LES PÈRES ET L'ÉGLISE ANCIENNE
il y a l'utilisation d'un texte pour éclairer un cas analogue se pro-
duisant à l'intérieur d'un plan foncièrement un. Pour un cas comme
le verset de Rm, 11, 8, où S. Paul amalgame Is, 29, 10 et Dt, 29, 3
avec une réminiscence d'Is, 6, 9, Vénard reprend une expression du
P. Lagrange, « accommodation figurative », et il écrit : « Dans de
tels cas, il n'y a pas un argument directement fondé sur l'autorité de
l'Écriture..., mais il y a, implicite, une sorte de raisonnement par
analogie fondé sur la persistance du plan divin et la constance des
méthodes d'action de la Providence, telles qu'elles sont connues par
l'Écriture (col. 40). Soit.
Groupant ensuite les citations « d'après leur conformité plus ou
moins grande avec le sens original », L. Vénard énumère d'abord les
cas où la citation reproduit le sens exact de cet original, puis il
arrive aux cas où l'on donne, à l'original, une extension de sens
qu'il n'avait pas : c'est souvent, dit-il, « par application à d'autres
personnes, d'autres événements, d'autres circonstances » (col. 43).
Il apporte des exemples, puis écrit : « Dans un bon nombre de ces
citations, l'adaptation du texte cité n'est pas faite en vertu d'une
exégèse directement figurative, mais suppose un raisonnement par
analogie : l'écrivain sacré découvre dans le fait de l'Ancien Testa-
ment qu'il cite un principe du gouvernement divin, dont il fait une
application aux circonstances présentes » (col. 44). Suivent ces
exemples: Rm, 9, 7-13; Rm, 11, 3-4; Rm, 9, 25-26.
Le fait que le Nouveau Testament, ou l'Église primitive,
cherche, en se référant à l'Ancien, une indication sur le Dessein
de Dieu, - car c'est cela, - a été relevé par plusieurs exégètes 18.
Se demandant si la pratique de baptiser les petits enfants peut
revendiquer des appuis bibliques, M. O. Cullmann écrivait
naguère : « Nous admettons avec G. Wohlenberg que ceux qui
ont transmis le récit de la bénédiction des enfants ont voulu
rappeler par là aux chrétiens de leur temps un épisode de la vie
de Jésus dont ils pussent s'inspirer pour résoudre le problème
du baptême des enfants 19. » M. Cullmann n'est pas le premier à
invoquer en ce sens l'épisode évangélique : on le faisait à l'époque
de Tertullien 20; S. Bernard le faisait au XIIe siècle contre les
sectateurs d'Henri de Lausanne ou les sectaires dualistes 21;
83
