LE MOYEN AGE
« Ce qu'on appelle Écriture sainte, c'est le recueil des livres de l'Ancien
et du Nouveau Testament que l'Église reconnaît comme siens. Mais
il n'y a pas de limites à l'Écriture, car toute Écriture que l'Église recon-
naît pour sienne est Écriture sainte. Telles sont, par exemple, les pro-
fessions de foi des conciles, et en particulier celle de Nicée-Constanti-
nople. Ainsi donc l'Écriture sainte a continué à s'écrire jusqu'à nos
jours et s'il plaît à Dieu, il s'en écrira plus encore. »
Une théologie de la tradition construite à partir du seul Saint-Esprit
vivant dans l'Église arrive à trop intérioriser la règle à l'Église elle-
même. Un théologien d'inspiration slavophile comme VL. LOSSKY ne
suit ces idées qu'en lui apportant un substantiel correctif, grâce à une
meilleure vue des relations entre l'œuvre (extérieure) du Christ et
l'action du Saint-Esprit, qui intériorise et approprie cette œuvre aux
personnes (Essai sur la théol. myst. de l'Église d'Orient, Paris, 1944) :
aussi, à l'opposé de Khomiakov, il admet l'autorité des conciles.
21. Bibliographie dans nos Jalons pour une théologie du laïcat, Paris,
1953, p. 380 (notre propre exposé ne nous satisfait plus aujourd'hui);
ajouter B. ZENKOWSKI, La « Sobornost » dans la nature de l'homme, dans
Dieu Vivant, nº 27 (1956), p. 91-104. Résumé du P. SERGE BOULGAKOV
dans Procès-verbaux... Cong. Athènes, p. 130.
22. Méconnaissant la distinction, que font bien les théologiens
catholiques (Scheeben, etc.), entre garder la foi et juger de la foi, et
interprétant en ce sens l'encyclique des patriarches orthodoxes de
1848, Khomiakov fait du peuple chrétien le juge des questions de foi et
refuse une autorité de magistère aux évêques et au concile œcuménique
lui-même.
23. Le P. SERGE BOULGAKOV est très positif sur la hiérarchie; sa
critique du juridisme le fait rester à mi-chemin entre une position
khomiakovienne et une pensée pleinement satisfaisante. Rejet de la
position slavophile, par exemple, chez MACAIRE BOULGAKOV (Introd.
à la théol. dogm. orth., tr. fr., Paris, 1857, p. 549 s.), qui attribue au
concile une autorité doctrinale infaillible: c'est aussi la position du
concile orthodoxe de Jérusalem de 1867; I. FILEVSKY, Enseignement
de l'Église orthodoxe sur la sainte Tradition, p. 557 (en russe); PHILA-
RÈTE_ĞUNILEWSKY, évêque de Tchernikov, et A. VON MALTZEW (cités
par J. TYCIAK, Zwischen Morgenland u. Abendland, p. 163, n. 67);
PLATON LEVTCHIN, métropolite de Moscou († 1812); chez les Grecs,
CHR. ANDROUTSOS (cf. F. GAVIN, Some aspects of Contemporary Greek
Orthodox Thought, Milwaukee, 1933, p. 248-249 et 210 en n.); d'autres
références aux autorités théologiques grecques sont données dans
GAVIN, p. 255-257 et dans J. A. DOUGLAS, The Relations of the Anglican
Churches with the Eastern Orthodox..., Londres, 1921, p. 121 s. Défi-
nissant quatre points sur lesquels une déclaration non ambiguë des
Anglicans apparaissait nécessaire pour que l'Église orthodoxe recon-
naisse, par économie, la validité de leurs ordres, Androutsos y comptait
la reconnaissance d'une autorité infaillible aux conciles œcuméniques
(DOUGLAS, op. cit., p. 62 s., 114). De même, dans un rapport de décembre
1949 au Département d'Études du Conseil œcuménique des Églises,
le professeur KARMIRIS (Fac. de théol. d'Athènes) parlait de l'autorité
des conciles jure divino, infaillible ex sese. Voir aussi MGR GENNADIOS,
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