LE MOYEN AGE

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purement profane, sans référence à l'Agent divin, -ainsi TERTULLIEN,
faisant d'ailleurs appel à un dicton païen, « Tempus omnia revelat,
testibus etiam vestris proverbiis atque sententiis » (Apol., 7; P. L., 3,
362 A, qui, en n., renvoie à Agellius, lib. XII, c. 2),
mais il peut
exprimer aussi la référence à Dieu, qui est l'auctor de toute compréhen-
sion d'ordre spirituel : ainsi dans ce texte de la Règle de S. BENOIT,
souvent évoqué au moyen âge, « Saepe iuniori Deus revelat quod
melius est» (Reg., 3; P. L., 66, 287 B), c'est souvent par la bouche
d'un petit, d'un moins considéré, que Dieu fait connaître son vouloir.
Suivons cet emploi du mot, à travers quelques exemples, jusqu'aux
déclarations ou distinctions précises des Scolastiques :
Dans son épître introductrice aux Actes du VIIe concile (vers 870),
ANASTASE LE BIBLIOTHÉCAIRE écrit, à propos du culte des images :
«Quae... praesens synodus docet... et universalis Ecclesia semper venerata
est et hactenus veneratur, quibusdam dumtaxat Gallorum exceptis, quibus
utique nondum est harum utilitas revelata » (M. G. H., Epp., VII, 418).
Affronté au problème des ordinations simoniaques, LÉON IX demande
au concile romain de 1051 de prier Dieu « (ut) nitantibus revelaret », de
faire comprendre à ceux qui hésitent, la vérité (PIERRE DAMIEN, Liber
gratissimus, prol., Libelli de Lite, t. I, p. 18, 1. 17).
S. ANSELME, Cur Deus homo?, I, 2:«...non alia certitudine accipia-
tur, nisi quia interim mihi ita videtur, donec mihi Deus melius aliquo modo
revelet » (P. L., 158, 363).
ABÉLARD attribue à certains philosophes païens une connaissance du
vrai Dieu, un et trine, Deo revelante, au moins dans sa Theologia,
c'est-à-dire au début : Theologia, IV (P. L., 178, 1288 A); comp. I,
c. 2, col. 1126 C: «Quam (Trinitatis distinctionem) quidem divina ins-
piratio et per prophetas Judaeis et per philosophos gentibus dignata est
revelare. » Il est difficile de dire s'il s'agit d'une illumination spéciale
(cf. J. COTTIAUX, dans R. H. E., 28 (1932), p. 280-287). A l'époque
d'Abélard, la distinction de ce que nous appelons connaissance naturelle
et connaissance surnaturelle n'était pas faite clairement au plan des
objets ou des domaines de connaissance (comp. HUGUES DE SAINT-VIC-
TOR, De sacram., I, 10, 4 (P. L., 176, 333): «Accedit ad haec, Spi-
ritu Sancto suggerente, ratio... »). On était également gêné, lorsqu'il
s'agissait de la connaissance de Dieu, par le texte de Rm, 1, 19, qu'on
lisait : « Deus enim illis revelavit » (voir même S. THOMAS, IIa-[[ª¤,
q. 167, a. 1, ad. 3). On cherchait à distinguer 4. Une distinction nette
et satisfaisante ne sera vraiment acquise que dans la scolastique du
XIIIe siècle, après la « troisième entrée » d'Aristote : ainsi chez ALBERT
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