- paras æterna tabernacula, ut possis cum David dicere : « Quam dilecta tabernacula tua, Domine TOMEÙX. foulez les pressoirs afin de donner aux peuples altérés le vin du sangdu Christ, vous ne crieriez point et ne diriez point en toute liberté : « Mon coeur et ma chair ont tressailli pour le Dieu vi¬ vant ; heureux ceux qui habitent dans votre maison I » Ibid. 3, 5. J’apprends que dans cette vallée de larmes, dans ce heu que Dieu a ouvert au combat pour donner la couronne aux vain¬ queurs, vous disposez des degrés dans votre coeur, vous allez de vertu en vertu, et imitez la pauvreté du Seigneur pour devenir riche avec lui ; c’est sur votre sein qu’il repose sa tète, qu’il est, chaque jour, visité, sustenté, vêtu, et surtout que vous brûlez d’ardeur pour la lecture des saintes Écritures. Comme j'avais le désir de vous dédier une petite production de mon virtutum ; concupiscit et déficit anima mea in atria Domini. » Psalm. lxxxiji, 2, 3. Si enim « Passer in- venit sibi domum, et turtur nidum ubi ponat pullos suos, » Ibid. 4, cur tu qui pontifex Domini es, et calcas in fine mundi torculqria, ut sitientibus populis sanguinis Christi vinum tribuas, non libéré procla- mabis ac dices : « Cor meum et caro mea exultave- runt in Deum vivum : beati qui habitant in domo tua. » Ibid. 3, 5. Audio te in valle Iacrymarum, in loco quem Deus posuit ad certamen, ut vincentibus coronam daret, ascensiones in tuo corde disponere, et ire de virtute in virtutem, et imitari Domini pau- pertatem, ut cum illo dives fias, et in te reclinèt caput, et per singulos dies suscipiatur, visitetur, alatur, vestiatur, et præcipue sanctarum Scriptura- rum lectione fervere. Cumque tibi cuperem ingenioli mei aliquod offerre munusculum, et cœpta in duo- cecim propketas explanatio perveniret ad calcem, 20 300 SAINT JEROME pauvre esprit et que mon commentaire sur les douze prophètes touchait à, sa fin, je n’ai point voulu abandonner ce travail commencé ; aussi ce que je ne devais point dicter pour vous, c’est à vous surtout que je le consacre, et je suis heu¬ reux d’avoir, pour parler du livre de Zacharie, le plus obscur et le plus long des douze prophètes, l’intervalle de temps laissé par un prompt retour; aussi son exposition ne souffre aucun retard, et, que je veuille ou non, c’est aux instants déro¬ bés aux heures favorables de la nuit que je suis forcé de dicter ce dont je vous ferai hommage. Origène a écrit deux volumes j usqu’à la troisième partie du livre de ce prophète. Ilippolyte en a édité des commentaires et, à ma prière, Didyme en a aussi dicté quelques livres d’explications qu’il m’a dédiés, avec trois autres sur Osée ; mais toute leur exégèse n’est que allégorique et à peine touchent-ils à quelques points d'histoire. Aussi, dans le désir d’imiter ce père de famille « qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes, » Matth . xiii, 52, et l’épouse du Cantique des cantiques qui dit; «C'est pour vous, mon petit frère, que j’ai gardé les fruits nou¬ veaux avec les anciens,» Gant, vn, 13, j’aimêléà l’histoire des Hébreux la tropologie des nôtres, afin de bâtir sur la pierre et non sur le sable, et de poser ce fondement solide que le grand ar¬ chitecte Paul dit avoir posé lui-même. Daigne votre bienveillance agréer non notre érudition, qui est nulle et bien petite, mais mon bon vou¬ loir, plein d'empressement pour vous, et, par là, nous provoquer encore, et nous animer à courir dans le champ si vaste des Ecritures. S’il y en avait à qui l’interprétation de ce volume ou d’autres ait été antérieurement promise, qu’ils le pardonnent à mon incroyable affection pour vous, et qu’ils regardent comme écrit pour eux-même ce que j’ai écrit pour vous : « car la charité est indulgente, la charité n’est pas ja¬ louse et ne cherche point son propre intérêt. » I Cor. xiii, 4, 5. Mais il est bien temps d’en ve¬ nir au texte de Zacharie, et de tendre au saint Esprit les voiles de l’interprétation. LE LIVRE PREMIER. « Le huitième mois de la seconde année de Da¬ rius, la parole du Seigneur se fit entendre à Zacha- susceptum opus deserere nolui, sed quod et absque te dictatnrus eram, tuo potissimum nomini conse- cravi ; et gaudeo quod obscurissimus liber Zachariæ prophetæ, etiuter duodecim longissimu3,eo tempore disserendus est, quo ob festinationem ejuô qui rever- sur us est, nullam moram patitur interpretatio : sed velim nolim, saltem lucrativis per uocteoihoris atqne furtivis dictarc compellor, quod tibi dirigam. Scripsit in hune prophetam Origenes duo volumina, usque ad tertiam partent libri a principio. Hippolytus quoque edidit Commentarios, et Didymus quoque Explana- tionum libros, me rogante, dictavit, quos cumaliis tribus (a) in Osee et mihi : sed tota eorum allegorica fuit, et historiœ vix pauca tetigerunt. Itaque imitari cupiens ilium patremfami- lias, « qui profert de thesauro suo nova et vetera;» Matth. xiu, 52 ; et sponsam de Cantico canticorum, quæ dicit : « Nova cum veteribus fratruelis meus servavi tibi; » Cant. vu, 13; bistoriæ Hebræorum tropologiam nostrorum miscui, ut ædificarem super petram et non super arenam, Matth. vii, ac stabile rie, fils de Barachie, fils d’Addo et prophète, on disant.» cap. i, 1 .Les Septante: «Dans le huitième jacerem fundamentum, quod Paulus architectus po- suisse se scribit. I Cor. m. Tuæ benevolentiæ erit, non eruditionem nostram, quæ vel nulla, veï parva est ; sed pronam in te suscipere voluntatem : ut nos ad cæteraprovoces, et in longo Scripturarum campo currere coliorteris. Si qui autem snnt, qnibus inter- pretationem et borum et aliorum voluminum ante promisi, ignoscant iucredibili in te amori meo, et quidqnid tibi scripsi, sibi scriptum arbitrentur : « Cliaritas cnim beniguaest, charitas non æmulatur, non quærit quæ sua snnt. » I Cor. xm, 4, 5. Sed jam tempus est, nt Zachariæ verba ponentes, Spiritui sancto interpretationis vêla pandamns. LIBEIt PEIMUS. « In mensc octavo, in anno sccuudo Darii, factum est verbum Domini ad Zachariam, fîlium Barachiæ, JûJium [Vulg. filii] Addo, prophetam dicens. » (cap. i. — vers, i.) LXX : « In octavo mense anni secuudi sub Dario, factum est verbum Domini ad Zachariam, (a) lnsignis hic error in Tclcribus editionibus ((uœ absque ullo sensu logunt, quos cum iribus aliis in Osee et Michæa. 7tooae; sic accipitur, ut ira. Ex quo loco con- vincuntur hæretici, qui veteri detrahunt Testamento, quod irascens Deus non perdere cupiat eos in quos ne veut point, dans sa colère, la perte de ceux contre qui il est irrité, mais leur amendement. Parce que, dit-il, je suis pénétré d’un zèle jaloux pour Jérusalem et Sion, que leurs enne¬ mis ont opprimées plus que je n’eusse voulu, c’est pour cela que le Seigneur dit ceci : Je re¬ viendrai vers Jérusalem, non pas simplement avec miséricorde, mais ému de beaucoup de miséricorde ; et ma maison, c’est-à-dire le temple/ y sera construit sousZorobabel et Jésus, lils de Josédec ; et le cordeau des constructeurs s’éten¬ dra au-dessus de Jérusalem. Jérusalem et Sion, la vision de paix et la haute forteresse qui, s’éle¬ vant au-dessus des luttes de ce siècle, des choses basses et terrestres, ne vise qu’à la paix, à la concorde, et aux choses élevées du ciel, peut être prise pour l’Église, qui, à cause des vices, des péchés, et de sa charité en décrois¬ sance chaque jour, sera livrée, par la colère du Seigneur, aux persécutions, afin que, comme dans un creusot, s’en dégagent purs l’or et l'ar¬ gent. Les ennemis à qui elle sera livrée, s’effor¬ çant de la détruire, rempliront Jérusalem du sang des morts, d’une porte à l’autre. Mais le Seigneur, qui promet la paix et la miséricorde, dit qu’il la rebâtira de nouveau et qu’en elle sera tendu le niveau ou le cordeau, selon la mesure et le rang de chacun. En quoi consiste ce cordeau, nous le voyons dans le chapitre suivant, où le prophète dit : « Je levai les yeux irascitur, sed emendare. Quia ergo, inquit, zelatus sum Jérusalem et Sion zelo magno , quas adversarii plus quam volueram depresserunt ; idcirco hæc dicit Dominus : Revertar non in una misericordia, sed in multis misoricordhs ad Jérusalem ; et domus mea, id est, templum, ædiücabitur in ea sub Zorobabel , et Jesu filio Josedec : et perpendiculum cæmentariorum extendetur super Jérusalem. Potest Jérusalem et Siou, Visio pacis et spécula, quæ non bellakujus sæ- culi, nec humilia atque terrena, sed pacern atque concordiam , et cœlorum excelsa considérât, Ecclesia intell igi. Cui propter vitia, atque peccata, ot refriges- centem quotidie charitatem irascens Dominus , Matth. xxïv, tradet eam persecutionibus, ut quasi in conhatorio mundum aurum appareat et argentum. Adversarii vero quibus tradita est, eam delere inni- tentes, implent Jérusalem cruore cæsorum a porta usque ad portam. Unde Dominus pacem et raiseri- cordiam repromittens , rursum eam ædificaturum esse se dicit : et perpendiculum sive funiculum se- cundum mensuras et ordines singulorum in ea esse tendendum. Quid sit autem funiculus, sequenti. capi- tulo demonstratur, ubi dicit propheta.: « Levavi oculos meos et vidi : et ecce vir, et in manu ejus funiculus mensornm. » Templum autem Dei quod adversarii destruxerunt, potest et Domini venerabile 316 SAINT JEROME et je vis : et c’était un homme, et dans sa main ôtait le cordeau de ceux qui mesurent. » Ce temple de Dieu que les ennemis ont détruit peut être aussi le corps vénérable du Seigneur, dont il disait lui-même : « Détruisez ce temple, et moi, en trois jours, je le relèverai. » Joan. ir, 49. Détruit dans sa Passion, relevé dans sa Résur¬ rection, il a été le principe et le germe de tous les temples dont l’Apôtre dit : « Vous êtes le temple de Dieu, et l’Esprit saint habite en vous.» I Cor. xiii, 46. « Crie encore et dis : Voici ce que dit le Sei¬ gneur des armées : Mes villes auront encore abondance de biens, le Seigneur consolera de nouveau Sion et choisira Jérusalem. Ibid . 47. Les Septante : « Et l’ange qui parlait en moi me dit : Crie encore et dis : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : Mes villes seront encore remises dans l'abondance, et le Seigneur aura encore pitié de Sion, et choisira'Jérusalem. » L’ange qui venait de dire au prophète : Crie : voici ce que dit le Seigneur, l'invite maintenant de nouveau à crier non par l’élévation de la voix, mais de l’âme, et voici ce qu'il lui com¬ mande de faire entendre : Les biens afflueront encore dans mes villes que tu vois main¬ tenant ravagées par le feu de Babylone; de nouveau elles abonderont de tous biens, et le Seigneur les consolera, par cette abondance, de leur misère passée, et choisira Jérusalem qu’il avait rejetée naguère. Si nous le rapportons à l'Église, qui a la promesse des vrais biens, des corpus mtelligi, de quo ipse dicebaL : « Solvite 4em- plum hoc, et ego in triduo suscitabo illud. » Joan . h, 49. Quod in passione déstructura, in resurrectione suscitatum est, et omnium templorum seminarium atque exordium fuit, de quibus et Apostolus loqui- tur : « Vos estis templum Dei , et Spin tus sanctus habitat in vobis. » I Cor. xiii, 46. « Adhuc clama dicens : Hæc dicit Dominus exerci- tuum: Adhuc affluent civitates meæ bonis; et conso- labitur adhuc Dominus Sion, et eliget adhuc Jérusa¬ lem. » Ibid. 47. LXX : « Et dixit ad me angélus qui loquebatuv in me : Adhuc clama, dicens : Hæc dicit Dominus omnipotens : Adhuc diffundentur civitates in bonis, et miserebitur Dominus adhuc Sion, et eliget adhuc Jérusalem. » Angélus qui supra dixerat ad prophetam : Clama : Hæc dicit Dominus exerci- tuum, nunc quoque impellit ut clamet, non vocis in- tensione, sed mentis ; et hoc est quod clamandum præcipit : Adhuc affluent civitates meæ bonis; quas nunc cernis a Babylonio igné vastatas, rursnm rebus omnibus abnndàbunt, et præsentibns bonis præteri- tam miseriam Dominus consolabitur, et eliget Jéru¬ salem; quampaulo ante. projecerat. Quod sireferimus biens éternels, il est à croire qu’il s’agit ici de ceux dont il est écrit : « Afin que tu voies les biens de Jérusalem ; » Psalm. cxxvu, 5 ; et ailleurs : et Si vous voulez et si vous m’écoutez, vous serez nourris des biens les meilleurs de la terre; » Isa. i, 19; et ceci.: «Tu mettras ta con¬ fiance dans le Seigneur, et tu seras établi sur les biens de la terre. » Ce sont ceux que le sage, à qui le Seigneur avait révélé les secrets et les obs¬ curités de sa sagesse, se promet à lui-même, dans l’espérance des biens futurs, et dit : « Je crois voir les biens du Seigneur dans la terre des vivants. » Psaim. xxvi, 43. C’est de ces biens qu’après les horreurs de la plus cruelle persé¬ cution suscitée à l’Église parles païens et les hé¬ rétiques ariens et le retour de la paix, nous voyons les Églises du Seigneur comblées, et con¬ solées et choisies cette Sion et cette Jérusalem qu'il avait depuis longtemps rejetées. Cette Sion consolée et Jérusalem choisie et tout ce qui, en ce genre, est annoncé par tous les prophètes, il y en a qui le rapportent à la céleste Jérusalem qui, réduite en ruines doit être relevée par les vertus. Nous, avec plus de vérité, nous l’in¬ terpréterons de l’Église. » Et je levai les yeux et je vis : et c’était quatre cornes, et je dis à l’ange qui parlait en moi : Qu’est-ce que cela ? Et il me dit : Ce sont les cornes qui ont dissipé Juda, Israël et Jérusalem. Et le Seigneur me montra quatre ouvriers et je dis : Qu'est-ce que ceux-là viennent faire ? Il me dit : Ce sont les cornes qui ont accablé Juda, ad Ecclesiam, cui verabonaet perpétua pollicetur, ilia bona esso credenda sunt, de quibus scriptum legimus : « Vïdeas bona Jérusalem ; » Psalm. cxxvu, 5 ; et in alio loco : « Si volueritis et audieritis me,, quæ bona sunt terræ, comedetis ; » Isa. i, 19 ; et illud : « Fidens eris in Domino, et elevabit te super bona terræ, » quæ sibi vir sapiens, cui Dominus incerta et obscura suæ sapientiæ revelarat, spe futurorum pro- mittit, et dicit : « Credo videre bona Domini in terra viventium. » Psalm. xxvi, 43. His bonis post sævissi- mæ persecutionis incendia, quæ et a gentilibus, et ah hæreticis Arianis Ecclesiæ . Domini pertulerunt, pace reddita, videmus Domini Ecclesias affluere, et consolatam Sion, et electam Jérusalem , quas dudum abjecerat. Hoc ipsum et de templo Domini, et de unoquoque credentium intelligcre possumus. Quidam consolatam Sion, et electam Jérusalem et cæteraquæ in hune modum a prophetis omnibus prædicantur, ad cœlestem Jérusalem référant, quæ destructa per ruinam , per vir tûtes ædificauda sit. Quæ nos omnia rectius super Ecclesia interpretabimur. « Et levavi oculos meos et vidi : et ecce quatuor cornua, et dixi ad angelum qui loquebatur in [al. ad] COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 317 homme par homme, et pas un d'entre eux n’a levé la tète, et ceux-ci sont venus pour les frap¬ per, afin d'extirper ces cornes des nations qui se sont élevées contre la terre de Juda pour la dissiper, v Ibid. 18, 19. Les Septante : « Et je levai les yeux et je vis : et voilà que c’était quatre cornes ; et je dis à l’ange qui parlait en moi : Qu’est-ce cela, Seigneur? Et il me dit : Ce sont les cornes qui ont dispersé Juda et Israël et Jérusalem. Et le Seigneur me montra quatre ouvriers, et je dis: Qu’cst-ce qu'ils vien¬ nent faire ? Il dit : ce sont les cornes qui ont dispersé Juda et ont écrasé Israël et aucun d’eux n’a levé la tête ; et ceux-ci sont partis pour les arracher de leur main. Les quatre cornes sont les nations qui ont élevé leur empire sur la terre du Seigneur , pour la disperser , » Les quatre cornes qui ont comme passé au van et dispersé Juda et Israël et Jérusalem, sont quatre peuples, les Babyloniens, les Mèdes et les Perses, les Macédoniens et les Romains. Interrogé par le prophète, le Seigneur le déclare à présent, et Daniel l’expose, d’une manière complète, dans la vision de la statue qui avait une tète d'or, la poitrine d'argent, le ventre et les cuisses d’ai¬ rain et les pieds de fer et d’argile ;Dan. ii; et de nouveau dans la vision des quatre bêtes, la lionne, l’ours, le léopard et cette autre horrible bête dont il ne donne pas le nom, ne sont que ces quatre nations, représentées sous une autre figure. Que les Mèdes et les Perses aient formé un seul royaume, après la victoire de me : Quid simt hæc ? Et dixit ad me : Hæc sunt cor- nua quæ ventilaverunt Judam, etlsrael et Jérusalem. Et ostendit mibi Dominas quatuor fabros, et dixi : Quid isti veniunt facere ? Qui ait, dicens : Hæc sunt cornua quæ ventilaverunt Judam per singulos viros, et nemo eorum levavit caput suum, et venerunt isti deterere ea, ut dejiciant cornua gentium quæ eleva- verunt cornu super terrain Juda, ut dispergerent eam. » Ibid. 18, 19. LXX . « Et levavi oculos meos et vidi : et ecce quatuor cornua; et dixi ad angclum qui loquebatur in me : Quid sunt hæc, Domine? Et dixit ad me : Hæc sunt cornua quæ disperserunt Ju¬ dam, et Israël, et Jérusalem. Et ostendit milii Domi¬ nas quatuor fabros, et dixi : Quid isti veniunt facere? Et dixit : Hæc sunt cornua quæ disperserunt Judam; etlsrael confregerunt : et nnllus eorum levavit ca¬ put : et egressi sunt isti ut cxacuant ea iu manibus suis. Quatuor cornua, gentes sunt quæ elevavcrunt cornu super terram Dominï, ut dispergerent eam. » Quatuor cornua quæ ventilaverunt, et disperserunt Judam, et Israël, et Jérusalem, quatuor gentes esse, Babylontos, Medos atque Pcrsas, etMacedonas, ac Romanos, et nunc Dominus a propheta interrogatus Gyrus, cela nepeut être douteux pour quiconque connaît les lettres soit sacrées, soit profanes. Et c’est à bon droit qu’il représente les empires par des cornes, la sainte Écriture ayant pour habitude de les désigner ainsi, comme en ce passage : « Et il a exalté la corne de son Christ ; » Psalm. cxlviii ; et dans un autre en¬ droit : « Et il a élevé la corne du salut pour nous dans la maison de David, son serviteur. » Luc. ï, 69. Le môme prophète Daniel dit que dix cornes s’élèveront à la fin. Dan. vu. A l’é¬ poque de cette vision, l’empire des Babyloniens avait déjà disparu, celui des Perses et des Mèdes s’élevait, et ceux des Grecs, des Macédoniens et des Romains étaient encore dans l'avenir. Ce que firent les Babyloniens, les Mèdes et les Perses, comme les Grecs ou Macédoniens, à Juda, à Israël et à Jérusalem, il n’est pas d’érudit qui ne le sache, et surtout sous le règne d’Antiochus, surnommé Epiphane, époque des événements de l’histoire des Machabées. Ce qu’après la venue du Sauveur, et pendant le siège de Jé¬ rusalem, ont enduré les Israélites, l’Évangile le proclame à l’avance, et l’historien juif Josè- phe la raconte pleinement. Ces cornes passè¬ rent comme au van et dispersèrent Juda, en quelque sorte homme par homme, au point que pas un d’eux ne leva la tète sous le poids cruel des maux qui les accablaient. Ces quatre ou¬ vriers o u artisans q ue les G recs app ellent charp en¬ tiers, ce n'est point le prophète,hii-même qui les exponit, et Daniel plenissime replicat. Qui in visione imaginis quæ babebat aureum caput, et peetns ar- genteum, et subumbilicum æneum, et crura, ac pedes ferreos et fictiles, lias quatuor gentes interpretatus est. Dan. n. Et rursum in alla visione quatuor bestias, leænam et ursum, et pardum, et aliam horribilem bestiam, cujus nomen non posuit, easdem gentes sub alia figura monstravit, Medos autem et Persas unum regnum esse post victoriam Cyri, non ambi- gct [al. ambigU], qui et sæculares et sacras litteras legerit. Et rectissime pro regnis cornua posuit, liane babente Scriptura sancta consuetudinem, ut regnum semper interpretetur in cornibus, ut est illud : « Et exaltavit cornu Christi sui. » Psal. cxlyiii, 14. Et in alio loco : « Et erexit cornu salutis uobis, in domo David pueri sui. » Luc. i, 69. Et decem cornua in ultimo regnatura, idem Daniel proplieta testatur. Dan. vu. Eo ergo tempore quo hæc visio cernebatur, jam Babyloniorum regnum præLerierat, instabat Përsa- rura atque Me dorurn, futurum erat Græcoruni atque Macedonum, et Romanorum. Quæ Babylonii, quæ Medi atque Persæ, quæ-Græci, id est, Macedones fecerint Judæ, Israël, et Jérusalem, vir eruditus 318 SAINT JEROME aperçoit, mais le Seigneur les lui montre, et lui indique qu'ils sont des ouvriers et des arti¬ sans, en qui nous voulons voir des anges qui obéissent à la puissance divine, à l'effet de relever ce que les nations ont renversé. L’expression que, d’après l’hébreu, nous avons rendue par : « Ils sont venus pour les briser » c’est-à-dire les royaumes, les Septante l’ont interprétée par: « Ils sont venus les aiguillonner de leurs, mains ; » ce qui doit être entendu pour amincir, ou assu¬ rément les amincir pour qu’ils courbent tous les cous sous le joug du Christ, et non, comme quelqu’un l’a interprété , pour qu’une fois effilés, ils deviennent pires. Si les anges, en effet , venaient pour rendre pires ceux qui sont méchants, ils ne faudrait pas les appeler ouvriers , c’est-à-dire destructeurs des maux et constructeurs des biens, mais ils seraient eux- mêmes du nombre des méchants et de ceux qui détruisent. Remarquons que ces quatre cor¬ nes des nations n’ont élevé qu’une corne contre le peuple de Dieu. Ces royaumes n’ont pas existé simultanément, et n’ont point en même temps opprimé Israël, mais ils se sont succédés l’un à l’autre ; aux Babyloniens ont succédé les Mèdes et les Perses; au royaume des Perses, celui des Macédoniens; au royaume des Macédoniens, l’empire romain. En tout ceci nous n'avons que agnoscit, maxime sub Anthiocko, cognomeato ’Etci- régna videlicet, Septuaginta interprétât! sunt : « Venerunt isti exacuere ea, in manibus suis. « Exacuere ea au¬ tem, pro deterere accipiendum est.Yel cerle deterere, ut omnia sub Cliristi. jugo colla submittant, et non (ut quidam interpretatus est) « cum exacuta fue- rint, » pejora fiaut. Si enim ad hoc veniant angeli, ut malos pejores faciant, non fabri appellandi sunt, id est, destructores malorum, et ædificatores bono- rum; sed et ipsi pro malis et destructoribus acci- piendi. Et lioc notandum quod ista quatuor cornua geutium, unum contra populum Dei cornu elevavc- rint; non enim regnaverunt pariter, et simul oppres- suivi l’histoire. Quant a ce que dit le prophète, qu’il a levé ses yeux, rapportons-le à ce sens spirituel : « J'ai levé mes yeux sur les monta¬ gnes d’où me viendra le secours ; » Psalm. exx, I ; et : « Levez vos yeux et voyez ces campa¬ gnes qui sont déjà blanches pour la moisson;» et lisons-nous dans Isaïe : « Le saint a dit : Levez vos yeux et voyez qui a montré toutes ces choses. » Isa. lï;, 6. Nous avons besoin de lever les yeux et de l’intelligence de l’esprit pour découvrir les forces contraires qui ont élevé leur corne contre nous, et c’est d’elles que l’Apôtre dit: «Nous n’avons point à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l’air. » Ephes. vi, 12. Ces quatre ennemis qui combattent sans cesse contre les saints, le Christ les a confondus par sa venue, et le psalmiste les groupe par deux, en disant : « Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu écraseras le lion et le dragon. » Psalm. xc, 13. Dans les quatre cornes qui s’élevèrent à l’encon¬ tre du peuple de Dieu , nous pouvons voir aussi les quatre passions que des érudits, sans extraire le mot du mot même, n’appel¬ lent point passions, mais perturbations ; ce sont la tristesse et la joie de l’esprit, deux sevunt Israël, sed sibi inuieem successerunt, Baby- loniis Med! et Persæ ; Persarum reguo, reguum Macedonum; regno Macedonum, imperium Roma- norum. Hæc sequentes bistoriæ ordiueni diximus. Quod autem oculos proplieta levasse se dicit, illi spiritualité!’ seusui coaptandum est : « Levavi oculos meos in montes, unde veniet auxilium mibi. » Psal. exx, 1, Et : « Levate oculos vestros, et videte regio- nes, quoniam jam albæ sunt ad metendum. » Joan. iv, 35. Et quod in Isaia legimus : « Dixit sanctus : Le¬ vate oculos vestros, et videte quis ostendit hæc om- nia. » Isa. u, 6. Elevatione ergo oculorum opus est et intelligentia spirituali, ut videamus contrarias fortitudines, quæ contra nos elevaverunt cornu suum : et dé quibus Apostolus loquitur : « Non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem : sed adversum principatus, adversum potestates, ad- versum mundi bujus rectores tenebrarum istarum, adversum spiritualia nequitiæ in coèlestibus. » Ephes. vi, 12. IIos quatuor adversarios, qui contra Sanctos sein per dimicabant, Chris tu s oppressit advenieu?. Et de bis Psalmista congemiuat : « Super aspidem et basiliscum ambuiabis, et conculcabis leonem et draconem. » Psal. xc, 13. Possumus quatuor cornua, quæ regnaverunt contra populum Dei, et quatuor tïccOï) accipere, quæ eruditi non verbuni de verbo ex- pvimeutes xaxoÇ/fXwç « passioucs, » sed « perturba- tiones » interpretantur, ægritudinem animi et gau- COMMENTAIRES SUR LI qui ont trait au présent, et deux à l'avenir, la crainte et le désir, au sujet desquels un illustre poète a aussi écrit : Eneid. vi : Par là, ils crai¬ gnent et ils désirent, ils s’affligent et se réjouis¬ sent... Les quatre ouvriers préparés contre elles et, pour ainsi parler, les médecins et les arti¬ sans du bien, ne sont point aperçus par le pro¬ phète; il ne pouvait, en effet, les voir sans que Dieu les lui montrât, mais c’est par le Seigneur qu’ils lui sont découverts : ce sont quatre ver¬ tus, la prudence, la justice, la force et la tem¬ pérance, dont Cicéron traite longuement dans ses ouvrages : De officiis et consacre un volume spécial à chacune d’elles. Ceux donc qui détrui¬ sent les vices élèvent des vertus , et tous les saints qui, en possession de ces remèdes, répa¬ rent sans cesse l’Église, doivent être appelés ouvriers. Voilà pourquoi l'Apôtre dit : « Comme un sage architecte, j’ai posé le fondement. » I Cor. m, 10. Et le Seigneur dans sa colère dit qu’il enlèvera de Jérusalem l'architecte et l’homme sage. Isa. ni. Et le Seigneur lui-même, le fils du Tout-puissant et du Créateur de toute chose, n’est- il pas appelé fils d’artisan? J’ai lu dans les com¬ mentaires d’un auteur que ces quatre ouvriers sontles quatre Évangélistes, qui remettent en leur ancienne place Israël opprimé, c’est-à-dire l’àme qui voit Dieu, etJuda, ou l’âme qui le confesse, et Jérusalem, ou la vision de paix, et qui ont ramené au salut, par la prédication de l’Evan- î PROPHETE ZACHARIE. 319 gile , ceux que les peuples des vices avaient dispersés de l’Église. « Et je levai mes yeux, et je vis; et c'était un homme et dans sa main un cordeau pour mesurer. Et je dis : Où vas-tu ! et il me dit: C’est pour mesurer Jérusalem, et voir quelle est sa largeur et sa longueur. » Zach. n, 1, 2. Les Septante : « Et je levai mes yeux, et je vis ; et c’était un homme et dans sa main était un cor¬ deau de géomètre, et je lui dis : Où vas-tu ? Et il me dit : c’est pour mesurer Jérusalem et voir quelle en est la largeur et la longueur. » Celui qui, ayant déjà levé les yeux, avait vu de tristes choses dans les quatre cornes, lève maintenant de nouveau les yeux pour voir l’homme dont il est écrit : « Voilà un homme, Orient est son nom ; Zach . vi, 12 ; et duquel nous avons lu plus haut : « Et voilà qu’un homme monté sur un cheval roux se tenait au milieu des myrtes qui étaient dans le bas, » ou bien, « entre des montagnes couvertes d’ombre ; » Zach. i, 8 ; et de qui le Père dit : « C'est lui qui a bâti ma cité, » Hebr. xr, dont l’artisan et le constructeur est Dieu. Ezêchiel, le vit aussi tenant à la main un cordeau et un roseau ayant la mesure d'une coudée d'homme, afin de mesurer Jérusalem, dont le même prophète nous donne, dans un langage mystérieux, la description, c’est-à-dire la largeur et la longueur. Quelques-uns pensent que ce fut réalisé en partie sous Zorobabel, Jesu, dium : duo præsentia, et duo futura, tnetum et cu- piditatem, de quibus et illustris poeta sigüificat : Æneid. vr : Hinc me tu unt, cupiuntque, dolent, gaudentquc... . Adversum lias, quatuor fabri, et (ut ita dicam) me- dici, bonique artifices, nou cernuutur a propheta, needum euim absque ostensione Dei per se eos vi- dere poterat, sed ostenduntur ei a Domino, quatuor scilicet virtutes, prudentia, justifia, fortitudo, tem- perantia, de quibus plenissirue in « Officiorum » libris Tullius disputât, scribens proprium quoque de quatuor vjrtutibus librum. Qui erge vitia destruunt, virtutes a'dificant, omnesque sansti, qui hæc reme¬ dia possîdentes instaurant semper Ecclesiam, fabri appellandi sunt. bnde et Àpostolus loquebatur : « Quasi sapiens architectus fundamentum posui. » I Cor. ni, 10. Et iratus de Jérusalem ablaturum esse se dicit architectum et virum sapientem. Isa. m. Et ipse Dominus , Dei omnipotentis filius et Creatoris [al. Creator ] omnium, fabri filius appellatur. Legi in cujusdam Commentariis, quatuor fabros, quatuor e y au gel is tas intelligi, qui oppressum Israelem, sen- surn videlicet videntem Deum, et Judam Dominum conüteutem, et Jérusalem visionem pacis, in prisfi- nam sedem restituant, et quos vitiorum gentes dis- perserant de Ecclesia, per prædicationem Evangelii retraxeruut ad salutem. « Et levavi oculos meos, et vidi : et ecce vir, et in manu ejus funiculus mensorum. Et dix i : Quo tu vadis? Etdixitad me. Utmetiar Jérusalem, etvideam quanta sit latitudo ejus, et quanta longitudo ejus [al. altitudo Ulius]. » Zach. h, 1, 2. LXX : « Etlevayi oculos meos, et vidi : et ecce vir, et in manu ejus funiculus geometræ, et dixi ad eum : Quo tu vadis? Et dixit ad me, bt dimetiar Jérusalem, et videam quanta sit latitudo ejus, et quanta longitudo. » Qui prius,oculis elevatis in quatuor coraibus, tristia vide- rat, nunc rursum oculos levât, ut videat virum, de quo scriptum est : « Ecce vir, Oriens nornen ejus ; » Zach. \ r, 12 ; de quo et supra legimus : « Et ecce vir ascendens super cquum rufum, et stabat inter myr- teta quæ erant in profundo, » sive, « inter montes umbrosos. » Zach, j, 8. Et de quo Pater loquitur : « Hic ædificavit civitatem rneam, » Hebr. xr, cujus artifex etconditor, De us est. Hic et ab Ezechiele cer- nitur, hahens funiculum in manu, et calamum ad mensuram cubiti virilis, ut metiatur Jérusalem, cujus descriptionem. id est, latitudinem, et longitudinem, idem propheta mystico sermone prosequitur. Ezech. xl. Quidam putant hoc ex parte completum sub Zo- 320 SAINT JEROME Esdras, Néhémie et autres chefs ou roi qui, jus¬ qu’à l'avénement du Sauveur , gouvernèrent Israël. D'autres, et surtout les Juifs, dans leurs vues exclusivement temporelles , l’entendent d'un règne de mille ans. La plupart des nôtres le rapportent à la céleste Jérusalem , et disent que délaissée par la ruine des âmes pécheresses, elle doit être relevée de nouveau ; ce sont les conjectures des hérétiques. Pour nous, cette montagne de Sion, cette mère des premiers- nés et des saints, c’est l’Église qui a été fondée dans la Passion et la Résurrection du Seigneur, et qui est bâtie tous les jours par celui qui connaît les mesures et les mérites de chacun. Ce que nous avons dit de l'Église, nous pouvons aussi l'entendre des âmes fidèles qui, chaque jour, sont édifiées par le Seigneur et aperçoivent cette paix qui fut laissée par lui aux Apôtres. « Et voilà que l'ange qui parlait en moi sor¬ tait, et un autre ange s’avançait au devant de lui et il lui dit : Gourez, parlez à cet enfant, en disant : Jérusalem n’aura pas de murailles, tant sera grande la multitude d’hommes et de bêtes qui l’habiteront. Et je serai pour elle, dit le Sei¬ gneur, un mur de feu tout autour, et dans sa gloire je serai au milieu d’elle. » Zach. n, 3, 4. Les Septante : « Et voilà que l’ange qui parlait en moi était arrêté, et un autre ange s’avançait à sa rencontre et il lui parla en disant : Gourez et parlez à ce jeune homme, en disant : Jéru- robabcl, et Jesu, et Esdra, et Nehemia, et cæteris du- cibus sive regibus, qui usque ad adventum Domiui Salvatoris populum rexerunt Israël. Alii vero, et maximeJudæiinmille amiorum regno interpretantur corporales corporaha requirentes. Nostrorum alitera pleriquc referunt ad cœlestem Jérusalem , et liane dicunt iterum extruendaun, quæ ruina animarum peccatricum fuerat destituta. Hoc hæretici suspicen- tur. Cæterum nos rnontem Sion, et matrem primitivo- rum atque Sanctorum interpretemur Ecclcsiam, quæ ædificata est in Passionc Domini et Resurrectione, et quotidie ædificatur ab eo qui novit mensnras et mé¬ rita singulorum. Quod de Ecclesia diximus, potest et de animabus accipi credentium, quæ quotidie ædifi- cantur a Domino, et cernunt pacem ejus quæ Àpos- tolis est relicta. « Et ccce angélus qui loquebatur in mo, egrodie- batur; et angélus abus egrediebatur in occursum ejus, et dixit ad eum : Gurre loquere ad puerum is- tum, dicens : Àbsque muro babitabitur Jérusalem, præ raultitudine liominum et jumentorum in rnedio ejus. Et ego ero ei, ait Dominus, murus ignis in cir- cuitu, et in gloria ero in medio ejus. » Zach. j, 4 et seqq. LXX : « Et ecce angélus qui loquebatur in me stabat, et angélus alius egrediebatur in occursum salem sera féconde et habitée par une multi¬ tude d'hommes et de bêtes résidant en elle. Et je lui serai, dit le Seigneur, un mur de feu tout autour, et pour sa gloire je serai au milieu d’elle. » L’ange qui parlait dans le prophète, et était arrêté, ou bien « qui sortait, » comme on lit dans l’hébreu , car c’est ce que veut dire Jasa, est Michel, pensent les Hébreux; et l’autre ange qui s’avançait et venait au devant de lui, serait Gabriel, soupçonnent-ils , qui parle à Michel, afin qu’il dise au prophète quelle sera l’abondance de toutes choses, la multitude d’hommes et de bêtes et la solidité des murs que doit avoir Jérusalem qui, à cette heure, paraît être réduite en poussière et en cendres. Nous, dans le sens spirituel, entendons-le de l'Église qui n’a pas de murailles, où, comme l’ont traduit les Septante, se trouve l’abondance de tous les fruits avec des multitudes d’hommes et d’ani¬ maux, dont le Seigneur est un feu tout autour, et au sein de laquelle il demeure lui-même glo¬ rieux ; c’est cette ville dont il est dit ailleurs : « Des choses glorieuses ont été dites de toi, cité de Dieu ; v.Psalm. lxxxv;, 3 ; et encore : « Le Seigneur est grand et digne de toute louange dans la cité de notre Dieu, sur sa sainte mon¬ tagne. » Psalm. xlvii, 2. Quiconque habite en elle peut dire : « Je suis comme un olivier fer¬ tile dans la maison de Dieu ; » Psalm. lt, 10 ; Et: «Le Seigneur me dirige et rien ne me man- ejus, et dixit ad eum dicens : Gurre et loquere ado- Iescentulo illi, dicens : Frugifera babitabitur Jérusa¬ lem a multitudine hominum et jumentorum in me¬ dio ejus. Et ego ero illi, dicit Dominus, murus ignis in circuitu, et in gloriam ero in medio ejus. » Ànge- ïum qui loquebatur in propheta, et « stabat, » sive ut in Hebraico legihir, « egrediebatur, » lioc eniun significat Jasa, Hebræi Michaelem pu tant. Et alterum angelum qui egrediebatur et veniebat in occursum ejus, Gabrielem suspicantur, qui loquitur ad Michae¬ lem, ut loquatur prophetæ, quantam rerum omnium abuudantianr, et multitudinem liominum, et jumen¬ torum, firmitatemque murormn habitura sit Jérusa¬ lem, quæ in præsentiarum usque ad favillam, et ci- neres videatur esse destructa. Nos autem juxta spi- ritualem sensum , bæc omnia interpretemur in Ecclesia, quæ absque muro, sive ut Septuaginta trans- tulerunt, xa-caxa prcoç, id est, frugum omnium abun- dantia habitetur, et habeat multitudinem hominum, ac jumentorum, et Dominus ignis sit in circuitu ejus, et ipse in medio illius versetur in gloria. Ista est ci- vitas de qua alibi legimus : « Gloriosa dicta sont de te, civitas Dei. » Psal. lxxxvi, 3. Et rursum : « Magnus Dominus etlandabilis nimis, in civifate Dei nostri, in monte sancto ejus. » Psal. xlvii, 2. In bac quicun- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 321 quera ; il m'a placé en un lieu de gras pâturage ; il m'a conduit auprès d’une eau réparatrice. » Psabxxn, 42. Et on habitera Jérusalem, .qui n'aura point de murailles à cause du grand nombre d’hommes et d’animaux ; c’est-à-dire qu’elle sera clans l’abondance de tous les fruits. Il y en a qui, dans ces hommes et ces animaux, voient deux peuples, les Gentils et les Juifs, en ce sens que ceux-ci qui, élevés dans la loi, sont venus à la foi du Christ, sont appelés les hommes, tandis que nous, sectateurs des idoles, ayant vécu dans l’isolement de la loi et l'éloignement des pro¬ phètes et n'ayant connu que sa passion, nous devons être appelés des bêtes. D’autres veulent voir dans ces hommes tous ceux que guide la raison et ont la science des Écritures, et dans les animaux, tous les simples croyants, etprétendent qu'il est dit d’eux: «Vous sauverez, Seigneur, les hommes et les bêtes : » Psalm. \xxv, 7 : animaux et bêtes qui entendent la voix du pasteur, qui le connaissent et le suivent , car il est lui-même le pasteur, puisqu'il nous dirige, et la*, porte, puisque c'est par lui que nous entrons dans l’Église et allons au Père ; et un mur de feu tout autour pour réchauffer tous ceux qui croient et habitent dans son enceinte, afin que ceux qui auparavant étaient refroidis et sans charité puissent avoir la ferveur de l'esprit. Quant aux que habitat, dicere potest : « Ego autem sicut oliva frugifera in clomo Dei. » Psal. ni, 10. Et : « Doruinus régit me, etnihil mihi deerit : in loco pascae ibi me collocavit. Super aquas refectionis educavit me. « Psal. xxu, i, 2. Et habitabitur, inquit, Jérusalem præ multitudine hominum et jumentorum absque muro, sive frugum omnium abimdantia. Quidam hommes et jumenta duos populos interpretantur, Judæorum atque Gentilium, quod illi qui in lege versati vencrint ad fîdem Cbristi, homines appellati sint : nos autem qui post idololatriam quasi in desertp legis et solitu- dine fuimus prophetarum, et ejus recepimus passio- nem, jumenta dici debeamus. Alii autem rationabiles quosque et Scripturarum eruditos scientia, homi¬ nes intelligi volunt ; jumenta vero simplices quos¬ que credentium, et de bis dici : « Homines et ju¬ menta salvos faciès [al. salvabis]. Domine. » Psal. xxxv, 7. H&c jumenta, et kæc animatio audiunt boni pastoris vocem, et cognoscunt, et sequuntur eum : qui ipse est et pastor, quia régit nos ; et os¬ tium, quia per ilium in Ecclesiam, et ad Patrern in- gredimur; Joan. x; et murus ignis in circuitu, ut credentes et habitantes in medio culefaciat [al. cale- fiant\, qui prius frigore charitatis intepuerant, et loups et aux bêtes cruelles dont il est écrit : « Ne livrez point aux bêtes les âmes qui vous louent, » Psalm. lxxiii, 49 et dont les pro¬ duits sont le foin, les bois, la paille, I Cor ni, 42, et n'apportent que ronces et épines, il les consume de son feu ; et tandis qu’il est un feu pour ses ennemis , il est lumière et gloire au milieu des croyants. Que le Seigneur soit un mur pour Jérusalem, nous le lisons dans un autre endroit : « Des montagnes se trouvent autour de lui, et le Seigneur est autour de son peuple. » Psalm. cxxiv, 2. Toutes ces choses, les Juifs se les promettent au sens charnel sous ce Messie si vainement espéré; ils attendent pour Jérusalem, tant de bonheur, qu'en raison de la quantité d’hommes et d'animaux elle ne pourra avoir de murs ; sa muraille sera la protection même du Seigneur, et elle jouira de toute la gloire du Dieu qui l’habitera. « Oh ! oh fuyez de la terre de. l’Aquilon, dit le Seigneur, car je vous ai dispersés aux quatre vents du ciel, dit le Seigneur. O Sion, qui ha¬ bites près de la fille de Babylone, lève-toi. Voici ce que dit le Seigneur des armées : Quand vous avez été rétablis en gloire, il m’a envoyé aux nations qui vous ont dépouillés, car celui qui vous touche, touche la prunelle de mon œil. Voilà que je lève ma main sur eux, et ils seront possint spiritu esse ferventes ; lupos autem et sævis- simas bestias, de quibus scriptum est : « Ne tradas bestiis animam confitentem tibi, » Psal. uxxm, 19, et quorum fructus est, fenum, ligna, stipula, I Cor. in, 12, et afferunt tribulos et spinas suo igné con¬ sumât; et qui adversariis ignis est, sit in medio cre- dentium gloria. Quod autem murus Jérusalem sit Dominus, et in alio loco legimus : « Montes in cir¬ cuitu ejus, et Dominus in circuitu populi sui. » Psal. cxxiv, 2. Hæc omnia Judæi {«) snb T)Xap.pivto, quem sibi spe vanissima repromittunt, putant carnalitcr esse ventura, quod tantam Jérusalem habitura sit beatitudinem, ut præ multitudine hominum et om¬ nium jumentorum, murum habere non possit ; sed murus sit ipsius Domini defensio, et illius in medio kabitantis gloria perfruatur. « O, o fugite de terra Aquilonis, dicit Dominus : quoniam in quatuor ventos [al. ventis ] cœli dispersi vos, dicit Dominus. O Sion, surge quæ habitas apud filiam Babylonis. Quia hæc dicit Dominus exerci- tuum : Post gloriam misit me ad gentes, quæ spo- liavernnt vos : quienim tetigerit vos, tangit pupillam oculi ejus. Quia ccce ego levo rnanum meam super eos, et erunt prædæ bis qui serviebant sibi, et co- {(() Qunm plurcs mss. relinquenles vocem Græcam, logent hoc modo : J7xc omnia Jwlæi sub Mes si a, quem sibi , etc. S. Cygiianni monaslerii exemptai* ms. post Messia, subjungit voeem Græcam corruptam. Vide jrtm dicta de nomine rjXeippevoc, h> cap. xxvii lsaiæ, in notis nostris. Maiit. TOME IX . 2i 322 SAINT JEROME la proie de ceux qui étaient leurs esclaves et vous connaîtrez que le Seigneur des armées m’a envoyé. » Zach. n, 6 et seqq. Les Septante : « Oh ! oh ! fuyez de la terre de l'Aquilon , dit le Seigneur, car je vous rassemblerai des quatre vents du ciel, dit le Seigneur. Vous serez sauvés dans Sion , vous qui habitez la fille de Babylone ; car dit le Seigneur tout-puissant : Après que vous aurez été rétablis en gloire, il m'enverra aux na¬ tions qui vous ont dépouillés ; car qui vous a touchés a comme touché la prunelle de son œil. Voilà que j’appesantirai ma main sur eux et ils seront la proie de ceux qui étaient leurs esclaves, et vous connaîtrez que le Seigneur tout-puissant m'a envoyé. » Les parties du monde que les Grecs appellent xX^axa se désignent par rapport à la si¬ tuation de Jérusalem et du temple. Les Assyriens et lesBabyloniens qui portèrentla dévastation parmi le peuple de Dieu, habitent la terre de l’Aquilon. Dans Jérémie, cap , i, la chaudière qui, selon Ezéchiel, cap. xxiv, est pleine de chair— et c'est la ville de Jérusalemqu’elle représente— s'enflamme du côté de l’Aquilon. Et comme l’ange qui était venu à la rencontre de celui qui prophétisait en Zacharie et lui avait ordonné de parler à l'enfant — car, en comparaison de la dignité angélique, toute la nature humaine est appelée enfance, puisque c'est nous qui marchons vers l'état d'anges et non eux vers le nôtre— pour lui dire : «Ils habiteront Jérusalem sans murailles, » et le reste, de même la parole du Seigneur s'adresse gnoscetis quia Dominas exercituum misit me. » Zach . i, 6 et seqq. LXX : « O, o fugite de terra Aqui- lonis, dicit Dominus, quia de quatuor ventis cœli congregabo vos, dicit Dominus. In Sion salvamini, qui habitatis filiam [al. in filia ] Babylonis. Hæc enim dicit Dominus omnipotens : Post gloriam misit me ad gentes quæ spoliaverunt vos : quia qui tetigerit vos, quasi qui tangat pupillam oculi ejus. Ecce ego inferam ruanum meam super eos, et erunt prædæ his qui servierant eis, et cognoscetis quia Dominus omnipotens misit me. » Plagæ orbis, quas Græci ap¬ pelant xVfjLora, juxta situm Jérusalem intelliguntur et templi. Assyrii ergo et Babylonii, qui Dei popu- lum vastaverunt, habitantln terra Aquilonis. Deni- que in Jeremia, cap. i, olla quæ juxta Ezechiel, cap. xxiv, plena est carnibus (intelligitur autern urbs Jé¬ rusalem) a facie Aquilonis accenditur. Quia igitur angélus præceperat qui occurrcrat angelo prophe- tanti in Zacbaria ut loqueretur ad puerum (ad com- parationem enim angelicæ dignitatis, omnishumana natura pueritia nuncupatur, quia non angeli in nos, sed nos in angelos proficimus), et diceret ei : « Abs- que muro habitabunt [al. habitabituv] Jérusalem» » et reliqua : nune idem ad eos fit sermo Dpmini qui maintenant à ceux qui habitent du côté de l’Aquilon, pour qu’ils se rassemblent des quatre vents du monde où ils avaient été dispersés et que retournent à Sion ceux qui habitaient dans Babylone. Ou encore ceci : Vous qui avez été dispersés aux quatre coins du ciel, fuyez de la terre de PAquilon ; et toi, Sion, qui habites maintenant dans Babylone, fuis, et reviens à ton ancienne demeure. Le troisième appel au vocatif par O, c’est une vive exhortation à la fuite, pour qu’ils se sentent exhortés non une seule fois, mais fréquemment à s’enfuir. L’Aqui¬ lon, peut-on dire encore, est un vent très-dur qui endurcit les cœurs de ceux qui vivent dans sa sphère, et par lequel sont soufflés divers maux sur ceux qui habitent la terre, et c’est vers lui que se dirigent, selon le même prophète Zacharie, des chevaux noirs pour s’établir deux dans sa région. Aussi celui-là même tjui, dans son orgueil, avait dit : « Je m'élèverai sur le ciel, je placerai mon trône au-dessus des astres des deux , je m'assoirai sur une sublime hauteur, sur les monts élevés de l’Aquilon, » Isa. xiv, 13, se vante d’avoir son empire dans le lieu le plus froid de l’univers. Nous lisons dans un autre endroit : « Voilà une fumée qui vient de PAquilon; » Ibid. 31 ; et il est dit de ceux qui s’en étaient allés loin de la ville sainte : « Voici que ceux-ci viennent de loin, de PAqui¬ lon et de la mer. » Isa. xux, 12. Et par la voix de Jérémie le Saint-Esprit invite ceux qui habitant in Àquilone : ut a ventis quatuor congre- gentur, in quos fuerant in toto orbe dispersi, et re- vertantur in Siou qui habitabaut in Babylone. Vel certe i ta : Qui in quatuor plagis [al. partes] cœli dispersi estis, fugite de terra Aquilonis, et, o Sion, quæ nunc habitas in Babylone, fuge et reverLere ad pristinam sedem. Quod autem tertio casu vocativo dicitur o, exbortatio ad fugam est, ut non semel, sed crebrius ad fugiendum sciant se esse commoni- tos. Dicendum et aliter : Aquilo ventus durissimus est, qui durissima habitatorum suorum corda facit, et a quo succenduntur mala super omnes qui habi¬ tant in terra, et ad quem juxta hune ipsum Zacha- riam proplietam, egrediuntur equi nigri, ut in sua regione consistant. Zach. i et vi. Ille quoque qui in Isaia gloriabundus dixerat : « In cœlum ascendant, super sidéra cœli ponam thronum meum, sedebo in monte sublimi, super montes excelsos in Aquilone, » Isa. xiv, 13, in frigidissimo terrarum loco regnum habere se jactat. Legimus in alio loco : « Ecce fu- mus ab Aquilone venit ; » Ibid. 31 ; et qui procul a sancta urbe discesserant, dicitur de eis : « Ecce isti de longe venin ut ab Aquilone et mari. » Isa. xux, 12. Et per Jeremiain Spiritus sanctus loquitur; provo- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 323 sont en captivité à retourner à Jérusalem : Va, et lis mes discours vers l’Aquilon et tu diras : Retourne vers moi, population d’Israël , dit le Seigneur. » Jerern . ni, 12. À nous donc qui avons habité du côté de l’Aquilon et avons perdu la chaleur de la ferveur divine, qui sommes dis¬ persés surda face du monde et dont l’Evangile annonce que le Seigneur envoie ses anges pour nous rassembler, à nous qui vivons dans les vices et la confusion de ce siècle, il nous est recommandé de fuir dans Sion, l’Eglise du Sei¬ gneur, et que, nous défaisant de toutes les cho¬ ses inférieures, nous nous retirions dans les hauteurs et la sublimité de ses dogmes. Quant à ce qui suit : « Voici ce que dit le Seigneur des armées : Après la gloire, il m’a envoyé, » et le reste, c'est la voix du Sauveur mise en scène, disant que Dieu tout-puissant a été envoyé par le tout-puissant son Père, non en tant qu'il est tout-puissant, mais en tarit qu’il est envoyé après la gloire : et Qui étant dans la forme de Dieu, n’a pas cru que ce fût une usurpation de se faire égal à Dieu ; mais il s’est anéanti lui- môme, prenant la forme d’esclave, et s'est rendu obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix. » Philipp. n, 6. Faut-il s'étonner que soit dit tout-puissant celui de la personne de qui nous lisons dans l’Apocalypse de saint Jean: « Voici ce que dit le témoin fidèle , le prin¬ cipe de toute créature de Dieu, qui est, qui était, et qui doit venir, le Seigneur Dieu Jout- puissant. »Apoca.i,4, 5. Egalement ce que noes cans eos qui iu captivitate sunt, ut redeaut Jérusa¬ lem : « Vade et lege sermones meos istos ad Àqui- lonem, et dices : Reverte ad me, habitatio Israël, dicit Dominus. » Jerem. iii, 12. Præcipitur itaque nobis qui habitavimus ad Âquilonem, et calorem Do- minici fervoris amisimus, qui dispersi sumus in orbe terrarum, et de quibus Evangelium praedicat, quod iu quatuor ventos mittat angelos suos Dominus, Marc . xm, et congreget nos, et qui in hujus saeculi vitiis et confusione versamur : ut fugiamus in Sion, Ecclesiam Domini, et humilia relinquentes, in spécula ejus et sublimitate dogmatum consistamus. Quod autem sequitur : « Hæc dicit Dominus exercituum, Post gloriam misit me, » et reliqua, vox Salvatoris loquentis inducitur qui omnipotens Deus a Pâtre omnipotente missum se esse dicit, non juxtaid quod post gloriam missus est : « Qui cum in forma Dei esset, non rapinam arbitratus est æqualem se esse Deo, sed semetipsum exinanivit formam servi acci- piens, et factus est obediens Patri usque ad mortern, et mortern crucis. » Philipp. u, 6. Nec mirum quod Christus dicatur omnipotens, ex cujus persona legi- mus in Àpocalypsi Joannis : a Hæc dicit testis fidelis, lisons dans le psaume vingt-troisième: Ouvrez vos portes, princes, et ouvrez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera ; » et ce qui aussi est dit par d’autres anges à ceux qui ignorent le mystère de l'Incarnation : « Quel est ce roi de gloire ? Le Seigneur des vertus est lui-même le roi de gloire, » Ibid. 8, 10, se rapporte au Christ. Où nous lisons a Seigneur des vertus, » l'hébreu porte Sabaoth, que les Septante ont rendu par « tout-puissant. » Concluons-en que partout où le Christ sera dit le Seigneur des vertus, c’est le tout-puissant qu’il faut entendre. Rien d’éton- nant que le Christ soit appelé tout-puissant, « puisqu’il lui est donné toute puissance dans le ciel et sur la terre; » Malt h. xxvm, 18 ; et il dit lui-même : « Tout ce qui est au Père est à moi. » Joan. xvn, 10. S’il est donc tout, c'est-à- dire, Dieu de Dieu, Seigneur de Seigneur, Lumière de Lumière, il est donc Tout-puissant de Tout-puissant, et il ne peut se faire qu’il y ait différence de gloire en ceux dont la nature est la même. C’est donc quand il est déjà en pos¬ session de la gloire de la majesté divine qu'il est envoyé aux nations qui ont dépouillé le peuple de Dieu, afin que ceux qui en avaient fait aupa¬ ravant leur proie deviennent à leur tour la proie de leurs esclaves, et que les peuples autrefois asservis connaissent que le Tout-Puissant l’a envoyé. Cette parole :« Qui vous aura touché, a touché la prunelle de mon œil,» entendez-la dans le sens de vexation et d’outrage, selon que nous lisons : « Gardez-vous de toucher mes christs, et de initium creaturæ Dei, qui est, et erat, et v.enturns est, Dominus Deus omnipotens. » Apoc. i, 4, 5. Illud quoque quod in vicesimo-tertio psalmo legimus : « Levate portas, principes, vestras ; et elevamiui, portæ æternales, et introibit rex 'gloriæ ; » vers. 7; rursumque ab aliis angelis dicitur iguorantibus mys- terium carnis [al. incarnationis ] assumptæ ; « Quis est iste rex gloriæ? Dominus virtutum ipse est rex gloriæ , » vers. 8,10, refer tur ad Christian. Ubi enim nos legimus « Dominus virtutum, » in Ilebraico scriptum est sabaoth, quod a LXX interpretibus in « omnipotentem » vertitur. Ex quo intelligimus, ubicumque Dominus virtutum de Christo dicitur, omnipotentem eum debere intelligi. Nec mirum si Christus dicatur omnipotens, cui « tradita est omnis potestas in cœlo, et in terra. » Matth. xxvm, 18. Et qui dicit : « Omhia quæ Patris sunt, mea sunt. « Joan. xvu, 10. Si autem omnia, id est, Deus ex Deo, Dominus ex Domino, lumen de lumine : ergo et ex omnipotente omnipotens : neque enim fieri potest, ut quorum una natura est, diversa sit gloria. Missus est ergo post gloriam divinae majestatis ad gentes, quæ spoliaverunt populum Dei, ut qui eos fuerant SAINT JÉUOME 324 toute méchanceté contre mes prophètes ; car toucher les saints du Seigneur, c'est comme aspirer à offenser la prunelle de son œil, et s'efforcer de le priver do Ta claire lumière dont il dit dans l'Evangile : « Vous êtes la lumière du monde. » Mattk. v, 14. Dieu donc lève sa main pour frapper les nations ennemies et ramener son peuple ou dans Jérusalem ou dans l'Eglise. Au sens spirituel, voyez dans ces peu¬ ples ennemis les forces contraires qui, chaque jour, soumettent les pécheurs à leur empire, et les forcent de les servir. « Chante des hy mines de louange et réjouis- toi, fille de Sion, parce que je viens et j'habi¬ terai au milieu de toi, dit le Seigneur. S'attache¬ ront en ce jour au Seigneur des nations nom¬ breuses, et elles deviendront mon peuple, etj’ha- biterai au milieu de toi, et tu sauras que le Sei¬ gneur des armées m'a envoyé vers toi. Et le Seigneur possédera Juda comme son héritage dans la terre qui lui a été consacrée et choisira de nouveau Jérusalem. » Zach. n, 10 etseq. Les Septante : « Réjouis-toi et sois dans la joie, fille de Sion, car voilà que je viendrai et j'habiterai au milieu de toi, dit le Seigneur ; et en ces jours- là, il accourra beaucoup de nations vers le Sei¬ gneur, et elles seront son peuple, et elles habiteront au milieu de toi, et tu sauras que le Seigneur tout-puissant m'a envoyé vers toi, et le Seigneur possédera Juda comme son héritage ante prædati, prædæ sint servientibus sibi; et omnis quondam servientium turba cognoscat, quoniam om- nipotens Deus miserit eum. Quod autem dicit : « Qui tetigerit vos, tangit pupillam oculi ejus ; » tactum pro vexatione et injuria accipe, juxta illud quod !e- gimus : « Nolite tangere christos meos, et in pro- phetis meis nolite malignori, » Psal. crv, 15. Qui enim •sanctos Domini tetigerit, sic est quasi vexare cupiat pupillaru oculi ejus, et ilium nitatur clara luce pri- vare, de qua loquitur in Evangelio : « Vos estis lux mundi. » Matth. v, 14. Elevât autem Deus manuru suam, ut percutiat gentes adversarias, et populum suum vel in Jérusalem reducat vel iu Ecclesiam. Gentes adversarias, juxta tropologiam , contrarias accipe fortitudines, quæ quotidie peccatoressuæ sub- jiciunt potestati, et sibi eos service compellunt. « Lauda et lætare, filia Sion, quia ecce ego veuio, et habitabo in medio tui, ait Dominus. Et applica- buntur gentes multæ ad Dominum in die ilia, et erunt milii in populum, et habitabo in medio tui, et scies quia Dominus exercituum misit me ad te. Et possidebit Dominus Judam partem suam in terra sanctificata, et eliget adhuc Jérusalem. » Zach. n, 10 et seqg. LXX ; « Lætare et gaude, filia Sion, quia ecce veniam, et habitabo in medio tui, dicit Dominus : dans une terre mainte, et choisira de nouveau Jérusalem. » Tout cela doit être encore entendu de la personne du Sauveur. Quant à l’invitation de se réjouir et d’être en allégresse, adressée au peuple ramené de la captivité en ses anciens foyers ; à la promesse qu’il va venir habiter avec lui et que bien des peuples vont croire en lui, peuples dont il est dit : « Demandez-moi, et je vous donnerai toutes les nations en héritage, et votre possession s’étendra jusqu’aux extré¬ mités de la terre ; » Psal. n, 8 ; et qu'il habitera au milieu d'eux, celui qui dit aux disciples : « Voilà que je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle; » Matth. xxyiii, 20 ; et qu'il prenne en sa possession Juda qui le loue et qui croit en son nom, et qu’il n'aie point son héritage ailleurs que dans la terre sainte, qui est l’Église, et qu'il choisisse encore Jérusalem qu'il avait abandonnée aux épreuves dans les persécutions : tout cela, quel¬ ques-uns des Juifs le regardent comme en partie accompli sous Zorobabel, et Jésus, Esdras et Néhémie, surtout parce que Jérusalem est choisie et Judas réoccnpè ; ce furent les deux tribus, en effet, qui retournèrent de la captivité de Babylone, et elles furent appelées Judas, et non Israël, qui se trouve encore habiter parmi les Môdes. D’autres au contraire, en diffèrent l'accomplissement dans l’avenir lointain où tous les peuples doivent croire en celui qui sera et confugient gentes multæ ad Dominum in die ilia, et erunt ei in populum, et habitabunt in medio tui : et scies quoniam Dominus omnipotens misit me ad te, et possidebit Dominus Judam partem suam in terra sancta, et eliget adhuc Jérusalem. » Et hæc adhuc ex persona Domini intclligenda. Quod horte- tur populum suum de captivitate in sedem pristi- nam restitutum gaudere atque lætari, quod ipse Dominus veniat, et habitet in medio ejus, et multæ gentes crediluræ sint in eum, de quibus dicitur : « Postula a me, et dabo tibi gentes hæreditatem tuam, et possessionem tuam terminos terræ ; » Psal. n, 8 ; et habitet in medio ejus loquens ad discipulos : « Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem sæculi ; » Matth . xxvm, 20 ; et possideat Domiuus Judam partem suam confitcntem, et credentem nomini suo, et non alibi possideat, nisi in terra sancta, quæ interpretatur Ecclesia, et eligat adhuc Jérusalem, quam tentationi in perse- cutionibus dereliquerat. Judæorum alii putant sub Zorobabel et Jesu, Esdra et Neliemia, hæc ex parte compléta,, maxime quoniam Jérusalem eligitur, et possidelur Judas : duæ videlicet tribus quæ reversæ sunt de captivitate Babylonica, et appellatæ sunt Judas, et non Israël, qui [al- quia ] apud Medos hue COMMENTAMES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 325 envoyé par le Seigneur et que sera choisie Jé¬ rusalem, quand déjà tous ont cru en le Seigneur Sauveur, et que ne peut plus être choisie oelle qui a été entièrement détruite. Mais c’est à bon droit qu’après la captivité , la fdle de Sion est invitée à se réjouir, cette Sion dont le Psalmiste dit : résence de l’ange, et celui-ci répondit et dit à ceux qui étaient devant lui : Otez-lui ces vêtements crasseux. Et s’adressant à lui : Voilà que je t’ai enlevé tes iniquités ; et revètez-le d’une tunique et placez une tiare sur sa tête, et ils placèrent sur sa tête une tiare sans tache et le revêtirent de vête¬ ments.» Avant d'en venir au sens spirituel, di¬ sons sommairement, et en peu de mots, la façon dont les Hébreux ont entendu ce passage. Ce Jésus grand-prêtre, que les Grecs appellent «PX.ee p£« et les latins pontife, est, d’après eux, le fils de Josédec, qui fut chef du peuple avec Zoro- babel. A son côté se tenait l’ennemi (et par là on entend Satan), afin de lui résister. Et c’est bien à propos qu’il se tenait à sa droite et non iste torris est erutus de igné? Et Jésus erat indutus vestibus sordidis, et stabat ante faciem angeli, qui respondit, et ait ad eos qui stabant coram se, di- cens ; Auferte vestimenta sordida ab eo. Et dixit ad eum; Ecce abstuli a te iniquitatem tuam, et indui te mutatoriis. Et dixit : Ponite cidarim mundam su¬ per caput ejus : et posuerunt cidarim mundam su¬ per caput cjus et induerunt eum vestibus. Zach. nr, et seqq. LXX: « Et ostendit mihi Dominas Jesum sa- cerdotem magnum, stantem ante faciem angeli Do- mini, et diabolus stabat a dextris ejus, utadversaretur ei. Et dixit Dominus ad diabolum : Increpet Domi- nus in te, diabole, et increpet in te Dominus qui ele- git Jérusalem. Nonne iste ut torris est erutus de igné ? Et Jésus indutus erat vestibus sordidis, et sta¬ bat ante faciem angeli, et respondit, et ait ad astantes coram facie sua, dicens : Auferte vestimenta sordida ab eo. Et dixit ad eum : Ecce abstuli a te iniquitates tuas ; et induite eum poderem, et impouite cidarim mundam super caput ejus ; et imposuerunt cidarim mundam super caput ejus, et circumdederunt eum vestimentis. » Antequam veniamus ad intelligentiam spiritualem , quomodo Hebræi locum istum edisse- rant, strlctim breviterque discendum est. Jesum sa- cerdotem magnum, quem Græci apy^psa, Latini «pontificem » vocant, filium Jogedec intelligi volunt, qui cum Zorobabel populo præfuit. Ex cujus dextris pas à sa gauche, parce qu’il avait contre Jésus un vrai sujet d’accusation de ce qu’il s’était donné avec les autres une épouse étrangère; Esdras etMalachie, qui vient à la suite de notre prophète, le racontent tout au long. I Esdr. xn; Malach n. Le Seigneur dit donc à Satan, à son accusateur, à son adversaire; il est, en effet, l’ennemi, le vengeur, et l'accusateur de ses pères : « Que le Seigneur te gourmande, Satan, comme lors¬ que, de la part du Seigneur, le Seigneur fit pleuvoir, » Gen. xix , 24, et que te réprimande le Seigneur qui a choisi Jérusalem. x> Quand il vient de choisir Jérusalem entre toutes les villes de Juda , sans que le Seigneur lui impute au¬ cunement les péchés qu’elle a commis, pourquoi t’efforces-tu d’opprimer, comme un bois em¬ brasé appelé vulgairement tison, ce Jésus qui sort de la captivité de Babylone comme à demi brûlé? Ce qui suit : «Jésus était revêtu d’habits souillés, » ils l'expliquent de trois manières, ou à cause de son mariage illicite, ou à cause des péchés du peuple, ou de la honte de la capti¬ vité. Mais fange en présence duquel était Jésus commanda aux autres anges, de la part du Seigneur, de lui ôter ces vêtements souillés, men¬ tionnés plus haut. Quand cet ordre fut exécuté, le même ange dit à Jésus : « Voilà que j’ai ôté de toi ton iniquité ; » ce sont là les vêtements souillés, « et je t’ai revêtu d’un vêtement nou- stabat «adversarius », (hoc enim interpretatur Satan) ut adversaretur ei. Et recte stabat a dextris illius, non a sinistris, quia vera erat accusatio, eo quod et ipse cum cæteris alieuigenam accepisset uxorem , quod in Esdra et in Malachia, qui hune prophefeam sequitur, plenissimum scriptum est. I Esdr. xu ; Malach. u. Dixitque Dominus ad Satan, ad accusato- rem, et ad adversarium ejus, ipse est enim inimicus et vindex, ac accusator fratrum suorum : « Increpet Dominus in te, Satan, ut, pluit Dominus a Domino Gen. xix, 24 et increpet Dominus in te, qui eligit Jérusalem. » Cum ergo de cunctis Judæ urbibus nunc electa sît Jérusalem, nequaquam ei imputante Domino peccata quæ fecit, cur quasi «torremï quem vulgo cc titionem » vocant, Jesum conaris obruere, qui de Babylonia captivitate quasi semiustus evasit? Quod autem sequitur : « Jésus erat indutus vestibus sordidis, » tri pli ci ter interpretantur. Vel ob conju- gium illicitum, vel ob peccata populi, vel propter squalorem captivitatis. Angélus autem ante cujus faciem stabat Jésus, præcepit cæteris angelis ex per- sona Domini, ut auferrent ab eo sordida vestimenta, de quibus supra diximus. Qui cum præceptum opere complessent, rnrsum idem angélus loquitur ad Je^ sum : « Ecce abstuli a te iniquitatem tuam : » hæc sunt sordida vestimenta, « et indui te mutatoriis, » hoc est, Israël item tibi conjugem copulavi, pro quo COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 327 veau, » pour dire, je t’ai donné Israël pour épou¬ se, ce que les Septante ont traduit par TtoôrjpT), que nous pouvons appeler tunique longue « talarem, » parce qu’elle descend jusqu’aux talons et sur les pieds. En ce qui suit: « Placez une tiare sans tache sur sa tète, » pour tiare, nous disons dans l’hébreu sàniph , qui , pour plusieurs, signifie mitre, et en elle ils veulent voir la dignité du sacerdoce qui, débarrassé des souillures des péchés, s’exercerait en toute pureté. Telle est l’interprétation des Juifs. Quant aux nôtres, ils estiment que ce grand- prêtre est celui à qui il est dit : « Vous êtes prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchise- dech, » Psaïm. cix, 4, qui, parce qu’il ne peut être vu par lui-même, est montré au prophète par le Seigneur, debout devant l’ange du Sei¬ gneur, dans lequel ils veulent voir l’ange du grand conseil, non que l’un soit distinct de l'autre, ou que nous admettions deux personnes dans le Fils, mais en ce que, seul et unique, il est présenté en qualité d'homme souillé, et il nous apparaît, en qualité d’ange, médiateur entre les hommes et Dieu. Ce n’est donc point Jésus, fils de Josédec, s’efïorcent-ils d’établir, parce qu’en cet endroit le texte n’appose pas « fils de Josédec, » quand partout ailleurs où il est question de ce Jésus, il est comme marqué du nom de son père. Jésus donc est vu debout et immobile : « Et Satan se tenait debout à sa droite, pour s’opposer à lui.» Car II Septuangintatranstulerunt7îoS'4p7), quam nos « tuni- cam talarem » possumus dicere, eo quod usque ad talos et pedes [al. adpedes et talos] defluat. Quodque sequitur : « Ponite cidarim mundam super caput ejus, » pro « cidari » in Hebræo legimus sanipii, quæ « mitra » a plerisque dicitur, et in hac volunt intel- ligi sacerdotii dignitatem , quod, ablatis sordibus peccatorum, mundum habuerit sacerdotium. Hæc Judæi. Nostri autem ita edisserunt, sacerdoteui esse magnum, ad quem dicitur : « Tu es sacerdos in æter- num, secundum ordinem Melchisedec. Psalm. cix, 4. Qui quoniam per se videri non potest, a Domino prophetæ ostenditur stans coram angelo Domini, quem volunt magni consilii esse angelum, non quod alter et alter sit, aut duas personas recipiamus in Filio ; sed quod idem atque unus, et quasi homo sordidatus ostenditur, et quasi augelus mediator ho- minum et Dei apparere dicatur. Non autem esse Jesum filium Josedec, ex hoc conantnr osteudere, quod non sit appositum iu præsenti loco « filius Josedec, » qui in aliis locis, et ubi vere de Jesu dici¬ tur filio Josedec, semper patris cognomine censea- tur. Stans igitnr cernitur Jésus, et stabili consistens gradu : « Et Satan stabat a dextris ejus, ut adversa- a été tenté en toutes manières, à, part le péché. Et dans l’Évangile le tentateur vient à lui, cher¬ chant sans cesse à s’opposer à ses œuvres et à, ses vertus. Ce qui suit : « Que le Seigneur te ré¬ primande, Satan ; que te gourmande le Seigneur qui a choisi Jérusalem, » parce que, disent-ils, le Père est Seigneur comme le Fils, et que nous lisons dans le psaume cent neuf : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite ; » le Seigneur parle de l’autre Seigneur, non que le Seigneur qui parle ne puisse lui- même le réprimander; mais en ce que, en raison de l’unité de nature, quand l’autre reprend, celui qui parle reprend aussi. « Car qui voit le Fils, voit aussi le Père ; » Joctn. xiv, 9 ; et c’est celui-làqui a choisi Jérusalem, l'Église, qui con¬ temple la paix du Seigneur. Il peut donc bien être regardé comme un tison ardent tiré du feu, lui qui, ayant été au milieu de Babylone, n’a point été consumé par son feu ni atteint par la flamme de ce monde. C’est là la grande vi¬ sion qu’eut Moïse dans le désert, dans laquelle il aperçut un buisson qui brûlait et ne se con¬ sumait point. Exod. ni. Ce Jésus était revêtu de vêtements souillés ; car, quoiqu’il n’eût point péché, il s’est fait péché pour nous, « et il porte nos infirmités et il gémit pour nous, et nous avons vu qu’il était dans la douleur, dans les plaies et dans l’angoisse. C’est lui qui a été blessé à cause de nos péchés. » Isa . lu, 4. Et nous lisons dans l’Apôtre : « Le Christ retur ei. » Tentatus enim est per omnem modum absque peccato. Et in Evangelio ad eum teutator ac- cedit, quæreus semper dextris ejus et virtutibus con¬ traire. Quodque sequitur ; « Increpet Dominus in te, Satan, et increpet Sominus in te qui eJegit Jérusa¬ lem » sic edisserunt, quia Pater et Filius Dominus est, et in centesimo nono psalmo legimus : « Dixit Dominus Domino meo : Sede a dextris mei ; » Domi¬ nus de altero Domino loquitur, non quod ipse Domi¬ nus qui loquitur, increpare non possit; sed quod ex unitate naturæ,cum alter increpaverit, increpet ipse qui loquitur. « Qui enim videt Filium, videt et Pa- trem; » Joan. xiv, 9 ; et iste est qui elegit Jérusalem, Ecclesiam quæ pacem Domini coutemplatur. Torris autem de igné erutus, rectissime intelligi potest, qui cum iu Babylone fuerit, non est Babylonio igné con- sumptus, nec fïamma sæculi hujus attactus. Unde et Moyses in solitudine cernit visionem magnam, in qua ardebat rubus, et non comburebatur. Exod. ni. Hic Jésus erat indutus vestibus sordidis ; qui cum non fecisset peccatum, pro nobis peccatum factus est, «et ipse infirmitates nostras portât, et pro nobis dolet, et nos reputavimus eum esse in dolore, et in plaga, et in angustia. Ipse vero vulueratus est prop- 328 SAINT JÉROME nous a rachetés de la malédiction de la Loi, en se faisant malédiction pour nous-mêmes. ^ Galat. ni, 13. Il dit dans le vingt-unième psaume : La voix de mes péchés éloigne beaucoup de moi le salut que j'attends. » Psalm. xxi, 2; et dans le psaume soixante-huit : « Mon Dieu, vous con¬ naissez ma folie, et. mes fautes ne vous sont point cachées. » Psalm . lxviii, 6. Ce sont là les vête¬ ments souillés, et ils lui seront ôtés quand il aura effacé nos péchés ; et c’est parce qu’il s’est enveloppé de ces habits sordides que nous, ressuscitant en lui, entendons après le bap¬ tême : « Que vos vêtements soient toujours éclatants de blancheur ; » Eccle. ix, 8 ; et qu’il est dit par Isaïe à l’Eglise entière des fidèles : « Lavez-vous, soyez bien purs, » Isa. î, 16. Et d’elle encore il est prophétisé dans le Cantique des cantiques : « Quelle est celle qui s'élève toute blanche? » Gant, m, 6. Cette robe traî¬ nante, c’est son incarnation qui vient de cette terre et qui est signifiée dans ses pieds. La tiare sans tache qui est sur sa tète, c'est l’éclat de la majesté divine, afin que la seule et même personne apparaisse ornée quant à l’humanité d’une tunique, et d’une tiare quant à la divinité. « Et l’ange du Seigneur était-là, et l’ange du Seigneur faisait à Jésus cette déclaration : Voici ce que dit le Seigneur des armées : Si vous mar¬ chez dans mes voies et observez ce que j’ai dit d’observer, vous aussi vous j ugerez ma maison , et garderez mon temple et je vous donnerai pour ter peccata nostra. » Isa. lui, 4. Et in Apostolo legi- mus : « Christus redemit nos de maledicto Legis, factus pro nobis maledictum. » Galat. m, 13. Hic in vicesimo-primo psalmo loquitur : « Longe a salute naea verbe delictorum meorum. » Psal. xxi, 2. Et in sexagesimo-octavo psalmo : « Deus, tu scis incipien- tiammeam.etdelictameaate non sunt abscondita.» Psal. lxviii, 6. Quæ universa appellantur sordidaves- timenta, et auferentur ab eo cum peccata nostra deleverit, ut quia ille sordidis indutus est vestibus, nos résurgentes in eo audiamus post baptisma : a Candida sint semper vestimenta tua; » Eccle. îx, 8 ; credentiumque omnis Ecclesia audit per Isaiarn : « Lavamini, mundi estote. » Isa. î, 16. Et de ipsa prophetatur in Cantico canticorum : « Quæ est ista quæ ascendit dealbata? » Gant, m, 6. IfoÔ7jp7]v autem, incarnationem ejus accipe, quæ de terra est, et si¬ gnificatif in pedibus. Cidarim mundain super caput illius, splendorem divinæ majestatis iutellige, ut unus atque idem secundmn hominem 7:o&7)p7]f secun- dum Deum cidari ornâtes esse videatur. « Et angélus Domini stabat, et contestabatur angé¬ lus Domini Jesum, dicens : Ilæc dicit Dominus exer- cituum : Si in viis meis ambulaveris, et custodiam compagnons quelques-uns de ceux qui sont main¬ tenant mon assistance. » Zach. m, 6, 7. Les Sep¬ tante : « Etl’ange du Seigneur était là, et l’ange du Seigneur faisait cette déclaration en disant : Voici ce que dit le Seigneur : si vousmarchezdans mes voies et si vous gardez mes préceptes, vous aussi vous jugerez ma maison: et si vous gar¬ dez mon temple, je vous donnerai de ceux qui se trouvent au milieu de ceux qui sont ici. « Les Hébreux, en poursuivant l’ordre de leur même interprétation, estiment que c’est à Jésus, fils de Josédec, que l’ange adresse ce discours. Après qu’on lui a enlevé les souillures de son vête¬ ment et qu’on lui a rendu la dignité d’un sacer¬ doce de pureté, il lui est dit, selon ce qui est écrit dans l’Évangile : « Vous voilà revenu à la santé; gardez-vous depécherdésormais,depeur qu’il ne vous arrive pire ; » Joan. v, 14 ; et il lui est promis en récompense, s’il marche dans les voies du Seigneur et observe ses préceptes, qu’il sera établi juge sur sa maison, c’est-à-dire qu’il restera comme pontife dans le temple, qu’il gardera son temple et ses portiques et que le Seigneur lui enverra des anges (qui, en ce temps-là, étaient en présence du Seigneur), afin qu’il trouve comme un rempart dans leur secours, et qu’il soit mis àl'abri de toute trahison de ses ennemis. D'après les nôtres, qui rappor¬ tent tout cela au Seigneur Sauveur, il parait difficile qu’il soit dit à Jésus par l’ange : Que s’il marche dans les voies du Seigneur et observe meam custodieris, tu quoque judicabis domum meam, et custodies atria mea, et dabo tibi ambulan¬ tes de bis qui nunc hic assistunt.» Zach. m,6,7. LXX: Et angélus Domini stabat ; et contestabatur angélus Domini ad Jesum, dicens : Hæc dicit Dominas omni- potens : Si in viis meis ambulaveris, et præcepta mea custodieris, et tu judicabis domum meam; et si custodieris atrium meurn, dabo tibi qui conversen- tur in medio stantium istorum. » Hebræi cœptæ interpretationis ordinem prosequentes, ad Jesum filium Josedec ad angolo Domini hæc dicta intelli- gunt : quod post ablationem vestium sordidarum, et restitutam mundi sacerdotii dignitatem, præcipiatur ei juxta illud quod in Evangelio scriptum est : « Ecce sanus factus es, ultra noli peccare, ne quid tibi de- teriusfiat; »Joan. v, 44; etrepromittitur eipræmium, si in viis Domini ambulaverit, et ejus præcepta ser- vaverit, quod et ipse judex sit domus ejus, id est, pontifex perseveret in templo, et custodiat atria ejus atque veslibula, et detei Dominus ex angelorum nu¬ méro (quieo tempore stabanl ante conspectum ejus) quorum circumvalletur auxilio, et ab omni hostium fraude securus sit. Juxta nostros, qui hæc omnia re- ferunt adDominuSalvalorem, hoc videtur esse diffi- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. ses préceptes, lui aussi jugera sa maison et -gardera son temple; et le Seigneur lui donnera pour marcher avec lui de ceux qui forment son assistance. La difficulté se résout aisément, si nous voyons en lui celui qui a daigné prendre la forme de l’esclave, Philip, n, et qui, en possession de toute richesse, s’est fait pauvre pour nous. II Cor. vin, 9. Tout ce qui, en effet, est dit des membres, se rapporte au corps ; notre progrès est le triomphe du Seigneur. Lorsque donc nous serons parvenus à l’état d’un homme parfait, à la mesure dé l’àge de la plénitude du Christ, Ephes. iv,, alors il jugera la maison de Dieu selon ce qu’a dit l’Apôtre: «Mais le Christ est comme le fils dans sa maison , et cette maison c’est nous-mêmes ; » Hebr. in, 6 ; et à Timothée : « Afin que si je tarde, tu saches comment te conduire dans la maison de Dieu, qui est l’Église du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la vérité. » I Tim. ni, 15. Et non seulement il jugera sa maison, mais il gardera le temple du Seigneur, dont il est écrit : « Ado¬ rez le Seigneur dans son saint temple. » Psalm. xxYin, 2. 11 jugera, ou bien, discernera sa mai¬ son , et en raison des mérites de chacun, don¬ nant dix villes à l’un, cinq à l’autre, et établis¬ sant ceux-ci prophètes dans son Église, ceux-là apôtres, ceux-ci docteurs, et ceux-là opérant des miracles, 1 Cor. xir, faisant de ceux-ci ses yeux, deceux-làses mains, de ces autres ses pieds, selon ce que nous lisons : « Dieu s’est trouvé cile, quod Jesu ab angelo dicitur : Si ambulaverit in viis Domini, cl ejus præcepta servaverit, ipse quoque judicet domiim ejus, et custodiat atria illius, et det ei Dominus ambulantes de bis qui assistantes Quod facile solvitur, si consideremus eum, qui formarn servi est dignatus assumere, Philip, ii, ei « cum dives esset, pro nobis pauper factus est. » Il Cor. vin, 9. Quidquid igitur de me m b ri s dicitur, refer tur ad cor¬ pus : nos.ter profectus, Domini Victoria est. Cum que nos pervenerimus iu virum perfectum, iu inensuram ætatis pleuitudinis Gliristi, Ephes . îv, ille judicabit domum Dei, secuudum id quod Apostolus dixit : « Ghristus autem sicut filius super domum ejus, cujus domus sumus nos. Hebr. ni, 6. Et ad Timo- theum : « Si tardavero, ut scias quomodo debeas in domo Dei conversari, quæ est Ecclesia Dei viventis, columna et firmainentum veritatis. » I Tim. m, 15, Et non solum judicabit domum ejus ; sed custodiet atria Domini, de quibns scriptum est : « Adorate Dominum in atrio sancto ejus. » Psalm . xxvm, 2. Ju¬ dicabit autem, siYe dijudicabit domum ejus, et pro meritis siugulorum, alii dans decem civilates, et alii quinque, Luc. xix, et alios in Ecclesia constituens prophetas, et alios apostolos, alios doctores, alios m dans l'assemblée des dieux, et au milieu d’eux il les juge. » Psalm. lxxxi, 1 . Il lui a donné aussi d’entre les anges des serviteurs qui, dans leur corps de chair, sont semblables aux anges, et c’est d'eux que parle l’Apôtre : « Notre vérita¬ ble cité est dans le ciel. » Philip, m. 20. Si les anges, en effet, ni ne se marient ni ne sont épousés, et si ceux qui vivent en parfaite conti¬ nence ressemblent aux anges, Matth. xxir, pour¬ quoi n'estimerions-nous pas les apôtres égaux aux anges, et saints tous ceux qui sont donnés à Jésus pour l’assister dans son Église, dont les pieds ne savent point chanceler, mais qui, à ses côtés, sont debout devant Dieu. «Jésus, grand-prêtre, écoutez, vous et vos amis qui sont auprès de vous, car ces hommes sont destinés pour être lafigure de l’avenir. Voilà que je vais amener mon serviteur l’Orient, car voici la pierre que j’ai placée devant Jésus, sur laquelle pierre unique il y a sept yeux. » Zach. m, 8, 9. Les Septante : « Ecoutez, Jésus, grand- prêtre, ainsi que vos proches qui se tiennent en votre présence, parce qu’ils sont des observa¬ teurs de présages, voilà que je vais amener mon serviteur l’Orient, parce qu’il est la pierre que j’ai mise devant la face de Jésus; sur l’uni¬ que pierre, il y a sept yeux.» Les nôtres, en ce passage, sont pressés par les Juifs pour être amenés , d’après le contexte et la logique du discours, à voir ici plutôt Jésus, fils Josédec, que notre Seigneur et Sauveur. Car si le. discours s'a- signa facientesl Cor. xii, alios pro oculis liabens, alios pro manibus, alios pro pedibus, juxta illud quod legimus : « Deus stetit in synagoga deorum, in medio autem deos dijudicat. Psal. lxxx, 1. Deidit quoque ei de angelorum numéro ministros, qui in carne constituti, similes angelorum sunt, et de qui- bus Apostolus loquebatur : « Noster municipatus in cœlestibus est. » Philipp. ni, 20. Si enim angeli non nubunt neque nubuntur, et qui in virginali conti- nentia persévérant, similes angelorum sunt, Matth. xxu, cur non puteraus aogelorum dignitatis aposto¬ los, et sanctos quosque datos Jesu, qui assistant ei in Ecclesia, et nunquam fluctuantes habeant pedes, sed cum stante stent Domino ? ■ « Audi, Jesu sacerdos magne, tu et amici tui qui habitant coram te, quia viri portendentes sunt. Ecce enim ego adducam servurn menm Orientem, quia ecce lapis quem dedi coram Jesu , snper lapidem unum septem oculi sunt. » Zach. u, 8, 9, LXX : « Audi ergo, Jesu sacerdos magne, et proximi tui qui sedent ante faciem tuam, quia Yiri 'cepa'coaxoTtot, « id est, » portentorum spectatores sunt, quia ecce ego addu¬ cam servurn meum Orientem, quia lapis quem dedi ante faciem Jesu super lapidem unum, septem oculi 330 SAINT JÉROME. dresse au Seigneur, et s’il est dit au Christ : « Écoutez Jésus, grand-prêtre, » quel est celui de qui il ajoute : « Voilà que je vais amener mon serviteur l'Orient, » qui est désigné encore par le nom de pierre et qui est placé devant Jésus, et sur laquelle pierre se trouvent sept yeux? Les nôtres, au contraire, s’efforcent d'é¬ tablir que le Christ est appelé , et Jésus grand- prêtre, et Orient, et pierre, selon les diverses circonstances. Mais comment cela se dit-il, de lui et àlui comme d'un autre, c'est ce qu'il est très- difficile d'expliquer. Ceux donc qui veulent que ce Jésus soit le fils du grand-prêtre Josédec, voient des disciples et des prophètes dans ces amis qui habitent ou siègent avec lui, et qui sont des observateurs de présages. Les prophètes, en effet, sont établis comme en signe des choses à venir. Que signifie donc ce que Jésus et ses amis sônt obligés d'entendre : « J’amènerai mon serviteur l’Orient » et le reste ? Dieu, plus haut, avait promis à Jésus, fils de Josédec, grand- prêtre, que s’il marchait dans ses voies et s’il observait ses préceptes, il jugerait lui-même sa maison, et il garderait son temple , et il lui serait donné des serviteurs d’une dignité angélique ; maintenant, il lui dit , à lui et à ses amis , que l'heure de la pleine félicité et de la béatitude par¬ faite sera celle de la venue de l'Orient, dont il est écrit : Voici un homme, Orient est son nom ; » Zach. vr, 12 ; et dans Malachie : « Le Soleil de sunt. » Nostri in hoc loco arctantur a Judæis, quod juxta consequentiam textumquo sermonis magis de- beant Jesum sacerdotem intelligere filium Josedec, quam Dominum Salvatorem. Si enim ad Dominum sermoest,efcadChristum dicitur :«Audi, Jesusacerdos magne » qüis est de quo infortur : « Ecce ego adducam servum meum Orientem,» qui alio Domine lapis appel- latur, et datus est coram Jesu, et super hoc lapide septem sunt oculi ? E contrario nostri nituntur asse- rere, et Jesum sacerdotem magnum, et Orientem, et lapidem, secundum diversas intelligentias Chri- stum appellari. Sed hoc quomodo de ipso [al. se- ipso ] dicatur ad eum quasi de altero, exponerc dif- ficillimum est. Qui igitur Jesum volunt esse filium Josedec sacerdotem magnum, amicos ejus qui ha¬ bitant, vel sedent coram eo, et qui viri sunt por- tendentes, discipulos ejus interpretantur et pro- phetas. Prophetæ enim in signum sunt positi fu- turorum. Quid est igitur quod Jésus et amici ejus coguntur audire : « Adducam servum meum Orien¬ tem, » et rcliqun? Supra promiserat [al. permise^at] Deus Jesu filio Josedec sacerdoti magno, quod si in viis eju* ambulasset, et ejus præcepta servasset, ipse dijudicaret domum ejus, et atria ejus custodi- ret, et daret ei ministros angelicæ dignitatis : nunc ei dicit et amicis illius, plénum felicitatem, et per- justice s’élèvera au milieu de vous, pleins de la crainte de mon nom, et vous aurez le salut sous ses ailes ; » Malach. îv, 2 ; et dans les Nom¬ bres Il s’élèvera une étoile de Jacob, et un homme du sein d'Israël. *> Num. xxiv, 17. Nous lisons aussi bien ouvertement du Christ, dans l’Évangile : « C'est dans les entrailles de sa misé¬ ricorde qu’il nous a visités, se levant d'en haut pour éclairer ceux- qui sont assis dans les ténè¬ bres et l’ombre de la mort, pour diriger nos pieds dans la voie de la paix. » Luc. î, 78. Il est appelé à la fois Orient et la pierre angulaire, parce qu’il ne fera de deux peuples qu’un seul peuple, et unira en une seule demeure deux mu¬ railles ; Ephes. n ; mais, pour ceux qui ne croient point, il est cette pierre de scandale de laquelle il est dit dans les Psaumes : « La pierre que les constructeurs avaient rejetée est devenue pré¬ cisément la pierre de l’angle. C'est par le Sei¬ gneur que. cela a été fait. » Psalm. cxvii, 22, 23. Sur cette pierre, il y a sept yeux ; ce sont ceux dont parle Isaïe : « Il sortira une branche de la tige de Jessé, et une fleur montera de sa racine, et sur elle se reposera l’Esprit de Dieu , l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de science et de piété et il sera plein de l’esprit de crainte de Dieu. » Isa. xi, et seqq. Ceux qui dans le grand-prêtre veu¬ lent voir le Sauveur, et dans ses amis et ses disciples, ces hommes recherchant les présa- fectam beatitudinem tune futuram, quando venerit Oriens de quo scriptum est : « Ecce vir, Oriens nomen ejus. » Zacch. vi, 12. Et in Malachia : Orie- tur in [al. lacet in] vobis timentibus nomen meum sol justitiæ, et sanitas in pennis ejus. » Malach . îv, 2. Et in Numéris : « Orietur Stella ex Jacob, et homo ex Israël. » Num. xxiv, 17. In Evangelio quoque aper- tissime de Christo legimus : « In quibus visitavit nos Oriens ex alto : Illuminare eos qui in tenebris et in umbra mortis sedent, ad dirigendos pedes nostros in viam pacis. n> Luc. 1, 78. Qui Oriens ipse dicitur et lapis angularis , quia populum utrumque con- jungat, et duos parietes in unam domum conso- ciet : Ephes. n : hic non credentibus lapis scandali est, de quo et in Psalmis dicitur : « Lapidem quem reprobaverunt ædificantes, hic factus est in caput anguli. A Domino factum est istud. » Psal. cxvu, 22, 23. Super hune lapidem septem oculi sunt, de quibus loquitur Isaias : « Exiet virga de radice Jesse, et flos de radice ejus ascendet, et requiescet super eum spiritus Dei, spiritus sapientiæ et in- telligentiæ, spiritus consilii et fortitudinis, spiri¬ tus scientiæ et pietatis, et implebit eum spiritus timoris Dei. » Isa. xi, 1 seqq. Qui sacerdotem magnum et amicos ejus Dominum Salvatorem et discipulos illius intelligi volunt vires ispa- COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. 331 ges, l’entendent de façon à le rapporter aux Apôtres , qui pénétrèrent la signification mys¬ térieuse de ses miracles, et eurent, dans ce qui se passait sous leurs yeux, la révélation de l’ave¬ nir, puisqu’ils saisissent, dans la guérison de raveuglc-né, la figure de la vue rendue aux gentils, et dans la femme délivrée de la perte de sang , l'image de l’Église retirée de ses prati¬ ques sanglantes. Quant à ce qui suit : « parce que voilà la pierre que j’ai placée devant Jésus, » les amateurs de l’histoire l'entendent du Christ; en ce sens le Christ, disent-ils, doit venir après Jésus, fils deJosédec. 11 est devant Jésus, c’est- à-dire en sa présence , et devant lui, comme annonce des choses futures ; et il est appelé pierre pouf représenter la puissance et la force par laquelle il brisera tous les empires, et nous l’avons vue, dans Daniel, détachée de la mon¬ tagne sans le secours d’aucune main. Dan. u. « Voilà que je graverai sa sculpture, dit le Seigneur des armées et j 'ôterai, en ce jour, l’iniquité de cette terre. En ce temps-lâ, dit le Seigneur des armées, l’ami appellera son ami sous la vigne et sous le figuier. '> Zach. ni, 10. Les Septante : « Voilà que je creuserai une fosse, dit le Seigneur tout-puissant, etj 'enlèverai toute iniquité de cette terre en un seul jour. En ce temps-là, dit le Seigneur tout-puissant, chacun appellera son voisin sous la vigne et sous le figuier. » 11 avait dit plus haut : « Voilà la toct/.otîouç, et portendentes, sic accipiunt, ut ad apostolos [al. discipulos ] référant, qui ejus mystica signa perspexerint, et ex præsentibus futura co- gnoverint, il uni in eo qui a nativitate cæcus fuit, Joan. ix, oculos restitutos super populo gentilium interpretantur ; et iu muliere sanguine defluente, Matth. ix, Ecclesiam edisserunt sanguinis operibus liberatam. Hoc autem quod sequitur : « Quia ecce lapis quem dedi coram Jesu, » amatores liistoriæ sic ’ de Christo intelligunt, ut post Jesum filium Josedec Chris tu m dicaut vcnturum. Hoc enim esse coram Jesu, id est, in conspectu ejus, et ante faciem, ut futura signiûcet, et appellari eum lapidem pro fortitudine et robore , quo omnia régna contriverit, quem etiam in Daniele de monte sine manibus præcisum legimus. Dan . ii. « Ecce ego cælabo sculpturan ejus, dicit Dominus exercituum, et auferam iniquitatem terræ illius in die una. In die ilia, dicit Dominus exercituum, vocabit vir amicum suum, subtcr vineam, et subter fîc.um. » Zach. ni, 10. LXX : « Ecce ego fodiam foveam, dicit Dominus omnipotens, et contrectabo omnem iniquitatem terræ illius in die uno. In die illo , dicit Dominus omnipotens, vocabit unus- quisque proximum suum subter vitem et subter pierre que j’ai placée en présence de Jésus, pierre unique sur laquelle il y a sept yeux. » Maintenant, il conserve la métaphore de la pierre et il dit : « Je graverai sa sculpture » ou « je sculpterai sa ciselure. » L’hébreu porte Màphate phetee, Aquila le rend par « je sculp¬ terai son ouverture,» Théodotion et Symmaque par « je graverai sa sculpture. » Le sens en est: Je ferai percer cette pierre par les clous de la croix et la lance du soldat, et par sa Passion j’effacerai l’iniquité de la terre, en ce jour uni¬ que dont il est écrit : « C’est le jour qu’a fait le Seigneur, tressaillons de joie et réjouissons- nous en ce jour. » Psalm. cxvii, 24. En ce jour de la Passion du Christ, l’homme qui est par¬ fait dans le Christ, et qui, avec les Apôtres, s’est élevé au comble de la bienveillance du Seigneur, appellera son prochain, les fidèles d’entre les Juifs, ou assurément le peuple des geùtils, sous la vigne appelée Sorecetde laquelle il dit dans l’Évangile : « Je suis la vigne, » Joan . xv, 1, et dont le fruit réjouit le cœur de l’homme ; et sous le figuier, c’est-à-dire les très doux fruits du Saint-Esprit, pour qu’ils jouissent de la paix éter¬ nelle, et qu’affranchis des séditions du monde et des combats sanglants, ils reconnaissent qu’ils sont sous le sceptre du roi dont Salomon est’le nom mystique et qui veut dire paix. Michée aussi an¬ nonce également qu’ils s’assoieront sous la vigne et sous le figuier, quand il dit : « En ces jours-là, ficum. » Supra dixerat : « Ecce lapis quem dedi co¬ ram Jesu, super lapidem unum septem oculi sunt. » Nunc consequenter p.£Ta> cela signifie que « nous avons tout reçu de sa plé¬ nitude, et grâce pour grâce, » Ibid. 16, c’est-à- dire que pour la grâce de la Loi, nous avons reçu la grâce de l’Évangile, en sorte que ceux ptum est iu Septuagiuta : « Quis es tu, mons magne, ante facien Zorobabel, ut corrigas? «quod videlicet mons iste qui ante facicm Zorobabel est, hoc est qui de Zorobabel stirpe descendat, velit mundum ipse corrigere, et de ipso sit quod sequitur : « Edu- cam lapidem hæreditatis, » de qua scriptum est : a Tu es qui restitues bæreditatem meam mihbïPsaôn. xv, 5. Et in alio loco : « Elegit uobis hæreditalem suam, pulchritudinem Jacob quam dilexit» Psal. xlvi, 5. Et rursurn : « Facta est pars Domiui Jacob, funi- culus hæreditatis ejus Israël. » Psalm. civ, 11. Et iu secundo Psalmo : « Domiuus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te. Postula a me, H dabo tibi geutes bæreditatem tuam. » Psalm. n, 7, 8. Educet autem Domiuus lapidem primarium, de quo legimus : « In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum » Joan. i, 1. Et : Omuia per ipsum facta suut, et siue ipso factum est uihil » Ibid. 3. Quod autem dicit : « Exæquabit gra- tiam gratiæ ejus, » hoc siguificat : Nos omucs de pleuitudiuc ejus accepimus, et gratiam pro gratia, Ibid . 16, id est, pro gratia legis, gratiam Evan- gelii , ut æqualem gratiam et par munus et ex 336 SAINT JÉROME d’Israël qui embrassent la foi, et le peuple des gentils , reçoivent une grâce égale et un don égal. C’est pour cela aussi que Gabriel dit à Marie : « Vous avez trouvé grâce auprès du Seigneur. » Lue. i, 30. Et l’apôtre Paul écrit : « Car c’est par la grâce que vous avez été sau¬ vés. » Ephes. il, 8. Et l’évangéliste Jean :«LaLoi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité ont été apportées par Jésus-Christ. » Joan. i, 17. « Et le Seigneur m’adressa la parole et me dit : Les mains de Zorobabel ont fondé cette maison, et ses mains l’achèveront entièrement; et vous saurez que le Seigneur des armées m’a envoyé vers vous. Qui est celui qui fait peu d’état de ces faibles commencements (du tem¬ ple). On sera dans la joie, lorsqu’on verra Zoro¬ babel le plomb à la main. Ce sont là les sept yeux du Seigneur qui parcourent toute la terre. » Zaeh. iv, 8 seqq. Les Septante : Le Sei¬ gneur me parla en disant : « Les mains de Zo¬ robabel ont fondé cette maison, et ses mains l’achèveront. Et tu sauras que le Seigneur tout- puissant m’a envoyé vers vous ; car qui fera peu de cas de si faibles commencements (du temple). Et l’on se réjouira, et l’on verra Zoro¬ babel le plomb à la main. Ce sont là les sept yeux du Seigneur qui regardent toute la terre.» Les Hébreux et les nôtres avancent beaucoup de choses ; en en admettant la plupart et reje¬ tant les autres, infèrons-en ce . qui nous plaira, afin que, tout en conservant la vérité de l’his- Israel credentes accipiant, at populus ethnicorum. Unde et Gabriel loquitur ad Mariam : « Invenisti gratiam apud Dominum » Luc. i, 30. Et Paulus apostolus scribit : « Gratia enim salvati estis » Ephes. il, 8. Et Joannes evangelista : « Lex, inqnit, per Moysen data est : gratia autem et veritas per Jesnm Christum facta est » Joan. i, 17. « Et factum est verbum Dornini ad me, dicens : Manu s Zorobabel fundaveruut domum istam, et manus ejus perücient eam, et scietis quia Dominus exercituum misit me ad vos. Quis enim despexit dies parvos? et lætabuntur, et videbunt lapidem stanneum in manu Zorobabel. Septem isti oculî sunt [Vulg. tacet sunt ] Dornini, qui discummt in universa terra. » Zach. rv, Ibid . 6 et seqq. LXX : « Et factus est sermo Dornini ad me dicens : Manus Zorobabel fundaveruut domum istam, et manus ejus complebunt eam. Et scies quoniam Dominus omnipôtens misit me ad te : quis enim despexit in dies parvos? et lætabuntur, et videbunt lapidem stanneum in manu Zorobabel : septem isti oculi Dornini sunt, qui respiciunt super omnem ter- ram. » Ab Hæbræis et a nostris multa dicuntur, quorum pleraque sectantes, et alia répudiantes, quid nobis placent,, infernmus, servantes historiæ toire, nous puissions, par ce moyen, reconnaître celui que l’histoire prophétise. Les mains de Zoro¬ babel, prince des Juifs, qui revinrent de Babylo ne, jetèrent les fondements du temple, et ces mêmes mains viendrontjusqu’aufaitedu temple, en ache¬ vant ce qu’elles avaient commencé, et menant tout l'édifice à bonne fin. Nous lisons dans Es- dras que le temple fut commencé et achevé par Zorobabel. lEsdr.ivcixi. Lorsque, ditleprophète Zacharie, vous aurez mis le comble sur le temple que vous bâtissez maintenant, vous comprendrez alors que c'est le Seigneur qui m’a envoyé, et que c’est par son ordre même que je vous ai parlé. « Car quel est celui qui fait peu de cas de ces faibles commencements (du temple). Qui, ici, est pris pour rare, selon ce passage : a Qui est, pensez-vous, le dispensateur fidèle et pru¬ dent? » Lue. xn, 42. Et : « Seigneur, qui habi¬ tera dans votre tabernacle, et qui montera sur votre sainte montagne?» Psalm. xiv, 4. Qui est, encore une fois, celui qui fait peu de cas du petit nombre de jours de ce siècle, et qui compte pour rien la puissance royale? Lorsque nous verrons les puissants du siècle, éclatants d’or, de pourpre et de perles étincelantes, lorsque nous les verrons environnés d’une armée, disons- nous : c< Qui, pensez-vous, est celui qui méprise un petit nombre de jours ? » Aussi Jacob, com¬ prenant la brièveté de la vie des hommes, dit (à Pharaon) : « Les jours de ma vie sont en petit nombre, et ils ont été traversés de beaucoup de veritatem, ut ex hac possimus eum, qui per histo- riam prophetatur, agnoscere. Manus Zorobabel principis Judæorum, qui reversi sunt de Babylone, tenipli fundamenta fecerunt, et manus ejus usque ad ternpli fundamenta fecerunt, et manus ejus usque ad templi fastigia venient, complentes quod cœpe- rant, et omnia quæ coepta fuerant, exstruentes. Legimus apud Ezram quod a Zorobabel templum cœptum sit atque perfection. I Esdr. iv et vi. Cumque, ait Zacharias propheta , in templo quod nunc ædificatis, videritis a vobis culmen imposi- tum, tune intelligetis me missurn a Domino, et quæ locutus sum, ipso mandante, dixisse. « Quis enim despexit dies parvos? » Quis hic pro raro accipitur, juxta illud : « Quis putas est dispensator fidelis et prudens » Luc. xn, 42? Et: « Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo, et quis ascendet in montem sanctum tuum 7» Psalm. xiv, 4. Rursus ergo est, qui dies parvos liujus sæculi despiciat, et regiam pote- statem putet esse nihili. Cum viderimus potentes sæculi fulgere auro, purpura, gemmisque rutilare, circumdari exercitu, dicamus in nobis : quis, pu¬ tas, despicit dies parvos ? Unde et Jacob vitam hominum brevem intelligcns : u Parvi sunt, » iuquit, « et pessimi dies vitæ meæ » Gen. xlvh, 9. Qui ergo COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 33i maux. » Gen. xlvii, 9. Ceux donc qui auront fait peu de cas d'un petit nombre de jours (et il rapporte ceci à la puissance royale, qui aver¬ tit Zorobabel, Jésus et le peuple de bâtir le temple de Dieu et de ne pas craindre leurs ad¬ versaires qui voulaient les en empêcher, mais d’écouter les exhortations du Seigneur), ceux-là, dis-je, parce qu'ils méprisent lagrandeur royale, se réjouiront en voyant le secours du Sauveur, qui, selon la promesse, doit être de la descen¬ dance de Zorobabel, et qui, à cause de sa force, est appelé pierre, et pierre d’étain. A la place de ce mot, l’hébreu porte Abdil, parce que le Sauveur est la muraille,- la fermeté et la force des croyants; car comme l’étain défend du feu les autres métaux, et que, si l’airain et le fer le plus dur n’ont pas avec eux de l’étain, ils sont brûlés par le feu, ainsi toute là force des anges et des hommes sera trouvée faible et fra¬ gile, si elle est privée du secours du Sauveur. Or, de même que cette pierre, c'est-à-dire cette masse qui est désignée dans l’hébreu par le mot ABDii, qui signifie pierre d’étain, et dans le grec, par deux mots qui veulent dire : séparant et distinguât; or, dis-je, de même que cette pierre d'étain sépare les uns des autres les métaux mêlés et altérés, ainsi le Seigneur, en vrai exa¬ minateur, sépare l'airain et le plomb des vices, de l'or et de l’argent des bonnes œuvres, pour qu'il ne reste que l'or pur et l'argent. Il est aussi appelé, en d’autres termes, séparateur, despexerint dies parvos (hoc autem refert ad regiam potestatem, ut commoneat Zorobabel, et Jesum, et populum ædificantes templum Dei, nequaquam ad- versarios timere prohibentes ; sed audire Dominum cohortantem), ex eo quod despiciunt regale fasti- gium, lætabuntur et videbunt auxilium Salvatoris, qui de Zorobabel stirpe promittitur, et propter fortitudinem lapis, appellatur, et lapis stanneus : pro quo in Hebraico scriptum est Abdil [al. Abdel] eo quod sit murus et fortitudo roburque creden- tium. Sicut enim stannum ab igné alia metalla dé¬ fendit, et cum sit natura æs ferrumque durissimum, si absque stauno fuerit, uritur et crematur, sic omnis angelorum et hominum fortitudo, si non hnbuerit auxilium Salvatoris, imbecilla probatur et fragilis. I.apis autem iste, id est massa, qui apud Hebræos audit, scribitur, id est, « stanneus, » à'cup.oÀGqsîTai v, id est « separans, » et « secernens, » ut quomodo stannum mista et adulterata inter se per igneiu metaila dissociât : ita Dominus verus proba- tor et -/tüvsutris ab auro et argento bonornru operum îes vitiorum plumbumque secernat, ut purum aurum remaneat, et argentum. Aliis verbis a7toyojp/Çojv iste et separator in Evangelio scribitur : « Cujus ventila- TOME IX, dans ce passage de l'Evangile : « Il a dans sa ipain un van, et il nettoiera son aire, et il sépa¬ rera la paille du froment. » Luc. m, 17. C'estlui qui crie par le prophète Jérémie : « Qu'y a-t-il de commun entre la paille et le froment? dit le Seigneur » Jerem. xxrrr, 28. Plusieurs des nôtres interprètent par ,1e Christ, les mains de Zoroba¬ bel qui jeta les fondements de la maison (du Seigneur), et l'acheva entièrement; Si nous acceptons cette interprétation, nous serons forcés d’exposer ce que signifie cette pierre d’étain dans la main de Zorobabel ; car ne faudrait- il pas accorder que dans la main du Christ se trouve un autre Christ, quoiqu'il y en ait qui ont entendu par pierre d’étain le corps du Sei¬ gneur, parce qu'aucune tache de péché ne le souilla, que ce corps n’est pas appelé plomb, mais étain très-pur? Quant aux sept yeux qui parcou¬ rurent toute la terre, ce sont sept esprits, comme nous l’avons exposé plus haut; cela signifie encore que rien n'est caché à Dieu, car il connaît à la fois le passé, le présent et l'avenir, ce que l'on verra surtout lorsqu’il viendra dans la per¬ sonne d’un fondeur et d’un séparateur des bons et des méchants. « Et je répondis et lui dis : Que marquent ces deux oliviers dont l'un est à la droite du chan¬ delier et l'autre à sa gauche ? Je lui dis encore une seconde fois : Que signifient ces deux ra¬ meaux d’oliviers, qui sont auprès des deux becs d'or, dans, lesquels sont les canaux d'or brum in manu sua, et ipse purgabit aream suam, et separabit paleas a tritico » Luc . ni, 17, qui clamat perJeremiam: « Quid paleis ad frumentum ? dicit Dominus » Jerem. xxm, 28. Multi nostrorum manus ZorobabeJ, qui fundaverit domum, et ipse perfecerit eam, Christum interpretantur, Quod si recipimus, cogemur exponere quid sit lapis stanneus in mauu Zorobabel. Neque enim in manu Christi, Christus abus approbandus est? Licet quidam lapidem stan- neurn corpus Domini acceperint, quod nullis pecca- torum fuerit maculis sordidatum, nec plumbus voce- tur, sed stannum purissimum. Septem autem oculos, qui discurrunt in universa terra, et cuncta dijudi- caul, supra exposuimus, septem esse spiritus : et quod Deurn nibil lateat, qui et præterilorum, et præ- sentium, et futurorum conscius est, et reddit uuicub que secunduni opéra sua, maxime cum in personu separautis bonos a malis, et conflatoris advenerit. « Et respondi, et dixi ad cum : Quid suut duæ olivæ istæ ad dexteram candelabri, et ad sinistrarn ejus ? Et respondi secundo, et dixi ad eum : Quid sunt duæ spic*} olivarum, quæ sunt juxta [al. sitper] duo rostra aurea, in quibus sunt suffusoria ex auro ? Et ait ad me dieens ! Nunquid nescis quid sunt hæc? 22 SAINT JÉROME 333 par où coule l’huile ? Ne savez-vous pas , me dit-il, ce que cela signifie ? Je lui répondis ! Non, mon Seigneur ? Et il me dit : Ceux-ci sont les deux oints de l'huile (sacrée), qui assistent devant le Dominateur de toute la terre. » Zacli . iv, \,\ seqq. Les Septante portent: « Et je ré¬ pondis et lui dis : Que marquent ces deux oli¬ viers qui sont à droite et à gauche du chande¬ lier ? Et j'interrogeai une seconde fois et lui dis : Que signifient ces deux rameaux d’oliviers qui sont dans les mains de deux narines d’or, et ces canaux d’or qui versent et retirent l'huile? Et il me dit : Ne savez-vous pas ce que cela signifie ? Point du tout, Seigneur, lui répondis- je. Il me dit alors : Ceux-ci sont les deux oints de l’huile d’onction, qui assistent devant le Sei¬ gneur de toute la terre. » Le Seigneur ou l’ange du Seigneur ne voulut pas répondre au prophète qui l’interrogeait sur la signification des deux oliviers dont Y un était A la droite et l'autre à la gauche du chandelier. Le prophète compre¬ nant cela, interroge une seconde fois et dit : Que marquent ces deux épis ou rameaux d'oli¬ viers ? ïl interroge sur des choses moindres, puisqu'il n’a pas mérité d’apprendre des choses plus grandes. Or, ces deux oliviers sont dans la main de deux narines ou sur deux becs d’or, qui sont appelés en hébreu Sinthoroth et en grec pïwTYjps-, parce que ces deux eux- mômes sur lesquels sont les deux épis ou les deux rameaux d’oliviers sont d’un or très-pur. El dixi : Non, domine ini. Et dixit : Isti sunt duo Glii olei, qui assistant Dommatori univers® terræ. » Zach. iv, Ibid. M et seqq. LXX : « Et respondi, et dixi ad eum : Quid sunt du® olivæ istæ a dexteris candelabri, et a sinistris? Et interrogavi secundo, et dixi ad eum : Quid sunt duo ram i olivamm, qui in manibus duanun narium anrearum sunt, et quæ infundunt et retraliunt suffuooria aurea ? Et dixit ad me : Nescis quid sunt hæc? et dixi : Ncquaquam, domine. Et ait : Isti sunt duo filii pinguedmis , qui assistant Domino univers® terr®. Interrogante pro- pheta quid significareut du® olivæ quarum altéra stabat ad dextrain candelabri, altéra ad sinistram, Dominus sive angélus Domini nolnit respondere. Quod propbeta inLelligens, secundo sciscitatur, et dicit : Quid sunt du® spicæ istæ olivamm, sive duo rami? de minoribns intervogans, quoniam majora audire non meruit. Duo auLcm isti rami sunt in manu du arum narium, sive super duo rostva aurea, quæ Hebraice sinthoiioth [al. Sinthuroth], Grœce puÇonrjpEç appellantur, qui est ipsi duo [j.uÇcijxf)\o£ç , super quos du® spicæ sunt, vel duo rami olivamm de auro purissimo sunt.. Cnmque et de duobus ramis propheta quærevet, et rursum interrogavetur Comme le prophète s’enquêrait aussi au sujet des deux rameaux, et que de son côté l’ange lui demandant s’il en savait la signification, à quoi le prophète ayant répondu : « Non, Seigneur,» l'ange du Seigneur répondit : « Ceux-ci sont les deux fils de l’huile » comme le prétend Symmaque, ou « de la splendeur, » selon l’iri- terprétation d’Àquila, ou « de la graisse, » selon la version des Septante, ou, selon Théodotion, « de la clarté, lesquels assistent devant le Domi¬ nateur de toute la terre. » Nous avons lu plus haut ce qui est dit au sujet des deux oliviers qui étaient à la droite et A la gauche de la lampe; aussi le prophète, interrogeant mainte¬ nant sur ces deux oliviers, ne mérite pas d’avoir de réponse, parce qu’il ne retient pas les choses qui sont avant celles-là, ou bien parce qu’il dé¬ sire apprendre ici d’une manière plus manifeste ce qui a été dit là plus obscurément, ou du moins, par son silence, Lange réprime son obsti¬ nation A s’efforcer de savoir de plus grandes choses, quoique les Hébreux assurent que, s'il ne fut rien répondu à ses questions au sujet des oliviers, c’est qu’il n'interrogea pas bien, et qu’il ne s’enquit pas de tout ce qu'il aurait dû savoir. Après cela, il questionne enfin d’une ma¬ nière plus complète, en parlant des épis ou rameaux d’oliviers dont il n'avait rien dit aupa¬ ravant ; car là il dit : « Que marquent ces deux oliviers ? >> Ici il interroge : Que signifient ces deux épis d'oliviers ? » appelant métapborique- ab angelo, utrumnam sciret quid duo rami signifi- carcnt, et ille dixisset : « Non domine : » respondit angélus Domini : « Isti sunt duo filii olei, » ut Sym- mnehus volait, sive gïiXt :v• abus. Ipso est igitur lapis plumbi, qui et talentum plumbi, quod nos ma- nifestius exprimentes, massam vel sphæram plumbi interprétât! sumus, ex quo significatur pondus gra- vissimnm peccatorum. Et super banc mensuram atque ampborani omnium dclictorum, media sedebat impietas, quam alio nomine idololatriam possnmus appellare, et negationem Dei. Unde a Salvatore dicitnr ad Judæos : « Impiété mensuram patrum vestrorum. » Matth. xxm, 23. ïlæc impietas quæ se¬ debat super pcccata Israël, et in suo scelere gloria- batm\ postea mittitur iu medium Babylonis, et cap- tivilatis nialo preinitur. Yel juxta Theodotionem, ipsa se projicit et abscondit iu medium amphoræ, ducitquc super se pondus gravissimum plumbi, ut obtnralum os liabeat, et ultra sejactare non possit. Vel c.erte ab augelo Dei opprimitur, ut quæ prius lætabatur in scelere, æterno siientio coulicescat. Quo « Je levai ensuite les yeux, et j’eus cette vision : Je voyais paraître deux femmes ; le vent (soufflait) dans leurs ailes, qui étaient sem¬ blables à celles d’un milan, et elles élevèrent le vase entre la terre et le ciel. Je dis 4 l’ange qui parlait en moi : Où ces femmes portent-elles ce vase? 11 me répondit: Dans la terre de Sennaar, afin qu’on lui bâtisse une maison, et qu’il y soit placé et affermi sur sa base. » Ibid. 9. e seqq . Les Septante : « Je levai ensuite les yeux, et j’eus cette vision : Je voyais paraître deux femmes ; le vent (soufflait) dans leurs ailes, qui étaient semblables à celles d’une hupe; et elles élevèrent la mesure entre la terre et le ciel. Et je dis à l’ange qui parlait en moi : Où ces fem¬ mes portent-elles la mesure ? 11 me répondit : Dans la terre de Babylone, afin qu’on lui bâtisse et lui prépare une maison, et qu’on l’y place sur sa base. » Par les deux femmes qui paraissent, les Juifs entendent le royaume des Mèdcs et celui des Macédoniens , qui affligèrent l’un et l’autre le peuple de Babylone , où leur impiété établit son siège. C’est une invention artificieuse de leur part, de peur qu’on n’entende d’eux ce qui réellement a ôté dit d’eux ; car on ne saurait mettre en doute que ces deux femmes qui parais¬ sent ne doivent être prises pour les douze tribus de la terre de Juda, dont les unes furent emme¬ nées captives par les Assyriens et les autres par les Chaldéens. « Et le vent (soufflait) dans leurs ailes, » c’est-à-dire la puissance du diable, de qui il est écrit dans l’Ecclésiaste : « Si l’esprit de autern, et a quibus conclusa portetur, sequens lectio docet. « Et levavi oculos meos, et vidi. et ecce duæ mu- lieres egredientes, et spiritus in alis carum, et habe- bant alas quasi alas milvi, et levaverunt amphoram inter terram et cœlum. Et dixi ad angelum qui loque- batur in uie : Quo istæ déférant amphoram? Et dixit ad me : Ut ædificetur ei domus in terra Sennaar, etsta- biliatnr, ctponaturibi super baseui suam. » Ibid. 9 et seqq. LXX: « Et levavi oculos rn'eos, et vidi, et ecce duæ muliercs egredientes, et spiritus in alis earum ; et ipsæ babebant alas sicut alæ sunt upnpæ. Et elevaverunt mensuram inter terram et cœlum. Et dixi ad angelum qui loquebatur in me : Quo i*tæ deferunt mensuram ? Et dixit ad me : Ut ædifi- ceut ei domiim in terra Babylonis, et præparent, et ponant eam ibi super sedem suam. » Duas raulie- res egredientes, Judæi arbitruutur regnum Medorum etMacedouum, quorum otrumque afilixerit populum Babylonium, et ibi impietas eorum sedem posuerit. Hoc autern arte confmgunt, ne quod do se dictuui est, in se iutelligatur. Duæ enim mulieres quæ egrc- diuutur, iulud dubiurn quin de terra Judæa, aeoi- 344 SAINT JÉROME celui qui a la puissance s’élève sur vous, ne quittez point votre place. » Eccle. x. 4. Et dans l’Évangile nous lisons qu’un esprit impur, qui après avoir été chassé de sa demeure, s’en allait par des lieux déserts et arides en compagnie de sept autres esprits plus méchants que lui, s’en retourne dans son ancienne maison. Luc. xi. Ces femmes donc, emportées d’un vol rapide par cet esprit comme par un souffle et un vent, avaient des ailes. Aquila, Symmaque et Théo- dotion ont traduit le mot hébreu asida par héron ; seuls les Septante ont traduit par hupe. Les Hébreux pensent qu 'asida veut dire le milan, oiseau très-rapace et qui tend sans cesse des pièges aux oiseaux domestiques. Quant au héron, ceux qui ont écrit sur les natures des oiseaux pensent qu’il y en a de trois genres : l'un blanc, l’autre étoilé, et le troisième noir, lequel est très-cruel et sanguinaire , et lorsqu’il combat, il est impatient d’étreindre sa proie, en sorte que le sang s’échappe de ses yeux. Quant à la hupe (mot que nous avons tiré de la res¬ semblance d’un nom grec) car les Grecs appel¬ lent pope cet oiseau, parce qu’il jette les yeux sur les excréments humains ; d’après eux, c’est un animal très-sale ; on ne le voit que dans les sépulcres, et il reste sans cesse au milieu des excréments de l’homme ; enfin, il fait, dit- on,, son nid de cette sale matière, et nour¬ rit ses petits des vers qui se trouvent dans piendæ sunt decem et duæ tribus : quarum alteræ ab Assyriis, alteræ a Chaldæis captæ sunt. « Et in alis earuui » eraUspiritus, « id est, potestasdiaboli, dequo in Ecclesiaste scriptum est : « Si spiritus potestatem habentis ascendèrit super te, locum tuum ne demis- sens » Ecole . x, 4. Et in Evangelio spiritum immnudum legimus qui cum de domo sua fuerit ejectus, cir- cumiens desertaet arida, cum aliis seplem spirilibus nequioribus se, revertitur in pristinam domum Luc. xi. Ab hoc igitur spiritu istæ mulieres quasi vento ilatuque raptatæ, volatu celeri ferebantur, et babe- bant alas ; juxta Hebraicum asida quod Aquila, Sym- roachus, et Theodotio« berodionem ; » soliXXL«upu- pam » transtulerunt. Asidarn Ilebræi « inilvum » putant avem rapacissimam, et semper domesticis avibus insidiantem ; herodionem vero, lii qui de volucrum scripsere uaturis, tria généra autumant : unum al¬ bum, aliud stellatum ; tertium nigrum, quod et sæ- vissimum est et sanguinarium, et pugnans ad coi- tiun impatiens : ita ut ex oculis eorum erumpat cruor. Upupam autem, quam nos de Græci nominis simili- ludine traximus (nam etipsi« popam» appellantabeo, quod stercora bumana consideret [al. considaat])y avem dicunt esse spurcissimam, semper in sepul- cris, semper in humano stercore commorantem : deuique et nidum ex eo facere dicitur, et pnllos suos le fumier pourri. Quel que soit celui de ces trois oiseaux que vous aurez voulu entendre par l’asida des Hébreux, il convient à ces femmes de Juda et d’Israël qui, pour leurs péchés, dont Todeur est infecte, ont été livrées au pouvoir des démons et menées par eux en captivité. Elles portèrent le vase ou mesure dans laquelle l’impiété était tenue enfermée, et d’où la masse de plomb qui était placée par dessus l’empê¬ chait de sortir, et elles élevaient en l'air, entre la terre et le ciel, le poids très pesant de tous les péchés. Ce que le prophète comprenant, il n’in¬ terroge pas quelles sont ces femmes (car :son esprit de prophète le voyait ouvertement), ni ce qu’elles portent (ce qu’on lui avait appris plus haut) , mais où elles le portent. Enfin suit ceci : « Je dis à l’ange qui parlait en moi: Où ces femmes portent-elles le vase? 11 me ré¬ pondit : Dans la terre de Sennaar, afin qu'on lui bâtisse une maison. » Les Septante ont mis à la place de la terre de Sennaar « la terre de Babylone ; » car Sennaar est une plaine de la Chaldée où ceux qui avaient émigré de l’orient, et qui ne pouvaient pas être fermes dans le ser¬ vice de Dieu, avaient bâti la tour de l’orgueil ; Gen. xi ; ce qui fit aussi que la ville qui s'éleva en ce lieu fut appelée « Babylone, » c'est-â-dire « confusion » parce que c'est là que les langues de tous devinrent confuses par leur mélange. L’impiété est donc portée par ces femmes à Ba¬ de vermiculis stercoris alere putrescentis. Quàmcun- que ex tribus avibus intelligere volueris asidarn, convertit istis mulieribus Judæ et Israeli, quæ prop- ter peccata putentia traditæ sunt dæiüonum potes- tati, et ab eis ductæ in captivitatem. Tuleruntque amphoram sive mensuram, in qua clausa tenebatur impietas, massa plumbi desuper posita ne possit exire, et pondus gravissimum omnium peccatorum per aerem inter terram et coelum. Quod propheta in- telligens, non interrogabat [al. inteiTogat] quæ sint istæ mulieres (patebat enim spiritui prophetali) , nec quid portent, de quo supra fuerat eruditus, sed quo portent. Denique sequitur : « Dixi ad angelum qui loquebaturin me: Quo istæ deferunt amphoram?» Qui respondit: « Ut ædificetur ei domus in terra Sen¬ naar. » Proquo SepLuaginta transtulerunt, « in terra Babylonis. »Sennaar enim campus est Chaldæorum, in quo hiqui moverant ab Oriente pedes suos, et in Dei servi tute stare non poterant, ædificaverunt tur- rim superbiæ Gen . xi ; unde et civitas ipsa appellata est «Babylon, » id est « confusio », eo quod ibi linguce omuium confusæ sint atque permistæ. Impietas ergo defertur ab istis mulieribus in Babylonem : ut ibi ædificetur domus ejus, et stabiliatur, et ponatur su- perbasem suam, et æterna statioue requiescat. Vere enim in Babylone sedes est impietatis, et juxta his- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. bylone, afin qu’on y bâtisse pour elle une maison, qu’elle y soit placée et affermie sur sa base, sans qu'on puisse jamais l’en ébranler; car c’est vraiment à Babylone qu'est le siège de l'impiété, et selon l’histoire et selon l'intelligence mystique. Que si par ces deux femmes vous voulez entendre les peuples des Juifs et des hé¬ rétiques, qui s’éloignent les uns et les autres de devant la face de Dieu, et sont portés par un esprit inconstant, qui ont des ailes de miian, de héron et de hupe, tandis qu’ils se font sans cesse des richesses, comme fait la perdrix, non avec dis¬ cernement, Jerem. xvi; qu’ils mettent leur em¬ pressement à ravir à l'Église ses trésors ; qu’ils ne se plaisen t qu’aux contèn tions et aux disputes ; qu’ils traînent à la mort tous ceux qu’ils ont trompés, et qu'ils se vautrent dans le bourbier des passions et des ordures dont on ne voit pas la fin, ces femmes lèvent le poids très lourd de l’impiété ; elles bâtissent leur maison dans la confusion, et servent le roi de Babylone, afin que lâ habitent les peuples des hérétiques et des Juifs, où restent les esclaves de l’idolâtrie, du bois et des pierres. « M’étant retourné, je levai les yeux, et j’eus cette vision : Je voyais quatre chariots qui sor¬ taient d’entre deux montagnes, et ces monta¬ gnes étaient des montagnes d'airain. 11 y avait au premier chariot des chevaux roux ; au second, des chevaux noirs; au troisième, des chevaux blancs, et au quatrième des chevaux tachetés toriam et juxta mysticos intellectus. Si volueris duas mulieres accipere hæçeticorum populos et Judæorum (quorum utrique egrediuntur a facie Dei, et spiritu feruntur incerto, et habent alas milYÎ, herochi, et upupæ, dum semperin modumperdicis faciunt divi- tias, non cum judicio, Jer. xvi, et de Ecclosia rapere festinant, et contentionibus ac jurgiis delectantur, et quoscunque deccperint, trahunt ad interitum, volu- tantur in cceno libidinum et sordibus sempiternis), istæ mulieres levant pondus impietatisgravissimum, etædificant in confusione domum suam, et serviunt régi Babylonio, ut ibi habitent hæreticorum populi et Judæorum; ubi morantur idololatriæ, ligno et lapi- dibus serventies. u Et conversus sum, et levavi oculos meos, et vidi : Et ecce quatuor quadrigæ egredientes in [Vulg. de] medio duorum montium, et montes, montes ænei [Vulg. œrei]. In quadriga prima equi rufi, in ,quadriga secunda equi nigri, et in quadriga tertia equi albi, et in quadriga quarta equi varii et fortes. Et respondi, et dixi ad angelum qui loquebatur in me Quid sput hæc, domine mi ? Et respondit angé¬ lus, et ait ad me : Isti sunt quatuor venti cœli, qui egrediuntur, ut stent coram Dominatore omnis ter- 345 et vigoureux. Je répondis, et dis alors à l'ange qui parlait en moi : Qu’est-ce que cela, mon Seigneur? L'ange répondit, et me dit : Ce sont les quatre vents du ciel qui sortent pour se tenir devant le Dominateur de toute la terre. Les chevaux noirs du second chariot allaient vers le pays de l'Aquilon ; les chevaux blancs les sui¬ virent, et les tachetés allèrent dans le pays du midi. Les plus forts parurent ensuite, et ils de¬ mandaient d’aller et de courir par toute la terre. Et (le Seigneur) leur dit : Allez et courez par toute la terre, et ils coururent par toute la terre. Alors il m'appela et me dit Ceux (que vous voyez) qui vont du côté de l’Aquilon ont entièrement satisfait la colère que j’avais conçue contre le pays de l'Aquilon. » Ibid, vi, 1 et seqq. Les Septante : « M’étant retourné, je levai mes yeux, et j’eus cette vision : Je voyais quatre chariots qui sortaient du milieu de deux mon¬ tagnes ; et ces montagnes étaient des montagnes d’airain. 11 y avait au premier chariot des che¬ vaux roux ; au second, des chevaux noirs ; au troisième, des chevaux blancs, et au quatrième, des chevaux tachetés et agiles. Je répondis et dis à l'ange qui parlait en moi : Qu'est-ce que cela, mon Seigneur? Et Tange qui parlait en moi me dit : Ce sont les quatre vents du ciel qui sortent pour se tenir devant le Seigneur de toute la terre. Les chevaux noirs du second chariot allaient sur le pays de l’Aquilon ; les chevaux blancs les suivirent, et les tachetés ræ. Inqua erant equi nigri, egrediebantur in ter- ram Àquilonis, et albi egressi sunt post eos, et varii egressi sunt ad terram Austri. Qui autem erant ro- bustissimi exierunt, et quærebant ire et discurrere per omnem terram. Et dixit : Ite et peramhul'ate terram ; et perambulaverunt terram. Et vocavit me, et locutus est ad me , dicens : Ecce qui egrediuntur in terram Aquilonis, requiescere fecerunt spiritum meum in terra Aquilonis. » Ibid. vi. I et seq . LXX : « Et conversus sum, et levavi oculos meos, et vidi : Et ecee quatuor quadrigæ egredientes de medio duo¬ rum montium, et montes erant montes ænei. In quadriga prima equi rufi, et in quadriga secunda equi nigri, et in quadriga tertia equi albi, et in qua¬ driga quarta equi varii sturnini. Et respondi, et dixi ad angelum qui loquebatur in me : Quid sunt 'hæc, domine ? et i’espondit angélus qui loquebatur in me, et dixit: Hi sunt quatuor venti cœli, qui egrediuntur ut assistant Domino omnis terræ. In quo erant equi nigri, egrediebantur super terram Aquilonis, et albi egrediebantur post eos, et varii exibant in terram Austri, et sturnini egrediebantur et considcrabant ut circuirent terram. Et dixit : Ite et circuite terram ; et circuierunt terram : et clamavit, et locutus est ad 346 SAINT JÉROME allèrent dans le pays du midi , et les agiles sor¬ taient et se recueillaient pour parcourir la terre. Et le Seigneur leur dit : Allez et parcourez la terre, et ils parcoururent la terre; et il éleva la voix et me dit : Ceux (que vous voyez) qui vont sur la terre de r Aquilon ont entièrement satisfait la colère que j’avais conçue contre le pays de F Aquilon. » Je passai, dit le prophète, à une autre vision, et j’élevai les yeux de mon cœur plus haut vers le ciel, et je vis quatre cha¬ riots qui sortaient du milieu de deux montagnes qui étaient d’airain, c’est-à-dire inaccessibles et très inébranlables, et que le temps ne pourrait jamais consumer. Ces montagnes, que plus haut il avait dit être de myrtes ou ombreuses et cou¬ vertes de bois, il les appelle maintenant d’ai¬ rain. Au premier chariot, il y avait des chevaux roux, ensanglantés at sanguinaires, et terribles par la cruauté de Babylone. Dans le second chariot, les chevaux noirs signifient le royaume des Mèdes et des Perses , lequel étant assis sur un char à deux chevaux , et se prévalant de l’édit du roi Assuérus, annonçait par avance, par un triste message , la mort de tous les Juifs. Les chevaux blancs du troisième char repré¬ sentent les Macédoniens ; c’est sous leur roi An- tiochusque l’histoire place la victoire remportée parles Macliabées. Au quatrième char, il y avait des chevaux tachetés et forts. Nous savons, en effet, que les empereurs romains furent à l’égard de la nation juive, les uns cléments, comme C. César, Auguste, Claudius ; d’autres de terri¬ bles persécuteurs, comme C. Caligula, Néron, me dicens : Ecce qui egrediuntur super terram Aqui¬ lonis, requiescere fecerunt furorem meum in terra Aquilonis. «Transivi, ait, ad aliam visionem, et ocu- los cordis mei ad cœlum altius sublevavi : vidique quatuor quadrigas egredientes de oiedio duorum mon- tium qui erant ænei, id est, insuperabiles atque for- tissimi, et qui nulla possent vetustate consumi. Quos enim supra montes myrteos, vel umbrosos di- xerat atque nemorosos, nunc æneos voeat. In qua- driga prima equi rufi erant, cruenti, et sanguinarii, et Babylonia crudelitate terribiles. In quadriga secunda, equi nigri, regnum Medoruin atque Persa- rum : quod bigæ sedens et egrediens per Assueri ré¬ gis edictum, mortem omnium Judæorum tristi nun- tio præfercbat. In quadriga terLia , equi albi , Macedones, sub quorum rege Antiocho Machabæo- rumvictoriam legimus. In quadriga quarta, equi varii fortes. Scimus enim Romanorum reges, alios in gentem Judœam fuisse clementes, ut C. Cæsarem, Augustum et Ciaudium: alios persecutores atque ter¬ ribiles, ut C. Caligulam, Neronem, Vcspasianum et Hadrianum. Pro « fortibus , » quos Aquila xpaTspoùç Vespasien et Adrien. Au lieu de fortibus (forts), qu’Aquila a traduit par -/.pa^po-j; (robustes), et les Septante par (papou; (agiles), on trouve aussi dans l’hébreu Amasim. Quelques exemplaires portent mal à propos ;-uppou ; (roux) (confondant les différences des couleurs et des royaumes), attendu que ™p£>ol, c’est-à-dire (les chevaux) ron, sont rendus en hébreu, non par le mot Amasim, mais par Adamim. Comme le prophète cherchait la signification de ce qu'il voyait, l’ange qui parlait en lui lui répond que ce sont les quatre vents du ciel, c’est-à-dire les quatre régions du monde, appelés par les Crées /XiVata (climats), qui se tiennent devant le Seigneur et exécutent ses volontés ; car ces quatre royaumes dont nous avons parlé n’ont rien fait sans la volonté du Seigneur. Les chevaux noirs du second cha¬ riot allaient, dit le prophète, vers la terre de F Aquilon. Que c’est bien à propos qu’il n’est pas parlé du premier chariot traîné par des chevaux roux, tandis qu’on décrit ce qu’ont fait le se¬ cond., le troisième et le quatrième char ; car déjà à l’époque où le prophète faisait cette re¬ lation, le royaume do Babylone avait disparu, et toute l’Asie était au pouvoir des Mèdes ; c’est sous Darius, leur roi, et le vingt-quatre du onzième mois, appelé Sabat, de la seconde année de son règne que le prophète voit ce que nous avons exposé plus haut. Les chevaux noirs du second char allaient vers le pays de l’Aquilon, afin que la puissance des Mèdes dé¬ truisît le royaume des Chaldéens. Et il faut noter que ces chevaux noirs sont appelés dans Sçptuaginta if/apoù; transtulerunt, in Hebraico scrip- tum est amasim. Et quædam cxemplaria male habent ttupfoùç, coufundentia colorum différentes atque rc- gnorum, cum xuppoi id est, « rufi, » non amasim, sed adamim appellentur. Propheta ergo quærente quid sibi vellent significare quæ cerneret, angélus qui loque- batur in eo, respondet, et narrât quatuor esse ventos eœli, id est, quatuor piagas mundi, quæ Græcivocant , qui assistant et pareant Domini voluntati. Nihil enim hæc quatuor régna, quæ diximus, absque Domini voluntate fecerunt. In qua erant equi nigri, egrediebantur, inquit, in terram Aquilonis. Quam pulchre quadriga prima in qua erant equi rufi præ- termittitur, quid et secunda et tertia feccrint quarto- que describitur. Jam enim eo tempore, quo hæc pro¬ pheta referebat. regnum præterierat Babylonium, et omnem Asiam Medorum potentia possidebat : sub quorum regeDario, anno ejus secundo, menseunde- cimo [al. décima], qui appellatur sabat, vicesima quarta die mensis, omnia quæ supra exposuimus, contemplatur. In qua erant igitur equi nigri, egredie¬ bantur in terram Aquilonis : ut Chaldæorum regnum COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. 