LA TRADITION ET LES TRADITIONS
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très intéressante étude de S. L. Greenslade sur l'usage de
l'Écriture fait par des écrivains anténicéens, Clément de
Rome, Ignace, Cyprien et Tertullien lui-même, lorsqu'ils
parlent du ministère ecclésiastique ou de l'épiscopat 35. Ils
ne fondent pas ce qu'ils disent sur l'Écriture par mode de
Schriftbeweis; s'ils la citent, et ils la citent en effet, c'est
plutôt comme illustration de ce qu'ils affirment que comme
argument textuel. Leur vrai fondement, c'est la réalité de
l'Église, c'est-à-dire sa tradition en tant que celle-ci est trans-
mission vivante de réalités vécues. Mais on aime montrer
que ces réalités honorent un modèle indiqué depuis les ori-
gines 36
Il y a, chez les Pères, une lecture textuelle de l'Écriture, dont
leurs œuvres dogmatiques, ascétiques, catéchistiques ou polé-
miques ne veulent être qu'une défense ou un commentaire. Il
y a une lecture christologique de l'Écriture. Cette double lecture
forme leur tradition exégétique. C'est la plus importante mais
aussi, répétons-le, la mieux connue : nous n'y reviendrons pas.
Il y a aussi chez les Pères, une référence ecclésiale à la sainte
Écriture comme au Mémorial des vouloirs et du plan de Dieu :
c'est ainsi qu'ils ont développé cette tradition typologique ou
exemplariste que nous essayons de définir. « In his omnibus
libris (les livres canoniques de l'Écriture) timentes Deum et
pietate mansueti, quaerunt voluntatem Dei 37. » Les Pères ont
la conviction que l'histoire sainte du passé est allégorique, ou
plutôt typique 38, et qu'on y trouve toutes les indications néces-
saires pour la vie de l'Église : « Res gesta, aliquid in sancta
Ecclesia signat gerendum 39. » Les Pères ont la conviction que
toute l'Écriture se réfère, non seulement au Christ, mais à l'Église 4º,
et qu'elle contient, sous forme d'indication typique, tout ce qui
est utile à la vie historique de celle-ci.
C'est ce qui explique - sans peut-être en justifier toutes les
applications - un fait qui nous a personnellement d'abord
troublé : la candeur tranquille avec laquelle les Pères et les
théologiens du moyen âge rattachent les institutions ecclésias-
tiques chrétiennes à celles de l'Ancien Testament. Cela a
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