LA TRADITION ET LES TRADITIONS
matrimoniale consécutive à un retour de croisade; pourtant, quand,
appuyé sur la promesse du Christ, le pape demande, dans la prière,
« ut ei matrimonium revelatur... » (cité par A. LANDGRAF, Dogmen-
gesch. der Frühscholastik, Ratisbonne, 1952, t. I/1, p. 32).
Cette ampleur du domaine auquel s'appliquait le terme de reve-
latio se retrouve encore chez les auteurs de l'époque de la Réforme
et du concile de Trente. Pour CAJETAN, qui eut à interroger Luther
comme légat, pour JEAN DRIEDO, l'action « révélante» de Dieu
englobe, outre la sainte Écriture et les traditions des apôtres, ce qui
a été acquis par l'enseignement des docteurs et les déterminations
dues à l'autorité pontificale ¹. Au concile de Trente même, CLAUDE
LEJAY, procureur du cardinal d'Augsbourg, disait, dans un mémoire
consacré à la question des traditions apostoliques : «Dans les conciles
généraux, l'Esprit Saint a révélé à l'Église, selon les nécessités
des temps, de nombreuses vérités qui n'étaient pas ouvertement
contenues dans les livres canoniques» (C. T., t. XII, Tractatus,
p. 253).
On rencontre aussi, dans le même sens et avec des applications
semblables, d'autres expressions équivalentes : « Instruente Spiritu
Sancto » (S. LÉON, Epist., 104, 3 et 144; P. L., 54, 995-996 et 1113);
<< Dictante Spiritu Sancto » (S. AUGUSTIN, Epist., 82, 2 à S. Jérôme;
P. L., 33, 276); concile de Mâcon de 585, praef.; « Spiritu Sancto
praedicante »> (GRÉGOIRE VII, Reg., II, 67, éd. Caspar, p. 223, 1. 23);
illustrare (ANSELME DE HAVELBERG, Dial., II; P. L., 188, 1202), etc.
Mais les mots revelare, revelatio sont les plus fréquents, ceux aussi
dont une exacte interprétation est la plus importante. Le P. de Ghel-
linck a montré que, dans les emplois qui nous intéressent ici, ils
engagent, soit de façon formelle, soit comme cadre général de pensée,
l'idée d'une illumination divine, active dans toute connaissance,
même purement naturelle selon nos distinctions actuelles. Il cite en
particulier cinq textes de S. Augustin où revelare a ce sens 2. Nous
sommes dans un monde où tout effet de connaissance vraie, et sur-
tout ceux qui sortent du terre à terre, est attribué à Dieu et vu comme
venant d'en haut. Mais on l'attribuerait tout aussi bien à la raison, ou
à cette lumière intérieure que le Verbe met en nous : « Quando ratio
mentibus infixa moveat ea, et revelet iis, quoniam est unus Deus,
omnium Dominus », dit par exemple la version latine de S. IRÉNÉE
(A. H., II, 6, 1; P. G., 7, 724; HARVEY, II, 4, 5, t. I, p. 263; E. P., 197).
Dans ces cas, on traduirait au mieux le verbe revelare par : faire
connaître ou faire comprendre, découvrir ³. L'emploi peut en être
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