LA TRADITION ET LES TRADITIONS
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nicis expressa sufficienter nos doceat, continens omnia dogmata ad
salutem humani generis necessaria » (De ecclesiast. scripturis et dogmat.,
lib. IV, c. 6, éd. Louvain, 1550, fol. 265 B). Que cette déclaration ne
rejoigne pas le Scriptura sola protestant, on pourrait s'en douter
d'après l'intention de toute l'œuvre du théologien lovaniste. Bien
d'autres passages précisent ou complètent sa pensée, d'où il ressort
que l'Écriture ne se suffit pas, qu'elle doit être lue dans l'Église et
dans la tradition de l'Église, guidées par le Saint-Esprit. Driedo
connaît aussi, bien évidemment, des traditions non écrites, mais elles
semblent bien ne comporter, en tant qu'elles n'ont pas de fondement
dans l'Écriture, que des rites et des coutumes, des choses dont la
croyance n'est pas nécessaire au salut (cf. G. TAVARD, Holy Writ,
p. 137; J. L. MURPHY, op. cit., p. 237, 241 s.).
CONCLUSION.
Nous avons tenu à rassembler ce petit dossier concernant la suffi-
sance de l'Écriture, sans d'ailleurs reproduire tous les textes qu'invo-
quaient les polémistes protestants, dont plusieurs étaient encore moins
ad rem que ceux que nous avons cités.
Il Ꭹ a une sorte de «< donnée de tradition », dont il faut tenir compte.
Nous n'avons, pour notre part, aucune difficulté, mais au contraire
beaucoup de joie, à en assumer l'affirmation positive : l'Écriture
contient, au moins à l'état de suggestion ou de principe, tout le trésor
des vérités qu'il est nécessaire de croire pour être sauvé (étant assurée,
d'autre part, une présentation suffisante du message).
Dire cela au sens où les Pères et les théologiens du moyen âge l'ont
tenu ne revient absolument pas à professer le principe de la Scriptura
sola tel que les réformateurs l'ont revendiqué. Ils réagissaient contre
une souveraineté, qu'ils estimaient indue, et qui l'eût été en effet si
elle avait répondu à l'image qu'ils en ont faite, de la puissance ecclé-
siastique, plus précisément de l'autorité papale, sur la parole de
Dieu contenue dans l'Écriture. C'est dans l'intention de rétablir la
souveraineté de Dieu seul qu'ils ont posé celle de l'Écriture comme
exclusive. Pour ce faire efficacement, ils ont affirmé la suffisance de
cette Écriture, non pas uniquement au sens matériel, c'est-à-dire dans
l'ordre des objets du quod creditur, mais au sens formel, c'est-à-dire
dans l'ordre du moyen de connaissance, de la lumière constitutive du
connaître; du principe de la règle (bref, en termes scolastiques, de
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