LE MOYEN AGE
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tures, parce que « eas ita recipit et approbat ». Ainsi Pierre
d'Ailly 5, Alphonse Tostato 54. D'autres répondent : «< Auctoritas
papae ex Scripturarum auctoritate pendet, non contra 55. » En
sorte qu'à l'époque où éclate la Réforme, la question est souvent
posée en cette fausse alternative, qu'il eût fallu récuser, mais
dont les Réformateurs s'emparent: l'Église est-elle au-dessus
de l'Écriture, ou l'Écriture au-dessus de l'Église 56? Beaucoup
subordonnaient l'Écriture à l'Église : même Nicolas de Cuse
disait d'elle, « non est de essentia Ecclesiae », le Christ a bâti
l'Église sine littera 57. Alphonse de Castro pourra dire au concile
de Trente: « Quae Ecclesiae auctoritas tanta apud nos est, ut
aliqui eam maioris roboris quam sacros libros esse sentiant 58. >>>
D'autres subordonnent l'Église à l'Écriture (cf. n. 55). Mais ce
sont alors plutôt des hommes dont l'orthodoxie est suspecte.
De toute façon, les deux réalités sont envisagées séparément
l'une de l'autre et comme mises en compétition...
On a noté avec raison - et cela porte loin! - que l'autorité
ecclésiastique a été mise en question au moment même où elle
avait atteint comme son apogée. De fait, le prestige de «< Sainte
Église », l'affirmation de sa puissance et de ses privilèges, n'ont
jamais été si forts qu'aux XIVe et xve siècles, qui sont, en même
temps, des siècles de crise extrêmement grave. La critique
scotiste d'un côté, la critique nominaliste et occamiste de l'autre
ont d'abord travaillé dans le sens d'un fidéisme dont la conclu-
sion était volontiers que, tout de même, un article résistait, dont
certains faisaient comme un principe et un fondement de la
certitude de tous les autres : l'Église, conduite par le Saint-
Esprit, ne peut se tromper dans les matières nécessaires au
salut 59. Le moyen âge avait été peu historien et peu critique;
par contre, il avait eu une confiance robuste dans la foi, dans
l'Église et son indéfectibilité. Peu historien et peu critique, il
n'insistait pas sur les garanties objectives et documentaires de la
foi. Vigoureux dans ses certitudes religieuses, il portait son
attention sur l'indéfectibilité de la foi comme vertu subjective,
indéfectibilité qui avait été promise et demeurait assurée à
l'Église. Il était sûr que l'Église ne pouvait se tromper, animée
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