LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
sant le caractère normatif des écrits apostoliques, l'Église ne
faisait que s'affirmer à soi-même sa loi interne d'apostolicité;
mais quand il ajoute : « Puisqu'elle avait précisément constaté
que, sans une norme écrite supérieure, son magistère ne savait pas
conserver purement la tradition apostolique » (p. 46; souligné de
l'auteur), il outrepasse ce que disent les textes du IIe siècle.
M. Cullmann postule l'identité rigoureuse entre norme ou source
apostolique et écrits apostoliques; il passe de «< norme supérieure »
à norme exclusive et suffisante (« suffisants » se trouve p. 45),
c'est-à-dire qu'il interprète le fait d'avoir professé le principe
d'un canon, comme équivalant au principe théologique de la
Scriptura sola.
Ceci tient, nous semble-t-il, au fait que M. Cullmann a trop
considéré le principe d'un canon du Nouveau Testament en
lui-même, de façon abstraite, non dans l'histoire et les modalités
concrètes selon lesquelles il a été vécu et revendiqué depuis les
origines de l'Église. Or, historiquement et concrètement, la
visée, le rôle et l'effet de ce principe n'ont pas été d'établir une
coupure entre le groupe des apôtres et l'Église des évêques,
entre la tradition apostolique et la tradition ecclésiastique, et
ceci en raison des trois faits suivants, dont témoigne l'histoire
ancienne de l'Église :
1º Comment l'Église ancienne a-t-elle reconnu ce qui était
apostolique et ce qui ne l'était pas? En conjuguant deux cri-
tères : d'abord l'attribution à quelque personnage apostolique 67
attribution justifiée par des témoignages externes ou internes,
mais surtout faite par la tradition des Églises, principalement des
« Églises apostoliques 68 ». Mais l'attribution à un auteur aposto-
lique n'était pas pur fait littéraire; elle devait être reçue par
l'Église. Bien des écrits se proposaient sous le nom d'un apôtre,
qui pourtant n'étaient pas reçus, et les écrits authentiquement
apostoliques devaient l'être comme l'Église les recevait, non,
par exemple, comme Marcion recevait l'évangile de Luc. L'accord
avec le sentiment, et donc la « tradition » de l'Église, se conju-
guait donc avec l'attribution à un apôtre. Les deux choses étaient
relatives et intérieures l'une à l'autre 6. L'Église, sa tradition,
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