LA TRADITION ET LES TRADITIONS
ministres veulent édifier le temple de Dieu, qui est la commu-
nauté des fidèles, peuvent être d'or ou d'argent, mais aussi de
bois ou de paille, matériaux qui ne supporteront pas l'épreuve :
par le feu du Jugement. On peut penser à ces diverses adultéra-
tions de la Parole de Dieu (2 Co, 2, 17; 4, 1) que saint Paul a
rencontrées, en particulier du fait de judéo-chrétiens, et qu'il
lui arrive, à lui aussi, d'appeler « tradition toute humaine »
(Col, 2, 8), « imposture des hommes » (Ép, 4, 14).
Ces condamnations sont terribles. Mais est-il juste, exégéti-
quement parlant, d'extrapoler les paroles de Notre Seigneur en
les sortant de leur contexte, en les sortant de tout contexte, pour
les transférer dans celui de la polémique protestante, et de leur
faire dirimer un conflit qu'elles ne visent pas? Le texte évangé-
lique montre qu'il peut y avoir de mauvaises traditions, ou de
mauvais usages du principe de tradition. Il ne vise pas, et donc
il ne juge pas, le principe de tradition. D'autres paroles de
Jésus, au contraire, le supposent et le consacrent. Il est au cœur
même de la mission apostolique : « Allez, faites des disciples
de toutes les nations, leur enseignant à garder tout ce que je
vous ai commandé 16 ». Mais cette tradition, qui s'identifie avec
l'acte du ministère, transmet la Révélation de Dieu, non des
règles humaines. Le « tout ce que je vous ai commandé » est
extrêmement compréhensif. Il englobe la Révélation propre-
ment dite, surtout celle du Père, les commandements du Sei-
gneur, y compris ceux qui concernent les sacrements et la
prière («< Allez, baptisez », « Faites ceci en mémoire de moi »>,
« Quand vous prierez, vous direz... »), le sens des Écritures, rela-
tif au fait du Christ...
S. Paul et la tradition ¹7.
S. Paul a fait expressément, des actes corrélatifs de trans-
mettre et de recevoir, puis garder, c'est-à-dire du principe même
de tradition, la loi de la construction des communautés chré-
tiennes par le ministère apostolique (ou issu des apôtres) : au
point qu'«< on peut regarder S. Paul comme le théologien de
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