347 les saintes Ecritures, d’après le site de Jérusalem et du temple, xX'jjlcctcc, c’est-à-dirc les climats de l'univers. et du monde. Ils furent également suivis des chevaux blancs, c’est-à-dire que les rois de Macédoine, marchant sur les traces des Mèdcs et des Perses, subjuguèrent à leur empire les Chaldèens et Babylone. Les chevaux agiles et tachetés du quatrième chariot, lesquels sont appelés dans l’hébreu Borodim ou d’un autre nom àmasim, c’est-à-dire forts et robustes, allè¬ rent vers le pays du midi, et d’une course ra¬ pide parcoururent toute la terre. Et l’ange qui parlait dans le prophète crie à l’empire romain : « Allez et courez par toute la terre, » et sou¬ mettez tous les royaumes à votre domination. Et s’étant tourné vers le prophète, il lui dit clairement : « Ceux qui vont du côté de l’Aqui¬ lon ont entièrement satisfait la colère qùe j’avais conçue contre la terre » à laquelle ils ont été envoyés. Je tiens des Hébreux, à propos de ce passage très difficile, qu’Alexandre et tous les Macédoniens, c’est-à-dire les chevaux blancs qui vinrent après les Mèdes et les Perses (qui eux aussi étaient allés dans la terre del’Aquilon), satisfirent la colère annoncée par le prophète , en ce qu’ils accomplirent la volonté de Dieu contrôles Mèdes, et que dans peu de temps l’empire des Mèdes et des Perses fut détruit par les Macédo¬ niens ; car c’est une grande consolation, pour ceux qui sont opprimés, de savoir que leurs Medica virtus everteret. Et hoc notandum, quod 7.Atjj.aTa, id est, plagæ orbis et mundi, juxta situm Jérusalem, et templi in Scripturis sanctis appellen- tur. Albi quoque egressi suntpost eos, secuti Medo- rum Persaruinquc vestigia, rages Macedonum, ut Chaldæos ac Babylonem suo imperio subjugarent. Quarti vero, id est, sturniui et varii, pro quo in He- bræo legiLur rononnï, et qui alio nomine appellanLur amasim, id est, « fortes, » atque « robusti, » egressi sunt ad australem plagam, et totam terram impetu celeri histraverunt. Clamatque angélus qui loqueba- tur in proplieta, ad imperium Romanorum : « ïte, perambulate terram, » et orbern cirouite terrarum, vestrisque pedibus cuncta régna substernite.Conver- susque ad prophetam clara voce testatur : « Ecce qui egrediuntur in terram Aquilonis, requiescere fece- ront spiritum in terra, « ad quam profecti sunt. Tra~ ditura mibi est ab Hebræis in loco vel difficillimo, quod Alexander et omnes Macedones, id est, cqui albi qui egressi sunt post Medos et Persas, qui et ipsi perrexerant in terram Aquilonis, requiescere fecerint spiritum prophetalem in terra Aquilonis, eo quod contra Medos Dei impleverint voluntatem, et in brevi imperium Medorum atque Persarum a Ma- cedonibus sit deletum. Grandis enim eorum est con- ennemis ne tarderont pas à périr. Voilà ce que, en suivant la vérité de l’histoire, nous transmet¬ tons, autant qu’il nous est possible, à ceux qui ont du goût pour notre langue, nous gardant bien de forcer notre mémoire pour rechercher, d’après l’interprétation des Egyptiens, les cha¬ riots de Pharaon et les chars de Babylone : car il ne faut pas considérer le lien où une chose a été écrite, mais la raison pour laquelle elle l’a été. Dans le sens allégorique, nous pouvons entendre aussi dans le présent passage ce que nous avons dit au sujet des quatre cornes et des quatre ouvriers en fer. J’ai lu dans un cer¬ tain auteur qu’il fallait entendre par les chariots attelés de chevaux, soit roux, soit noirs, soit blancs, soit tachetés et forts, les quatre Evan¬ giles ; et par les chevaux, les Apôtres, possédant, par la diversité des couleurs , des grâces diverses : dans leur nombre, il en est de roux par le mar¬ tyre ; d’autres sont obscurs et noirs et ils ont la connaissance des mystères du Christ, et on peut leur appliquer ce passage des Psaumes : « Un nuage obscur est sous leurs pieds ; » Psalm. xvir, 10; et : « Il a choisi sa retraite dans les ténèbres. » Ibid. 12. D’autres sont blancs par la grâce virginale ; d’autres, tachetés etforts, ayant la grâce des guérisons et de vertus diverses. Ces quatre chariots ou chars ont été envoyés aux quatre vents du ciel, c’est-à-dire aux pôles du monde et dans tout l’univers, afin d’accom- solatio qui premuntur, ut scianthostes suos cito esse perituros. Hæc ut potuimus, imo ut accepimus, nos- trælinguæstudiosis tradimus [al.ù’ach'ch'îTîttsbsequen- tes historiæ veritatem : nec quadrigas Pharaonis, et currus Babylonios instar explan ationis Ægyptiæ te- naci memoria conquirentes ; non enim quid ubi scrip- tum, sedquarationesitscriptum, considerandum est. Juxta allegoriam quæcnnque in quatuor cornibus et quatuor fabris diximus,etiam in præsenti loco accipiamus. Legi in cujusdam volumine , qua¬ tuor quadrigas, in quibus sunt equi rufi et ni- gri, et albi, et varii ac fortes, quatuor Evangelia intelligenda et equos apostolos, per diversiLa- tem colorum diversas gratias possidentes : quorum alii rufi sint in marLyrio, alii obscuri et nigri, et ChrisLi mysteria cognoscentes, de quibus dicatur in Psalmis: « Caligo sub pedibus ejus » Psalm. xvu,10. Et : « Posnit tenebras latibulum suurn » Ibid. 12. Alii albi, gratia virginali ; alii varii et fortes, bob en¬ tes gratiam curationum diversarumque virtutum. Hæ quadrigæ quatuor, sive currus, missi sunt in quatuor ventos cœli, id est, ad cardines mundi et universnm orbem terrarum, ut expièrent Domiui voluntatem : quibus postea infertur ab angelo : « lte, et perambu¬ late terram, » et in cunctis terrarum finibus Evange- 348 SAINT JEROME plir la volonté du Seigneur ; c’est à eux que l'ange fait ensuite cette injonction : « Allez, et parcourez la terre, » et semez l’Évangile dans toutes les régions de l’univers. Ce qui suit dans le Prophèle : « Ceux (que vous voyez) qui vont sur la terre de l'Aquilon ont entièrement satis¬ fait la colère que j'avais conçue contre le pays de l'Aquilon, » a été interprété par cet auteur en ce sens qu’il dit que la colère du Seigneur ou d’un ange avait été entièrement satisfaite, lorsque les royaumes que le diable gouvernait très cruellement furent renversés par la prédi¬ cation apostolique, et que ce sont ces royaumes que le diable montra sur une haute montagne au Seigneur Sauveur, en se glorifiant de les avoir en sa possession. » Matth. iv. LITRE SECOND. Nous passons de choses obscures à, d'autres plus obscures, et, avec Moïse, nous entrons dans la nuée et l’obscurité. Exod. xxxiv. Un abîme appelle un abîme au bruit des tempêtes et des eaux que Dieu envoie. Psalm. xi.r, 8. « Le vent souffle, tournant, ça et là, et retourne par ses circuits.» Eccl.1,6. Nous nepouvons nous sous¬ traire à des erreurs inextricables, et nous n’avons qu’un fil pour conduire sur les traces obscures du Christ. Mais le porteur du livre, coiffé d’un chapeau à larges bords, aggrave encore cette difficulté, selon ces paroles d'un poète : Horat.i ; Epist. 2. Celui qui a commencé un ouvrage en est déjà à sa moitié... combien plus nous, qui avons déjà fait le tiers de notre chemin, nous devons suer dans le même travail pour achever ce qui reste à faire, de peur de perdre le fruit de ce que nous avons déj à fait, et d'accroître le désir du lecteur par une œuvre incomplète. lium seminate. Hoc quoque quod sequitur ; « Ecce qui egrediuntur in terram Aquilonis , requiescere fe- cerunt spiritum meum in terra Aquilonis,» sic expla- navit, ut diceret requievisse spiritum Domini, sive angeli, quando in terra Aquilonis, diaboli régna du- rissima apostolica preedicatione subversa sunt, et hæc esse régna, quæ Domino Salvatori iD monte ex- celso diabolus ostendens, sibi tradita gloriatus sit Matth. iv. LIBER SECÏÏNDÏÏS. Ab obscuris ad obscuriora [al. obscura] transimus, et cum Moyse ingredimur in nubem et caliginem. Exod. xxxiv. Abyssus abyssum invocat, in voce ca- tractarum Dei ; Psalm. xli, 8 ; et gyrans gyrando vadit spiritus, et in circulos suos revertitur : Ecole, i, 6 : labyrinthios patimur errores, et Christi cæca regimus fllo vestigia. Ad banc difficultatem urget petasatus (a) libri portitor : Horat. i, epist. 2 : Dimidium facti, qui cœpit, habct... C'est pourquoi, 6 Exupère, mon cher et véné¬ rable père, quoique vous soyez absent de corps, soyez-moi présent par vos favorables prières, et obtenez du Seigneur que soit enlevé de devant mon visage le voile de Zacharie, comme ce voile qui couvrait la face de Moïse, Exod. xxxiv ; Cor. ni, dont un peuple à sentiments peu élevés ne pouvait soutenir l’éclat. Obtenez-moi aussi de pouvoir dire avec David : « Le Seigneur remplira de sa parole ceux qui annoncent la bonne nouvelle, afin qu'ils le fassent avec une grande force. » Tel est l’exorde du second livre des Commentaires sur Zacharie, que nous dictons avec une telle rapidité que nous avons à peine le temps de le corriger, attendu que le frère Sisinnius est pressé d’aller en Égypte, afin d’y porter aussi Todeur des suaves parfums que vous avez envoyée aux frères ; et que les champs altérés soient arrosés, non par un fleuve quanto magis nos qui tertiam partem jam confeci- mus vise, eodem debemus in reliquis labore sudare, ne perdamus præterita, et imperfectum opus augeat lectoris desiderium I Itaque, mi Exuperi Papa vene- rabilis, adesto præsens orationibus, qui corpore ab- sens es, et impetra a Domino, ut auferatur a facie mea valamen Zachariæ, quod ante oculos obtendeba- tur (è) [al. appendebatur ] Moysfi Exod. xxxiv ; II Cor. ni, quia fulgorem vultus ejus, vulgus ignobile ferre non poterat : ut ego quoque cum David queam di- cere : « Dominus dabit verbum evangelizantibus virtute multa. » Psal. lxvii, !2. Secundi libri Expla- nationum in Zachariam istud exordium est, quem tanta celeritate dictamus, ut pene non sitemendandi spatjum : dum frater Sisinnius Ægyptum ire festinat, ut odorem bonæ fragrantiæ, qui a te missus est fra- tribus, illuc quoque perferat ; et nequaquam Æthio- piæ flumine, sed Galliarum largissimis rigentur arva sitieutia. « Et factum est verbum Domini ad me, dicens : (a) Aliqui putant petasaium dici, qui cothurno vol socco calcialus est : sed hic rcctius intelligitur porlitor petasatus, qui pctaso sive galero tcctus est : quod significat hominem ad iter paratum, uterat Sisînius qui in Ægyptum ire festinabat. Màht. (ô) Ernsmus legit ante oculos ostendebatur ; Marianus yero Erasmi castigator, ante oculos appendebatur ; nos manusci-ipta cxemplaria secuti sumus, quia omnia âstiusmodi retincnt obtendebatur. Mart. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 349 d’Ethiopie, mais par les cours d’eau les plus abondants des Gaules. « Et le Seigneur m'adressa la parole, en di¬ sant : Recevez de la transmigration, c'est-à-dire ce que vous donneront Holdai, Tobie et Idaïa, qui viennent du lieu où ils étaient captifs ; et vous reviendrez en ce jour-là, et vous entrerez dans la maison de Josias, fils de Sophonie, qui est venu avec eux de Babylone. Vous recevrez (d’eux) de l’or et de l’argent, et vous en ferez des couronnes que vous mettrez sur la tête du grand-prêtre Jésus, fils de Josédec, et vous lui direz: Voici ce que dit le Seigneur des armées : Voici l’homme qui a pour nom Orient ; de lui germera un peuple nouveau , et il bâtira le temple du Seigneur. Oui, il bâtira lui-même un temple au Seigneur; il sera couronné de gloire; il s’assiéra sur son trône, et il dominera ; le grand-prêtre sera aussi assis sur le sien, et il y aura entre eux deux un conseil de paix. Ces couronnes porteront les noms d’Helem, de Tobie, d’Idaïa etde Hen,fils de Sophonie ; elles seront conservées comme un monument dans le tem¬ ple du Seigneur. Et ceux qui sont éloignés viendront et bâtiront dans le temple du Sei¬ gneur ; et vous verrez que le Seigneur des armées m’a envoyé vers vous. Or, tout ceci arri¬ vera, si vous êtes exact à écouter la voix du Seigneur votre Dieu. » Ibid. 9, et seqq. Les Sep¬ tante : « Le Seigneur m’adressa la parole en disant : Recevez les fruits de la captivité de la part des princes et de ceux à qui elle a été utile et qui ont reconnu le bien que cette captivité Sume a transmigratione ah Holdai et a Tobia, et ab Idaja, et venies tu in die ilia, intrabis domum Josiæ filii Sophoniæ, qui venerunt de Babylone. Et sûmes argentum et aurum, et faciès coronas, et pones in capite Jesu filii Josedec sacerdotis magni, et loque- ris ad eum dicens : Hæc ait Dominus exercituum, dicens : Ecce vir, Oriens nomen ejus, et subter eum orietur, et ædificabit templum Domini. Et ipse exs- truet templum Domino, et ipse portabit gloriam, et sedebit et dominabitür super solio suo, eteritsacer- dos super solio : et consiliuin pacis erit inter illos duos. Et coronæ erunt Helem et Tobiæ et Idajæ et Hen filio Sophoniæ, memoriale in templo Domini. Et qui procul sunt, venient et ædificabunt in templo Domini, et scietis quia Dominus exercituum misit me ad vos. Erit autem hoc, si auditu audieritis vo- cem Domini Dei vestri. » Ibid. 9 et seqq . LXX : « Et factus est sermo Domini ad me dicens : Àccipe quæ de captivitate sunt a principibns, et ab utilib.us ejus, et qui cognoverunt eam : et ingrcdieris tu in die ilia in domum Josiæ filii Sophoniæ, qui venit de Baby¬ lone., et accipies argentum et aurum, et faciès co¬ leur a procuré, et vous entrerez ce jour-là dans la maison de Josias, fils de Sophonie, qui vient de Babylone, et vous prendrez l’or et l’argent, et vous en ferez des couronnes que vous mettrez sur la tète du grand-prêtre Josédec, et vous lui direz : Voici ce que dit le Seigneur tout-puis¬ sant : Voici l’homme, Orient est son nom ; de lui germera un peuple nouveau, et il bâtira le temple du Seigneur ; il obtiendra la force ; il s’assiéra sur son trône, et il aura l’empire. Le grand-prêtre sera à sa droite, et il y aura entre les deux un conseil de paix. Une couronne sera donnée à ceux qui attendent, et qui ont tiré du profit de la captivité, et qui en ont connu les avantages ; elle sera donnée en faveur du fils de Sophonie ; et on chantera en reconnaissance des psaumes dans la maison du Seigneur ; et ceux qui sont éloignés d'eux viendront, et bâti¬ ront dans le temple du Seigneur. Et vous sau¬ rez que c’est le Seigneur tout-puissant qui m’a envoyé vers vous. Et ceci sera, si vous êtes exact à écouter la voix du Seigneur votre Dieu. » Je me suis proposé une fois de dévoiler aux Latins les secrets de l’érudition des Hébreux, et la discipline cachée des maîtres de la synagogue, celle-là seulement qui est en harmonie avec les saintes Écritures. C’est pour cela qu’il est néces¬ saire de tracer les Lignes de l’histoire dans les endroits les plus obscurs et de mettre au grand jour ce que m’ont appris des ecclésiastiques, en laissant le lecteur libre de suivre ce qu’il lui plaira. Et d’abord il faut nous attacher à l’ordre de la lecture, afin que ce qui est dit devienne ronas, et impones super caput Jesu filii Josedec sa¬ cerdotis magni, et dices ad eum : Hæc dicit Domi¬ nus omnipotens : Ecce vir, Oriens nomen ejus, et subter eum orietur, et ædificabit domum Domini, et ipse accipiet virtutem, et sedebit, et imperabit super throno suo. Et erit sacerdotis a dextris ejus, et con- silium pacis erit inter duos; corona autem exspec- tantibus et utilibus ejus, et qui cognoverunt eam, et in gratiam filii Sopboniæ, et in psalmum in domo Domini, et qui longe sunt ab eis, venient et ædifica¬ bunt in domo Domini. Et scietis quia Dominus om¬ nipotens misit me ad vos, et erit, si auditu audieritis vocem Domini Dei vestri. » Semel proposui arcana eruditionis Hebraicæ, et magistrorum synagogæ re- conditam disciplinam, eam duntaxat, quæ Scripturis sanctis conyenit, Latinis auribus prodere. Quamo- brem necesse mihi est in locis obscurrissimis histo- riæ lineas ducere, et sic quæ ab ecclesiasticis viris accepi, proferre in medium, lectoris arbitrio quid magis sequi debeat, relinquens. Et primum lectionis ordo reddendus est, ut quod dicitur, juxta litteram perspicuum fiat, Àôcipe, inquit, ab Holdai, et a Tobia, 330 SAINT JEROME clair, selon la lettre. Recevez, dit le prophète, cTHoldaï, de Tobie et d’Idaïa, qui sont revenus de la captivité de Babylone , les dons qu'ils vous offrent, (c’est-à-dire) l’argent et l’or, et vous entrerez dans la maison de Josias, fils de Sophonie, et vous y ferez des couronnes, dis¬ tinctes par la diversité de l’or et de l’argent ; vous ne vous contenterez pas d‘en faire une seule, mais vous en ferez deux ou plusieurs. Le mot hébreu àtarotu , en effet, qui veut dire en grec oxEup.axa, signifie, non le nombre singu¬ lier, mais le duel ou le pluriel. Lorsque vous aurez fait ces couronnes, vous en poserez une sur la tête de Jésus, fils du grand-p rétro Jose- dec, et vous lui direz : « Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : Voici l'homme dont le nom est Orient, ce qui est dit en hébreu Sema, et est écrit, non par la lettre sw, mais par la lettre sade. Il est appelé Orient, c’est-à-dire en grec avaToXi], ou âvawijr), OU |3X«ax/)[Jux, ce qui veut dire germe, parce qu'il croîtra soudain de soi et pullulera, comme un germe ; cet homme bâtira le temple du Seigneur. Et après qu’il l’aura construit, il portera, lui aussi, la gloire, c’est-à-dire une autre couronne, ce qui, en hébreu, est exprimé par hod, et en grec par OU par EUTUpercsia, OU par apexrj, OU par oo'Ça, mots qui signifient ou «illustre,» ou «beauté,» ou <( vertu, » ou « gloire». On pense qu’il est parlé de Zorobabel, qui d’humble et de captif qu’il était, devenant tout-à-coup chef du peuple juif, bâtit le temple du Seigneur, s'assit sur son ab Idaja, qui de Babylonica captivitate venerunt, et sûmes ab eis quæ offeruntur mimera, argentum, et aurum, et in trahis domnm Josiæ, filii Sophoniæ ; et ibi faciès coronas,auri atqueargenti varietate dis- tinctas, non unam coronam , sed vel diras vel plures : ataPiOth quippe, id est ax£p.p.axa, non nnum, sed vel dualem, vel pluralem mimerum significant. Gu nique coronas feceri.s, impones unam ex eis in ca- pite Jesu filii Josedec sacerdoLis magni, et loqueris ad eum : « Hæc dicit Dominas omnipotens : Ecce vir enjus nomeu est, Oriens, » quod Hebraice dicitur sema, non per six, sed per sade litteram scripLum. Qui idcirco « Oriens, » id est, àvaxoXï], vel âva par les Grecs. C'est par cet aimant que fat endurci le cœur de Pharaon, afin qu’il ne laissât pas partir le peuple de Dieu. Exod. vu. segq. Et parce qu’ils eurent, bien plus parce qu’ils rendirent leur cœur de diamant, et qu’ils s’endurcirent volontairement pour ne pas écou¬ ter les paroles que le Seigneur leur avait adressées par le ministère des prophètes qui avaient précédé, (à savoir) Isaïe, Osée et les autres, qu'il avait remplis de son Esprit, c'est-à- dire du Saint-Esprit, et dont les mains étaient pures, ce qui eut lieu évidemment avant la cap¬ tivité ; c’est pour cela que leurs grands péchés provoquèrent dans le Seigneur une grande indi¬ gnation, et qu’il accomplit les menaces qu'il leur avait faites, eu leur vendant la pareille, en sorte que, comme ils étaient allés à lui avec un cœur pervers, le Seigneur, à son tour, se com¬ portait à leur égard de la même manière, et n'écoutait pas leurs cris, parce qu’eux avaient méprisé ses paroles en faisant la sourde oreille. C’est pour cela aussi que le Seigneur les dis¬ persa par tous les îx^aumes qu'ils ne connais¬ saient point, les royaumes des Assyriens et des Chaldéens, des Mèdes et des Perses, et des autres nations assujetties à ces empires, et dans les terres desquels ils furent disséminés. Toute la Judée fut déserte , n’ayant aucun habitant et qui Hebraice dicitur samir, in tantum durus est, ut omni a metalla confringat, et ipse non confringatur ab ullo. Unde a Græcis.« indomabilis » dicitur. Ab hoc adamante indurutmn est cor Pbaraonis, lie di- mitteret populum Dei, Exod vu secgq. Et quia hahue- runt, imo posuerunt cor suum adamantem, propria voluntate cordis duritiam suscipicntes, ne audirent verba Domini, quæ misit in spiritu suo, ici est, in Spiritu sancto per maiium prophetarum priorum, Isaiæ, Osee, et cæterorum, qui mundas habuerunt manus, quos ante captivitatem fuisse manifesLum est : idcirco ad magna peccata, magna facta est in- dignalio, et Domini verba compléta sunt, par pari referentis, ut sicut illi ambulaverunt ad eum per- versi, et ipse adversum eos perversus incederet, et non audiret verba inclamantium, quia et illi verba Domini surda aurc contempserint. Quamobrem et dispersit eos per omnia régna quæ nesciunt, Assy- riormn, et Chaldæorum, Medorum, atque Persarum, et gentium cæterarum, quæ his imperiis subjacebant, et in quarum terris disseminati sunt. Et omnis Ju- dæa deserta est, eo quod nullum babuerit habitato- rem, et non esset in ea transiens et revertens. Et ter- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 359 personne n’y passant, ni y retournant. Et ils changèrent en une solitude cette terre qui, en comparaison de tous les autres pays , était un rayon de miel et dont l’abondance était telle qu’il y coulait en quelque sorte des ruisseaux de lait et de miel. Nous pouvons rapporter encore cela à ceux qui, commettant des péchés dans l’ɬ glise, sont rejetés de la terre de la confession, parce qu'ils n’ont pas voulu écouter le Seigneur; ils se sont retirés en lui tournant le dos ; ils ont rendu leur cœur dur comme le diamant. Et l’in¬ dignation du Seigneur a éclaté contre eux, et ils ont été dispersés dans tous les royaumes des vices, et leur terre, ou l'Ame ou le corps, a été désolée, n’ayant pas le Seigneur pour l'habiter, et l'Esprit n’y retournant pas. Et cette terre, au¬ trefois de délices et qui était la demeure de la Trinité, a été changée en désert et' est deve¬ nue l’habitation des dragons. Passons rapide¬ ment ce qui est clair, afin d’avoir le temps de discourir sur les passages obscurs ; car nous ne faisons pas des traités longs et fleuris dans les¬ quels s’égaye un agréable discours, mais nous écrivons des commentaires dont le devoir est de passer ce qui est évident, et de disserter sur les passages obscurs. « Le Seigneur des armées m’adressa encore sa parole en ces termes : Voici ce que dit le Seigneur des armées : J’ai eu pour Sion un amour ardent et jaloux ; je l’ai aimée avec une ardeur qui m’a rempli d’indignation. Voici ce que dit le Seigneur des armées ; Je suis revenu ram quæ favus erat præ omnibus terris et propter abunclantiæ multitudinem lacté et melle manabat, verterunt in solitudinem. Possums bæc et ad eos referre, qui in Ecclesia delinquenles, projecti sunt déterra confessionis ; quia noluenmt audire Domi- num, et verterunt ad eum scapulam recedentem, et aures suas aggravaverunt, et cor posueruut ut ada- mantem. Et facta est super eos indignatio Domini, et dispersi sunt per omnia régna vitiorum, et desolata est terra eornm, vel anima vel corpus, non habens habitatorem Dominum, uec in se spiritum reverten- tem. Et terra quondam desid erabi lis , quæ erat ho9- pitium Trinitatis, versa est in desertum, habitatio- nemqne draconum. Quæ plana sunt, velociter tran- scamus, nt in obscuris spatium disscrendi sit ; non enim longos fiorentesque traclatus in quibus plausi- bilis lüdit oratio, sed coinmentarios scribimu9, quo¬ rum officium est, præterire manifesta, obscura disse- rere. « Et factum est verbum Domini exercitum, dicens : Hæe dicit Dominus exercituuui : Zclatus sum Sion zëlo magno, et indignatione magna zclatus sum eam. Hæc dicit Dominus exercituum : Revers us sum ad à Sion, et j’habiterai au milieu de Jérusalem ; et Jérusalem sera appelée la ville de la vérité, et la montagne du Seigneur des armées sera appelée la montagne sainte. » Ibid., vnr, { et seq.' Les Septante : Etle Seigneur tout-puissant m’adressa la parole en cette sorte : Voici ce que dit le Sei¬ gneur tout-puissant : J’ai eu pour Sion un amour ardent et jaloux ; je l’ai aimée avec une ardeur qui m’a rempli d’une très grande fureur. Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : Je reviendrai à Sion, et j’habiterai au milieu de Jérusalem ; et Jérusalem sera appelée la ville vraie, et la montagne du Seigneur tout-puissant sera appelée la montagne sainte. » Que le. Sei¬ gneur ait traité dans le désert comme une épouse Jérusalem, c’est-à-dire le peuple israélite, et que lorsqu’elle était étendue comme un mort dans le sang de l’idolâtrie, il l’ait couverte de son man¬ teau, et l’ait aimée d'un amour d’époux, c’est ce que nous apprend bien amplement Ézéchiel, cap . xvi. lorsqu’il" dit que dans la suite, se nourris¬ sant de la plus pure farine, de miel et d’huile, et étant parée des plus beaux vêtements, et ayant reçu avec profusion , delà libéralité de son époux, toutes sortes d’ornements en pierres précieuses, elle s'abandonna à la fornication avec les Assy¬ riens et les Chaldéens, et elle s’entendit dire par le Seigneur : « De la même manière qu'une épouse méprise son mari, ainsi m’a méprisé la maison d'Israël. » Jerem. m, 20. Mais ayant été livrée à la captivité et trompée par ses amants, ayant été dépouillée de ses anciens ornements, Sion, ethabitabo in medio Jérusalem : et vocabitur Jérusalem, civitas veritatis ; et mons Domini exerci¬ tuum, nions sanctificatus. » Ibid, vnr, 1 et seq. LXX : « Et factus est serrno Domini omnipoientis, dicen9 : Hæc dicit Dominas omuipotens : Zelatus sum Jéru¬ salem et Sion zelo magno, etfurore maximo zelatus sum eam. Hæc dicit Dominus omuipotens ; Revertar ad Sion, et liabitabo in medio Jérusalem : et vocabi¬ tur Jérusalem civitas vera, et mons Domini omnipo¬ tents, nions sanctus. » Quod Dominus Jérusalem, id est, Israël liticum populumin solitudinc instar uxoris acceperit, et jacentem in idololatriæ sanguine, ope- ruerit pallio suo, et amore coluerit maritali, in Eze- chiele cap. xvi plcnius discimus, quæ postea similam comedens, et mel, et oleum, et vestibus ornata pul- eherrimis, et habens ex largitate viri omnia orna- menta gemmarum, fornicata est cum Assyriis atque Chaldæis, et audivit a Domino : « Sicut despicit uxor virum suum, sic despexit me do.mus Israël. » Jei'em. ni, 20. Captivitati autem tradita et illusa ab amalori- bus suis, et pristino décoré nudata, postquam diva- ricavit pedes suos omni transeunti , et polluta est usque ad verticem, meinor pritinæ felicitatis inge 360 SAINT JÉROME et s étant souillée avec tous les passants depuis les piedsjusqu'au sommet de la tête, elle gémit au souvenir de sa première félicité : « Je retournerai, (dit-elle), â mon premier époux, parce que j 'étais alors plus heureuse que je ne le suis mainte¬ nant. » Osée, il, 7. Le Seigneur la recevant etla reprenant pour son épouse, après lui avoir dit auparavant : « Je ferai cesser mon indignation à votre égard, et ma jalousie se retira de vous, » Ezch. xvi, 42, il lui tient maintenant ce langage : « J'ai eu pour Sion un amour ardent et jaloux, je l’ai aimée avec une ardeur qui m’a rempli d’indignation. » Autant auparavant j’ai ôté indi¬ gné envers elle, parce qu’elle a été déshonorée par un grand nombre d’amants, qu’elle a souillé sa couche nuptiale, ce qui me l'avait fait livrer à ses amants, non comme une adultère qui est en pouvoir de mari, mais comme un vil esclave et une prostituée dans les maisons de débauche ; autant maintenant je suis revenu à elle avec un amour plus grand, parce qu’elle a fait péni¬ tence, et qu’elle m’a bâti un temple dans lequel j'habiterai au milieu d’elle. Elle sera appelée la ville de la vérité, elle qui auparavant était ap¬ pelée la ville du mensonge, et au sujet de laquelle il est écrit dans Isaïe : « La vérité a reposé (ou habité) en elle, et maintenant il n’y a que des homicides. » Elle sera aussi appelée montagne du Seigneurtout-puissant, montagne sanctifiée, sur laquelle, après le rétablissement du temple, sont immolées des victimes, et l’or dre des cérémonies est observé. Tout ceci con¬ cerne l’histoire. Du reste, personne ne doute mit : « Rcverlar ad virum meurn priorem ; quia me- lius mihi erat tune' quam nunc.» Osée h, 7. Quam ille suscipiens et rursum habens iu conjugio, cui prius dixerat : « Non irascar tibi, et zelus meus recessit a te,» Ezech) xvi, 32, nunc loquitur : « Zelatus suin Sion zelo magno, et indignatione magna zelatus sum eam. » Quantum prius indignatus sum, quod a mul- tis amatoribus deturpata est, et maculavit torum meurn ; unde et tradidi eam amatoribus suis, ncqua- quam ut sub marilo adulteram, sed ut scovtum et vile mancipium, et in lupanavibus prostitutam • tanto nunc amplius ad eam reversus sum, quia egit pœni- tentiam, et ædilïcavit templum meurn in quo habi- tabo in medio illius. Et vocabitur civitas veritatis, quæ antea diccbatur urbs mendacii, de qua et in Isaia scriptum est : « Veritas dormi vit [al. dormitavit] in ea : nunc autem homicidæ. » Isa . i, 21. Vocabitur autem et mons Domini omnipotentis, mons sanctifi- catus,in quo templo instaurato,immolantur victimæ, cæreinoniarnm ordo servatur. Hæc juxta lnstoriam. Cæterum nulli dubium est, Sion et Jérusalem, spé¬ culant et visionem pacis, posse accipi animas fide- qu’on ne puisse entendre par Sion et Jérusalem, observatoire et vision de la paix, les âmes des fidèles, que le Seigneur livre à la captivité, lorsqu’elles ont péché, aûn que,' par les maux et l’adversité, elles pensent à Dieu, ce qu’elles n’avaient pas fait dans les "biens et la prospé¬ rité. Et lorsqu’elles auront fait pénitence, le Seigneur reviendra â Sion, et habitera au milieu de Jérusalem, que nous comprenons n'ètre qu’une seule et même ville, et dans elles, où ré¬ gnaient auparavant les mensonges des vices et des péchés, le Christ (qui est) la vérité fera en¬ suite sa demeure. Et la montagne du Seigneur des armées sera appelée la montagne sainte, au sujet de laquelle il est dit : « Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur (sont inébran¬ lables) comme la montagne de Sion. » Psalm . cxxiv, \. Et : « Le Seigneur est grand et digne de toutes. louanges, dans la cité de notre Dieu et sur sa sainte montagne. » Psalm. xlyii, \. C’est au sujet de cette montagne que crient Isaïe et Miellée : « Dans les derniers temps, la mon¬ tagne du Seigneur sera fondée sur le haut des montagnes, et elle s’élèvera au-dessus des col¬ lines ; tous les peuples y accourront en foule, et beaucoup de nations se hâteront d’y venir, et diront : Venez, montons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob. » Isa. il, 2, 3 ; Mich. iv, d, 2. C’est de cette mon¬ tagne et de cette cité que l’apôtre Paul (si tou¬ tefois pour la réception d’une épître la langue latine ne rejette pas l’autorité des Grecs), disser¬ tant dans un discours, dit à son tour : « Vous lium, quibus cmn peccavcrint, iratus Dominus tradit eas captivitati,. ut quæ Deum per bona prosperaque non senserant, per mala seo Liant et. ad versa. Cumquc egeriut pœnitentiam, revertetur Dominus ad Sion, et habitabit in medio Jérusalem, quam unam atquc eam déni intelligimus civitatem , et in quibus ante regnabant vitiorum peccatorumque mendacia, postea Chris tu s veritas commorabitur. Et mons Domini exercitunm vocabitur mons sanctus, de quo dicitur : « Qui confidunt in Domino sicut mons Sion. » Ps. ex xi y, 1. Et : « Magnus Dominus et laudabilis nirnis, in civitate Dei nostri in monte sancto suo .»Psal. xLvu, 1. De quo Isaias Michæasque clamitant : «. In novissimo dierum erit mons Domini præparatns in vertice montium, et sublimis super colles, et fluent ad cnm omnes populi, et properabunt gentes multæ, et dicent : Venite, ascendamus in montem Domini» et ad domnm Dei Jacob. » Isa. ii, 2, 3 ; Mich. îv, 1, 2. De hoc monte, et de bac civitate, et apostolus Panlns (si tamen in suscipienda Epistola, Græcornm auctori- tatem Latina ïingua non respuit) sacrata oratione disputans ait : « Accessistis ad montem Sion et civi- 301 COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. vous êtes approchés de la montagne de Sion et de la cité du Dieu vivant, delà Jérusalem céleste, d’une multitude innombrable d’anges, de l’église des premiers-nés, qui sont écrits dans les cieux. » Hebr. xir, 22. « Voici ce que dit le Seigneur des armées : On verra encore dans les places de Jérusalem des vieillards et des vieilles femmes, et des gens qui auront un bâton à la main pour se soutenir à cause de leur grand âge. Et les places de la ville seront remplies de petits garçons et de petites filles qui y joueront. » Les Septante : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : On verra encore des vieillards et des vieilles fem¬ mes assis sur les places de Jérusalem, tenant chacun un bâton à la main pour se soutenir, à cause de leur grand âge ; et les places de la ville seront remplies de petits garçons et de pe¬ tites filles qui y joueront. » Lorsque je serai revenu à Sion et que j’habiterai au milieu de Jérusalem, tout sera dans une telle prospérité que le repos et la tranquilité ayant succédé aux guerres, et Jérusalem n’ayant aucun ennemi qui trouble sa paix, l'un et l’autre sexe arrivera â un âge très-avancé et par le secours d’un bâton soutiendra ses membres tremblants. Les places de la cité seront aussi remplies de petits garçons et de petites filles qui y joueront. Or, cela a coutume d’arriver, lorsque la sécurité et la paix des villes sont si profondes que l’âge folâtre célèbre âl’envi, par des jeux et des danses, la joie des cités. Que si nous rapportons cepas- tatem Dei viventis, Jérusalem cœlcstem, et multorum angelorum millia, et Ecclesiam primitivorum, qui scripti sunt in cœlis. » Hebr. xn, 22. « Hæc cl ici t Dominus exercituiim : Adliuc habita- buut sencs et anus in plateis Jérusalem, et viri ba- culus in mauu cjua præ multitudine dïerum. Et pla- teæ civitatis complebuntur infantibus, et puelïis, ludentibus in plateis ejus. » LXX : « Hæc dicit Domi¬ nus omnipotens : Adhuc sedebuut senes et anus in platejs Jérusalem, umisquisque in mauu virgam suam retinens, præ multitudine dierum : et plabeæ civita¬ tis replebuntur pueris et puellis, ludentibus in plateis ejus. » Tanta, inquit, erit, reverso me in Sion, et habitante in medio Jérusalem, rerum omnium pros- peritas , et bellorum quies atque tranquillitas, ut nullo hoste rémanente, usque ad ultimam ætatem in utroque sexu senilis ætas perveniat, et trem entes artus baculo regente sustentent. Plateæ quoque ci¬ vitatis impleantur pueris puellisque ludentibus. Hoc autem fîcri solet, quanclo securitas .et profonda pax urbium est, ut gaudium civitatum, lusibus et choreis [al. choi'is] ætas lasciva concelebret. Quod si referi- mus ad Ecclesiam, de qua dicitur : « Gloriosa dicta sage à l’Église, dont il est dit : » On a dit de vous des choses glorieuses, 6 Cité de Dieu. » Psalm. lxxxvi. 3. Et : « Un fleuve impétueux de joie coule dans la Cité de Dieu ; le Très-Haut a sanctifié son tabernacle ; Dieu est au milieu dJelle (aussi), elle ne sera pas ébranlée, » Psalm. xly, 5, qui pourra mettre en doute que les pla¬ ces de la cité ne soient les vertus dans lesquelles la sagesse agit avec confiance et elle est prêchée sur le haut des murailles. C’est pour cela aussi que le Psalmiste crie (de son côté) au Seigneur : « Votre commandement est d'une très-grande étendue. » Psalm. cxvm, 96. L'épouse çherchant le Seigneur Sauveur sur les places, dit dans le Cantique des cantiques : « Je me lèverai et je ferai le tour de la ville; j’en parcourrai les rues et les places, jusqu’à ce que je trouve celui qui est le bien-aimô de mon âme. « Cant . ni, 2. On verra donc assis tranquillement à Jérusalem des vieillards et des vieilles femmes dont il est écrit (si toutefois on veut bien accepter le livre où cela se trouve) : « Ce qui rend la sagesse vénérable n’est pas la longueur de la vie, ni le nombre des années. » Sap. iv, 8. Mais la prudence de l’homme lui tient lieu de cheveux ^blancs, et celui dont la vie est sans tâche est arrivé à la vieillesse. C’est de ceux-là que le Seigneur parle à Moïse, lorsqu’il lui dit : « Constituez avec vous septante vieillards, que vous connaîtrez qu’ils le sont réellement. » Num. xi, 16. C'est pour cela aussi qu’avant Abraham personne ne fut appelé' vieillard, car il est écrit de lui : « Les forces sunt de te,civitàs Dei ;» Psal. lxxxvi, 3; et : « Flumi- nis impetus lætiücat civitatem Dei : sanctificavit tabernaculum suum Altissimus : Deus in medio ejus nou commovebitur, » Psal. xlv, 5, quis poterit ambi- gere plateas Ecclesiæ, esse virtutes, in quibus sa- pientia agit fiducialiter et in murorum summitatibus pnedicabur? Unde et ad Dominum Psalmifia con- clamat : « Latum mandatum tuum vehementer. » Psal. cxvm, 96. ïn bis plateis Dominum Salvatorem sponsa perquirens , loquitur in Cantico cantico- rum : « Consurgam et circuibo civitatem in foro, et in plateis ejus, donec inveniam eum quem dilexit anima mea. » Cant. m, 2. Habitabunt igitur, vel sedebunt, senes et anus, de quibus scriptum est (si cul tamen placet librum recipere) : « Senectus bonorabilis, non multi temporis, nec numéro anno- rum æstimabilis.»Sep.iv, 8. Cani autem suntliominum prudentia, et senectus vita immaculata ; de quibus et Dominus loquitur ad Moysen : « Constitue tecum septuaginta senes, quos ipse nosti quoniam senes sunt ; » Num. xi, 16 ; quamobrem et ante Abraham nullus appellatus est senex, de quo scriptum legimus : « Deficiens Abraham mortuus est ; nutritus in senec- 36c> SAINT JÉROME manquant à Abraham, il mourut dans une bonne vieillesse et un Age très-avancé et plein de jours. » Gen. xxy, 8. En effet, les cheveux blancs sont la gloire des vieillards, et il est dit à ce sujet : « Que la sagesse de l'homme lui tient lieu de cheveux blancs. » Sap . rv. S. Ils tiendront dans leurs mains, A cause de leur Age avancé, des verges et des bAtons, et ils diront à leurs disciples : « Que voulez- vous (que je fasse) ? Aimez-vous mieux que je vienne à vous la verge A la main, ou dans un esprit de douceur et de mansuétude ?» I Cor. rv, 21. Car celui qui fait découler de ses lèvres la sagesse, frappe d'une verge l'homme sans cœur. Au contraire , « celui qui épargne son bAton hait son fils, mais celui qui le corrige avec soin, l’aime. » Prov. xur, 24. Et non-seulement les vieillards, mais encore les vieilles femmes seront assises dans les places de Jérusalem. C'est elles que Paul décrit, lorsqu’il dit, de sa bouche aposto¬ lique : « Honorez les veuves qui sont vraiment veuves. » Et dans un autre endroit : Que celle qui sera choisie pour être mise au rang des veuves n’ait pas moins de soixante ans, qu’elle n’ait eu qu'un mari, qu’on puisse rendre témoi¬ gnage de ses bonnes œuvres, si elle a bien élevé ses enfants, si elle a exercé l’hospitalité, si elle a lavé les pieds des saints, si elle a secouru ceux qui étaient dans la tribulation, si elle s'est appliquée à toutes sortes de bonnes œuvres; » I Timy v, 3, 9, 10. Ce sont les vieillards et les vieilles femmes dé cette espèce qui seront assis tute bona, senex et plenus dierum. » Gen . xxv, 8. Gloria enim senum cani sunt, de quibus dicitur : « Cani hominis sapieutia ejus. » Sap. iv, 8. Hi tene- bunt præ dierum multitudine vjrgas et baculos in manibus suis, et dicent ad discipulos: «Quid vultis? in virga veniam ad vos, an in spiritu lenitatis et mansuetudinis ?» I Cor. iv, 21. Qui enim de labiis suis profert sapientiam, virga percutit virum excor- dem. Et e contrario ; « Qui partit bacuio suo, odit filium suum : qui aütem diligenter corripit, diligit. » Prov. xm, 24. Et non sohim senes, sed anus quoque sedebunt in plateis Jérusalem : quas Paulus aposto- lico ore describens : « Honora, » inquit, « viduas quæ vere viduæ sunt. » Et in alio [al. eodem] loco : « Vi- dun eligatur non minus annorum sexaginta, quæ fuit unius viri uxor, in bonis operibus habens testimo. nium : si educavit liberos, si recepit liospitio, si sanctorum pedes lavit, si in tribulationibus positis ministravit, si omne opus bonum persécuta est. » I Tim. v, 3, 9, 10. Istiusmodi senes et anus sedebunt in plateis Jérusalem, et tenebunt baculos in manibus suis, et plateæ civitatis complebuntur pueris et puellis ludentibus. Isti sont pucri et pucllæ, senes, dans les places de Jérusalem, tenant en fleurs mains des bAtons, et les places de la cité seront toutes remplies de petits enfants et de petites filles qui s’y amusent : « Voilà les petits enfants et les petites filles, les vieillards et les jeunes gens quelePsalmiste exhorte à chanter les louanges du Seigneur, lorsqu’il dit : « Que les jeunes hom¬ mes et les jeunes filles, les vieillards et les en¬ fants louent le nom du Seigneur. » Psaim . cxlyhi, 12. Et Y évangéliste et apôtre Jean : « Je vous écris, mes petits enfants, dit-il, parce que vos péchés vous sont remis au nom du Sau¬ veur : Je vous écris, pères, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement. » I Joctn. rr, 12, 13. Et Salomon dit de ceux-ci dans les Proverbes : « Et qu’il donne la prudence aux simples, et au jeune homme le bon sens et l’intelligence. » Prov. 1, 4. Et encore : « Ecou¬ tez, enfants, les instructions de votre père, et appliquez-vous à connaître la sagesse. » Ibid. 8. C’est encore de ces jeunes enfants, de ces tendres vierges et de ces jeunes filles que parle le psaume quarante-quatrième, lorsqu’il dit : « Des vierges seront amenées au roi après elle,» selon qu’il est écrit: «Et les filles de Juda ont tressailli d’alJégresse, et ont été comblées de joie, Seigneur, à cause de tous vos jugements, b Psalm. xcyi, 8. Et lorsqu’elles auront entendu l’Apôtre dire : « Réjouissez -vous, je vous le dis encore une fois, réjouissez -vous, » Philipp. iv, 4, elles témoigneront par les gestes du corps l'allégresse de leur Ame, et, se livrant à des etjuvenes, quos Psalmista ad cantandum Domino cohortatur dicens : « Juvenes et virgines, senes cum junioribus laudent nomen Domini, » Psalm. cxlviii, 12. Et Joannes evangelista atqueapostolus: « Scribo,» inquit, «vobis, pueri, quoniam dimittuntur vobis pec- cata propter nomen Salvatoris : scribo vobis, patres, quia cognovistis eum qui a principio est. » I Joan. il, 12, 13. Et de bis Salomon in Proverbiis loquitur : « Et det innocentibus versutiam : puero autem ju- iiiori sensum, et intelligentiam. » Prov. î, 4. Et rur- sum : « Audite, pueri, disciplinant patris, et atten¬ due ut cognoscatis intelligentiam. » Ibid. 8. De his pueris, virgunculis ac puellis, et quadragesimus quartus psalmus: «Adducentur,» inquit, «régi virgines post eam. » Juxta quod scriptum est : « Exsultave- runt et lætatæ sunt filiæ Judæ in omnibus judiciis tuis, Domine. » Psalm. xcyi, 8. Quæ cum audierint ab Apostolo : « Gaudete, iterum dico gaudete, » Philipp. iv, 4, mentis lætitiam gestu corporis indica- bunt, et tripudiante saltatu, dicent cum David : « Saltabo et ludam in conspectu Domini. » Il Peg. vj, 22. « Hæc dicit Dominus exercituum : Si difficile vide- COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. 363 danses et à des trépignements de joie, elles diront avec David : & Je danserai et je me diver¬ tirai en présence du Seigneur. » II Reg. iv, 22. « Voici ce que dit le Seigneur des années : Si ce que je prédis de ce temps-là paraît difficile aux yeux de ceux qui sont restés de ce peuple, cela sera-t-il difficile à moi ? dit. le Seigneur des armées. » Ibid. 6. Les Septante : « Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : Si ce que je pré¬ dis pour ce temps-là est impossible aux yeux des restes de ce peuple, cela sera-t-il difficile à moi ? dit le Seigneur tout-puissant. » A chaque parole et sentence par lesquelles est promise à Israël une prospérité si grande qu'elle est pres¬ que incroyable, lé Prophète ne manque pas de dire : « Voici ce que dit le Seigneur tout-puis¬ sant, » comme s'il disait en d'autres termes : Ne pensez pas que ce soit de mon chef que je vous fais ces promesses, et ne les croyez pas, comme si elles ne venaient que de l’homme : les promesses que je déroule sous vos yeux, c’est Dieu .même qui les fait. 11 avait dit plus haut que les vieilles femmes et les vieillards s'assiéraient sur les places, tenant, à cause de leur grand âge, un bâton à la main (il avait ajouté); que les places seraient encombrées d’une multitude d'hommes, que les jeunes garçons et lès jeunes filles se divertiraient comme en des jours de fête, que Jérusalem serait reconstruite et qu’elle recouvrerait son premier état de féli¬ cité. Tout cela semblait incroyable au reste du peuple qui était revenu de la captivité et qui voyait la ville presque abandonnée, les remparts bituv in oculis reliquiarum populi hujus in diebus illis, nunquicl in oculis meis difficile erit? dicit Do- minus exercituum. » Ibid. 6. LXX : « Hæc dixit Do- minus omnipotens : Si impossibile erit coram re- liquiis populi hujus in diebus illis : nunquid et coram me impossibile erit? dicit Dominas omnipotens. » Per singula verba atque sententias quibus Israeli prospéra et pro rerum magnitndine pene incredibilia promittuntur, propheta proponit : «' Hæc dicit Do- minus omnipotens, * alio sermone hoc loquens : Ne putetis raea esse quæ spondeo, et quasi homini non credatis : Dei sunt promissa quæ replico. Supra dixerat, anus et senes in plateis esse sessuros, et pro temporis longitudine baculos manibus retenturos, arctandas plateas bominum multitndine, pueros ac puellas quasi in festis diebus choros ducere, et exs tr u en dam Jérusalem, atque in statum felicitatis pristinæ restitueudam. Hoc reliquiis populi, quæ de captivitate vénérant, videbatur incredibile, cernen- tibus urbem penitus destitutam, murorum ruinas, combustos parietes, manus Babylonias ostentare ; idcirco consoeiat ; Si vobis qui estis reliquia*. captivi en ruines, les murailles brûlées, montrant les traces des ravages des Babyloniens; cest pour cela qu’il ajoute : S’il paraît difficile ou impos¬ sible, à voils qui ôtes les restes du peuple captif, que la félicité que je promets pour les jours où Jérusalem se relèvera de ses ruines soit si grande, cela sera-t-il difficile ou impossible aux yeux du Seigneur, qui vous promet par ma bouche qu'il en sera ainsi ; « car cc qui est im¬ possible aux hommes est possible à Dieu. » Matth. xix, 26. Nous avons vu quelque chose d’analogue s’accomplir dans les Églises du Christ au temps de la persécution, lorsque la fureur et la rage des persécuteurs était telle, qu’on allait jusqu'à détruire les maisons où nous nous assemblions, qu’on livrait aux flam¬ mes les livres divins, que les îles, les mines, les prisons étaient remplies de troupes de confes¬ seurs et de martyrs, chargés de chaînes. Qui eût cru, à cette époque, que les Églises seraient reconstruites par ceux-là mêmes qui les avaient détruites auparavant ? Non que ce fussent les mêmes hommes, mais c’est la même puissance royale qui, autrefois se tenant en embuscade avec les riches, Psalm.x, et s’efforçant d’éteindre le nom du Christ, comme par un arrêt du Sénat, construit maintenant des; basiliques d’Églises aux frais de la République-; elle en élève très haut le faîte, et non-seulement elle en orne les lambris d’un or resplendissant, mais encore elle en revêt les murailles de plaques de mar¬ bres de diverses espèces, et les livres divins qu'elle brûlait auparavant , elles les couvre populi, vel difficile vel impossibile videtur esse quod spondeo, ut in diebus illis quibus ædificanda est Jérusalem, tanta félicitas sit : nunquid in cons- pectu Domini aut difficile erit, aut impossibile, qui hæc futui'a meo ore promittit? « Quæ enim apud ho¬ mmes impossibilia sunt, apud Deum possibilia sunt.» Matth. xix, 26. Hæc persecutionis tempore in Eccle- siis Christi expleta conspeximus, quanto in tantam rabiem persecutorum feritas excitata est, ut etiam conciliabule nostra destruerent, divinos^ libros igni- bus tradereut, omnes insulæ, metalla, carceres con- fessorum et martyrum catenatis gregibus implerentur, Quis eo tempore crederetrursum ecclesiasconstruen- das ab his ipsis qui ante destruxerant? non quod iidem homines fuerint, sed quod eadem regalis po- testas quæ prius sedebat in insidiis cum divitibus, Psalm. x, et quasi ex senatus-consulto Christi nomen conabatur exstinguere, nunc expensis reipublicæ ecclesiarum basilicas exstruat, et exaltet summà fas- tigia, ut non solum laquearia et lecta fulgeütia auro decoret; sed parietes diversi marinons vestiat crus- tis, et divinos libros quos prius, tradebat incendio, 364 SAINT JEROME maintenant d’or et de pourpre et de diverses sortes de pierres précieuses du plus grand prix, et les vénère comme une protection pour l’em¬ pire romain. a Voici ce que dit le Seigneur des armées : « Voilà que je sauverai mon peuple (en le fai¬ sant venir) de la terre de l'orient et de la terre du couchant. Je les ramènerai, et ils habiteront au milieu de Jérusalem ; ils seront mon peuple et moi je serai leur Dieu dans la vérité et dans la justice. » Ibid. 7, 8. Les Septante disent la même chose. Parmi les Juifs, il en est qui pré¬ tendent qu’après Zorobabel et Néhémias, lorsque le temple eut été rebâti, les remparts de la ville relevés, et le royaume judaïque rétabli, cette prédiction fut accomplie par les Machabées et divers princes qui gouvernèrent la Judée jusqu’à Hérode. D’autres avancent qu'elle aura son accomplissement àla fin du monde, sous le Christ, qu’ils attendent en vain. Pour nous, nous disons qu’elle a eu en partie son accomplisse¬ ment à cette époque, c’est-à-dire après Zoroba¬ bel et Néhémias, et que quand le peuple revint de la captivité, qu’il habita à Jérusalem, qu’il fut nommé le peuple de Dieu, et que, de son côté, le Seigneur fut nommé leur Dieu, non dans le mensonge et l’iniquité, mais dans la vérité et dans la justice, tout cela était en quelque sorte une image et une figure de ce qui devait arriver plus tard. Et nous voyons que cette promesse a été parfaitement et réellement accomplie dans nunc deauratos et purpuratos, et gemmarum varie- tatedistinctos, in custodiamltomaniveneretur stotus. « Hæc dicit Dominus exercituum : Ecceego salvabo populum meum de terra orientis, et de terra occasus solis. Et adducam eos, et habitabunt in medio Jéru¬ salem : et erunt mihi in populum, et ego ero eis in Deum, in veritate et in justitia. Ibid. 78. LXX simi- liter. Hæc Judæorum alii dicunt, post Zorobabel et Nehemiam, ædificato templo, et mutis civitatis ex- structis, et statu Judaico restituto, a Machabæis et diversis principibus, qui usque ad Herodcm rexere Judæam, esse compléta. Alii in consummatione mundi sub Christo , quem frustra præstolantur , explenda commémorant. Nos autem et illo tempore, id est, post Zorobabel etNehemiam, dicimus ex parte compléta, et quasi in typis et imaginibus præcessisse, quando populus reductus est de captivitate, et liabi- tavit in Jérusalem, et Dei populus appellatus est, et rursum Dominus vocatus est Deus eorum ; nequa- quam in mendacio et iniquitate, sed in veritate et justitia. Et nuuc plenissime sub Domino Snlvatore in Ecclesia, id est, in vera Jérusalem promissionem rebus expleri, maxime quia dicitur : « Ecce ego sal¬ vabo populum meum de terra Orientis, et de terra l’Église, c’est-à-dire dans la véritable Jérusalem, sous le Seigneur Sauveur, surtout parce qu’il est dit : « Voilà que je sauverai mon peuple (en le faisant venir de la terre de l’orient et de la terre du couchant) ; » c’est ce qu’exprime aussi le Seigneur, lorsqu’il dit dans l’Évangile : «Plusieurs viendront de l’orient et de l’occident, et jouiront du repos dans le royaume des deux, avec Abraham, Isaac et Jacob. » Maîth. vm, 11. Etbien longtemps auparavant, le Psalmiste avait fait cette promesse en ces termes : «Le Seigneur, Dieu des dieux, a parlé, et il a appelé la terre depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher. C’est de Sion que vient tout l’éclat de sa beauté. » Psalm. xlix, 1, 2. Car if viendra de Sion un libérateur qui détournera de Jacob les iniquités, lorsque en tout lieu, depuis l’orient jusqu’à l’oeddent, on offrira au Seigneur de l’encens et un sacrifice pur, non avec les victi¬ mes de l’ancien Testament, mais dans la sain¬ teté dé la pureté évangélique. Au sujet de cet encens, nous lisons aussi ailleurs : « Que ma prière s'élève comme l'encens en votreprésenee.» Psalm. cxl, 2. Et quel est cet encens, c’est ce que nous apprennent les paroles suivantes : « Que l’élévation de mes mains vous soit agréable comme le sacrifice du soir. » Ibid. En effet, après qu’eut germé de la tige de Jessé Celui qui devait dominer les nations, et que ces nations eurent espéré en Lui, et que de l’orient et de l'occident, tant le premier peuple que le dernier. Occidentis, » de quibus et Dominus in Evaugelio loquebatur : « Multi de Oriente et Ocddente venient, et accubabunt in regno cœlorum cum Abraham, Isaac, et Jacob. » Matth. vnr, 11. Etmulto ante Psal- mista prumiserat, dicens : « Deus deorum Dominus locutus est, et vocavit terram, ab ortu solis usque ad occasum, de Sion décor pulcbritudinis ejus. » Psalm. xlix, 1; 2. Veniet enim ex Sion qui cripiat, et avertat iniquitates a Jacob quando ab Oriente, et Occidente incensum offertur nomini Dornini in omni loco, et sacrificium mundum, nequaquam invictimis veteris Testament!, sed in sanctitate evangelicæ pu- ritatis, de quo iucenso et alibi legimus ; « Dirigatur oratiomea, sicut incensum in conspectu tuo. » Psalm. cxl, 2. Et quod sit boc incensum, sequens sermo de- monstrat : « Eleyatio manuum mearum sacrificium vespertinum. » Ibid. Postquam enim de virga Jesse pullulavit, qui dominaretur gentibus, et in ipso gentes sperarunt, et de Oriente, et de Occidente, tam primus populus quam novissimus in Dominum cre- diderunt, et factus est grex unus : tune ad lætitiam omnes provocatæ sunt nationes, et concitatæ ad gaudium, propheta dicente : « Lætamini, gentes, cum populo ejus. » Rom. xy, 10. Juxta illud quocl alibi COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. eurent cru au Seigneur, et qu'il n'y eut qu'un seul troupeau, alors toutes les nations furent exicitées à la joie et l’allégresse, dociles à cette parole du prophète : « Nations réjouissez- vous avec son peuple; » Rom. xv, 10; selon ce qu’il est écrit clans un autre endroit : « Tous les peuples jusqu’aux extrémités de la terre se sou¬ viendront du Seigneur et se convertiront à Lui, et toutes les familles des nations seront dans l'adoration en sa présence. » Psalm. xxi, 28. Ce qui suit : a Dans la vérité et dans la justice, » veut dire : que l’ombre de l’ancienne loi dis¬ paraisse pour faire place à la vérité de l’Évan¬ gile, non dans la justice des Juifs, mais dans la justice chrétienne ; car le Seigneur est lui-môme la vérité et la justice, car nous lisons de Lui : « La vérité est sortie de la terre, et la justice a regardé du haut du ciel. » Psalm. lxxxiv, 12. C’est pour cela aussi que dans le quatorzième psaume sont nommées ensemble la justice et la vérité, par ces paroles : « Celui qui vit sans tache et qui pratique la justice, et qui dit la vérité (comme il croit) dans son cœur. * « Voici ce que dit le Seigneur des armées : Que vos mains s’arment de force, ô vous qui entendez ces paroles de la bouche des pro¬ phètes en ce jour où a été fondée la maison du Seigneur des armées, afin que le temple fût bâti. » Au lieu de : Seigneur des armées, la ver¬ sion des Septante porte : « Seigneur tout-puis¬ sant; » le reste est la même chose. Le temple ayant été rebâti sous Zorobabcl et Jésus (car tout ceci est dit en la quatrième année du règne scriptum est : « Recordabuntnr et convertentur ad Domines omnes fines terne, et adorabunt coram eo univers® familiæ gentium. » Psalm. xxq 28. Quodque sequituv : « In veritate et justitia, boc significat, quod veteris legis umbra discedat, et Evangelii ve¬ ritas veniat, nequaquam in justitia JucUeorum, sed in justitia Christiana : ipso enim Dominus veritas est atquc justitia, de quo legimus : « Veritas de terra orta est, et justitia de cœlo prospexit. » Psalm. lxxxiv, 12. Unde et in quarto decimo psalmo, justitia simnl et veritas nominantur : « Qui ambulat sine macula et operatur justitiam, et loquituv veritatem in corde auo. » « II æc dicit Dominus exercituum : Confortcntur mauus vestræ, qui auditis in diebus bis sermones illos per os prophetarum in die quo fundata est domus Domini exercituum , ut templum ædibea- retur. » Septuaginta pro Domino exercituum, « Do- mhium omnipotentem, » cætera similiter transtule- nmt. Ædificato templo sub Zorobabel et Jesu (in quarto enim anno Darii regis, quarta die mensis noni, qui appellatur casleu, liæc universa dicuntur, 363 de Darius et le quatrième jour du neuviè¬ me mois appelé Casleu, lorsque le temple avait été déjà reconstruit), lesmèmes prophètes Aggée et Zacharie, qui avaient excité à cette re¬ construction de la maison de Dieu les généraux et le peuple, les exhortent maintenant à ajouter foi aux promesses qui auront leur accomplisse, ment dans l'avenir, ayant pour garant la réali¬ sation de celles qui ont été faites auparavant. Ils les exhortent encore à armer leurs mains de force, sans redouter en aucune sorte les attaques des Mèdes et les embûches des nations environ¬ nantes qui ont à cœur d'empôclier leur travail ; et de s'armer de courage, en ayant présent à l'esprit ce que les prophètes leur ont dit depuis le jour où ont été jetés les fondements du tem¬ ple jusqu’à celui où il a été entièrement bâti, et d'écouter ce qui suit. Nous exposons briève¬ ment l'histoire, en rapportant spirituellement tout ce qui est dit de Jérusalem et du temple à l’Église, dans laquelle les mains sont fortifiées par les bonnes œuvres, et les maisons sont fon¬ dées, lorsque sont jetés les fondements de là foi, et le temple est bâti, lorsque la foi des croyants est fortifiée, et qu'il vit de telle sorte qu'il mérite être le temple de Dieu. « Car avant ces jours, le travail des hommes et celui des bôtes de somme ne recevait pas de récompense ; et ni ceux qui venaient parmi vous ni ceux qui sortaient d'auprès de vous ne pouvaient trouver la paix dans la tribulation dans laquelle vous gémissiez; et j'avais aban¬ donné tous les hommes (à cette fureur qui les quando jam templum fuerat exstrucLum), iidem pro- phetæ Aggæus et Zacharias. qui ut ædificaretuv, et duces et populum fuerant cohortati, nunc corhor- tantur eos, ut ex priorum veritate bis quæ in fut uru m promittuntur,acGoniodentficlem, etcouforteut mauus suas, nequaquam Medorum impetum et impedire cupieutium per circuitum nationum insidias formi- dantes : et conforteutur per os propbetuvum ex die quo templi fundamenta sunt jacta, usque ad diem quo superædificalnm est templum, et audiant quæ sequuntnr. Breviter explanamus bistoriam quidquid de Jérusalem et de templo dicitur , spiritualiter ad Ecclesiam refe rentes, in qua confortantur mauus per b.ona opéra, etfundantur domus, quando fidei funda¬ menta jaciuntuv, templumque exstriütuv, quando multitudo credentium roboratur, et ita vivit, ut tem¬ plum Dei esse mereatur. « Siquidem ante dies illos merces bominum non erat, ncc merces jumentorum erat, neque introeunti et exeunti erat pax præ tribulatione ; et dimisi omnes homiues nnumquemque contra proximum suum. » Ibid. 10. LXX: « Qqiaante dies illos merces bominum 368 SAINT JEROME emportait) l’un contre l’autre. » Ibid. 10. Les Septante : « Car avant ces jours, le travail des hommes et celui des hôtes sera sans récom¬ pense et ne portera pas de profit , et ni ceux qui viendront parmi vous, ni ceux qui sortiront d’auprès de vous ne pourronttrouverlapaixdans la tribulation dans laquelle vous gémissez ; et j’abandonnerai tous les hommes (à une fureur qui les emportera) l'un contre l’autre.» Les Sep¬ tante ont tout rapporté au temps futur, mais il vaut mieux rapporter tout au passé, comme cela se trouve dans l’hébreu, et comme on en constatera la vérité dans la suite de l’exposition. Avant que la maison du Seigneur fût fondée et que le temple du Seigneur fût bâti, tout votre travail a été inutile ; et toutes les peines qu’on se donnait dans l’agriculture, dans le commerce et dans des travaux de diverses sortes étaient sans résultat et sans profit, tant pour les hom¬ mes que pour les bêtes de somme ; au dehors les ennemis, au dedans la sédition troublaient la paix ; il y avait partout vacation à cause des guerres fréquentes et des embûches domesti¬ ques, le frère ne se fiant plus â son frère, et chaque parent étant ennemi de son parent. Le prophète Aggée, comprenant en d’autres termes ce sens, dit : « Rappelez maintenant dans votre esprit ce qui s’est passé jusqu’à ce jour, avant qu’on posât pierre sur pierre dans le temple du Seigneur. Lorsque vous vous approchiez d’un tas de blé, vingt boisseaux se réduisaient à dix ; et lorsque vous veniez au pressoir pour en rap¬ porter cinquante bouteilles, vous n’en retiriez non erit in lucrum, et merces jumentorum non sub- sistet, et egredienti, et ingrédient7 non erit pax præ tribulatione : et emittam omnes hommes unumquem- que ad proximum suum. » Septuaginta ad futurum tempus omnia retulerunt, sed melius ad præteritum, ut in Hebraico habetur et expositionis veritas appro- babit. Antequam fundaretur domus Domini, et ædi- ficaretur temphun Domini, omnislabor vester irritus fuit. Et lam hommes quam jumenta in agricultura, in mercimoniis, operibusque diversis, cassis cona- tilms frustrabautur : foris adversarii, domi seditio turbabant pacem, et crat ubiqoe justitium ob bello- runi frequentiam, et insidias domesticas, dmn nec frater fratri exhibet fidam, ut ornais est inimica pro- pinquitas. Hune sensum aliisverbis Aggæus propheta comprehendens ait: « Et nunc ponite corda vestra a die bac et supra : antequam poneretur lapis super lapidem in temple Domini. Cum aecederetis ad acer- vum viginti modiorum, et fièrent decem : etintraretis ad torcular, ut exprimeretis quinquaginta lagenas, et fiebant viginti. Percussi vos vento urente et auri- gine, et grandi ne omnia opéra manuum vestrarum, que vingt. Je vous ai frappés d’un vent brûlant, et de la nielle et de la grêle tous les travaux de vos mains, et il n’y avait personne parmi vous qui revînt à moi, dit le Seigneur. » Agg. n, 16 et seq . Ce que nous pouvons entendre aussi de l’Eglise et de chacun des croyants]; car avant que les fondements delà maison de Dieu soient jetés en nous, et que nous soyons bâtis temple de Dieu, et que nous entendions l’Apôtre nous dire : « Vous êtes le temple de Dieu, et l’Esprit saint habite en vous, » I Cor. ni, 16, tout ce que nous paraissons avoir de bonnes œuvres, soit que l’on veuille parler des êtres raisonnables, appelés hommes, soit des êtres simples, c’est- à-dire des bêtes de somme « car vous sauve¬ rez, Seigneur, les hommes et les bêtes de som¬ me, » dit la sainte Écriture. Psalm. xxxv, 7, tout cela n’a pas de récompense auprès de Dieu, et il y a en nous des guerres et des dis¬ cordes, et partout la tribulation sans la conso¬ lation de la paix du Christ, paix que Celui-ci laissa à ses Apôtres en allant à son Père, Joan. xiv, et est accomplie en nous la sentence du Seb gneur : « Et l’homme a pour ennemis ceux de sa propre maison. » Mich. vn, 6. « Car tout frère ne pense qu’à perdre son frère, et l’ami usede tromperie contre son ami ; et chacun se rit de son frère, et il ne dit point la vérité, car leur langue a appris à proférer le mensonge.» Jerem. îx. 4 et 5. Que si nous nous convertissons au Christ , et si nous devenons son temple, nous entendrons l’Apôtre s'écrier : « Chacun recevra sa récompense selon son travail. » ï et non erat iu vobis qui reverteretur ad me, dicitDo- minus : » Agg. u, 16 et segq. quod et in Ecclesia et^in unoquoque credentium accipere possumus. Siqui- dem antequam domus Dei in nobis fundamenta ja- ciantur, et ædificemnr templum Deo, et audiamus de Apostolo : «Vos estis templum Dei : et Spiritus sanc- tus habitat in vobis, » I Cor. m, 16, quidquid boni operis habere videbamnr [al. videamur ], sive ratio- nales, qui appellantur homines, sivë simplices, qui jumenta dicuntui* « (hommes enim et jumenta, » inqnit, « salvos faciès, Domine, » Psaî. xxxv, 7, mer- eedem non liabet apud Deurn, et sunt in nobis bella atque discordiæ, et ubique tribulatio et sine pace Christi,quam ad Patvem vadens, apostolis dereliqnit, Joan. xiv, implcturque in nobis Domini sententia : «Inimici ho minis, domestici cjus.» Mie. vig 6. Omni:- enim frater supplantatione supplantât : et omnis amicus fraudulenter incedit, et vir fratrem smim de- ridet, et veritatem non Joquitur, didicit lingua eo- rnm loqui mendaeium. » Jerem. ix, 4, 5. Quod si convertauuir ad Cliristum, ci templum ejue efficin- mur, statim audiemus Apostolum proclameutem : COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. Cor. in, 8. « Mais maintenant je ne traiterai pas ce qui sera resté de ce peuple comme je l’ai traité autrefois, dit le Seigneur des armées . mais il y aura parmi eux une semence de paix: la vigne produira son fruit, et la terre, ses grains ; les cieux verseront leur rosée ; et je ferai posséder tous ces biens â ceux qui seront restés de ce peuple. » Ibid. 11,12. Les Septante : « Et maintenant je ne traiterai pas les restes de ce peuple comme je l’ai traité autrefois, dit le Seigneur tout-puissant ; mais je (leur) montrerai la paix. La vigne produira son fruit, et la terre, ses grains. Le ciel versera sa rosée, et je ferai posséder tous ces biens aux restes de mon peu¬ ple. » Avant que les fondements de la maison de Dieu fussent jetés, et que le temple fût bâti, le travail des hommes et celui des bêtes de somme ne recevait pas de récompense; il n’y avait pas de paix pour ceux qui venaient parmi vous ni par ceux qui sortaient d’auprès devons, à cause de la tribulation et de l’angoisse (dans laquelle vous gémissiez), et la discorde régnait entre tous les hommes, qui sc haïssaient comme des ennemis. Mais maintenant que les fonde¬ ments de la maison de Dieu ont été déjà jetés, et que le temple a été bâti, je ne vous traiterai plus comme j’avais traité auparavant ceux qui sont revenus de la captivité de Babylone ; mais il y aura partout la paix et la joie, et l'abon¬ dance qui suivra compensera la sécheresse et la famine du temps précédent. Car la vigne « Unusquisque accipiet. [peopriam mercedcm juxta opus suum. » I Cor. m, 8. « Nunc autem non juxta (.lies priores ego faciam reliquiis populi Lmjus, dicit Doininus exercituum ; sed semen pacis erit. Vinea dabit fructum suum : et terra dabit germen suum : et cœli dabuut rorem suum : et possidere faciam reliquias populi hujus, nuiversa fiæc. » Ibid. 11, 12. LXX : « Et nunc uou juxta diespriores ego faciaui reliquiis populi hujus, dicit Dominas omnipotens : sed pacem inonstrabo. Vinea dabit fructum su uni : et terra dabit gerinina sua : et ccelum dabit rorem suum : et possidere fa¬ ciam reliquias populi mei bæc oui ni a. » Prinsquam domus Dei fundamenta jacerentur, et ædiücarctur templum, merces hominum non erat, non merces jumeutorum, nec præ tribulations et angustia pax introeuutibus, et exeuntibus, et omnes boulines inter se hostili ofiio dissidebant. Nunc autem quia jnm domus Domini fundamenta jacta sunt, et templum ædidcatum est, nequaquam faciam utprius feceram bis qui de captivitate Babylonia simt reversi ; sed erit ubiqne pax et gaudium, et ariditatem ac famem pristini temporis futura et abnndantia compeusabit. Vinea enim dabit fructum suum, et torculqria omnia BÜ7 produira son fruit, tous les pressoirs seront pleins, la terre se revêtira d’agréables moissons, et les pluies qui tomberont et la rosée de la nuit feront tout pulluler; et je ferai posséder tous les biens dont j’ai parlé â ceux qui seront restés démon peuple, parce que les fondements de la maison du Seigneur ont été jetés et que le temple a été bâti. Le prophète Aggée annonce aussi ces mêmes choses dans le même temps, et lui, qui avait dit auparavant : . « Je vous ai frappés d’un vent brûlant, et de la nielle et de la grêle tous les travaux de vos mains, » après que les fondements du temple ont été jetés, on l’entend s’écrier : « Gravez dans vos cœurs (tout ce qui arrivera) depuis ce jour et à l’avenir, depuis ce vingt- quatrième jour du neuvième mois, depuis le jour où les fondements du tem¬ ple ont été jetés ; gravez, dis-je (dans votre cœur tout ce qui se passera â l’avenir). Ne voyez-vous pas que les grains n’ont pas encore germé ; que la vigne, que le figuier, que les grenadiers et que les oliviers n’ont pas encore fleuri, mais dès ce jour je bénirai tout cela, et j’ébranlerai le ciel et la terre. » Agg. n, 19 et seq. Disons-nous aussi, mais d’une autre ma¬ nière, en poursuivant l'explication que nous avons recommencée au sujet de l’Église : Avant que quelqu’un reçoive la foi du Christ, et que les fondements du Saint-Esprit soient jetés en lui, il ne pourra lui être dit : ton travail a une récompense. Que ce soit un juif, ou un liéréti- complebuntur, terra lætis segetibus vestielur, elirri- gantibus pluviis ac rore nocturno, omnia pullula- bunt; uuiversa quæ dixi, faciam reliquiis populi mei possidere ; quiafundameuta domus Domini jactasunt, et templum exstructum est. Hæc eadem et Aggæus propheta eodeui tempore loquitûr, qui supra dixerat : « Percussi yos vento urente et aurigiue et graudiue omnia opéra mauuum vestrarum, » postquam tem- pli fundamenta sunt jacta : « Ponite, » iuquit, « in corda vestra ex die ista et in futunim, a die viccsiuio quartononi mensis : adiequo fundamenta jacta simt templi, ponite super cor vestrum. Nuuquid jam se¬ men in germiue est : et adliuc vinea et ficus et ma- logranatum et ligmun olivæ non floruit? Ex die ista benedicam, et rursum movebo coelum pari ter 'et ter- ram. » Agg. u, 19 seqq. Dicamus et aliter, cœptam super Ecclesia explanationem sequentes. Prinsquam fidem Christi quis recipiat, et in eo Spiritns snneti fundamenta jnciantur, nnllus audire poterit, est mer¬ ces operi tu o. Sive i lie Judæus sit, sive hcreticns, sive gentil is-'i quidquid boni operis fecerit, uisi in nomiue Christi fecerit, mcrcedcm sui honi operis non hahebit. Videmus hær'eticormn virgines, pliilo- sophorum rigorem, Jndæorum in escarum varietaf.e 308 SAINT JEROME que ou un païen, toute bonne œuvre qu’il aura faite n'aura pas de récompense, si elle n’a été faite an nom du Christ. Nous voyons les vierges des hérétiques, la rigueur des philosophes, l’observance des Juifs dans la variété des vian¬ des, et néanmois nous disons selon Aggée : Qu'ils mangent, et qu’ils ne soient point rassas- siés ; qu'ils boivent et que leur soif ne soit pas étanchée; qu’ils soient couverts de vêtements, et qu’ils ne soient point échauffés, et que celui qui amasse de l’argent le mette dans un sac percé. Agg. i. Mais, lorsqu’ils auront reçu la foi du Christ, et eux et ceux qui avaient été pécheurs dans l’Église, et que, pour la grièveté de leurs . pêchés, ils auront été livrés à la captivité de ce monde et brûlés par le feu de Babylone, et qu’ils auront entendu le Seigneur dire touthaut : L’Esprit du Seigneur est sur moi, c’est pour cela qu’il m’a oint ; il m’a envoyé évangéliser les pauvres, prêcher la délivrance aux captifs, et annoncer sa parole aux aveugles afin qu’ils voient, et guérir ceux qui ont le cœur brisé ; » Isa. lxi, 1, et qu’auront été accomplies en eux ces paroles d’Amos : «le ferai revenir les cap¬ tifs de mon peuple d’Israël ; ils rebâtiront les villes détruites et je les établirai puissamment dans leur pays, » Amos, îx, 14, alors dans ces jours-là se lèvera, la justice avec l’abondance de la paix. Psalm. lxxi. La vigne produira son fruit, celle qui dit dans l’Évangile : « Je suis la vigne, vous en êtes les branches ; mon Père émonde celui qui demeure en moi, afin qu’il porte plus de fruit. » Joan. xv, 5. Lorsque ses observantiam, et tamen dicimus [al. dicitur], juxta Aggænrn, quod comedant, et non satientur : bibant, et non inebrientur : operiantur, et non calefiant : et qui mercedes congregat, mittat eas in pertusum sacculum. Agg. I. Postquam vero fidem Christi rece- perint, et illi et hi qui in Ecclesia fuerant peccatores et pro magnitudine delictorum captivitati bujus mundi traditi, et Babylonio iguc combusti, et audie- rint Dominumprædicantem : « Spiritus Domini super me, propterquod unxit me : evangelizare pauperibus misit me : prædicare captivis remissionem, et cæcis ut videant : sanare eos qui contrito sunt corde, « Isa. un, 1, 2, et completum fuerit in cis illud quod per Amos dicitur : Ephes , iv, 25. Rendez, dit le prophète, des jugements d’équité et de paix (dans vos tribunaux) qui sont à vos portes. Que dans les jugements, la vérité et lq justice soient au premier rang ; vient ensuite la misé¬ ricorde. Car c’est un jugement de paix, lorsque le juge se propose de mettre la paix entre ceux qui sont en discorde, selon cette parole de l’Évangile :*« Bienheureux les pacifiques, parce justum judicate in portis vestris, et unusquisque maluui proximo suo nou cogitet in cordibus vestris, et juramentum mendax ne diligatis, quia liæc omuia odi, dicit Dominus omnipotens. » Promisi, me non juxta dies priores facere reliquiis populi captivorum. Et sicut cogitavi ut affîigercm eos, cum me ad ira- cundiam provocassent patres eorum, et non sum misertus : sic nuuc cogitavi conversus in diebus istis^ ut henefaciam Jérusalem et domui Juda. Ut igitur permauent sententia mea, et non fiat irrita pollicita- tio, hæc facile quæ præcipio : et Loquimini veritatem cum proxi mis vestris. » Proximum, omne honiinom genus accipiamus, quia ex uno sumus parente ge- nerati. Alioquin si proximus propinquns aeçipitur, peregrinis et alienis mentiendum est. Hoc idem Àpo- stolus loquitur : m Déponentes mendacium, loquimini veritatem unusquisque cum proximo suo.» Ephes. iv, 25'. Veritatem, inquit, et judicium pacis judicate in portis vestris. In judicio prima sit veritas atque justi¬ fia ; deinde sequitur misericordia. IIoc est enim ju¬ dicium pacis, ut proposition judex habeat pacificure discordes, juxta illud Evaugelii : « Beati paciüci, quoniam fîlii Dei vocabuntur, » Mattk. v, 9. Quodque 372 SAINT JEROME qu’ils seront appelés enfants de Dieu. » Matth. v, 9. Ces paroles qui suivent : « (Dans les tribu¬ naux) qui sont à vos portes » s’accordent avec celles d’un (autre) prophète ; « Ils ont haï celui qui les reprenait dans les assemblées publiques et ils ont eu en abomination la parole sainte. » Amos, v, 10. Et un (autre) prophète encore dit de son côté: « Ils ne seront point confondus, lorsqu’ils parleront à leurs ennemis à la porte (de la ville.) Psalm. cxxvi, 5. David aussi jugeait aux portes (de la ville), lorsque Absalon, promet¬ tant de juger selon la vérité (et la justice), ten¬ dait des embûches à son père. II Reg. xv. Et on se demande pourquoi, chez les Juifs, le lieu pour juger était aux portes. Afin que les agriculteurs ne fussent pas forcés d’entrer dans les villes, et de souffrir quelque préjudice, les juges rési¬ daient aux portes des cités, pour entendre soit les habitants des villes, soit ceux de la campa¬ gne, lorsque les uns en sortaient et que les autres y entraient, et que, lorsque l’affaire était terminée, chacun pût retourner sans retard chez lui. « Et ne formez pas, dit le prophète Zacharie, de mauvais desseins dans vos cœurs contre vos amis ; » le mot hébreu raâh, que l’on traduit unaniment par le mot grec xaxfov, o’est-à-dire malice, peut être entendu de deux manières et dans le sens d’affliction et dans le sens de mal. Dans le sens d’affliction : « Est-il arrivé quelque mal dans la cité dont le Seigneur ne soit pas l’auteur ? » Amos , ru, 6. Et : « À chaque jour suffit le mal. » Matth. vi, 34. Dans sequitur : « In portis vestris, n illi prophetico con- gruit : « Oderunt in portis corripientem, et verbum sanctum abominati sunt. » /Imos v, 10. Et in alio loco : « Non confundentur cum loquentur inimicis suis in porta.» Psal. cxxvi,5.David quoque judicabat in portis, quando Absalon veritatem judicii repro- mittens, patri tcndebat insidias. II Reg, xv. Et quæri- tur quare apud Judæos in portis locus fuerit judi- candi. Ne cogerentur agricolae intrare urbes, et ali- quod subire dispenriium, judices in portis residebant, ut tam urbanos quam rusticos in exitu et introitu urbis audirent, elfinito negotio, unusquisque confes- tim ad sedes proprias reverteretur. « Et malum, inquit, contra amicos vestros ne cogitetis in cordibus vestris : » raah, quod omnes voce consono. xaxfôv, id est « malitiam,» interpretati sunt, dupliciter acci- pere possumus, et pro afflictione et pro rualo. Pro afflictione : « Si est malitia in civltate quam Dominus non fecerit.» Amos ni, 6. Et : « Suffîcit diei malitia sua. » Matth. vi, 34. Pro malo in Jona prophète. lo~ quitur Dous : « Âscendit clarnor malitiæ eorum ad me. » Jonæ r, 2. Et in Àpostolo legimus : « Repleti omni iniquitate et malitia.» Rom. 1,29. Utroque igitur le sens de mal, Dieu dit, par la bouche du pro¬ phète Jonas : « Le cri de sa malice s’est élevé jusqu’à moi. » Jonæ , 1, 2. Et dans l'Apôtre nous lisons : « Ils ont été remplis de toute sorte d’iniquité et de malice. » Rom. i, 29. Dans l’un et l'autre sens du mot, celui qui est saint ni n’afflige son ami, ni ne forme pas de mau¬ vais desseins contre lui. « Et, » continue le prophète, « n’aimez pas les faux serments ; » le Seigneur faisant dans l’Évangile ce comman¬ dement : « Et moi je vous dis, que vous ne juriez en aucune sorte ; mais contentez-vous de dire : cela est, cela est, (ou) cela n’est pas, cela n’est pas ; ». Matth. v, 34; car celui qui ne jure pas ne pourra jamais être parjure. Que celui qui jure entende ce qui est écrit : « Vous ne prendrez point en vain le nom du Seigneur votre Dieu. » Exod. xx, 7. Ce sont toutes choses que je hais, dit le Seigneur , selon ces paroles de Malachie : « Et vous faisiez tout ce que je haïssais. » Malach. ii, 13, selon les Septante. Dans les préceptes qui se rapportent à la vie et qui sont clairs, nous ne devons pas chercher d’allégorie, de peur que, selon le poète comi¬ que, nous ne cherchions des difficultés où il n’y en a point. Plautus, Mm. ii, 1. « Le Seigneur des armées m’adressa encore la parole et me dit : Voici ce que dit le Seigneur des armées : Les jeûnes du quatrième, du cin¬ quième, du septième et du dixième mois seront pour la maison de Juda un sujet de joie et d’al¬ légresse, et elle les célébrera par des fêtes écla- modo nec affligit amicurn suum, nec malum adver- sum eum cogitât in corde, qui sanctus est. « Et ju- ramentum, ait, mendax ne diligatis : » præcipiente Domino in Evangelio : « Ego autem dico vobis, ut non juretis penitus, secl sit vester sermo, Est, est; Non non;» Matth. v, 34; qui enim non juraverit, nunquam poterit pejerare. Qui jurât, audiat illud qnod scriptum est : « Non assumes nomen Domini Dei tui super revana. » Exod. xx, 7. Omnia hæc sunt quæ odi, dicit Dominus : juxta Malachiæ verba di- centis : « Et omnia quæ ocleram,faciebatis. » Malach. n, 13 sec. LXX. In præceptis quæ ad vitam pertinent, et sunt perspicua, non debemus quærere allegoriam, ne juxta Comicum,nodum quæramusin scirpo. Plau¬ tus, Men . n, 1. « Et factum est verbum Domini exercituum ad me dicens : Hæc dicit Dominus exercituum : Jejnnium quarti, et jejunium quinti, et jejunium septimi, et jejunium decimi erit domui Juda in gaudium et in lætitiam, et in solemnitates præclaras : veritatem tantum, et pacem diligite. » Ibid. 18, 19. LXX : « Et factus est sermo Domini omnipotentis ad me, dicens : Hæc dicit Dominus omnipotens : Jejunium quartum, 373 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. tantes. Aimez seulement la vérité et la paix. » Ibid. 18, 19. Les Septante : « Le Seigneur tout- puissant m'adressa encore la parole et me dit : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : La maison de Juda célébrera avec joie et allégresse les jeûnes du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois, et elles les solen- nisera par les bonnes fêtes (le mot bonnes est exprimé en hébreu par tobim et en grec par ayaGaç). Réjouissez-vous et aimez la vérité et la paix. )> Nous avons vu plus haut que Sarazar et Rogommelech avaient fait demander par des ambassadeurs si, comme le portent les Septante, ■ils devaient jeûner et se lamenter au cin¬ quième et au septième mois, ou bien s’ils devaient après la reconstruction du temple, faire cesser le jeûne et déposer le deuil, et ils avaient mis en avant beaucoup de choses qu’ils feraient et qu’ils espéreraient. C'est alors que le prophète leur répond de la part du Seigneur : « Les jeûnes du quatrième, du cinquième, du septiè¬ me (car on sous-entend généralement mois), seront changés, pour la maison de Juda et pour Jérusalem, en des jours de fêtes et de joie. » Dieu cherche seulement la vérité et la paix. Sur ce passage, plusieurs des nôtres ont dit beau¬ coup de choses qui ne s’accordent pas entre elles. Quelques-uns en ayant reconnu l’obscurité par leur silence, ont passé outre dans leurs commentaires, comme s’ils franchissaient une fosse très profonde, pensant qu’il était plus à propos de ne rien dire que de dire peu. Nous et jejunium quintum, et jejunium septimum, et jeju¬ nium decimum erunt domui Juda in gaudium et in lætitiam, et in festivitates [al. solemnîtates] bonas (hoc enim Hebraice dicitur tobim, id est, ayaQa;,) et lætamini, et veritatem et pacem diligite. » Ad id qüod Supra Sarasar, et Rogommelech per legatos quæsierant, utrum in mense quinto, et . in mense sëptimo, sicut habetur in LXX, jejunare deberent et plangere, an post ædifîcationem templi fînire jeju¬ nium, luctümque deponere, multis in medio positis quæ facerent, et quæ sperarent, ex persona Domini propheta respondit : « Jejunium quarti, et jejunium quinti, et jejunium septimi, et jejuniuth decimi (ohco xofvou enim subauditur mensis) domui Juda et Jérusalem in dies festos vertetur et gaudium. » Veri- tâtem tantum Deus quærit, et pacem. In hoc loco nostrorum multi multa dixerunt, et inter se disso- nantia. Quidam obscuritatem silentio professé quasi profundissimam foveam in commentariis transie- runt ; rectius arbitrantes, nihil omnino quam parum dicere. Cogimur igitur ad Hehræos recurrere, et scièntiæ veritatem de fonte magis quam de rivulis quærere : præsertim cum non prophetia aliqua de sommes donc forcés d’avoir recours aux Hébreux, et de chercher la vérité plutôt à sa source qu’à de petits ruisseaux, alors surtout qu’il n’est question d’aucune prophétie concer¬ nant le Christ (en quoi il leur est ordinaire d’user de supercheries et de céler la vérité par le mensonge,) mais qu’il faut déterminer l'ordre de l’histoire d’après les précédents et les con¬ séquents. Le jeûne du dix-septième jour du quatrième mois, appelé chez les Latins Juillet , rappelle, selon l’opinion des Hébreux, que Moïse, descendant du mont Sinaï, rejeta et brisa les tables de la loi, Eæod . xxxu, et, selon Jérémie, la brèche qui fut faite pour la première fois aux murailles de Jérusalem. Jerem . lu. Au cinquième mois, appelé chez les Latins Août , une sédition s’étant élevée parmi le peuple à l'occasion des hommes qu’on avait envoyés considérer la terre sainte, il leur fut ordonné de ne pas monter sur le haut de la montagne ; et ils furent con¬ damnés à errer pendant quarante années (dans un désert), à leur grand préjudice, sans pouvoir entrer dans la terre sainte, et, à l’exception de deux, Caleb et Josué, à mourir tous dans ce désert. Num. xiy. Dans ce mois encore le temple de Jérusalem fut brûlé et détruit par Nabucho- donosor, Jerem. lu, et, plusieurs siècles après, par Titus et Vespasien ; la ville de Béther, où s’étaient réfugiés plusieurs milliers de Juifs, fut prise, et Turannius Rufus fit labourer le temple pour couvrir d’ignominie la nation juive oppri¬ mée. Le septième mois, que nous, appelons Çhristo, ubi tergiversari soient, et veritatem celare mendacio; sed historiée ex præcedentibus et conse- quentibus ordo texatur. Jejunium quarli mensis, qui apud Latinos vocatur « Julius, » die septima et décima ejusdem mensis, illud arbitrantur, quando descendens Moyses de monte Sina tabulas legis ab- jecerit atque confregerit, Exod. xxxu, et juxta Jere- miam mûri primum rupti sun*. civitatis. Jerem. lii. In quinto mense, qui apud Latinos appellatur « Au- guôtus, » cum propter exploratores terræ sanctæ seditio orta esset in populo, jussi sunt montera non ascendere ; sed per quadraginta annos longis ad terram sanctam circuire dispendiis, ut exceptis duo- bus, Caleb et Josue, omnes in solitudine caderent. Num. xiv. In hoc mense, et a Nabuchodonosor, Jerem. lii, et multa post sæcula a Tito et Vêspasiano, templum Hierosolymis incensum est, atque destruc- tum, capta urbs Bether, ad quam multa millia con- fugerant Judœorum, aratum templum in ignominiam gentis oppessæ, a Turannio Rufo. In septimo vero, qui apud nos appellatur « October, » sicut supra diximus, occisus est G-odolias , et Judæ tribus ac Jérusalem reliquiæ dissipatæ. IV Reg. xxv. Legamus 374 SAINT JÉROME Octobre , fut tué, comme nous avons dit plus haut, Godolias, et la tribu de Juda et ce qui restait des habitants de Jérusalem furent dis¬ persés. IV Reg. xxv. Lisons Jérémie, chap. xxxix et xn. Le dixième mois, appelé chez nous Janvier, parce qu’il est la porte et le commen¬ cement de l’année, Ezéchiel, étant captif, apprit en même temps que tout le peuple juif, captif comme lui, que le temple avait été détruit le cinquième mois, comme nous l’apprend très- amplement ce même prophète. Voilà donc tout ce qui est dit sur ce passage : Ces jours de gémissements et de jeûnes qui jusqu’ici ont été pour vous desj ours de deuil, sachez que, comme j’ai résolu de faire du bien à Jérusalem et à la maison de Juda, ils seront changés pour vous en des jours de joie et d’allégresse et en des jours de fêtes solennelles, à cette seule condition que vous aimiez la vérité et là paix. Selon le sens ana- gogique, parce que nous jeûnons, lorsque l’Époux nous est enlevé, Luc. v, et que nous ne méritons pas de jouir de sa présence, lorsque le Seigneur sera revenu à nous, et qu’il aura résolu de nous faire du bien, toute tristesse sera changée en joie, et la présence des ensei¬ gnements du Seigneur, non moins que le rassa¬ siement du pain céleste, nous dédommageront de la faim de la parole de Dieu que nous avions soufferte auparavant. « Voici ce que dit le Seigneur des armées : Il y aura un temps où les peuples viendront habiter en plusieurs (de vos) villes, et les habi¬ tants iront l’un vers l’autre, en disant : Allons Jeremiam. Cap. xxxix et xu. Mense decimo, qui apud nos « Januarius » dicitur, eo cjuod janua anni sit atque principium, Ezecliiel in captivitate positus audivit, et cunctus poidus captivorum quinto mense templum esse subversum, quod plenissime in eodem propheta eognoscinnis. Hoc est igitur omne quod dicitur : Dies planctus et jejuniorum quos huctenus habuistis in luctum, sciatis vobis, quia cogitavi ut benefaciam Jérusalem, et domui Juda, in lætitiam et gaudium, et solemnitates, esse vertendos : ita duntaxat si veritatem diligatis et pacem. Juxta avaywyTjv, quia tune jejunamus, quan do sponsus au fer tu r a nobis, Luc. v, et non meremur ejus habere præsentiam, cum reversus fuerit Dominus ad nos, et cogitaverit ut benefaciat nobis, omnis tristitia vertetur in gaudium ; et famés pristina sermonis Dci, prresentia doctrinarum ejus, et cœlestis panis satu- ritate, pensabitur. « Ilæc dicit Dominas exereituum : Usquequo ve- niant populi, et habitent in civitatibus multis, et vadant habitatores unus ad alterum, dicentes : Ea- mus et deprecemur faciem Domini, et quæramus Do- chercher le Seigneur des armées et lui offrir nos vœux ; et on répondra : Je viendrai moi aussi. Il viendra alors une multitude de peuples et de nations puissantes pour chercher dans Jérusalem le Seigneur des armées et pour offrir leurs vœux devant le Seigneur. » Ibid. 20 etseq. Les Septante : « 11 viendra encore beaucoup de peuples et des habitants d’un grand nombre de villes ; et ceux qui habitent les villes se rassem¬ bleront dans une seule cité, en disaht : Allons offrir nos vœux devant le Seigneur et adresser nos prières au Seigneur tout-puissant. On répon¬ dra : Je viendrai moi aussi ; il viendra alors une multitude de peuples et de nations, pour adresser leurs prières au Seigneur tout-puis¬ sant, à Jérusalem, et pour offrir leurs vœux devant le Seigneur. » Le jeûne du quatrième, du cinquième, du septième et du dixième mois sera changé en des fêtes très-bonnes et solen¬ nelles , à tel point que les villes de la Judée qui étaient auparavant désertes deviendront célèbrespar le grand nombre deleurs habitants , et les habitants d’une ville iront trouver ceux d’une autre et ils s’exhorteront réciproquement et diront : Pendant ces septante années, les voies de Sion avaient pleuré, parce que per¬ sonne ne venait à la solennité ; toutes ses portes avaient été détruites, ses prêtres n’aVaient fait que gémir ; maintenant que la paix a été ren¬ due, allons à Jérusalem, où la Loi nous ordonne d’immoler des victimes et de présenter trois fois l’année tous les mâles devant le Seigneur, Exod. xxui, et une des, villes disant à l’autre : minum exereituum. Vadam etiam ego, et venient populi multi, et gentes robustæ et quœrendum Do- minum exereituum in Jérusalem, et deprecandum faciem Domini. » Ibid. 20 et seq. LXX : « Hæc dicit Domines omuipoteus : Adhuc venient populi multi, et habitatores urbium multarum ; et congregabuntur qui habitant civitates in una civitatc, dicentes : Sa¬ in us ut deprecemur faciem Domini, et quæramus vultum Domini omnipotentis. Vadam etiam ego, et venient populi multi et gentes plurimæ, ut quærant faciem Domini omnipotentis in Jérusalem, et ut deprecentur faciem Domini. » Jejunium quarti, et quinti, et septimi, et decimi mensis in solemnitates optimas commutabitur, intantum ut civitates Judææ quæ prius desertæ erant, frequenti habitatore cele- breutur : et una civitas pergat ad alteram, et se mu- tuo cohortentur, et dicant : Quia per hos septuaginta anuos viæ Siou luxerant, eo quod non esset qui iret ad solemuitatem, omnes portæ ejus desertæ, et sa- cerdotes illius gementes : nunc pace reddita, perga- mus Jérusalem, in qua lege præceptum est, ut victi- mas immolcmus, et ter iu anuo omne masculinum COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE iZACHARIE. 375 Allons offrir des vœux devant le Seigneur, et implorer le secours du Seigneur tout-puissant, l’autre cité répondra : « J'irai moi aussi. » En ce temps, il viendra une multitude de peuples et des nations innombrables et puissantes pour offrir dans Jérusalem des sacrifices au Seigneur des années et pour implorer son secours ; car le Seigneur s'approche de ceux qui ne le tentent pas et il se fait connaître à ceux qui ne sont pas incrédules. Sap. x. Celui qui voit le Fils, voit aussi le Père. Joan. xiv ; et le Seigneur Sauveur est l’image de Dieu invisible ; non que le Fils soit visible et le Père invisible, mais parce que, quand on a nommé le Fils, on pense au Père ; car il ne serait en aucune sorte père, s'il n’avait point de fils. Voilà pourquoi Jésus- Christ dit lui-même dans l’Évangile : « Mon Père, j'ai manifesté votre nom aux hommes. » Joan. xvix, 6. Ce que nous avons dit de Jérusa¬ lem et de Zorobabel, ou de ce qui arriva après Zorobabel, se rapporte plus à propos et plus exactement au Christ et à Jérusalem qui repré¬ sente l’Église, laquelle étant établie, les peuples et les nations accourront à l’envi de tout l'uni¬ vers pour offrir des sacrifices dans le temple du Seigneur. Également au temps de la persécu¬ tion, comme nous l’avons déjà touché en pas¬ sant, les maîtres et les prêtres de l’Église annon¬ cent hardiment aux captifs et aux croyants que les temples du culte chrétien seront de nouveau construits, que la paix et la tranquilité seront rétablies, et qu’on implorera le secours du Sei- nostrum appareat in conepectu Domini, Exod. xxm, et dicente altéra ad alteram : Eamus et deprecemue faciem Domini, et quæramus Dominum omnipoten- tem, respondebit altéra civitas : «Vadam etiam ego : » quo tempore venient populi inulti et gentes iuuume- rabiles et robustæ.ut sacrificia in Jérusalem offerant Domino exercituum et deprecentur faciem ejus. Ap- propinquat enim Dominus his qui non tentant eum, et ostendit faciem suam his qui non sunt increduli. Sap. i. Qui viderit Filium, videt et Patrem, Joan. . xiv ; et imago est Dominus atque Salvator Dei invisihilis ; non quod Filins visibilis sit, et invisibilis Pater, sed quod Filio nominato, sentiatur Pater. Nequaquam enim Pater, si non liabet Filium. Unde et ipse loqui- tur in Evangelio : « Pater mauifestavi nomen tuum hominibus. » Joan. xvn, 6. Quod de Jérusalem et Zo¬ robabel, sive post Zorobabel, diximus, rectius et plenins refertur ad Christum, et Jérusalem, quæ in- teïligitur Ecclesia : et tune de terrarum toto orbe, et populos, et gentes ad offerenda in templo Domini sacrificia concursuras. Persecutionis quoque tem¬ pore, ut ante perstriuximus, magistri et sacerdotes Ecclesiæ audacter captivis et credentibus repromit- gneur dans les églises. Nous passons rapide- dement sur, ce qui est clair, pour nous arrêter sur les passages qui sont plus obscurs. « Voici ce que dit le Seigneur des armées : (Ceci arrivera), lorsque dix hommes des peuples de toutes les langues des nations prendront un Juif par la frange de sa robe, en lui disant : Nous irons avec vous, parce que nous avons appris que Dieu est avec vous. » Les Septante : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : (Cela arrivera), lorsque dix hommes de toutes les langues des nations auront pris par la frange de sa robe un Juif, en disant : Nous irons avec vous, parce que nous avons entendu dire que Dieu est avec vous. » 11 en est parmi les Juifs qui prétendent que cela eut son accomplisse¬ ment sous Zorobabel et après Zorobabel. D’au¬ tres le remettent à un temps à venir, lorsque, comme ils l’espèrent, viendra le Christ. Mais, pour nous, nous entendons avec plus de raison et de vérité que cela a eu lieu à l’avénement du Seigneur Sauveur, lorsqu’il est né de la vierge Marie. Enfin, il est écrit : « Jusqu’à ce que les peuples viennent. » Zach. vm, 20. Quand il est dit: «Jusqu’à ce que, cela ne signifie pas le temps présent où vivaient Zorobabel et Jésus, mais une époque future où un grand nombre de peuples et des nations puissantes viendront à Jérusalem invoquer le Seigneur des armées et implorer son secours. En ce temps-là donc et en ces jours, dix hommes de toutes les lan¬ gues des nations prendront un Juif parlatrange tant, quod rursum ædificandæ sint 7iapoix(ai et pacis reddenda trauquillitas, et in Ecclesiis faciès Domini deprecanda. Manifesta transcuvrimus, ut in obscu- rioribus immoremur. « Hæc dicit Dominus exercituum : In diebus illis , in quibus appréhendent decem boulines ex omnibus linguis gentium , et apprebendent fimbriam viri Judæ , dicentes : Ibimus vobis- cum ; audivimus enim quoniam Deus vobisCum est. » Ibicl. 23. LXX : « Hæc dicit Dominus omuipo- tens : In diebus illis si apprehenderint decem viri de omnibus linguis gentium, et teuuerint [al. tetige- rint] fimbriam viri Judæi, dicentes : Ibiuius tecum, quia audivimus quod Deus vobiscum est. » Quidam ex Judæis hæc sub Zorobabel, et post Zorobabel di¬ eu nt esse compléta. Aliï in futurum tempus différant, quando Christum sperautesse venturum. Nos autem in adventu Domini Salvatoris, quaudo de Maria natus est Virgine, et rectius et verius ïntelligimus. Denique scriptum est : « Usquequo veniaut populi?» Zach. vm, 20. Quando dicitur, « usquequo,» nou de præ- senti teinpore signiûcat, in quo erant Zorobabel et Jésus : sed de futuro, quando venient populi inulti 376 SAINT JÉROME de sa robe, en disant : «Nous irons avec vous, parce que nous avons appris que Dieu est avec vous. » Et dans Isaïe, nous lisons : « Sept fem¬ mes prendront un homme et elles lui diront : Nous nous nourrirons nous-mêmes, et nous nous entretiendrons nous-mêmes de vêtements ; nous ne vous demandons qu’une chose, c’est d’agréer que nous portions votre nom, et de nous délivrer de l’opprobre où nous sommes. » Isa , iv. 1. Ces sept femmes sont les sept Églises, dont le nombre est contenu aussi dans l’apôtre Paul, car il écrit à sept Églises (à savoir) aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et aux Thessaloniciens. Et dans l’Apocalypse de Jean, il est dit que le Seigneur entre, ceint d’une ceinture d’or très-pur, au milieu de sept chandeliers, c'est-à-dire des diverses Églises d’Éphèse, deSmyrne, de Pergame, deThyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée ; main¬ tenant, le prophète Zacharie parle de dix (hom¬ mes) ; c’est un égal nombre de justes que le Seigneur aurait voulu trouver dans (les villes de) Sodome, Gomorrhe, Adama et Seboïm, pour les délivrer de la mort et de la destruction. En effet, la lettre iota, qui est l’initiale du nom du Sauveur, signifie le nombre dix, non seulement chez les Grecs, mais encore chez les Hébreux. Ces paroles mystiques démontrent que tous ceux quiportentlenom de chrétien etquiétaient figurés par ces sept mille hommes que le Sei- et geutes robustæ, ut quærant Dominum exercituum in Jérusalem, et deprecentur faciem Domiui. In illo igitur tempore, et in illis diebus appréhendent decem homines ex omnibus linguis gentium, fimbriam viri Judœi, dicentes : « Ibimus vobiscum : audivimus enim quoniam Deus vobiscum est. » Et in Isaia legi- mus : «Appréhendent septem mulieres virum unum, dicentes : Panem nostrum comedemus, etvestimen- tis nostris operiemur : tantum voceturfal. invocetur ] nornen tuum super nos : aufer opprobrium nostrum. » ha. iv, 1. Quæ igitur ibi septem mulieres appellantur, id est, Ecclesiæ, quarum numerus et in Paulo apos- tolo continetur : ad septem enim scribitEcclesias, ad Romauos, ad Corinthios, ad Galatas, ad Ephesios, ad Philippenses, ad Colossensos, ad Tessalonicenses. Et in Joannis Apocalypsi in medio septem candelabro- rum, Apoc . i, id est, Ecclesiarum, Ephesiorum, Smyr- nensium, Pergamenorum, Thyatirenorum, Sarden- sium, Philadelphiensium , Laodicenovum varietate [al. veritate], et anro purissimo Dominus uccinctus ingreditur ; nunc in propheta Zacharia decem nomi¬ nal! tur, quas requisivit et Dominus, ut si invenisset in Sodomis et Gomorrhis, Adama et Seboirn, eas de interitu jiberaret. Iota enim littera, ex qua sumit no- gneur dit s’être réservés du temps de la persé¬ cution de Jôzabel et la fuite d’Élie et qui n’avaient pas fléchi les genoux devant Baal, III Reg. xix, et qui, de toutes les langues et de toutes les nations, étaient arrivés à la mesure de l’homme parfait, saisiront parla frange de son vêtement un homme delà Judée, c’est-à-dire le Seigneur Sauveur, dont il est dit aussi dans les Psaumes : « Juda est mon roi. » Psalm. lix, 9. Et : « Juda, tes frères te loueront. » Gen. xlix, 8. Et encore: « Le sceptre ne sera point ôté de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et c’est lui qui sera l’attente des nations. « Ibid, a Car un rejeton sor¬ tira de Jessé ; il se lèvera pour dominer les nations, et elles espéreront en Lui. » Isa. xi, 10. Et lorsqu’ils auront pris cet homme de la Judée, ils désireront s’attacher à ses pas, parce que Dieu est avec Lui ; ou du moins ceux qui auront cru d’entre toutes les langues et de toutes les nations prendront cet homme de la Judée, les Apôtres qui sont aussi de la Judée, et diront : «Allons avec vous,?) car nous avons appris par les prophètes et nous savons par la voix de toutes les Ecritures que le Christ, Fils de Dieu, Dieu et Seigneur, est avec vous. En présence d'une prophétie très claire, qui annonce l'avè¬ nement du Christ et de ses Apôtres et la foi de toutes les nations, nous n’avons pas d'autre recherche à faire à ce sujet. Quant à ce que nous avons dit, que le nombre sept mille se men Salvatoris exordium, non solum apud Græcos, sed et apud Hebræos, denarium numerum signiheat. Et hoc mystico sermone monstratur, quod omnes qui censentur vocabulo Christiano, quos et Dominus septem millia tempore persecutionis Jezabel et fugæ Elise reliquis se se dicit, qui non curvaverunt genua ante Baal, III }\eg. xix, et in mensuram viri perfecti venerint ex omnibus linguis et nationibus, appréhen¬ dent fimhriaiu viri Judæi, id est, Domini Salvatoris, de quo et in Psalmis dicitur : « Juda rex mens. » Psal. nv, 9. Et : « Judas, te laudabunt fratres tui. » Gen. xlix, 8. Et rursum : « Non deficiet princeps ex Juda, et dux de femoribus ejus, donec veniat cui repositum est : et ipse erit exspectatio gentium. » Ibid. 10. «Erit enim radix Jesse: et qui exsurrexerit ut dominetur gentibus , in ipso gentes separabnnt. » Isa. xi, 10. Cumque apprehenderint eum, cupîent ejus hærere vestigiis , quoniam Deus cum eo sit. Vel certe ex omnibus linguis et nationibus qnicunqne crediderint, appréhendent virum Judæum, apostolos qui ex Judæis sunt et dirent : apyp<;} id est, tribunus in Juda : et Accaron sicut Jebusæus, et ponam in domo mea elevationeni, ut nomo pertranseat, sive revertatur, etnequaquam superveniat eis ultra abac- tor et eminans : quia nunc vidi in oculis meis. » Ascalon interpretatur « ignis ignobilis, vive ponde- rata» [al .pondéra] ; Gaza, « fortis, » aut a imperium » ; Accaron, « sterilis, » sive « eradicata »; Azotus, quâe COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. les étymologies des noms, afin d'en parcourir en peu de mots le sens. Ascalon et Gaza et Acca- ron voyant que la puissance d'Emath et de Tyr et de Sidon, qui sont sur les confins de Damas, avait été détruite tout autour d'elles, et que le Seigneur, après avoir consumé par les flammes leur foin, leur bois et leur chaume, s'en était rendu maître, alors ces villes, saisies elles-mêmes de crainte, de douleur, et accablées de confu¬ sion, commencèrent à espérer des choses meil-, leures. Enfin, Ascalon, où était auparavant le diable, (ce) feu ignoble , et dont les graves péchés avaient comblé la mesure, trembla de frayeur, en voyant que ses habitants l’avaient désertée. Et Gaza gémit à l’excès, en faisant pénitence de ses crimes passés ; cette douleur lui est causée par la considération qu'étant autrefois forte, dure et indomptable, et se promettant la posses¬ sion de tous les royaumes, son roi et prince, (que l'on pourrait appeler) parole contraire et puissance de l’ennemi, avait perdu son empire. Également, la ville d’Accaron, stérile parce que, privée de la Loi et' de la connaissance de Dieu, elle n'avait point de fils, a été déracinée, afin d’entendre cette parole du prophète : « Réjouis¬ sez-vous, stérile, qui n'enfantez pas ; faites écla¬ ter vos transports et vos cris de joie, parce que celle qui était abandonnée a plus d’enfants que celle qui a un mari. » Isa. 4, îv. 1. Et lorsque Ascalon et Gaza et Accaron auront été épouvan¬ tées et auront éprouvé de la douleur de ce que, Hebraice dicitur esdod, «ignis generans, » aut « ignis patrui, » vel a ignis mamillæ; » Jebusæus, « concul- catam » sonat. Nominum expressimus etymologias, ut sensum breviter percurramus. Videns Ascalon et Gaza et Accaron, quod Emath esset in fiuibus Da- masci, et Tyrum et Sidonem, postquam percussæ sunt in circuitu, et omne eàrum fenum, ligna, et stipula incendio conllagravit, possessas esse a Do¬ mino, et ipsæ timoré ac d.olore confusione perter- ritæ, cœperunt sperare meliora. Denique Ascalon, in qua erat prius diabolus, « ignis ignobilis, » et usque ad mensuram ac pondus venerat peccatorum, pavore contremuit, eo quod habitatores habere desiverit. Et Gaza doluit nimis, agens pœnitudinem scelerum pristinorum , quæ quondam fortis ac dura fuerafc indomabilis, et sibi regnum omnium promittebat, eo quod rex ejus et princeps, sermo contrarius et potestas inimici, suumperdidisset imperium. Accaron quoque sterilis, quia absque lege et notitiaDei filios non liabebat, eradicata est, ut audiret illud propbe- ticum : « Lætare, sterilis, quæ non paris; erumpe et clama, quæ non parturis : quoniam plures filii de- sertæ magis, quam ejus quæ habet virum.» Isa. liv. 1. Gumque Ascalon et Gaza et Accaron fuerint per- 381 ou elles n'auront pas eu d’habitants, ou de ce qu’elles auront perdu leur roi, ou de ce que les espérances dont leur cœur se berçait aupara¬ vant auront été trompées, alors des étrangers domineront dans Azot, où engendre ce feu que le Seigneur a jeté sur la terre et dont il désire qu'elle soit embrasée. Luc, xn. Car c’est le Sei¬ gneur qui baptise dans le Saint-Esprit et dans le feu. Matth. ni. C’est là qu’est ce parent et cet oncle paternel que l’épouse désire dans le Canti¬ que des cantiques; c’est là qu’est ce feu de la mamelle et d’une mamelle très-abondante, au sujet de laquelle nous lisons dans le même Can¬ tique: « Il demeurera au milieu de mes mamel¬ les. » Cant. 1. xii. Et dans l’Apôtre : « Je vous ai nourris de lait et non de viandes solides. »I Cor. m. 2. A la place de ce passage des Septante que nous avons rapporté, où il est dit : « Des étran¬ gers habiteront dans Azot » , on lit dans l’hébreu, « il habitera, » ou « il dominera dans Azot,» à la place de quoi nous avons mis nous-même « et un séparateur dominera dans Azot. » Par séparateur, entendez le Seigneur, qui sépare le froment de la paille. Matth. m., et les bons pois¬ sons des mauvais, Ibid, xm, et l’or et l’argent des matières étrangères qui ternissent leur éclat. Après avoir fait cela, il promet aussi le reste : « Je détruirai l’injustice » ou « l'orgueil des Philistins. » A la place du mot Philistins , les Septante ont mis : étrangers. Philistins signifie, dans notre langue : gens qui tombent par V effet territæ, et doluerint, eo quod vel babitatoreB non liabuerint, vel regem perdiderint, vel spes eas [al. earum\ frustrata sit pristiua, alienigenæ sedebunt in Azoto, ubi ignis générât, quem Dominus misit super terram,et ardere desiderat. Luc. xii. Ipse enim bapti- zat in Spiritu sancto in igné, Matth. m, ubi fratruelis et patruusest aSsXcptSouç [al. âoeXtpfSoç] zalTcaTpaSeXtpoç, quem in Cantico canticorum sponsa desiderat : ubi ignis mamillæ est et largissimi uberis, de quo in eodem Cantico legimus : « In medio uberum meo- rum commorabitur. » Cant. i, 12. Et in Apostolo : «Lac.vobispotum dedi,non escam. » I Cor. m, 2. Pro eo quod juxta LXX diximus : « Et habjtabunt alie- nigenæ in Azoto, » in Hebræo legitur, « habitabit, » vel « sedebit » Mamzer « in Azoto, » pro quo nos posuimus, « et sedebit separator in Azoto. » Separa- torem Dominum intellige, qui frumentum a paleis separet, Matth. m, et pisces bonos a piscibus malis, Ibid . xhi, et argentum et aurum a sordibus scoriaque discernât. Cuuique hoc fecerit, promittit et cætera : « Disperdam injuriam, » vel « superbiam Philisthino- rum. » Pro quibus LXX « alienigenas * transtule- runt. « Philistbiim » interpretantur in lingua nostra, « cadentes poculo : » quod de calice bjberjnt Baby- 382 SAINT JEROME de la boisson , qu’ils auront bue du calice de Baby- lone, et ils seront tombés par suite de leur ivresse. Ceux-ci donc n’auront pas d'orgueil à l’époque de la vocation des gentils et de l’avè¬ nement du Christ, mais ils suivront l’humble et doux Jésus. Le Seigneur ôtera de leur bouche le sang, les paroles de blasphème, les abomi¬ nations, le culte des idoles; il arrachera d’entre leurs dents les chairs qui leur avaient été immo¬ lées, afinqu’après cela les Philistins eux-mèmes, c’est-à-dire les étrangers soient laissés pour (être sous l’empire) du Seigneur, et qu’il, y ait un chef dans Juda, c’est-à-dire dans le peuple qui reconnaît (pour son Dieu) le Seigneur, en sorte que le premier peuple qui était à la tète soit mis à la queue, et que le dernier passe de la queue à la tête ; et qu’Àccaron, autrefois sté¬ rile, et partant déracinée, soit (traitée) comme Jébus, c’est-à-dire comme Jérusalem. Car cette ville porte les trois noms de Jébus, Salem q t Jéi'u- salem. Et j’environnerai, dit le Seigneur, ma maison, qui est l’Église, de gens qui combat¬ tent pour moi, c’est-à-dire qui me servent dans différents ministères, et qui, à mon commande¬ ment, courent d’un côté et d’un autre, allant et venant. Ou (si l’on veut l’entendre de cette manière) : Ma maison sera environnée de tous côtés par une escorte d’anges, dont il est écrit : « L'ange du Seigneur environnera ceux qui le craignent, et il les délivrera, » Psalm. xxm. 8, de telle sorte (qu’on ne verra personne aller et venir, c’est-à-dire qui dresse des embûches à lonis, et inehriati corruerint. Hi itaque tempore vo- cationis gentinm et adventus Christi non habebunt superbiam, sed huinilem et mansuetum sequentur Jesum. Et auferet de ore eorum sanguinem, verba blasphemiæ et abominationes, idolorum cultum, et esum eorum quæ immolata sunt idolis, de inedio dentium eorum : ut postquam liæc ablata fuériut, ipsi Philisthiim, hoc est, alieuigenæ relinquantur Domino, et sit dux in Juda, ici est, in populo Domi- num conütente, ut prior poprdus qui erat in capite, vertatur in caudam, et novissimus qui erat in cauda, in caput transeat : et Accaron sterilis quondain, et idcirco, eradicata, sit quasi Jebus, id est, quasi Jéru¬ salem. IJæc eniin civitas tribus nominibus appella- tur « Jebus, Salem et Jérusalem. » Et circumclabo, inquit, donuim meam, hoc est, Ecclesiam, ex bis qui militant mihi, id est, ex his qui mihi serviunt in va- riis ministeriis, et ad meum imperium line illucque discurrunt, euntes et revertentes. Sive : Circumclabo dornum meam angelorum præsidio, de quibus et in alio loco scriptum est : « Immittet angélus Domini in circuitu timentium eum, et eripiet eos ; » Psal. xxxm, 8 : ut non sit qui vadat et revertatur, boc est, mon peuple. Les exacteurs ne viendront plus le troubler, ces hommes dont Isaïe dit: « Les exac¬ teurs ont cessé d’exiger le tribut, » Isa. xiy, 4, ou au moins, il n’y aura pins personne qui le fasse sortir de sa maison et qui le traîne tout enchaîné en captivité, parce que le Seigneur a vu de ses yeux la vocation des gentils et la tranquillité de l’Eglise, nous étant permis d’en¬ tendre, par les yeux du Seigneur, les prophètes et tous les Saints. « Soyez comblée de joie, fille de Sion ; poussez des cris d’allégresse , fille de Jérusalem ; voilà que viendra pour vous votre roi , juste et sau¬ veur; ii est pauvre, et il est monté sur une ànesse et sur le poulain de l’ânesse. Et j’exterminerai les chariots d’Éphraïm et les chevaux de Jéru¬ salem ; et les arcs dont on se sert à la guerre seront rompus ; il parlera de paix aux nations ; sa puissance s’étendra d’une mer àl’autre, et de¬ puis les fleuves j usqu’ aux extrémités du monde. » Ibid. 9 et seq. Les Septante : « Soyez comblée de joie, fille de Sion ; faites entendre des chants de louange, fille de Jérusalem ; voilà que viendra pour vous votre roi, juste et sauveur ; il estplein de mansuétude et monté sur une ànesse et sur un poulain tout jeune. Il exterminera les cha¬ riots d’Ephraïm, et les chevaux de Jérusalem, et la multitude, et les arcs des combattants; il annoncera la paix aux nations ; il exercera sa domination depuis les fleuves jusqu’à la mer et jusqu’aux extrémités de la terre. Nous trouvons écrit dans les Evangélistes que cette prophétie qui insidias meo populo moliatur. Nec trausibit super eum ultra exactor, de quo dicit Isaias : « Ces- savit exactor;» Isa. xiv, 4 ; vel certe, eÇeXc ùvwv, id est, foras educens, et vinctos in captivitatem trahens : quia ociilis suis, quos prophetas et omnes sanctos intelligere possumus , vidit Dominus vocationem gentinm et Ecclesiæ securitatem. « Exsulta satis, filia Sion ; jubila, filia Jérusalem ; Ecce rox tuus veniet tibi, justus et salvator : ipse pauper et ascendens super asinam, et super pnllum Glium asinæ. Et disperdam quadrigam ex Ephraim, et equum de Jérusalem, et dissipabitur arcus belli, et loquetur pacem gentibus, et potestas ejus a mari usque ad mare, etafluminibus usque ad 6nes terræ. « Ibid. 9 et seq. L XX : « Gaude veliementer, ülia Sion ; prædica, filia Jérusalem : ecce rex tuus veniet tibi justus, et salvans, ipso mausuetus et ascendens super snbjugalem et pullum novum, et disperdet quadriges exEphraim, et eqnum de Jérusalem, et disperdet arcus pugnantinm et multitudinem, et pacem ox gentibus, et dominabitnr ab aquis usque ad mare, et a fiumi- nibus usque ad . exitus terræ. » Hane prophetiam evangelistee scribunt, esse complétant quaudo Do- 383 COMMENTAIRES SUR LE a eu son accomplissement lorsque le Seigneur entra dans Jérusalem, monté sur une ànesse et sur le poulain de l’ânesse, et qu’une foule d’en¬ fants alla au devant de lui avec des branches de palmiers, et qu’ils criaient : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur: Hosanna, au plus haut cfes cieux I » Matth. xxi, 9 ; et comme les pharisiens lui faisaient des reproches de ce qu’il n’empôchait pas les enfants de crier, il leur répondit : « N’avez-vous pas lu (dans le prophète David) : Vous avez tiré la louange la plus parfaite de la bouche des petits enfants et de ceux qui sont à la mamelle. » Ibid. 16. Psalm. vin, 3. Sion est donc dans l’allégresse et Jéru¬ salem, dans la jubilation (car Sion étant une citadelle de Jérusalem), ne fait avec cette der¬ nière qu’une seule et môme ville ; Sion et Jéru¬ salem sont, dis-je, dans l’allégresse et dans la jubilation, par ce qu’est venu pour elles leur Roi, promis par les prédictions de tous les pro¬ phètes. 11 est juste et sauveur, c’est-à-dire Jésus, selon l’interprétation qu’en donna l’ange, lors¬ qu’il dit à Joseph : « Il sera appelé Jésus, parce que ce sera Lui qui sauvera son peuple (en le délivrant) de ses péchés. » Matth. t, 21. Il est pauvre aussi, ou, selon la version des Septante, plein de mansuétude, Lui qui, étant riche, s’est fait pauvre pour nous, et qui dit dans l’Evan¬ gile : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Matth . xi, 29. Il est monté sur une ànesse et sur un jeune poulain, c’est-à- dire sur l’un et l’autre peuple delà Circoncision minus ingressus est Jérusalem, sedens super asinam et pullum asinæ, et puerorum cum palmarun ramis occurrit turba, clamantium : « Benedictus qui venit in nomine Domini : hosanna in excelsis ; » Matth. xxi, 9; et increpnntibus Pharisæis, cur non corriperet clamantes pueros, respondit : « Non legistis: Ex ore infanti uni et lactentium perfecisti laudem. » Ibid. 16 : Ps. vm, 3. Exsultat ergo Sion et jubilât Jérusalem, una atque eadem civitas (Sion enim arx est Jérusa¬ lem), quia venit ei rex suus, qui omnium propheta- rum vaticiniis repromissus est : Jnstus et ipse, « Sal- vator, » id est, « Jésus, » sicut angélus interpretatns est, loquens ad Virginem : « Et vocabitur Jésus, quia ipse salvum faciet populum suum a peccatis suis. » [al. eorum) Matth. î. 21. « Pauper » quoque, sive, ut LXX transtulerunt, « mansuetus, » qui cum dives esset, pru nobis pauper factus est, et dicit in Evan- gelio : « Discite a me, quoniam mansuetus sum, et liumilis corde. » Matth. xi, 29. Et asceudens super asinam subjugalem , sive super pullum novum , utrumque videlicet populum, Circumcisionis et Præ- putii, quorum prior gravissimum legis portaverat jugum, sicut in Actis apostolorum scriptùm est : Nec PROPHÈTE ZACHARIE. et du Prépuce, dont le premier avait porté le joug très pesant de la Loi, comme il est écrit dans les Actes des Apôtres : « Ni nos pères ni nous n’avons pu porter le joug pesant de la Loi. » Act. xv. C’est pour cette raison aussi que Paul écrit aux Galates, qui voulaient être cir¬ concis : « Tenez-vous en là, et ne vous mettez point de nouveau sous le joug de la servitude. ;) Le jeune poulain signifie la multitude des gen¬ tils qui, dépourvus du frein de la Loi, et n’étant régis par personne, mais allant sans cesse se briser dans les précipices et dans les gouffres de l’idolâtrie, ont eu besoin que le Seigneur s’assît sur eux (comme sur un poulain), afin de leur apprendre à marcher et à entrer dans la voie droite. « Et j’exterminerai les chariots d’E- phraïm. » Il est encore dit de la part de Dieu le Père : Périssent les chariots ou les chars d’E- phraïm et les chevaux de Jérusalem. Et cepen¬ dant, à s’en rapporter à la lettre, il dit : Il n’y aura pas de combats, tous les peuples étant en paix à l’avènement et à la naissance du Christ. Mais selon une intelligence plus haute, Ephraim se rapporte à la multitude des hérésies, il est interprété par le mot grec v.apT ;o ou : « il ira en ébranlant par ses fortes proteget eos. » Ibid . 14. LXX : « Et Dominus Deus super ipsos apparebit ; et egredietur sicut fulgur sagitta ejus : et Dominus Deus omnipotens sonabit in tuba, et ibit in commotione terroris sui. Dominus omnipotens proteget eos. » Et hune locum ad Maclia- bæorum'referunt tempora, quocl illis contra Antio- chum dimicantibus atque vîneentibus, Domini fuerit pugna atque Victoria, qui egressus sitfortis ad præ- lium, et instar fulguris illius potentia apparuerit vic- tisque adversariis, et turbinis morte dispersis pro- texerit populum Judæorum. Nos autem referemus cuncta ad intelligentiam Salvatoris, de quo supra dictum est : « Extendi mihi Judam quasi arcum. » Quo extenso, et bæreticis atque gentilibus a Sion filiis interfectis, apparebit gloria Domini, et egredie¬ tur ut fulgur jaculum ejus, de quo fulgure et in Ha¬ bacuc legimus : « In luce sagittavum tuarum ibunt i h splendore fiügurantis hastæ tuæ. » Habac . ni, 11. Quod fulgur et splendor alio vocabulo tuba appella- tur et clangor, ut cum sanctus clam or [ai. clangor ] insonuerit, dicat qui prius surdis auribus fuerat : « Disciplina Domiui aperuit mihi aures, et dédit mihi aurem ad audiendum. » Quod que sequitur : c< Et vadet in turhine Austri, » sive «c vadet in rnotu com- menaces, » (doit nous faire entendre) que s’il menace et s’il dit qu’il infligera des supplices, c’est afin qu’il fasse miséricorde à ceux qui se repentent. Enfin, il complète (ce qui précède) en disant : « Le Seigneur tout-puissant protégera ceux » qu’il avait auparavant effrayés par ses menaces. Lisons l’histoire des Ninivites. « Et ils dévoreront (leurs ennemis), et ils les assujettiront avec les pierres de leurs frondes ; ils boiront (leur sang), ils en seront enivrés comme de vin ; ils en seront remplis comme les coupes (des sacrifices), et comme les cornes de l’autel. Et le Seigneur leur Dieu les sauvera en ce jour-lâ, comme étant le peuple de son trou¬ peau ; et des pierres saintes seront élevées sur la terre qui lui appartient. » Ibid. 15, 16. Les Septante : « Et ils les dévoreront et les accable¬ ront par une grêle de pierres que leurs frondes lanceront ; et ils boiront leur sang, comme on boit le vin, et ils (en) rempliront l’autel comme on remplit des fioles, et le Seigneur les sauvera en cejour-là, comme étant sesbrebis et son peu¬ ple, et on roulera des pierres saintes sur la terre quilui appartient. » Le mot hébreu methnosasoth, au lieu duquel nous avons dit «on élèvera, » peut être interprété (des gens) «qui errent» ou «qui fuient. » Le Seigneur ayant couvert de sa pro¬ tection les enfants de Sion, et les animant par le son de la trompette, et marchant parmi les tourbillons contre leurs adversaires, la ruine des Grecs sera si grande qu’ils seront extermi- minationis suæ ; » ideo comminatur, et dicit, se illa- turum esse supplicia, ut poenitentium misereatur. Denique jungit et dicit : « Dominus omnipotens pro¬ teget eos, » quos prius sua comminatione terruerat. Legamus bistoriam Ninivitarum. « Et devorabunt et subjicient lapidibus fundæ : et bibeutes inebriabuntur quasi vino [Vulg. a vino], et replebuntur ut phialæ, et quasi cornua altaris, et salvabit eos Dominus Deus eorum in die ilia ut gre- gem populi sui, quia lapides saucti elevabuntur su- super terram ejus. » Ibid. 15, 16. LXX : « Et consu¬ ment eos, et obruent in lapidibus fundæ, et bibent sanguiuem eorum sicut vinum, et implebunt sicut pbialas altare, et salvabit eos Dominus in die ilia sicut oves populum suum, quia lapides sancti vol- ventur super terram ejus. » Pro eo quod nos dixi- mns, « elevabuntur, » et in Hebraico scriptum est methnosasoth potest interpretari « vagantes, » sive « fugientes. » Protcctis filiis Sion, et Domino ca- nente, et vadente in turbine contra adversarios eo¬ rum, tauta erit ruina Græcorum, ut non dicam gla- diis, sed jactn lapidum et fundarum rotatibus oppri- mantur, ita ut prædæ sint et devorationi inimicis suis. Tune bibentes inebriabuntur quasi vino. Non COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 389 nés, je ne dirai pas par les glaives, mais par le jet des pierres et le tournoiement des frondes, à tel point qu'ils seront la proie de leurs enne¬ mis, qui les dévoreront. Ils boiront :alors leur sang et ils en seront enivrés comme de vin. Ce ne seront pas ceux qui auront été taillés en pièces qui seront ivres de leur sang; mais ceux qui auront vaincu combattront en désespérés comme des gens ivres, et ils seront agréables au Seigneur comme les cornet de l’autel, et les libations qu’on y répand. Car c'est ce qu'on entend par les coupes qui contiennent les liqueurs que l'on verse sur l’autel. Le Seigneur les sauvera aussi, comme étant les brebis et le troupeau de son peuple, qui ne combattra pas contre les Macédoniens comme une armée bien équipée et habile dans l'art de la guerre ; mais il viendra au combat comme un troupeau prêt à mourir, et, avec le secours du Seigneu , il remportera la victoire. Les pierres saintes qui auront été foulées aux pieds (il les appelle pierres à cause de la dureté des tribulations et de la forcé de l’âme) seront soulevées du lieu humiliant (où elles gisaient) et elles seront glo¬ rieuses dans la terre qui lui appartient ; ou, d’une autre manière : Les pierres saintes qui sont de la race sacerdotale, fuyant de divers côtés, remporteront la victoire que le Seigneur leur donnera. Parlons aussi dans le sens mys¬ tique, ou plutôt expliquons la prophétie qui est enveloppée de beaucoup d'obscurité. Les enfants de Sion dévoreront leurs adversaires, par les¬ quels nous entendons les enfants de la Grèce ; et ils se les assujettirons avec les pierres de (leurs) frondes; (en d'autres termes), ils s’assujet- lii qui cæci sunt, ebrii erunt sanguine suo^; sed hi qui vicerint qnasi ebrii cum desperatione pugnabnnt, et placebunt Domino quasi altaris cornua, ejusque libatio. Hoc enim intelligitur in pliialis, quibus super altare liba funduntur. Salvabit quoque Dominus eos sicut oves et gregem populi sui : non enim ut ar- matus exercitus et instructus avte bellandi adver- sum Macedones dimicabit; sed veniet quasi grex paratnsad mortein, et Domino auxiliante, superabit. Et lapides sancti qui oppressi fueriut (Lapides autem vocat, propter duritiam tribulationum et animi lor- titudinem) elevabuntur de humilitate sua, et erunt in terra illius gloriosi. Aliter : Lapides sancti ejus de genere sacerdotali per diversafugientes, illo tribuente victoriam consequenlur, dicamus et juxta anagogen, imo explanemus prophetiam multis obscuritatibus involutam. Filii Sion protecti a Domino suo, devo- rabunt adversarios suos, quos intelligimus filios Græçiæ. Et subjicient lapidibus fundæ, commina- tiront leurs ennemis et les rendront humbles par les menaces des Écritures ; car rien ne frappe (et n'ébranle) autant qu'un exemple pris des saintes Écritures et lancé par le tournoiement de la bouche. Mais au lieu de ce passage des Septânte : « Et ils boiront leur sang comme (on boit) le vin, » l’hébreu porte : « Ils boiront (leur sang) et ils (en) seront enivrés comme de vin, en sorte qu’ils s'entendent dire cette parole du Cantique des cantiques : « Buvez, mes amis, et enivrez-vous. » Cant. v, 1. Etleur ivresse sera agréable (au Seigneur) autant que le sacrifice de l’autel, et que les angles ou cornes de l’au¬ tel. Le Seigneur aussi les sauvera comme étant le troupeau de son peuple, parce qu'on roulera sur sa terre des pierres saintes, qui seront si légères et feront tant d'efforts pour s’élever en haut, que, sans attendre les mains des architectes, elles s’empresseront de se placer elles-mêmes sur le fondement du Christ et d’être sous Ja dépendance de la pierre angulaire ; c'est aussi d’elles que l’apôtre Pierre dit : « Comme des pierres vivantes, entrez dans la structure de l’édifice, pour composer une maison spirituelle et un sacerdoce saint, afin d’offrir à Dieu des victimes saintes qui lui soient agréables. » I Petr. il, 5. Voilà les pierres qui crieraient, si le peuple juif venait à se taire. Luc. xix. Et elles seront roulées, tant qu’elles seront avec leur corps sur la terre, parce que cette demeure ter¬ restre appesantit l’esprit dans la multiplicité des soins (qui l’agitent) ; Sap. ix ; et le saint qui n’est pas encore délivré de la chair s’écrie : « Qui me donnera des ailes comme à la co¬ lombe ? » Psalrn . liv, 7. Autant qu’il dépend de tionibus Scripturarum, de adversariis suis subjectos humilesque facientes : niliil enim ita percutit, ut exemplum de Scripturis sanctis, et testimonium ro- tatu oris emissum. Quod autem in LXX dicitur : «Et bibent sanguiuem eoruin quasi vinum, » in Hebræo non ita legimus ; sed, « bibentes inebriabuutur quasi vino,» ut audiantillud de Cantico canticorum : « Bi- bite, amici, et inebriamini. » Cant. v, 1. Et ita pla- cebit eorum ebrietas, quasi altaris sacrificium : et cornua, sive auguli altaris. Salvabit quoque eos Dominus, quasi gregem populi sui, quia lapides sancti volventur super terrain ejus, qui tantum erunt leves et in sublime nitentes, ut non præstolentur ædificautium inanus, sed ipsi festinent irnponi super fundamentum Christi, et contiueri augulari lapide, de quibus et Petus apostolus loquitur : « Sicut lapi¬ des vivi superædifioamini in domurn spiritualem, et sacerdotium sanction, offerentes spirituales victi- mas, placentes Deo. » l Petr.u , 5. Isti sunt lapides SAINT JÉROME 390 lui, il se roule ets’efforce de s’élever bien haut, mais la fragilité de la chair le retient. Or, la terre sur laquelle on roule les pierres, c’est celle dont nous lisons : « Chantez en l'honneur du j) Seigneur (peuple de) toute la terre ; » Psalm. » xcy, 1 , et : « Que toute la terre vous adore et » chante vos louanges. » Psalm. lxv, 4. '« Car qu’est-ce que le Seigneur a de bon et de beau, sinon le froment des élus, et le vin qui fait germer les vierges ? » Ibid. 17. Les Sep¬ tante : « Parce que s’il y a quelque chose d’ex¬ cellent et de bon en Lui, (cela n’est autre) que le froment pour les jeunes personnes, et le vin de bonne odeur (qui fait germer) les vierges. » Les Maccabées, dit-on, fuyant ça et là, seront vainqueurs avec le secours du Seigneur, afin que lorsque les Macédoniens auront été chassés de la terre d’Israël, le temple soit purifié, les préceptes de la Loi observés, et que la doc¬ trine des Écritures fasse de nouveaux germer les vierges, c'est-à-dire le peuple des croyants en un seul Dieu, lesquels s’ôtaient souillés au¬ paravant dans le culte de l’idolâtrie. Par fro¬ ment des élus, en hébreux bauri.ii, on veut qu'il soit signifié, non les jeunes personnes, comme l’ont traduit les Septante, mais les élus et les hommes instruits, qui méritent de se nourrir du froment, c'est-à-dire de la loi de Dieu. Au lieu devin, il est dit dans l’hébreu thirôs, ce qn'Aquila a interprété par le mot grec : oivi'av, lequel même peut être rapporté à l’abondance qui clàmabunt, si tacuerit populus Judæorum, lue. xix, et volventur quandiu in oorpore fuerint super terrain , quia aggravat terrena habitatio sensum multa curantem, Sap. ix, et in carne positus sanctus loquitur : « Quis dabit mihi pennas sicut columbæ?» Psal. liv. 7. qui quantum in se est, conatur et volvi- tur, et erigitur ad summa, sed carnis fragilitate reti- netur. Terra autem ilia est super quani volvuntur lapides, de qua legimus : « Cantate Domino, omnis terra, » Psal. xcv, 1 ; et : «Omnis terra adoret te, et psallat tibi. » Psal. lxv, 4. « Quid enim bonum ejus est, et quid pulchrum ejus, nisi frumentum electorum, et vinum germinans virgines? » Ibid. il. LXX : « Quia si quid optimum illius, et si quid bonum ab eo, frumentum juvenibus et vinum boni odoris ad virgines. » Ideo, Inquiunt, Machabæi hue illucque fugientes, Domino auxiliante, superabunt, ut, ejectis Macedonibus de terra Israël, mundetur templum, legis præcepta serventur, et eruditio Scripturarum rursum germinet virgines, id esL, populos credentium in unum Deum, qui prius idololatriæ fuerant cultibus constuprati. In frumento electorum, id est, BÀuimi, non « juvenes, » ut Sep- tuaginta transtulerunt, sed « electos » et erudilos viros intelligi volunt, qui frumentum,, id est, legem de la vendange. Voilà le sentiments des Juifs. Du reste, quant à nous, par froment dés élus ou, des jeunes personnes, et par vin qui fait germer les vierges, nous entendons le Seigneur Sau¬ veur qui dit dans l’Evangile : « Si le grain de froment qu'on jette dans la terre ne meurt, il demeure seul; mais, s’il vient à mourir, il porte de plus grands fruits. » Joan. xu, 24. C’est de ce froment qu’est fait le Pain qui est descendu du ciel, et qui fortifie le cœur de l’homme. Psalm. cm. C’est ce pain que mangent ceux qui sont forts dans le Christ et à qui l’évangéliste Jean dit : « Je vdus écris jeunes gens, parce que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous êtes forts, et que vous avez vaincu le malin (esprit). » l Joan. u, 14. Celui qui est le froment des élus ou des jeunes personnes est aussi le vin qui réjouit le cœur de l’homme et que boivent ces vierges qui sont saintes de corps et d’esprit, afin qu’étant énivrées, elles suivent avec joie l’Eglise et qu’il soit dit d’elles : « Des vierges seront amenées au Roi après elle, et l’on vous présentera celles qui- sont ses plus proches ; elles seront présentées avec des trans¬ ports de joie et d’allégresse. » Psalm . xiiy, 15, 16. En effet, comment ne seraient-elles pas dans l’allégresse, celles qui, enivrées par le breuvage du Sauveur, sont engendrées par ce vin dans la virginité, et qui osent dire : « Faites-moi entrer dans le cellier (où il met son) vin ; forti- fiez-moi avec des parfums. » Gant, n, 4. Ce vin Dei comedere mereantur. Pro vino, .quod Hebraice dicitur thiuos. Aquila oé/tav interprétâtes est : quod et ipsum ad ubertatem vindemiæ referri potest. Ilæc Judæi æstimant. Cæterum nos frumentum electorum, sivc juvenum, et vinum germinans virgines, sive vinum boni odoris ad virgines, intelligimus Domi- num Salvatorem, qui loquitur in Evangelio : « Nisi granura tritici cadens in terram mortuum fuerit, ipsum solum permanet : sin autem moriatur, ma¬ jores fructus aller t. » Joan. xii, 24. De hoc tritico efficitur ille panis, qui de cœlo descendit, et qu* confirmât cor liominis. Psal. eux. Hune panem come- dunt, qui in Christo robusti sunt, et ad quos Joannes evangelista loquitur : « Scribo vobis, juvenes, quia sermo Dei in vobis [al. ?iobis] manet, et fortes estis, et vicistis malignum.» I Joan. n, 14. Qui frumentum est electorum, sive juvenum, ipse est et vinum quod lætificat cor liominis, et bibitur ab his virginibus, quæ sunt sanctæ et corpore et spiritu, ut inebriatæ atque gaudentes sequantur Ecclesiam, et dicatur de eis : « Adducentur régi virgines post eam, proximæ ejus afferentur tibi : afferentur in lætitia et exsul- tatione.» Psal. xuv, 15, 16. Quomodo enim lætitiam non habebunt, quæ inebriatæ poculo Salvatoris gc- nerantur in virgines, et audent dicere : « Introducite 391 COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. a une bonne odeur ; c’est pour cela qu’il est dit dans le même cantique : « Vous me donnerez un breuvage d’un vin mêlé de parfums et du suc de vos pommes de grenade. » Gant, vn, 2. De ce vin sont enivrés ceux qui suivent l'Agneau partout où il va ; ils sont vêtus de robes blan¬ ches, parce qu’ils ne se sont pas souillés avec les femmes, car ils sont restés vierges. Apoc. xiv. «Demandez au Seigneuries dernières pluies, le Seigneur fera tomber la neige ; il vous don¬ nera des pluies abondantes, et il fera naître l’herbe dans le champ de chacun de vous. Car les idoles n’ont rendu que des réponses vaines, les devins n'ont eu que des visions trompeuses, les conteurs de songes ont parlé en l’air, et ils donnaient de fausses consolations (à mon peu¬ ple.) C’est pourquoi il a été emmené (en capti¬ vité) comme un troupeau, et il a beaucoup souffert, parce qu’il était sans pasteur. » Ibid. c, x, v, 1 et seqq. Les Septante : « Demandez au Seigneur une pluie opportune, la pluie d’au¬ tomne et celle de printemps ; le Seigneur a fait des visions; il vous donnera la pluie d’hiver ; il fera naître l’herbe dans le champ de chacun de vous, car ceux qui parlaient n’ont fait entendre que des choses pénibles ; les devins n’ont eu que des visions trompeuses ; ils n’ont rapporté que des songes faux, et ils n’ont donné que de vaines consolations ; c’est pourquoi mon peuple a été consumé par l’affliction, parce qu’il n’y avait personne pour le guérir. » Ainsi est pro¬ mise en partie la félicité qui fut annoncée au me in cellulam vini, confortate me in unguentis. » Cant. ii, 4. Vinum hoc boni odoris est, unde in eodem carminé dicitur : « Potabig me de vino unguentarii, de rivis malogranatorum [al. gnatovum] tuorum. » Ibid. c. v. 1 et seq. Hoc vino inebriati sunt qui se- quuntnr Agnum Deiquocunque vadit, vestiticandidis vestibus ; quia se cum nmlieribus non coinquinave- runt; virgines enim permanserunt. Apoc . xiv. « Petite a Domino pluviam in tempore serotino, et Dominus faciet nives, et pluviam imbris dabit eis, singulis herbam in agro. Quia simulacra locuta suut inutile, et diviui viderunt mendacium, et somniatores lucuti sunt frustra, vane consolabantur ; idcirco abducti sunt [al. adducti ] quasi grex : affligeutur, quia non est eis paslor. » c. x. v. 1 et seq. LXX : « Petite pluviam a Domino opportunam, tempora- neam et serotinam : Dominas fecit pbautasias, et pluviam biemalem dabit eis, unicuique herbam in agro : qnoniam bi qui loquebantnr, locuti sunt la- bores : et divini visiones falsas, et somnia falsa locuti sunt, vane consolabantur : ideo arefacti sunt sicut oves, et afflicti sunt, quia non erat qui sanaret. » Ita temps des Macchabées, lorsque les pierres saintes furent élevées sur la terre du Seigneur, que les affaires d’Israël furent si prospères, que les peuples se nourrissaient de nouveau du fro¬ ment de la Loi, et que vos vierges s’enivraient du vin du Saint-Esprit. Au reste, comme le temps des prophètes touche déjà à sa fin, que le monde est à son déclin, et que tout ce qui a été prédit attend son terme, demandez au Sei¬ gneur qu’il vous donne la pluie de printemps, afin que le Christ qui a été promis vienne et vous accorde les rosées et les neiges, à la place desquelles il est écrit dans l’hébreu azizim. Je ne sais ce que les Septante ont voulu faire entendre par le mot plantasias (vision.) Peut- être ont-ils voulu caractériser par ce mot la grandeur de la grâce et l’admiration qu’exci¬ tent les dons. Le Seigneur qui doit faire tomber des neiges sur toute la terre et y produire la sécheresse, l'arroserp, par les pluies de la pré¬ dication évangélique ; il donnera lui-même aux croyants des eaux abondantes qui porteront partout à son comble la fertilité, en sorte que lorsque les nations auront cru dans le Christ, elles comprendront qu’est vain ce qu’elles avaient adoré auparavant. Soit qu’Israël lui- même comprenne que, trompé autrefois par les erreurs de l’idolâtrie dont il était (comme) en¬ chaîné, il adora inutilement les idoles, et qu’il prêta l’oreille aux mensonges des devins, et qu’il se plut à écouter les songes, auxquels l’Écriture défend de croire. Deut. xm. Et c’est pour cela qu’ils ont été conduits comme un fecilitas quæ in Machabæorum tempore promissa est, quando sancli lapides elevati sunt super terram, et res IsraeliLica crevit in majus, in tantum ut rur- suni frumento legis populi vescerentur, et vino sancti Spiritus inebriarentur virgines vestræ, ex parte pre- mittitur. Cælerum quia jam extremum terri pus est propbetarum, et mundus decliuat ad finem, et omnia quæ prœdicla sunt, sui terminum præstolantur : pe¬ tite a Domino ut det vobis pluviam serotinam : ut Chrislus qui promissus est, veniat et tribun t vobis rores et nives, pro quibus scriplum est in llebræo azizim. Et noscio quid volentes LXX « pbantasias » interpretati sunt, nisi forte magnitiulinem gratiæ ad- miratiqneuique donormn, nomme phantasiæ voluere describere. Dominas ergo qui facturas est nives et siccitatem omnis terræ, evangelicæ pra^dicationis ir- rigaturus est pluviis : ipse dabit imbres credentibus, et uberlate omnia complebuntur, ut postquam in Christo crediderint nationes, inlelligant vana esse quæ auto coluerunt. Sive ipse Israël iutelligat, qui quondam deceptus idoloiatriæ erroribus teneba- tur, frustra se coluisse simulacra, et divinorum au- 392 SAINT JÉROME troupeau en captivité, et ils ont beaucoup souf¬ fert, parce qu’ils n'avaient pas la connaissance de la Loi, Dieu n’étant pas leur pasteur. Tout ce passage est obscur et douteux, et nous comp tons sur l’indulgence du lecteur, si nous avan¬ çons d’un pas incertain au milieu de choses qui sont équivoques. Mais, à nous en tenir à l’intel¬ ligence spirituelle, nous pouvons dire que le Seigneur exhorte ceux qui ont la foi au Christ à demander les dernières pluies à la consomma¬ tion du monde, lorsque doit être donnée la plé¬ nitude, et que l'herbe poussera dans le champ de chacun d’eux, de sorte qu’ils puissent dire : « Le Seigneur me conduit, et rien ne me man¬ quera ; il m’a établi dans un lieu abondant en pâturages ; il m’a élevé près d’une eau forti¬ fiante. » Psalm. xxu, 12. Toutes les idoles, et les devins et les conteurs de songes, ont eu beau parler, leurs consolations étaient vaines. Cela est dit des hérétiques, qui, sous le nom chré¬ tien, ne comprennent ni de quoi ils parlent, ni ce qu'ils affirment, mais ils suivent des esprits d’erreur et les maîtres des démons, et des im¬ posteurs pleins d’hypocrisie dont la conscience est noircie de crimes. I Tim. iy. Ceux qui ne croient pas se laissent prendre aux consola¬ tions de ceux qui font de vaines promesses, et c’est pour cela qu’ils sont livrés à satan pour la mortification de leur chair, ICo?’