LA TRADITION ET LES TRADITIONS
étaient le lieu spirituel de ce qui venait des apôtres 70. Non qu'un
acte ecclésiastique donnât autorité à ce qui était apostolique,
mais ce qui était apostolique n'était reçu et interprété authenti-
quement que dans l'Église. Bref, on a toujours affirmé que
l'Écriture n'est la norme de notre foi que conjointe à l'Église et
à sa tradition. Il n'y a jamais eu d'autonomie ou de suffisance du
sens de l'Église ou de l'usage liturgique comme critères de
canonicité 71, mais il n'y a pas eu non plus de reconnaissance de
canonicité ni de constitution d'un canon sans qu'intervînt une
appréciation portée par l'Église au nom de sa tradition et de son
sens de la vérité. L'Esprit donné à l'Église et vivant en elle
reconnaissait l'Esprit qui a parlé par les prophètes et les apôtres.
En ce sens, on pourrait, avec le P. Karl Rahner 72, prendre la
question en remontant de l'Église à l'Écriture, et considérer
l'inspiration scripturaire comme la motion du Saint-Esprit telle
qu'elle est exercée en faveur de l'Église à son moment constitutif,
et donc normatif, celui de sa fondation par Dieu dans les apôtres
cette motion continuant ensuite, de manière consonante et
conséquente avec ce premier moment, tout au long de la vie
historique du peuple de Dieu.
2º Même reconnue règle suprême, l'Écriture n'a jamais été
considérée comme « suffisante », et par conséquent exclusive.
Pour régler la foi de l'Église selon sa norme apostolique, on
invoque la nécessité de lire l'Écriture dans la tradition des apôtres,
transmise par l'Église et vivant en elle. « Tradition des apôtres »,
aimerait sans doute souligner M. Cullmann... Oui, mais, d'une
part, cette tradition n'est nullement vue alors comme arrêtée et
rendue caduque, en tant que tradition, par le fait qu'une partie,
fût-ce la plus importante, en a été fixée par écrit; d'autre part,
on la considère précisément en sa qualité d'apostolique, comme
un autre mode, complémentaire de l'autre, par lequel se réalise
la pleine référence de l'Église aux apôtres, comme à sa source.
3º Cette tradition est affirmée conservée par la succession des
presbytres ou des évêques. Ainsi l'apostolicité de l'Église n'est
pas réalisée exclusivement par l'Écriture: elle l'est, quant à son
contenu, également par la tradition; elle l'est, quant à sa garan-
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