LA TRADITION ET LES TRADITIONS
nion dans un organisme à la fois un et multipersonnel dont la
nature est spirituelle, non juridique. Elle est le type d'unité qui
correspond à une pure communion de personnes réalisée par
P'Esprit de Dieu, qui est Esprit d'amour : unité réalisée, non
par la soumission à un pouvoir régulateur, mais par la commu-
nion des uns à la grâce des autres, par l'entente et l'obéissance
mutuelle, dans le respect de la croissance in Christo propre à
chaque membre.
Le positif de cette profonde théologie doit se retrouver dans
une synthèse catholique de la tradition liée à une ecclésiologie
de la Communion des saints. Mais, telle qu'elle se trouve for-
mulée chez Khomiakov et chez nombre de ses disciples contem-
porains, cette théologie méconnaît le rôle du magistère divine-
ment institué 22 : ce rôle, que les négations protestantes, puis la
crise moderniste et le développement interne du catholicisme
dans le monde moderne ont amené les théologiens catholiques à
mieux dégager, est d'assurer l'authenticité du sensus Ecclesiae
lui-même et d'en déclarer éventuellement certains développe-
ments comme ayant valeur de règle de la croyance, grâce aux
charismes afférents à la fonction hiérarchique au sein du peuple
de la Nouvelle Alliance. Ainsi l'épiscopat de droit divin, dispersé
ou assemblé en concile, et le Souverain Pontife, successeur de
Pierre, qui en est organiquement le chef, ont-ils, dans la commu-
nion ecclésiale, de par une grâce du même Esprit qui réalise cette
communion dans l'espace et dans le temps, une autorité qui
entre comme élément décisif dans la transmission active du
dépôt dont vit l'Église. Du reste, nombre de théologiens ortho-
doxes récusent la méconnaissance slavophile d'un magistère
qu'ils attribuent aux évêques et aux conciles œcuméniques, non
au pape, mais dont ils tiennent le principe avec nous 23. Il
reviendra aux théologiens orthodoxes de confronter leurs thèses
à la lumière d'un héritage dogmatique dont les principes nous
sont communs. Notre tâche à nous sera d'intégrer l'affirmation
hiérarchique dans une théologie de l'Église et de la tradition comme
communion par le Saint-Esprit, pour laquelle il y a beaucoup à
retenir des développements concernant le principe de sobornosť.
