LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
3º Les décrets du concile lui-même invoquent parfois une tradi-
tion apostolique : ainsi pour le baptême des enfants 44; la dis-
cipline selon laquelle les laïcs reçoivent la communion du prêtre,
ceux-ci se la donnant eux-mêmes 45; la matière et la forme du
sacrement de l'onction des malades, pour lesquelles on peut
invoquer, d'ailleurs, une attestation scripturaire 46; la pratique
d'offrir le sacrifice eucharistique, non seulement pour les vivants,
mais aussi pour les défunts 47.
La moisson d'exemples qu'on ferait aisément chez les apolo-
gistes catholiques du xvie siècle n'ajouterait, pensons-nous, pas
grand-chose à ces indications. RICHARD SMITH par exemple,
catholique anglais redevenu et demeuré fidèle († 1563), énumère
le mélange d'eau avec le vin du calice, l'assomption corporelle
de la Vierge Marie, et divers détails rituels de la célébration des
sacrements 48. - Le cardinal HOSIUS († 1579) est plus proche
des indications patristiques 49; de même S. PIERRE CANISIUS
(† 1597) qui énumère, sous le titre de consuetudines Ecclesiae, le
baptême des enfants, les prières pour les défunts, les jeûnes
ecclésiastiques, les rites essentiels de la messe et des sacrements,
la vénération des images; l'usage du chrême5º. Quant à S. ROBERT
BELLARMIN, il ne prétend que donner des exemples : la perpé-
tuelle virginité de Marie, le baptême des enfants, la validité du
baptême des hérétiques, le jeûne quadragésimal, la distinction
des ordres mineurs, le rite du baptême, le culte des images 51.
Arrêtons là cette enquête. Il est clair, d'ailleurs, qu'au
XVIe siècle, la question est dominée par la polémique protes-
tante les apologistes catholiques ont le souci de rattacher au
dépôt apostolique tout ce que les protestants attaquent et que,
cependant, l'Église tient comme un bien sacré, immémoriale-
ment possédé. Ils ne disposent encore que d'une conscience impar-
faite de l'intelligibilité historique, et d'une conception excessivement
logique, peu historique, elle aussi, du développement dogmatique.
Dans ces conditions, ils sont portés à mettre au compte des tra-
ditions apostoliques orales tout ce que l'Église de leur temps,
limitée de fait, dans leur considération, à l'Église latine, tient
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