LA TRADITION ET LES TRADITIONS
munique pas seulement dans des mots, donc finalement dans
des idées, mais dans des réalités. La Réforme du xvre siècle, par
contre, tendait à réduire la manifestation de Dieu à l'Écriture
et à faire passer par elle toute communication de Dieu. Telle du
moins qu'elle s'est exprimée de la façon la plus cohérente chez
K. Barth, la pensée protestante tend à s'interdire tout accès au
Logos, donc toute connaissance du monde comme une certaine
parole de Dieu, qui ne soit pas christologique, donc contenue
dans la connaissance du salut donnée au pécheur en Jésus-
Christ theologia crucis opposée à un point de vue sapientiel ³.
2º Façon de se référer à l'Écriture.
a) Le Nouveau Testament.
Nous comprendrons mieux la façon des Pères si nous consi-
dérons d'abord celle dont le Nouveau Testament, ou plutôt
celle dont Jésus et les apôtres se sont référés à l'Ancien Testa-
ment, qui était pour eux l'Écriture. Il existe, sur ce sujet, plus
d'une excellente étude 4.
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C. H. Dodd a montré que les apôtres, et S. Paul lui-même,
n'ont fait, dans leur lecture christologique de l'Ancien Testa-
ment, que suivre la voie tracée par Jésus lui-même 5. Le premier,
Jésus a vu et montré son destin de Fils de l'Homme et de Ser-
viteur souffrant, annoncé dans les Écritures. Quant il ouvre aux
disciples « le sens des Écritures » (Lc, 24, 45), cela signifie que,
commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, ils
s'étaient entretenus avec lui de son exodos : Lc, 9, 31, il leur
explique tout ce qui, dans les Écritures, le concernait, spéciale-
ment sous l'aspect de sa Pâque. C'est bien cela, en effet, l'exégèse
apostolique ou, quant à son aspect doctrinal principal, la tra-
dition apostolique: cf. Ac, 3, 18; 8, 30-35; 1 Co, 15, 3; 2 Co, 3,
12-18; 2 Tm, 3, 14-15. Comme le remarquait déjà Bellarmin º,
les apôtres savaient l'hébreu, l'eunuque de la Candace savait lire
le texte : ce qui leur manquait, c'était le sens des faits de Révé-
lation, dont ces textes portaient témoignage. Ni Jésus ne fait
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