LA TRADITION ET LES TRADITIONS
a dit, du cadre, du terme, des lois de notre vie (voir H. DE LUBAC,
Exégèse médiévale, I/1, Paris, 1959, p. 56 s. et 76 s.). Plus d'un théolo-
gien développe le thème selon lequel le livre de la nature et le livre
de l'âme ne peuvent être vraiment déchiffrés et compris que grâce
au livre de l'Écriture (cf. supra, ch. II, section D, n. 2). Toute la
théologie procédait de la sainte Écriture: non seulement épistémolo-
giquement, car elle n'est qu'une interprétation et une construction
intellectuelle de la Révélation divine, mais de par l'organisation même
de l'enseignement : les maîtres commentaient le texte sacré. « Ce
n'est pas un scolastique par exception, mais tous les scolastiques,
depuis S. Anselme jusque largement au-delà de la première moitié
du XIVe siècle, qui ont bâti leur conception même de la théologie sur
l'axiome fondamental que l'Écriture est la source où nous puisons le
révélé » (P. DE VOOGHT, Les Sources, p. 149).
Ces théologiens, cependant, rencontraient un certain nombre d'ar-
ticles s'imposant à tout catholique et dont on ne trouvait pas l'énoncé
dans l'Écriture. Ils n'éprouvaient aucune difficulté à dire que ces
articles provenaient, soit de traditions non écrites, soit d'une déter-
mination faite par l'Église sous la conduite du Saint-Esprit. Ils en
trouvaient aussi facilement quelque suggestion ou quelque équivalent
dans l'Écriture; mais ce n'était pas là, pour eux, un point critique.
« Si on leur demande si toute la vérité chrétienne est révélée dans la
Bible? Ils répondent en chœur : oui. Seulement, ils se résignent à
reconnaître que la règle ne vaut pas toujours. Pour les scolastiques, au
xire et au XIIIe siècle, ce que le concile de Trente a appelé les sine
scripto traditiones se limitaient à quelques « exceptions » » (ibid., p. 32;
comp. p. 148, 254 s.). Relevons quelques déclarations concernant ce
qu'on peut appeler la suffisance de l'Écriture.
S. ANSELME, De concordia praescientiae Dei cum lib. arb., q. 3, c. 6
(P. L., 158, 528 B) : « Nihil utiliter ad salutem praedicamus, quod
Sacra Scriptura, Spiritus Sancti miraculo fecundata, non protulerit
aut intra se non contineat. (...) Sic itaque Sacra Scriptura omnis
veritatis, quam ratio colligit, auctoritatem continet, cum illiam aut
aperte affirmat, aut nullatenus negat» (528 C).
Un auteur inconnu du début du XIIe siècle, disciple de S. Anselme
d'après le P. BARRÉ, a composé le fameux Tractatus de Assumptione,
qui, sous le nom de S. Augustin, a eu une grande influence sur le
développement de la doctrine de l'Assomption de la Vierge Marie.
Il réduit pratiquement ce développement doctrinal à l'Écriture, par
le fait de la contemplation chrétienne (ratio), qui lit un sens des
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