LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
tie, par la succession dans le ministère, indissolublement succes-
sion de charge ou de pouvoir et succession de charismes du
Saint-Esprit.
M. Étienne Gilson disait un jour que seule pourrait passer
pour une interprétation authentique de S. Augustin celle qui
pourrait être reconvertie dans le latin d'Augustin lui-même. Nous
croyons que notre exposé pourrait être traduit en textes d'Irénée,
de Tertullien, de Clément et d'Origène. Celui de M. Cullmann
le pourrait-il selon toutes ses nuances?
B) LA TRADITION POUR LES PÈRES
DES IVE ET Ve SIÈCLES 1
La seconde moitié du ive et la première du ve siècle sont, dans
l'histoire de l'Église, une époque analogue à ce qu'est, pour
chaque culture, sa période classique. Les hommes de cette
époque, dont beaucoup furent à la fois des génies et des saints
ou des instruments du Saint-Esprit, ne portent pas en vain le
nom de « Pères ». Leur temps est celui où se tiennent les quatre
premiers conciles œcuméniques, fondement de tous les autres;
il est celui où se formulent les canons régulateurs de la vie ecclé-
siastique, où se fixent les formes liturgiques essentielles, où le
monarchisme et la vie religieuse prennent les traits décisifs de
leur visage. Dès cette époque, la tradition doctrinale de l'Église
se complète sur les points les plus fondamentaux, par l'interpré-
tation des Pères et des conciles, qui devint, au moins prise dans
son ensemble, une part des données normatives de la pensée
chrétienne.
Tout comme l'Église elle-même, la tradition n'est que la mani-
festation, dans le temps de l'histoire humaine, du « Mystère » du
salut qui, annoncé, esquissé, commencé déjà sous l'Ancienne
Disposition, est apparu et nous a été livré, plénier, en Jésus-
Christ. Cette manifestation a un aspect missionnaire, visant la
conversion d'hommes plus nombreux à la connaissance de la
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