. y, et qu’ayant été emmenés captifs par le roi de Babylone, ils souffriront beaucoup, parce qu’ils n’ont pas pour pasteur le Christ, qu’ils se promettent sous un faux prétexte. disse mendacia, et acquievisse somniis, quibus Scrip- tura præcipit non credendum. Déni. xm. Et ob banc causam ducti sunt quasi grex in captivitatcm, et afbicti absque pastore Deo, quia legis notitiam non habebant. Omnis bic locus obscurus et dubius est, et debet nobis lector ignosceve, si in bis quæ ambi- gua sunt, et nos pendulo iucedimus gradu. Possumus autein juxta spiritualem intebigentiam dicere, quod credentes in Christo Dominus adhortetur ut pétant scrotinam pluviam in consummatione mundi, quando plenitudo donanda est gratiæ, et singulis in agro suo herba succrescet, ita ut possint dicere : « Dominus régit. me, et nihil rnibi deerit : in loco pascuæ ibi me collocavit : super aquas refectionis educavit me. » Psal. xxn, 1, 2. O’mnia enim simulacra, et divini et sonmiatores frustra locuti sunt, et vane consolaban- tur. Quæ de bæreticis loquitur, qui sub nomine Chris- tiano lion intelligunt, nec de quibus dicant, nec de quibus affirment, et attendunt spiritibus erroneis, et magistris dæmoniorum in hypocrisi mendacia lo- quentium, et cauteriatam habentes conscientiam : l Tim. iv ; ut nequaquam credentes eorum consola- « Ma fureur s’est allumée contre les pasteurs,- et je visiterai les boucs (dans ma colère) ; car le Seigneur des armées a visité (dans sa bonté) la maison de juda qui est son troupeau, et il en a fait comme son cheval de bataille (et l’instru¬ ment) de sa gloire. C’est de Juda que viendra l’angle, c’est de lui que viendra le pieu, de lui que viendra l’arc pour combattre, de lui (encore) que viendront tous les maîtres et les intendants (des ouvrages). Et ils seront comme de vail¬ lants soldats qui, dans la mêlée, foulent aux pieds (l'ennemi comme) la fange des rues ; et. ils combattront vaillamment, parce que le Sei¬ gneur sera avec eux. » Ibid. 3 et seq. Les Sep¬ tante : Ma fureur s’est allumée contre les pas¬ teurs ; et je visiterai les agneaux, et le Seigneur Dieu tout-puissant visitera la maison de Juda, qui est son troupeau, et il en fera comme son cheval, (qui sera) sa gloire dans le combat. 11 sera son œil, il sera son pieu ; de lui viendra l’arc (dont il se servira) dans sa fureur ; de lu1 viendront tous les maîtres, et ils seront comme des combattants qui, dans la mêlée, foulent aux pieds l’ennemi (comme on foule) la fange des voies publiques, et ils seront préparés, parce que le Seigneur est avec eux. » Les Juifs ont deux expositions pour ce passage; car les uns pensent que tout cela aura son accomplisse¬ ment à l’avènement du Christ ; les autres, que cela s’est déjà accompli sous les Macchabées. Voici l’interprétation des choses que le Seigneur promet. Le Seigneur a été irrité contre les pas¬ teurs et les princes et les prêtres et les boucs» tiouibus abducantur qui vaua promittunt, etpropte- rea tradiLLsunt Satauæ in interitum carnis, I Cor . v, et abducti in captivitatem regis Babylonii, et affli- gentur, quia Christum pastorem non habent, quem sibi falso nomine repromittunt. « Super pastores iratus est furor meus, et super hircos visitabo, quia visitavit Dominus exercituum gregem suum domnm Juda : et posuit eos quasi equum gloriæ suæ in bello. Ex ipso angulus, ex ipso paxillus, ex ipso arcus prælii, ex ipso egredietur omnis exactor simul, et erunt quasi fortes concul- cantes lutum viarum in prælio, et beUabunf, quia Dominus cum eis. » Ibid. 3 et seqq. LXX : « Super pastores concitatus est furor meus, et super agnos visitabo : et visitabit Domiuus Deus omnipotens gre¬ gem suum domum Juda, et ponet eos sicut equum decorem suum in prælio, et ex ipso respexit, et ex ipso posuit, et ex ipso arcus in furore, egredietur omnis qui educit simuJ, et erunt quasi bellatores conculcantes lutum viarum in prælio, et præpara- buntur, quia Dominus cum eis est. » Et in boc loco duplex Judæorum exposilio est. Alii enim arbitrantur COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. 393 et il a visité son peuple, selon ce qui est écrit : « Mon peuple est devenu un troupeau de brebis égarées ; leurs pasteurs ont été cause qu’ils ont été emmenés en captivité, » Jerem. l, 6, en sorte que, par la faute des maîtres, les disciples ont été punis, non par l’injustice du juge qui fait retomber sur les enfants les péchés des pères, mais parce que le peuple applaudit à leurs péchés, et en fut en quelque sorte com¬ plice ; et alors, à la vérité, le Seigneur visita (dans sa colère) les boucs, ou les agneaux les plus gras, et les fît, selon l’expression des Sep¬ tante, « sécher d’aridité. » Mais dans la suite le Seigneur visita (dans sa bonté) la maison de Juda, qui est son troupeau. Il suscita, en effet, Judas Macchabée et les autres membres de sa famille contre les généraux d’Antiochus, et il fît d'eux, c’est-à-dire de ceux qui furent engen¬ drés de sa race, comme son cheval de bataille, qui le couvrit de gloire dans le combat ; car ils défirent longtemps les Macédoniens. Ce qui suit : « C’est de Juda que viendra l’angle, c'est de lui que viendra le pieu, de lui que viendra l’arc pour combattre, de lui encore que vien¬ dront les maîtres et les intendants (des ouvra¬ ges), est entendu métaphoriquement par eux, de telle sorte que l’angle signifie la puissance royale, parce qu'elle contient elle-même les murailles. De lui (Juda), dit le prophète, vien¬ dra le pieu, c’est-à-dire le sacerdoce. Lisez Isaïe, où il est dit qu’Eliacira est fixé dans le temple de Dieu comme un pieu (qu’on enfonce en terre.) Isa. xxu. De lui viendra l’arc pour le in adventu Cbristi universa complenda : alii sub Ma- chabæis jam esse complota. Est autem eorum quæ Domiüus poïlicetur, ista explanatio : Super pastores et principes ac sacerdotes iratus est Dominus, et super bircos, et populum visitavit, juxta illud quod scriptum est : « Grex perditus factus est populus meus, pastores ejecerunt eos, » Jerem. i., ’6, ut vitio magistrorum discipuli punireutur : non injustitia judicis, qui peccata patrum reddit infilios ; sed quia, illis peccantibus, populus applausit simul : et tune quidem visitavit Dominus hircos suos, vel agnos pin- guissimos, et fecit, juxta Septuaginta, « ariditate sic- cari/» Postea vero visitavit Dominus omnipotens gregem suum domum Juda : suscitavit enim Judam Macliabæum, ot cæteros ex eo, contra duces Antio- chi, et posuit illos quasi equum gloriæ suas in præ- lio, hoc est, qui de illius stirpe generati sunt : multo enim tempore Macedonas oppresseront. Quodque sequitur : « Ex ipso angulus, ex ipso paxillus, ex ipso arcus prælii, ex ipso egredietur omnis exactor simul, » sic (j.£Tacpoptxw; intelligunt, ut angulum in- terpretentur regiam potestatem, quod parietes ipsa combat, ce qui veut dire ceux qui sont vaillants à la guerre ; de lui viendront en même temps les intendants des (ouvrages), ce que l'hébreu exprime par le mot nogjes et qu’Àquila inter¬ prète par le mot (grec) eiaïtpaaawv, qui a à peu près la même signification, voulant faire en¬ tendre que non seulement il y avait parmi eux des hommes de bien et de courage, mais encore des gens indignes de leur race. En effet, Judas Macchabée et tous ceux de sa famille qui furent à la tête du peuple étaient, et un angle, parce qu’ils gouvernaient le peuple avec une puissance royale, et aussi un pieu, puisqu’ils étaient eux-mêmes prêtres ; ils étaient (enfin) un arc pour le combat, car ils furent de très vaillants hommes de guerre, étant capa¬ bles non seulement de ranger une armée en bataille, mais encore étant les premiers à s’é¬ lancer au combat. Touchant ce qui suit : « De lui viendronten même temps tous les exacteurs, » au lieu de quoi la version des Septante porte : «De lui viendront en même temps tous ceux qui conduisent (le peuple) ; » nous pouvons dire aussi : Il n’y aura pas de dignité dans l’armée dont il soit disposé sans le bon plaisir de Judas Macchabée (et de ceux de sa famille.) Ce seront de très vaillants hommes, foulant aux pieds dans le combat les Macédoniens, comme (on foule) la fange des voies publiques. Or, ils combattront très vaillamment, parce que le Seigneur est avec eux. Les nôtres rapportent cela aux temps de la persécution, parce- que, par la faute des prêtres, le peuple est frèquem- contineat [al. continebat]. Et ex ipso, inquit, paxil¬ lus, id est, sacerclotium. Lege Isaiam, in quo Elia- chim in templo Dei quasi paxillus figitur. Isa. xxu. Ex ipso arcus prselii, fortes ad bellandum : ex ipso etiam omnis « exactor » simul, quod in Hebraico scriptum est, xoces , et Aquila interpretatus est eiaTCpaaawv; ut non solum fortes et boni, sed alii ex eis fuerint indigni genere suo. Judas enim Macha- hæus et omnes qui de genere ipsius principes fuere in populo, et angélus erant ; quia regia potestate po¬ pulum continebant, et paxillus, ipsi enim erant sa¬ cerdotes, et arcus prælii, quiaviri existere fortissimi, ut non solum exercitum aciemque disponerent sed primi ad prælium prosilirent. Possumus de hoc quod sequitur : c^Ex ipso egredietur omnis exactor simul, » pro quo LXX transtulerunt : « Ex ipso egredietur omnis qui educit simul, » et hoc dicere : Nulla erit dignitas in exercitu, quæ non illius arbitrio dispona- tur. Et erunt viri forlissimi, conculcantes Macedonas quasi lutum viarum in prælio : erunt autem fortis- simi atque bellabuut, quia Dominus cum eis est. Nos- tri hæc ad persecutionis tempora referunt, quod pro 394 SAINT JEROME ment livré A ses adversaires, et néanmoins Je Seigneur visite ensuite (dans sa bonté) la mai¬ son de Jacob (qui est) son troupeau et qui loue Dieu de cœur et de bouche ; et il en fait comme son cheval de bataille qui le couvre de gloire, et au sujet de quoi les saints disent : « Montez sur vos chevaux, et donnez le salut par votre cava¬ lerie. » ïlabac. n i, 8. 11 sera aussi l'arc dont le Seigneur se servira dans sa fureur et duquel il dit : « J'enivrerai mes flèches de sang. » Deut. xxxii, 42. Et encore : « Mes flèches les anéanti¬ ront. » Relativement à cet arc et à ces flèches, nous lisons dans le psaume septième, (vers. 13 et 14) : « 11 a tendu son arc et il le tient tout prêt;. il a préparé pour lui des instruments de mort ; il a formé ses flèches de matières ar¬ dentes. » Et ceux qui auront été couronnés du martyre, dit-il, fouleront aux pieds leurs ad¬ versaires et diront : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ? Le Sei¬ gneur est le protecteur de ma vie, qui pourra me faire trembler ? Lorsque ceux qui veulent me nuire s’approchaient de moi (comme) pour dévorer mes chairs, ces (mêmes) ennemis, qui me persécutent le plus, ont été affaiblis et sont tombés. Lors même que des armées seraient campées contre moi, mon cœur ne serait point effrayé ; quand on me livrerait un combat, alors même je serai plein de confiance. » Psalm. xxyi, 1 et seq. (Ce qui arrivera encore), lorsque seront accomplies ces paroles : « Un seul d’entre vous pressera vivement mille (de ses ennemis) et deux en feront fuir dix mille. » Deut. xxxn.- vitio sacerdotum fréquenter etiam populus tradatur adversariis : et tamen Dominus omnipotens visitet postea gregem suum domum Juda, qui Deiim et ser- mone et animo confitetur : et ponat eos quasi equurn gloriæ suæ iubello, de quo sancti dicunt : « A-scende super equos tuos, et equitatio tua salus. » Habac. ni, 8. Ipse erit et arcus furoris Domini, de quo ait : « Ine- briabo sagittas meas sanguine. » Deut. xxxir, 42. Et rursum. « Sagittæ uieæ consument eos. » De hoc areu, et de bis sagittis in septimo psalmo [vers. 13, 14) legi- mus : « Arcum suum tetendit, et paravit ilium; et in ipso paravit vasa mortis, sagittas suas ardentibus effecit. » Et conculcabunt, ait, adversarios suos in martyrio coronati, et dicent : << Dominus illuminatio mea, et salus mea, quem timebo ? Dominus protector vitæ meæ, a quo trepidabo? Dum appropinquarent super me nocentes, ut ederent carnes meas. Qui tri- bulant me inimici mei, ipsi infirmât! sunt, et cecide- runt. Si consistant adversuin me castra, non timebit cor meurn : si exsurgat adversum me prælium, in hoc ego sperabo. » Psal. xxvj, 1 seqg. Quando implebitur illud eloquium: «Unus ex yobis persequetur mille, et « Ils mettront en désordre la cavalerie (de leurs ennemis), et je fortifierai la maison de Juda, et je sauverai la maison de Joseph ; et je les ferai revenir, parce que j’aurai compassion d’eux; et ils seront comme ils ôtaient avant que je les eusse rejetés , car je suis le Seigneur leur Dieu , et je les exaucerai. Et ils seront comme les vaillants hommes d'Éphraïm ; ils auront la joie dans le cœur, comme (un homme qui a bu) du vin ; leurs fils les verront , et ils seront dans l’allégresse, et leur cœur tressaillira de joie dans le Seigneur. » Ibid. 6, 7. Les Septante : « Ils mettront en désordre la cavalerie de leurs enne¬ mis ; et je fortifierai la maison de Juda, et je sauverai la maison de Joseph, et je leur donne¬ rai une habitation, parce que je les ai aimés. Et ils seront comme ils ôtaient avant que je les eusse rejetés, parce que je suis le Seigneur leur Dieu , et je les exaucerai ; et ils seront comme les vaillants guerriers d’Ephraïm , et ils auront la joie dans le cœur, comme s’ils avaient bu du vin ; leurs fils les verront, et ils seront dans l'al¬ légresse, et leur cœur se réjouira dans le Sei¬ gneur. » On a expliqué cela de deux manières, selon le sens exposé plus haut, en disant ou que (tout) cela est déjà arrivé sous les Macchabées, ou que son accomplissement aura lieu sous le Christ, au dernier siècle. Voici le sens de ce (passage) : Lorsque Judas aura été établi comme un beau cheval de bataille , et qu’il aura foulé aux pieds ses ennemis comme (on foule) la fange , et qu’il les aura vaincus avec le secours du Seigneur, alors toute la cavalerie delà Grèce duo convertent in fugam multa millia. » Deut. xxxii « Et confundentur ascensores equorum, et con- fortabo domum Juda, et domum Joseph salvabo ; et convertam eas, quia miserebor eorum : et eruntsicut fuerant, quando non projeceram eos ; ego enim Do¬ minus Deus eorum, et exaudiam eos. Et erunt quasi fortes Ephraim, et lœtabiturcor eorum quasi a vino, et filii eorum videbunt, et lætabuntur, et ex- sultabit cor eorum in Domino. » Ibid. 6 et 7, LXX : « Et confundentur ascensores equorum ; et confor- tabo domum Juda et domum Joseph salvabo, et habitare eos faciam, quia dilexi eos. Et erunt sicut quando non eos abjeceram, quia ego Dominus Deus eorum, et exaudiam eos; et erunt quasi bellatores Ephraim, et lætabitur cor eorum quasi in vino, et filii eorum videbunt et lætabuntur, et gaudebit cor eorum in Domino. » Et hæc juxta superiorem sensum dupliciter edisserunt, utaut sub Macbabæis transacta jam dicant, aut sub Christo in ultimo sæculo transi- genda commémorent. Et est sensus : Gum positus fuerit Judas quasi equus decorus in prælio, et con- culcaverit quasi lutum adversarios, et Domino secum COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 395 sera détruite, et la maison de Juda et la maison d’Israël (car le prophète appelle celle-ci, c’est-à- dire les dix tribus, maison de Joseph) seront sauvées en même temps ; je les ferai revenir de la captivité où elles gémissaient , et elles seront comme elles ôtaient au temps où je ne les avais pas rejetées ; car je suis le Seigneur leur Dieu qui les exaucerai , lorsqu’elles me prieront. E* les enfants d’Ephraïm , qui présentement sont retenus en captivité , seront ensuite mis en li¬ berté , et ils en éprouveront tant de joie qu’on les croira ivres. Leurs fils aussi verront les triomphes de leurs pères , et ils se réjouiront dans le Seigneur, par le secours de qui ils ont remporté la victoire. Interrogeons l’histoire , alors que Juda et Israèl combattirent ensemble contre les Grecs, ou à l’époque qu’Ephraïm re¬ tourna de la captivité d’Assyrie, quand, d’après Ezéchiel , xix, deux branches , c’est-à-dire Juda et Ephraim, se joignirent ensemble et ne for¬ mèrent plus qu’un seul bâton. Voici, selon la tropologie, l’interprétation qu’on peut en faire. Lorsque le Seigneur tout puissant aura visité la maison de Juda , qui est son troupeau , alors sera mis en désordre la cavalerie (de ses enne¬ mis) dont il est écrit : « Chantons (des hymnes) au Seigneur; parce qu’il a fait éclater sa gran¬ deur et sa gloire , et qu’il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier. » Exod. xv, 1. La voix du Psalmiste aussi- dit à leur sujet : « Votre voix menaçante, ô Dieu de Jacob, a frappé d’un profond assoupissement ces hommes qui étaient bellante, superarit, tune oinnis equitatus Græciæ cor- ruet, et domus Juda, et dowus Israël (eam enim vocat domum Joseph, id est, deceui tribuum) pari- ter salvabuntur, et convertam eos de captivitate in qua fuerant, et erunt sicut eo tempore, quando non projeceram eos : ego enim sum Dominus Deus eorum, qui illos exaudiam deprecantes. Et Ephraim qui nunc captivi detinentur, postea laxabuntur, et in tantum venient gaudii, ut eos vino madidos arbitreris. Filii quoque eorum cernent patrum triumphos, et in Do¬ mino lætabuntur, quo præbente, victoriam consecuti sunt. Quæramus historiam quando Judas et Israël adversum Græcos pariter dimicarint, vel quo tem¬ pore Epliraim de captivitate Assyria sit reversus, quando, juxta Ezechielem (cap. xix), duæ virgæ, id est, Judas et Ephraim, sibi junctæ sint, et in uuum baculum copulatæ. Quod juxta tropologiam sic expla- nari potest. Quando visitaverit Dominus omnipotens gregem suum domum Juda, tune confundentur ascen- sores equorum, de quibus scriptum est : « Cantemus Domino, gloriose enim magnificatus est, equum et ascensorem projecil in mare.» ( Exod . xvi). De quibus etiam Psulmistæ voce cantatur : « àb increpatione montés sur des chevaux. # Psalm. lxxv, 7. Le chœur des Saints chante à l’envi : « Ceux-ci (se confient) dans leurs chariots, et ceux-ci dans leurs chevaux, mais pour nous nous aurons re¬ cours à l’invocation du nom de notre Dieu; eux se sont trouvés liés , et ils sont tombés, au lieu que nous nous sommes relevés , et nous avons été redressés. » Psalm. xix , 8, 9. C’est .dans ce genre de cavalerie que se confiait le roi d'Egypte, lequel tomba au fond de la mer comme du plomb et y fut submergé ; Eococl. xv ; et il apprit par son exemple combien sont vraies ces pa¬ roles : « Le cheval trompe celai qui en attend son salut. » Psalm. xxxu , 17. Nous avons fait plus haut l’application de ces chars et de ces chariots à quatre sortes de perturbations : si ces chars ne sont pas dirigés parles rênes d’un bon conducteur, ils vont se jeter dans les précipices. Tel était ce conducteur au sujet duquel Elisée s’écriait : « Mon père, mon père, vous qui êtes le char d’Israël et son conducteur. » IV Reg. ir, 12. C’est alors que Dieu dit qu’il fortifie la mai¬ son de Juda et la maison dé Joseph , de telle sorte que ceux qui s’étaient séparés (de leurs frères), sous le règne de Jéroboam, III Reg. xn, 16, s’unissent sous l’empire du Christ, et il n’y a plus qu’un seul pasteur et qu’un seul trou¬ peau. Car Juda et Joseph ne font entendre, sous divers noms, que le Sauveur, parce que si Jo¬ seph distribua en Egypte le blé aux peuples tourmentés de la famine , le Seigneur de son côté rassasia par sa présence la faim du monde. tua, Deus Jacob, dormitaverunt quia ascenderunt equos. » Psal. lxxv, 7. Et sanctorum congeminat cho¬ rus : « Hi in curribus, et hi in equis : nos autem in nomine [al. nomen ] Dei nos.tri invocabimus ; ipsi obligati sunt, et ceciderunt; nos vero surreximus, et erecti sumus. » Psal. xix, 8, 9, In hoc equitatu confi- debatrex Ægyptius ; et præcipitatns in mare, quasi plumbuui submersus est in profundum, Exod. xv, et suo exemplo didicit verum esse quod scriptum est : « Fallax equus ad saltitem. » Psal . xxxu, 17. Hos cur- rus et quadrigas supra in quatuor perturbationibus interpretati sumus, qui nisi frenis boni regantur au- rigæ, ad præcipitia deferuntur. Alius est autem auriga, de quo loquitur Elisæus : « Pater, pater, currus Israël, et auriga ejus. » IV Reg. n, 12. Tune Deus domum Juda et domum Joseph confortare se dicit, ut qui, Jéroboam régnante, divisi sunt, III Reg. xn, 16, Christo imperante, socientur, et sit unus pastor et unus grex. Et Judas enim et Joseph diversis nominibus, ad unam Salvatoris conferuntur intelligentiam, quia et Joseph esurientibns in Ægypto populis frumenta lar- gitus est : Gen, xlii et seqq : et Dominus famen mundi sua saturavit præsentia. Et convertet eos, et misere- 396 SAINT JÉROME Et il les fera revenir, et il aura compassion d'eux , et ils seront comme ils étaient aupara¬ vant, avant qu'il les rejetât. Entendez tout cela des persécutions, lorsque toute espérance étant perdue, le Seigneur exauça ses serviteurs. Et ils seront comme les vaillants hommes d’Ephraïm, qui, d'abord débiles et faibles, étaient ensuite forts et dignes de leur nom , car Ephraïm est interprété abondance. Et leur cœur se réjouira (comme) lorsqu'ils auront bu du vin qui a été exprimé de la vigne de Sorec. Leurs fils aussi, auxquels l'apôtre Paul dit: « Mes petits enfants, pour qui je sens de nouveau les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous;» Galat. îv, 19; et Pierre, leprinee des Apôtres: «Evitez, dit-il, comme des enfants obéissants, de devenir semblables à ce que vous étiez autrefois. » I Petr. i, 14. Leurs fis, (dis-je), auxquels dans un psaume sont adressées ces paroles : « Venez, mes enfants, écoutez-moi, je vous'enseignerai la crainte du Seigneur, » Psalm. xxxiii, 12, ces fis seront dans des transports de joie et d'allégresse, et leur cœur se réjouira dans le Seigneur. « Je les rassemblerai (comme le pâtre) en sif¬ flant rassemble son troupeau , parce que je les ai rachetés, et je les multiplierai comme ils étaient multipliés auparavant. Je les répandrai parmi les peuples; ils se souviendront de moi dans les lieux les plus éloignés. Ils vivront avec leurs fils et ils retourneront (dans leur pays.) Je les ferai revenir de l'Egypte ; je les rassem¬ blerai de l'Assyrie. Je les ramènerai dans la bitur eorum : et sic erunt unum sicut fuérunt, ante- quam projiceret eos. Hæc universa in persecutioni- bus accipe, qunndo, desperatis omnibus, exaudivit servos suos Dominus. Et erunt quasi fortes Epbraim, qui primum debiles et infirmi, postea fortes erant, et suo nomme digni : « Epbraim » enim interpréta- tur « ubertas. » Et lætabitur cor eorum, cum biberint vinum, quod expressum est de vinea Sorec. Filii quoque eorum quibus Paulus apostolus loquitur : « Filioli mei, quos rursurn parturio donec Christus formetur in vobis. » Galat. iv, 19. Et Petrus princeps apostolorum : « Sicut filii, » ait, « obedientiæ, non conformati juxta priorem conversationem. » I Petr. 1, 14. Et in Psalmo legimus : « Venite, filii, audite me, timorem Domini docebo vos.» Psal. xxxiii,12. Isti igitur filii exsultabunt et lætabuntur, et cor eorum gaudebit in Domino. « Sibilabo eis, et congregabo illos quia redemi eos, et multiplicabo eos sicut ante fuerant multiplicati. Et seminabo eos in populis, et de longe recordabun- tur mei, et vivent cum filiis suis, et revertentur. Et reducam eos de terra Ægypti, de Assyriis congregabo terre de Galaad et du Liban, en si grand nom¬ bre qu’ils ne trouveront pas assez de place pour se loger.» Ibid. 8 et seq. Les Septante : «Je leur donnerai le signal, et je les prendrai sous ma protection , parce que je les rachèterai et je les multiplierai en aussi grand nombre qu’ils étaient auparavant. Je les répandrai parmi les peuples, et ceux qui étaient de loin se souviendront de moi. Ils nourriront leurs enfants et ils retourne¬ ront (dans leur pays). Je les ferai revenir de la terre d’Égypte; jeles rassemblerai de l’Assyrie. Je les ferai entrer dans le pays de Galaad et du Liban, et aucun d’eux ne manquera. » Il a donné (à son peuple) le signal pour se rassembler; ce qui a eu lieu sous les Macédoniens, ou bien cela arrivera àlafin du monde, comme nous l'avons dit auparavant. Ils entendront mon coup de sifflet, (dit le Seigneur), afin que par mon siffle¬ ment je les rassemble, et que je leur apprenne que je suis pasteur. Car c'est moi qui les ai ra¬ chetés et qui les ai délivrés de la captivité , en déployant la force de mon bras; je les multi¬ plierai en aussi grand nombre qu'auparavant, de sorte que leur dispersion parmi les peuples ne semblera pas une division, mais l’opération d'une semence qui, ayant produit une moisson abondante d'enfants et de petits-fils, les fera vivre avec leurs enfants; et ils retourneront, non-seulement de la terre d’Egypte, mais encore de l'Assyrie ; et ils reviendront de l'une et de l’autre partie de l’imivers dans la Judée et dans la terre de Galaad et du Liban, que possédaient auparavant les dix tribus désignées sous le nom eos, et ad terrain Galaad et Libani adducam eos, e non invenietur eis locus.» Ibid. 8 et seqq. LXX:«Si- gnificabo eis, ctsuscipiam illos, quiaredimam eos, et multiplicabuntur sicut erant plurimi, et sem’inabo eos in populis, et qui erant de longe recordabuntur mei. Nutrient filios suos et convertentur, et conver- tam eos de terra Ægypti, et de Assyriis suscipiam illos, et inGalaaditin et in Libanum introducam eos, etnullus ex eis deerit. » Signum congregationis suæ, vel sub Macedonibus, vel in consumatione mundi, ut prius diximus, meum, inquit, babebunt sibilum, ut ex sibilo meo illos congregem, et me doceam esse pastorem. Ego enim redemi eos, et liberavi eos de captivitate, extenso brachio ; et ego eos multiplicabo, qui ante multiplicaveram, ut dispersio in populis non videatur esse divisio, sed sementis operatio, etlibe- rorum ac nepotum segete multiplicata, vivant cum filiis suis : et revertantur non solum de terra Ægypti, sed et de Assyriis, et ex utraque orbis parte redeant ad Judæam, et ad terrain Galaad et Libani, quam prius decem possidebant tribus, quæ appellantur domus Joseph et Ephraim : et tantus erit numerus COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. 397 de maison de Joseph et d’Ephraïra : et ils re¬ tourneront (de la captivité) en si grand nombre que le pays ne pourra contenir leur multitude. Selon le sens mystique , le Seigneur donne par un coup de sifflet le signal â ceux qui aupara¬ vant étaient dans la captivité de leurs péchés, et il leur dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes dans la souffrance et qui êtes chargés , et vous trouverez le repos pour vos âmes. Prenez mon joug sur vous , et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, car mon joug est doux et mon fardeau léger. » Matth . xi , 28 et seq. QiTy a-t-il de plus clément que ce signal et ce coup de sifflet par lequel est rassemblé le peuple dispersé ? Or, il est rassemblé parce que ce n'a pas été par des choses corruptibles, comme l'or gt l'argent, que le Seigneur l'a ra¬ cheté de sa manière de vivre toute remplie de vanité , mais par le précieux sang de Jésus- christ) , comme de l’agneau immaculé. I Petr. 1 . C'est pourquoi il est dit dans un psaume : « Délivrez-moi de ceux qui m’environnent, (ô Dieu), qui êtes toute ma joie. » Psalw . xxxi, 7. Et encore : « Vous m'avez racheté , Seigneur, Dieu de vérité. » Psalm. xxx , 6. Et il les multi¬ pliera en aussi grand nombre qu’ auparavant, afin que soit accomplie la promesse qu’il fit à Abraham (en disant) : « Je le multiplierai et je le bénirai, et il sera béni, afin qu'il devienne le père d'un grand nombre de nations. » Gen . xvn, 16. Mais nous ne devons pas regarder comme enfants d’Àbraham ceux à qui le Sei- reductorum, ut multitudinem terra non capiat. Se- cundura. àvaywyrjv siguificat Dominus et sibilat liis qui peccatis fuerant ante captivi, et loquitur ad eos : « Venite ad me ornnes, qui Laboratis, et onerati estis, et invenientis requiem, animabus vestris. Toi I i te jugum meum super vos. et discite a me quia mansne- tus sum et. humilis corde : jugum enim meum suave, et omis meum leve est. » Matt. xi, 29, 39. Quid hac significations sibiloque clementius, quo dispersus populus cougregatur ? Congregantur autem, quia Dominus redemit eos : non corruptibilibus argento et auro, ex vana sua conversatione ; sed pretioso sanguine, quasi agni immaculati Domini Jesu. I Petr. i. Unde loquitur in Psalmo : « Exsultatio mea, erue me a circumdantibus me. » Psal. xxxi, 7. Et iterum : « Itedemisti me, Domine, Deus veritatis. » Psal. xxx, G. Et multiplicabit [al multiplicabo J eos sien* fnevant antea multiplicati, ut implerctur illud quod promissum est Abrabæ : « Multiplicabo eum, et bene- dicam illi, et benedictus erit, ut fiat pater multarum gentium. » Gen. xvn, IG. Filios autem Abraham non eos debetnus accipere, quibus Dominus loquitur : « Si filii essetis Abraham, opéra patris vestri facere- gneur dit : « Si vous étiez les enfants d’ Abra¬ ham, vous feriez les œuvres de votre père. » Jocm. vin , 39. Isaïe rend témoignage de cette multiplication par un langage mystique, lors¬ qu’il dit : « Mille sortiront du moindre d’entre eux, et du petit, toute une grande nation. » Isa. lx, 22. Mais gardons-nous d’entendre dans un sens charnel la multiplication et la bénédiction des enfants : autrement Élie, Elisée, Jérémie et Jean-Baptiste (qui n’a pas eu de plus grand que lui parmi les enfants des hommes J, Matth. xi, auraient été privés de. cette bénédiction, mais entendons celle par laquelle les multitudes des nations sont appelées à la foi. Enfin, suivent (ces paroles) : « Je les répandrai parmi les peu¬ ples , ils se souviendront de moi dans les lieux les plus éloignés. » Us se sont répandus parmi les peuples ceux qui ont entendu cette parole du Seigneur : « Allez , enseignez toutes les na¬ tions. » Matth. xxvru, 19. Et dans un autre en¬ droit: « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis, et je vous ai éta¬ blis, afin que vous marchiez, que vous rappor¬ tiez du fruit, et que votre fruit demeure tou¬ jours. » Joan. xv, 16. Lorsque les Apôtres se seront répandus parmi les peuples, les nations et les peuples éloignés se souviendront de moi. C’est à ce sens que se rapporte ce que dit le prophète -roi : « Tous les peuples , jusqu’aux extrémités de la terre , se souviendront du Sei¬ gneur et se convertiront à lui ; et toutes les familles des nations seront dans l’adoration en tis, » Joan. vm, 39, sed illos de quibus Apostolus ait: « Quotquot ex fide sunt, fiJii sunt Abraham. » Galat. in, 7. De bac multiplicatione Isaias mystico sermone testatur, dicens : « Qui modicum est, erit in millibus ; et qui parvus, erit in gentem magnatn. » Isa. rx, 22. Multiplicalionem autem et benedictionem liberorum non accipiamus carnaliter : alioquin Elias et Elisæus eL Jeremias et Baptista Joannes, quo major inter na- tos mulierum non fuit, Matth. xi, hac benedictione carnerunt, sed illam qua vocantur ad fidem multitu- dines nationum. Denique sequitnr : « Seminabo eos in populis, et de longe recordabuntur mei.» Seminati sunt in populis, qui Domini audiere sermonem : « Euntes, docete omnes gentes. » Matth. xxvm, 19. Et in alio loco : « Non vos me elegisti, sed ego eligi vos, et posui vos ut eatis, et fructum afferatis, et fructus vester maneat in æternum. » Joan. xv, IG. Cuuique apostoli fucrint in populis seminati, gentes et populi longo positi recordabuntur mei, illo pro- photico huic sententiæ congruente : « Reminiscentur et convertentur ad Dominum universi fines terra. Et adorabunt in conspectu ejus univers® familiæ gen¬ tium. Quoniam Domini est reguum, et ipse domina- 398 SAINT JÉROME sa présence. Car c'est au Seigneur qu’appartient la souveraineté , et il exercera lui-même sa do¬ mination sur les peuples. » Psalm. xxi, 28, 29. Et ceci ; « Ils se souviendront de moi dans des lieux éloignés, » est semblable à ces paroles de Jérémie: « Vous qui êtes dans un pays éloigné, souvenez-vous du Seigneur , et que Jérusalem soit la préoccupation de votre cœur. » Jerem. li, hO. Toute la multitude des nations était dans un pays éloigné , mais elle se souvint de Dieu , parce que nous sommes tous engendrés d’un seul père. Quand les Apôtres se seront répandus parmi toutes les nations, et que celles-ci, quoique éloignées, se seront souvenues de Dieu, elles vivront avec leurs fils , de telle sorte que ceux qui auparavant étaient morts par l'infidélité, commenceront à vivre par la foi. Voilà les en¬ fants que- Paul a nourris dans l’Évangile, et à qui il dit en écrivant aux Corinthiens : « Je vous ai nourris de lait. » I Cor. m, 2. Et Pierre écri¬ vant aux fidèles, dispersés (dans divers pays) et qui étaient nés de nouveau par le baptême : Vous n'avez pas été engendrés, leur dit-il, d’une semence coiruptiblc, mais incorruptible, par la parole du Dieu vivant et permanent; désirez donc ardemment, comme des enfants nouvelle¬ ment nés, le lait spirituel, afin qu’il vous fasse croître pour le salut. I Petr. n. C’est à ces en¬ fants encore que l’évangéliste Jean écrivait : « Mes petits enfants , gardez-vous des idoles. » Joan. v, 21. Et je les ferai revenir, dit-il, de la terre d’Égypte, et je les rassemblerai de l’Assy¬ rie. De la terre d’Égypte , dans laquelle com¬ bina’ geutium. » PsaL xxi, 28, 29. Qu o cl que dicitur : « De longe recordabunLiir mei, « illi simile est : « Qui longe esti recordamini Domini, et Jérusalem ascen- dat super cor vestrum. » Jerem. u, 50. Longe fuit omnis geutium multitudo ; sed recordata est Dei, quia ex uno omnes parente generamur. Cumque apostolis in cunctis gentibus seminatis, gentes longe positæ Dei fueriut recordatæ, vivent cum filiis suis, ut cf ni prius infidelitate mortui erant, fuie vivere inci- piaut. Isti sunt tïlifquos Paulus nutrivit in Evange- lio, scribens ad Corinthios : «Lac vobis potum dedi.» 1 Cor. ni, 2. Et Petrus in dispersione scribit fidelibus, qui renati erant : Non ex semine corruptibili, sed incorruptibili, per sermonem vivenlis Dei, et perma¬ nente . sicut modo generati purvuli, ut rationabile lac concupiscere et in ipso crescerent in salutem. I Petr . i. Ad bos filios scribebat et evangelista Joan- ues : « Filioli custodite vos ab idolis. « I Joan. v, 21. Et reducam, inquit, eos de terra Ægypti, et de Assy- riis congregabo cos. De terra Ægypti, in qua impe- rabat rex Pharaofqui quondam gloriabundus aiebat: mandait le roi Pharaon, qui, enflé d’orgueil, disait un jour : « Les fleuves sont à moi, et c’est moi-même qui les ai faits. » Ezeck. xxix, 3. Et de la terre d’Assur, qui était au pouvoir de ce roi d’Assyrie, de cet homme orgueilleux et superbe, qui disait lui aussi : « Je placerai mon trône au dessus des astres du ciel, et je serai semblable au Très-Haut. » Isa. xiv, 14. Lors donc que le Seigneur aura rassemblé les nations du milieu des ténèbres de l’Egypte, et de la tribulation du monde et de la puissance de l’Assyrien, lequel est interprété « qui blâme » et « qui convainc, » car il est ennemi et vengeur, il les fera entrer dans la terre de Galaad et du Liban. Galaad si¬ gnifie en notre langue « témoignage de trans¬ migration, » (ce qui a lieu) lorsque nous passons des choses charnelles aux spirituelles, et que de la partie nous arrivons au tout ; lorsque nous abandonnons les biens de la terre pour entrer en possession de ceux du ciel. Mais « Liban » est interprété Xsuxaaaôç, ce qui veut dire « ren¬ dre blanc. » Nous sommes donc, retirés des ténèbres de l’Égypte, afin qif après avoir quitté ce monde et nous en être éloignés, nous soyions blanchis dans le Seigneur, et qu’il soit dit de nous: «Quelle est celle-ci qui s'élève toute blan¬ che?» Cant. vi, 9. D’autres, profitant de l'ambi¬ guité de la langue , qui donne au mot Liban la signification de montagne de Phénicie et d'en¬ cens, interprètent présentement Liban par « en¬ cens,» et ils pensent que (ce mot) encens signifie Dieu, afin que lorsque nous serons passés de la terre au ciel, soit accomplie en nous cette prière « Mea sunt numina, et ego feci ea. » Ezech. xxix, 3. Et de Lerra Assur, quam tenebat rex Àssyrius, sensus , magnus, qui etipsedicebat : « Super sidéra cœli ponam thronum ineunq et'ero similis Altissimo.» Jsa.x iv, 14, Cum autem de tenebris Ægypti, et de tribulationc rnundi, et de potestate Assyrii, qui iuterpretatur « arguens » atque « couvinceus » (ipse est enim ini- rniciis etultor), nationes Dominus congregarit, iudu- cet eos iu terram Galaad ctLibaui. « Galaad » in liu- guam nostram vertitur, « testimoninm trausmigra- ' tiouis,*) quando de carualibus transimus ad spiritua- lia, de parte veuimus ad lotum : terrena reliuqui- îrius. et ad cœlestia transmigramus : « Libanns » autem interpretatur Xeu/.aajj.oç, id est, « dealbatio. » Adducimur itaque de tenebris Ægypti, ut postquairt transierimus et migraverimus a muudo, dealbemur iu Domino, et dicatur de nobis : « Quæ est ista qua: ascendit dealbata. » Cant. vi, 9? AHi juxta Græei ser- monis ambiguitatem, qua et mous Phœuicis et Unis Liban us dicitur, iiunc Libauum « tlms » interpréta u- tur, et ex Ih ure significari putant Deum, ut postquqm COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 399 du Sauveur : « Mon Père, donnez-leur d’être un en nous, comme vous et moi nous sommes un. » Joan . xYii, 22. C’est pour cela que l’épouse dit à l’Epoux dans le Çantique (des cantiques) : « L’odeur de vos vêtements est comme l’odeur du Liban. » Cant. iy, \\. Lorsqu’il nous aura fait entrer dans le pays de Galaad et du Liban, le lieu ne sera pas capable de nous contenir, car nous serions trop à l’étroit dans l’étendue de celte terre, mais il nous (faudra) jouir de l’immensité des cieux. « Et (Israël) passera par le détroit de la mer, le Seigneur en frappera les flots. Les fleuves seront desséchés jusqu’au fond de leurs eaux. L/orgueil d’Àssur sera humilié, et le Seigneur fera cesser la domination de l’Egypte. Je rendrai forts dans le Seigneur les enfants d’Israël, et ils marcheront en son nom, dit le Seigneur.» Ibid, il , 12. Les Septante : « Et ils passeront par le détroit de la mer; le Seigneur en frappera les flots ; les fleuves seront desséchés jusqu’au fond de leurs eaux. Le Seigneur mettra fin à toutes les injustices des Assyriens et fera cesser la do¬ mination de l’Egypte. Et je les rendrai forts dans le Seigneur leur Dieu , et ils se glorifieront en mon nom , dit le Seigneur. » Les Hébreux ra¬ content que les Assyriens et les Chaldéens trans¬ portèrent le peuple juif en captivité, non seule¬ ment dans la Médie et la Perse, mais encore dans le Bosphore et dans les contrées septen¬ trionales , et que dans la suite les Hébreux en dû terra trausierimus ad cœlirni, impleatur in nobis oratio Salvatoris : « Pater, da eis ut sint iu uohis unum, sicut ego et tu unum suinus. » Joan . xvn, 22. Unde et sponsa in Cantico dicitad sponsum : « Odor veslimentorum tuoruin, sicut odor Libani. » Cant. iv, H. Curnque indexent nos in terram Galaad et Libani, non in venietur nobis locus, utnequaquam terræ strin- gamur augustiis; sed cœlorum latitudine [al. altitu- dine ] perfruamur. « Et transibit in maris freto, et percutiet in mari flnetus : et confuudentnr omnia profunda fluminis : et bumiliabitur superbia Assur, et sceptrum Ægypti recedet. Confortabo eOs in Domino : et in nomineejus ambulabunt, dicit Domiuus. » Ibid. M et 12. LXX : « Et pertrausibunt in mari, angusto : et percutient in mari fluctus, et siccabuntur omnia profunda flu- vioruin : et aufereturuniversa injuria Assyriorum, et sceptrum Ægypti tolletur. Et confortabo eos in Do¬ mino Deo suo, et in nomme ejus gloriabuntur, dicit Dominas.» Narrant Hebræi captivum populum Judæo- rnm, non solum in Medos et Persas, sed in Bospho- rum quoque et scptentrioualem plagam ab Assyriis atque Cbaldæis esse translatum, etpostea eos ex parte revocatos, Dei eos ad se conversente clementia ; et furent ramenés en partie , la colère de Dieu s’étant (apaisée) et ayant fait place à leur égard à la clémence, et que c'est ce qui est exprimé maintenant par ccs mots : « Ils passeront par le détroit de la mer, » c'est-à-dire qu'ils traver¬ seront le défilé de la Propontide qui sépare par un bras de mer de peu de longueur Chalcédoine de l'ancienne Bysance. Et le Seigneur (dit le prophète), frappera les flots de la mer (en mar¬ chant devant son peuple) ; les fleuves seront desséchés jusqu’au fond de leurs eaux, comme cela arriva autrefois pour le Jourdain , Josite. ni, et lorsque les Israélites traversèrent la mer Rouge pour entrer dans le désert. Exod. xiv. Lorsqu’ils auront été délivrés de l’amertume profonde et des maux de la captivité, Assur sera humilié, et la domination que les Egyptiens exerçaient sur eux cessera. Ils seront rendus forts dans le Seigneur, ils marcheront en son nom dans la terre d’Israël, dit le Seigneur. Voilà ce que, suivant la tradition des Hébreux, nous avons exprimé aux hommes de notre langue, en rapportant à leurs auteurs la fidélité de leurs paroles. Au reste, quant à nous, qui portons le nom de chrétiens , nous abandonnons la lettre qui tue pour suivre l’esprit qui vivifie; bien plus, comparant entre elles les choses spirituelles, nous ne nous enquérons pas du Bosphore, ni, d’un autre côté, de la mer Rouge et du Jourdain desséchés jusqu’au fond de leurs eaux, mais de la clémence de Dieu envers ses serviteurs , le- hoc esse quod nunc dicitur : « Transibunt in mari angusto ; » Propontidis anguetias, quæ CboJcedo- nem, et quondam Byzautium brevi freto dividunt. Et percutiet, inquit, Dominus (vadens au te populum suum) maris fluctus, et confundeutur omnia pro¬ funda fluviorum, utolim factum est, Jordane siccatô. Josue m, et mare Rubrum transgressus est populus in deserto. Exod . xiv. Eumque fuerit de captivitatis profundo et malorum amaritudine liberatus, humi- liabitnr Assur, et Ægypti imperium recedet ab cis. Et coufortabuutur in Domino, et in nomme illias ambulabunt in terra Israël, dicit Dominus. Hæc ut ab Hebræis nobis trndita sunt, nostrœ linguæ homi- nibns expressimus, fidem dictomm ad eos a quibus sunt dicta referentes. Cœterum nos qui Christi cen- semurnominc, occidentem relinqnimus litteram, et sequimur spiritnm vivificantem, imo spiritualin spj- rituolibus comparantes, non Bosphorum et siccitatem rursum maris et arenlia fluenta Jordanis, quæ fahu- larum simili a sunt, sed dignam in servos su os Dei clementiam quærimus, quo præeunte, et nobis ape- riéntc viam, transi mus maris fretum, sive angustum. mare, quod peccatoribuslatissiiimmcst : «Lata enim et spatiosa via quæ ducit ad mortëm : arcta et 400 SAINT JEROME quel marchant au devant et nous ouvrant la voie, nous fait traverser le détroit de la mer, ou la mer étroite, quoiqu’elle soit très large pour les pécheurs : a car le chemin qui conduit à la mort est large et spacieux, au lieu que celui qui mène à la vie est étroit et resserré. » Matth. vu, 13,14. Nous lisons aussi dans les psaumes, au sujet de cette mer: « Ceux qui descendent sur la mer dans des navires , et qui travaillent au milieu des grandes eaux, ont vu les œuvres du Sei¬ gneur et scs merveilles dans la profondeur des abîmes. » Psalm . evi, 23, 24. C/est dans cette mer du siècle } où le nombre des saints est à l'étroit et au milieu des tribulations , que sont descendus les Apôtres , et le Seigneur, le pre¬ mier, pour nous délivrer des flots amers. Marc. îv. C’est dans cette mer qu’a été jeté le filet de l’Evangile, Matth. xiu, filet (mystérieux) , dont les témoignages des Ecritures forment le tissu ; il a été jeté pour retirer des gouffres de ce monde, où iis étaient ensevelis, un grand nom¬ bre de poissons, et les amener sur le rivage de la liberté , afin qu’ils puissent chanter les louanges de Dieu. Voilà ceux qui sont descen¬ dus sur la mer et qui travaillent beaucoup dans les barques des Eglises , et qui voient les mer¬ veilles de Dieu da.ns la profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu , et dans l'Esprit saint qui pénètre tout, et même ce qu’il 3' a de profond en Dieu. C’est à eux que le Sei¬ gneur dit : « Venez après moi , et je ferai de vous des pécheurs d'hommes. » Matth. iv, 49. uugusta quæ ducit ad vitam, » Matth. vu, 13, 14. De hoc mari et in Psalmis legimus : « Qui descendant in marenavihus, facientesoperationem inaquis mul- tis, ipsi viderunt opéra Domini, et mirabilia ejus in profundo.» Psal . evi, 23, 24. In hoc marc sæculi, in quo sanctorum munerus coarctatur, etin tribulatione positus est, descenderunt apostoli, et primus Domi¬ nos, Marc, iv, ut nos de amaris ftuctibus liberaret. In hoc?mare sagena Evangelii mittitur, Matth. xiu, quæ testimoniis texta est Scripturarum, ut pisces multos et obrutos mundi hujus gurgitibus, in auram extra- hat liberam, ut possint laudes Deo cancre. Hi sunt qui descenderunt in mare, et in Ecclesiarum navibus faciunt opéra multa, et Dei cernunt mirabilia in pro¬ fundo divitiarum sapientiæ et scientiæ ejus ; et in Spiritu sancto qui scrutatur etiam altaDef ICor.u, quibus Dominus loquitur: « Venite post me, et faciarn vos piscatores hominum. » Matth. îv, 19. De bis pis- catoribus qui dcscendunt in mare, et sunt in navi¬ bus, Isaias qnoque vaticinatur : « Volabunt in navi- bcs alienigenarum, et mare pariter deproedabuntur.» Isa. xi, 14. In ecclesiis enim de numéro gentium Isaïe aussi prophétise touchant ces pécheurs qui descendent dans la mer et sont dans des barques, (lorsqu’il dit) : « Ils voleront (sur la mer), montés sur des navires étrangers, et ils infesteront la mer. » Isa. xi , 14. Les Apôtres, en effet, ont voltigé dans les Eglises formées par les nations de tout l’univers , afin d’infester la mer et d’enlever les dépouilles du dragon qui régnait sur la mer et dont il est écrit : « Dans cette mer si grande et d’une si vaste étendue se trouvent des poissons innombrables; de grands et de petits animaux. C’est là que les navires passeront ; là se promène ce dragon que vous avez formé, (Seigneur), pour s’y jouer. » Psalm. cm, 25, 26. La mer est grande et spacieuse pour les petits et pour les grands animaux qui vivent avec le dragon et qui sont innombrables. Quant à ceux qui sont sim la mer, et qui, montés sur des vaisseaux , volent dans la mer même , on leur dira comme au Sauveur : « Vous maîtrisez la puissance de la mer , et vous apaisez le mouvement de ses flots. » Psalm. lxxxyiii , 10. Et lorsqu’ils auront passé le détroit de la mer, et qu’ils auront foulé ses flots sous leurs pieds, sera desséché jusqu’au fond de ses eaux ce fleuve dont il est écrit : « Il a changé la mer en une terre sèche et l’on passera le fleuve à pied sec, » Psatm. lxv, 6, afin que soit humiliée l’ini¬ quité ou la fierté d'Assur, et que cesse la domi¬ nation de l’Égypte sur les Saints et les croyants; et que ceux qui auront ôté délivrés soient rendus forts dans le Seigneur et disent : « Le Seigneur congregatis, toto apostoli orbe volitaruut, ut depræ- darentur mare, etdraconis spolia tollerent, qui regna- bat in mari, et de quo scriptum est : « Iloc mare magnum et spatiosum manibus : illic reptilia, quo" rum non est numerus: animalia pusilla cummaguis, illic naves pertransibuiit : draco iste quem formasti ad illudendum ei. » Psalm. cm, 25, 26. Latum et spa¬ tiosum mare est parvis et magnis animantibus, quæ cum dracone versantnr, et quorum non estnumerus. Qni autem super mare sunt, et in ipso mari voûtant in navibus, audient cum Salvatorc : « Tu dominaris potestati maris : motnm fluctuum ejus tu mitigas. » Psal Exxxvm, 10. Cumquc transierint in maris freto, etfluctus ejus sno conculcaverint pede, confunden- tur omnia profunda ftuminis, de quo scriptum est : « Qui convertit mare in aridam, in flumine pertran- sibunt pede » Psal. lxv, 6, ut lmmilietur injuria sive su p erbia Assur, et Ægyplia sanctis atque credentibus vecedat imperium, et qui liberati sunt, confoi tentur in Domino, et dicant : « Eortitudo mea, et laudatio mea, Dominus. « Psal. cxvn, 14. Et iterum : « Dili- gam te. Domine, fortitudomea. » Psal. xvu, 2. Et cum COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 401 est ma force et le sujet de mes louanges. » Psalm. clyii , 14. Et encore : « Je vous aimerai, Sei¬ gneur, vous qui êtes ma force. » Psalm. xvir, 2. Et avec Jérémie : « Seigneur, mon Dieu, qui êtes ma force, mon secours et mon refuge. » Jérem. xvi , 19. C'est aussi ce qui faisait dire à l'Apôtre, en qui le Christ parlait: «Je peux tout en celui qui me fortifie. » Philipp. îv, 13. Et non seulement ils seront fortifiés dans le Seigneur, mais encore ils se glorifieront en lui et diront : « Pour moi, A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme moi je suis crucifié pour le monde.» Galat. vi, 14. Et : « Que celui qui se glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. » I Cor. 31. Et dans un autre endroit : « Que le sage ne se glorifie pas dans sa sagesse ; que le fort ne sc glorifie point dans sa force, ni le riche dans ses richesses. Mais que celui qui se glorifie, se glo¬ rifie de comprendre et de connaître le Seigneur, et d’exercer la miséricorde et la justice au mi¬ lieu de la terre. » Jerem. îx, 23, 24. Mais parce qu’il est écrit dans l’hébreu : « Et ils marcheront en mon nom, » par ces paroles, il faut entendre que les chrétiens marchent au nom du Christ, et que leur nom nouveau est écrit sur de petites pierres, et que, sous les auspices augustes d’un si grand nom, ils marchent avec le Seigneur, comme fit Enoch, que Dieu, A qui il fut agréable, enleva. VJ Le frère Sisinnius me presse tellement de lui livrer un écrit imparfait, qu'il ne m’est pas donné non seulement d’y mettre la dernière main , mais encore de de corriger, et même de le relire. Lui a hâte de faire son ouvrage, et nous nous faisons moins dans le nôtre, tandis que l’érudition fait d’inutiles efforts, et qu’il ne nous est pas permis d’exprimer dans un style poli et orné toutes les conceptions de notre esprit. Recevez donc ces livres, grossièrement ébauchés;., n’en faites pas tomber la faute sur moi, mais prenez vous-en au zèle du porteur , qui a hâte Jeremia : « Fortitudo mea, et auxilium îneum, et re- fugium meum, Domine Deus meus. » Jerem. xvi, 19. Unde et Apostolus, in quo Christus loquebatur, aie- bat : « Omnia possum in eo qui me confortât. » Philipp. iv, 13. Et non solum confortabuntur in Do¬ mino, sed et gloriabuntur in eo et dicent : « Mihi autem absit gloriari, nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi, per quem mihi mundus crucifixus est, et ego inundo. » Galat. vi, 14. Et : « Qui gloriatur, in Do¬ mino gîorietnr.»I Cor. i, 31. Et in alio loco : «Non glorietur sapiens in sapientia sua, neque fortis in for- titudine sua, neque dives in divitiis suis ; sed in hoc glorietur qui gloriatur, intelligere et scire Dominum, et facere misericordiam et judicium in medio terræ.» Jerem. ix, 23, 24. Verum quia in Hebraico scriptum est : « Et in nomme ejus ambulabunt. » sic intelli- gendum est, quod in nomine Christi ambulent Chris- tiani, et scribatur in calculis eorum nomen novum, et sub tanti nominis dignitate ambulent cnm Domino, sicut ambulavit Enoch, et placuil Deo, et translatus est. Gen. v. d’aller distribuer aux saints votre argent, et qui ne souffre pas que nous comptions celui que nous vous destinons. Car quelque élégant et cultivé que soit l’esprit, et quelque facilité qu’on ait acquise par une longue pratique, néan¬ moins, si le discours n’a été poli et retouché avec soin par la main de fauteur, il se res¬ sent des défauts qui le déparent et qui pro¬ viennent de la négligence ; ou il est énervé par la redondance d’un style trop fleuri, ou bien peu coulant par le choc des voyelles , ou dur par l’emploi des consonnes. C’est LIBER TERÏIUS. Urget me frater Sisinnius incompta et impolitn tnmsraittere, ut non dicam emendandi, sed ne rele- gendi qnidem habearn faeultatem. Ulo festinat in opus suurn, nos in nostro opéré minus facimus, dum eruditio incassum vertitur ; etquidquid sensu conci- pimus, composito non licet ornare sermone. Rudes igitur, non mea cuîpa, sed studio portitoris suscipe libros ; dum ipse tua festinat sanctis œra dividere, et nos non patitur nostra tibi æra numerare. Quam- vis enim elegans sit exercitatumque ingenium, et longo ueus trita carrât oratio ; tamen nisi auctoris manu curata fuerit etpolita, redolet sordes negligen- tiæ, et vel nimio verborum flore luxnriat, vel biulca vocabulis fît, vel aspera consonantibus. Unde et de Yirgilio tradition est, quod libros suos quasi urso- rum fétus lingua composuerit, et lambendo fecerit esse meliores, qui durarent in inemoriam sempiter- nam, et necesBitatem me tri libéra oratione comple- (;>6 TOME IX, 402 SAliNT JEROME pour cela aussi que l'on dit que lorsque Virgile composait ses ouvrages, pour les rendre meil¬ leurs, il les léchait (en quelque) sorte avec sa langue, imitant en cela la conduite des ours qui font de même, pour leurs petits. Il voulait ainsi les rendre dignes d’arriver à la postérité la plus réculée, et compenser par un langage facile les exigences de la versification. Nous passons (donc) au Liban, et aux deux houlettes et aux trois pasteurs, qui furent tués en un seul mois, et aux trente pièces d’argent dont fut acheté le champ d’un potier pour la sépulture des étrangers, Matth. xxvn, et aux vases du pasteur insensé et au reste jusqu’à la fin du volume : tout cela (est une trame) ourdie de si grands mystères que nous avons besoin de la miséricorde de Dieu et de vos prières, pour que notre course ne soit retardée par aucuneerreur, et afin que cela ne soit une juste occasion de médisance pour les malveillants, qui pensent n’avoir de langue que pour déchirer le pro¬ chain, et chercher dans la rage des paroles une consolation pour le déplaisir amer que leur cause la perte de leur pudeur. « Ouvrez vos portes, 6 Liban, et que le feu dé¬ vore vos cèdres. Hurlez, sapins, parce que les cè¬ dres sont tombés ; ceux qui étaient si élevés ont été détruits. Hurlez, chênes de B as an, parce que le grand bois qui était si fort a été coupé.)) Ibid, c, xi, y, 1,2. Les Septante : « Ouvrez vos portes, Liban, et quele feu dévore vos cèdres. Que le pin- hurle, parce que les cèdres sont tombés ; les grands ont ôté détruits. Hurlez, chênes de Basan, parce que le bois qui était si rempli reut. Transimus ad Libunuin, ctad duas virgas, tres- que pastores, qui in uno mense succisi suut, et ad trigiuta argeuteos, de quibus emptus est ager figuli in sepulturam peregrinorum, Matth. xxvii, et ad stulti vasa pastoris, et cætera usque ad fmem volu- minis ; quæ tautis suut contexta mysteriis, ut mise- ricordia Dei et tuis indigeanius orationibus, ne cur¬ sus uoster aliquo præpediatur errore, et malevolis justa sit occasio detrahendi, qui ad hoc solum lin- gnashabere sc putant, ut proximos lacèrent, et duri- tiam f ronds attritæ verborura rabie consolentur. « Aperi, Liliane, portas tuas, et comedat [al. corne* det ] iguis cedros tuas. Ulula, abies, quia cecidit ce- drus ; quoniam magnifici vastati suut. Ululate, quer¬ cus Basau, quouiam suceisus est saltus munitus. » Ibid, c, xi, v. 1, 2. LXX : « Aperi, Libaue, portas tuas, et comedat ignis cedros tuas. Ululet pinus( quia cecidit, cedrus, quia optiinates coutriti suut. Ululate, quercus Basauitidis, quoniam depositus est saltus neuiorosus. » Perspicue Libauus, ad quem prophetalis sermo convertitur, diceris : « Aperi, Li- d’arbres a été abattu.)) Le Liban, vers lequel se tourne la parole du prophète, lorsqu’il dit: «Li¬ ban, ouvrez vos portes, » signifie manifestement le temple des Juifs qui a été restauré ou plutôt bâti par Zorobabel et dont est prédite la des¬ truction future parVespasien et Titus. Et comme le prophète avait appelé métaphoriquement le temple,' Liban, il se sert de la même figure pour le reste, en sorte que par cèdres, sapins, chênes de Basan et bois rempli d’arbres, il fait entendre les princes, les prêtres et le peuple des Juifs. Or, le Liban ouvre ses portes pour laisser en¬ trer l’armée romaine, et afin que le feu dévore ses cèdres, ou que tout soit dévasté par l'incen¬ die, ou que les chefs et les princes soient anéantis par l’impétuosité des ennemis. Les sa¬ pins hurlent, parce que le cèdre est tombé, (c’est-à-dire) que les prêtres et les princes gé¬ missent mutuellement sur les ravages dont iis sont les victimes. Et ce qu’il avait dit d’abord obscurément, il l’exprime maintenant d’une manière plus manifeste, (en disant :) «Que ceux qui étaient si élevés ont été détruits. » Je désire savoir quels sont les cèdres du Liban qui ont été brûlés ; quels sont les sapins auxquels on ordonne de hurler ; quel est ce pin qui a été abattu : « Ceux qui ôtaient si élevés, dit-il, ont été détruits. » Hurlez, chênes de Basan, c’est-à- dire de confusion et d’ignominie, parce que le grand bois si fortifié, appelé en hébreu besoh, ■Mi par les Septante « rempli d’arbres, » a été coupé ; parce que le temple, qu’on avait déplus en plus fortifié au point de le rendre impre¬ nable, et qui avait été construit par divers rois hane, portas tuas,» texnplum iutclligitur Judæoruin, quocl iastauratum, imo ædificatum a Zorobabel, ruv- surn a Vespasiano et Tito canitur subvertendum . Et quia Liban um, templum appcllaverat et in rcliquis servat translutionem, ut per cedros et abietes et quercus Basau saltumque nemorosum, priucipes ac sacerdotes et populum significet Judæo- rum. Aperit autem Libanus portas suas, ut Borna- nus iutret exereitus, et comedat ignis cedros ejus, ut vel incendio cuncta vastentur, vel hostili impetu du¬ ces ac principes consumantur. Ululant abietes, quia cecidit cedrus, mutuo sacerdotes et principes sua populatione lugentes. Quodque prius dixit obscure, nunc ponit manifestius, « quoniam magnifici vastali sunt. » Cupio scire quæ sint cedri Libani, quæ eom- bustæ sunt ; quæ abietes, quibus ululatus indicitur ; quæ pinus, quæ corruit: «Magnifici,» inquit, « vastati sunt. » Ululate, quercus Bazan, id est, confusionis et igiiQminiæ, quia saltus « munitissinnis, » qui He- braice dicitur uesor, et a LXX translatus est, « nemo- rosus, » excitus est; quia templum, quod inexpugna- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 403 et princes et plus tard par Hérode, fut pris d'assaut et détruit par les Romains. 11 en est qui, ne comprenantpas ce passage, font rapporter le Liban et les sapins et les pins et les chênes de Basan à des forces contraires, dont, sous le nom d’Àssur et de Pharaon, il a été dit dans Ézôchiel : « Considérez Assur : il était comme un cèdre sur le Liban ; ses branches étaient belles et touffues : il était fort haut, et son som¬ met se perdait dans les nues. Les pluies l’avaient nourri; un grand amas d’eau, l’arrosant, Pavait fait pousser en haut, » et le reste qui étant dit tant au sujet d’Assur que de Pharaon, se rap¬ porte, selon leur opinion, à des forces contraires, ou à tous ces hommes orgueilleux et à ces princes au sujet desquels nous lisons dans un psaume : « La voix du Seigneur qui brise les cèdres; et le Seigneur brisera les cèdres du Liban. » Psalm. xxvni, o. Et dans un autre en¬ droit : « Le jour du Seigneur des armées (va éclater) sur tous les supei'bes, sur les hautains et sur les insolents. » Isa. u, 12. Et un peu plus bas : « (11 va éclater) sur tous les grands et hauts cèdres du Liban, et sur les chênes do Basan. » Et ils affirment que. dans une prophétie il est dit de ce Liban : Le Liban sera ravagé avec ces hauts (cèdres.) Mais, pour nous, tenons- nous en à la première interprétation, attendu surtout que ce qui suit s’accorde (parfaitement) avec le sens (que nous lui avons donné.) « (J’entends) les voix lamentables des pas- bili creverat finuitate, et a dîversis regibus et prin- cipibus,ae postcaab Herode construetuni est.Romano oppugnante, deletum est. Hune locum quidam non intelligentes, Libanum et abietes et.pinos et quer- cus Basan, et saltum ncinorosum sive raunilum, ad con sfr arias referunt fortitudines de quibus e b in Eze- cliiele sub uomine Assur et Pharaonis dictum sit : « Ecce Assur cypressus in Libano, et bonus rarnis, et condensus umbraculo, et excelsus magnitudine, et in medio nubium factum estcacuméu ejus ; aqua nu- Irivit eum ; abyssus exaltavit ilium, » Ezech . xxxi, 3, 4, et cætera, quæ tam de Assur quam de Pharaone dieu d Lu r, vel ad -contrarias fortitudines, vel ad super- perbos quosque et principes dici arbitrautur, de qui¬ bus et in Psalmo legimus : « Yox Domini confringen- lia cedros, et confringct Domines cedros Libani. » Psol. xxvni, 5: Et in alio loco : « Dies Domini Sa- baoth super omnem contumeliosum et superbnni, et super omnem excelsum atque sublimein. » Isa. w, 12. Et post populum : « Et super omnem cedrum Libani exeelsam [al. excelsorum ] et super omnem arborem quercus Basan. Ibid . 13. Et de lice Libano asserunt propbetari : Libnmis cum excelsis cadet. Non autem teurs, parce que ce qu’ils avaient de magnifi¬ que a été ruiné ; (j’entends) les lions qui rugis¬ sent, parce que les rives superbes du Jourdain ont été ravagées. » Ibid. 3. Les Septante : « (J’entends) les voix des pasteurs qui gémis¬ sent, parce que ce. qu’ils avaient de magnifique a péri misérablement; (j’entends) les lions qui rugissent, parce que le frémissement du Jour¬ dain a été comprimé. » Ces versets contiennent encore une partie du chapitre précédent. Ceux que le prophète avait appelés cèdres, sapins, pins et chênes de Basan, et au sujet desquels il avait ajouté, en exposant quels étaient ces ar¬ bres : « Parce que ceux qui étaient si élevés ont été détruits, » maintenant, se servant d’une autre métaphore, il dit que ce sont les pas¬ teurs, c’est-à-dire les princes et les docteurs et ceux qui étaient les premiers parmi le peuple. Ils doivent pleurer et se lamenter,, parce que leur magnificence, leur beauté et leur éclat ont été ruinés et détruits; c'est-à-dire le temple, dont ils so faisaient gloire. « Et les rugissements des lions, » continue le prophète, appelant mainte¬ nant lions ceux qu’il avait auparavant désignés sous les noms d’arbres hauts et de pasteurs ; et comme il avait parlé de lions, il continue la métaphore et ajoute : « Parce que J es rives su¬ perbes du Jourdain ont été ravagées, » voulant exprimer par là le frémissement et le bruit du courant de Peau, ce qui est dit en hébreu gaon. Et de même que, eu tenant compte du priorem interpretationem sequamur, præsertim cum et en. quæ sequnntur, huic sensui c on gr liant. «Vox ululatus pastornm, quia vastata et maguifi- centia eorum : vox rugilus lèonum, quia vastata est superbia Jordanie. » Ibid. 3. LXX : « Vox lugentiuui pastornm, quoniam misera facta est magnifîcentia eorum. Vox rugentium lèonum, quia afflictus est frémi tus Jorclanis. » Pars superioris capituli et in bis versiculis continetur. Quos vocaverat cedros, abietes, pinos et quercus Basan, et exponens quæ essent isLe arbores intulerat dicens : « Quoniam magnifici vas-' tati sunt, » nunc per aliam p.Exaoûvoç, urbs est juxta Jezraelem, quæ hoc olim vocabulo nuncupata est, et hodie vo- catur Maximianopolis in campo Mageddon, in quo Josias, rex justus, a Pharaone cognomento Necliao vulneratus est ; IV Reg . ni ; super quo Lamentatio- nes scripsit Jeremias, quæ leguntur in Ecclesia, et scripsisse eum Paralipomenon testatur liber. II Parai. xxxv. Sicut igitur eo tempore post reges peccatores spes omnis populi erat in Josia, et occiso illo^ ma¬ gnus planctus in urbe commotus est, sicut legimua in Hebraico : Thren. iv, 20 ; « Spiritus oris nostri Christus Dominus captus est in peccatis nostris, cui diximus : In umbra tua vivemus in gentibus, » (licet alii juxta intelligentiam spiritualem hoc référant ad Dominum Jesum), itacrucifixo Salvatore renovabitur « 11 y aura deuil dans chaque famille,» ou « dans une tribu et une tribu à part ; dans les familles de la maison de David à part et leurs épouses et leurs femmes à part, » signifie qu’au temps du deuil et de la tribulation, nous devons nous sevrer des œuvres charnelles. Aussi est-il dit dans Joël à l’approche de la captivité : « Que l’époux sorte de sa couche et l’épouse de son lit ; » Joèly n, 16 ; et, en présence du déluge, il est enjoint à Noô : « Entre dans l’arche, toi et tes fils, et ton épouse, et les épouses de tes fils ; » Gen. vii, 1 ; et à la fin du déluge : « Sors, toi et ton épouse, et tes fils et leurs épouses, » afin que séparés dans l’arche, sous la menace du péril, ils puissent, rendus à la sécurité, retrouver les devoirs des époux. Cette même abstinence s'impose non seulement aux jours des afflic¬ tions mais aussi aux époques de prière, quand nous voulons implorer le Seigneur : « Ne vous refusez point ce que vous vous devez l’un à l'autre, si ce n’est de concert pour un temps, » dit l’apôtre, « afin de vaquer à la prière. » C'est le moment pour la tribu de la maison de David, et la tribu de la maison de Nathan, et de la maison de Lévi, et de la maison de Sémei de pratiquer cette séparation, afin de pleurer sur le fils unique et le premier-né, le Seigneur Jésus, de qui ils ont dit : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants. » Matth. xxvn, 25. En David, planctus in Jérusalem, sicut quondam fuit in urbe Adadremmon, in campo Mageddon. Quodque sequi- tur : « Plangent familiæ et familiæ, » sive « tribus et tribus seorsum ; familiæ domus David seorsum, et uxores, » sive « mulieres eorum seorsum, » hoc si- gnificat, quod tempore tribulationis et luctus non debeamus servire conjugiis et operi nuptiarum. Unde et in Joël, captivitate propinqua, dicitur ad Judæos : « Egrediatur sponsus de cubiculo [al. cubili ] suo, et sponsa de thalamo sno. » Joël u, 16. Et im- pendente diluvio, imperatur Noe : « Ingredere in arcam tu, etfilii tui, et uxor tua, et uxores filiorum tuorum. » Gen. vu, 1. Et postea finito diluvio, dicit [al. dicitur ] ad eum : « Egredere tu, et uxor tua, et filii tui, et uxores eorum, « Gen. vin, 16, ut qui in area, impendente discrimine, fuerantseparati, redditi mundo, generationi et liberis deservirent. Hoc autem non solum in tempore fit angustiæ, sed et in tempore orationis, quando volumus Dominum deprecari, di- cente Apostolo ad Corinthios : « Nolite fraudare in- vicem, nisi forte ex consensu ad tempus, ut vacetis orationi. » I Ùor. vm, 5, Igitur et nunc tribus domus David, et tribus domus Nathan, et tribus domus Levl, et tribus domus Semei, a suis uxoribus sepa- rantur, ut plangant unigenitum et primogenitüm Dominum Jesum, de quo dixerat : « Sanguis ejus super nos, et super filios nostros. » Matth. xxvu, 25. 423 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. on entend la tribu royale ou de Juda ; en Nathan, la génération des prophètes ; par Lêvi, qui en fut la souche, la tribu sacerdotale, et dans Sémei sont désignés les docteurs : cette tribu, en effet, fut une pépinière de maîtres en Israël. Les autres tribus, que ne distingue aucun carac¬ tère élevé, sont passées sous silence. Cependant, en disant : toutes les autres tribus, chacune à part et leurs épouses à part, il les comprend toutes sans en désigner aucune. Disons aussi que ce queles Septante appellent foûv n'estpoint l’arbre seul du grenadier, mais tm lieu com- planté de cette espèce d’arbres, dont au sens spi¬ rituel l’époux dit dans le Cantique des cantiques : « Je suis descendu pour voir dans les fruits du torrent si la vigne avait fleuri et si les pommes de grenade étaient en fleur. » Gant, vi, 10. Le Sauveur descendit, en effet, dans le torrent de ce siècle et dans ses eaux bourbeuses, dont il est raconté qu’Élie a bu en figure de Lui, III Eeg. xvn, afin qu’après les fleurs de la vigne et du grenadier, il recueillît les fruits de l’un et l’autre, et qu’en enivrant l’Église, il l’entendît lui dire : « Vous m’abreuverez d'un vin plein de parfums, du vin du fruit de mes grenadiers. » Gant, vin, 2. Ce genre de boisson, non seulement dissipe tout feu malsain de l’estomac, mais guérit les entrailles malades et agit heureuse¬ ment dans tout l’intérieur. Rien de plus beau que ce fruit : sa rougeur nous représente la pudeur de l’Église et l'arrangement de ses In David regia tribus accifntur, hoc est, Juda. In Nathan prophetalis ordo describitur. Levi refertur ad sacerdotes, ex quo ortum est sacerdotium. In Se- mei doctores accipiunlur : ex bac enim tribu magis- trorum agmina pullularunt. Reliquas tribus tacnit, quæ non habent aliquod prîvilegîum dignitatis. In eo autem quod ait : Omnes tribus reliquæ, tribus et tribus seorsum, et uxores eorum seorsum, universas absque nomme oomprehendit. Dicamus, et juxta LXX fowv appellatur, non una arbor malorum gra- natorum, id est, mali punici, scd locus his arbonbus consitus, de quo juxta intelligentiam spiritualem sponsus dicit in Cantico canticorum : « Descendi, ut viderem in germine torrentis si floruisset vinea, si floruissent mala punica. » Cant. vi, 10. Descendit enim Salvator ad torrcntem hujus sæculi et turbidas aquas, de quibus et in typo ejus Elias bibisse des¬ cribitur, III Eeg. xvn, ut post flores vineæ et mali punici fructum utrumque susciperet, et inebrians Ecclesiam suarn, audiret ab ea : « Potabis me de vino unguentarii, de vino malorum granatorum meo- rum, » Cant. vm, 2. Hujuscemodi potio non solum æstus stomachi fugat, sed et corruptum ventrem sanare dicitur, et reliquis prodesse visceribus. Nibil graines, son hiérarchie et les membres de tout le corps, dont chacun a son office et sa place. Quand dans la vigne et les arbres de ce plant, le . Sauveur n’aura pas trouvé de fruit, il dira : « Toute branche qui ne porte point de fruit, mon Père l’ôtera, tandis qu’il nettoiera celle qui lève du fruit, afin qu’elle en porte davantage. « Joan. xv, 2. Et dans un autre endroit, Jean- Baptiste s’écrie : « Déjà la cognée est aux racines- des arbres. » Matth. ni, 9. Quand on arraohe le vice ou le mal, quand au jour du jugement seront déposés tous les titres des dignités et que s’accomplira ce qui a été écrit : « Voici l’homme et ses œuvres , » et les pailles séparées du fro¬ ment, Matth. ni ; Luc, ni, il y aura alors grande désolation dans Jérusalem et non autre part. La plaie et le jugement commencerontpar les saints, I Petr. iv, car les rois, et les prêtres, et les pro¬ phètes, et les docteurs se frapperont leur poi¬ trine de leurs mains, quand ils verront leurs plus beaux fruits arrachés, et celui qu’ils auront percé, régner dans la majesté de son Père et aussi dans la sienne. « En ce jour-là, il y aura une fontaine ou¬ verte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem pour y laver les souillures du pécheur et de la femme impure, » Zach. xm, 1. Les Septante : « En ce jour-là il y aura, il se trouvera un lieu ouvert dans la maison de David et aux habitants de Jérusalem, pour le changement et la purification. » Au sujet de hoc porno pulchrius , in rubore, Ecclesiæ significat verecundiam ; in granorum ordina, gradus et mem- bra totius corporis per singula officia distributa. Cum in hujuscemodi vinea et malis fructum Salvator non invenerit, dicet : « Omnem palmitem non ferentem fructum tollet Pater ; et omnem qui fert fructum, purgabit eum ut fructum plus afferat. » Joan . xv, 2. Et in alio loco Joannes Baptista conclamat : « Jam securis ad radices arborum posita est. » Matth. ni, 10. a Omnis arbor quæ non facit fructum bonum, excidetur et in ignem mittetur. » Luc. ni, 9. In suc- cisione vitium [al. vitiorum ] vel malorum, quando in diejudicii omnia deponentur nomina dignitatum, et impletum fuerit illud quod scriptum est : « Ecce homo et opéra ejus ; » et paleæ a tritico separatæ, Matth. nr ; Luc. ni, erit planctua magnus non in alio loco, sed in Jérusalem. Etenim plaga atque judicium a sanctis incipiet, I Petr. îv, et reges et sacerdotes et prophetæ et doctores tundent manibus pectora, cum mala pulcherrima viderint esse succisa, et eum quem confixerant, in Patris ac suamajestateregnare. « In die ilia eritfons patens domui David, et habi-. • tantibus Jérusalem, in ablutionem peccatoris et menstruatæ. » Zach . xm, 1. LXX ; « In die. ilia erit 424 SAINT JÉROME cette source qui sort de la maison de David, Ézéchiel aussi nous dit, Ezech. xlyii, qu’une fon¬ taine jaillit dans la maison de David, qu’elle grandit en un fleuve qui est appelé l’eau de l’indulgence et du pardon ; qu’il pénètre jus¬ qu’au désert et à la mer, appelée présentement mer Morte, qu’il en vivifie tous les poissons et que sur ses deux rives poussent des arbres de qualité variée, se couvrant chaquemois de nou¬ veaux fruits en abondance. Et pour que nous sachions que cette maison, c’est-à-dire le temple de Dieu, est la maison même de David, qui, dans Ézéchiel, est appelée maison de Dieu, Zacharie l’appelle maison de David. Cette source sortant de la maison de Dieu se rapporte à l’Église et à la connaissance des Écritures, pour que nous renaissions tous dans le Christ et que nous trouvions le pardon de nos péchés dans l’eau purifiante du baptême. Rien n'est plus souillé que la femme impure, puisqu’elle rend impur tout ce qu’elle touche, et cependant même cette impureté est lavée par le baptême du Christ. Les Septante ont traduit : « changement » et « aspersion, » parce que nous passons de la loi à l’Évangile, de la lettre à l’esprit, de l’ombre à la vérité, et qu’aux biens prévsents et de courte durée succèdent les biens futurs et éternels. L’aspersion désigne le sang du Seigneur, selon la parole de l’apôtre Pierre : « Que la grâce et la paix s'accroissent en vous pour obéir et être omnis locus apertus in domo David, et habitantibus Jérusalem , et in transmutationem et in aspersio- nem, » De hoc fonte, qui egreditur de domo David, et in Ezecbiele propheta scribitur, Ezech. xlvii, quod erumpat fous in domo Domini, et crescat in fluvium, qui appellatur aqua remissionis et indulgentiæ ; et pergat ad solitudinem et ad mare, quod nunc voca- tur Morluum., piscesque omnes viviûcet, et ex utra- que ripa buminis varii generis consurgant arbores, per singulos menses semper novis fructibus abun- dantes. Et ut sciamus domum, boc est, templum Dei, ipsam esse domum David, quæ in Ezecbiele domus Dei, in Zacharia domus David appellatur ; hic fons de domo Dei egrediens refertur ad Ecclesiam et ad scientiam Scripturarum, ut omnes renascamur in Chris to, et in aqua baptismatis nostra nobis peccata donentur. Nihil immundius menstruata, quæ quid- quid attigerit, immundum facit ; et hujus tamen sor- des Cbristi abluentur baptismate. Pro ablutione pec- catorum et menstruatæ. LXX transtulerunt « trans¬ mutationem » et « aspersionem : » quod de lege transeamus ad Evangelium, dç littera ad spiritum, de umbra ad veritatem, pro brevibus et præsentibus futura et æterna succédant. Aspersio autem sangui- nem Domini signifient, de quo et Petrus apostolus loquitur : « Gràtia vobis et pax multiplicetur, in arrosés du sang de Jésus-Christ. » I Petr. i, 2. Et encore : « Sachant que ce n’est point par l’or et l’argent, choses corruptibles, que vous avez été rachetés, mais par le sang précieux cqmrae d’un agneau très pur et immaculé, » Ibid . 18, duquel celui qui aura été aspergé et racheté pourra dire avec le Prophète : « Vous m’asper¬ gerez, Seigneur, avec l'hysope, et je serai puri¬ fié ; vous me laverez, et je serai plus blanc que la neige. » Psalm. l, 9. « Eu ce jour-là, dit le Seigneur des armées, j’abolirai de la terre les noms des idoles et il n’en sera plus mémoire désormais et j’extir¬ perai tous les faux prophètes et l’esprit impur.» Zach. xm, 2. Les Septante : « Et dans ce jour-là, dit le Seigneur Sabaoth, j’abolirai delà terre les noms des idoles et il n’en est plus désormais mémoire, et j'extirperai et les faux prophètes et l’esprit impur. » En ce jour dont il invoque souvent le souvenir, toutes les idoles disparaî¬ tront de la terre, soit ces idoles dont le psal- miste dit : « Les idoles des nations, argent et or, ouvrages des mains des hommes, » Psalm. cxv, 6, pour qu’il n’y ait d’autre religion que celle du nom chrétien, etàpropos desquelles il est écrit dans un prophète : «Poussez des hur¬ lements, dieux sculptés de Jérusalem et de Samarie, comme j'ai traité Samarie et ses images, de même je traiterai ses idoles;» soit celles aussi dont fait mention l’Apôtre : « L’Es- obedientiam et aspersionem sanguinis Jesu Cbristi. » I Petr. î, 2. Et rursum : « Scientes quod non corrup- tibilibus argent') etauro redempti estis, sed sanguine pretioso, ut agni immaculati et purissimi, » Ibid. 18, quo qui aspersus fuerit et redemptus dicere poterit cum Propheta : « Asperges me, Domine, byssopo et mundabor ; lavabis me et super nivem dealbabor. » Psal. l, 9. « Et erit in die ilia, dicit Dominus exercituum, disperdam nomina idolorum de terra, et non mémo- rabuntur ultra, et prophetas [Vulg. pseudoprophelas], et spiritum immundum auferam de terra. » Zach. xm, 2. LXX : « Et erit in die ilia, dicit Dominus Sabaoth, disperdam nomina idolorum de terra, et non erit ultra eorum memoria, et pseudoprophetas, et spiritum immundum auferam de terra. » In die ilia quam crebro commémorât, omnia idola auferen- tur de terra, sive ilia idola dequibus Psalmista dicit : « Simulacra gentium argentum et aurum, opéra ma- nuum hominuixi, » Psal. cxv, 1, ut nu lia sit ali a re- ligio, nisi tantum nominis Cbristiani, et de quibus in propheta scriptnm est : « Ululate, scuptilia in Jéru¬ salem et in Samaria. Sicut ënim fecit Samariæ et sculptilibus illius, sic faciam et idolis ejus ; » Isa. x, H ; sive hæc idola, de quibus Apostolus loquitur : « Spiritus autem manifeste dicit, quia in novissimis COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. prit dit manifestement que dans les derniers temps certains s’éloigneront de la foi, s'attachant à des esprits trompeurs et à des enseignements de démons, disant avec hypocrisie le mensonge et ayant une conscience cautérisée. » I Tim. iv, 1 , 2. Gomme les idoles sont faites de la main de l'ouvrier, ainsi la doctrine perverse des héré¬ tiques change en idole tout ce qu’elle simule et fait adorer l’antechrit pour Jésus-Christ. Au lieu de faux prophètes, on lit dans l'hébreu simplement «prophètes, » c’est-à-dire Nebim, qui veut dire aussi faux prophètes; chez les païens aussi, on nomme prophètes les prêtres des idoles. . « Lorsque quelqu’un aura encore prophétisé, son père et sa mère, qui l’ont mis au monde, lui diront : Tu ne vivras pas, parce que tu as proféré le mensonge au nom du Seigneur, et son père et sa mère, qui l’ont engendré, le per¬ ceront pour avoir prophétisé. » Zach. xm, 3. Les Septante : «Et s’il arrive qu’un homme prophé¬ tise encore, son père et sa mère, qui l'ont mis au jour, lui diront : Tu ne vivras point, parce que tu as proféré le mensonge au nom du Seigneur, et son père etsa mère, quil’ont engendré, le char¬ geront de fers, parce qu’il aura prophétisé. » Les noms des idoles ayant disparu delà terre avec les faux prophètes et l'esprit impur qui parlait en eux, si quelqu'un veut encore l’essayer et pro¬ phétiser quelque chose de la part de Dieu, aus¬ sitôt son père et sa mère oublieront qu'ils sont temporibus recedent quidam a fide, attendentes spi- ritibus seductoribus, et doctrinis dæmoniorum in hypocrisifalsiloquorum, cauteriatam habentium con¬ scient) am suam. » I Tim, îv, 1,2. Sicut enim idola liuut manu artificis, ita hæreticorum perversa doc- trina, quodeunque simulaverit, vertit in idolum, et facit pro Christo adorari Antichristum. Pro pseudo- prophetis, in Hebraico absolute leguntur « prophe- tæ, » id est, nebïm qui et ipsi pseudopropbetas signi¬ fiant ; sed tamen et ab ethnicis sacerdotes idoiorum vocantur prophetæ. « Et erit, cum propbetaverit quispiam ultra, di- cent ei pater ejus et mater ejus, qui genuerunt eum : Non vives, quia mendacium locutus est in nomine Domini, et configent eum pater ejus et mater ejus, qui genuerunt eum [Vu] g. genitores ejus], cum pro- plietaverit. » Zach. xhi, 3. LXX : « Et erit, si prophe¬ taverit homo ultra, dicet ad eum pater suus et mater sua,, qui genuerunt eum : Non vives, quoniam men¬ dacium locutus es in nomine Domini ; et compe- dient eum pater ejus et mater ejus, qui genuerunt eum, cum prophetaverit. » Nominihus idoiorum de terra suhlatis, et pseudopropbetis, atque immuudo spiritu qui loquebatur in eis, si quis ultra tentare voluerit, et quippiam ex persona Domini propbetare, statim pater ejus et mater oblivisccntur parentum, #25 ses auteurs pour rester fidèles à Dieu et rendront contre ce fils la sentence de mort, et telle sera envers Dieu la piété de toutes les âmes, qu’on n’aîtendra point un jugement public, mais ces coupables périront par la décision de leurs pro¬ ches. Quant à l’expression employée par nous, « ils le perceront » l’hébreu emploie le même mot que plus haut, dacaru. Pourquoi donc les Septante l’ont-ils traduit, là, par « ils insultèrent » ou « ils raillèrent, » et pour tirer le mot du mot même, «dansèrent contre lui,» et ici, par « char¬ geront de fers, » quand Aquila, Symmaque et Théodotion le rendent, ici comme là, par « ils le perceront. » C’est bien justement que celui qui a faussement prophétisé estappelé «homme,» « car, puisqu’il y a parmi vous, » dit l’apôtrc, « des jalousies et des contentions, n’êtes-vous pas charnels et ne marchez-vous pas selon l’homme ? » I Cor. ni, 3. Et lepsalmiste : «Mais vous mourrez comme des hommes et vous tomberez comme celui qui était parmi les princes ; » Psaim. lxxxi, 7 ; et ceux qui sont indi¬ gnes de l'esprit de Dieu méritent d’entendre : « Mon esprit ne peut demeurer dans ces hom¬ mes, parce qu’ils sont charnels. » Gen. xi, 4. « En ce jour-là, les prophètes seront confondus chacun par sa propre vision, après avoir pro¬ phétisé, et ils ne se couvriront pas de sacs de pénitence pour se faire accroire ; mais il dira : Je ne suis pas prophète, je suis homme occupé ut Dei retineaut servitutem, et profèrent contra fi- lium mortis sententiam ; et tam piæ ernnt omnium in Deum mentes, ut non exspectetur publicum ju- dicium; sed pereant qui taies sunt, sententia pro- pinquorum. Pro eo quod nos diximus, « configent eum, » idem verbum est in Hebræo quod supra, dacabu. Qua ergo ratione LXX interprètes ibi xa rwp- ^/jaavro, id est, « insultaverunt, » sive « illuserunt, » et ut verbum de verbo exprimam , « contra eum saltaverunt ; » et hic au^rcoStouaiv transferre volue- runt, id est, « compedient ; » cum et Aquila, et Symmachus, et Tbeodotio , et ibi et hic similiter verterint, a confixerunt. » Recte autem qui falsa propbetaverit; « homo » appellatus est, dicente Apos- tolo : « Cum enim sint inter vos æmulationes et contentiones , nonne carnales estis, et secunduin hominem ambulatis? » 1 Cor. m, 3. Et in Psalmis : « Vos autem sicut homines moriemini, et sicut unus de principibus cadetis. » Psal. lxxxi, 7. Et indigni spiritu Dei merentur audire : « Non permanehit spi- ritus meus in bominibus istis, quia carnales sunt.» Gen . vi, 3. « Et erit in die ilia, confundentur prophetæ unus- quisque ex visione sua, cum prophetaverit, nec ope- rientur pallio saccino ut mentiantur, sed dicet : Non sum propheta ; homo agricola ego sum ; quoniam 426 SAINT JEROME aux travaux des champs, à l’exemple d’Adam, depuis ma jeunesse. Et on lui dira : Que sont ces plaies au milieu de tes mains ? Et il dira : Je les ai reçues dans la maison de ceux qui m’aimaient.» Zach. xm, 3 et seqq. Les Septante ; « Et en ce jour-là, les prophètes, après avoir prophétisé , seront confondus chacun par sa propre vision, et ils se revêtiront de peaux de chèvres, parce qu’ils ont menti, et il dira : Je ne suis point prophète, car je suis fils d’un homme depuis ma jeunesse, et je lui dirai : Que sont ces plaies au milieu de tes mains ?Et il dira : Ce sont celles dont j'ai été percé dans la maison de celui qui m’aime. » Celui qui aura entrepris de prophétiser et qui aura été condamné par le jugement de ses parents et dont les événements survenus auront démontré la fausseté de sa prédiction, sera confondu par sa vision même et ne se couvrira, plus après de cilice pour pouvoir mentir. L'habitude des pro¬ phètes était de se couvrir de cilice quand ils invitaient le peuple à la pénitence. Voilà pourquoi il est commandé à Isaïe d’ôter le sac de ses reins et d’aller nu , Isa. xx ; c’était non l’invitation à la pénitence, mais la menace d’une imminente captivité. Le faux prophète donc ne prendra pas l’habit consacré des pro¬ phètes, de peur que, sous le costume et la tenue d'autrui, il ne trompe les simples, mais il feindra de plus encore de travailler la terre etde sedonner comme un homme voué au labeur des champs, et de se soumettre à la condamnation divine Adamexemplum meum ab adolescentia mca. Et di- cetur ei : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum ? Et dicet : His plagatus sum in domo eorum qui diligebant me. » LXX : Et erit in die ilia, confun- dentur prophetæ unusquisque ex visione sua cum prophetaverit ; et induentur pelle cilicina, qua men- titi sunt ; et dicet : Non sum prophètes ego, quia homo genuit me a juventute mea ; et dicam ad eum : Quid sunt plagæ istæ in medio manuum tuarum? Et dicet: Quibus percussus sum in domo diligentis me. » Qui propbetare tentaverit, et parentum jud.cio fuerit condemnatus, et vaticinii illius falsitatem re- rum contrarius exitus approbaverit, confundetur ex visione sua, nec ultra operietur cilicio ut mentiatur. Hic enim erat habitus prophetarum, ut quando po- pulum ad pœnitentiam provocabant, induerentur cilicio. Unde et Isaiæ præcipitur, ut auferat saccum de lumbis suis, et nudus iDcedat ; Jsa. xx ; nequa- quam enim tempus esse pœnitentiæ, sed imminentis captivitatis. Ergo et iste pseudopropheta nequaquam habitum accipiet prophetalem, ne sub alieno vestitu et operimento simplices quosque decipiat; sedmagis terrain findet vomere, et agriculture deditus homi- entendue d'Adam : « Maudite sera la terre à cause de ton action ; c’est dans le travail que tu te nourriras de ses fruits tous les jours de ta vie. Elle te produira des épines et des char^ dons et tu mangeras les herbes de la terre ; et tu mangeras ton pain à la sueur déton visage. » Gen. m, 17, 18. Et après qu’il se sera présenté comme un homme né pour manger son pain à la sueur de son front, un autre l’interrogera et lui dira : Que signifient ces plaies et ces bles¬ sures qui sont au milieu de tes mains ? Et le sens en est : Comment es-tu attaché au gibet? pourquoi tes mains sont-elles transpercées de clous ? Qu'as-tu fait pour être soumis à ce sup¬ plice et à ce crucifiement ? Et il répondra et dira : Ces blessures et ces plaies , je les ai reçues par la sentence et la condamnation de mes proches et de ceux qui ne me haïssaient point , mais qui m’aimaient. Et tel sera , après l’extirpation du mensonge, l’empire de la vérité, que celui-là même qui aura été puni par sa faute avouera qu'il a été frappé en toute jus¬ tice. Pour : « Ils ne se couvriront pas de sacs afin de mentir, » les Hébreux disent : Et ils ne seront pas remplis de l'esprit du démon ; ce sont ces Tpi^coWia; ou couverts de poils que que nous avons vus dans Isaïe, pour qu’ils ne puissent, à la faveur de cet habit mensonger, faire entendre qu'ils ont en eux la parole de Dieu ou nier le Seigneur, car Chàesu peut être rendu et par «ils mentent» et par « ils nient. » « Epée, lève-toi contre mon pasteur, contre nem se probabit, Deique subjacere sententiæ, qui locutus est ad Adam : « Maledicta terrain opéré tuo ; in laboribus comedes ex ea cunctis diebus vitæ tuæ; spinas, et tribulos germinabit tibi ; et comedes herbas terne; et in sudore vultus tui vesceris pane. » Gen. m, 17 et 18. Cumque se ostenderit ad hoc natum, ut in sudore faciei suæ comedat panem suum, interro- gabit eum alter, et dicet : Quid sibi volunt istæ pla¬ gæ, et hæc vulnera quæ in medio manuum tuarum sunt? Et est sensus: Quare adhæres patibulo ? cur manus tuæ transfixæ sunt clavis? quid comisisti, ut huic pœnæ et cruciatui subjaceres? Et ille respon- debit, et dicet: Hæc vulnera et has accepi plagas, parentum m eorum judicio condemnatus., et eorum qui me non oderant, sed amabant. Et in tantum, fugato mendacio, veritas obtinebit, ut etiam ipse qui suo punitus est vitio, reete perpessum se esse fatea- tur. flebræi hoc quod scriptum est : « Nec operientur pallio saccino, ut mentiantur, » sic edisserunt : Et non replebuutur spiritu dæmoniaco, quos irpi^iwvTaç, id est, « pilosos, » in Isaia legimus, ne per hanc occasionem ementiti habitus, Dei in se eloquia men¬ tiantur, sive Dominum negent : chaesu enim, et COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. 427 Thomme qui m'est uni, dit le Seigneur des armées. Frappe le pasteur, et les brebis seront dispersées et j’étendrai ma main vers les petits. Et il arrivera alors dans toute la terre, dit le Seigneur, qu’il y aura deux portions dispersées et qui disparaîtront ; et une troisième portion y sera laissée. Et je ferai passer cette troisième partie par le feu et je les épurerai comme est épuré Forgent, et les éprouverai comme est éprouvé l’or. Ils m’appelleront par mon nom et je les exaucerai ; je dirai : Tu es mon peuple; et il dira : Vous êtes le Seigneur mon Dieu. » Zach. xiii, 7 et seqq . Les Septante ; « Epée, élève-toi contre mon pasteur et contre l’homme son concitoyen, dit le Seigneur tout-puissant. Frappe le pasteur et lesbrebis serontdispersées, et j’étendrai ma main sur les pasteurs. Et il arrivera en ce jour-là, dit le Seigneur, que deux parts périront et disparaîtront, et la troisième partie sera laissée, et je ferai passer la troisième partie par le feu et je les épurerai comme est épuré l’argent, et je les éprouverai comme on éprouve For. Ils invoqueront môn nom et je les exaucerai et je dirai : Ce peuple est le mien, et il dira : Vous êtes, vous, le Seigneur mon Dieu. » Au lieu d’épée, que les Septante ont traduit par fo^afev, nous trouvons Areb dans l'hébreu, et dans Aquila et Symmaque fjufyaipav, c’est-à-dire « glaive » ou « sabre pointu. » Là où nous avons traduit : « contre l’homme qui m’est uni, » Aquila a dit : « contre l’homme de « mentiantur » et «negent,» interpretari potest. « Framea, suscitare super pastorem meum, et super virum cohærentem mihi, dicit Dominus exercituum. Percute pastorem, et dispergenturoves, etconvertam manum meam ad parvulos. Et erunt in omni terra, dicit Dominus : partes duæ in ea dispergentur, et déficient ; et tertia pars relinquetur in ea. Et ducam tertiam partem per ignem, et uram eos, sicut uritur argentum , et probabo eos sicut probatur aurum. Ipse vocabitnomen meum, et ego exaudiam eum ; dicam : Populus meus es, et ipse dicet : Dominus Deus meus. » LXX : u Framea, consurge super pas¬ torem meum, et super virum civem ejus, dicit Do¬ minus omnipolens. Percute pastorem, et dispergen¬ tur oves, et inducam manum meam super pastores. Et erit in die ilia, dicit Dominus, duæ partes peribunt et déficient, et tertia pars relinquetur in ea ; et trans- ducam tertiam partem per ignem, et uram eos sicut uritur argentum, et probabo eos sicut probatur au¬ rum. Ipse invocabit nomen meum, et ego exaudiam eum, et dicam. Populus meus iste est, et ipse dicet, Dominus Deus meus es tu. » Pro famea quam LXX &ofi Ibid. 12. Et in alio loco dicitur ad credentem : « Si transieris per ignem, ftamma non comhuret te : quia tecum sum. » Isa. xlui, 2. Idcirco autem non con- sumit incendinm, et flamma non dévorât, quia « vox Domini intercidentis flammam ignis. » Psalm. xxviir, 7. Cum sic probati fuerint parvuli, super quos Do- minus convertit manum suam, et per vocationem eorum omnis nationum turba crediderit, tune cre- dentium populus vocabit Christum nomine suo, et illo dicente : u Tu es populus meus, » populus res- pondebit : « Üominus Deus meus es tu . » Judæi hæc ad Cbristum référant , et in ultimo tempore futura contendunt; sed hoc inter nos et illos est, quod nos expleta jam dicimus, illi explenda commémorant. « Ecce dies veniunt [Vulg. venient ] Domini, et di- videntur spolia tua in medio tui. Et: congregabo omnes gentes ad Jérusalem in prælium, et capietur civitas, et vastabuntur domus, etmulieres violabun- tur, et egredietur media pars civitatis in captivita- tem, et reliquum populi non auferetur ex urbe. » LXX : « Ecce dies1 Domini veniunt, et dividentur spolia tua in te, et congregabo omnes gentes super Jérusalem, ad bellandum, et capietur civitas, et diri- 42# les femmeà fouillées; et la frioitié dé la cité s’en ira en captivité, et le reste de mon peuple ne disparaîtra pas de la ville. » Ces jours à venir, dont le Seigneur menace Jérusalem où, au mi¬ lieu d’elle, doivent être partagées ses dépouilles et tout ce que renferme le discours du prophète, ce sont ceux au sujet desquels nous lisons aussi dans Isaïe : « Le jour du Seigneur va venir, jour terrible de fureur et de colère, pour faire de tout Tufii vers une solitude, et en enlever tous les pécheurs. » Isa. xm, 9. Mais quelle grande nécessité doit-il y avoir pour que sés dépouilles soient partagées au milieu d’elle ? Il arrive fré¬ quemment, d’ordinaire, que le butin fait dans une ville, grâce à une irruption soudaine, se partage dans la campagne ou dans la solitude, de peur que les ennemis ne surviennent tout à coup. Mais, ici, le mal sera si grand, si accablant, que ce qui aura été pillé sera divisé au milieu de là ville même, à cause de la certitude de la victoire. Et non-seulement Jérusalem tombera au pouvoir de tous ces peuples soulevés pour combattre contre elle, mais les maisons seront pillées et les femmes violées pour la désolation des pos¬ sesseurs et des maris, qui ne pourront empêcher ni le pillage de leurs demeures ni le déshonneur de leurs épouses, selôn ce que nous lisons ail¬ leurs : « Ceux qui seront trouvés au milieu de toi périront par le glaive, et on écrasera vos enfants en votre présence, et on ravagera vos pientur domus, et mulieres polluentur, et egredietur media pars civitatis in captivitatem ; reliqui autem- populi mei non peribunt de civitate. » Dies quos venturos Dominus commina’tur, ut dividantur spolia1 Jérusalem in medio ejus, et cætera quæ prophetabs sermo comprehendit, hi sunt de quibus et in Isaia legimus : « Dies Domini insanabilis veniet furoris et iræ, ponere totum orbem in solitudinem, et pecca- tores auferre de eo. » Isa. xiïi, 9. Quanta autem né¬ cessitas erit, ut spolia ejus dividantur in medio illius? Solet hoc fréquenter accidere, ut quæ subito impetu in civitate direpta sunt, foris in agro aut in solitudine dividantur, ne forte hostes superveniant. Hic autem tantum malorum pondus incumbet, ut quæ; direpta sunt, in civitatis medio dividantur pro securitate victoriæ. Et non solum capietur Jérusalem, cunctis gentibus adversum eam in prælio concitatis; séd et vastabuntur domus habitantium Jérusalem, etmu¬ lieres violabuntur in dolorem dominorum et marito- rum, qui nec populationem domorum, nec uxorum stuprum ab hostibus prohibere poterunt, juxta illud quod alibi legimus : « Qui congregati sunt in medio tui, gladio cadent et filios vestros in conspectu ves- tro allident, et domus vestras deprædabuntur, et uxores vestras habebunt, » Isa. xm, 15, 16, quo nihil 430 SAINT JÉROME maisons, et on déshonnorera vos épouses. » Isa. xiii, 15, 16. Y a-t-il un sort plus cruel et plus misérable que de ne point oser défendre, par peur de sa propre mort, ni la vie des enfants, ni l'honneur des épouses? C’est ce dont le pro¬ phète Amos menace aussi le prêtre impie Ama- sias : « Ta femme se prostituera dans la ville, tes fils et tes filles tomberont sous l'épée, et ta terre sera mesurée au cordeau. » Amos yii, 17. Et ces calamités arriveront au peuple juif : « Parce que les nations ont frémi et les peuples ont formé des complots insensés. Les rois de la terre se sont levés et les potentats se sont unis ensemble contre le Seigneur et contre son Christ. » Psalm. ii, 1, 2. Mais le Seigneur a ri d’eux, et s'en est moqué, et, dans sa colère, les a épouvantés au point que l’Apôtre, considérant comme finies ces années qui leur avaient été accordées pour se repentir et qu’ils n'en persis¬ taient pas moins dans leur négation, ces bour¬ reaux du Seigneur, et ces persécuteurs des pro¬ phètes et des apôtres, aurait dit : « La colère de Dieu est venue sur eux jusqu’à la fin. » I Thess . ii, 16. Josèphe, qui a écrit l’histoire du peuple juif, nous fait le récit complet de tous ses malheurs, plus grands encore que ne le marquent les prophètes. Ils sont racontés aussi par Tacite, quia écrit, en trente volumes, les vies des Césars, depuis Auguste jusqu’à la mort de Domitien. Comment la troisième partie de la ville fut-elle prise, et le reste du peuple fut-il laissé dans ses crudelius nihilque miserius inveniri potest, ut timoré mortis propriæ, nec salntem fîliorum, nec uxorum pudicitiam defendere audeant. Hoc ipsum et Amos propbeta ad Amasiam impium sacerdotem commi- nans loquitur: « Uxor tua in civitate fornicabitur, et filii tui et filiæ in gladio cadent, et humus tua funi- culo metietur. » Amos. vu, 17. Et bæc populo Judæo- rum universa contingent :« Quia fremuerunt gentes, et populi meditati sunt inania. Astiterunt reges ter- ræ, et principes convenerunt in unum adversum Dominumet adversum Cbristum ejus. » Psalm. n, i, 2. Qui irrisit et subsannavit eos, et in furore suo con- turbavit illos, intantum ut Apostolus quoque cernens eos annos qui ad pœnitentiam dati fuerant, jam esse completos, et nihiiominus illos in negatione persis- tere qui occiderunt Dominum, et prophetas et apos- tolos persecuti sunt, dixerit : a Pervenit super eos [al. nos ] ira in finem. » I Thess. u, 16. Hæc omnia plenissime Josephus, qui Judaicam scripsit histo- riam, et multo majora quam legimus in propbetis, eos sustinuisse commémorât. Cornélius quoque Ta- citus, qui post Augustum usque ad mortem Domi- tiani Vitas Cæsarum triginta voluminibus exaravit. Quomodo autem media pars capta sit civitatis, et murs? C’est justifier et prouver, tant pour ce mo¬ ment là que pour d’autres, que la partie septen¬ trionale et basse de la ville tombèrent au pou¬ voir de l’ennemi, tandis que la montagne, où se trouvait le temple, et Sion, où était la citadelle, ne furent point touchées. Les Juifs disent que ces événements s’accompliront sous Gog; d’autres, qu’ils ont déjà eu lieu en partie à l’occasion des Macédoniens et des Juifs et des différents peu¬ ples. Nous, laissant la juste appréciation du moment au jugement du Seigneur, contentons- nous d’expliquer ce qui est écrit. « Et le Seigneur sortira et il combattra contre ces nations, comme il a combattu au jour du combat. Et ses pieds se poseront, ce jour-là, sur la montagne des Oliviers qui est vis-à-vis de Jé¬ rusalem, du côté de l’Orient, et le mont des Oli¬ viers se divisera en deux, par le milieu, entre l’Orient et l’Occident, par une fort grande ou¬ verture. » Zach. xiy, 3, 4. Les Septante : « Et le Seigneur sortira et combattra contre ces nations comme au jour de la mêlée et au jour du com¬ bat, et ses pieds se poseront ce jour-là sur la montagne des Oliviers qui est vis-à-vis de Jé¬ rusalem, regardant la plage orientale ; et le mont des Oliviers se divisera, moitié du côté de l’Orient, et moitié du côté de la mer, par une fente profonde. » Que Dieu sorte, qu’il combatte contre les nations, et qu’il porte ses pieds sur la montagne des Oliviers, et tout le reste rapporté dans les Écritures, d’après notre reliquiis populus iû urbe permanserit, etillo tompore et aliis approbatur, septentrionalem urbis et inferio- rem partem esse captam, montem autem templi, et Sioü, in quo arx erat, integra remansisse. Judaei bæc sub Gog dicunt esse complenda ; alii temporibus Macedonum et Ægyptiorum, diversarumque gentium ex parte transacta. Nos temporis veritatem Domini sententiæ relinquentes,quæ scripta sunt expUcemus. « Et egredietur Dominus, et præliabitur contra gentes illas, sicut præliatus est in die certaminis. Et stabunt pedes ejus in die ilia super montem Oli- varum, qui est contra Jérusalem ad Orientem , et scindetur mons Olivarum ex media parte sui ad Orientem et ad Occidentem, prærupto grandi valde.» LXX : « Et egredietur Dominus, et præliabitur contra gentes illas, sicut in die commissionis , et in die prælii ; et stabunt pedes ejus in die ilia super mon¬ tem Olivarum, qui est contra Jérusalem ad Orien- talem plagam. Et scindetur mons Olivarum, media pars ejus ad Orientem, et media pars illius ad mare, voragine magna nimis. » Egredi Deum, et pugnare contra gentes, et stare pedes ejus super montem Oliveti, et cætera quæ in Scripturis sanctis âvOpwTto- rçaôwç dicta, et carnçiliter continentur, digne Deo 431 COMMENTAIRES SUR LE manière humaine et sensible de l’exprimer, doit s’entendre d’une manière digne de Dieu. Ainsi, quand l'Apôtre dit : « Qui est l'image du Dieu’ invisible; » Coloss. i, 15 ; et de nouveau : « Au roi incorruptible des siècles, au Dieu invisible ; » I Tim. i, 17 ; et ce mot de l’Évangile : « Personne ne vit Dieu jamais : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, l’a affirmé lui-même ; » Joan. i, 18 ; et encore : « Non, parce que personne n’a vu Dieu, hormis celui qui est du Père. « Gomme sa colère, son repentir, son âme, ses mains, ses pieds, son sein, ses yeux et tous les autres membres du corps, nous les entendons selon l’oc¬ casion et le besoin de l’interprétation, de même cette expression : « Le Seigneur sortira et com¬ battra, » doit être entendue au même sens que cette parole d'Iïabacuc : « 11 est sorti pour le salut de son peuple, pour le sauver avec votre Christ ; » Habac . m, 17 ; et dans Michée : « Parce que le Seigneur sortira du lieu où il habite, il est descendu, et il foulera les sommets élevés de la terre, et sous lui les montagnes disparaî¬ tront et les vallées s’ouvriront; » Mich. i, 3, 4 ; et aussi dans Isaïe : « Le Seigneur des vertus sortira, et il excitera la guerre, il éveillera l’ar¬ deur, et il poussera contre ses ennemis des cris avec force. » Isa. xlii, 13. Dieu donc sortira de sa demeure. Quand il est forcé, pour la correc¬ tion des méchants, de forcer sa longanimité, sa mansuétude et sa clémence, Lui qui est doux par sa nature, est aigri par notre faute, c'est-à- debemus accipere, Alioquin, cum loquatur Àposto- lus : « Qui est imago Dei invisibilis ; » Coloss. 1, 15; et rursum: a Régi autem sæculorum incorrupti- bili, invisibili Deo ; » I Tim. i, 17; et in Evangelio scriptum sit : « Deum nemo vidit unquam ; Unige¬ nitus Filius qui est in sinu Patris, ipse narravit ; » Joan. i, 18 ; et iterum : « Non quia Deum vidit quis- quam præter eum qui est de Pâtre ; » Ibid vi, 46 ; sicut iram ejus et pœnitentiam, et animam, et ma- nus, et pedes, et ventrem, et oculos, et cætcra cor- poris membra, pro varietate causarum et sensuum interpretationis accipimus : sic etboc quod scriptum est, « Egredietur Dominus, et præliabitur, » juxta illud accipiendum quod in Habacuc legimus : « Egres- sus es in salutem populi tui, in salutem cumChristo tuo. » Habac. m, 13. Et in Michæa ; « Quia ecce Do¬ minus egredietur de loco suo, et descendit et calcabit super excelsa terræ, et consumentur montes subtus eum, vallesque scindentur. » Mich. i, 3-4. In Isaia quoque : « Dominus virtutum egredietur, et conteret bellum, et suscitabilzelum, et clamabit super hostes suos cum fortitudine. « Isa. xlii, 13. Egredietur ergo Deus de loco suo, quando quietem et mansuetudi- nem et clementiam suam pro emendatione peccan- PROPHÈTE ZACHARIE. dire qu’il « devient- amer, » non en lui-même, mais à ceux qui souffrent, pour qui sont amers les châtiments. Tandis qu’il dit lui-même quelque part, par le prophète : «Je suis Dieu et ne change point, » Malach. m, 6, et qu'il lui est dit : a Vous cependant êtes et demeurez le même; » Psalm. ci, 28 ; et dans l’Épitre de Jacques : « En qui il n’y a pas de changement, » Jac. i, 17, voilà maintenant qu'il sort, qu’il combat comme en un jour de bataille, lorsqu’il engloutit Pha¬ raon dans la mer Rouge et qu’il entra en lutte pour son peuple d’Israël. Et ses pieds s’arrête¬ ront pour ceux dont il aura eu compassion, pour qu’il puisse être dit encore de lui : « Ét le Seigneur sonnera delà trompette, etil marchera dans l’agitation de sa colère. » Zach. iv, 14. Il ne s’avancera pas au déclin du jour et à l'ap¬ proche des ombres après midi, ce qu’il fit, lisons-nous, pour Adam. Gen. ni. Et lorsqu’il s’arrêtera, ce ne sera point dans la vallée ou les bas-fonds, mais sur la montagne qui n’a point d'arbres infructueux ni de bois stérile, mais où naissent les olives dont le suc entretient la lumière éternelle, guérit les infirmités, et est un baume aux membres fatigués ; et cette mon¬ tagne où se posent ses pieds est auprès de Jé¬ rusalem, du côté de l’Orient, d’où vient le soleil de justice, et est complanté de ces oliviers des¬ quels il est dit : « Tes enfants sont comme de jeunes pousses d’olivier autour de ta table. » Cette partie donc s'ouvre du côté de TOrient tium rumpere cogitur ; qui cum per naturam dulcis sit, vitio nostro Tuapoou xpa^verat, id est, « amarus efficitur », non sibi, sed patientibus, quibus amara tormenta sunt. Iste qui alibi loquitur per pro- pbetam : « Ego sum Deus, et non commutor, » Malach. ni, 6 , et ad ipsum dicitur : « Tu autem idem es, et permanes, » Psal. ci, 28 , et in Epistola Jacobi : « Apud quem non est commutatio ; Jac. i, 17 ; nunc egreditur et præliatur sicut in die certami- nis, quando Pharaoncm in mari submersit Rubro, et pro Israelitico populo dimicavit Exod. xiv. Et sta- bunt pedes ejus his quorum misertus fuerit, et nequa- quam movebuntur, ut rursum de eo dicjt possit: « Et Dominus tuba canet ; et ambulabit in comminatione iræ suæ. Zach. ix, 14. Nec ambulabit, déclinante jam sole, et vicinis tenebris post meridiem, quod super Adam eum fecisse legimus. Gen. m. Gumque steterit, non stabit in valle et in locis liumilibus, sed in monte, qui non infructuosas arbores habeat, et sil- vam sterilem ; sed ubi oliveta nascuntur, quibus alitur lumen æternum , et solvuntur infirmita- tes, et requies lassis tribuitur. Et ipse mons Oli- varum in quo stant pedes Domini, contra Jérusalem est et ad Orientem, unde oritur sol justitiæ* illisque 432 SAINT JÉROME qui est complantée de ces arbres des nations dont l'une d’elles tient ce langage : « Je suis comme un olivier fertile dans la maison de Dieu. » Psalm. n, 10. L’autre partie s'ouvre, du côté dé l’Occident et de la mer, par un gouffre béant : c’est le peuple de la circoncision auquel, par le prophète, Dieu adresse ees paroles : « Pourquoi ma bien-aimée a-t-elle commis l’a¬ bomination dans ma maison? Est-ce que les vœux et les viandes sacrées te purifieront de tes œuvres mauvaises ? » Jerem. xi, d 5 ; ou chercheras-tu un refuge en elles? Cette bien- aiméé a dans la maison de Dieu commis l’abo¬ mination jusqu’à crucifier le Fils de Dieu et jus¬ qu’à entendre : « Le Seigneur vous appela du nom d’olivier touffu, verdoyant et magnifique, » et tes rameaux sont devenus inutiles, parce qu’ils ont été détachés du vrai tronc, pour que nous fussions hantés en leur place. Regardez le mode mystérieux des Écritures : quand il est question de cette portion qui regarde du côté de l’Occident et qui est battue par les flots de l’onde amère , il ne dit pas qu’elle est simple¬ ment dans la mer, mais dans un gouffre abrupt et profond de la mer. Michée en fait aussi men¬ tion : « Je ferai rouler ses pierres dans la vallée ; » nul doute qu’il ne s'agisse de Jérusalem, « et je mettrai à nu ses fondements. » Mich. 3, 6. Voilà ce que, d’après la faiblesse de nos moyens, nous avons essayé de dire sur ces passages profondément difficiles et obscurs. Les Juifs, qui olivis consifus est, de quibus dicitur : « Filii tui sicut novellæ olivarum, in circuitu mensæ tuæ. » Psal. cxxvn, 3. Cujua media pars scindetur ad orienteni, in qua sunt arbores plantatæ dcgentibus, de quibus una loquitur : « Ego autem sicut oliva fructifera in domo Dei. » Psal. u, 10. Et altéra media pars scin¬ detur ad Occidentem et mare, prærupto grandi valde, qui circoncisionis est populus, ad quem Deus loqui¬ tur per propheLam : « Quid dilecta mea in domo mea fecit abominationem ? Numquid vota et carnes sanctæ auferunt a te malitias; » Jerem . xi, 15 ; aut in his effugies ? Hæc dilecta in domo Dei fecit abomina¬ tionem, ut Dei Filium crucifigeret, et audiret : « Oli- vam umbrosam, et nemorosam pulchritudinem vocavitDominus nomen tuum ;» et inutiles factisuDt rami tui, qui fracti sunt de bona radice, ut nos in locum eorum insereremur. Et animadverte mysteria Scripturarum, quando [al. quomodo] media pars quæ vergit ad Occidentem, et saisis atque amans fluctibus tunditur, non simpliciter in mari esse dicatur, sedin prærüptà maris voragine et magna nimis, de qua et Michæas loquitur : « Detraham in vallem lapides ejus, » hauddubiumqüin Jérusalem, « et fundamenta ejus revelabo'. » Mich. î, 6. Hæc ut in locis difficillimis suivent la lettre qui tue, s’eflorcent de montrer que le Sauveur est arrêté sur le mont des Oli¬ viers ; que la montagne elle-même est divisée en deux parties, de façon que l’ouverture d’une d’elles commence du côté de l’Orient et va se terminant du côté de l’Occident, et qu’au milieu est un abîme profond dont une- face regarde l’Aquilon et l’autre le Midi. « Et le milieu de la montagne se partagera, et une moitié se jettera vers le Septentrion et l’autre vers le Midi. Et vous fuirez à la vallée de mes montagnes, parce qu’elle sera réunie jusque près de vous, et vous fuirez comme vous avez fui devant le tremblement de terre aux jours d’Osias, roi de Juda, et le Seigneur mon Dieu viendra et tous les saints avec lui. » Zach. xiv, o. Les Septante : « Et une partie de la montagne s’abaissera du côté de l’Aquilon, et l’autre partie du côté du Midi. Et la vallée de mes montagnes sera comblée, et la vallée des montagnes s’ajou¬ tera jusqu’à Azel, et elle sera remplie comme elle le fut en présence du tremblement de terre aux jours d’Osias, roi de Juda, et le Seigneur mon Dieu se présentera et tous ses saints avec lui. » Là où nous avons dit : « vous fuirez, » les Septante et d’autres interprètes ont traduit : « sera comblée » ou « sera remplie. » Où nous avons écrit : « parce que la vallée des monta¬ gnes sera réunie jusque près de vous, » les Septante ont traduit Azael au lieu de « près de vous ; » Aquila a employé le même mot Azel et valde obscuris, pro tenuitate virium nostrarum diximus. Cæterum Judæi occidentem sequentès lit- teram, conantur ostendere, stantem Dominum super montem Oliveti, et ipsum montem in duas partes esse divisum, et contra Orientem unius partis habeat scissura principium, et altéra pars finem tendat ad Occidentem ; et in medio valde [al. valle] præcipiti, alia purs ad Aquilonem, ad Austrum alia dividatur. « Et separabitur medium montis ad Aquilonem, et medium ejus ad Meridiem. Et fugietis ad vallem mon- tiurn meorum, quoniam conjungetur vallis montium usque ad proximum, et fugietis sicut fugistis a facie terræmotus in diebus O'siæ regis Juda, et veniet Do- minus Deus meus, omnesque sancti cutneo. » LXX : « Et inclinabit media pars montis ad Aquilonem, et media pars ejus ad Austrum. Et obturabitur vallis montium meorum, et adjungetur vallis uiontiuiii usque ad AsaeL: et replebitur sicut replcta esta facie terræmotus in diebus Osiæ regis Juda, et aderit Dominus Deus meus, et omnes sancti cum eo. » Pro eo quod nos diximus, « fugietis, » LXX et reliqui interprètes ep^payO/fastaq id est « obturabitur, » sive « replebitur, » transtulerunt. Et pro eo quod nos posuimus, « quoniam conjungetur vallis montium ÜJMMEMTÀiHlîS Si! U h par un e bref et Theodotion par une long ; Symmaque seul a dit « proximum, » et nous l’avons imité. Développons, pour plus de clarté : Quand la montagne des Oliviers se sera parta¬ gée par une fente profonde, de façon qu’une face de l’abîme regardera l’Orient et l’autre l’Occident, à l’extrémité supérieure de cette gorge escarpée de toute part, il s'ouvrira une excavation au nord et une autre au midi, et ce sera comme un carré à pic et à quatre parties, dont l'une regardera l’Orient, une autre l'Occi¬ dent, une troisième le Nord et l’autre le Midi. Et vous fuirez, dit-il, à la vallée qui est entre le temple et Si on. Ce sont ces deux montagnes du temple et de Sion qui sont appelées les monta¬ gnes de Dieu ; car la vallée du mont des Oliviers, entourée de tous côtés de hauteurs escarpées, étend sa gorge jusqu’à la .montagne sainte du temple. Or, il existe la tradition d’un trem¬ blement de terre au temps d'Osias, roi de Juda, lorsque Ozias, appelé aussi du nom d'Azarias, s'étant emparé illégalement du sacerdoce, fut frappe dé lèpre au visage. Nous lisons au sujet de ce tremblement de terre, au début du livre d’Amos : « Paroles qu’Amos, qui fut des pas¬ teurs de Thecuë, a vues, au sujet d’Israël, aux jours d’Osias, roi de Juda, et aux jours de Jéro¬ boam, fils de Joas, roi d’Israël, deux ans avant le tremblement de terre. » Amos . r, i. Enfin, usque ad proximnm ; » pro proximo, LXX « Asael » transtulerunt, Aquila ipsum verbum Hebraicum po¬ sait asül per « e » brovem literam Theodotio per extensam (âÇïjX) ;solusSyinmachus(tproxinuun» interpretatus est, quem et nos secuti siirnus. Dica- mus Tcapa^paoTtxwç, ut possint patere quæ scripta sunt : cum mous Oliveti grandi voragine præruptus fuerit, ita ut unapars voraginis ad Orientem, altéra ad Occidentem respiciat, repente et in ipsa voragine excelsa ex utraque parte prærupto, ali a vorago rum- petur ad Âquilonem, alia ad Austrum, et præruptum qnadrangulum fiet, ut quadrifariam in quatuor pla- gas Orientis et Occidentis, Aquilonis et Àustri vorago tendatnr. Et fugietis, inquit, ad vnllem quæ est inter templum et Sion. Hi cnim templi et Sion duo mon¬ tes, Dei montes appellantur ; quia vallis ilia montis Oliveti, quæ præruptis bine atque inde montibuscin- gitur, usque ad templi montern qui sanctus est, suam voraginem trahit. Terræmotus autem in diebus Osiæ regis Juda, illius temporistraditur, quando Osias, qui altero nomineAzarias dicitur, illicitnm sibi sacerdo-, tium vindicare conatus,leprapercussusin fronte est, 11 Pctral. xxvi, dcquoterræmotn et in Amos principio legi- mus : « Verba Amos qui fuit in pastoralibus de The- eue, qnæ vidit super Israël in diebus Osiæ regis Juda, et in diebus Jéroboam filii Joas regis Israël, ante TOME IX. E DHOPMEÏK ZACMÀ1ÜE. 433 après la mort du roi impie dont l’irréligion fit comme émouvoir la terre, Isaïe eut sa remar¬ quable vision qu’il a racontée dans son livre. Isa. i. Passons au sens spirituel. Après que le mont des Oliviers s'est partagé à l’Orient et à P Occident par la vocation des Gentils et le rejet des Juifs, il se fera encore une autre rupture au Nord et au Midi, Le Nord se reliera à l’Occident, et le Midi, au versant oriental ; la circoncision se trouvera à gauche, et le peuple chrétien à droite. C’est de ces deux vents que l’Église parle.: « Aquilon, lève-toi, et souffle, toi, Auster, » Cant. iv, 16, de sorte que le glacial Aquilon, qui représente le diable, disparaissant, arrive le doux vent du Midi, que l'épouse recherche en disant : « Où fais-tu paître, où te retires -tu à midi? » Cant. i, 6. C’est de lui qu’en langage mystique parle Habacuc : « Dieu viendra de Theman, » Habac . m, 3, et dans l'hébreu : « Dieu viendra du Midi, » c'est-à-dire « de la pleine lumière. » Et ailleurs lePsalmiste s’écrie: « Vous illuminez merveilleusement du haut des montagnes éternelles. » Psalm. lxxy, 5. Lors donc que sera opérée la grande division des peuples dans tout l’univers, de sorte que les uns se portent à l'Orient et au Midi, c’est-à-dîre à droite, et les autres vers le Nord et l'Occident, c’est-à-dire à gauche, alors tout saint fuira vers la vallée des montagnes de Dieu, dont il a été duos annos terræmotus. » Amos i, 1. Denique post- quarn hic mortuus est rex scelestus, ad cujus impie- tatem omuis terra commota est, vidit Isaias Visio- nem magnam, quam suo volomini intexuit. Isa. r. Trauseamus ad intelligentiam spiritualem. Post- quam mous Olivarum ad Orientem et Occidentem vocatione Gentium et abjectione Judæorum fuerit separatus, rursum alia scissura fiet Aquilonis et Austri. Aquilo jungetur Occidenti, Auster Orientali plagæ ; ad sinistram stabit Circumcisio, ad dextram populus Cbristianus. De bis duobus ventis Eeclesia loquitur : « Surge, Aquilo, et veni, Auster;» Cant. iv, 16, ut Àquilonc vento frigidissimo recedente, qui interpretatur diaboius, Auster calidus ventus adve- niat, quem sponsa perquirens, ait : « Ubi pascis, ubi cubas, in meridie? » Cant . i, 6. De quo et Haba¬ cuc mystice loquitur : « Deus de Theman veniet; » Habac. ni, 3, pro quo in Hebraico scriptum est : « l)eus ab Austro, » id est, « a luce plenissima. » De qua alibi Psalmista conclamat : « llluininans tu mi- rabiliter a mo&tibus æternis. » Psal. lxxv, 5. Dum autem tanta fuerit duorum populorum in toto orbe divisio, ut alii ad Orientem et Austrum, id est, ad dextram ; alii ad Aquilonem et Occidentem, ad sinis¬ tram videlicet separentur, tune quicunqne sanctus est, fugiet ad vallein montium Dei, de quibus supra 28 434 SAINT JEROME parlé plus haut, vers le temple et Sion , c’est-à-dire les deux Testaments, parce que le gouffre qui était auparavant formé des deux montagnes arrivera jusqu’à Azel, ou jusqu'à la maison de Dieu, laquelle est voisine du paradis, de la cé¬ leste Jérusalem et de la sainte montagne où se trouve le temple. Et, comme au temps où, sous le roi lépreux Osias, un violent tremblement de terre glaça de terreur les cœurs des mortels, et les fit s'enfuir ça et là d’épouvante, de même la séparation des deux peuples, et de nouveau l'union des fidèles dans une môme foi trouvera comme une paisible demeure entre les deux montagnes, parce que l’Ancien et le Nouveau ne feront plus qu’un même Testament. Quant au terme « jusqu'à Àzel, » c’est-à-dire « jus¬ qu'au prochain', » cela veut dire que la Loi et l’Évangile sont réunis l’un à l’autre, mais de façon cependant qu’ils sont plus rapprochés que confondus ; nous avons, en effet, aban¬ donné bien des choses de la Loi ancienne et reçu d'autres de la Loi nouvelle. Or, lorsque tout cela aura ôté accompli, alors viendra, dit- il, le Seigneur mon Dieu, et avec lui tous ses saints. SI à la place de « vous fuirez, » que nous avons dit, nous acceptons la traduction des autres interprètes, « la vallée de ces montagnes sera comblée ou remplie, » nous dirons alors que l'avènement du Seigneur notre Sauveur, quand ces deux peuples se trouvent séparés entre eux, comblera et remplira ce gouffre qui séparait ces diximus, templi et Sion, duo videlicet Testamenta ; quoniam vorago ilia quæ prius fueratutriusque mon- tis, tendetur usque ad Asael, hoc est, usque ad domum Dei, quæ vicina est paradiso, et cœlesti Jérusalem, et monti saneto, in quo templum situm est. Et sicut eo tempore quo sub Osia rege leproso vehementissimus tememotus mortalium corda per- terruit, etterritos hue illucque dispersit ; itaduorum populorum separatio, et rursum credentium in una fides societas, inter duos montes placabili sede re- quiescet ; quoniam et Vêtus et Novum instrumen- tum sibi utr umque jungetur. Quod autem dicitur, « usque ad Asael, » id est, « usque ad proximum,» hoc significat, juncta quidem sibi esse duo Instru¬ menta Legis et Evangelii , sed ita juncta ut magis vicina sint quam unita ; multa enim veteris Legis ami si mus , et novæ gratiæ suscepimus. Cum autem hoc fuerit ratione perfectum, tuuc veniet, inquit, DominusDeus meus, omnes que sancti cumeo. Si n au¬ tem voluerimus pro eo quod nos diximus, « fugietis,» sequi illud quod alii interprètes transulerunt, « ob- turabitur, » aive replebitur vallis montium eorum, hoc dicemus, quod adveutus Domini Salvatoris, duo- bus inter se populi separatis, obturet et repleat eam deux peuples, afin qu’ils viennent à lui tous deux de plein pied. « Et en ce jour-là il n’y aura point de lumière; il n’y aura que froid et gelée. Mais il y aura un temps, connu du Seigneur, qui ne sera ni le jour ni la nuit, et sur le soir la lumière paraîtra.» Zach. xiv, 6,7. Les Septante : « En ce temps-là, il n’y aura pas de lumière, mais ce sera le froid et la gelée en ce jour, et ce jour sera connu du Seigneur, et ce ne sera ni le jour ni la nuit, mais sur le soir paraîtra la lumière. » Mainte¬ nant, c’est la prophétie du second avènement du Sauveur, au sujet duquel Jean dit aussi dans l’Apocalypse : « Voilà qu'il viendra avec les nuées, et tout œil le verra, môme ceux qui l'ont percé. » Apoc. i, 7. Le Seigneur déclare dans l'Évangile que le Fils de l’homme doit venir dans les nuées du ciel avec grande puis¬ sance et gloire. Mattk. xxiv. 11 viendra avec les nuées, c’est-à-dire avec les anges, qui sont ses ministres spirituels, et qui sont préposés aux divers offices, et avec les prophètes et les apô¬ tres, dont il est écrit : « Ta vérité est parvenue jusqu'aux nuages. » PscUm. xxxv, 7. Lorsque sera venu le jour de son avènement, il n’y aura pas de lumière, ce sera le froid et la gelée , la charité de tous s’étant refroidie, et, tous, devant la grandeur des maux qui menaceront, tous seront saisis d’effroi et perdront la chaleur de la foi première. Après donc que le froid et la gelée auront contracté tous les pécheurs, il n'y aura voraginem quæ duos populos dividebat, ut plana via ad se mutuo gradiantur. « Et erit in die ilia, non erit lux, sed frigus et gelu. Et eril dies una, quæ nota est Domino, non dies neque nox, et in tempore vesperi erit lux. » Zacht xiv, 67. LXX: «In die ilia non erit lux, sed frigus et gela erit una die, et dies ilia nota erit Domino , et non dies neque nox, et ad vesperam eritlux.» Mani¬ feste de secundo Salvatoris prædicatur ad Yen tu, de quo et Joannes in Àpocolypsi sua [al. s?c] loquitur : « Ecce veniet cum nnbibus, et videbit eum omnis oculus et qui eum compunxerunt. » Apoc. 4, 7. Et Dominas in Evangelio pronuntiat venturum Filium hominis in nubibus cœli cnm fortitudine et gloria multa. Mait'h. xxiv. Veuiet cum nubibus, id est ange- lis, qui sunt ministri spiritus, et ad diversa mittun- pir officia, et cum prophetis atque apostolis, de quibus scrip tum est : « Veritas tua usque ad nubeu.» Psal. xxov, 6. Cumque dies adveutus ejus fuerit im- pletus, non erit lux, sed frigus et gelu, refrigerata omnium charitate, et præ multitudine malorum quæ superventura sunt, frigescentibus cunctis, et calo- rem pristiuæ fidei perdentibus. Postquam autem omnes peccatores frigus suum gpluque contraxerit, ■ COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE ZACHARIE. plus qu’un jour unique et perpétuel, désormais la lumière ne succédera plus aux ténèbres ni la nuit au jour, mais le Seigneur lui-même sera la lumière de tous; l'saïe le dit expressément : « Tu n'auras plus le soleil pour flambeau du jour, ni la clarté de la lune pour éclairer ta nuit, mais le Seigneur sera ta lumière éternelle, et ton Dieu sera ta gloire. » Isa. lx, 19. Et dans un autre endroit il crie aussi à Jérusalem : «Éclaire-toi, éclaire-toi, Jérusalem, car la lu¬ mière est venue à toi, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voilà quo l’obscurité et les ténèbres couvrent la terre au-dessus des nations, mais le Seigneur apparaîtra sur toi, et sa gloire se montrera en toi. Et les rois marcheront à ta lumière et les peuples à la splendeur de ton éclat. » Isa. lx, 1,2, 3. Si une épaisse nuit et les ténèbres pèsent sur la terre des nations, comment les nations marcheront-elles à l’éclat de la lumière du Seigneur? Seront dans les té¬ nèbres ces nations que le froid et la glace auront contractées, mais marcheront à la lumière du Seigneur celles qui auront suivi les rois, les apôtres et les prophètes, desquels il est écrit : « Le cœur du roi est dans la main du Seigneur. » Prov. xxi, 1. Enfin, au temps du soir, à l’heure des ténèbres et de la tristesse de tous les pé¬ cheurs, se lèvera pour les saints la lumière, le jour unique et éternel, jour qui sera connu du Seigneur, car peut-il être ignoré de celui qui l'a fait ; mais alors il est à remarquer comment il una erit dies atque perpétua : nequaquam sibi luce et teuebris, die et uocte succedentibus ; sed ipse Do- minus erit lux omnium ; de quo ïsaias plenius : « Non erit, inquit, tibi sol in lucem diei, neque ortus lunæ illuminabit te per noctem ; sed erit tibi Domi- nus lux æterna, et Deus tuus gloria tua.» Isa. lx, 19. Qui et in alio loco clamat ad Jérusalem : « Illumina- ret illuminare, Jérusalem ; venit enim lux tua super te, et gloria Dei tui super te orta est. Ecce enim te- nebræ et caligo operient terram super gentes ; super te autem apparebit Do minus, et gloria ejus i’n te vi- debitur. Et ibunt reges in lumine tuo et gentes in splendore tuo. » Isa. lx, 1, 2, 3. Si caligo et tenebræ operient terram super gentes, quomodo^rursum gen¬ tes ambulabunt in splendore Dornini? Sedillæ gentes erunt in tenebris quas frigus geluque contraxerit : et illæ ambulabunt lumine Domini, quæ secutæ fuerint reges, apostolos et prophetas, de quibus scriptum est : « Cor regis in manu Domini. » Prov. xxi, 1. De- nique in tempore vesperi, boc est, tenebrarum et tristitiæ omnium peccatorum, sanctis lux erit, et una et æterna dies, quæ si nota erit Domino (neque enim ignorare poterit quam creavit), consideran- dum est quomodo dicat in Evangelio quod diem 435 dit dans l’Evangile, que ce jour n’est connu ni des anges, ni du Fils, mais du Père seul. ' « En ce jour-là, il sortira des eaux vives de Jérusalem, dont la moitié ira àla mer d’Orient, et la moitié à la mer extrême, et elles cou¬ leront soit l’été soit l’hiver. Et le Seigneur ré¬ gnera sur toute la terre. » Zach. xiv, 8. Les Sep¬ tante : « En ce jour-là, une eau vive sortira de Jérusalem, dont une moitié ira à la première mer, et l’autre moitié à la dernière; il en sera ainsi autant en été qu’au printemps ; et le Sei¬ gneur sera roi sur toute la terre.» En cetemps- îà, c’est-à-dire ce jour connu de Dieu seul, où il n’y aura plus de succession de jour ni de nuit,’ mais où brillera une perpétuelle lumière, selon ce que nous lisons dans l’Apocalypse ; « Et la cité n’aura plus besoin de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu tout-puissant sera sa clarté, » il sortira de Jérusalem des eaux vives, sur lesquelles nous avons disserté à l’occasion du témoignage d’Ezéchiel, dont la moitié ira à la mer orientale, que les auteurs grecs appel¬ lent lac Asphaltite, et qu’on appelle vulgaire¬ ment mer Morte, parce que rien ne peut vivre dans ses eaux. L’autre moitié de ces eaux vives ira à la mer la plus lointaine qui conduit en Egypte, et sert de limites à la Palestine. Et il en sera ainsi, l’été et l’hiver, de telle sorte que ces eaux sortant de Jérusalem ne seront ni ar¬ rêtées par la gelée de l’hiver ni desséchées par l’excessive chaleur de l’été, quoique les Septante illam nec angeli, nec Filius noverit, nisi solus Pater. Matth. xxiv. « Et erit in die ilia, exibunt aquæ vivæ de Jérusa¬ lem, medium earurn ad mare Orientale et medium earum ad mare novissimum : in æstate et in hieme erunt. Et erit Dominus rex super omnem terram. Ibid. 8. LXX : « In die ilia egredietur aqua viva de Jérusalem, media ejus pars ad mare primum, et media pars ad mare novissimum : in æstate et in vere erit sic, et erit Dominus in regem super omnem terram.» In illo tompore (hoc enim significat dies quæ soli nota est Domino, in qua sibi non succèdent lux et tenebræ ; sed erit lumen perpetuum, juxta illud quod in Apocalypsi legimus : « Et civitas non habebit ne- cessariam lucem solis, quoniam Dominus Deus om- nipotens lumen ejus erit. » Âpoc. xx, 23. Egredien- tur aquæ viventcs de Jérusalem, de quibus supra. Cap . xm ponentes Ezechielis testimonium, disputa- vimus, quarum media pars ibit ad mare Orientale : quod Græcorum libri ”Acr(paXxttty [?nss. ”Àcr- cpaXtfxrjv] vocant, etvulgo « mare » appellatur « Mor- tuum, ex eo quod nihil in aquis ejus possit vivere. Et media pars ad mare novisimum, quod ducit ad Ægyptum, et tacit littoraPalestinæ. In æstate, inquit, 436 SAINT JEROME aient traduit « printemps ». à la place d'hi¬ ver, ce qui ne convient point à la distinction qu’on veut faire. Lorsque ces eaux vivifiantes seront entrées dans Tune et l’autre mer, et que la douceur de leur onde aura corrigé leurs flots amers, alors le Seigneur sera roi sur toute la terre. L'eau qui sort de Jérusalem, c’est-à-dire de l’Église, représente la doctrine du Sauveur : «De Sion sortira la loi, et la parole du Seigneur, de Jérusalem. » Isa. ji, 3. Selon ce qui est écrit : « Tout est rempli de la science du Seigneur comme ia^mer est remplie par l’abondance de l’onde. » Isa . xi, 0. La moitié de ces eaux ira à la mer orientale, c'est le peuple de la circoncit* sion, qui a été choisi dans les apôtres et parles apôtres, et l'autre moitié ira à la mer lointaine, afin qu’on vienne de l’Orient et de l'Occident s'asseoir avec Abraham, Isaac et Jacob. Dans cette mer orientale et cette mer dernière, voyons l'Ancien Testatement et le Nouveau qui, s'ils ne sont pas adoucis par le flot du Sauveur et son intelligence spirituelle , restent grandement amers ; « la lettre tue et l'esprit vivifie. » Matth. vm. Ce qui vient à la suite : « Elles couleront et l'été et l’hiver, » laisse sous entendre les eaux qui sortent de Jérusalem, de façon qu’en temps de paix comme en temps de persécution, ces eaux vives ne cessent point de couler. Et si, comme l’ont traduit les Septante : « il en est et in hieme ita erit, ut aquæ islæ quæ exibunt de Jérusalem, neegelu constringantur hiemis, ncc æsta- tis ni mi o fervore siccentur ; quamquam pro hieme « vernum tempus » Septuaginta- transtulerint, quoeï ad distinctionem æstatis non convenu. Cumque vitales aquæ utrumque mare fuerint ingressæ, et amaras aquas dulci fl u mine mitigarint, tune erit Do- minus rex super omnetn terram. Aquaquæ egreditur de Jérusalem, hoc est de Ecclesia, doctrinam indicat Salvatoris : « De Sion enim egreditur lex, et verbum Domini de Jérusalem; » Isa. n, 3 ; justa illud quod alibi scriptum est : « Repleta sunt omnia scientia Domini, sicut aqua multa opeviens mare.» ïsa.x i,9. Harum aquarum media pars ibit ad mare Orientale, populum Gircumcisionis, qui in apostolis et per apostolos est electus ; et medium carum ad mare novissimum, ut de Oriente et Occidente veniant qui accu m b en t cnm Abraham, Isaac et Jacob. Vel certe Orientale mare et mare novissimum, inteUigamus Vêtus Instrumentum et Novum, quod ni si flumine Salvatoris et spirituali ejus inteJligentia fuerit dul- coratum, amarissinmm est : occidente littera, et spiritu vivificante. Matth vm. Quodque sequitur : «In æstate et in hieme erunt,» subauditur aquæ vivæ quæ egrediuntur de Jérusalem, ut et in pace et in persecutionibus istæ viventes aquæ manare non ces¬ sent. Sive quia LXX transtulerunt, « In æstate et in ainsi autant en été qu'au printemps, M disons qu'ai or s il n’y aura point d’hiver, mais un prin¬ temps et un été perpétuels, quand «la voix de la tourterelle se fera entendre sur notre terre, où le figuier poussera scs premiers fruits, où les vignes fleuriront, où l’hiver passera, la pluie disparaîtra et cessera. » Can. n. En ce temps le printemps sera tellement nécessaire que les fleurs apparaîtront sur notre terre, afin que nous célébrions Pâques et Pentecôte, fêtes dans les¬ quelles nous passons des choses terrestres à celles du ciel, et où nous offrons à Dieu tous nos fruits. A Pâques, l’hiver finit et le printemps commence ; Pentecôte voit commencer l'été, quand nous faisons à Dieu l’offrande du travail de nos mains et de nos fruits. C’est de cet été et de ce printemps perpétuels que le juste dit au Seigneur : « Vous avez formé l'aurore et le soleil, vous avez fait l'été et le printemps. » Psahn. xxxm, 10, 17. Le Seigneur sera roi sur toute la terre, alors que nous dirons : « Le Sei¬ gneur a régné, que la terre tressaille ; » Psalm. xevi, 1 ; et encore : « Publiez parmi les nations que le Seigneur a régné ; car il a affermi le monde, et il ne sera pas ébranlé. » Psahn. xev, 10. Il connaîtra cette eau vive, justement prise par nous pour la doctrine du Sauveur, celui qui en aura bu et qui aura entendu le Sauveur publier : « Si quelqu’un boit de l'eau que je lui vere ita erit, » boc dicamus, quod illo tempore non sit hiems, sed ver, æstasque perpétua, quando vox turturis au die tu r in terra nostra, et ficus afferent grossos suos, et vincæ Üorebunt, et hiems pertransi- bit, et pluvia recedet, et abibit sibi. Cant. n. In quo [al. illo] tempore idco ver necessarium erit, quia flores apparebunt in terra nostra ut celebremus Pascba et Pentecosten, in quibus de terrenis tran- seamus ad coelestia, et omnesfructus nostro3 offera- mus Deo. In Phase enim hiemis finis, veris exor- diurn est; in Pentecostc æstatis principium, quaudo labores manuum nostrarum et fructuum offerimus Deo. De liac æstate et vere perpetuo justus loquitur adDominum : « Tu fabricatus es auroram et solem, æstatem et ver tu plasmati. » Psal. lxxiu, 16, 17. Tune erit Dominus rex super omnem terram, quando dice- mus : «Dominus regnavit, exsultet terra. » Psal. xevi, J. Et iterum : « Dicite in gentibus, quia Domi- mus regnavit. Eteuim correxit orbeui terræ, qui nou commovebitur. »Psal. xcv, 10. Aquam autem vivam recte a nobis doctrinam Salvatoris expositam, sciet ille qui biberit, et qui Salvatorem audierit præcïican- tem : « Si quis hiberit ex aqua quam ego dabo ci, fiet in eo fous aquæ viventis, et salientis in vitam ætemam. » Joan. iv, 14. Et rursuui : « Qui crédit in me (sicut dixit Scriptura), de ventre ejus egredien- tur flumina aquæ viventis. » Joan. vu, 38. Sicut enim COMMENTAIRES SUR LS PROPHETE ZACHARIE. 