LE MOYEN AGE
On le voit, il ne s'agit exactement, ni de la tradition aposto-
lique au sens des Pères anténicéens, ni de ce que recouvre pour
nous, aujourd'hui, le problème de la tradition. Ce problème a
d'abord, pour nous, l'aspect de suite historique de témoignages
formant une chaîne et manifestant la continuité de la croyance
catholique à travers une histoire qui vérifie un caractère de
développement. Le moyen âge a beaucoup pratiqué les citations
d' « auctoritates », il a même, tout comme les Ive et ve siècles,
réuni des dossiers patristiques pour ou contre une thèse, mais il
n'a guère connu l'argument de tradition au sens moderne du
mot 15. Il lui manquait, pour cela, l'intérêt critique à l'histoire
comme telle. Mais surtout, vivant naïvement de la tradition, ce
moyen âge d'avant les questions critiques n'avait pas à se prouver
son bon droit. Le problème de la tradition est également, pour
nous, étroitement lié à celui de la règle de foi; il tend à s'identi-
fier avec celui du magistère. Sous les deux aspects que nous
venons de dire, le problème de la tradition se confond presque,
aujourd'hui, avec celui de l'Église envisagée dans l'indéfectibi-
lité ou la continuité de sa foi à travers le temps. Or, les réalités
en question avaient bien leur place dans la vie et la synthèse des
grands médiévaux, nous l'avons montré pour S. Thomas
(cf. n. 1), mais pas sous le titre de Tradition 16.
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3. L'intérêt du moyen âge allait à l'actualité des causalités
transcendantes, non aux causes occasionnelles et passées de
l'apparition historique d'une idée ou d'une institution. On saisit
bien le point de vue médiéval quand on considère la notion si
riche et si fréquemment mise en œuvre qu'il avait de l'auctori-
tas 17. Ce mot prestigieux désignait la valeur qu'une chose, une
affirmation, tient de son origine, celle-ci étant considérée moins
historiquement, comme facteur d'une genèse temporelle, que
selon sa place dans la grande hiérarchie du monde, et donc pour
ce qu'elle représentait, statutairement, de vérité infaillible. Il
n'y avait évidemment qu'un seul véritable auctor, qu'une auc-
toritas absolue, Dieu; mais tout ce à quoi Dieu faisait le don
d'être vrai, de traduire sa vérité et son vouloir, devenait pour
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