LE MOYEN AGE
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Epp. sel. XIII saec., t. II, p. 41). ALBERT LE GRAND insiste sur l'in-
faillibilité assurée à l'Église par l'inspiratio du Saint-Esprit (cf. In IV
Sent., d. 3, a. 2; In Luc., 12, 12, éd. BORGNET, t. XXIX, p. 66 s. et
t. XXIII, p. 216); il applique cette idée, par exemple, à la détermina-
tion, faite par l'Église, d'empêchements de mariage (In IV Sent.,
d. 40, a. 8, XXX, p. 452). Cette inspiratio joue aussi dans des déter-
minations plus contingentes. La désignation des évêques (mais aussi
parfois des rois ou empereurs) est fréquemment attribuée à l'action
de Dieu lui-même : on élit un pape « divina inspiratione et beati Petri
intercessione »> (Pactum Hlodovicianum, 817; M. G. H., Capp., I,
p. 354). Comp., pour les évêques, le rituel gallican de leur consécra-
tion, vers 800: L. DUCHESNE, Orig. du culte chrétien, Paris, 1908,
4º éd., p. 381. A une époque où les fondations et les réformes monas-
tiques étaient considérées comme des événements notables de l'his-
toire du salut, l'Exordium Parvum de Cîteaux appelle S. Benoît et
les fondateurs de l'institution monastique « sancti patres, organa Spi-
ritus Sancti »; il nous montre les premiers moines de Cîteaux quittant
Molesmes « Dei gratia aspirati » (c. 3, comp. Vita S. Roberti, c. 10;
P. L., 156, 1007). Toute la vie de l'Église est conduite par le Saint-
Esprit, en ses déterminations successives. RATHIER DE VÉRONE, au
xe siècle, mettait les canons et décrétales dans la même ligne que
les saintes Écritures, comme inspirées par Dieu (De contemptu
canonum, I et Discordia inter Ratherium et clericos, dans D'ACHERY,
Spicilegium, I, 351ª et 364ª).
Mieux tout comme la revelatio, l'inspiratio est parfois attribuée à
des activités que nous classerions dans l'ordre naturel ou profane,
celle de la raison, des empereurs ou des rois 21.
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Quel est au juste le sens de inspiratio? quel rapport existe-t-il entre
elle et la revelatio? Aux XIIe et XIIIe siècles, revelatio semble plus large
qu'inspiratio: celle-ci est une modalité de celle-là, qui peut en
comporter d'autres 22. L'inspiratio est un mode intime de cette action
par laquelle Dieu fait connaître ou comprendre : « familiari inspira-
tione », dit ANSELME DE HAVELBERG (Dial., II; P. L., 188, 1202); elle
est du domaine de la vie spirituelle intime. Comp. S. THOMAS, IIIª,
q. 84, a. I, ad. 2. Elle est rigoureusement réservée à Dieu (<«< Solus
Deus illabitur menti »>). Parfois, la nuance entre revelatio et inspiratio
est celle que comporte l'application de l'action divine, soit à l'intelli-
gence, soit au domaine volontaire 23. PASCAL sentait cette nuance, qui
remplaçait le mot « révélation » par celui d'«< inspiration », dans cette
pensée : « Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspi-
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