LA TRADITION ET LES TRADITIONS
veauté la fausse option entre primauté de l'Écriture et pri-
mauté de « l'Église ». Cette option devient, chez les réformateurs,
un choix entre se soumettre à Dieu ou se soumettre à une ins-
tance humaine. L'option ainsi posée, la solution ne pouvait faire
de doute. Toute la Réforme devait en découler. Dire ! « Dieu
seul », c'était nier que Dieu nous ait constitués dépendants
d'autres hommes ou d'un pouvoir d'Église pour réaliser le rap-
port religieux de foi ou d'alliance. C'était s'engager à person-
naliser et intérioriser le rapport religieux quant à l'essentiel de
ce rapport. C'était refuser de le conditionner par une structure
collective d'Église qui représentât, comme l'affirmait l'Église
ancienne, un ordre public de foi, de culte et de salut. Si le plan
de Dieu est de communiquer la foi, le culte et le salut par et
dans une institution divine publique, on comprend qu'une
autorité ecclésiastique de magistère et de sacerdoce entre, avec
l'autorité de Dieu lui-même et de par cette autorité, dans la
constitution du rapport religieux. Par contre, leur revendica-
tion engageait les réformateurs à mettre dans le sujet religieux
personnel, ou même individuel, tous les éléments du rapport
religieux, à nier un titre hiérarchique de sacerdoce et une autorité
hiérarchique d'enseignement, pour affirmer le sacerdoce de tous.
et de chacun, l'interprétation personnelle de l'Écriture sous la
motion intérieure et personnelle du Saint-Esprit. Cela supposait
évidemment qu'on ait renié, ou qu'on n'ait jamais vraiment
connu l'ancienne conception sacramentelle de l'Église. Dans
celle-ci, l'Église pouvait être, de quelque manière, constitutive
du rapport religieux. Chez les réformateurs, ne devait-elle pas
être consécutive au rapport religieux, tout spirituel et person-
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C'est dans cette perspective que, avec des nuances qui tiennent
au point de vue dominant de chacun, les réformateurs ont éla-
boré une théologie de l'Écriture comme principe purement divin
de détermination de l'existence chrétienne. Ils ne se contentent
pas de dire qu'elle a Dieu pour auteur: ils affirment qu'elle a,
comme Écriture sainte et salutaire, Jésus-Christ comme contenu
objectif, et son Saint-Esprit comme principe subjectif d'intelli-
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