LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
Tradition et Canon des Écritures.
On sait le rôle que M. O. Cullmann fait jouer à ce fait dans sa
conception des rapports entre Écriture, Église et Tradition. Il
écrit :
En établissant le principe d'un canon, l'Église a reconnu par là
même qu'à partir de ce moment-là, la tradition n'était plus un
critère de vérité. Elle a mis un trait sous la tradition apostolique (...)
Elle n'a certes pas voulu par là mettre fin à la continuation de
l'évolution de la tradition. Mais par un acte d'humilité, pour ainsi
dire, elle a soumis cette tradition ultérieure élaborée par elle-même
au critère supérieur de la tradition apostolique codifiée dans les
saintes Écritures. Établir un canon, cela équivalait à reconnaître :
désormais notre tradition ecclésiastique a besoin d'être contrôlée;
elle le sera avec l'assistance du Saint-Esprit
-
par la tradition
apostolique fixée par écrit; car nous sommes en train de nous éloigner
trop du temps des apôtres pour pouvoir veiller, sans une norme écrite
supérieure, sur la pureté de la tradition 6. Bref, le fait de la
reconnaissance, par l'Église du rre siècle, du principe d'un canon,
impliquerait que l'Écriture soit séparée, tant de la tradition
ecclésiastique que de l'Église (comme autorité enseignante) et
leur soit reconnue comme supérieure, au titre de critère, non
seulement souverain, mais exclusif, d'apostolicité.
M. Cullmann a raison de ne pas parler de «< fixation du canon >>:
une liste officielle des écrits inspirés n'a été officiellement et
définitivement acquise, dans l'Église catholique, qu'au concile
de Trente, tout comme la fixation officielle et définitive du
nombre des sacrements (le cas, dont M. Cullmann ne parle pas,
est rigoureusement parallèle). Il parle justement de reconnais-
sance du principe d'un canon. Mais, à cet égard, ce n'est pas du
milieu du ire siècle qu'il faudrait parler. La documentation
rassemblée, soit par F. Vigouroux 64, soit, avec une insistance
plus systématique en ce sens, par le Père M.-J. Lagrange 65,
montre que, depuis les origines, on a reconnu à certains écrits
une autorité absolue, sur la base de leur origine apostolique
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