LA TRADITION ET LES TRADITIONS
l'appui de votre doctrine, suivant laquelle la foi chrétienne tout entière
est contenue dans l'Ecriture, et vous parlez comme si, dans le sens que
vous attachez à ces mots, les catholiques vous contredisaient sur ce point.
Vous vous référez à mes Notes sur S. Athanase, qui ont, dites-vous,
fourni quelques citations à votre liste. Mais après tout, ni vous, ni moi
dans mes Notes, n'affirmons aucune doctrine repoussée par Rome. Ces
notes font, de plus, un appel fréquent à un enseignement traditionnel,
parce que, lors même que des dogmes de foi sont très certainement conte-
nus dans l'Écriture, cet enseignement traditionnel est encore nécessaire,
comme Regula fidei, pour nous montrer qu'ils y sont contenus (Vide,
p. 283, 344). Quant à cette tradition, vous la soutenez, je le sais, tout
autant que le fais moi-même dans les Notes dont il s'agit. En consé-
quence, vous reconnaissez qu'il y a une double règle, l'Écriture et la
Tradition; et c'est là tout ce que disent les catholiques. En quoi donc ici
les Anglicans diffèrent-ils de Rome? Je crois que la différence est toute
dans les mots. (...) Les catholiques et les Anglicans (je ne dis pas les
protestants) attachent différents sens au mot « preuve » dans la contro-
verse relative à cette question : le dogme est-il, ou n'est-il pas, contenu
tout entier dans l'Écriture? Nous entendons, nous, que cet article de foi
n'y est pas renfermé de façon à être prouvé logiquement par l'Écriture,
indépendamment de l'enseignement et de l'autorité de la tradition. Les
Anglicans, eux, entendent que tout article de foi y est renfermé de façon
à être prouvé par l'Écriture même, pourvu qu'on y ajoute les explications
et les compléments fournis par la tradition. Et c'est aussi dans ce dernier
sens que s'expriment les Pères dans les passages que vous leur avez
empruntés. Je suis sûr au moins que S. Athanase cite souvent, à l'appui
des dogmes controversés, certains passages que personne ne regarderait
comme des preuves si l'on ne tenait pas compte de la tradition aposto-
lique qui en suggère puis en règle le sens avec autorité. Ainsi vous ne niez
pas que tout le dogme ne se trouve point dans l'Écriture de telle manière
que la seule logique puisse, sans autre secours, le tirer du texte sacré; et
nous ne nions pas non plus que le dogme ne soit dans l'Écriture, en un sens
impropre, en ce sens que la tradition peut le faire reconnaître dans
l'Écriture et l'y déterminer. Vous ne prétendez pas vous dispenser de la
tradition; et nous ne rejetons pas l'idée que l'Écriture contient des sens
probables, secondaires, symboliques, connexes, outre ceux qui appar-
tiennent proprement au texte et au contexte. (Du Culte de la Vierge
Marie dans l'Église catholique (Lettre au Dr Pusey), trad. G. DU
PRÉ DE SAINT-MAUR, Paris, 1866, p. 15-16.)
