LE MOYEN AGE
l'objet quo). Non seulement tout le donné de foi était contenu dans
l'Écriture, mais le chrétien bénéficiant du témoignage intérieur du
Saint-Esprit, pouvait l'y trouver.
Or, les pères et les théologiens médiévaux que nous avons cités :
1º Admettent la suffisance matérielle de l'Écriture. Ils répètent que
les explications des docteurs et les définitions des conciles ne font
que préciser ce que dit, plus ou moins clairement ou obscurément,
l'Écriture. Ils pensent aussi que Dieu nous a communiqué certains
éléments importants du rapport religieux, par une autre voie que
celle de l'Écriture. Il existe des traditions non écrites. De fait, cepen-
dant, elles concernent surtout, sinon exclusivement, le culte et le
comportement des chrétiens.
2º N'ont cessé d'affirmer, depuis qu'ils parlent de ces choses, que
l'Écriture ne suffit pas pour livrer son sens véritable; elle n'est enten-
due correctement que dans l'Église et dans sa tradition. S'il y a une
position que les Pères ont tenue, c'est bien celle qui lie, comme insé-
parable l'une de l'autre, Écriture, Église et Tradition. Loin de conce-
voir ces trois réalités en opposition, ils les ont considérées comme unies
et inséparables.
3º Ils se sont aussi souvent exprimé de façon occasionnelle, dans un
contexte particulier. Très peu des textes que nous avons cités ne
peuvent être considérés comme des déclarations de principe ou des
thèses de critériologie théologique. Il suffirait de se reporter au
contexte pour s'en rendre compte. Bellarmin déjà, puis, plus près de
nous, Franzelin, ont rétabli le sens et la portée exacte de beaucoup
de ces textes, simplement en évoquant leur contexte et leur visée :
BELLARMIN, Controv. de Verbo Dei, lib. IV, c. 11 (Opera, Paris, 1870,
t. 1, p. 223-228; FRANZELIN, De div. Trad. et Script., th. XIX (2º éd.
Rome, 1875, p. 236 s.). Encore que Bellarmin soit bien près d'accep-
ter la suffisance de l'Écriture pour ce qui est nécessaire à tous (voir
op. cit., c. 3, p. 197: « Nos asserimus in Scripturis non contineri
expresse totam doctrinam necessariam... »), on peut penser qu'il a,
et que Franzelin a également traité de façon trop négative, parce que
dans un climat trop polémique, l'idée de suffisance de l'Écriture et
les textes anciens qui l'expriment.
NEWMAN, par contre, a su, à l'usage de son ancien ami Pusey,
formuler une position, catholique plus favorable, telle qu'ont pu la
tenir les Pères dont il était nourri. Nous ne pouvons mieux faire que
de transcrire ici, pour finir, cette page irénique et catholique :
Vous avez réuni une série de textes des Pères, comme témoignages à
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