LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
risés, qu'on pouvait invoquer en faveur d'une doctrine. Ces
témoins étaient vus dans la suite du Christ et des apôtres, comme
les relais de transmissions de la vérité 15. Dans la mesure où l'on
a cherché auprès d'eux un argument documentaire critique, leur
qualité d'évêques, c'est-à-dire la valeur de « succession » au sens
irénéen, a joué moins de rôle que leur qualité de théolo-
giens.
Au début, l'argument par le témoignage des « Pères » était
distinct de l'argument scripturaire, mais mis en œuvre conjoin-
tement avec lui. Sans cesse reviennent les expressions qui les
associent: οἱ Πατέρες καὶ ἡ Γραφή 16. Nouvel indice d'une étroite
référence de la tradition à l'Écriture, dont elle ne voulait être
qu'une explication, une illustration, une défense ou une appli-
cation. Les conciles n'ont cessé de répéter qu'ils ne faisaient
que résumer et formuler l'enseignement des apôtres, le contenu
des saintes Écritures, et ce qu'ont toujours enseigné les saints
Pères 17. Affirmation semblable chez les Pères eux-mêmes 18.
2º Tertullien et, dans un sens un peu personnel, Clément
d'Alexandrie avaient déjà parlé de « traditions non écrites ». A
peu près en même temps, S. Basile et S. Épiphane parlent de la
tradition comme contenant des choses que l'Écriture ne contient
pas 19. Le texte de S. Basile a joué un rôle si important dans
l'histoire de la théologie, qu'il faut le citer ici :
Parmi les «< doctrines » et les « définitions » conservées dans l'Église,
nous tenons les unes de l'enseignement écrit et nous avons recueilli les
autres, transmises secrètement, de la tradition apostolique. Toutes ont
la même force au regard de la pitié, nul n'en disconviendra, s'il a
tant soit peu l'expérience des institutions ecclésiastiques: car, si nous
essayions d'écarter les coutumes non écrites comme n'ayant pas
grande force, nous porterions atteinte, à notre insu, à l'Évangile,
sur les points essentiels eux-mêmes... 20.
On trouve des énoncés de même genre chez S. Jean Chrysos-
tome 21, S. Augustin 22, puis S. Vincent de Lérins 23, enfin, plus
tard, chez S. Jean de Damas 24.
Ainsi l'Écriture apparaît comme devant être complétée par la
tradition, non plus seulement comme un texte par son interpré-
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