LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
Elle est structurée, hiérarchisée, mais tout entière animée,
active et responsable. Tout entière, elle garde la tradition des
apôtres.
L'idée de tradition a précédé celle de succession apostolique,
du moins en son état explicite et systématiquement formulé.
Mais celle d'une autorité des ministres pour enseigner les fidèles
dans la continuité des apôtres se trouve, d'une manière ou
d'une autre, dans tous les documents anciens 54. On peut accep-
ter la façon dont C. H. Turner a expliqué la systématisation de
l'idée de succession apostolique à partir de 175 environ 55. Les
Gnostiques prétendaient justifier leurs doctrines par une suc-
cession de docteurs transmettant une « tradition apostolique 56 ».
Les catholiques répondirent en affirmant le lien de la vraie tra-
dition avec la succession des ministres légitimes, évêques ou
presbytres, depuis les apôtres. Les Gnostiques en appelaient à
une transmission orale de doctrine secrète : les Catholiques
répondirent par l'idée de succession comme garantie d'une
interprétation authentique. Dès son apparition chez Hégésippe 57,
Irénée 58, puis Tertullien 59 et Origène 60, l'idée de succession
est liée, comme sa condition, son moyen et sa garantie, à l'apos-
tolicité de doctrine. Les chaînons de cette succession sont prin-
cipalement ceux d'un enseignement authentique.
Si la succession légitime des responsables d'Églises est la
garantie d'une authentique tradition, l'unanimité des Églises ou
la communion dans la foi en est le signe et, en ce sens, le critère.
Aussi verrons-nous les Pères tenir comme par principe, pour des
éléments de tradition apostolique, tout ce qui leur apparaîtra
être unanimement observé. L'unanimité, signe d'authenticité
et d'action du Saint-Esprit, devient norme doctrinale : elle est,
dans l'Église, une réalité homogène à la règle de vérité ou de foi,
à la tradition reçue des apôtres 61.
Ni la succession n'est un pur fait extérieur, d'ordre adminis-
tratif ou rituel, ni l'unanimité n'est un accord purement externe,
de même nature que nos majorités parlementaires. La succession
du temps et la dégradation qu'elle entraîne, la diversité des
hommes, des pays et des langues, avec les oppositions qu'elle
51
