LE FAIT DE « TRADITION
de l'histoire du Salut, c'est-à-dire de l'action par laquelle le
Saint-Esprit construit le peuple de Dieu : l'inspiration scriptu-
raire répond au moment où Dieu crée l'Église quant à son élé-
ment constitutif de connaissance 4.
2º Nous restons au niveau de la constitution du dépôt révélé
et dans le cadre de charismes largement diffusés dans le peuple
de Dieu, si nous considérons la façon dont le sens de la Révéla-
tion s'est progressivement précisé par des reprises de son fonds
primitif. Cette fois, un régime de tradition entre en jeu, non
sous l'aspect de simple transmission, mais sous celui d'une lecture
des textes inspirés déjà rédigés et connus, en fonction d'événe-
ments actuels vécus ou de faits espérés par le peuple même de
l'espérance. On a souvent montré comment les faits de l'Exode,
en particulier, avaient été considérés comme ayant une valeur
typique, comme ayant un sens permanent, une durable valeur
de promesse, pour Israël, et comme devant se reproduire, tout
spécialement, dans le retour de Babylone. Le fait ancien donnait
son sens à l'événement nouveau qui, à son tour, éclairait le fait
ancien. On sait que le genre midrashique est né de cette réflexion
sur des textes antérieurs lus à la lumière de situations ou de
préoccupations nouvelles. Le verbe d'où vient le mot midrash
désigne une recherche appliquée. On cherchait dans un texte
une indication pour la conjoncture qu'on était appelé à vivre;
on en réemployait les termes ou les thèmes. On était ainsi amené
à comprendre le texte lui-même de façon nouvelle. Parfois, cette
méditation réagissait sur sa teneur, la tradition influait sur l'Écri-
ture. La traduction grecque de l'Ancien Testament, la Septante,
représente un moment majeur, en même temps qu'un exemple
particulièrement significatif, de ce fait. Elle incorpore, en effet,
nombre d'interprétations, dont une des plus célèbres est celle
d'Isaïe (7, 14) 5. Or, la LXX a été lue et citée, non seulement par
les Pères, mais par le Christ et les apôtres, à l'instar du texte
original hébreu; elle a été mise sur le même pied que lui, au
point que l'ensemble des Pères, et certains exégètes aujourd'hui,
admettent son caractère inspiré, au sens biblique du mot.
15
