LA TRADITION ET LES TRADITIONS
(réelle ou supposée). Le principe d'un canon n'est pas autre chose
et n'a pas d'autre sens que le principe d'apostolicité 6. A cet égard,
le passage de l'époque des apôtres à celle de l'Église s'annonce
dès les Pastorales, avec l'idée de dépôt à garder. Le principe
d'apostolicité lui-même n'a pas d'autre sens que de reconnaître
l'autorité de Dieu comme seule décisive, selon le programme déjà
évoqué : le Père envoie le Fils et se manifeste en lui, le Christ
envoie les apôtres, qui deviennent la source de l'Église, par
laquelle son mystère sera manifesté au monde.
Il serait donc inexact de voir, dans la fixation d'un canon
scripturaire, un fait qui supposerait, qui établirait, une supé-
riorité de l'Église sur l'Écriture. L'Église n'a fait que reconnaître
certains écrits comme apostoliques et elle les a, par là même,
reconnus comme régulateurs de sa foi et de sa vie. Il s'agissait,
pour elle, d'assurer et d'affirmer sa référence apostolique : il n'y
a pour elle qu'une seule source (humaine) : les apôtres. A cet
égard, M. O. Cullmann a raison d'écrire : « Ce qui importe ce
n'est pas tant le fait que la tradition apostolique soit orale ou
écrite, mais qu'elle ait été fixée par les apôtres » (p. 43). M. Cull-
mann ne veut dévaluer que la tradition ecclésiastique. On peut
craindre qu'il n'y ait équivoque : l'Église catholique tient aussi
que les Écritures apostoliques sont, pour toute tradition ecclé-
siastique, une règle d'authenticité (au moins négative: il faudrait
rejeter ce que l'Écriture contredirait et condamnerait). Mais
cela ne préjuge pas d'une tradition apostolique conservée dans et
par l'Église comme nous le verrons, c'est sur une telle tradition
que portent les affirmations du concile de Trente.
Or, M. Cullmann écrit : « Fixer un canon, c'était dire : nous
renonçons désormais à considérer pour normes les autres tra-
ditions non fixées par écrit par les apôtres » (p. 45 : souligné de
nous). Ceci nous semble contredit par de nombreux textes des
e-шe, puis des Ive-ve siècles, qui revendiquent que l'on prenne
aussi pour norme des traditions non écrites remontant, elles
aussi, aux apôtres. Quand M. Cullmann écrit : « En créant une
norme, l'Église n'a pas voulu être sa propre norme », nous pour-
rions le suivre, encore que nous préférerions dire: En reconnais-
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