LE MOYEN AGE
Au lieu d'une considération de l'autorité divine, tendant à
survoler les causalités historiques ou humaines de trop haut pour
les distinguer, on éprouve le besoin, dans les dernières décades
du XIIe siècle et les premières du xive, de distinguer et de pré-
ciser. Les questions de critériologie théologique et de critique
de la connaissance religieuses prennent un développement nou-
veau : Duns Scot, Henri de Gand, Gérard de Bologne qui le
suit, tant pour le critiquer que pour s'en inspirer 30... Avec la
critique, les dissociations commencent: celle entre connaissance
métaphysique et connaissance de foi, avec Scot, celle entre
Écriture et Église, avec Henri de Gand. Au même moment, les
conflits reprennent entre papauté et souverainetés temporelles.
Au moment où, d'un côté, les canonistes ou théologiens curia-
listes exaltent la puissance papale jusqu'à en donner des expres-
sions presque blasphématoires 81, les partisans de l'empereur
Dante, avec modération, Occam avec un radicalisme moins
soucieux d'équilibre — critiquent cette puissance et réaffirment
la primauté de l'Écriture. Cependant, au total, la critique tra-
vaille plutôt dans le sens d'un certain fidéisme ecclésiastique 32.
Dans tous les cas, une disjonction tend à s'instaurer entre
<«<l'Église » et les références objectives de la foi.
Occam a été amené par son conflit personnel avec Jean XXII,
à élaborer la catégorie des veritates catholicae (catholica a ici
le sens bien connu de: orthodoxe, conforme à la règle de foi).
Pour Occam, puis pour Marsile de Padoue et pour Louis le
Bavarois, Jean XXII est hérétique, il n'a donc plus d'autorité.
Qui peut juger que le pape est hérétique? S'il contrevient direc-
tement à la sainte Écriture ou à une vérité déjà déclarée comme
dogme, il suffit de constater le fait, et chacun peut le faire. Mais
le domaine des veritates catholicae déborde celui de l'Écriture
et des définitions déjà portées. Il comporte cinq chapitres :
Quinque sunt genera veritatum quibus non licet christianis aliter
dissentire. Primum est earum quae in Scripturis sacris dicuntur vel
ex eis argumento necessario possunt inferri. Secundum est earum
quae ab apostolis ad nos per succedentium relationem vel scripturas
fidelium pervenerunt, licet in Scripturis sacris non inveniantur
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