LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
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me siècles ne cessent de revenir, tout comme feront ceux des
Ive et ve siècles 41. Pour eux, seule, l'Ecclesia a reçu le dépôt
apostolique de la vérité, car elle est seule habitée par le Saint-
Esprit 42. Tertullien a donné à cet axiome la forme juridique de
la prescription: seule l'Église possède légitimement l'héritage
de l'enseignement transmis depuis Dieu par le Christ, et depuis
le Christ par les apôtres. Les hérétiques sont des intrus, des
voleurs, qui veulent disposer de ce qui n'est nullement à eux 43.
Affirmations semblables chez Origène 44. Ainsi s'esquisse l'idée,
que nous retrouverons plus loin, de la différence qui existe entre
une lecture ecclésiale de l'Écriture, c'est-à-dire une lecture dans
la Paradosis de l'Église, et une lecture critique quelconque, fina-
lement toute personnelle : celle de Marcion ou des Gnostiques...
Cette tradition de l'Église est, de soi, orale. Si les apôtres ne
nous avaient laissé aucun écrit, il faudrait et cela suffirait -
suivre l'ordo traditionis livré par eux à ceux auxquels ils confiaient
les communautés 45. En fait, il existe des écrits apostoliques
car les apôtres ont d'abord prêché l'Évangile, «puis, par la
volonté de Dieu, ils nous l'ont transmis dans des Écritures pour
qu'il devienne la base et la colonne de notre foi 46 »; il existe éga-
lement une partie non écrite de la tradition des apôtres. Nous
reviendrons ailleurs sur le cas de Papias, qui serait propre, tant
le peu qui nous reste de lui ressemble à des racontars, à
discréditer l'idée même de tradition purement orale. Nous envi-
sagerons également plus loin l'affirmation traditionnelle de l'exis-
tence de traditions apostoliques purement orales. Contentons-
nous, pour l'instant, de noter que l'idée se trouve affirmée et
développée chez Tertullien, en 211 47. Dans la perspective des
fidèles des ire et IIIe siècles, peu importait que la transmission
fût purement orale, pourvu que fût réalisé le rapport qui, seul,
comptait, qui seul était une garantie d'authenticité : les Églises
ont reçu des apôtres, les apôtres du Christ, le Christ de « Dieu ».
Cela aurait pu suffire dans une situation idéale. Cependant,
les hérétiques, les Gnostiques surtout, abusaient de l'idée d'une
tradition transmise oralement par succession 48. S. Irénée pou-
vait encore, dans la seconde moitié du ire siècle, arguer de sou-
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