LA TRADITION ET LES TRADITIONS
suscite, ne sont surmontées que par l'action d'un principe
supratemporel et supraterrestre, le Saint-Esprit. « Garde le bon
dépôt avec l'aide de l'Esprit Saint qui habite en nous », disait
S. Paul à Timothée (2 Tm, 1, 14). Nous avons vu que l'apôtre
reconnaissait, dans la tradition qu'il avait reçue concernant
l'eucharistie, une actualité de l'action du Seigneur. La Théo-
logie catholique reconnaît de même, en tout acte de foi, la
présence d'une lumière, d'une motion et d'une attestation
actuellement et immédiatement opérée par Dieu. Succession
des ministres, unanimité, tradition sont des réalités spirituelles,
surnaturelles, dont le Sujet ne peut être finalement que le
Saint-Esprit, << Vicaire » du Christ (Tertullien), âme de l'Église.
Citons ce beau texte d'Hippolyte, qui relie la tradition de la
doctrine à une sorte de tradition du Saint-Esprit :
Tout cela (des sectes philosophiques), personne ne le réfutera, si
ce n'est le Saint-Esprit transmis (παрadοlèν) dans l'Église; les
apôtres, l'ayant reçu d'abord, le communiquèrent à ceux qui eurent
une foi correcte. Nous qui sommes leurs successeurs (diádoxoi),
qui participons à la même grâce du sacerdoce et de l'enseignement et
qui sommes estimés être les gardiens de l'Église, nous ne fermons pas
les yeux et nous ne taisons pas la parole 62.
Ce qui précède montre que tout le sens des Pères anciens
est d'unir trois termes que les disjonctions du xvIe siècle feront
construire en opposition: Écriture, Tradition, Église. La tra-
dition est une interprétation des Écritures qui sont d'abord celles
de l'Ancien Testament. Mais il existe bien des sectes, qui pro-
posent leur interprétation: la tradition est cette interprétation
des Écritures qui est celle de l'Église. Son critère est celui de
l'apostolicité de cette Église, assurée par la succession des
ministres hiérarchiques.
A l'égard, précisément, des oppositions du xvre siècle et de ce
qu'il en reste chez les auteurs qui, comme M. O. Cullmann, ont
fait un effort sérieux pour les surmonter, il est nécessaire d'évo-
quer ici un fait qui se situe, précisément, à l'époque que nous
étudions la fixation du canon des Écritures apostoliques.
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