437 donnerai, elle de viendra en lui une source d'eau vive et jaillissante dans la vie éternelle ; » Joan. iv, 14 ; et de nouveau : « Celui qui croit en moi, comme a dit l'Écriture, il sortira de son sein des fleuves d’eau vive.» Comme donc celui qui aura bu de sa doctrine aura en lui une fontaine vivante, ainsi celui qui aura cru en lui, d'après ce qui est contenu dans les paroles des Ecri¬ tures, aura des fleuves d’eau vive qui sortiront de son sein. Beaucoup rapportent au baptême ces eaux vives qui doivent être données au printemps et en été, à Pâques et à Pentecôte, à ceux qui en ont soif, lorsque se réalise ce qui est écrit : « Lavez-vous, soyez purs. » Isa. i. 16. « En ce jour-là le Seigneur sera seul Seigneur, et son nom seul révéré. Et toute la terre sera habitée jusqu’au désert, depuis la colline de Remmon jusqu’au midi de Jérusalem; et elle sera élevée en gloire et occupera son ancienne place, depuis la porte de Benjamin jusqu'à l’en¬ droit de la première porte et à la porte des angles, et depuis la tour d’Anamael jusqu’aux pressoirs du roi, et elle sera habitée et il n’y aura plus d'anathème, mais elle se reposera dans une entière sécurité. » Zach. xiv, 9. Les Septante : « En ce jour-là le Seigneur sera seul, et son nom seul révéré ; on entourera la terre et le désert depuis Gabaa jusqu'à Remmon, au midi de Jérusalem. Rhama restera en son lieu, depuis la porte de Benjamin jusqu’à la porte première et la porte des angles, et la tour d’A- qui biberit de doctrina ejus, habebit in se fontem viventem, sic qui crediderit in eo, juxta id quod Scripturarum vocibus continetur, üuinina aquæ vi- ventis egredientur de ventre illius. Aquas viventes multi ad baptismum l'eferunt, quæ in vere et in æstate, hoc est in Pascha et Pcntecoste, sitientibus largiendæ sunt, quando implebitur quod scripLum est : « Lavamini, mimdi estotc. » ha. î, 16. « In die ilia erit Dominus unus, et erit nomen ejus imum ; et revertetur omnis terra usque ad de- serturn de colle Remmon ad Austrum Jérusalem : et exaltabitur, et habitabitur in loco suo, a porta Benjamin usque ad locurn portæ prioris, usque ad portam angulorum ; et. a turre Ananeel usque ad torcularia regis, et habitabunt in ea, etanathema non erit amplius, sed sedebit Jérusalem secura. » Ibid. 9. LXX : « In die ilia erit Dominus unus, et nomen ejus unurn , circuiens omnem terrum, et desertum a Gabaa usque Remmon ad Austrum Jérusalem ; Rha¬ ma vero in loco permanebit, a porta Benjamin, usque ad portam primam, usque portam angulorum et usque ad turrem Anamacl, usque ad torcularia regis habitabunt in ea, et anathema ultra dou erit, et babitabit Jérusalem confidens. » Exstructionem namael et les pressoirs du roi ; ils habiteront en elle et il n’y aura pins d’anathème et Jérusalem se tiendra en sécurité. » La reconstruction de Jérusalem et ces eaux qui sortent du milieu d’elle et qui aboutissent aux deux mers, les Juifs et les chrétiens judaïsants se les promet¬ tent aux derniers jours, où de nouveau la cir¬ concision doit être pratiquée, les victimes of¬ fertes, et toutes les prescriptions de la loi accom¬ plies, de sortes que les Juifs ne deviendront pas chrétiens, mais les chrétiens se feront juifs. En ce temps-là, disent-ils, où le Christ siégera en roi dans la Jérusalem d’or et de pierres pré¬ cieuses, il n’y aura plus d’idoles ni de cultes divers, mais le Seigneur sera le seul Dieu, et toute la terre retournera jusqu’à la solitude, c’est-à-dire en son premier état. Il désigne par leurs noms de quel point à quel autre doit s'élever Jérusalem : de la colline de Remmon, ce qui répond à Gabaa, où l’on voit le grena¬ dier, jusqu'au côté méridional de Jérusalem. Ce qui vient à la suite : « Rhama restera en son lieu, » a été mieux compris par Àquila et ceux qui ont traduit : « sera élevée ; » Rhama, en effet, veut dire « élévation » selon le mot du prophète et de l’Évangile : « Une voix a été entendue dans Rhama, » c’est-à-dire a retenti sur les hauteurs. Matth. n, 18. Ainsi Jérusalem sera exaltée, et rebâtie en sa place première, depuis la porte de Benjamin jusqu’à celle dite des angles, et de la tour d’Ananéel, non Ana- urbis JerUBalem, et aquamm egressum de medio ejus, quæ ad utrumque defluant mare, Judæi et Christiani judaizantes, ultirno sibi tempore repromit- tunt, quando rursum exercenda circumcisio sit, et immolandæ victimes, et omuia legis præccpta ser- vanda, ut non Judæi Ghristiani, sed Christiani Judæi fiant. In die, inquiunt, ilia, quando Christus in Jéru¬ salem aureaatque gemmata sederit regnaturus, non erunt idbla nec divinitatis cultura diversa, sed erit Dominus unus, et revertetur omnis terra usque ad solitudmem, id est, in antiquum statum. Ponitque locorum vocabula a quo loco usque ad quem locum ædificauda sit Jérusalem : de colle Remmon (hoc enim Gabaa sonat, ubi arbor malogranati est) usque ad australem plagam Jérusalem. Quodquc sequitur: « Rhama autem in loco suo permanebit, melius in¬ terprétatifs est Aquila et cæteri, qui posuerunt, « exaltabitur ; » Rhama quippe « exaltatio » dicitur, juxta illud prophetale et Evangelicum : « Vox in Rhama audita est, » hoc est, in excelsis sonuit Math, u, 18. Exaltabitur itaque Jérusalem, et ædifi- cabitur in loco pristino, a porta Benjamin usque ad portam quæ dicitur angulorum, et a turre Ananeel (non ut Græci et Latini male legunt Anamael) usque 438 SAINT JÉROME mael, comme lisent mal les Grecs et les Latins, jusqu’aux pressoirs du roi ; ce qui s’écrit en hébreu Ammelech. Et ils habiteront en elle, c'est- à-dire dans Jérusalem, et il n'y aura plus d’a¬ nathème, plus d’invasion ennemie, plus d'ap¬ préhension, mais Jérusalem sera tranquillement assise, séjour de quiétude et d’éternelle paix. C’est ce que les Juifs rêvent à la lettre, avec nos partisans des mille ans, dont le désir est d’en¬ tendre encore : « Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre,» Gen. i, 28, et qui se promet¬ tent, en compensation de l’abstinence et des légères privations de cette vie, des mets de choix, des oiseaux de Colchide et des faisans non plus ioniens mais juifs; aussi est - ce à bon droit que le Seigneur peut dire d’eux : « Mon esprit ne demeurera pas dans ces hom¬ mes, parce qu’ils sont chair. » Gen. vi, 3. « La chair, en effet, combat contre l’esprit, et l’esprit contre la chair. » Galat. v, 17. Et qu’ils ne nous opposent pas l’Apocalypse de Jean, parce qu’elle môme doit être expliquée au sens spirituel. Quant à nous voyons la céleste Jérusalem dans l'É- glisequi, quoiqu'elle m.archedans la chair, ne vit pas selon la chair, et dont le droit de cité est au ciel. Philipp. ni. Après donc que le Seigneur ad torcularia 'regis : quod Hebraice scriptum est àhuelecïi [al Amaleck]. Et habitabunt, inquit, in ea, hoc est, in Jérusalem ; et anathema amplius non erit, nullus videlicet metus bostilis impetus, nulla formido; sed sedebit vel kabitabitur Jérusalem æter- na pace requiescens. Hæc Judæi juxta litteram som¬ mant, et nostri ^tXiaoxai, qui rursum audire deside- rant: « Crescite et multiplicamini, et replete terrain, Cen. 1, 28, et pro hujus vi tse continentia brevi- que jejuninm, bulbos sibi, et vnlvas, et aves Pkasi- dis (fl), et attagenem, nequaquam lonicum (6), sed Judaicum repromittunt, de quibus vere potest Do- minus dicere : « Non permanebit spiritus meus in hominibus istis, quia carnes sunt. » Ge7i. vi, 3. « Caro enim pugnat contra spiritum, et spiritus contra carnem. » Galat. v, 17. Nec opponant nobis Joannis Apocalypsim. Capxx, quia et ipsa spiritua- liter disserenda est. Nos autem cœlestem Jérusalem interpretemur Ecclesiam, quæ, in carne ambulans, non vivit secundum carnem, cujus municipatus in cœlo est. Philipp. ni. Postquam enim Domi- nus Jésus rex fuerit super ornnem terram, de quo Jésus aura été fait roi sur toute la terre, lui dont le Saint-Esprit dit au Père, parle prophète: « Q Dieu, donnez votre jugement au roi, et votre justice au fils du roi, » Psalm . lxxi, 1, alors il n’y aura que le Seigneur seul, comme il est écrit : « Sachez que le Seigneur est lui le Dieu ; » Beui. îv, 3d ; et que son nom seul est adoré sur les ruines de tout faux culte, selon ce que le pro¬ phète chante : « Seigneur, notre Seigneur, que votre nom est admirable par toute la terre ! » Psalm. vin, 1 ; et encore : « Vous avez glorifié plus que tous votre saint nom; » Psalm. cxxxvti, 2 ; et ailleurs : « Ainsi que votre nom, votre gloire, ô Dieu, est par toute la terre ; » Psalm. xlyji, 11 ; et Habacuc dit aussi : « La terre est pleine de sa louange. » Habac. m, 3. Dieu lui-même parle de la gloire de son nom : « Tu ne connaîtras pas de Dieu en dehors de moi et de mon nom, qui est glorifié au-dessus de tous.» Isa. xlix, 8. Alors sera réoccupée toute la terre où les Juifs habitèrent, jusqu’au désert, c’est-à- dire j usqu’au peuple des nations, qui avait été dé¬ laissé et n’avait pas la connaissance delà loi ; de Gabaa jusqu’à Remraon, ou de la colline jus¬ qu'aux hauteurs, parce que nous nous élevons de la terre et du désert jusqu’aux collines, et des col¬ ad Patrem Spiritus sanctus loquitur per Prophe- tam : « Deus, judicium tuum régi da, et justitiam tuam filio regis » ; Psal. lxxi, t ; tune unus Dominus erit, de quo scriptum est : « Scitote quoniam Domi¬ nus ipse est Deus» ; Veut, iv, 35 ; et unuin nomen ejus, omifi prava religioue calcata, juxta illud quod Propheta decantât : « Domine, Dominus nos ter, quarn admirabile est nomen tuum in nniversa terra» ; Psal. vm, 1 ; et rursum : « Magnifîcasti super omnes nomen sunctum tuum ; « Psal. cxxxvn, 2; et alibi : « Sicut nomen tuum, Deus, ita et laus tua in universa terra ; » Psal. xlvji, 11 ; de quo. et Habacuc loquitur : « Laudis ejusplenn est terra ; » Habac. ni, 3. De cu¬ jus gloria nomiüis ipse Deus loquitur : « Absque me non scies Deum, et præter nomen meum, quod magnificatnm est super omnes. » Isa. xuv, 8. Tune revertetur omnïs terra, in qua kabitavere Judæi uo- que ad desertum, id est, usque adpopulum gentium, qui prius desertus erat, et legi notitiam non kabebat : a Gabaa usque ad Remmon, hoc est, a colle usque ad excelsum, quia de terra et de deserto ad colles, et de collibus ad montana cousurgimus. Unde et (a) Mss. codices leguntjs/tasûZes; sed retinenda lectio librorum avesphasidis, qu'vxpkasidis est noraen substnntivura casus genitivi, non aocusativus pluralis numeri et adjectivum nomen. Sed addamus in codicibus mss. sæpius scriptum esse clementum 1 pro E, et vicissim E pro 1, ut jam sœpissime docuisse me memini antequam næniæ Quæstionum Hicronymianarum Joannis Clerici prodirent in lucem. Sunt porro aves pkasidis, nostri phasiani, aves notæ a Phasi fluvio ad nos traductæ ab Argonautis ; ex ca namque regione in Græciam transportatas dicunt. Vide Martial, lib. xtn, 72. Maut. — Æqucbcnc, quidquid Martianœo videatur, leguntmss, Phasides. (b) lonicum dixit, quia Attageu Ioniens maxime celebratur : consule Plinium, lib. x, cap. 48. Est vero Attagcn avis Àsiatica, quam nos franculinum dicimus, un francolin ; species quædam. phasiani, quæ jam in Gallia et Hispania capitur et maxime per Alpes. Attagen ôlirci e\istimatus inter taras aves, ut ex hoc loeo colligitur. Maut. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 439 lines jusqu'aux montagnes. Voilà pourquoi l’é¬ poux, dansleCantiquedes cantiques, traverse les .basses collines et monte sur les hautes monta¬ gnes, dont il est dit : « Les hautes montagnes pour les cerfs. » Psalm. cm, 18. Si au contraire nous prenons Remmon pour grenadier, et ce mot a cette signification chez les Hébreux, disons alors que les frontières de l’Église partent des collines, pour que s’établisse, ainsi toute la hié¬ rarchie, dont nous avons parlé plus haut, quand nous avons expliqué les plaintes sur un fils unique et comme les pleurs d’Adadremmon. Mais l’Eglise ne se limite point à cette frontière; elle arrivera jusqu’au midi, à la pleine lumière. Nous nous sommes déjà expliqué là-dessus, nous nous bornerons donc, pour ne point fati¬ guer le lecteur de nos répétitions. Et cette Église qui commence aux collines et arrive jusqu’au midi sera exaltée, et elle habitera en son lieu, duquel il est écrit : « ïlme plaça dans un lieu de pâturage. » Psalm. xxu, i. Elle sera de la porte de Benjamin, qui veut dire « fils unique » et non « fils des jours » comme quel¬ ques-uns le pensent mal à propos ; c’est l’un ou l’autre , selon que c’est la lettre N ou la lettre M qui finit le mot. Et elle arrivera jus¬ qu'au lieu de la porte orientale et de la pre¬ mière porte jusqu’à la porte des angles. Nous commençons par la vertu, c’est ce que repré¬ sente la droite, et nous arrivons jusqu’à la porte première, pour que par elle nous péné¬ trions jusqu’aux autres, et aussitôt se présente sponsus in Cantico canticorum transilit colles qui minores sunt, et salit super montes exeelsos, Cant , il, de quibus scriptum est : «Montes excelsi cervis. » Psal. cm, 18. Sin autein Remmon malogranatum ac- cipere volumus (utrumque cnim apud Hebræos in- terpretatur), hoc dicamus, quod fines Ecclesiæ de collibus incipiant, ut omnis ordo ccclesiasticus cons- truatur, de quo supra diximus, quando interpretati sumns planctum unigenîti, et planctum sicut Ada- dremmon. Nec hoc est Ecclesia fine contenta ; sed perveniet usquc ad Austrum in luce plenissima, super quo dudum exposuiinus, et nunc idcirco reticemus, ne eadem.sæpius inculcantes, lectori simus fastidio. Et exallabitur Ecclesia quæ ccepit a collibus, etper- venit ad meridiem ; et babitabit in loco suo, de quo scriptum est : « In loco pascuæ ibi me collocavit. » Psal. xxu, 1. A porta Benjamin, qui interpetatur « filius dexteræ », et non « films dierum », ut male quidam suspicantur ; aliud est enim si in h un litte- ram, aliud si in siem finiatur. Et perveniet usque ad locum portæ orientalis et prioris, usque ad portam angulorum. A virtute incipimus ; hocquippe dextera significat ; et pervenimus usque ad portam priorem, à nouslaporte des angles, où se trouve la pierre angulaire « que les constructeurs ont rejetée et qui est devenue la principale de l’angle. » Psalm . cxvii, 22. C’est elle qui joint les deux murs et qui unit en un seul les deux peuples. C’est d’elle que Dieu parle par Isaïe : « Voilà que je poserai dans les fondements de Sion une pierre angulaire, choisie et précieuse, et celui qui croira en elle ne sera pas confondu. » Isa. xxvrii, 16. Cette pierre angulaire a voulu qu'il s’en établisse d’autres angulaires comme elle, afin que Paul pût dire librement : « Vous êtes bâtis sur le fondement des apôtres et des pro¬ phètes, dont la pierre angulaire est Jésus-Christ même. » Ephes. n, 20. Ils n’imitent point ces pierres, les hérétiques qui font tout en vue de la vaine gloire et du gain, et prient aux angles des places en abandonnant le droit sentier. Tout angle, en effet, brise la ligne droite, et voilà pourquoi la courtisane, dans les Proverbes, de quelque façon que nous voulions l’accepter, ne sait pas tenir ses pieds en repos chez elle ; mais ou elle court dehors ça et là, ou elle tend ses pièges aux angles des places, lorsqu’elle voit un jeune homme inexpérimenté, car elle ne provoque pas celui en qui elle croit voir la prudence et la maturité de l’àge, et duquel il est écrit : « Les cheveuxblancs de l'homme sontla sagesse; » aussitôt elle l’entreprend, l’embrasse, le carresse et l’amène aux mauvais lieux et l’invite à s'unir à elle. Abandonnons donc les angles seulement apparents et passons aux ut per eam ingrediamur ad cæteras ; statimque nobis occurrit porta angulorum, ubi angularis lapis est, « quem reprobaverunt ædificautes, et factus est in caput angult. » Psal. cxvn, 22. Qui angularis lapis parietem utrumque connectit, et duos populos in unurn redigit, Ephes. ir, de quo et Deus loquitur per Isaiam : « Ecce pouam in Sion lapidem angularem, electum et prætiosumin fundamentis ejus ; et qui crediderit in eum, non confundetur. » Isa. xxvm, 16. Hic lapis angularis et cæteros lapides angulares su- perædificari sibi voluit, ut apostolus Paulus posset libéré dicere : « Ædificati super fundameutum apos- tolorum et prophetarum, ipso summo angulari la¬ pide Ghristo Jesu. » Ephes. u, 20. Hos lapides non imitantur hæretici, qui omnia gloriæ et lucri causa faciunt, et orant in angulis platearum, rectam semi- tam relinquentes. Omnis enim angulus rectam li- neam frangit ; et idcirco meretrix in Proverbiis cap. vu, utcumque eam accipere voluerimus, cujus non quiescunt pedes domi, sed ante fo ri s vagatur, aut in omnibus iusidiatur angulis platearum, cura vident juvenem iusipientem (non invitât enim quem seuserit esse prudentem et maturum senectute, de 440 SAINT JÉltUME angles fermes et solides du Christ, pour qu’aus- sitôt après y être parvenus, se présente la tour d'Ananéel, qui s’interprète : « Très agréable de Dieu. » Quoi de plus gracieux que la tour de Salomon, dont- il est dit à T épouse : ((Votre cou est comme la tour de David qui s’élève à Thalphioth, où mille boucliers sont suspendus avec tous les javelots des plus vaillants. » Gant. v, 5. C’est cette tour que le Seigneur, dans l’Évangile, veut qu’on élève, après avoir'.préala- blement estimé les frais et le coût. C’est à son sujet qu’il est dit à Jérusalem : « Que la paix soit dans ta forco et l’abondance sur tes remparts; » Psalm. cxxi, 7; et que le juste dit à Dieu : « Vous m’avez emmené, car vous vous êtes fait mon espérance, et une tour puissante en face de l’ennemi. » Psalm. lx, 4. De la tour d’Ananéel nous sommes parvenus aux pressoirs du roi, qui font le sujet de trois psaumes. Isaïe dit aussi : «J’ai foulé seul les pressoirs, » Isa. ixur, 3, afin qu’en eux déborde notre vendange, que nous exprimions les grappes et que nous foulions le moût rougi du sang du Christ et que nous buvions le vin qui réjouit le îcœur de l’homme ; Psalm, cm ; c’est à quoi aspire l’é¬ pouse en parlant aux familiers de l’époux : « Introduisez-moi dans le cellier du vin, étendez sur moi la charité. » Gant, n, 4. Si c’est à ces pressoirs que nous nous ennivrons, nous habi- quo scriptum est Sap. iv, 8 : « Cani hominis sa- pientia ejus » ), statim apprehendit, et oscnlatur at- que blanditur, et ducit ad lupanar, et invitât ad coitum. Relinquamus igitur simulatos augiüos, et ad firmos atque robustos Christi angulos transeamus, ad quos cmn pervenerimus, statim nobis occuvrit turris « Ànaneel, » quod imterprctatur, « gratissimus Dei. » Quid enim turre. Salomouis gratius est ? de qua ad sponsam dicitur : « Sicut turris David cer- vix tua, quæ ædiffi'cata est in Thalphioth : mille scuta pendent super illam, omuia jacula potentium. » Oant. îv, 4. Hanc turrim Dominus in Evangelio, Luc. xiv, ædificari vnlt, expensis prius et sumptibus suppu- tatis ; et de qua dicitur ad Jérusalem : « Fiat pax in virtute tua, et abundantia in turribus tuis, » Psal. cxxi, 7, de qua et sanctus ad Dominum loquitur : « Deduxisti me, quoniam factus es spes mea, turris fortitudinis a facie inimici. » Pmi. lx, 4. De turre Auaneel pervenimus ad regis torcularia, pro quibus et .très psalmi titulum habent. Et Dominus dicit in Isaia : « Torcular calcalvi solus, » Isa. lxhi, 3, ut cxu- beretinillis nostva vindemia, et exprimamus botros, et mbentia in Christi sanguine musta calcemus ; ut bibamus viuum quod hetificat cor hominis; Psal. terons dans cette Jérusalem, où il n’y aura plus d’anathème, c’est-à-dire d’abomination et de malédiction. Aussi l’Apôtre dit-il : « Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit anathème ; » I Cor. xvi, 22 ; et ailleurs : « îl n’y a personne qui, parlant dans le Saint-Esprit, dise anathème à Jésus. » I Cor. xii, 3. Et il désire être anathème lui-même pour le salut de ses frères, voulant imiter son Seigneur qui, quoiqu’il ne fût point la malédiction, s’est fait malédiction pour nous. Gat. ni. A l’abri de tout anathème, Jérusalem se tiendra confiante et en sécurité, justifiant en elle-même cette parole : « Celui qui se confie dans le Seigneur est heureux ; il est mieux de mettre sa confiance en Dieu qu’en un homme. » Psalm. ex vu, 8. Elle prophète Jérémie, parlant de cette sécurité et de cette confiance, dit aussi : « Bienheureux sera l’homme qui s’est confié au Seigneur. » Jerem. xvn, 7. « Et voici la plaie dont le Seigneur frappera tous les peuples qui auront combattu contre Jérusalem : la chair de chacun tombera en pourriture de leur vivant, et leurs yeux pourri¬ ront. dans leur place naturelle, et leur langue séchera dans leur bouche. » Zack. xiv, 12. Des Septante : « Et voici le mal dont le Seigneur frappera tous les peuples qui auront combattu contre Jérusalem : leurs chairs tomberont en lambeaux, tandis qu’ils seront encore sur leurs cm; et sponsa desiderat sponsi sodalibus loquens : « Inducite me in cellam vini, ponite super me chu- ritatem. » Cani. u, 4. Si nos istiusmodi inebriariut torcularia, habitabimus in Jérusalem, in qua ana- thema ultra non erit, maledictio videlicct et aborni- natio. Unde dicit et Apostolus : « Si qnis non amat Dominum, sit anatbema. » I Cor . xvi, 22. Et in alio Ioco : « Nemo in spiritu Dei loquens, dicit anatbema Jesu. » I Cor . xii, 3. Et pro fratrum salute anatbema essecupit ( a ), imitari volens Dominum onam, quiet ipse cum non esse maledictio, pro nobis factus est maledictio. Galat. in. Ablato autem omni anathe- mate, liabitabit Jérusalem secura atque confidens, et illud in se exprimens : « Qui confidit in Domino, beatus est. » Et : « Melius est confidere in Domino quam confidere in homine ; » Psal. cxvii, 8 ; de qua securitatc et confidentia Jeremias propbeta. commé¬ morât : « Benedictus erit liomo qui confidit in Do¬ mino. » Jerem . xvit, 7. « Et hæc erit plaga qua percutiet Dominus omnes gentes quæ pugnavenmt adversum Jérusalem. To_ bescet caro uni uscu jusque stautissuperpedes suos, et oculi ejus contabescent iu foraminibus suis,etlingua corumcontubescetin ore suo.(Vulg. eorum).»Ibid. 12. (a) Xotamla isthœc Hicronymi expooitio propfer imperitiam crilicorum ncolericorum, qui volunl Paulum aliter scusisse, cl contra unanimem sanctorum Patrum consensum doccnt multa quœ nesciunt, in hoc sc doctos arbitrantes, si inaudita et nova loquantur. Maut. 441 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. pieds, et leurs yeux sortiront de leur orbite et leur langue sécfiera dans leur bouche. » La page présente de l'Écriture constate ce que doivent souffrir les peuples qui ont' combattu contre la ville du Seigneur : ils seront encore sur leurs pieds, dit-elle, et leur chair se pourrira et se délaiera, et leurs yeux seront en putréfaction et sortiront de leur orbite ; leur langue vantarde, qui blasphémait le peuple de Dieu, se décompo¬ sera en sanie et se putréfiera entre leurs dents. U est manifeste pour tous que ces châtiments n’ont pas frappé les Romains qui renversèrent Jérusalem. Peut-être les Juifs affirment-ils qu’ils sont réservés aux nations qui doivent s’armer contre là Jérusalem d’or et de pierreries. Quant à nous, nous dirons que tous les persécuteurs qui ont affligé l’Église du Seigneur, pour ne point parler des tourments â venir, ont reçu, même en cette vie, le châtiment de leur con¬ duite. Lisons dans l’histoire ecclésiastique ce qu’ont enduré et Dèce, et Dioclétien, et Maxi¬ mien, et le plus barbare de tous. Maximin, et naguère Julien, et les faits démontreront, réali¬ sée à la lettre , l’assertion prophétique que leurs chairs ont pourri, que leurs yeux ont séché et que leur langue est tombée en sanie et en pourriture. Or, s’il semble à l’hérésie que par là se montre la cruauté de Dieu, qu’elle apprenne que tout cela n’arrive qu’afin que le bien s’aug¬ mente par la ruine même du mal. Celui, en effet, qui demeure dans le Seigneur et avec le Seigneur verra disparaître les choses de la chair pour que s’élèvent celles de l’esprit, elles yeux qui voyaient mal tomberont de leur orbite pour que d’autres s’y placent qui puissent regarder le Seigneur avec le prophète, disant : « J’ai levé mes yeux vers vous, qui habitez dans les cieux. » Psalm. cxxn, 4. Et la langue blas¬ phématrice pourrira assez pour qu’il en naisse une autre qui glorifie le Seigneur et puisse dire : « Ma langue méditera votre justice et votre louange pendant tout ce jour. » Psalm. xxxiv, 28. Aussi Sirnéon, en recevant l’enfant dans ses bras, et pressentant l’avenir, dit : « Voilà que celui-ci est placé pour la ruine et la résurrection de beaucoup ; » Luc. u, 34, pour que tous les - maux meurent et que germent tous les biens. Voilà comment le Seigneur même dit : « C’est en j ugement que j e suis venu dans ce monde, afin que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Joan. îx, 39. Le peuple des gentils ne voyait point, et par la foi du Christ il a commencé à voir la lumière de la vérité qui parle par le prophète : « L’es¬ prit du Seigneur est sur moi, c’est pourquoi il m’a sauvé, m’a envoyé évangéliser les pauvres, LXX : « Et hæc erit ruina qua percutiet Dominus omnes populos qui militaverunt contra Jérusalem. TaJbescent carnes eorum stantium super pedes suos, et oculi illorum defluent de foraminibus eorum, et lingua eorum tahescet in orc eorum. » Quæ pas6ur£e sint gentes quæ contra urbem Domini dimicabunt, præsens Scriptura testatur : Stabunt, inquit, super pedes suos, et caro eorum tabescet et defluet, et oculi eorum computrescent, et de suis foraminibus excident ; lingua magniloqua, quæ Dei populum blas- phemabat, solvetur in saniem, et intra vallum den- tium computreset. Hæc passos non esse Romanos qui Jérusalem subverterunt, cunctis perspicuum est ; nisi forte Judæi illas nationes asserunt(Al. asserené) perpessuras, quæ contra auream et gemmatam di- micaturæ sunt Jérusalem. Nos autem dicemus om¬ nes persecutores qui afflixerunt Ecclesiam Domini, ut taceamus do futuris cruciatibus, etiam in præsenti sæculo récépissé quæ fecerint. Legamus Ecclesias- ticas historias, quid Valerianus, quld Decius, quid Diocletionus, quid Maximianus (a), quid sævissimus omnium Maximinus, et nuper Jnlianus, passi sint : et tune rebus probabimus, etiam juxtalitteram, pro¬ phétie veritatem esse completam, quod computre- rint carnes eorum, et oculi contabuerînt , et lin¬ gua in pedorcm et 3aniem dissoluta sit. Porro si ex hoc dicto hæreticis crudelitas Dei videtur os- tendi, audiat hæc universa fieri, ut deficientibus malis s'uccrescant bona. Qui enim in Domino et cum Domino stoterit, defluent ejus carnalia, ut oriantur spiritualia, et oculi qui male videbant,cadent de fora¬ minibus suis, ut alii reponantur qui possint Domi- num suscipere cum propbeta dicente : « Ad televavi oculos meos, qui habitas in cœli9. » Psal. cxxi, 1. Et lingua blaspbemans ideo computrescet, ut altéra lingua nascatur, quæ glorificet Deum, et possit di- cere: « Lingua mea meditabitur justitiamjtuam, tota die lauderu tuam. »P$al. xixiv, 28. Unde et Simeon suscipiens in ulnis infantem, et futura prænuntians, ait : « Ecce bic positus est in ruinam et resurrec- tionem multorum, » Luc. n, 34, ùtmala cadant, etop- tima suscitentur. Unde et Dominus : « l'n judicium, » inquit, « ego veni in hune mundum, ut qui non vi¬ dent, videant, et qui vident, cæci fiant.» Joan , ix, 39. Non videbat gentilium populus, et post ficlemCbristi cœpit veritatis lumen aspicere, quæ loquitur per pro- (a) lnterserit idem ms. quid Licinius ; qui quidem et immanissime in Christianos sECX’iit, et tandem a müîlibus interfectus est. De cœtcris ita Hicronymus colligit, quod Maximiano carnes computrucriut, tabe oculoruin interient Maximinus, linguæ pedove et sanie Diocletianus. Priores duos, Yalcrianum et Decium, ut et postremum Julianum, ad prophetæ yerba non trahit, nisi co quod Domini ultio apparuerit m adversasrioz c)us> ut ipse ait supra in Kalium, cap. r. Confer aureum Lactantii libellum , de mprtibus Perséeutorunu (Edit. Mign.) 442 SAINT JÉROME et prêcher aux captifs le pardon, et aux aveugles, pour qu’ils voient, et qu’ils soient éclairés par la sagesse, » Isa, lxi, 4, 2, de laquelle il est écrit : « La sagesse de l’homme illumine son vi¬ sage. » Eccl. viii, 4. Nous lisons aussi dans les psaumes : ce Le Seigneur illumine les aveugles,)) ou, « il les rend sages. » Vsal. cxlv. Le mot aoipoi en est l’expression bien claire. Les Juifs voyaient; mais, parce qu’ils n’ont point voulu recevoir la lumière, ils ont été frappés d’une éternelle cécité. « En ce temps-là le Seigneur excitera un grand tumulte parmi eux, et l’homme prendra la main de son prochain et mettra la main dans la main. Mais Judas même combattra contre Jérusalem et toutes les richesses de toutes les nations seront rassemblées tout autour, or, argent et vêtements en grand nombre. » Zach. xiv, 43, 14. Les Septante : « En ce temps-là, il y aura parle Seigneur grande épouvante parmi eux, et chacun prendra la main de son prochain et sa main s'unira à celle de son prochain, et Judas se préparera pour Jérusalem et la force de tous les peuples se réunira tout autour, or, argent et vêtements en grand nombre. » Quand seront arrivées ces étonnantes choses, que les chairs des ennemies se détachent, que les yeux se dessèchent et que la langue des blasphéma¬ teurs tombe en pourriture dans leur bouche, alors il y aura grand tumulte ou grande épou¬ vante parmi eux. C’est ce que rend le mot exetaerfç, qu’ont employé les Septante. Et chacun pren¬ dra la main de son frère et ils se mettront la main dans la main l’un de l’autre de frayeur et à cause de la grandeur des calamités fon¬ dant sur eux. Judas aussi s’éleva contre sa métropole (nous en avons parlé plus haut, chap. xn), et le Seigneur lui donna la victoire; toutes les richesses des nations qui combattirent contre Jérusalem seront donc apportées tout autour, or, argent, habits de toutes sortes, à savoir les plus précieuses matières. L’infortuné Judas s’en promet la conquête, dans l’espoir de posséder cet or, lui qui a estimé le Seigneur trente deniers. Quant à nous, suivant notre mé¬ thode ordinaire, rapportons tout cela au bon¬ heur de l’Église, en ce sens que tous ceux qui sont ses membres admirentla défaite de ses enne¬ mis et leur propre félicité, et que chacun prend la main de son frère afin d’unir leurs mains et de ne faire qu’un par la même foi et les mêmes intérêts. A l’égard de ce que porte l’hébreu : « Et Judas combattra contre Jérusalem » et que les Septante ont traduit : « Et Judas se prépa¬ rera pour Jérusalem, » entendons -le dans les deux sens, parce que Judas, qui autrefois con¬ fessa le nom du Seigneur et qui, pressuré par les persécutions, poursuivit lui-même le peüple du Christ, reviendra lui-même àlajoie. En vérité, que Judas, que quiconque confesse Dieu et est phetam : « Spiritus Domini super me, propter quod unxit me, evangelizare pauperibus misit me, prædi- care captivis remissionnem, et cæcis ut videant, et illuminentur sapientia,» Isa. lxï, 4, 2, de qua scrip- tum est : « Sapientia hominis iilumat faciemejus.» Ecclc. v m, 1. Et inPsalmis legimus : « Dominus illu¬ minât cæcos, » sive «sapientes facit. » Psal. cxlv. Hoc enim magis slgnificat ooepen. Videbant Judæi ; et, quia lumen recipere noluerunt, æterna cæcitate coo- perti sunt. « In die ilia erit tumultus Domini magnus in eis ; et apprehendet vir manum proximi sui, et con- feretur manus ejus super manum proximi sui. Sed et Judas pugnabit adversum Jérusalem, et congre- gabunlur divitiæ omnium gentium in circuitu : aurum, et argentum, et vestes rnultæ satis. » Ibid. 14. LXX : « Et erit in die ilia stupor Domini magnus super eos ; et apprehendet uniusquisque manum proximi sui, et adhærebit manus ejus in manu proximi sui ; et Ju¬ das præparabitur in Jérusalem, et congregabit robur omnium populorum per circuilum : aurum, et ar¬ gentum, et vestes multas nimis. » Gum hæc fuerint expleta miracula, ut caro liostium deüuat, tabescant oculij'etlingua in oreblasphemantium computrescat, tune erit magnus tumultus, sive stupor in eis ; hoc enim signifient excnraaiç quam LXX transtulerunt. Et apprehendet unusquisque manum proximi sui, et conferetur mauus cum alterius manu, præ for- midine, et malorum poudere, quæ supervenient. Ju¬ das quoque pugnavit conlra metropolim, de quo et supra., cap. xn, diximus, et a Domino concessa Vic¬ toria : congregabuntur divitiæ omnium gentium quæ militaveruht contra Jérusalem, aurum et argen¬ tum, et vestium multitudo, quæ in rebus pretiosis- sima sunt. Hæc sibi infelix Judas promittit, aurum accipere sperans,, quæ triginta argenteis Dominum appretiavit. Nos autem cœptum sequentes ordi- nem, omnia ista referamus adEcclesiæbeatitudinem, quod cuncti qui in ea fuerint admirentur subjectio- nem hostium, et suam felicitatem, et unusquisque appreliendat manum proximi sui , ut conférant dexteras, et mu tua fide ac necessitudine copulen- tur. Quod autem in Hebraico legimus : « Et Ju¬ das pugnabit adversum Jérusalem ; » pro quo LXX transtulerunt : « El Judas præparabitur in Jérusalem, » utroque modo accipiamus, quod Judas qui quondam Domini confessus est nomen, et in persecutionibus coactus, Christi populum perseçu- tus est, et ipse vertatur ad lætitiam. Vel certe Judas, omnis confitens et fidelis, non adversum Jérusalem COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 443 fidèle, ne s'élève pas contre Jérusalem, mais se prépare en faveur de Jérusalem, pour combattre ses adversaires. Judas donc ramassera les ri¬ chesses de toutes les nations d'alentour, l’or, l’argent et des vêtements sans nombre. L'or et l’argent se prennent pour l’intelligence, et la parole, nous l'avons dit souvent ; nous devons donc entendre également dans le même sens ces vêtements dont est parée l’Église du Christ, dont il est écrit : « La reine se plaça à votre droite dans un vêtement d’or et entourée d'or¬ nements variés. » Psalm. xliv, 10. C'est de ces vêtements que la multitude des croyants se fé¬ licite d’être revêtue et dit : « Je me réjouirai dans le Seigneur, parce qu'il m'a revêtue des vêtements du salut et de la tunique de la joie, » Isa. lix, d’après les Septante. Le Seigneur lui avait dit, en effet : « Je t’ai revêtue -pr/aTtTotç et de fin lin. » Ezech. xvi. Entendons par Tptyaîu-otç des habits transparents et tellement beaux et fins qu'ils semblent tissus de cheveux. Ces vêtements, l'Église les rassemble pour pouvoir en revêtir son peuple, à qui il est recommandé par le véri¬ table orateur : « Qu'en tout temps vos vête¬ ments soient sans tache. » EccL îx, 8. « Et la perte du cheval, du mulet, du cha¬ meau, de l’âne et de toutes les bêtes qui se trouvent dans ces camps sera en tout pareille à celle-là. » Zach. xiv, 15. Les Septante : « Et la perte des chevaux, des mulets, des chameaux et de toutes les bêtes qui seront dans les camps pugnet, sed præparet se in Jérusalem, ut contra ad- versarios dimicet. Et congregabit ipse Judas divi- tias omnium gentium in circuitu, aurum, et argen- tum, et vestes multas nimis. Aurum et argentum in sensu et sermone intelligi sæpe diximus : unde et vestes æque debemus accipere, quibus Christi deco- ratur Ecclesia, de qua scriptum est : « Astitit regina a dextris tuis in vestitu deaurato , circumdata varietate. » PsaL xliv, 10. Quibus vestibus indutam se credentium turba lætatur et dicit : « Exsultabo in Domino, quia induit me vestimentis saluti9 et tunica lætitiæ. 'o Isa, lxi, juxta LXX. Dixerat enim ei Do min u s : « Vestivi te *cpiya7n:oiç et byssinis. » Ezech. xvi. In -cpty&tTOiç vestes tenues accipiamus, quæ tam pulchræ sunt atque subtiles, ut capillorum similes esse videantur. Has vestes Ecclesia congregat, ut habeat quibus induat populum suum, cui a vero concionatore præceptum est : « In omni tempore sint vestimenta tua candida. » EccL ix, 8. « Et sic erit ruina equi, et muli, et cameli, et asini, et omnium jumentorum quæ fuerint in cas tris illis, sicut ruina hæc. » Zach. xiv. 15. LXX : « Et hæc erit ruina equorum et mulorum, camelorum et assino- rum, et omnium jumentorum, quæ fuerint in castris sera semblable à cette perte. » Les Juifs en at¬ tendent l’accomplissement tout charnel sous leur Messie. Grande en vérité est la force du Seigneur, pour que tombent dans les camps ennemis les chevaux, les mulets, les ânes et toutes leurs bêtes, comme seront tombés les hommes eux-mêmes. Triomphe remarquable et glorieuse victoire, que les animaux sans raison soien t atteints quand Dieu combat. Disons done, d’après le sens tropologique , . que tous les mauvais instinets qui, antérieurement, ont com¬ battu contre l’Église tombent, pour que £ élèvent aussitôt les germes heureux. Ainsi celui qui, comme un cheval, hennissait après l’épouse de son frère, et que la passion emportait vers le plaisir et qui croupissait au milieu des honteuses voluptés, s’entendra dire, quand il aura com¬ mencé d’aspirer à la chasteté : «Lève-toi, sortons d’ici; )> Joan.x iv, 3i ; et: « Lève -toi, viens, ma sœur ; » Cant. n, 10 ; et dans l'Apôtre ; « Lève- toi, toi qui dors, et sors de parmi les morts, et le Christ t’illuminera. » Ephes. v, 14. Quand ils se seront donc levés ceux qui étaient tombés et qu'ils auront présenté leur croupes assouplies au Seigneur, ils diront à Dieu : «Montez sur vos che¬ vaux, et en y montant vous les sauvez. » Habao. m, 8. D'après ce sens, regardons comme mulets ceux qui, restant improductifs, ne donnent point des fils, mais ne servent que leurs passions ; c’est d’eux que le psalmiste parle : « Ne vous rendez pas semblables au cheval, ni au mulet qui n’ont illis, juxta ruinam banc. » Et hæc Judæi sub rjXetfJ.- givq) suo carnalitei’ explenda coutendunt. Grandis révéra Domini fortitudo, ut corruant in castris bos- tium equi, et muli, cameli, et asini, etomniajumenta eorum sicut et hommes corruerant [al. corricent]. Magnus triumphus, gloriosa Victoria, bruta animalia Deo pugnante superan. Dicamus ergo juxta cœptam tropologiam , quod idcirco ornnia mala corruant, quæ prius contra Ecclesiam dimicaverunt, ut bona repente consurgant. Denique qui prius equus fue- rat hinniens' ad uxorem proximi sui, Jerem. v, et impatiens ad libidinem ferebatur , et jacebat in turpitudine voluptatum , cum 9equi coeperit cas- titatem, dicetnr ad eum : « Surge, earnus bine. » Joan. xiv, 31. Et : « Surgo, veni, proxima mea. » Cant. n, 10. Et in Apostolo : « Surge, qui dor¬ mis, et exsurge a mortuis, et illuminabit te Chris- tus. » Ephes. v, 14. Cumque surrexerint qui ante ceciderant equi, et mollia terga Domino præbuerint ad sedendum, dicent ad Deum : « Ascende super equos tuos, et equitatio tua salus. » Haàac, iii, Juxta hune sensum mulos accipiamus, qui stériles sunt et non procréant films, sed voluptate lasci- viunt ; de quibus Psalmista commémorât : « Nolite 444 SAINT JEROME aucune intelligence. » Psalm. xxxi, 9. Gomme donc sont appelés chevaux ceux que leurs désirs emportent, ainsi sont â bon droit appelés mulets ceux qui sont vierges de corps et non d’esprit, et quisefont eunuques, non en vue du royaume du ciel, mais en vue des passions des hommes. Lorsque donc ces mulets et ces eunu¬ ques se seront tournés vers la procréation, et se seront donnés des fils spirituels, ils entendront Isaïe leur dire : « Et que lJeunuque ne dise point : Je suis un bois aride ; car voici ce que le Seigneur dit aux eunuques : Ceux qui auront observé les sabbats et embrassé ce que j’ai voulu, et gardé l’alliance faite avec moi, je leur donnerai dans ma maison et dans l’intérieur de mes murailles une place choisie , et un nom meilleur que par leurs fils ou leurs hiles; je leur donnerai un nom qui ne périra pas. » Isa. lvi, 3 et seqq. Les rois d’Israël, et surtout David, en qui on voit une figure du Christ, avait de semblables mulets et mules. II. Reg. xm ; 111. Reg. r. Après avoir compris quels sont les chevaux et les mulets qui ruent et se cabrent, venons-en aux chameaux, animal ruminant et dont l'ongle n’est pas fendu , Levit. xi, et disons que les chameaux ce sont tous les pécheurs de la terre qui sont appesantis par le fardeau du péché et qui se figurent lire les saintes Écritures; mais ils ne divisent pas leur ongle, ils ruminent les paroles divines , et négligent les vérités qui sont fieri sicutequusetmulus, quibusnon estinfeUectus.» Psal. xxxi, 7. Sicut ergo qui proni sunt ad libidinem, equi appellantur ; sic mulos juste vocabiuius, qui virgiu es sunt carne et non spiritu , qui euuuchi- zantuv non propter regua cœlovum, sed propter hominnm voluptatem [al. voluntatem]. Cum igitur isti muli, etisti euuuchi, versi fuerint in progeniem, et spirituales filios procrearint, audicnt Isaiam : « Et ne dicat eunuchus : Quoniam sum lignum aridum. Hæc enim dicit Dominus eunuchis : Qui custodierint Sabbata mea, et elegerint quæ volui, et tenuerint fcedus meum, dabo eis in domo mea et in muro meo locum nominatum, et nomen melius a filiis et filia- bus : nomen sempiternum dabo eis quod non défi- ciet. » Isa. lvi, 3, seqq. Taies mulos et mulas habebant reges Israël, et maxime David, qui refertur ad Christum. Il Reg . xm ; III Reg. i. Si intelleximus qui sint equi et muli mentes et consurgentes, tran- seamus ad GameJos, animal rnmiuaus, ungulamque non findens ; Levit. xi ; et dicamus camelum esse omnes peccatores terræ, qui gravi pcccatorum sarci- na deprimuntur, et videntur sibi sanctas Scripturas legere, sed ungnlam non finrîunt, ruminantes eloquia divina, et ea quæ scripta sunt négligentes. Rectius autem camelus dici potest populus Judæorum, qui écrites. Mieux encore , dans le chameau peut être vu le peuple de Dieu qui, lui aussi, médite la loi de Dieu, la rumine et la renferme dans sa poitrine, mais il ne divise pas son ongle, afin do croire au Père et au Fils; et il est immonde par cela même qu’il ne distingue nullement la lettre de l’esprit, l'ombre de la vérité, et qu'il porte tout le fardeau de la loi et entend le prophète lui dire : « Malheur à toi, nation pé¬ cheresse, peuple rempli de péchés. » Isa . î, 4. De ce genre de chameau qui rumine et ne di¬ vise point son ongle, il est dit dans les Pro¬ verbes comme on dit d’un fils : « Celui qui a cessé de garder la règle de son père, méditera les propos mauvais. » Prov. x. Après le chameau, passons à l'âne, qui jadis errait sans frein, étant immonde, comptait bien des maîtres, et tombait à travers les précipices, afin qu’il se relevât aussitôt de sa chute et qu’il portât le Seigneur notre Sauveur et entrât dans la sainte Jérusalem, et que la foule des enfants croyants l'accueillît en triomphateur; Matth. xxi; Joan. vu. C’est cet âne que le Seigneur est dit avoir attaché â sa vigne et à sa souche, G en. xlix, n, de laquelle il est écrit dans les psaumes : « Vous avez trans¬ porté la vigne de l'Égypte, vous avez chassé les nations, et vous l’avez plantée. » Psalm. lxxix, 9. C’est à cette vigne que le viticulteur lui-même dit : «Je t’ai plantée moi-même, vigne fertile et toute vraie. » Jerem. n, 21. Toutes ces bêtes et et ipse legem Dei meditatur, et eam ruminât et vol vit iu pectore, sed non dividit uugulam, ut credat in Patrem et in Filium ; et in eo iuamundus est, quod nequaquam separat lilteram a spiritu, umbraui a veritate, et portât legis oncra, et audit per propfie- tam : « Væ, gens peccatrix, populus plenus delictis. » Isa. î, 4. De istiusmodi camelo qui ruminât, nngu- lamque uon fiudit, et in Proverbiis quasi ad filium dicitur: « Qui relinquit custodire disciplinam pairis, meditabitur eloquia mala. » Prov. xv. Post camelum traneeamus ad asinnm , qui quondam ferebatur infrenis, et immundus erat, et multos habebut do¬ minos , et per præcipilia îabebatur , ut corruens repente cousurgeret, et portaret Dominum Salvato- rem, et ingrederetur in sanctam Jérusalem, et eum parvulovum turba credcntium susciperet triumphan- tem. Matth. xxi, et Joan. xn. Hune asinum ad vüem et vineam SalvaLor dicitur alligasse, Gen : xlix, 11, de qua in Psalmis scriptum est : « Vineam transtu- listi ex Ægypto, et ejecisti gentes, etplantasti eam. « Psal. lxxix, S. Ad quarn ipse vinitor loquitur : « Ego plantavi te vineam frugiferam totam veram. » Jerem. n, 2 J . Omnia quoque jumenla et animantia, quæ uno nomine propheta comprchendit, pro siugulorum naturis interpretanda sunt, et hoc magis Dei Filio COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE "ZACHARIE. 445- tous ces animaux que le prophète rassemble sous un seul nom doivent être interprétés en raison de la nature de chacun, et cela convient beaucoup plus au Fils de Dieu que tout ce que le peuple Juif conjecture d’une prédiction in¬ sensée, « Tous ceux qui seront restés de tous les peuples qui auront combattu contre Jérusalem, y monteront chaque année pour adorer le roi Seigneur des armées et célébrer la fête des Ta¬ bernacles. » Zctch. yjv, 16. Les Septante : « Et tous ceux qui seront restés de toutes les nations qui seront venues contre Jérusalem, y monte¬ ront chaque année pour adorer le roi Seigneur tout-puissant et célébrer la fête des Tabernacles .» Tous ceux, est-il dit, qui seront laissés des na¬ tions venues contre Jérusalem monteront, cha¬ que année, pour adorer le roi Seigneur des armées et célébrer la fête des Tabernacles. C’est aussi ce que les Juifs se promettent vainement dans ce règne des mille ans, dont cette fête est comme l’inauguration : Le peuple d’Israël étant sorti d’Égypte à travers un vaste , redoutable et complet désert, où ne se trouvait ni maison, ni villa, ni bourg, ni retraite, se construisait des abris, des tentes, que leur ressemblance avec un petit insecte fait aujourd’hui appeler pavillons, où ils demeuraient avec leurs femmes et leurs enfants, où ils mangeaient et où ils évi¬ taient le jour les rayons du soleil, et l’humidité, le froid et la rosée pendant la nuit ; et il fut convertit, quam ea quæ stulta populus Judæorum vnticinatione præsumit. « Et o mues qui reliqni fuerint de uni v ers i s geuti- bus, quæ venerinfc contra Jérusalem, asc en dent ab anno in annum, ut adorent regem Dominum exerci- tuuru, et celebrent festivitatem Tabernaculorum. » Zach. xiv, 16. .LXX : « Et erit, quicunque derelicti fuerint de cunctis gentibus, quæ veneriut contra Jérusalem, ascendent per annos singulos, ut adorent regem Dominum omnipotentem, et celebrent festivi¬ tatem Tabernaculorum. » Omnos, inquit, qui relicti fuerint de gentibus quæ venerint contra Jérusalem, ascendent per singulos annos, ut adorent regem .Dominum exercituum, et celebrent festivitatem Ta- bernaculorum. Hæc q no que Judæi cassa in spe in mille annorum regno futura promittunl, cujus so- lcumitatis istud exordium est : Egressus populus Israël de Ægypto per vastam et terribilem ac latam solitiulmein, in qua non eratdomus, villa, oppidum, specus, faciebat sibi tabernacula atque tentoria (qiiæ nunc a similitudine parvulæ avis papiliones vocan- tur) in quibus cum conjugibus morarentur ac liberis, et cibum caperent, et per diem solis ardores, per noctem humorem, et frigns, et roris injuriam devi- prescrit que le septième mois et le quinzième jour de ce mois se célébrât la fête des Taber¬ nacles : « Et lorsque ton fils, est-il dit, t’inter¬ rogera plus tard, en disant : Que signifient ces tabernacles ? tu lui répondras : Longtemps nous fûmes exilés en Egypte, d’où le Seigneur nous fit passer dans la solitude, et nous réveil¬ lons le souvenir de ces tentes pour nous souve¬ nir en tout temps des bienfaits de Dieu, après que nous avons commenoé à habiter les villes.» Peut. vi, 20, 21 ; Levit. xxm, 43. Il ordonna aussi de construire des tabernacles du bois le plus beau, que les Juifs appellent citronnier, recou¬ verts de rameaux de palmier et de feuilles du bois le plus touffu, et de saule et de peuplier. Nous venons de poser les fondements de l’his¬ toire, afin que des faits nous passions à l'esprit. Tant que nous marchons et que nous sommes en route, nous habitons sous les tentes, et nous tendons de toute notre âme à passer de cette tente à une demeure permanente et fixe, c’est- à-dire à la maison de Dieu. Voilà pourquoi le juste David dit dans un psaume : « Malheur à moi, parce que mon pèlerinage se prolonge! » Psalm. cxix , 5 ; et : « Je suis étranger et voya- geur comme tous mes ancêtres. » Psalm. xxxyiii, 13. Voilà comment s’exprime celui qui est en Égypte, et encore retenu dans le siècle. Mais celui qui sort de l’Egypte, en hébreu dite aics- îuiM, et qui s'interprète « tribulation, » celui qui entre dans le désert des vices, reprend sa route tarent; jussumque est ut in mense septimo qninta décima die mensis fieret tabernaculorum solemnitas : a Et cum te, inquit, interrogaverit films tuus cras, diceus : Quid sibi volunt hæc tabernacula ? respon- debis ei ; Multo tempore peregrinati sumus in Ægypto, de qua eduxit uos Dominus in solitudinem, et idcirco taberuacula suscitamus, ut beneficiorum Dei omni tempore recordemur, cum cœperimus ha- bitare in urbibus. » Peut, vi, 20, 21, et Lev. xxm, 43. Præcepit quoque ut facerent tabernacula de liguo pulcherrimo, quod Judæi citrum vocant, et de pal- marum ramis ac irondibus ligni densissimi , et salicis et populi. Historiée jecimus fundamenta, ut ex bis ad spiritualia transeamus. Quandiu in pro- fectu sumus et iu cursu atque certamine, hnbitamus in tabernaculis, hoc omni mente uitentes, ut de tabernaculis ad firmaru et stabilem sedem tran¬ seamus, id est, domum Dei. Unde et sauctus David dicit in Psalmo : « Heu mibi quia incolatus meus prolougatus est.» Psal. exix, 5. Et : « Advena ego sum, et peregrinus sicut omues patres mei. » Psal. xxxviii, 13. Hoc Joquitur qui iu Ægypto est, et adhuc in sæcnlo constitutus. Qui autem egreditur de Ægyp¬ to , quæ Hebraice dicitur mesrmm et interpretatur 446 SAINT JEROME et dit dans le psaume : « Je passerai au lieu du tabernacle admirable jusque dans la maison de Dieu. » Psalm. xlï, 5. Car il est admirable de ne vouloir pas habiter avec les Egyptiens, et de désirer, Pharaon se trouvant englouti , d’entrer dans la terre de répromission. Exod . xiv. Aussi, dit-il encore ailleurs ; « Que vos tabernacles sont aimés, Seigneur des vertus ; mon âme sou¬ pire et languit d’entrer dans les parvis du Sei¬ gneur! » Psalm . Lxxxiii, 2. Et un peu plus loin: « Heureux ceux qui habitent dans votre maison; ils vous loueront dans les siècles des siècles 1 » Ibid . 5. « La parole de la jubilation et du salut est dans les tentes des justes. » Psalm. cxyji, 15. Et nous trouvons écrit dans les Proverbes : « Les maisons des justes resteront et les tabernacles de ceux qui font le bien seront affermis.» Prov. il, 21 . 11 est donc promis à leurs maisons qu’elles survivront, et à leurs tentes qu’elles resteront debout. Le saint homme David dit encore en un autre endroit : « J’ai demandé une chose au Seigneur, je la demanderai encore : c’est d'ha¬ biter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, d’être témoin de la beauté du Sei¬ gneur et de contempler son temple. » Psalm. xxvi, 4. Celui qui habite dans ces tabernacles, et qui se hâte d’aller des tabernacles aux parvis, des parvis à la maison , et de la maison au temple du Seigneur, doit célébrer la solemnité des Tabernacles dans le bois le plus beau de la sagesse, dont il est dit dans les Proverbes : « tribulatio ; » et ingreditur vitiorum solitudinem, carpit iter suum, et dicit in Psalmo : « Pertvaasibo in locurn tabernaculi admirabilis usque ad domum Dei. » Psal. xu, 5. Adinirabile est enim nolle habi- tare cura Ægyptiis, sed submerso Pharaone, terram cupere repromissionis intrare. Exod. xiv. Undc et alibi loquitur : « Quam dilecta tabernacula tua, Do¬ mine virtutum I concupiscit et déficit anima mea in atria Dornini. » Psal. lxxxiii, 2. Et post paupulum : « Beati omnes qui habitant in domo tua, in sæcula sæculorum laudabunt te. » Ibid. 5. « Vox enim exsul- tationis et salutis in tabernaculis justorum. » Psal. cxvu, 15. Et in Proverbiis scriptum reprimus : « Do- mus justorum permanent, et tabernacula eorum qui reete agunt, stabunt. » Prov. n, 2i. De domibus, quod permaneant ; de tabernaculis, quod statura sint, pollicetur, Dicit et in alio loco sanctus vir : « Unum petivi a Domino, hoc requiram, ut inhabitem in domo Dornini omnibus diebus vitæ meæ, et vi- deam delectationem Dornini, et visitem tcmplum ejus. » Psal. xxvi, 4. Qui in istiusmodi habitat taber¬ naculis, et de tabernaculis ad atria, et de atriis ad domum, et de domo ad templum Dornini ire festinat, debet celebrare solemnia tabernaculorum in ligno sapientiæ pulcherrimo, de quo in Proverbiis dicitur : « C’est un bois de vie pour tous ceux qui en approchent, et qui se repose sur lui se repose comme en une maison inébranlable; » Prov. ni, 18; et avec les rameaux du premier, qui sont l’emblème de la victoire , et avec les feuilles du plus touffu des arbres, que les Juifs disent être le myrthe, pour signifier la mortification de la chair et des sens ; aussi la myrrhe fut-elle offerte au Seigneur Sauveur en présent par les mages ; Matth. ; et avec des rameaux de saule et de peuplier , en qui quelques-uns ne voient qu'un même arbre; et son nom, qui est en grec àyvôç, signifie chasteté. Les médecins, et ceux qui ont écrit sur la nature des arbres et des plantes, disent que celui qui, dans un mélange d’eau, boirait la fleur du saule ou du peuplier, senti¬ rait s’éteindre en lui toute chaleur, tarir la veine de la concupiscence, et serait impuissant désor¬ mais pour la procréation. Que celui donc qui sera mis sous les rameaux protecteurs de tels arbres solemnise la fête des Tabernacles , lais¬ sant passer le sixième mois qui se rapporte au monde, et célèbre le sabbat spirituel dans le septième, le quinzième jour' de ce même mois, quand la lune se montre la nuit dans sa pléni¬ tude et qu’elle en dissipe toutes les ténèbres par l’éclat de sa lumière. Nous avons fait notre ex¬ posé brièvement, en mesurant de temps à autre en esprit l’étendue de nos livres; abordons donc ce qui reste. « Et il arrivera que ceux des familles de la « Lignum vitæ est omnibus qui appropinquant ei,et qui reclinantur super eum, quasi super domum firmilatis. » Prov. ni, 18. Et iu ramis palmarum, in quibus signum victoriæ, et virtutis præmium conti- netur, et in frondibus densissimæ arboris quam myrtum Judæi intelligunt, propter mortificationem caruis ac libidinum. Unde et Domiuo Salvatori a magis myrrha offertur in numéro. Matth. .u. Et in ramis, inquit, salicis et populi, quam quidam unam arboremvocant: ipsumque ligui nomen, quod Græce dicitur àyvôç, indicat castitatem. Aiunt medici, et hi qui de arborum et herbarum scripsere naturis, quod si quis florem salicis, sive [al. et] populi mistmn aqua [al. aquæ] biberit, ornnis in eo frigescat calor, et libidinis voua siccetur, ultraque iilios generare non possit. Qui talium arborum ramis protectus fuerit, exerceat festivitatem tabernaculorum, sextum mensem transiens, qui refertur ad mundum, et septimoagens sabbatum spirituale, in quinta décima die rncnsis ejusdem, quando noctis luna plenissi- ma est, et omnes ejus tenebræ claro lumine resol- vuntur. Hæc breviter diximus, olim animo con¬ templantes iibrorum magnitudinem, ut ad reliqua transeamus. « Et erit, qui non ascenderïnt de familiis terræ ad COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE. 447 terre qui ne monteront point à Jérusalem pour adorer le roi Seigneur des armées, ne recevront pas la pluie sur leur terre. » Zach. xiv, 17. Les Septante : « Et ceux des familles de la terre qui ne monteront point à Jérusalem pour adorer le roi Seigneur tout-puissant seront comme ajou¬ tés aux autres.» Ce que les Septante ont traduit par « Et ceux-ci seront ajoutés à ceux-là, » est dit en hébreu uloàlehen eiegesem, qu’Aquila, comme Symmaque et Théodotion, a interprété par : « Et il n'y aura pas de pluie sur eux. » L’Eglise du Seigneur Jésus est appelée céleste Jérusalem et l’Apôtre à son sujet dit : « Cette Jérusalem qui est d’en haut est libre, et c’est elle qui est la mère de nous tous ; » Galat. îv, 26 ; et: «Vous ôtes arrivés à la montagne de Sion et à la cité du Dieu vivant, la céleste Jérusalem. » Hébr. xii, 23. Et cette Jérusalem n’est point placée dans les lieux bas, mais sur une mon¬ tagne élevée dont le Sauveur dit : « Une ville bâtie sur une montagne ne peut être cachée. » Celui donc qui doit adorer le Seigneur des armées dans Jérusalem doit s'élever sur les hauteurs, comme aussi celui qui est des famil¬ les et des tribus de la terre et qui, par consé¬ quent , ne peut point adorer le Seigneur , ne verra pas descendre sur lui la pluie à l’heure propice, ni le soir, et l’ondée du ciel n’arrosera pas sa terre. Soit, comme l’ont rendu les Sep¬ tante : « Ceux qui ne seront pas montés des Jérusalem, ut adorent regem Dominum exercituum, non erit super eos imber. » Zach . xvn. LXX : « Et erit, qui non ascenderint de familiis terræ ad Jérusa¬ lem, ut adorent regem Dominum omnipotentem, et isti illis apponentur. » Pro eo quod Septuaginta transtulerunt, « et isti illis apponentur, » in Hebrai- co scriptum est, ulo alehem eie gesem (a), quod Aquila et Symmachus et Theodotio similiter inter¬ prétât! sunt. « Et non erit super eoe imber. » Ecclesia Domini Jesu appellatur cœlestis Jérusalem, de qua Âpostolus scribit : « Quæ autem sursum est Jérusalem, libéra est, quæ est mater omnium nos- trum;» Galat. iv, 26; et : k Accessisti3 ad Sion mon¬ tent et civitatem Dei viveutis, Jérusalem cœlestem.» Hebi\ xii, 22. Et hæc Jérusalem non est in locis hu- milibus sita, sed in monte excelso, de quo [al. qua.] Salvator loquitur : « Non potest civitas abscondi super montem posita. » Matth. w, 14. Undc qui ado- raturus est Dominum exercituum in Jérusalem, debet ad montana consceudere. Qui autem de familiis ac tribubus terræ est, et idcirco Dominum non potest adorare , non erit super eum imber temporaneus et serotinus, nec terra illius pluviiscœlirigabitur. Sive, familles de la terre à Jérusalem pour adorer le roi Seigneur tout-puissant, seront comptés avec ceux qui combattirent contre Jérusalem, et dont la chair doit sécher, les yeux périr et la langue tomber en pourriture. « S’il se trouve des familles de l’Egypte qui ne montent point et n’y viennent point, la pluie ne sera pas sur eux, mais ce sera parmi eux la môme ruine dont le Seigneur frappera toutes les nations qui ne seront point montées pour célébrer la fête des 'Tabernacles. Ce sera le péché de l’Egypte et le péché de toutes les nations qui ne seront pas montées pour célébrer la fête des Tabernacles. » Zach. xiv, 18, -19. Les Septante : « Mais si quelque tribu d’Egypte n’est point montée et n’est point venue, viendra sur eux la même ruine dont le Seigneur frappera toutes les nations qui ne seront pas montées pour célébrer la fête de la Scénopégie. Ce sera le péché de l’Égypte et le péché de toutes les nations qui ne seront pas montées pour célébrer la fête de la Scénopégie. » Celui qui est Egyptien et des autres nations, aussi long¬ temps qu’il reste Égyptien et païen, ne montera pas à Jérusalem, et, parce qu’il ne peut pas monter ni porter ses pas vers les hauteurs, il ne recevra pas sur lui la pluie de la bénédic¬ tion divine. Et ce sera là le péché suprême pour TEgyptien , l’Assyrien, le Chaldéen , le Syrien le Moabite et l’Ammonite , s’ils ne veulent point ut verterunt Septuaginta, « qui non ascenderint de familiis terræ ad Jérusalem, ut adorent regem Do¬ minum omnipotentem, » cum illis reputabuntur qui pugnaverunt adversum Jérusalem, et quorum tabes- cet cavo, et oculi defluent, et lingua putrescet. « Quod et si familiaÆgypti non ascenderit, et non venerit, nec super eos erit ; sed erit ruina qua per- cutiet Domiuus omnes gentes quæ non ascenderint ad celebrandam festivitatem Tabernaculorum. Hoc erit peccatum Ægypti, et hoc peccatum omnium gentium quæ non ascenderint ad celebrandam festi¬ vitatem Tabernaculorum.)) Ib. 18, 19. LXX :« Sin autem Ægypti tribus non ascenderit, nec venerit, illuc et super eos erit ruina, qua percutiet Dominas omnes gentes quæ non ascenderunt ut agerent solemnita- tem scenopegiæ. Hoc erit peccatum Ægypti, et pecea- tum omnium gentium quæ non ascenderint ut cele- brënt festivitatem scenopegiæ. » Qui Ægyptius est, et gentium cæternrum, quandiu Ægyptius ethnicus permanet, non ascendet in Jérusalem ; et quia as_ cendere non potest, nec graduai ad excelsasubrigere, ideo non erit super eum imber Dominicæ benedic- tionis. Et hoc peccatum erit maximum Ægyptio, As- fa) Ita legunt omnes mss. nostri codices ; in Hæbreeo scriptum est, ulo àlehbm bib gbsbm, quod nunc legimus : Veto alehem iihieh keggeschem . Quæ lectio Hebraica quantum djslet ab antiquorum lectionc nunc manifostum et explorntum nobis est. BIàht. 448 SAINT JEROME sortir de leurs terres et monter à Jérusalem pour passer par les Tabernacles à Jérusalem, trouver l'éternelle demeure ; cessez d’être les hommes des nations étrangères pour devenir des Israélites en qui il n'y a point d'artifice. Joan. i. Toutes ces choses que nous parcourons rapi¬ dement, les Juifs et nos judaïsants, mai3 non les nôtres /puisqu’ils sont judaïsant3, en attendent dans l’avenir l'accomplissement matériel , se, promettant toujours et la circoncision et les mariages sous le règne des mille ans, pour que ne se réalise pas cette malédiction qui est écrite : « . Malheureuse la stérile qui ne laisse point de germe en Israël ; » Deui. vu, 14 ; et : « Bienheureux celui qui a une descendance dans Sion et une famille dans Jérusalem. » Isa. xxxi, 9, sec. lxx. S’il en est ainsi, .toutes les vierges que trouvera le règne des mille ans en¬ courront la malédiction ou la stérilité perpé¬ tuelle, ou bien sûr contracteront union pour échapper à la malédiction. En ce jour- là, tous les ornements des che¬ vaux seront consacrés au Seigneur, et tous les vaisseaux de la maison du Seigneur seront comme des coupes devant l'autel. Toutes les chaudières qui seront dans Jérusalem et dans Juda seront consacrées au Seigneur des armées. » Zach. xiv, 20. Les Septante : « En ce jour-là, tous les ornements des chevaux seront consa- syrio, Ghaldæo , Syro , Moabitæ et Ammonitæ, si noluerint egredi de terris suis, et ascendere Jérusa¬ lem, ut per tabernacula tr an séant in Jérusalem, et inveniant æternam domum, aïiorumque gentium homines esse désistant, et efficiantur ïsraelitæ in quibus dolus non est. Joan. i. Hæc omnia quæ nos celeri sermone perstringimus, Judæi et judaizantes nostri, imo non nostri, quia judaizantes, sperant futura corporaliter, utique et circumcisionem sibi, et conjugia in mille annorum imperio promittentes, ne impïeatur in illis maledictio quæ scripta est : «TÆalc- dicta sterilis quæ non facit semen in Israël. » Dent. vu, 14; et: a Beatus qui habet semën in Sion et do- mesticos in Jérusalem. » Isa. xxxi, 9, seqq. LXX. Quod si verum est, ornnes virgines quas mille anno¬ rum regnum invenerit, maledictioni et sterilitati perpetuæ subjacebunt ; ant certe nupturæ sunt, ut maledictronem effugiant. « In die ilia erit, quod super frenum equi est, sanctum Domino ; et erunt lebetes in domo Domini quasi phialæ coram altari. Et erit omnis lebes in Jéru¬ salem et in Juda sanctificatus Dominio exercituum.» Ibid. 20. LXX : « In die ilia erit, quod super frenum crés au Seigneur et tous les vaisseaux de la maison du Seigneur seront comme des coupes en présence de l'autel, et toute chaudière de Jérusalem et de Juda sera consacrée au Seigneur, tout-puissant. » Le mot hébreu mesuloth, Àquila et Théotion l'ont traduit par « profond », S}Tm- maque par « promenade ombragée. » Seuls les Septante l’on rendu par « frein ; » nous les avons suivis en cet endroit , pour ne rien insi¬ nuer de nouveau à l'égard de laVulgate. Gomme je demandais à l’Hébreu ce que cela signifiait, il me répondit qu’il ne fallait point lire mesuloth, mais bien mesulot, qui veut dire « caparaçons » des chevaux et épuipement de guerre, et que, ex¬ cepté en ce passage, ce mot ne se retrouvait plus en aucun endroit de toutes les saintes Écri¬ tures. Cependant, frein, en langue hébraïque, se dit resen et non mesuloth , que les Septante ont ainsi traduit. En voici le sens : Dans le temps de la f£te perpétuelle et du règne de Jé¬ rusalem, tout étant en paix et tranquille, il ne sera nullement besoin de cavalerie, ce qui est la principale force des armées, mais tout apprêt toute beauté dans les ornements doivent être rapportés au culte du Seigneur. Voilà ce qu’ils ont dit. Pour nous, rapportons le « profond » des chevaux et ce lieu de promenade «ombragée» ou «ténébreuse» à la science mystique, celle que David, ce généreux coursier, se flattait ainsi d’a- equi est, sanctum Domino omnipotenti; et erunt le¬ betes qui in domo Domini sunt sicut phialæ ante domum altaris ; et erit omnis lebes in Jérusalem et in Juda sanctus Domino omnipotenti. » Verbum He- braicum mesuloth , Aquila et Thcodotio puDov inter- pretati sunt, id est « profundum ; » Symmachus 7C£pt;:atov auar.iov, id est a incessum umbrosum.n Soli Septuaginta vaXivov, id est« frenum, » transtulerunt ; quos et nos iu hoc loco secuti sumus, ne novum aliquid in quæstione vulgata videremur afferre. Quod cum abHebræo quærerem quid signifîcaret, aitmihi, non deberenoslegere mesuloth, sed mesulot (a), quod signifient « phnlerns » equorum et « ornaium » bel- licum, et excepto hoc loco, in nullo penitus snne- tarum Scripturarum volumine hoc verbum reperiri . Frenum autem lingua Hebraica iïesek appellari, et non mesuloth, quod LXX transtuleruut. Et esse sen- sum : Tempore solemnitatis perpetuæ, et regni Jé¬ rusalem, pacatis omnibus et tranquillisa nequaquam opus esse equitatu, qruod genus bellantium fortissi- mum est; sed omnem ornatum et decorem pliale- rarum ad cultum Domini conferendum. Hoc illi dixerint. Nos equorum « profundum, » et incessum (a) Si Mesaloth, slvc Metsilloth legamus tintinnabula equorum, quæ gestant sub collo , vel ornamentum quod babent inter oculos, siguificat, a radiée tsatsal : sin autem Mesuloth, ut legebanfc Aquila et Thcodotio, profunditates et voragines infcerpretabi- mur a radiée, tsul . Màht. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE ZACHARIE* 449 voir : « Vous m’avez découvert les choses incer¬ taines et cachées de votre sagesse. » Psalm. l, 8. Et l’Apôtre : « O profondeur des richesses delà sagesse et de la science de Dieu ! combien sont insondables ses jugements et impénétrables ses voies 1 » Rom . xi, 33. C'est de ce lieu profond que le prophète cria au Seigneur, qui l’exauça. C'est dans ces profondeurs et ces ténèbres que Dieu a placé sa retraite ; c’est dans ces ténèbres et ces mystérieux secrets qu’entra Moïse pour voir Dieu dans le nuage du mont Sina ; Exod . xix ; et c’est eu ce sens que David dit dans le psaume : « Les jugements du Seigneur sont un profond abîme. » Psalm. xxxv, 7. Ce sont ces secrets et ces mystères consacrés au Seigneur que con¬ naissait saint Jean, qui osa dire cequeles anges ignoraient peut-être : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. » Joan. i, 1, Aussi il est aimé du Seigneur, parce qu’il possédait le souverain secret ; il avait reposé sur le sein de Jésus et c'est là qu’il avait aspiré la sagesse. Joan. xxi. Si, d’autre part, en suivant la traduction des Septante, nous vouions voir dans le « frein » la parole de Dieu, entendons par ce frein celui qui modère ces chevaux emportés par des passions csuoxtoy, « umbrosum, » sive « tenebrosum, » refera- raus ad scientiam mysticam, quam et David qnasi equus optimus se habeve jactabat, dicens : « Incerta et occulta sapientise tuæ manifestasti mibi. » Ps. l, 8. Et Âpostolus : « O profundum divitiarum sapien- tiæ et scientiæ Dei I quam incrustabilia sunt judicia ejus, et investigabiles vise ejus I » Rom. xi, 33. De hoc profundo prophela clamavit ad Dominum, et exaudivit eum. In bis profuudis et tenebris po- suit Deus latibulum suum. Psal. xvu ; hns tene- bras et sacramenta divina ingressus est Moyses in Sina montis caligine^ ut vicleret Deum. Exod , xix ; de quibus et David in Psalmo alio loquebatur : « Ju¬ dicia Domini abyssus multa. » Psal. xxxv, 7. Hæc ar- cana et ista mysteria sancta sunt Domino, quæ no- veeàt evangelista Joannes, qui ausus est dicere, quod angeli forsitan nesciebant : « In principio eratVer- bum, et Verb.um erat apud Deum, et Deus erat Ver- bum. » Joan. i, i. Et idcirco amatuv a Domino, quia optimum habebat profundum^ et recubuerat super pectus Jesu, unde et hauserat sapientiam. Joan xxi, Sin autem volucrimus, ut LXX transtulerunt, « fre- fougueuses, ces mulets impruductifs mais dé¬ vorés de désirs, qui les comprime et les arrête dans leur course effarée, selon qu’il est écrit : « Gardez-vous de devenir comme le cheval et le mulet, en qui n’est point l’intelligence. Presse leur bouche par le mors et le frein , afin qu’ils n’ap¬ prochent pas de toi. » Psalm. xxxi, 9, 10. Jacques parle aussi de ce frein : & Nous mettons le mors dans la bouche des chevaux et nous dirigeons tout leur corps, » Jac. ni, 3, afin qu’ils marchent dans le droit chemin et qu’ils puissent présenter au Seigneur, pour s'y asseoir, des reins moins rebelles. C’est ce frein et cette parole, au mélange d’or et d’argent, qui préparent au Seigneur pour qu’il les monte, ces chevaux sauvages qui font les saints, et ceux qui se consacrent spéciale¬ ment à son culte. A cet égard, j’ai entendu de quelqu’un cette chose, dite dans un pieux senti¬ ment sans doute, mais ridicule, c’est que les clous de la croix du Seigneur, dont Constantin Auguste avait fait des mors pour son cheval, ôtaient appelés le Saint du Seigneur. Je laisse à: la prudence du lecteur d’apprécier si c’est ainsi qu’il faut l’entendre. Passons aux vases qui doivent être dans la maison du Seigneur comme des coupes d’autel. Tout vase qui sera dans num, » accipere sermonem Dei, intelligamus in freno, cnm qui equos insanientes libidine, et mu- los stériles atque lascivos réfrénât a vitiis, etcoercet, et non patitnr ire per præceps, de quibus dicitur : « Nolitc ficri sicut sicut equus et mulus, quibus non est intellectus. In chamo et freno maxillas eorum constringe. qui non approximant ad te. » Psal. xxxi, 9, 10. De hoc freno et Jacobus loquitur : « In equo- rum ora mittimus frenos, et omne corpus eorum circumagimus, » Jac. m, 3, ut scilicet recto gradian- tur itinere, et mollia ad sedendum Domiuo possint terga præbcre. Taie frenum et talis sermo auri et argenti varietate compositus, feros equos Salvatori præparat ad sedendum ; et sanctos facit, ac proprie illius cultui cousecratos. Audivi a quodarn rem (a), sensu quidem pio dictam, sed ridiculam. Clavos Do- minæ crucis, e quibus Constautiuus Augustus frenos equo suo facerat, sanclum Domini appeJlari. Hoc utrum itft accipiendum sit, lectoris prudentiæ. relin- quo. Nos transeamus ad lebotes, qui futuri sunt in domo Domini, quasi phialee altaris. Eritenim omnis lebes in Jérusalem et in Juda sanctificatus Domino (a) Eqaidenp ita S. Ambrosius in Orat. de Obitu Theodosii , num. 47, de hisce davis a Constantino in frenos, et ad diadema adüi- bitis, iisque per fidem ad posterosjeges transmissis, Iocutus est : « Principium itaque credentium imperatorum sanctum est, quod super frenum ; ex illo fides, ut persecutio ccssaret, devotio succederct. » At qui hinc autumant ipsum propric abs Hicronymo Am- brosium suppresso nomine suggillari, non aniinadvcrtunt in cnmdem expositioncm plerosque alios concessisse ; e quibus est Cyrillus Alexandrinus, Thcodoritus, Sozomcuus, Paulinus AquiLciensis, et Gregorius Turonensis de Gloria Mart. eap. 6, qui utique a vetus- tioribus se Patribns accepcre, eamquc dedarant jam ante Ambrosium invaluissc sententiam. Qui» ipse ïïicron. cum id se ait prœ- sentem audivissc Ambrosium, quem nunquam est allocutus, ab hac eximit suggillatione. Paulo post, ita, adverbium quod dccrat, ex mss. snffecimus. {Edit. Mign.) TOME IX. 29 450 SAINT JEROME Jérusalem et dans Juda sera consacré au Sei¬ gneur tout-puissant. Qu’ils aiment les vases de cuivre ceux qui aimèrent les chaudières de l’E¬ gypte, et les viandes, et les melons, et son ail, ses oignons et ses citrouilles. Num. xr. Quant à nous, de ces chaudières juives où se cuisaient les viandes des victimes, faisons des vases de parfums devant l’autel du Seigneur, au sujet desquels l’épouse dit à l’époux : « Mon petit frère est descendu dans mon jardin auprès des ( vases des parfums, pour en aspirer l’odeur et cueillir des lis. » Gant, vi, i. Ce jardin et ce lieu de délices dans lequel l”époux est descendu près de l’épouse, c’est la lecture des saintes Ecritures, au milieu desquelles il cueille des lis, des violettes , des roses et des parfums divers, pour en remplir les vases des âmes fidèles et en répandre devant le Seigneur le suc odorant. Quand les chaudières de ce genre auront été converties en vases du Seigneur et qu’elles au¬ ront pu dire: « Nous sommes la bonne odeur du Christ, » Cor. n , 15 , et qu’â la place des viandes grossières les hommes auront commencé à pré¬ senter les fleurs des vertus, alors ils seront, dans Jérusalem et dans Juda, vraiment consa¬ crés au Dieu tout-puissant ; car nous avons dit fréquemment que Jérusalem veut dire vision de la paix, et Judas, celui qui le confesse. « Et tous ceux qui offriront des sacrifices s'en serviront et y feront cuire la chair des vic¬ times et il n’y aura plus, en ce jour-là, de mar¬ chands dans la maison du Seigneur.)) Zach. xiv, omnipotenti. Ament æneos. lebetes, qui amaverunt o lias Ægyptias, et carnes, et pepones, et allia, et cæpc [al- cæpcis], et cucumeres. Num. xi. Nos Ju- daicos lebetes, in. quibus coquebantur carnes victi- marmn, vertamus in phialas aromatum coram altari Domini, de quibus sponsa dicit ad sponsum : « Fra- truelis meus descendit in hortum meum ad pliialas aromatum, pascere inhortis» et colligereliHa.»C««/. vi, J. Hortus et paradisus in quem sponsus descen¬ dit ad spousam, sanctarum lectio Scripturaruin est ; de quibus lilia et violas et rosas et varia decerpit aromata, ut impleat phialas animarum credentium, et Domiuo ex eis liba diffundat. Istiusmodi lebetes cum versi fueriut in phialas Domini, et dicere po- tuerint : « Ghristi bonus odor sumus, » II Co>\ n, 15, pro virulcutia carnium, varios cœperiut flores ges- tare virtutum , tune erunt in Jérusalem et in Juda sanctificati Deo omnipotenti, de quibus frequentius diximus, quod Jérusalem visionem pacis, et Judas exprimât confiteutem. « Et veulent omnes immolantes, et sument ex eis, et coquent in eis ; et non erit mercator ultra in domo Domini exercituum in die illo . »Ibid. 21, LXX: «Et 21. Les Septante : « Et ils viendront tous ceux qui immoleront des victimes et ils s’ep serviront et y feront cuire, et il n’y aura plus, en ce jour, deGhananéens«dans la maison du Seigneur.» Au lieu de Chananéens, Aquila a dit « marchands, » interprétation que nous avons suivie en ce pas¬ sage. Lorsque les chaudières auront été chan¬ gées en coupes , viendront alors toutes na¬ tions d’alentour, ou tous ceux qui auront été laissés de toutes les nations, pour offrir leurs sacrifices, et ils prendront les chaudières et ils y feront cuire les viandes des victimes, pour qu’ils ne mangent pas les chairs crues de l’agneau, mais pour que le feu en consume la graisse et qu’il ne reste que ce que le feu a mis en état d'ôtre mangé. Quelles sont ces coupes devant l’autel du Sei¬ gneur en quoi seront transformées les chau¬ dières des Israélites, nous l’avons dit plus haut, et nous allons en partie le redire. Dans le Can¬ tique des . cantiques, l’épouse dit en louant l’époux : « Ses joues sont comme des vases de plantes aromatiques. » Dans les joues voyons la parole du Seigneur qui, répandue par le Sei¬ gneur, exhale des parfums divers , et la bonne odeur en est si grande que le Seigneur s’arme du texte des Ecritures comme d’un fouet, chasse du temple les vendeurs et les acheteurs, et leur dit : «il est écrit: La maison de mon Père sera appelée maison de prières pour toutes les nations, et vous en avez fait une maison de trafic. » Matth. xxi, 13. Il en est qui rapportent à ce passage ce qui est écrit dans Daniel, quoique l’Hébreu ne le venient omnes qui immolent et sument ex eis, et coquent in illis, et non erit Chananæus ultra in domo Domini omnipotentis in die illo. » Pro Chananeo, Aquila iuterpretatus est « mercatorem, » quem et nos in hoc loco secuti sumus. Cum lebetes fueriut versi in pliialas, venient omnes inoircuitu nationes, sive qui relicti fueriut de universis gentibus immo¬ lantes, et sument lebetes, et coquent in eis car¬ nes victimarum, ut non crudas carnes agni come- dant, sed omni carnium humore decocto, remaneat quod igné paratum fuerit ad vescendum. Quæ sint phialæ coram altari Domini, in quas lebetes Israeli- tici convertantur, et supra diximus, et nuuc ex parte dicemus. Laudat sponsa in Cantico canticorum spon¬ sum suum ; « Maxillæ ejus sicut phialæ aromatum.» Cant , v, 13. lu maxillis sermo accipitur, qui prolatus a Domiuo, varia uuguenta depromit, et tanta erit boni odoris fragrantia ut faciat sibi Do minus flagel- lum de Scripturaruin textum testimoniis, et ejiciat de templo veudentes et ementes, et dicat ad eos : « Scriptum est : Domus Patris meis, domus oratio- nis vocabitur cunctis gentibus ; vos autem fecistis eam domum negotiationis.» Matth. xju, 13. Quidam COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIE. porte point : « Race de Çhanaan et non de Juda ; » Dan. xm, 56 ; et ce qui est dit par le prophète Osée touchant Ephraïm : « Ephraïm, partisan des idoles ; il s'est ménagé des scan¬ dales, il a provoqué les Ghananéens; ils se sont illud quod in Daniele scriptum est, licet in Hebraico non legatur : « Semen Chanaan, et non Juda; » Dan. xm, 06; et quod ab Osee proplieta de Ephraira dici- tur : « Particeps idolorum Ephraim , posait sibi scandala, provocavit Chananæos ; fornicantes forni- 454 livrés à la fornication, » Osée, ix, 17, 18, et ils veulent que tout fornificateur soit appelé Cha- nanéen et étranger, qu’il faut ôter, assurent-ils, de la maison de Dieu. cali 8unt, » Ose. iv, 17, 18, huic coaptant loco, et ornuern fornicatorem, Chananæum et alienigenam appellari vohmt, quem de domo Dci asserunt aufe- rendum. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIE A MINERVIUS ET A ALEXANDRE. * LIVRE UNIQUE. PROLOGUE. Nous avons le dessein d’interpréter le dernier des douze prophètes, Malachie, dont les Sep¬ tante ont traduit le nom par « son ange ; » recueil » disent-ils, «de la parole du Seigneur sur Israël, par la main de son Ange ; » c’est pour cela que l’hébreu porte : ùialachi, qui se rend mieux et plus exactement par « mon ange ou « mon messager. » Il n’est pas à croire que, selon l’opinion do certains origénistes, un ange COMMENTARIOBUM . m MALACHIAM PROPHETAM AI) MINRRVIUM ET ALEXANDRUM LIBER U N US PROLOGU8. Ultimum duodecim prophetarum Malachi [al. Ma- lachim ] interpretari volumus, cujus nomen LXX transtulerunt, «Angélus ejus, » dicentes: « Àssump- soit venu du ciel et ait pris un corps humain pour porter à Israël ce qui ôtait les ordres de Dieu. S’il fallait, en effet, interpréter les noms et par les noms arrêter, non le sens spirituel, mais la trame et l’ordre de l’histoire, il s'ensui¬ vrait qu’Osée, qui veut dire « Sauveur. » et Joël, qui signifie « Seigneur Dieu, » ou « commen¬ çant, » et les autres prophètes ne seront point des hommes, mais seraient ou des anges, ou le tio verbi Domini super Israël in manu Angeli ejus ; » pro quo in Hebræo ligitur malachi, quod rectius et expressius dicitur « angélus, » id est « nuntius meus. » Nec putandum est, juxta quorumdam (Ori- genistarum) opinionem, angelum venisse de cœlo, et assumpsisse corpus humanum, ut Israeli quæ a Domino sunt mandata, loqueretur. Si enim inter- pretanda sunt nomina, et 'ex nominibus non spiri- tualis intelligentia, sed historiæ ordo texendus est, ergo et « Osee, » qui salvator dicitur, et « Joël, » qui interpretatur « Dominus Deus, » sivc, « incipiens, » et cæteri prophelæ non erunt hommes ; sed vel an¬ geli, vel Dominus atque Salvator, quia hoc eorum nomina résonant. Denique, exceptis Septuaginta, alii 452 SAINT JÉROME Sauveur et le Seigneur lui-même, parce que leurs noms répondent à cela. A l’exception des Septante, les autres inteprètes ont traduit le nom de malachi comme on le lit dans l’hébreu. Les Hébreux estimen t que Malachie est le prêtre Esdras, parce que tout ce que renferment ses livres est rappelé par ce prophète : « Les lèvres du prêtre, » dit-il, « garderont la science et on apprendra la loi de sa bouche, parce qu’il est Lange du Seigneur des armées. » Malach. n, 7. Il y a aussi accord de temps et de titre, et pa¬ reillement nous avons dit à l’égard des psaumes que ceux qui n’ont point de titre doivent être attribués aux auteurs dont les psaumes qui pré¬ cèdent portent le nom. Il est donc à croire que Malachie , c’est-à-dire Esdras , est venu après Aggêe et Zacharie qui ont prophétisé sous Darius , et qu'il n’a point de titre, parce qu’il a, pour en tenir lieu, son livre, où nous voyons que sous le règne d'Artaxercès, roi des Perses, Esdras, fils de Saraia et des autres, jusqu’à ce passage où il est dit : « Fils de Phinées, fils d’Elôazar, fils du prêtre Aaron, » est venu de Babylone dès le commencement et que le roi lui a accor¬ dé complètement l'objet de sa demande, selon interprètes nomen Malachi ita ut in Hebræo legitur, transtulerunt. Malachi autem Hebræi Ezram æsti- mant sacerdotem, quia omnia quæ in libro illius continentur, etiam hic propbeta commémorât, dicens: « Labia sacerdotis custodient scientiam, et legeru requirent ex ore ejus, quia angélus Domini exerci- tuum est. » Malach . il, 7. Tempus quoque titulusque conveniunt ; quod et in Psalmis diximus, qui titulos nonhabent, eorum esse credendos , quorum priores psalmi nominibus prænotati sunt. Igitur et Malachi, id est, Ezras, post Aggæüm et Zacbariam, qui sub Dario prophetaverunt, fuisse credendus est. Et prop- terea titulum non babere, quia liber ejus-pro titulo sit, in quo discimus quod in regno Artaxerxis regis Persarum, Ezras filius Saraiæ, et cæterorum, usque ad eum locum ubi dicitur : « Filius Phinees, filii Eleazar, filii Aaron sacerdotis, » ab initio ascenderit de Babylone, et dederit ei rex, secundnm manuin Domini Dei sui, omnem petitionem ejus ; ascende- rintque cum illo de ûliis Israël, et de filii s sacerdo- la volonté du Seigneur son Dieu, et qu’il est monté avec lui des fils d'Israël, des fils des prêtres , et des lévites , et des chantres et des portiers et des Nathinéens, à Jérusalem, dans la septième année du roi Artaxercès et qu'ils étaient venus à Jérusalem le cinquième mois. C’est cette même septième année du roi ; car le premier jour du premier mois, il eommença à monter de Babylone, et le premier jour du cinquième mois, il vint à Jérusalem. Voilà, chers Minervius et Alexandre , vous qu’unit moins le sang que la religion même, ce que pour ne point abandonner une œuvre com¬ mencée sur les prophètes, et ne point me don¬ ner à votre occasion un travail excessif, j’ai résumé brièvement dans ce préambule, afin que me préposant d’exposer les paroles de Malachie, d’abord d'après le texte hébreu et ensuite selon les Septante, je sois fort du secours de vos prières pour développer tout ce qui suit. Origène a écrit trois volumes sur ce livre, mais sans toucher à l’histoire et se renfermant, selon sa coutume, dans l’interprétation allégorique. Il ne fait aucune mention d’Esdras et il pense que celui qui écrit est un ange , confor- tum, et de filiis Levitarum, et de cantoribus, et de janitoribus , et de Nathineis in Jérusalem, anno septimo Artaxerxis regis, et venerint in Jérusalem mense quinto : ipse est annus septimus regis, quia in primo die rnensis primi cœpit ascendere de Ba¬ bylone, et in primo rnensis quinti venit.in Jérusa¬ lem. Hæc, mi Mi nervi [al. Minerve], et Alexander, non tam sanguine quam regilione concordes, ne susceptum opus dimitterem prophetarum, et ex- traordinario vobis labore sndarem , breviter in Proœmio sum locutus : ut proponens verba Malachi, primum juxta Hebraicam veritatem , deinde juxta LXX interprètes, orationum vestrarum fultus auxilio, edisseram quæ sequuntur. Scripsit in hune librum Origenes tria volumina; sed historiam omnino non tetïgit, et more suototus in allegoriæ interpretatione versatus est, nullam [al. non ullam] Ezræ faciens mentionem, sed angelum putans fuisse qui scripsit, secundum illud quod de Joanne legimus : a Ecce ego mitto angelum meum ante faciem tuam.» (a)Matth. (a) Diximus et supra ad Aggæi caput primum hanc fuisse Ocigenis doctrinam, hommes aliquot sanctitatc atque illustrioribus donis insignitos angclos natura exstitisse: quod cum ejus desiderentur in Malach. Commentavia, satis luculentcr intelligcrc est ex t. Ar, inJoan. i, 6, ad laudatum hic quoque ^versiculum : Ecce ego mitto angelum meum ante faciem tuam> etc., ubi ’E^aTapev, inquit, p(7COTe eïç Ttov àyùov «yyéXtov Tuy^avcov etcI XetTOupyta xaxa né jatcstocl tou Storqpoç 7)p,tuv 7ïpoSpop.oç* xat [jLirjSèy 0aup.aaTOV tou TCpOTOTOxou Tcàayjç y. Tfastuç evatop.aTOp.svou v.axà ^iXavOpcoTufav ÇrjXojTaç Tivaç, za \ p.tu.7)Taç yeyov^vai XpuîTOu, àyaTT/jaavTaç to Sia tou ôp-O'.ou tou cm$[j.aTOs ÔTUirjpeTÎjaai tî] eîç àvÔpc67ïouç auTOu Xp7]aTOT7]Tt. Adnotamus » num forte unus sanctorum angelorum exsis t ens , p ræcurs or ad ministerium demittatur Sei'uatoris nostri, Nec mirum profecto estt Christiprimogeniti omnis creaturæ ob arnorem ergo hommes incarnati æmulatores , imitatoresque aliguos exstitisse, guibus dulcc fuerit ei benignitati quam in ipsos ostendisset, inservire cadcm eorpnris simüitudine. Hieronymus, qui id se omnino non recipere hic profi.tetur, alibi in epistolis ad E^angelum de Mclchiaedech, et ad Avitum cap. 1 et Apolog, adversus Rufinum prima, non per- functorie castigat. {Edit. Mign.) 453 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIE. mément à ce que nous lisons au sujet de Jean: « Voilà que j'envoie mon ange au devant de mes pas. » Matth . xr, iO. C’est ce que nous n’acceptons pas absolument, ne pouvant ad¬ mettre parmi nous des âmes tombées du ciel. LE LIVRE « Menace de la parole du Seigneur à Israël, par le ministère de Malachie. » Maïach. i, i . Les Septante: «Commencement de la parole du Sei¬ gneur au sujet d’Israël, par le ministère de son ange. » Ce que signifie « omis, » c’est-à-dire, « charge pesante , » que l’hébreu exprime par ma. ss a, et Aquila par ao\i.a « fardeau, » ou ce que veut dire ou « action de prendre, » comme ont traduit les Septante et autres inter¬ prètes, nous l’avons dit à l’occasion d'autres prophètes. Car Nahum écrit : « Onus Ninive, » « fardeau pour Ninive ; livre de la vision de Nahum d’Elcesaï. » Nahum I. i, Habacuc dit : « Fardeau que vit Habacuc, prophète. » Habac. I, 2. Zacharie : « Poids de çes paroles du Sei¬ gneur pour la terre d’Adrach et de Damas, son repos. » Zach. ix, i et xn, 1. Et encore à la suite: « Poids de la parole du Seigneur sur Israël. » Contentons-nous de cette explication , et main¬ tenant disons seulement que cette expression « pondus, » poids de la parole du Seigneur à Israël ou, comme traduisent les Septante, « sur Israël, » est menaçante sans doute, puisqu’elle est dite « poids », mais n’est pas exempte de xi, 10. Quod nos omnino non recipimus, ne anima- rum de cœlo ruinas suscipere compellainur. Alios commeutarios inhume prophetam legisse me uescio, excepto Apollinaris brevi libello, cujus non tam. interpretatio quatn interprétations puncta dicenda sunt. INCIPIT LIBER. « Onus verbi Domini ad Israël, in manu Malachi. » Malach. 1, 1. LXX : « Assumptio verbi Domini super Israël, in manu angeli ejus. » Quid significet» onus,» id est, « pondus, » quod Hebraice massa et ab Aqùila ap[j.a dicitur, vel quid Xrjjj.p.a, id est « assumptio, » quod et Septuaginta et cæteri interprètes transtule- runt, in aliis propbetis diximus. Nam et Nahum scribit : « Onus Ninive : liber Visionis Nahum Elcesæi. » Nahum i, 1. Et Habacuc : « Onus quod vidit Habacuc propheta. » Habac. i, 1. Et Zacharias : « Onus verhi Domini in terra Adrach, et Damasci requiei ejus. » Zach. ix, 1, et xu, 1. Et rursum in consequentibus : « Onus verbi Domini super Israël. » Ilia itaque simus explanatione contenti ; et nunc hoc Je ne sache point avoir lu d'autres commen¬ taires sur ce prophète, à l’exception du court manuscrit d’Appolinaire, qui doit être appelé moins une interprétation que des notes. COMMENCE. consolation, parce qu’elle est acceptée non contre Israël, mais pour Israël. Autre chose est en effet quand, par exemple, nous écrivons à tel ou à tel, et autre chose quand c’est contre un tel et un tel ; dans le premier cas, il y a mélange d’amitié ; dans le second, une très claire décla¬ ration d’inimitié. Il faut savoir aussi que lorsque Israël, c’est-à-dire les dix tribus, sont emmenées en captivité, les deux tribus do Juda et Benjamin sont indifféremment désignées par l’ancien nom d’Israël. Quant à l’expression: «Parla main de son ange ou de Malachie, » entendez : œuvres, ministère. Aussi c'est par la main d’Aggée, parla main de Jérémie et par la main de Moïse qu’est venue la parole de Dieu. Ce n’est pas à ceux dans les mains de qui se trouve, l’iniquité, ni ceux dont la droite est chargée de présents et dont les mains sont pleines de sang que la parole de Dieu se communique, mais à ceux qui lavent leurs mains parmi les justes. C’est de ces eaux que Pilate même s’efforça de laver ses mains, pour no point consentir aux blasphèmes des Juifs ; de ces éaux que le prophète dit avec transport : « Il m’a conduit auprès des eaux répa- tantum dicamus quod pondus " verbi Domini ad Israël, sive, ut LXX dicunt, « super Israël, » grave quidem sit , quia pondus appellatnr, sed con- solationis aliquid habeat, quod non contra Israël, sed ad Israël sumitur. Aliud est ' enim quando, verbi gratia, ad ilium vel ilium scribimus, aliud quando contra ilium et ilium ; quia in altero pars amicitiæ, in altero inimicitiarum aperta confessio est. Scien- dumque quod abducto in captivitatem Israël, id est, decem tribubus, indifferenter pristino nomine, et duæ tribus Juda etBeujamin appellenturlsrael. Quod autem dicitur : « lu manu angeli, ejus, »sive « Ma¬ ladif » manum pro operibus accipite. Unde et in manu Aggæi, et in manu Jeremiæ, et in manu Moysi factus est sermo Dei. In quorum enim mr * bus est iniquitas, et quorum dextra replet) muneribus, et quorum manus plenæ sunt sanf in his non lit sermo Dei ; sed qui lavant iute centes manus suas. Psal. xxv. Quibus aquir tus manus lavare conatus est, ne Judæor. phemiis consentirez Matth, xxvn, dequihu lætatur, dicens : « Super aquas refectioni 454 SAINT JEROME ratrices ; » et cette eau que le Seigneur nou£ promet par le prophète : « Je vous aspergerai d’eau très pure. » Ezech . xxxvi, 25. Mais celui qui est pécheur s’enivre du calice de. Babylone et il est dit de lui : « Les épines naissent dans la main de celui qui s’énivre. » Prov. xxvi, 9. Les Septante : « Placez-le sur votre cœur. » Cela ne se trouve point dans l’hébreu , et je le soupçonne ajouté d’Aggée, chez qui nous lisons : « Et maintenantplacez-le sur votre cœur, à partir de ce jour et au delà. » Agg. n, 16. Après le titre donc du prophète ou le préambule, on .peut entendre de deux manières : « Placez-le sur votre cœur, » c’est-à-dire , remarquez bien et considérez ce qui a été dit plus haut : « Prise de la parole du Seigneur sur Israël par la main de son ange. » Remarquez soigneusement ce qui va être dit après cela, de façon à l'entendre non des oreilles du corps, mais de la pénétra¬ tion de l’esprit et du cœur, et que vous en fas¬ siez comme des réservoirs où vous puissiez re¬ cevoir les richesses des paroles divines ; et que la sagesse agisse sans crainte, lorsque vous vous serez dilatés , et que , le cœur plein des discours du Seigneur, vous aurez chassé les pensées perverses qui sortent du cœur, les ho¬ micides, les adultères, les fornications, les lar¬ cins , Matth . xv, et autres , et que vous accom¬ plirez ce qui a été dit par le Sauveur ; « Qui a des oreilles pour entendre , entende. » Luc . vm, 8. me. » Psal. xxii, 2. De hac qua per prophetam Do- rainus pollicetur : « Aspergam vos aquà mundissi- ma. » j Ezech. xxxvq 25. Qui autem peccator est, inebriatur calice Babylouio, et dicitur de eo : « Spinæ nascuntur in manu ebriosi. » Prov. xxvi, 9. LXX : « Ponite super corda vestra. » Hoc in He- braico non habetur, sed puto de Aggæo additum, in quo legimur : « Et nu ne ponite super corda ves¬ tra a die hac et supra. » Aggæi n, 16. Post titulum igitur prophetæ sive proœmium, dupliciter accipien- dum est : « Ponite super corda vestra, » id est, animadvertite et considerate, id quod supra dictum est : « Assumptio verbi Dornini super Israël in manu angeli ejus. » Sive diligenter animadvertite quæ diconda suut postea, ut ea non corporis auribus, sed animi et cordis intelligentia cognoscatis, et faciatis vobis thesauros, in quibus recipiatis divitias sermonuin Dei ; et sapientia agat fiducialiter, cum dilatati fueritis, et repleto corde sermonibus Dei, pepuleritis cogitationes pessimas, quæ egrediuntur de corde, homicidia, adulteria, fornicationes, furta, Matth. xv, et reliqua, et impieatis quod a Salvatore dictum est ; « Qui habet aures audiendi, audiat. » Luc . vin, 8. «Je vous ai aimés, ditle Seigneur, et vous avez dit : En quoi nous avez-vous aimés ? Esaü n'é¬ tait-il pas le père de Jacob ? dit le Seigneur, et cependant j’ai aimé Jacob et j’ai eu Esaü en aversion ; et j’ai fait de ses montagnes une soli¬ tude, et j'ai donné son héritage aux dragons du désert. Que si lTdumée dit : Nous avons été détruits, mais nous reviendrons et nous rebâti¬ rons ce qui a été détruit , voici que le Seigneur des armées dit : Ils rebâtiront et je détruirai, et ces terres seront appelées terres de l’impiété, et ils seront un. peuple contre qui le Seigneur sera irrité éternellement. Et vos yeux verront cela, et vous direz : Que le Seigneur soit glorifié sur la terre d’Israël. » Maîach . i, 2, 3. Les Septante : « Je vous ai aimés, dit le Seigneur, et vous avez dit : En quoi nous avez-vous aimés ? Est-ce qu’Esaii n'était pas père de Jacob ? dit le Sei¬ gneur, et j'ai aimé Jacob et j’ai eu Esaü en aversion, et j’ai fait de ses terres une solitude et de son héritage des plaines du désert. Parce que. lTdumée dira : Elle a été détruite, nous revien¬ drons et nous rebâtirons ce qui a été aban¬ donné , voici que le Seigneur tout-puissant dit : Ils bâtiront et je détruirai, et leurs terres seront appelées terres de l’iniquité, et le peuple contre lequel le Seigneur estpréparéjusquedans l’éter¬ nité, vos yeux le verront et vous direz : Le Seigneur est glorifié sur les terres d’Israël. » Israël ou Juda, auquel s’adressaient d’ordinaire la parole de Dieu et la vision du Seigneur, est « Dilexi vos, dicit Dominus. Et dixistis. la quo dilexisti nos? Nonue frater eral Esau Jacob, dicit Dominus ; et diloxi Jacob, Esau autem odio habui ? Et posui montes ejus in solitudinem, et hæreditatem ejus in dracones deserti. Quod si dixerit Idumæa, Destructi sumus, sed revertentes ædificabunt quæ destructa sunt ; hæc dicit Dominus exercituuin : Isti ædificabunt , et ego destruam ; et vocabuntur termini impietatis, et populus cui iratus est Domi¬ nus usque in æteruum. Et oculi vestri videbunt, et vos dicetis : Magnificetur Dominus super terminum Israël. » Ibid. 2, 3. LXX : « Dilexi vos, dicit Dominus ; et dixistis : In quo dilexisti nos ? Nonne frater erat Esau Jacob ? dicit Dominus ; et dilexi Jacob, Esau autem odio babui ; et posuit terminos ejus in deso- lationem, et bærcditatem ejus in domata deserti. Quia dicet Idumæa, Destructa est , revertamur et reædificemus déserta ; hæc dicit Dominus omnipo- tens : lpsi ædificabunt, et ego destruam ; et voca¬ buntur eis termini iniquitatis, et populus super quem præparatus est Dominus usque in æternum. Et oculi vestis videbunt, et vos dicetis : Magnifi- catus est Dominus super terminos Israël. » Israël, hoc est, Judas, ad quem solebat fieri verbum De COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIE. 453 contraint de subir le fardeau et le poids dou¬ loureux des supplices, afin qu’il revienne de ses graves désordres et qu’il comprenne par les tourments ce qu’il n’a pas su apprécier par les bienfaits. Et pour que le châtiment des siens ne leur paraisse pas injuste, le Seigneur ajoute : « Je vous ai aimés : le Seigneur corrige, en effet, celui qu’il aime, et il châtie tout enfant qu’il accepte ; » Hebr. xix, 6 ; et en disant ; « J’ai aimé, » il insinue le contraire pour le moment, puisqu’il parle pour le passé. Eux de répondre avec une témérité coupable, oublieux qu’ils sont de ses bienfaits : « En quoi nous avez-vous aimés ? A quoi le Seigneur réplique : « Pour passer tout le reste sous silence, même votre récent retour de la captivité de Babylone, je re¬ monterai jusqu’à votre berceau : avant que vous veniez au monde, bien plus, avant même que Rebecca vit Esaü et Jacob sortir de son sein, je vous ai aimés en Jacob, et en Esaü j’ai haï les Iduméens. Ce passage, Paul l'évoque aussi dans une mystique argumentation, dans sa lettre aux Romains, où il unit ensemble les deux témoi¬ gnages de la Genèse et de Malachic : « Et Rebecca aussi, qui eut à la fois deux fils d’ïsaac notre père, car quoiqu’ils ne fussent point nés encore ou qu’ils n’eussent rien fait de bien ni de mal, afin que le décret de Dieu demeurât ferme selon son élection, non â cause de leurs œuvres, mais à cause de la volonté de celui qui appelle, il leur fut dit que l’aîné servira le jeune, et Visio Domini, onus ejus et pondus suppliciorum gravissimum portare compellitur, ut graviora pec- cata depouat, et sentiat per tormenta, quæ non sensit per bénéficia. Et ne pœna in suos videatur injusta, subjicit Dominus : « Dilexi vos. Quem enim diligit Dominus corripit ; castigat autem omnem filium quem reéipit ; » Hebr. xn, 6; et dicendo di¬ lexi, præsens negat, dura præteritum confitctur. ini¬ que respondent temeritate qua peccant, obliti bene- ficiorum ejus : a In quo dilexisti nos ? » Ad quæ Do¬ minus : Ut cætera, iquit, taceam, et quod nuper de Babylonia captivate venistis, incnnabula vestra tractabo, antequam nasceremini, imo priusquam Re- becca Esau et Jacob utero suo funderet, Gen . xxv, in Jacob vos dilexi ; in Esau Idumæos odio habui. Quem locum apostolus Paulus mystica disputatione eventilaus, scribit ad Komanos, duo pari ter testi- monia de Genesi Maiachique (al. Malachiaque) con- juugens : « Sed et Rebecca de uno concubitu ha- bens Isaac patris nostri. Nam cum nondum nati essent, aut aliquid egissent boni vel mali, ut secun- dum electionem proposltum Dei mancat ; non ex operibus, sed ex vocante dictum est ei, quia major serviet minori, sicut scriptum est : Jacob dilexi, Esau selon ce qui a été écrit : J’ai aimé Jacob et j’ai eu Esaü en haine. » Rom. ix, 10 et seqq. Quand 'il dit, selon ce qui a été écrit, il fait allusion au livre de la Genèse et au prophète Malachie. Non seulement, dit-il, j’ai aimé Esaü avant qu’il naquît et j’ai haï Esaü avant qu’il sortît du sein de sa mère, mais j’ai reporté sur leur postérité l’amour et la haine que j’avais pour eux : la haine sur Esaü, dont j’ai réduit en solitude les montagnes appelées S eir, rendu les villes désertes, et j’en ai fait la possession des serpents et des bêtes. Et si Edom ou Ésaü dit : En vérité, nous avons été détruits au bon plaisir de la colère divine, nous rebâtirons de nouveau nos villes, sachez, car le Seigneur le dit d’avance, que s’ils bâtissent, je détruirai et que leur perpétuelle ruine affirmera ma constante colère. J’ai dé¬ montré par des faits ma haine contre Esaü, je prouverai mon amour pour vous, c’est-à-düe pour Jacob, par ce qui va suivre. Vos yeux le verront détruit et réduit en désert et vous direz : « Que le Seigneur soit glorifié sur la terre d’Israël ; » et la comparaison des maux que votre frère endure vous fera apprécier les bienfaits de Dieu sur vous. Les Juifs se flattent à tort que les Romains sont Edom, qu’ils sont eux l’Israël annoncé de la fin des temps, et qu’à la chute de l’empire romain, c’est-à-dire iduméen, le sceptre de funivers passera dans leurs mains. Nous avons, cela disant et comme nous avons pu, jeté les fondements de l’histoire : venons-en main- autem odio habui. » Rom. îx, 10 et seqq. Hoc enim quod dicitur : « Sicut scriptum est, » et ad Geneseos librum et ad prophetam Malaclii refertur. Non so- lutn, ait, dilexi Jacob antequam uasceretur, et odio habui Esan priusquam ex utero matris Amderetur ; sed in postevos eorum amoremmeum et odium con- servavi : odium in Esau, eu jus montes qui appel- lantur Seir, redegiin solitudmem, et urbes feci esse désertas, etaserpentibus acbestiis obtineri. Si autem dixeril Edom, boc est Esau : Destructi quidem su- mus ad iraih Dei, rursum ædificabimus civitates ; hæc Domino prædicente cognoscite, quod illis ædifi- cantibus, ego destruam, et iram meam æterna eorum vastitas approbabit. Odium igitur in Esau rebus ostendi, amorem autem in vos, hoc est, in Jacob, se- quentibus approbabo. Illis destructis atque redactis ad solitndinem, videbunt oculi veslri, et dicetis : « Maguificetur Dominus super terminum Israël ; » et ex comparati one malorum quæ frater vester patitur, Dei in vos bénéficia sentietis. Judæi falso sibi blan- diuntur, Edom Romanos et Israël in consummatione mundi se prophetari ; quod destructo Romano im- perio, hoc est, Idumæo, regnum orbis veniat ad Ju- dæos. Hæc prout potuimus, historiæ fundamjenta SAINT JEROME 456 tenant au sens spirituel. Israël « homme » ou « sentiment voyant Dieu, » ou bien encore et mieux, croirais-je, « l’homme droit de Dieu, » est aimé du Seigneur et veut connaître la raison de l'amour dont il est l’objet. Le Seigneur répond : Esaü et Jacob descendent de la môme race, voulant dire que les vices et les vertus ont une môme source, le cœur, attendu que nous inclinons par suite du libre arbitre et selon notre volonté, d’un côté ou de l’autre. Mais les dé¬ fauts naissent d’abord dans l’enfance, l’ado¬ lescence, la jeunesse, et plus tard l’âge mûr les corrige et les extirpe. Le frère aîné est grossier et amateur de sang ; la chasse, les forêts et les bêtes font ses délices. Le jeune est doux, simple et reste tranquillement au logis. Dieu fait jdes terres de l’Idumée une solitude et il ne permet pas que quelque chose de la terre se développe et demeure à jamais. Si une méchante audace s’efforce de relever ce qui a été détruit par la parole de Dieu, le Seigneur se déclare l’adver- ■ saire de tout ce qui est l’ouvrage des vices, et, après que tout sur les terres ennemies se trouve renversé, alors nous pouvons voir les yeux d’Israël et les saints dire : « Que le Seigneur soit glorifié dans les terres de ceux dont l’âme voit Dieu. » L’amour ou la haine de Dieu est le ré¬ sultat sans doute de la prescience de l’avenir ou de nos œuvres d’autre part nous savons que Dieu aime tout, et ne déteste rien de ce qu’il a créé, Sap. xi ; mais sa charité revendique spé- jacientes, locuti sumus : nunc veniamus ad iutelli- gentiam spiritualem. Israël, « vir, » vel « sensuscer- nens Deum, » sive ut ego meliiis puto, eGOù-aio; ©eou, id est, « rectissimus Dei, » diligitur a Domino, et vult dilectionis ejus in se scire rationem. Dominus- que respondit, Esau et Jacob deunastirpe generatos, hoc est, vitia atque virtutes ex uno corclis fonte pro- cedere : dum ex arbitra libertate in utramque par- tem ut volumus, declinamus ; sed priora nascuntur vitia per infantiam, pueritiam,juventuteui, quæ pos- teaætas firraior corripit atque supplantât. Major fra- ter liispidus est et sanguinarius, Gen. xxv, veuatio-^ nibus, silvis et bestiis delectatur. Minor levis et sim¬ plex, et innocenter habitans domum. Deus fines Idu- mææ, hoc est terrenæ et snnguinariæ, ponit et esse perpetuum. Quod si impudens malitia, ea quæ sunt Dei sermone destructa, rursum ædificare nitatur, Dominus se eorum quæ instaurantur a vitiis, adver- sarium profitetur. Et postqnam fuerint. hostilium terminorum cimcta snbversa, üunc oculos possumus videre Israelis, etsanctos quosque dieere : « Magni- ficetur Dominus iu terminis eorum qui mente cons- piciunt Deum. » Porro dilectio et odium Dei vel ex præscientianasciturfuturorum, vel exoperibus; aJio- cialement ceux qui sont les ennemis et les contradicteurs des vices. Par contre, il déteste ceux qui aspirent à faire revivre ce que Dieu a détruit. Quand nous disons que Dieu hait, c’est humainement que nous parlons, comme qu’il pleure, qu’il se plaint, qu'il s’irrite. Quand donc nous voyons qu’il hait les méchants, évitons ce que nous comprenons devoir exciter sa haine. « Le fils honore son père et le serviteur son maître ; si donc je suis votre père, où es t l’honneur qui m’est dû ? et si je suis votre maître, où est le respect que vous me devez ? dit le Seigneur des armées. » Malach. i, 6. Les Septante : « Le fils glorifie son père et le ser¬ viteur craindra son maître. Et si je suis votre père, où est la gloire pour moi ? Et si je suis votre maître, où est le respect pour moi ? dit le Seigneur tout-puissant. » Bien qu’avant votre naissance, j’aie commencé de vous aimer en Jacob comme des fils, néanmoins voyez quel nom vous choisissez pour me donner, celui de père ou de maître. Si vous m’acceptez pour père, rendez-moi l’honneur dû au père, et la piété filiale qu’il mérite; si vous me prenez pour maître, pourquoi me méprisez-vous? pourquoi ne craignez-vous pas votre maître ? Il parle à ceux qui sous la conduite de Zorobabel, de Jésus fils de Josédec, et du prêtre Esdras, et de Néhémio, sont revenus de la captivité de Baby- lone, I. Esdr. ni, et qui, ayant établi l'autel, n’avaient encore ni relevé le temple, ni bâti les quiu novimus quod omnia Deus diligat, nec quid- quam eorum oderit quæ creavit ; Sap . xi ; sed pro¬ prie eos suæ vindicet charitatb qui vitiorum hostes sunt et rebelles. Et econtrario illos odit qui a Deo destructa cupiunt rursum exstruere. Odisse autem Deus avOpcoîiorcaOü); dîcitur , ut flere, ut dolere, ut irasci; ut quando audimus odium ejus in malos, ea quæ Deum iutelligimus odisse, fugiamns. « Filius bouorat patrem, et servus domiuum suum : si ergo pater ego sum, ubi houor meus est ? et si dominus ego sum, ubi est timor meus ? dicit Domi¬ nus exercituum. » Malach. i, 6. LXX : « Filius glori- ficat patrem, et servus domiuum suum tinebit. Et si pater ego sum, ubi est gloria mea ? et si domiuus ego sum, ubi est timor mens ? dicit Dominus omni- poteus. » Licet priusquam nasceremiui, in Jacob quasi filios amare vos cœperim, tameu eligite quo me vocabulo nominetis, aut pater sum vester, aut domiuus. Si pater, debitum patri honorem reddite, et dignam parente offerte pietatem. Si domiuus, cur me coutemuitis ? cur domiuum non timetis ? Lo- quitur autem ad eos qui sub Zorobabel et Jesu filio Josedec, et Ezra sacerdote, et Nehomia, de captivi- tate Babylonia sunt reversé Esdr. m, exstructoqu 457 COMMENTAIRES SUR. LE PROPHÈTE MALACHIE. mûrs de la ville, et ne persévéraient pas moins dans leurs anciens égarements, n’ayant pour Dieu ni amour ni crainte. Ce que nous appelons « gloire » ou «honneur» est le même terme que S dÇa chez les Grecs et chabod chez les Hébreux ; mais, en raison de l’usage de la langue latine, nous avons dit « honneur ». Dans l'E¬ vangile, en effet, où le Seigneur en même temps Sauveur dit : « Père, l’heure vient, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie,» Joan. xvn, 1, on lit chez les Grecs SdÇacov, c’est-à-dire «glo- rifica. » La plupart des latins rendent ce pas¬ sage par « honorez. » Il faut considérer aussi que, dans les saintes Écritures, c’est par la volonté et non autrement que l’on devient fils ou esclave. Celui-là, en effet, qui a reçu l'esprit d’adoption est transformé en fils .de Dieu, et celui qui a reçu l'esprit de servitude qui inspire la crainte, celui-là s’en fait l’esclave. 'Rom. vin. C'est pourquoi Dieu veut d’abord que nous soyons ses fils et que nous fassions volontai¬ rement le bien; si nous voulons obtenir qu’au moins il nous traite en esclaves, éloignons-nous du mal par la crainte des châtiments. Nous avons vu fils pris en mauvaise part : « Nous étions des fils de colère et des fils de la géhenne ; » Ephes. u, 3 ; ces fils que, après avoir parcouru la terre et la mer, les pharisiens ont rendus dignes de tous les tourments. Matth. xxm. Judas aussi, le traître, est appelé « fils de altari, needum templum ædificaverant, nec muros exsLruxerant civitatis, etnihilominus in peccatis pris- tinis permauehant, Deum noc amore, nec timoré vé¬ nérantes. Quod autem « gloriain» diximus, vel « ho¬ norera, » et apud Græcos So'Ça, et apud Hæbræos chabod, unum verbum est ; sed nos pro Latinæ lin¬ gual proprietate, « honorera » posuiinus. Nam et in Evangelio ubi Joqnitur Dominus et Salvator : « Pater, venit hora, clariûca Fiiium tuuin , ut Filins tuus clarificet te, » Joan. xvn, 1, apud Græcos SoÇctaov legitur, id est « glorifica. » Quem locum plerique Latinorum « honorifica, » interpretati sunt. Simul- que consideremus quod filius ac servus in Scrip- turis sanctis voluntate fiat, non necessitate naturæ. Qui enim spiritum adoptionis acceperit, in fiiium Dei vertitur : qui autem spiritum servifcutis iu tirno- rejn, Dei servus efficitur. Rom. vin. Vult itaqne pri- mum Deus ut filii ejus simus , et bonum voluntate faciamus : si hoc consequi volumus, lit saltem servos nos habeat, et a malis per suppliciorum formidinem recedamus. Legimus in malam parteua filios : « Era- mns filii iræ, et filii gehennæ, » Ephes. u, 3, quos Pharisæi, mari terrisque circuitis, dignos genuere tormentis. Matth. xxm. Et Judas proditor, « filius perditionis » appellatur ; Joan . xvn ; et in octogesimo perdition; » Joan, xvn; et dans le psaume qua- tre-vingt-huit, il est écrit du Seigneur : « Le fils de l’iniquité ne pourra pas lui nuire. » Psalm. Lxxxvtn, 23. Dans Osée aussi sont appelés fils de fornication ceux qui sont nés de cette mère prostituée dont il est écrit : « Votre mère s’est déshonorée. » Osée n, 5. Et dans l’Évangile, les Juifs sont qualifiés de fils du diable : « Vous êtes nés du diable, votre père et vous voulez ac¬ complir les désirs de votre père. » Joan. vin, 44. Nous voyons fils pris en bonne part; ainsi, les fils de Dieu : « A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ; » ainsi les fils de la sagesse, dont l’Évangile dit : cr La sagesse a été justifiée par ses enfants; » Matth. xi, 1 ; » ainsi les fils d' Abraham : « En vérité, en vérité, je vous le dis, Dieu peut de ces pierres susciter des enfants à Abraham ; » Matth. in, 9 ; et les fils de l’Apôtre : « Mes petits enfants que j’enfante de nouveau jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, » Galat. iv, 19, et tant d'autres exemples du même genre. Le fils donc honore ou glorifie son père, selon ce qui est écrit : « Que votre lumière brille devant les hommes pour qu’ils voient vos œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Matth. i, 15. L’esclave aussi honore son maître, non pas avec le même sentiment que le fils, sous-entendu, honore le père, et le serviteur son maître ; aussi le Dieu tout-puis- octavo Psalmo de Domino scribitur : « Filius îni- quitatis non apponet nocere ei. » Psal. lxxxvhi, 23. In Osee quoque filii fornicationis vocantur, qui sunt de matre meretrice generati, de qua scriptum est : « Fornicata est mater vestra. » Osee rr, 5. Et in Evan¬ gelio Judæi filii diaboli sugillantur : « Vos de pâtre diabolo nati estis, et desideria patris vestri vultis fa- cere. » Joan, vm, 44. In bonam partem filios legimus, ut filios Dei : « Quotquot euin receperunt, dédit eis potestatem filios Dei fieri. » Joan. i, 12. Et filios sa- pientiæ, Evangelio proclamante : « Justificata estaa- pientia a filiis suis;» Matth. xi, 19 ; et filios Abraham : « Amen, amen, dico vobis, potest Deus de lapidi- bus is Lis suscitare filios Abraham. » Matth. iii, 9. Et filios Àpostoli : « Filioli mei, quos iterum parturio, donec Ghristus formetur in vobis, » Galat. îv, 19, et multa istiusmodi. Filius ergo honorât, sive clarificat patrem, juxta illud quod scriptum est : « Sic luceat lux vestra coram hominihus, ut videant vestra opéra, et glorificent Patrem vestrum qui est iu cœlis. » Matth. v, 16. Servus quoque honorât dominum suuin, non eadem charitate qua filius ; sed xoivoiï snb- auditur, honorât filius patrem, servus doininum suum ; et tamen Deus omnipotens sciens dilïerentiam filii et servi, a filio gloriam, et a servo timorem ex- 458 SAINT JÉROME sant, faisant la différence du fils et du serviteur, réclame du fils la gloire et du serviteur la crainte : « La crainte du Seigneur est le com¬ mencement delà sagesse, » Eccl. i, 16, afin que nous passions de la crainte des esclaves à la gloire des enfants. « A vous, ô prêtres, qui méprisez mon nom et qui avez dit : En quoi avons - nous mé¬ prisé votre nom ? Vous offrez sur mon autel un patin souillé et vous dîtes : En quoi vous avons- nous déshonoré ? En ce que vous dites, la table du Seigneur est dans le mépris. » Malach. i, 7. Les Septante: « Vous prêtres, qui méprisez mon nom et avez dit : En quoi avons-nous méprisé votre nom? Offrant à mon autel des pains souillés, vous avez dit : En quoi les avons-nous désho^ norés ? En cela même que vous dites : La table du Seigneur est dans le mépris 4 et ce qui a été déposé, vous l’avez dédaigné *4- » Nous avons marqué d’un trait : « Et ce qui a été dé¬ posé, vous l’avez dédaigné, r> parce que ce n’est pas dans l'hébreu et que c’est ajouté de ce qui suit. C’est donc à vous, ô prêtres, qui méprisez mon nom, que ce discours s’adresse, vous qui, rentrés de Babylone, devriez, au souvenir de l’esclavage passé, être de toute votre âme con¬ vertis au Seigneur; et non seulement ce n’est point ce que vous faites, mais à l’imitation de Caïn, n’ayant â l’égard de Dieu que d’orgueil¬ leuses réponses, vous l'interrogez, lui à qui rien de caché n'échappe, et vous dites : « En quoi petit : « Principium enim sapientiæ timor Domini, » Eccli. t, 16, ut de timoré servorum ad filiornm glo- riam transeamus. « Ad vos, o sacerdotes, qui despicitis nomen meum, et dixistis : In quo despeximus nomen tuum ? Of¬ ferts super altare meum panem pollutum, et dicitis : In quo polluimus te ? ïn eo quod dicitis, mensa Do¬ mini despecta est.» Ibid. 7. LXX : «Vos, sacerdotes, qui despicitis nomen meum, et dixistis : In quo despe¬ ximus nomen tuum ? Offerentes ad altare meum pa¬ nes pollutos, et dixistis : In quo polluimus ipsos ? In eo quod dicitis, mensa Domini despecta est 4 et quæ superpositasunt, despexitis.» >4 Quod autem se- quitur : «Et quæ superpositasunt despexistis,» obelo prænotavimus, quia in Hæbraico non habetur, et de sequentibus additum est. « Ad vos, » igitur, « o sa¬ cerdotes, qui despicitis nomen meum, » iste sermo dirigitur : qui reversi de Babylone, metu præteritæ servitutis, debueratis ad Dominum plena mente con¬ verti ; et non solum hoc non facitis, sed imitantes Gain, Gen. îv, superbis contra Deum vocibus respon- dentes, sciscitamini ab eo quem occulta non falluut, et dicitis : « In quo despeximus nomen tuum? » ut dissimulationis impudéntia, vulnus cons.cientiæ pro- avons-nous méprisé votre nom ? » pour couvrir la blessure delà conscience par l’impudence de la dissimulation. Vous voulez donc savoir en quoi vous avez méprisé mon nom ? Vous offrez sur mon autel un pain impur ; ces pains de pro¬ position que, d'après les traditions hébraïques, vous deviez semer vous-mêmes, couper vous- mêmes ; moudre vous-mêmes et faire cuire vous- mêmes, et à présent vous prenez les premiers venus, et répondant d’une voix téméraire, vous dites : « En quoi avons-nous déshonoré ces pains » ou « vous-même ? » Profaner les choses sacrées, c’est profaner celui à qui elles appar¬ tiennent. A l’égard de ce qui suit : « En ce que vous dites, la table du Seigneur est dans le mé¬ pris, » nous pouvons l’interpréter dans ce sens : que de retour de Babylone, le temple n’étant point encore rebâti, et habitant dans des ca¬ banes et parmi les ruines de l’ancienne ville, ils avaient relevé seulement l'autel , mais sans lui donner l’éclat dont le premier avait brillé, et qu’ils estimaient la religion moins sainte, parce qu’ils n’avaient point eu le zèle de tout rebâtir. Ce sont quelques traits jetés, sur lesquels nous allons baser une exposition spirituelle. Le dis¬ cours divin gourmande les évêques, les prêtres etles diacres négligents, ou, parce que nous som¬ mes une race sacerdotale et royale, tous ceux qui baptisés dans le Christ sont appelés du nom du Christ, parce qu’ils méprisent le nom de Dieu, et à ceux qui demandent en quoi ils tegatis. Vultis ergo scire in quo despexistis nomen meum ? Olfertis super altare meum panem pollu¬ tum ; panes videlicet propositionis, quos juxta tra- ditiones Hebraicas, ipsi serere, ipsi demetere, ipsi rnolere, ipsi coquere debebatis ; et nunc sumitis quoscunque de medio, et voce temerariarespondetis, et dicitis, « In quo polluimus eos, » sive « te ? » Dum enim sacramenta violantur, ipse cujus sunt sacra- menta violatur. Hoc autem quod sequitur : « In eo quod dicitis : mensa Domini despecta est, » possumus ita interpretari : Quod reversi de Babylone, necdum templo ædiûcato, manentes in casulis, et in ruinis urbis antiquæ, altare tantum extruxerant, non ejus- dem gloriæ, cujus pristinum fuerat, et putabant deesse religionis sanctimoniam, quia deerat ædifîca- tionis ambitio. Tenues lineas duximus, quibus impri- menda est explauatio spiritualis. Corripit sermo divinus episcopos, atque presbyteros et diaconos négligentes, sive, quoniam genus sacerdotale et regale sumus, omncs qui baptizati in Cbristo, Christi cen- sentur [al. censemur'] nomine, cur despiciant nomen Dei ; et interrogantibus, in quo despexerint nomen ejus, causas monstrat offensæ : Olfertis, inquit, super altare meum panem pollutum. Polluimus panem, id COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE MALAGHIE. 