LA TRADITION ET LES TRADITIONS
chose d'analogue dans l'exégèse midrashique. C'est que l'Écri-
ture n'est pas un document mort auquel on se référerait pour
en reproduire artificiellement et matériellement le contenu. Elle
est un témoignage sur le Dessein du Dieu vivant, « qui est, qui
était et qui vient 28 ». Jésus et les apôtres ne se réfèrent pas à
l'Écriture du dehors, à la façon dont un apprenti se rapporte
aux indications de son manuel, terme à terme, ou dont un cui-
sinier prépare un plat en suivant, minute par minute, la recette
de son livre de cuisine; ils vivent l'Écriture parce qu'ils vivent
l'Histoire du salut, sous la conduite du même Esprit « qui a
parlé par les prophètes ».
3º Façon de se référer à l'Écriture.
b) Les Pères (et la liturgie).
Malheureusement, les études d'histoire de l'exégèse patris-
tique ne font guère que commencer 29. Quand on en possédera
beaucoup, et de bonnes, on pourra reprendre avec ampleur,
sécurité et précision, une étude de la tradition patristique comme
tradition exégétique et tradition typologique. Plusieurs des
études dont nous avons connaissance, ou bien se limitent à
l'histoire de l'interprétation d'une brève péricope, ou bien
restent excessivement dominées par la question, assez mal posée
selon nous, du sens littéral et du sens spirituel 30. Le problème
qui nous intéresse ici, à savoir le statut et le sens du Schriftbeweis
chez les Pères, n'a guère été abordé, à notre connaissance (sauf
dans le bref article de S. L. Greenslade cité infra, n. 36).
Toutes proportions gardées, et dans des conditions de vali-
dité qu'il faudra évidemment préciser, les Pères ont pratiqué, à
l'égard de toute l'Écriture, Nouveau Testament aussi bien
qu'Ancien, le même genre de référence que Jésus et les apôtres
ont pratiquée à l'égard de l'Ancien Testament, qui était pour
eux l'Écriture. N'insistons pas sur leur exégèse christologique,
cœur de leur tradition exégétique : celle-ci est, de beaucoup, la
plus importante et d'un prix incomparable, mais elle a été
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