LE MOYEN AGE

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l'excommunication injuste 28, sur ce droit du Saint-Esprit qu'un
Innocent III reconnaît si largement (supra, n. 27), etc. On a toujours
compté avec la possibilité d'un jugement faux ou injuste, d'une infor-
mation insuffisante, d'une erreur dans le fait (cf. RöSSER, op. cit.,
p. 126 s.). D'un autre côté, les Pères avaient déjà rencontré, au moins
au niveau des textes de la sainte Écriture, le problème de certaines
contradictions ou divergences entre un énoncé et un autre : comment
était-ce possible, si tous venaient du même Saint-Esprit 29?
La même question devait se poser, et davantage encore, pour les
autres écritures sacrées, textes des Pères et canons. Le fameux pro-
blème de leur concordia, soupçonné par Hincmar, abordé par Bernold
de Constance, a, on le sait, donné son titre même au travail de Gratien,
peu d'années après qu'Abélard eut abordé une difficulté semblable
touchant les textes patristiques (Sic et Non). On avait toujours
reconnu une part d'humain dans les décisions ecclésiastiques, et
expliqué par elle les erreurs ou les divergences qu'on peut relever
dans les textes: ainsi déjà les évêques d'Afrique répondant au pape
Célestin Ier (dans COUSTANT, Epist., RR. Pontif., Paris, 1721, t. I,
p. 1191; RÖSSER, op. cit., p. 116); un auteur anonyme du XIIe siècle
écrit de même, à propos des Pères : « Spiritus Sanctus non semper
tangit corda sanctorum » (Cod. Vat. lat., 10754, cité par LANDGRAF,
op. cit., p. 35, n. 17). Nous savons déjà que si, au début, on considère
volontiers les choses globalement et sous le jour le plus divin, le
mouvement de la réflexion s'exerce dans le sens d'une précision de
plus en plus détaillée et distincte du rôle des causes secondes et de
l'histoire. A partir de la fin du XIIIe siècle, avec Henri de Gand, Scot,
Occam, puis sous la pression des critiques de Wyclif et de Huss, on
distingue mieux les modalités humaines et historiques. De façon
d'abord occasionnelle, sinon un peu anarchique, on élabore les élé-
ments d'une critériologie théologique.
Melchior Cano, qui a donné la première synthèse érudite et
complète à cet égard, s'applique, précisément, à faire les discerne-
ments nécessaires (De locis, lib. V, c. 5, 38 q.). Considérant que tout
ce qui se fait sous la guidance du Saint-Esprit est sacré, on appelait
souvent Scriptura sacra les textes des conciles et des papes. Mais il
faut distinguer entre une motion immédiate donnée par le Saint-
Esprit aux auteurs de l'Écriture, en vertu de laquelle ils étaient ins-
pirés en tout, et une assistance donnée au travail humain des conciles
et des papes, et qui ne leur est assurée qu'ès choses nécessaires au
salut.
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