LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
qu'on ait aux II, IIIe, et ive siècles, attribué le titre d'«< apos-
toliques >> précisément à des recueils rituels ou canoniques 59. Il
faut voir là, croyons-nous, autre chose qu'une supercherie ou
même que le résultat de la tendance bien connue à conférer
du prestige aux documents en les attribuant à quelque person-
nage biblique ancien. Certes, on ne peut prouver, dans tous les
cas invoqués, qu'il y ait vraiment origine apostolique; il n'est
même pas exclu qu'on puisse prouver le contraire. Mais les
études contemporaines donnent de plus en plus de vraisem-
blance, et même de corps, à l'idée de l'origine apostolique
d'usages liturgiques et disciplinaires de l'Église ancienne 60
Nous retiendrons, de tout ce qui précède, les conclusions sui-
vantes : quand les écrivains chrétiens anciens parlent de la tra-
dition, ils entendent principalement une explication christolo-
gique de l'Ancien Testament et l'intelligence ecclésiale du
mystère central du Christ et de l'Église tel qu'en témoignent les
Écritures; quand ils parlent de traditions apostoliques trans-
mises oralement, ils visent surtout des pratiques liturgiques ou
disciplinaires universellement tenues et dont l'origine, même si
elle n'est pas attestée scripturairement, semble se confondre
avec celle de la vie ecclésiale. Dans la mesure où l'on s'intéressait
à la foi prise comme totalité, totalisée dans le mystère du Christ,
on s'intéressait au contenu de LA tradition et on le trouvait tout
entier dans l'Écriture, lue dans l'Église, lue aussi selon des pro-
cédés d'exégèse non réductibles à ceux d'une méthode purement
historique et philosophique (cf. section D).
Le décret du concile de Trente sur les traditions a été, nous
le verrons, finalement rédigé de telle manière qu'il permet de
tenir toujours cette position des Pères 61. Elle reste celle de
nombreux et considérables théologiens catholiques 62. A dire
vrai, on ne voit pas ce que seraient des vérités de foi qui auraient
été, pendant des siècles, transmises secrètement, de bouche à
oreille. Outre que les témoignages des Pères les plus anciens
contredisent expressément l'idée d'une tradition ésotérique
le fait serait d'une totale invraisemblance historique. La disci-
pline de l'Arcane, qui a été une réalité, n'a jamais eu ce sens,
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