LA TRADITION ET LES TRADITIONS
Calvin admettait la référence 22. Cela revient, en somme, faute
de prooftext explicite, à chercher dans l'Écriture une indication
sur le type d'action conforme au Dessein de Dieu. Les premiers
Réformés (Zwingli, Théodore de Bèze) ne se situaient-ils pas
dans la même perspective lorsqu'ils trouvaient une indication
scripturaire favorable au baptême des enfants dans le fait que le
baptême était le parallèle chrétien à la circoncision 23? S. Augus-
tin avait déjà recouru à cet argument, mais aussi au fait des
SS. Innocents: signe du propos de Dieu d'introduire même les
enfants dans son Royaume
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Un certain nombre de références bibliques invoquées par les
Pères, ou encore par la théologie catholique en matière sacra-
mentelle ou mariologique, sont, croyons-nous, du type dont on
vient d'apporter un exemple significatif. Leur ensemble consti-
tuerait, entre une tradition exégétique proprement dite, que les
protestants ont toujours été, en principe, disposés à admettre,
et une tradition qui serait pure tradition orale, sans référence
biblique, une zone intermédiaire; on pourrait l'appeler, sous le
bénéfice de ce qui a été expliqué, tradition typologique...
Ce mode de référence à l'Écriture est très loin du fondamen-
talisme, qui représente un usage assez « primaire » du « Il est
écrit ». Le fondamentalisme prend le texte, en sa matérialité
textuelle, comme un absolu. Ce faisant, il méconnaît, et sa
nature véritablement humaine, et sa nature vraiment divine 25.
Il méconnaît la première en ce qu'il ne tient pas compte de
l'historicité de l'Écriture, ni des limites qu'elle impose à l'ex-
pression textuelle (vocabulaire, ressources propres d'une langue,
circonstances historiques de composition, traces de « menta-
lité », genres littéraires, etc.). Par contre, la nature véritablement
humaine de l'Écriture donne sa légitimité et son statut le plus
positif au travail historique, philologique et critique des exégètes.
Mais ce travail ne peut épuiser, à lui seul, le contenu de la sainte
Écriture, parce qu'elle est aussi vraiment divine. Le sens litté-
raire ou événementiel du texte n'épuise pas son contenu, car le
texte témoigne de faits de Révélation qui rentrent dans un plan
au sein duquel ils ont encore quelque chose à dire, comme
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