LA TRADITION ET LES TRADITIONS
et la part de fiction que comporte l'idée juive d'une transmis-
sion orale de la Torah depuis Moïse jusqu'aux «< hommes de
la Grande Synagogue ¹». Les exégètes scandinaves, surtout
H. S. Nyberg et Ivan Engnell, à Upsal, ont, dans des études
de grande valeur, essayé de préciser quelques points décisifs
de cette histoire des transmissions orales, tant de chants que de
récits historiques, de textes juridiques et de prédications pro-
phétiques 2.
Ils tendent peut-être à sous-estimer la diffusion de l'écriture
dans le temps qui a précédé l'exil; ils insistent avec raison sur
la réalité et sur l'efficacité d'une transmission orale dont on peut
citer bien d'autres exemples extra-bibliques 3. Il est clair que
les dispositions de la loi mosaïque ont réglé la vie d'Israël, que
des psaumes ont exprimé sa prière, bien avant d'avoir été trans-
crits. Certains textes sapientiaux ont fixé une méditation qui
fut d'abord vécue, élaborée et transmise dans des centres voués
à la réflexion. Plusieurs exégètes remplacent aujourd'hui l'hypo-
thèse wellhausienne des « Documents » du Pentateuque, par celle
de traditions transmises dans l'enseignement vivant de divers
centres de culte...
Nés dans la tradition, ou même de la tradition, les écrits
bibliques nous apparaissent portés par une réalité religieuse
vivante, qui les a précédés, à savoir, en sa totalité ou dans les
parties les plus pures et les plus représentatives de cette totalité,
la communauté du Peuple de Dieu. Tel a été aussi, nous le
verrons bientôt, le cas du Nouveau Testament. Ces faits ne sont
pas sans portée aux yeux de qui voudrait se représenter adéqua-
tement le privilège de l'inspiration scripturaire. Le charisme
d'inspiration, au sens où la Foi le revendique pour les textes
scripturaires est évidemment, en dernier lieu, donné aux indi-
vidus qui ont rédigé ces textes. Mais on peut admettre qu'il
existe aussi, dans une certaine mesure, sous une forme diffuse
et globale, dans la vie historique des communautés qui ont porté
les saintes paroles avant qu'elles fussent écrites. Le P. Karl
Rahner a même, récemment, proposé de voir le fait de l'inspira-
tion scripturaire dans le cadre de l'ecclésiologie, ou du moins
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