LE MOYEN AGE
pect analogue à celui que nous devons à l'Écriture 21. On pour-
rait dire que, si le livre de la création et le livre de l'âme ne
dévoilent leur sens que grâce au livre de l'Écriture, celui-ci ne
dévoile le sien que dans l'Église, son enseignement, sa vie,
l'œuvre des docteurs qu'elle a approuvés.
C'est dans le cadre de cette grande synthèse qu'il faut situer
deux séries d'énoncés dont les exemples sont extrêmement
nombreux à travers tout le moyen âge :
1º L'attribution de toute détermination vraie (et sainte) de la
vie de l'Église, à une revelatio, inspiratio, suggestio, du Saint-
Esprit. On se référera ici à un appendice spécial, en suite du
présent chapitre. Les trois mots que nous avons transcrits sont
de sens extrêmement voisin. Inspiratio désigne l'action du Spi-
ritus 22; suggestio exprime la nuance d'intériorité de cette action;
revelare, revelatio, a un sens assez large : découvrir, faire
connaître ou comprendre. L'expression peut d'autant plus s'ap-
pliquer même à une activité de l'esprit que nous appellerions
naturelle, qu'on admet assez largement la théorie augustinienne
de l'illumination 23.
20 L'habitude d'englober les Pères, les canons conciliaires,
voire les décrets pontificaux et (plus rarement) les traités
les plus honorés des théologiens, dans la Scriptura sacra 24, ou
encore, indistinctement, dans Divina Pagina 25. Cette habitude
était ancienne. Elle remonte sans doute au Decretum Gelasianum
qui, légèrement modifié par Formose, était passé dans les collec-
tions canoniques et dans les chapitres traitant des sources ou des
règles (ainsi chez Hugues de Saint-Victor, Didasc., IV, 12).
Scriptura désignait un «< texte »; sacra, la valeur qui lui venait
de l'action du Saint-Esprit. Les Écritures canoniques, la Bible
étaient par excellence Scriptura sacra, Divina Pagina. Mais le
Saint-Esprit avait œuvré aussi dans les textes des Pères, des
conciles, des papes et des théologiens, qui, au surplus, ne vou-
laient être qu'une explication des Écritures. Dans la simplicité
et la force de sa foi catholique, le moyen âge pensait qu'ils
n'étaient, en effet, rien d'autre (cf. n. 19, 21, 47).
S. Thomas d'Aquin avait réagi, à sa manière discrète mais

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