LE MOYEN AGE
trine théologique 15. Toute auctoritas se ramène à celle de Dieu, qui
seul est vraiment auctor.
On n'a pas attendu la consécration de leur autorité par la réception
de l'Église ou par la déclaration expresse d'un concile ou d'un pape,
pour attribuer l'« inspiration » aux Pères. S. GRÉGOIRE DE NYSSE,
par exemple, appelle le commentaire de son frère Basile sur l'œuvre
des Six Jours, Thy OεóπVEUσTOV Oewplav (In Hexaemeron, proem.;
P. G., 44, 61; BARDY, p. 13). Les écrivains de l'âge patristique et
du moyen âge ont souvent exprimé leur sentiment d'avoir été inspirati,
éclairés par l'Esprit de Dieu 16, ou leur espérance de l'être, espérance
tout enveloppée de prière ¹7. Voir BARDY, art. cité, p. 8-12; BACHT.,
art. cité, p. 133-134.
Il existe différents équivalents de inspiratio : « Quia sanctorum qui
cum Domino regnant documenta Spiritus munere prolata », dit JONAS
D'ORLÉANS (De inst. regia, c. 3, éd. J. REVIRON, p. 140). Comp. WALA-
FRID STRABON, De exordiis, pr. (P. L., 114, 919; M. G. H., Capp.,
II, 475). Encore à l'époque de la Réforme, S. JEAN FISCHER écrit :
« Quis ambigere potest, quin priores patres, quibus imperatum fuit ut
docerent, quique a Spiritu Sancto constituti fuerant in id munus,
certissimam ab ipso Spiritu veritatem edocti sint, praesertim in his
dogmatibus, de quibus nulla fuit unquam inter eos controversia ».
(Sacri sacerdotii defensio c. Lutherum, 1525, éd. H. KLEIN-SCHMEINK,
Corpus Cathol., 9, Münster, 1925, p. 20). Comp. infra, chap. V,
n. 43.
Les textes qui parlent de l'« inspiration » des conciles ne se comptent
pas. Avant Nicée déjà, et par référence aux indications du Nouveau
Testament lui-même (Mt, 18, 19-20; Ac, 15, 28), les conciles ont
exprimé la conscience qu'ils avaient d'œuvrer avec le Saint-Esprit
présent et actif en eux : « Placuit nobis, Sancto Spiritu suggerente... >>
(concile de Carthage: CYPRIEN, Ep., 57, 5; HARTEL, p. 655); « Placuit
ergo prasente Spiritu Sancto et angelis ejus » (concile d'Arles, 314:
MANSI, II, 469). Mais le concile de Nicée apparut comme véritable-
ment fondamental pour la foi de l'Église, véritablement divin. Les
témoignages sur son caractère « inspiré » sont innombrables 18.
D'après S. JEAN DE DAMAS (De Haeres., 6; P. G., 94, 744 A), les
Pères de Chalcédoine sont ɛóлVEUσтоL. Le concile d'Épaon dit :
«Quocirca haec quae inspiratione communi consensu placuerunt »
(c. 40 MANSI, VIII, 564), celui tenu à Orléans en 549, de même
« Manente concordia, quae divina inspiratione... definita sunt » (c. 24:
MANSI, IX, 135). EULOGE D'ALEXANDRIE appelle le Ve concile œcumé-
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