LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
double protection, d'abord l'autorité de la loi divine, ensuite la
tradition de l'Église catholique 5». Comment reconnaître cette
tradition? se demande-t-il ensuite. Par l'universalité, l'antiquité
et l'unanimité : « Id teneamus quod ubique, quod semper, quod
« ab omnibus creditum est. » Cette association de l'Écriture et
de la tradition comme deux voies, deux modes par lesquels le
dépôt apostolique nous parvient dans toute sa plénitude et son
authenticité, représente le fond de la conception catholique.
Recueillir et garder pieusement la tradition des apôtres et des
Pères apostoliques est, écrit le pape Agathon en 680, le seul
moyen d'entrer dans l'intelligence pleine de la vérité chrétienne ®.
L'Écriture est toujours considérée comme une sagesse suprême
et totale: elle contient, et on y trouve en effet, toute vérité, au
moins toute vérité utile au salut, veritas secundum pietatem :
Tt, I, I 7. En ce sens, c'est-à-dire au point de vue de ce qu'elle
contient, elle est suffisante. Les Pères ne font que la commen-
ter, l'expliquer et la défendre, en appliquer pastoralement les
vérités à la pensée et à la vie. Toutes leurs œuvres se réfèrent à
l'Écriture; ils sont essentiellement des Tractatores. La tradition
qu'ils professent tenir lui est relative: elle en explique le sens,
elle l'illustre, elle la protège, elle l'enveloppe. Nous étudierons
plus loin, au moins sous certains de ses aspects, la façon dont
les Pères se sont référés à l'Écriture, façon qui conditionne lar-
gement la tradition exégétique qu'ils ont eux-mêmes, sinon créée,
du moins continuée. Les hérétiques, par contre, bien qu'ils
invoquent les mêmes livres que l'Église, en pervertissent le sens
vrai. C'est pourquoi les Pères des ive et ve siècles disent aussi
bien que l'Écriture est tout et que la tradition est tout : elle
recouvre l'ensemble de la foi, elle est la règle de la foi en tant
que cette foi est la foi de l'Église.
Quant au rapport Écriture-Église, il est, pour les Pères de
l'époque classique, comme pour ceux d'avant Nicée, un rapport
de conditionnement réciproque: Il n'y a pas plus, pour eux,
d'Écriture (sainement comprise) sans Église, qu'il n'y a d'Église
sans Écriture; l'une et l'autre sont le corps du Fils de Dieu
(S. Ambroise ³).
59
