LA TRADITION ET LES TRADITIONS
Les chrétiens devaient reprendre une ligne semblable de lec-
ture de l'Ancien Testament à la lumière du fait du Christ, et de
compréhension du fait du Christ à la lumière de toute l'histoire
du peuple prophète. Ils ne faisaient ainsi que porter à sa per-
fection le mouvement par lequel Israël lui-même avait pro-
gressivement monté vers le Christ, en approfondissant le sens
de sa propre histoire, porteuse qu'elle était de Révélation.
Ce développement, à un plan qui est encore celui de la Révé-
lation ou de l'inspiration biblique, a été porté par une tradition,
c'est-à-dire par la continuité vivante de la foi animant le peuple
de Dieu.
3º Passons maintenant du niveau de la constitution du dépôt
révélé à celui de son interprétation. Le peuple de la Bible n'a
cessé de la lire, et plus encore, de l'entendre lire et expliquer,
de l'apprendre et d'en recueillir le commentaire. Il s'est formé
ainsi, dans le judaïsme, des écoles d'interprétation de la Loi,
où régnait un principe de transmission ou de tradition (Tradi-
tions-prinzip des historiens allemands), dont il existe d'autres
exemples dans les écoles philosophiques hellénistiques. Dieu,
pensait-on dans le judaïsme des deux siècles qui ont précédé la
naissance de Jésus, a donné à Moïse la réponse à toutes les
questions 6. Les commentaires midrashiques visaient à expliciter
les solutions contenues, de façon enveloppée ou obscure, dans
le texte de la Torah. De génération en génération, les disciples
(talmid) se constituaient les anneaux d'une chaîne de trans-
mission où, après avoir appris, ils devenaient maîtres à leur tour.
A l'époque apostolique, le collège des docteurs imposait les
mains au successeur du maître, presque un rite d'ordination, en
signe d'une transmission de la charge de la fidélité. Il fallait, en
effet, transmettre comme de la main à la main (quasi per manus)
le dépôt reçu des « Pères ? ». Cependant, cette sorte de sagesse
thésaurisée par les générations, toute relative à l'Écriture qu'elle
fut à l'origine, avait une valeur autonome: elle était considérée
comme venant de Dieu à l'égal de l'Écriture elle-même, et mise
sur le même plan.
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