LA TRADITION ET LES TRADITIONS
qu'elle était par le Saint-Esprit, qui ne cessait d'agir en elle et
de lui faire connaître (revelare) la vérité. Aussi ce qu'elle approu-
vait avait-il la même valeur que la sainte Écriture ou le Symbole 60.
Nous retrouverons cette assurance dans la réaction catho-
lique en face de la protestation des Réformateurs, pour lesquels
une telle position revenait à attribuer à des hommes une infailli-
bilité et une autorité qui doivent être réservées à Dieu seul.
B) EN ORIENT
Nous avons vu comment, pour combattre efficacement les
hérésies trinitaires et christologiques, les docteurs (S. Athanase,
S. Cyrille d'Alex.) et les conciles (Éphèse) avaient fait appel à
l'argument patristique ou argument de tradition au sens moderne
de cette expression. Les Pères, eux, n'avaient voulu qu'expli-
quer le contenu des Écritures. C'est en leur étant fidèle que
l'Église demeurerait à jamais fidèle à ce contenu :
Quant à nous, suivant les traces des saints Pères qui ont dit la
vérité, nous professons... Επόμενοι οὖν ἁγίοις πατράσιν ἀλήθειαν
λαλοῦσι... 1.
Nos igitur maximam habemus sollicitudinem circa vera Dei dog-
mata et circa sacerdotum honestatem (...) Hoc autem futurum
esse credimus si sacrarum regularum observatio custodiatur, quam
juste laudati et adorandi inspectores et ministri Dei verbi tradi-
derunt Apostoli et sancti Patres et custodierunt et explanaverunt 2.
Recueillir pieusement la tradition des apôtres et des Pères
apostoliques, garder ce qu'on a précisé avant nous, est le seul
moyen d'entrer dans la pleine intelligence de la vérité chrétienne,
écrivait le pape Agathon aux empereurs lors du IIIe concile de
Constantinople, en 680 3. L'Église orientale s'est conçue elle-
même, jusqu'à nos jours, comme une Église de la tradition,
comme une Église des Pères. Elle n'invoque pas tant ceux-ci
critiquement, comme justification documentaire, que mystique-
ment, comme une expression de son propre mystère, qui est
celui de la manifestation et de la communication de Dieu.
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