LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
s'aligner sur les usages transmis (traditum) par le prince des
apôtres à l'Église romaine 18.
S. AUGUSTIN a donné très tôt le baptême des enfants comme
tradition apostolique, non d'ailleurs sans esquisser une argu-
mentation biblique à partir des SS. Innocents ou de la circonci-
sion 19. Il a ensuite rattaché à une tradition apostolique l'usage
de ne pas rebaptiser les hérétiques en les réconciliant à l'Église 20,
puis un certain nombre de coutumes liturgiques dont il croyait
qu'elles étaient universellement tenues: rites du baptême
(aspersion, exorcismes, insufflation 21), chant de l'Alleluia durant
la Cinquantaine pascale 22, célébration, comme fêtes liturgiques,
de la Passion, de la Résurrection, de l'Ascension, de la Pente-
côte 23. Le critère invoqué par S. Augustin pour diagnostiquer une
tradition apostolique est, au moins depuis la querelle donatiste,
le fait d'une diffusion et d'une réception universelles de choses
qui ne se trouvent ni exprimées dans les Écritures, ni détermi-
nées par des conciles pléniers 24. Disposant d'une meilleure
documentation, nous serions aujourd'hui plus critiques sur cer-
tains exemples invoqués par S. Augustin. Le principe même
de la catholicité ne peut fonder une très haute présomption
d'apostolicité que s'il est complété par le principe d'antiquité,
comme chez Vincent de Lérins. S. Augustin lui-même, d'ailleurs
applique son critère avec discrétion, et sait ménager des nuances 25.
On peut conserver le principe d'unanimité joint à l'Antiquité,
comme critère, au moins positif, d'apostolicité 26. Cela vaudrait,
bien sûr, pour les doctrines, et S. Augustin esquisse l'idée selon
laquelle, l'Écriture fondant l'autorité de l'Église, il ne saurait
se trouver d'erreur dans ce qu'appuie l'autorité de l'Église uni-
verselle 27. On sait quelle place tient, dans sa pensée, le thème
de l'infaillibilité de la Catholica en tant que telle : « Securus
judicat Orbis terrarum. » Le thème deviendra, à l'époque moderne,
une des lignes de force de la théologie de la tradition. Il reste,
pour notre présente enquête, que les exemples apportés de fait par
S. Augustin concernant des coutumes et des pratiques liturgiques.
S.LÉON dit que « les Grands jeûnes ont été institués par les
saints apôtres, enseignés par le Saint-Esprit 28 ». Le P. A. LAU-
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