459 auraient méprisé son nom, il découvre lescauses de l'offense : Vous offrez, dit-il, sur mon autel un pain impur. Nous souillons le pain, c'est-à- dire le corps du Christ, quandnousnous appro¬ chons indignement de l'autel et que nous bu¬ vons avec des lèvres impures son sang très pur, et nous disons : La table du Seigneur est dans le mépris, non que quelqu’un ose le dire, et que ses sentiments impies il les formule d'unevoix sacrilège, mais parce que les œuvres des pé¬ cheurs déshonorent la table de Dieu. Nous pou¬ vons encore dire, d’une autre manière ; Un docteur de l’Église qui prépare le pain spirituel et le distribue aux peuples, si, en vue de la gloire humaine, ou des biens du siècle qui ac¬ compagnent la gloire, parlant aux peuples, il flatte les riches, honore les pécheurs et, selon saint Jacques, reçoit ceux qui viennent à lui avec des anqeaux d’or, et repousse les saints pauvres, celui-là méprise le nom de Dieu, souille le pain de la doctrine et fait injure à D\eu lui-même, en pensant que la table de ses Ecritures ne se distingue point des tables des idoles et de la doctrine du siècle. « Si vous offrez en sacrifice une victime aveugle, n’est-ce pas un mal ? Et si elle est boi¬ teuse et languissante, n’est-ce pas un mal ? Of- frez-les à votre chef ; lui seront-elles agréables, et vous fera-t-il bon accueil? dit le Seigneur des armées. » Malach . i, 8. Les Septante : «Parce que si vous offrez une victime aveugle en sacrifice, n’est-ce pas un mal ? Et si elle est boiteuse ou est corpus Christi, quando indigni accedimus ad altare, et sordidi mundum sanguinem bibimus, et dicimus, mensa Domini despecta est; non quod hoc aliquis audeat dicere, et quod impie cogitât scelerata voce proferre ; sed opéra peceatorum despiciunt meusam Dei. Possumus et aliter dicere : Doctor Ec- clesiæ qui spiritualem couficit panem, eteumpopulis dividit, si vel propter humanam gloriam, vel lucra sæculi quæ gloriam consequuutur, loquatur in po- pulis et divitibus blandiatur, et honoret peccatores, et juxta Jacobum suscipiat eos qui cum annulis au- reis ad se veniunt, Jac. u, et pauperes sanctos repellat, nomenDei despicit,et panem polluildoctrinarum, et in ipsum Deum jacit contumelias, mensam Scriptu. rarum ejus menais idoloimm sæcularisque doctrinæ putans esse communem. « Si offeratis cæcum ad immolandum , nonne ma- lum est ? Et si offeratis ijclaudum et languidum , nonne malum est? offer illud duci tuo, si placuerit ei, aut si susceperit faciera tuam, dicit Dominus exercituum. » Malach. r, 8. LXX : « Quia 3i offeratis cæcum in saorificium, nonne malum est? Et si offe¬ ratis claudum efc languidum, nonne malum est? offer languissante, n’est-ce pas un mal? Présentez-les à votre chef, est-ce qu’il vous recevra, est-ce qu’il vous fera bon accueil ? dit le Seigneur tout-puissant. » Il est traité bien complètement, dans le Lévitique, des diverses victimes qu’on doit offrir ou ne point offrir. Levü. xxi et xxn. De retour donc de Babylone, les prêtres et les lévites, les portiers et chantres, les nathinéens et les serviteurs de Salomon, dontEsdras donne le catalogue, offraient à Dieu, quoique prohibées, des victimes aveugles, boiteuses et atteintes de maladies diverses ; I Esdr. ii ; c’est ce qu'on veut exprimer dans le seul mot : languissantes. Si vous offrez à votre chef, dit-il, des présents de cette espèce, ne les repousserait-il pas? ne les prendrait-il pas pour une injure ? et vous osez offrir à Dieu ce que vous n’osez pas offrir aux hommes ? Il serait long maintenant de décou¬ vrir la symbolisme mystérieuse de toutes les vic¬ times : je parlerait seulement de celles dont est question dans le présent chapitre. Aveugle est la victime de l’âme qui n’est point éclairée de la lumière du Christ, et dont l'œil ne re¬ garde point selon l’Evangile. Matth. 6. Boi¬ teuse est la prière de celui qui porte à la prière une double pensée et s’entend dire avec le peuple Juif : Jusques à quand serez- vous boiteux des deux pieds ? » III Reg. xvm, 21. Et celle-là est languissante et accablée de toutes les infirmités, qui n’a pas la force du Christ Dieu, et la sagesse de Dieu. Ces sortes de prières qui sont dépourvues de la lumière de la illud duci tuo, si susceperit te, si acceperit faciem tuam, dicit Domimis omnipotens. » De diversitate victimarum, et quæ vel offerri debeant, vel non offerri, in Levitico plenius discimus. Revit xxi e^xxn. Reversi itaque de Babylone sacerdotes et Levitæ,’ janitores atque cantores, et Natbinnæi servique Salo- monis, quorum Ezras scribit xaTraXoyov, illicitas Deo victimas offerebant, cæcas videlicet et claudas, ac varia debilitate confectas ; Esdr. h; hoc est enim quod dicit languidum, uno cüncla sermone compre- hendens. Si istiusmodi, inquit, duci tuo offeres œu- nere, nonne respueret? nonne sibi factam putaret injuriam? et hoc audetis offerre Deo, quod dare ho- minibus non audetis? Longum est nunc omnium victimarum aperire mysteria ; de his tantum loquar quæ præsenti capitulo continentur. Cæca est animæ victima, quæ non illustratur Christi lumine, nec ha- bet oculum de Evangeliocontuentem. Matth. 6. Glau- da est rogantis oratioj qua duplici mente accedit ad precandum, et audit cum populo Judæorum : « Us- quequo claudicatis utroque pede. » II Reg. xvm, 21. Et languida, et omni infirmitate cooperta, quæ non habet Christi Dei virtutem, Deique sapientam. latins- 460 SAINT JEROME vérité, qui n’ont pas la tenue empreinte de la sagesse, et sont entachées de multiples défauts, si elles sont présentées au chef des Eglises ou à quelque savant et sage docteur, ne seront-elles pas repoussées et ne resteront-elles pas comme un affront à celui qui a osé faire de tels pré¬ sents ? « Et maintenant, soyez en supplication devant Dieu, pour qu’il aie pitié de vous, car vous vous êtes rendus coupables de tout cela, et qu'il dai¬ gne vous recevoir d’une manière favorable, dit le Seigneur des armées. Y en a-t-il un parmi vous qui ferme les portes ou qui allume mon autel gratuitement? » Malach. i, 9. Les Septante : « Et maintenant, soyez en supplication devant Dieu et priez-le, car vous êtes coupables de ces choses, pour que je vous regarde plus favora¬ blement, dit le Seigneur tout-puissant ; parce que parmi vous les portes ne sont pas fermées ni mon autel n’est point allumé gratuitement. » En cet endroit, les Septante diffèrent beaucoup du texte hébreu, et il faut bien qu’il y ait diver¬ sité de sens là où il y a diversité d'interpréta¬ tion, Parce que vous avez offert des hosties boiteuses et aveugles et malades, car vous avez fait tout ce que j’ai dit, faites pénitence, pour qu’en quelque façon Dieu aie pitié de vous. Il n'en est pas un parmi vous, jusque dans les dernières fonctions, je ne dis ni pontife, ni prê¬ tre, ni lévite, ni chantre, mais ni même portier, pas même celui qui met le feu sous l'autel pour modi preces, quæ sine lumine veritatis sunt, et non babentsapientisefirma vestigia, et debilitatibus variis contabescunt, si offerantur Ecclesiarum principi, aut cuilibet erudito sapientique doctori, nonne repudia- buntur, et in contumeliam ejus recident, qui talia est ausus offerre ? « Et nunc deprecamini vultum Dei ut misereatur vestri ; de manu enim vestra factum est hoc, si quo modo suscipiat faciès vestras, dicit Dominus exerci- tuum. Quis est in vobis qui claudat ostia, et incendat altare meum gratuito ? .» Ibid. 9. LXX : « Et nunc de¬ precamini faciem Dei vestri, et rogate eum ; in mani- bus vestris facta sunt hæc, si suscipiam ex vobis fa- facies vestras, dicit Dominus omnipotens ; quia et in vobis claudentur ostia, et non succendetur altare meum gratis. » Multum in hoc loco Septunginta in¬ terprètes ab Hebraica veritate discordant : et ne- cesse est, ubi divers a est interpretatio, ut diversus et sensus sit. Quia obtulistis claudas et caccas et de- biles victimas, vos enim hæc quæ dixi universa fecis- tis , agite pœnitentiam, si quo modo misereatur vestri Deus ; nullus enim in vobis usque ad extre- mum minis teriunr, non dico pontifex, non sacerdos, non Levit^, non cantor, sed nec janitor quidem, et consumer les holocaustes, qui ne reçoive de moi la récompense de son travail. Par ces pa¬ roles, il fait allusion aux dîmes de tous les fruits Ojfferts par les peuples. Il est montré par là que Dieu agrée plus volontiers des services qui ne cherchent pas dans le moment de rému¬ nération. Voilà pourquoi l’Apôtre prêche l’ɬ vangile gratuitement; I Thés, n ; il travaille, la nuit et le jour, de ses propres mains, pour n’ètre à charge à personne et il affirme qu’il ne faut point bannir la gloire qui a été la sienne, la pré¬ dication gratuite parmi les peuples, lï Thess. in. Les Septante suggèrent fortement un autre sens : O prêtres, qui immolez des hosties ma¬ lades, convertissez-vous à la pénitence et sup¬ pliez humblement le Seigneur et demandez pardon pour les œuvres de vos mains. Ce qu’ils disent : « Est-ce que je vous accueillirai favo¬ rablement ?» je ne sais si cela convient à une exhortation à la pénitence. Personne ne dit, en effet : Priemoi, et jene te pardonnerai pas. Vient ensuite : « Les portes seront fermées pour vous ; » sans doute celles du Père , du Fils et du Saint- Esprit. Aussi le Sauveur dit-il ; « Je suis la porte; » Joan . x, 9 ; soit autrement encore : Les portes des Écritures ne seront point ouvertes pour vous, et vous ne pourrez voir le Saint des saints, ni connaître les mystères sacrés du Seigneur, ni brûler l’encens à son autel, parce que vos prières n’arriveront pas jusqu’à lui. Et owpeccv, que nous avons interprété par « gratuitement, » ceux qui is qui ignem supponit altari ad cremandum holo- causta, qui non a me mercedem accipiat lnboris sui. Hoc autem dicens, décimas significat omnium frn- gum, quæ offeruntur a populis. Ex quo ostenditur acceptiorem esse Domino servituteiu quæ merce¬ dem in præsentiarum non postulat. Unde et Apos- tolus gratis prædicat Evangelium ; 1 Thess. n; et nocte et die manibus suis laborat, ne cui oneri sit et hanc gloriam suam gratuitæ prædicationis in gentibus, nequaquam evacuandam e33e testatur. II Thess. ni. Porro LXX alium multo suggerunt sensum : O sacer- dotes, qui liostias debües immolatis, convertimini ad pœnitentiam, et vultum Domini deprecamini et orate pro operibus maniium vestrarum. Quod autem iufert : « Si suscipiam ex vobis faciès vestras, » nescio an conveuiat exhortation) pœnitentiee. Nemo enim dicit : Ora me, et non parcam tibi. Sequitur : « lu vobis claudentur ostia, » Patris videlîcet, et Fi- lii, et Spiritus sancti. Unde Salvator loquitur : « Ego sam ostium. » Joan. x, 9. Sive aliter : Nonvobis ape- rientur ostia Scripturarum, nec perspicere poterilis sancta sanclorum, nec Domini sncramenta cognos- cere, nec succendere thymiama ejus ad altare ; quia orationes vestrœ ad ilium non pervenient. Et hoc COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIE. 461 suivent le sentiment que nous exposons dans ce moment le tournent par «grâce,» comme pour dire qu’ils n’auront pas la grâce de servir â l’autel du Seigneur. « Ma volonté n’est point en vous, dit le Sei¬ gneur des armées, et je ne recevrai point de présents de votre main, dit le Seigneur, car depuis le lever du soleil jusqu’au couchant, mon nom est grand parmi les nations , et l’on me sacrifie, et l’on offre en tout lieu à mon nom une oblation pure , parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées. Et vous avez déshonoré ce nom en ce que vous dites : La table du Seigneur est deve¬ nue impure, et ce qui est placé dessus est mé¬ prisable, aussi bien que le feu qui le dévore. Et vous avez dit : Voilà le fruit de notre travail et vous le rendez digne de mépris, dit le Seigneur des armées , et vous avez apporté un fruit boi¬ teux et malade de vos rapines, et vous l’avez apporté en présent. Est-ce que je recevrai cela de votre main, dit le Seigneur? » Malach. i, 10 et seqq . Les Septante : « Ma volonté n’est point en vous, dit le Seigneur tout-puissant, et je n’accepterai pas de sacrifice de vos mains, parce que, du lever du soleil jusqu’au coucher, mon nom est glorieux parmi les nations, et en tout quod dicitur Swpéàv, et nos interpretati sumus « gra- tuito, » qui hanc sequuntur intell igentiam quam nunc exponimus, vertunt « gratiam, » videlicet gratiam non habeant altari Domini serviendi. « Non est mihi voluntas iu vobis, dicit Dominus exercituum, et munus non suscipiam de manu ves- tra : ab ortu enim solis usque ad occasum magnum est nomen meum in gentibus, et in omni loco sacri- ficatur, et ouertur nomini meo oblatio unmdn, quia magnum est nomen meum in gentibus, dicit Domi¬ nus exercituum. Et vos polluistis illud, in eo quod dicitis : Mensa Domini contaminata est, et quod su¬ per ponitur, contemptibile est cum igné qui illud dévorât. Et dixistis : Ecce de labore, et exsufüastis illud, dicit Dominus exercituum. Et intulistisderapi- nis claudum, et languidum, et intulistis munus : îium- quid suscipiam illud de manu vestra? dicit Dominus.» Ibid, tO.LXX: «Non est voluntas mea in vobis, dieit Dominus omnipotens, et sacrificium non suscipiam de manibus vestris, quia ab ortu solis usque ad oc¬ casum nomen meum gloriosum est in gentibus : et in omni loco incensum offertur nomini meo, et sacri- lieu l’encens est offert à mon nom, ainsi qu'un sacrifice pur, parce que mou nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur tout-puissant. Cependant vous l’avez souillé cc nom en ce que vous dites : La table du Seigneur est impure et les viandes qui sont placées dessus sont mépri¬ sées, et vous avez dit : ce sont celles de l'afflic¬ tion, et vous le rendez digne de mépris, dit le Seigneur tout-puissant. Et vous apportiez des rapines , des hosties boiteuses et malades , et vous les offriez en sacrifice; est-ce que je les accepterai de vos mains? dit le Seigneur tout- puissant. » Voici la règle à 'l’égard des Ecritures : Là où se déroule très clairement la prophétie de l’a¬ venir, ne l’affaiblissez point par l’interprétation allégorique toujours incertaine. Or, ici, le dis¬ cours du Seigneur est spécialement à l’adresse des prêtres juifs qui offrent eu sacrifice des vic¬ times aveugles, boiteuses et malades, afin qu’ils sachent qu’à leurs hosties de chair doivent suc¬ céder des victimes spirituelles ; ce ne sera point le sang des taureaux et des boucs qui lui sera offert, mais des parfums, c’est-à-dire les prières des saints, et non pas dans une seule province de l’univers , la Judée, mais qu’en tout lieu il lui sera présenté une oblation, non plus souillée ficium mimdum, quia magnum est uomen meum in gentibus, dicit Dominus omnipotens. Vos autem contaminastis illud, in eo quod dicitis : Mensa Do¬ mini polluta est, et qui superponuntur despeeti sunt cibi ejus, et dixistis : Hæc de afflictione sunt, etexsuf- flastis ea, dicit Dominus omnipotens. Et inferebatis rapinas, et clauda et debilia, et offerebatis sacrifi¬ cium : si suscipiam ea de manibus vestris, dicit Dominus omnipotens? » Régula Scripturarum est : Ubi manifestissima propbetia de futuris texitur, per incerta allegoriæ non extenuare quæ sçripta sunt. Ergo proprie nunc ad sacerdotes Judæqfum sermo fit Domini, qui offerunt cæcum et claudum, et languidum ad immolandum ; ut sciant carnalibus victimis spirituaies victimas successuras. Et ne- quaquam taurorum liircorumque sanguinem; sed tbymiama, hoc est, sanctorum orationes Domino offerendas, et non in una orbis provincia Judæa,nec in una Judææ urbe Jérusalem ; sed in omni loco offerri obtationem, nequaquam immundam, ut a po- popuJo Israël , sed mundam.utin cæremoniis (a) Christianorum. Ah ortu enim solis usque ad occasum (a) Victor ait : Hieron. cæremonias Christianas Missnm appellat, quam Græci Xsnæupyèxv voennt , de qua fit mentio Act. xii : ÀEiTOUpYOuvTWV aurtov Tto Kupiw, xal vrjaieudvTcov , dim vo IïvsÜpa vo aytov Ministramibus , scu -venus, sacn/ï- cantibus autem illis, et jejunantibus, dixit Spiritus sanctus. Hoc enim nomine et Clemens martyr, et Basilius, 'et Cbrysostomus Missara inscribunt. Hanc autem sacrificium esse, non solum hic abs Hicronymo erudite, sed prœclarius et illustrius super xlyi Ezc- chielis, discere potes. Ex quo non possum non mirari noYorum hæreticorum -vesaniam, qui coatra ipsius Christi institutionem, et perpetuum totius Ecclesiœ usum atque consensum, sacrificium, quo nunquam terrarum orbis caruit , a fidelibus tollunl. Convinccrcm liane falsitatem multis, si \el ab aliis ante nos id docte oopioseque factum non esset, vol nos disputationes, et non potius scholia nunc texeremus. (Edit. Mign.) 462 SAINT JÉROME. comme par le peuple d'Israël, mais toute pure comme dans les cérémonies des chrétiens. De¬ puis le lever du soleil, en effet, jusqu’au cou¬ cher, le nom du Seigneur est grand parmi les nations, car le Sauveur dit : « Mon Père, j'ai fait connaître aux hommes votre nom. » Joan. xvii, 6. Tandis que mon nom , dit-il , doit être grand parmi les peuples , vous , ô princes des Juifs , vous l'avez déshonoré et le déshonorez encore. C'est ainsi qu'il prédit l'avenir sans perdre de vue le présent. Aussi , ô prêtres et princes des Juifs, en tout lieu il m'est offert une oblation pure et mon nom est grand chez tous les peuples, parce que vous dites : La table du Seigneur est méprisée et ce qu'on y place est méprisable, aussi bien que le feu qui le dévore. Au retour de Babylone , les Juifs avaient cons¬ truit un autel , au rapport d'Esdras , avec des pierres brutes et prises au hasard, sans temple, sans relever les édifices de la ville ni recons¬ truire ses murs, en sorte qu'ils tenaient en moin¬ dre estime une religion qui n'avait ni temple ni éclat. C'est aussi, pour cela que le Seigneur leur dit : Vous regardez comme déshonorés et l'autel, et les holocaustes, et les victimes qui. y sont offertes ; le feu qui les dévore vous paraît déshonoré aussi ; ne comprenez-vous pas que le Dieu tout-puissant ne recherche ni l'or, ni les pierreries, ni le nombre des victimes, mais seu¬ lement les sentiments de ceux qui les offrent ? Comment ceux qui pensent qu'il s’agit ici, non de l'autel, mais de la table sur laquelle on pla- magnum est nomen Domini in gentibus, dicente Salvatore : « Pater, manifestavi nomen tuum homi- nibus.» Joan . xvii, 6. Curnque, inquit, nomen meum magnum in gentibus sit futurum, o vos principes Judæorum, polluistis illucl atque polluitis. Sic enim futurorum texit vaticinium, ut.præsens tempus non deserat. Propterea autem, o sacerdotes et principes Judæorum, in omniloco mihi offerturoblatio munda, et magnum est nomen meum in gentibus, quia di- citis : Mensa Domini contaminata est, et quod su- perponitur, contemptibile est cum igné qui illud dévorât. Reversus deBabylone populus altare tantum fortuitis et impolitis lapidibus, juxta Ezræ librum, exstruxerunt. I Esd?\ vi, absque templo, absque ur- bis ædificiis, absque exstructione murorum, et puta- bat miuorem esse cultum religionis, quia templi ornatns deerat. Ad quos Dominus loquitur : Pollu- tum putatis altare, et holacausta ac victimas quæ supra imponuntur , ignern quoque qui victimas dé¬ vorât, esse pollutum ; ncc intelligitis omnipotentem Deum non aurum, gem masque, et hostiarum multi- tudinem quærere, sed offerentium voluntates. Qui autem arbitranturnon altare, sed mensamdebere in- çait les pains, pourront-ils expliquer ce qui suit : « Avec le feu qui le dévore »? Je ne sais pas le voir ; le feu , en effet , ne consumait nullement les pains de proposition, qui étaient tour-à-tour renouvelés et emportés pour l'usage des prêtres. Imf. xxiv. Entendons-le encore dans ce sens : Vous avez deshonoré mon nom en ce que vous dites : Dans quel but des obla¬ tions de choix ? Quelles que soient nos offrandes, le feu les doit dévorer. Le fruit de l’autel, c’est le feu, et les hosties et les holocautes sont l’ali¬ ment du feu. Ce n'est pas assez de l’impiété de la première parole, vous avez aussi ajouté : «Voici de notre travail, et vous avez soufflé, dit le Seigneur des années. » Tel est le sens de ce discours : Vous avez dit ; Nous sommes rentrés de la captivité, nous avons été la proie de l'en¬ nemi, nous avons beaucoup enduré dans une longue route, nous sommes pauvres, tout ce qui était en notre pouvoir nous l'avons consumé dans les fatigues du chemin : nous offrons ce que nous avons ; et, en parlant ainsi, vous avez soufflé sur vos sacrifices, vous les avez rendus digues que je souffle dessus ; ou, comme on peut lire dans l’hébreu , et cela disant, vous m’avez soufflé; vous faites injure non au sacrifice mais à moi, à qui vous l'offriez. C'est pourquoi je ne l'accepterai nullement de votre main, dit le Sei¬ gneur tout-puissant. D’aucuns pensent que ce qui est dit spécialement aux Juifs, parce que leurs victimes sont souillées et impures et que le sacrifice doit passer aux nations, doit s'en- telligi, in qua panes ponebantur, quomodo hoc interpretari possint quod sequitur, « cum igné qui illud dévorât, » ornuino non video ; neque enim ignis dévorât panes propositionis, quos semper novos [al. novis] pro veteribus commutabant, et ablati cede- bant in usus sacerdotum. Levit. xxiv. A ut certe ita intelligendum : Polluistis nomen meum in eo quod dicitis : Quid prodest si offeramus optima? qualia- curaque fuerint quæ offeruntur, igné sunt devorau- da. Fructus autem altaris ignis est, cibusque ignis hostiæ vel holocausta. Nec sufficit .prioris sermonis impietas, sed etiam hoc dixistis : « Ecce.de labore, et exsufflastis illud, dicit Dominus exercituum. » Cujus orationis hic sensus est : Dixistis : Decaptivi. tate reversi sumus, hostibus prædæ fuimus, multum in longo itinere laboravimus, pauperes sumus, quid- quid liabere potuimus viæ labore comsumptum est, qualiacumque habemtts, offerimus ; et hæc dicendo exsufflastis vestra sacrifiera, id est, exsufflatione mea digna fecistis ; sive ut in Hebræo legi potest : « Et exsufflastis me ; » hæc dicendo ; non sacrificio, sed mihi cui sacrificabatis, fecistis injuriam. Quamobrem nequaquam suscipiam illud de manu vestrà, dicit 463 COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIE. tendre des prêtres de l'Église qui offrent avec négligence leurs victimes au Seigneur. Si nous l'entendons ainsi, il faudra donc aussi que les victimes soient transportées de l'Église à une autre religion, et de môme que l'Évangile a suc¬ cédé à la loi, ainsi succédera à l'Évangile un ordre de choses que l’avenir ne contient pas. C’est aussi changer les saintes Écritures en une table du Seigneur deshonorée, que de les entendre autrement qu'elles ne sont écrites. « Maudit le trompeur qui a dans son troupeau une bête saine et qui, l'ayant vouée au Seigneur, en immole une malade au Seigneur; car je suis le grand roi, dit le Seigneur des armées, et mon nom est redouté parmi les nations. Et voici maintenant ce que j'ai ordre de vous dire, ô prêtres : Si vous ne voulez pas l'entendre, et si vous ne voulez pas le mettre sur votre cœur pour rendre gloire à mon nom, dit le Sei¬ gneur des armées, j’enverrai sur vous la disette; et je maudirai vos bénédictions et je les maudirai, parce que vous n'avez point placé mes paroles sur votre cœur. » Mcdach. n, 1, 2. Les Septante : « Etmaudit celui qui était puissant et avait dans son troupeau une bête saine et, l'ayant vouée au Seigneur, lui en immole une malade, parce que je suis le grand roi, dit le Seigneur tout-puissant, et mon nom est illustre parmi les nations. Et maintenant voici ce que Dominus omnipotens. Quidam, putant hoc quod ad Judæos specialiter dicitur, eo quod victimæ eorum immundæ sint atque pollutæ, et sacrificium trans¬ férable ad gentes, intelligi debere super Ecclesiæ sacerdotibus qui negligenter offerunt victimas Do¬ mino. Quod si recipimus, ergo ab Ecclesia rursum ad aliam religionem victimæ transferendæ suut. Et quomodo Legi Evangelium, si rursum Evangelio ea quæ non sunt futura (a), succèdent. Mensam quo- que Domini contaminatam ad sanctas Scripturas referunt, si aliter quam scriptæ sunt, intelligantur. « Maledictus dolosus qui habet in grege suo mas- culum, et votum faciens immolât debile Domino ; quia rex magnus ego sum [Vulg. tacet sum], dicit Dominus exercituum, et nomen meum horribile in gentibus. f Et nunc ad vos mandatum hoc, o sacer- dotes : Si nolueristis audire, et si nolueritis ponere super cor, ut detis gloriam nomini meo, ait Domi¬ nus exercituum , mittam in vos egestatem, et ma- ledicam benedictionibus vestris et maledicam illis, quoniam non posuistis super cor.» Mcdach. il, 1. LXX : Et maledictus qui eratpotens, et habebat in grege suo masculum , et votum ejus super eo, et immolât debile Domino ; quia rex magnus ego sum, dicit Do- j'ai ordre de vous dire : ô prêtres, si vous n'é¬ coutez pas et si vous ne disposez pas vos cœurs pour rendre gloire h mon nom, dit le Seigneur tout-puissant , j’enverrai la malédiction sur vous, et je maudirai votre bénédiction et la mau¬ dirai, et je détruirai votre bénédiction ^ et il n'y en aura pas pour vous, parce que vous n'avez pas placé mes paroles dans votre cœur.» Ceci : « Et je détruirai votre bénédiction, » a été ajouté par les Septante et ne se trouve point dans l'hébreu. Tout ce que l'esprit humain peut trouver pour excuser son péché et s'en faire une défense pour sa vaine satisfaction, la parole divine le prévoit, le détruit et le condamne. Voici le sens : Quoique vous offriez ce qui est aveugle, boiteux et malade, et que ce ne soit même pas de vos biens, mais le fruit de vos rapines, et un butin fait sur l'épargne et les pleurs des malheureux, vous dites : Nous offrons de notre travail et de notre pahvreté ce que nous avons ; c’est pourquoi je parle en géné¬ ral , pour vous livrer aux reproches de votre propre conscience. Vous prétextez la pauvreté, le dommage de la captivité, l'insuffisance de votre avoir ; écoutez ce que j'ajoute: Maudit le trompeur qui a dans son troupeau un mâle, et qui, faisant un vœu, en immole un malade au Seigneur 1 Si tu n'as point de mâle, la malé¬ diction ne t'atteint pas. En tenant ce langage, nus omnipotens, et nomen meum illustre in gentibus. Et nunç mandatum hoc ad vos, o sacerdotes, si non audieritis, et si non posueritis cor vestrum, ut detis gloriam nomini meo, dicit Dominus omipotens: mittam super vos maledictionem, et maledicam be- nedictioni vestræ, et maledicam ei/etdissipabo bene- dictionem vestram : ^ et non erit vobis ; quia vos non ponitis in cor vestrum. » Hoc quod scriptum est, « et dissipabo benedictionem vestram, » a LXXaddi- tum est, et in Ilebraico non habetur. Quidquid po- test in excusationem peccati sui humanus animus invenire, et falsa se satisfactione defendere, hoc prævidens sermo divinus corripit atque condemnat. Et est sensus : Quia offertis cæcum et claudum et languidum, et hoc ipsum non de vestro, sed de ra- pinis, et spoliis fletibusque miserorum, et insuper dicitis : De labore etpaupertate offerimus quod habe- mus ; propterea ego dico generaliter, ut vos arguat propria conscientia. Gerte obtenditis paupertatem, et captivitatis injuriam, et tenuitatem rei familia- ris ; audite quod infero : « Maledictus dolosus qui habet in grege suo masculum, et votum faciens immolât debile Domino. Si non habes masculum, nihil tibi nocefe maledictio. Hæc autem dicendo, (a) Ndnnulli codices rass. aliter legunt et alium sensum retinent, scilicet : Et quomodo legimus Evangelium , si rursmw Evan¬ gelio ea qu{B non sunt futura succédant ? Haht. 464 SAINT JÉROME il montre qu'ils ont des présents de choix et qu'ils offrent ce qui est sans valeur. A vous donc, ô prêtres, est adressé cet ordre : ce qu'il est impie de faire, vous l'avez fait par mépris pour moi. Mais parce que j’aime mieux la pénitence du pécheur que sa mort, voici ce que j'ajoute : Si vous ne voulez point m'écouter ni comprendre, afin de rendre gloire à mon nom, qui est redouté parmi les nations, j'enverrai sur vous une réelle indigence, de telle façon que sans mensonge, mais pressés parle manque absolu de tout, vous arriviez à dire que vous n’avez rien de bon que vous puissiez offrir. Et je maudirai, dit-il, vos bénédictions, c’est-à-dire ce que vous possédez maintenant par mes bénédictions, ou encore tout ce qui sera béni par vous sera maudit de moi. « Et jeles maudirai ; » il sous-entend « vos bénédictions,» parce que vous n'avez pas voulu comprendre ce qui vous est dit ; c’est ce que veut dire : « Vous ne l'avez pas placé sur votre cœur. » Nous pouvons voir ce maudit et ce trompeur dans le peuple juif, qui ayant dans son troupeau ce mâle, le Seigneur Sauveur, et l’agneau sans tache qui ôte les péchés du monde, et qui, sollicité par la prédiction de tous les pro¬ phètes, pour immoler et prendre le bélier qui était embarrassé par ses cornes au buisson de Sabec, ne voulut point le faire ; mais il immole au Seigneur un malade, en crucifiant le Sauveur et en choisissant Barabbas coupable de brigan¬ dage etdesédition, Joan. xyui, qui, selon l’inter¬ prétation mystique , représente le diable ; et tandis qu'eux le dédaignent et préfèrent le diable au Sauveur, le nom du Christ est redouté parmi les nations qui ont embrassé la passion du Sei¬ gneur et qui l’entourent d’honneur et de crainte religieuse. Cela peut aussi être dit de nous- mêmes, si, quand Dieu nous a donné le discer¬ nement et fait une nature capable des saintes pratiques, nous méconnaissons notre caractère et nous nous adonnons aux vices et à la chair, et quand nous avons un mâle, nous n'immolons qu'un malade. Débile, en effet, et bien souillée est notre prière, quand elle est entachée de colère, d’envie, d’inimitié, et qu'elle porte le reflet de ce qui trouble l'àme ; si en portant notre offrande à l'autel, et nous étant souvenus que notre frère a quelque chose contre nous, nous ne sommes pas allés à lui tout d'abord et ne lui avons pas donné satisfaction. Voilà pourquoi l’Apôtre prescrit : « Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, élevant des mains pures, sans colère et sans contention. » I Tim. n, 8. C’est notre raison qui est le pasteur de nos pensées et de nos vertus, et il en est question dans le psaume cent deux : « Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est au dedans de moi bénisse son saint nom. » Si elle conduit bien son troupeau, elle voit se réaliser en lui cette bénédiction : « Bénis seront les troupeaux de tes bœufs et de tes brebis. » Dent, xxyiii, 4. Mais, au contraire, quand elle a ostendit eos habere quæ opima sunt, et offerre quæ mala sunt. Ad vos igitur, o sacerdotes, hoc manda- tum est, fecistis quod impium est in contemptum mei. Sed quia malo pœnitentiam peccatoris quarn mortem, ctiam nunc dico : Si me audire nolueritis, nec intclligere, ut detis uomini meo gloriam, quod est horribile in gentibns, veram in vos mittam pe- nuriam, ut nequaquam mentientes, sed omnium rerum coacti egestate, dicatis vos non habere opti- ma, quæ offeratis. Et maledicam, inquit, benedictio- nibusvestris, hoc est, his quænunc,meis beuedictio- nibus possidetis : sive quidquid a vobis beuedieeta [Al. benedicituv\ a me maledictum erit. « Et male¬ dicam illis, » subanditur ubenedictionibus vestris ; » quoniam noluistis intelligere quæ dicuntur; hoc est enim quod dicitur : « Non posuistis super cor. » Pos- sumus maledictum et dolosum accipere populum Judæorum, qui cum haberet in grege suo masculum Dominum Salvatorem, et immaculatum agnum, qui tollit peccata rnundi, Joan. i, et omnium propheta- rum vaticinatione commonitus ut immolarct atque susciperet arietem, qui hærebat ex cornibus in virgulto Sabec, Gen. xxnr, hoc facere noduit; sed im¬ molât débité Domino, crucifigens Salvatorem, et eligens Barabbam latrocinii et seditionis auctorem, Joan . xxm, qui juxta mysticos intellectus refertur ad diabolum ; illisque contemnentibus, et præfereutibus diabolum Salvatori, uomen Christi horribile est in gentibus, quæ passionem Domiui susceperuut, et eum formidoloso honore venerantur. De nobis quoque dici potest ; si crcati a Deo sapientes, ha- bentesque naturam sacris congruam discipiinis , nostrum negligamus iugenium, et nos dedamus vitiis atque hixuriæ, et habentes masculum, immolemus débité Domino. Debilis autem est et maculata nostra oratio, quando ira, invidia, injmicitiis, et alia animi perturbatione corrumpitur ; si offerentes munus ad altare, et recordati quod aliquid frater uoster habeat adversum nos, non ante pergimus, et salis ei faci- mus. Matth . v, 23. Unde et Àpostolus præeipit : « Volo ergo viros orare in omni loco, levantes sanc- tas manus sine ira et disceptatione. » I Tim. u, 8. Pastorque cogitationnm nostrarum atque virtutum sensus est, de quo .iu cenlesimo secundo Psalmo (vers. 1) dicitur : « Benedic, anima mea, Domino, et omni a quæ intra me sunt nomini sancto ejus. » Qui si gregem suum bene rexerit, impletur in eo ilia et benedictio : «Benedicta armenta boum tuorum, COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE MALACHIE. 465 naturellement un mâle fort, ôolide et robuste, si elle immole quelque chose de léger, de trop efféminé et de sensuel, ou quelque chose que les multiples passions de l’âme ont affaibli ou gâté, elle sentira s’accomplir en elle cette parole : <( Les puissants seront puissamment tour¬ mentés, » Sap. vi, 7; et : « Il sera plus exigé de celui à qui il aura été donné davantage. » Luc . xu, 47. Aussi est-il dit spécialement aux prêtres que, s’ils ne veulent pas écouter ni mettre dans leur cœur qu’ils ont â rendre gloire à Dieu par leur sage conduite, et qu’au contraire, â cause d’eux, son nom soit maudit parmi les peuples, Rom.u, il enverra sur eux la disette de tous les biens et changera leurs bénédictions en malédictions. Ceux qui abusent de la santé pour les plaisirs, qui convertissent leurs richesses en faste, et compromettent leur renommée par une conduite honteuse , ceux-lâ changent les bénédictions divines en malédictions. Ou bien encore, car ils en ont l’ordre formel, ils changent leurs béné¬ dictions en malédictions, quand ils ne bénissent pointles fidèles en toute affection de cœurcomme Isaac bénit Jacob, Jacob les patriarches, et Moïse les douze tribus, G en. xxvu ; Deut. xxxm ; mais quand, par leurs paroles flatteuses et leurs bénédictions, ils trompent les cœurs simples, Rom. xvi, et quand les impies sont bénis par eux, qu’ils caressent les pécheurs pourvu qu’ils soient riches, et qu’ils applaudissent à leurs greges ovium tuarum. » Deut . xxvm, 4. Sin autem habens naturaliter masculum, id est, forte, rigidum ac robustum, immolet leve vel nimia mollitia femi- neum atque lascivnm, vel diversis auiuiæ perturba- tionibus debile atque corruptum, sentiet in se com- pletum esse quod scriptum est : « Potentes potenter tormenta patientur ; » Sap . vi, 7 ; et : « Gui plus dederint, plus exigent ab eo. » Luc. xu. 47. Unde proprie sacerdotibus dicitur, quod si audire nolue- rint, et corde retinere, ut deut gloriam nomini Do- mini per bonam conversationem , sed econtrario nomen illius propter eos maledicatur in gentibus, Rom. u, mittat in illos egestatem bonorum omnium, et beuedictiones eomm vertat in moledictionem. Qui sanitate abutuntur in libidinem, et divitias vertunt in luxuriam, bonamque famam sordida conversa- tioue deturpant, bi beuedictiones Dei mutant in maledictionem. Vel certe, quia ad sacerdotes proprie mandatum est, vertuntur benedicliones eorum in maledictionem, quando uon benedicunt sanctis ex vero cordis affectu, sicut Isaac Jacob, et Jacob pa- triarchis, et Moyses duodecim tribubus, Gen. xxvu, et xnx, et Deut. xxxm, sed per dulces sermones et bened etiones decipiunt corda innocentium , Rom. xvi, et qui inique agunt benedicuntur ab eis, adu- TOME IX. vices , c’est d’eux qu’il est dit : « Mon peuple, ceux qui vous disent heureux vous séduisent, et ils rompent le chemin par où vous marchez. » Isa. in, 12. « Et voilà que je vous rejetterai le bras de votre victime, et sur votre visage l’ordure de vos solennités, et elle s’attachera â vous. Et vous saurez que je vous ai fait donner cet ordre, afin que le pacte avec Lévi fût maintenu, dit le Seigneur des armées. » Maîach. h, 3, 4. Les Septante : « Voilà que je réserverai pour vous l’épaule et je jetterai le ventre sur votre visage, le ventre de vos solennités , et je vous recevrai ensemble, et vous connaîtrez que c’est moi qui vous ai envoyé cet ordre, afin de maintenir mon alliance avec les lévites , dit le Seigneur tout- puissant. » C'est parce qu’il parle aux prêtres qu’il dit : Je vous rejetterai au visage ce que vous estimez de plus saint de la loi, et ce que Dieu vous a adjugé des victimes en récompense de vos vertus : « le bras, » que les Septante ont rendu par « épaule , » c’est-à-dire « le flanc droit » de l’animal. Et je disperserai, dit-il, le ventre, on , scion l’hébreu , « l’ordure, » indi¬ quant ici par métonymie le contenu pour le contenant, l’épaule, l’estomac, la langue et les entrailles , et ce qui est énuméré dans le Lévi- tique comme accordé aux prêtres dans les sa¬ crifices. Levit . vu et ix. Tout cela, il affirme qu’il le repoussera à cause de leurs péchés, et qu’il lanturque peccatoribns dummodo divites sint atque eorum vitiis blandiuntur, de quibus dicitur : « Po- pulus meus, qui beatos vos dicunt, seducunt vos, et semitas pedum vestrorum supplantant. » Isa. in, '12. «Ecce ego projiciam vobis brachium, etdispergam super vultum vestrum stercus solemuitatum vestra- rum, et assumet vos secum. Et scietis quia misi ad vos mandatum istud [Al. veshmm\ ut esset pactum meuafeum Levi, dicit Dominus exercituum.» Malach. n,3. LXX :i«Ecce ego separabo vobis humerum, etdis¬ pergam ventriculum super faciem vestram, ventricu- lum solemuitatum vestrarum, et suscipiam vos simul ; et cognoscetis, quia ego misi ad vos mandatum hoc, ut esset testamentum meuu) ad Levitas, dicit Domi- dus omnipotens. » Quia ad sacerdotes loquitur : Projiciam, iuquit, in faciès vestras ea quæ sanctiora putatis in lege, et vobis a Deo pro virtutum munere ex hostiis condonata : a brachium, » pro quo LXX « humerum »> interpretati sunt, id est, « armum » animalis « dextrum. Et dispergam, inquit, svuacpov , id est, « veotriculum ; » sive juxta Ilebræos, « ster¬ cus, » id est, phares, pro eo quod cou- tinet, id quod continetur appellans, et armum enim et pectusculum, et linguam, et ventriculum, et ea 30 SAINT JÉROME 46fi le jettera au visage des prêtres, Num. xyiii, afin que ceux qui offrent ressemblent à ce qui est offert. B eut. xyiii. «Et s'attachera à vous, » dit-il, c'est-à-dire l’ordure de vos solennités, afin que vos visages repoussants soient recouverts de cette souillure infecte, et que par le rejet que je fais de vous, vous compreniez que je suis ce¬ lui-là même qui, jadis, ai choisi Lévi votre père, et par Lévi Aaron , et que je vous ai oc¬ troyé la gloire du sacerdoce, afin d’établir mon alliance ou mon testament avec Lévi, et qu’il m’a servi dans un perpétuel sacerdoce. Remar¬ quons que le terme hébreu biuth, Aquila le rend par « pacte » et les Septante toujours par « testament, » et que le plus souvent, dans les Ecritures, ce met testament n’est point pris comme expression des volontés des morts, mais comme alliance des vivants. Dieu a certaine¬ ment voulu que les hommes en général, mais principalement les prêtres , vivent sans péché et qu’ils chargent, soit leur bras, soit leur épaule de bonnes œuvres. Dans le mot poitrine, voyons le symbole de la bonne conscience; dans la langue, celui d’une sainte confession, pour que ceque nous croyons decœurpour la justice, no¬ tre bouche le confesse pour notre salut. Rom. ix. N’ayons dans l’cstoinac rien de nuisible, mais seulement ce qui alimente et entretient la vie; car, si les aliments ne se dissolvent pas dans l’estomac et si leur suc ne se répand point dans quæ in Levitico descrfbuntur, accipieJbant ex hostiis sacerdotes. Levit. vu etix. Quæ ornnia pro peccatis eorum se abjiccre, et in faciès saccrdotum mittere conteslatur ; Num. xvm ; ut scilicet Laies sint qui offerunt, qualia et ilia quæ offeruntur. Deut. xyju. « Et assumet vos, » înqnit, « seoutn, » id est, « ster- cus solemnitatum vestrarum, » ut fetentes faciès putida stercoris commistione turpentnr, et ex eo quod vos abjieio , intclligatis ipsum esse me qui quondam olegi patvem vestrum Levi, et per Levi Aaron, et vobis saccrdotii gloriam condonavi, ut essetpactuui meum sive testamentum cum Levi, et æterno mihi sacerdotio ministraret. Notaudum, quod buith vecbum Hebraicum, Aquila auvOif/.vjv, ici est , « pactum » inlcrprelatur, hZiX ; semper SuxO^v, id est, « testamentum, » et in plerisqua Scripturarum locio, tesLamentum non volnuLatem defunctorum sonare, sed pactum viventium. Voluit autem Dcus, et oames quidem bomiues, sed præcipue sacerdotes, maculam non babere, et sive humernm, sive bra- cliinm o mare bonis operibus. In pcctnsculo sîgnifi- catur boua conscientia ; in lingua, sancta confessio ; ut quod corde credimus ad justitiam, ore confitea- mur in salutem. liom. x. In ventriculo quocjuo nibil habere mortiferum, sed quod nostram vitam susten- le corps, il s’appauvrit, devient sans force, et marche vers la mort. Nous néanmoins, agissant contrairement, nous faisons que le Seigneur nous rejette le bras, qu’il distingue nos œuvres des œuvres des saints ; nous , à qui il est enjoint de oindre notre tête, de laver notre visage en nous abstenant des taches des péchés, et de contempler la gloire du Seigneur la face découverte, nous disons : « La confusion du visage me couvre, » Psalm. xim, 16, et, comme Caïn, notre visage est tout défait. Gen. iv, et il nous est impossible de suivre ce précepte : « Levez vos yeux et regardez ; » Jérëm. xm, 20; mais la boue des vices couvre et souille notre face, et nous disons : « La pourriture et la cor¬ ruption ont envahi mes' plaies, à cause de ma folie. » Psalm. xxxvu, 6. Aussi tout cela a été changé en fumier, selon la parole de l’Ecriture : « Et le: dure vous prendra avec elle ; » et nous en aurons le visage recouvert, nous qui au¬ rions dû paraître purs et dans tout notre éclat aux solennités divines, manger l’agneau les sou¬ liers aux pieds, Exoi. xxu, à l'expiration des sept semaines, apporter à Dieu le fruit de nos œuvres, Levit. xxu i, ne vivre dans les tentes de ce monde que comme des passants, et dire : « Je suis étranger et voyageur comme tous mes pères. » Psalm. xxxvin, 13. Et puisque ce que nous avons traduit par : « Et l’ordure s’atta¬ chera à vous, » a été interprété par le Septante : tet ac vegetet ; nisi enim cibi in ventriculo conco- quantur, et eorum succo corpus irrigetur, atténua¬ tion viribus caret, et fertur in mortem. Nos autem omnia in contrarium vertimus, ut projiciat nobis Dominus brachium , sive séparé t opéra uostra a sunetorum operibus, etquibus præceptum estungere capot nostrum, Matth. vi, et lavarc faciem a pecca- iorum sordibus jejuuantes, et revelata facie gloriam Domini contemplari , iï Cor. lu , nunc dicimus : « Confusio vultus mei operuit me, » Psal. xun, 16, et juxta Cain concidit faciès nostra, Gen. iv, nec possumus iilud implere quod præceptum est : « Le- vate oculos vestros et videte ; » Jerem . xm, 20 ; sed' stercorc'.;viLioruin habemus litas faciès atque pollu- tas, et dicimus : « PuLmerunt et covruptæ sunt cica¬ trices meæ, a facie insipientiæ meæ. »Psal. xxxvu, 6. Unde omnia ista in stercus versa sunt, dicente Scriptura : « Et assumet vos secum stcrcus, » videlicet quo litæ sunt faciès nostræ, qui debueramus pleni ac mundi venire in solemnitaLibus Dei, et vel car¬ nes agni comedcre calciati, Exod. xir, vel expletis septem liebdomadibus, fmetus operum nostrorum offerre Deo, Levit. xxm, vel in tabernaculis hujus sæculi vivere transeuntes, et diccre : « Advena sum ego et peregrinus, sicut omnes patres mei. » Psal. COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHÏE. 467 « Et je vous accueillerai en même temps, » voyons-y le sens qu’après que les prêtres au¬ ront été couverts de honte et de confusion, qu’ils auront ensuite reconnu leur péché et fait péni¬ tence, alors ils seront accueillis par le Seigneur. Les paroles qui suivent concordent avec ce sens : « Et vous connaîtrez que c’est moi qui vous avais transmis cet ordre. » Mais l’interprétation précédente me semble préférable, en ce que des paroles caressantes ne se mêlent pas aux me¬ naces, surtout quand ce qui vient après traduit, de la part de Dieu, une vive indignation. ' « Mon alliance avec lui fut une alliance de vie et de paix, et je lui donnai ma crainte et il me respecta, et il trembla à cause de mon nom. La loi de la vérité fut dans sa bouche, et l’ini¬ quité ne fut jamais trouvée sur ses lèvres ; il marcha avec moi dans la paix et l’équité, et en détourna plusieurs de l’iniquité. v Car les lèvres du prêtre auront la garde de la science et on attendra de sa bouche la connaissance de la loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des ar¬ mées.» Malach. u, 5, et seqq. Les Septante : «Mon alliance avec lui fut une alliance de vie et de paix, et je lui donnai la crainte pour qu’il me craignît et tremblât à cause de mon nom. La loi de la vérité fut dans sa bouche et l’iniquité ne fut pas trouvée sur ses lèvres. Î1 se conduisit et marcha en paix avec moi et il en ramena plusieurs de l’iniquité; parce que les lèvres du xxxvw, 13. Et quia, pro eo quod nos vertimus , « assumet vos secum stercus , » interpretati sunt Septuaginta, « et assmnam vos simuï, » subjicitur intelligentia, quod postquam turpitudine et ignomi- nia cooperti fuerint sacerdotes, et inteilexerint pec- catum suum , et egeriut pœnitentiam, tune assu- niantur a Domino , et huic sensui convenire quod sequitur : « Et cognoscetis quia ego miserim ad vos mandatum lioc. » Sed superior milii vera videtur interpretatio, ne inter verba comminationis, verba posuerit blandientis, maxime cum et ea quæ sequun- turDei indignationem sonent. « Pactum meum fuit cum eo vitæ et pacis, et dedi ei timorem, et timnit me, et a facie nominis mei pavebat. Lex veritatis fuit in ore ejus, et iuiquitas non est inventa in labiis ejus ; in pace et in æquitate ambnlavit mecum, et multos avertit ab iniquitate. Labia enim sacerdotis custodient scientiam, et legem requirent ex ore ejus, quia aügelus Domini exerci- tuum est.» Ibid. 5 etseg. LXX : « Testamenlum meum fuit cum eo vitæetpacis,etdediei timorem ut timeret me, et afacie nominis mei forraidaret. LexveritaLisfal. veritas] fuit in ore ejus, et i ni qui tas non est inventa in labiis ejus. In pace dirigens ambnlavit mecum, et multos convertit ab iniquitate. Quoniam labia prêtre garderont la science, et on attendra de sa bouche la connaissance de la loi, parce qu’i est l’ange du Seigneur tout-puissant. » Voilà, de la part de Dieu, tracé l’office du prêtre parfait, du prêtre tel qu’il doit être et tel que le veut celui qui l’a établi. Il avait dit plus haut : « Afin que fût maintenue mon alliance avec Lévi, dit le Seigneur des armées; » et par Levi, il passa à ses descendants, Àaron, Eléazar, Phi- nées et à tous les autres nés de sa race ; à pré¬ sent, il ajouté à la ûn : « Vous avez rendu vain le pacte de Lévi, dit le Seigneur des armées. » Il en résulte clairement que tout ce qu’il dit à l’occasion de Lévi, s’adresse aux prêtres et par¬ ticulièrement aux pontifes. Nous lisons dans les Nombres, au sujet de Phinées, qui frappa d’un poignard Zamri, avec la courtisane Madianite: « Phinées, fils d’ Eléazar, fils du prêtre Àaron, a fait que ma fureur contre les fils d’Israël s’est apaisée, parce qu’il s’est armé d'un saint zèle contre eux, et je n’ai point perdu les enfants d'Israël dans mon indignation ; aussi ai-je dit que «je lui donnerai une alliance de paix, et ce sera pour lui, et sa famille après lui, le testa¬ ient d’un sacerdoce perpétuel; et cela parce qu’il a été zélé pour son Dieu et qu’il a obte¬ nu grâce pour les enfants d'Israël. » Num. xxv, et 11 et seqq. N’estimons point ce testament ou ce pacte au point de vue de cette vie, qui nous est commune avec les bêtes et les autres ani- sacerdotis custodient scientiam, et lex requiretur ex ore ejus, quia angélus Domini omnipotentis est. » Describitur ex persona Dei perfecti officium sacer¬ dotis, qualis esse debeat, et qualem eum esse volue- rit, qui esse præcepit. Supra enim dixerat: «Utesset pactum meum cum Levi, dicitDommus exercituum; » et per Levi patriarcham pervenit ad posteros, Àaron et Eleazarum, Phinees et cæteros, qui de ejus stirpe generati sunt ; nunc in fine ait : « Irritum fecistis pactum Levi, dicit Dominus exercituum. » Ex quo perspicuum est omne quod dicitur per Levi, ad sa¬ cerdotes et specialiter ad pontificem pertinere. Legi- mus in Numéris de Phinees, qui Zamri cum scorto Madianitide pugione perenssit : « Phinees filius Eléazar, filii Aaron sacerdotis, requiescere fecitfnro- rem meum a filiis Israël , quoniam æmulatus est zelnm meum contra eos, et non perdidi fîlios Israël in zelo meo, sic dicens : «Ecce ego dabo [Vulg. do] ei testa- mentum pacis, et erit ipsi et semini ejus post eum tes- tamentum sacerdotii sempiterni , pro eo quodzelatus est Deo suo, et exoravit pro filiis Israël. » Num. xxv, 13. Vitæ autem testamentum, sive pactum, nonliujus arbitre mur quæ uobis cum bestiis et cunctis an im anti¬ bus communis est, sed illius quæ dicit:«Egosum vita.» Joan. xiv, 6. Etenim vita nostra cum Christo abscon- 468 SAINT JÉROME maux, mais de celle qui dit : a Je suis la vie ; » joan . xiv, 6 ; «car notre vie est cachée en Dieu avec le Christ, » Coloss. m, 3, duquel nous pou¬ vons dire qu’il est lui-même notre paix, » et l’Apôtre le confirme : « Il est lui-même notre paix.» Eph. il, 14. Le Seigneur a donc imposé à Lévi, et par lui à tous ses descendants, le devoir de le craindre : « Le commencement de la sa¬ gesse, c’est la crainte du Seigneur. » Pscilm. ex, 10. Qu’ils tremblent en sa présence, comme s’ef¬ façant et se rappetissant , témoignant par ce tremblement du corps le saisissement de l’âme, selon ce qui est écrit : « Sur Jqui me repose¬ rai-je, si ce n’est sur celui qui est humble et paisible, et plein de crainte pour mes paroles ?» Isa. lxyi, 2. La loi de la vérité fut dans sa bou¬ che, c’est-à-dire l’enseignement des peuples, qui jamais, dans le prêtre, ne doit être entaché de mensonge, mais sortir de la source de la vérité la plus pure. Et l’iniquité ne fut point trouvée sur ses lèvres, afin qu’il imite son Seigneur, de qui il est dit : « Qui n’a point fait de péché et en qui ne se trouva jamais la ruse. » I Petr. n, 22. Il marcha avec moi dans l’équité et dans la paix, afin qu’il aie la paix en lui-même et qu'il pacifie les autres, qu’il évite avec tous tout démêlé judiciaire, et qu’ainsi il marche avec Dieu comme marcha Enoch, qui fut enlevé à Dieu et ne put être retrouvé. Gen. v. « Etil en a détourné plusieurs de l’iniquité. » Quiconque est prêtre et ne corrige pas les délinquants dita est inDeo; » Coloss. m, 3 ; de quo possumus dice- re quod etipse pax nostra sit, Àpostolo confirmante: « Ipse enim est pax nostra. » Ephes. n , 14. Dédit ergo Dominus Levi, et per eum posteris ejus, ut timerent eum : « Principium enim sapientiæ timor Domini, » Psal. ex, 10, et a facie ejus formidarent, sive subtraberent se atque contraherent , mentis formidinem horrore corporis indicantes, juxta illucl quod scriptum est : « Super quem requiescam, nisi super humilem etquietum etlrementem verba mea? » Isa. lxvi, 2. Lex veritatis fuit in ore ejus, hoc est, doctrine populorum, quæ in sacerdote nullo debet mendacio deturpari, sed tota de veritatis fonte pro- cedere. Et iniquités non est inventa in labiis ejus, ut imitetur Dominum suum, de quo dicitur : « Qui peccatum non fecit, nec dolus inventus est in ore ejus. » ï Petr. n, 22. In pace et in æquitale ambula- vit mecum, ut et ipse in se pacem habeat et cæteros pacificet, nulliusque personam nccipiat in judicio, et idcirco ambulet cum Deo, sicut ambulavit Enoch, qui translatif est ad Dominum, et non invenieba- tur. Gen. v. « Et multos avertit ab iniquitate. » Qui sacerdos est, et non corripit delinquentes, sacerdo- tis officium præterit. « Labia sacerdotis custodient manque à sa mission de prêtre : « Les lèvres du prêtre garderont la science; » il ne dit point: « présenteront,» mais « garderont;» qu’ils par¬ lent à temps et donnent à son heure la nourri¬ ture à ceux qui leur sont commis. « Et on ré¬ clamera la loi de sa bouche.» ïl est pareillement écrit dans Aggée : « Demandez aux prêtres la loi du Seigneur. » Aggæ . ii, 12. Il incombe au prêtre qu’on interroge de répondre sur nos de¬ voirs les prescriptions de la loi. Si, désireux de connaissances, et peu jaloux de celle des Ecri¬ tures, il prétextait ignorance, il se targuerait bien à tort d’une dignité dont il néglige les charges. Aussi l’apôtre Paul écrit-il à Tite : « Qu’il soit en état de pouvoir exhorter selon la saine doctrine, et de confondre les contradic¬ teurs ; » TU. i, 9; et à Thimothée : « Puisque tu as étudié, depuis ton enfance, les lettres sa¬ crées qui peuvent t’instruire pour le salut, afin que tu puisses reprendre les pécheurs en pré¬ sence de tous. » ïï Tira, m, 15. « Parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées.» Esdras, prêtre du Seigneur, indique son nom, c’est-à-dire « Malachie, » qui s’interprète : « Ange du Sei¬ gneur ; » c'est bien en toute vérité que le prêtre du Seigneur est dit ange ou ambassadeur, puisqu’il est médiateur de Dieu et des hommes et qu'il annonce aux peuples sa volonté; voilà pourquoi il porte le rational sur sa poitrine ; le rational consiste dans la doctrine et la vérité , afin que nous sachions que le prêtre scientiam ; » non dixit, « profèrent, » sed, « custo¬ dient, » ut loquantur in tempore, dentque conservis cibaria in tempore suo. « Et legem requirent ex ore ejus. » In Aggæo hoc idem scribitur : « Interrogate sacerdotes legem Domini. » Aggæi u, 12. Ad sacer¬ dotis pertinet disciplinam interrogatum res pondéré de lege. Qui si iguorantiam in cæteris diligentem, in Scripturis sanctis obtenderit negligentem , frustra jactat di.gnitatem cujus opéra non exibet. Hoc est quod apostolus Paulus scribit ad Tïtum : u Ut potqns sit exhortari in doctrina sana, et côntradicentes revincere. » Tit. î, 9. Et ad Timotheum : « Quoniam ad infan tia sacras litteras nosti, quæ te possint ins- truere ad salutem , ut peccantes coram omnibus arguas. » U Tim. ni, 15. Scquitur : « Quia angélus Domini excrcituum est.» Expouit nomen suumEzras sacerdos Dei, hoc est, « Malachi, » quod « angélus Domini » interpretatur ; angélus autem, id est nun- tius, sacerdos Dei verissime dicitur, quia Dei et hominum sequester est, ejusque ad populum nuntiat voluntatem ; et idcirco in sacerdotis pectore ratio- nale est, Exod. xxix, et in rationali doctrina et veritas ponitur, ut discamus sacerdotem doctum esse dobere, et præconem dominicæ veritatis. Quidam COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIË. doit être le docteur et le héraut de la vérité di¬ vine. Quelques-uns pensent, à tort, que ce qui est dit à Lévi, et par Lévi aux prêtres, doit s'en¬ tendre du Christ; ils ne prennent pas garde que ce qui suit ne convient nullement à la personne du Christ. « Mais vous vous êtes écartés de la voie et vous avez scandalisé et détourné plusieurs de la loi ; vous avez rendu inutile le pacte fait avec Lévi, dit le Seigneur des armées. C'est pourquoi je vous ai rendus méprisables et vils aux yeux des peuples, puisque vous n’avez pas suivi mes voies, et avez eu égard aux personnes à l’occa¬ sion de la loi. » Malach. u, 8, 9. Les Septante : « Mais vous, vous avez dévié de ma voie, et avez fait que plusieurs ont faibli dans l’observation de la loi ; vous avez altéré le testament de Lévi, dit le Seigneur tout-puissant. Et je vous ai rendus méprisables et sans considération chez toutes les nations, parce que vous n’avez point gardé mes voies et que vous aviez égard aux personnes à l'occasion de la loi. » Quoique je n’en fasse point la remarque, lelecteur comprend dans sa sagesse que rien de tout ceci n’a trait à la personne du Christ, ni à aucun de ceux qui sont voués à son culte. Voici le sens : J’ai voulu que vous observiez les prescriptions marquées au précédent chapitre, et dont j’ai dit dans le Deutéronome, par la voix de Moïse : «Donnez à Lévi sa doctrine et la vérité à l’homme juste, » Beut. xxxiii, 8, seqq. lxx, et le reste pet vous vous êtes retirés de la voie droite, où vous avez hoc quod ad Levi et per Levi ad sacerdotes dicitur, falso putant intelligendum esse de Christo, non res- picientes ea quæ sequuntur personæ Christi esse contraria. « Vos autem recessistis de via, et scandalizatis plurimos in lege ; irritum fecistis pactum Levi, dicit Dominus exercituum. Propter quod et ego dedi vos contemptibiles et humiles omnibus populis, sicut non servastis vias meas, et accepistis faciem in lege.'» Ibid. 8, 9. LXX : « Vos autem declinastis dévia mea, et infirmos fecistis multos in lege, corrupistis testa- mentum Levi, dicit Dominus omnipotens. Et ego dedi vos contemptibiles et dissolutos in omnes gentes, pro eo quod non custodistis vias meas, sed acciepiebatis personas in lege. » Hæc ad Christi non pertinere personam, nec ad eos qui illius cultui dedicati sunt, etiamsi ego taeeam, prudens lector intelligit. Et est sensus : Ego vos volui facere quaï priori capitulo continentur, et de quibus per Moysen in Deuteronomio sum locutüs : « Date Levi doctri- nam ejus, et veritatem viro justo, » Deut. xxxm, 8, sec. LXX, et reliqua ; vos autem recessistis de via recta, sive declinastis, dicente me : « Non déclinés 460 dévié, quoique je dise : « N’inclinez ni à droite ni à gauche ; » Beut. v, 32 ; et vous en avez rendu plusieurs faibles pour la loi ; ou, comme ont traduit Aquila et Symmaque, vous en avez scandalisé plusieurs. Incliner à droite, c’est s’abs¬ tenir d’aliments que Dieu a créés pour être en usage; condamner le mariage et tomber dans ce dont il est écrit en un autre endroit : « Ne sois pas juste à l’excès. » Eccl vu, il. Aller à gauche, c’est se livrer aux plaisirs de la chair et des sens, et ainsi, à l’égard de laLoi, en scanda¬ liser grand nombre : 11 vaudrait mieux à celui qui agit ainsi, qu’il lui fût attaché au cou une meule de moulin et qu’il fut précipité dans la mer, que dé scandaliser un seul des plus petits. Ceux-là- en affaiblissent beaucoup, par la négligence de leur conduite, ils ébranlent ces chrétiens qui avaient reçu en Jésus-Christ l’énergie de la foi, et il leur est dit à bon droit : « Vous avez rendu vaine l’alliance de Lévi, alliance de vie et de paix, et le reste que nous avons dit être le ministère du prêtre. A cause de cela même, dit-il, je vous ai rendus méprisables et vils auprès de tous les peuples, afin qu’ils vous aient en mépris, et qu’au lieu de vous rendre honneur et gloire, ils vous foulent aux pieds comme des objets de rebut et de dégoût : « Comme vous n’avez point gardé mes voies et que vous avez fait, dans la loi, ac¬ ception de.personnes. » Entre tous les péchés de Lévi ou de ceux qui en tiennent le sacerdoce, le plus grand et le dernier péché, c’est d’être partial dans l’application de la loi, de considérer nequc ad dexteram, neque ad sinistram ; » Beut. v, 32 ; et infirmos fecistis multos in lege, sive scanda- lizastis, ut Aquila etSymmachus vertcrunt. Declinare ad dextram est abstinere a cibis quos Deus creavit ad utendum ; condemnare nuptias, et in illud incur- rere quod in alio loco scriptum est : « Ne sis justus multum. » Eccli. vu, 17. Ad sinistram divertere est cum quis luxuriæ se tradit et libidini, et scandalizat multos in lege : cui melius est ut mola asinaria ligetur circa collum, et in mare præcipitetur, quam scandalizet'unum de minimis. Infirmos autem faciunt multos, qui cum credentes in Christo fidei robur acceperint, infîrmari eos faciunt ncgligentia conver- sationis suæ, quibus rectissime dicitur: « Irritum fecistis pactum Levi, » pactum vitæ et pacis , et cætera, quæ pertinere ad officium diximus sacerdo- tis. Quam ob causam, et ego, inquit, dedi vos con¬ temptibiles et humiles omnibus populis, ut vos con- temnerent, et pro honore et gloria, quasi dejectos humilesque calcarent. « Sicut non servastis vias meas, et accepistis faciem in lege. » Inter omnia peccata Levi; sive eorum qui ex Levi sunt sacerdo- tum Dei, illud etultimum et maximum ponitur, quare 470 JlïHO ME SAINT non la justice de la cause, mais les personnes, sans égard pour le pauvre, quoique juste, et traitant le riche inique avec honneur et bien¬ veillance. C'est à ceux-là qu’il est dit dans le psaume quatre-vingt-unième: « Jusquesàquand jugez-vous l’iniquité et avez-vous égard à la personne des pécheurs ? » Psalm. lxxi, 2 ; et Paul ne dit-il pas aux Galates : « Dieu ne fait pas acception de la personne de l’homme. » Gr al n, 6. C’est pleinement aussi que l’apôtre Jacques blâme et condamne ce péché. Jac. n. Tout ce qui est dit àl’ancien peuple, regardons- le comme dit aussi à nous-mêmes, afin qu’avec plus de soin encore nous nous éloignions des vices et n’ayons dans la loi égard â personne, et que, en vrais adorateurs de Dieu que nous sommes, nous ne préférions jamais le mensonge à la vérité. « Est-ce que nous n’avons pas tous le même Père ? Est-ce que le même Dieu ne nous a pas tous créés ? Pourquoi donc chacun de nous mé¬ prise-t-il son frère, en violant le pacte de nos pères? Juda l’a violé et l’abomination est entrée dans Israël et dans Jérusalem, parce que Juda a souillé ce que Dieu avait sanctifié et qu’il avait en affection, pour s'allier à la femme d’un culte étranger. Le Seigneur perdra celui qui a com¬ mis ce crime, le chassera, maître ou disciple, des tentes de Jacob, quelque présent qu’il offre au Seigneur des armées. » Malack. n, 10 et seqq. Les Septante : « Est-ce que vous n’avez pas tous le même Père ? Le même Dieu ne vous accipiant faciem in lege, ut non causas, sed personas considèrent , justumque pauperem despicientes , iniquos divites suscipiant et honorent. Ad quos in octogesimo primo psalmo dicitur : « Usquequo judi- catis iniquitalem, et faciès peccatorum sumitis?» Psal. lxxxi, 2 ; et Paulus ad Galatas : « Deus, » inquit, « personam hominis non accipit. » Gai. n, 6. Ple- niusque apostolus Jacobus hoc peccatum arguit , atque condemnat. Jac. u. Quidquid autem priori populo dicitur, etiam nobis dictum putemus ut cau¬ tions recedamus a vitiis, et faciem non suscipiamus in lege, nec qui oumus cultores Dei, veritati rrien- dacium præferamus. « Numquid non Pater unus omnium uostrum ? Numquid non Deus unus creavit nos ? Quare ergo dcspicit unusqnisque nostrum fratrem suum, violans pactuui patrum nostrorum ? Transgressus est Juda, et abominatio facta est in Israël et in Jérusalem ; quia contaminavit Juda sanctificationem Domini, quam dilexit, et habuit filiam Dei alieni. Disperdet [al. Disperdat] Dominus virum qui fecerit hoc, ma- gistrum et discipulum de tabernaculis Jacob, et offe- rentemmunus Domino exercituum. » Ibid. 1Q.,LXX : a-t-il pas créés ? Pourquoi chacun a-t-il délaissé son Père pour rendre abominable le testament de vos pères? Judas a été abandonné et l’abo¬ mination est entrée dans Israël et dans Jéru¬ salem, parce que Judas a souillé ce qui ôtait saint, ce en quoi le Seigneur se complaisait ; il est allé trouver des dieux étrangers. Que le Sei¬ gneur perde l’homme qui a fait ces choses, et qu’il soit expulsé des tentes de Jacob et du nombre de ceux qui sacrifient au Seigneur tout-puissant. » Avant de traiter de ce chapitre, exposons la tradition des Hébreux et mettons en lumière la teneur des Écritures. Nous lisons dans le volume qui porte le titre d'Esdras, ces paroles d’Esdras pariant de lui-même : « Les princes vinrent me trouver en disant : Le peuple d’Israël, ni les prêtres, ni les lévites ne sont point séparés des abominations et des peuples de la terre, les Chananéens, iesEthéens, Phéréséens, Jébuséens, Ammonites, Moabites, Egyptiens et Amorrhéens. Ils ont pris, en effet, de leurs filles pour eux et leurs enfants, et ils ont mêlé la race sainte avec les peuples de ces pays. Et les princes et les ma¬ gistrats ont été des premiers à commettre cette transgression. Lorsque j’eus entendu ce lan? gage, je déchirai mon manteau et ma tunique, j'arrachai les cheveux de ma tète et ma barbe, et je m’assis accablé de chagrin. » Esdr. iv, \ et seqq. Et encore il suit : « Et il s’est trouvé des fils de prêtres qui avaient épousé des femmes étrangères, des fils de Jesu, fils de Josédec, et « Nonne Pater unus omnium vestrnm? Nonne Deus unus creavit vos? Quare rcliquit unusqnisque fra¬ trem suum, ut abominabilc faceret testamentum patrum veslrorutn. Derelictus est Judas, et abomi¬ natio facta est in Israël et in Jérusalem, quia con¬ taminavit Judas sancta Domini, in quibus dilexit, et adinvenit deos alienos. Disperdat Dominus hominem qui facit hœc , donec exturbetur de tabernaculis Jacob, et de bis qui offerunt sacrifîcium Domino omnipotenti. » Antequam de pressenti capitulo dis- putemus , Hebræorum est ponenda traditiô , imo Scripturæ veritas explicanda. Legimus in volumine quod Ezræ titnlo prænotatur, ex persona ipsius Ezræ loquentis : « Àccesserunt ad me principes, dicentes : Non est separatus populus Israël, et sacerdotes et Levitæ a populis terrarum, et de abominationibus corurn. Chananæi videlicct, et Etboei, et Pheresæi, et Jebusæi et Ammonitarum, et Moabitarum, et Ægyp- tiorum, et Àmorrhæorum. Tulerunt enim de filiabus eorum, sibi et filiis suis, et commiscuerunt semen sanctum cum populis terrarum. Manus etiam princi- pum et magistratuum fuit in transgressione bac prima. Cumque audissem sermonem istum, scidi COMMENTAIRES SUh LE PROPHÈTE MALACHIE, 474 ses frères, Maasia, Elôazar, Jarib et Godolia. Ils ont consenti à chasser leurs femmes et à offrir pour leur faute un bélier de leur troupeau. » 1 Esdr. x, 18, 19. A la fin du chapitre, après énumération faite de ceux qui avaient épousé des étrangères, l'Écriture ajoute : « Tous ceux- là avaient pris des épouses étrangères, et i). y en eut parmi elles qui leur avaient donné des enfants. Au retour donc de la captivité de Babylone, autant les prctres que les lévites et le reste du peuple répudièrent leurs femmes deracc israélite qui, trop faibles, en raison même de leur sexe, pour soutenir les privations , les rigueurs et la fatigue d'une trop longue route, se trouvaient brisées et atteintes d'infirmités corporelles ; ils avaient contracté mariage avec des étrangères, ou à la fleur de l'âge ou particulièrement belles, ou enfants de familles puissantes et riches. Es- dras donc les reprend et invite ces coupables à répudier ces nouvelles épouses pour reprendre celles qu'ils avaient renvoyées : « Est-ce que, dit-il , Abraham n'est pas notre père à tous ? « « Jetez les yeux, » dit Isaïe, « sur Abraham votre père , et sur Sara qui vous a engendrés ; il était seul et je l'ai appelé. » Isa. u, 2. N'cst-ce pas le môme Dieu qui nous a créés, qui a choisi notre race issue d'Abraham? Pourquoi donc dédaignons-nous nos premières épouses et re¬ poussons-nous les hiles de nos frères, et délais¬ sons-nous l'alliance de nos pères en ne prenant pallium meum et tunicam, et evelli capillos capitis mei et barbæ, et sedi mœrens. » I Esdr. ix, 1, seqq. Et rnrsum in consequentibns : « Inventique sunt de filiis sacerdotum, qui duxerant uxores alienigenas : de filiis Jesu, fila Josedec, et fratres cjus, Mo.usia, et Eleazar, etJarib, et Godolia, et dederuut inanus suas, ut ejicerent uxores suas, et pro dilecto sue arietem de ovibus offerreat. » 1 Esdr. x, 18, 19. lu fiuc quo- que capituli, post enumerationem eorum qui uxores alienigeuas acceptant [al. acciperent J, Scriptura commémorât : « Ornucs bi acccpeuint uxores alie- uigenas , et fueruut ex eis mulieres quæ pepererant filios. » Reversi ergo de oaptivitate Babylonia, tam princi¬ pes , et saccrdotes , ac Levitae , quam reliquus populus, abjecerunl uxores suas Israeîitici geueris, quæ paupertate et injuria longions vite, et fragiii- tate sexus non ferentes laboreoq confectæ erant, et infirmitatem ac deformitatem corpornin coutraxe- raut ; et cum alienigenis vel ætate florentibus vcl cultu corporum pulclirioribus, vel potentum ac divi- tum filiabus raatriiuonia copuiaraut. Corripit itaque eos Ezros propheta, et ad repudium novarum conju- gum proYOcat, ut uxores quas dimiseraut, recipiant. point nos femmes conformément à la loi. Judas a prévariquô, car c’est cette tribu qui était re¬ tournée de Babylone avec les prêtres et les lévites, et l'abomination a été dans Israël et dans Jérusalem. Gela n’avait point eu lieu dans les dix tribus qui étaient captives des Assyriens, mais seulement dans les rangs de ceux qui, sur l'ordre du roi Cyrus, étaient rentrés de Babylone sous Zorobabel, Esdras et Néhémie. « Parce que Juda a souillé la sanctification du Seigneur, qu'il aima, et qu’il a pris la fille d’un culte étranger, » en mêlant, dans une alliance étran¬ gère, le sang d'Israël et des gentils, c'est-à-dire en prenant pour épouses des hiles de païens , des adoratrices d’idoles. C’est parce qu’ils se sont conduits ainsi que le discours du prophète leur est adressé, et que, par les malédictions menaçantes, ils sont retirés de leur péché. «Que le Seigneur perde l’homme qui a fait cela. » Avec quel art admirable il laisse voirie pardon à la faute, il ne dit point : Que le Seigneur mau¬ disse celui qui a fait cela, mais celui qui l’aurait fait, remettant la malédiction dans l’avenir pour provoquer les pécheurs à la pénitence. Qu’il soit docteur , est-il dit , ou disciple dans les ta¬ bernacles de Jacob , prêtre ou laïque , il sera frappé de la même malédiction, et il n’y aura pas de différence dans la peine , quand il y a parité dans les péchés. « Même celui qui offre un présent au Seigneur des armées ; » on sous- entend ; Que le Seigneur perde même celui qui « Nonne, » inquit, « pater unus Abraham omnium nostrum est? » de quo in ïsaia scribitur : « Respicite in Abraham patvem veslrum, et in Saram, quæ ge- nuit vos, quia unus erat, et vocavi euui. » Isa. lt, 2. Nonne Deus unus creavit nos, qui ex Abraham nos¬ trum elegit genus ? Quare ergo veteres uxores coutemuimus, etfratrum nostrorum abjicimus fil i as , nt relinquamus pacturn patrum nostrorum, et non ex lege accipiamus uxores? Transgressus est Juda (hæc euim tribus reversa est de Babylone cum sacerdotibus ac Levitis), et abominatio facta est in Israël et in Jérusalem. Nequaquam in decem tribubus, quæ ab Assyriis tenebantur ; sed in bis qui ad Cyri régis imperium sub Zorobabel, et Ezra, et Neemia de Babylonia sunt reversi. « Quia containinavit Juda sanctificationem Domini , quam dilexit, et habuit lîiiam l)ei aliène, » misceudo cum alienigeuis semen Israël et gcntilium, id est, etlmicorum filias, idolis servientes, snmendo uxores. Quia igitur boc fece- ruut, prophetæ ad eos sermo dirigitur, et a pcceato malediclionibns retrabuntur. « Disperdat Dominus xirum qui fecerit hoc. » Quam pulclire non absoidit errori Yeniam, nec dixit : Maledicat Dominus ci qui fecit hoc ; sed, qui fecerit, in futurum tendens male- 472 SAINT JÉROME voudrait apporter à l'autel un présent pour cette catégorie d’hommes dont le seul remède est de ne plus faire ce qu'ils ont fait. 11 y en a qui, ne comprenant pas ce passage et dans l'i¬ gnorance des faits historiques, veulent que ces paroles : « Est- ce que nous n’avons pas tous le même père,» s’entendent d’Abraham, de façon à dire qu'Abraham est le père môme des païens, conformément à ce qui est écrit : te Dieu peut, de ces pierres mêmes , susciter des fils à Abra¬ ham. y>Matth. m, 9. Oubien encore, ils affirment que Dieu est seul Père, selon ce que nous lisons dans le Deutéronome : « Est-ce que celui-là n’est pas Père, qui te possède, qui t'a fait et qui t’a créé? » Deut. xxxn , 6 ; et encore : « Tu as abandonné Dieu qui t’a créé.; » Ibid. 18 ; et ail¬ leurs : « J’ai engendré et élevé des enfants , et ils m’ont délaissé ; » Isa. i, 2 ; et dans le livre des Psaumes : « Ces enfants étrangers m’ont trompé;, ces fils étrangers se . sont endurcis et ont bronché dans leurs sentiers. » Psalm. xvn, 46. Et en s’éloignant de leur unique père, ceux qui/out péché se sont donné , par leurs vices, bien des pères ; « car celui qui commet le péché est né du diable. » Joan. m, 8. Ce qui suit : « Pourquoi chacun de nous méprise-t-il son père, en violant l’alliance de nos pères ? » Ils l’interprètent en disant que notis tous, issus d’un même père, nous ne devons faire qu’un et n’a- dictioneixiy ut peccatores ad pcenitentiam provocet. Doctorem, inquit, atque discipulum de tabernaculis Jacob, sive ille sacerdos sit, sive laicus, unamaledic- tione ferientur, et non erit in eis pœnæ diversitas, in quibus peccata sunt paria. « Et offerentem munus Domino exercituum , ». subauditurhominis. Disperdat Dominus et eum qui. prb bujnscemodi volueritadalta- re munus offerre, quorum solum remedium est non facere quœ fecenint. Quidam hune locum non intel¬ ligentes, nec scientes historiée veritatem, id quod ait: « Nonne pater un us omnium nostrum ? » de Abraham sic intelligunt, ut etiam gentium patrem Abraham esse commémorent, secundum illud quod scriptum est: « Potest Deus de lapidibus istis susci- tare filios Abrahæ. ». Matth. m, 9. Vel certe unum Deum Patrem affirmant juxta illud quod in Deute- ronomio legimus : «Nonne iste ipse esf Pater, qui possedit te, et fecit te, et creavit te? » Deut. xxxn, 6 ? Et rursum : « Deum qui te ereavit, reliquisti. » îbid. 18. Et alibi : « Filios genui et exaltavi ; ipsi antem reliquerunt me. » Isa . î, 2. Et in Psalmorum volumine : « Filii alieni mentiti sunt mihi ; filii alieni inveterati sunt, et claudicaverunt a semitis suis. » Psal. xvn, 46. Et ab hoc uno pâtre, qui pec- caverunt, rccedentes, multos vitiorum suorum patres feccrc : Omnis enim qui facit peccatum, de diabolo natus est. » Joan. m, 8. Idque quod sequitur : voir que la même profession de foi, mais que par notre orgueil, et en élevant notre tour contre Dieu, la division est survenue dans nos langues et dans nos sentiments. Gen. xi. Ils le rapportent aussi à l’aumône et disent que nous méprisons nos pères quand nous ne partageons pas avec eux ce que nous avons reçu de Dieu pour en¬ tretenir notre vie ; ils en viennent encore à as¬ surer que notre frère , d’après l'Écriture , est le Seigneur, qui commanda à Marie-Madeleine d'an¬ noncer à ses frères que le Seigneur était ressus¬ cité, Joan. xx, et qui dit dans le psaume : « J’ap¬ prendrai ton nom âmes frères, je chanterai tes louanges au sein de l’Église. » Psalm. xxr, 23. Les Juifs ont donc abandonné leur père et ont profané le pacte de nos pères, que Dieu avait conclu avec Abraham , Isaac et Jacob , pour qu’en leur « descendance, » qui est le Christ, toutes les nations fussent bénies. Ainsi ils vont à tâtons , parce qu’ils ne trouvent point la voie véritable. Enfin, vient à la suite, selon les Sep¬ tante : «Judas a été abandonné et l'abomination s’est faite dans Israël et dans Jérusalem ; » et c’est ainsi qu’ils le commentent : Les Juifs qui ont blasphémé le Seigneur Sauveur ont été aban¬ donnés et ils ont enduré ce qui est écrit : « Chas- sez-les , selon la multitude de leurs impiétés, parce qu’ils se sont révoltés contre vous , Sei¬ gneur, » Psalm. v, il, afin qu’ils soient dispersés, « Quare despicit unusquisque nostrum fratrem suum, violans pactum patrum nostrorum ? » sic interpre- tati sunt, ut dicerent nos cunctos ab uno pâtre gene- ratos, unum. esse debere, et unum confessionis habere labium ; sed postea, per superbiam et ædifica- tionem turris contra Deum, in multas linguas atque sententias esse divisos. Ge?i. xi. Ad eleemosynam quoque referunt, ut dicant despicere nos fratres nostros, quando non communicamus eis quæ a Deo ad sustentandam vitam accepimus. Et ad hoc tran- seunt , ut asserant fratrem nostrum, secundum Scripturas, Dominum appellari, qui præcepit Mariæ Magdalenæ ut nuntiet fratribus suis Dominum sur- rexisse, Joan. xx, et loquitur in Psalmo : « Narrabo nomen tuuin fratribus meis, in medio Ecclesiæ can- tabo tibi. » Psal. xxr, 23. ûeseruernnt ergo Judæi fratrem suum, et contafninaverunt pactum patrum suorum, quod Deus pepigerat ad Abraham, Isaac et Jacob , ut in seminc corum , quod interpretatur « Cbristus, » benediccrentnr omnes gentes. Hæc varie suspicantur, quia certam viam non reperiunt. Deni- que et boc quod sequiLur juxta LXX : « Derelictus est Judas, et abominatio facta est in Israël et in Jérusalem, » sic edisseri.ml : Desertos esse Judæos, quiablasphemaverunt Dominum Salvatorcm, et sus- tinnissc quod scriptum est : «Secundum multitudi- nem impietatum eorum expelle eos, quoniam irri- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIE, errants et vagabonds dans toutes les provinces. Ils ont profané, en effet, la sainteté du Seigneur en aimant et recherchant, à la place du Fils de Dieu, des dieux étrangers ; « car celui qui ne reçoit point le Fils ne reçoit pas le Père qui l’a envoyé. » Joan. v. 25. Et puisqu'ils ont fait ainsi, poursuivez-les jusqu’à ce qu’ils s'humi¬ lient , ou par le poids de la captivité ou par la conscience de leurs crimes ; et qu’ils soient ex¬ pulsés des tabernacles de Jacob , de telle sorte que> privés de temple et d’autel, il ne soit d’au¬ cune sorte offert chez eux de victimes. Peu' contents de cette explication , parce que Judas est interprété « confession du Seigneur, » ils passent à Pâme pénitente qui , lorsque déjà elle a confesé le Seigneur, s’il lui arrive de pé¬ cher, apporte l’abomination dans Israël et dans Jérusalem, c’est-à-dire dans le sentiment qui voit Dieu et dans la vision de paix ; car elle souille les mystères du Christ en recevant son corps et son sang, parce qu’elle a aimé les vices et qu’elle s’est cherché des dieux étrangers , ayant autant de dieux que dépêchés mêmes. Selon l’apôtre Paul : « Le ventre est le dieu des gourmands ; » Philipp. m ; et selon Pierre : « Chacun est asservi à celui par qui il est vaincu. » II Petr . n, 19. Celui qui aura fait cela sera retranché de l’Église, et des tabernacles de Jacob qui extirpe les vices et les péchés , jus¬ qu’à ce qu’il soit humilié pour son bien et qu’il taverunt te, Domine, » Psal. v, 11, ut in cunctas provincias vagi et profugi spargerentur. Contamina- verunt enim sancta Domini,pro Dei Filio diligentes, et adinvenientes sibi deos alicnos : « Qui enim non recipit Filium, non recipit Patrem, qui misit eum. » Joan. v, 23. Et idcirco quia hoc fecerunt, tandiu disperire donec humilientur, vel captivitatis injuria, vel ob conscientiam peccatorum ; et projiciantur de tabernaculis Jacob , ut destructo templo atque altari, nequaquam apud eos offerantur hostiæ [al. bestiæ ]. Nec hac explanatione contenti (quia « Judas » intérpretatur . « Domini confessio), » ad pœnitentiam intelligentiam transférant, qui postquam Dominum confessus est, si peccaverit, abominationem facit in Israël et in Jérusalem, in sensu vidente Deurn, et in visione pacis. Polluit enim Christi mysteiûa, indigne accipiens corpus ejus et sanguinem, I Cor . xi, pro eo quod dilexerit vitia, et adinvenerit sibi deos alienos, secundum numerum peccatorum habens numerum deorum, Juxta apostolum Paulum : Vo- racium deus venter est, Philipp. ni, et secundum Pe- trum [ai. jûcobum ] : «A quo quis vjncitur, et' subjici- tur. » II Petr. n, 19. Et qui hoc fecerit, cxterminabitur [al. exterminatur ] de Ecclesia , et de tabernaculis Jacob, qui supplantât vitia atque peccata, donec 473 soit offert pour lui une victime au Seigneur tout-puissant. « Et voici encore ce que vous avez fait : vous couvriez l’autel du Seigneur de larmes, de pleurs et de gémissements , et cependant je ne pren¬ drai plus garde à votre sacrifice, et je ne rece¬ vrai plus comme agréable quoi que ce soit de votre main. Et si vous dites : Quel en -est le mo¬ tif? Parce que le Seigneur a été témoin entre vous et l’épouse de votre jeunesse, que vous avez méprisée , quoiqu'elle fût votre compagne et l’épouse de votre alliance. N’est-elle pas l'ou¬ vrage du même auteur et le souffle de son es¬ prit? Et qu'est-ce qu’il demande, si ce n’est une postérité lui appartenant? Gardez donc votre esprit, et ne dédaignez pas l’épouse de votre première jeunesse. Lorsque vous l’aurez en haine, renvoyez-la, dit le Seigneur des armées ; oui , mais l’iniquité couvrira son vêtement, dit le Seigneur des années ; gardez votre esprit et ne le méprisez pas. » Malach. n, 13 et seqq . Les Septante : « Et vous avez fait encore ces choses que je détestais : vous couvriez l’autel du Sei¬ gneur de larmes, de plaintes et de gémissements sur leurs malheurs, pour que je regarde comme digne votre sacrifice, et que jel’accepte comme agréable de vos mains. Et vous avez dit : Pour¬ quoi donc ? Parce que le Seigneur a été témoin entre vous et l’épouse de votre première jeu¬ nesse que vous avez quittée, et celle-là est votre humilietur in bonum suum, et offeratur pro ëo victi- ma Domino omnipotenti. « Et hoc rursum fecistis, operiebatis. lacrymis altare Domini fletu et gemitu [Vulg. .mngitu\y ita ut non respiciam ultra ad sacrificium, . nec accipiam placabile quid de manu vestra. Ët dixistis ; Quam ob. causam ? Quia Dominus testificatus est inter te et' uxorem pubertatis tuæ, quam tu despexisti ; et hæc particeps tua, et uxor fœderis tui. Noüne unus fecit, et residuum spiritus ejus est? et quid unus quærit, nisi semenDei? Custodite ergo spiritum vestrum, et uxorem adolescentiee tuæ noli despicere. Cum odio babueris, dimitte, dicit Dominus Deus Israël ; ope- rietautem iniquitas vestimentum ejus, dicitJDominus exercituum ; custodite spiritum vestrum, et noli te des¬ picere.» Ibid. 13. LXX : « Et hæc quæoderam, fecistis : operiebatis lacrymis altare Domini planctu et gemitu de laboribus adhuc ; dignum respicere sacrificium, ant suscipere àcceptabilé de manibus vestris. Et dixistis, propter quid ? Quia Dominus testificatus est inter te et uxorem adolescentiæ tua?, quamftn reliquisti, et hæc particeps tua, et uxor testamenti tui ; et non abus fecit, et reliquiæ spiritus tui. Et dixistis : Quid aliud præter semen quærit Deus ? Et custodite in spiritu vestro, et uxorem adolescentiæ 474 SAINT JEROME compagne et l’épouse de votre alliance ; et elle est l’ouvrage du même auteur, et le reste de ton esprit. Et vous avez dit: Que cherche Dieu, si ce n’est la postérité? Gardez bien votre esprit, et n’abandonnez pas l'épouse de votre jeunesse; mais si , l’ayant en aversion , vous la ren¬ voyez , dit le Seigneur Dieu d’Israël , l’impiété couvrira toutes vos pensées, dit le Seigneur tout- puissant ; aussi, veillez sur votre esprit et gar¬ dez-vous de la délaisser. » Donnons l’interpré¬ tation historique, et, en accompagnant chaque verset de quelques courtes réflexions, exposons ce que nous a appris la tradition des Hébreux. Les femmes Israélites délaissées , voyant à leur place, dans le lit conjugal , des femmes étran¬ gères, recouraient à la protection de Dieu seul, et prosternées, nuit et jour, devant l’autel du Seigneur, par leurs larmes, leurs gémissements et leurs sanglots, reprochaient à sa providence de ne point s’occuper des choses de la terre et de ne point soulager ses misères. C’est pour cela que Dieu dit que les sacrifices et les hosties des prêtres qui se sont ainsi conduits, il ne peut les accepter, empêché qu’il est par les pleurs et les plaintes de leurs épouses ; de plus, comme ils se demandent pourquoi il ne reçoit pas les sacrifices de leurs mains , il ajoute aussitôt : Parce que le Seigneur a été témoin entre vous et l’épouse de votre jeune âge, que vous avez méprisée , en disant : « C’est pour cela que l’homme laissera son père et sa mère et s’atta¬ chera à son épouse, et ils seront deux en une même chair; » Gen. n, 24 ; et aussi elle est ap- tuæ ne derelinquas ; sed in odio habens dimiseris eam, dicit Dominus Deus Israël, operiet impietas cogitationes tuas, dicit Dominus omnipotens ; et custodite in spiritu vestro, et nolite derelinquere. » Interpretemur historiam, et singulis versiculis brèves sententias coaptuntes, quod nobis ab Ilebræis sit tradition disseramus. Derelictæ uxores Israeliticæ, et in thons maritorum alienarum gentium feminas contemplantes, adDei solius auxilium confugiebant, diebus ac noctibus ante altare Domini provolutæ lacrymis, gémi tu atque ejulatibus invidiam facie- bant ejus providentiœ ; quod non respiceret huma- na, et [al. misera ] miserias non juvaret. Unde dicit Deus sacrificium et hostiam de munibus sacerdotum qui ista commiserunt, se accipere non posse, uxo- rum fletu et planctihus impedilum, et insuper eos quærere qnam ob eau sam de manibus coruui non accipiat sacrificium, statimque iniert: Quia Dominus testificatns est inter te, et uxorem puhertâtis tuse, quam tu despexisti, dicens : « Proptcrhoc relinquet homo patrem et matrem, et adhærehit^uxori suæ, et erunt duo in una carne ; » Gen. u, 25; ei idcirco pelée participante , et l’épouse de l'union et de l'alliance celle qui a été formée par Dieu même de la côte de l’homme. Et le reste de son esprit, soit de Dieu, comme quelques-uns le pensent, soit du mari, comme d’autres le soupçonnent, en ce qu’en raison de l’affection, ils semblent n’être plus qu’une seule âme en deux âmes , unies d’esprit et associées de pensée. Comme ils ont été faits tous deux , homme et femme, par le même auteur, c’est en vue de la nais¬ sance des enfants que Dieu a fait F uni on de l’un et de l’autre. Car, que cherche ce même Dieu si ce n’est sa race à lui, c’est-à-dire des fils issus de la souche israélite? Puisque vous avez des compagnes dont le sein est fécond et que vous êtes heureux en enfants, pourquoi donc recherchez-vous dans vos épouses une beauté qui ne convient qu’aux courtisanes et non aux épouses? Aussi Dieu leur commande par le prophète et leur dit : « Gardez votre es¬ prit, » pour n’être point entraînés par la passion et n’ètrepas séduits par l’amour des étrangères. « Et ne dédaignez pas l’épouse de votre jeune âge, » pour que celle qui s’est liéo à toi dans une virginale union persévère ainsi jusqu’à la vieillesse. Mais il pouvait se faire que princes, prêtres, lévites et peuple répondissent : Dieu nous a recommandé par Moïse de renvoyer nos femmes lorsqu’elles nous seraient en aversion. Et il faut lire : Vous me dites qu’il est écrit dans les Écritures : « Lorsque tu auras pris ton épouse en aversion , renvoie-la , dit le Seigneur Dieu d’Israël. » Deut. xxiv, 1. Et il répond aus- particeps dicilur, et uxor conjunctionis et fœderis quæ a Deo de Costa Viri facta est. Et residuum spi- ritus ejus, sive Dei, ut quidam pu tant, sive mariti, ut alii suspicantnr, quod propter allée tu m quodam- modo una anima in duobus esse videatur, conjunctis spiritu, mente sociatis. Cum ergo unus ulrumque fecerit, et virum et mulierem , propterea a Deo facta est utriusque conjunctio, ut liberi nascerentur. Unus enim Deus quid quærit nisi semen Dei, boc est filios de lsraelitica stirpe generatos? Cum ergo habeatis fecundas conjuges, et liheris gaudeaiis, quid pul- chritudinem uxorum quæritis , quæ meretricibus apta est, non uxoribus? Præcipit itaque per prophe- tam Deus, et dicit : « Custodite spiritum vestrum ; » ne abducamiui libidine, ne alienigenarum arnore vincamini. « Et uxorem adolesceutiæ tuæ noli des- picere ; » ut quæ tibi virginuli primum juncta est matrimonio, perseveret usque ad senectutem. Sed poterat fiori ut principes, sacerdotes, Levitæ, populus res pondèrent : Præcipit Deus per Moysen, ut cum odio liabuerimus uxores, dimittamus eas. Et legen- dum est : Dicis mihi Seriptum est : « Cum odio ha- COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE MALACHIE. 475 sitôt. : Cela est, il est vrai, recommandé dans la loi, mais c’est à cause de la dureté de votre cœur, et cette question le Seigneur la traite en¬ tièrement dans l’Évangile : Quiconque donc, excepté pour cause de fornication , renvoie in¬ justement son épouse, aura son vêtement recou¬ vert d'iniquité, c’est-à-dire son corps qui est comme le vêtement de son âme, dit le Seigneur des armées, afin qu’il soit puni dans ce en quoi il a péché. Ainsi cette question tranchée, il insi¬ nue et répète ce qu’il avait dit plus haut : « Gar¬ dez votre esprit, et ne dédaignez pas, » soit la garde de votre esprit, soit certainement votre épouse, quoique pauvre ou sans beauté. Ce que nous avons spécialement interprété d’après le livre d’Esdras , à l’occasion des épouses aban¬ données, d’autres l’estiment dit de ceux qui, pillant les biens d’autrui et ramassant injuste¬ ment des richesses, osent offrir à Dieu des pré¬ sents qu’il dit ne pouvoir nullement agréer, empêché qu’il en est par les larmes, les pleurs et les gémissements de ceux qui ont été volés, et rapprochent de ce passage ce témoignage : « Honorez Dieu des fruits de votre justice. » Prov. ui, 9. Ils y voient encore ce sens que ceux que des pertes de famille, la mort d’enfants, des, naufrages et autres dommages ayant trait aux choses du siècle, font fondre en larmes, et se livrent tout entiers aux plaintes et gémisse¬ ments, ne sachant pas trouver ni dans l’énergie de l’âme, ni dans l’espoir en Dieu , ni dans la bueri3 uxorem tuam, dimitte, dicit Dorainus Deus Israël.» Peut . xxiv, 1, scq. Statimque respondit: Hoc quidern m lege præceptum est, sed propter duritiam cordis vestri. Quod plenius Dominus iu Evaugelio prosecjuitur : « Quiconque autem, excepta causa for- mcat-ioms, uxorem iuique dimiserit, » Matth. v, 32, operiet vestimentum ejus iniquitas, id est, corpus quo anima vestitur, dicit Dominus exercituuin ; ut in quo peccavit, in ipso puniatur. Quapropter, hac Cjiiæstiuncula dissoluta, inculcat et replicat quod supra dixerat : « Custodite spiritum vestrum et nolite despicere, » vel custodiam spiritus vestris, vel certe uxorem, si pauper est, autdeformis. Quod nos specialiter juxta Ezræ librum super uxoribus cxpo- suiraus derelictis, hoc alii generaliter contra eos dictum pu tant qui alieua diripiuut, et injuste divitias congregautes, audent offerre munera Deo, quæ dicit se nequaquam posse suscipere, lacrymis connu qui vastati sunt, et ftetu, ac gemitibns prohihitum, et congruere locum istum üli testimonio : « Honora Dcum ex justis tuis lahoribus. » Prov. ni, 9. Sed et istum sensum interserunt, eos qui propter rei fami- liaris amissionem, etinteritum liberorum, et naufra- gium, et cætera quæ ad damnum pertinent rerum perspective des biens futures le mépris de toutes choses, ceux-là, quoiqu’ils dirigent vers Dieu leur prière, n'en sont point agréés, parce qu’ils sont déconsidérés par des plaintes sans dignité et inconvenantes pour l’homme. Ce qui suit ; « Parce que le Seigneur a été témoin entre toi et l’épouse de votre puberté, » ou de votre ado¬ lescence, que tu as méprisée ; et celle-là est ta compagne et l’épouse de ton pacte, ou « de ton alliance , et ce n’est point un autre qui l’a for¬ mée , et elle est le reste de ton esprit, » ils l’in¬ terprètent de façon à dire, que l’épouse naturelle de notre jeunesse est l’intelligence et cette loi inscrite dans le cœur, innée chez tous les hommes. De là les nations mômes qui n’ont pas la loi de Dieu font les œuvres de la loi, et c’est de cette épouse qu’il est parlé dans les Pro¬ verbes : « C’est par Dieu qu’est unie l’épouse à l’homme ; » Prov. xix, 14 ; et il nous est prescrit de boire de nos sources et de nos fontaines, que personne ne partage notre boisson, et que nos joies soientdans l’épouse de notre adolescence. Cette épouse force même les incrédules à dire : « Que Dieu juge et voie, » Judic. xi,27, et j e* lui laisse à prononcer sur tout ce qui est à juger entre moi et toi, au sujet de qui dit encore l’Ec- clésiaste : « Et passe ta vie avec la femme que tu as aimée pendant tous les jours de la vanité qui t’ont été faits sous le soleil. » Eccl. ix, 9. Voilà l’épouse qui est le résidu de notre esprit, parce qu’elle est toujours unie à notre sens, en sæcularium, vertuntur in Üetus, et totos se tradunt planctui et gemitibus ; nec animi robore, et spe in Deum, et præmiis futuvoi’um cuncta contemnunt, etiamsi dirigant ad Deum orationem, non suscipi ab eo, quia iudecoris et incongruis vivo planctibus deturpeutur. Hoc autem quod sequitur : « Quia Do¬ minus testificatus est inter te, et uxorem pubertatis tuæ, » sive « adolescentiæ quam tu despexisti ; et hæc est particep3 [al. pars] tua, et uxor pacti, » vel testamenti tui ; et non alius fecit ; et reliqniæ spiri- tus tui, » sic interpretantur, ut uxorem adolescentiæ naturalem dicant intelligentiam, et iegem in corde perscriptam, quæ omnibus hominibus insita est. Unde et gentes non habentes legem Dei, ea quæ sunt legis operantur; et de hac conjuge in Proverbiis prædicari : « A Deo conjungitur uxor viro ; » Prov. xix, 14 ; et jubemur ut de nostris aquis bibainus et fontibus ; nuliusque in potando sit particeps, et nt lætemur cum uxore adolescentiæ nostræ. Hæc uxor impellit etiam incredulos dicere : « Deus judicet, et Deus videat ; » Juclic . xi, 27 ; et ipsi cuncta interme et te dijudicanda permitto, de qua et Ecclesiastes loquitur : « Et vive vitam cum muliere quum dile- xisti omnibus diebns vanitatis tuæ, qui tibi dati sunt 476 SAINT JËROME sorte que si elle s'éloigne de nous, aussitôt nous offensons Dieu , et notre impiété nous couvre. Aussi de nouveau reprend-il : « Gardez votre esprit, » non la chair, ceux qui vivent en elle ne peuvent plaire à Dieu ; non l'âme sensuelle, « l'homme animal ne perçoit point ce qui est de l'esprit, » I Cor. n, mais l'esprit ; « parce que. l'esprit interpelle pour nous par des gémisse¬ ments ineffables. » Rom. vm, 26. « Vous avez fait souffrir le Seigneur par yos discours, et vous avez dit : En quoi l’avons-nous fait souffrir? En ce que vous dites : Quiconque fait mal est trouvé bon en présence du Sei¬ gneur, et ceux-là lui plaisent. Ou bien : Où se trouve le Dieu du jugement? » Malach. n, 17. Les Septante : « Vous avez provoqué le Seigneur dans vos discours, et vous avez dit : En quoi nous avons-nous provoqué ? En ce que vous dites : Quiconque fait mal est bon en présence du Seigneur, et c'est en eux qu’il se complaît ; et où est le Dieu de justice? » Ce passage est pleinement traité dansle psaume soixante-deux, dont voici le commencement : « Que le Seigneur d’Israël est bon pour ceux qui ont le cœur droit! Pour moi, mes pieds ont été presque ébranlés et mes pas presque troublés , parce que je me suis pris de jalousie pour les méchants en voyant la paix des pécheurs. Ils n’ont point à craindre pour leur mort, et ils sont comme affermis contre les maladies ; ils ne partagent pas les sub sole. » EccL îx, 9. Hæc uxor residuum spiritus nostri est, quia uostro semper sensui copulatur ; quæ si recedat a uobis, statim offendimus Deum, et operit nos nostra impietas. Unde rursurn ingeritur : « Custodite spiritual vestrum, » non carnem in qua qui sunt, Deo placere non possunt ; Rom. vin, 8 ; non animam : « Ànimalis » enim a houio non recipit ea quæ spiritus sunt; » I Cor. ir, 14 ; sed spiritum : « Quia spiritus interpellât pro nobis gemitibus inaf- fabilibus. » Rom. vm, 26. « Laborare fecistis Dominum in serraonibus ves- tris, et dixistis : In quo eurn fecimus laborare ? In eo quod dicitis : Omnis qui facit malum, bonus est in conspectu Doiniui, et taies ei placent ; aut certe ubfestDeus judicii ? » Ibid. 17. LXX:«Quiprovocastis Dominum in sermonibus vestris, et dixistis : In quo provocavimus te ? In eo quod dicitis , Omnis qui facit malum, bonus est in conspectu Domini, et in his sibi complacet; et uhi est Deus justitiæ ? » Hune locum plenius septuagesimuâ secundus Psalmus exsequitur, cujus principium est : « Quam bonus Israël Deu3 his qui recto sunt corde ! Mei aut cm pene moti sunt pedes , pene effusi sunt gressus mei ; quia zelatus sum super iniquis, pacem peccatorum videns ; quia non est respectus morti eorum, et fir- souffrances des hommes, et ils ne sont point frappés avec eux. » Psalm. lxxii, 1 et seqq. Et ensuite : a Et j'ai dit : c’est donc sans fonde¬ ment que j'ai purifié mon cœur et que j’ai gardé mes mains innocentes. » Le peuple , de retour de Babylone’, voyant tous les peuples d'alentour , ceux-là mêmes qui adoraient les idoles de Babylone , dans l'abondance des ri¬ chesses et en possession de la spntô et de tout ce qui est estimé bien dans le siècle, tandis qu'il se voit, lui, qui a la connaissance de Dieu, ac- Gablé par la détresse, la souffrance et la servi¬ tude, est scandalisé et dit: Non, il n'y a pas de providence pour les choses humaines , tout ar¬ rive fortuitement et au hasard, et Dieu n'est en rien dans le gouvernement des choses ; bien plus, le mal lui plaît et le bien lui déplaît ; tout au moins, s’il discerne toute chose où est l’é¬ quité et la justice de son jugement? C'est la question que l’esprit qui ne croit point aux biens futurs pose tous les jours à Dieu, en voyant les méchants dans la puissance et les saints dans l’abaissement, ceux-là regorger de toutes choses et ceux-ci n’ayant même pas les choses néces¬ saires à la vie, et quelquefois se trouvant frap¬ pés de cécité , de surdité , accablés , dans tous leurs membres, de plaies et d'infirmités, tels que l'Évangile nous représente Lazare, Luc, xvi, qui, à la porte du riche couvert de pourpre, désirait, pour soutenir sa propre vie , les miettes qu’on mamentum in plaga eorum. In labore hominum non sunt, et cum hominibus non flagellabuntur. » Psal. lxxu, 1 seqq. Àc deinde : « Et dixi, Ergo sine causa justifîcavi cormeum , et lavi inter innocentes manus meas. » Reversus ergo populus de Babylone, et videns cunctas in circuitu nationes, ipsosque Baby- lonis idolis servientes, abundare divitiis, vigere cor- poribus , omnia quæ bona putantur in sæculo possidere ; se vero qui habeat [Al. habeat ] uotitiam Dei, squalore, inedia, servitute coopertum, scanda- lizatur et dicit : Non est in rebus bumanis providen- tia, omnia casu feruntur incerto , sic Dei judicio gubernantur ; quin potius mala [Al. mali et boni ] ei placent, et bona displicent ; aut certe si Deus cuncta dijudicat, ubi est illius æquum justumque judicium ? Istiusmodi quæstionem mens incredula futurorum quotidie suscitât Deo, et cum viderit iniquos poten- tes, sanctos humiles ; illos rebus omnibus affluere, hos ne ea quidem quæ ad victum necessaria sunt, habere ; et interdum surdis auribus cæcisque oculis et omni parte membrorum ulceribus, et infirmitate depressos, qualis in Evangelio. Luc . xvr, Lazarus le- gitur, qui ante fores divitis purpurati desiderahat micis, quæ abjiciunlur de mensarum reliquiis, ino- pem animam sustentare; divitem vero tant® feritatis COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIE. 477 balaye des restes de la table , et que , d’autre part, le riche est assez dur et impitoyable pour n’avoir point pitié , lui homme , de cet homme dont la langue des chiens a compassion, esprits qui ne comprenant pointle temps du jugement, ni que seuls sont vrais ces biens qui sont per¬ pétuels, disent : les méchants lui plaisent, « et où est le Dieu du jugement ? » «Voilà que j’envoie mon ange et il préparera la voie devant ma face, et aussitôt viendra à son temple le dominateur que vous demandez et l’ange de l’alliance si désiré de vous. » Ma- lach . m, i. Les Septante : « Voilà que je vous enverrai mon ange qui préparera la voie devant ma face ; et aussitôt viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez et l’Ange de jus¬ tice si désiré de vous. » Le Seigneur a fait, dans l'Évangile , l’application de ce passage à Jean- Baptiste, lorsqu’il dit : «Voilà que j’envoie devant vous mon ange, qui vous préparera la voie où vous devez marcher devant moi, » Matih. xi, 10, et il ne s’est pas servi des mêmes mots que les Septante interprètes. De son côté, l’évangéliste Marc réunissant les deux témoignages de Mala- chie et d’Isaïe, qu’il attribue àun seul prophète, débute ainsi: c< Commencement, de l’évangile de Jésus-Christ, comme il est écrit dans le prophète Isaïe : Voilà que j’envoie mon ange devant votre face, pour préparer votre voie, » Marc, i, 2, quoique nous lisions cela exprimé en d’autres termes dans Malachie. Et ce qui suit : « Voix de et crudelitatis, ut non misereatur homo hominis, cujus etiam canum lingua miseretur, non intelli¬ gentes tempus judicii, nec vera bona ilia esse, quæ perpétua sunt, dicunt : Mali ei placent, « et ubi est Deus judicii ? » « Ecce ego mitto [al. mittam ] angelum meurn , et præparabit viam ante faciem meam ; et statim veniet ad templum siium dominator quem vosquæritis,etan- gelüs testamenti quem vos vuUis.»M«àzc/i.ni, L LXX : « Ecce ego mittam angelum ineum, et præparabit viam ante faciem meam; et subito veniet ad templum suum Dominus quem vos quæritis, et angélus justitiæ quem vos vtdtis. >* Hoc interpretatus est Dominus in Evan- gelio de Joanne Baptisto, dicens : ) Malim u tique ad ejusdem ms. fidem, tribus \ersibus, quos parenthesi inclusimus, bine amotis, utpote qui orationis rectam perturbant seriem, \identurque omnino scribarum errore totidem verbis ex paulo superiori contextu répétitif continuo legie, ad décimas et primitias t quæ sunt scripta referentes. COMMENTAIRES SUR LE PROPHETE MALACHIE. 485 la faim et le besoin. A la place du mot «nation», qui en hébreu est écrit aggoi, les Septante ont mis « année », traduisant le mot grec etos. Et voici le sens : L'année est déjà entièrement écoulée, et vous n'avez rien porté dans mes trésors, mais vous avez serré dans vo3 greniers les dîmes et les prémices qui m’étaient dues ; et c’est pour ne me les avoir pa3 payées , quoique vous n’eussiez pas fait un grand sa¬ crifice, que vos terres ont été stériles et que vous n’avez eu aucune abondance de fruits. Mais pour que vous sachiez que cela est arrivé, parce que j’étais en colère de ce que vous m’a¬ vez volé la part qui m’appartient, je vous aver¬ tis et je vous exhorte à porter les dîmes dans les greniers, c'est-à-dire dans les trésors du temple, afin que les prêtres et les lévites qui me servent aient de quoi vivre. Si vous faites cela, je vous donnerai des pluies si abondantes qu'on croira que les cataractes du ciel ont été ouvertes. «Et je répandrai ma bénédiction sur vous pour vous combler d’une abondance de biens. » Le mot effusion exprime ici l’idée de largesse. Mais il peut se faire , à la vérité , que quoique les champs arrosés par les pluies soient fertiles , ils soient ravagés par les sauterelles , les chenilles et toutes sortes de vers rongeurs, et qu’ainsi soient perdus les travaux des hom¬ mes. C’est pour cela qu’on joint ensemble ce qui précède avec ces paroles : « Et je réprime¬ rai en votre faveur les animaux qui dévorent les fruits, » c’est-à-dire les sauterelles et les dicti estis , et vos me aupplantatis, sive frandaiis atque privatis, gens tota. Pro « gente, » quæ iu He- braico scribitur aggoi, « annum » Septuaginta inter¬ prétât! sunt £toç pro eOvoç. Et est sensus. Ecce annns expletus est, et nihil in ineos tbesauros, sed in ves- tra liorrea comportastis ; et pro decimis et priinitivis [al. prmitiis], quæ parva erant, si a vobis darentur, ubertatem possessionum vestrarum, et ornuem fru- gum abundantiam perdidistis: Ut autem scialis, me hoc iraseente perfectum, quia fr au d astis me parte mea, bortor vos, atque commoneo, ut inferatis déci¬ mas in horrea, hoc est, in tbesauros templi, et ha- beant sacerdotes atque Levitæ, qui mihi ministvant, cibos ; et probate me, si non tantas pluvias effudero ut cataractæ cœli apertæ esse credantur. « Et etfun- dam vobis benedictionem usque ad abundantiam. » Verbum effusionis nomen largitatis ostendit. Sed fieri potest ut agros irrigantibns pluviis , sit quidem fertilitas ; verum aut locusta aut bruclius, aut erugo aut eruca destruant, et lubores bomimim pereant ; propterea jungit et dicit: « Et increpabo pro vobis devorantem, » locustam videlicet, et reliqua quæ diximus : et non corrumpet fructum terræ vestræ. autres insectes destructeurs dont nous avons parlé ; et ils ne ravageront point les fruits de vos champs. Vos pressoirs aussi regorgeront de vin , et toutes les nations qui vous environ¬ nent seront étonnées de la fertilité de votre terre, au point que toutes désireront y habiter, et que, par l’abondance de tous vos biens, vous servirez d'exemple à tous les peuples. Ce que nous avons dit des dîmes et des prémices que le peuple donnait autrefois aux prêtres et aux lévites, entendez -le aussi pour les peuples de l’Église, auxquels il est ordonné, non seulement de donner les dîmes et les prémices, mais en¬ core de vendre tout ce qu'ils possèdent et de le donner aux pauvres , et de suivre le Seigneur Sauveur. Matth. xix et Marc. x. Si nous ne vou¬ lons pas le faire, imitons au moins les commen¬ cements des -luifs, et donnons aux pauvres une partie du tout, et rendons aux prêtres et aux lévites l’honneur qui leur est dû. C'est pourquoi aussi l’apôtre dit : « Honorez les veuves qui sont vraiment veuves; » I Tim. v, 3; et : Que le prêtre soit doublement honoré , principale¬ ment celui qui travaille à la prédication de la parole et de la doctrine de Dieu. Celui qui ne le fait pas est convaincu de fraude et de tromperie envers Dieu , et il est maudit et dans une indi¬ gence absolue , car celui qui aura semé peu moissonnera également peu, et celui qui aura semé avec abondance moissonnera aussi avec abondance. Il Cor. îx, 6. Si quelquefois vous souffrez la faim, le besoin et le manque de Vinca quoque implebife torcularia, et cunctæ per cir- cuitum natioues mirabuntur fertilitatem terræ ves- træ, in tantum ut omnes in ea liabitare desiderent, et abuudantia rerum omnium cuuctis gentibus sitis exemplo. Quod de decimis primitiisque diximus, quæ olim dabautur a populo sacerdotibus ac levitis, iu Ecclesiæ quoque popvdis iutelligite, quibus præ- ceptum est non solum décimas dare et primitias ; sed et vendere omnia quæ babent, et dare pauperi- bus, et sequi Domiuum Salvatorom. Matth . xix, et Marc. x. Quod si facere nolumus, saltem Judæorum iuiitemur exordia, ut pauperibus partem demus ex toto, et sacerdotibus ac levitis honorem debitum de- feramus. Unde dicit et Âpostolus : « Honora viduasi quæ vere viduæ sunt; » I Tim. v, 3; et presbyterum duplici liouorc bouoraudum, maxime qui laborat iu verbo et doctriua Dei. Quod qui non fecevit, Deum fraudarc et suppiautare couvmcitur, et maledicitur ei in penuria rerum omnium ; ut qui parce severil, parce et metat ; et qui iu bencdiclionc semiuaverit, in beuedictiouibus fructus colligat abundauter. ÏI Cor . îx, 6. Si quando famés et peuuria, et rerum omnium egestas opprhmmt mnndum , sciamus boc ex Dei SAINT JEROME toutes choses , sachez que c'cst l'effet de la co¬ lère de Dieu, qui, dans la personne des pauvres, lorsqu'on ne leur fait pas l’aumône, se dit être volé et privé de la part qui lui appartient. Nous pouvons encore interpréter ainsi les dîmes et les prémices : Si quelqu'un est assez savant et assez instruit dans la loi de Dieu pour ensei¬ gner les autres, il ne doit pas attribuer à sa prudence et à son génie l’instruction qu'il pos¬ sède; mais qu’il rende grâces premièrement à Dieu de la largesse de qui proviennent tous les biens , ensuite aux prêtres et aux maîtres qui l'ont enseigné ; car s'il ne rend pas grâces et s’il s'arroge la science, il sera maudit et tom¬ bera dans l'indigence; mais si comprenant que c'est Dieu qui donne les biens , de quelque na¬ ture qu’ils soient, et si, rendant grâces à ceux dont Dieu s’est servi pour l'instruire, il s’hu¬ milie, et s'il porte des vivres dans le grenier de Dieu , c’est-à-dire si, dans l'Eglise, il sert aux peuples les aliments de la sainte Ecriture , aus¬ sitôt les cataractes du ciel seront ouvertes pour lui, et il sera arrosé de la pluie spirituelle que Dieu aura commandé à ses nuées de faire tom¬ ber sur lui, et il jouira de l'abondance de tous les biens ; seront même réprimés en sa faveur les insectes qui dévorent les fruits, c’est-à-dire les puissances infernales qui lui font la guerre ; et son travail apportera du fruit , et on lui ap¬ pliquera ces paroles de la sainte Ecriture : « Heureux celui qui parle à des oreilles qui l'é¬ coutent. » Eccli. xxv, 12. Il lèvera aussi ses ira descendcre, qui in pauperibus, si non accipiant eleemosynam, fraudari se loquitur, et sua portione [al. possessione ] privari. Possumus décimas et primi- tias et sic interpretari : Si quis doctus et cruditus in lege [al. legem ] . Dei potest cæteros erudire, non dé¬ bet suæ assignare pru dentier ingenioque qnod pos- sidet ; sed gratias agat primum Deo, qui cuncta lar- gitur ; deincle sacerdotibus cjus ac magistris, a quibus doctus est. Si enim non egerit gratias, sed sibi scien- tiam vindieaverit, in penuria maledicetur. Quod si intelligens largitorcm Deurn, et bis agens gratias, per quos a Deo eruditus est, humiliaverit se, et in horreumDei intulerit cibos, hoc est, Scripturæ sanc- tæ alimenta in Ecclcsia populis ministraverit ; statim aperientur super cum cataractæ cœli , et effundetur pluvia spiritualis, et maudabit Deus nubibus suis, ut pluant super eum imbrom, et abundantia rerum omnium perfruetur , et increpabit etiam pro co de- vorantem, contrarias scilicet fortitudines, et labor ipsius afferet fructum , et consequetur illud quod scriptum est; « Beatus qui in aures loquitur audien- tium. » Eccli. xxv, 12. Lcvabit quoque oculos suos, et videbit région es, quouiam jam albæ sunt ad me- yeux et il considérera les campagnes , et verra qu’elles sont déjà blanches et prêtes à mois¬ sonner; Joan. iv ; et il amassera des fruits pour la vie éternelle. Et il n'y aura pas de vigne sté¬ rile dans ses terres , car le Seigneur dit : « Je suis la vigne. » Joan. xv, \ . Et par un prophète : a Je vous ai plantée comme une vigne féconde, et je n’y ai mis que du bon plant; » Jerem. n, 21 ; et par l'aveu de sa bassesse et sa reconnais¬ sance envers Dieu et envers les maîtres de son Eglise, il obtiendra une si grande béatitude que toutes les nations l'appelleront bienheureux, et que ceux qui l’auront entendu discourir dans l’Eglise désireront habiter dans sa terre et nour¬ rir leur àme de sa doctrine. « Les paroles injurieuses que vous dites contre moi se multiplient de jour en jour, dit le Sei¬ gneur. Et cependant vous avez répondu : Qu’avons-nous dit contre vous ? Vous avez dit: C’est en vain que l’on sert Dieu ; qu'avons-nous gagné pour avoir gardé ses commandements, et pour avoir marché avec un visage abattu de¬ vant le Seigneur des armées ? C’est pourquoi maintenant nous n'appellerons heureux que les hommes arrogants, puisqu’ils se sont établis en vivant dans l'impiété, et qu'après avoir tenté Dieu, ils se sauvent de tous les périls. » Ibid. 13. Les Septante : « Vos paroles sont devenues de plus en plus injurieuses à, mon égard, dit le Seigneur. Et vous avez répondu : Qu'avons- nous dit contre vous ? Vous avez dit : C’est en vain que l'on sert Dieu ; et qu’avons-nous eu tendum ; Joan. iv; et colligct fructus in vitam æter- nam. Nec erit sterilis vinea in agro ejus, ille qui dicit in Evangelio : « Ego sum vitis. » Joan. xv, 1. Et qui loquitur per proplietam : « Ego te plantavi vineam frugiferam, omnem veram ; » Jerem. ir, 21 ; et tantam (per humilitatis eonfessionem, etgratiarum actionem in Deum, ac magistros Ecclesiæ cjus) beatitudinem consequetur, ut omnes beatum ilium dicaut gentes, et in terra ejus atque doctrina liabitarc de si dorent, qui ilium in Ecclesia audicrint disputantem. u Invaluerunt super me verba vestra, dicit Demi - nus, et dixistis : Quid locuti sumus contra te? Dixis- tis : Vanus est qui servit Deo, et quod emolumeutum, quia custodivimus præcepta ejus, et quia ambulavi- mus tristes ooram Domino cxerfcitimm ? Ergo mine beatos dicimus arrogantes, siquidem ædificati sunt facientes impietatem ; et tentavenmt Deum, et salvi faofci sunt. » Ibid. 13 et segq. LXX : « Ingravastis su¬ per me verba vestra, dicit Dominus. Et dixistis : In quo locuti sumus contra te? et dixistis : Vanus est qui servit Deo ; et quid amplius, quia custodivimus mandata ejus, et quia ambulavimus supplices ante faciem Domini omnipotentis ? Et mine nos beatos COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHIE. 487 de plus d’avoir gardé ses commandements, et d’avoir marché avec un visage abattu devant le Seigneur tout-puissant? Et maintenant nous n’ap¬ pellerons heureux que les hommes qui sont ennemis de Dieu, puisque tous ceux qui com¬ mettent l’iniquité et qui ont résisté à Dieu se sont sauvés de tous les périls. » 11 avait dit au¬ paravant : Vous avez fait de la peine au Sei¬ gneur par vos discours ; et vous avez répondu : En quoi lui avons -non s fait de la peine ? En ce que vous disiez : Quiconque fait le mal est bon en la présence du Seigneur, et il aime de telles gens : en vérité, où est le Dieu de la justice ? Maintenant il répète la même chose avec plus de développements. En effet, le peuple qui, de re¬ tour de Babylone, paraissait avoir la connais¬ sance de Dieu, et observer la loi, et comprendre son péché, et offrir des victimes pour le péché, payer les dîmes, observer le sabbat et les autres choses qui ont été ordonnées par laloi de Dieu, ce peuple, dis-je, voyant que toutes les nations qui l’environnaient étaient dans l’abondance de toutes choses, tandis que lui était dans le besoin et dans la misère et souffrait la faim, se scan¬ dalisait de chaque chose en particulier, et di¬ sait : Quel profit me revient-il d’adorer un seul et vrai Dieu, d'avoir les idoles en abomination, et de marcher avec un visage abattu devant Dieu, en ressentant une vive douleur des péchés ? Ce passage, comme nous l'avons dit plus haut, est exposé avec plus de détails dans le psaume soixante-douzième. C’est pourquoi le prophète, qui est un médecin spirituel, panse toutes les dicimus alienos, et ædificantur omnes qui faciunt iniquitatem, et restiterunt Deo, et salvi facti suât. » Prius dixerat : Laborare fecistis Dominum in sermo- nibus vestris, et dixistis : In quo eum fecimus labo¬ rare ? In eo cum diceretis : Omnis qui facit malum, bonus est in conspectu Domini, et taies ei placent ; aut certe ubi est Deus judici ? Nunc idem plenius repetit. Populua enim qui de Babylone reversusvi- debatur Dei habere notitiam, et observore legern, et intelligere peccatum suurn, et pro peccato offerre victimas, décimas reddere , observare Sabbatum , et cætera quæ Dei lege præcepta sunt, cernens cunctas in circbitu nationes rebus omnibus abundare, se in penuria, et famé, et miseria constitutum , scandali- zabatur ad singula, atque dicebat : Quid mihi pro- dest, quia unum et verum Deum colo , abominor idola, et compunctus conscientia delictorum ante Deum tristis incedo? Quem locuin, ut supra dixi- mus, septuagesimus et secundus Psalnius plenius latiusque prosequitur. Unde propbeta, qui est rnedi- cus spiri tualis, medetur cunctis vulneribus, et verba blasphemiæ in Creatorem recidere contestatur, et blessures, et atteste qu’il coupe comme avec un instrument tranchant les paroles de blasphème, et il dit, comme s’il parlait de la personne de Dieu : Les paroles injurieuses que vous dites contre moi se multiplient de jour en jour, ou s’aggravent : car, selon Zacharie, l’iniquité est assise sur un talent de plomb, Zach . v, et ce qui est dit contre Dieu est rabaissé parla masse pe¬ sante des blasphèmes. Ceux qui ne comprennent pas ce qu’il y a de très injurieux et de blasphé¬ matoire dans leurs paroles interrogent :Qu’avons- nous dit contre vous ? Le Seigneur leur répond : Vous avez dit : C'est en vain que l’on sert Dieu ; qu’avons-nous gagné pour avoir gardé ses com¬ mandements ? Ils réclament dans le siècle pré¬ sent la récompense pour le service de Dieu, et c’est pour cela qu’ils ne la reçoivent pas. Que nous a-t-il servi d’avoir marché avec un visage abattu devant le Seigneur, selon ce qui est écrit dans les psaumes : « Je marchais accablé de tristesse durant tout le jour; » Psalm. xxxvn, 7 ; nous appelons donc heureux les arrogants, qui s’élèvent insolemment contre Dieu, et lancent contre Lui des paroles d’impiété et de blas¬ phème ; puisqu’ils se sont établis, et qu’après leurs crimes et leurs blasphèmes, ils prospèrent en tout. Ils ont tenté Dieu, ou bien ils lui ont résisté et ils se sont sauvés de tous les périls. Dans leur opinion, le salut, c’est la félicité du siècle présent, aussi sont-ils trompés par leurs erreurs. Nous pouvons aussi entendre cela des hérétiques Marcion et Valentin, qui, n’acceptant pas le nouveau Testament et parlant injurieuse- dicit ex persona Dei : Invaluerunt super me verba vestra, sive ingravata sunt ; etenirn juxta Zachariam iniquités sedet super talentum pluinbi; Zach. v; et quod contra Deum dicitur, gravi blasphemiarum mole deprimituv. Qui non intelligentes verba gra- vissiina, et blasphemiam suam, interrogant: Quid locuti snmus contra te ? Quibus respôndit Dominus : Dixistis : A'anus est qui servit Deo, et quod emolu- mentum, quia custodivimus præcepta ejus? In prro- senti sæculo mercedem pro Dei exigunt servitute, ideo non recipiunt. Et quia ambnlavimus tristes co¬ ram Domino, juxta illud quod scriptum est in Psal- mis : « Tota die tristis ingrediebar, » Psalm. xxxvn, 7, beatos igitur dicimus arrogantes, qui superbiunt contra Deum, et impia blasphemiarum verba jacu- lantur ; si quidem ædificati sunt, et post scelera atque blasphemia3 prosperis omnibus perfvuuntur. Tentaverunt Deum, sive restiterunt Deo, et salvi facti sunt. Salutem felicitatem præsentis sæculi pu- tant ; et idcirco decipiuntur erroribus. Hæc et de hæreticis Marcione et Valentino, etcæteris, qui vetns non recipiunt Testamentum, et contra Creatorem 488 SAINT JEROME ment du Créateur du inonde, tirent du profit de leur impiété et ont un grand nombre de com¬ plices de leur crime ; c’est ce qui scandalise ceux qui dans l’Église persévèrent, et qui, igno¬ rant les oauses du jugement de Dieu, font en¬ tendre par le prophète des paroles de plainte. « Mais ceux qui craignent le Seigneur ont tenu un autre langage dans leurs entretiens avec leur prochain. » Ibid. 16. Les Septante : «. Mais tel n’est pas le langage qu’ont tenu avec leur prochain ceux qiii craignent le Seigneur. « Selon les Hébreux, il faut entendre ainsi : Tandis que ceux-là blasphèment touchant le jugement de Dieu, ceux qui craignent le Seigneur se sont dit dans leurs entretiens, que ce n’est pas dans le siècle présent, qui est de courte durée, mais dans le futur, qui ne finira pas, qu’aura lieu la rétribution des bons et des méchants ; que d’ail¬ leurs il n’est pas au pouvoir de l’homme de con¬ naître le jugement de Dieu, de raisonner sur son équité et sa justice ; et ils ont ajouté les au¬ tres réflexions que les justes doivent faire entre eux. Quoique le prophète ne nous ait pas fait connaître ce qu’ils ont dit, comme il a inféré : « Mais ceux qui craignent Dieu ont tenu un autre langage dans leurs entretiens avec leur prochain, » nous devons comprendre par là que ceux qui craignent le Seigneur n’ont dit que ce qui est exprimé, par les paroles de toutes les Écritures. .Mais, d’après les Septante, il faut lire ëÇaipETov, et d’une voix inarticulée, pour dire : Voilà ce qu’ont dit dans leurs entretiens avec leur prochain ceux qui craignent le Seigneur , mundi loqunntur, intelligere possumus, quod profi¬ tant in impietate sua, et multos sceleris socios ha- beant; ad quos scandalizati, qui in Ecclesia persé¬ vérant, et ignorantes causas judicii Dei, prophetæ verba contexunt. « Tune locuti sunt timentes Deum [Vulg. Domi¬ num ], unusquisque cum proximo suo. » Ibid. 16. LXX : « Hæc locuti sunt, qui timent Dominum, unusquisque ad proximum suum. » Juxta Hebræos ita intelligendum est : ïllis de Dei judicio blasphe- mantibus, qui timent Deum ad invicem sunt locuti, quod retributio bonorum vcl malorum non sit in præsenti et brævi sæculo, sed in futuro et æterno ; et quod liorno non possit Dei scire judicia, et de illius æquitate ac justifia disputare ; et cætera quæ debet justus cum justo loqui. Nec dixit quæ sint locuti; sed ex eo quod intulit : « Tune locuti sunt timentes Deum, unusquisque cum proximo suo, » intelligere debemus ea locutos timentes Deum, quæ omnium Scripturarum vocibus contientur. Juxta LXX vero legendum , et pressa voce, ut di- üamus : Hæc sunt locuti, qui. timent Dominum, unus- c’est-à-dire ceux qui disent avec une vaineja tance : Qu’avons-nous gagné d’avoir observé ses commandements, et d’avoir marché avec un visage abattu devant le Seigneur? Car, s’ils crai¬ gnaient le Seigneur, ils ne tiendraient par un somblable langage. « Aussi le Seigneur a été attentif à leurs pa¬ roles, et il les a écoutés ; et il a fait écrire un livre qui doit lui servir de monument en faveur de ceux qui craignent le Seigneur, et qui pen¬ sent à la grandeur de son nom. Et dans le jour où je dois agir, dit le Seigneur des armées, ils seront le peuple que je me réserve, et je les traiterai avec indulgence, comme un homme traite son fils qui le sert. Changez de sentiments, et vous verrez quelle différence il y a entre le juste et l’impie, entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert point. » Ibid. 17, 18. Les Septante: « Aussi le Seigneur a été attentif à leurs paroles et il les a écoutés , et il a fait écrire un livre qui doit lui servir de monument en faveur de ceux qui craignent le - Seigneur, et qui ont de la vé¬ nération pour son nom. Et dans le jour où je dois agir, dit le Seigneur tout-puissant, ils se¬ ront le peuple que je me suis acquis, et je les choisirai comme un homme choisit son fils qui le sert. Changez de sentiments, et vous verrez quelle différence il y a entre le juste et l’injuste , entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert point. » Le Seigeur a été attentif aux entretiens que les justes et ceux qui craignent Dieu ont eus chacun avec leur prochain , et comme ils n’ont voulu ni écouter, ni proférer des paroles de quisque ad proximum suum : boc est, qui frustra jactitaut et dicunt : Quod emolumentum , quia cus- todivimus præcepta ejus , et ambulavimus tristes coram Domino ? Si enim timerent Dominum , ista non dicerent. « Et attendit Dominas, et aiulivit, et scriptus est Jiber monumenti coram eo timentibus Dominum, et cogitantibus nomen ejus. Et erunt mihi , ait Domi- nus exercituum, in die qua ego facio, in peculium, et parcarn eis,sicut parcit vir filio suo sefvienti sibi. Et convertimini , et videbitis quid sit inter justum et impium, et inter servientem Deo, et non servien- t,em ei. » LXX : « Et attendit Dominus, et audivit, et scripsit librum monumenti in conspectu suo bis qui liment Dominum, et qui reverentur [al. et veren- tur\ nomen ejus. Et erunt milii, dicit Dominus om- nipotens, in die qua ego facio, in aoquisitionem, et eligam cos sicut cligit bomo fdium suum qui servit ei ; et convertimini, et videbilis quid sit inter jus¬ tum et iniquum, et inter servientem Deo et eum qui non servit ei. » Ibid. 17, 18. Hæc justis loquentihus, et timentibus Deum, singulis cum proximo suo, qui COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MÀLAEHIE. 