LA TRADITION ET LES TRADITIONS
A) LA TRADITION
POUR LES PÈRES ANTÉNICÉENS ¹
Vocabulaire.
Le verbe << livrer, transmettre » a évidemment un sens actif.
Mais le substantif Paradosis désigne généralement, chez les
Pères, l'objet ou le contenu, l'ensemble de la foi ou de la doc-
trine chrétienne. Le mot même de «< tradition » est peu employé
chez les Pères apostoliques, mais l'idée qu'il signifie n'est pas
rare. Elle comporte ces trois éléments: un dépôt transmis, un
magistère vivant, une transmission par succession. Exception-
nellement, S. Cyprien restreint l'emploi du mot à désigner la
première révélation faite par Dieu, le Christ et les apôtres, non
la doctrine transmise par succession. Mais le mot conserve, chez
lui, son sens objectif habituel. On est étonné que le P. Deneffe
ait conclu à la priorité du sens actif, au terme d'une enquête
dont tant d'éléments contredisent cette conclusion...
Origine de la tradition.
La tradition de l'Église, celle qui nous intéresse ici, est tou-
jours considérée comme ayant sa source dans les apôtres 2. Quand
l'idée de tradition prend, pour la première fois, chez S. Iré-
née, la forme d'une doctrine réfléchie, c'est comme pièce d'une
doctrine de l'apostolicité.
Du reste, d'une façon générale, la foi, la façon de vivre, de
prier et de célébrer, l'Église tout entière elle-même, sont conçues
comme la propagation d'une unique réalité à partir des apôtres
et de la Pentecôte 3. L'affirmation est si réaliste qu'elle ne pour-
rait se traduire en images que dans des schémas empruntés à
l'ordre biologique propagation par ensemencement ou par
génération, à partir d'un premier et unique germe; mieux encore:
image d'une vigne étendant ses ramifications et finissant par
couvrir toute une terre, à partir d'un plan unique 4. Les affir-
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