LA PROTESTATION DE LA RÉFORME
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s'est terminée par l'affirmation exclusive de la foi contre l'impos-
sible tentative d'une sainteté par les œuvres, l'ont amené à
pousser jusqu'au bout, jusqu'à un point exclusif, le principe de
la souveraineté de l'Écriture. Les premières revendications de
Luther ne portent pas sur le principe formel (quo), mais sur le
contenu (quod) qui tient, pour lui, en un mot : Évangile, ou
encore: Jésus-Christ, mon sauveur. C'est parce que ce contenu
excluait, aux yeux de Luther, un certain nombre de pratiques,
voire d'affirmations d'ordre doctrinal, que la théologie catho-
lique justifiait, soit par des dicta ou « autorités » du magistère
(conciles, papes, Décret de Gratien, etc.), soit par des «< tradi-
tions », que Luther fut amené, d'opposition en opposition, de
discussion en discussion, à expliciter le principe formel de sa
réforme doctrinale: tout doit être apprécié selon le critère de
l'Écriture. On oppose à Luther les Pères, l'usage de l'Église,
les règles portées par les papes ou les conciles; il répond « Évan-
gile 8 ». Il emploie peu le mot traditio, à l'occasion seulement,
sous la forme traditiones hominum, avec référence à Mt, 7, 8
et Col, 2, 8°. D'emblée, les traditions sont pour lui «< traditions
des hommes », avec tout ce que l'expression a de dépréciatif.
Il a des mots polémiques, il traite les cérémonies tradition-
nelles de bouffonneries 10; pour lui, ce qui n'a pas Dieu pour
auteur a pour père le diable, mais il ne pose même pas la ques-
tion de savoir s'il y a d'autres données divines que l'Écriture ¹¹.
C'est assez exactement contre cette position que le concile de
Trente réagira.
Cette outrance de Luther est révélatrice du sentiment qu'il
a de ce qui est en jeu. Pour lui, mais aussi pour Zwingli et sur-
tout pour Calvin, il s'agit de restituer à Dieu et pas seulement
en priorité à Dieu, mais à Dieu seul- toute la détermination
de l'existence religieuse. Ils posent une alternative à la manière
de prophètes : Dieu seul absolument vrai ou sa créature, qui est
menteuse, précaire et vaine 12.
Les xive et xve siècles avaient, hélas! légué à une époque mar-
quée tout à la fois par la crise religieuse, la diffusion du texte
imprimé, l'humanisme, enfin le désir de libération et de nou-
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