LA TRADITION ET LES TRADITIONS
autant une auctoritas dont il était peu important de préciser les
coordonnées temporelles, l'essentiel étant ce qu'elle incorporait
pour nous de la vérité divine 18
Ces idées trouvent une application dans le domaine qui nous
intéresse ici et qui, lui-même, est dominé par l'idée de la mani-
festation, aux hommes, de la Vérité divine incréée 19. Cette
manifestation est d'abord la Révélation faite aux prophètes et
aux apôtres, et consignée dans les Écritures canoniques. Dieu
en est alors personnellement le responsable, auctor, non sans une
coopération humaine, mais parfaitement dominée par lui, en
sorte qu'elle bénéficie de la garantie absolue de la Vérité Pre-
mière. Mais la manifestation de la pensée et des vouloirs de
Dieu aux hommes continue dans une coopération humaine
coextensive à toute la durée de l'Église et qui incombe princi-
palement aux majores : docteurs et chefs constitués à la tête des
Églises. C'est ici que se situent les Pères, expositores (tractatores)
S. Scripturae, les conciles et les papes en toute l'activité par
laquelle ils déterminent la vie de l'Église, au triple plan de la
croyance du culte et de la pratique, enfin les docteurs et maîtres
mineurs de la Sacra doctrina qui est l'enseignement salutaire.
Dieu est encore l'auctor de tout ce qu'ils prononcent de vrai,
et c'est cela qui confère à leurs dicta une auctoritas. Cette aucto-
ritas n'est pas absolue, ce n'est pas celle même de Dieu, comme
dans le cas des Écritures canoniques. Elle dépend, en soi, de
l'action du Saint-Esprit et, au point de vue d'une critériologie
externe et publique, de l'approbation de l'Ecclesia, de la confor-
mité avec l'enseignement de l'Ecclesia, qui s'exprime dans les
instances où cette Ecclesia se concentre et se personnifie :
conciles et papes. Mais ces dicta ou auctoritates des Sancti
(Patres) ou des Magistri incorporent véritablement une action
de Dieu et sont saints, à des degrés moindres, de la même
sainteté que celle de la Sacra Scriptura. C'est un principe sou-
vent répété, au moyen âge, que l'Écriture doit être expliquée
sous l'influence du même Esprit que celui qui l'a dictée 20. Mais
aussi les Pères et saints docteurs qui ont bénéficié de cette
influence pour la bien expliquer, doivent faire l'objet d'un res-
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