LE MOYEN AGE
imparfaite; il a quelque sentiment du développement, mais
n'en possède encore aucune élaboration. D'autre part, il ne met
pas en question l'infaillibilité de l'Église; son biblicisme, très
réel, n'est pas encore critique : il ne pose pas l'Écriture en dehors
et au-dessus de l'Église. Dès lors, c'est avec une grande liberté
et une grande confiance que les théologiens font appel, pour
situer et justifier le « plus » que tient l'Église au-delà de l'Écri-
ture, et dont le caractère normatif est reconnu sans contradiction,
soit à la transmission de certaines données en dehors de l'Écri-
ture, soit à une action du Saint-Esprit (revelatio) faisant
comprendre à l'Église telle ou telle intention de Dieu. Occam
énonce ces deux possibilités sans apporter des précisions bien
fermes.
Cependant, des questions critiques commencent à être posées.
Elles le sont, comme toujours, par les esprits insatisfaits. Déjà
les courants antiecclésiastiques, qui se multiplient à partir du
début du XIIe siècle, ont obligé les docteurs à défendre la valeur
des traditiones contre un premier biblicisme exclusif, ou contre
d'autres critiques de l'Église historique 42. La question devait
se poser de nouveau et plus rigoureusement à la suite de l'action
de Jean Wyclif († 1384) et de Jean Huss († 1415).
·
Leurs principes de critériologie théologique n'étaient pas dif-
férents des principes de leurs prédécesseurs ou de leurs contem-
porains orthodoxes 43. Du moins en théorie. Pratiquement,
cependant, Wyclif et Huss opèrent dans un climat de critique, en
réaction contre certains développements excessifs de l'impor-
tance accordée à l'élément ecclésiastique; ils veulent restaurer
la primauté de l'acte de Dieu et du rôle des apôtres. Ainsi l'usage
du principe, sain en soi, de la primauté des Écritures, est chez
eux, de fait, assez antiecclésiastique 44. Wyclif réformateur met
en procès les traditiones humanae, une expression déjà employée
avant lui (cf. supra, n. 13 et cf. S. THOMAS, IIª-[[ªe, q. 92, a. 2,
ad 3), mais qui devient dès lors une catégorie polémique : elle
recouvre surtout, chez Wyclif, le développement abusif des
Ordres religieux et des interventions papales 45. Il pousse ses
réclamations réformatrices d'une façon si radicale qu'elles abou-
131