489 blasphème, leurs prières ont été exaucées par le Seigneur, qui a fait écrire un livre qui doit lui servir de monument en faveur de ceux qui le craignent et qui pensent à la grandeur de son nom, afin que, lorsque le jour du jugement sera venu, il punisse les blasphémateurs et ré¬ compense ceux qui le craignent. Or, ce livre est celui dont nous lisons dans Daniel: «Des trônes furent placés et les livres furent ouverts. » Dan. vu, 9. Ceux qui craignent le Seigneur des armées seront pour lui comme un argent mis en réserve, lorsque le jour du jugement sera arrivé. Au lieu du mot « pécule, » on lit dans l’hébreu sgolta, qu’Aquilainterprètepar«abondance» etles autres par « ressource. » Ceux donc qui craignent le Sei¬ gneur et qui, dans leurs entretiens avec leur pro¬ chain, ont eu des réparties contre les paroles de blasphème, seront pour le Seigneur, au jour du jugement, comme un argent mis en réserve, et ils seront traités avec indulgence, parce que tout homme est sujet au péché; ou bien il les choi¬ sira comme un homme a coutume de choisir son fils qui le sert; en quoi on voit une double affection, et l'affection d’un père à. l'égard de son fils, et celle d’un maître pour son serviteur. Et vous qui maintenant blasphémez et dites : « Qu'avons-nous gagné pour avoir gardé ses commandements, et pour avoir marché devant le Seigneur avec un visage abattu? » vous con¬ naîtrez alors d’un côté leur élection et leur béati- verba blusphemiæ, nec audire voluere nec dicere, attendit Dominus et audivit, et scriptus est liber monumenti coram eo, timentibus et cogitautibus nomen ejus ; ut cum dies judicii vencrit, reddat et blasphemantibus pœuas, et timentibus præmia. Li¬ ber autem scriptus est, de quo in Daniele legimus : « Throni positi sunt, et libri aperti sont. » Dan. vu, 9. Et erunt Domino exercituum in peculium timentes Dominum, in die qua judicii tempus advenerit. Pro « peenlio » in Hebræo legitur sgolla , quod Aquila Tceptouatoy , et cæteri TcepiKofyatv interprétât! sunt. Timentes igitur Dominum, qui locuti sunt cum pro- ximo suo, et ad verba blaspbemiæ responderunt, erunt in die judicii in peculium, et parcet eis; quia ornais homo sub peccato. Sive eliget eos, sicut eli- ;.'ere solet homo filium suum servientem sibi. In quo duplex affectus est, et pietatis in filium, et^servitutis in famulum. Et tune qui mine blusphematis et dicitis : « Quod emolumentum, quia custodivimus præcepla ejus, et ambulavimus tristes coram Domino?» ex illorum electione et beatiludinc (ù), et vestram mi- tude et de l’autre votre misère ; et vous verrez avec de grands regrets quelle différence il y a entre le juste et l’impie, entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert pas. « Car voilà que viendra un jour de feu sem¬ blable à une fournaise ardente; tous les su¬ perbes et tous ceux qui commettent l’impiété seront comme delà paille ; et ce jour, lorsqu’il sera venu, les embrasera, dit le Seigneur des armées, sans leur laisser ni germe, ni racine. Mais pour vous qui craignez mon nom se lèvera le Soleil de justice, et vous trouverez votre salut sous ses ailes ; vous sortirez alors, et vous bondirez comme les veaux d’un trou¬ peau. Vous foulerez aux pieds les impies, lors¬ qu'ils seront devenus comme de la cendre sous la plante de vos pieds, en ce jour où j'agirai moi-même, dit le Seigneur des armées.» Ibid. civ. y. 1 et seqq. Les Septante : « Car voilà que vient un jour ardent comme une fournaise; et il les brûlera; et tous ceux qui ont des sentiments. 3ontraires à ceux de Dieu, et tous ceux qui commettent l’iniquité seront alors comme de la paille; et ce jour, lorsqu'il sera venu, les embrasera sans leur laisser ni racine ni ra¬ meau. Mais pour vous qui craignez mon nom se lèvera le Soleil de justice, et vous trouverez votre salut sous ses ailes; vous sortirez alors, et vous bondirez comme des veaux qu'on a dé- barassés de leurs liens; et vous foulerez aux seriam cognoscetis, et versi in pœnitentiam, vicle- bitis quid sit inter justum et impium, et inter ser¬ vientem Deo et non servientem ei. « Ecce enim dies veniet, succensa quasi caminus^ et erunt omnes superbi, et omnes facientes impieta- tem, stipula; et inflammabit eos dies veniens, dicit Dominas exercituum, quæ non relinquet eis radicem et germen. Et orietur vobis timentibus nomen meum sol justitiac, et sanitas in peunis ejus, et egrediemîni, et salietis sicut vituli de armenlo. Et calcabitis im- pios cum fuerint cinis sub planta pedum vestrorum, in dre qua ego t’acio, dicit Dominus exercituum. » Ibid, civ, 1 et seqq. LXX : « Quia ecce dies venit ar- dens sicut clibanus, etcomburet eos, et erunt omnes alienigeme, et uuiversi qui faciunt iniquitatem, sti¬ pula: succendet eos dies veniens , dicit Dominus omnipoteus, et non reliuquetur in eis radix neque ramus. Et orietur vobis qui timetis nomen meum sol justitiæ, et sanitas in pennis ejus, et egrediemini, et salietis sicut vituli de vinculis relaxati, et conculca- bitis iniquos, et erunt cinis subter [al. inter ] pedes (a) ftlss. nostri, Sogolla , hic atque alibi. Confcrcndus porro ipse Ilieronymus in Matlli. cap. vi ad versic. Pancm noslrum super- substantialem : ubi, consideravimus, i n qui t , in Hebræo, et ubicunque LXX Tueptoucnov expresserunt, non invenimus Sgolla] (mss. Sogolla) quod Symmachus dÇcdpn’OV, est, prœcipuum, vel egregium tra?istulit, Ucct in quodam loco , peculiaro intorpretatus sit , etc. 490 SAINT JÉROME pieds les hommes d'iniquité, et ils seront comme de la cendre sous vos pieds, en ce jour où j'a¬ girai moi-même, dit le Seigneur tout-puissant.» Parce que les impies m'ont fait souffrir par leurs discours, et qu'ils ont dit : Tous ceux qui font le mal sont bons en présence du Seigneur, et ils lui sont agréables; et : c’est en vain que l’on sert Dieu; et: Qu'avons-nous gagné pour avoir gardé ses commandements, et pour avoir marché devant le Seigneur des armées avec un visage abattu? Supra , v, 13. Et parce que ceux qui ont la crainte de Dieu ont combattu leurs paroles téméraires, et qu'ils ont conféré chacun avec son prochain sur les choses qui se rap¬ portent à la crainte de Dieu, le Seigneur s’est rendu attentif à leurs paroles; il les a écoutés, et il a fait écrire un livre qui doit lui servir de monument en faveur de ceux qui craignent Dieu et qui pensent à la grandeur de son nom; et lorsque sera venu le jour, il promet de les considérer comme le peuple qu'il s’est mis en réserve, et de les traiter avec indulgence, comme fait un homme à l’égard de son fils qui le sert ; et pour inculquer cela plus fortement, il dit : « Voilà que viendra le jour, » c’est-à-dire le jour du jugement, qui sera la lumière pour les Saints, et les ténèbres pour les pécheurs ; il sera sem¬ blable à une fournaise ardente, ou à un four, afin que tous les impies étant devenus comme de la paille, soient brûlés par les ardeurs de cette fournaise. Et après les avoir embrasés et consumés, ce jour ne laissera en eux aucune vestros, in die qua ego facio, dicit Dominus omni¬ potent. » Quia Iaborare me fecerunt impii sermoni- bus finis, et dixerunt : Ornnis qui facitmalum, bonus est iuconspectu Dornini, et taies ei placent; et : Va- nus est qui servit Deo ; et : Quod emolumentum, quia custodivimus præcepta ejus, et ainbulnvimus tristes coram Domino exercitunm ? (supra vers. 13) et adversum corum verba temeraria locuti sunt ti- mentes Deum, et unusquisque cum suo proximo contulerunt eaquœad timoremDei pertinent; atten¬ dit Dominus et audivit, et scriptus est liber monu¬ ment! bis qui timent Dominum , et cogitant nomen ejus, et cum dies venerit, habere se eos in peculium pollicetur, et parcere eis sicut parcit liomo filio suo servienti sibi; pleniusque inculcat, et dicit: « Ecce dies veniet, » id est, dies judicii, quæ sauctis lux erit, et peccatoribus tenebræ; et ipsa dies erit suc- censa quasi caminus, sive ciibanus, ut omnes impii vertantur in stipulam, et camini crementur ardori- bus. Cumque eos inflammaverit atque combusserit, non relinquet in eis ullam radicem et germen mali- tiæ. Hoc de impiis quid in die judicii sint passuri. E contrario dicitur qnid timentibus nomen Dei eve- racine ni aucun germe de malice. Voilà ce que doivent souffrir les impies au jour du jugement. Voici au contraire ce qui arrivera à ceux qui craignent le nom de Dieu : « Pour vous qui craignez mon nom se lèverale Soleil de justice,» qui jugera tout selon la vérité, et qui mettra au grand jour les bounes et les mauvaises œuvres, les vertus et les vices. Le salut sera sous ses ailes, et il portera sur ses épaules ceux qui au¬ ront été guéris par la pénitence, selon qu'il est écrit dans le Deutéronome : « Etendant ses ailes, il les a pris sur lui et les a portés sur ses épaules. » Peut . xxxii, \ Alors sortiront ceux qui sont retenus dans ce siècle comme dans uue prison, et ils bondiront comme des veaux d’un troupeau, ou comme de jeunes bœufs dé¬ livrés de leurs liens. C'est ce qui fait dire à EApôtre : « Je désire être dégagé des liens du corps et être avec Jésus-Christ; » Philip, i, 23; il désire qu’il en soit ainsi, afin de sortir et de bondir comme un veau débarassô de ses liens, et comme une victime du Seigneur. Sa joie ne s’arrêtera pas là : mais il aura encore la satis¬ faction de fouler aux pieds les impies, lorsqu’ils seront devenus comme de la cendre. C’est pour cela encore que le même Apôtre fait en faveur des justes ce souhait : « Que Dieu brise bientôt Satan sous vos pieds. » Rom . xvr, 20. Abraham sentant qu'il n’était que cendre en comparai¬ son de la majesté divine, dit au Seigneur : « Je ne suis que terre et que cendre; » Gen. xvnr, 27; et c’est pourquoi il verra le Soleil de justice, et niet : «Et orietur vobis timentibus nomen meurn sol justitiæ: qui [al. quia] veva omnia judicabit; et nec bona nec mala, nec vii'tutes nec vitia latero pa- tietur. Et sauilas erit in pennis ejus, ut sanatos per pœnitentiam portet in humeris suis, juxtaid quod in Deuterouomio seviptum est : « Expandens alas suas suscepit eos, et in humeris. suis porlavit illos. »Deut. xxxii, il. Tune egredientur qui nunc sæculo quasi carcere sunt inclusi, et salient quasi vituli de ar- mento, sive quasi vituli de vinculis liberati. Undc Apostolus dicit :« Gupio dissolvi, et esse cumChristo,» Philipp. î, 23, ut egrediatur et saliat sicut vitulus de vinculis liberatus, et sicut victima Dornini. Nec hoc lætitiæ line contentus est; sed calcabit impios, cum fueriût cinis. Unde et ad justos fit imprccatio : « Dcus autern conterat [al. conteret ] Satanam snb pedibus ves- tris vclociter. »/îo>?i. xvi, 20. Abraham locutus est ad Do- minnm.comparatione divinæ niajcstatis cineremesse se sentions : « Ego sum terra et cinis ; » Gen . xvin, 27 ; et proptcrca videbit solem justitiæ, et requiescet inter medios ejus cleros, atque ipso portante ad cœ- lestia sublevabitur. Qui vero per superbiam dixit : » Ponarn super sidéra sedem metim, evo similis Altis- COMMENTAIRES SUR LE PROPHÈTE MALACHiE. 491 il se reposera au milieu de ceux qui composent son assemblée, et, porté sur ses épaules, il sera soulevé jusqu’au ciel. Mais celui qui a dit dans son orgueil : « je placerai mon trône au-dessus des astres; je serai semblable au Très-Haut, » Isa. xiv, 14, celui-là, sera renversé sur la terre, et il sera comme de la cendre sous les pieds des Saints, lorsque le jour du jugement du Sei¬ gneur sera arrivé. .« Souvenez -vous, de la loi de Moïse, mon serviteur, que je lui donnai sur la montagne d’Horeb, afin qu’il portât à tout le peuple d’Israël mes préceptes et mes ordon¬ nances. » Ibid. 4. C’est la même chose dans les Septante. Dans le siècle futur, la rétribution sera en rapport avec la qualité des mérites, lorsque, d’un côté, la flamme dévorante brûlera et consumera la racine et le germe des orgueil¬ leux, et que, de l’autre, le Soleil de. justice se lè¬ vera pour ceux qui craignent le Seigneur, et ils trouveront le salut dans ses ailes. Souvenez- vous donc de la loi de Moïse, mon serviteur, que je lui donnai sur la montagne d'Horeb, qui est le mont Sina, afin qu'il portât à tout le peuple d’Israël mes préceptes et mes ordon¬ nances. Or, l’Apôtre disant : « Nous savons que la loi est spirituelle, » Rom. vu, 14, et le bien¬ heureux David : « Otez le voile qui est sur mes yeux et je considérerai les merveilles enfermées dans votre loi; » et parce que tous mangeaient spirituellement la manne céleste, et que tout le peuple d’Israël se désaltérait à la même pierre spirituelle qui les suivait, laquelle pierre n’était simo, » Isa. xiv, 14, deducetur in terrain, et erit quasi ciuis sub sauctorum pcdibus, cura dics Domini advenerit judicantis. « Memeutote legis Moysi servi mei, quammaudavi ei in Oreb, ad omnem Israël præcepta et judicia. » LXX similiter. Justa meritorum in futuro erit retri- butio, quando snperborum radicem et germen de- vorans flamma consumet et comburet, et tinientibus Dominum orietnr sed justitiæ, et sanitas in pennis ejus. Igitur mementote legis Moysi servi mei, quam ei dedi in monte O^eb, qui est Sina, ad omnem Israël præcepta et judicia. Dicente autem Apostolo : « Sci- mns quia lex spiritualis ; » Rom. vu, 14 ; et beato David : « Révéla oculos meos, et considerabo mira- bilia de lege tua; » Psal. cxvm, 28 ; et quia spiritua- liter omnes cœleste manna comedcbant, et universus populus Israël de eadem spirituali, et sequente eos bibebant petra, petra autem erat Christus : t Cor. x, 3, 4 : qui credunt iu Christo, spiritualitcr debent autre que le Christ, I Cor. x, 3, 4, c’est pour cela que ceux qui ont la foi dans le Christ doi¬ vent observer spirituellement les préceptes de la loi, que le Seigneur a donnés sur la mon¬ tagne d’Horeb, qui est interprétée «sécheresse.» Cette loi divine fait évaporer aux rayons du So¬ leil de justice l'humeur de tous les vices et des¬ sèche le rhume des passions. Or, le Seigneur a parlé à tout Israël, qui regarde Dieu spirituel¬ lement et dont il est dit dans l'Evangile : « Bien¬ heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront eux- mêmes Dieu. » Matth. y, S. « Voilà que je vous enverrai le prophète Elie, avant que le grand et épouvantable jour du Seigneur arrive; et il tournera le cœur des pères vers les enfants, et le cœur des enfants vers leurs pères, de peur que je ne vienne et ne frappe la terre d’anathème. » Ibid. 5, 6. Les Septante : « Voilà que je vous enverrai Elie Thesbite, avant que le grand et fameux jour du Seigneur arrive ; et il tournera le cœur du père vers son fils, et le cœur de l’homme vers son prochain, de peur qu’en venant je ne frappe tout à fait la terre. » Après Moïse, dont les com¬ mande di en ts doivent être observés spirituelle¬ ment, comme nous l’avons enseigné, il dit qu’Elie doit être envoyé r signifiant la loi dans Moïse et la prophétie dans Elie, ce qu’Abraham avait déjà fait entendre, lorsqu’il dit à un riche vêtu de pourpre : « Ils ont Moïse et les pro¬ phètes ; qu’ils les écoutent. » Luc. xyi, 29. Et le Seigneur et Sauveur, transfiguré sur une mon- legis prœcepta servare, quæ dédit in oreb, quod in- terpretatur «siccitas, » per quam omnium vitiorum Immor exeoquitur, et ad radios solis justitiæ, libidi- nis rheuma siccatur. Loeutus est autem Dominus ad universum Israël, qui sensu cernit Deum, et de qui- bus in Evangelio dicitur : « Beati tmmdo corde, quo- niam ipsi Deum videbunt. » Matth. v, 8. « Ecce ego mittam vobis Eliam prophetam, unte- quam veniat dies Domini magnus et horribilis : et convertet cor patrum ad filios, et cor filioruin ad patres eorum : ne forte veniam et percutiam terram anathemate. » LXX : « Ecce ego mitlam .vobis Eliam Thesbiten, antequam veniat dies Domini magna et i 11 us tri s : qui convertet cor patris ad filium, et cor hominis ad proximum suurn ; ne forte veniens percu¬ tiam terram penitus. » Post Moysen cujus mandata spiritualiter (a) docuimus esse servauda Eliam dicit esse mittendum : iu Moyse legeni, in Elia prophe- tiam significans, dicente Abraham ad quemdam di- (a) Gerohus duodecimi sæculi script or, in lib. de cormpto Ecclesiæ statu, a Balusio editus in Misccl. ex hoc Hieronymi testimo- nio, quod ad finem usque libri récitât, S. Doctorcm inter præcipuos illius sententia; assertores facit’, qui Moysen et Eliam duos in die Domini designatos lestes futuros, et cum Anticbristo pugnaturos, inlcrprelantuv. Nolum xero plerosque alios Patres de Elia et Enoch inlelligere. Hic intérim specialiter, liaud bene pro spiritualité^ legit. 492 SAINT JÉROME tagne, s’entretenait avec Moïse et Elie, revêtus d’habits blancs, et ils lui disaient ce qu’il devait souffrir à Jérusalem ; Marc . îx ; car la loi et tout *e chœur des prophètes prêchent la Passion du Christ. Donc, avant que vienne le jour du juge¬ ment, et que le Seigneur frappe la terre d’ana¬ thème, soit tout-à-fait, ou tout-à-coup, comme ont traduit les Septante, car c’est la significa¬ tion du mot grec àp8$i , le Seigneur enverra dans Elie, qui e'st interprété « mon Dieu » et qui est de la ville de Thesbi, qui signifie « con¬ version ou pénitence » tout le chœur des pro¬ phètes pour tourner vers les enfants les cœurs des pères, à savoir Abraham, Isaac et Jacob et tous les patriarches, afin que leur postérité croie au Seigneur Sauveur, en qui ils ont cru eux aussi : « car Abraham a vu le jour du Sei¬ gneur, et il en a été rempli de joie. » Joan. vm, 56; ou le cœur du père vers son fils, c’est-à- dire le cœur de Dieu vers tous ceux qui auront reçu l’esprit d’adoption ; et le cœur des enfants vers leur père, afin que les Juifs et les chrétiens, qui maintenant sont en désaccord entre eux, vitem purpuratum : « Habent Moysen 'et prophetas, illôs andiant. » Luc . xvi, 29. Et Dominus utque Salva- tor transfïguratus in monte, loquentes securn babe- bafc Moysen et Eliam in candidis vestibus, qui et dicebant ei quæ passurus esset in Jérusalem ; Marc. ix ; lex enim et omnis propbelarum chorus Cbristi prædicat passionem. ïgitur antequam veniat dies judicii, et percutiat Dominus terrain anathemate, sive omnino, vel subito, ut LXX transtulerunt : hoc enim significat apBljv, mittet Dominus in Elia qui interpretatur, «Deus meus,» et est de oppido Thes¬ bi, quod « conversionem et pœnitentiam » sonat om- nem prophetarum cborum,qui convertat cor patrum ad filios, Abraham videlicet et Isaac et Jacob, et omnium patriarcharum, ut credant posteri eorum in Dominum Salvatorem, in qnem et illi crediderunt : « Abraham enim vidit diem Domini, et lælatus est ; » Joan . yiii, 56 ; sive cor patris ad filium, id est, cor Dei ad omnem, qui spiritum adoptionis acceperit ; aient les mêmes sentiments, qu’ils puiseront dans leur commune piété envers le Christ. C’est pourquoi il est dit aux Apôtres, qui ont fait paraître dans l’univers entier une pépinière : « Il vous est né des enfants pour succéder à vos pères. » Psalm. xliv, 17. Car si Elie ne tourne auparavant le cœur des pères vers leurs enfants, et le cœur des enfants vers leurs pères, lorsque sera venu le grand et épouvantable jour du Seigneur, ce jour grand pour les Saints, épouvantable pour les pécheurs, le juge vrai et juste frappera d’anathème, non le ciel, ni ceux qui se trouvent dans le ciel, mais la terre, c'est- à-dire ceux qui font des œuvres terrestres. Les juifs et les hérétiques judaïzants pensent qu’Elie doit venir avant leur Messie, et qu’il rétablira toutes choses. Aussi dans l’Evangile est-il pro¬ posé au Christ cette question : « Pourquoi les Pharisiens disent-ils qu’Elie doit venir? » À quoi le Sauveur répondit : « Il est vrai qu’Elie vien¬ dra, et, si vous voulez le croire, je vous dirai qu’il est déjà venu, v Marc, ix, 10, 12, par Elie entendant Jean-Baptiste. et cor fil io ru m ad patres eorum, ut Judæi et Chris- tiani, qui nunc inter se discrepant, pari in Cbristum religione consentiant. Unde dicitur ad apostolos,'qui seminarium in toto orbe Evangelii prodiderunt : « Pro patribus tuis nati sunt tibi filii.» Psal. xuv, 17. Si enim Elias non cor patrum ad filios ante conver- terit, et cor filiorum ad patres eorum, cum venerit dies magnus et horribilis, magnuâ sanctis, horribilis peccatoribus, percutiet verus et justus judex, non ccelum, nec eos qui versantur in cœlo ; sed terram anathemate, qui faciunt opéra terrena. Judæi et ju- daizantes hæretici ante rjXapL|jivov suum Eliam pu, tant esse venturum, et rcstituturum omnia. Unde et Christo in Evangelio proponitur quæstio : « Quid quod Pbarisœi dicunt, quod Elias venturus est ? » Qnibus file respondit : « Elias quidem veniet, et si creditis, jam venit, » Marc. îx, 10, 12, in EliaJoannem intelligens. JOANNIS MARTIANÆI. 493 ERUDITIONIS HIERONYMIANÆ DEFENSIO ADVERSUS J. CLCRICUM A DOM.NO JO ANNE MARTIANÆO ELUGUBRATA ET COMMENTÀRIIS IN PROPHETAS SUBJUNCTÀ. ADMONITIO. Innocentiœ defensio, ut ait egregius orator, sæpe multorumimprobitateinterclusa respirât; neque veritas valet apud plures , cum ex omni loco repuisa vi et gratia, locum, ubi consistât, reperire non potest. Hæc ego nequaquam per- timui incommoda , doctoris maximi nunc eau-, sam dicturus adversus Joannem Glericum, aper- tum Ecclesiæ Gatholiçæ hostem , sanctorum Patrum contemptorem, Christi Dei latentem inï- micum, infensumque litteratis omnibus. Quem enim eruditorum et maxime fidelium non mo- veant convicia Quæstionum Hieronymianarum, quibus.vir imperitissimus errore tumens hære- tico insectatus est sanctum , et immortale illud ingenium ? Quis ferat diutius virum summum impune lædi ab irifimo clerico ; atque interpre- tem sacrorum Bibliorum suis numeris absolu- tum contemni procaciter ab inverecundo et so- phista verboso? Hoc sane nec animo Catonis mihi ferendum est , nec Ciceronis stomacho , quippe cui nihil antiqnius quam ut nomen Hie- ronymi summo semper in honore sit ; neque alicujus imperitiæ subeat notam propter homi- nem, qui inepte Minervam docet. Tantæ igitur causæ cum summa voluntate et exspectatione quamplurium sodalium et omnium honorum actor accedo, non ut augeam invidiam scripto- ris hœretici vita atque libris omnium jam opi- nione damnati ; sed ut succuram Hieronymianæ laudi et existimationi, quam omnibus ex parti- bus violare ac corrumpere pertentavit loquax ille criticus. Equidem, ut de me confitear, cum multæ mihi a Joanne Glerico calumniæ et in illis insidiæ factæ sint ; nunquam tamen neque tantum me exspectatio accusationis meœ et ju- dicium eruditorum potest commovere, quantum istius nefariæ expostulationes , rixœ , calumniæ et insidiæ , quas uno tempore Hieronymo et Operum ejusdem editionî nostræ novæ facere conatur. Verum hoc nobis percommode cadit, quod cum incredibili ejus audacia singularis stultitia conjuncta est. Nam ut apertus in oppu- gnanda summorum virorum (Origenem dico et Hieronymum) existimatione fuit; sic in spe fa- ciendi miraculum sui et admirationem obtinendi perspicua sua consilia conatusque omnibus fe- cit. Neque vero antiquorum studia et eruditio- nem pro nihilo duxisse contentus, audet insuper imperatoreni tuendæ in republica litteraria 3i- bertati pubîicæ seipsum præficere. « Videor mihi, inquit, non meam, aut aliorum, qui no- minatim lacessiti sunt; sed non exiguæ, nec spernendæ partis humani generis causam di- cere. Àguntur enim hic jura naturæ humanæ, agitur communis totius reipublicæ litterariæ libertas ; quæ violantur atque opprimuntur ab iis qui ab aliquot sæculis contendunt a littera- rum studiosis nullo modo posse in dubium re- vocari quod sanxerunt consensus et auctoritas priorum ætatum, » etc. Quæst. 3, pag. 46. Ad decutiendum itaque jactantiam et arro- gantiam ficti hujusmodi vindicis libertatis, men- dacia ejus imperitiamque in medium profero : etsi enim ipsum nunquam animi sui pœniteat, COMMENTAIRES SUR SAINT MATTHIEU PRÉFACE Nous voici maintenant en présence de la partie des crits de saint Jérôme où ce savant commentateur des saintes Écritures me semble se surpasser lui-même. Serai-je victime de mon admiration pour ce grand docteur, si j’affirme qu’il résulte, pour moi, de ma longue étude de ses œuvres, la conviction profonde que jamais homme n’a porté plus loin la connais¬ sance des saintes Lettres, ne les a mieux pénétrées et n’en a exposé les sens élevés avec plus de méthode et de clarté. Si déjà ses Commentaires sur l’Ancien Testament lui ont valu tant de gloire, qu’en sera-t-il de ses travaux sur le Nouveau, quand il est manifeste qu’il s’est donné, pour chacune des parties qu’il en a parcourues, quelques jours à peine ; quand il déclare lui-même, dans son Prologue de la Lettre aux Ephésiens, qu’il lui arrivait parfois d’en expliquer jusqu’à mille versets dans la même, journée ? Un copiste eut à peine suffi à cette tâche, et le saint Docteur a su de plus être élégant, judicieux, plein d’onction et de profondeur. Si dans ce nouveau travail, le grand commentateur n’embrasse pas le Nouveau Testament en entier, il en parcourt au moins des parties remarquables ; ce sont l’Évangile selon saint Matthieu, quelques chapitres choisis de saint Luc, trente-neuf homélies tra¬ duites en latin du grec d’Origène, et quatre Épîtres de saint Paul, aux Galates, aux Ephé- siens, à Tite et à Philémon. C’est à la prière d’Eusèbe, de Crémone, partant pour Rome, et en quinze jours, que le saint Docteur a écrit les quatre livres de ses Commentaires sur saint Matthieu. Ces circon¬ stances, que saint Jérôme lui-même nous fait remarquer dans le Prologue du premier livre sur saint Matthieu, nous permettent de préciser l’année et l’époque même de l’année qui lui vit composer ce travail. « C’est, dit-il à Eusèbe, en deux semaines, quand les fêtes de Pâques « sont là, quand déjà le vent enfle vos voiles, que vous voulez que je prenne la plume? Où « trouverons-nous le temps nécessaire pour les copistes, pour les transcriptions, pour les « corrections, pour mettre le tout au net, surtout quand vous n’ignorez pas que j’ai été si « souffrant pendant trois mois et que je commence à me remettre à peine. » D’autre part, écrit-il à Lucinius : « Après avoir été aux prises avec une longue indisposition, c’est à l’époque « de la Quadragésime que j’ai commencé à respirer; » et à Évangélius : « Après une longue « maladie, c’est à peine pendant la Quadragésime que j’ai pu être débarrassé de la fièvre, « et quoique je me préparasse à un autre travail, j’ai consacré à expliquer saint Matthieu le « peu de jours qui me restaient encore. » En rapprochant les dates de ces lettres, on peut conclure, avec certitude, que ces trois mois de maladie commencent avec l’année trois cent quatre-vingt-dix-huit, ou, tout au plus, au mois de décembre précédent, et que ce fut en mars que la convalescence lui permit de retrouver ces chères études interrompues. Or, si la fête de Pâques, qui dit-il le menaçait, s’est rencontrée cette année-là le dix-huitième jour d’avril, cela ressort manifestement de plusieurs de ses lettres et de circonstances diverses indiquées dans ses écrits , qu’il n’est point dans notre but de relater ici , pour ne pas donner PRÉFACE DES COMMENTAIRES SUR SAINT MATTHIEU. 525 à un court aperçu les proportions d’une dissertation savante, nous connaissons l’année, le mois, et pour ainsi dire le jour et l’heure où furent produits les Commentaires sur S. Matthieu. Viennent à la suite de saint Matthieu, trente-neuf homélies sur l’Évangile de saint Luc, traduites en latin par notre saint Docteur du texte grec d’Origène. Nous les joignons à la collection complète de ses œuvres. Quant à l’original grec, on avait cru longtemps qu’il n’avait point résisté à l’action destructrice du temps, quand, tout-à-coup, fut signalée la découverte de ce manuscrit par le dernier éditeur des œuvres d’Origène. Ces homélies, dites pour les jours du dimanche, sont regardées par notre interprète comme l’amusement d’un esprit jeune encore, et ne semblent point de la même facture. Les six dernières paraissent même avoir été extraites d’un autre recueil des œuvres d’Origène. N’en a-t-il pas existé beau¬ coup d’autres ? Cela est plus que probable ; seulement elles n’ont pas survécu aux ravages du temps. Ruffin, qui souvent dans le cours de son travail est qualifié d’hydre, de Sardanapale, et qui, à coup sûr, n’était point le panégyriste de saint Jérôme, ose lui reprocher d’avoir, dans la traduction de ces homélies, retranché, ajouté ou changé à son gré dans le texte. Il cite à cet égard le premier verset du Magnificat . Il est difficile d’en juger, attendu que le texte grec nous manque complètement et que, d’autre part, nous ne voyons rien dans saint Jérôme qui soit une réponse directe aux perfides allégations de son détracteur. Nous croirions à une calomnie insigne de la part de ce dernier, si nous n’aimions mieux charitablement supposer dans l’original une erreur de copiste. En quelle année le saint Docteur a-t-il élaboré cette traduction? Toutes les conjectures les plus probables semblent indiquer que c’est en trois cent quatre-vingt-neuf. L’auteur lui-même l’insinue dans le Prologue de cette même traduction. Nous passons ensuite aux Commentaires sur les Épîtres déjà nommées du Docteur des Nations, et les seules sur lesquelles il ait écrit. On n’a pas été sans croire que c’était toutes les Épîtres de saint Paul qu’il avait exposées. C’était une erreur, et les recherches les plus minutieuses n’ont amené aucune découverte qui confirmât cette opinion. Ce qui avait donné lieu à cette persuasion, c’est le mot de saint Jérôme même dans le Prologue de la Lettre aux Ephésiens : « Nous nous efforçons, dit-il, d’expliquer les Épîtres de Paul. » On crut qu’il parlait de toutes, tandis que le commentateur n’avait en vue que celle qu’il expliquait dans le moment; de là l’erreur. Sans doute, il a paru, comme attribué à saint Jérôme, un Com¬ mentaire sur toutes les Épîtres de saint Paul, celle aux Hébreux exceptée. Mais cette œuvre est si peu de saint Jérôme qu’elle est, au contraire, de son contradicteur le plus acharné, le néfaste hérésiarque Pélage; et si elle fut attribuée à saint Jérôme, ce ne fut que menson¬ gèrement et dans une pensée toute mercantile d’exploitation. La fraude est depuis longtemps découverte, et cet écrit est mis aujourd’hui au rang des ouvrages supposés. Les déclarations du saint Docteur lui-même établissent qu’il n’a expliqué que les quatre Épîtres mentionnées plus haut. Sa Lettre à Philémon, quoique placée la dernière, est celle dont il s’est d’abord occupé, mais il paraît qu’elles sont toutes le travail d’une même année, et que cette année serait celle qui aurait précédé son étude sur les Questions hébraïques , c’est-à-dire trois cent quatre-vingt-sept. Puisse ce travail trouver auprès du lecteur toute la faveur qu’il mérite, et développer en nous le goût pour l’étude de ces livres sacrés, qui ne devraient jamais s’éloigner de nos mains. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU A EUSÈBE QUATRE LIVRES PROLOGUE ils sontnombreux ceux qui ont écritdes évan¬ giles, comme l'atteste saint Luc quand il dit : « Gomme beaucoup, à la vérité, ont entrepris de mettre par ordre le récit des choses accom¬ plies parmi nous, sur le témoignage de ceux-là même qui ont tous vu dès le commencement et qui ont été les ministres de la parole, » Lîic i, 1, 2, et comme le déclarent les monuments qui se sont perpétués jusqu'au temps présent, qui édités par divers auteurs ont été le principe de diverses hérésies ; tels sont des évangiles selon les Egyptiens, et Thomas, et Matthias et Barthé¬ lemy et les douze apôtres, et Basilide et Appelle et tous les autres qu’il serait trop long d’énu¬ mérer. Il suffît, pour le présent, de dire qu'il s'en est trouvé quelques-uns qui, dépourvus de l'esprit et de la grâce divine, se sont efforcés plutôt d'en arranger le récit que d’en présenter la véridique histoire. C/est à eux qu'on peut, à bon droit, appliquer cette parole du prophète : COMMENTARIOKUM IN EVANGELIUM MATTHÆI AD EÜSEBIUM IjÏ BKI QUATÜO R PROLOGUS. Plures fuisse qui Evangelia scripseruut, et Lucas evangelista testatur, dicens : « Quouiam cjuidem multi conati sunt ordinare uarrationem rerum, quæ in nobis complétai sunt, sicut tradiderunt nobis, qui ab initio ipsi viderunt sermoncin , et minislraverunt ei; » et perseverantia usque ad pnæsens tempus mo- nimenta déclarant, quæ a diversis auctoribus édita, diversaruru ïiæreseon fuere principia, ut est illud juxta Ægyptios, et Thomam, et Matthiam, et Bartho- lomæum, duodecim quoque apostolorom (a), et Basil i- dis atqueApeUis, uc reliquorum, quos enumerarelon- gissimum est; cum boc tantum in præsentiarum ne- cesse sit dicere, exstitisse quosdam, qui sine spiritu et gratiaDei conati sunt magis ordinare nurrationem» cjuaui b.îstoriæ texere veritatem. Quibus jure potest illud prophétie um coaptari : « Væ qui propb étant de cordo jsuo , qui ambulant post spiritum suum, qui (a) Hoc nimirum pseudo-Evangelio Encratitæ, Julius Cassianus, Valentiniani at Sabclliani passim usi sunt. Quædam ex eo laudat exponitquc loca Clcmens Alexandrin. Stroraat. ni. Mcmorat et Origcnes Homil. 1 in Lucam, et Epiphanius Hœres. 62, ut rcccntinres prætereara. Conferendus tainen est S. Am b rosi us Proœmio in Lucam, qui et Evangelium juxta Thomam memorat. Hoc perro idem videtur esse, quod Evangelium infantiœ Salvataris apud alios audit, puta lrenœum, Epiphanium, A thanasium, Eusebium, Chrysos- tomum, Cyrilluin, pluresquo alios, cxstatque bodienum Arabice ; in Græco autem fragmenta. Thomæ apostolo ascribitur. Aliud Evangelium juxta Matthiam , idem Ambrosius loco laudato novit, quamqunm ex Origene delibasse testimonium videri possit. Jam et Evangelium Bartholomm aliis Patribus memoratur, Gelasio in decreto de Apocryphis libris, et Bedæ Commentario in Lucam. At non temere docti viri suspicantur, illud pro Bartholomcei babitum Evangelio, quod Mattbœi Hebraicum fuisse, a Bartholomæo in Indiam delatum, rbique a PanUeno iuventum, narrant Eusebius lib. V Uist. c. 10, et Niccphorus lib. IV, e. 32. Denique et Evange¬ lium duodecim Apostolorum sœpe laudatus Ambrosius, Theophylaetus atque alii noverunt. Ubi vero ejus ilerurn meminit noster Hicronymus Dialogo 3 advers. Pelagian. initio, illud ipsum, quod vulgo juxta Hebræos dieebatur, et quo utebenhir lum tempori Nazoreni, ipse secmdum Apostolos vocat. Rceole quæ in hune nos locum pridem observavinuis. (Edit. Miÿn.) 527 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. « Malheur à ceux qui prophétisent de leur pro¬ pre cœur, qui marchent après leur esprit, qui disent : voici ce que dit le Seigneur, et le Sei¬ gneur ne les a nullement envoyés. » Ezcch. xiu, 3. C’est d’eux aussi que parle le Sauveur dans l’évangile de saint Jean : « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des larrons. » Joan. x, 8.. Ceux qui sont venus, non ceux qui ont été envoyés. Le Seigneur dit lui-même : « Ils venaient et je ne les envoyais point. » Jerern. xiv, 14 et xxui, 21. Dans ceux qui viennent, c’est la présomption de la témérité ; dans ceux qui sont envoyés, le dévouement de l’obéissance. Mais l’Église qui, par la voix du Seigneur, a ôté fondée sur la pierre, l’Église que le Roi céleste a introduite dans son tabernacle,' 'Canth et n, et vers laquelle il est descendu par la voie du plus mystérieux chemin, semblable au daim et au faon de la biche, » Gant, u, 9, cette Église, où coulent comme les quatre fleuves du paradis, qui a quatre angles et quatre anneaux, pareille à l’arche du Testament, gardienne aussi de la loi du Seigneur, n’est portée que sur des bâtons immobiles. Exod. xxv, 10 et seqq. Le premier de tous est Matthieu, le publicain, surnomméLévi.Ilécrivitrévangile,danslaJudée, en langue hébraïque, en faveur surtout de ceux d’entre les Juifs qui avaient cru en Jésus, et qui dicunt : hæc dicit Dominus ; et Dominus non misit eos. » Ezech. xm, 3. Do quibus et Salvator in Evan- gelio Joannis loquitur : « Omnes qui ante mo vene- runt fures ftierunt et latrones. » Joan. x, 8. Qui ve- nerunt, non qui missi sunt. Ipse enim ait : « Venic- bant, et ego non mittebam eos. « Jer. xiv, 14; et xxm,21. in venientibus, præsuinptio temeritatis ; in missis, obsequium servitutis est. Ecclesia autem, quæ supra petram Domini voce fundata est, quam introduxit rex in cubiculum suurn , Cant. i et îr, et ad quam per foramen descensionis occultæ misit manum suara, Cant. v, similis damulæ binnuloque cervorum, Cant . u, 9, quatuor flumina paradisi ins¬ tar eructans, Gen. n, quatuor et angulos et annulos babet [al. kabens], per quos quasi area Testament! et custos Legis Dornini, lignis (a) immobilibus vehi- tur, Exod. xxv, 10 seqq. Primus omnium Mattbæus est Publicanus, cogno- mento Levi, qui Evangelium in Judæa Hebræo ser- mone edidit, ob eorum vel maxime causam , qui in Jesum credidcrant ex Judæis , et nequaquam Legis ne s’inquiétaient plus de l’ombre de cette loi â laquelle succédait la vérité de l’évangile. Le se¬ cond est Marc, interprète de l’apôtre Pierre et premier évêque de l’Église d’Alexandrie, qui, à la vérité, n’avait pas vu lui-même le -Sauveur, mais qui a raconté, dans toute la vérité des faits plutôt que dans leur ordre, cc qu’il avait entendu prêcher par son maître. Le troisième est Luc, médecin syrien de nation et de la ville d’An¬ tioche ; l’évangile en fait l’éloge. 11 fut aussi lui- même disciple de l’apôtre Paul. C’est en Achaïc et en Béotrie, Il Corin. vui, qu’il écrivit son livre, reprenant de plus haut certains faits, et, comme il le confesse lui-même dans sa préface, rap¬ portant moins ce qu’il a vu que ce qu’il a ap¬ pris. Le dernier c’est Jean, apôtre et évangéliste, que Jésus aima beaucoup, qui, reposant sur Ja poitrine du Seigneur, s’abreuva au courant des plus pures doctrines et qui séul mérita d’en¬ tendre tomber .de la croix cette parole : « Voilà votre mère. » Joan. xix, 27. C’est pendant qu’il était en Asie et que déjà, à cette époque, pul¬ lulaient les semences hérétiques de Gérinthe d’Ebion et de tous ces autres qui nient que le Christ soit venu dans la chair, audacieux qu’il traite d’antechrists dans sa lettre, 1 Joan. U, 18, et que l’apôtre Paul anathématise à chaque instant ; il fut pressé, par presque tous les évê- umbram, succedente Evangelii veritafe , servabant. Secundus Marcus, interpres apostolr Pétri, et Alexan¬ drin® ecclesiæ primus episcopus, qui Dominum qui- dem Salvatorem ipse non vidit, sed ea quæ magis- trum audierat prædicantem, juxta fidem magis ges- torum narravit quam ordinem. Tertius Lucas medicus, natione Syrus Antiocheusis (cujus laus in Evangeiio), qui et ipse discipulus apostoli Pauli, in Achaiæ Bœo- tiæque partibus volumen condidit, I[ Cor. viii, quæ- dam altius repetens, et ut ipse in proœmio confite- tur, audita magis, quam visa describens. Ultimus Joannes apostolus et evangelistn, quem Jésus amavit plurimum, qui supra pectus Dornini recumbens , Joan. xm et xxi , purissima doctrinarum fluenta po- tavit, et qui solus de cruce meruit audire : « Ecce mater tua. » Joan. xix, 27. Is cum esset in Asia, et jam tune hæreticorum semina pullularent, Cerinthi, Ebionis, et cæterorum qui negant Cbristum in carne venisse (quos et ipse in epistola sua antiebristos vocat, IJoan. u, 18, et apostolus Paulus fréquenter percutit, Rom. m; II Cor. v, coaetus est ab omnibus (a) In præstantissimo codicc monasterii nos tri S. Andrææ secus Avenionem, lignis mobilibus vekvtur ; in altero codice mouasterii, item nostri S. Remigii. italcgimus: lignis imputribilibus vehilur. Quæ varia leutio vera esse potuisset propler vectes do lignis Setim, Exod. xxv, 13 , n ïsi versu consequenti 15 diceretur : Qjtd semper erunt in circuits, ncc umquam extrahentur ab eis. Hioc error prioris codicis ms. redarguitur. Yectes i laque immobiles ligna immobilia dixit ïlieronymus. ftlinr. — Très c nostris mss. mobilibus ^ duo imputribilibus ^ seeunda manu pro immùbilibus , quod probe notatum Martianæo est retinere debere ex eo, quem S. Doetor alludit, versieulo exod. xxv, 15, de hisce lignis, quæ semper eruut in circuits t nec umquam extrahentur ab eis. {Edit. Mign.) 528 SAINT JÉROME ques, en Asie alors, et des députations d'un grand nombre d’Églises, d'écrire d'une façon élevée sur la divinité du Sauveur et de s’élancer, pour ainsi dire, jusqu'au Verbe de Dieu lui- inème, d'un vol plus heureux que téméraire. L'histoire ecclésiastique raconte qu’en réponse à leurs instances, il dit qu’il écrirait, si unis¬ sant le jeûne à la prière, l'Église entière invo¬ quait le Seigneur. G’estalors que, l'Ame inondée d'inspiration divine, il laisse échapper de sa plume ce préambule venu du ciel : « Au com- commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu : c'est lui qui au commencement était en Dieu. » Jo:tn. i. Ce sont donc ces quatre évangiles annoncés longtemps, à l'avance que désigne le volume d’Ezéchiel, où il expose ainsi la première vision : « Et au mi¬ lieu, il y avait comme la ressemblance de quatre animaux, et leur visage était la face d’un homme et la face d'un lion, et la face d'un tau¬ reau et la face d'un aigle. » Ezech. i, 5 et 10. La première face, celle de l'homme désigne S. Mat¬ thieu, qui a commencé à écrire comme d’un homme : « Livre de la généalogie de Jésus- Christ, fils de David, fils d’Àbraham. » Matth. i. La seconde représente Marc, qui fait entendre la voix du Sion rugissant dans le désert : a Voix de celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Marc i, 3. La troisième, du taureau, figure pene tune Asiœ episcopis, et multarum Ecclesiarum legationibus, de divinitate Salvatoris altius scribere, et ad ipsum (ut ita dicam) Dei Verbum,, uou tam audaci, quaru felici temeritate prorumpere (a). Et Ecclesiastica uarrat historia, cum a fratribus cogere- tur ut scribcret, ita facturum se respondisse, si in- dicto jejunio iu commune omnes Deum præcarentur [al. deprecarentur] ; quo expleto , revelalione satura- tus, in illud proœmium cœlo veniens cructavit : « In priucipio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum ; hoc erat in principio apud Deum. » Joan. î. Hæcigitur quatuor Evangelia multo ante prædicta, Ezechielis quoque volumeu probat, in quo prima Visio ita contexitur : « Et in medio si- cut similifoido quatuor aninialiuim; et vultus eorum faciès homiuis, et faciès leonis, et facie9 vituli, et faciès aquilæ. » Ezech. t, 5 et 10. Prima hominis faciès Matthæum significat , qui quasi de bomine exorsus est scribere : « Liber generationis Jesu Christi, fila David, fila Abraham. » Matth. î. Secunda Marcum , in quo [al. qua] vox leonis in cremo ru- gientis anditur : « Vox clamantis in deserto [al. ere- mo], parate viam Domini, rectasfacite semitas ejus.» l’avance que l'évangéliste Luc commence son évangile au sacerdoce de Zacharie. La quatrième, c’est Jean l’évangéliste qui, empruntant les ailes de l’aigle, et s’élevant aux plus sublimes hau¬ teurs, traite du Verbe de Dieu. Ce qui suit abonde dans le même sens. Leurs jambes étaient droites et leurs pieds ailés ; et partout où allait l’esprit, ils y allaient et ne revenaient point. Leurs dos étaient pleins d’yeux, des étincelles et des lampes couraient au milieu, c'était une roue dans une roue et chacun d'eux avait quatre faces. C’est pourquoi l’Apocalypse de Jean, après avoir représenté vingt-quatre vieillards qui tiennent, dans leurs mains, des harpes et des fioles et adorent l'agneau de Dieu, fait pa¬ raître des éclairs et des tonnerres et sept esprits qui courent et une mer de verre et quatre ani¬ maux pleins d'yeux, et dit : « Le premier ani¬ mal est semblable h un lion, le second est semblable à un taureau, le troisième A un homme, et le quatrième à un aigle qui vole, » et peu après, il ajoute : « Ils étaient pleins d'yeux et ne cessaient ni jour ni nuit de dire : Saint saint, saint est le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, qui est, et qui doit venir. » Apoc. îv, 7, 8. Par tout cela, il est démontré clairement qu’on ne doit recevoir que quatre évangiles, et que tous les apocryphes ne sont que des chants de mort à laisser aux hérétiques et non point aux fils vivants de l’Église . Marc, i, 3. Ter lia vituli, qnæ cvangelistaoi Lucam a Zacharia saccrdote sumpsisse initium præfigurat. Quarta Joannem evangelistam, qui assumptis permis aquilæ, et ad altiora festiuaus, de Verbo Dei dispu¬ tât. Cætera quæ sequuutur in eumdem sensum pro- ficiunt. Crura eorum recta, et pennati pedes, et quo- cumque ibat spiritus, ibant, et non revertebantur ; et dorsa eorum plena oculis, et scintillæ ac lampa- des iu medio discurrentes, et rota iu rota, et in singulis quatuor faciès. Unde et Apocalypsis Joannis, post expositiouem viginti quatuor seuiorum qui , tenon tes citharas et pliiûlas, adorabaut [al. adorant] Aguum Dei, iutroducit fulgura, et tonitrua, et sep- tem spiritus discurrentes, et mare viLreum, et quatuor animalia plena oculis , Apoc. iv et v, dicens : « Ani¬ mal priuium oimile leoui, et secundum siuiile vitulo, et tertimn simile bomiui, et quartum simile aquilæ volanti. » Et post paululum : « Plena erant, » inquit, « oculis, et requiem non babebant die ac nocte, di- centia : Sanctus, Sonctus , Sanctus Domiuus Deus omnipotens, qui erat, et qui est, et qui venturus est. » Apoc. îv, 7, 8. Quibus cunctis perspicue osten- ditur, quatuor tantum Evangelia debere suscipi, et (a) Edi ti legunt : Unde et Ecclesiastica narrai , etc. In aliquot mss. codicibus post vocem prorumpere, sequitur : ut Ecclesias- tioa narrai, etc. Alii retinent quod edidimus. Maut. — Continent! serio duo Palatini vetustiores mss. legunt, prorumpere ut Ecclesiastica narrai historia , Alii cum pridem vulgatis libris : Unde et Ecclesiastica-, etc. {Edit. Mign.) 329 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. Je suis assez étonné, cher Eusèbe, que devant promptement faire voile vers Rome , vous m’ayez demandé de vous servir, comme une provision de voyage, une brève exposition de saint Matthieu, et qu’avec peut de paroles, je vous en donne les sens profonds. Si vous vous souveniez de ma réponse, vous ne me deman¬ deriez point de vous donner en peu de jours ce qui demanderait des années. D’abord, s’il est difficile de lire tous ceux qui ont écrit sur l’ɬ vangile, il l’est encore beaucoup plus de faire un judicieux discernement de ce qui a été écrit de mieux. J’ai lu, je l'avoue, il y a plusieurs années, les vingt-cinq volumes d'Origène sur saint Matthieu, et tout autant de ses homélies, et une interprétation pressée et concise. J’ai, lu aussi les commentaires de Théophile, évêque de la ville d’Antioche, d’Hippolyte le martyr, de Théodore d’Héraclée, d’Àpolinairc de Laodi- cée et de Didyinc d’Alexandrie; ajoutez-y en¬ core les opuscules des latins Hilaire, Victoria Fortunatien; en ne glanant même que peu dans tout cela, on pourrait produire quelque chose de remarquable. Mais c’est en deux semaines, quand les fêtes de Pâques sont là, quand déjà omnes apocryphorum nænias mortuis magis liæretb cis, quam Eeclesiasticis vivis caneudas. Satisque miror («)> Euscbi dileclissime, cur Romam subito navigaturns, hanc tibi a' me quasi sitarciam clari vo- lueris, ut Matthæum breviter exponeus, verbis strin-, gerem, sensibus dilatarero. Simeminisses responsio- nis. meæ, numquam in paucis diebus rem annorum peteres. Primum enim difficile est omnes legere qui in Evangelia scripserunt. Deindc multo difficilius, adbibito judicio, quæ opftma sunt recipere. Legisse me f aie or ante annos pLUrimos in Matthæum Orige- nis viginti quinque volumina, et totidem ejus Homi- lias , commaticumque intevpretatiouis gémis ; et Thcopbili Antiocbenæ urbis episcopi Commentarios, Hippolyti qnoque murtyris, et Théo do ri Heracleotæ, Apollinarisque Laodiceni, ac Didymi ÀJexandrini ; et Latinorum, Hilarii, Victorini, Fortunatiani Opuscula, e quibus, etiamsi parva carperem , dignum aliquid memoria scriberetur. Attu, in du abus hebdomadibus, imminente jam Pascba, et spirantibus ventis, dictare le vent enfle vos voiles, que vous voulez que je prenne la plume. Où trouverons-nous le temps pour les copistes, pour les transcriptions, pour les corrections, pour mettre le tout au net, sur¬ tout quand vous n’ignorez pas que j'ai été si souffrant pendant trois mois et que je com¬ mence à me relever à peine? Puis-je accomplir en peu de temps un si grand ouvrage? Aussi, né¬ gligeant l’autorité des anciens que je n'ai le loisir ni de lire ni de suivre, j’ai rédigé briève¬ ment l’interprétation historique que vous m'a¬ viez principalement demandée. J'y ai mêlé de temps à autre, pour l’âme, quelques fleurs spi- tu elles, me réservant de perfectionner ce tra¬ vail plus tard. Si la vie m’est prolongée en¬ core , et qu’en nous revenant vous réalisiez votre promesse, je m’efforcerai d'ajouter cequ manque ; bien plus, après avoir jeté les fonde¬ ments, et construit en partie les murailles, je couronnai magnifiquement l'édifice, afin que vous voyez quelle différence il y a entre une téméraire improvisation et un écrit soigneuse¬ ment élaboré. Vous le savez assurément, et je rougirais de vous rendre témoin de mon men¬ songe, j'ai dicté le présent opuscule avec tant me cogis ; ut quando notarii excipiant, quando scri- bantur schedulæ, quando emendentur, quo spatio dîgerantur ad pururn (b), maxime cum scias me ita tribus mensibus languisse, ut vix nunc ingredi inci- piam , nec possim laboris magnitudinem brevitate temporis compeusare. Igitur, omissa auctoritate Veteruin, quos nec legendi nec sequendi milii facul- tas data est, historicam interpretationem, quam præ- cipue posfculasti, digessi breviter; et interdum spi- ritualis intelligentise flores miscui, perfectum opns reservans inposterum. Siautem inihi (c) vita longior fuerit, aut tu in redeundo tua promissa compleveris, tune uitar implero qnod rcliquum. est, immo jadis fundarnentis, et ex parte constructis parie tibus, pul- cherrimum culmen imponan), ut scias quid intersit inter subitam dictandi audaciam, et elucubratam scribcndi diligentiam. Certe nosti, et mendacii mei erubescerem te testem vocare, quod præsens opus- culum tanta celeritate dictaverim , ut aliéna magis legere, quam mea condere me putares. Nec hoc de (a) Kusebius istc Cremoncnsis est, cui ctiam in Jcrcmiam Commentarios dcdicavit nieronymus. Porro non fuit Hieronymo longior vita ad pcrficiendos Commentarios in Matthæum, uti se facturum speraverat, ncque scripsit in Canticum canticorum, quia ab his operjbus ægrotationc diulurna ne tandem morte ipsa exelusus est. Mm. (ô) Salis commoda duo Palatini mss. addunt, minime a tlendas . Cælerum hue sunt omnino referenda, quæ de ægra valeludinc, deque ipso Matthæi Conmn en târio paria liis ipse memorat Hicronymus in fine Epist. 73 ad Evangelium : « Ego, ait, post longam ægro- tationem vix in Quadragesima diebus febri carcre potui ; et, cum altcri me operi præpararcm, paucos dies qui supererant, in Matthæi expositione consunipsi ; tantaque aviditatc studia omissa repetivi, ut quod exercitationi linguæ profuit, nocuerit eorporis valetudini. » (c) Pênes Yictorium, VUa largior, id est, quæ non ægra subindc lahorct valetudine : placetque adeo magis hæc lectio. Nimirum Hieronymus viginti plus minus annos ab bac elucubratione in vivis superfuit ; satisque imperite notatum est Martîanæo, non fuisse in posterum, S. Doctori longiorcm viiam ad porficiendos Commentarios in Matthæum, uti se facturuni speraverat, neque scripsisse in Canticum canticorum, quia ab his operibus mgrotatione diulurna ac tandem morte ipsa exelusus fuerit. Liquet enim vero ex rerum nieronyminnarum série aliis eum de causis tam abistorecognoscendo, quam ab illo inehoando Commentario abslinuisse. (Edit. Mign . TOME IX. 34 530 SAINT JÉROME de célérité que je vous eusse paru plutôt lire le travail d’autrui que composer de moi-même. Ne pensez pas que je le dise par arrogance ou par trop de confiance en moi, c’est en vue de vous montrer combien je vous considère, ai¬ mant mieux m’exposer à la mésestime des sa¬ vants que de refuser quelque chose à votre pressante prière. De grâce donc, si ma parole manque d’art, si mon style n’est ni harmo¬ nieux ni cadencé, ne l’imputez qu’à la précipi¬ tation et non à l’ignorance. Quand vous serez à Rome, donnez-en un exemplaire à la vierge du Christ, Principia, qui m’a prié d’écrire sur le Cantique des cantiques; mais une longue ma' ladie m’en ayant empêché, je lui laisse l’espoir de l’écrire plus tard. Je vous en fais une con¬ dition, car si vous lui dérobez ce que j'ai écrit pour vous, elle, à son tour, pourra serrer dans sa bibliothèque ce qui aura été composé pour elle. LIVRE PREMIER « Livre de la Généalogie de Jésus-Christ. » Matth. i, d. Nous lisons dans Isaïe : « Qui ra¬ contera sa génération? » Isat lui, 8. N’allons pas croire que l’évangéliste soit en opposition avec le prophète, en sorte que l’un entreprenne de raconter ce que l’autre déclare impossible à dire. Là il est question de la génération divine et ici il s’agit de l’incarnation. Il a commencé par la chair, afin que par l’homme nous com¬ mencions à parler de Dieu. « Fils de David, fils d’Àbraham. Abraham engendra Isaac. Isaac engendra Jacob. Jacob engendra Juda et ses frères. » Ibid. 2. L’ordre est renversé, mais il était nécessaire de le chan¬ ger. S’il eût mentionné d’abord Abraham et ensuite David, il aurait dû reprendre à Abra¬ ham pour indiquer toute la suite des ancêtres. Voilà pourquoi il omet tous les autres pour arrogantia et fiducia ingeoii dictum putes, sed quod osfendere tibi cupiam quantum apud me valeas, qui périclitai! magis apud doctos voluerim, quam tibi sedule postulauti quidquam negare. Unde obsecro, ut si incomptior sermo est, et non solito lapsu fertur oratio, festiuationi hoc tribuas, non imperitiæ, et des cxempîaria, cum Romain veneris, Virgini Christi Prmcipiæ, quæ me rogavit, ut iu Canticum cantico- rum scriberem, a quo opéré exclusus ægrotalione diuturna, spem in futurum distuli; hac te lege con- stringens, ut si tu ei ad te scripta subtraxeris, ilia quoquc armariolo sibi postea scribenda concludat. LIBER PRIMUS. « Liber generationis Jesu Christi. » Matth. i, 1. In Isaia legimus : « Generationem ejus quis enarra- bit. » Izai . lui, 8. Non ergo putemus Evangelistam [Al. Evangelium ] prophetæ esse contrarium, ut quod ille impossibile dixit effatu, hic narrare incipiat ; quia ibi de generatione divinitatis, hic de incarua- tione est dictum. À carualibus autem ccepit, ut per hominem Deum dicere incipiamus. « Filii David, filii Abraham. Abraham genuit l’appeler fils de ceux-là seuls à qui en fut faite la promesse. A Abraham il fut dit : « Toutes les nations seront bénies dans votre race, » Genes. xxn, 18, c’est-à-dire dans le Christ; et à David : « J’établirai sur votre trône un fds issu de vous. » Ps. cxxxi, 1-1. « Juda engendra, deThamar, Pharès et Zara. Pharès engendra Esron. Esron engendra Àram. Àram engendra Àminadab, Àminadab engen¬ dra Naasson. » Ibid. 3. Il est à remarquer que, dans la généalogie du Sauveur, il n’est fait mention d’aucune sainte femme, mais de celles-là seulement que blâme l’Écriture, afin que celui qni était venu pour les pécheurs, en naissant de pécheurs, effaçât tous les pêchés. Aussi, dans les versets suivants, cite-t-on Ruth la moabite, et Bethsabée, épouse d’Urie. « Naasson engendra Salmon. Salmon engon- Isaac. Isaac autem gemiit Jacob. Jacob autem ge¬ nuit Judam et fVaLres ejus. » Ordo præposterus, sed uecessario commuiatus. Si enïin primum posuisset Abraham, et postea David, ruvsus ei repetendus fue- rat Abraham, ut generationis sériés texeretur. ldeô autem cæteris prætermissis, horum filium nimcupa- vit , quia ad lios tantum est facta de Christo repro- missio, ad Abraham : « In semine, » iuquit, « tuo beuediceutur omnes gentes, » Gen. xxn, 18, quod est Christus. Ad David : « De fructu ventris lui po- nam super sedem tuam. » Ps. cxxxi, 11. « Judas autem genuit Phares et Zaram de Tlia- mar. Phares autem genuit Esron. Esron autem genuit Àram. Aram autem genuit Aminadab. Ami- nadab autem genuit Naasson. » Ibid. 3. Notandum iu geuealogia Salvatoris nullam sanctarum assumi mulierum , sed eas quas Scriplura reprehendit, ut qui propter peccatores venerat , de peccatoribus nascens, omnium peccata deleret. Unde et in con- seqnentibus Ruth Moabitis ponitur, et Bethsabee uxor Uriæ. « Naasson autem genuit Salmon. Salmon autem genuit Booz de Rahab. Booz autem genuit Obed ex COMMENTAIRES SUR I/ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. dra Booz de Rahab. Booz engendra Obed de Ruth. Obed engendra Jesse. Jesse engendra David qui fut roi. Le roi David engendra Salo¬ mon de celle qui avait été l’épouse d'Urie. Sa¬ lomon engendra Roboam. Roboam engendra Abias. Abias engendra Asa. Asa engendra Jo- saphat. Josaphat engendra Jorara. » Ibid. 4 et seqq. Ce Naasson est ce prince de la tribu de Juda dont il est question dans les Nombres. Num. 1 et n. « Joram engendra Ozias. Ozias engendra Joathan. Joathan engendra Achaz. Achaz en¬ gendra Ezechias. Ezechias engendra Manassès. Manassès engendra Amon. Amon engendra Jo- sias. Josias engendra Jochonias et ses frères, vers la transmigration à Babylone. » Ibid. 8 et scqq . Dans le quatrième livre des Rois, Cap. m, vin et seqq , nous lisons que Joram engendra Ochozias, après la mort duquel Josabeth, fille du roi Joram et sœur d’Ochozias, enleva Joas, fils de son frère, et le déroba au massacre com¬ mandé par Atbalie. 11 eut pour successeur au trône son fils Amasias, après lequel régna son fils Azarias, qui est appelé aussi Ozias. A ce der¬ nier succéda Joathan, son fils. Vous voyez donc qu’au témoignage de l'histoire, il y a eu, dans l’intervalle, trois rois dont notre évangéliste ne fait point mention ; car Joram n’engendra pas Ozias, mais Ochozias, et ainsi des autres que nous avons énumérés. C’est parce que l’évan- Ruth. Obed auteui genuit Jesse. Jesse autem gê¬ nait David regem. David autem rex genuit Salomo- nem ex ea quæ fuit Uriæ. Salomon autem genuit Roboam. Roboam autem genuit Abiarn. Abia autem genuit Asa. Asa autem genuit Josaphat. Josaphat autem geuuit Joram. » Ibid. 4, et seqq. Iste est Naasson princeps tribus Judæ, sicut in Numéris legi- mus. Num. 1 et 11. « Joram autem genuit Oziam. Ozias autem genuit Joathan. Joathan autem genuit Achaz. Achaz autem genuit Ezechiam. Ezechias autem genuit Mannssen. Menasses autem genuit Amon. Amon autem genuit Josiam. Josias autem genuit Jechoniam et fratres ejus in trausmigratione Babylonis. » In quarto Re- gum volumine, Cap. 111 , viu et seqq , legimus de Joram Och oziam fuisse generatum, quo mortuo, Jo¬ sabeth fiiia regis Joram, soror Ochoziæ tulit Joas filium fratris sni, et eum iuternecioni, qu ne leur vient pas par un ange, mais par le Seigneur lui-même, pour que cela pût témoigner des mérites privilégiés de Joseph. Ils s’en retournent par un autre chemin, parce qu’ils devaient rester totalement étrangers à l’infidélité des Juifs. « Voilé, qu’un ange du Seigneur apparut A Joseph pendant son sommeil et lui dit : Lève- toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Egypte et reste-là jusqu’à ce que je te parle ; car il idcirco scribitur, quia est et ali a Bethleem in Gali- læa. Lege librum Jesu filii Nave. Jos, 19. Denique et in ipso testimonio, quod de Michææ prophetia sump- tum est, itahabelur « Et tu, Bethleem terra Juda. » Mich. v, 2. « Et apertis thesauris suis, obtulerunt ei mimera, aurum, thus et myrrliam. » Ibid. 11, Pulcherrine munerum sacramenta Juvencus presbyter uno ver- siculo comprebendit : Thus, aurum, myrrham, régi que, homimque, Dcoquc Dona ferunt. « Et responso accepto in soumis, ne redirent ad J-Ierodem, per aliam viam revers i sunt in regionem suam.» Ibid. 12 Qui muneraobtulerant Domino, con- sequenter responsum accipiunt. Responsum autem (quod Græce dicitur ^prjga-aoO^vTEç) non per ange-, lum fit, sed per ipsum (a) Dominum, ut meritorum Joseph privilegium démon straretur. Revertuntur autem per aliam viam, qniainfidelitali miscendi non eran.l Judæorum. (a) Ferme persuasum fuit ohm mihi, cubarc Aocum istum in mendo, et pro ipsum Dominum rescribi dchere uno verbo insomniimt, ut sensus ait, magos quideni per insomnium, S. vero Josephum responsum acccpisse per an gel uni. fîempc ut seeum ipse S. Hierony- mus constet, qui liane visionis prærogativam præ ilia, quæ magis fxieta est, S. Joscpbo tribuit, et prædicat, hac nimirum de causa, ut meritorum Joseph privilegium demonstraretur. Nam secus longe haberet, si magos dixit per ipsum Dominum , Josephum vero per angelum admonitum fuisse, cum Dei admonentis sequior esset conditio, contra qnam veritas clamât, et S. ipse Pater conceptis verbis con tendit. Qnamobrem errore factum antiquariorum videatur ob aliquam inter se verborum ipsum Dominum et insomnium simjlitudinem, quæ facile potuerit criticus non nemo divisim quasi duo verba aceipere, puta iu som , et nium, quæ cum per se iiihd significent, emendanda crediderit insom in ipsum i et nium in Dominum. Cætera enim et sacer textus Ieclioni insomnium fidem fa«it, et suffragatur rei veritag, denique ipsa Latinæ vocis proprietas ac vis, qua insomnium dicilur visio id quod postea aceidit portendens. Sed si mentem S. Doctoris probe ass«quimur, nihil esse quod hic loci emendemu3, r« paulo altius expensa constabit. Scntieb&t COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 539 arrivera qiTHérode cherchera l’enfant pour le faire mourir. Jos-eph, s’étant levé, prit l'enfant et sa mère pendant la nuit, et se retira en Egypte et il y resta jusqu'à la mort d'Hérode. » Ibid. 13, 14. Quand il prit l’enfant et sa mère pour passer en Egypte, c’était la nuit et pen¬ dant les ténèbres ; mais quand il revint dans la Judée, fut-ce la nuit et pendant leé ténèbres ? L’Évangile ne le marque point. « Afin que fût accomplie cette parole que le Seigneur a dite par le prophète : « J'ai appelé mon Fils de F Égypte. » Alors Hérode, voyant qu’il avait été trompépar les mages, entradansune grande co¬ lère, et il envoya tuer tous les enfants qui étaient dans Bethléem et dans tous ses environs, depuis deux ans et au-dessous, selon le temps dont il s’était enquis des Mages. »Ibid. 15, 16. Que ceux qui nient la vérité des livres hébreux disent en quel endroit des LXX on lit cela ; mais, comme ils ne l’y trouveront pas, nous leur dirons que cela est écrit dans le prophète Osée, comme nous l’attestent les exemplaires que nous en avons tout récemment publiés. Ce passage cFail- leurs.peut être établi d’une autre manière encore, et cela à l’occasion de ces esprits inquiets dont saint Paul déclare que ni lui ni l’Eglise n’aiment la mante querelleuse, I Cor. ii, et nous produi¬ sons le témoignage de Balaam au livre des Nombres : « Dieu l’a rappelé de l'Égypte, et sa gloire est comme celle de la licorne. » Num. xxm, 22. « Ce fut alors que s’accomplit la parole du prophète Jérémie, disant : Une voix a été en¬ tendue dans Rama, des pleurs et des gémisse¬ ments répétés ; c’était Rachel pleurant ses fils et ne voulant point se consoler parce qu'ils ne sont plus. Jerem. xxxi, 15. Hérode étant mort, voilà qu’un ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil, en Egypte, disant : Lève- toi, prends l’enfant et sa mère et va dans la terre d’Israël.» Id. 17 et seqq. De Rachel était né Benjamin, dans la tribu duquel ne se trouve pas Bethléem. Gen. xxxv. On demande donc pour¬ quoi Rachel pleure les enfants de Juda, c’est-à- « Eccc Angélus Domini apparuit in soumis Joseph, dicens : Surge et accipepuerum et matrem ejus, et fuge in Ægyptum ; et esto ibi usque duui dicam tibi. Fiitunuu est enim ut Herodes quærat puerum ad perdendum emn. Qui consurgens, accepit puerum et matrem ejus nocte, et secessit in Ægyptum; et erat ibi usque ad obitum Herodis. » Ibid. 15, 14. Quand o tollit [Al. tulit] puerum et matrem ejus, ut iu Ægyp¬ tum transeat, nocte tollit et tenebris ; quando vero revertitur in Judæam, uec uox, ucc tenebræ ponun- tur iu Evangelio. « Ut adimpleretur quod dicturn est a Domino per prophetam, diccntem : Ex Ægypto vocavi filium meum. Tuuc Herodes vident quoniam illusus esset a magis, iratus est valde ; et mittens, occidit omnes pueros qui eraut iu Bethleem, et iu omnibus fiuibus ejus, a birnatu et infra, secundum tempus quod exquisierat a magis. » Ibid-. 15, 16, Respondeant qui Hebræorum voluminum denegaut veritatem , ubi hoc in LXX legatur interpretibus. Quod cum non iuvenerint, uos eis dicemus irfOsee proplieta scrip- tum, Cap. 11, sicut et exemplaria probare possimt qurc uuper edidimus. Possumus autem locum istum et aliter {a) couciliare [Al. consolari ] propter couteu- tiosos, quorum consuetudinem Paulus apostolus haberc se deuegat, et Ecclesiàm Cliristi, 1 Cor. 11, et testimouium proferimus ex Numéris, dicente Ôa- laam : « Deus ex Ægypto vocavit emu ; gloria ejus sicut uuicornis, » Num. xxm, 22. « Tune adimpletum est quod dictum est per Jere- miam prophetam, diceutem : Vox in Rama audita est, ploratus et ululatus multus, Rachel ploransülios suos, et uoluit consolari, quia non sunt.» Jerem. xxxi. 15. « Defuncto autem Herode, ecceaugelus Domini ap¬ paruit in soumis Joseph inÆgyplo, dicens : Surge, et accipe puerum et matrem ejus, et vade in terram Israël. » Ibid. 17 et seqq. De Rachel natus est Ben¬ jamin, in cujus tribu uon est Bethleem. Genes. xxxv. Quæritur ergo quomodo Rachel filios Judæ, id est, Bethleem, quasi suos ploret? Respondebimus bre- viter, quia sepulta sit juxta Bethleem in Eplirata, et ex materno corpusculi liospitîo matris uomen acce- quippc ille, responsa quæ in somnis, ' ovap, hnbcrcnlur, quœ y û7)Œ[AOÙ; Græci vocant, per ipsum Deum ficri, et yp7]ap.ôv dici, quotics Deus per scipsum respondet. Passim liane ejus sententiam dignoscerc est in Commentariis in Prophctas, alque alibi ; nam et de Hieronymi ipsius nomine, utpote reconditioris doclrinæ placitum ab ipsis Græcis lcxicographis ad voeem yp7]ap.oç refertur. Sacer itaque textus hic ubi de Magis scrmo est, verbo utitur y prjefp.qjôsa), quod a y p/)ap.o; nomine derivatum, ejusdem plane est cum illo signiAcationis ; deque adeo ilia S. Patris Græcorumque doctrine factum intelligetur responsum per ipsum Domi- num ; et si per angelum saccr idem lextus factum Joscpho rcspotisum notât, cum utrumque tnmen xa? ôvao sivc in somnis tnm ipsi factum quam Magis deelaret, utrumque sanc divirutus, sivc per ipsum Dominum factum testatur ; in co autem plus haberc hono¬ ris ac laudLa istud Joscphi, quod ab ipso Domino prælcrca angélus mitütur ad denuntiandum, ut meritorum Joseph privilégiant dc- monst3'aretfUi\ Salva sententia, salve res est ; nec profccto temere injicicudæ sunt manus in S. Patris textum, quem libri omnos, mss. eeque atque edi t. qnot sunt, quotquc fuerc, pari consensu, quin et liturgici ipsi scriptorcsque omnes tuentur ac probant. (Edit. Miqn.) (a) Impcritissima hic Icctio est in libris editis, scilicct, Possumus autem locum istum et aliter consolari propten' contontiosos „ Lcgendum îlaquc, Possumus:. autem locum istum et aliter conciliax'c, vcl et aliter confirmare... et testimonium proferimus ex Nu¬ méris', etc.; u bique cnim legimus, in singulari, vocavi filium, sivc vocavi cum. et non ut habent LXX in plurnli, vocavi filios meos, Maut. 53rt SAINT JEROME dire de Bethléem, comme si c’étaient ses propres enfants ? Nous répondrons brièvement que Rachel avait été ensevelie prés de Bethléem, en Ephrata, et que c'est à cause de l’hospitalité même donnée à sa dépouille que ce lieu avait gardé le nom de la mère. Juda et Benjamin étaient deux tribus limitrophes, et Hérode ayant or¬ donné de tuer les enfants, non -seulement dans Bethléem, mais encore dans tous ses alentours, nous croyons qu'il en fut immolé, à cette occa¬ sion, un grand nombre et de Bethléem et de Ben¬ jamin. Elle pleure ses enfants et n'accepte point de consolation ; cela peut avoir un double sens, soit qu’elle les regarde comme à jamais perdus pour elle, soit qu’elle n’ait pas à être consolée au sujet de ceux qu'elle sait devoir revivre un jour. Quant au mot Rama, nous ne pensons point qu'il y ait un lieu de ce nom près de Gabaa, mais Rama veut dire élevé ; le sens est donc : une voix a été entendue bien haut, c'est- à-dire que ses gémissements ont retenti au loin et rempli l'espace. « Car ils sont morts ceux qui cherchaient la vie de l'enfant. » ïd. 20. Ce passage nous fait entendre que ce n'est pas seulement Ilérode, mais les prêtres et les scribes qui méditaient, en même temps, la perte du Seigneur. c< Lequel, se levant, prit l’enfant et sa mère et il vint dans la terre d’Israël. » Id. 21. Il n'a point dit, il prit son fils et son épouse, mais l’enfant et sa mère, parce qu’il est le nourricier, non le mari. « Mais ayant appris qu’Archélaüs régnait en périt. Sivo quoniam Juda et Benjamin duæ tribus junctæ erant, et Herodes prœceperat non solum in Bethleem interfici pueros, sed et in omnibus finibus ejus. Per occisionem [Al. occasionem] Bethleem intelligimus multos etiam de Benjamin fuisse cæsos. Plorat autem filios suos, et non recipit consolatio- nem, secundum duplicem intelligentiam : Sive quod cos in æternum raortuos æstimaret, sivc quod conso- lari se nollet de bis quos sciret esse victuros. Quod autem dicitur « in Rama » non putemus loci nornen esse juxta Gabaa, sed « rama excelsum » interpreta- tur, ut eit sensus : « Yox in excelso audita est, » id est, longe lateque dispersa. « Defuncti sunt enim qui quærebant aniinam pueri. » îbid. 20. Ex hoc loco inLelligimus non solum Herodem, sed et sacerdotes et scribas eodem tem- pore necem Domini fuisse meditatos. « Qui surgens accepit pnerum et matrem ejus, et venit in terrain Israël. » Ibid. 21. Non dixit, accepit filium suum et uxorern suarn, sed puerum et ma¬ trem ejus, quasi nutritius, non maritus. « Audiens autem quod Archelaus regnaret in Ju- Judée, à la place d'Hérode, son père, il appré¬ henda d’y aller, et, averti pendant son sommeil, il se relira dans le pays de la Galilée. » ïd. 22. Beaucoup ici font erreur par ignorance de l'his¬ toire. Ils croient que cet Hérode dont on an¬ nonce la mort, est celui par qui fut raillé lo Sauveur, au temps dosa passion ; or, cet Hérode qui, à cette occasion, se lia d’amitié avec Pilate, est le fils de celui-là et le frère d’Archêlaiis. C’est celui-ci que Tibère César exila à Lyon, ville des Gaules, et à qui succéda un autre Hérode, son frère. Lisez l’histoire de Josèphe. « Et étant donc venu, il habita une ville qui est appelée Nazareth, afin que s’accomplit ce qui a été dit par les prophètes. : J1 sera appelé Naza¬ réen. » Id. 23. Si l’évangéliste avait eu en vue un passage précis des Écritures, il n’eût point dit : par les prophètes ; il dirait simplement : comme il a été dit par le prophète. En parlant donc au pluriel, il indique qu’il prend non les paroles, mais le sens des Écritures. Nazaréen si¬ gnifie saint ; que le Seigneur doive être saint, c’est ce que rappelle toute l’Écriture. Nous pou¬ vons encore dire autrement et nous servir des termes mêmes dont, selon le texte hébreu, se sert Isaïe : « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et le Nazaréen s’élèvera de cette tige. » Isa. xi, « Faites penitence, car le royaume des cieux approche.» Matth. m, i . Jean-Baptiste le premier annonce le royaume des cieux, afin que le pré¬ curseur du Messie fût honoré de ce privilège. 44 « Si le sel perd sa vertu, avec quoi salera-t- on ? » Si le docteur se trompe, par quel autre docteur sera-t-il redressé? « Il n’est bon à plus rien qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes. » C’est un exemple tiré de l’agriculture. De même, en effet, que le sel sert pour assaisonner les aliments et pour sécher les viandes, de même n’a-t-il pas un autre usage. Ne lisons-nous pas dans l'Écriture que des conquérants , dans leur colère, avaient fait jeter du sel sur la place des villes rasées pour empêcher à jamais toute germination? Judith. îx. Que les docteurs donc et les évêques pren¬ nent garde et considèrent ; «que les puissants seront puissamment tourmentés ; » Sap. vi, 7 ; qu’il n’y a point de rêmèdo, mais que les ruines des grands conduisent aux enfers. « Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne peut être cachée, quand elle est placée sur une montagne; et on n’allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un chandelier, aün qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Qu’ainsi donc luise votre lumière devant les hommes, aûn qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Id . 14, 15, 16. Il ensei¬ gne qu’on doit avoir confiance en prêchant, pour que la crainte ne fasse point se cacher les apôtres et qu’ils ne soient comme des lumières sons le boisseau, mais qu’ils se montrent en « Vos estis sal terne. » Ibid. 13. Sal appellantur apostoli, quia per ilJos universuui hominum condi- tur genus. » Quod si sal evanuerit, in quo salietur. » Si doc- Lor erraverit, a quo alïo doctore emendahitur? h Ad nihilum valet ultra, nisi ut mittatur foras, et conculcetur ad ho minibus. » Exemplum de agricul- tura sumptuin est. Sal eteuim sicut in ciborum condiinentum, et ad siccandas carnes necessarium est, itn alium usum non habet. Certc legiuius in S cri p taris, urbes quasdam ira [Al. ita] victorum salé seminatas, ut nulluin in ipsis germen oriretur. Ju¬ dith. Gaveantergo doctores et episcopi, et videant: « Potentes potenter tormenta sustinerc, » Sap. vj, 7, nihilque esse remedii : sed majorum ruinas ad tar- tarum ducere. « Vos estis lux mundi. Non potestcivitas abscondi supra juontem posita; neque accendunt lucernam, et ponunt eam sub modio, sed super candelabrum, ut lnceat omnibus qui iu domo siint. Sic luceat lux vestra coram liominibus, ut videant opéra vestra bona, et glorificent patrem vestrum qui in cœlis est. » Ibid. 14 et seqq . Docet fiduciam prædicandi» no apostoli abscondantur ob metuin, et sint similes lucernœ sub modio, sed tota libertate se prodant, ut toute liberté et qu’ils annoncent sur les toits ce qu’ils ont entendu dans le secret. Matth. x, 27. « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je ne suis pas venu les abolir, mais les accomplir. » Id. 17. Soit qu’il ait accom¬ pli ce qui avait été prophétisé de lui par d’au¬ tres, soit qu’il ait complété, par sa prédication, ce qui avait été laissé incomplet et grossier à cause de la faiblesse même des auditeurs, Matth. y, c’est ainsi qu’il repousse toute colère, qu’il condamne la peine du talion, et la concupis¬ cence secrète du cœur. « Jusqu’à ce que le ciel et la terre passent. » Id. 18. Il nous est promis des cieux nouveaux et une terre nouvelle que doit faire le Seigneur. Si donc il doit être créé de nouvelles choses, c’est que les anciennes passeront. « Un seuliota ou un seul point delaloi ne passera pas que tout ne soit accompli. » Id. 18. Il mon¬ tre, par la comparaison d’une lettre, que ce qui semble de peu d’importance dans la loi se trouve rempli de significations spirituelles et que rien n’en est négligé dans l’Évangile. « Celui doue qui violera l’un de ces moindres commandements, et enseignera ainsi aux hom¬ mes, sera appelé très petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui fera et enseignera, celui- là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Car je vous dis que si votre justice n’est plus abondante que celle des scribes et des phari- quod audierunt in cubiculis pncdicent in toctis. Matth. x, 27. « Nolite putare quoniam veui solvero legem, au! prophetas. Non veui solvere, sed adimplere. » Ibid. 17. Sive qnod de se per alios prophetuta compleve- rit, sive quia oa quis ante propter infirmitatem audientium rudia et imperfecta fnerant, sua prædi- eatione complcverit, Matth. v, irarn tollens, ctvicem talionis excludens, et occultam in mente concupis¬ cent! a m. « Donec transeat cœlum et terra. » Ibid. 18. Pro- unittuntur nobis cœli novi, et terra nova, quae fac¬ turas est Dominus Deus. Si ergo nova creanda sunt, consequenter vetera transitura. Quod autem sequitur : « Iota unum, aut un us apex non præteribit a Lege, donec omnia fiant. » Ex figura litteræ osten- ditur, quod etiam quæ minima putantur in Loge, sacramentis spiritualibus plena sint, et omnia reca- pîtulentur in Evangclio. Oujus ergo eruditionis est, cujusque doctrinae, etiam diversa sacrificia, et quæ superstitiosa videntur, in vicLimis quotidie démons- trare compleri ? « Qui ergo solverit unum de mandatis istis mini- mis, et docuerit sic hommes, minimus vocabitur in COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 545 siens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point; car ceJui qui tuera sera passible de jugement. Mais moi, je vous dis. » Id. 49 et seqq. Ce passage fait suite au précédent, dans le¬ quel il avait dit : « Un seul iota ou un seul point de la loi ne passera pas que tout ne soit accompli. » 11 insinue donc à T adresse des pha¬ risiens, qui, peu soucieux des préceptes divins, prônaient leurs propres traditions, que leur doc¬ trine leur profite peu chez les peuples, pour peu quJils détruisent ce qui est prescrit dans la loi. Nous pouvons encore y voir ce sens, que malgré son érudition, le maître, sujet au moin¬ dre péché, descend de sa hauteur, et qu’il sert peu d’enseigner une justice qu’on désavoue par ses fautes, même les plus légères. La parfaite béatitude est de pratiquer ce que vous ensei¬ gnez. « Que celui qui s’irrite contre son frère sera soumis au jugement. » Id. 22. Dans quelques exemplaires, on ajoute « sans motif, » mais dans les vrais, c’est sans restriction aucune, et toute colère est entièrement réprouvée, l'Ecriture por¬ tant : « qui s’irrite contre son frère. » S’il nous est prescrit de présenter l’autre joue à celui qui nous frappe, d’aimer nos ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent, Luc. vi, c’est reguo cœlorum : qui autem fecerit et docuerit, liic magnus vocal) Un r iu regno cœlorum. Dico autem vobis, quia ni si abundaverit justitia vestra plus quam Scribarum et Pharisæorum, non intrabitis in regnum cœlorum. Audistis quiadictum est antiquis : Non occides ; Qni autem occident, reus erit judicio. Ego autem dico vobis. » Mail h. v, 19-21. Hoc capi- tuliun cuin superiori bæret testimonio, in quo dixe- rat : « Iota unum, aut unus apex non præteribit a Lege, donec omnia fiant. » Sugillat ergo Pharisæos, qui, contemptis mandatis Dei, statuebant proprias traditiones, quod non eis prosit doctriua in populis, si vel parvum, quod in Lege præceptum est, des- truaut. Possumus autem et aliter iutclligere, quod magistri cruditio, etiamsi parvo peccato obnoxius sit, deducat eum de gradu maximo, nec prosit docere justitiam, quam miiiima culpa destruit. Et beatitndo perfecta sit, quæ sermone docueris, opéré complere. « Quia omnis qui irascitur fratri suo, reus erit judicio. » Ibid. 22. In quibusdam codicibus addilur, « sine causa : » cæterum iu veris definita sententia est, et ira penitus t.ollitur, dicente Scriptura : « Qui irascitur fratri suo. » Si enim jubé mur verberanti qu’on écarte toute occasion de colère. Il faut donc effacer tout motif, parce que la colère de l’homme ne produit jamais la justice de Dieu. Jacob, i. <( Celui qui dira à son frère : Raca, sera sou¬ mis au conseil. » Cette expression est toute hé¬ braïque et veut dire vain ou vide, que nous pouvons rendre par l’injure vulgaire : sans cer¬ velle. Si nous devons rendre compte d’une pa¬ role oiseuse, quel compte h rendre d’uneinjure? Malach. xr. Mais il ajoute expressément : « Qui dira à son frère : Paca. » Nous n’avons de frère que celui qui a le même Père que nous. Puis¬ que donc il croit comme nous en Dieu, et qu’il connaît celui qui est la sagesse de Dieu, Jésus- Christ, I Cor. r, pourquoi lui infliger l'épithète de la folie ? « Mais celui qui lui dira : fou, sera soumis à la géhenne du feu. » Ce qui précède fait entendre, à son frère : « Qui dira à son frère : fou, sera soumis à la géhenne du feu; » dire à celui qui croit pareillement en Dieu : fou, n’est- ce pas manquer à la religion ? « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton don devant Tante} et va d’abord te réconcilier avec ton frère, et alors, revenant, tu offriras ton présent. » Ici. 23, 24. 11 n’a pas dit : Si tu as quelque chose contre ton frère, mais : si ton frère a quelque chose al te ram præbere maxillam, et inimicos nostros amu¬ re, et orare pro persequeutibus, Luc. vi , omnis iræ occasio tollitur. Radendum est ergo, « sin& causa, » quia ira viri justitiam Dei uou operatur. Jacob, i. » Qni autem dix erit fratri suo raca («), reus erit concilio. » Hoc verbum proprie Hehræorum est : raca euim dicitur xevôç, id est, « inanis » aut « vacuus; » quem nos possumus vulgata injuria, « absque cere- bro,» nuucupare. Si pro otioso sermone reddituri su- mus rationem, quauto magis de coutumelial Matth. xi. Sed et signanter additur : « Qni dixerit fratri suo : raca. » Frater enim noster nullus est, uisi qui cumdem nobiscum habet Patrcm. Cum ergo simili- lcr credat ia Deuin, et Ch ri s tu m Dei noverit sapien- tiam, I Cor. 7, qua ratione stultitiae elogio denotari potest? « Qui autem dixerit: fatue, rens eritgehennæ iguis.» ’At:o xotvou ex superioribus subauditur: « Qui dixerit fratri suo : fatuc, reus erit geliemiæ. » Qui enim ©que in Deum crcclenti dicit : fatuc, impius est in religione. « Si ergo ofïers uni nus tuum ad altare, et ibi re- cordatus fucris, quia frater Unis habet aliquid ad- versum te, rclinque ibi muuus tuum ante altare, et (a) S. Gregorius lib, xxi Moralium cap. 5 : Raca qidppe, iuquit, in Hebræo eloquio vox indigna» lis est; qux quideun animum irascentis os tendit t nec tamen plénum verbum iracitndix exprimit. TOME ÏX. 35 SAINT JÉROME S40 contre toi, afin que la nécessité de la réconcilia¬ tion nous paraisse plus impérieuse. Je ne sais donc si, avant que nous ayons pu fapaiser, nous pouvons offrir nos dons au Seigneur. « Accorde-toi au plus tôt avec ton adversaire pendant que tu chemines avec lui, de peur qu'il ne te livre au juge, et le juge au ministre, et que tu ne sois jeté en prison. En vérité, je te le dis, tu ne sortiras point de là que tu n’aies payé jusqu'au dernier quart d'un as. Vous avez en¬ tendu qu'il a été dit aux anciens : Tu ne com¬ mettra point d'adultère, mais moi, je vous dis, que quiconque. » Matth. 25 et seqq. Ce que dans nos exemplaires latins nous ex¬ primons par, d’accord, le grec le rend par bien¬ veillant ou favorable. De ce qui précède comme de ce qui suit, il résulte manifestement que notre Seigneur et Sauveur nous exhorte à nous tenir dans la concorde et la paix, durant tout le cours de notre pèlerinage en cette vie, selon cette pa¬ role de saint Paul : « Si cela se peut, autant qu'il est en vous, soyez en paix avec tous les hommes. » Rom. xir, 18. Dans le paragraphe précédent, il avait dit : « Si tu présentes ton of¬ frande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère à quelque chose contre toi, » et, cela dit, il ajoute à l'instant : <• Sois d'accord ou bienveillant avec ton adversaire, » et le reste. En poursuivant, il dira encore : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïs- vado prius réconciliai'! fratri tuo : et tune venions offeres ni un us tuum. » Ibid. 23, 24. Non dixit, si tu habes aliquid adversus fratrem tuum, sed si feater tuus habet aliquid adverÿuiu te, ut durior reconcilia- tionis tibi imponatur nécessitas. Quamdiu ilium pla- care non possumus, nescio an consequenter munera nostra offeramns Deo. « Esto consensiens adversario tuo cito , dum es cum eo in via; ne forte tradat te adversarius judici, et judex tradat te ministro, et in carcerem mittaris. Amen dico tibi, non exies inde, douée reddas novis- simum quadrantem.Audistisquiadictum est antiquis : Non mcechaberis. Ego autem dico vobis, quia otn- nis. » Matth. v, 25. Pro eo quod nos habemus in Latinis codicibus^ « consentons, » in Grcecis scriptum est Euvowv, quod inlerpretatur « benevolus, » aut « benignus. » Ex præcedentibus autem et conse- quentibus manifestus estsensus, quod nos Dominus atque Salvator noster, dum in is tins sæculi via cur- rimus, ad pacem et ad concordiam cohortetur, juxta Apostolum, dicentem : « Si fieri potest, quantum ex vobis est, cum omnibus hominibns pacem habentes.» Rom. xn, 18. Nam et in præcedenti capitulo dixerat : « Si offers ni un us tuum ad al tare , et ibi record alu s fuerie, quia frater tuus habet aliquid adversum te, » sent, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient. » Bien que cela soit ma¬ nifeste et le sens si logique, il n'y en a pas peu qui croient que c'est dit de la chair et de l’âme ou de l’âme et de l’esprit ; ce qui ne peut être absolument; car, ou il faudra jeter la chair en prison si l'âme n’est point d’accord, quand il fau-- cirait y jeter Tune et l’autre, puisque la chair ne peut jamais faire que ce que commande l’esprit, . ou il faut que l'Esprit-Saint, qui habite en nous, livre au juge soit la chair soit l’âme en révolte, quand il est lui-môme le juge. D’autres, d’après ce texte de l’épître de Pierre: «Votre adversaire, le démon, comme un lion rugissantrôde autour,» Petr. v, 8, et ce qui suit, voient dans l’adver¬ saire, le démon, et veulent qu’il nous est pres¬ crit par le Sauveur que, pendant qu’il est en notre pouvoir, nous soyons bienveillants pour le diable, -l’ennemi et le vengeur, et nous t⬠chions de ne lui point occasionner plus de tour¬ ments. Comme c’est lui qui excite et éveille nos passions, quand nous péchons, même le voulant bien, en acquiesçant à ses suggestions coupa¬ bles, il sera tourmenté à notre occasion. Aussi ils disent que tout fidèle est bienveillant pour son adversaire, s’il évite de lui ménager des supplices. D’autres, pressant les sens plus encore, prétendent qu’au baptême chacun fait un pacte avec le diable, et dit : Je renonce â toi, Sa¬ tan, à ta pompe, à les vices, et à ton monde, et hoc hnito, statim iafert : « Esto consentons » aut « benignus adversario tuo, u et reliqua. Et in consc- quentibus jubet : « Diligite iniuiicos vestros : bene- facite bis qui oderunt vos, et orate pro persequenti- bus et calumniantibus vos. » Cum hæc manifesta sit [al. sint ] et consequens intelligentia , plerique arbi- trantur de carne dictum et anima, vel de anima et spiritu : quod penitus non stat, Quomodo enim aut caro mittenda erit in carcerem, si anima non consen- serit; cnm et anima et caro pari ter recludendæ sint, nec quidquam possit caro facere nisi quod animus imperarit, aut Spiritus sanclus habitans in nobis vel carnem vel animam répugnantes judici tradere, cum ipse sit juclex. Alii juxta Epistolam Pétri dicentis ; « Adversarius vesler diabolns quasi leo rugiens cir¬ cuit, » 1 P et. v, 8, et reliqua, advevsarium diabolum interpretantur, et voluut a Salvatore præcipi, ut dum iu potestate nostra est, simus benevoli erga diabo¬ lum, qui est inimicus et ultor, nec faciamns eum pcenas sustinere pro uobis. Cum ouim ipse vitiorum iucentiva suppeditet, et nobis etiam voluntate pec- cantibus, si consenserimus ei vitia suggerenti, pro nobis quoque esse torquendum. Et dicunt benevolum esse unumquemque sanctorum adversario suo, si eum non faciat pro se sustinere tormenta. Quidam 547 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. qui est tout entier sous l'empire dii mal. Uoan. v, 19. Si donc nous tenons ce pacte, nous som¬ mes bienveillants et d'accord avec notre adver- versaire, et jamais nous ne devons êtrejetés en prison; au contraire, si nous transgressons en quelque chose la promesse faite au diable, nous serons livrés au juge, à son ministre, puis jeté en prison, et nous n’en sortirons point avant d'avoir payé jusqu’au dernier quart. Le quart est une espèce de monnaie qui a deux as. Voilà pourquoi, dans un évangile, nous lisons qu’une pauvre femme veuve a déposé dans le bassin un quart, Marc, xu, et dans un autre nous lisons : deux as. Luc. xxi. Ce n'est point désaccord dans les évangiles, mais c'est que le quart vaut deux pièces d'une plus petite monnaie. Ce qu’il veut donc dire : c’est que tu ne sortiras pas de pri¬ son avant d'avoir expié jusqu'aux plus petits péchés. a Quiconque aura regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère dans son cœur. » Id. 28. Entre la passion et la propension, il y a cette différence que la passion est re¬ gardée comme un vice, tandis que la propen¬ sion, quoiqu'elle contienne un commencement de faute, n’est point taxée de crime. Celui donc qui, voyant une femme, sent son Ame sollicitée, se trouve sous l’action de la propension. S'il coactius disserunt, in Baptismate singulos ptictum inire cum diabolo, et dicere : Rcmmtio tibi, diabole, et pornpæ tuæ, et vitiis tuis, et rnundo tuo, qui in maligno positus est. I Joan. v, 19. Si ergo servavé- rimus pactum, benevoli et consentientes sumus ad- versario nostro, et nequaquam ( a ) in carcerem reclu- dendi. Sin vero quidquam trangressi fuerimus eorum quæ diabolo spoponderamus , trademur judici ac ministro, et mittemur in carcerem, et non exibimus ex eo , douée reddamus novissimum (|uadrantem. Quadrans gémis est ntmimi, qui h abc t duo minuta. Undc et in alio Evangelio, mulier ilia pan per et vidua dicitur misisse quadrantem incovbonam, Marc, xu, et in alio, duo minuta. Luc. xxt. Non quod dissonent Evangelia, sed qnod unus quadrans duos minutos nummos liabent. Hoc est ergo quod dicit : Non egrc- dieris de carccrc, donec ctiam minima peccata per- solvas. « Qui viderit mulierem ad concupiscendum eam, jam mœchatus est eam in corde suo. » Ibid. 28. Inter TiaOoç et Kpoîcateiav, id est, inter « passionem , » et « propassionem, » hoc inlercst, quod passio reputa- tur in vitium : propassio, licet initii [al. vitii] culpaui habeat, tamen non tenetur in criminc. Ergo qui vi¬ dent mulierem, et anima cjus fuerit titillata , hic consent alors et que de la pensée il passe à l'af¬ fection, selon qu’il est écrit par David : « Ils en sont venus à l’affection du cœur, » Ps. lxxii, 7, c’est que de la propension il est passé à la pas¬ sion, et ce n'est plus la volonté de pécher qui lui manque, mais l’occasion. Quiconque donc aura regardé une femme avec convoitise, c’est- à-dire l’aura regardée pour la convoiter et la posséder, celui-là est considéré,, avec raison, comme ayant déjà commis l’adultère dans son cœur. « Que si ton œil droit te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il vaut mieux pour toi qu’un de tes membres périsse, que si tout ton corps était jeté dans la géhenne. Et si ta main droite te scandalise, coupe-la et jette-la loin de toi, car il vaut mieux pour toi qu’un de tes membres périsse, que si tout ton corps était jeté dans la géhenne. » Matth. v, 29. 11 vient de parler delà convoitise, c’est bien judicieusement que maintenant il appelle œil la pensée et ce sens capricieux qui va d’un objet à l’autre. Par la droite et les autres parties du corps, il désigne les commencements de la volonté et de l’affec¬ tion ; c’est ce que l’esprit a conçu que nous met¬ tons en œuvre. Prenons donc garde que ce que nous avons de meilleur en nous ne tombe aisé¬ ment dans le mal. Si Tœil droit, en effet, et la main propassionc percussus est. Si vero consenserit, et de cogitatione affectum fecerit , sicut scriptum est iu David : « Transierunt in affectum cordis, » Psalm. izxi i, 7, de propassione transivit ad passjo- nem, et liuic non voluntas peccandi deest, sed occa- sio. Quicumque igitur viderit mulierem ad concupi¬ scendum, id est, si aspexerit ut coucupiscat, ut facere disponat , istc recte dicitur eam mœchari in corde suo. « Quod si oculus tuus dexter scandalizat te, erue eum, et projicc abs te. Expedit cnim tibi, ut pereat unum mombrorum tuorunqquam to tu m corpus tu um uii t ta tu r in gehennam. Et si dextera manus tua scandalizat te, nbscinde eam, et projice abs te. Ex¬ pedit enim tibi ut perçât unum membrorum tuorum, quam totum corpus tuum mittatur in gehennam. » Ibid. 29, 30. Quia supra de coucupisccntia mulieris dixerat, recte mme cogitatiouem et sensumin diversa volitantem, « oculum » nuncupavit. Per des tram autem et cæteras corporis partes, voluntatis et afîec- tus initia demonstrantur, utquod mente concipimus, opéré complcamus. Cavendum est igitur, ne quod in nobis optimum est, cito labatur in vitium. Si enim dexter oculus et dextera manus scandai izant, quanto magis ea quæ in nobis sinistra suntl Si enim anima (a) Ex hoc loco arguendus imperitus Joanncs Clericus, qui putabat Hicronymum nou uti jsolitum voce recludere. sensu claudendi Supra ctiam dicitur, quod anima et caro pariler recludendæ sint. Yidcsis JDefensioncm nostram crudilionis Hicronymianæ. Mart, 548 SAINT JEROME droite nous scandalisent, combien plus nous scandalisera ce qu’il y a en nous de pervers 1 Si l'àme tombe, combien plus tombera ce corps si enclin au péché I Autre sens : Dans l’œil droit et la main droite serait désigné l’attachement des frères, des epoux, des enfants, des parents et des proches, en ce sens que s'ils nous parais¬ sent des obstacles pour arriver a contempler la vraie lumière, nous devons nous en séparer, de peur qu’en voulant les gagner au bien, nous nous perdions éternellement nous-mêmes. Voilà pourquoi il est dit du grand-prêtre dont l’àme est consacrée au culte de Dieu : * line se souil¬ lera à l’occasion ni de son père, ni de sa mère, ni de son fils ; » Lev. xxi, M ; c’est-à-dire, il ne sentira en lui d’autre attachement que pour celui au culte duquel il est voué. « 11 a été dit aussi : Quiconque renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Et moi je vous dis que quiconque renvoie sa femme hors le cas d’adultère, la rend adultère, et quiconque épouse une femme renvoyée de¬ vient adultère. Vous avez encore entendu dire qu’il a été dit aux anciens :Tu ne te parjureras point, mais tu tiendras au Seigneur tes ser¬ in ont s.» Ma WA. v, 3 1-33. Dans la suite, le Seigneur expose plus complètement que Moïse a prescrit de donner l’acte de répudiation à cause de la dureté du cœur des maris, n’approuvant nulle¬ ment la séparation, mais voulant empêcher un labitur, quanto plus corpus quod ad peccata procli- vius cstl Aliter : In dextero oculo, et in dextera mauu, frntrum, uxorum, et liberorum, atque affmium et propinquorum monstratur affectus , quos si ad contemplandam veram lucem nobis impedimento esse cernimus , debemus tnmoaro itiusmodi porLio- nes, ne dum vol um us lu cri cæteros facere, i psi in æternum pereamus. XJnde dicitur et de sacerdote magno, cujus anima Dei cultui dedicataest: « Super pâtre et matre et filiis non polluetur, » Levit. xxi, il, id csl, nulluni affectum sciet, nisi ejus , cujus cultui dedicaLus est. « Dictum estautem: Quicumque dimiserituxorcm suam, det ei libellum repudii. Ego autem dico vobis : quia ornais qui dimiserit uxorcm suam , excepta fornicationis causa, facit eam mœchari ; et qui d inus- sam duxerit, adultérât. ïlerum audistis, quia dictum est antiquis : Non perjurabis, reddes autem Domino juramenta tua. » Matth . v, 31-33. In posteriori parte locum isl’um pleuius Snlvntor exponit, quocl Moses libellum repudii dari jusserit propter duritiam cordis maritorum, non dissidium concedens, sed auferens homicidium. Dent. xxiv. Multo enim melius est, licet meurtre. Deut. xxiv. Mieux vaut en effet en venir à la désunion, quoique déplorable, qu'à la haine et l’effusion du sang. « Et moi je vous dis de ne jurer en aucune fa¬ çon, ni parle ciel, parce que c’est le trône de Dieu; ni par la terre, parce que c’est l’escabeau de ses pieds; ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, parce que tu ne peux rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre langage soit : oui, oui; non, non ; car ce qui est déplus vient du mal. » Matth. v, 34 et seqq. Les Juifs sont connus pour avoir toujours eu cette détestable habitude de jurer par les élé¬ ments, et les prophètes les blâment fréquem¬ ment dans leurs discours. » Isa. lxv. Celui qui jure, vénère ou aime celui par lequel il jure, il est prescrit dans la loi de ne jurer que par le Sei¬ gneur notre Dieu. Les Juifs, en jurant donc par les anges, par la ville de Jérusalem, le temple et les éléments, rendaient à ces créatures et aux choses matérielles l’honneur et l’hommage dus à Dieu. Remarquez de plus que le Sauveur ne défend point, ici, de jurer par Dieu, mais de jurer par le ciel et la terre, et Jérusalem et notre tète. Cotte concession, laloi la leur faisait, comme on en fait aux petits enfants, et de même qu’ils pouvaient immoler des victimes à Dieu pour qu’ils n’en offrissent point aux idoles. Ainsi, il leur était permis de jurer par Dieu, non que ce lugubrem, eveuire cliscordiam, quam per odium san¬ guine m fundi. « Ego autem dico vobis, non jurare omnino; ne- que per ccelum , quia Ihronus Dei est; neque per terrain, quia scabellnm est pedum ejus ; neque per Jcrosolymam, quia civitas est magni regis. Neque per caput tuum juraveris ; quia non potes unum capillum album facere, aut nigrum. Sit autem sermo vesLer, est est, non non ; quod autem bis abundantius est, a malo esL. » Matth . v, 34. Hanc per elementa jurandi pessimam consuetudinem semper habuere Judæi noscuntur, sicut propbetalis eos fréquenter argnit sermo. Isai. lxv. Qui jurât, aut veneratur, aut diligit eum, per quetu jurât. In lege præceptum est, ut non juremus, niai per Dominum Deum no3- trum . Deut. vx et vu. Judæi (a) per angclos, et urbem Jérusalem, et Lemplum, et elementa jurantes, crea- turas resque carnalcs venerabantur honore, et obse- Cfuio Dei. Dcnique considéra quod hic Salvator non per Deum jurare proliibnerit ; sed per cœlum:, et terrain, et Jerosolymam, et per caput Luum. Et hoc quasi parvulis fuerat lege concessum, ut quomodo victimas immolabant Deo, ne eas idolis immolarent : (a) Accédât fidejussor S. Hihirius in hune locmn : elementorum nominibus Jiulxis erat religio jurare, et cœli et terræ , et Jérusalem, sed et capilis sui, quibus in contumeliam Dei saeramento vénérai ionem deferebant. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. fi\t bien, mais parce qu’il était mieux de rendre hommage à Dieu qu’aux démons. Quant à l’Evangile de vérité, il repousse ie serment, car toute parole véridique vaut un serment. « Vous avez entendu qu’il a été dit : OEil pour œil et dent pour dent, et moi je vous dis de ne point résister aux mauvais traitements. nid. 38. Celui qui dit : œil pour œil, ne veut point qu’on enlève l’autre, mais qu’on les garde tous deux. Notre Seigneur enlève toute alternative et ôte tout commencement de péché. Dans la loi, c'est la punition; dans l’Evangile, le pardon; là, on châtie la faute; ici, on la prévient. « Mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente- lui encore l’autre. Et à celui qui veut t’appe¬ ler en justice pour t'enlever ta tunique, aban¬ donne lui encore ton manteau. Et quiconque te contraindra de faire avec lui mille pas, fais-en deux autres mille. » Maith. y, 39. L’enfant de l’Église est appelé l’imitateur de celui qui dit : » Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Maith . xr, 29. Et cette leçon il la confirme quand, frappé sur la joue : « Si j’ai mal parlé, dit-il, prouvez que j’ai mal dit; si c’est le contraire, pourquoi me frappez vous? y Joan. xvm, 23. C'est ainsi que parlait aussi Da¬ vid dans un psaume : « Ai-je rendu le mal à ceux qui m’en faisaient. »Ps. vu, 5. Et Jérémie également dans ses lamentations : « il est bon à l’homme d’avoir porté le joug dès sa jeunesse. 11 tendra la joue à. celui qui le frappera; il sera sic et jurarc permitterentor in Deum : non quod recte hoc facerent, sed quod melius esset Deo id exhibere, quaui dæinonibus. Evungelica autem ve¬ ritas non recipit juramentum, cum omnis senuo fidelis pro jurejurando sit. « Audistis quia dicturn e^t : OcuUnn pro oculo, dentem pro dente. Ego autem dico vobis, non résis¬ ter e malo. » Ibid, 38. Qui dicit oculum pro oculo, non alterum vult anferre, sed utruniquc servare. Dominns noster vicissitudinem tollens, truncafc initia peccatorum. Et i-u Lege retribntio est, in Evangelio gratia. ïbi culpa cmendatur, hic peccatorum aufe- runtnr exordia. « Sed si quis te perçussent in dexteram maxillam tuam, et præbe illi et alteram. Et ci qui vnlttecum in judicio contendcre, et timicam tnam tollere, di- mitte ei et pallium. Et quLcumquc te angariaverit mille passus , vade cnm Ulo et alia duo. » Ibid. 30. Ecclesiasticus vir descrihitur imitator ejns qui dicit. : « Discite a me, quia milis sum, et humilia corde. » Infra 20. Et pollicitatiouem snam, perçus su s alapa, comprobat. « Si male locutus sum, argue de malo ; sin autem bene, quid me cœdis. » Joan. xviu, 23’ Taie cpaid et David loquebatur in Psalmo : « Si red- 549 rassasié d’opprobres. » Thren. m, 27, 30. Qu’ils voient par là ceux qui pensent qu’autre est le Dieu de la Loi et autre celui de l’Evangile, qu’ici comme là on prêche la douceur. Au sens mystique, entendons que lorsqu’on nons frappe sur la droite, il ne faut point présenter la gau¬ che, mais il est dit : l’autre, c'est-à-dire l’autre droite; le juste, en effet, n’a pas de gauche. Si, dans la discussion, l’hérétique nous frappe, et veut porter atteinte à un dogme, qu’il lui soit opposé un autre témoignage de l’Ecriture, et qu’à tous ses coups soient opposées nos vérités divines jusqu’à ce que tombe sa colère épuisée. « Donne à qui te demande et ne te détourne point de celui qui veut t'emprunter. Vous avez entendu qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.» Maith. v, 42, 43. Si nous l’entendons uniquement de l'aumône, ceci ne peut point s’appliquer àla plupart des pauvres^ et si les riches donnaient sans cesse, ils n’au¬ raient point pour donner toujours. En dehors donc du bien de l’aumône, il donne aux apôtres ou aux docteurs le précepte de départir gratui¬ tement ce qu’ils ont reçu gratuitement. Maith. x. Ce genre de richesse ne manque jamais et plus on la répand, plus on la voit s'accroître, et ce n’est pas quand elle baigne les champs au- dessous d’elle que la fontaine voit tarir son onde. « Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez didi retribuentibus rnibi rntda. » Psalm . vu, 5. Et Je- remias in Lamenlationibus : « Bomim est bomini cum portaverit [al. sederit ah, etc.] jugum ab ado¬ lescente sua. Dabit persecutienli se maxillam; sa- turabitur opprobriis.» Thren. ni. 27, 30. Hoc adversum cos qui puiant alterum Deum Legis, alterum Evau- gelii; quod et ibi, et hic mansuetudo dooeatur. Se¬ cond um mysticos iutellectus : perçu ssa dextera nos- tra non jubeinur sinistram præbcre, sed alteram, hoc est, alteram dextram. Justus enim sinistiaui non babel. Si nos hærelicus in disputatione perçus¬ sent, et dextrum dogma voUierit vulncrave , oppo- natur ei ahud de Script uri s tes tim onium, et tamdin verberaati succcdentcs sibi dexteras prafbeaums . douce iuimici ira lassescat. « Qui petit a te, da ci, et volenti muluari a le, ne aver taris. Audistis quia dicturn est : Diiigcs proxi- uium lunm, et odio babebis inimiemu tmun . » Maith. x, 42,43. Si de elcemosyna tautum dicturn iutcîÜgimus, iu plerisquc pauperibus hoc stare non potest. Sed et divites si semper dederint, semper darc non poternnt. Post bommi ergo eleemosynæ apostolis, id est, doctoribus prœcepta tribnunLur, ul qui gratis acceperuut, gratia tribuaut. Islatth . x. 550 SAINT JEROME pour ceux qui vous persécutent et vous calom¬ nient. » Id. 44. Il y en a beaucoup qui mesu¬ rant les commandements de Dieu à leur propre faiblesse et non à la vertu des saints, en esti¬ ment l’observation impossible et disent qu’il suffit à la vertu de ne point haïr leurs ennemis, et que commander de les aimer c'est prescrire plus que ne peut la nature. Qu’on sache que le Christ veut non des choses impossibles mais des choses parfaites ; c’cst ce que fît David à l’é¬ gard de Saül et d’Absalon.IRe#. xxrvet xxvi ; n, Reg . xvm. Le martyr Etienne pria aussi pour ses ennemis qui le lapidaient ; Aci. vu ; et Paul souhaita d’être anathème pour ses persécuteurs. Rom. îx. Tout cela, Jésus l’a enseigné et fait en disant : « Mon Père , pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » Luc. xxru, 34. « Afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et pleu¬ voir sur les justes et les injustes. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous? Les publicains ne le font-ils pas aussi ? Et si vous saluez vos frères seulement, que fai tes- vous de surcroît ? Les païens ne le font-ils pas aussi? Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Matth. 45 et seqq . Si c’est en gardant les préceptes de Dieu qu’on Istius modi pccunia numquam déficit ; sed quanto plus data fuerit, tanto amplius duplicatur. Et cum subjeota sibi avva riget , numquam , fontis unda siccatur. « Ego autem dico vobis, diligite mirai cos vestros, benefacite bis qui oclerunt vos, et orate pro perse- quentibus et calumniantibus vos . » Matth. v, 44 . Multi præcepta Dei imbeciilitate sua , non sanctorum viribus æsfciraantes, putant esse impossibilia quæ præcepta sunt, et dicunt sufficerc virtutibus, non odisse inimicos : cæterura diligere plus præcipi, quam lmmana natura patiatur. Sciendum est ergo Cliristum non impossibilia præcipere, sed perfecta : quæ fecit David in Saul et in Absalou. I Reg, xxiv et xxvi, et II Reg. xvm. Stephanus quoque martyr pro inimicis îlapidantibus deprecatus est. Aci. vu. Et Paulus auatlicma cupit esse pro persecutoribus suis. Rom . ix. Hæc autem Jésus et docuit et fecit, dicens : « Pater, ignosce illis : quod enim faciunt, nesciunt.» Luc. xxui, 34. « Ut sitis filii Patris vestri qui in cœlis est ; qui solum suum oriri facit super bonos et malos, et pluit super justos et injustos. Si enim diligitis eos qui vos diligunt, quam mercedem liabebitis ? Nonne et publicani hoc faciunt? Et si salutaveritis fratres ves¬ tros tantum, quid amplius facitis? Nonne et ethnici hoc faciunt? Estote ergo vos perfecti, sicut et Pater vesfccr ccelestis perfectus est , » Matth. v, 45. Si Dei devient enfant de Dieu, on ne l’est donc point par nature, mais, par sa volonté. a Prenez garde à ne pas faire votre justice devant les hommes, pour être vus d’eux; au¬ trement, vous n’aurez point de récompense do votre Père qui est dans les cieux. « Matth. yi, l. Celui qui, on faisant l’aumône, sonne de la trom¬ pette , est un hypocrite. Celui qui, quand il jeûne, décompose .son visage pour qu’on voie sur ses traits la faim de son estomac, celui-là aussi est un hypocrite; Celui qui prie dans les synagogues et au coin de grandes rues pour être vu des hommes est un hypocrite. De tout cela, concluez que c’est être hypocrite que de faire quoi que ce soit, en vue d’ètrc glorifié par les hommes. Il me semble aussi que celui qui dit à son frère: «Laisse-moi enlever la paille de ton œil, » Matth. vu, 4, le fait aussi dans une vue d’orgueil, afin de paraître juste lui-mème. Voilà pourquoi il lui est dit par le Seigneur : « Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil. » Ainsi, ce n’est pas la vertu, mais le motif de la vertu qui recevra de Dieu sa récompense. Si donc vous déviez de votre route, il importe peu que vous tourniez à droite ou à gauche, quand vous n’ètes plus dans le vrai chemin. « Pour toi quand, tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite præcepta custodiens, films quis efficitur Dei : ergo non est natura films, sed arbitrio suo. « Attendite ne justitiain vestram faciatis coram homiuibus, ut videamini ab eis : alioquin mercedem non habebitis apud Patrem vestrum qui in cœlis est. » Matth. vï, 1. Qui tuba canit, eleemosynam fa- ciens, hypocrita est. Qui jejunans demolitur faciem suam, ut venlris inanitatera raonstret in vultu, et hic hypocrita est. Qui in synagogis et in angulis platearum oral, ut videatur ab hominibus, hypocrita est. Ex quibus omnibus cobigitur hypocritas esse, qui quodlibet faciunt, ut ab hominibus glorificentur [AL honorificentu)' j. Milii videtur et ille qui dicit fratri suo : « Dimitte ut tollam festucam de oculo tuo, » Matth. vu, 4, pr opter gloriam hoc facere, ut ipse justus esse videatur. Un de dicitur ei a Domi¬ no : « Hypocrita, ejice prumun trabem de oculo tuo. » Nou itaque virtus, sed causa virtutis apud Deum mercedem habet. Etsi a recta via paululum declinavcris, non interest utrum ad dexteram vadas, an ad sinistram, cum verum i ter amiseris. « Te autem faciente eleemosynam, nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua, ut sit eleemosyna tua in abscondifco : et pater tuus qui videt in abscondi- to, reddel tibi. Et cum oratis, non eritis sicut hypo- critæ, qui amant in synagogis, et in angulis platea- runi s tantes orare, ut videantur ab hominibus. » Matth. vr, 3, 4. Non solum eleemosynam, sed quod- COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 55i afin que tou aumône soit dans le secret; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. Et lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment à prier debout dans les synagogues et au coin des grandes rues, afin d’être vus des hommes.» JM 3, 4. Votre gauche doit Ignorer non pas seulement votre aumône, mais tout ce que vous ferez de bien. Si elle en est instruite, aussitôt les œuvres de votre droite sont entachées. « En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. » Non la récompense de Dieu, mais la leur; ils sont en effet loués par les hommes en vue desquels ils ont pratiqué leurs vertus. « Mais toi, quand tu pries, entre dans ta cham¬ bre, et, la porte fermée, prie ton Père en secret; ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.» ïd . 6. Ceci entendu simplement enseigne à l’audi¬ teur de fuir la vaine gloire de la prière. Mais il me semble qu'il nous est beaucoup plus indi¬ qué de prier dans notre cime et de parler au Seigneur sans mouvement de lèvres; c’est ainsi qu’Anne a prié, lisons-nous, au livre des rois : « À peine elle remuait ses lèvres. » I Reg. i, 13. « Or, priant, ne parlez pas beaucoup comme le fontles païens ; ils s’imaginent qu’a force de pa¬ roles, ils seront exaucés. Ne leur ressemblez donc pas. » JM 7. Si donc le païen parle beaucoup en priant, celui qui est chrétien doit parler peu. » Ce n’est point les paroles, c'est le cœur que Dieu écoute. » Sap. i, 6. cumque feceritis boni operis, debet siuistra nescire ; si euim ilia scierit, statim dextera; opéra commacu- lantor. « Amen dico vobis, receperunt mercedem suam. » Non Dei mercedem, sed suam. Laudati sunt enim ab bominibus, quorum causa cxercuere virtutes. « Tu autem cum oraveris, intra in cubicuhmi tuiun : et clauso ostio, ora Patrem tuum in abscon- dito, et Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi.» Matth. yi, 6. Iïoc simpliciter intellectuel, érudit auditorem, ut vanam orandi gloriam fugiat. Sed mihi videtur hoc magis esse prœceptum, ut inclusa pectoris cogitatione, labiisque compressé oremus Dominum, quod et Annam in Regum volumiue fe- cisse legimus : « Labia, » inquit, « ejus tantum mo- vebantur. » 1 Reg. ï, 13. « Orantes autem nolite multuin loqui, sicut ethnici faciunt. Putant enim quod in multiloquio suo exandiantur. Nolite ergoassimilari eis. » Matth. vr, 7. Si ettinicus in oratione multum loquitur, ergo qui Christianus est, debet parum loqui. « Deus emw non verborum, sed cordis auditor est. » Sap. i, 6. « Sicut enim Pater vestev quid opus sit vobis, antequam petatis eum. Sic ergo Yobis orabitis. » » Car votre Père céleste sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. C’est ainsi donc que vous prierez.» îd. 8. A cette occasion' arrive une certaine hérésie et la doc¬ trine perverse de ces philosophes qui disent : Si Dieu connaît ce que nous demandons et avant que nous le demandions , il sait ce dont nous avons besoin ; inutile donc de le dire à qui n’i¬ gnore rien. En peu de mots, rép on do ns-leur que nous ne sommes pas des narrateurs, mais des solliciteurs. Autre chose est raconter à celui qui ignore, autre chose est implorer celui qui est instruit. Le premier renseigne, le second se sou¬ met. Là nous exposons avec fidélité; ici, nous supplions dans notre misèrè. «Notre Père, qui êtes danslescieux.» En le nom¬ mant notre Père, nous nous disons ses enfants. « Que votre nom soit sanctifié » non en vous, mais en nous. Si, à cause des pécheurs, le nom de Dieu est blasphémé dans les nations, par contre, il est sanctifié à cause des justes. « Que votre règne arrive. » Id. 10, Ou c’est pour le monde en général qu’il demande le règne de Dieu, afin que le démon cesse d’y ré¬ gner, ou bien pour que ce soit en chacun de nous qu’il établisse son règne, et le péché ne do¬ mine plus dans nos corps mortels. Dans les deux cas, il est à remarquer que c'est faire preuve d’une grande hardiesse et d’une grande pureté de cœur que de. demander le règne de Dieu, et de ne pas redouter son jugement. Matth. vi, 8. Gonsurgit in hoc loco quædam hæresis, philosophorum quoque perversum dogma, rîicen- tium : Si novit Deus quid ovemus, et antequam petamus, scit quibus iudigeamus, frustra scicnti loquimur. Quibus breviter respondeDdum est, nos non narratores esse, sed rogatores. Aliud est enim narrare ignoranti, aliud scientem petere. ïn ilio indi- cinm est, hic ohsequium. ïbi ûdeliter indicamus, hic miserabiliter obsecramus. « Pater noster, qui es in cœlis. » Ibid, vi, 9. Patrem dieendo, se filios coüfïtentur. « Sanctificetur nomen tuum. » Non in te, sed in nobis. Si enim propter peccatores nomen Dei blas- phematur in gentibus, Rom. vm, e contrario propter justos sanctificatur. « Adveniat regnumtunm. » Matth. vi, 10. Vel gene¬ ral i ter pro totius mundi petit regno, ut diabolos in mundo regnaret désistât , vel ut in unoquoque regnet Deus, et non regnet peccatum in mortali hominum corpore. Rom. vi. Simulque et hoc atten- dendum, quod grandis audacise sit, et pnræ cons- cicntiæ , regnum Dei postulare et judicium non timere. « Fiat volunta3 tua, sicut in cœlo et in terra. » Ut 552 SAINT JÉROME. a Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » C'est-à-dire, de même que dans le ciel vous êtes servi des anges, en toute perfection, vous le soyez aussi des hommes, sur la terre. Qu’ils.rougissent donc après cela ceux qui prétendent que le ciel est chaque jour le thé⬠tre de désordres. A quoi bon cette ressemblance avec le ciel, si dans le ciel aussi règne le péché? « Donnez-nous aujourd’hui le pain nécessaire à notre subsistance; et remettez-nons nos dettes, comme nous les remettons nous-mêmes à ceux qui nous doivent; et ne nous induisez pas en tentation, mais délivrez-nous damai. »Id. rf, 13. Ce que le latin exprime par supersubstantiel, le grec le rend par l’expression nécessaire à la subsistance de chaque jour, et c’est ainsi que l’ont rendu les Septante en une multitude d'en¬ droits. En rapprochant le texte hébreu, nous trouvons un terme que Symmachus a traduit par principal, excellent, quoiqu’on un endroit il le traduise par : particulier. Quand nous de¬ mandons que Dieu nous donne le pain princi¬ pal ou particulier, nous implorons celui qui dit: « Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel. » Joan. yi, 5t. Dans l’Evangile dit scion les Hébreux, j’ai trouvé à la place du mot super¬ substantiel l’expression mahajr, qui veut dire de demain, c’est-à-dire : Donnez-nous le pain de demain ou de l’avenir. On peut entendre par le pain supersubstantiel, celui qui est au-dessus de toutes les substances, et qui est supérieur à quomodo Àngeli tibi inculpate serviunt in cceüs, i La in terra serviant hommes. Ernbescant ex hac sen- tentia, qui quotidie in cœlo ruinas fieri inentiimtur. Nam quid nobis prodest cœlorum similitudo, si et in cœlo peccatum est? « Panem nostrum supersubstantialom da nobis hodie. Et dimitte nobis débita nostra, s: eut et nos dimittimus debitoribus nostris. Et ne nos inducas in tentationem. Sed libéra nos a malo. » Matth. vi, 11, '13. Quod nos supersubstanlialcm expressimus, in Græco habetur ètciouo-lov : quod verbum Soptua- g in ta interprétés Twepio'jrriov frequentissime transfé¬ rant. Considéra vi mus ergo in Hebræo, et ubic unique illi ïî-oiouçtov expresscrunt, nos invenimus sgom.a, quod Symmacbus sÇodpsxov, id est, « præcipuum, » vcl « egregium, » transtulit, licet in quodam loco « peculiare» interprétâtes sit. Quando ergo potimus ut peenliarem vel præcipuum nobis Dons tvibuat panem, ilium petimus qui dicit : « Ego sum panis vivus qui de cœlo desceudi. » Joan, vi, 5d. ïn Evan- gelio quod appellatur seicundiun Ilebrceos , pro « supérsubstauüali » pane, reperi maiiar, quod dici- tur « crastiuum ; » ut sit sensu s : « Panem nostrum crastinum, » id est, « futurum da nodis hodie. » toutes les créatures. D’autres estiment tout sim¬ plement, d’après cette parole de l’apôtre : « Ayant donc la nourriture et le vêtement, contentons- nous-en, » I Tim. vi, 3, qu’il vise uniquement le pain de chaque jour. Aussiest-il recommandé plu s b as: «Soyez sans inquiétude dn lendemain.» «Ainsi -soit-ib), c’est le mot qui clôt l’oraison dominicale. Aquila le rend par : fidèlement ; nous, nous le pouvons traduire par : en vérité. « Car si vous remettez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous remettra à vous aussi vos péchés.)) Ibid. -14. Cette parole du Psalmiste : « Je l’ai dit, vous êtes des dieux, et tous les enfants du Très-Haut, mais vous mour¬ rez comme des hommes et vous tomberez comme celui qui était parmi les princes, » JP.?. lxxxi, 07, s’adresse à ceux que le péché a pré¬ cipités du rang des dieux. C’est donc avec rai¬ son que sont appelés hommes ceux à qui on pardonne les péchés. « Car ils exténuent leur visage, pour que leurs jeûnes paraissent devant les hommes. En vérité, je vous dis qu'ils ont reçu leur récom¬ pense. » Ibid. 10. Le mot « exterminant, » qui par erreur est rendu par «ils brisent, » dans les écrivains ecclésiastiques, renferme un autre sens que celui qu’on lui attribue communément. SonL exterminés les exilés qui sont chassés au- delà de leurs frontières. Sur cette expression donc, c’est « ils démolissent » que nous devons toujours entendre ; les Grecs l’expriment par Possutnus supersubstantiaiem panem et aliter intel- ligere, qui super omnes subslantias sit, et universas superet creaturas. Alii simpliciler putant, secundum Àpostoli sermonem dieentis : I Tim. vi, 8 : « Haben- tes victum et vestitum, bis contenti sumus, » de præsonti tantum cibo sa ne tos eu ram agerc. Unde et in posterioribus sit præceptum : » Nolite cogitare de crastino. » « Amen. » Signaculum orationis Dominicæ est : quod Aquila interprotatur, « fïdeliter : » nos, « vere, » possmnus dicere. « Si enim dimiseritis hominibus peccata eoruirt, dimittet et vobis Pater vester cœlestis delicta ves- tra. » Matth . vi, 14. Hoc quod Scriptuæ est : « Ego dixi, dii estis, et fîlii excelsi omnes ; vos vero ut boulines moricmini, et tamquam unus cle principi- biis cadetis, » Ps. lxxxi, 6, 7, ad eos dicitur qui propter peccata boni in em ex dii s esse meruerunt. Recte ergo et lu qui bu s peccata dimittuntur, bomi- nes appellati snnt. « Exterminant enim faciès suas, ut appareant hominibus jejunautes. Amen dico vobis, quia rece- perunt mercedem suam. » Matth. vi, 16. Verbum « exterminant, » quod in Ecclesiasticis Scripturis COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 553 a Ibid. 7, 8. Ainsilame paralysée, si elle est ranimée, si elle recouvre son ancienne vigueur, emporte le lit où elle gisait inerte, et le porte dans la maison de ses vertus. « Lorsqu'il fut sorti de là, Jésus vit un homme appelé Matthieu, assis au bureau des impôts, et et il lui dit : Suis-moi. Et se levant, il le suivit. » Ibid. 7, 8. Les autres évangélistes, par respect et honneur pour Matthieu, n’ont pas' voulu le dé¬ signer par son nom populaire et ils l’ont appelé Lévi ; il eut en effet deux noms. C’est Matthieu lui-même qui, selon ce précepte de Salomon : « Le juste commence par s'accuser lui-même, » et encore en un autre endroit : « Confesse tes péchés, afin que tu sois justifié, » Isa . xliii, 21, 26, se nomme Matthieu et se dit publicain, montrant ainsi à tous que nul ne doit désespérer de son salut, s’il revient à de meilleurs senti¬ ments, quand lui-même fut tout-à-coup changé de publicain en apôtre. A cette occasion, Por¬ phyre et Julien-Auguste critiquent ou la mala¬ dresse d'un récit mensonger ou la folie de ceux qui suivirent aussi promptement le Sauveur, comme si c’était inconsidérément suivre un pre¬ mier venu qui appelle , quand il n'est point douteux que les Apôtres, avant de croire, avaient été témoins de beaucoup de merveilles tuam. Et surrexit, et abiit in domum suam. Videntes autem turbæ, timuerunt et gloriâcavevunt Deum, qui dédit potestatem talem bominibus. » Et anima paralytica si surrexerit, sipristinum roburrecnpera- verit, portât lectum sunm in quo jacebat antea dis- soluta, et portât ilium in domum virtutum suarum. « Et cum transiret inde Jésus , vidit kominem se- dentem in telonio, Matthæum nomine. Et ait illi : Sequere me. Et surgens secutus est eum. » Ibid. 9. Cæteri evangelistæ propter verecundiam et honorem Matthæi, noluerunt eum nomine appellare vulgato, sed dixerunt, Levi : duplici quippe vocabulo fuit. Ipse autem Matthæus, secundum illud quod a Salomone præcipitur [al. dicitur ] : « Justus accusator est sui in principio sermonis. » Prov. xvm , 17. Et in alio loco : « Die tu peccata tua, ut justificeris. » Isa. xuir, 26. Matthæum se et publicanum uominat, ut osten- dat legentibus, nullum debere salutem desperare, si ad meliora conversus sit; cum ipse de publicano in apostolum sit repente mutatus. Arguit in hoc loco Porphyrius et Julianus Augustus, vel imperitiam his- torici mentientis, vel stultitiam eorum qui statim secuti sint Salvatorem, quasi irrationabiliter quemli- bet vocantem hominem sint secuti , cum lantæ vir- tutes, tantaque signa præcesserint, quæ Apostolos et de miracles accomplis à leurs yeux . L’éclat lui-même et la majesté de la Divinité cachée qui rejaillissaient en toute sa personne, pouvaient bien , certes , au premier aspect, attirer à lui ceux qui le voyaient. Si l’aimant, en effet, et le bitume ont la vertu de s’attacher les anneaux, les pailles et le chaume, combien plus le Seigneur de toutes choses pouvait atti¬ rer à lui ceux qu’il voulait. « Or, il arriva que, Jésus étant à table dans la maison, beaucoup depublicains et de pécheurs vinrent s’y asseoir avec Jésus et ses disciples. Les pharisiens voyant cela disaient aux disci¬ ples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? Mais J ésus l’enten¬ dant dit : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les ma¬ lades. Allez donc et apprenez ce qui en est. » Malth. îx, 10-13. Us voyaient un publicain passé d’un, état de péché à une vie meilleure et venu à la pénitence ; c’est pour cela qu'ils ne déses¬ pèrent pas de leur salut et qu’ils viennent à Jésus, non pas en persévérant dans leurs anciens dé¬ sordres, selon que le murmurent les pharisiens et les scribes, mais en faisant pénitence, comme le témoigne la parole suivante du Seigneur : « J’aime mieux la miséricorde que le sacrifice. Je ne suis point venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Ibid 13. Le Seigneur assistait aux repas des pécheurs, antequam crederint, vidisse non dubium est. Certe fulgor ipse , et majestas Dâvinitatis occultæ, quæ etiam in bumana facie relucebat, ex primo ad se videntes trahere poterat aspectu. Si enim in magnete lapide et succinis hæc esse vis dicitur, ut anuulos, et, stipulam, et festucas sibi copulent, quanto inagis Dominus omnium creaturarum ad se trahere pote¬ rat, quos volebat ? « Et factum est, discumbentc eo in domo, ecce multi publicani et peccatores venientes, discumbe- bant cum Jesu ot discipulis ejus. Et videntes Phari- sæi, dicebant discipulis ejus : Quare cum publicanis et peccatoribus manducat magister vester? At Jésus audient. ait : Non est opus medico valentibus, sed male habentibus. Euntes autem discite quid est. » Matth. îx, 10 et seqq. Videbant publicanum a pec- catis ad meliora conversum, locum invenisse poeni- tenliæ; et ob id etiam ipsi non desperant salutem, neque vero iu pristinis vitiis permanentes, veniunt ad Jesum, ut Pkarisæi et Scribæ murmurant ; sed pœnitentiam agentes, ut sequens Domini sermo si- gniôcat, dicens : >i Misericordiam volo, et non sacriflcium. Non enim veni vocare justos, sed peccatores. » Ibid. 13. Ibat autem Dominus ad convivia peccatorum, ut 507 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. pour avoir l’occasion de les instruire et de servir ses mets spirituels à ceux qui Tinvitaient. Au reste, des fréquents repas où il nous est dit qu'il est venu, il n’en est rien rapporté, si ce n’est ce qu'il y a fait, ce qu’il y a enseigné, afin qu’ap¬ paraisse et son humilité à descendre jusqu’aux pécheurs et la puissance de sa doctrine pour la conversion de leur cœur. Le témoignage suivant, emprunté au prophète : « Je veuxlami- séricorde et non le sacrifice, » Osée, yi, 6, et, «Je ne suis point venu appeler lès justes, mais les pécheurs,» est pour railler les scribes et les pha¬ risiens qui, s’estimant justes, évitaient la société des publicains et des pécheurs. « Alors les disciples de Jean s’approchèrent de lui, en disant : Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous fréquemment et vos disciples ne jeûnent-ils point?» IbidM-. ïnterrogation superbe et pleine de hauteur pharisaïque !. Certainement, pour ne point dire davantage, voilà un jeune d'une répréhensible ostentation I Ils ne peuvent qu’être coupables, ces disciples de Jean, quand ils calomnient ainsi celui qu’ils savent bien avoir été loué par leur Maître, et quand ils s’allient à ces pharisiens qu’ils savent très bien avoir été condamnés par cette sanglante parole de leur Maître : « Génération de vipères, qui vous a montré à fuir devant la colère qui va venir ? » Joan. m, 7. « Et Jésus leur répondit : Les fils de l’époux occasionem liaberet docendi, et spirituales iilvitato- ribus suis præberet cibos. Oeuique cum fréquenter pergere ad convivia describatur, uihil refertur aliud, nisi quid ibi fecerit, quid docuerit, ut et humilitas Domini euudo ad peccatores , et potentia doctrinæ ejus in conversione pœnitentium demonstravetur. Quod autem sequitur « Misericordiam volo, et non sacrificium. » Osee vi, 6. Et : « Non veni vocare jus- tos, sed peccatores, de propbeta profcrens testimo^ nium, sugillat Scribas et Pharisums, qui justos sc æstimnntes, pcccatomm et publicanorum consortia declinabant. « Tune accesserunt ad eum discipuli Joannis, di- centes : Qnarenos et Pharisæi jejunamus frequenter, discipuli autem tui nonjejunant? Matth. 14. Superba interrogatio, et plcna supercilio Pharisæorum. Certe, utalind non dicamns, reprehendenda jejunii jactan- tia. Nec poterant discipuli Joannis non esse sub vitio, qui calumniabantur eum, quem sciebant magistri vocibus prædicatum, et jungebantur Pbarisæis, quos a Joanne novevant condemnatos , cum ait (Sup-a m, 7 : « Generatio viperarum , quis ostendit vobis fugere ab ira ventura? » « Et ait illis Jésus : Numquid possunt fîlii sponsi lugere quamdiu cum illis est sponsus ? Venient peuvent-ils s’attrister pendant que l’époux est avec eux? le temps viendra où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. » Ibid. 15, L’époux c’est le Christ, et l’épouse c'est l’Église; de cette sainte et spirituelle alliance sont nés les Apôtres, qui ne peuvent être en deuil tant qu’ils voient et savent l’époux avec l’épouse. Mais quand le temps des noces sera passé et que seront venus les jours de la passsion et de la résurrection, alors les fils de l'époux jeûne¬ ront. De là quelques-uns pensent qu’après les quarante jours de la passion, il faut se mettre aux jeûnes, quoique cependant le jour de Pen¬ tecôte et l’arrivée du Saint-Esprit nous invitent à l’allégresse. C’est à l’occasion de cette parole que Montanus, Prisca et Maximilla placent la QuadragésimeaprèsPentecôte,parcequerépoux ayant disparu, les fils de l’épouse doivent jeû¬ ner. Mais l’habitude de l’Église est d'arriver à la passion et à la résurrection du Seigneur en hu¬ miliant la chair, afin de nous préparer par le jeûne du corps au festin de l’àme. Au sens figuré, sachons que tant que l’époux est avec nous et que nous sommes dans la joie, il n’y a lieu ni au jeûne ni à la tristesse ; mais lorsque, à cause de nos péchés, il s’est éloigné de nous, alors c’est le cas de retrouver le jeûne et de reprendre le deuil. « Personne ne met une pièce d'étoffe neuve à un vieux vêtement, car elle emporte du vête_ autem dies cum auferetur ab eis spousus, et tuuc jejimabunt. » Matth. 