LA TRADITION ET LES TRADITIONS
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vérité salutaire, et elle a un aspect dogmatique de plus grande
explication de la « foi transmise aux saints une fois pour toutes >>
(Jude, 3). A toutes les époques, cette explication-là fut appelée
par les erreurs en matière touchant la foi et s'est faite en fonc-
tion de ces erreurs. A l'époque où nous sommes, les erreurs
ont ceci de particulier qu'elles portent sur les vérités tout à fait
fondamentales de la foi la Trinité et le Christ. De plus, les
Pères de l'époque classique, sans amalgamer la foi chrétienne
avec une philosophie au sens technique du mot, ont eu la voca-
tion et la grâce de manifester, d'expliquer et de défendre la
Révélation en y adaptant les formes de la culture classique dans
laquelle ils avaient été élevés : ceci est particulièrement le cas,
en Orient, des grands Cappadociens, Basile et les deux Grégoire.
Que disent les Pères des Ive et ve siècles sur la tradition — ou
sur les traditions?
a) D'abord, foncièrement, la même chose que les écrivains
anténicéens.
L'Église leur apparaît comme continuité avec sa source qui
est, grâce aux apôtres, Jésus-Christ, et finalement Dieu, le Père
unique, invisible et souverain. Dès que les chrétiens ont écrit
une histoire, ils l'ont vue comme établissant la légitimité de cette
continuité grâce à celle des successions hiérarchiques 2. On a
montré que cette idée domine l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe ³.
La notion patristique de tradition est bien exprimée dans cette
phrase de S. Grégoire de Nysse : « Nous avons pour garant plus
que suffisant de la vérité de notre enseignement la tradition, c'est
à savoir la vérité venue jusqu'à nous depuis les apôtres, par suc-
cession, comme un héritage 4. » C'est toujours l'idée johannique :
du Père procède l'envoi du Christ, de qui procèdent celui des
apôtres et tout le déploiement de l'Église.
Il n'y a pas de séparation entre Écriture et tradition (comp.
infra, n. 16). On les distingue, bien sûr, et peut-être plus nette-
ment qu'aux origines, mais on les conjugue sans cesse. Cher-
chant une règle sûre pour distinguer la vérité de la foi catho-
lique de la fausseté des mensonges hérétiques, Vincent de Lérins
écrit, et il résume bien la position classique : « Se munir d'une
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