LA TRADITION ET LES TRADITIONS
portée de ces textes au point de vue d'une notion de la tradition et,
plus radicalement, au point de vue de l'ecclésiologie?
On sait que, jusqu'au concile de Trente inclusivement, on emploie
constamment les expressions revelare, inspirare, illuminare, et d'autres
analogues, au sujet des Pères, des conciles, des canons, voire des
élections ou de certains actes des autorités séculières. On pour-
rait distribuer les textes selon ces différentes applications: Pères,
conciles, etc. Nous le ferons, et en suivant généralement leur ordre
chronologique, mais dans le cadre plus formel des différents termes
employés : revelare-revelatio, inspirare...
Revelare, revelatio.
Ces mots sont employés parfois, mais assez rarement et plutôt à
une époque tardive, à propos des Pères: ainsi S. BONAVENTURE
parlant des docteurs tels S. Grégoire, «< cui multa divinus Spiritus
revelavit » (IV Sent., d. 44, pars 2, a. 2, q. 1, éd. Quar., IV, p. 926);
S. ALBERT LE GRAND, qui dit, à propos de la même question du feu
de l'enfer : « In hoc standum est dictis illorum qui revelationem a
Sancto Spiritu acceperunt. (...) Forte quod Augustino non fuit plene
revelatum, aliis sanctis plene revelatum fuit » (IV Sent., d. 44, a. 38;
BORGNET, XXX, 594); ainsi encore GAUTHIER DE BRUGES († 1307) :
<< Licet haec scientia (la théologie) a modernis habeatur per studium,
a patribus tamen habita sit per revelationem desursum factam :
Spiritu Sancto inspirati locuti sunt sancti Dei homines(2 P., 2, 21)»:
I Sent., q. 4, sup. prol., éd. L. AMOROS, dans Archives d'Hist. doctr.
et litt. du moyen âge, 9 (1934), p. 281. Parlant d'une vocation reli-
gieuse dans le cas d'une femme mariée, INNOCENT III dit qu'elle ne
saurait rompre le lien conjugal, « nisi forte secus fieret ex revelatione
divina, quae superat omnem legem, sicut a quibusdam sanctis legitur
esse factum >> (C 14, X, III, 32: FRIEDBERG, II, 584).
Dans un grand nombre de textes médiévaux, revelare, revelatio
sont employés pour rattacher à l'action de Dieu les décisions portées
par une autorité : « Ut revelante Domino... rescribamus », dit S. LEON
(Epist., 6, 5; P. L., 54, 619); Pierre, dit INNOCENT III a transféré son
siège d'Antioche à Rome «< par révélation divine » (lettre au patriarche
de CP.; P. L., 214, 760). On emploie ces expressions à propos des
déterminations nouvelles de doctrine ou de discipline acquises dans
l'Église au cours de son histoire, surtout du fait des conciles :
Au sujet du symbole de Nicée VIGILE (540-555) : « Sciant... nos
illam fidem praedicare, tenere atque defendere, quam ab Apostolis
152