15. Sponsus Christus : spousa Ecclesia est. De hoc sancto spïritualique connubio, Àpostoli sont procreati , qui lugere non possimt quamdiu sponsam in thakimo vident, et sciunt spon- sum esse cum sponsa. Quando vero transierint nuptiæ, et passionis ac resurrcctionis tempus adve- nerit, tune sponsi fîlii jejimabunt. Nonnulli puLant idcirco post dies quadraginta Passionis, jejunia debere committi : licet statim dies Pentecostes et Spiritus sanctus adveniens, indicant nobis festivita- tem. Et exbujus occasione testimonii , Montanus, Prisca, et Maximilla etiam post Pentecosten faciunt quadragesimam : quod ablato sponso, fîlii sponsi debeant jejunarc. Ecclesiæ autem consnetudo ad passionem Domini etresurrectionem perhumilitatem carnis venit, ut spirituali saginæ jejuuio corporis præparemur. Juxta tropologiam autem sciendum, quod quamdiu sponsus nobiscum est, et iu lætiLia sumus, nec jejunare possumus, nec lugere. Cum autem illc propter peccata a nobis recessent, tune indicendum jejuuium esse, tune luctus recipiendus. « Nemo autem immittit commissnram panni rudis in vestimentum vêtus [Al. vestimento veteri], Tollit enim plenitudinem ejus a vestimento, etpejor scis- 36S SAINT JEROME ment tout ce qu’elle recouvre, et la déchirure devient plus grande. Et l’on ne met point de vin nouveau dans des outres vieilles, autre¬ ment les outres se rompent, le vin se répand et les outres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et tous les deux se conservent. Comme il leur disait ces choses. » Matth. ix, 16, 17. Voici ce qu’il entend nous dire : Tant que vous ne serez pas nés de nouveau, et qu'ayant dépouillé le vieil homme vous n’aurez pas revêtu l’homme nouveau par le moyen de ma passion, vous ne pouvez obser¬ ver les graves préceptes du jeûne et de la con¬ tinence. Il serait à craindre que leur trop grande rigueur vous fit perdre le commence¬ ment de foi qui paraît être en vous. Il apporte la double comparaison des outres vieilles et des outres neuves et du vêtement. Les outres vieilles désignent les scribes et les pharisiens. Par la pan du vêtement neuf et le vin nouveau, il faut entendre les préceptes évangéliques que les Juifs ne peuvent observer sans danger de plus de déchirures. C’est ce que désiraient faire les Galates, quand ils voulaient allier les préceptes de la loi à ceux de l’Évangile ; c’était mettre le vin nouveau dans les outres vieilles ; aussi l'Apôtre leur dit-il : oc 0 Galates insensés I qui vous a fascinés pour ne point obéir à la vérité?)) Galat. ni, d. C’est donc aux apôtres que s’adresse la parole évangélique, plutôt qu'aux scribes et aux pharisiens qui, imbus de leurs vieilles traditions, étaient hors, d’état de sura fit. Neque mittunt vinum novum in utres vote- res : alioquin rumpuntur utres, et vinum effunditur, et utres pereunt. Sed vinum novum in utres novos mittunt, et ambo conservantur. Hæc illo loquente ad eos. » Ibid, 16, 17. Quod dicit, hoc est : Donec renatus quis fuerit, et veteri homine deposito, per passionem meam, novum hominem induerit, non potest severiora jejunii et continentiæ sustinere præcepta, ne per austeritatem nimiam, ctiam credu- litatem quam nunc habere videtur, amittat. Duo autem exempla posuit, et utrium veterum et novo- rum, et vestimcnti. Veteres utres debemus intelli- gere Scribas et Pharisæos. Plagula vestimenti novi, et vinum novum, præcepta Evangelica sentienda, quæ non possunt sustinere Judæi, ne major scissura fiat. Taie qnid et Galatæ facere cupiebant, ut cum Evangelio Legis præcepta miscerent, et in utribus veteribus mitterent vinum novum ; sed Apostolus ad eos Joquitur : « O insensati [Al. insipientes] Ga¬ latæ ! qui vos fascinavit veritati non obedire. » Ga¬ lat. ui,d ? Sermo igitur Evangelicus apostolis potius, quam Scribis et Pharisæis est infundendus, qui ma¬ jora m- traditionibus depravati, sinceritatem præcep- garder dans toute leur vérité les préceptes du Christ. Autre est en effet la pureté d’une âme virginale qu’aucun souffle de vice ne ternit ja¬ mais et autre l’état d’une âme qu’ont souillée toutes les passions. « Voilà qu’un chef de synagogue , s’appro¬ chant de lui, l’adora et lui dit : Ma fille vient de mourir, mais venez imposer sur elle votre main et elle vivra. Et se levant, Jésus le suivait avec ses disciples. » Ibid. 18. C’est le huitième mi¬ racle par lequel ce chef demande de ressusciter sa fille, ne voulant point qu’elle soit exclue du mys¬ tère de la vraie circoncision. Mais à cet instant se présente une femme affligée d’une perte de sang, et c’est pour elle que s’opère le huitième prodige, de telle sorte que la fille du chef ne se trouve guérie que la neuvième, selon ce qui est dit dans les psaumes : « L’Ethiopie devancera la main d’Israël devant Dieu. » Ps. lxvii, 32. Et encore : «Quand l’universalité des nations sera venue, alors Israël sera sauvé. » Rom. xï,25,26. « Et voilà qu'une femme affligée depuis douze ans d'un flux de sang s’avança derrière lui et toucha la frange de son vêtement. » Ibid. 20. 11 est marqué dans l’Évangile selon S. Luc que la fille du prince de la synagogue avait aussi douze ans. Remarquez que la maladie de cette femme, c’est-à-dire le peuple des nations, date de la naissance même de la foi du peuple juif; car c’est surtout en le rapprochant des ver¬ tus qu'appàrait le vice. Aussi ce n’est point dans une maison ni dans une ville, d’où les torum Christi non poterant custodire. Alia est enim puritas virginalis animæ, et nulla prioris vitii con* tagione pollutæ, et alise sordes ejus quæ multorum libidini subjacuerit. « Eccc princeps unus accessit, et adorabat enm, dicens : Filia mea modo defuncta est : sed veni, impone manum tuam [Al. tacet tuam] super eam, et vivet. Et surgens Jésus, sequebatur eum, et disci- puli ejus.» Matth. îx, 18, 19. Octavum signum est, in quo princeps suscitari postulat filiam suam, nolens de mysterio veræ circumcisionis excludi ; sed subin- trat mulier sanguine fluens, et octavo sanatur loco, ut principis filia de hoc exclusa numéro veniat ad nonum, juxta illud quod in Psalmis dicitur: « Æthio- pia [Al. de Æthiopia] præveniet mauus ejus Deo. » Ps. Lxvir, 32. Et: « Cum intraverit plenitudo gen- tium, tune omnis Israël salvus fiet. » Rom. xi, 25, 26. « Et ecce mulier quæ sanguinis fiuxum patiebatur duodeçim annis, accessit rétro, et tetigit fimbrium vestimenti ejus. » Matt. 20. In Evangelio secundum Lucam scribitur, quod principis filia duodeçim an- nos haberet ætatis. Luc . vin. Nota ergo quod eo tempore hæc mulier, id est, gentium populus cœ- 5 .COMMENTAIRES 'SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU. lois la bannissent, que l’hémorroïse aborde le Seigneur, mais. sur le chemin, pendant qu'il est en route, afin que tandis qu’il court vers une, une antre soit guérie. Les Apôtres aussi disent : « C'était à vous d’abord qu’il fallait porter la parole do Dieu, mais parce que vous vous jugez indignes de la vie éternelle , nous allons vers les Gentils. » Act. xni, 46. « Car elle disait en elle-même : Si je touche seulement son vêtement, je serai guérie. Mais Jésus s’étant retourné et la voyant, dit. » Ibid. 21, 22. D’après la loi, c’était se souiller que de toucher une femme en état de menstrue ou de flux de sang. Levit. xxy. Aussi est-ce elle-même qui touche le Seigneur pour être délivrée de la souillure qui l’afflige. « Ayez confiance, ma fille, votre foi vous a guérie; et cette femme fut guérie à l’heure même. » Ibid. 22. Il ne dit point : votre foi va vous guérir, mais vous a guérie. C’est par là même que vous avez cru que. vous êtes déjà guérie. « Et lorsque Jésus fut arrivé à la maison du chef et qu’il eût vu les joueurs de flûte et la foule tumultueuse, il disait. » Ibid. 23. Jusqu’en nos jours encore, la jeune fille est gisante et morte dans la maison du chef, et ceux qui pa¬ raissent être les docteurs ne sont que des joueurs de flûte, répétant leur refrain lugubre. La. foule des Juifs n’est pas un peuple croyant, mais une foule tumultueuse. périt ægrotare, quo gens [Al. gênas] Judæorum crediderat. Nisi eniui ex comparatione virtutum vî- tium non ostenditur. Hæc auleui millier sanguine fluens, non in domo, non in urhe accedit ad Domi- nuin, quia juxta Legem nrbibus excludebatur. Levit. xv, Num . v , sed in itinere, ambulante Domino, ut dura pergit ad aliam, alia curaretur. Unde dicunt et apostoli : « Vobis quidem oportebat præclicari verbum Dei ; sed quoniam vos judicastis indignos salute, trausgredimur ad gentes. » Act. xm, 46, « Dicebat enim intra se : Si tetigero tantum vesti- mentum ejus, salva ero. At Jésus conversus, et videns eam, dixit.» Matth. 21. Juxta Legem, (qui mu- lierem menstruatam aut fluentem sanguine tetigerit, immundus est. Levit. xxv. Ista ideo tangifc Domiuum, ut sanguinis vitio etiam ipsa curaretur. « Confide, filia, fides tua salvam te fecit ; et salva facta est mulier ex ilia hora. » Matth. 22. Ideo filia, quia fides tua te salvam fecit. Nec dixit, fides tua te salvam factura est, sed salvam te fecit. In eo enim quod credidisti, jam salva facta es. « Et cum venisset Jésus in domum principes , et vidissettibicines, ctturbam tumultuantem, dicèbat.» Ibid. 23. Usque hodie puella jacet in domo priucipis mortua, et qui videntnr magistri tibicincs sunt, car- « Retirez-vous, car la jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui. » Ibid. 24. Pour Dieu, qu’est-ce qui est mort? « Et après qu’on eut renvoyé la foule, il entra.» Ibid. 25. Ils n’étaient point dignes de contempler le merveilleux mystère d’un homme qui revit, quand ils raillaient indignement Celui qui fait revivre. « Il prit sa main. Et la jeune fille se leva. Et le bruit s’en répandit dans tout le pays. » Ibid. 26. Ce n’est pas avant que les Juifs aient lavé leurs mains pleines de sang que leur syna¬ gogue morte ressuscitera. « Comme Jésus sortait de là, deux aveugles le suivirent en criant et disant.» Ibid. 27. C’est pendant qu’il passe par la demeure du chef et se rend dans sa maison, comme nous le lisons plus haut : « Montant sur la barque, il alla à l’autre bord et vint dans sa ville, » que les deux aveugles criaient en disant : « Ayez pitié de nous, fils de David;» et cependant ce n’est point sur la route, ce n’est point en passant qu’ils sont guéris comme ils le pensaient; mais quand il est dans sa maison, ils s’avancent, ils entrent et là d’abord leur foi est mise en ques¬ tion, pour qu’ils reçoivent ainsi la lumière de la foi véritable. Au précédent miracle raconté de la fille du chef de synagogue et de l’hémorroïse, s’ajoute celui-ci comme conséquence ; ce qui s’était affirmé à l’occasion de la mort et de la faiblesse, se manifeste à l’occasion de la cécité. men lugubre canentes. Turba [quoque Judæorum, non est turba credentium, sed turba tumulluan- tium. « Recedite,’non est enim mortua puella, sed dor¬ mit. Et deridebant eum. » Ibid. 24. Quia Deo vivunt omnio. « Et cum cjecta esset turba, intravit. » Ibid. 25. Non enim erant digni, ut videreut mysterium resur- gentis, qui re.suscitantem indiguis contumeliis deri¬ debant. « Et tenuit mamim ejus. Et surrexit puella : Et exiit fama hæc in universam terram illam. » Ibid. 26. Nisi prius mundatæ fuerint manus Judæorum, quæ sauguine :plenæ sunt, synagoga eorum mortna non resurget. « EL transeunte inde Jesu, secuti sunt eum duo cæci, clamantes, et dicentes. » Ibid. 27. Transeunte per domum principis Domino Jesu, et pergenLe ad domum suam, sicut supra legiinus : « Ascendens naviculam, transfretavîtet venit in civitatem suam, » clamabant duo cæci, dicentes : « Miserere nostri, fili David ; » et tamen non curanlur in itinere, non transitorie , ut putabant ; sed postquam yenit in domum suam, acccdunt ad eum, et introeunt : et primum eorum discutitur fides, ut sic veræ fidei 570 SAINT JEROME L’un et l’autre peuple était aveugle, tandis que le Seigneur, passant par ce monde, s’en retour¬ nait dans sa maison. Ceux-là seuls qui l’auront confessé et auront dit : « Ayez pitié de nous, Fils de David, » et qui à l’interrogation de Jésus : « Croyez-vous que je puisse le faire? » auront répondu : « Oui, Seigneur,» recouvreront la première lumière. Dans un autre Évangéliste, c’est un seul aveugle qui est présenté, assis, les vêtements déchirés, près de Jéricho. Les Apôtres lui interdisentde crier, mais sapersistance lui vaut la guérison. Marc. x. Ce passage est proprement à l’adresse des nations, il sera exposé en son lieu. « Ayez pitié de nous, Fils de David ! Mais quand il fut venu dans la maison, les aveugles s’approchèrent de lui. Et Jésus leur dit : Croyez- vous que je puisse faire cela? Ils lui dirent : Oui, Seigneur. Alors il toucha leurs yeux, disant : Qu’il vous soit fait selon votre foi. Et leurs yeux furent ouverts. »Matth. îx, 28,29. Qu’ils entendent donc, Marcion et Mânes et les autres hérétiques qui déchirent l'Ancien Testament , et qu’ils ap¬ prennent que le Sauveur est appelé Fils de David. S’il n’est point né dans la chair, com¬ ment est-il appelé Fils de David? « Et Jésus les menaça en disant : Prenez garde que personne ne le sache. Mais eux s’en allant répandirent sa renommée dans tout cepa}rs-là.» Ibid. 30, 31. Par humilité et pour éviter toute Uuneu accipiant. Priori signo quod exposuimus de principis filia , et de hæmorrhousa [AL. morbosa] muliere, consequentor hoc jungitur : ut quod ibi mors et débilitas, hic cæcitas demonstraret. .Uterque enim populus cæcus crat, Domino per hoc sæculum transeunte, et cupientc reverti ad dornum suam. Qui nisi confessi fuerint, et dixerint : « Miserere nostri, Fili David;» et interrogante Jesu, « Creditis quia possum hoc facere ? responderint ei : « Utique, Domine, » lumen pristinum non récipient. In alio Evangelista, unus cæcus scribitur, scissis vestibus, et in Jéricho sedens, qui ab apostolis probibelur clamare ; sed per impudentiam recipit sanitatem. Marc. x. Qui locus proprie ad gentium populum per- tinet, et in suo exponendus est volumine. « Miserere nostri, Fili David. Cum autem venisset in domum, accesserunt ad eum cæci, et dixit eis Jésus : Creditis, quia hoc passum facere vobis ? Di- cunt ei : Utique , “Domine. Tune tetigit oculos eorum, dicens : Secundum fidem vestram fiat vobis. Et aperti sunt oculi eorum. » Matth . 28, 29. Audiant Marcion et Manichæus, et cæteri hæretici, qui vêtus laniant lnstrumentum : et discant Salvatorem appel- lari filium David ; si enim non est natus in carne, quomodo vocatur fi!ius David? « Et comminatus est illis Jésus, dicens : Videte ne quis sciât. ïlli autem exeuntes, diffamaverunt eum ostentation, le Seigneur a recommandé le si¬ lence, mais eux, le cœur plein de reconnais¬ sance, ne peuvent taire le bienfait. Remarquez qu'il y a ici quelque opposition entre leur sen¬ timent et l’ordre qu’ils reçoivent. Ces aveugles sont guéris les dixièmes. « Ceux-ci ôtant sortis, voilà qu’on lui présente un homme muet, possédé du démon ; le démon chassé, le muet parla. » Ibid. 32. C’est par le onzième miracle qu’est rendu à ce muet l’usage de la langue. Il est passé en usage de rendre par et sourd» plus que par « muet» ce que le grec exprime par *w Matth . x,i. Benignus et clemens Dominus ac magis- ter, non invidet servis atque discipulis virtutes suas. Et sicut ipse curaverat omnem languorem et omnem inûrmitatem, apostolis quoque suis tribuit potesta¬ tem, ut curarent omnem languorem, et omnem infir- mitatem in plebe. Sed multa distantia est iuter ha- bero et tribuere, donaro et accipere Iste quodeum- que agit, potestate Domini agit : illi, si quid fuciunt, imbeciUitatem suam et virtutem Domini conllten- tur, dicentes : « In nomine Jesu surge, et ambula. » 572 SAINT JÉROME m, 6. Remarquons que c'est en douzième lieu qu'est conférée aux apôtres la puissance des miracles. « Voici les noms des douze apôtres. » Ibid.H. On donne la liste des douze Apôtres, pour que soient exclus de leur rang tous les faux Apôtres de l’avenir. « Le premier est Simon, qui est appelé'Pierre, et André son frère; Jacques de Zébédée et Jean son frère ; Philippe et Barthélemy, Thomas et Matthieu le- publicain et Jacques d’Alphée et Thaddée. » Ibid. 3. Il appartenait à celui quj connaît les secrets du cœur d’assigner le rang des Apôtres et le mérite de chacun d’eux. Le premier inscrit est Simon, surnommé Pierre) nom qui le distingue de l’autre Simon appelé le chananéen, du bourg de Cliana, de Galilée, où le Seigneur changea l’eau en vin. Joan. Il ap¬ pelle Jacques de Zébédée, parce qtfaprès il y a Jacques d’Alphée. Il les groupe par deux ; Pierre et André, frères, moins encore par le sang que par l’esprit ; Jacques et Jean, qui ont abandonné leur père selon la chair pour suivre le véritable Père ; Philippe et Barthélemy, Thomas enfin et Matthieu le publicain. Les autres évangélistes placent, dans le groupage des noms, Matthieu le premier et Thomas ensuite, sans lui donner la qualification de publicain, pour ne point pa- Act. m, 6. Notandnm autem quod ia duodecimo loco, poteslas signorum apostolis concedatur. « Duodecim autem apostolorum uomina sunt hæc. » Mattli. x, 2. Catalogus apostolorum ponitur, ut ex¬ tra hos qui pseudoapostoli futuri sunt, excludantur. « Primes Simon, qui dicitur Pelrus, et. Andréas frater ejus; Jacobus Zebedæi, et Joannes frater ejus ; Philippus et Bartholomæus, Thomas et Mattliæus puhlicanus, et Jacobus Alphæi, et Tbaddæus. » Ibid- 3. Ordinem apostolorum et meritum uniuscujusque, illius fuit distribuere, qui cordis arcaua rimatur. Primus scrihitur Simon, cognomento Petrus ; ad di- stincbionem alterius Simonis, qui appellatur Chana- næus, de vico Chana Galilææ, ubi aquam Dominus vertit in vinuni. Joan. n. Jacobum quoque appellat Zebedæi, quia et alius sequitur Jacobus Alphæi. Et apostolorum paria juga consociat. Jungit Petrum et Andream fratres, non tam carne quam spiritu. Ja¬ cobum et Joannem, qui patrem corporisrelinquentes, verum Patrem secuti sunt. Philippum et Bartbolo- mæum, Tbomam quoque et Matthæum publicanum. Geeteri evangelistæ in conjunctione nominum , pri- mum ponunt Matthæum ; et postea Thomam , nec raître reprocher à un évangéliste son premier genre de vie. Lui, au contraire, comme nous l’avons dit plus haut, se place après Thomas et se nomme publicain, afin que « là où abonda l’iniquité surabonde aussi la grâce.» Joan. y, 20. « Simon chananéen. » Celui qui est appelé « zélé » par un autre évangéliste. Luc , vi. « Chana, » en effet, veut dire « zèle. » L’his¬ toire ecclésiastique rapporte quel’apôtre Thaddée fut envoyé à Edesse auprès d’Abgarus, roi d’Ôs- roène ; c’est celui que l'évangéliste Luc nomme Judas de Jacques ; il est aussi ailleurs appelé « Lébée, » qui signifie « petit cœur. » Il est à croire qu’il eut trois noms, comme Simon fut appelé Pierre, et les üls de Zébédée, Boanerges, en raison de l’énergie et de la grandeur de leur foi. gui dicuntur Bachnionit se (al. cod. Bactroperitæ) gui ôiHnid mundi prô nihilo ducentes cellaria secum ferebant. (Edit, Mign.) 574 SAINT JÉROME. niques, il me parait indiquer un double vête¬ ment, non que dans les plaines de la Scythie et les froids pays de neige et de glace, chacun doive se contenter d’une seule tunique, mais voyons dans cette tunique un vêtement en ce sens que, vêtus d’un habit, nous en gardions un autre en prévoyance de l’avenir. « Ni chaus¬ sure. » Platon aussi a recommandé de ne point couvrir les deux extrémités du corps et de ne point prendre garde à la sensibilité de la tête et des pieds ; quand ces membres sont vigou¬ reux, tous les autres sont plus robustes. « Ni bâton. » Quand nous avons le secours du Sei¬ gneur, pourquoi chercherions nous l’appui d’un bâton ? Mais parce qu’il avait envoyé les apô¬ tres prêcher, comme nus et dépourvus, et que la condition des maîtres paraissait être dure, il tempère la rigueur du précepte par la maxime qui suit : « L’ouvrier est digne de sa nour¬ riture. » Acceptez seulement, dit-il, tout ce qui est nécessaire à votre nourriture et à votre vête¬ ment. Voilà pourquoi l’apôtre répète : « Ayant la nourriture et le vêtement, soyons satisfaits ; » I Tim. vi, 8 ; et dans un autre endroit : « Mais que celui qu’on catéchise par la parole commu¬ nique tous ses biens a celui qui le catéchise, » Galat. vi, 6, afin que les disciples fassent par¬ ticiper à leurs biens temporels ceux dont ils reçoivent les biens spirituels, et cela non par avarice, mais par nécessité. Après avoir parlé selon l’histoire, disons, d’après l’anagogie, qu’il que duas tunicas. » In duabus tunicis videtur mihi duplex ostendere vestimentum. Non quo in locis Scythiæ et glaciali nive rigentibus una quis tunica debeat esse contentus: sed quo in tunica vestimen- tum intelligamus : ne alio vestiti, aliud nobis futu- rorum timoré servemus. « Neque calciamenta. » Et Plato præcepit duas corporis summitates non esse velandas, nec assuefieri debere moUitiei capitis e^, pedum. Cum hæc enim habuerint firmitatem, cætera robustiora sunt. « Neque virgam : » Qui Domini ha- bemns auxilium, baculi præsidium cur quæramus ? Et quia quodammodo nudos et expeditos ad prædi- caridum apostolos miserai, et dura videbatur esse conditio magistrorum, severitatem præcepti sequenti sententia temperavit, dicens : « Dignus est opera- rius cibo suo. » Tantum, inquit, accipite, quantum in victu et vestitn vobis necessarium est. Unde et Apostolus replicat : « Habentes victum et vestitum, bis contenti simus. » I Tim. vi, 8. Et in alio loco : « Communicot autem is qui catechizatur verbo ei qui se catecliizat in omni bono ; » Galat . vi, 6; ut quorum discipuli metunt spiritualia, consortes eos faciant carnalium suorum : non in avaritia, sed in necessitate. Hæc historiée diximus. Cæterum secun- n'est point permis aux maîtres de posséder l'or, l’argent ou la monnaie qui est dans leurs cein¬ tures. L’or, avons-nous lu souvent, c’est le jugement, l’argent est la parole, la monnaie la voix ; c’est ce qu’il ne nous est pas permis de recevoir des autres, mais de les tenir et de les avoir du Seigneur ; pas plus que d'accepter les pratiques des hérétiques, des philosophes et de toute doctrine perverse, de nous embarrasserdes sollicitudes du siècle, de n’être point simple de cœur, de laisser enlacer nos pieds dans des liens mortels, mais d’ètre dégagés en entrant dans la terre sainte ; ni d’avoir le bâton qui se change en serpent, ni de se reposer sur le secours d’un bras de chair, car un bâton de cette espèce n’est qu’un bâton de roseau qui, si peu pressé qu’il soit, se brise et transperce la main de celui qui s’eù sert. « En quelque ville ou village que vous entriez, demandez qui y en est digne, et de¬ meurez chez lui jusqu’à votre départ. » Matth. x, 11. A propos du choix de l’évêque et du diacre, Paul dit : « Il faut qu’il leur soit rendu bon témoignage par ceux qui sont dehors. » 1 Tim. ui, 7. Les apôtres ne pouvaient pas, en entrant dans une ville nouvelle, connaître ce que chacun était. C’est donc sur l’opinion du peuple et l’estime des voisins qu’on doit faire choix de son hôte, pour que l’honneur de la pa¬ role apostolique ne souffre point du déshonneur de celui qui la recevrait. Tandis qu'ils doivent dum anagogen, non lieel magistris aurmn et argen- tum, et pecuniam quæ in zonis est, possidere. Aurum sæpe legimus, pro sensu ; argenlum, pro sermone ; æs, pro voce ; hæc nobis non licet ab aliis accipere, sed data a Domino possidere. Neque hæreticorum et philosophorum perversæque doctrinæ suscipere disciplinas, non sæculi pondéré premi, neque duplici. esse animo, neque pedes nostros mortiferis vinculis alligari, sed sanctam terrain ingredientes, esse nu- dos ; neque habere virgam quæ vertatur in colubrum, neque in aliquo præsidio carnis inniti, Exod. îv, 7 ; IV Reg. xvm, quiaistius modi virga et baculus arun- dineus est, Isai. xxvi, quem si paululnm pressens, frangitur et m,anum transforat iu cum ben lis. « In quameumque enim oivitatem, aut caslellmn intraverilis, interrqgale quis in ea dignus sit, elibi manete, donec exeatis. » Matth. x, 11. Super ordi- nalione episcopi etdiaconi Paulusloquitur: «Oportet autem eos et teslimonium habere bonum ab bis qui foris sunt. » 1 Tim. m, 7. Apostoli novnm introeuntes urbem , scire non poterant quis qualis esset. Ergo hospes fama eligendus est populi, et judicio vicino- rum, ne prædicationis dignitas suscipientis infamia deturpetur. Cum universis debeantprædicare, hospes COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. prêcher à tous* c’est un seul hôte qu’on choisit, rendant moins service à celui qui vient rester chez lui que le recevant lui-même ; et s'il est dit qui y en est digne, c'est afin qu'il connaisse qu'il reçoit plus de faveur qu'il. n'en donne. « En entrant donc dans une maison, saluez- la. Si, en effet, cette maison eu est digne, votre paix viendra sur elle; mais, si elle n’en était pas digne, votre paix vous reviendra. » Matth. x, 12, 13. 11 emploie tacitement le salut de la lan¬ gue hébraïque et syrienne. Ce qui se dit en grec yk^s, et en latin, « Ave, » s’exprime en hébreu et en syriaque salom lach ou salom ismmach, c'est-à-dire « paix avec toi. » Ce qu’il commande donc c’est ceci : En entrant dans la maison, souhaitez la paix à votre hôte, et au¬ tant qu'il est en vous, apaisez tout sujet de dis¬ corde. Si, au contraire, la contradiction s’élève, vous aurez la récompense de la paix que vous avez offerte ; ceux-là, par contre, qui l'auront .voulue, auront la guerre. « Lorsque quelqu'un ne vous aura point re¬ çus, ni écouté vos discours, en sortant de la maison ou de la ville, secouez la poussière de vos pieds. » Ibid, 14. On secoue la poussière de ses pieds pour témoigner de son travail , qu’on est entré dans la ville et que la prédica¬ tion apostolique est arrivée jusqu'à ce peuple; on en secoue la poussière en signe qu'on ne reçoit rien, pas même ce qui est nécessaire unus eligitur, non tribuens beneficium ni qui apucl se mansurus est, sed accipiens, hoc enim dicitur, quis in ea dignus est [al. fit] , ut magis se noverit accipere gratiam, quam dare. « Intrantes autem dormira, salutate eam. Et siqui- dera fuerit domus ilia digna, veniet pax vestra su¬ per eam ; s in autem non fuerit digna, pax vestra ad vos revertetur. » Matth. x, 12, 13. Occulte salutatio- nem Hebræi ac Syri sermonis expressit. Quod enim Grœce dicitur, xaîpe, et Latine, « ave, » boc Hebraico Syroque sermone appellatur salom lach, sive (a) salom emmach, id est , « pax tecum. » Quod autem praecipit, laie est: Introeuntes domum, pacem im- precamini hospiti, et quantum in vobis est, discordiæ bella sedate.^ Sin autem orta fuerit contradictio, vos merccdem habebitis de oblata pace : illi bellum, qui [al. quod] liabere voluerint, possidebunt. « Et quicumque non receperit vos, neque audierit sermones vestros, exeuntes foras de domo, vcl civi- tate, excutite pulverem de pedibus vestris. » Ibid. 14. Pulvis excutilur de pedibus, in testimonium la- boris sui, quod ingressi sintcivitatem, etprædicatio apostolica ad illos usque pervenerit. Sive excutitur o75 pour vivre, de la part de ceux qui ont fait mé¬ pris de l'Evangile. « En vérité, je vous le dis : il y aura moins à souffrir pour Sodome et pour Gomorrhe, au jour du jugement, que pour cette ville. » Ibid. 15. S'il doit y avoir moins à souffrir pour a terre des Sodomistes et des Gomorrhôens que pour cette ville qui n'aura point reçu l’Evangile, et moins à souffrir pour cela même qu’il n’a point été prêché aux Sodomistes et aux Gomorrhéens, tandis qu’il a été prêché à cette ville et qu’elle ne l’aura pas reçu; donc, il y a pour les pécheurs diversité de supplices. « Voilà que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » Ibid. 16. 11 appelle loups, les scribes et les pharisiens qui sont les clercs chez les Juifs. « Soyez donc prudents commeles serpents, et simples commeles colombes. Gardez-vous néan¬ moins des hommes ; car ils vous traduiront dans les conseils, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez conduits aux présidents et aux rois à cause de moi, en témoi¬ gnage pour eux et pour les nations. » Matth x, 17, 18. Prudents pour éviter les pièges, simples pour ne point faire le mal. Il donne en exem¬ ple la ruse du serpent, qui couvre sa tête de tout son corps pour protéger ce en quoi la vie réside. Ainsi nous-mêmes, au péril de tout hotre corps, gardons notre tête, qui est le Christ. pulvis, ut nihil ab eis recipiant, ne ad victum quidem necessarium, qui Evangelium spreverint. « Amen dico vobis, tolerabilius erit terræ Sodo- morum et Gomorrhæorum in die judicii, quam illi civitati. » Ibid. 15. Si tolerabilius erit terræ Sodomo- rum et Gomorrhæorum [al. Gomorrheis] quam illi civitati quæ non receperit Evangelium ,■ et idcirco tolerabilius, quia Sodomis et Gomorrhis non fuit prredicatum, huic autem prædicatum sit, et tamen non receperit Evangelium : ergo inter peccatores diversa supplicia sunt. « Ecce ego mitto vos sicut oves in medio lupo- rum. » Ibid. 16. Lupos, Scribas et Pharisæos vocat, qui sunt clerici Judæorum. « Estote ergo prudentes sicut serpentes, et sim- plïces sicut columbæ. Cavete autem ab hominibus ; tradent enim vos in conciliis, et in synagogis suis flagellabunt vos, et ad præsides et reges ducemiui propter me, in testimonium illis et gentibus. » Ibid. 17, 18. Ut per prudentiam devitent insidias, per simplicitatem non faciant mnlurn. Serpentis astutia ponitnr in exemplum : quia toto corpore occultât caput, et illad in quo vita est, protegit. Ita et nos {b) Non improbarim, quod nostrî prœforunt mss. Salamalach , quemadmodum et in nno Regio 240, Latinis itidem scriptum littcris Cotelcrius invenit. 57G SAINT JÉttOME La simplicité des colombes est démontrée en ce que le Saint-Esprit en a pris l'apparence. Aussi Paul dit-il : « Soyez de petits enfants par la malice. » I Cor . xiv, 20. « Lorsqu’ils vous livreront, ne pensez ni com¬ ment, ni ce que vous devez dire. Il vous sera donné, en effet, à l’heure même, ce que vous devez dire. Car ce n'est pas vous qui parlez, mais l’Esprit de votre Père qui parle en vous. » Ibid. 19, 20. Il venait de dire : «car ils vous traduiront dans leurs conseils et ils vous fla¬ gelleront dans leurs synagogues, et vous serez conduits' aux gouverneurs et aux rois à cause de moi. » Lorsque donc, à cause du Christ, nous sommes conduits en présence des juges, c’est notre volonté seulement que nous devons offrir pour le Christ. Quant au reste, le Christ qui habite en nous, parlera lui-même pour lui et il sera servi dans ses réponses par la grâce du Saint-Esprit. Car le frère livrera son frère à la mort, le père son fils, et les fils s'élèveront contre leurs parents et les mettront à mort. Et vous serez en haine à tous à cause de mon nom. » Matth. x, 21 . C’est ce que nous voyons arriver fréquem¬ ment dans les persécutions, car il n'y a aucun lien de cœur entre ceux qui sont divisés de croyance. « Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » Ibid. 22. Ce n’es pas à commencer, mais à bien finir qu’est le courage. toto periculo corporis caput nostrum, qui Christus est, custodiamus. Simplicitas columbarum ex Spiri- tus sancti specie demonstralur. Unde dicit et Apos- tolus : « Malitia parvuli estote. » I Cor . xiv, 20. « Cumautem tradent vos, nolite cogitarequomodo aut quid loquamini. Dabitur enim vobis in ilia boni quid loquamini. Non enim estisvos qui loquimini, sed Spiritus Patris vestri qui loquitur in vobis. » Ibid. 19, 20. Supra dixerat : « Tradent enim vos in conciliis, et in synagogis suis üagellabunt vos, et ad præsides et reges ducemini propter me. » Cum ergo propter Christum ducamur ad jndices, voluntatem tantum nostram pro Christo debemus offerre. Cæterum ipse Christus qui in nobis habitat, loquetur pro se, et Spiritus sancti gratia in responden.do ministrabitur. « Tradet autem frater fratrem in mortem, et pater filium, et insurgent filii in parentes, et morte eos afficient. Et eritis odio omnibus propter nomen me ura. » Ibid. 21. Hoc in persecutionibus fieri cre- bro videmus : nec ullus est inter eos lîdus affectus, quorum diversa fidesiest. « Qui autem perseveraverit usque in finem, hic salvus erit.» Matth. 22. Non enim ccepisse, sed perfe- cisse virtutis est. Quand donc on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. En vérité je vous dis :vous n'aurezpoint fini danstoutes les villes d’Israël jusqu’à ce que vienne le Fils de l’homme. Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur. Il suffit au disciple qu’il soit comme son maître et au serviteur qu'il soit comme son Seigneur. » Matth. x, 23, 24. Cela se rapporte à ce temps où étaient envoyés prêcher ces Apôtres aux quels il est spécialement dit : « N’allez pas vers les gentils et n’entrez pas dans les villes des Samaritains.» C’est-à-dire qu’ils ne doivent pas craindre la persécution, mais la fuir. C’est ce qu’au début ont fait les fidèles, voyons-nous, lorsque, la persécution s’étant élevée dans Jéru¬ salem, ils se dispersèrent dans toute la Judée pour que l’occasion de la tourmente devint celle de semer l’Évangile. Au sens spirituel, nous pouvons dire : lorsque nous serons pour¬ suivis dans une ville, c’est-à-dire dans un livre ou un témoignage des Écritures, recourons à d’autres villes, à d’autres volumes. Quelque entêté que soit le jpersécuteur, le secours du Sauveur viendra avant que la victoire ne passe aux adversaires. « S'ils ont appelé le père de famille Béelzébut, combien plus ceux de sa maison 1 Ne les crai¬ gnez donc point. » Matth. 25. Béelzébut est une idole d’Acaron qui est appelée dans le livre des Rois «idole de la mouche.» YVReg. ï. Béel est le « Cum autem persequentur vos iu civitate ista, fogite in aliam. Amen dico vobis, non consumixiabi- tis civitates Israël, donec veniat filius hominis. Non est discipulus supra magistrum, nec servus super do mi nu un sunm. Sufficit discipulo ut sit sicut ma- gister ejus ; et servo, sicut dominus ejus. » Ibid. 23, 24. Hoc ad illud tempus referendum est, cum ad prædicationem apostoli mittebantur, quibus et pro¬ prie dicitur : « In viam gentium ne abieritis, et in civitates Samaritanorum ne iutraveritis » (Supra, eod.)} quod persecutionem timere non debeant [Al. et debeant\ , sed declinare. Quod quidem videmus [Al. vidimus] in principio fecisse credentes : quand o orta Jerosolymis persecutione, diepersi sunt in uni- versam Judæam , ut tribulationis occasio fieret Evangelii seminarium. Spiritualiter autem possumus dicere : Cum persecuti nos fuerint in una civitate, - hoc est, in uno Scripturarum libro vel testimonio, nos fugiamus ad alias civitates, id est, ad alia volu- mina. Quamvis contentiosus fuerit persecutor, ante præsidium Salvatoris adveniet, quam adversariis Victoria concedatur. « Si patrem familias Beelzebub vocaverunt, quanto magis domesticos ejus 1 Ne ergo timueritis eos: » COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 577 même que Bel ouBaal ;zébut veut dire mouche. Ils appelaient donc le prince des démons du nom de la plus dégoûtante idole qualifiée de mouche, qui par sa puanteur infecte le parfum le plus suave. Eccl. x. « Car il n'y a rien de caché qui ne soit révélé, rien de secret qui ne soit connu. » Ibid. 26. Et comment donc ignore-t-on dans ce siècle les vices de tant de monde? C'est qu'il vise ici le temps à venir où Dieu jugera les choses cachées des hommes, où il éclairera les profondeurs ténébreuses, et manifestera les conseils des cœurs. Et voici le sens : Ne craignez pas la cruauté des persécuteurs ni la rage des blas¬ phémateurs, parce que viendra le jour du juge¬ ment où apparaîtra et votre vertu et leur per¬ versité. « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dités- le à la lumière, et ce que je vous dis à l’oreille, publiez -le sur les toits. » Ibid . 27. Ce que vous avez entendu dans le mystère, publiez-le ouver¬ tement; ce que vous avez appris à l'écart, pro- clamez-le en public; ce que je vous ai enseigné dans un petit coin de la Judée, allez avec au¬ dace le répandre dans toutes les villes et dans le monde entier. « Et ne craignez nullement ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’àme. » Ibid. 28. Si ceux qui tuent le corps ne peuvent tuer l’âme, c’est que l'âme est donc invisible et incorpo- Ibib. 25. Beolzebub, idolum est Àcarou, quod voca- tur iu Kegum volumine « idolum muscæ. » IV Reg. i. Beel, ipse est « Bel, » sive « Baal : Zebub » autem « imisca » dicitur. Priucipem ergo dæmoniorum ex spurcissimi idoli appellabant vocabulo, qui musca dicitur, propter imcuunditiam, quæ exterminât sua- vitatem olei. Eccl. x. « Nibil euim opertum est quod uoû revelabitur, et occultum quod uon scietur. » Matth. x, 26. Et quomodo iu præseuti sæculo multorum vitia nes- ciuntur ? Sed de futuro tempore [Al. sæculo] scribi- tur, quando judicabit Deus occulta [Al. abscondita] hominum, et illuminabit lalobras tenebrarum, et manifesta faciet consilia cordium. Et est sensus : Nolite timere persecutorum sævitiam, et blaspbe- mantium rabiem, quia veniet dies judicii, in quo et vestra virtus, et eorum nequitia demonstrabitur. « Quod dico vobis in tenebris, dicite in lumine ; et quod in aure auditis, prædicate super tecta. » Ibid. 27. Quod audistis in mysterio, apertius prædi¬ cate : quod dedicistis abscondite [Al. absconse] pu¬ bliée loquimini : quod vos erudivi in parvulo Judææ loco, in universis urbibus, et in loto mundo audacter edicite [Al. dicite J. « Et nolite timere eos qui oecidunt corpus, animnm autem non possuut occidere. » Ibid. 28. Si qui cor- TOME IX. relie, dirai-je, par rapport à l’épaisse substance de notre corps... Néanmoins, elle sera punie et ressentira les supplicec à cette heure où elle re¬ trouvera. son ancien corps, afin qu’elle soit châtiée en compagnie de celui avec lequel elle pécha. « Mais craignez plutôt celui qui peut précipi¬ ter l’âme et le corps dans la géhenne. Ce mot géhenne ne se trouve point dans livres anciens, et le Sauveur l'emploie le premier. Cherchons donc quelle peut être son origine. Nous avons lu maintes fois qu’il y avait une idole de Baal auprès de Jérusalem, au pied du mont Moria, où se trouve la fontaine de Siloe. Il se trouve-là une vallée et une petite plaine arrosée, pleine, d’ombrages et de charmes, et un bois consacré â cette idole. Le peuple d’Israël en était venu à ce degré de démence, qu’abandonnant le temple voisin de là, il y venait immoler des viclimes, et pervertis dans leurs sentiments par la mollesse même, ils brillaient leurs enfants en l’honneur des démons ou les consacraient à leurs mystères. On appelait ce lieu Jéhennon, ou vallée des fils d'Hénnon. Les livres des Rois, les Paralipomènes, et Jérémie en parlent longuement. C’est ce lieu que Dieu menace de remplir des cadavres des morts, pour qu’il ne s'appelle plus vallée de Tophet et de Baal, mais qu’il soit nommé Poly- drianum, c’est-à-dire tombeau des morts. C’est donc sous ce nom que sont désignés les sup- pus occiduut, animam non possu-nt occidere : ergo anima invisibilis et incorporalis est , secundum crassiorem dico nostri corporis substantiam. Vel eo certe tempore punietur, et supplicia sentiet, quando pristinum corpus receperit, ut cum quo peccavit, cum ipso et puuiatur. « Sed potins timete eum qui potest et animam, et corpus perdere in gehennam. » Nomen « gehen- næ, » iu veteribus libris non invenitur, sed primum a Salvatore ponitur. Quæramus ergo quæ sit sermo- nis hujus occasio. Idolum Baal fuisse juxta Jérusa¬ lem ad radices montis Moria, in quibus Siloe Huit ; non seine! legimus. III Reg. xi. Hæc vnllis et parvi c.ampi planifies, irrigua erat et nemorosa, plenaque : deliciis, et lucus in ea idolo consecratus. In tantam autem dementiam populus Israël veuerat, nt déser¬ ta ternpli vicinia ibi hostias immolaret, et rigorem religionis deliciæ vincerent, filiosque suos dæmoniis incenderent vel initiarent. Et appellabatur locus ille « gehennom, » id est, « vallis » filiorum [Al. filii] a Hennora. » Hoc Regum volumen, IV Reg. xxirr, et Paralipomenon, Il Par. xxvm, et Jeremias, 1er. vil, xix et xxxii, scribimt plenissime. Et comminatur Deus se locum ipsum impleturum cadaveribus mor- tuorum, ut nequaquam vocctur Tophet et Baal ; sed vocetur « Polyandrium, » id est, « tumulus mortuo- 37 578 SAINT 1 plices et les éternels châtiments que doivent endurer les pécheurs. Mais il y aune double géhenne, lisons-nous parfaitement dans Job, celle d’un feu excessif, et d’un horrible froid. Job . xxiv. « Deux passeraux ne se vendent-ils pas un as ? et néanmoins pas un d'entre eux ne tombe- t-il sur la terre sans votre Père? Les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. Ne éraignez donc pas, vous valez beaucoup plus que bien des passeraux. Quiconque donc me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux.» Mcitih. x,29 etseqq. C’est de lui-même que le Seigneur parle et ce qui suit est amené par ce qui précède. Prudent lecteur, évite toute interprétation superstitieuse, ce n’est point les Écritures que tu dois accommo¬ der à ton sens, mais ton sens aux Écritures, pour entendre ce qui va suivre. Il vient de dire : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme; » maintenant il ajoute comme conséquence : « Deux passereaux ne se vendent-ils pas un as et un seul d’entre eux tombe-t-il par terre sans votre Père? » Et voici le sens : Si de petits et vils animaux ne tombent point sans votre Père et si sa Providence est en eux tous, de sorte que ceux qui parmi eux doivent périr ne périssent point en dehors de rum. » Futura ergo supplicia et pœnæ perpeluæ, quibus peccatores cruciandi sunt, hujus loci voca- bulo denotantur. Duplicem aulem esse gehennam, nimii ignis et frigoris, in Job plenissime legimus. Job . xxiv. « Norme duo passeres asse veneunt, et unus ex illis non cadet super terrain sine Pâtre vestro ? Vestri autem et capilli capitis omnes numerati sunt. Nollte ergo timere, multis passeribus meliorcs estis vos. Omnis ergo qui confitebitur me coram liomini- bus, confitebor et ego eum coram Pâtre meo qui in cœlis est. Qui autem negaverit me coram homini- bus, negabo et ego eum coram Pâtre meo qui in cœlis est. » Matth. x, 29 et seqq. Hæret sibi serrno Dominions, et sequentia pendent ex superioribus. Prndens lector, cave semper superstitiosam intelli- gentiaro ; ut non tuo sensui attemperes Scripturas, sed Scripturis jungas sensum tuum, et intelligas quid sequatur. Supra dixerat : « Nolite timere eos qui occidunt corpus, animam autem non possunt occidere : » nunc loquitur consequenter, « Nonne duo passeres asse veneunt, et unus ex illis non cadet super terram sine Pâtre vestro ? » Et est sensus : Si parva animalia et vilia absque Deo auctore non JÉROME la volonté divine, vous, qui êtes éternels, vous ne devez pas avoir la crainte que vous aviez en dehors de la Providence de Dieu. Ce sens, au reste, est indiqué plus haut : « Considérez que les oiseaux du ciel ne sèment ni ne moisson¬ nent, ni ne ramassent dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit ; ne valez-vous pas plus qu'eux?» Et ensuite : Considérez com¬ ment croissent les lis des champs, » et le reste. « Si donc l’herbe du champ qui est aujourd’hui et qui demain sera jetée dans le four, Dieu la revêt ainsi, combien plus vous, hommes de peu de foi I » 11 y en a qui, forçant les choses, voient dans ces deux passereaux l’âme et le corps, et ils rapportent à ce sens les cinq passeraux qui sont vendus deux as, selon Luc. Luc xu. Mais comment ce sens s’adapte-t-il â tout le dis¬ cours évangélique? Ce n’est pas d’une petite difficulté. « Les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. N’ayez donc pas de crainte; vous êtes meilleurs que beaucoup de passe¬ reaux. » C’est faire ressortir plus clairement encore le premier sens de notre explication, qu’ils ne doivent pas craindre ceux qui peu¬ vent tuer le corps et ne peuvent tuerl'âine, parce que, si de petits animaux ue tombent point sans que Dieu le sache, à combien plus forte raison l’homme qui est revêtu de la dignité apostolique! Quand il dit : «Les cheveux de votre tête sont tous comptés, » il montre la pro¬ vidence infinie et l'affection ineffable de Dieu, à decidunt, et in omnibus est providentiel, et quæ in bis peritura sunl, sine Dei voluntate non pereunt : vos qui æterni estis, non debetis timere quod absque Dei vivatis providentia. Iste sensus et supra dictus est : « Respicite volatilia coeli, quoniam non serunt, neque metunt, neque congregant in horrea -t et Pater vester cœlestis pascit ilia. Nonne vos pluris estis illis? » Ac deinceps : Considerate lilia agri quomodo crescunt, » et reliqua. « Si autem fenum agri quod Uodie est, et cras in clibanum mittitur, Dcus sic vestit, quanto magis vos, modicæ fidei ! » Quidam coacte duos passeres, animam et corpus interpré¬ tante. Quinque quoque passeres, secundum Lucam, Luc. xu, qui duohus assibns veneunt, ad sensus referunt. Sed quomodo ilia intelligentia toto Evan- gelici sermonis corpori coaptetur, non parvæ diffi- cultatis est. « Vestri autem et capilli capitis omnes numerati sunt. Nolite ergo timere ; multis passeribus meliores estis vos. » Manifestius superior nostræ expositionis sensus expressus est : quod timere non debeant cos qui possunt occidere corpus, et animam non possunt, quoniam si sine Dei scientia parva quoque animalia non decidunt, quanto magis homo, qui apostolica fultus sit dignitato I Quod autem ait : COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. qui rien n’est caché de ce qui nous touche et à la connaissance de qui n'échappent point même nos oiseux et menus propos. A ce sujet, ils railleront l’interprétation de l’Église, ceux qui nient la résurrection de la chair, comme si nous disions que nous devons ressuciter avec tous ces cheveux qui ont été comptés et taillés par le ciseau. Le Sauveur n’a point dit : Tous les cheveux de votre tête doivent être conservés, mais sont comptés. Quand on dit nombre, on parle de la connaissance du nombre, mais nul¬ lement de sa conservation. « Gardez-vous de penser que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » Matth. x, 34. Il avait dit avant : « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le à la lumière, et ce que vous entendez à l’oreille, publiez-le sur les toits. » Il insinue ce qui doit suivre la prédica¬ tion. A l’occasion de la foi du Christ, le monde entier fut divisé ; chaque maison eut ses incro¬ yants et ses fidèles, et c’est ainsi que la bonne guerre fut déclarée pour troubler une paix mauvaise. C’est quelque chose de pareil, lisons- nous dans le Génèse, que fit Dieu contre ces rebelles qui étaient venus de l’Orient, et qui se hâtaient d’élever latourpar laquelle ils devaient pénétrer les hauteurs du ciel; il divisa leurs langues. C’est pourquoi David demande dans « vestri autem et capilli capitis omnes numerati sunt, » immensam Dei erga domines ostendit provi- dentiam, et ineffabilem signât aiîectum, quod nihil noslrum lateat Deum, et etiam parva et otiose dicta ejus scienliam non fugiant. Dérident intelligentiam ecclesiasticam in hoc loco, qui carnis resurrectioneua negunt, quasi nos et capillos qui numerati sunt, et a tonsore decisi, omnes dicamus resurgere, cum Salvator non dixerit : Vestri autem et capilli capitis omnes salvandi sunt, sed numerati sunt. Ubi nume- rus est, scientia numeri demonstratur, non ejusdem numeri conservatio. « Nolite arbitrari, quia veni pacem mi Itéré in ter- ram : Non veni pacem mi Itéré, sed gladium. » Matth. x, 34. Supra dixerat : « Quod dico vobis in tenebris, dicite in lumine ; et quod in aure auditis, prædicate super tecta. » Nunc infert quid post prædicationem sequatur. Ad fidem Chcisti, totus orbis contra se divisus est : unaquæque domus et infidèles habuit et credentes, et propterea bellum missum est bo- num, ut rumperetur pax mala. Taie quid et in Ge- nesi adversus rebelles homines, qui moti fuerant de Oriente, et turrem exstruere festinabant, Genes. xi, per quam cœli alla penetrarent, fecisse scribitur Deus, ut divideret linguas eorum."Unde et in psal- mo David precatur : Dissipa, Domine, gentes quæ bel la volunt. » Ps. 1 Vvn, 32. 579 un psaume : « Dissipez, Seigneur, les nations qui veulent la guerre. » Psalm . lxyii, 32. « Je suis venu, en effet, séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère; et les ennemis de l’homme sont ceux de sa maison. » Matth. x, 35- Ce passage se trouve dans le prophète Michée presque dans ' les mêmes termes. « Mich. vu. Il faut remar¬ quer aussi, lorsqu'on invoque quelque passage de l'Ancien Testament , si c'est quant au sens seulement, ou en propres termes qu’on le cite. « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Et qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. » Ibid. 37. Celui qui avait dit : « Je ne viens pas apporter la paix, mais le glaive, » et sou¬ lever les hommes contre leur père et leur mère et leur belle mère, ajoute, pour que personne ne sacrifie la, religion à son cœur : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi. » Nous lisons dans le Cantique des cantiques : « Réglez en moi la charité, » cet ordre est nécessaire dans toute affection. Aimez, après Dieu, votre père, aimez votre mère, aimez vos enfants. Mais s’il advient qu’il soit nécessaire de mettre en balance l'amour des parents et des enfants avec l’amour pour Dieu, de telle sorte que ces deux amours ne puissent aller ensemble, haïssez les vôtres, et aimez Dieu. Il n’a donc pas défendu d’aimer « Veüi enim separare hominona adversus patrem suum, et filiam adversus matrem suam, et nurum adversus socruna suam ; et inimici hominis, domes- tici ejus. » Matth. x, 35. Hic locus prope eisdem verbis in Michæa propheta scribitur. Mich. vu. Et notandum ubicuoaque de veteri TesLamento testimo- nium ponitur, utrum sensus tantum, an et sermo consentiat. « Qui amat patrem aut matrem plus quam me, non est me dignus. Et qui amat filium aut filiam super me, non est me dignus. » Matth. x, 37. Qui ante præmiserat : « Non veni pacem mittere, sed gladium ; » et dividere homines adversum patrem et matrem, et socrum, ne quis pietatem reli^oni ante- ferret, subjecit dicens, « Qui amat patreui aut ma¬ trem plus quam me. » Et in Canlico legimus Canti- corum : « Ordinale in me charitateui. » Cant. n, 4. Hic ordo in omni affectu necessarius est. Âma post Deum patrem, ama matrem, ama filios. Si autem nécessitas venerit, ut amor parentum ac filiornm Dei amori comparetur, et non possil utrumque ser- vari, odium in suos, pietas in Deum sit [Al. Ibid. 30. Comment l'Évangile est-il plus léger que la loi, puisque la loi ne condamne que l'homicide, tandis que l’Evangile va jusqu’à condamner la colère? Par quelle raison la grâce de l’Evangile est-elle plus facile, puisque la loi ne punit que l’adultère, tandis que l’Evangile punit encore la concupiscence ? Dans la loi, il y a un grand nombre de préceptes que l'Apôtre enseigne très clairement ne pouvoir pas être accomplis ; Act. xv ; dans la loi sont requises un grand nombre d’œuvres qui donnent la vie à ceux qui les auront faites. Dans l’Evangile est exigée la volonté, laquelle ne perd pas sa ré¬ compense, lors même que l’effet ne s’en suit pas. L'Evangile commande ce qui est en notre pouvoir, par exemple, ne pas convoiter ce qui ne nous appartient pas ; cela dépend de nous. Le loi punit l’effet, tandis qu’elle ne punit pas la volonté. Ne commets pas l’adultère, dit-elle. Imaginez que dans la persécution une vierge a été prostituée ; comme cela s’est fait contre sa volonté, aux yeux de l’Evangile, parce qu’elle ne pèche pas par la volonté, elle ne cesse pas d’être vierge, au lieu que, dans la loi, elle serait répudiée comme ayant été cor¬ rompue. « En ce temps-là Jésus passait le long des « Iniquitates raeae aggravatæ sunt super me. » Psal. xxxvn, 5. Vel certe eos qui gravissimo Legis jugo premebantur, ad Evangelii invitât gratiam. « Jugum enim meum suave est, et onus meum leve est. » Ibid. 30. Quomodo levius Lege Evange¬ lium, cum in Lege homicidium, in Evangelio ira damnetur? Qua ratione Evangelii gratia facilior, cum in Lege adulterium, in Evaugelio coucupiscen- tia puniatur? In Lege multa præcepta suut, quæ Apostolus non posse compleri plenissime docet. Act. xv. In Lege opéra requiruntur, quæ qui fecerit, vivet in eis. In Evaugelio voluntas quæritur : quæ etiarasi effectum non habuerit, tamen præmium non amittit. Evangelium ea præcipU quæ possumus : ne scilicet concupiscamus : hoc in arbitrio nostro est. Lex cum voluntatem non puniat, punit cffectum, ne adulterium facias. Finge in pcrsecutione aliquam virginem prostitutam. Ilæc apud Evangelium, quia voluntatenon peccat, virgo suscipitur: in Lege quasi corrupta repucliatur. « In illo tempore abiit Jésus sabbato per sata : discipuii autem ejus esurientes coeperunt evellere spicas, et mandpcare, » Ibid, xn, 1, In alio quoque 589 COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. blés un jour de sabbat, et ses disciples ayant faim se mirent à rompre des épis et à en man¬ ger. » Matth. xii, 1. Nous lisons aussi dans un autre évangéliste, qu'à cause d’une impor¬ tunité excessive, ils n’avaient pas même le temps de manger, et c’est pour cela qu’ils avaient faim comme hommes. Marc, n et Luc . vi. Or, en ce qu'ils frottent dans leurs mains l'un contre l’autre des épis de blé, pour soulager leur faim, c’est l’indice de la vie plus austère de personnes qui cherchent non des mets (soigneu¬ sement) préparés, mais une nourriture simple. u Les pharisiens voyant cela, lui dirent : Voilà que vos disciples font ce qu'il n’est, pas permis de faire aux jours du sabbat.» Ibid. 2. Notez que les premiers Apôtres détruisent la lettre du sabbat contre les Ebionites qui, rece¬ vant les autres Apôtres, rejetaient Paul comme transgresseur de la loi. « Mais il leur dit : N’avez-vous point lu ce que fit David, lorsque lui et ceux qui l’accom¬ pagnaient furent pressés de la faim? Comment il entra dans la maison de Dieu, et mangea les pains de proposition, dont il n’était permis de manger ni à lui, ni à ceux qui ôtaient avec lui, mais aux prêtres seuls ? » Ibid. 3,4. Pour réfuter la calomnie des pharisiens, il rappelle une his¬ toire des temps passés, alors que David, fuyant Saül, vint à Nobé, et qu’ayant ôté reçu par le grand-prêtre Achimélech, il lui demanda à manger; le grand-prêtre n’ayant pas des pains pour le peuple, lui donna des pains consacrés, evangelista legimus, quod propter nimiam importu- nitaten), nec vescendi quidem habehaut locum, et ideo quasi hommes esuriebant. Marc, n, et Luc. vu Quod autem spicas segelum manibus confricant, et inediam consolanlur, vitæ austerioris indicium est ; non præparatas epulas, sed cibos simplices quæren- tium. « Pharisæi autem videntes, dixeruut ei : Ecce discipuli tui faciunt, quod non licet eis facere sabba- tis.. » Ibid. 2. Nota quod primi apostoJi Salvatoris litteram sabbati destruunt, adversus Eblonitas, qui cuin cæteros recipiant apostolos, Paulum quasi transgressorem legis répudiant. a Atille dixit eis : Non legistis quid fecerit David, quando esuriit, et qui cum eo erant : quomodo intravit in dornum Dei, et panes propositionis co- rnedit, quos non licebat ei comedere, neque bis qui cum eo erant, ni si solis sacerdotibus ? » Ibid. 3, 4. Ad confutandam calumniam Pharisæorum, veteris recorduLur liistoriæ, quando David fugiens Saulem, venit in Nobe, et ab Achimelech sacerdote suscep- tus, postulavit cibos , qui cum panes laicos non haberet, dédit ei consecratos, quibus non licebat quoiqu'il ne fût pas permis d'en manger qu’aux prêtres et aux lévites. 11 se contenta de lui de¬ mander s’ils étaient purs à l’égard des femmes; et David lui ayant répondu qu’ils ne s'en étaient pas approchés depuis la veille et l’avant- veille, il ne fit pas difficulté de lui donner ces pains, croyant qu’il valait mieux, selon la parole d'un prophète qui dit : « Je veux le. miséricorde, et non le sacrifice, » Osée , vi, 6, délivrer des hom¬ mes du danger de la faim, que d’offrir à Dieu un sacrifice ; car le salut des hommes est une hostie qui appaise Dieu. Le Seigneur opposant; donc cet exemple, leur dit : Si David aussi est saint, et si vous ne blâmez pas la conduite du grand -prêtre Achimélech , en reconnaissant qu’ils ont eu l’un et l’autre une excuse légitime pour transgresser un commandement de la loi, puisque la faim était en cause, pourquoi n'ap¬ prouvez-vous pas dans les Apôtres la même faim que vous approuvez dans les autres, quoi que en cela même il y ait une grande différence, puique les apôtres ne font que frotter dans leurs mains, l'un contre l’autre, des épis, lejour du sabbat, tandis que David et ses compagnons : mangeaient des pains destinés aux lévites, dans une circonstance où, à la solennité du sabbat, s’ajoutaient les jours de fêtes de la nouvelle lune, dans lesquels David, ayant été réclamé au festin par Saül, s’était enfui de la cour de ce: roi? Observez que ni David, ni ses serviteurs ne reçurent les pains de proposition qu’après avoir répondu qu’ils étaient purs à l'égard des femmes. vesci nisi solis sacerdotibus et levitis.Et hoc tantum interrogavit si esseut mundi pueri a mulieribus : et illo respondente, ab heri et uudiustertius, non du- bitavit panes dare , melins arbitratus , propbeta dicente : « Misericordiam volo, et non sacrificium, » Osee. xi, G, de fanais periculo homiues liberare, quam Deo offerre sacrificium. Hostia enim placabilis Deo, hominum sains est. Opponit ergo Dominus, et dicit : Si et David sanctus est, et Achimelech ponti¬ fe x a vobis non reprehenditur, sed Legis uterque mandatum probabili excusatioue transgressi sunt, et famés in causa est, cur eamdem famem non pro- batis in apostoiis, quam probalis in cœteris ? Quam- quam et in hoc magna distantia sit. isti spicas in sabbato manu confricant , illi panes comederunt Leviticos, et ad sabbati solemnitatem accedebant Neomeniarum dies , quibus in convivio requisitus fugit ex aularegia. Observa quod panes propositio¬ nis nec David, nec pueri ejus acceperint, antequam se a mulieribus mundos esse responderent. «Àut non legistis in Lege,quia sabbatis sacerdotes in templo sabbatum violant, et sine crimine sunt. » Ibid . 5. Calumniamini* inquitj discipulos meos, cur 590 SAINT JÉROME « Ou n’avez-vous point lu dans la loi que les prêtres, au jour du sabbat, violent le sabbat dans le temple, et ne sont pas néanmoins cou¬ pables?» Ibid. 5. Vous calomniez, dit-il, mes disciples de ce que, passant le long des blés, ils ont rompu des épis, et cela dans un moment où ils étaient pressés vivement par la faim, et vous ne faites pas attention que vous-mêmes vous violez le sabbat dans le temple, en immo¬ lant des victimes, en tuant des taureaux, et brûlant des holocaustes sur un tas de bois ; et, selon la foi d'un autre évangéliste, en donnant la circoncision aux petits enfants le jour du sabbat, et vous ne considérez pas qu’en dési¬ rant observer une autre loi, vous détruisez le sabbat. Cependant les lois de Dieu ne sont ja¬ mais en opposition ; et c’est dans sa prudence que le Seigneur dit que ses disciples n’avaient fait que suivre les exemples de David et d’Achi- mélech, dans une circonstance où on aurait pu leur reprocher d’avoir transgressé la loi de Dieu; et il met au compte des auteurs mêmes de la calomnie le vrai manquement à la loi du sabbat, sans que même ils fussent excusés par la nécessité. « Or, je vous déclare qu’il y a ici quelqu'un plus grand que le temple. » Ibid. 6. Le mot latin hic, n’est pas un pronon, mais un adverbe de lieu ; car le lieu qui contient le Seigneur du temple est plus grand que le temple. « Mais si vous saviez ce que veut dire cette parole : Je veux la miséricorde et non le sacri¬ fice, Osée , vi, 6, vous n’auriez jamais condam- per segetes transeuntes, spicas triverint, et hoc fe- cerint famis necessitate cogente, cum et ipsi sabba- tum violetis in Templo, immolantes victimas, cæden- tes tauros,holocausta6uperlignorom struemincendio concremantes : et juxta alterius Evangelii fidem) Joan. vi, circumcidenlesparvulosin sabbato, ut dum . aliam Legem servare cupitis, sabbatum destruatis. Numquam autem Leges Dei sibi contrariæ sunt. Et prudenterubi transgression^ discipuli sui argui po- terant, David et Acbimelech dicit exempla sectatos : veram autem etabsque necessitatis obtentu, sabbati prævaricationem in ipsos refert, qui calumniam fe- cerant. « Dico autem vobis, quia templo major est hic. » Ibid. 6. Hic, non pronomen, sed adverbium loci est ; quod major templo sit locus, qui Dominum templi teneat. « Si autem sciretis quid est : Misericordiam volo, et non sacrificium ; Osee vi, 6 ; numquam condem- nassetis innocentes. » Ibid. 7. Quid sit, volo miseri¬ cordiam, et non sacrificium, supra diximus. Quod autem sequitur : « Numquam condemnassetis inno- né des innocents. » Ibid. 7. Nous avons dit plus haut ce que signifient ces paroles : Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Pour ce qui suit : « Vous n’auriez jamais condamné des innocents, » il faut l’entendre des Apôtres. Et en voici le sens : Si vous avez approuvé la mi¬ séricorde d’Achimélech, en ce qu’il répara les forces de David et de ses serviteurs qui étaient en danger de mourir de faim, pourquoi con¬ damnez-vous mes disciples, qui n’ont rien fait de tel ? « Etant parti de là, il vint dans leur synago¬ gue, où il se trouva un homme qui avait une main sèche. » Ibid. 8. C’est le treizième malade qui est guéri dans la synagogue ; et il faut noter que ce n’est ni en chemin, ni dehors, mais dans l’assemblée des Juifs qu'une main desséchée est guérie. « Et ils l’interrogeaient en disant : Est-il per¬ mis de guérir le jour du sabbat? Ils disaient cela pour avoir un sujet de l'accuser. » Ibid. 9. Parce qu’il avait excusé, par un exemple digne d’approbation, ses disciples de la violation du sabbat, qui leur était reprochée par les phari¬ siens, ceux-ci veulent le calomnier lui-même ; et ils interrogent s’il est permis de guérir aux jours du sabbat, afin de l’accuser de cruauté ou d'impuissance, s’il ne guérit pas, et dans le cas contraire, de transgression. « Mais Lui leur dit : Quel sera l’homme parmi vous qui, ayant une brebis qui vienne à tom¬ ber dans une fosse, le jour du sabbat, ne la prendra pas pour l’en retirer? Combien un centes, » de apostolis intelligendum est. Et est sen- sus : Si misericordiam comprobastis Achimelech, eo quod famé periclitantem refocillaverit David et pue- ros ejus ; quare discipulos meos condemnatis, qui nihil taie fecerunt ? « Et cum inde transisset, venit in synagogam eo- rum. Et ecce homo manum habens aridam. » Ibid . 8. Tertius decimus iste est, qui curatur in synagoga. Et notandum , quod non in itinere et foris, sed in conciliabulo Judæorum mauus arida fuerit sanata. « Et interrogabant eum, dicentes : Si licet sabbatis curare; ut accusarent eum. » Ibid . 9. Quia destruc- tionem sabbati, quam [al. qua et discipulos] Pharisæi in discipulis arguebant, probabili exemplo excusa- verat, ipsum calumniari volunt; et interrogant utrum liceat curare in sabbatis; ut si non curaverit, crude- litatis aut imbecillitatis; si curaverit, transgression^ accusarent [al. accusent ]. « ïpse autem dixit illis : Quis erit ex vobis homo qui habeat ovem unam, et si ceciderit hæc sabbatis in foveam, nonne tenebit et levabit [al. allevabit] eam ? Quantô magis melior est homo ove l ltaque 501 COMMENTAIRES SUR L’ËYANGILE DE SAINT MATTHIEU. homme ne vaut-il pas mieux qu’une brebis I 11 est donc permis de faire du bien les jours du sabbat.» Ibid. 10 et seqq. Il résout la question proposée, en condamnant d’avarice ceux qui l’interrogeaient. Si vous, dit-il, vous vous hâtez de délivrer une brébis ou un autre animal, quel qu’il soit, qui est tombé dans une fosse, le jour du sabbat, faisant cela, non par amour pour la bête, mais par avarice, combien je suis obligé moi-même de délivrer un homme, qui est bien meilleur qu’une brebis? « Alors il dit à cet homme : Etendez votre main. Il l’étendit, et elle devint saine comme l’autre.); Ibid. 13. Dans l’évangile dont se ser¬ vent les Nazaréens et les Ebionites, et que nous avons traduit récemment de l’hébreu en grec, et que plusieurs appellent l’Evangile authen¬ tique de saint Mathieu, il est écrit que cet homme qui a une main desséchée est un ma¬ çon, demandant du secours en ces termes : J’étais maçon; je gagnais ma vie du travail de mes mains ; je vous supplie, ô Jésus, de me rendre la santé, de peur que je ne mendie hon¬ teusement ma nourriture. Jusqu’à la venue du Sauveur, il y eut dans la synagogue des Juifs une main desséché, et les œuvres de Dieu ne s’y faisaient pas; mais quand il fut venu sur la terre, la main droite fut rendue dans la per¬ sonne des Apôtres, qui croyaient, et elle fut res¬ tituée au travail d’autrefois. « Mais les pharisiens, étant sortis, tenaient conseil contre Lui , pour savoir de quelle licet sabbatis benefacere.» Matth. xu, 10-13. Sic sol- vit propositam quæstionem, ut interrogautes avari- tiæ condemuaret. Si vos, inquit, ia sabbato ovem et aliud quodlibet auimal in foveam decidens, eripere festinatis, non animali, sed vestræ avaritiæ consu- lentes, quanto magis ego hominem, qui multo melior est ove, debeo liberare ! « Tune ait homini : Extende manum tuam. Et extendit, et restituta est sanitati sicut altéra. » Ibid. 13. In Evangelio, quo utuntur Nazaræni et Ebionitæ (quod nuper in Græcum de Hebræo sermone transtu- limus, et quod vocatur a plerieque Matthæi authen- ticum), homo iste, qui aridam habet manum, cæ- mentavius scribitur ; istius modi vocibus auxilium precans : Cæmentarius eram , manibus victum quæ- ritans ; precor te, Jesu, ut mihi restituas sanitatem, ne turpiter mendicem cibos. Usque ad adventum Salvatoris arida manus in synagoga fuit Judæorum, et Dei opéra non fiebant in ea ; postquam ille venit in terras, reddita est in apostolis credentibus dex- tera, et operi pristino restituta. « Exeuntes autem Pharisæi, consilium faciebant adversus eum, quomodo perderaat eum. » Ibid. 14. manière ils le perdraient. » Ibid. 14. C’est . l’envie qui est cause qu’ils dressent des em¬ bûches au Seigneur; car qu’avait-il fait qui fût de nature à exciter les pharisiens à le faire mourir? Y avait-il quelqu'un parmi les phari¬ siens qui n’eût pas étendu sa main le jour du sabbat, soit pour porter des aliments, soit pour présenter un vase à boire, soit pour faire les autres choses qui sont nécessaires pour se nourrir? S’il n’y a donc point de crime d’éten¬ dre sa main et de soulever les aliments et le breuvage le jour du sabbat, pourquoi blâment- ils dans autrui ce qu’ils sont convaincus de faire eux-mêmes, alors surtout que ce maçon n’a rien porté de tel, mais n'a fait qu’étendre sa main, au commandement du Seigneur? « Jésus, le sachant, s’éloigna de là; et beau¬ coup de personnes l’ayant suivi, il les guérit toutes ; et il leur ordonna de ne point le décou¬ vrir', afin que cette parole du prophète Isaïe fût accomplie. » Matth. xn, 15-17. Connaissant les embûches que lui dressaient les pharisiens, parce qu’ils avaient résolu de perdre leur Sau¬ veur, il s’éloigna de ce lieu, pour enlever aux pharisiens une occasion d’impiété à son égard. « Voici mon serviteur que j’ai élu, mon bien- aimé dans lequel j’ai mis toute mon affection. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, et il annon¬ cera la justice aux nations. Il ne disputera point, et il ne criera point. » Ibid. 18. Par le prophète Isaïe, il est dit, en la personne de Dieu le Père : « Je ferai reposer sur lui mon Esprit. Quod Domino moliuntur insidias, livor in causa est. Quid enim fecerat, ut Pharisæos interfectionem sui provocaret ? nempe quod homo extenderat manum. Quis enim Pharisæorum in die sabbati non extendit manum, portans cibos, calicemque porrigens, et cætera quæ victui necessaria sunt? Si ergo manum extendere et alimenta sublevare vel potum in sabbato, non est criminis ; cur hoc in alio arguunt quod ipsi facere coarguuntur, præsertim cum iste cæmentarius nibil taie portaverit, sed ad præceptum Domini so- lam extenderit manum ? « Jésus autem sciens, recessit inde, et secuti sunt eum multi, et curavit eos omnes. Et præcipit eis, ne manifestum eum facereut, ut adimpleretur quod dictum est per Isaiam prophetam, dicentem. » Ibid . 15 et seqq. Sciens insidias eorum,quod vellent per- dere Salvatorem suum, recessit inde, ut Pharisæis contra se occasionem impietatis auferret. « Ecce puer meus, quem elegi ; dilectus meus, in. quo bene complacuit animæ meæ. Ponam spiritum meum super eum, et judicium geutibus nuntiabit. Non contendet, neque clamabit.» Ibid. 18. Per Isaiam prophetam ex persona Patria hoc dieitur : « Ponam 592 SAINT JEROME Isa. xlit, 4 . L’Esprit se repose non sur le Verbe de Dieu et sur le Fils unique qui est sorti du sein de son Père, mais sur celui de qui il a été dit : « Voici mon serviteur. » Ibid. ot Personne n’entendra sa voix dans les places publiques.» Ibid. 49. Car est large et spacieux le chemin qui conduit à la perdition, et il y en beaucoup qui y entrent. Supra vu. Ce grand nombre de gens n’écoutent pas la voix du Sau¬ veur, parce qu’ils ne sont pas dans le chemin étroit, mais dans le chemin spacieux. a II ne brisera point le roseau cassé, et il n’é¬ teindra pas la mèche qui fume encore, jusqu’à ce qu’il fasse triompher la justice; et les nations espéreront en son nom. » Ibid. 20, 24. Celui qui ne tend pas la main au pécheur, et ne porte pas le fardeau de son frère, celui-là brise le roseau cassé ; et celui qui méprise dans les pe¬ tits une modique étincelle de foi, éteint la mèche qui fume encore. Le Christ n’a fait ni l’une ni l’autre de ces choses, car il était venu pour sauver ce qui avait péri. «Alors on lui présenta un possédé, aveugle et muet, et il le guérit, en sorte qu’il parlait et voyait. Tout le peuple était dans la stupéfaction et disait : N'est-ce point là le fils de David ? Mais les pharisiens entendant cela, disaient : Cet homme ne chasse les démons que par la vertu de Béelzébud, prince des démons. » Ibid. 22 et seqq. Trois prodiges sont opérés à la fois dans un seul homme : l’aveugle voü, le muet spiritum meum super eum. » Isai. xm, 4. Spiritus poniturnon super Dei verbum, et super unigeuitura, qui de sinu processit Patris, sed super eum, de quo dictum est: « Ecce puer meus. » Ibidem. « Neque audiet aliq.uis in plateis vocem ejus. » Matth. xn, 49. Lala enim est et spatiosa via, quæ ducit ad perditionem, et multi ingrediuntur per eam. Supra vu. Qui multi vocem non audiunt Sal- vatoris, quia non sunt in arcta via, sed in spatiosa. « Arundinem quassatam non confringet, et linum fumigans non exstinguet, donec ejiciat ad victoriam judicium; et in nomine ejus gentes sperabunt. » Ibid. 20, 24. Qui peccatori non porrigit manum, nec portât onns fratris sni, iste calamum quassatum confringit. Et qui modicam scintillam fidei contemnit in parvulis, hic linum exstinguit fumigans. Quorum neutrum Christus fecit ; ad hoc enim venerat, ut salvuni faceret quod perierat. « Tune oblatus est ei dæmonium liahens , cæcus et mutus, et curavit eum, itaut loqueretur et videret. Et stupebant omnes turbæ, et dicebant : Numquid hic. est fîlius David ? Pharisæi autem audientes, dixe- runt : Hic non ejicit dæmones , nisi in Beelzebub principe dæmoniorum. » Ibid. 22 et seqq. Tria signa parle, le possédé du démon est délivré. Ce qui, à . la. vérité, fut fait alors charnellement, est accompli chaque jour dans la conversion des croyants, en sorte qu’après l’expulsion du dé¬ mon, ils voient d’abord la lumière de la foi, et ensuite leur bouche, auparavant muette, s’ouvre pour célébrer les louanges de Dieu. « Or, Jésus connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera désolé, et toute ville ou maison divisée contre elle-mémo ne subsistera pas, » Ibid. 2 ü. Les foules étaient dans la stupéfaction, et confes¬ saient que celui qui faisait de si grands pro¬ diges était Je Fils de Dieu; mais les pharisiens attribuaient les œuvres de Dieu au prince des démons. Le Seigneur répond, non à leurs pa¬ roles, mais à leurs pensées, afin qu’ainsi ils fussent du moins forcés de croire à la puissance de Celui qui voyait ce qu’il y a de caché dans le cœur. « Si Satan chasse Satan, il est divisé contre lui-méme; comment donc son royaume sub¬ sistera-t-il? » Ibid. 26. Un royaume et une ville en état de division ne peuvent pas de¬ meurer fermes ; mais de môme que les petites choses croissent par la concorde, ainsi les plus grandes se ruinent par la discorde. Si donc Satan combat contre lui-même, et si le démon est ennemi du démon, la consommation du monde devrait être déjà venue, en sorte que les puissances opposées n’auraient pas de lieu simul in uno homine perpetrata sunt : Cæcus videt, mutus loquitur, possessus a dæmone liberatur. Quod et tune quidem carnaliter factum est, sed et quotidie complétai’ in conversione credentium, ut expulso dæmone, primum fidei lumen aspiciant, deinde in la,udes Dei tacentia prius ora laxentur. « Jésus autem sciens cogitationes eorum, dixit eis : Omne regnum in se divisum desolabitur, et omnis civitas vel domus divisa contra se, non stabit. » Ibid. 21b Turbæ stupebant et eonütebantur eum, qui tanta signa faciebat, esse filium David : Pharisæi vero opéra Dei principi dæmoniorum deputabant. Quibns Do- minus non ad dicta, sed ad cogitata respondit : ut vel sic compellerentur credere potentiæ ejus, qui cordis videhat occulta. « Et si Satanas Satanam ejicit, adversus se divisus est; quomodo ergo stabit regnum ejus. » Ibid . 26. Non potest regnum et civitas contra se divisa per- stare; sed quomodo concordia parvæ res crescunt, ita discordia maximæ dilahuntur. Si ergo Satanas pugnat contra se, et dæmon inimicus est dæmonis, deberet jam mundi venisse consummatio ; ut non haberent in eo locum adversariæ potestates, quarum inter se bellum, paxhominum est. Si autem putatis, 593 COMMENTAMES SUR L’ÉVANGILE. DE SAINT MATTHIEU. en lui, attendu que la guerre de ces puissances entre elles est la paix pour les hommes. Que si vous pensez, ô scribes et pharisiens, que l'é¬ loignement des démons est un effet de leur obéis¬ sance pour leur prince, afin do se jouer, par une simulation trompeuse, des hommes igno¬ rants, que pouvez-vous dire des guérisons que le Seigneur a opérées dans les corps? C’est autre chose, si vous attribuez également aux démons les faiblesses des membres et les insignes des vertus spirituelles. « Et si moi, je chasse les démons par Béelzé- bud, par qui vos enfants les chassent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mômes vos juges. » Ibid. *27. Par enfants des Juifs, il fait entendre, selon la coutume, ou les exorcistes de la nation juive, ou bien les Apôtres, engendrés de leur race. S’il fait entendre les exorcistes qui chas¬ saient les démons par l’invocation de Dieu, dans ce cas, il presse les Juifs par une interro¬ gation prudente, afin qu’ils avouent que e’est l’œuvre du Saint-Esprit. Que si l’expulsion des démons par vos enfants, dit-il, est attribuée A Dieu, non aux démons, pourquoi la même œu¬ vre n’aurait- elle pas aussi en moi la même cause? Donc, ils seront eux-mêmes vos juges, non par puissance, mais par comparaison, puisqu’ils attribuent à Dieu l’expulsion des dé¬ mons, tandis que vous l’attribuez à Béelzébud, prince des démons. Mais si cela a été dit des Apôtres, comme nous devons plutôt l’entendre, ils seront eux-mômes vos juges, puisqu’ils se- o Scribæ et Pharisæi, quod recessio dæmonum obe- dientia sit in principem suum, ut bomines ignoran¬ tes fraudulenta simulation e d éludant, quid potestis dicere de corporum sauitatibus, quas Dominus per- petravit? Aliud est si membrorum quoque débilitâtes et spiritualium virtutum insignia dæmonibus assi- gnatis. «Et si ego in Beelzebub cjicio dæmones, filii vestri in quo ejiciunt? Idco ipsi judices vestri orunt. » Ibid. 27. Filios Judæoruin, vel exorcistas gentis illius, ex more signifient , vel apostolos , ex eorum stirpe generatos. Si exorcistas, qui ad invocationem Dei ejiciebant dæmones , coarctat iuterrogatione prudenti, ut confiteantur Spiritus sancti esse opus. Quod si expulsio dæmonum, inquit, in ftliis vestris, Deo, non dæmonibus depntatnr; quare in me idem opu9 non eamdem habcat etcausam? Ergo ipsi ju¬ dices vestri erunt, non potestate, sed comparationc ; dum illi cxpulsionem dæmonum Deo assignant ; vos Beelzebub principi dæmoniorum. Sia autem de apo- stolis dictum est, quod et ni agis intelligere debemus, ipsi erunt judices eorum ; quia sedebunt in duodeoim TOME IX. ront assis sur douze trônes et jugeront les douze tribus d’Israël. Matth. xix et Luc. xxii. ce Mais si je chasse les démons par l’Esprit de Dieu. '> Ibid. 38. Dans Luc, nous lisons ce passage, écrit ainsi : «Mais si je chasse les démons par le doigt de Dieu. » Luc. xi. 20. C’est ce doigt que les mages, qui faisaient des prodiges contre Moïse et Aaron, avouent en disant : « C’est le doigt do Dieu qui agit ici, » Exod. vin, 19, ce doigt avec lequel furent écrites les tables de pierre sur le mont Sinaï. Deut. iv. Si donc le Fils est la main et le bras de Dieu, et l’Esprit saint, son doigt, le Père, le Fils et le Saint Esprit n’ont qu’une seule substance ; ne soyez pas scandalisés par l’inégalité des membres, alors que l’unité du corps vous édifie. « Le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu’à vous. » Ou il veut parler de lui -même, dont il est écrit dans un autre endroit : » Le royaume de Dieu est au-dedans de vous; » Luc. xvi-i, 21 ; et : « 11 y a quelqu’un au milieu de vous que vous ne connaissez pas; » Joan. i, 26; ou du moins ce royaume c’est celui que Jean et le Seigneur lui-même avaient prêché, lors¬ qu’ils avaient dit : « Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche. » Suprà. ni. Il y a aussi un troisième royaume, celui de l’Ecri¬ ture sainte, lequel sera enlevé aux Juifs, et donné à un peuple qui en produira les fruits. » Infrà. xxi. « Ou, comment quelqu’un peut-il entrer dans la maison du fort et piller ses armes et ce qu’il soliis, judicantes ckiodecim tribus Israël. Matth. xix, et Luc . xxii. « Si autem ego in spiritu Dei ejicio dæmones. » Ibid. 26. lu Luca istum locum ita scriptum legimus : « Si autem ego iu digito Dei ejicio dæmones. » Luc. xi, 20. ïste est digitus quem confitentur et Magi, qui contra Moysen et Aaron signa faciebant, dicentes : « Digitus Dei est iste; Exod. vm, 9 ; quo iabulæ la- pideæ scriptæ sunt in monte Sina. Dcut. îx. Si igitur manus et brachium Dei , Filins est; et digitus cjus Spiritus sanotus, Patris, et Filii , et Spiritus sancti una suhstantia est; non te scandaüzet membrorum inæqualitas, cum ædificet unitas corporis. « Igitur pervenit in vos regnu m Dei. » Vel seipsum signifleat, de quo in alio loco scriptum est : «Regnum Dei intra vos est. » Luc. xvii. 21. Et : « Médius stat inter vos, quem nescitis; » Joan. i, 26; vel certe illud regnum quod et Joannes et ipso Dominus præ- dicaverant : « Pcenitentiam agite, appropinyuabit enim regnum cœlorum. » Supra ni, 2. Est et tertium regnum S cri p tune sanctæ, quod aufertur a Judæis, et tradetur genti facienti fructus cjus. Infra xçi. 38 ■ 894 SAINT JEROME possède, s’il n'a lié auparavant le fort, pour pouvoir ensuite piller 3a maison. » Ibid. 29. Nous ne devons pas être en assurance : Les cris même de victoire que fait entendre le vainqueur prouvent la force de notre adversaire. Sa mai¬ son, c'est le monde qui est tou t-û-fait établi dans le mal, I Joan. v, non par la dignité du Créa¬ teur, mais par la grandeur du délinquant. Ses vases, c'est nous, qui les avons été autrefois. Le fort a été lié et relégué dans letartare et écrasé par le pied du Seigneur ; l'empire du tyran ayant été détruit, la captivité a été emmenée captive. « Celui qui n'cst point avec moi est contre moi ; et celui qui n'amasse point avec moi, dissipe. C’est pourquoi je vous déclare que tout péché et tout blasphème sera remis aux hom¬ mes, mais l’esprit de blasphème ne sera point remis. » Ibid. 30, 31. Qu'on n'aille pas croire que cela a ôté dit des hérétiques et des schis¬ matiques, quoiqu'on pût au surplus l'entendre ainsi ; mais, d'après les conséquents et le texte même du discours , cela se rapporte au dia¬ ble, parce que les œuvres du Sauveur ne peu¬ vent pas être comparées à celles de Bôelzèbud. Celui-ci désire tenir les âmes dans la captivité, et le Seigneur a â cœur de les délivrer. Béelzc- bud prône les idoles , et le Seigneur prêche la connaissance d’un seul Dieu. Le démon entraîne aux vices , le Seigneur rappelle aux vertus. Comment donc pourraient être d'accord entre eux ceux dont les œuvres sontopposées? « Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, elle lui sera remise ; mais si quelqu’un en dit une contre le Saint-Esprit , elle ne lui sera remise ni dans ce siècle, ni dans le siècle â venir. » Ibid . 32. Et comment quelques-uns des nôtres rétablissent-ils dans leur dignité des évêques et des prêtres qui ont blasphémé contre le Saint-Esprit , alors que le Sauveur déclare que tout péché et tout blas¬ phème est remis aux hommes ; mais que le pé¬ ché de blasphème contre le Saint-Esprit ne sera remis ni dans le temps présent, ni dans le siècle futur ? A moins peut-être que nous pre¬ nions cet exemple de l'évangéliste Marc, qui a exprimé plus clairement les causes d’une si grande colère, en disant : Qu'ils prétendaient qu’il était possédé d'un esprit impur. Donc quiconque aura attribué les œuvres du Sau¬ veur à Béeizébud, prince des démons, et aura dit que le Fils de Dieu est possédé d’un esprit impur, n’obtiendra en aucun temps le pardon de son blasphème. Marc, m, 30. Ou bien voici comment il faut entendre ce passage : Celui qui, scandalisé par ma chair, aura parlé contre le Fils de l’homme, et croyant que je ne suis qu’homme, parcoque j'ai pour père un artisan, et pour frères Jacques et Joseph etJude, m'aura traité de gourmand et d’ivrogne, sera pardon - « Aut quomodo potestquisquam intrare in domum fortis, et vasa ejus diripere , nisi prius alligaverit fortem, et tune domum illius diripiet. » Matth. xu, 29. Non debemus esse securi : Adversarius noster fortis, victoris quoqae vocibus comprobatur. Domus illius mundus, qui in maligno positus est, I Joan. v, non creatoris dignitate, sed magnitudine delinquen- tis. Vasa ejus nos quondam fuiinus. Alligatus est fortis, et religatus in tartarum , et Domini contritus pede; et direptis sedibus tyranni, captiva ducta est captivitas. a Qui non est mecum, contra me est; et qui non congregat mecum, spargit. ldeo dico vobis : omne peccatum et blasphemia remittetur hominibus; spi- ritus autem blasphemiæ non remittetur. » Ibid. 30, 31. Non putet hoc quisquam de ktereticis dictum et scbismaticis (quamquam et ita ex superfluo possit inteiligi), sed ex consequentibus textuque sermonis ad diabolum refertur; eo quod non possint opéra Salvatoris Beelzebub operibus comparari. Il le cupit animas hominum tenerc captivas ; Dominus liberare. Ille prædicat idola ; hic unius Dei notitiam. ïllc trahit ad vitia; hic ad virtutes revocat. Quomodo ergo possunt inter se habere concordiam, quorum opéra divisa [al. diversa] sunt? « Et quicumquc dixerit verbum contra Filium homiuis, remittetur ci : qui autem dixerit contra Spiritum sanctum, non remittetur ei, neque in hoc sæculo, neque in futuro. » Ibid. 32. Et quomodo quidam nostrorum episcopos utque presbyteros post blasphemiam Spiritus sancti, in suum recipiunt gradum, cum Salvator dicat, omne peccatum et blasphemiam dimitti hominibus : qui autem in Spi¬ ritum sanctum blasphéma verit, non dimitti ei neque in præsenti tempore, neque in futuro ? Nisi forte illud de Marco evaugelista sumamus exemplum, qui causas tant® iræ manifestius expressit , dicens : Quia dicebant, spiritum immundum habet. Ergo quicumque opéra Salvatoris Beelzebub principi dæmoniorum deputarit ; et dixerit Filium Dei ha¬ bere spiritum immundum, huic nullo tempore blas¬ phemia remittetur. Marc, ni, 30. Yel ita locus iste intelligendus est : Qui verbum dixerit contra Filium hominis, scaudalizatus carne mea, et me hominem tantum arbitrans, quod filius sim fabri, etfratresha- beam, Jacobum^ et Joseph, et Judam ; et homo vo- rator, et viui potator sim, talis opinio atque blas¬ phemia, quamquam culpa non careat erroris, tamen habeat veniam propter corporis vilitatem. Marc, vi, Luc . in, Maith. xi. Qui autem manifeste intelligens COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU, 593 né pour son blasphème, à cause de mon exté¬ rieur humble et chétif, quoique pourtant une telle opinion et un semblable blasphème ne soient pas exempts d’une faute d’erreur. Marc. vi, Luc. in, Mattk.x i. Mais celui qui, comprenant clairement les œuvres de Dieu, dont il ne peut nier la puissance , et stimulé par la môme envie, calomnie et le Christ et le Verbe de Dieu, et attribue les œuvres du . Saint-Esprit à Béel- zébud, celui-là ne sera pardonné ni dans le siècle présent, ni dans le futur. « Ou dites que l’arbre est bon, et que le fruit en est bon ; ou dites que l’arbre étant mauvais, le fruit aussi en est mauvais ; car par le fruit on connaît l’arbre. » Il les lie étroitement par un syllogisme que les Grecs appellent inévita¬ ble, et que nous pouvons qualifier de la même épithète. Par cette interrogation syllogistique, le Seigneur les presse à droite et à gauche et les enveloppe de tous côtés. Si, dit-il, le diable est mauvais, il ne saurait faire des œuvres bonnes. Mais si les actes dont vous ôtes témoins sont bons, il s’ensuit que ce n’est pas le diable qui les fait. Car il est impossible que le bien soit produit par le mal, ou que le mal naisse du bien. Mais ce qui suit : a Race de vipères, comment pouvez-vous dire de bonnes choses, puisque vous êtes mé¬ chants ; car la bouche parle de l’abondance du cœur. » Ibid. 34'. 11 montre qu’eux sont ce mau¬ vais arbre, et qu'ils portent des fruits très abon¬ dants de blasphème , comme en produisent les semences du diable. opéra Dei, cum de virtute negare non posait, eadem stimulatus invidia, calumniatar ; et Ghristuoa Dei- que Verbum, et opéra Spiritus sancti dicit esse Beel- zehub : istinon dimittetur neque in præsenti sæculo, neque in futuro. a Aut facite arborem bonam, et fructum ejus bo- num : aut facite arborem malarn, et fructum ejus malum. Siquidem ex fructu arbor agnoscitur.» Ibid. 33. Constringit eos syllogismo, quem Græci vocant acpuxTov, nos « inevitabilem » possumus appellare : qui interrogatos liinc inde concludit , et utroque cornu premit. Si inquit, diabolus malus est, bona opéra sfacere non potest. Si autem bona sunt quæ facta cernitis, sequitur ut non sit diabolus qui ea facit. Neque enim fieri potest, ut ex malo bomun, aut ex bono oriatur malum. Quod autem sequitur : « Progenies viperarum, quomodo potestis bona loqui cum sitis mali ? Ex abundautia enim cordis os loquitur. ;» Ibid . 34. Os tendit illos urborem ma- lam, et talcs ufferre fructus blaspbemiæ redundantes [Al. redundantis] , qualia babeant semina diaboli. « Bonus homo de bono thesauro prolert bona. Et « L’homme qui est bon tire de bonnes choses d'un bon trésor , et l’homme méchant tire de mauvaises choses du mauvais trésor de son cœur. >> Ibid. 35. Le sens de ce passage fait voir de quel trésor tiraient eux-mêmes leurs blasphèmes les Juifs qui blasphémaient le Sei¬ gneur*; ou bien il se joint avec la question précédente, où il est dit que de môme qu’un homme de bien ne peut pas produire de mau¬ vaises choses, et qu’un homme méchant ne sau¬ rait en produire de bonnes , ainsi le Christ ne peut pas faire des œuvres mauvaises , ni le diable, de bonnes. « Or, je vous déclare que les hommes ren¬ dront compte, au jour du jugement, de toute parole inutile qu'ils auront dite. Car vous serez justifiés par vos paroles, et vous serez condam¬ nés par vos paroles. » Ibid. 36, 37. Ceci aussi se lie avec ce qui précède, et en voici le sens : Si une parole inutile , qui n’édifie nullement - ceux qui l’entendent , n’est pas sans danger pour ceux qui la disent, et si chacun doit ren¬ dre compte de ses discours, au jour du juge¬ ment, combien plus, vous qui calomniez les œuvres du Saint-Esprit, et qui dites que je chasse les démons dans Béelzébud, prince des démons, vous aurez à rendre compte de votre calomnie? Une parole inutile est celle qui est dite sans utilité pour celui qui la prononce et pour celui qui l’écoute, ce qui arrive lorsque, mettant de côté les choses sérieuses, nous nous entretenons de frivolités, et que nous racontons d'anciennes fables. Au reste, celui qui ne dit malus homo de malo thesauro profert mala. » Ibid. 35. Yel ipsos Judæos Dominum blasphémantes osten- dit de quali thesauro blasphemias proférant, vel cum superiori quæstîone lueret sententia, quod quomodo non possit bonus homo proferre mala, nec malus bona : sic non possit Ghrislus mala, et diabolus bona opéra facere. « Dico autem vobis, quoniàm omne verbum otio- sum, quod locuti fuerint homiues, reddent rationem de eo in die judicii. Ex vertus enim tuis justificabe- ris, et ex verbis tuis condemnaberis. » Ibid. 36, 37. Hoc quoque hæret cum superioribus. Et est sensus: Si otiosum verbum, quod nequaquam ædificat au- dientes, non est absque periculo ejus qui loquitur, et in die judicii redditurus est unusquisque ratio¬ nem sermonum suorum : quanto magis vos, qui opéra Spiritus saucti calumniamini, et dicitis me in Beelzebub principe dæmoniorum ejicere dæmonia, reddituri estis rationem calumniæ vestræ l Otiosum verbum est, quod sine utilitate loquentis dicitur et audientis : si omissis seriis, de rebus frivolis loqua- mur, et fabulas narremus antiquas. Cæterum qui SAINT JÉROME. 596 que des bouffonneries, qui excitent des éclats de rire à décomposer le visage et qui tient des propos infâmes, celui-là sera convaincu d'ètre coupable, non d'une parole inutile, mais d'une parole criminelle. « Alors quelques-uns des scribes et des pha¬ risiens lui dirent : « Maître, nous voulons voir quelque prodige de vous. » Ibid. 38. Ils deman¬ dent un prodige, comme si ce qu'ils avaient vu n'en étaient pas. Mais dans un autre évangé¬ liste est expliqué plus explicitement ce qu’ils demandent : « Nous voulons voir de vous un prodige du ciel. » Marc, vin, 11. Ou ils désiraient que le feu descendît du ciel, à la manière dont le prophète Élie le fit descendre, ou, comme cela arriva du temps de Samuel, entendre retentir en été le tonnerre, malgré la nature du lieu, voir briller les éclairs, les nuages fondre tout en pluie, comme s’ils n’eussent point pu aussi calomnier tout cela, et l'attribuer aux causes occultes et diverses des variations de l'air. Car si vous calomniez ce que vous voyez de vos yeux, que vous touchez de la main et que futilité vous rend sensible, que ne ferez vous pas à l'égard de ce qui sera venu du ciel? Cer¬ tainement, vous répondrez que les mages fi¬ rent en Égypte beaucoup de prodiges du ciel. Exod. vrr. (( Le Seigneur répondant, leur dit : Cette génération méchante et adultère. » Ibid. 39. 11 fa très bien qualifiée d'adultère, parce qu'elle avait quitté son mari, et que, selon Ezêchiel, elle s'était prostituée à beaucoup d’amants. Ezech xvr. « Cette génération demande un prodige, et il ne lui en sera pas donné d'autre que celui du prophète Jonas ; car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’une ba¬ leine, ainsi le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre. » ïbid. 40. Nous avons traité plus amplement ce pas¬ sage dans les Commentaires sur le prophète Jonas : nous le recommandons à l’attention du lecteur, nous contentant, pour le moment, de dire en peu de mots que, selon la figure qu’on appelle synecdoque, le tout est entendu de la partie ; non que le Seigneur soit resté trois jours entiers et trois nuits dans les limbes ; mais nous entendons pas trois jours entiers et autant de nuits, une partie du jour de la Préparation, une partie du dimanche et le jour complet du sabbat. « Les Ninivites s'élèveront au jour du juge¬ ment contre cette race, et la condamneront, parce qu’ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas. » Ibid. 41. Non par pouvoir de sen¬ tence, mais par l’exemple de la comparaison. « Et cependant il y a ici plus que Jonas. » Il ne faut pas prendre le mot : hù pour un pro¬ nom, mais pour un adverbe de lieu. Jonas, d'après les Septante interprètes, prêcha trois jours ; moi, dit le Seigneur, je fai fait autant scurrilia replicat, et cachinnis ora dissolvit et aliquicl profert turpitudinis, hic non otiosi verhi, sed crimi- nosi tenebitur reus. « Tune responderuüt ei quidam de Scribis et Pba- risæis, dicentes : Magister, volunms a te signum videre. » Ibid . 38. Sic signum postulant, quasi quæ viderant, signa non fuerint, Sed in alio Evangelista quid pétant plenius explicalur : « Volnmus a te signum videre de ccelo. » Marc, vm, 11. Vel iu mo- rem Eliæ ignem de sublimi venire cupiehant, vel in simiiitudinem Samuelis, tempore æstivo contra na- turam loci mugire tonitrua, coruscare fulgura, im- bres ruere, quasi non possint et ilia calumniari, et dicerc ex occultis et variis aeris passionibus acci- disse : ad iilum ergo locum lectores diligentiam re- mittimus. Nam qui calumniaris ea quæ oculis vides, manu tenes, utilitate sentis : quid factum s es de bis quæ de cœlo venerint ? Utique respondebis, et magos in Ægypto multa signa fecisse de ccelo. Exod. vu. « Qui respondens, ait illis : Generatio mala et adultéra. » Ibid. 39. Egregie dixit adultéra : quia di- miserat virum, et juxla Ezechielem, multis se ama- toribus copulaverat. Ezech. xvi. « Siguum quaerit, et signum non dabitur ei, nisi signum Jonæ prophetæ. Joan. n. Sicut enim fuit Jonas in ventre ceti tribus cliebns et tribus nocti- bus : sic erit Filius hominis in corde terræ tribus diebus et tribus noctibus. » Ibid. 40. De hoc loco plenius in Commentariis Jonæ prophetæ disputavi- mus. Hoc breviter nunc dixisse contenti , quod synecdochice tolum intelligatur ex parte : non quod omnes très dies et très noctes in inferno Dominus steterit; sed quod in parte Parasceves, et Dominicæ, et tota die sabhati, très dies et totidem intelligantur. « Viri Ninivitæ surgent in judicio cum geueratione ista , et condemnabunt eam : quia pcenitentiam egerunt in prædicatione Jonæ. » Ibid. 41. Non sen- tentiæ potestate, sed comparationis exemplo. « Et ecce plus quam Jonas bic. » Hic, adverbium loci, non pronomen intelligas. Jonas, secundum Septuaginta Interprètes , Induo prædicavit : ego tanto tempore. 111e Assyriis genti increclulæ : ego Judæis populo Dci. 111e peregrlnis : ego civibus. Hle voce locutus est simplici, nihil signorum facieus : ego tanta faciens signa, Beelzebub calumuiam susti- neo. Plus ergo est Jona hic, id est, in præsentiarum inter vos. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 597 de temps. Jonas prêcha aux Assyriens, nation incrédule, et moi aux Juifs, le peuple de Dieu; Jonas, aux étrangers; moi, à mes concitoyens. Jonas ne fit simplement que parler, sans opérer aucun prodige, et moi, en faisant de si grands miracles, je suis traité injurieusement de Béel- zébud. « La reine du Midi s'élèvera au jour du jugement contre cette génération, et la con¬ damnera, parce qu'elle est venue des extrémi¬ tés de la terre entendre la sagesse Salomon ; et ici il y a plus que Salomon. » Ibid. 42. Le peu¬ ple juif sera condamné par la reine du Midi de la même manière que les Ninivites condam¬ neront Israël incrédule. C'est cette reine de Saba au sujet de laquelle noüs lisons dans un livre des Rois et des Paralipomènes, ïllfteg.x, II Parai. îx , qu’après avoir quitté sa nation et son em¬ pire, elle vint, au prix des plus grandes difficul¬ tés, dans la Judée, entendre la sagesse de Salo¬ mon, et lui apporta beaucoup de présents. Mais dans Ninive et la reine de Saba la foi des na¬ tions est secrètement préférée à Israël. « Mais lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va errer dans des lieux arides, cher¬ chant du repos, et il n'en trouve pas. Alors il dit : » Il en est qui pensent que ce passage concerne les hérétiques, parce que l'esprit impur qui avait habité eux , lorsqu’ils étaient païens, est chassé par la confession de la vraie foi ; mais ensuite, quand ils se sont jetés dans l'hé¬ résie, et qu'ils ont orné leur maison de vertus « Regina Auatri surget in juclicio cum genera- tione ista, et condemnabit eam quia venit a finibus terras audire sapientiam Salomonis. Et ecce plus quaïû Salomon hic. » îbicl. 42. Eodem modo con¬ demnabit regina Àustri populum Judæorum, quo condemnabunt viri Ninivitæ Israelem incredulum. Ista autem est regina Saba, de qua in Regum volu- mine et in Paralipomcnon legiirms : III Reg. x, Il Par. ix : quæ per tantas difficiiltates, gente sua et imperio derelictis, venit in Judæam audire sapientiam Salomonis, et ei multa mimera detulit. In Ninive autem et in regina Saba, occulte [AL occulta] fides nationum præfertur Israël. u Cum autem immuudus spiritns exierit ab homi- ne, ambulat per loca arida, quærens requiem et non in venit. Tune dicit. » Ibid. 43. Quidam istuin locum dohæretieis dictum putaat, quod immundus spiritas, qui in eis antea liabitaverat quaiulo gentiles eranl, ad confessionem ycræ fidei ejieiatur : postea vero simulées, le diable retourne à eux avec sept autres méchants esprits qu'il s’est adjoints, et il habite en eux , et leur dernier état devient pire que le premier. Car les hérétiques sont d’une condition pire que les païens, parce que, dans ces derniers, il y a espoir qu’ils embras¬ seront la vraie foi, tandis que, dans les premiers, c’est le combat de la discorde. Quoique cette manière d’entendre ce passage présente une ■ couleur de doctrine qui lui attire, un certain nombre d'approbateurs, je ne sais pas pour¬ tant si elle a pour elle la vérité ; car, parce qu'après s'ètre terminée par une parabole et par un exemple, suivant ces paroles : « Ainsi en sera-t-il pour cette génération perverse , » nous sommes forcés de rapporter cette parabole non aux hérétiques ou à des hommes quelcon¬ ques, mais au peuple juif, pour que le contexte de ce passage ne flotte pas de côté et d’autre, subissant des interprétations vagues et forcées; mais que, dégagé de la confusion où le jettent d’ordinaire les insensés, il ait de la cohésion dans toutes ses parties, et réponde ou au com¬ mencement ou à ce qui vient après. L'esprit impur sortit des Juifs lorsqu'ils reçurent la loi, et il erra dans des lieux arides, cherchant du repos. Ayant donc été chassé des Juifs, il erra dans les solitudes des nations ; celles-ci ayant ensuite cru au Seigneur, ne lui laissèrent pas de place au milieu d’elles ; c'est pourquoi il dit : « Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti; » Ibid. 44; c'est-ù-dire, j'irai retrou- cum se ad hæresim traustulerint et simulatis virtuti- bus ornaveriat domum snarn, tune aliis septem ne- qu am spiritibns adjunctis, revertatur ad eos cl i aboi us et habitet in illis : iiantque novissima eorum pejora prioribus. Mnlto ;quippe pejori condilione sunt bæ- retici quam gentiles : quia in illis spes fidei est, et in istis pugna discordiæ. Cum hæc inteHigentia plau- sum qnemdarn et colorem cloctrinæ proférât, nescio an habeat veritatem. Ex eo enim quod fini ta vel pa- rabola, vel exemplo, sequitnr : « Sic erit et génération! huic pessimæ : » compellimur non ad hæreticos et quoslibet homines : sed ad Judæorum populum re¬ ferre parabolam, ut contextus loci non (a) passivus et vagus in diversion fluctuct, atquc insipientium more turbetur ; sed hærens sibi, vel acl priora, vel ad posteriora respondeat. Immundus spiritns exivlt a Judæie, quando accepcrunt Legcm, et aoibulavit per loca arida, quærens sibi requiem. Expulsas vi- delicet a Judæis, ambulavit per gentiuui s oli incline s : (a) Editi lcgunt, ut contextus loci non passim et vagus in dive*'sum fluctue t : quia cch tores antiqui nescierunt Hiorouymum appcllare contextum. j)assivumt cum qui patitur libéras, violentas et coactas inlcrpretationes ; cpias etiam supra appellat passivam interprétât! onem , diccns : Non ergo nobis tribuitur libéra intclligcntiu, et allcyorix interpretati o passiva. ÏÏart. — Victor- passim. Recolc quæ de vocabulo paulo superius in cap. xi observamus. SAINT JEROME 598 ver les Juifs que j’avais auparavant laissés. « Et revenant, il la trouve vide, nettoyée et ornée. En même temps, il va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant dans cette maison, ils y demeurent, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Ainsi en sera-t-il pour cette géné¬ ration perverse.» Ibid . 45. Le temple des Juifs était vide, n’ayant pas pour hôte le Christ, qui disait : « Levez- vous, sortons d’ici. » Joan. xiv, 31. Et dans un autre endroit : «Votre maison vous sera laissée déserte. » Luc. xnr, 35. Donc, parce qu’ils n’étaient pas sous la sauvegarde de Dieu et des Anges, et qu’ils se paraient des observances superflues de la loi et des tradi¬ tions des pharisiens, le diable revient à sa pre¬ mière habitation, et s’étant adjoint sept autres démons, il habite son ancienne maison ; et le dernier état de ce peuple devient pire que le premier. Car maintenant ils sont possédés par un bien plus grand nombre de démons, en blasphémant dans leurs synagogues contre Jésus-Christ, qu’ils ne l'étaient en Egypte avant la connaissance de la loi; paixe qu’autre chose est de ne pas croire à la venue de quelqu’un, autre chose de ne l’avoir pas reçu, lorsqu’il est venu. Entendez que le nombre de sept a été adjoint au diable, ou à cause du sabbat, ou à cause des sept dons du Saint-Esprit, afin que de même qu’il est rapporté dans Isaïe que les sept quæ cum postea Domino credidissent, ille, non in- vento loco in nationibus, dixit : « Revertar in domum meam, uude exivi. » Ibid. 44. Hoc est, abibo ad Judæos, quos ante demiseram. « Et veniens, invenit vacantem, scopis mundatam, et ornatam. Tune vadit et assumit septem alios spiritus secum nequiores se, et intrantes habitant ibi : et fiunt novissima hominis illius pejora priori- ribus. Sic erit et generalioni hnic pessimee. Ibid . 45. Vacabat enim templum Jiidæorum, et Chiùstum liospitem non habebat , dicentem : « Surgite, et abeamns bine. » Joan. xiv, 31. Et in alio loco : « Dimittetur vobis doinus vestra deserta. » Luc. xnr, 35. Quia igitur et Dei et angelorum præsidia non habebant, et ornati erant superfiais observationi- bus Legis, et traditionibus Pharisæorum, revertitur diabolos ad sedem suam pristinam : et septenario sibi numéro dæmonum addito, habitat pristinam domum, et üunt illius populi novissima pejora prio- ribus. Multo enim nunc major! dæmonum numéro possidentur, blasphémantes in synagogis suis Chris- tum Jesum, quam in Ægypto possessi fuerant ante Legis notitiam : quia aliud est veuturum non cre- dere, aliud eum non snscepisse qui venerit. Septe- narium autem numerum adjunctum diabolo, vel esprits des vertus étaient descendus sur le reje¬ ton de la tige de Jessé, et sur la fleur qui s’est élevée de sa racine, Isa. xr, ainsi, au contraire, un nombre égal de vices a été consacré dans le diable. « Comme il parlait encore au peuple, sa mère et ses frères, se tenant dehors, deman¬ daient à lui parler. Et quelqu’un lui dit : Voilà votre mère et vos frères qui sont dehors et qui vous demandent. Mais il répondit à celui qui lui parlait : Qui est ma mère et qui sont mes frères? Et étendant la main sur ses disciples, il dit. » Ibid. 46 et se qq. Tandis que le Seigneur était occupé à parler, à instruire les peuples et à remplir l'office de la prédication, surviennent sa mère et ses frères, qui se tiennent dehors et désirent lui parler. Alors quelqu’un annonce au Sauveur que sa mère et ses frères sont dehors et le demandent. Celui qui annonce ainsi ne me semble pas le faire par hasard et simple¬ ment, mais tendre des embûches au Sauveur, pour voir s’il préfère la chair et le sang à l’œuvre spirituelle. C’est pour cela que le Sei¬ gneur dédaigna de sortir, non qu’il niât sa mère et ses frères; mais, pour répondre à celui qui lui dresse des pièges, il étend sa main sur ses disciples, en disant : « Voilà ma mère et mes frères ; car quiconque aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et propter sabbatuin intellige, vel propter numerum Spiritus sancti : ut quoinodo in Isaia super virgam de radice Jesse, et florem qui de radice conscendit, septem spiritus virtutum descendisse narrantur. ïsai. xi ; i ta econtrario vitiorum numerus in diabolo consecratus sit. « Adhuc eo loquente ad turbas, ecce mater ejus et fratres stabant foris quærentes loqui ci. Dixit autem ei quidam : Ecce mater tua, et fratres tui foris tant quærentes te. At ipse respondens dicenti sibi, ait : Quæ est mater mea, et qui sunt fratres mei? Et extendens manum in diseipulos suos , dixit. » îbid. 46 etseqq. Occupatus erat Dominus in opéré sermonis, in doctrina populorum, in officio prædicandi, mater et fratres veniunt, et foris stant, et ei desiderant loqui. Tune quidam nuntiat Salva- tori, quod mater sua et fratres stent foris, quærentes eum. Videtur mibi iste qui nuntiat, non fortuito et simpliciter nuntiare : sed insidias tendere Salvatori, utrum spirituali operi carnem et sanguinem præfe- rat. Unde et Dominus, non quod negaret matrem et fratres , exire contempsit ; sed quod responderet insidianti, extendens manum in diseipulos, ait : « Ecce mater £mea, et fratres mei. Quicumque enim fecerit voluntatem Patris inei, qui in cœlis est, COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 599 ma mère. » Ibid. 49, 50. Ceux-là sont ma mère, qui m'engendrent chaque jour dans l'àme des croyants ; ceux-là sont mes frères, qui font les œuvres de mon Père. Il ne nia donc pas sa mère, comme le prétendent Marcion et les Ma¬ nichéens, en sorte qu’on pût le croire né d’un fantôme, mais il préféra à la parenté les Apôtres, afin que, nous aussi, nous préférions l'esprit à la chair, quand il nous faut opter entre l’un et l'autre. « Voilà votre mère et vos frères qui sont dehors et qui vous demandent. » 11 en est qui, s’en rapportant aux rêveries de livres apocryphes, soupçonnent que Joseph eut des enfants d'une autre épouse, qu’ils imaginent être une femme nommée Melchaou Escha. Pour nous, selon que nous l’avons dit dans notre ouvrage contre Helvidius, nous entendons par frères du Seigneur, non les fils de Joseph, mais les cousins-germains du Sauveur qui avaient pour mère Marie, tante maternelle du Seigneur, et que l’on dit être mère de Jacques le mineur, de Joseph et de Jude, qui sont appelés, dans un autre Évangile, frères du Seigneur. Toute l’Écri- ipsc meus fratcr, et soror, et mater est. » Ibid. 49, 50. Isti sunt mater mea, qui me quotidie in creden- tium animis générant. Isti sunt fratres mei, jqni faciunt opéra Patris mei. Non ergo juxta Marcionem et Manicliæum matrem negavit, ut .natus de phan- tasmate putaretnr ; sed apostolos cognationi prætu- lit, ut et nos in comparatione dilectionis carni spiritum præferamus. « Ecce mater tua, et fratres tui foris stant, quærentes te. » Quidam fratres Do- mini de alia uxore Joseph filios suspicantur sequen- tes deliramenta apoeryphorum, et quamdam (a) Melcham vel Escham mulierculam contingentes. Nos autein sicut in libro, quem contra Helvidium scrip- simus, continetur, fratres Domini, non filios Joseph, sed consobrinos Salvatoris (b), Marias liberos intel- ligimus materterae Domini quæ esse dicitur mater Jacobi Minoris et Joseph et Jndæ, quos in alio Evangelii loco fratres Domini lcgimus appellatos. turc démontre que les cousins-germains sont appelés frères. Disons aussi, d'une autre ma¬ nière : Le Sauveur parle aux foules ; il instruit dedans les nations. Sa mère et ses frères, c’est- à-dire la synagogue et le peuple des Juifs sont dehors, et désirent entrer, mais ils sont indignes de la parole du Seigneur. Après qu’ils ont prié et cherché et envoyé un messager, on leur ré¬ pond qu’ils ont leur libre arbitre et qu’eux aussi s’ils veulent croire ils peuvent entrer ; néanmoins, ils ne pourront entrer qu’ après avoir prié d’autres personnes. « Ce même jour, Jésus étant sorti do la mai¬ son, s’assit surlebord de la mer. Et une grande foule de peuple s'assembla auprès de lui ; en sorte qu’il monta sur une barque où il s'assit, et toute la foule se tenait sur le rivage. » Matth. xm, 4, 2. Le peuple ne pouvait pas entrer. dans la maison de Jésus, ni être là où les Apôtres écoutaient les mystères : c’est pour cela que le Seigneur, plein de bonté et de miséricorde, sort de sa maison et s’assied sur le bord de la mer de ce siècle, afin qu'une grande foule de peuple Eratres autem consobrinos dici, omnis Scriptura dcmonstrat. Dicamus efc aliter : Salvator loquitur ad turbas, intrinsecus érudit nationes. Mater ejus et fratres, Uoc est, synagoga et popnlus Judæorum foris stant, et intrare desiderant, et sermone ejus indigni fiunt. Cumqne rogaverint, et quæsierint, et nuntium miserint, responsum accipient [Al. accipiunt], liberi eos esse arbitrii, et intrare posse, si velint et ipsi crcdere : qui tamen intrare non poteruut [AL potue - runi]j nisi alios rogaverint. « In illo die exiens Jésus de domo, sedebat secus mare. Et congregatæ sunt ad eum turbæ multse : ita ut in naviculam ascendens sccleret, et omnis turba stabat in littore. » Ibid . xm, 1, 2, Populus do- mum Jesu non poterat intrare, necesse ibi ubi apos- toli audiebant mysteria : idcirco miserator et mise- ricors Dominus egrcclitur de domo sua, et sedet [Al. sedit ] juxta hujus ?æculi mare, ut turbæ multæ (a) Hanc c pluribus mss. codicibus lcclioneni reslitutio. Marianus legebat in aliquot cxeiwplaribus Mouchant, et non Melcham, Alteri ergo Joseph uxori confictœ nomen filiarum Aran tribuobant libri apocryphi; nam prioris filiæ Aran, quæ nu psi t Piachor, nomen fuit Meicha; cum altéra, uxor Abraham, dicta ait Jescha et Sarai Maut. — Quidcm mss., Méchant; duo Palatini, Escham tantum memorant, quemadoioduni cb vulgati ante Martianæum; Victorius in aliis reperit, Mœcham. Filiarum Aran, Melcbæ seilicct, Jesehæ, quarum altéra Nachor, altéra Abvahamo nupsit, nomina hæc sunt. At vero sunt Proto- Evangelii Jacobi cap. xvn et seq. et Eaangclii infantiæ Domini ridenda apoeryphorum librorura somnia. Ncc tamen inficior veterem esse, tametsi incertam, traditioncm Josephum viduum, atquc c% priorc uxorc sex libcrorum patrem exsti tisse, cum Maria sibi desponsarctur. Eam sccutus ferme est Epiphanius Hærcs. 51, § 10. Hippolytus Thebauus, nec non alii ex veteribus quatuor Josephî filios, duasquç filias fuisse traduut : Jacobum, Simonem, Judam, Joseten : lias 'vero Estherem et Xhamar uomiimnt, quam sæpius alii Martliam , transposais litteris, vocant. Atque ipsi quidam uxorcm ejus Escham, vel Salomcu, filiam Anchæi fratris Zachariæ faciunt, qui Joannis Baptistœ pater fuit. Sophronius in Fragmento, quod L^rnbecius vulgavit, tertiam addidit cognominem matri filiam Salomon, Zebedæi postea uxorem, ex qua Jacobus et Evangclista Joanncs orti sint. Piget vero apoeryphorum deliramenta hæc persequi. Rhabb., tantum Escham legit (ô) ïn Palat. ms., consobrinos Salvatoris, sororis Mariai liberos , etc. Victorius ait, tolerabiliores hi sunt quam Helvidius, qui ex ipsa Maria Vivginc et Joseph post Cliristum eos natos hlasphcmabat ; quippc cum ex alia uxore Joseph fratres Domini dictes, ali qu i ctiam c nostratibus natos asseverent: licct verior sit Hieronymi sententia, ex sorore Mariæ Virginis, quæ Chris ti ni alertera fuit, illos progenitos. Videndus S. Thomas tum alibi, cum præcipue in in Smmæ, quœst. 58, art. 3, et in hoc Evangelii capilc, Vide quæ infra ad eap. 1 Combien tarii ad Galat. p. 306 fusius disputonuis. ( Edit Mign.) SAINT JÉROME (500 s'assemble auprès de lui, et qu’elle entende sur le rivage ce qu’elle ne méritait pas d’entendre dedans, en sorte que, quoique le Sauveur fût assis dans une barque où il était monté, toute la foule néanmoins se tenait sur le rivage. Jé¬ sus est au milieu des flots de la mer qui le battent de tous côtés ; et étant en assurance dans sa majesté, il fait approcher de la terre la bar¬ que. Mais le peuple, ne courant aucun danger, et n’étant pas environné de tentations qu’il était incapable de soutenir, se tient d’un pas ferme sur le rivage, pour entendre ce qui est dit. « Et il leur dit beaucoup de choses en para¬ boles, en ces termes : » Ibid. 3. La foule n’est pas d’un seul sentiment, mais il y a en elle au¬ tant de volontés différentes qu'elle contient d’individus ; c’est pour cela qu’il lui parle en beaucoup de paraboles, afin que l’on reçût des instructions diverses, selon les volontés diffé¬ rentes. Et il faut noter qu’il ne dit pas tout en paraboles, mais beaucoup de choses; car s’il eût dit tout en paraboles, les peuples se seraient retirés sans profit. U mêle des choses claires aux obscures, afin que, par ce qu’ils compren¬ nent, ils soient provoqués à la connaissance de ce qu'ils ne comprennent pas. « Voilà que celui qui sème est sorti pour se¬ mer, et pendant qu’il sème.» Ibid. 4. Il était dedans, il restait à la maison, il parlait des mystères aux disciples. Celui qui sème la parole de Dieu sort pour la semer dans les foules. Par congregentur ad cum, et audiaut inlittore quæ intus non merebantur audire, ita ut in naviculam ascen- dens sederet, et oinnis turba staret in littore. Jésus in mediis fluctibus est, hinc inde mari tunditnr, et in sua majestate securus, appropin quare facit terne naviculam suam. At populus nequaquam periculuui sustinens, nec tentationihus circumdatus, quas ferre non poterat, stat in littore fixo gradu, ut audiat quæ dicuntur. « Et locutus est eis multa in parabolis, dicens . » Ibid. 3. Turba non unius sententiæ est, sed diversa- rum in singulis vohmtatem. Uude loquitur ad eam in multis parabolis, ut juxta varias voluutates, diver- sas reciperent disciplinas. Et notandum quod non omnia locutus sit eis in parabolis ; sed multa. Si onim dixisset omnia in parabolis, absque emolumento populi recessissent. Perspicua rniscet obscuris, ut per ea qnæ intelligunt, provocentur ad eomm noti- tiam quæ non intelligunt. « Ecce exiit qui seminat, seminare. Et dum semi- nat. » Ibid. 4. Intus erat, dorni versabatur, loqueba- tur discipulis sacramenta. Exivit ergo de domo sua qui seminat verbum Dei, ut seminaret in turbis. Significatur autem sator iste qui seminat, esse Filins ce semeur qui répand la semence est signifié le Fils de Dieu, qui sème dans les peuples la parole de Dieu. Observez en même temps que c’est la première parabole qui ait été proposée avec son interprétation ; et il faut prendre garde, toutes les fois que le Seigneur expose ses pa¬ roles, et qu’il fait dedans une dissertation, après en avoir été prié par ses disciples, il faut pren¬ dre garde, dis-je, de n’entendre ni plus ni moins que ce qui a été exposé. a Quelques grains tombèrent le long du che¬ min, et les oiseaux du ciel vinrent et les man¬ gèrent. D’autres tombèrent dans des endroits pierreux, où il n’avaient pas beaucoup de terre; ils levèrent aussitôt, parce qu’ils n’étaient pas dans une terre profonde. Mais, le soleil s’étant levé, ils furent brûlés, et comme ils n’avaient pas de racine, il séchèrent. D’autres tombèrent au milieu des épines, et les épines, venant à croître, les étouffèrent. D’autres, enfin, tom¬ bèrent dans la bonne terre, et ils donnèrent du fruit; un, cent pour un; un autre, soixante; un autre, trente. » Mattk. vrn , 5-9. Valentin, pour justifier son hérésie, invoque cette parabole, en introduisant trois natures : la spirituelle, la na¬ turelle et l’animale et terrestre, quoiqu’il y en ait ici quatre : une le long du chemin, une autre pierreuse, une troisième remplie d’épines, la quatrième qui est la bonne terre. Nous diffé¬ rons un peu de parler de l’interprétation que le Seigneur donna de cette parabole à ses dis- Dei, et Patris in populis seminare sermonem. Et simul observa banc esse primam parabolam, quæ cum interpretatione sua posita sit. Et cavendum est ubicumque Domiuus exponit sermones suos, et rogatus a discipulis intrinsecus dissent, ne vel aliud, nec plus quid vol minus velimus intelligere, quam ab eo expositum est. « Quædam ceciderunt secus viam : et venerunt volucres cceli, et comederunt ea. Alia autem ccci- derunt in petrosa [Al. petrosis], ubi non babebant terrain multam : et continuo exorta sunL, quia non babebant altitudinem terne. Sole autem orto, æstua- verunt : et quia non lmbebant radicem, aruerunt. Alia autem ceciderunt in spiuas : et crevemnt spi- me, et sufTocaverunt ea. Alia autem ceciderunt in terrain bonam, et dabant fructum : aliud centesi- mum, aliud sexagesimum, aliud tricesimuin. » Ibid. 5 et segq. Iîauc parabolam ad comprobandam bæ- resim snam Valentinus assumit, très introducens naturas : spiritualem , naturalem vol animalem , atque terrenam ; cum hic quatuor sint : ima, juxta viain : alia petrosa, tertia plena spinis : quarta terne bonæ. Differiinus parumper interpretationem ejus cum discipulis, volentes secrete audire quoddicitur. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. ciples, désireux que nous sommes d’entendre en secret ce qui est dit. « Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre. » Ibid. 9. Nous sommes provoqués à l’intelligence de ce qui a été dit, toutes les fois que nous sommes avertis par de semblables paroles. « Ses disciples, s’approchant, lui dirent ‘.Pour¬ quoi leur parlez-vous en paraboles? Et il leur répondit : C'est parce que, pour vous, il vous a ôté donné de connaître les mystères du royaume des cieux ; mais, pour eux, cela ne leur a pas ôté donné. » Ibid. 10, 11. On pourrait se demander pourquoi les disciples s’approchent de Jésus, puisqu’il est assis dans la barque, à moins que peut-être il ne soit donné d’entendre qu’il y avait longtemps qu’ils étaient montés avec lui dans la nacelle, et que c’est là qu’ils interro¬ gèrent sur l’interprétation de la parabole. «Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance ; mais, pour celui qui n’a pas, on lui ôtera même ce qu’il a. » Ibid. 12. Ce n’est pas dans l’égalité de la justice qu’on augmente les biens de ceux qui possèdent, et qu’on enlève à ceux qui n'ont pas ce qu’ils semblent posséder; mais c’est qu'il est accordé aux Apôtres qui ont la foi au Christ, ce qui leur manque de vertus ; mais pour les Juifs qui n’ont pas cru au Fils de Dieu, il leur est enlevé même ce qu’ils possè¬ dent par le bien de la nature ; car ils ne peu¬ vent pas comprendre sagement quelque chose, ceux qui n'ont pas la tête de la sagesse. « C’est pourquoi je Jeur parle en paraboles, « Qui habet aures audiendi audiat. » Ibid. 9. Pro-' vocamuc ad dictorum intclligentiam, quoties bis ser- monibus coin mon emur [Al. commovemur). « Et accedentes discipulî, dixerunt ei : Qunre in pnrabolis loqueris eis ? Qui respondens, ait illis : Quia vobis dation estnosse mysteria regni cœiorum: illis auteui non est datnm. » Ibid. 10, 11. Quæren- dum est quomodo accédant ad cum discipuli, cum Jésus in navi sedeat ; nisi forte intelligi datur, quod du dura cum ipso navem consccnderint, et ibi stantes super interpretatioue parabolæ sciscitati sint. « Qui enim habet, dabitur ei, et abundabit : qui autem uon habet, et quocl habet, aufertur ab eo. » Ibid. 12. Non in æqunlitalc judicii habentibus uddi- tur, et non habentibus id quod habere video tur, aufcrtnr : sed quod apostojis in Chris to habentibus fidem, etiamsi quid minus virtutum babeant, conce- ditnr : Judœis autem, qui non crediderunt in Filin ra Dei, etiamsi quid per naturæ bonum possident, tolli- tur. Nequc enim possuut aliquid sapienter intellige- rc, qui caput non habent sapientiæ. « Idco in parabolis loquor ois : quia videntes, non vident : et auclientes , uon audiunt, neque 604 parce qu’en voyant ils ne voient, et qu'en écoutant, ils n’entendent, ni ne comprennent point; afin que soit accomplie en eux la pro¬ phétie d’Isaïe, lorsqu’il dit : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point; vous regarderez de vos yeux et vous ne verrez point.» Ibid. 13, 14. Ïb4it cela de ceux qui sont sur le rivage, et qui sont séparés de Jésus, et que le bruit des flots empêche d’entendre clairement ce qui est dit; et c’est en eux qu’est accomplie cette prophétie d’Isaïe : « Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regar¬ derez de vos yeux, et vous ne verrez point. » Isai. vi, 9. Gela a été prophétisé des foules qui sont sur le rivage, et qui ne méritent point d’entendre la parole de Dieu. Approchons donc, nous aussi, de Jésus, et prions-lede nous expli¬ quer la parabole, de peur que nous ne parais¬ sions avoir inutilement, comme les foules, des oreilles et des yeux. « Car le cœur de ce peuple s'est appesanti ; leurs oreilles se sont endurcies. » Ibid. 15. Il donne la raison de ce que, quoiqu’ils regardent de leurs yeux, ils ne voient pas, et de ce que ils n’entendent pas, quoiqu’ils écoutent de leurs oreilles : c’est, dit-il, parce que le cœur de ce peuple s’est appesanti, et que leurs oreilles se sont endurcies ; et de peur que peut-être nous ne pensions que cette pesanteur du cœur et cet endurcissement des oreilles viennent de la na¬ ture et non de la volonté, il joint avec cela la faute du libre arbitre, et dit : intclligunt : ut adimplcatur in eis prophetia Isaiæ dicentio : Auditu audietis, et non intelligetis ; et videntes videbitis, et uon videbitis. » Ibid. 13, 14. Hæc de bis Iocjuitur qui stant in littore, et dividuntur ab Jesu, et sonilu fluctuum perstrepente, non au¬ diunt ad liquidmn quæ dicuntur : impleturquc in eis prophetia Isaiæ : « Auditu audietis, et non intel- ligetis: et videntes videbitis, et non videbitis.» Isai. vi, 9. Hæc de turbis prophetata sunt, quæ stant in littore, et Dei non merentur au dire sermonem. Acce- damus ergo et nos cum discipulis ad Jesum, et roge- mns eum dissertionem parabolæ, ne cum turbis frustra aures et oculos habere videamur. « Incrassatum est enim cor populi hujus, et auri- bus graviter audierunt, » Ibid. 15. Keddit causas quare videntes non videant, et audientes non au- diant : quia iucrassatum est, inquit, cor populi lui jus, et au ri b u s suis graviter audierunt. Ac ne forte arbitre unir crassitudinem cordis et gravi tatem aurium naturæ esse, non voluntatis, subjungit cul- pam arbitrii, et dicit : « Et oculos suos clauserunt : nequando videant oculis, et auribus audiant, et corde intelligant. et 602 SAINT JEROME « Et ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur cœur ne comprenne, et qu'ils ne se convertissent et que je ne les guérisse. » Ils entendent donc en paraboles et en énigme, . ceux qui se sont fermés les yeux pour ne pas voir la vérité. « Mais heureux vos yeux, parce qu’ils voient, et heureuses vos oreilles, parce qu’elles enten¬ dent. » Ibid. 16. Si nous n’avions lu plus haut que les auditeurs ont été provoqués à l’intelli¬ gence par ces paroles du Sauveur : « Que celui quia des oreilles pour entendre, entende, » nous penserions que ce sont les yeux et les oreilles du corps qui sont maintenant déclarés bienheu¬ reux. Maisàmoi me semblent heureux ces yeux qui peuvent connaître les mystères du Christ, et que Jésus ordonne de lever en haut, pour voiries moissons qui sont blanches; elles me semblent heureuses aussi, ces oreilles dont Isaïe dit : « Le Seigneur m'a ouvert l'oreille.» Isai. l, 5. « Car je vous le dis, en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, et entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. Ecoutez donc, vous autres, la parabole de celui qui- sème. » Ibid. J 7, 18. de passage semble être en opposition avec ce qui est dit ailleurs ; « Abraham a désiré avec ardeur voir mon jour; il l'a vu, et il en a été ravi de joie. » Jocm. vm, 56. Aussi n'est-il pas dit : Tous les prophètes et tous les justes, mais : Un grand nombre d'entre eux ont désiré ardemment voir ce que vous convertantur, et sanem eos . » In parabohs ergo audiuilt et in ænigmate, qui, clausis oeulis, nolunt cernere veritateui. « Vestri autein beati oculi, quia vident : et aures vestræ, quia audiuut. » Ibid. 16. Nisi supra legïsse- mus auditores ad intelligentiam provocatos, Salva- tore dicente : « Qui habet aures audiendi, audiat, » putaremus nunc oeulos cl aures quæ beatitucliuem accipiunt, carnis [Al. corporales ] intelligi. Scd mihi videutur illi beati ôculi, qui possuut Christi cognos- cere sacramenta, et quos levari Jésus iu. sublime præcepit, ut candentes segetes aspiciaut ; Joan. iv, 9 ; et illæ aures beatæ, de quibus Isaias loquitur : « Dominus opposuit mihi auriculaui. » Isai. l, 5. « Amen quippe dïco vobis, quia multi prophetæ et justi cupierunt videre quæ videtis, et non videruut : et audire quæ auditis, et non audierunt. Vos ergo audite parabolaui seminantis. » Ibid. 17, 18. Videtur buic loco illud esse contrarium quod alibi dicitur ; « Abraham cupivit dicm meum videre, et vidit, et lætatus est. » Joan. vm. 56. Non aulem dixit, omuos prophetæ et justi cupierunt videre quæ videtis, scd voyez. Parmi ce grand nombre, il peut se faire que les uns aient vu, et que les autres n’aient pas vu, quoique môme en cela l'interprétation soit dangereuse, car elle pourrait donner à penser que nous faisons un discernement quel¬ conque entre les mérites des saints. Abraham vit donc en énigme et non dans l'apparence ; mais, pour vous, vous avez en votre présence votre Seigneur, avec qui vous mangez, et que vous interrogez quand vous voulez. « Quiconque écoute la parole du royaume, et ne la comprend pas. » Ibid. 19. Par ces paroles préliminaires, il nous exhorte à écouter avec plus de soin ce qui est dit. a L'esprit malin vient et enlève ce 1 qui a ôté semé dans son cœur : c’est le grain qui a été semé le long du chemin. Legrain qui a été semé au milieu des pierres, c'est celui qui écoute la parole, et qui la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n'a point en soi de racine, et il n'est que pour un temps. » Ibid. 20, 21. Le malin esprit enlève la bonne semence. Comprenez en même temps que c’estdans le cœur que la semence a ôtéjetée, et que la différence de la terre, ce sont les âmes des croyants. « Mais lorsqu'il survient des traverses et des persécutions, à cause delà parole, il est aussitôt scandalisé. » Considérez ce qui est dit : il est aussitôt scandalisé. 