LA TRADITION ET LES TRADITIONS
lisme, complaisant à toutes les causes, et que, plus sérieusement,
on pensait ne pas sortir des limites d'une affirmation en éten-
dant, par le raisonnement, les applications dont elle était sus-
ceptible ³. On tenait communément que l'Écriture contient
toutes les vérités de la foi salutaire. Si une question était posée
au sujet de quelque formule dogmatique non scripturaire, on
s'efforçait de trouver quelque attestation scripturaire au moins
équivalente ou indirecte 4.
2. Traditions non écrites.
L'idée de réalités chrétiennes transmises sans être attestées
par l'Écriture n'était pas inconnue, mais elle joue un rôle assez
limité chez les grands théologiens médiévaux : le statut même de
leur travail s'opposait à ce que ce rôle fût considérable, dominé
qu'il était par l'invocation d' « auctoritates », c'est-à-dire de
textes. Tous, cependant, savent, et disent tranquillement, que
bien des choses, plura, multa, sont tenues et observées dans
P'Église, qu'on ne trouve pas dans les Écritures; et ils citent
2 Th, 2, 14; 1 Co, 11, 34; Ac, 16, 4. Quand ils allèguent des cas
précis, il pourrait s'agir de la célébration d'une fête ❝, ou bien il
s'agit des mots mysterium fidei introduits dans la consécration
du calice', ou de tel rite employé dans la célébration des sacre-
ments, voire de l'institution de certains sacrements (confir-
mation, extrême-onction) ou encore du culte des images 10.
C'étaient là des réalités du culte. On pensait encore à des cou-
tumes et pratiques en usage dans l'Église depuis des temps
reculés ¹¹, et même, comme le mot tradere avait aussi le sens
très large d'enseigner, transmettre ou intimer une détermination
théorique ou pratique 12, on appelait souvent traditiones les
canons ou les décrétales 13. Mais on n'hésitait pas à en appeler à
une tradition orale pour tel point de doctrine catholique dont
on ne trouvait pas la formule dans l'Écriture, comme le Filioque
ou la descente du Christ aux enfers, tout en disant et en mon-
trant que la doctrine ainsi exprimée s'y trouve sous quelque
autre forme 14.
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