LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
mesure que l'Église avancera dans l'histoire, on pourra appeler
« tradition » la suite des témoignages de cette explicitation du
dépôt. Elle se veut pure explication, mais elle a une certaine
consistance littéraire et historique propre. Elle n'a pas d'auto-
nomie de contenu substantiel; elle en a une au plan des fonde-
ments littéraires de la doctrine. Avec le temps, contre de nou-
velles hérésies, et surtout à partir du xvIe siècle, cela formera
une preuve propre de l'authenticité des doctrines ex traditione.
Dès l'époque où nous sommes, mais surtout, de nouveau avec
le temps, la justification théologique de la valeur de cette tradi-
tion a été cherchée dans le fait que le même Esprit, qui a parlé
par les prophètes et inspiré les auteurs humains de l'Écriture,
ne cesse d'animer l'Église qu'il habite et de guider les docteurs,
les conciles, les pasteurs du peuple de Dieu 28. L'unanimité de
ceux-ci, qui a toujours été vue comme étant l'effet et le signe
propre de l'action du Saint-Esprit 29, sera considérée comme un
critère de foi orthodoxe 30. L'attention se porte dès lors, non
plus uniquement sur ce qui est livré, sur l'identité objective
manifeste avec la parole apostolique, mais sur l'autorité des
organes de la tradition, justifiée par l'assistance du Saint-Esprit.
Dès l'époque des Pères, on argumente par le Consensus Patrum.
Nous verrons comment, après le concile de Trente, ce chef
d'assurance d'un enseignement orthodoxe se développera jus-
qu'à devenir presque une justification valant par soi. « Tradi-
tion »>, qui a signifié essentiellement dépôt, tendra à signifier :
communication et développement à travers le temps. L'origine
de ce processus doit être saisie dès l'époque classique des Pères.
Il est clair que, dans la «< tradition » comme explication et déve-
loppement, tout n'est pas proprement dogmatique. Au dévelop-
pement du révélé qui ne lui ajoute objectivement rien, se mêle
ou s'adjoint un certain contenu de pensée personnelle. Même
chez les Pères. Dans cette «< tradition » historique, ecclésiastique,
il y a des apports ou des développements humains. Cela ne
signifie pas qu'ils soient faux, mais simplement qu'ils ne béné-
ficient pas de la garantie de ce que Dieu prend proprement à
son compte et qui constitue le domaine de la Révélation publique.
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