11 y a donc quelque dis¬ tance entre celui qui est pressé par beaucoup de tribulations et de supplices à renier le Christ, et celui qui, à la première persécution, est scan¬ dalisé. multi. Inter multos potest fieri, ut alii viderint, alii non viderint : licet et in hoc periculosa sit interprotatio, ut inter sanctorum mérita, discre- tionem quamlibot facerc videamur. Ergo Abraham vidit in ænigmate, non vidit in specie : vos autem iri præsentia eum tenetis, et habetis Domini ves- trum, et ad voluntatem interrogatis, et convosci- mini ei. « Omnis qui audit verbumregni, et non intelligi t. » Ibid. 19, Hoc præmitteus hortatur nos, ut quæ dicuntur, diligentius audiamus. « Venit malus et rapit quod seminatum est iu corde ejus : hic est qui secus viarn seminatus est. Qui autem super petrosa seminatus est, liic est qui verbuui audit, et contiuuo cum gaudio accipit illud, non habet autem in ae.radicem, sed esttemporalis. » Ibid. 20, 21. Malus bonum semen rapit. Et simul intellige quod in corde fuerit seminatum, et diver- sitas terne auimæ sint credentium. « Facta autem tribulatione et pcrsecutione, propter verbum contiuuo ' scandalizatur. » Attente quod dietnm sit, continuo scaudalizatur. Est ergo aliqua 603 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. (( Mais celui qui reçoit la semence parmi les épines, c’est celui qui entend la parole ; mais ensuite les sollicitudes de ce siècle et l’illusion des richesses étouffent la parole et la rendent infructueuse. » Ibid. 22. Il me semble que ce qui est dit selon la lettre à Adam : « Tu man¬ geras des ronces et des épines, » Genes. m, 18, signifie mystiquement que quiconque se sera adonné aux plaisirs et aux soins du siècle, mangera au milieu des épines le pain céleste et la vraie nourriture. Et il a ajouté élégamment; « L’illusion des richesses étouffe la parole. » En effet, les richesses sont flatteuses ; elles promet¬ tent une chose, et en font une autre. Leur pos¬ session échappe des mains ; elles se portent d’un pas inconstant d’un côté et d’un autre, aban¬ donnant ceux qui les possédaient et comblant de biens ceux qui en étaient dépourvus. C’est pour cela que le Seigneur assure que les riches entrent difficilement dans le royaume des cieux, les richesses étouffant la parole de Dieu et éner¬ vant la rigidité des vertus. « Mais celui qui reçoit la semence dans une bonne terre, c'est celui qui écoute la parole et la comprend, et qui porte du fruit, et rend cent, ou soixante ou trente pour un. « Ibid 23. De même que dans la mauvaise terre il y eut trois variétés de lieux : le long du chemin, les pierreux, les épineux, ainsi dans la bonne terre il y a trois diversités : une qui rapporte cent distantia inter eum qui multis tribulationibus pœ- nisque compellitur CUristum negare, et eum qui ad p rimam persecutionem statim scandalizatur , et corruit. « Qui autem seminatus est in spinis, hic est qui verbum audit, et sollicitudo sæculi istius et fallacia divitiarum suffocat verbum, et sine fructu efficitur. » Ibid. 22. Mihi videtur et illud quod juxta litteram ad Adam dicitnr ; « Inter spinas et tribulos panern tuurn manducabis, » Gen . ni, 18, hoc significare mystice, quod quicumque dederit se sæculi volupta- tibus curisque istius mundi, panem cœlestem et cibuin verum inter spinas comedat. Et eleganter adjuuxit ; « fallacia divitiarum suffocat verbum. » Blandæ enim snnt divitiæ, et aliud agentes, et aliud pollicentes. Lubrica est earmn possessio, dura bue illucque Gireumferuntur. et instabili gradu vel ha- bentes cleserunt, vel non babentes referciunt. Unde et Domiuus divites asserit difficulter intrare in regnum cœlorum, suffocantibus divitiis verbum Dei et rigorem virtutum emollientibus. « Qui vero in terram bonam seminatus est, bic est qui audit verbum, et intelligit, et fructu m facit : et aliud quidem ceutesimum, aliud sexagesimum, aliud vero tricesimum. » Ibid. 23. Sicut in terra mala très fuere diversitates : i-ecus viam, etpetrosa, et spinosa pour un, une seconde, soixante, une troisième, trente ; et dans l’une et l’autre, ce n’est pas la substance qui est changée, mais la volonté ; et la semence est reçue également par les cœurs des incrédules et par les cœurs des croyants. « Vient, dit-il, le malin esprit, et il enlève cequi a été semé dans son cœur. » La seconde et la troisième fois il est dit : C’est celui qui écoute la parole de Dieu. Egalement dans l’exposition de la bonne terre, il est dit : C’est celui qui écoute la parole de Dieu. Nous devons donc premièrement écouter, ensuite comprendre, et après l'intelligence rendre les fruits des doctrines, et produire ou cent, ou soi¬ xante ou trente pour un, comme nous l’avons dit avec plus de développement dans le livre contre Jovinien ; mais, pour le moment, nous touchons ce sujet en peu de mots, en attribuant le cent pour un aux vierges, le soixante pour un aux veuves et aux continents, et le trente pour un an mariage chaste. « Que le mariage soit traité par tous, avec honnêteté, et que le lit nup¬ tial soit sans tache. » Ilebr. xm, 4. Quelques- uns des nôtres rapportent le centième fruit aux martyrs ; s’il en est ainsi, la sainte société des noces est exclue du bon fruit. « Il leur propose une autre parabole, en di¬ sant : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé du bon grain dans son champ. Mais, pendant que les hommes dor- loca: sic in terra bonatrina diversitas est: centesimi, sexagesimi et tricesimi frnetus. Et in ilia autem et in ista non mutatur substantia, sed voluntas : et tam incredulorum, quam credentium corda sunt quæ semen recipiunt. « Venit, » inquit , malus, et rapit quod seininatum est in corde ejus ; » et secundo ac tertio, hic est, ait, qui verbum audit. In exposi- tione quoqne terræ houae, iste est, qui audit verbum. Primum ergo debemus audire, deinde intelligere, et post intelligentiam fruetns reddere doeferinarum, et facere vel centesimum, fructum, vel sexagesimum, vel tricesimum, de quibns plenius in libro contra Jovinianum diximus, et nunebreviter perstringimus : Centesimum fructum virginibns, sexagesimum viduis et coutineutibus, tricesimum casto matrimonio dépu¬ tantes. « Honorabiles enim unptiæ, et cubile irama- culatum. » Ileb. xm, 4. Quidam nostrorum ceutesi- mum fructum ad martyres referunt : quod si ita est, saucta cous or ti a nuptiarum exclu d un tu r a fructu bono. « Aliam parabolam proposuit illis, dicens : Simile est regu um cœlorum horaini qui semiuavit bonum semen in agro suo. Cum autem dormirent hommes, veuit inimicus ejns, et superseminavit zizauia iu medio tritici, établit. Cum autem crevisset herba, et fructum fecisset, tnne apparueruut et zizania. Acce- 604- SAINT JEROME maient, son ennemi vint, et sema par dessus de l'ivraie au milieu du blé, et s'en alla. L’herbe ayant donc poussé et étant montée en épi, l’ivraie commença alors à paraître. Alors les serviteurs du père de famille s'approchèrent et lui dirent : Seigneur, n'avez-vous pas semé du bon grain dans votre champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? Et il leur répondit : C'est un homme ennemi qui a fait cela. Et ses servi¬ teurs lui dirent : Voulez-vous que nous allions l'amasser ? Non, leur répondit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en môme temps le bon grain. Laissez croître l’un et l’autre jusqu'à la moisson ; et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Amassez première¬ ment l'ivraie etliez-la en gerbes pour la brûler , mais quant au blé, ram assez-le, pour le serrer dans mon grenier. » Ibid, 24 et seqq. Cette se¬ conde parabole n’a pas été posée aussitôt avec son interprétation, mais elle n a été expliquée qu'après la proposition d’autres paraboles ; car ici elle est proposée. Après cela le Seigneur renvoie les foules, vient à la maison et ses dis¬ ciples s'approchant de lui le prient de leur in¬ terpréter la parabole, en disant : « Expliquez- nous la, parabole de l'ivraie semée dans le champ, » et le reste. Nous ne devons donc pas, par un désir trop précipité de comprendre, chercher la connaissance d'une parabole avant que le Seigneur l’ait expliquée. « 11 leur proposa une autre parabole, en di¬ sant : » Ibid. 3t. Le Seigneur était assis dans la barque, et la foule était sur le rivage ; elleécou- dentes autem servi patrisfamilias, dixerunt ei : Do¬ mine, nonne bonum semen seminasti in agro tuo ? IJnde ergo babct zizania ? Et ait illis : Inimicus homo hoc fecit. Servi nutem dixerunt ei : Vis, imus, et coHigimus ea ? Et ait : Non, ne forte colligenLes ziza¬ nia, eradicetis simul cum eis et triticum. Sinite utra- quecrescere usquead messem, et in teinpore messis dicam messoribns : Colligite primum zizania, et alli- gate ea in fasciculos ad comburendum ; triticum autem congregate in horreum meum. » Ibid. 24 et seqq. Hæc secunda parabola est cum interpretatione sua non statim posita, sed interjectis aliis parabolis cdisserta. Hic eniin proponitur, et postea dimissis turbis venitur domurn et accedunt ad emn discipuli ejus rogantes : « Dissere nobis parabolam zizaniorum agri, » et reliqua. Non ergo debemus præpropero intelligendi desidcrio ante ejus notitiam qiuerere, quam a Domino disseratur. « Aliam parabolam proposait eis, dicens : » Ibid. 31. Sedebat Dominus innavi, etturba stabat in littore : illi procul, discipuli vicinius audiebant : proponit eis et aliam parabolam, quasi dives paterfamilias invi¬ tait de loin, et les^disciples, de plus près ; il leur propose encore une autre parabole, comme un père de famille qui sert à ses invités des mets divers, afin que, dans cette variété d'ali¬ ments, chacun puisse prendre celui qui est en rapport avec la nature de son estomac. Aussi dans la première parabole, il n’a pas dit : une autre parabole, mais : une parabole différente ; car s’il eût mis avant le mot parabole l’adjectif autre, nous ne pourrions pas en attendre une troisième ; il l’a fait précédé de : différente, afin qu’elle soient suivie de plusieurs paraboles. « Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son champ. Ce grain est la plus petite de toute les semences ; mais lorsqu’il a crû, il est plus grand que tous les autres légu¬ mes, et il devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches. » Ibid. 32. Que le lecteur ne trouve pas incommode et ennuyeux que nous propo¬ sions les paraboles tout entières ; car ce qui est obscur doit être traité avec plus d'étendue, de peur que par une trop grande brièveté, le sens des choses devienne plus embrouillé, au lieu d'ôtre exposé. Le royaume des cieux, c'est la prédication de l’Evangile et la connaissance des Ecritures qui conduit à la vie, et au sujet de laquelle il est dit aux Juifs : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé, et ii sera donné à une nation qui en produira les fruits. » Infra xxi, Ce royaume est donc semblable à un grain de sénevé qu’un homme prend et sème dans son tatos diversis reficiens cibis, ut unusquisque secun- dum naturam stomaclii sui varia alimenta susciperet. IJade et in priori parabola non dixiL alteram, sed aliam. Si enim præmisisset alteram, exspectare ter- tiam non poteramus, præmisit aliam, ut plures se- quantur, « Simile est regnum cœlorum grano sinapis, quod accipiens liomo seminavit in agro suo, quod mini¬ mum quidem est omnibus seminibns. Cum autem creverit, majus est omnibus oleribus, et fit arbor : i ta ut volucres cœli veniant et habitent in ramis ejus. » Ibid 32. Non sit molestum lectori, si totas parabolas proponimus, Quæ euim obscura sunt, plenius disse- renda sunt, ne brevitate nimia involvantur magis sensu9, .quam exponantur. Regnum cœlorum, prædi- catio Evangclii est, etnotilia Scripturarum quæ ducit ad vitam ; et de qua dicitur ad Judæos : « Auferetur avobis regnum Dei, et dabitur genti facienti fructus ejus » Infra xxi, 43. Simile est ergo hujuscemodi regnum grano sinapis, quod accipiens homo semina- vit in agro suo. Homo qui se minât in agro suo^ a plerisquc Salvator intelligitùr, quod in animis cre- COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. G 05 champ. Par l'homme qui sème, la plupart en¬ tendent le Sauveur, parce qu'il sème dans les âmes des croyants. D'après d'autres, c'est l'homme lui-même qui sème dans son propre champ, c’est-à-dire dans lui-même et dans son cœur. Qui est celui qui sème, si ce n'est notre sens et notre esprit, qui recevant le grain de la prédication et nourrissant la semence avec l’eau de la foi, la fait pulluler dans le champ de son cçeur. La prédication de l’Evangile est la plus petite de toutes les disciplines ; car, au premier abord, elle n'a pas l’accent de la vérité, prê¬ chant un homme Dieu, un Dieu mort et le scandale de la croix. Comparez une telle doc¬ trine aux dogmes des philosophes et à leurs livres, à la splendeur de l’éloquence et à la composition de leurs discours, et vous verrez combien est moindre que les autres semences le grain de l’Evangile. Car lorsque celles-là ont poussé, elles ne montrent rien de piquant, rien de vif, rien de vital ; mais tout en elles est flasque, flétri et énervé, nG produisant . que des légumes et des herbes qui se sè¬ chent vite et tombent. Mais la prédication de l’Evangile, qui paraissait petite au commen¬ cement, quand elle fut semée ou dans l’àine du croyant, ou dans le monde entier, ne pousse pas en légumes, mais elle croît en arbre, en sorte que les oiseaux du ciel (par lesquels nous devons entendre ou les âmes des croyants, ou les forces assujetties au service de Dieu) vien¬ nent se reposer sur ses branches. Je pense que les rameaux de l’arbre évangélique, qui a crû dentium seminet. Ab aliis, ipse homo seminans in agro suo, hoc est, in semetipso et in corde suo. Quis est iste qui seminat, nisi sensus noster et animus, qui suscipiens granum prædicationis, et fovens se- mentemkumore fidei, faci tin agro sui pectoris pullu- lare ? Predicatio Evangelii minima est omnibus disci- plinis. Ad pvimam quippe doctrinam fidem nou kabet veritatis, hominem Deum, Deum mortuum, et scan- dalntn crucis prædicans. Confer kujuscemodi doctri¬ nam dogmatibus philosophorum, et libris eorum, splendori eloquentiæ, et composition! sermonum, et videbis quauto minor sit cæteris seminibus semeutis Evangelii. Sed illacum creveriüt, nihil morclax, nihil vividum, nihil vitale demonstrant, sed totum flacci- dum marcidumque et mollitum ebullit iù olera, et in herbas, quæ cito drescunt et corruunt. Hacautem prædicatio, quæ parva, vjdebatur iu principio, cum vel in anima credentis, vel in toto mundo sata fuerit, non exsurgit in oleva, sed crescit in arborera: ita ut volucres cœli quas vel animas credentium, vel forti- tudines Dei servitio mancipatas, sentire debemus veniantet habitent in ramis ejus. Ramos puto Evan- du grain de sénevé, ce sont les diversités des dogmes sur lesquels chacun des oiseaux susdits se repose. Prenons, nous aussi, les ailes de la colombe, Psalm. liy, afin que, volant plus haut, nous puissions habiter dans les rameaux de cet arbre, et nous y faire des nids de doctrines, et que, fuyant les choses de la terre, nous nous portions avec empressement vers les biens cé¬ lestes. Plusieurs lisant que le grain de sénevé est la plus petite de toutes les semences, et ces paroles que les disciples disent dans l’Evangile : « Seigneur, augmentez la foi en nous, » Luc. XYir, 6, et à quoi le Sauveur répond : « En vé¬ rité, je vous le dis, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette mon¬ tagne : Ote-toi de ce lieu, et elle vous obéirait, » pensent que les Apôtres ou demandent une pe¬ tite foi, ou que le Seigneur hésite touchant une petite foi, alors que l’apôtre Paul juge très grande la foi comparée au grain de sénevé. Que dit-il en effet ? « Lors même que j’aurais la foi tout entière, jusqu'à transporter des mon¬ tagnes, si je n’ai point la charité, cela ne me sert de rien. » 1 Cor. xnr, 2. Donc, ce que le Sei¬ gneur a dit être fait par la foi, qui est comparée à un grain de sénevé, peut être fait, selon que l'enseigne l'Apôtre, par la foi tout entière. « 11 leur dit une autre parabole : Le royaume des ci eux est semblable au levain qu’une femme prend et mêle dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit levée. » Ibid. 33. L’estomac des hommes est différent : les uns aiment les aliments amers; d'autres, les doux; gelicæ arboris, quæ de grano sinapis creverit, dog- matum esse diversitates, in quibus supradictarum volucrum unaquæque requiescit. Àssumamus et nos pennas columbæ, Ps. uv, ut voûtantes ad alticwa, possimus kabitare in ramis hujus arboris, etnidulos nobis facerc doctrinarum, terrenaque fugientes, ad coelestia festinare. Multi legentes granum sinapis minimum omnibus seminibus, etillud quod in Evan- gelio a discipulis dicitur: «Domine, adauge nobis fidem » Luc. xvn, G, et respondetur eis a Salvatore : « Amen dico vobis, si habueritis fidem quasi granum sinapis, et dixeritis monti huic, migra de loco isto, migrabit, » putant apostolos vel parvam fidem peterc, vel Dominum de parva fide dubitare ; cum apostolus Paulus fidem grano sinapis comparatam maximam judicet. Quid enim dicit « Si kabuero totam fidem, ita ut montes transferam ; charitatem autem non habeam, nihil mihi prodest, » I Cor. xur, 2. Ergo quod Dominus dixit fide fieri, quæ grano sinapis comparetur, hoc Aqostolus docet tota fide posse fieri. « Àliam parabolam looutus est eis. Simile est 606 SAINT JÉROME d’autres, de plus âpres, et d’autres, ceux qui ne sont point rudes. Le Seigneur propose donc, comme nous l’avous dit plus haut, diverses pa¬ raboles, afin que, selonles variétés desblessures, la médecine aussi soit différente. Cette femme qui prit un levain et le mêla dans trois mesures de farine, jusqu’à cc que la pâte fût toute levée, me paraît être la prédication apostolique, ou l'Église, rassemblée de diverses nations. Elle a pris le levain, c’est-à-dire la connaissance et l’intelligence des Ecritures, elle l’a mêlé dans trois mesures de farine, afin que l’esprit, l’âme et le corps, ramenés à une seule chose, ne soient pas en désaccord entre eux ; mais que, s’accor¬ dant deux et trois ensemble, ils obtiennent du Père céleste ce qu’ils auront demandé. Matth. xYiii. Ce passage est encore expliqué d’une autre manière. Platon et les philosophes ensei¬ gnent qu’on croit communément qu’il y a dans l’âmehuinaine trois passions, exprimées par trois mots grecs dont nous pouvons interpréter le premier par : «le raisonnable ; » le second par : « le plein de colère » ou « l’irascible ; » et le troisième que nous appelons « le concupisciblo. » Le premier de ces philosophes pense que le raisonnable a son siège dans le cerveau ; la colère, dans le fiel ; et le désir, dans le foie. Nous donc, si nous prenons le levain des saintes Écritures duquel il a été parlé plus haut, les trois passions de l'âme humaine seront réduites en une seule chose, en sorte que dans la raison nous regnum ccelorum fermento, quod acceptum mulier abscondit in farinæ satis tribus, donec fermentutum est totum. » Diversus est hominum stomachus : alii dulcibus, alii [al, austerioribus, alii lenibus delectantur cibis. Proponit itaque Dominas, ut jam supra diximus, diversas parabolas, ut juxla vulnerum varietates et medicina diversa sit. Mulier ista, quæ fermentum accepit, et abscondit illud in farinæ satis tribus, donec fermentaretur toturn, vel prædicatio mihi videtur apostolica vel Ecclesia, quæ de diversis gentibus congregata est. Hæc tollit fermentum, noti- tiam scillicet et intelligentiam Scripturarum, et abscondit illud in farinæ satis tribus, ut spiritus, anima, et corpus in unum redacta, non discrepent inter se ; sed cum duobus et tribus convenerint, im¬ pet r en t a Pâtre quodeumque postulaverint. Matth . xvin. Disseritur locus iste, et aliter. Legimus in Platone, et philosophorum dogma [al. clogmate ] vul- gatum est, très esse in humana anima passiones, tô Xoytxov quod nos possumus interpretari «rationa- bile » : to Üupixàv quod dicamus1, « plénum iræ, » vel « irascibile » : tô £3nÔup)Tix6v quod appellamus, con- cupiscibilc: et putat ille philosophus rationabile nostrum in cerebro, iram in felle, desiderium in posséderons la prudence ; dans la colère, la haine contre les vices ; dans la cupidité, le désir ardent des vertus ; et cela s’accomplira entière¬ ment par la doctrine évangélique que nous a donnée l’Éghse notre mère. J’ajouterai encore une troisième manière dont quelques-uns en¬ tendent cette parabole, afin que le lecteur cu¬ rieux choisisse entre plusieurs interprétations celle qui lui plaira. Ils interprètent eux aussi cette femme par l’Église, qui a mêlé dans trois mesures de farine la foi de l’homme à la croyance au Père, au Eils et au Saint-Esprit ; et lorsque tout cela a fermenté et ne fait qu’une seule pâte, nous sommes amenés à la con¬ naissance non de trois dieux, mais d’une seule divinité. Egalement les trois satum de farine étant chacun de la même nature, attirent à l’unité de substance. Si un sens pieux peut être utile pour l’autorité des dogmes, on ne peut pas en dire autant des paraboles et de l’intelli¬ gence douteuse des figures. Quant au satum, c’est un genre de mesure en usage dans la pro¬ vince de Palestine, et qui contient un muid et demi. On dit encore d’autres choses touchant cette parabole ; mais la matière présente ne com¬ porte pas de traiter intégralement tous les points. « Jésus dit toutes ces choses au peuple en pa¬ raboles, et il ne leur parlait pas sans paraboles. » Ibid. 34. Ce n’est pas aux disciples, mais aux foules qu’il parle en paraboles, et jusqu’à au- jecore commorari. Et nos erg o si acceperimus fer¬ mentum Evangelicum sanctarum Scripturarum, de quo supra dictum est, tresliumanæ aniinæ passiones in unum redigentur, ut in ratione possideamus pru- dentiam ; iD ira, odium contra vicia : in desiderio, cnpiditatem virtutum ; et hoc totum fiet per doctri- nam Evangelicam, quam nobis mater Ecclesia præs- titit. Dicam et tertiam quorumdam intelligentiam, ut curiosus lector e pluribus quod placuerit, eligat : Mulierem istam et i psi Ecclesiam interpretantur, quai fidern hominis farinæ satis tribus commis- cuerit credulilati Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Cumque in unum fuerit fermentata, non nos ad triplicem Deum, sed ad unius divinitatis perducit notitiam. Farinæ quoque [al quippe] sata tria, dum non est in singulis diversa natura, et ad unitatem trahunt substantiæ. Pius quidem sensus, sed num- quarn parabolæ et dubia ænigmatum intelligentia, potest ad auctoritatem dogmatum proficere. Satum . autem genus est raensuræ, juxta morem provinciæ Palestinæ, unum et dimidium modiuui capiens. Dicuntnr et alia de bac parabola, sed non est præ- sentis materiæ totum de omnibus dicere. « Hæc omnia locutus est Jésus in parabolis ad 607 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. jourd'hui le peuple écoute en paraboles ; mais les disciples interrogent le Sauveur à la maison. « Afin que fût accompli ce qui a été dit par le prophète : J'ouvrirai ma bouche pour parler en paraboles ; je publierai des choses cachées depuis la création du monde. » Ibid. 35. Ce témoignage a été pris du second verset du septante-septième psaume. J'ai lu dans quelques livres, et le lecteur studieux Je trouvera peut- être comme mob que dans le passage où nous avons mis avec la Vulgate : « Afin que fût ac¬ compli cc qui a été dit par le prophète en ces termes ; » il est écrit : « Par le prophète Isaïe, disant : » Comme. cela ne se trouve pas du tout dans Isaïe, je pense que, dans la suite, des hom¬ mes prudents le firent disparaître. A mon avis, il fut édité ainsi dans le principe : « Ce qui a été écrit par le prophète Asaph, disant :■» En effet, le septante-septième psaume, d'où a été pifis le témoignage en question, est inscrit sous le titre du prophète Asaph. (Il est à croire que le pre¬ mier scribe ne comprit pas le mot Asaph, et, le prenant pour une faute de copiste, il le corrigea en lui substituant le nom d’Isaïe, nom qui était plus connu. Il faut donc savoir que dans les psaumes et les hymmes et les cantiques de Dieu, on doit appeler prophètes non seulement David et les autres dont les noms sont écrits en tête, mais, par exemple, Asaph, Idithum, Eman Esraïte, Ethan et les enfants de Coré et les autres dont l'Écriture fait mention. Et ce qui est dit en la personne du Seigneur : « J'ouvrirai ma bouche pour parler en paraboles ; je pu¬ blierai des choses cachées depuis la création du monde, » si on le considère avec plus d’atten¬ tion, on 3' trouvera la description de la sortie d’Israël de l’Egypte, et le récit de tous les pro¬ diges qui sont rapportés dans l’histoire de l’Exode. Ce qui nous fait comprendre qu’il faut entendre allégoriquement tout ce qui a été écrit, et que, sans s'arrêter à l’écorce de la lettre, il faut pénétrer les mystères cachés qu’elle renferme. Car c’est ce que le Sauveur promet de faire connaître, en ouvrant sa bouche pour parler en paraboles, et en publiant des choses cachées dès l’origine du monde. « Alors Jésus ayant renvoyé le peuple, vint dans la maison, et ses disciples s’approchant lurbas, et sine parabolis non loquebatur eis. » Ibid. 34. Non ciiscipulis, sed turbis per parabolas loquitur ; et usque hodie tnrbæ in parabolis audiunt : discipuli domi interrogant Salvatorem. « Ut implerotur quod dictum est per prophetam dicentem : Aperium in parabolis os meam, eruclabo abscondita a constitutione mundi. » Ibid. 35. Hoc testimoniaux de septuagesimo septimo psalmo (Vers 2) sumptum est. JLegi in nonnullis codicibus, et stu- diosus lector forte reperiet idipsum, in eo loco ubi nos posuimus, et Vulgata habet editio : Ut implere- tur quod dictum est per prophetam dicentem, ibi scriptum (a), per Isaiain prophetam dicentem. Quod quia minime inveniebatur in Isaia, arbitror postea a prudentibus viris esse sublatum. Sed mihi vi- detur in principio ita editum : Quod scriptum est per Asaph prophetam, dicentem. Septuagesimus enirn septimus psalmua, de quo hoc sumptum est testimonium, Asaph prophetæ titulo inscribitur. Et primum scriptorem non intell exiss e Asaph, et putasse scriptoris vitium, atque emendasse nomen Isaiæ, cujus vocabulum manifestius erat. Sciendum est itaque, quod in psalmis et hymnis et canticis Dei, non solum David, sed et cæteri, quorum præscripta sunt nomina, prophetæ sint appellandi ; Asaph vide- licet et Idithum, et Eman Ezraites, et Æthan, et filii Chore, et reliquiquos Scriptur.a commémorât; Quod- que ex personna Domini dicitur : Aperiam in pura- bolis os meum ; eructabo abscondita a constitu¬ tione mundi, considerandum attentiùs et mve- niendum describi egressum Israelis ex Ægypto, et omnia signa narrari, quæ in Exodi continentur bis- toria. Ex qno intelligimus universa ilia quæ scripta sunt, parabolice sentienda : nec manifestant tantum sonare littéraux, sed et abscondia sacramenta; hoc enim se Salvator edicturum esse promittit, aperiens os suum in parabolis, et eructans abscondita a cons¬ titutione mundi. « Tune dimissis turbis venit in domuin, et accesse- runt ad eum discipuli ejus, dicentes : Edisserenobis parabolam zizaniorum agri. » Ibid. 36. Dimittit tur- bas Jésus, et domum revertitur, ut accédant ad eum (a) Idipsum alibi notatum est nobis, utque hic Vcterum alia congeramus testimonia, auctor Homil. xviii sub nominc démentis papæ legit tper fsaiam. Auctor Brcviarii in Psalterium sub nomine S. Hieronymi p. 310 : « Dicitur ergo in Matthæo : Hæc, inquit( focta sunt, ut implerctur quod scriptum est in Asaph propheta. Sic invenitur in omnibus veteribus codicibus, sed hommes ignorantes tulerunt illud, id ost, abstulerunt Asaph.. Denique milita Evangelia usque hodie ita haheat : ut impleretur quod scriptum est per Isaiam prophetam. » Aperiam in Parabolis, etc. « Hoc lsaias non loquitur, sed Asaph. Denique et impius Porphyrius proponit adver- suiri nos hoc ipsum, et dicit : Evangelista Tester Matthæus tam imperitus fuit, ut diceret quod scriptum est per Isaiam prophetam. » Quibus adde Anonymum relatum in Expositione Græcorum Patrum in psalmos, psal. txxvn. Hæc animadvertisset Sabaterius, qui Vulgatam atque eam quidem Italarn sectionem ex Colbertino nescio quo ms. nobis obtrudit, deque hoc Hieronymi loco cum in prœ- fatione, tum in notis otiose disputât. Annotare præstabat, quod S. Pater Vulgatam Editionem nominat, quæ, ut ex vocabulo notât, præ cœteris aliis oütincbat. Nam cum hos Cominentarios scriberet, jamduduui ante annos cire, quindecim jussu Damasi, Evangclia ad Græcos codices reeognoverat, neo eerte aliam quam Vulgatam editionem sibi sumpserat recognoscendam. Sedulo itaque notanda sunt, quæ de ista Vulgata significat : scilicet omnium fuisse interpretationum antiquissimam, in qua primum scriptum fuisset per Asapky tum repositum per Isaiam, denique pobtba a prudentibus viris hoc quoque nomen sublûtuai. {Edit. Mign.) SAINT JEROME .008 de lui lui dirent : Expliquez-nous la parabole de l’ivraie semée dans le champ. » Ibid. 36. Le Seigneur renvoie le peuple, et retourne à la maison, afin que ses disciples s’approchent de lui, et qu’ils demandent en secret ce que le peuple était indigne et incapable d’entendre. «. Expliquez-nous la parabole de l’ivraie semée dans le champ. » « Et leur répondant il leur dit : Celui qui sème le bon grain, c’est le Filsdel’Homme. Le champ est le monde; le bon grain, ce sont les enfants du royaume, et l’ivraie, ce sont les enfants d’iniquité. L’ennemi qui l'a semée, c’est le dia¬ ble ; le temps de la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, sont les anges. De môme qu’on ramasse l’ivraie et qu’on la brûle, ainsi en sera-t-il à la consommation du siècle. Le Fils de l’Homme enverra donc ses anges qui ramasseront et enlèveront hors de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’i¬ niquité, et ils les précipiteront dans la fournaise du feu. C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Ibid. 37 et seqcj. Il a ex¬ posé nettement que le champ, c’est le monde ; le semeur, le Fils de l’Homme ; le bon grain, les enfants du royaume ; l’ivraie, les enfants de perdition ; celui qui a semé l’ivraie, le diable ; la moisson, la consommation du monde ; les moisonneurs, les anges. Tous les scandales se rapportent à l’ivraie, et les justes sont réputés enfants du royaume. Donc, comme je l’ai dit plus haut, nous devons accommoder notre foi à cette exposition du Seigneur. Mais quant aux discipuli, et secreto interrogent quæ populus nec me- rebatur audire, nec poterat. « Edissere nobis parabo- lam zizaniorum agri. » « Qui respondens, ait : Qui seminat bonurn se- men, est Filius bominis. Àger uutem est mundus. Bonurn vero semen, hi sunt filii regni : zizania autem filii sunt nequam. ïnimicus autem qui seminavit ea, est diabolus. Messis vero, consummatio sæculi est. Messores autem Angeli sunt. Sicut ergo colliguntur zizania, et igni combnruntnr : sic erit in consumma- tione sæculi. Mittetergo Filius hominis augelos suos, et colligent de regno ejus omnia scandala, et eos qui faciuntiniquitatem, et mittenteos in caminum ignis, ibi erit fie tus et stridor denlium. » Ibid . 37 et seqq. Perspicue exposuit quod ager mundus sit : sator, Filius hominis; bonurn semen, filii regni; zizania, filii pessini; zizaniorum sator, diabolus; messio, con¬ summatio mundi ; messores, angeli. Omnia scandala referuntur ad zizania; justi repulantur in filios regni. Ergo, ut supra dixi, quæ expo si la sunt a Domino, bis debemus accommodare fidem. Quæantem tacita, et nostræ intelligenticc derelicta, perstringenda sunt choses sur lesquelles le Seigneur a gardé le si¬ lence et qu’il a laissées à notre interprétation, elles doivent être touchées en peu de mots. En¬ tendez par les hommes qui dorment les maîtres des Églises ; par les serviteurs du père de fa¬ mille, les anges qui voient chaque jour la face du Père céleste. Matth. xvm. I/homme ennemi, c’est le diable qui est appelé ainsi, parce qu’il a cessé d'ètre un dieu ; et il est écrit de lui dans le psaume neuvième : « Levez-vous, Seigneur; que l’homme ne s’affermisse pas dans sa puis¬ sance. » Psalm. ix, 20. Qu'il ne dorme donc pas celui qui est préposé au gouvernement de l'Église , de crainte que, par sa négligence, l’homme ennemi ne sème par dessus le blé l’ivraie, c’est-à-dire les dogmes des hérétiques. Mais par ces paroles : « De peur qu’en cueillant l'ivraie, vous ne déraciniez en môme temps le bon grain, »il est donné lieu à la pénitence, et nous sommes avertis de no pas nous presser de retrancher un frère, car il peut arriver que celui qui aujourd'hui est dépravé par un dogme criminel, vienne demain à résipiscense, et com¬ mence à défendre la vérité. Egalement ce qui suit : « Laissez croître fun et l’autre jusqu'à la moisson, » semble être en opposition à ce pré¬ cepte : « Otez le mal du milieu de vous, » Deut. xm, 5. Isa. i ; et à celui qui défend d’avoir au¬ cune société avec ceux qui portent le nom de frères, et qui sont des adultères et des forni- cateurs. Car s’il est défendu de déraciner l’ivraie , et s’il faut prendre patience jusqu’à la moisson, comment doivent être chassés du mi- breviter. Homines qui dormiunt, magistros Eccle- siarumintcllige. Servos patrisfamilias, ne alios acci- pias quam angelos, qui quotidie vident faciem Pa- tris. Matth. xvm. Diabolus autem propterea inimi- eus bomo appellatur; quia Deus esse desivit. Et in nono psalrno scriptum estde eo: « Exsurge, Domine, non confortetur bomo. » Psal. tx, 20. Quamobrem non dormiat, qui Ecclesiæ præpositus est, ne per il lins negligentiam inimicus bomo superseminet zi¬ zania, hoc est, hæreticorum dogmata. Quod autem d ici tu r : » Ne forte colligentes zizania, eradicetis si- mul etfrumentum, » datur locus pœnitentiæ, et mo- nemur ne cito amputemus fratrem : quiafieri potest, ut ille qui hodie noxio depravatus est dogmate, iras resipiscat et defendere incipiat veritatem. ïllud quo- que quod sequitur : ocrites de la foi, seront brûlés par les feux de la géhenne, tandis que les saints, qui sont appelés le blé, sont reçus dans les greniers, c’est-à-dire dans les demeures célestes. u Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. » ïbid. 43. Dans le siècle présent, la lumière des saints brille devant les hommes ; à la fin du monde, les justes eux-mêmes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. « Le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ qu’un homme trouve et qu’il cache, et dans la joie qu'il en sunt quidam de medio nostrum? Inter triticum et zizania, quod nos appcllamus «IoUum,« quamdiu herba est, et nondum culmus venit ad spicam, gran¬ dis similitude) est, et in discernendo aut nuïla, aut perdifficilis distontia [al. substantiel], Præmonet er- go Dominas, ne nbi quid ambigu mn est, cito sen- tentiam proferamus ; sed Deo judicii terminum re- servemus : ut cum dies judicii venerit, ille non suspicionem criminis, sed mamfestmn reatum de sanctorum çœtu ejiciat. Quod autem dixit, zizanio- rum fascieulos ignibus tradi, et triticum congregari in horrea, manifestum est luereticos quosque et hy- pocritas fidei gehenæ ignibus concrcmandos ; sanc- tos vero qui appellantur triticum, horreis, id est, mansionibus cœlestibus suscipi. (( Time justi fulgebunt si eut sol in regno Patris eorum [al. swi]. Qui lmbet a lires audiendi, audiat. » îbid. 43. In præseuti sæculo fnlget lux sanctovum coram hominibus ; post consummationem autem mundi ipsi justi fulgebunt sicut sol in regno Patris sui. « Similc estregnum cœlorum thesauro abscondito in agro, qnem qui inveiiit honio abscondit ; et prse gandio illius vadit, et vendit universa quœ habet, et TOME IX. ressent, il va vendre tout ce qu’il a et achète ce champ. » Ibid. 44. Retardés par des obscu¬ rités fréquentes, nous excédons une exposition concise, en sorte que nous paraissons être pas¬ sés d'un genre d’interprétation à un autre. Ce trésor dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science, c’est ou le Verbe Dieu, qui est caché dans la chair du Christ, Coloss. h, ou les saintes Écritures, dans lesquelles est placée la connaissance du Sauveur ; lorsque quelqu’un l’y a trouvé, il doit mépriser tous les biens de ce monde, afin de pouvoir posséder le trésor qu’il a trouvé. Mais par ces paroles : Cet homme ayant trouvé le trésor, le cache, » on ne veut pas dire qu'il fasse cela par envie ; mais, après l’avoir préféré à ses anciennes richesses, il le cache dans son cœur, par crainte de le perdre et par le désir qu’il a de le conserver. « Le royaume des cieux est semblable encore à un homme qui est dans le trafic, et qui cher¬ che de bonnes perles, et qui, en ayant trouvé une de grand prix, s'en alla vendre tout ce qu’il avait et l'acheta. » Ibid. 45, 46. C’est la même chose que ce qui est dit ci-dessus, mais en d’autres termes. Les bonnes perles que ce mar¬ chand trouve, c’est la loi et les prophètes. En¬ tends-tu, Marcion ; entends-tu, manichéen : les bonnes perles sont la loi et les prophètes et la connaissance de l’ancien Testament. Il n’y a qu'une perle très précieuse, qui est la connais¬ sance du Sauveur et le mystère de sa Passion émit agrum ilium. » Ibid. 44. Crebris parabolarum obscuritatibus retardati, commaticam iuterpretatio- nem 'cxcedimus, ut pr.ope cle alio iuterpretationis geuei'e ad aliud transisse videamur. Thésaurus iste in quo snut omnes thesauri sapieuliæ et scientiæ absconditi, aut Deus Yerburn est, qui in carne Christi videtur absconditus, Coloss. n, ant sancUe ScripLuræ, in quibus rçposita est notitia Salvatoris : quem cum quis in eis invenerit, debet omnia istius mundi emolumenta coutemnere, ut ilium possit lia. bere quem reperit. Quod autem sequitur : « Quem cum invenerit homo abscondit : » idirco dicitur, non quod hoc de invidia faciat, sed quod timoré servan¬ te, et uolentis perdere, abscondat in corde sno, qnem pristinis prætulit faeultatibus. «Itcrura simile est regnum cœlornm homiui nego- tiatori, quærenti bonas magaritas. [Inventa autem un a pretiosa [al. pretiosissima] margarita, abiit et vendiclit omnia ;cpiæ habuit, et émit eam. » Ibid 45, 46. Aliis verbis idipsum quod supra dicitur. Bonæ margaritæ, quas quœrit instiLor, Lex et prophè¬ tes sunt. Audi, Marcion, audi, Manichæe: bonté margaritæ sunt Lex et prophetae, et notitia veteris Instrumenti. Uiium autem est pretiosissimum mar- 39 610 SAINT JEROME et de sa Résurrection. Après avoir trouvé cette perle, cet homme qui est dans le trafic, sem¬ blable à l'apôtre Paul, méprise comme des or¬ dures et du fumier tous les mystères de la loi et des prophètes et les cérémonies anciennes dans lesquelles il avait vécu d’une manière irré¬ préhensible ; il les méprise afin de gagner Jésus- Christ. Philipp. ni. Non que la découverte d’une nouvelle perle soit la condamnation des anciennes perles, mais c’est qu'en comparaison de cette nouvelle perle toute autre pierre pré¬ cieuse a moins de prix. « Le royaume des deux est semblable encore à un filet jeté dans la mer, et qui prend toutes sortes de poissons; et lorsqu'il est plein, les pêcheurs le tirent sur le bord, où, s’étant assis, ils choisissent les bons dans des vases et jet¬ tent dehors les mauvais. Il en sera ainsi à la fin du monde : les anges viendront, et sépareront les méchants du milieu des justes, et ils les jet¬ teront dans la fournaise du feu. Là il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Ibid. 47 et seqq. C'est l’accomplissement de cette pro¬ phétie de Jérémie, qui dit : « Voilà que je vous enverrai un grand nombre de pêcheurs. » Jérém. xyi, 16. En effet, après qu'il eut été dit à Pierre et à André, à Jacques et à Jean, fils deZébédée : « Suivez-moi, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes, » Matth. îv, 19, ils se tissèrent un filet avec les dogmes évangéliques de l’ancien et du nouveau Testament, et ils le jetèrent dans garitnm, scientia Salvatoris. et sacramentum passio- nis illius, et rcsurrectionis arcanura. Quod cum invenerit liomo negotiator, similis Pauli apostoli, omnia legis prophetarumque mysteria, et observa- tiones pristinas, in quibns inculpate vixerat, quasi purgamenta contemnit et quisquilias, ut Christum lucrifaciat. Philipp. ni. Non quo inventio novæ mar- garitæ condemnatio sit veterum magaritarum : sed quo compavatione ejus omnis alia gemma vilior sit. „ k Iterum simile estregnum cœlorum sagenæ missæ in mare, et ex omui généré piscium congregauti. Quam cum impleta esset, educentes,. et secus littus sedentes, elegerunt bonos in vasa; malos autem fo¬ ras miserunt : Sic erit in consummatione seculi exi- bunt angeli, etseparabuut malos de medio justorum, et mittent eos in caminum ignis, ibi erit fletus et stridor dentium.» Ibid. 47 et seqq. lmplcto Jeremiæ vaticinio, dicentis : « Ecce ego mittam ad vos pisca- tores multos ; » J erem xvi, 16 ; postquam audierunt Petrus et Andréas, Jacobus et Joarines, fîlii Zebedæi: « Sequiuiini me, et faciam vos piscatores hominum» Matth . îv, 19, contexucrunt sibi ex veteri et novo testamento sagenam Evaugelicorum dogmatum; et miserunt eam in mare hujus sæculi : quæ usque lio- la mer de ce siècle. Ce filet, étendu jusqu’à au¬ jourd’hui au milieu des flots, prend tout ce qu’il rencontre dans les gouffres salés et amers, c’est- à-dire les hommes bons et les hommes mé¬ chants, les poissons les meilleurs et ceux de la pire espèce; mais lorsque sera arrivée la fin et la consommation du monde, comme le Sei¬ gneur le dit lui-même plus ouvertement un peu plus bas, alors le filet sera tiré sur le bord de la mer : alors paraîtra la véritable marque des poissons qui doivent être séparés, et, comme dans un port très tranquille, les bons seront mis dans les vases des demeures célestes, tandis que les méchants serontjetés dans la géhenne, pour y être brûlés et séchés. « Avez-vous compris tout cela ? Oui Sei¬ gneur, répondirent-ils. » Ibid. 51 . Le discours s’adresse proprement aux Apôtres, et il leur est dit : « Avez-vous compris tout cela ? » Le Sei¬ gneur ne veut pas qu’ils entendent seulement comme peuple , mais qu’ils comprennent comme des maîtres futurs. « Et il ajouta : C’est pourquoi tout docteur instruit en ce qui regarde le royaume des deux est semblable à un père de famille qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. » Ibid. 52. Les apôtres, secrétaires et notaires du Sauveur et qui gravaient dans les tables de chair de leur cœur ses paroles et ses préceptes, étaient instruits des mystères des royaumes célestes, et étant puissants par les die in raediis fhictibus tenditur, capieus de saisis et amaris gurgitibus quidquid incident, ’ÿi est, et bo¬ nos hommes et malos, et optimos pisces et pessi- mos. Cum autem vcneritconsummatio ci finis mundi, ut ipse infra manifestais dissent, tune sagena extru- hetur ad littus : tune verum secernendorùm piscium judicium [al. signum ] demonstrabitur, et quasi in quodam quietissimo portu, boni mittentur in vasa cœlestium mansionum : malos autem torrendos et exsiccanaos gehennæ flamrna suscipiet. « Intellexistis liœc omnia? Dicunt ei : Etiam. Ait illis. » Ibid. 51. Ad apostolos proprie sermo est; et illis dicitur : « Intellexistis hæc omnia: » Quoa non vult audire tantum lit populum, sed intelligere ut magistros futuros. « Ideo omnis Scriba aoctus in regno cœlorum similis est homini patvifamilias, qui profert de the- sauro suo nova et votera. » Ibid. 52. Instructi erant apostoli , Seribæ et notavii Salvatoris , qui verba illius et præcepta signabant in tabulis cordis carna- libus, regnorum cœlestium sacramentis, et pollebaut opibus patrisfamiliæ, ejicientes de thesauro doctvi- narum suarum nova et vetera : ut quidquid in Evangeho prædicabant, legis et prophetarum vocibus COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. richesses du Père de famille, ils tiraient du trésor de leurs doctrines des choses nouvelles et des choses anciennes, en sorte que tout ce qu'ils prêchaient dans l'évangile, ils le prouvaient par le témoignage de la loi et des prophètes. C’est ce qui fait dire à l'Épouse dans le Cantique des cantiques : « Je vous ai gardé, mon bien- aimé frère, les nouveaux et les anciens fruits. » Cant. vu, 13. « Lorsque Jésus eut achevé ces paraboles, il partit delà; et venant dans sa patrie, il les instruisait dans leurs synagogues, de sorte qu’étant saisis d’étonnement, ils disaient : ». Ibid. 53, 54. Après avoir dit au peuple ces para¬ boles que seuls les apôtres comprennent, il passe dans sa patrie, afin d'y enseigner plus ouvertement. « D’où vient à celui-ci cette sagesse et ces miracles ? » Prodigieuse folie des Nazaréens I Ils sont saisis d'étonnement que la Sagesse ait de la sagesse, que la Puissance môme opère des prodiges ; mais leur erreur est facile à ex¬ pliquer, en ce qu’ils conjecturent qu'il est fils d'un charpentier. « N'est-ce pas le fils d’un charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs, ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D’où vien¬ nent donc à celui-ci toutes ces choses ? Et ils étaient scandalisés à son sujet. » Ibid. 55, 56. L'erreur des Juifs est noire salut et la condam¬ nation des hérétiques. Ils prenaient Jésus-Christ tellement pour un homme, qu’ils le croyaient comprobarent. Unde et sponsa dicit in Cantico can- ticorum : « Nova et vestra, fratruelis meus, servavi tibi. » Cant. vii, 13. « Et factum est cum cousu mmasset Jésus para- bolas istas, transiit inde. Et venions in patriam [Al. terrain] suaui, docebat eos in synagoga eorura, ita ut mirarentur et dicerent. » Ibid . 53, 44. Post parabolas, quas locutus est ad populum, et quas soli apostoli intelligunt, transit in patriam suam, ut ibi apertiua doceat. « Unde huic sapientia hæc, et virtutes ? » Mira stultitia Nazarænorum : mirantur unde habeat sa- pientiam sapientia, et virtutes virtus ; sed error in promptu est, quod fabri filium suspicantur. « Nonne hic est fabri filius? nonne mater ejus dicitur Maria, et fratres ejus Jacobus et Joseph et Simon et Judas ? et sorores ejus norme omnes apud nos sunt? Unde ergo huic omnia ista? Et scandalizabantur in eo. » Ibid. 55, 56. Error Judœorum salus nostra est, et hæreticorum condemnatio. Jntantum enim cer- nebant hominem Jesum Chrislum, ut fabri putarent fUium : « Nonne hic est fabri filius ? » Miraris si m fils d'un charpentier. « N’est-il pas le fils d'un artisan ? » Eaut-il s'étonner qu'ils se trompent au sujet des frères, alors qu’ils se méprennent sur le père ? Ce passage a été exposé plus am¬ plement dans le susdit opuscule contre Helvi- dius. « Mais Jésus leur dit : Un prophète n’est sans honneur que dans sa patrie et dans sa maison. » Ibid. 57. C’est presque naturel que les habitants d’une ville soient toujours jaloux de leurs con¬ citoyens; car ils ne considèrent pas les œuvres actuelles d'un homme, mais ils se souviennent delà faiblesse de l’enfance, comme si eux-mêmes n’étaient pas arrivés à l’âge mûr par la même gradation des âges. « Et il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité. » Ibid. 58. Non qu’il ne pût faire pour ces incrédules un grand nombre de prodiges, mais de peur qu’en fai¬ sant beaucoup de miracles, il ne condamnât ses compatriotes. Cependant on peut aussi ex¬ pliquer d'une autre manière pourquoi Jésus est méprisé dans sa maison et dans sa patrie, c'est-à-dire par le peuple juif, et par suite pourquoi il fit parmi eux peu de miracles : ce fut pour qu’ils ne devinssent pas tout à fait inex¬ cusables. Mais il se fait chaque jour parmi les nations déplus grands prodiges par les Apôtres, non pas tant pour la guérison des corps que pour le salut des âmes. « En ce temps-là Hérode le Tétrarque apprit ce que la renommée publiait de Jésus, et il dit à ses serviteurs : C'est Jean-Baptiste qui est res¬ errent in fratrihus, cum errent in pâtre? Locus iste plenius in supradicto contra Helvedium lihello expo- situs est. « Jésus autem dixit eis : Non est Propheta sine honore, nisi in pa tria sua et in domo sua. » Ibid. 57. Propemodum naturale est cives semper civibus in- videro. Non enim considérant præsentia viri opéra, sed fragilis recordantur infantiæ, quasi non et ipsi per eosdem ætatum gradus ad maturam ætatem venerint. « Et non fecit ibi virtutes multas propter incredu- litatem eorum. Ibid. 5S. Non quod etiam illis incre- dulis facere non potuerit virtutes multas ; sed quod se multas faciens virtutes, cives incredulos condem- naret. Potest autem et aliter intelJigi, quod Jésus dospiciatur in domo ot in patria sua, hoc est, in populo Judæorum. Et ideo ibi pauca signa fecerit : ne penitus inexcusabiles fièrent. Majora autem signa quotidie in gentibus per apostolos facit, non tam in sanatione corporum, quam in nnimarum salute. « In illo tempore audivit Herodes Tetravcha famam Jesu, et ait pueris suis : Hic est Joannes m SAINT JÉROME. suscité d’entre les morts ; et c’est pour cela qu’il se fait par lui tant de miracles .» Matth. c. xiy, 1 , 2. IJn des . interprètes ecclésiastiques cherche à découvrir la cause pour laquelle Hé¬ rode fît des conjectures, au point de croire que Jean étaitressuscité d’entre les morts, et que pour cette raison, il se faisait par lui tant de miracles, comme si nous avions à rendre compte de l’er¬ reur d’autrui, et comme si ces paroles pouvaient fournir une occasion de soutenu1 la métempsy¬ cose , puisqu’il est certain qu’à l’époque où Jean fut décollé, le Seigneur était âgé de trente ans. Or, selon la métempsycose, les âmes n’entrent dans différents corps qu’après plu¬ sieurs périodes d'années. « Car H érode avait fait prendre Jean ; il l’a¬ vait fait lier et jeter en prison, à cause d’Héro- diade, femme de son frère Philippe ; car Jean lui disait : 11 ne vous est pas permis d’avoir cette femme. » Une vieille histoire raconte que Philippe, fils d'Hérode le grand, sous qui le Sei¬ gneur fuit en Égypte, et frère de cetHérode sous qui le Christ souffrit, épousa Hérodiade, fille du roiArètas ; mais plus tard le beau-père, ayant conçu contre son gendre une haine secrète, enleva sa fille, en dépit du premier mari, et la donna en mariage à Hérode, son ennemi. Mais qui est ce Philippe, c’est cc que nous apprend plus explicitement l’évangéliste Luc : « L’an quinzième , dit-il, de l’empire de Tibère Cé¬ sar, Ponce-Pilate étant gouverneur de la Judée ; Baptista, ipse snrrexit a mortuis : et icleo virtutes operantur in eo. Ibid, xiv, v, 1, 2. Quidam Ecclesias- ticorum interpretum causas cjuauit, quare Herodes ista sit suspicatus, ut putet a mortuis Joannem resur- rexisse, et ideo virtutes operari in eo, quasi erroris alieni nobis reddenda sit ratio, aut peTep.ÿu/yfcswç facta ex his verbis habeat occasionem, cum utique eo tempore quo Joannes decollatus est, Dominus tringinta esset annorum : aut,em post multos annorum circulos, in diversa corpora dicat animas insinuari. « Herodes enim tenuit Joannem, et alligavit eum, et posuit in carcerem propter Ilerodiadem, uxorem Philippi fratris sui. Dicebat enim illi Joannes : Non licet tibi babere eam. » Ibid. 3, 4. Vêtus narrat his- toria, Philip pu m Herqdis majoris filin m (sub quo Dominus fugit in Ægyptum), fratre m lin jus Herodis, sub quo passns est Christus, duxisse uxorem Hero- diadem filiam Arelee regis ; postea vero socerum ejns, exortis quibusdam contra generum simultati- bns, tulisse filiam suam, et in dolorem prioris ma- riti, Herodis inimici ejus nnptiis copulasse. Quis sit autem bic Philippus , evangelista Lucas plenius do- cet : « Anno quintodecimo imperii Tiberii Cæsaris, Hérode, tétrarque de la Galilée ; Philippe, son frère, de Biturée et de la province de Traoho- nite. a Luc. m, 1. Donc, Jean-Baptiste, qui était venu dans l’esprit et la vertu d'Élie, avec la 'même autorité avec laquelle le prophète avait repris Achab et Jézabel, m Reg. xxxi, reprochait à I-lérode et A Hérodiade d’avoir fait un ma¬ riage illicite, leur représentant qu'il n’est pas permis d’épouser la femme de son frère ger¬ main pendant qu’il vit encore ; il aimait mieux, en agissant ainsi, encourir la colère du roi, que d’oublier, pour la flatterie, les commandements de Dieu. « Hérode voulait donc le faire mourir, mais il craignait le peuple, parce que Jean en était re¬ gardé comme un prophète. » Ibid. 5. 11 crai¬ gnait, à la vérité, un soulèvement du peuple en faveur de Jean, qu’il savait avoir baptisé dans le Jourdain de nombreuses multitudes ; mais sa passion pour Hérodiade était si grande qu’il en était venu jusqu’à ne pas tenir compte des or¬ dres de Dieu. « Mais le jour de la naissance d'Hérode, la hile d'Hérodiade dansa devant tous les conviés , et elle plut à Hérode. » Ibid. 6. Nous ne trou¬ vons pas que personne ait célébré le jour de sa naissance, si ce n’est Hérode et Pharaon, n’y ayant rien d’étonnant que ceux dont l’impiété était égale eussent une môme solennité. « En sorte qu’il lui promit avec serment de lui donner tout ce qu'elle lui demanderait. procurante Pontio Pilato Judæam; tetrarclia autem Galilææ Ilerode ; Philippe vero fratre ejus tetrarclia lturœæ et Traconitidis regionis. » Luc. m, 1. Ergo Joannes Baptista qui venerat in spiritu et virtute Eliæ, eadem auctoritate qua ille Achab corripnernt, et Jezabel, III Reg. xxr, arguit Herodem et Hcrodia- dem, quod illicitas nuptias feccrint , et non liceat, fratre viventc gérai ano, uxorem illi us dueere : ma- lens périclitai1! apud regem, quam propter adulatïo- nem esse immemor præceptorum Dei. « Et volens ilium occidere, timuit populum : quia sicut propbetam eum habebant. » Ibid. 5. Seditionem quidem [al. guippé] populi verebatur propter Joan¬ nem, a quo sciebat turbas iu Jordane plurimas bap- tizatas; sed amore vincebatur uxoris , ob cujus ar- dorem etiam Dei præcepta neglexerat. Genes. xl. «Die autem natalis Herodis saltavit fil ia Herodia- dis in rnedio ; et placuit Herodi. » Ibid. 6. NulLum alium invenimns observasse diem natalis sui , nisi Herodem, etPharaoncm, ut quorum erat par impie- tas, esset et una solemnitas. « Unde cum juramento pollicitus est ei dare quod- cumque postulasset ab eo. At ilia præmonita a matre sua. » Ibid. 7. Ego non excuso Herodem , quod in- 613 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE. DE SAINT MATTHIEU. Cette fille, avertie auparavant par sa mère. » Ibid. 7. Je me garderai bien d'excuser Ilérode de s'ètre rendu coupable d'un homicide, à cause du serment qu'ilava.itfait; il le commit à regret et malgré lui ; peut-être jura-t-il pour préparer des machines au meurtre futur. Autrement, s'il pré¬ tend l’avoir commis h cause de son serment, je lui demanderai s’il aurait fait mourir son père ou sa mère dans le cas où cette fille aurait demandé leur mort. Il aurait donc dû ne pas tenir compte pour le prophète de ce qu'il aurait rejeté pour lui-même. « Donnez-moi présentement, dans un bassin, la tête de Jean-Baptiste. » Ibid. 8. Hérodiade, craignant qu/Hérode ne vînt un jour à résipis¬ cence, ou qu'il se réconciliât avec Philippe, son frère, et qu’ainsi fussent rompus par le divorce les liens d'un mariage illicite, avertit sa fille de demander sans retard, dans le festin même la tête de Jean-Baptiste, une danse ne pouvant être si dignement récompensée que par le sang. « Et le roi fut contristé. » Il est dans l’usage des Écritures que l'historien rapporte l’opinion d'un grand nombre conformément à ce qui était cru par tous à cette époque. De même que Joseph était appelé père de Jésus par Marie elle- même, ainsi il est dit maintenant qu’Hérode est attristé , parce que ceux qui étaient à table avec lui le pensaient. Luc. n. Car cet artisan d'homicide dissimulait la méchanceté de son âme en faisant paraître la tristesse sur son vi¬ sage, pendant qu’il ressentait de la joie dans son cœur. vitus et uolens, propter juramentum homicidium fecorit, qui ad hoc forte juravit, ut futuræ occisioni machinas præpararet. Alioquin si ob jusjurandum fecisse se dicit, si patris, si matris postuiasset inte- ritum, facturas fucrat, on non ? Quod in se ergo re- pudiaturus [al. repudiatus] fuit, contemnere debuit et in propheta. « Da mihi, inquit, hic in disco caput Joannis Bap- tisUc. » Ibid. 8. Herodias timons ne Herodes ali qu an do resipiscerct, vel Philippe fratri amicus fieret, atque illicitæ nuptiæ repudio solverentur, monet filiam, ut in ipso statim convivio, caput Joannis postulet : digno operi saltationis, dignum sanguinis præmium. « EL contristatus est rex. » Consuetudinis Scriptu- rarum est, ut opiniouem multorum sic narret liisto- rieus, quomodo eo tempore [ab omnibus credebatur. Si eut Joseph ab ipsa quoqne Maria appellabotur pater Jesu, ita et mine Herodes dicitur contristatus, quia hoc discumbentes putabant. Luc. u. Dissimula¬ tor enim mentis suæ et artifex homicidii , trislitiam præferebat in facic, cum lætitiam haberet in mente. « Propter jusjurandum autem et propter eos qui « Mais à cause du serment et de ceux qui étaient à table avec lui, il commanda qu'on la lui donnât. Il envoya trancher la tète de Jean dans la prison. » Ibid. 9, 10. ll excuse son crime par le serment, et c'est ainsi que, sous prétexte de piété, il devient impie. Mais ce qui est ajouté : « Et à cause de ceux qui étaient à table avec lui, » nous fait entendre qu’Hérode veut que tous participent à son crime, en sorte qu'on porte un plat sanglant dans un festin où régnent la luxure et l'impureté. « Et sa tête fut apportée dans un bassin, et donnée à la jeune hile, quila porta à sa mère.» Ibid. 14. Nous lisons dans l’histoire romaine que Flaminius, général romain, étant à table â côté d’une courtisane qui disait n’avoir jamais vu un homme décollé, consentit à ce qu'un cri¬ minel coupable de la peine capitale fût déca¬ pité dans le festin. Mais ce général fut chassé du Sénat par les censeurs, parce qu’il avait mêlé le sang à un repas, que pour le plaisir d’autrui il avait fait mourir un homme quoique coupable , alliant ainsi ensemble la débauche et l’homicide. Combien plus criminels sont H6- rode, Hérodiade et la jeune fille qui dansa et demanda pour récompense la tète sanglante du prophète, afin que fût en son pouvoir cette langue qui reprochait un mariage illicite. Voilà ce qui est arrivé quant à la lettre ; mais, pour nous, les Juifs ont perdu le Christ, qui est la tête des .prophètes. « Après cela ses disciples vinrent prendre son corps et l'ensevelirent. » Au rapport de Josèphe, pariter discumbobant, j assit dari. Misitque, et de- collayit Joaniiem in carcere. » Ibid. 9, 10. Scelus ex¬ cusât juramento, ut sub occasione pietatis impius fieret. Quod autem subjecit : « Et propter eos qui pariter discumbebant, » vult omues sceleris sui esse consortes, ut iu luxnrioso iinpuroque convivio cruen- tæ cpulæ deferrentur. v Et allatum est caput cjus iu disco, et datnm est puellæ, et attulit matri su®. » Ibid. 14. Legimus iu Rom ana historia, Flamimum duccmRomanum, quod accmnbcDti [al. accubanti ] juxta merctriculæ latus quæ numquam se vidisse diceret homiuem décolla¬ tion, as s en s us sit ut reus quidam capitalis cri mini s in convivio truucaretur, a ceusoribus pulsum curia, quod epnlns sanguiui misenerit, et mortem, quamvis noxii homiuis, in ulterius delicias præstiterit, ut libido et liomicidium pariter miscereutur. Qu auto sceleratior Herodes et Herodias ac pnella, quæ sal- tavit, iu pretium sanguinis caput postulat prophetæ, ut habeat in potestato liuguam, quæ illicitas miptias arguebat. Hoc juxta litteram factum sit; nos autem usque bodic cernimus iu capite Joauuis prophetæ, 6U SAINT JÉROME Jean fut décollé dans un bourg d'Arabie ; et par ce qui suit : « Ses disciples vinrent prendre son corps, » nous pouvons entendre et les dis¬ ciples de Jean lui-même et ceux du Sauveur. Et ils vinrent l'annoncer à Jésus. Jésus l’ayant appris , partit de là dans une barque, pour se retirer à l’écart dans un lieu désert. » Ibid. 13. On annonce la mort de Jean-Baptiste au Sauveur qui, à cette nouvelle, se retira dans un lieu désert ; non par crainte de la mort , comme il y en a qui le pensent, mais pour épargner ses ennemis, de peur qu’ils ajoutas¬ sent homicide à homicide ; bu bien il retarde sa mort jusqu’au jour de Pâques, où doit être immolé mystiquement un agneau dont le sang doit rougir les bois des portes des maisons des croyants ; JExod. xn ; ou bien encore il s’é¬ loigna pour nous apprendre, par son exemple, à éviter de nous exposer de nous-mêmes témé¬ rairement à la persécution, parce que tous ne persévèrent pas dans les tourments avec la même constance qu'ils ont montrée à les af¬ fronter. C’est pour cette raison que, dans un autre endroit, il fait ce commandement : « Lors¬ qu’on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. » Matth. x, 23. Aussi l’évangé¬ liste fait-il observer délicatement que le Sei¬ gneur ne fuit pas dans un lieu désert, mais qu’il s’y retira plutôt pour éviter les persécuteurs que pour les craindre. On peut encore inter¬ préter ce passage de cette manière : Après que Judæos Christum, qui caput est proplictarum, perdi- disse. « Et acceclentes discipuli ejus, t nier un t corpus ejus, et sepelierunt illud. » Refert Joseph us iu quo- dam Arabiæ oppido Joannem capite truncatum. Et quod sequitur : « Accedentes discipuli ejus, tulerunt corpus, » et ipsius Joannis , et Salvatoris discipulos possumus intelligere. « Et venientes nuntiaveruut Jesu. Quod cura au- disset Jésus, secessit inde in naviculam in locum desertum seorsum. >* Ibid. 13. Necern BaptisUe nun- tiant Salvatori', qua audita, secessit in locum deser¬ tum ; non, ut quidam arbitrante, timoré mortis, sed parcens inimicis suis , ne homicidio homicidium jungerent. Vel in dicra Paschæ suum interitum dif- ferens, in quo propter sacramentuui immolandus est agnus, et postes credentium sanguine respergendi. Exod. xu. Sive ideo recessit, ut nobis præberet exem- plum vitandæ ultro tradentium se temeritatis : quia non omnes cadem constantia persévérant in tormen- tis, qua se torquendos offerunt. Ob banc eau sam et in alio loco præcipit : « Gum vos persecuti fuerint in ista civitate, fugite in aliam. » Matth. x, 23. Ele- ganter quoque evangclista non ait, fugit in locum les Juifs et leur roi eurent tranché là tète du prophète, et que la prophétie eut perdu chez eux et la langue et la voix, Jésus passe dans le lieu désert de l’Église, qui auparavant n’avait pas eu d epoux. « Et le peuple, qui le sut, le suivit à pied de diverses villes. » 11 peut se faire aussi que le Seigneur, après avoir appris la mort de Jean, se relira pour une autre raison dans un lieu désert, alin d'éprouver la foi de oeux qui croyaient en lui. Enlin, le peuple le suivit à pied, non sur des montures ou sur des véhicules de diverses sortes, mais il souffrit la fatigue de sa propre marche, afin de montrer l’ardeur de son âme. Si nous voulons découvrir les raisons de chaque parole, nous outre-passons la brièveté du tra¬ vail que nous nous sommes proposé. Néan¬ moins, il faut dire transitoirement qu’ après que le Seigneur fut venu dans le désert, une grande multitude le suivit ; car avant qu'il vînt dans les lieux déserts des nations, il ne recevait de culte que de la part d'un seul peuple. » Et lorsqu’il sortait de la barque, il vit une foule nombreuse ; il en eut compassion, et gué¬ rit leurs malades. » Ibid. 14. Dans les paroles de l’Évangile, toujours l’esprit est joint à la lettre ; et tout ce qui, â la première vue, semble froid, s’échauffe, si on le touche. Le Seigneur était dans un lieu désert; la multitude le suivit, abandonnant ses propres villes, c’est-à-dire son ancienne manière de vivre et les variétés des desertum, sed secessit, ut persccutores vitaverit ma- gis quam timuerit. Aliter : Postquam a Judæis et rege Judæorum propbctæ truncatum est caput, et linguam ac voeem apud eos perdiditprophetia, Jésus transit in desertum Ecclesiæ locum, quæ virum ante non habuerat. « Et cum audissent turbæ, secutæ sunt eum pédes¬ tres de civitatibus. » Potest et aliam ob causam, au- dito Joannis iuteritu, secessisse in desertum locum, ut credentium probarct fidem. Denique turbæ secutæ sunt eum pedestres, non in jumentis, non in diversis vebiculis, sed proprio labore pedum , ut ardorem mentis ostendereut. Si voîumus singulonun verbo- rum aperire rationes, propositi operis brevitatem cxcedimus [al. excedemus]. Àttamon dicendum est transitoric, quod postquam Dominus venevit in de¬ sertum, secutæ sunt cum turbæ plurimæ. Nam ante- quam venirct in solitudines gentium, ab uno tantum populo colebatur. « Et ex ic ns vidit turbam multam, et miser tus est ejus, et curavit languidos covum. » Ibid. 14. In evan- gelicis sermonibus semper litteræ junctus est spiri- tus, et quidquid primo frigere videtur aspectu, si tetigeris, calot. In loco deserto erat Dominus; seen- 615 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE. DE SAINT MATTHIEU. dogmes. Mais en ce que Jésus sort, il fait enten¬ dre que la foule eut, à la vérité, la volonté de venir à lui, mais les forces lui manquèrent pour y parvenir; c’est pour cela que le Sauveur sort du lieu où il était, et va au-devant de la multi¬ tude, comme il fit aussi à l’égard d’un fils re¬ pentant dont il est parlé dans une autre para¬ bole. Luc xv. Après avoir vu la foule, il en a compassion et guérit leurs malades, afin que la foi pleine obtienne aussitôt sa récompense. « Le soir étant venu, ses disciples s’appro¬ chèrent et lui dirent : Ce lieu est désert et l’heure est déjà avancée; renvoyez le peuple, afin qu’il aille dans les villages acheter de quoi manger.» Ibid. 15. Tout ici est plein de mystère. Le Sei¬ gneur s'éloigne de la Judée; il vient dans un lieu désert, et le peuple quitte ses vüles pour le suivre; Jésus va à sa rencontre; il a compas¬ sion de lui, et guérit ses malades; et il fait cela non le matin, ni à une heure plus avancée du jour, ni à midi, mais le soir, lorsque le soleil de justice est couché. « Mais Jésus leur dit : 11 n’est pas nécessaire qu’ils y aillent. » Ibid. 16. Ils n’ont pas besoin de chercher des aliments de diverses sortes, ni de s’acheter des pains inconnus, puisqu’ils ont avec eux le Pain céleste. «Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Il pro¬ voque les Apôtres à rompre du pain au peuple, afin que, par la déclaration qu'ils feront que cela n’est pas en leur pouvoir, la grandeur du miracle devienne plus manifeste. tæ sunt cum turhæ, relinquentes civitates suas, hoc est, pristinas conversationes et veritates dogmatum. Egressus autem Jésus, siguificat quod turhæ habue- riutquidem euudi voluntatem, sed vires perveniendi non habuerint : ideo Salvator egreditur de ïoeo suo, et pergit obviam : sicut et iu alia parabola fil io pœ- nitenti occurrerat. Luc.xv. Visaque turba, miscretur et curât Jauguores eorum, ut fides plena statim præ- tnium cousequatur. «Vespere autem facto, accesserunt ad cum disci- puli ejus, dicentes : Desertus est locus, et hora jam præleriit : dimitte turbas, ut euntes iu castella, einaut sibi escas. » Ibid . 15. Omnia plena mysteciis snnt. Recedit de Judæa* venit in desertum locum : se- quuntur eum turbæ, relictis civitatibus suis : egre¬ ditur ad eos Jésus, miseretur turbis, curât languidos eorum : et hoc facit non mane, non crcscente die, non meridie, sed vespere, quando sol justitiæ oceu- buit. « Jésus autem dixit eis : Non habent necesseire. » Ibid. IG. Non habent neccsse diversos cibos quærere, et emere sibi ignotos panes, cnm secum hnbeant. ccelestem panem. « Ils lui répondirent : Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons. » Ibid. 17. Nous lisons dans un autre Évangéliste : « Il y a ici un enfant qui a cinq pains. » Joan. vi, 9. Cet enfant me semble signifier Moïse ; quant aux deux poissons qui forment un nombre pair, ou ils nous font entendre l'un et l’autre Testament, ou bien ils se rapportent à la loi et aux pro¬ phètes. Aussi les Apôtres, avant la passion du Sauveur etle splendide rayonnement de l’Évan¬ gile, n’avaient que cinq pains et lès deux petits poissons, qui étaient dans des flots salés et amers. « Apportez-les moi ici, leur dit-il.» Ibid. 18. Entends-tu, Marcion ; entends-tu, manichéen, Jésus se fait apporter les cinq pains et les deux petits poissons, afin de les sanctifier et de les multiplier. « Et après avoir commandé au peuple de s'asseoir sur l’herbe. » Ibid. 19. Selon la lettre, le sens est clair; donnons de ces paroles l’inter¬ prétation spirituelle qui nous en dévoilera les mystères. On commande au peuple de s'asseoir sur l’herbe, et, d'après un autre Évangéliste, Luc ix, sur la terre, par troupes de cinquante ou de cent, afin qu’après avoir foulé aux pieds leur chair et ses fleurs, et s’être assujetti les voluptés du siècle, en n’en faisant -pas plus de cas que de l’herbe desséchée, ils s’élèvent alors par la pénitence, qui se rapporte au nombre cinquante, au comble de la perfection, symbo¬ lisé par le nombre cent. « Date illis vos manducarc. » Provocat aposkolos ad fractionem panis, ut illis se non Iiabere testantr bus, magnitudo signi notior fiat. « Responderunt ei : Non habemus hic nisi quinque panes et duos pisccs. » Ibid. 17. In alio evnngelista legimus : « Est hic quidam puer, qui habet quinque panes; » Joan. vi, 9; qui mihi videtur significare Mo- sen: Duos autem pisces, vel utrumque intelligimua Testameutum, vel quia par numerus refertur ad Le- gem. Igitur apostoli ante passionem Salvatoris et coruscationem Evangelii fulgurantis, non hahebant nisi quinque panes et duos pisciculos, qui in saisis aquis et iu inaris fuctibus versabantur. « Qui ait eis: Àfferte mihi iilos hue. » Ibid. 18. Audi, Marcion, audi, Manichæc, quinque panes et duos pisciculos ad se afferri jubet Jésus, ut eos san- clificet atque multiphcet. « Et cum jussisset turbam discumbere super fe- mim. » Ibid. 19. Juxta litteram manifestas est sen- sus : spiritualis interprétations sacramenla panda- mus. Discumbere jnbentur supra fenum, et sccuu- dum aliurn Evangelistam, Luc. îx, supra terrain, per quinquagenos aut centenos,ut postquam calcaverint SAINT JÉROME 610 « 11 prit les cinq pains et les deux poissons ; et levant les yeux au ciel, il les bénit, les rom¬ pit et donna les pains à ses disciples. » 11 lève les yeux au ciel pour nous apprendre que c’est là que doivent être dirigés les regards. Il prit dans ses mains les cinq pains et les deux petits poissons, et il les rompit, et les donna à ses disciples. Il coule des mains du Seigneur, pen¬ dant qu’il rompt les pains, une source d’ali¬ ments. Car si ces pains fussent restés entiers, et n’eussent pas été coupés en morceaux, ni divisés en grains multiples, ils n’auraient pas pu nourrir le peuple, etles enfants etles femmes, et une si grande multitude. La loi est donc rompue avec les prophètes, et divisée en mor¬ ceaux; ses mystères sont proposés, afin que ce qui, restant ferme et entier, ne fournissait pas des aliments dans son ancien état, nourrît, en étant divisé en parties, la multitude des nations. « Et les disciples les donnèrent au peuple. Et tous mangèrent et furent rassasiés. » Ibid. 20. Le peuple reçoit du Seigneur les aliments par l’entremise des Apôtres. « Et on emporta douze corbeilles pleines des morceaux qui étaient restés.» Chacun des Apôtres remplit sa corbeille des restes du Sau¬ veur, afin ou d'avoir de quoi nourrir plus tard les nations, ou d'avoir le moyen, avec ces restes, d’apprendre que les pains, qui furent ensuite multipliés, étaient de véritables pains. On se carnem suam, et omues flores illius, et sæculi vo- luptates quasi arens feuùm sibi subjecerint, lune per quinquagenarii nu mer i poeniteutiam acl perfcctum centesimi numeri culrnen ascendant. « Acceptis quinque pauibus et duobus piscibus, aspiciens in cœlum, benedixit et fregit, et dédit dis- cipulis panes. » Aspicit in cœlum, ut illic oculos dirigendos doceat. Quinque panes et duos pisciculos sumpsit in tnanus, et fregit eos, tradiditque discipu- lis. Frangcnte Domino, seminarium fit ciborum. Si enim fuissent integri, et non in frustra discerpti, nec divisi in multiplicem segetem, turbas , et pueros, et femiuas, tantam multitudinem alere non poterant. Eraugitur ergo lex cum prophetis, et in Trusta clis- cerpitur, et ejus in medium mysteria proferuntur, ut quod integi’um et permanéns ht statu pristîno non alebat, divisum in partes alatgentium multitudinem. u Discipnli autem dederunt turbis. Et manducave- runt omnes, et saturati sunt. » Ibid. 20. Turbæ a Domino per apostolos alimenta suscipiunt. « Et tulernnt reliquias duodecim cophinos frag- mentorum pleuos. » Unnsquisque apostolorum de reliquiis Salvatoris iinplet copliinum suum, ut vel habeat unde postea gentibus cibum præbeat, vel ex reliquiis doceat veros fuisse paues, qui postea mul- demande eu même temps comment, dans un dé¬ sert et dans une solitude si vaste, on ne trouve que cinq pains et deux petits poissons, tandis qu’on rencontre si facilement douze corbeilles. « Or ceux qui mangèrent étaient au nombre de cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.» Ibid. 21. Selon le nombre des cinq pains, il se trouvait une multitude de cinq mille hommes qui mangeaient; car, d’après ce qui est rapporté dans un autre passage, elle n’était pas encore arrivée au nombre septénaire; là figurent quatre mille seulement, encore un nombre mystérieux qui rappelle celui des Evangiles. Ces cinq mille hommes qui mangent sont ceux qui étaient arrivés à l’état d’hommes parfaits, et qui suivaient Celui dont Zacharie dit : « Voilà l’homme qui a pour nom Orient. » Zach. yï, 12. Quant aux femmes et aux enfants, qui composent le sexe fragile et l’âge mineur, ils ne sont pas dignes d’être comptés. .Aussi, toutes les fois que dans le livre des Nombres on fait le recensement des prêtres, des lévites et de la multitude des hommes qui doiventmar- cher au combat, on ne fait mention ni des femmes, ni des enfants, ni du menu peuple, comme ne valant pas la peine d’être dénom¬ brés. « Et aussitôt Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque, et à passer avant lui de l’autre côté de la mer, pendant qu’il ren- tiplicati suut. Et simul quære, quoniodo in eremo et in tam vasta solitudine panes non inveniantur, nisi quinque tantum, et duo pisciculi, et tam facile duodecim cophini reperiantur. « Alanducantium autem fuit numerus quinque millia virorum, exccptis mulieribus et parvnlis. » Ibid, 21. Juxta numerum quiuque panum, et comc- dentium virorum quinque millium multitudo est. Necdum euim secundum alterius locl narrationem ad septenarium numerum veuerat, quem qui come- dunt, quatuor millia sunt, vicina Evaugeliorum numéro. Comedunt autem quinque millia virorum qui in perfectum virum creverant, et sequabantur eum, de quo dicit Zacharias : « Ecce vir, Oriens nom eu ojus. » Zach. vr, 12. Mulieres, autem et par- vuli, sexus fragilis et æstas minor, numéro iudigni s tint. Dnde et in Numerorum libro cjuoties sacerdo- tes atque Levitæ, et exercitus yel turbæ pugnantium dcscribuutur, servi et mulieres, et pavvuli, et vulgus ignobile absque numéro pvætermittitur. « Et stalim compulit Jésus discipulos suos ascen- dere in naviculam, et præcederc cum trans fretum, . douce dimitteret turbas. » Ibid. 22. Discipulis præce- pit trunsfretore, et compulit ut asceuderent navicu¬ lam : quo sermonc ostenditur invitos eos a Domino COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU. 617 verrait le peuple. » Ibid. 22. 11 ordonna aux dis¬ ciples de passer de l’autre côté de l'eau, et les obligea A monter dans la barque ; ce qui fait voir que les disciples s’étaient éloignés à regret du Seigneur, ne voulant pas, par amour pour leur Maître, être séparés de Lui, même un seul instant. « Après avoir renvoyé la foule, il monta seul sur une montagne pour prier; et le soir étant venu, il se trouva seul en ce lieu. » Ibid. 23. Si les disciples Pierre, Jacques et Jean, qui avaient vu la gloire de sa transfiguration, se fussent trouvés avec Lui, peut-être seraient-ils montés avec lui sur la montagne ; mais la foule est inca¬ pable de suivre le Seigneur sur des lieux élevés, s’il ne l'a enseignée sur le bord de la mer, et nourrie dans le désert. Or, en cc qu'il monta seul sur une montagne pour prier, ne rappor¬ tez pas cela A celui qui, avec cinq pains nour¬ rit cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, mais A celui qui, ayant appris la mort de Jean, se retira dans un lieu désert, non que nous admettions deux personnes dans le Seigneur, mais nous distinguons les œuvres qui doivent être attribuées A sa divinité de celles qui procèdent de son humanité. « Cependant la barque était battue par les flots au milieu de la mer, car le vent était con¬ traire. » Ibid. 24. Les Apôtres s’étaient éloignés du Seigneur bien A regret et comme malgré eux ; car ils craignaient de faire naufrage en son absence. Enfin, tandis que le Seigneur reste recessisse : dum amore præceptoris ne punctum quidem temporis ab eo vohmt separari. « Et dimissa turba, ascendit ia montera solus orare. Vespere au tem facto solus crat ibi. » Ibid. 23. Si fuissent cum eo discipnli Petrus, et Jacobus et Joannes, qui viderant gloriam transformai1/ forsi- tau asceodissent in montera cum eo ; sed turba ad sublimia sequi non potest, nisi docuerit eam juxta marc in littore, et aluevit in deserto. Quod autom ascendit solus orare, non ad eum referas qui do quioque pauibus quinque millia saturavit homiuum, exceptis parvulis et mulierîbus ; sed ad eum qui, audita morte Joannis, secessit in solitudiuem, non quod perso nam Donnai séparera us, sed quod opéra ejus inter Deum et homincm divisa sint. « Navicula autem in medio mari jactabatur fiucti- bns : erat en ira contrarias voatus. » Ibid . 24. ïtecte quasi iaviti, et rétractantes apostoli a Domino rc- cesserant, ne illo absente/ nanfragia sustincrent. Denique Domino in montis cacumiue.commorante, stalim ventus contrarius oritur, et turba t mare, et périclitante apostoli, et tamdiu im minons naufra gium persévérât, quamdiu Jésus vernat. sur le sommet de la montagne, il sc lève sou¬ dain un vent contraire qui trouble la mer et met en danger les Apôtres, et le naufrage per¬ siste. A être imminent, juqu’A ce que Jésus vienne. v vfiï'ceaOa'. yeîpocç, etc. Juxla rectum rationem nostras actioncs purgare conemuv ; et sic animorum manus lavarc, etc. 620 SAINT JEROME pour garder la tradition des hommes vous né¬ gligez les préceptes clu Seigneur, osez-vous accuser mes disciples de faire peu de cas des prescriptions des anciens pour observer les ordres de Dieu ? « Car Dieu a dit : Honore ton père et ta mère, et quiconque maudira son père ou sa mère mourra de mort. Mais vous, vous dites : Qui¬ conque dit à son père ou sa mère : tout don que j'offre tournera à votre profit, et cepen¬ dant il n’honorera point son père ou sa mère, et ainsi vous avez détruit le commandement du Seigneur pour votre tradition. Hypocrites, c’est bien justement qu’Isaïe a prophétisé de vous, en disant : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est bien loin de moi. Exod. xx ; Levit xx ; et vain est le culte qu’ils me rendent, quand ils enseignent des doctrines et des or¬ donnances humaines. u Et ayant appelé à lui le peuple, il leur dit : Écoutez et comprenez. » Matth. xv, 4 et seqq. L’honneur, dans l’Écriture, ne consiste pas tant à saluer et à rendre les devoirs qu'à secourir et à assister de ses aumônes. Exod. xx, xxi ; Lev . xx. « Honorez, » dit l’Apôtre, «les veuves, celles qui le sont véritablement. » I Tim. v, 3 ; loi, honneur s’entend pour assistance. Et en un autre endroit : « Les prêtres doivent être dou¬ blement honorés, surtout ceux qui s'emploient dans la parole et renseignement divin. » Ibid, il. Et par ce précepte nous sommes avisés de ne point fermer la bouche au bœuf qui tra¬ vaille, et que l’ouvrier mérite sa récompense. Dent, xxv ; Luç. x. En vue de l’affaiblissement, du grand âge ou de l’indigence des parents, le Seigneur avait commandé aux fils d’honorer leurs parents, môme en subvenant aux besoins de leur existence. Cette sage prévoyance de la loi du Seigneur, les scribes et les pharisiens la voulant éluder et établir l’impiété sous les de¬ hors d’une piété coupable, apprirent aux mé¬ chants iils à offrir à Dieu, qui est le vrai Père, « Ipse autem respoadens, ait illis : Quare et vos trangTedimiui mandatant Dei, propter traditionem vestram ? » Falsam calumniam vera responsioue con- futat. Cuin, inquit, vos propter traditionem horni- num præcepta Doininim negligatis, quare discipulos tneos arguendos putatis, quod seniorum jussa parvi- pendant, ut Dei scita custodiaut? « Nam De us dixit : Houora patrom et matrem, et qui maleclixerit patrï vel matri, morte moriatur. Vos autem dicitis : Quicumque dixerit patri vel matri : rnunus quodeumque est ex me, tibi proderit, etuou houorificabit patrem suum, ant matrem suam, ctirri- tum fecistis mandatnm Dei propter traditionem ves¬ tram. Hypocritæ, beue prophetavit de vobis Isaias, dicens : Populus hic labiis me honorât; cor autem eorum louge est a me. Exod. xx, Levit. xx. Siue causa autem coluut me, doceutes doctrinas et man¬ data bominum. Et convocatis ad se tnrbis, dixit eis : Audite et intelligite. « Matth. xv, 4 et seqq. ïïonor in Scripturis non tantum in salutationibus et officiis deferendis, quantum in eleemosynis ac munerum oblatione senti tnr. Exod. xx et xxi, et Lev. xx. « Ho¬ nora, » inquit Apostolus, « viduas, quæ vere viduæ sunt; » 1 Tim. v, 3 ; hic honor donum intelligitur. Et in alio loco : « Presbyteri duplici honore honorandi, maxime qui laborant iu verbo et doctrina Dei. » Ibid, i 7. Et per hoc . manclatum jubemur, ut bovi triturnnti os uou claudamus. Deut.xxv. Et dignus sit operariusmercede sua. Luc. x. Præceperat Deminus, vel imbecillitates, vel œLates, vel pemiriao parentum considerans, ut fdii honorarent, etiam in vitæ neces- sariis ministrandis, parentes snos. Hanc proviclen- tissimam Dei logem (a) volentes Scribæ et Pharisæi subvertere, ut impietatem su b nomine pietatis indu- cerent, docueruut pessimos fiLios, ut si quis ea quæ parentibus offerencla sunt, Deo vovere (voluerit qui verus est Pater), oblatio Dommi præponatur paren¬ tum mtmeribus : vel certe ipsi parentes, quæ Deo (a) Stricte nicronymus adhæret Adnmantio, quem in crudîtissima loci perquam obscuri, varieque ab interpretibus acccpti exposi- tione operæ pretium sit Latine saltcm contulissc. « Pharisæi, » inquit, « et scribæ talcm Lcgi contrariam traditionem prodiderunt, obscurius in Evangclio expressam, quani ne nos qnidem fuissemus assccuti, nisi aliqnis ex llebræis tradklissct nobis ea quæ ad hune locum pertinent, sic se lmbentia. Contingit nonnumqunm, » inquit, « ut fcneratorcs cuni iu difficiles debi tores incidunt, qui possunt quidem, sed uolunt debitum reddere, debitum in pauperum rationcm consccrcnt, quibus in gafcophylacium pccunia mittebatuv pvo viribus, a b unoquoque ^orum qui volcbanfc cum illis bona communicavc. Dicebant autem nomuimquani debitoribus sua lingua, Cor ban est id quod mihi debcs, hoc est, donum ; dedicavi cnim illud pauperibus in rationcm pietatis erga Bcum. Deindc debitor tamquam non hominibus ampliuf,sed Deo debens, suæquc erga ilium pietati, veluti illuc concludebatur, ut etiam uolens debitum referret, non amplius feneratori, sed jam Deo in rationcm pauperum, nomine feneratoris. Quod igitur fcncrator facicbat creditovi, illud idem noimulli quaudoquo filii faciebant parentibus, diccbantque illis : Illud quod a me adjutus fuisses, pater vel mater, scito te acccpturum c.Corban, de rationc pauperum Deo consecratovum. Deindc audientes parentes Corban esse Deo consecratum, id quod sibi dandum crat, non amplius a filiis accipcre volebant, ctiamsi rébus necessariis magnopere indigerent. Talem ergo traditionem scniorcs apnd plcbcios proferebaut; quicumque dixerit patri -vel matri. id quod alicui eorum daudum evat, Corban esse, et donum, cum non amplius debitorem esse patri vol matri ad suppeditauda illi vitæ ncccssaria. Hanc igitur traditionem Servator reprclicudit, non velutsanam, sed Dei maudato advcvsantem. Nam si Dcus client : JJo'nora patrem, et matrem, dicebat autem traditio : Non débet lionorarc patrem et matrem largitioue, qui id quod daturus erut parentibus, Deo, ut Corban consceravit : manifestum est fuisse vescissum præceptum Dei de honore parentum, Pharisæorum et Scribarum traditionc, diccnte non amplius cum d obère patrem lionorarc et matrem, qui Deo semel eonsecraveri t id quod acccpissent parentes. Et Pharisæi, utpote avari, ea doccbant, ut sub pau¬ perum specie ea etiam accipercnt, quæ parentibus alicujus danda erant. « (Edit. Miyn.) COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. ce qu’ils auraient à donner aux parents, l’obla¬ tion à Dieu primant toute autre offrande ; de sorte que, pour ne point devenir criminels et sacrilèges, les parents renonçaient a ce qu’ils savaient être donné a Dieu, et se consumaient de faim' et de misère ; et ainsi il arrivait qu’à l’oc¬ casion du temple du Seigneur, ces offrandes des fils allaient grossir le trésor de ses prêtres. Cette déplorable tradition des pharisiens avait encore une autre origine, beaucoup de créan¬ ciers chargés de dettes et ne voulant pas resti¬ tuer ce qui leur avait été prêté, confiaient aux prêtres la somme exigée, pour qu’elle fut em¬ ployée dans les divers offices du temple ou à leur usage. Cette parole peut encore avoir ce sens : « Le don que j’offrirai tournera à votre profit : » Vous invitez, dit- il, les fils à dire à leurs parents : Tout ce que je devais offrir de présents au Seigneur, je l’emploie en aliments pour vous, cela vous profite, ô mon Père, ô ma mère; de telle sorte que ceux-ci, craignant de recevoir ce qu’ils croient être la part du Sei¬ gneur , aimaient mieux passer leur vie dans l’indigence que se nourrir de biens consacrés. «Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais ce qui sort de la bouche ; voilà ce qui souille l’homme. » Matth. xv, 1 1 . Le mot communication semble être spé¬ cial aux saintes Écritures et n’est point passé dans la langue vulgaire. Le peuple juif, orgueil¬ leux de se dire l’héritage de Dieu, appelle ali- consecrata cemebant, ne sacrilegii crimen incurre- rent, déclinantes , egestate conficiebantur. Atque ita fiebat ni oblatio liberornm, sub occasione templi Dei, in sacerdotmn 1 liera cederet. Ilæc pessima Plia- risæorum traditio, de alia veniebat occasione. Multi habentes obligatos ære alieno, et nolentes sibi cre- ditum reddere, delegabant saccrdotibus, ut exacta pecunia ministeriis templi et eorum usibus deservi- ret. Potestautem et hune breviter liabere sensurn. (CM un u s quod ex me est, tibi proderit : » Compelli- tis, inquit, filios, ut dicant paventibus suis : quod- curnque donum oblaturus eram Deo, in tuos consu- mo cibos, tibique prodest, o pater, mater, ut illi timentes accipore quod Deo mancipatum videant, inopem magis velint vitam ducere, qnam comedere de consecratis. « Non quod intrat in os communicat hominem : sed quod procedit ex ore, hoc communicat homi¬ nem. » Ibid. H. Verbuin « communicat, » pvoprie Scriptu raruni est, et publico sermon e non {a) teritur. Populus Judaeorum partem Dei esse se jactitans ments communs ceux dont use la généralité des hommes, ainsi sont la chair du porc , l’huître, le lièvre et tous animaux de ce genre, dont l’ongle n’est point fendu, et les non. ru¬ minants; les coquillages ne comptent point non plus parmi les poissons. Voilà pourquoi il est dit dans les Actes des Apôtres : « Ne regarde pas comme commun ce que Dieu a sanctifié.» Act. x, 15. Ce qui est donc commun et en usage parmi les hommes, et partant comme retranché de l’héritage de Dieu, est regardé comme im¬ monde. « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais c’est ce qui sort de sa bouche qui souille l’homme. » Le lecteur avisé dira donc : Si ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, pour¬ quoi n’usons-nous pas des viandes offertes aux idoles? Mais l’Apôtre dit : «Vous ne pouvez participer à la fois au calice du Seigneur et à celui des démons. » ï Cor. x, 20. Sachons, par conséquent, qae ce ne sont point les aliments eux-mêmes, ni rien de ce que le Seigneur a fait qui est impur, mais qu’ils sont rendus tels par l’invocation des démons et des idoles. « Alors ses disciples s’approchant lui dirent : Savez-vous que les pharisiens, en entendant votre discours, ont été scandalisés? » Matth. xv, 12. Par cette parole se trouvait condamnée toute cette superstition des Juifs, qui faisaient entière¬ ment consister leur religion dans le choix et la distinction des viandes. Mais parce qu’il est très communes cibos vocat, quibus omnes utuntur homi- nes. Verbi gratia, snillam carnem, ostreas, lepores, et istiusmodi animantia quæ ungulam non findunt ; nec ruminant, nec squamosa in piscibus sunt. Unde et in Actibus Apostolorum scriptum est : « Quod Deus sanctificavit, tu ne commune dixeris. » Act. x, 15. Commune ergo, quod cæteris hominibus palet, et quasi non est de parte Dei, pro immundo appel- latur. « Non quod intrat in os communicat liomi- nem : sed quod procedit ex ore hoc coinquinat ho_ miuem. » Opponat prudens Jector, et dicat : Si quod intrat in os non coinquinat hominem, quare idolo- thytis non vescimur ? Et Àp os toi us scribit : « Non potestis calicem Domini bibere, etcalicem dæmonio- rum. » I Cor. x, 20. Sciendum igitur quod ipsi qui- dem cibi, et Dei creatnra per se omnis munda sit : sed idolorum ac dæmonum invocatio ea faciat im- munda. « Time accedentes discipuli ejus, dixernnt ei : Scis quia Pharisæi, audito verbo hoc, scundalizati sunt?» Ibid. 12. Ex uno sermone omnis superstitio observa- {a) Alibi tenetur. Porro iu veteri Evangelior. Ycroncnsi ms. pro communicat altero tantum loco est, inquinat : \ice Yersa inferius, ubi le x tus iste reeurrit, coinquinat primo loco est in uno Palatino. in altero communicat. SAINT JÉROME 622 souvent question dans les saintes Écritures de scandale, disons un mot de sa signification. cxwXov et scandale, que nous rendons par « pierre d'achoppement, » c’est tout choc, tout embarras pour notre pied. Lorsque donc nous lisons : Quiconque aura scandalisé quel qu'il soit de tous ces plus petits, nous entendons celui qui, par parole ou par action, aura été à quelqu’un une occasion de chute. « Mais il répond en disant : Toute plantation que mon Père céleste n’a point faite sera arra¬ chée. » Matth, xv, 12. Les choses mêmes qui pa¬ raissent claires dans les Écritures sont pleines de difficultés. « Toute plantation, » dit-il, « que n’a point faite mon Père céleste sera arrachée.» Elle sera donc arrachée aussi celle dont l'Apôtre dit : « J’ai planté, Apollon a arrosé. » I Cor. m, 6. Mais Ta question est résolue par ce qui suit : « Mais Dieu a donné l’accroissement. » Ibid. 9. 11 dit encorç lui-même : « Vous êtes le champ que Dieu cultive, l’édifice que Dieu bâtit.» \ Cor. iii, 9. Et encore : « Nous sommes les coopéra¬ teurs de Dieu. » S'ils sont les coopérateurs, c’est donc Dieu qui plante et qui arrose avec Paul qui plante, et avec Apollon qui arrose. Abusant de ce passage, quelques-uns insinuent qu’il y a des plantations de diverses natures : Si la plante, tionum Judaicarum fuerat elisa; qui iu cibis sumen- dis abominandisque, religionem suam sitam arbilra- bantur [al. arbitmntur], Et quia crebro teritur in Ecclesiasticis Scripturis, «scandalum,» breviter di- camus quid significet (a). SxûXov et scandalum, nos « offendiculum, » vel ruinam et impactionem pedis possumus dicere. Quando ergo legimus : Quicum- que de minimis istis scandalizaverit querapiam, hoc intelligimus, qui dicto factove occasionem ruinæ cuiquam dederit. « At ille respondens, ait : Omnis plantatio quam non plantavit Pater meus ccelis, eradicabitnr. » Matth. xv, 13.Etiam quæ plana videntur in Scripturis, plena sunt quæstionibus.«Omnis, » inquit, « plantatio quam non plantavit Pater meus cœlestis, eradicabitur. » Ergo eradicabitur et ilia plantatio, de qua Apostolus ait : « Ego plantavi, Apollo rigavit. » I Cor. in, 6. Sed solvitur quæstio ex ea quod (b) sequitur : « Deus nutem incrementum dédit. » Ibid. 0. Dicit et ipse : disent-ils, que le Père n’a point plantée doit être arrachée, celle donc qu’il a plantée lui-même ne peut être arrachée. Mais qu’ils écoutent cette parole de Jérémie : «Je vous ai plantés comme une vigne véritable, comment vous êtes- vous changés en une vigne étrangère et amère? » Jérém. n, 21. Oui, Dieu a planté, et ce qu’il a planté personne ne peut l’arracher; mais comme la stabilité du plant est laissée au pouvoir de son libre arbitre, il n’y a personne qui puisse l’arracher, à moins qu’il n’y consente lui-même. « Laissez -les, ce sont des aveugles et des con¬ ducteurs d’aveugles. Or, si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse. » Ibid. 14. C’est aussi ce qu’a recomman¬ dé l’Apôtre : « Evite l’homme hérétique après une première et une seconde admonition, sa¬ chant qu’un tel homme est perverti et con¬ damné par son propre jugement. » TU. iii, 10. C’est en ce sens que le Sauveur même a pres¬ crit d’abandonner â eux-mêmes ces docteurs iniques, sachant combien difficilement ils peu¬ vent être amenés à la vérité; ils sont aveugles, et ils entraînent dans l'erreur le peuple aveuglé. « Or, Pierre répondant lui dit : Expliquez-nous cette parabole. Mais il dit : Et vous aussi , êtes- vous encore sans intelligence ? » Matth. xv, 1 B, 1 6. «Dei agricultnra, Dei ædificatio estis. » ï Cor . m, 9. Et : « Cooperatores Dei sumiis. » Si autem coopera¬ tores : igitur plantante Paulo, et rig’ante Apollo, Deus cum cooperatoribus [al. opéra toribus] suis plantât et rigat. Abutuntur boc loco qui di versas natures intro- ducunt, dicentes : Si plantatio quam non plantavit Pater, eradicabitur ; ergo quam plantavit ille, non potest eradicari. Sed audiant illud Jeremiæ: «Ego vos plantavi vineam veram, quomodo versi estis in amaritudinem vitis alienæ?» Jerem. u, 21. Plantavit quidem Deus, et nemo potest eradicare plantatio- nem ejus. Sed quoniam ista plautatio in voluntate proprii arbilrii est, nullus alius eam eradicare poterit, nisi ipsa præbuerit assensum, « Sinite illos, cæci sunt, duces cæcorum. Cæcus aulem si cæco ducatum præstet, ambo in foveam cadunt, » Ibid A b. Hoc est quod Apostolus præceperat : « Hæreticum liomiuem postunam et altéra tn correp- tionem devita, sciens quod perversus sit hujuscemo- (а) Nostri omnes mss. Scolon præfernnt Latînis litteris, ad quorum fidem et copulam pro est verbo substituimus, ipso fidejussorc S, Pâtre lib. n Dialog. contra Pelagianos n. 15. Nisi, inquit, fallor, crzwXov et ar.avùaXov apud Gi'æcos ex offeneione et ruina nomen accepit. MarLianæus a/.oXov, aut az-oX^ov cum aecentu in penultima ’vitiose prætcrea legit. — Ausus est Marianus Yictorius hune locum mutarc absque suffragio coxlicum manuscriptorum; et pro crxoXov yc! oxoX'.ûv substitucrc Tipoo/oppa et axavSaXov. Infra quoque mutât edilione sua contcxtum Yulgatum Üieronymi diccntis : Quamvis enim tenuis humor et liguons esca ; cum in venis , etc. Quid sit autem scolon , quod legitur io mss. Codicibus, sive o/.oX^ov cum accentu in penultima, scire possumus ex \erbo axoXuko, quod signifient intorguea , tortuosum et pramtm reddo. Quæ enim sunt pravnta et tortuosa, ofiendiculnm præbcnt atque ruinam, sive pedis impactionem, secundum Hicronymi annotationem. Apud Isaiani, enmt prava in dirccta, etc. Mart. (б) Antea orat ex eo guod scribitur, et paulo post rigante Apolline, pro Apollo , quod nomen est indeclinabile in nostris mss. Yictorius prætcrea mox et in eodem loco legit pro alio, quod hæc mutuo inter se juncta putarit testimonia I Cor. m 623 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. Ce qui avait été dit clairement et paraissait à dé¬ couvert, semble à l’apôtre Pierre émis en pa¬ rabole, et il cherche une interprétation cachée dans une chose manifeste. Aussi il est repris par le Seigneur de ce qu’il prend pour une pa¬ rabole ce qu’il vient d’exposer sans obscurité. Voyons en cela l’imperfection de l’auditeur qui prétend voir à découvert ce qui est obscur, ou trouve plein d’obscurités ce qui est transparent et manifeste. « Ne comprenez- vous pas qqe tout ce qui est entré dans la bouche va a q ventre et est rejeté en un lieu secret? mais ce qui sort de la bouche vient du cœur, et voilà ce qui souille l’homme. « Ibid. 17, 18. Il n’est pas de passage des Évangiles qui ne soit plein de scandale pour les yeux des hérétiques et des méchants. Par¬ tant de cette proposition, quelques-uns sou¬ tiennent à tort que le Seigneur, dans l’igno¬ rance de l'organisme physique, pense que tous les aliments vont dans le ventre et se dirigent au dehors, quand aussitôt ils se répandent et se distribuent à travers les membres, les veines, les nerfs et jusque dans la moelle des os. di, et a semeptipso damnatus. » Tit. ni, 10. In hune sensum et Salvator præcepit doctores pessimos di- mittendos arbitrio suo, sciens eo3 difficulté)’ ad veri- tatem posse trahi, et cæcos esse, et cæcum populum in errorem trahere. « Respondens autem Petrus, dixit ei : Edissere nobisparabolam istam. At illedixit: Adhuc etvossine intellectuesti? » léûL15, lG.Quodaperte dicLumfuerat, et patebat auditui, apostoJus Petrus per parabolam dictum putat, et in re manifesta mysticani quærit intelligentiam. Corripitnrque a Domino, qnarc para- bolice dictum putet, quod perspicue locutus est. Ex quo animadvertimus vitiosum esse auditorem, qui aut obscura manifeste, aut manifeste dicta obscure velit intelligere. « Non iutclligitis, quia onme quod in os intrat, in ventrem vadit, et in secessum emittitur ? Quæ au8em procedunt de ore, de corde excunt, et ea coinqui- nanthominem? Matth. xv, 17, 18. Omnia Evange- liorum loca apud haereticos et perversos plena sunt scandalis. Et ex hac sententiola quidam calumnian- tur, quod Dominns physicæ disputationis ignarus, Aussi n’en voit-on pas en nombre dont l'estomac malade, et ne pouvant rien supporter, rejettent, aussitôt après leur repas, tout ce qu’ils ont pris et qui cependant sont d’un embonpoint sen¬ sible ; c'est parce qu’au premier contact, le boire et le manger, rendus liquides, se sont por¬ tés dans les membres. C'est ainsi quecette sorte d’hommes révèlent leur ignorance en voulant démontrer celle d’autrui... Quand donc, quoi¬ que légère et liquide, la nourriture est réduite et digérée dans les veines et les membres, elle trouve ces passages secrets du corps que les Grecs appellent pores, pour descendre aux par¬ ties intérieures et être rejetée. « C’est du cœur, en effet, que sortent les pen¬ sées mauvaises, les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes ; c’est là ce qui souille l’homme ; mais manger sans avoir lavé ses mains, cela ne souille pas l’homme. » Matth. xv, 19, 20. Les pensées mauvaises, dit-il, viennent du cœur. Le chef de l’àme n’est donc pas dans le cerveau, comme le veut Platon, mais d’après le Christ, if est dans le cœur. Ce passage donc doit confondre putet omnes cibos in ventrem ire, et in secessum digeri [al. dirigi] : cum statim infusæ escæ per artus et venas ac medullas, nervosque fundantur. Unde et multos, qui vitio stomaolii perpetem sustinent vomi- tum, post cœnas et prandia, statim evomere quod ingesserinf, et tamen corpulentos esse : quia ad pri- mum tactum liquidior cibns et potus per membra fundantur. Sed istiusmodi bomiues dum volunt alte- rius imperitiam reprehendere, ostendunt suam. Quamvis enim tenuis humoret liquens esca(û), eum in venis et artubus concocta fuerit et digesta, per occultos meatus c.orporis, quos Græci 7oîpouç vocant, ad inferiora dilabitur, et in secessum vadit. « De corde enim exeunt cogitationes malæ, homi- cidia, aduiteria,fornicationes, farta, falsa testimonia, blasphemiæ : hæc sunt quæ coinquinant hominem. Non lotis autem manibus mauducare, non coinquinat hominem. » Matth. xv, 19, 20. De corde, inquit, ex¬ eunt cogitationes malæ. Ergo animæ (b) principale non secunclum Platonem in cerebro, sed juxta Chris- tum in corde est : et arguendi ex hac sententia sunt, qui cogitationes a diabolo immitti putant, et non ex (a) Supplet Yictorius, i?i corpus fundatur tamen, si ne quibus sibi visus est sensus laborare. A_t neque mss. suffragantuv, neque rêvera sensus dispendiuni est. (ô) JDiximus hac de re ad cpïst, Gi ad Pabiolam initio : quibus paria babet Hieronymus lib. I contra Jovioianum ad Cantici versic. Fratruelis meus mihi, et ego illi, in medio uberum mcorum commo^abitur : in principali , inquit, cor dis, ubi sej'mo Dei habet hospiiium. Concimmt porro ex Ecclcsiasticis auctoribus pleriquc. Origenes Homil. 9 in Exodum : Potest intra se agere pontifie atum pars ilia, quæ in eo estpretiosissima omnium, quod quidam Principale cordis appe liant, alii rationalem sensum, aut intellectua- lem substantium , vel quôcumque modo appellari potest in nobis porlio nostri ilia, per quam capaces esse possüntus Dei . Tertul- lianus passim, ut Iibro de Resurrectionc carnis cap. 15, Hegemonicon (sic Grœcc ^y-p.OVC/.ov dicitur Principale) animæ in corde conseeratum esse, multis Scrîpturæ testimoniis probat. His ad de Phi Ion em in Opusc. de eo quod deierius potim'i insidietur; Nisse- num.Orat- 1 de Resurrect. Chrisii ; Theodoritum, acrm. 3 de Providcntia, aliosque. Contra Lactantius, lib. i de Opific. Dei cap. 16, in ancipiti reliquit, utrum in corde, an in cerebro stet. Plato autem, quem Hieronymus réfutât, proprie constitucbat in capitc, sive in summo corporis nostri : undo animam vocabat Èyx^paXov. (Edit. Mign.) 624 SAINT JÉROME ceux qui pensent que les mauvaises pensées viennent du diable, et non du fond de la vo¬ lonté propre. Le diable peut être l'auxiliaire et le fauteur des pensées mauvaises, il ne peut en être l'inspirateur. Quoiqu'il soit toujours aux aguets et à tendre des pièges, et que, par ses exci¬ tations, il active à leur naissance toutes nos pensées, nous ne devons pas conclure qu'il pé¬ nètre dans les secrets du cœur, mais que c'est par l'état du corps et son attitude qu'il juge de ce qui se passe en nous; ainsi, s'il nous voit regarder fréquemment une belle femme, il com¬ prend que notre cœur est blessé par le trait de l’amour. « Jésus étant parti de là, s’en alla du côté de Tyr et dé Sidon. Et voilà qu’une femme cha- nanêenne, sortie de ces contrées, s'écria en lui disant. » Matth. xy, 21, 22. Ayant laissé les scribes et les pharisiens calomniateurs, il passe dans les terres de Tyr et de Sidon, afin de gué¬ rir les Ty riens et les Sidoniens. Or, une femme chananéenne sort de ces contrées, jadis les siennes , afin d’obtenir par ses cris la santé de sa fille. Remarquez que la fille de la chana- nôenne est guérie la quinzième. «Ayez pitié de moi, Seigneur, Fils de David.» Si elle a appris à l’ appeler Fils de David, c’est parce que déjà sortie de ses frontières , elle avait déposé l’erreur des Tyriens et des Sido¬ niens, en changeant do lieu et de foi. propria nasci voluntate. Diabolus adjutor et incenlor malarnm cogitationum potest esse, an cto r esse non potest. Sin autern semper in însidiis positus, levem cogitationum nostrarum scintillam suis fomitibus in- bammarit, non debemus opinari eum cordis quoque occulta rimari, sed ex corporis habitu, et gestibus æstimare quid versemus intrinsecus. Verbi gratia : Si pulchram vnulierem nos crebro viderit inspiccre, intellcgit cor arnoris jaculo vulneratum. « Et egressus inde Jésus, secessit in partes Tyri et Sidonis. Et ecce mulier Cbananæa a fînibus illis egressa clamavit, dicens ei. » Ibid. 21, 22. Scribis et Pharisæis calumniatoribus derelictis, transgreditur in partes Tyri et Sidonis, ut Tyrios, Sidoniosque eu- raret. Mulier autem Cbananæa egreditur de fînibus pristinis, ut clamans filiæ impetret sauitatem. Ob¬ serva quod in quinto decimo loco filia Cliananææ sanetur. a Miserere mei, Domine, fili David. »lndenovitvocare fdium David, quia egressa jam fuerai de fiuibus suis, et errorem Tyriorum ac Sidoniorum loci ac fîdei commutatione dimiserat. « Ma fille est cruellement tourmentée parle démon. » Je vois en cette fille de la chana- nèenne les âmes des croyants, âmes cruellement tourmentées par le démon, tant qu’elles mé¬ connaissaient leur créateur et adoraient la pierre. « 11 ne lui répondit pas une parole; » non point par fierté pharisaïquenipar sotte hauteur, comme chez les scribes, mais pour ne point paraître contrevenir lui-même à la règle posée par lui : « Vous n’irez pas vers les gentils et vous n’entrerez pas dans les villes des Samari¬ tains. » Matth. x, 5. Il ne voulait pas fournir des prétextes à ses calomniateurs et réservait pour l'époque de sa passion et de sa résurrection la plénitude du salut aux gentils. « Et, s’avançant, ses disciples le priaient en disant : Renvoyez-la, car elle crie après' nous. » Les disciples, non initiés encore en ce temps-là aux mystères du Seigneur ou touchés de com¬ passion, intercédaient en faveur de la femme chananéenne, qu’un autre Évangéliste appelle syrophénicienne. )>Marc. vu. Ils désiraient peut- être se débarrasser de son importunité, car elle criait fréquemment comme après un médecin insensible et dur. « Mais lui, répondant, dit : Je no suis envoj'é qu’auxbrebis delà maison d’Israël qui ont péri. » Non pas qu’il ne fût pas envoyé aussi pour les nations, mais parce qu’il avait été envoyé d’abord « Filia mea male a dæmonio vexalor. » Ego filiam Cliananææ («), puto animas esse .credentium, quæ male a dæmonio vexabanlur, ignorantes Creatorem, et adorantes lapidem. « Qui non respondit ei verbum. » Non de superbia Pharisaica, nec de Scribarum supcrcilio; sed ne ipse sententiæ suæ videretur esse conlrarius, per quam jusserat : « In viam gentium ne abieritis, et in civi- tates Samaritanorum ne intraveritis. » Supra, x, 5. Nolcbat enim occasionem calumniatoribus, dare per- fectamquæ salutem gentium, passionis et resurrec- tionis tempori reservubat. « Et accedentes discipuli ejus rogabant enm, di- ceutes : Dimitte eam, quia clamat post nos. » Discipuli illo adhuc tempore mysteria Domini nes- cientes, vel misericordia commoti, rogabant pro Cbananæa muliere, quam alterEvangelista Syrophœ- nissam appellat, Marc, vu, yel importunitate ejus carere cupi entes ; quia non ut clementem, sed ut durum medieum crebrius inclamaret. k Ipse autem respondens ait : Non sum missus nisi ad oves, quæ perierunt [al. perditas ] domus Israël.» (a) Très Palatini codd, Eeclesiæ, pro Chananæa. Cœtcrum heee quoque ex Origcnc translata sententiaest : Existimo autem , cum proportione ad illam¥ quæ sursum est Jérusalem, liberam Pauli matrem, ejusdem similium, inielligendam esse Ckananæam matrem puelliï a dæmonio vexatæ, quæ mains cjusmodi animæ symbolum est. (Edit. Mign.) COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE’ DE SAINT MATTHIEU. 825 pour Israël, de façon qu’à son refus de le recevoir, l'Evangile fût justement transporté aux nations. Et il dit expressément : « Aux brebis perdues de la maison d’Israël, » afinque, par ce pas sage, nous saisissions le sens de cette brebis unique égarée dont parle une autre parabole. « Or elle vint et l'adora en disant : Seigneur, venez à mon aide. Il répondit et dit : Il n’est pas bon de prendre le pain des' enfants et de le jeter aux chiens. » Combien ressortent dans cette femme de Ghanaanla foi, la patience, rhu- milité admirables de l’Église I la foi, par laquelle, elle croit que sa fille peut être guérie ; sa pa¬ tience, en ce que, si souvent dédaignée, elle per¬ sévère dans la prière; son humilité qui la fait se comparer non aux chiens, mais aux petits des chiens. C'est à cause de l’idolâtrie que les païens sont appelés chiens, parce que, adonnés, à l’usage du sang et des cadavres des morts, ils sont emportés parla rage. Remarquez que. notre chananéenne l'appelle par gradation, d’abord fils de David, ensuite Seigneur, et £enfin elle l’adore comme Dieu. « Mais reprend-elle : il est vrai, Seigneur ; or, les petits chiens mangent les miettes qui tom¬ bent de la table de leurs maîtres. Alors Jésus reprenant lui dit : O femme, grande est votre foi ; qu'il vous soit fait comme vous désirez. Et sa fille fut guérie dès cette heure là. » Maîth. xv, 27, 28. Je sais, dit-elle, que je ne mérite pas le pain des enfants, que je ne puis partager Non quo et ad gentes non missus sit ; Ibid. 24 ; sed quo primum missus sit ad Israël, ut, illis non recipientibus Evangelium, justa fieret ad gentes trans- migratio. Et significunter dixit, « ad oves perditas domus Israël ; » ut ex hoc loco etiam imam evro- neam ovem de alia parabola intelligarnus. « At illavcnit ,et adoravit eum, dicens : Domine, adjuva me. Qui respondens ait : Non est bouum su- mere panem fdiorum, et mittere canibus. » Mira sub persona mulieris Cbananitidis Ecclesiæ ûdes, pa- tientia et liumilitas prædicatuv. Fides, qua'credidit sanari posse filiam suam. Patientia, qua toties con- tempta, in precibus persévérât. Humilitas, qua se non canibus, sed catulis, comparât. Canes autem ethnici proptcr idololatriam dicuutur, qui esui san- guinis dediti, et cadaveribus mortnorum, feruntur in rabiem. Nota quod ista Chananitis perse ver an ter primnm filium David, deinde Dominum vocet, et ad extremum adoret ut Deum. « At ilia dixit : Etiam, Domine. Nam et catclli edunt de micis quæ cadunt de mensa dominorum suorum. Tune respondens Jésus, ait illi : O mulier, magna est fides tua : fiat tibi sicut vis. Et sanata est filia ejus ex ilia hora. » Scio me, inquit, filionim pa¬ nem non mereri, nec integros posse capere cibos ; TOME IX. leur nourriture ni m’asseoir avec le père à leur table, mais je suis contente des restes des pe¬ tits chiens, afin que, par l’humble acceptation des miettes, je sois admise à l’honneur du repas entier.. O étonnant renversement des choses 1 Israël était le fils autrefois et nous étions les chiens. Avec la foi qui change, changent les désignations. D’eux il est dit plus tard : «Des chiens nombreux m’ont environné ; » et : « Gar¬ dez-vous des chiens, gardez-vous des mauvais ouvriers, gardez-vous de la mutilation. » Philip, ni, Nous avons entendu, avec la syrophéni- cienne et l'hémoroïsse, cette parole : « Grande est votre foi, qu’il vous soit fait comme vous désirez ; » et « Ma fille, votre foi vous a guérie.» « Et lorsqu’il fut sorti de là, Jésus vint près de la mer de Gallilée, et montant sur une mon¬ tagne, il s’y assit. Alors s'approcha de lui une foule nombreuse, ayant avec elle des muets, des aveugles, des boiteux, des infirmes et beau¬ coup d’autres; et on les déposa à ses pieds. » Ibid. 29, 30. Là où l’interprète latin a traduit a infirmes, » le grec porte xuXXoùç, qui ne veut point dire infirmité en général, mais qui dé¬ signe une infirmité particulière ; ainsi, comme boiteux veut dire qu’on boite d’un pied, de même on appelle xuXXo; celui qui a une main hors d’usage. Nous manquons, nous, d’un mot équivalent. Aussi, dans ce qui suit, l’évangeliste signala la guérison des autres malades sans faire mention de ceux-ci ; suit en effet : nec sedere ad mensam curn pâtre ; sed contenta sum reliquiis catulorum.; ut per humititatem micarum, ad panis integri veuiam magnitudinem. O mira reru ni conversio I Israël quondam fîlius, nos canes. Pro di- versitate fidei, ovdo nominum commutatur. De illis postea dicitur. « Circumdederimt me canes multi. » Psal. xxi, 17. Et : « Yidete canes, videte malos ope- rarios, videte concisiouem. » Philip p. nr. Nos audivi- mus cum Syrophœnissa, et muliere quæ sanguine Üuxerat : « Magna est fides tua, fiat tibi sicut vis.» Et : « Filia, fides tua. te salvam fecit. » « Et cum trunsisset lude Jésus, venit secus mare Galilææ ; et ascendeus in montem, sedebat ibi. Et accessernnt ad eum turbæ multæ, habentes secum mutos, cæcos, claudos, debiles, et alios multos. Et projecerunt eos ad pedes ejus. » Matth. xv, 29, 30. In eo loco ubiLatiuus interpres transtulit, «debiles,» in Græco scriptum est, y.uXXoùç, quod non generale debilitatis, sed unius infirmitatis est nomen : ut quomodo claudus dicitur, qui uuo claudicat pede : sic y.uXXoç appelletur qui unam manuin debilem lia- bet. Nos proprietatem hujus verbi non habemus. Unde et in consequentibus evangelista cætcrorum debilium exposuit sanitates, horum tacuit. Quid enim s e qui tu r. 40 SAINT JÉROME 626 « Et il les guérit, de sorte que la foule était dans Tadmi ration, en voyant les muets parler, les boiteux marcher, les aveugles voir, et elle glo¬ rifiait le Dieu d’Israël. » Ibid. 31. 11 ne dit rien des xuXXoïç, parce qu’il n’avait pas de terme op¬ posé à employer, soit dit à propos de ce mot. Mais considérons-le, après la guérison de la fille delà chananéenno, retourner dans la Judée, à la mer de Galilée, gravir la montagne, et, comme l’oiseau, inviter à voler sa couvée jeune encore. Là il se tient assis, et les peuples accourent vers lui, amenant ou portant avec eux des ma¬ lades atteints d’infirmités diverses, auxquels il donne à manger après les avoir guéris. Cette œuvre achevée, il monte dans la barque et il vient aux confins de Magédan; et montant sur la montagne, il s’y assit et la multitude s’ap¬ procha de lui. Observez que muets, boiteux et aveugles sont conduits à la montagne, pour qu’ils y soient guéris par le Seigneur. « Mais Jésus ayant appelé ses disciples leur dit : J’ai pitié de ce peuple ; voilà déjà trois jours qu’ils sont constamment avec moi et ils n’ont rien à manger ; et je ne veux pas les ren¬ voyer à jeun, de peur qu’ils ne défaillent en route. » Ibid. 32. Il veut nourrir ceux qu’ils a guéris ; il ôte d’abord leurs faiblesses, pour offrir à manger aux bien portants. Il appelle ses disciples, et dit ce qu’il va faire, soit pour montrer par Tcxemple aux maîtres qu’il faut se concerter avec les petits et les disciples, soit u Et curavit eos : ita ut turbæ mirarentur, videntes mutos loquentes, claudos ambulantes, cæcos vi- denfces : et magnificabant Deum Israël. » De y.uXXof; tacuit, quia quid econtrario diceret, non habebat. Hoc de imo verbo. lntueamur autem quod, sanata Cliananææ fi lia, rovertatur ad Judæam, et ad mare GalHææ,, et ascendat in montem : et quasi avis te- neros fétus provocet ad volanduin ; ibique sedeat, et turbæ coucurrant ad eum, deducentes sivo portantes secum variis oppressos infirmitatibus : quos post- . quanti curavit, dédit eis cibos ; et boc opéré com- pleto, ascendit in naviculam, et venit in fines Ma- gedan. Et ascendens in montem, sedebat ibi : et accesserunt ad eum turbæ. Observa quod muti, clnudi, et cæci ducuutur ad moutem, ut ibi cu- rentur a Domino. « Jesu autem convocatis discipulis suis, dixit : Misereor turbæ, quia triduo jam persévérant mecum, et non babent quod manducent. Et dimittere eos jejunos nolo, ne deficiant in via. » Ibid. 32. Vult pascere quos curavit, prius au fer t débilitâtes, ut poste a sanis offerat cibos. Gonvocat quoque disci- pulos suos, et quod facturas est, loquitur, ut vel ma- gistris e&emplum tribuat, cum minoribus atque dis- pour que, de la conversation môme, ressorte pour eux la grandeur du miracle , puisqu’ils répondent qu'ils sont sans pain dans le désert. « J’ai pitié delà foule, » dit-il; «voilà déjà trois jours qu’ils restent avec moi. » Il a pitié de la foule, parce que, dansle nombre des troisjours, ils croyaient au Père, au Fils et au Saint-Esprit. « Et ils n’ont rien à manger. » La foule est tou¬ jours dans la détresse et dans le besoin d’ali¬ ments, à moins qu’elle ne soit rassasiée parle Seigneur. « Et je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu’ils défaillent en chemin. » Après un long épuisement, ils avaient faim et ils attendaient dansla patience l’aliment de l’avenir. Jésus ne veut point les renvoyer à jeun, de peur qu’ils ne défaillent en chemin. Il est donc en péril celui qui, sans le secours du pain céleste, se hâte d’atteindre la demeure désirée. Voilà pourquoi l’ange aussi dit à Elie : « Lève-toi et mange, parce que tu dois parcourir une longue route. » Reg. xix, 7. « Et les disciples lui dirent : Où donc trouver dans le désert assez de pains pour rassasier tant de peuple ? Et Jésus leur dit : Combien avez- vous de pains ? Et ils dirent : Sept et quel¬ ques petits poissons, et il commanda à la mul¬ titude de s’asseoir par terre. Et prenant les sept pai ns et les poissons , et rendant grâces, les rompit et les donna à ses disciples, et les disciples les donnèrent au peuple. Et tous mangèrent et fu¬ rent rassasiés, et ils emportèrent sept pleines cipulis connu unicanda esse consilia, vel ex confabii- latione intelligant signi magnitudinem, respondentes se panes in eremo non liabere. -< Misereor, » inquit, « turbæ quia triduo jam persévérant mecum.» Mise- rotur turbæ, quia in trium dierum numéro, Patri, Filio, Spirituique sancto credebant. » Et non habent quod manducent. » Turba semper esurit, et cibis in- diget, nisi saturetur a Domino. « Et dimittere eos jejunos nolo, ne deficiant in via. » Esuriebant post magnas débilitâtes, etper paticnLiam futuros exspec- tabant cibos. Non vult eos Jésus dimittere jejunos, ne deficiant in via. Periclitatur ergo, qui sine cœlesti pane ad optatam mansionem pervenire festinat. Unde et angélus loquitur ad Eliam : « Surge, et manduca, quia grandem viam ambulaturus es. » III Reg. xix, 7. « Et dicunt ei discipnli : unde ergo nobis in de- serto panes tantos, ut saturemus tnrbam tantam-?Et ait illis Jésus : Quothabetis panes? At illi dixerunt : Septem, et paucos piscicnlos, et præcepit turbæ ut discumberent super terrain. Et accipiens septem panes et pisces, et gratias agens fregifc, et dédit dis¬ cipulis suis : et discipuli dederunt populo. Et come- fierunt omnes, et saturati sunt. Et quod superfuit de fragments, tulerunt septem sportas plenas. Erant COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU. corbeilles des morceaux qui restèrent. Or, ceux qui avaient mangé étaient au nombre de quatre mille hommes, outre les enfants et les femmes. Et ayant renvoyé la foule, il monta dans la barque et vint aux confins de Magédan. » Nous avons parlé de ce miracle, et il est oiseux de se répéter, arrêtons-nous seulement sur les diffé¬ rences. Nous avons lu plus haut : « Mais le soir étant venu, les disciples s’approchèrent de lui en disant : Le lieu est désert. » Matth. xiv, i5, et le reste. Ici, les disciples sont appelés et le Seigneur lui-même parle : « J'ai pitié de la foule, parce que, depuis déjà trois jours, ils sont persévéramment avec moi. » Là, il se trouve cinq pains et deux poissons ; ici, sept pains et quelques petits poissons. Là, ils s'assoient sur l’herbe; ici, sur la terre. Là, ceux qui mangent sont cinq mille, selon le nombre cinq de pains qu’ils ont à manger ; ici ils sont quatre mille. Là, c’est douze paniers remplis des débris et des restes ; ici, sept corbeilles. En premier lieu donc, parce qu’ils n’étaient pas encore dé- pouilés et affranchis des cinq sens, ce n’est point le Seigneur qui se souvient d’eux, mais les disciples, et c’est le soir quJils se souviennent, à l’approche de la nuit et quand déjà le soleil baisse. Cette fois, c’est le Seigneur lui-même autem qui manducaveruut quatuor mi Ilia liominum, extra parvulos et mulieres. Et dimissa turba, as- cendit in naviculam, et veuit in fines Magedan [MaySaX^]. Matth. xv, 33 et seqq. De hoc signo jain supra diximus, et eadem repeterc otiosi est : tantum in his quæ discrepant, immoremur. Supra legimus : « Vespere autem facto, accesserunt ad eum discipuli, dicentes : Desertus est locus, » Supra , xiv, 15, et rc- liqua. Hic discipulis convocatis, ipse Domiuus lo- quitur : « Misereor turbæ, quia tri duo jam persévé¬ rant mecum. » Ibi quinque panes erant.etduopisces: hic septem panes etpauci pisciculi. Ibi super fenum discumbunt : hic super terrram . Ibi qui comedunt quinque millia sunt, juxta panum numerum quos comedunt; hic quatuor millia. Ibi duodecim copliiui replentur de reliquiis fragmentorum : bic septem Bportæ. In superiori ergo signo, quia propinqui erant et vicini quinque seusuum, non ipse Dominas eorum recordatur, sed discipuli : et recordantur ves¬ pere vicina nocte, et inclinante jam sole. Hic autem ipse Dominus recordatur, et misereri se dicit. et cau- sam miseratioais exponit : quia triduo jam perseve- 827 qui se souvient, qui se dit ému de pitié et as¬ signe la cause de sa compassion ; « parce que déjà depuis trois jours ils sont constamment avec moi, » et il ne veut point les renvoyer sans qu'ils aient mangé, pour qu’ils ne tombent point de défaillance en chemin. Ceux qui sont nourris de sept pains, c'est-à-dire du nombre sacré et parfait, ne sont pas cinq mille, mais quatre mille, c’est le nombre toujours signalé dans l'éloge ; c'est la pierre quadrangulaire qui n’est ni mou¬ vante ni instable, et c’est pour ce motif aussi que les évangiles sont fixés et comme sacrés dans ce nombre. « Et pour le tenter s’approchèrent de lui des pharisiens et des sadducéens, en le priant de leur montrer un signe du ciel. Mais en réponse il leur dit : Quand le soir est venu vous dites, il fera beau, car le ciel est rouge ; et le matin, aujourd’hui il y aura tempête, car le ciel est rougeâtre et triste. Vous savez donc juger l’as¬ pect du ciel et vous ne savez pas reconnaître les signes des temps? Une génération méchante et adultère demande un prodige, et il ne lui sera donné d’autre prodige que celui du prophète Jonas. » Matth. xvi, \ et seqq. Cela ne se trouve pas dans la plupart des recueils, et le sens clair est qu’on peut prévoir, d’après l’ordre et l’ac- rant mecum [ai. cum eo} et secum ], et dimittere eos jejunos non vult, ne deficiant in via. Isti qui de sep¬ tem p an i bu s, hoc est, in sacrato alun tu r numéro atque perfecto, non sunt quinque millia, sed quatuor millia : qui numerus sctnper in laude ponitur, et quadrangulus lapis non fluctuât, et non est insta- bilïs : et ob banc causam etiam Evangelia in eo nu¬ méro consecrata sunt. « Et accesserunt ad eum Pharisæi etSadducæi ten¬ tantes, etrogaverunt eum, ut signum de cœlo osten- deret eis. At illc respondens, ait illis : Facto vespere, dicitis, serenum erit : rubicundum est enim cœlum : et mane, hodie tempestas ; rutilât euim triste cœlum. Faciem ergo cœli dijudicarc nostis, signa autem tem- porum non potestis scire. Generatio malaet adultéra signum qnœrit, et signum non dabitnr ei, nisi signum Jomc prophetæ (a) ». Matth. xvi, i et seqq. Hoc in plerisque codicibus non habetur ; sensus- que maoifestus est, quod ex elementorum ordine atque constantia, possint et sereni, et pluviæ dies prænosci. S cri b æ autem et Pharisæi, qui videbantur logis esse doc tores, ex prophetarum vaticinio non (a) Non tota hœc est quæ proponîtur, qnam docet Hicronyrmis in plerisque codicibus pcricopcn non baberi , sedsccimdus ac tcrtius dumtaxat vcrsiculus a yerbis, Facto vespere, dicitis, usque ad, signa autem temporum von potestis scire. Vérins adeo 1res PnlaLiui mss. hic réticent primum -vcrsiculuni , Et accesserunt ad eum, etc., et quartum, Generatio muta et adultéra, etc., quos ncutiquam Hicronymus comprcbcndit, quique omnino præcidcndi ab bac série sunt, ne fnlsus ipse Vidcatur. Cætcruni \ctusliorex ijsdem Pala- tinis codex non nbsolulc, atque indermite, sed, apud Grxr.os, nddit hoc. in plerisque codicibus desiderari. Estque forlasse fncilius Grœcos cjusmodi codiccs, aut qui sallcm ningnam eorum rersuum partem prælcrruütant, hwenire, quam Latinos. Ccrtc ariliquissiinns noster Vc'roncnsis, quem passiru laudanms, cos babet, quanupiani vérins aliq nantis lcr a Vulgala nbludat. {Edit. Mign.) 628 SAINT JÉROME cord des éléments, les jours beaux et les jours pluvieux. Quant aux scribes et aux pharisiens, qui paraissaient être les docteurs de la loi, ils n'ont pas su tirer des oracles des prophètes la connaissance de la venue du Sauveur. « Et les ayant laissés, il s’en alla. Or quand les disciples ôtaient venus de l’autre côté de la mer, ils avaient oublié de prendre des pains. Jésus leur dit. » Matth. xiv, S. Après avoir laissé les scribes et les pharisiens, ceux-là mêmes auxquels il avait dit : « Une génération mé¬ chante et adultère demande un signe et il ne leur en sera donné d’autre que le signe du pro¬ phète Jonas, » il passa directement de l’autre côté de la mer, et vint aux peuples des nations. Quant àla signification, à son sujet, du signe de Jonas, nous l’avons exposée plus haut. « Faites attention et gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducêens. Mais eux pen¬ saient, se disant en eux-mêmes : C’est parce que nous n'avons pas pris de pains. » Ibid. 6, 7. Celui qui se garde du levain des pharisiens et des sadducêens n’observe pas les prescriptions de la loi et de la lettre, et néglige les traditions des hommes pour accomplir le commandement de Dieu. « Or, Jésus le sachant dit : Pourquoi pensez - vous en vous-mêmes, hommes de peu de foi, à ce que vous n’avez pas de pains ? Ne comprenez- vous pas encore, et ne vous souvenez.-vous pas des cinq pains, des cinq mille hommes et du nombre de paniers que vous avez emportés ? Ni des sept pains et des quatre mille hommes, potuerunt intelligero Salvatoris adventum. « Et relictis illis, abiit, et cum venissent discipuli ejus trans fretum, obliti sunt panes accipere. Qui dixit illis. » Ibid. 5. Relictis Scribis et Pharisæis, quibus dixerat: « Generatio mala et adultéra signum quærit, et signum non dabitur ei, nisi signum Jonæ prophetæ, » recte abiit trans fretum, et gentium sccutus est populos. Quid au Leni sibi velit signum Jonæ, jam supra dictum est. « Intucmini, et cavete a fermento Pharisæorum et Sadducæorum. Àt illi cogitabant inter se, diccntes : Quia panes non accepimus. » Ibid. 6, 7. Qui cavet a fermento Pharisæorum et Sacldncæorum, Legis ac littoræ præcepta non servat, traditiones hominum uegligit, ut faciat mandatum Dei- « Sciens autom Jésus, dixit eis : Quid cogitatis inter vos, modicæ ficlei, quia panes non liabetis ? Nondum intelligilis , ncqne recordumini quinque panum, et quinque miUium hominum, et quod co¬ phinos suiupsistis? Ncque septem panum, quatuor millium hominum , cl quoi sportas snmpsistis ? Quare non intelligitis, quia non de pane cüxi vobis : ni du nombre de corbeilles remportées ? Com¬ ment ne comprenez-vous pas que ce n'est pas à propos de pain que je vous ai dit : Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducêens ? Alors ils comprirent qu’il ne leur avait pas dit de se garder du levain des pains, mais de la doctrine des pharisiens et des sadducêens. » Matth. xvi, 8 et seqq. À l’occasion du précepte qu’il leur avait donné, en disant : « Gardez-vous du levain des pharisiens et des sadducêens, il leur montre ce que signifient les cinq et les sept pains, les cinq mille hommes et les quatre mille nourris au désert, et que, quoique la grandeur du miracle soit bien apparente, ils contiennent encore, au sens spirituel, une autre démons¬ tration. Si le levain des pharisiens et des sad- ducéens, en effet, désigne non le pain matériel» mais les traditions perverses et les enseigne¬ ments hérétiques, pourquoi les aliments aussi dont a été nourri le peuple de Dieu ne repré¬ senteraient-ils pas la vraie et pure doctrine? Quel¬ qu’un demandera-t-il et dira-t-il : Comment n'a¬ vaient-ils pointde pain pu isqu' aussi tôt après avoir rempli les sept corbeilles, ils sont montés dans la barque et venus aux confins de Magédan, et que c’est pendant le trajet qu’ils entendent qu’ils doivent se garder du levain des pharisiens e* des sadducêens ? Justement l’Écriture atteste qu’ils ont oublié de les emporter avec eux. Voilà le ferment dont l’Apôtre parle aussi : « Un peu de levain corrompt toute la masse. » I Cor. v, 6. C’est ce levain, à éviter de toute manière, qui se trouva chez Marcion, Valentin et tous les Cavete a fermento Pharisæorum, et Sadducæorum. Tune inteHexerunt, quia non dixerit, cavendum a fermento panum, sed a doctrina Pharisæorum et Sadducaeorum. » Matth. xvi, 8 et seqq. Per occasio- nem præcepti , quod Salvator jusserat, dicens : a Cavete a fermento Pharisæorum et Sudducæorum, » docet eos quid significent quinque panes, et septem : quinque millia hominum, et qüatuor millia, quæ pasta sunt in eremo ; quod licet signoruui magnitudo p ers pi eu a sit, tamen et aliud in spiritual i in tell i- gentia demonstretur. Si enim fermentum Pharisæo¬ rum et Sadducæorum non corporalcm panem, sed traditiones perversas, ethæreticu significat dogmata: quare et cibi, quibus nu tri tus est populus Dei, non veram doctrinam integrauiquc significent ? Quserat aliquis et dicat : Quomodo panes non liabebant* qui sLatim implctis septem sportis, ascenderunt in na- viculam, et venerunt in Unes Magedan : ibique au- diunt navigantes, quod eavere debeant a fermento Pharisæorum et Sadducæorum ? Sed Scriptura tes¬ tateur quod obliti sint eos secum tollere. Hoc est fer- mentum, de quo et Apostolus loquitur : « Modicum COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAliNT MATTHIEU. 629 autres hérétiques. Telle est la force de ce levain que, s’il est mêlé é la farine, pour si petit qu’il soit, il grandit, se développe et communique son aigreur au mélange tout entier : ainsi il en est de la doctrine hérétique ; si petite qu’en soit l’étincelle cachée dans le cœur, il s’en élève fernientum totam massam eorrumpit. " Co)-. v, 6. Isliusmodi fernientum, quod omni ratione vilandum est, liabuit Marcion, et Val en tiens, et omnes huere- tici. Fermentum banc vim liabet, nt si farinæ mix- tuoi l'uerit, qnqd parvum videbatuv , crescat in ma jus, et ad sa pore m siuim uni versa m conspersio- uent [Al. conversionem] trahat : ita et doctrina bientôt une flamme intense et tout l’homme en est possédé et pénétré. Enfin, il suit : « Alors ils comprirent qu’il ne leur avait pas dit de se garder du ferment des pains, mais de la doc¬ trine des pharisiens et des sadducéens. » hæretica, si vel modicam scintillam in luurn pectus jecerit, in brevi ingens flarnma succrescit, et totam hominis possessionem ad se trahit. Denique sequi- tur : « Tune intellexerunt, quia non dixisset caven- dnm a fermente punum, sed adoctrinaPharisaeorum et oaddueæorum. » FIN DU TOME IX. 5ÀINT-BHÏEUC, IMPRIMERIE FRANCISQUE GUYON. COMMENTAIRES DE SAINT JÉROME TABLE DU VOLUME IX PAGES. Commentaires sur le prophète Michôe. . . . . . . 1 kl. ld. Naüm . . . . . . ; .... 92 Id. Id. Habacuc . 139 Id. Id. Sophonie . 21 4 Id. Id. Aggée . 272 Id. Id. Zacharie . 303 ld. Id. Malachie . 431 Defensio ad versus J. Clericum a Domno Joanne Martianæo, elucubrata et Cominentariis in propheta subjuncta . . . ’ . . . 493 Commentaires sur l'Évangile de saint Matthieu, Livres I et II . 526 ■W- « — ïS2i —