LE FAIT DE « TRADITION »
apôtres (Jn, 14, 26; 16, 13-14). Il assure par le dedans la fidélité
à garder le dépôt (2 Tm, 1, 14); il donne l'intelligence de son
sens, dont nous savons qu'il est tout relatif à Jésus-Christ dans le
mystère de sa Pâque (supra, et comp. 2 Co, 3, 12-18; 1 Co, 12, 3).
Ainsi la tradition apostolique est toujours à la fois historique
et pneumatique ou charismatique. Historique par son origine et
quant à la matérialité de son contenu; pneumatique ou charis-
matique quant à la puissance qui œuvre en elle : puissance de
perception, de conservation fidèle, d'affirmation dynamique
enfin. La tradition des apôtres est à la fois immobilité et actua-
lité, rappel des faits et déploiement de leur sens, conformité à ce
qui a été posé une fois pour toutes, et présence toujours actuelle et
dynamique de cela même qui a été donné une fois pour toutes.
Le dépôt de la tradition.
Sur la fin de l'âge apostolique, voire de la vie de S. Paul,
une nouvelle idée apparaît dans celle de la Paradosis apostolique.
Très tôt, les apôtres ont vu monter le péril des fausses doctrines
et de la division 42. Jésus lui-même les avait avertis 43. S. Paul
met en garde les fidèles (Rm, 16, 17-18; Ép, 4). Dans son dis-
cours aux Anciens d'Éphèse, pressentant son emprisonnement
prochain, il dit : « Je sais qu'après mon départ il s'introduira
parmi vous des loups redoutables... » (Ac, 20, 28-31.) Aussi
n'est-il pas étonnant que, dans ses dernières années, au cours
des diverses captivités qui, en avivant la conscience de sa dis-
parition possible, ne lui enlevaient pas celle de porter la respon-
sabilité des Églises qu'il avait fondées, S. Paul ait dicté au moins
des parties essentielles des épîtres pastorales. Peu de temps
après, sans doute, l'Épître de fude exhortait les fidèles « à
combattre pour la foi transmise aux saints une fois pour toutes,
τῇ ἅπαξ παραδοθείσῃ πίστει (v. 3; comp. 2 P, 2, 21).
Le témoignage apostolique a été posé une fois pour toutes,
mais d'autres devront continuer à construire sur son fondement
(cf. 1 Co, 3, 10). Dieu avait appelé des apôtres, mais il appelait
aussi et il continuerait d'appeler à leur suite des ministres pour
31
